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Enjeu du Sommet mondial Covid

Enjeu du Sommet mondial Covid

 

 

Un sommet mondial Covid  a été organisé ce jeudi 12 mai ( la Tribune)

« Le sommet, expliquent les pays organisateurs sous l’égide des Etats-Unis, va redoubler nos efforts collectifs pour mettre fin à la phase aiguë de l’épidémie de Covid-19 et nous préparer à de futures menaces liées à la santé .  Nous savons que nous devons nous préparer maintenant à construire, stabiliser et financer la capacité globale dont nous avons besoin, non seulement face aux variants du Covid-19, mais aussi face à d’autres crises sanitaires ».

Les participants aborderont également les risques sanitaires auxquels nous pourrions faire face dans les prochaines années. Après avoir soigneusement ignoré les avertissements des épidémiologistes pendant vingt ans, les États occidentaux ont compris l’intérêt de se préparer aux prochains assauts microbiens. Les risques les plus classiques sont connus : une mauvaise grippe aviaire passant des oiseaux aux humains (comme cela vient d’être détecté en Chine) ou peut-être un futur variant Covid plus méchant que ceux de la lignée Omicron. Moins médiatisées, les bactéries multi-résistantes aux antibiotiques et les arbovirus transportés par des moustiques exotiques font aussi partie des grandes inquiétudes sanitaires.

Sur les bactéries résistantes, depuis dix ans, l’apparition de bactéries résistant aux principaux antibiotiques a sonné l’alarme. Ces microbes qui ont trouvé les moyens d’échapper à nos armes défensives sont liés notamment à la mauvaise utilisation des antibiotiques.

« Dans certains pays, on en prescrit dès le moindre symptôme, sans s’assurer par un antibiogramme qu’il s’agit d’une infection bactérienne, confirme Évelyne Jouvin-Marche, directrice de recherche Inserm. On a aussi pâti d’une sur-utilisation antibiotique dans les élevages. La France qui n’était pas vertueuse a diminué cette consommation avec les plans écoantibio 1 et 2. Mais certains sont plus avancés comme les pays d’Europe du Nord et la Grande-Bretagne qui a inversé la courbe de progression des résistances aux antibiotiques. Aujourd’hui, nous avons besoin de mener des études pour bien comprendre les mécanismes de résistance et leurs causes. »

En 2020, le ministère de la Santé français s’est fixé l’objectif de réduire de 25 % la consommation d’antibiotiques d’ici 2024. L’État a mis en place un programme prioritaire de recherche antibio résistance coordonné par Évelyne Jouvin-Marche.

En bonne place parmi les dangers sanitaires : les arbovirus. Ces virus de fièvre jaune ou de dengue transportés par des moustiques pourraient se développer chez nous sous l’effet du réchauffement climatique. Selon les spécialistes, une véritable pandémie dans le monde est peu probable. À part celui de la dengue, les arbovirus ont besoin de ce qu’on appelle un « réservoir animal » à proximité pour se développer, qui sont des singes pour ce type de virus. Cela dit, nous avons déjà un moustique qui joue le taxi pour ces virus en Europe, comme l’explique Anna-Bella Failloux, responsable de l’unité Arbovirus et Insectes Vecteurs à l’Institut Pasteur. « Le moustique tigre est compétent pour transmettre des virus de fièvre jaune, de dengue, de Zika ou de chikungunya. Il est arrivé en Albanie en 1979 puis a rejoint l’Italie en 1990 avant de s’installer en France en 2004. Mais en Europe, ce type d’infection vient toujours de virus importés. Un touriste rentrant de voyage ou venant en France après avoir été contaminé peut se faire piquer par un moustique tigre. L’insecte récupère le virus qu’il transmettra à la prochaine personne qu’il va piquer. Depuis qu’il s’est implanté en Europe, les arbovirus circulent un peu dans le Sud de la France, mais les contaminations restent très limitées.»

Enfin, alors que l’origine du coronavirus-19 n’est toujours pas clairement définie, il reste un autre danger. « Le grand risque dont personne ne parle est celui d’une pandémie partant d’un accident de laboratoire, estime l’épidémiologiste Renaud Piarroux. 

Après l’Ukraine , un nouvel ordre mondial ?

Après l’Ukraine , un nouvel ordre mondial ?

L’invasion de l’Ukraine par la Russie révèle au grand jour la nouvelle donne des relations internationales. Elle met à mal le libéralisme, vu comme une panacée depuis la chute du rideau de fer. Par Arthur Silve, Université Laval et Jonathan Paquin, Université Laval.

 

L’invasion russe de l’Ukraine par la Russie a été un réveil brutal pour les défenseurs du libéralisme.

Elle a remis en cause certaines idées reçues et a révélé la fragilité de l’ordre international libéral. Depuis la chute du rideau de fer, en 1989, on pouvait avoir l’illusion d’un ordre mondial guidé par les simples motivations économiques, libéré des guerres et des rivalités militaires entre grandes puissances.

Un ordre au sein duquel les gains économiques et la protection mutuelle étaient garantis par le droit, l’autodétermination des peuples et la résolution pacifique des conflits. Le commerce international, l’investissement transfrontalier, l’établissement des « chaînes de valeur globales », les traités de libre-échange de plus en plus larges, étaient certes motivés par une quête de prospérité individuelle et collective. Ils devaient cependant aussi avoir pour effet de créer des dépendances mutuelles et ainsi empêcher ou atténuer les conflits, et favoriser la diffusion des valeurs occidentales.

Cette interdépendance complexe devait agir comme une force stabilisatrice dans les rapports internationaux puisque la croissance économique et la sécurité des États étaient inextricablement liées. Dans un tel ordre international, pouvait-on croire, la violence est maîtrisée, les guerres interétatiques sont rares et l’invasion, en particulier, d’un État par un autre, a peu de sens.

Or, l’invasion de l’Ukraine par la Russie révèle au grand jour, comme par un glissement tectonique, la nouvelle donne des relations internationales. C’est la plus grande attaque militaire conventionnelle depuis la Seconde Guerre mondiale, et c’est la plus importante remise en cause de l’ordre libéral qui régit les relations internationales depuis l’effondrement de l’Union soviétique.

Professeurs à la Faculté de Sciences sociales de l’Université Laval, et tous deux membres de l’École Supérieure d’Études internationales, nos recherches portent sur la dimension stratégique des relations internationales et sur les aspects politiques du développement économique.

Cette invasion, toutefois, n’est pas le premier signe des difficultés rencontrées par l’ordre international libéral.

La guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, la paralysie croissance des organisations internationales, comme l’OMC, le populisme qui gangrène le bon fonctionnement des institutions internationales, et la croissance significative des budgets de la défense dans de très nombreux pays, nous rappellent que la méfiance, voire la violence, des rapports interétatiques ne sont pas soudainement réapparus avec la guerre en Ukraine.

Ces tendances malheureuses nous rappellent que l’impact de la mondialisation du libéralisme n’a pas fait que des heureux.

Cet ordre était pourtant accompagné d’une narration venue de l’Occident, fondée sur les bienfaits du libéralisme dans les domaines économiques, sociaux, politiques, et culturels. De fait, notre génération, éduquée après la chute du mur de Berlin et du rideau de fer, a du mal à raisonner hors du cadre libéral, à imaginer à quoi ressemble une société fondée sur d’autres principes organisateurs.

Le libéralisme économique, qui repose sur l’idée que la demande doit être l’arbitre ultime des innovations utiles, est probablement le système d’organisation de la production qui a le mieux permis de faire progresser la santé humaine, l’éducation, et la satisfaction de nos besoins matériels. Le libéralisme politique, pour sa part, en soumettant nos dirigeants à la sanction régulière du vote et de l’alternance au pouvoir, était censé les obliger à prendre des décisions dans l’intérêt du plus grand nombre, les empêcher de se laisser capturer par de grands intérêts économiques. Enfin, le libéralisme culturel comptait sur une sélection naturelle sur le grand marché des idées, considérablement élargi avec l’arrivée des réseaux sociaux.

La multiplication des crises financières dans les pays en développement dans les années 1990 témoigne des dangers d’une libéralisation trop rapide. La démocratie sacrifie trop souvent aux intérêts économiques des plus riches, peut-être à cause de la socialisation de nos élites politiques et économiques dans les mêmes écoles, peut-être parce que ce sont les mêmes individus qui prennent des postes de décision successivement dans les secteurs publics et privés, peut-être à cause du financement privé des campagnes électorales.

De même, nous nous sommes progressivement rendu compte que le débat d’idées n’était jamais totalement dénué de biais. Par exemple, nous savions que les règles de fonctionnement des médias sociaux étaient propices à être manipulées, par les grandes marques, par les « influenceurs », par les « usines à trolls », et même par certains candidats politiques dans les démocraties occidentales.

Les critiques de l’ordre libéral viennent aussi de l’extérieur. Certaines idéologies radicales, menacées par le succès de l’idéologie libérale, se sont ainsi mobilisées, utilisant les méthodes du terrorisme et de la répression politique pour la combattre. Il est tristement ironique de constater que les sources de cette critique n’admettraient, elles, aucune remise en question, et ne sont capables d’aucune autocritique.

Au-delà de ces critiques et de l’invasion de l’Ukraine, les difficultés que rencontre l’ordre libéral se rapportent à une même cause : les changements dans la distribution de la puissance dans le système international.

D’un côté, la puissance américaine a permis une diminution du nombre de guerres interétatiques depuis 30 ans. De l’autre, difficile de ne pas voir dans l’invasion de l’Irak en 2003 une démonstration que cette puissance américaine restait avant tout au service de la poursuite de ses intérêts matériels.

Or, depuis la crise économique et financière de 2008, de nombreux ouvrages alimentent le débat sur le déclin présumé de la puissance américaine. Premier constat, cette crise a affaibli l’économie américaine. Les déficits fiscaux ont forcé Washington à réduire ses dépenses et à amorcer un retrait relatif dans le domaine de la gestion des crises internationales, une situation qui tranche avec les interventions passées au Kosovo, en Afghanistan et en Irak.

Deuxième constat, la multiplication des pôles de puissance économiques et politiques a rendu les courants d’influence plus diffus dans le système international. Des pays du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) font valoir leurs intérêts avec plus d’insistance dans leurs relations bilatérales et au sein les forums internationaux.

Troisième constat, les bouleversements observés sont causés par la croissance fulgurante de l’économie chinoise et son affirmation militaire dans la région Asie-Pacifique.

Ces multiples tensions géopolitiques se traduisent par une opposition de plus en plus assumée par certains dirigeants autoritaires à l’ordre libéral. Même si, au fond, la crise ukrainienne a démontré que le leadership américain est encore bel et bien efficace, clairement, sa légitimité morale est de plus en plus contestée.

Et de fait, nombreux sont ceux qui aujourd’hui annoncent un nouvel ordre mondial « réaliste », défini par les rapports de puissance et le jeu à somme nulle.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie marque un tournant vers un monde de concurrence entre les grandes puissances du monde. L’idée d’intérêt national défini en termes de sécurité et de puissance, plutôt qu’en termes de coopération et de croissance, regagnerait l’importance qu’elle avait au XIXe siècle pour justifier les grandes guerres entre les nations européennes ainsi que la colonisation.

Ce nouvel ordre mondial n’est toutefois pas une fatalité. Les prochaines décennies ne sont pas forcément vouées à opposer l’Occident et la Chine (le prestige international de la Russie semblant à ce stade irrémédiablement diminué).

Les conflits, froids ou chauds, coûtent très cher. Chacun a intérêt à éviter les destructions massives qu’un conflit armé occasionne, tant en vies humaines qu’en équipement. La décision prise par Vladimir Poutine d’envahir l’Ukraine nous donne quelques pistes de réflexion pour tenter de prévenir de telles guerres à l’avenir.

Les leçons de la guerre en Ukraine

  • 1) Les grandes puissances doivent apprendre à mieux communiquer entre elles sur leurs capacités et sur leurs ambitions respectives.

Plus facile à dire qu’à faire, dans un monde où l’information et les déclarations politiques peuvent être manipulées à des fins stratégiques. Il reste que deux dirigeants de pays ennemis qui disposent d’informations différentes, ou bien qui lisent ces informations selon deux grilles de lecture incompatibles, mènent presque inévitablement à un désastre.

Il n’y a pas de meilleure démonstration de la difficulté de communiquer clairement que le piètre usage des fameuses « lignes rouges » : entre la ligne rouge établie par Barack Obama quant à l’utilisation des armes chimiques, franchie sans vergogne et sans conséquences par Bachar Al-Assad en Syrie à partir de 2013, et le refus de Joe Biden d’établir la moindre ligne rouge lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. Dans les deux cas, les conséquences d’une si mauvaise communication sont désastreuses.

  • 2) Les États menacés d’un déclassement rapide sont les plus susceptibles de déclencher un conflit armé

Cette constatation a été faite à l’époque par les tenants de la théorie de la transition de puissance et demeure manifestement d’actualité avec l’invasion russe de l’Ukraine. Cette réalité pose la question plus générale de l’évolution rapide des rapports de force, et des guerres qui visent à empêcher aujourd’hui que demain un adversaire ne soit le plus puissant. C’est ce que l’on appelle parfois le « dilemme de sécurité » : un État qui s’arme pour se sécuriser lui-même devient un facteur d’instabilité globale. Dans une course à l’armement, il n’y a que des perdants. Une fois ceci établi, la grande inconnue devient celle de la réaction des États-Unis face à l’émergence de la Chine comme rivale dans les relations internationales.

  • 3) Les pays de l’OTAN ne pourront plus faire l’économie d’investir 2 % de leur PIB dans leurs forces armées.

Au cours de ces trente dernières années, peu de pays occidentaux ont assumé le coût de leur propre sécurité et ont accepté de jouer un rôle dans le maintien de l’ordre international. Dans le contexte actuel, il devient de plus en plus difficile de justifier que certains membres de l’alliance, dont le Canada, ne contribuent pas au moins à hauteur de leur poids économique. À cet égard, l’annonce faite en février dernier par le chancelier Olaf Scholz d’une croissance fulgurante du budget de la défense de l’Allemagne est un pas dans la bonne direction.

L’affaiblissement de l’ordre international libéral ne signifie pas forcément que l’Occident devra renoncer à ses bienfaits. Pour ceux d’entre nous qui espèrent encore bénéficier de la prospérité et de la liberté qu’il apporte, les trois leçons de modération ci-dessus sont cruciales. Elles peuvent faire en sorte que le XXIe siècle ne ressemble pas au 20e - ou pire.

_______

Par Arthur Silve, Professeur agrégé d’économie, Université Laval et Jonathan Paquin, Professeur titulaire au département de science politique de l’Université Laval, Université Laval

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Après l’Ukraine , un nouvel ordre mondial ?

Après l’Ukraine , un nouvel ordre mondial ?

 L’invasion de l’Ukraine par la Russie révèle  la nouvelle donne des relations internationales. Elle met à mal le libéralisme, vu comme une panacée depuis la chute du rideau de fer. Par Arthur Silve, Université Laval et Jonathan Paquin, Université Laval.

 

L’invasion russe de l’Ukraine par la Russie a été un réveil brutal pour les défenseurs du libéralisme.

Elle a remis en cause certaines idées reçues et a révélé la fragilité de l’ordre international libéral. Depuis la chute du rideau de fer, en 1989, on pouvait avoir l’illusion d’un ordre mondial guidé par les simples motivations économiques, libéré des guerres et des rivalités militaires entre grandes puissances.

Un ordre au sein duquel les gains économiques et la protection mutuelle étaient garantis par le droit, l’autodétermination des peuples et la résolution pacifique des conflits. Le commerce international, l’investissement transfrontalier, l’établissement des « chaînes de valeur globales », les traités de libre-échange de plus en plus larges, étaient certes motivés par une quête de prospérité individuelle et collective. Ils devaient cependant aussi avoir pour effet de créer des dépendances mutuelles et ainsi empêcher ou atténuer les conflits, et favoriser la diffusion des valeurs occidentales.

Cette interdépendance complexe devait agir comme une force stabilisatrice dans les rapports internationaux puisque la croissance économique et la sécurité des États étaient inextricablement liées. Dans un tel ordre international, pouvait-on croire, la violence est maîtrisée, les guerres interétatiques sont rares et l’invasion, en particulier, d’un État par un autre, a peu de sens.

Or, l’invasion de l’Ukraine par la Russie révèle au grand jour, comme par un glissement tectonique, la nouvelle donne des relations internationales. C’est la plus grande attaque militaire conventionnelle depuis la Seconde Guerre mondiale, et c’est la plus importante remise en cause de l’ordre libéral qui régit les relations internationales depuis l’effondrement de l’Union soviétique.

Professeurs à la Faculté de Sciences sociales de l’Université Laval, et tous deux membres de l’École Supérieure d’Études internationales, nos recherches portent sur la dimension stratégique des relations internationales et sur les aspects politiques du développement économique.

Cette invasion, toutefois, n’est pas le premier signe des difficultés rencontrées par l’ordre international libéral.

La guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, la paralysie croissance des organisations internationales, comme l’OMC, le populisme qui gangrène le bon fonctionnement des institutions internationales, et la croissance significative des budgets de la défense dans de très nombreux pays, nous rappellent que la méfiance, voire la violence, des rapports interétatiques ne sont pas soudainement réapparus avec la guerre en Ukraine.

Ces tendances malheureuses nous rappellent que l’impact de la mondialisation du libéralisme n’a pas fait que des heureux.

Cet ordre était pourtant accompagné d’une narration venue de l’Occident, fondée sur les bienfaits du libéralisme dans les domaines économiques, sociaux, politiques, et culturels. De fait, notre génération, éduquée après la chute du mur de Berlin et du rideau de fer, a du mal à raisonner hors du cadre libéral, à imaginer à quoi ressemble une société fondée sur d’autres principes organisateurs.

Le libéralisme économique, qui repose sur l’idée que la demande doit être l’arbitre ultime des innovations utiles, est probablement le système d’organisation de la production qui a le mieux permis de faire progresser la santé humaine, l’éducation, et la satisfaction de nos besoins matériels. Le libéralisme politique, pour sa part, en soumettant nos dirigeants à la sanction régulière du vote et de l’alternance au pouvoir, était censé les obliger à prendre des décisions dans l’intérêt du plus grand nombre, les empêcher de se laisser capturer par de grands intérêts économiques. Enfin, le libéralisme culturel comptait sur une sélection naturelle sur le grand marché des idées, considérablement élargi avec l’arrivée des réseaux sociaux.

La multiplication des crises financières dans les pays en développement dans les années 1990 témoigne des dangers d’une libéralisation trop rapide. La démocratie sacrifie trop souvent aux intérêts économiques des plus riches, peut-être à cause de la socialisation de nos élites politiques et économiques dans les mêmes écoles, peut-être parce que ce sont les mêmes individus qui prennent des postes de décision successivement dans les secteurs publics et privés, peut-être à cause du financement privé des campagnes électorales.

De même, nous nous sommes progressivement rendu compte que le débat d’idées n’était jamais totalement dénué de biais. Par exemple, nous savions que les règles de fonctionnement des médias sociaux étaient propices à être manipulées, par les grandes marques, par les « influenceurs », par les « usines à trolls », et même par certains candidats politiques dans les démocraties occidentales.

Les critiques de l’ordre libéral viennent aussi de l’extérieur. Certaines idéologies radicales, menacées par le succès de l’idéologie libérale, se sont ainsi mobilisées, utilisant les méthodes du terrorisme et de la répression politique pour la combattre. Il est tristement ironique de constater que les sources de cette critique n’admettraient, elles, aucune remise en question, et ne sont capables d’aucune autocritique.

Au-delà de ces critiques et de l’invasion de l’Ukraine, les difficultés que rencontre l’ordre libéral se rapportent à une même cause : les changements dans la distribution de la puissance dans le système international.

D’un côté, la puissance américaine a permis une diminution du nombre de guerres interétatiques depuis 30 ans. De l’autre, difficile de ne pas voir dans l’invasion de l’Irak en 2003 une démonstration que cette puissance américaine restait avant tout au service de la poursuite de ses intérêts matériels.

Or, depuis la crise économique et financière de 2008, de nombreux ouvrages alimentent le débat sur le déclin présumé de la puissance américaine. Premier constat, cette crise a affaibli l’économie américaine. Les déficits fiscaux ont forcé Washington à réduire ses dépenses et à amorcer un retrait relatif dans le domaine de la gestion des crises internationales, une situation qui tranche avec les interventions passées au Kosovo, en Afghanistan et en Irak.

Deuxième constat, la multiplication des pôles de puissance économiques et politiques a rendu les courants d’influence plus diffus dans le système international. Des pays du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) font valoir leurs intérêts avec plus d’insistance dans leurs relations bilatérales et au sein les forums internationaux.

Troisième constat, les bouleversements observés sont causés par la croissance fulgurante de l’économie chinoise et son affirmation militaire dans la région Asie-Pacifique.

Ces multiples tensions géopolitiques se traduisent par une opposition de plus en plus assumée par certains dirigeants autoritaires à l’ordre libéral. Même si, au fond, la crise ukrainienne a démontré que le leadership américain est encore bel et bien efficace, clairement, sa légitimité morale est de plus en plus contestée.

Et de fait, nombreux sont ceux qui aujourd’hui annoncent un nouvel ordre mondial « réaliste », défini par les rapports de puissance et le jeu à somme nulle.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie marque un tournant vers un monde de concurrence entre les grandes puissances du monde. L’idée d’intérêt national défini en termes de sécurité et de puissance, plutôt qu’en termes de coopération et de croissance, regagnerait l’importance qu’elle avait au XIXe siècle pour justifier les grandes guerres entre les nations européennes ainsi que la colonisation.

Ce nouvel ordre mondial n’est toutefois pas une fatalité. Les prochaines décennies ne sont pas forcément vouées à opposer l’Occident et la Chine (le prestige international de la Russie semblant à ce stade irrémédiablement diminué).

Les conflits, froids ou chauds, coûtent très cher. Chacun a intérêt à éviter les destructions massives qu’un conflit armé occasionne, tant en vies humaines qu’en équipement. La décision prise par Vladimir Poutine d’envahir l’Ukraine nous donne quelques pistes de réflexion pour tenter de prévenir de telles guerres à l’avenir.

Les leçons de la guerre en Ukraine

  • 1) Les grandes puissances doivent apprendre à mieux communiquer entre elles sur leurs capacités et sur leurs ambitions respectives.

Plus facile à dire qu’à faire, dans un monde où l’information et les déclarations politiques peuvent être manipulées à des fins stratégiques. Il reste que deux dirigeants de pays ennemis qui disposent d’informations différentes, ou bien qui lisent ces informations selon deux grilles de lecture incompatibles, mènent presque inévitablement à un désastre.

Il n’y a pas de meilleure démonstration de la difficulté de communiquer clairement que le piètre usage des fameuses « lignes rouges » : entre la ligne rouge établie par Barack Obama quant à l’utilisation des armes chimiques, franchie sans vergogne et sans conséquences par Bachar Al-Assad en Syrie à partir de 2013, et le refus de Joe Biden d’établir la moindre ligne rouge lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. Dans les deux cas, les conséquences d’une si mauvaise communication sont désastreuses.

  • 2) Les États menacés d’un déclassement rapide sont les plus susceptibles de déclencher un conflit armé

Cette constatation a été faite à l’époque par les tenants de la théorie de la transition de puissance et demeure manifestement d’actualité avec l’invasion russe de l’Ukraine. Cette réalité pose la question plus générale de l’évolution rapide des rapports de force, et des guerres qui visent à empêcher aujourd’hui que demain un adversaire ne soit le plus puissant. C’est ce que l’on appelle parfois le « dilemme de sécurité » : un État qui s’arme pour se sécuriser lui-même devient un facteur d’instabilité globale. Dans une course à l’armement, il n’y a que des perdants. Une fois ceci établi, la grande inconnue devient celle de la réaction des États-Unis face à l’émergence de la Chine comme rivale dans les relations internationales.

  • 3) Les pays de l’OTAN ne pourront plus faire l’économie d’investir 2 % de leur PIB dans leurs forces armées.

Au cours de ces trente dernières années, peu de pays occidentaux ont assumé le coût de leur propre sécurité et ont accepté de jouer un rôle dans le maintien de l’ordre international. Dans le contexte actuel, il devient de plus en plus difficile de justifier que certains membres de l’alliance, dont le Canada, ne contribuent pas au moins à hauteur de leur poids économique. À cet égard, l’annonce faite en février dernier par le chancelier Olaf Scholz d’une croissance fulgurante du budget de la défense de l’Allemagne est un pas dans la bonne direction.

L’affaiblissement de l’ordre international libéral ne signifie pas forcément que l’Occident devra renoncer à ses bienfaits. Pour ceux d’entre nous qui espèrent encore bénéficier de la prospérité et de la liberté qu’il apporte, les trois leçons de modération ci-dessus sont cruciales. Elles peuvent faire en sorte que le XXIe siècle ne ressemble pas au 20e - ou pire.

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Par Arthur Silve, Professeur agrégé d’économie, Université Laval et Jonathan Paquin, Professeur titulaire au département de science politique de l’Université Laval, Université Laval

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Renforcer la défense économique de l’Europe face au marché mondial

Renforcer la défense économique de l’Europe face au marché mondial

Par  Alain di Crescenzo et Marie-Pierre Vedrenne*

« Pour être audible et crédible, l’Union européenne doit se doter rapidement d’un instrument visant à lutter contre les mesures coercitives pour empêcher les Etats tiers de faire pression sur nos économies et nos modèles de société » ( L’opinion)

 

 

 

Tensions géopolitiques, choc de la Covid-19, guerre en Ukraine, les facteurs de bouleversement se succèdent et confrontent nos entreprises à une instabilité de plus en plus croissante. L’autonomie stratégique devient, dans ce contexte incertain, la boussole de l’Union européenne. Il est temps que cette dernière se dote de tous les instruments de puissance afin de garantir avec efficacité des conditions d’une concurrence juste et loyale.

 

La Présidence française du Conseil de l’Union européenne, qui porte à son agenda l’ambition de souveraineté, appelle à retrouver les notions de solidarité, d’unité et de concurrence loyale, qui font partie des fondements de l’Union européenne. Les expériences récentes montrent, et c’est un élément positif à souligner, que ces principes restent fédérateurs en temps de crise et que l’identité européenne peut encore s’affirmer. La conviction des PME françaises, réaffirmée par une étude que CCI France vient de réaliser, est que seule une réponse européenne unie et forte permettra des avancées majeures.

Entre le « Buy American Act », la quasi-impossibilité d’accéder aux marchés publics des pays émergents ou le « Buy Chinese », nos grands concurrents réservent la commande publique à leurs entreprises nationales. Levier incontestable et incontournable de croissance, la commande publique représente avec 2000 milliards d’euros par an près de 14% du PIB de l’Union européenne. En 2020, les entreprises des pays tiers ont bénéficié des marchés publics européens pour 50 milliards d’euros, sans contreparties pour les entreprises européennes. Il était temps de rétablir l’équilibre. Avec l’accord obtenu sur le nouvel instrument sur la réciprocité, une entreprise non européenne participant à un marché public dans l’UE pourra être exclue ou se voir appliquer une sanction jusqu’à 100% du montant du marché public si cette entreprise a pour origine un pays fermé aux entreprises européennes.

La coercition, une menace à contrer. Soyons très clairs sur l’état du monde, la coercition économique est désormais monnaie courante : que ce soit avec les sanctions extraterritoriales américaines ou les comportements unilatéraux et contraires au droit international de la Chine envers la Lituanie ou l’Australie, l’ère de la confrontation est engagée. Pour être audible et crédible, l’Union européenne doit se doter rapidement d’un instrument visant à lutter contre les mesures coercitives pour empêcher les Etats tiers de faire pression sur nos économies et nos modèles de société. Comment ? En renforçant les outils de l’Union pour lutter contre les abus etles pratiques visant à restreindre nos choix commerciaux stratégiques, donc nos libertés d’action au mépris du droit international le plus élémentaire. Soyons ambitieux, la proposition actuellement sur la table des négociations au niveau européen est intéressante. Les tentations d’affaiblissement de certains États européens par des pays tiers doivent être stoppées.

Les normes, un atout commercial stratégique. Un autre sujet de préoccupation à l’international pour les entreprises est celui du poids trop grand détenu par des intérêts économiques non européens dans la politique de normalisation communautaire. Il est fondamental de redonner aux entreprises européennes la main sur la production de nos propres références techniques, surtout que la nouvelle politique industrielle européenne se donne désormais pour but d’investir massivement dans les technologies clés : digital, transition énergétique, data ou encore cybersécurité. Sur ces sujets les récentes déclarations de Thierry Breton sont positives et vont dans le sens d’un renforcement d’une normalisation européenne plus « autonome », du moins sans risque de présence d’intérêt extra-européen dominant. Ces orientations doivent être suivies d’effet.

Les moyens, un renforcement du rôle du « procureur commercial ». Créée en juillet 2020, la fonction de « chief trade enforcement officer » vise d’une part à aider nos exportateurs à pleinement bénéficier des avantages de nos accords de commerce et d’autre part à renforcer l’application des engagements en matière de développement durable. Le Français Denis Redonnet, qui remplit cette fonction, doit se voir doter des moyens humains et des leviers législatifs indispensables pour remplir sa mission. L’Europe doit rendre plus efficace ses procédures d’ « enforcement », comme le font nos grands concurrents. Dans tout accord international, la mise en œuvre et le respect des engagements demeurent la clé, c’est une simple question d’équilibre et de confiance, et les opinions publiques y sont de plus en plus sensibles. C’est particulièrement vrai en matière environnementale : la réforme des chapitres du développement durable dans les accords commerciaux doit faire en sorte que toute violation grave des engagements environnementaux et sociaux puisse être sanctionnée, sauf à vider tous les accords de leur substance. Donc à fausser le jeu de la concurrence et aller à l’encontre des objectifs de lutte contre le réchauffement climatique en accélérant les délocalisations et les fuites de CO2. C’est le même sujet pour le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, autre grande priorité de la Présidence française. Donnons-nous les moyens de faire respecter les équilibres dans nos accords internationaux, qu’ils soient juridiques ou de compensation financière aux frontières.

Aujourd’hui, la question pour l’Union européenne n’est pas le repli sur soi, loin de là. Il n’y aura pas d’autonomie stratégique sans ouverture. La nouvelle politique commerciale européenne doit réussir à créer les conditions d’une ouverture, tout en assurant le respect des équilibres nécessaires à un bon exercice du commerce mondial. Le défi est de pérenniser cette capacité nouvellement réaffirmée d’agir ensemble et de manière cohérente.

* Alain di Crescenzo est président de CCI France. Marie-Pierre Vedrenne est députée européenne, vice-présidente de la commission du Commerce International et membre de la Commission de l’emploi et des affaires sociales du Parlement européen.

Sanctions Ukraine : la Russie interdite du réseau interbancaire mondial Swift

Sanctions Ukraine : la Russie interdite du réseau interbancaire mondial Swift

 

Les occidentaux ont décidé d’utiliser ce qu’ils appellent l’arme atomique à savoir la coupure de la Russie avec le réseau interbancaire mondial Swift. Une mesure toutefois qui va gêner le commerce international et à laquelle  la Russie s’était préparée en accumulant or et devises étrangères.

Les occidentaux ont décidé de couper la Russie du réseau de messagerie bancaire et financière Swift, un outil sécurisant les transitions bancaires qui permet notamment le transit des ordres de paiement entre banques, les ordres de transferts de fonds de la clientèle des banques, les ordres d’achat et de vente de valeurs mobilières. Une mesure souvent qualifiée d’ »arme nucléaire économique » au regard de l’ampleur de son impact sur les relations économiques du pays puni avec le reste du monde.

En effet, les puissances occidentales ont annoncé samedi l’exclusion de plusieurs banques russes du réseau interbancaire Swif ainsi que des sanctions ciblant les réserves en devises de la banque centrale de Russie. Sont concernées « toutes les banques russes déjà sanctionnées par la communauté internationale, ainsi si nécessaire que d’autres instituts », a précisé le porte-parole du gouvernement allemand, dont le pays préside actuellement le forum du G7

Le communiqué dévoilant ces nouvelles sanctions a été endossé par les Etats-Unis, le Canada, la Commission européenne, la France, l’Italie, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Ces sanctions seront appliquées dans les prochains jours, ont déclaré les signataires. Elles prévoient également la fin des « passeports dorés » délivrés aux riches ressortissants russes et à leurs familles.

« Nous paralyserons les avoirs de la banque centrale de Russie, cela gèlera ses transactions et il lui sera impossible de liquider ses avoirs », a déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Ces mesures devraient affecter sensiblement les capacités de financement de la Russie à financer sa guerre contre l’Ukraine, a-t-elle dit.

Selon le site de l’association nationale russe Rosswift, la Russie est le deuxième pays après les Etats-Unis en nombre d’utilisateurs de ce système, avec quelque 300 banques et institutions russes membres. Plus de la moitié des organismes de crédit russes sont représentés dans Swift, est-il précisé par cette source. Moscou met cependant en place ses propres infrastructures financières, que ce soit pour les paiements (cartes « Mir », voulues comme l’équivalent de Visa et Mastercard), la notation (agence Akra) ou les transferts, via un système baptisé SPFS.

Paralyser les actifs de la Banque centrale russe

Par ailleurs, Bruxelles va proposer aux pays de l’UE de « paralyser les actifs de la Banque centrale russe » afin d’empêcher Moscou d’y recourir pour financer le conflit en Ukraine, a annoncé samedi la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

« Cela gèlera ses transactions financières de (la Banque centrale) et rendra impossible la liquidation de ses actifs », a-t-elle expliqué .

Reste que la Russie s’est préparée à cette sanction en accumulant des devises étrangères pour un montant de quelque 640 milliards de dollars au 18 février (soit environ le double du montant constaté en 2014, selon une note de Natixis) et d’un fonds souverain évalué à 175 milliards. De quoi potentiellement aider à financer des entreprises stratégiques en grande partie publiques, malgré les sanctions financières.

Impôt mondial: une mise en place laborieuse

Impôt mondial: une mise en place laborieuse

 

À juste titre, la France constate une mise en place laborieuse de la réforme de la fiscalité mondiale. Il s’agit en premier de transcrire dans le droit le principe d’une taxation des profits des géants de la tech avec application en 2023. Les Américains comme les Chinois sur ce dossier semblent mettre la pédale douce.

Même attentisme pour le volet de de la réforme qui fixe l’impôt mondial minimum à 15 % d’autant que le consensus est encore loin d’être acquis. Trois pays européens continuent à bloquer ou exprimer des réserves: la Hongrie, la Pologne et l’Estonie. Budapest en fait un levier politique dans le cadre de la campagne électorale où Viktor Orban joue sa réélection en avril.

Varsovie tique sur le «pilier 1» en utilisant le «pilier 2» comme instrument de pression – une position encore compliquée par la démission récente du ministre des Finances.

Myopie: handicap mondial en 2050

Myopie: handicap mondial en 2050

« Aujourd’hui, 40% de la population est myope, avec 5 à 10% de myopes forts », a alerté ce jeudi lors d’une conférence de presse Ramin Tadayoni, chef de service d’ophtalmologie à l’Hôpital Fondation Adolphe de Rothschild. En cause surtout une sollicitation excessive de la vision de près notamment à travers les écrans.

« Ces deux proportions sont en augmentation et, surtout, il y a de plus en plus d’enfants myopes », a-t-il relevé. Selon les projections actuelles, en 2050 la moitié de la population mondiale sera myope.

Jusqu’à présent, les cas semblaient exploser surtout en Asie. Une publication dans The Lancet il y a dix ans évaluait la prévalence de ce trouble de la vision chez les jeunes asiatiques à près de 90%. Au Japon, en Chine ou en Corée du Sud, neuf élèves sur dix portent des lunettes.

« Nous avons un décalage de quinze ans avec l’Asie », a souligné Ramin Tadayoni. Après l’Asie, la myopie se développe à bas bruit dans tous les pays développés et pourrait toucher la moitié de la population mondiale dans 30 ans, dont 10% très sévèrement, alertent des experts qui appellent à en faire un enjeu de santé publique.

Croissance : tassement mondial (FMI)

 

Croissance : tassement mondial

 

 

Le fonds monétaire international a procédé à une révision générale des prévisions de croissance notamment dans les deux plus importantes zones économiques que  sont des États-Unis et la Chine. En cause, une crise sanitaire dans les effets sont encore loin d’être terminée et alors que la pandémie n’est pas encore complètement contrôlée loin s’en faut avec l’apparition du virus omicron.

 

Le deuxième facteur de refroidissement de la croissance tient sans doute au resserrement prévu des politiques monétaires. Les banques centrales ont en effet déversé sans compter des liquidités massives sur l’économie qu’il faut maintenant amortir. Un amortissement qui se fait de façon classique par le relèvement des taux d’intérêt et l’inflation.

Demeurent aussi des difficultés d’ordre logistique du fait de la recomposition d’une partie des processus de production et de répulsion.

Fondamentalement; un autre danger menace celui de l’éclatement de bulle financière gonflée précisément pendant la période de politiques accommodantes des banques centrales qui ont accordé des fonds de manière très généreuse et dont une partie a été utilisée de manière très spéculative.

Le Fonds monétaire international a donc  révisé à la baisse (-0,5 point) ses prévisions de croissance du PIB planétaire pour 2022 de 4,9% à 4,4%. L’activité aux Etats-Unis et en Chine devrait être beaucoup moins robuste que prévu.

Parmi les révisions à la baisse il faut signaler celle des États-Unis.. Après un plongeon a en 2020 (-3,4%), un redressement spectaculaire en 2021 (5,6%) un tassement des prévisions est à prévoir; le FMI a fortement révisé à baisse ses prévisions de croissance à 4% contre 5,2% en octobre dernier.

De son côté,l’économie chinoise devrait fortement marquer le pas en 2022. Après un pic à 8,1% en 2021la croissance du PIB attendue est de 4,8% cette année contre 5,6% lors des projections d’automne dernier.

La croissance en Europe pourrait passer de 5,2% en 2021 à 3,9% en 2022 et 2,5% en 2023. Le FMI a révisé à la baisse ses prévisions de croissance du PIB pour cette année de 0,4 point par rapport à l’automne dernier. Toutes les grandes économies de la zone euro ont enregistré une dégradation des projections par le FMI. Parmi les baisses les plus marquées figure l’Allemagne (-0,8 point).

La première économie de la zone euro devrait néanmoins voir son PIB augmenter entre 2021 et 2022 de 2,7% à 3,8%. Si le rebond l’année dernière est moins spectaculaire que celui de la France (6,7%), il faut néanmoins rappeler que le plongeon de l’activité en Allemagne a été nettement moins violent. En revanche, l’industrie outre-Rhin est toujours empêtrée dans de fortes difficultés d’approvisionnement. de l’Etat fédéral en fin d’année dernière succédant à Angela Merkel.

En France aussi, la croissance du PIB pourrait être moins robuste qu’attendu. Après une énorme chute (-8% en 2020) et un rebond en partie mécanique de 6,7% en 2021, la croissance devrait ralentir plus que prévu selon le FMI. Les économistes basés à Washington tablent sur une croissance de 3,5% cette année contre 3,9% en octobre 2021.

. Dans le sud de l’Europe, l’activité devrait également être moins robuste qu’anticipé. L’Italie (3,8% en 2022) et l’Espagne (5,8% en 2022) ont également vu leurs chiffres de croissance revus à la baisse (respectivement de -0,4 point et -0,6 point).

Le rattrapage économique suite à la profonde récession de 2020 et la remonté des prix du pétrole et ceux des matières premières ont fait ressurgir le spectre de l’inflation aux Etats-Unis et dans les autres pays riches. Au total, le FMI table sur une hausse de l’indice des prix de 3,9% en 2022 contre 3,1% en 2021 et 0,7% en 2020 dans les économies avancées. L’inflation devrait marquer le pas à partir de 2023 à 2,1%.

COVID ETATS-UNIS : : PLUS D’UN MILLION DE NOUVEAUX CAS en 24 heures RECORD MONDIAL

COVID  ETATS-UNIS : : PLUS D’UN MILLION DE NOUVEAUX CAS en 24 heures  RECORD MONDIAL

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 Ce mardi 4 janvier 2022, PLUS D’UN MILLION DE NOUVEAUX CAS en 24 heures , RECORD MONDIAL

D’après le docteur Anthony Fauci, principal conseiller de la Maison-Blanche sur la crise sanitaire, la hausse du nombre de cas de Coronavirus aux Etats-Unis suit une courbe  »presque verticale ». Le pays fait, en effet, face à une terrible cinquième vague de Covid, en grande partie due à la propagation fulgurante du variant Omicron. 

Pour rappel, depuis le début de la pandémie en mars 2020, les Etats-Unis ont fait état de plus de 826 000 morts du Covid. La France, quant à elle, en est à 122 000 décès dus au Coronavirus. Finalement un bilan assez proche compte tenu des différences de population

Contrôle des Big Tech : Objectif mondial partagé

Contrôle des Big Tech : Objectif mondial partagé

La juriste Anu Bradford constate, dans une tribune au « Monde », que, de Bruxelles à Pékin en passant par Washington, les Etats renforcent leur arsenal antitrust pour contrôler les géants du numérique.

 

Tribune. 

 

Dans l’environnement géopolitique d’aujourd’hui, les dirigeants mondiaux sont d’accord sur très peu de choses. Le contrôle des Big Tech est toutefois l’une des rares idées à laquelle tous semblent adhérer. De l’Union européenne (UE) aux Etats-Unis et jusqu’en Chine, les autorités se tournent vers les lois antitrust pour réguler le pouvoir de marché des grandes sociétés technologiques afin de promouvoir des économies plus équitables et plus concurrentielles. Dans les années à venir, nous connaîtrons probablement une dynamique encore plus forte, redéfinissant le fonctionnement des relations entre les marchés et les Etats.

Les Big Tech sont accusés de favoriser leurs propres produits sur leurs places de marché en ligne, d’abuser de leur accès privilégié aux données des consommateurs à des fins d’avantage compétitif et d’annihiler la concurrence en rachetant toute entreprise susceptible de menacer leur position de marché. Ces pratiques rendent les consommateurs dépendants des produits et services proposés par une poignée de grandes sociétés.

C’est l’UE qui a ouvert la voie, en se fondant sur le droit de la concurrence. Ces dix dernières années, la Commission européenne a mené jusqu’à leur terme trois enquêtes antitrust contre Google, qui ont abouti à plus de 8 milliards d’euros d’amendes. Elle enquête actuellement sur les technologies publicitaires et les modes de collecte de données de Google et Facebook, sur l’App Store et les systèmes de paiement mobile d’Apple, ainsi que sur le fonctionnement de la place de marché d’Amazon.

Constatant que ces actions judiciaires antitrust ne suffisent pas, la Commission a proposé, en 2020, une directive sur les marchés numérique (Digital Markets Act, DMA), qui lui conférerait de nouveaux pouvoirs contre les géants technologiques et les sociétés dites « gatekeepers », qui connectent les entreprises aux utilisateurs finaux. Cette législation permettrait d’interdire purement et simplement un certain nombre de pratiques, telles que l’autoréférencement préférentiel ou l’utilisation des données des concurrents. Le DMA devrait avoir un impact mondial, les grandes multinationales ayant tendance à calquer tôt ou tard leurs opérations mondiales sur les règles de l’UE (ce qu’on appelle « l’effet Bruxelles »).

Jusqu’à récemment, les Etats-Unis se contentaient de regarder l’UE mettre en place des lois contre les grandes sociétés technologiques américaines. Mais, tandis que les technolibertaires continuent d’attribuer ces actions européennes à un protectionnisme envieux, les régulateurs et législateurs américains se demandent de plus en plus si le marché sans entrave produit ou non des résultats souhaitables.

Catastrophes et crises humanitaires : pour un fonds d’aide mondial

Catastrophes et crises humanitaires : pour un fonds d’aide mondial 

 

Il faut d’urgence refonder le modèle économique de l’aide humanitaire, appellent, dans une tribune au « Monde », l’économiste, le politiste et le président d’Action contre la faim.

 

 

 

 

Tribune.  

 

La perspective de l’élection présidentielle en France va offrir l’occasion aux différents candidats d’expliciter leur projet de mandat, dont celui concernant la politique étrangère qu’ils entendent mener.

L’une des déclinaisons en la matière concerne l’aide humanitaire internationale dans laquelle les ONG françaises – aux côtés du mouvement de la Croix-Rouge et des agences spécialisées des Nations unies – jouent un rôle important depuis le milieu du XXe siècle.

Le modèle économique actuel de l’aide humanitaire ne permet pas de répondre aux besoins identifiés, en ne réunissant pas les sommes nécessaires, en créant les conditions d’une politisation de l’aide et en contribuant à la réduction de l’espace humanitaire. Il est grand temps de le refonder.

Ce modèle repose, pour un quart, sur la générosité de donateurs privés (essentiellement sous la forme de dons individuels) et, pour les trois autres quarts, sur la contribution volontaire d’un nombre restreint d’Etats. Or, ces dix dernières années, et de façon stable, les appels coordonnés des Nations unies ont fait apparaître un déficit de financements gouvernementaux d’environ 40 % des sommes espérées. Le déficit s’est dégradé avec l’épidémie de Covid-19 : il aura manqué, en 2020, 50 % de l’enveloppe sur les 38,8 milliards de dollars (34 milliards d’euros) estimés nécessaires par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) – au profit d’une population de 240 millions de personnes en besoin d’aide. La communauté des Etats n’arrive pas à réunir chaque année une somme qui correspond à 10 % de la dépense courante de santé de la seule nation française !

Cette insuffisance des financements gouvernementaux expose les ONG humanitaires à des risques de paralysie opérationnelle. Pour combler le déficit, les ONG internationales sont, de fait, poussées vers la recherche sans cesse croissante de donateurs individuels, empruntant les chemins parfois hasardeux d’un marketing compassionnel.

L’épidémie de Covid-19 et ses conséquences sur les économies des Etats donateurs mettent particulièrement en lumière les limites du modèle tel qu’il existe aujourd’hui. Les pays de l’OCDE, centrés sur le renforcement de leurs économies, sont tentés de réduire leur contribution à l’aide humanitaire internationale. Si cette réduction des fonds publics devait s’accompagner d’un « décrochage » des fonds privés réunis par les ONG, c’est la structure financière globale qui se trouverait alors dramatiquement affectée.

 

Crises humanitaires : pour un fonds d’aide mondial

Crises humanitaires : pour un fonds d’aide mondial 

 

Il faut d’urgence refonder le modèle économique de l’aide humanitaire, appellent, dans une tribune au « Monde », l’économiste, le politiste et le président d’Action contre la faim.

 

 

Tribune. 

 

La perspective de l’élection présidentielle en France va offrir l’occasion aux différents candidats d’expliciter leur projet de mandat, dont celui concernant la politique étrangère qu’ils entendent mener.

L’une des déclinaisons en la matière concerne l’aide humanitaire internationale dans laquelle les ONG françaises – aux côtés du mouvement de la Croix-Rouge et des agences spécialisées des Nations unies – jouent un rôle important depuis le milieu du XXe siècle.

Le modèle économique actuel de l’aide humanitaire ne permet pas de répondre aux besoins identifiés, en ne réunissant pas les sommes nécessaires, en créant les conditions d’une politisation de l’aide et en contribuant à la réduction de l’espace humanitaire. Il est grand temps de le refonder.

Ce modèle repose, pour un quart, sur la générosité de donateurs privés (essentiellement sous la forme de dons individuels) et, pour les trois autres quarts, sur la contribution volontaire d’un nombre restreint d’Etats. Or, ces dix dernières années, et de façon stable, les appels coordonnés des Nations unies ont fait apparaître un déficit de financements gouvernementaux d’environ 40 % des sommes espérées. Le déficit s’est dégradé avec l’épidémie de Covid-19 : il aura manqué, en 2020, 50 % de l’enveloppe sur les 38,8 milliards de dollars (34 milliards d’euros) estimés nécessaires par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) – au profit d’une population de 240 millions de personnes en besoin d’aide. La communauté des Etats n’arrive pas à réunir chaque année une somme qui correspond à 10 % de la dépense courante de santé de la seule nation française !

Cette insuffisance des financements gouvernementaux expose les ONG humanitaires à des risques de paralysie opérationnelle. Pour combler le déficit, les ONG internationales sont, de fait, poussées vers la recherche sans cesse croissante de donateurs individuels, empruntant les chemins parfois hasardeux d’un marketing compassionnel.

L’épidémie de Covid-19 et ses conséquences sur les économies des Etats donateurs mettent particulièrement en lumière les limites du modèle tel qu’il existe aujourd’hui. Les pays de l’OCDE, centrés sur le renforcement de leurs économies, sont tentés de réduire leur contribution à l’aide humanitaire internationale. Si cette réduction des fonds publics devait s’accompagner d’un « décrochage » des fonds privés réunis par les ONG, c’est la structure financière globale qui se trouverait alors dramatiquement affectée.

 

Revoir le système financier mondial

Revoir le système financier mondial

Les pays en développement qui ont de bonnes perspectives de croissance devraient pouvoir emprunter de manière fiable à des conditions de marché décentes. Ce qui leur permettrait en particulier d’investir dans les solutions de développement durable, estime Jeffrey Sachs. (économiste, chroniqueur aux « Echos ») (extraits )

Lors de la COP26, des centaines d’institutions financières ont déclaré qu’elles allaient consacrer des milliards de dollars au financement de solutions destinées au changement climatique. Un obstacle important s’y oppose toutefois : le système financier mondial entrave le flux de financement vers les pays en développement, ce qui crée un piège financier mortel pour eux.

 

Les marchés obligataires mondiaux et les systèmes bancaires devraient fournir des fonds suffisants pour la phase de « rattrapage » du développement durable à forte croissance, mais ce n’est pas le cas aujourd’hui. Le flux de fonds des marchés obligataires mondiaux et des banques vers les pays en développement reste faible, coûteux pour les emprunteurs et instable. Les emprunteurs des pays en développement ont des taux d’intérêt souvent de 5 à 10 % plus élevés que ceux des pays riches.

Les pays en développement emprunteurs en tant que groupe sont considérés comme présentant un risque élevé. Les agences de notation leur attribuent des notes inférieures par défaut simplement parce qu’ils sont pauvres. Pourtant, les risques perçus sont exagérés et ont souvent un effet Pygmalion.

Lorsqu’un gouvernement émet des obligations pour financer des investissements publics, il compte généralement sur la capacité de refinancer une partie ou la totalité des obligations à mesure qu’elles arrivent à échéance, à condition que la trajectoire à long terme de sa dette par rapport aux revenus soit acceptable. Si le gouvernement a soudain du mal à refinancer les dettes qui arrivent à échéance, il peut être mis en défaut de paiement – non pas en raison d’une insolvabilité à long terme, mais par manque de liquidités.

C’est ce qui arrive à beaucoup de pays en développement. Les prêteurs ou les agences en viennent à croire, souvent arbitrairement, que le pays X est devenu insolvable. Ce qui entraîne un « arrêt soudain » des nouveaux prêts au gouvernement. Sans accès au refinancement, ce dernier est contraint de se mettre en défaut de paiement, ce qui « justifie » les craintes précédentes. Il se tourne alors vers le Fonds monétaire international pour un financement d’urgence. Mais le rétablissement de sa réputation prendra des années.

Les gouvernements des pays riches qui empruntent au niveau international dans leur propre monnaie ne sont pas confrontés au même risque, parce que leurs banques centrales agissent comme prêteurs de dernier recours. Ils empruntent donc à faible coût et avec peu de risque d’illiquidité, sauf dans les moments de mauvaise gestion politique exceptionnelle, comme en 2008. En revanche, les pays à revenu faible et moyen empruntent en devises étrangères, paient des taux d’intérêt très élevés et subissent des arrêts soudains.

Une refonte du système financier mondial est donc urgente. Les pays en développement qui ont de bonnes perspectives de croissance devraient pouvoir emprunter de manière fiable à des conditions de marché décentes. A cette fin, le G20 et le FMI devraient concevoir un système de notation du crédit amélioré qui tienne compte des perspectives de croissance de chaque pays et de la viabilité de sa dette. La réglementation bancaire devrait ensuite être révisée en fonction du système amélioré de notation de crédit afin de faciliter les prêts bancaires à ces pays.

Pour mettre fin aux arrêts soudains, le G20 et le FMI devraient utiliser leur puissance de feu financière pour soutenir un marché secondaire liquide des obligations souveraines des pays en développement. La Fed, la BCE et d’autres banques centrales clés devraient établir des accords de crédit croisé avec les banques centrales des pays à revenu faible et intermédiaire inférieur.

 La Banque mondiale et d’autres institutions de financement du développement devraient également augmenter leurs subventions et leurs prêts « bonifiés » aux pays les plus pauvres. Enfin, et surtout, si les pays et les régions riches, dont plusieurs Etats américains, cessaient de parrainer le blanchiment d’argent et les paradis fiscaux, les pays en développement auraient davantage de revenus pour financer leurs investissements dans le développement durable.

Jeffrey D. Sachs est économiste. Il dirige et enseigne à l’Institut de la Terre de l’université Columbia.

 

Pilule anti-Covid de Merck : accord pour un accès mondial

Pilule anti-Covid de Merck : accord pour un accès mondial

Contrairement aux vaccins complètement soumis aux impératifs financiers des laboratoires et aux politiques géostratégiques des Etats, la pilule antique vide de Metz d’un accord pour permettre un accès mondial facilité . Le MPP (Medicines Patent Pool) a dit avoir signé un accord de licence volontaire avec Merck pour faciliter l’accès mondial à un prix abordable au molnupiravir, le médicament antiviral oral expérimental contre le Covid-19, développé par Merck. Sous réserve de l’approbation des autorités réglementaires, l’accord contribuera à donner un large accès au molnupiravir dans 105 pays à revenu faible ou intermédiaire. Les autorités de réglementation des médicaments des États-Unis et de l’Union européenne ont déjà lancé une évaluation de ce médicament.

Endettement mondial : hausse à 100% du PIB

Endettement mondial : 100% du PIB

 

Pour parler simplement le monde a consommé par avance une année de richesse mondiale. Nombres d’experts répondront que cette situation ne constitue pas un problème tant que les taux d’intérêt restent aussi bas. La question fondamentale est de savoir jusqu’à quand ces taux pourront rester aussi bas si l’inflation actuellement poussée par la montée des matières premières de base et l’énergie continue de s’envoler et de contaminer la sphère de la consommation.

En continuant d’inonder les marchés financiers de liquidités les banques centrales ne font rien d’autre que de faire tourner la machine à billets. Une sorte de fausse monnaie en quelque sorte qui connaîtra une dévaluation notamment à travers le phénomène inflationniste en cours.. La dette publique mondiale a bondi de 14% en 2020 par rapport à 2019, pour un montant total de 88.000 milliards de dollars, s’approchant du seuil des 100 % du PIB, indique le rapport annuel de surveillance budgétaire du FMI, publié dans le cadre des assemblées générales d’automne.

Celle des économies développées a atteint 122,7% du PIB. Les niveaux varient de 254,1% pour le Japon, 155,8% en Italie, 133,9% aux États-Unis, 115,1% en France et 69,1% pour l’Allemagne. Les économies émergentes ont aussi enregistré une forte hausse, à 64% contre 54,7% en 2019, avec, là encore, des écarts importants. La dette du Brésil, de loin la plus élevée des grands émergents, frise les 100%, à 98,9%, à l’inverse de la Russie, à 19,3%. L’année 2020 a également connu une envolée des déficits publics, à 10,2% du PIB à l’échelle mondiale, à un niveau comparable pour les pays

Environnement-Aérien mondial : neutralité carbone en 2050 !

Environnement-Aérien mondial :  neutralité carbone en 2050 !

 

L’organisation mondiale du transport aérien(IATA) vient de retenir l’objectif de neutralité carbone pour 2050. Un objectif très douteux qui repose essentiellement sur l’utilisation de carburants renouvelables. Renouvelables ou pas et de toute façon mélangée à du kérosène classique, ce carburant ne sera pas sans conséquences sur les émissions polluantes. Il y a dans l’affichage de cet objectif une volonté de redorer l’image du transport aérien fortement atteinte depuis la montée des préoccupations environnementales y a aussi enregistré un sérieux coup de froid avec la crise sanitaire. Le secteur aérien veut surtout redonner confiance dans l’avenir de ce transport.

En l’état actuel des choses, le secteur aérien produit 0,9 milliard de tonnes de CO2 par an, selon l’Iata ; en 2050, si rien n’est fait pour réduire l’empreinte carbone du secteur, ce niveau sera de 1,8 milliard. Et sur 30 ans, ce seraient 21,2 milliards de tonnes de CO2 qui seraient rejetées dans l’atmosphère.

Réduire ce niveau pour parvenir graduellement à zéro émission nette en 2050 constituera « un défi technologique énorme, qui coûtera environ 1.550 milliards de dollars aux compagnies entre 2020 et 2050″, a estimé l’Iata.

Celle-ci a argumenté que la principale solution résidait dans l’utilisation de carburants d’aviation durables (« sustainable aviation fuels », SAF), qui lui permettraient de réaliser 65% de ses objectifs.

Ces carburants, élaborés à partir de biomasse, d’huiles usagées et même, à l’avenir, de capture de CO2, ont l’avantage de pouvoir être utilisés directement dans les avions actuels, certifiés pour accepter des mélanges à 50% dans le kérosène fossile. Et ils peuvent réduire les émissions de CO2 de 80% par rapport au kérosène sur l’ensemble de leur cycle d’utilisation, selon l’Iata.

Le secteur aérien européen, en publiant sa propre feuille de route vers la neutralité carbone pour 2050 en février dernier, avait dit compter sur les technologies à 37% et les SAF à 34%.

La stratégie de l’Iata, comme celle du secteur aérien européen, mise aussi sur un système de capture de carbone et d’échanges de quotas d’émissions pour amorcer la transition, à hauteur de 19% du total de la réduction.

Les ONG de défense de l’environnement critiquent généralement le recours aux mécanismes de capture de carbone et de compensation des émissions, demandant d’y recourir seulement une fois que toutes les autres solutions de réduction ont été mises en œuvre.

Aérien mondial : neutralité carbone en 2050 !

Aérien mondial :  neutralité carbone en 2050 !

 

L’organisation mondiale du transport aérien(IATA) vient de retenir l’objectif de neutralité carbone pour 2050. Un objectif très douteux qui repose essentiellement sur l’utilisation de carburants renouvelables. Renouvelables ou pas et de toute façon mélangée à du kérosène classique, ce carburant ne sera pas sans conséquences sur les émissions polluantes. Il y a dans l’affichage de cet objectif une volonté de redorer l’image du transport aérien fortement atteinte depuis la montée des préoccupations environnementales y a aussi enregistré un sérieux coup de froid avec la crise sanitaire. Le secteur aérien veut surtout redonner confiance dans l’avenir de ce transport.

En l’état actuel des choses, le secteur aérien produit 0,9 milliard de tonnes de CO2 par an, selon l’Iata ; en 2050, si rien n’est fait pour réduire l’empreinte carbone du secteur, ce niveau sera de 1,8 milliard. Et sur 30 ans, ce seraient 21,2 milliards de tonnes de CO2 qui seraient rejetées dans l’atmosphère.

Réduire ce niveau pour parvenir graduellement à zéro émission nette en 2050 constituera « un défi technologique énorme, qui coûtera environ 1.550 milliards de dollars aux compagnies entre 2020 et 2050″, a estimé l’Iata.

Celle-ci a argumenté que la principale solution résidait dans l’utilisation de carburants d’aviation durables (« sustainable aviation fuels », SAF), qui lui permettraient de réaliser 65% de ses objectifs.

Ces carburants, élaborés à partir de biomasse, d’huiles usagées et même, à l’avenir, de capture de CO2, ont l’avantage de pouvoir être utilisés directement dans les avions actuels, certifiés pour accepter des mélanges à 50% dans le kérosène fossile. Et ils peuvent réduire les émissions de CO2 de 80% par rapport au kérosène sur l’ensemble de leur cycle d’utilisation, selon l’Iata.

Le secteur aérien européen, en publiant sa propre feuille de route vers la neutralité carbone pour 2050 en février dernier, avait dit compter sur les technologies à 37% et les SAF à 34%.

La stratégie de l’Iata, comme celle du secteur aérien européen, mise aussi sur un système de capture de carbone et d’échanges de quotas d’émissions pour amorcer la transition, à hauteur de 19% du total de la réduction.

Les ONG de défense de l’environnement critiquent généralement le recours aux mécanismes de capture de carbone et de compensation des émissions, demandant d’y recourir seulement une fois que toutes les autres solutions de réduction ont été mises en œuvre.

Crise de l’endettement mondial : la solution par l’inflation et de faibles taux de l’épargne

Crise de l’endettement mondial : la solution par l’inflation et de faibles taux de l’épargne
Bertrand Jacquillat  vice-président du Cercle des économistes et senior advisor de J. de Demandolx Gestion relativise l’importance de l’endettement mondial et évoque plusieurs pistes notamment  » une certaine dose d’inflation » et une faible rémunération de l’épargne. (dans l’Opinion , extrait)

Le  très sérieux Institute of International Finance de Washington vient de publier un certain nombre de statistiques susceptibles de donner le tournis. Selon l’IFF, l’endettement global mondial (public et privé) aurait atteint un niveau record de 296 000 milliards de dollars à fin juin 2021, comparé à 270 900 milliards de dollars un an plus tôt, avec une répartition par quart à peu près égalitaire entre la dette des Etats, des entreprises non financières, du secteur financier, et des ménages. Ce montant représente 353 % du PIB mondial, en hausse de près de 10 % par rapport à la période pré- pandémie où il était de 333 %.

Alors que faire ? Comme le rappellent Carmen Reinhart et Belen Sbrancia dans un papier de recherche du FMI The liquidation of government debt, historiquement, cinq méthodes ont été utilisées pour réduire l’endettement des Etats, certaines plus violentes que d’autres, comme celle des politiques d’austérité. Les situations des quatre pays évoqués plus haut, qui ne semblent pas près de prendre cette direction, illustrent le fait que mener de telles politiques n’est pas facile, et peut être même dangereux.

Encore plus violent, et souvent un mal nécessaire préalable aux politiques d’austérité, est le défaut de paiement, illustré par le sauvetage de la Grèce et sa restructuration financière à la suite de la crise de l’euro en 2011. Une autre raison pour laquelle les investisseurs gardent une certaine sérénité est, curieusement, qu’ils ont de la mémoire. L’histoire financière du XXe siècle montre que l’évolution de l’endettement des nations peut aller dans les deux sens : augmenter comme on l’observe à partir des années 1980, mais aussi diminuer, comme ce fut le cas à la suite de la Seconde Guerre mondiale. Du niveau de plus de 90 % qu’il avait atteint, le ratio d’endettement au PIB mondial baissa régulièrement après la guerre pour revenir à 30 % à la fin des années 1970.

La croissance économique est pour beaucoup dans cette évolution ; mais la répression financière y a aussi contribué. Très en vogue dans les pays émergents, elle a été aussi pratiquée au sein des pays développés, aux Etats-Unis comme en France, au sortir de la Seconde Guerre mondiale et jusqu’au début des années 1980. La répression financière requiert principalement deux ingrédients, une dose significative d’inflation et une limite supérieure des taux d’intérêt servis aux épargnantsde sorte que ceux-ci soient inférieurs au taux d’inflation. Elle correspond à une taxe implicite sur les créanciers et un transfert de richesse des créanciers vers les débiteurs, qui est d’autant plus élevé que la différence entre les deux est importante.

C’est la stratégie actuelle implicite des banques centrales que celles-ci semblent vouloir prolonger, mais sous une forme très atténuée dans le sens de la neutralité et non de la répression financière, avec des taux d’intérêt les plus bas possible et proches de zéro, voisins du taux d’inflation.

Il y a enfin celle principalement employée après la Seconde Guerre mondiale, la croissance économique tout simplement, qui a donné lieu aux fameuses Trente glorieuses en France. C’est d’ores et déjà le processus implicitement à l’œuvre depuis le début de l’année, puisque le ratio d’endettement mondial actuel de 353 % évoqué plus haut est inférieur à son plus haut de 362 % atteint en mars 2021, grâce au fort rebond économique.

Et si une telle situation devait perdurer entraînant une diminution naturelle et progressive de l’endettement mondial : une croissance économique élevée avec des taux d’intérêt et d’inflation très faibles ? C’est l’analyse que nous avons présentée dans nos deux précédentes chroniques. L’une mettait en avant les progrès de productivité provoqués par les innovations technologiques impactant directement ou indirectement tous les domaines d’activité, et qui dopent durablement la croissance. L’autre montrait en quoi les perspectives démographiques et de répartition des revenus tiraient les taux d’intérêt et les taux d’inflation vers le bas.

Dans de telles perspectives, le niveau d’endettement mondial est certes préoccupant, car des accidents, par nature imprévisibles, peuvent venir contrarier ce scénario. Mais il n’est pas inquiétant. Notre prochaine chronique achèvera cette tétralogie. On l’aura compris, elle ne traitera pas du crépuscule des marchés d’actions.

Bertrand Jacquillat est vice-président du Cercle des économistes et senior advisor de J. de Demandolx Gestion.

Afghanistan : un désastre mondial pour les équilibres géopolitiques

Afghanistan : un désastre mondial pour les équilibres géopolitiques

Le retrait américain d’Afghanistan va réveiller les appétits géopolitiques de la Chine et de la Russie qui, « enhardies par le spectacle de la déroute », pourraient se montrer téméraires et commettre des fautes stratégiques, analyse le spécialiste de géopolitique Jean-Sylvestre Mongrenier, dans une tribune au « Monde ».(extrait)

 

Tribune.

Vingt ans après les attentats du 11 septembre 2001, le lâchage de l’Afghanistan aura de redoutables conséquences. Déjà, comme après la guerre du Vietnam, le spectre de la décadence hante l’Amérique. Au vrai, l’Europe ne saurait se poser en observateur extérieur. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis dirigent un empire informel qui réunit les nations occidentales. Leurs destinées sont liées.

De prime abord, le redéploiement géostratégique voulu par Washington n’est pourtant pas dépourvu de rationalité. La montée en puissance de la Chine populaire, les visées révisionnistes de la « Russie-Eurasie » ainsi que les ambitions iraniennes au Moyen-Orient préfigurent un regroupement d’« Etats perturbateurs » capables de tournebouler les équilibres géopolitiques. Aussi, la « longue guerre » contre le terrorisme peut-elle faire figure de coûteuse diversion stratégique.

S’étirant depuis les « Méditerranée asiatiques » (mers de Chine du Sud et de l’Est) jusqu’aux rivages du golfe Arabo-Persique et de l’Afrique orientale, un nouvel ensemble spatial s’impose à l’analyse : la région indo-pacifique. Là se détermineraient les rapports de force du XXIe siècle. Menacées de redevenir un petit cap de l’Asie, l’Europe et ses nations ne sauraient s’abstraire de cette grande épreuve. Moins encore la France, avec ses territoires dans les océans Indien et Pacifique. Sans l’alliance américaine, il lui sera difficile de contenir la pression chinoise sur son domaine maritime.

« De l’Afghanistan au Sahel, du golfe de Guinée à la Corne de l’Afrique, jusqu’en Asie du Sud-Est même, la “longue guerre” perdurera

Dans une telle perspective, le désintérêt pour l’Afghanistan, au cœur de la masse terrestre eurasiatique, est compréhensible. N’était-il pas temps de trancher ce « nœud gordien » et de reporter l’effort vers l’Indo-Pacifique ? C’est ce que Joe Biden voulait signifier dans son allocution du 16 août. Pourtant, le maintien d’une force américaine limitée et de contingents de l’OTAN était possible, voire nécessaire. Le discours qui pose les talibans en alliés objectifs de l’Occident contre Al-Qaida et l’Etat islamique laisse dubitatif. Et de l’Afghanistan au Sahel, du golfe de Guinée à la Corne de l’Afrique, jusqu’en Asie du Sud-Est même, la « longue guerre » perdurera.

De surcroît, le départ d’Afghanistan aura des répercussions sur d’autres points du globe. Entendons-nous : cette décision n’entraînera pas mécaniquement le lâchage de Taïwan ou de l’Ukraine. Et si le prestige américain est atteint, la « réputation » d’un Etat n’est pas l’alpha et l’oméga du rapport des forces. Avec l’exaspération des rivalités internationales, les facteurs bruts de la puissance s’avèrent plus importants que le soft power, concept incertain trop souvent convoqué. Sous cet angle, il serait hâtif de penser que la puissance américaine se liquéfie.

Covid-19 : l’enjeu mondial de la vaccination en Afrique

Alice Desclaux, anthropologue de la santé (TransVIHMI, Institut de recherche pour le développement), et Khoudia Sow, chercheuse en anthropologie de la santé (CRCF/TransVIHMI, Institut de recherche pour le développement), reviennent sur les enjeux de la vaccination en Afrique. (Dans the conversation)

« L’hésitation vaccinale n’est pas le défi n°1 de l’Afrique. Le vrai problème est plutôt la ‘famine’ de vaccin. De longues files d’attente d’Africains, comme celle sur cette vidéo, dans de nombreux pays de l’Union africaine, attendent d’être vaccinés. » Dans ce tweet du 8 août 2021, le Dr Nkengasong, directeur de l’Africa CDC (Africa Centres for Disease Control and Prevention), rappelle les priorités : en premier lieu, c’est l’accès au vaccin qui est en Afrique l’enjeu clé du contrôle de la pandémie. Mais l’hésitation, si présente sur les autres continents, y est-elle absente? Les opinions vis-à-vis du vaccin y auraient-elles radicalement changé? Dans quel contexte général cette file d’attente doit-elle être située?

Dans les institutions de santé globale, l’accès au vaccin et l’hésitation vaccinale sont abordés indépendamment l’un de l’autre : l’accessibilité est essentiellement considérée comme étant d’ordre économique et politique, quand l’hésitation est perçue comme d’ordre culturel et communicationnel. Or, sur le terrain où nous développons « par le bas » les enquêtes ethnographiques du projet CORAF/ARIACOV, particulièrement au Sénégal, ces deux questions apparaissent étroitement liées – et dépendantes du contexte.

Les pays riches s’approvisionnent les premiers

Au Sénégal, un des premiers pays africains à avoir lancé la vaccination, seul 3,3% des adultes sont complètement vaccinés (et 3,4% partiellement). Ce faible taux reflète d’abord les inégalités structurelles dont est victime le continent africain, dénoncées par le Groupe indépendant sur la préparation et la riposte à la pandémie qui a mené une évaluation globale pour l’OMS. Malgré l’objectif commun de « ne laisser personne au bord de la route » pour vaincre la pandémie, les pays les plus riches s’approvisionnent les premiers, et le nationalisme domine toujours les relations internationales pour l’accès aux vaccins.

De plus, l’Afrique subit les contraintes liées à la propriété intellectuelle et à la production, ainsi que les limites du dispositif d’approvisionnement équitable COVAX. L’exportation vers l’Europe de vaccins conditionnés en Afrique du Sud, où moins de 10% de la population est complètement vaccinée, illustre la géopolitique de l’industrie du vaccin. L’absence de production locale a rendu le continent dépendant des fournisseurs tels que le Serum Institute of India – qui a dû rediriger ses livraisons vers la population indienne entre mars et août 2021.

Les limites du système de santé

Les pays africains ont donc eu recours à diverses voies pour obtenir des vaccins, selon des calendriers et avec des volumes dont ils n’avaient pas la maîtrise, leurs choix étant limités par les contraintes de coût et de modalités de conservation des produits. Une fois approvisionnés, ils sont confrontés à des difficultés majeures du fait des limites de leurs systèmes de santé rendues critiques par les contraintes d’approvisionnement, à plusieurs niveaux : gestion des vaccins et des données et logistique.

Les vaccins ne pouvant être utilisés que pendant quelques mois pour des raisons d’abord administratives, les stratégies de dispensation doivent être adaptées. Ainsi, des pays ayant reçu des stocks importants ont dû ouvrir rapidement la vaccination au-delà des groupes prioritaires initialement considérés (professionnels de santé, personnes âgées ou atteintes de comorbidité) sans pouvoir la « refermer » sur ces groupes une fois le stock écoulé.

En Afrique francophone, plusieurs pays ont commencé à vacciner grâce à des dons et achats de vaccins de Chine et de Russie, puis les premiers approvisionnements par COVAX ont été suivis de dons bilatéraux de la part des pays riches (USA, France…), actuellement complétés par l’Initiative AVATT (African Union’s Covid-19 Vaccine Acquisition Task Team, associant Africa CDC, Banque Mondiale et AfreximBank).

La diversité des sources et des modes d’approvisionnement s’est doublée d’une diversification des vaccins aux caractéristiques, performances, indications et schémas de dispensation différents. Au Sénégal par exemple, un total de 1.467.200 doses des vaccins Sinopharm, AstraZeneca et Johnson & Johnson avait été fourni au 5 août 2021 lors de neuf livraisons de cinq fournisseurs non coordonnées, aux volumes compris entre 25.000 et 324.000 doses. Les périodes de rupture de stock induites par l’irrégularité des livraisons ont retardé sur des sites une partie des secondes injections.

Inquiétées par la vague épidémique observée en juillet, des personnes ne pouvant accéder à la seconde dose de leur vaccin initial ont eu recours à des schémas non validés en combinant des vaccins différents.

Ainsi, le manque d’accès aux vaccins ne se traduit pas seulement par des files d’attente (qui révèlent qu’un service de santé dispose de vaccins) mais par des approvisionnements non planifiables et des protections immunitaires individuelles absentes, partielles ou incertaines.

L’acceptabilité des vaccins et de la vaccination

L’acceptabilité du vaccin est souvent abordée sous l’angle de l’hésitation vaccinale, une notion appliquée à des formes diverses de refus ou de report de la vaccination. L’OMS l’associe à l’infodémie et la mésinformation portée par les rumeurs et les fake news, souvent produites par des tendances anti-vaccins ou des groupes conspirationnistes.

Nos premières enquêtes sur le sujet, menées en octobre 2020, avaient montré des réticences vis-à-vis d’un futur vaccin et les logiques sous-jacentes. Lorsque les vaccins sont devenus disponibles mi-février 2021 au Sénégal, les attitudes ont basculé, comme l’ont montré les dashboards de suivi hebdomadaire de l’acceptation. Ces enquêtes sont menées auprès de groupes peu représentatifs de l’ensemble de la population, mais elles décrivent significativement des évolutions. L’augmentation du taux d’acceptabilité passée de 35 à 75% traduit une adhésion pragmatique, influencée par la diffusion de messages officiels en faveur du vaccin et par la médiatisation de la vaccination de personnalités publiques.

Mais en mars, la médiatisation intensive des effets indésirables du vaccin AstraZeneca sur les chaînes internationales d’information continue fait chuter ce taux. L’adhésion va ensuite fluctuer pour des raisons diverses, sur fond d’informations qui dénigrent tous les vaccins anti-covid. Certaines personnes refusent l’AstraZeneca, perçu comme trop risqué, et attendent que le vaccin Sinopharm soit de nouveau disponible ; d’autres devant recevoir leur seconde dose sont confrontées à la rupture de stock en AstraZeneca ; d’autres enfin refusent une première dose de Sinopharm dans l’attente d’un troisième vaccin annoncé.

En juillet, une troisième vague épidémique installée en l’espace de deux semaines va provoquer une forte augmentation de la demande. Les centres de santé n’ont alors pas assez de doses et les files d’attente débutant tôt le matin s’allongent. Cette demande, en l’absence de campagne de vaccination organisée ou de communication intensive, paraît motivée par la prise de conscience du risque infectieux et par l’expérience collective de la maladie : atteinte des proches, augmentation du nombre de décès de personnalités ou d’anonymes après de « courtes maladies », médias relatant les difficultés croissantes d’accès à l’oxygénothérapie pour les cas graves, plaintes récurrentes de professionnels de santé débordés par les patients Covid et crainte du variant Delta.

Les autorités sanitaires gèrent la situation par l’annonce d’arrivages prochains de vaccins, ce qui permet de tempérer une demande dépassant largement les capacités journalières de vaccination.

Le rapport entre accès et acceptation

L’évolution en quatre phases de l’acceptabilité de la vaccination observée au Sénégal apparaît très liée à l’accessibilité des vaccins.

Dans une première phase, les vaccins inaccessibles suscitent la méfiance et le doute en contexte d’infodémie, ainsi que des prises de position ambivalentes et changeantes, ce qui correspond à la définition initiale de « l’hésitation vaccinale ».

La seconde phase, lorsque le vaccin est mis à disposition, matérialisé et socialisé par la vaccination, provoque un engouement même parmi des personnes auparavant réticentes : les termes acceptation ou demande, moins négatifs qu’hésitation, semblent plus appropriés pour qualifier les attitudes.

La demande est inégale lors de la troisième phase, quand les vaccins initiaux ne sont plus disponibles partout et que d’autres vaccins arrivent : les perceptions et attitudes deviennent plus spécifiques de chaque vaccin, alors que des informations contradictoires circulent sur certains. Les représentations intègrent non seulement les qualités du produit, mais aussi les modalités d’approvisionnement. Nos entretiens rapportent que le vaccin AstraZeneca, par exemple, est perçu par des Sénégalais comme élaboré pour les Européens (du fait que ce dernier est recommandé aux plus de 55 ans en France, alors que la population africaine est plus jeune), et donné à l’Afrique parce que les Européens n’en veulent plus à cause de ses effets indésirables.

D’autre part, des personnes retardent leur venue dans un site de vaccination afin d’obtenir un vaccin spécifique qu’elles savent alors en rupture de stock. La demande apparaît comme un compromis entre opportunités (disponibilité, modalités d’accès) et perceptions des vaccins (choisis de manière à éviter des effets négatifs).

L’engouement de la quatrième phase déborde les capacités du programme de vaccination. La demande n’a pourtant pas été soutenue par une campagne de communication, une stratégie communautaire ou des mesures dans les entreprises, mais elle est devenue massive du fait de la prise de conscience du risque. La quête de vaccin s’est individualisée : chacun cherche à compléter son statut vaccinal en naviguant selon les opportunités d’accès, ce qui le conduit parfois loin des schémas recommandés par l’OMS.

De l’hésitation à la demande

Au final, les observations réalisées au Sénégal montrent que les opinions, attitudes et comportements face au vaccin et à la vaccination sont évolutifs, sensibles au contexte. Outre les problèmes théoriques que pose la notion d’hésitation vaccinale, amplifiés par les confusions entre définitions de sens commun et scientifique, cette notion semble trop réductrice, notamment du fait de sa connotation négative.

Des attitudes positives envers le vaccin peuvent émerger jusqu’à dépasser les capacités des systèmes de soin, comme cela a été le cas au Sénégal en juillet. Dans ce pays, l’hésitation a dominé lorsque le vaccin n’était encore qu’un objet idéel soumis à l’influence des médias, mais les expériences ont favorisé son acceptation, devenue demande dans le contexte alarmant de la nouvelle vague épidémique.

L’acceptabilité de la vaccination est devenue indissociable de celle du (des) vaccin(s) lorsque plusieurs d’entre eux ont été disponibles, selon des modalités inégales. Les populations qui « font la queue » pour se vacciner n’ont pas abandonné toute méfiance et pourraient de nouveau déserter les sites de vaccination, ou développer des stratégies individualisées, selon l’évolution du contexte épidémique, de l’approvisionnement, du dispositif et des stratégies de vaccination et de communication.

L’enjeu de l’accès au vaccin en Afrique n’efface pas celui de l’hésitation ou la demande. Un accès limité, contraint, partiel et imprévisible, fragilise aussi l’acceptation du vaccin et l’efficacité de la vaccination.

Cet article est republié à partir de The Conversation

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