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Société: fin du monde ou d’un monde ?

Société: fin du monde ou d’un monde ?

 

 

Philippe Mabille dans un édito de la « Tribune » évoque la problématique politique et énergétique mondiale (extrait)


Notre cécité collective devant le réchauffement de la planète vient cruellement rencontrer les deux actualités dramatiques qui se percutent en ce tragique hiver 2022 : l’invasion de l’Ukraine, à laquelle l’Occident a refusé de croire jusqu’à la dernière minute de ce jeudi 24 février au matin où l’armée russe a franchi sous nos yeux incrédules le Rubicon au Donbass pour envahir totalement son voisin ; et la publication passée hélas inaperçue cette semaine du nouveau rapport du GIEC sur l’adaptation au changement climatique qui annonce des conséquences dramatiques à l’échelle des prochaines décennies pour au moins 3,3 milliards d’hommes et de femmes. Dans le même temps, Vladimir Poutine et son ministre des Affaires étrangères ont déjà menacé à quatre reprises l’Occident de représailles nucléaires en cas d’intervention militaire de l’OTAN dans le conflit en Ukraine.

Entre la fin du monde tout de suite et la fin du monde plus tard, vous êtes priés de choisir… Comme l’a dit Albert Einstein : « Je ne sais pas comment on fera la troisième guerre mondiale, mais il ne restera pas grand monde pour faire la quatrième ou alors avec des pierres et des bâtons ».

De quelle cécité avons-nous fait preuve pour ne pas voir que Vladimir Poutine finirait par mettre ses menaces impériales à exécution ? Il avait pourtant tout annoncé et les tensions croissantes, l’état de quasi-guerre dans le Donbass depuis la révolution de 2014, laissait présager du pire. Nous voilà donc revenus 40 ans en arrière, à l’époque où François Mitterrand déclarait au Bundestag, à Bonn, le 20 janvier 1983 (six ans avant la chute du Mur de Berlin) : « les pacifistes sont à l’Ouest et les missiles sont à l’Est », au plus fort de la crise née de l’installation des SS-20. Une époque où le slogan « faites l’amour, pas la guerre » était concurrencé par « mieux vaut un Pershing dans son jardin qu’un Russe dans son lit »… (du nom du missile américain installé en face de la RDA – NDLR).

Par sa « stratégie du fou », Poutine a éclipsé d’un coup d’un seul et le Covid et le climat. Pendant que nous pouvons, enfin, en France, retirer nos masques et abandonner le pass vaccinal, le peuple ukrainien martyr sous les bombes a déjà mis plus d’1 million de réfugiés sur les routes de ses frontières bafouées. Et Poutine promet le pire, avec la prise de contrôle brutale des centrales nucléaires russes, pour contrôler l’électricité en Ukraine. Au risque de créer un Tchernobyl puissance 10, raconte Marine Godelier.

Une course de vitesse s’est engagée entre l’efficacité des sanctions, les plus dures jamais infligées à un pays, plus encore que l’Iran, et celle de l’armée russe. Comment arrêter Poutine ? Telle est LA question que se posent les dirigeants occidentaux qui tentent une désescalade diplomatique tout en mettant une pression maximale sur le régime. La tension est forte sur les oligarques proches du pouvoir, dont les biens sont gelés partout mais dont la saisie se heurte au respect du droit de propriété. Bercy a quand même lancé la difficile traque des milliardaires russes, raconte Grégoire Normand. Mais que pèse la saisie d’un ou de quelques yachts quand tous les équilibres du monde tremblent sur leurs bases…

Le danger  est connu et si nous ne sommes pas en guerre, nous allons souffrir, durablement et fortement, en France comme dans tous les pays développés, du fait de notre dépendance, directe et indirecte, au gaz, au pétrole et à certaines matières premières stratégiques russes. Le plongeon des marchés financiers qui ont vécu leur pire semaine depuis le confinement de mars 2020 montre que l’indice de la peur, le VIX, a monté de plusieurs crans. La crainte d’une récession voire pire encore d’une stagflation tétanise les investisseurs. En chute de 10% en cinq séances, le CAC 40 a vécu sa pire semaine depuis le confinement de mars 2020, le premier confinement.

Régional, le conflit se mondialise du fait de l’impact des sanctions. La Russie, presque totalement isolée économiquement et financièrement, a vu s’effondrer le rouble et tente de se tourner vers les cryptomonnaies. Au bord de la banqueroute, la Russie a vu sa dette dégradée en catégorie spéculative, proche du défaut de paiement. Le fonds souverain norvégien a frappé les esprits en comptabilisant à zéro tous ses actifs russes, raconte Eric Benhamou.

La Russie a riposté en annonçant un arsenal de mesures pour éviter l’asphyxie mais on est loin du « quoi qu’il en coûte » de Macron pendant le Covid. En France, des plans de résilience sont à l’étude pour aider les secteurs économiques impactés. Agriculture, automobile, aéronautique, tourisme, les effets seront sensibles. Outre l’impact sur la production industrielle, le pouvoir d’achat va en prendre un coup. Le bouclier tarifaire sur le gaz a été prolongé de six mois et on parle de nouveau blocage des prix et aides à l’achat des carburants pour les professions les plus exposées. De très nombreuses entreprises françaises se retrouvent prises en étau et des questions cruciales de logistique et d’approvisionnement critique se posent.

Ce n’est pas encore la fin du monde mais la fin d’un monde. Celui que nous avons connu depuis 30 ans. Un rideau de fer économique et financier s’est abattu brutalement sur le monde. Dans le numérique, alors que Sylvain Rolland craint la multiplication des cyberattaques, on craint la balkanisation du net avec une rupture entre l’internet russe et l’internet mondial.

La question clef est de savoir si la Chine soutiendra la Russie. Prudente, elle reste neutre, s’est abstenue lors du vote à l’ONU demandant la fin de l’invasion et semble partagée entre ses clients qui sont à l’Occident, et son fournisseur russe de pétrole et de gaz…

La guerre en Ukraine menace donc à court terme la transition écologique de l’Europe qui envisage de rouvrir des centrales au charbon en cas de rupture du gaz russe. Un comble, qui n’a provoqué aucune réaction côté Greta Thunberg. Mais même si se passer du gaz et du pétrole russe est une gageure, apprendre à le faire sera peut-être l’ultime réponse à l’agression irraisonnée de Poutine. L’Agence internationale de l’énergie a publié un plan en 10 mesures pour ne plus dépendre à l’avenir du gaz russe.

Paradoxalement, le coup de force de Poutine pourrait bien avoir pour effet d’accélérer la prise de conscience mondiale de l’urgence de la transition énergétique. En Allemagne, qui s’est mis d’elle-même dans les mains de l’ogre russe en renonçant au nucléaire (même Poutine s’en est moqué), on est à l’heure des grandes remises en cause : le tabou de la prolongation des centrales qui devaient fermer cette année en Allemagne est en train de sauter.

Heureusement pour l’Europe, pour l’instant, l’hiver n’est pas trop froid. Et Poutine a eu la bonne idée d’attendre presque le printemps pour lancer sa sale guerre. Le réchauffement climatique nous offre ainsi un peu de temps, celui de retrouver le chemin de la diplomatie et de la raison ? Et celui de nous interroger sur notre propre responsabilité, celui d’une économie plus sobre en carbone. Le choc énergétique que nous subissons n’appelle qu’une seule réponse, innover pour dépenser moins d’énergie.

D’un mal peut-il donc sortir un bien ? En huit jours, Poutine a certes ramené son pays 30 ans en arrière et en a fait le paria du monde, mais l’Europe vient de faire un bond de 30 ans dans l’autre sens en sortant enfin de sa léthargie stratégique. Emmanuel Macron, président en exercice de l’Union européenne a convoqué un Sommet à Versailles pour relancer l’Europe de la défense et parler de la souveraineté économique du continent appelé à s’unir face au retour des empires. Même le Royaume-Uni commence à regretter son Brexit et regarde de nouveau de l’autre côté de la Manche, conscient du danger à être isolé dans un monde redevenant dangereux.

L’OTAN, en « état de mort cérébrale » selon Emmanuel Macron, retrouve avec cette crise et sa raison d’être et son attractivité, celle d’offrir un parapluie à tous ses membres selon la célèbre formule du « Un pour tous, tous pour un ». L’Ukraine, qui résiste à l’envahisseur, a gagné au travers cette crise ses galons de nation souveraine et revendique son appartenance à l’Europe. L’Europe, cet anti-empire détesté par Poutine qui attire par son modèle de liberté et auquel il ne peut opposer que la force…

 




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