Archive pour le Tag 'McKinsey'

Relations entre Macron et Affaire McKinsey : Une enquête de la justice

Relations entre Macron et Affaire McKinsey : Une enquête de la justice


La justice à travers le parquet national financier confirme qu’il y aura bien une enquête sur les liens entre le cabinet de conseil McKinsey et les campagnes électorales de Macron de 2017 et 2022. »Suite à plusieurs signalements et plaintes d’élus et de particuliers, une information judiciaire a été ouverte le 20 octobre 2022, notamment des chefs de tenue non conforme de comptes de campagne et minoration d’éléments comptables dans un compte de campagne, portant sur les conditions d’intervention de cabinets de conseils dans les campagnes électorales de 2017 et 2022″, explique entre autres le parquet national financier ce jeudi soir.

La justice a déjà enquêté dans les locaux de McKinsey et plus spécifiquement sur l’aspect fiscal du dossier.

Le cabinet McKinsey est bien assujetti à l’impôt sur les sociétés (IS) en France mais ses versements s’établissent à zéro euro depuis au moins 10 ans», concluait le rapport du sénat.

Une affaire qui dégage un certain parfum de scandale .Pour justifier les contrat passés par l’Etat de plus d’un milliard d’euros avec McKinsey, il faudrait que l’État ait mobilisé des milliers et des milliers de consultants puisque l’essentiel des prestations relève du soft et non de la fourniture d’investissements matériels.

Dans leur rapport explosif sur l’influence croissante des cabinets de conseil dans l’Hexagone, publié en pleine campagne présidentielle, les sénateurs Éliane Assasi et Arnaud Bazin (CRCE et LR) affirmaient que le cabinet américain échappait à l’impôt sur les sociétés (IS) en France. S’il y était théoriquement bien assujetti, «ses versements s’établissent à zéro euro depuis au moins 10 ans», concluait la commission, décrivant la situation comme un «exemple caricatural d’optimisation fiscale». Or, ce constat était contraire aux propos «tenus sous serment» par le directeur associé du cabinet, Karim Tadjeddine : mi-janvier, celui-ci assurait «nous payons l’impôt sur les sociétés en France et l’ensemble des salaires sont dans une société de droit français qui paie ses impôts en France».

Fin mars, quelques semaines après la publication du rapport, la commission d’enquête avait donc annoncé saisir la justice pour, précisément, «faux témoignage devant la commission d’enquête», de la part du directeur associé du cabinet. De son côté, l’entreprise a toujours réfuté ces accusations, assurant payer l’impôt dû.

Plus largement, au-delà du simple volet fiscal qui ne concerne que McKinsey, le Sénat compte bien s’occuper du sujet de fond du recours aux cabinets de conseil par l’État. . En attendant, le parquet national financier (PNF) poursuit son enquête visant le «statut fiscal» de McKinsey en France, ouverte fin mars.

Affaire Macron – McKinsey : Une enquête de la justice

Affaire Macron – McKinsey : Une enquête de la justice

La justice à travers le parquet national financier confirme qu’il y aura bien une enquête sur les liens entre le cabinet de conseil McKinsey et les campagnes électorales de Macron de 2017 et 2022. »Suite à plusieurs signalements et plaintes d’élus et de particuliers, une information judiciaire a été ouverte le 20 octobre 2022, notamment des chefs de tenue non conforme de comptes de campagne et minoration d’éléments comptables dans un compte de campagne, portant sur les conditions d’intervention de cabinets de conseils dans les campagnes électorales de 2017 et 2022″, explique entre autres le parquet national financier ce jeudi soir.

La justice a déjà enquêté dans les locaux de McKinsey et plus spécifiquement sur l’aspect fiscal du dossier.

Le cabinet McKinsey est bien assujetti à l’impôt sur les sociétés (IS) en France mais ses versements s’établissent à zéro euro depuis au moins 10 ans», concluait le rapport du sénat.

Une affaire qui dégage un certain parfum de scandale .Pour justifier les contrat passés par l’Etat de plus d’un milliard d’euros avec McKinsey, il faudrait que l’État ait mobilisé des milliers et des milliers de consultants puisque l’essentiel des prestations relève du soft et non de la fourniture d’investissements matériels.

Dans leur rapport explosif sur l’influence croissante des cabinets de conseil dans l’Hexagone, publié en pleine campagne présidentielle, les sénateurs Éliane Assasi et Arnaud Bazin (CRCE et LR) affirmaient que le cabinet américain échappait à l’impôt sur les sociétés (IS) en France. S’il y était théoriquement bien assujetti, «ses versements s’établissent à zéro euro depuis au moins 10 ans», concluait la commission, décrivant la situation comme un «exemple caricatural d’optimisation fiscale». Or, ce constat était contraire aux propos «tenus sous serment» par le directeur associé du cabinet, Karim Tadjeddine : mi-janvier, celui-ci assurait «nous payons l’impôt sur les sociétés en France et l’ensemble des salaires sont dans une société de droit français qui paie ses impôts en France».

Fin mars, quelques semaines après la publication du rapport, la commission d’enquête avait donc annoncé saisir la justice pour, précisément, «faux témoignage devant la commission d’enquête», de la part du directeur associé du cabinet. De son côté, l’entreprise a toujours réfuté ces accusations, assurant payer l’impôt dû.

Plus largement, au-delà du simple volet fiscal qui ne concerne que McKinsey, le Sénat compte bien s’occuper du sujet de fond du recours aux cabinets de conseil par l’État. . En attendant, le parquet national financier (PNF) poursuit son enquête visant le «statut fiscal» de McKinsey en France, ouverte fin mars.

Macron et Affaire McKinsey : Une enquête de la justice

Macron et Affaire McKinsey : Une enquête de la justice

La justice à travers le parquet national financier confirme qu’il y aura bien une enquête sur les liens entre le cabinet de conseil McKinsey et les campagnes électorales de Macron de 2017 et 2022. »Suite à plusieurs signalements et plaintes d’élus et de particuliers, une information judiciaire a été ouverte le 20 octobre 2022, notamment des chefs de tenue non conforme de comptes de campagne et minoration d’éléments comptables dans un compte de campagne, portant sur les conditions d’intervention de cabinets de conseils dans les campagnes électorales de 2017 et 2022″, explique entre autres le parquet national financier ce jeudi soir.

La justice a déjà enquêté dans les locaux de McKinsey et plus spécifiquement sur l’aspect fiscal du dossier.

Le cabinet McKinsey est bien assujetti à l’impôt sur les sociétés (IS) en France mais ses versements s’établissent à zéro euro depuis au moins 10 ans», concluait le rapport du sénat.

Une affaire qui dégage un certain parfum de scandale .Pour justifier les contrat passés par l’Etat de plus d’un milliard d’euros avec McKinsey, il faudrait que l’État ait mobilisé des milliers et des milliers de consultants puisque l’essentiel des prestations relève du soft et non de la fourniture d’investissements matériels.

Dans leur rapport explosif sur l’influence croissante des cabinets de conseil dans l’Hexagone, publié en pleine campagne présidentielle, les sénateurs Éliane Assasi et Arnaud Bazin (CRCE et LR) affirmaient que le cabinet américain échappait à l’impôt sur les sociétés (IS) en France. S’il y était théoriquement bien assujetti, «ses versements s’établissent à zéro euro depuis au moins 10 ans», concluait la commission, décrivant la situation comme un «exemple caricatural d’optimisation fiscale». Or, ce constat était contraire aux propos «tenus sous serment» par le directeur associé du cabinet, Karim Tadjeddine : mi-janvier, celui-ci assurait «nous payons l’impôt sur les sociétés en France et l’ensemble des salaires sont dans une société de droit français qui paie ses impôts en France».

Fin mars, quelques semaines après la publication du rapport, la commission d’enquête avait donc annoncé saisir la justice pour, précisément, «faux témoignage devant la commission d’enquête», de la part du directeur associé du cabinet. De son côté, l’entreprise a toujours réfuté ces accusations, assurant payer l’impôt dû.

Plus largement, au-delà du simple volet fiscal qui ne concerne que McKinsey, le Sénat compte bien s’occuper du sujet de fond du recours aux cabinets de conseil par l’État. . En attendant, le parquet national financier (PNF) poursuit son enquête visant le «statut fiscal» de McKinsey en France, ouverte fin mars.

Scandale McKinsey : le Sénat saisit la justice … Qui va étouffer l’affaire

Scandale McKinsey : le  Sénat saisit la justice … Qui va étouffer l’affaire

Nouveau rebondissement dans l’affaire des cabinets de conseil, et plus spécifiquement sur l’aspect fiscal du dossier. Ce mercredi, dans un communiqué, le bureau du Sénat a annoncé avoir décidé «de saisir le parquet [...] pour suspicion de faux témoignage» sur la situation fiscale du cabinet de conseil McKinsey en France. Une affaire qui dégage un certain parfum du premier financement de la campagne de Macron en 2017 . Les conditions le financement de cette campagne n’ont jamais été éclairées, et il y a peu de chances qu’elle soit maintenant ! Pour justifier cette dépense de plus d’un milliard d’euros, il faudrait que l’État ait  mobilisé des milliers et des milliers de consultants puisque l’essentiel des prestations relève du soft et non de la fourniture d’investissements matériels.

Dans leur rapport explosif sur l’influence croissante des cabinets de conseil dans l’Hexagone, publié en pleine campagne présidentielle, les sénateurs Éliane Assasi et Arnaud Bazin (CRCE et LR) affirmaient que le cabinet américain échappait à l’impôt sur les sociétés (IS) en France. S’il y était théoriquement bien assujetti, «ses versements s’établissent à zéro euro depuis au moins 10 ans», concluait la commission, décrivant la situation comme un «exemple caricatural d’optimisation fiscale». Or, ce constat était contraire aux propos «tenus sous serment» par le directeur associé du cabinet, Karim Tadjeddine : mi-janvier, celui-ci assurait «nous payons l’impôt sur les sociétés en France et l’ensemble des salaires sont dans une société de droit français qui paie ses impôts en France».

Fin mars, quelques semaines après la publication du rapport, la commission d’enquête avait donc annoncé saisir la justice pour, précisément, «faux témoignage devant la commission d’enquête», de la part du directeur associé du cabinet. De son côté, l’entreprise a toujours réfuté ces accusations, assurant payer l’impôt dû.

Plus largement, au-delà du simple volet fiscal qui ne concerne que McKinsey, le Sénat compte bien s’occuper du sujet de fond du recours aux cabinets de conseil par l’État. Une proposition de loi transpartisane, réunissant notamment les membres de la commission d’enquête, doit être déposée «fin juin». Objectif : «qu’elle soit examinée par le Sénat à l’automne prochain» et qu’elle permette de mieux encadrer le recours à ces entités privées. En attendant, le parquet national financier (PNF) poursuit son enquête visant le «statut fiscal» de McKinsey en France, ouverte fin mars.

 

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Politique-Scandale McKinsey : le Sénat saisit la justice

Politique-Scandale McKinsey : le  Sénat saisit la justice 

Nouveau rebondissement dans l’affaire des cabinets de conseil, et plus spécifiquement sur l’aspect fiscal du dossier. Ce mercredi, dans un communiqué, le bureau du Sénat a annoncé avoir décidé «de saisir le parquet [...] pour suspicion de faux témoignage» sur la situation fiscale du cabinet de conseil McKinsey en France. Une affaire qui dégage un certain parfum du premier financement de la campagne de Macron en 2017 .Pour justifier cette dépense de plus d’un milliard d’euros, il faudrait que l’État ait  mobilisé des milliers et des milliers de consultants puisque l’essentiel des prestations relève du soft et non de la fourniture d’investissements matériels.

Dans leur rapport explosif sur l’influence croissante des cabinets de conseil dans l’Hexagone, publié en pleine campagne présidentielle, les sénateurs Éliane Assasi et Arnaud Bazin (CRCE et LR) affirmaient que le cabinet américain échappait à l’impôt sur les sociétés (IS) en France. S’il y était théoriquement bien assujetti, «ses versements s’établissent à zéro euro depuis au moins 10 ans», concluait la commission, décrivant la situation comme un «exemple caricatural d’optimisation fiscale». Or, ce constat était contraire aux propos «tenus sous serment» par le directeur associé du cabinet, Karim Tadjeddine : mi-janvier, celui-ci assurait «nous payons l’impôt sur les sociétés en France et l’ensemble des salaires sont dans une société de droit français qui paie ses impôts en France».

Fin mars, quelques semaines après la publication du rapport, la commission d’enquête avait donc annoncé saisir la justice pour, précisément, «faux témoignage devant la commission d’enquête», de la part du directeur associé du cabinet. De son côté, l’entreprise a toujours réfuté ces accusations, assurant payer l’impôt dû.

Plus largement, au-delà du simple volet fiscal qui ne concerne que McKinsey, le Sénat compte bien s’occuper du sujet de fond du recours aux cabinets de conseil par l’État. Une proposition de loi transpartisane, réunissant notamment les membres de la commission d’enquête, doit être déposée «fin juin». Objectif : «qu’elle soit examinée par le Sénat à l’automne prochain» et qu’elle permette de mieux encadrer le recours à ces entités privées. En attendant, le parquet national financier (PNF) poursuit son enquête visant le «statut fiscal» de McKinsey en France, ouverte fin mars.

Scandale McKinsey : le Sénat saisit la justice

Scandale McKinsey : le  Sénat saisit la justice 

Nouveau rebondissement dans l’affaire des cabinets de conseil, et plus spécifiquement sur l’aspect fiscal du dossier. Ce mercredi, dans un communiqué, le bureau du Sénat a annoncé avoir décidé «de saisir le parquet [...] pour suspicion de faux témoignage» sur la situation fiscale du cabinet de conseil McKinsey en France. Une affaire qui dégage un certain parfum du premier financement de la campagne de Macron en 2017 .

Dans leur rapport explosif sur l’influence croissante des cabinets de conseil dans l’Hexagone, publié en pleine campagne présidentielle, les sénateurs Éliane Assasi et Arnaud Bazin (CRCE et LR) affirmaient que le cabinet américain échappait à l’impôt sur les sociétés (IS) en France. S’il y était théoriquement bien assujetti, «ses versements s’établissent à zéro euro depuis au moins 10 ans», concluait la commission, décrivant la situation comme un «exemple caricatural d’optimisation fiscale». Or, ce constat était contraire aux propos «tenus sous serment» par le directeur associé du cabinet, Karim Tadjeddine : mi-janvier, celui-ci assurait «nous payons l’impôt sur les sociétés en France et l’ensemble des salaires sont dans une société de droit français qui paie ses impôts en France».

Fin mars, quelques semaines après la publication du rapport, la commission d’enquête avait donc annoncé saisir la justice pour, précisément, «faux témoignage devant la commission d’enquête», de la part du directeur associé du cabinet. De son côté, l’entreprise a toujours réfuté ces accusations, assurant payer l’impôt dû.

Plus largement, au-delà du simple volet fiscal qui ne concerne que McKinsey, le Sénat compte bien s’occuper du sujet de fond du recours aux cabinets de conseil par l’État. Une proposition de loi transpartisane, réunissant notamment les membres de la commission d’enquête, doit être déposée «fin juin». Objectif : «qu’elle soit examinée par le Sénat à l’automne prochain» et qu’elle permette de mieux encadrer le recours à ces entités privées. En attendant, le parquet national financier (PNF) poursuit son enquête visant le «statut fiscal» de McKinsey en France, ouverte fin mars.

Emmanuel Macron et les dessous de l’affaire McKinsey

Emmanuel  Macron et les dessous de l’affaire  McKinsey 

Depuis la publication, le 17 mars dernier, du rapport du Sénat sur la question, les travaux de la commission d’enquête ont fait naître polémiques et fausses informations, reprises et alimentées par les concurrents d’Emmanuel Macron, que le JDD s’attache à démêler.

 

À noter toutefois que le principal reproche qu’on peut formuler à l’égard de ce scandale d’État c’est d’avoir dépensé une somme phénoménale d’un milliard représentant des milliers d’experts consultants alors que dans le même temps la France entretient des milliers de hauts fonctionnaires qui ont précisément pour mission de diriger, d’orienter, de contrôler l’administration et ses fonctions régaliennes. La France de ce point de vue est l’un des pays qui compte le plus de hauts fonctionnaires au monde ( l’ENA étant l’exemple plus symbolique fournisseur de ce personnel). L’autre reproche, c’est que Macron gouvernant seul et ne voulant surtout pas de parti se sert d’un consultant comme conseil en stratégie politique; un conseil payé par le contribuable. NDLR

 

Pourquoi y a-t-il une polémique sur McKinsey ?

En raison d’un rapport mettant en évidence l’utilisation importante des cabinets de conseil sous le quinquennat Macron. Tout part du rapport sénatorial rendu public le 17 mars. Une commission d’enquête, créée en novembre 2021, a étudié l’influence des cabinets de conseil privés dans les politiques publiques au cours du dernier quinquennat. Le président de la commission, le sénateur LR Arnaud Bazin et la rapporteure, la communiste Éliane Assassi, ont mis en évidence une augmentation notable des dépenses liées au cabinet de conseil, qui sont passées de 379 millions d’euros en 2018 à 894 millions en 2021. Il s’agit d’un « phénomène tentaculaire » selon le rapport.

 
 

Très vite après la publication du rapport, le débat s’est focalisé sur McKinsey, un de ces cabinets de conseil, pour plusieurs raisons :

- Des liens supposés avec Emmanuel Macron. Ce qui a remis au goût du jour l’image du « président des riches » , proche des élites économiques ;

 
- le fait que les entités françaises de McKinsey n’ont versé aucun impôt sur les sociétés depuis dix ans, selon les conclusions du rapport sénatorial* ;

- le fait que l’entreprise McKinsey était déjà apparue dans le débat public pour son intervention dans la campagne vaccinale française.

En pleine campagne présidentielle , le sujet est vite apparu comme explosif et tous les adversaires du président-candidat, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen en passant par Eric Zemmour, se sont emparés de l’affaire. Pourtant, le président de la commission d’enquête, le Républicain Arnaud Bazin, avait précisé dès le début vouloir rendre ses travaux « en mars 2022, avant le premier tour de l’élection présidentielle », sachant que la commission a 6 mois pour rendre son rapport. Les travaux avaient débuté en novembre 2021, et dès le départ, la commission a la temporalité en tête : « Nous nous sommes interrogés, avec Arnaud Bazin, parce que cela nous faisait rendre le rapport en plein cœur des élections législatives, ce qui aurait été pire. Il y a une sorte « d’alignement des planètes », mais nous n’avions pas du tout l’objectif de pirater la séquence électorale, cela n’a rien à voir. », assure au JDD la rapporteure, Éliane Assassi.

Que font ces cabinets de conseil ?

Des missions variées, pour des résultats « inégaux ». Dans le rapport du Sénat, il est écrit que « le rôle d’un cabinet de conseil consiste à rédiger des documents stratégiques à destination des responsables publics », mais les missions des cabinets de conseil sont aussi beaucoup plus concrètes : pendant la crise sanitaire , il leur a notamment été confié « la logistique des masques, des équipements de protection et des vaccins, des systèmes d’information pour la vaccination – VAC-SI – et pour le passe sanitaire… » comme le détaille le Sénat.

Mais une grande partie de l’activité de conseil relève du secteur informatique : ce domaine représente 646,4 millions d’euros en 2021, soit 72 % des dépenses de conseil. Le Sénat rappelle la teneur de ces missions : conseil en  « qualité des systèmes d’information »; « stratégie des systèmes d’information » ; « étude de projets applicatifs », ou encore « urbanisation et expertise technique ».

Evolution des dépenses de conseil en informatique des ministères  

Evolution des dépenses de conseil en informatique des ministères

(Rapport du Sénat)

Mais le Sénat dénonce également des missions trop coûteuses pour des résultats « inégaux », comme pour la mission confiée à McKinsey sur l’avenir du métier d’enseignant, qui a coûté 496 800 euros. Pourtant évaluée comme « satisfaisante » par la direction interministérielle de la transformation publique, le produit de cette mission « se résume à une compilation – certes conséquente – de travaux scientifiques et à la production de graphiques fondés sur des données publiques, notamment de l’OCDE », tance le Sénat, ajoutant que la valeur ajoutée semble alors « réduite », alors que les consultants facturent leur journée à 3 312 euros. Une mission qui n’a pas eu de suites concrètes selon le Sénat, le ministère de l’Éducation nationale ayant lui-même reconnu qu’il n’était « pas possible de déterminer les conséquences directes » du travail effectué par McKinsey.

Lire aussi - Qu’est-ce qu’un cabinet de conseil ?

Quel est le poids de McKinsey et des cabinets de conseil dans les commandes publiques ?

Assez léger. 20 cabinets de conseils se partagent 55 % du marché du conseil pour les ministères selon les chiffres du Sénat. Le cabinet McKinsey n’y représente qu’1 % de ce marché entre 2018 et 2020, la même part que Kantar. Le groupe français Eurogroup est le premier avec 10 % du marché, le second, également français, est Capgemini (5 %).

Répartition du marché du conseil aux ministères entre 2018 et 2020  

Répartition du marché du conseil aux ministères entre 2018 et 2020

(Rapport du Sénat)

Lors du point presse du gouvernement sur le sujet, Olivier Dussopt, ministre délégué chargé des Comptes Publics, a balayé toute interdépendance entre État et cabinets de conseils, en précisant que ceux-ci ne représentaient que « 0,3 % de la masse salariale totale de l’État ».

Il faut cependant souligner que le recours aux cabinets de conseil a été important pendant la crise sanitaire, et que la société McKinsey a totalisé pendant cette période 12,3 millions d’euros de contrats au cours de la période, le plaçant en tête des commandes.

Quel est le lien entre Emmanuel Macron et McKinsey ?

Plusieurs consultants ou anciens de McKinsey ont travaillé pour la campagne Macron de 2017. Des liens existent ainsi entre McKinsey et Emmanuel Macron. Karim Tadjeddine, responsable du pôle secteur public de McKinsey, était un soutien d’Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle de 2017. Il avait également signé en 2016 un chapitre du livre de Thomas Cazenave, directeur adjoint de cabinet du ministre à Bercy, intitulé L’État en mode start-up. L’ouvrage avait été préfacé par Emmanuel Macron.

Karim Tadjeddine apparaît dans les MacronLeaks avec son adresse mail de McKinsey. Devant le Sénat, il a reconnu que « l’utilisation de l’adresse électronique de l’entreprise était une erreur. Je le reconnais, cela a donné lieu à une suite en interne ». Plusieurs consultants ou anciens de McKinsey se sont également investis sur leur temps libre dans la campagne électorale de 2017. L’entreprise n’a pas joué de rôle en tant que tel.

Le gouvernement a-t-il eu plus de recours aux cabinets de conseil que dans les quinquennats précédents ? Et par rapport aux autres pays européens ?

La pratique de recourir aux cabinets de conseil n’est pas inédite. Cependant, le rapport du Sénat examine le recours aux cabinets de conseil seulement pendant le quinquennat d’Emmanuel Macron. Jusqu’en 2018, la pratique est mal connue, car mal-documentée : les ministères ne disposeraient pas des chiffres antérieurs à 2018, à cause d’un changement de logiciel, c’est la raison avancée à la commission d’enquête sénatoriale. Elle a donc dû se rabattre sur des approximations qui se fondent sur des chiffres transmis par la Fédération européenne des associations de conseil en organisation, qui prend en compte les prestations réalisées pour l’ensemble de la sphère publique, dont les collectivités territoriales, contrairement à l’angle choisi par les sénateurs.

Ils jugent toutefois que ces chiffres permettent de se rendre compte de la tendance à la hausse dans le marché du conseil au secteur public depuis 2007 : il aurait ainsi gagné plus de 40 % entre 2005 et 2018, selon la fédération. C’est avec la Révision générale des politiques publiques (RGPP), réforme de l’État menée par Nicolas Sarkozy, que s’initie cette hausse : un rapport d’information de l’Assemblée nationale, dont la rapporteure est la députée LREM Cendra Motin, relève que « le niveau des dépenses consacrées au conseil double ainsi entre 2007 et 2010 ». Le rapport sénatorial confirme « une hausse sensible entre 2007 et 2010 à la faveur de la RGPP », comme le montre ce graphique.

Chiffres d'affaires réalisé par les entreprises du secteur du conseil en secteur public  

Chiffres d’affaires réalisé par les entreprises du secteur du conseil en secteur public

(Rapport du Sénat)

Pendant le mandat de François Hollande , si la modernisation de l’action publique se poursuit, le recours aux cabinets de conseil semble baisser, avant de connaître une remontée depuis 2018.

En comparaison avec les autres pays européens : en France, il est « historiquement limité » selon le Sénat. Pour l’année 2018, dernière année de comparaison citée par le Sénat, les cabinets de conseils font un chiffre d’affaires de 3 143 millions d’euros en Allemagne, et 2 640 millions d’euros au Royaume-Uni, contre seulement 657 millions d’euros en France. Selon le rapport de l’Assemblée, pour 2019, ce chiffre s’élève à 814 millions d’euros en France. « Le montant d’achats de prestations de conseil par le secteur public rapporté aux dépenses de personnel dans le secteur public en France, demeure l’un des plus faibles de l’Union européenne. Il est de 0,27 % en France contre 1,25 % en Allemagne et 1,47 % au Danemark », précise le rapport de la mission d’information de l’Assemblée nationale (voir le graphique ci-dessous).

Dépenses publiques en prestation de conseil dans différents pays de l'Union européenne  

Dépenses publiques en prestation de conseil dans différents pays de l’Union européenne

(Rapport de la mission d’information de l’Assemblée nationale)

McKinsey a-t-il conseillé au gouvernement de baisser les APL de 5 euros ?

Non, McKinsey n’est pas à l’origine de la baisse des APL de 5 euros. Cette partie de la polémique part d’une déclaration de la rapporteure de la commission d’enquête, Éliane Assassi lors de la présentation du rapport : elle mentionnait « une prestation de 4 millions d’euros de McKinsey pour mettre en oeuvre la réforme des APL, cette même réforme qui réduisait les aides de 5 euros par foyer ». La sénatrice confond deux réformes, car, dans son rapport, la commission d’enquête se réfère à une réforme du mode de calcul des APL, et à une prestation commandée à McKinsey à partir de 2018, pour une réforme qui devait s’appliquer en janvier 2019. Le cabinet est sollicité pour un premier audit à l’automne 2018, et le sera à plusieurs reprises par la suite, la réforme prenant plus de temps que prévu, « à cause des lacunes informatiques de la CNAF puis de la crise sanitaire » selon les sénateurs.

Cette réforme, qui met en place le calcul « en temps réel » des APL, n’a rien à voir avec la baisse de cinq euros décidée en juillet 2017 par le gouvernement, bien avant le début de la mission de McKinsey. Interrogée par le JDD, Éliane Assassi reconnaît que le rapport ne parle pas de la baisse de 5 euros, mais bien du changement du mode de calcul, mais regrette « l’utilisation politicienne du rapport », et pointe « les interprétations politiques » qui en ont été faites. Mais pour la communiste, c’est aussi le « manque de transparence » de la part du gouvernement qui a alimenté cette fausse nouvelle. Car le détail n’est pas passé inaperçu, et a été repris par plusieurs personnalités politiques, comme Xavier Bertrand, ou Adrien Quatennens.

D’autres candidats ont-ils eu recours à des cabinets de conseils dans leur fonction exécutive ?

Oui. Xavier Bertrand, conseiller spécial de Valérie Pécresse , avait dénoncé le 23 mars l’affaire McKinsey comme « un scandale d’État », en assurant que si Valérie Pécresse était élue, elle cesserait de faire appel aux cabinets de conseil, sur l’antenne de Franceinfo. Une semaine plus tard sur LCI, la candidate n’a pas tenu exactement le même propos : « Par définition, je ne suis pas contre à ce qu’il y ait des partenariats entre le public et le privé. (…) Cela dépendra pour quelles missions, mais évidemment pas à ces niveaux de montants. » Valérie Pécresse a aussi admis avoir eu recours à un cabinet de conseil alors qu’elle était ministre de l’Enseignement Supérieur en 2008, pour la « réorganisation du ministère », et pas pour la réforme des universités. Par contre, l’utilisation des cabinets de conseil par les collectivités territoriales n’a pas été analysée par le Sénat qui s’est concentré sur le quinquennat d’Emmanuel Macron et sur le pouvoir exécutif.

Delphine Batho, porte-parole de Yannick Jadot , a également été épinglée par L’Opinion pour avoir eu recours à des cabinets de conseil alors qu’elle était ministre de François Hollande, pour des dépenses estimées à 68,5 millions d’euros. Delphine Batho conteste l’accusation.

*Le 26 mars, le cabinet McKinsey a réaffirmé respecter les règles fiscales françaises, précisant qu’une de ses filiales avait payé l’impôt sur les sociétés pendant six ans sur la période au cours de laquelle le Sénat l’accuse d’optimisation fiscale.

Politique: Macron et les dessous de l’affaire McKinsey

Politique: Macron et les dessous de l’affaire  McKinsey 

Depuis la publication, le 17 mars dernier, du rapport du Sénat sur la question, les travaux de la commission d’enquête ont fait naître polémiques et fausses informations, reprises et alimentées par les concurrents d’Emmanuel Macron, que le JDD s’attache à démêler.

 

À noter toutefois que le principal reproche qu’on peut formuler à l’égard de ce scandale d’État c’est d’avoir dépensé une somme phénoménale d’un milliard représentant des milliers d’experts consultants alors que dans le même temps la France entretient des milliers de hauts fonctionnaires qui ont précisément pour mission de diriger, d’orienter, de contrôler l’administration et ses fonctions régaliennes. La France de ce point de vue est l’un des pays qui compte le plus de hauts fonctionnaires au monde ( l’ENA étant l’exemple plus symbolique fournisseur de ce personnel). L’autre reproche, c’est que Macron gouvernant seul et ne voulant surtout pas de parti se sert d’un consultant comme conseil en stratégie politique; un conseil payé par le contribuable. NDLR

Pourquoi y a-t-il une polémique sur McKinsey ?

En raison d’un rapport mettant en évidence l’utilisation importante des cabinets de conseil sous le quinquennat Macron. Tout part du rapport sénatorial rendu public le 17 mars. Une commission d’enquête, créée en novembre 2021, a étudié l’influence des cabinets de conseil privés dans les politiques publiques au cours du dernier quinquennat. Le président de la commission, le sénateur LR Arnaud Bazin et la rapporteure, la communiste Éliane Assassi, ont mis en évidence une augmentation notable des dépenses liées au cabinet de conseil, qui sont passées de 379 millions d’euros en 2018 à 894 millions en 2021. Il s’agit d’un « phénomène tentaculaire » selon le rapport.

Très vite après la publication du rapport, le débat s’est focalisé sur McKinsey, un de ces cabinets de conseil, pour plusieurs raisons :

- Des liens supposés avec Emmanuel Macron. Ce qui a remis au goût du jour l’image du « président des riches » , proche des élites économiques ;

- le fait que les entités françaises de McKinsey n’ont versé aucun impôt sur les sociétés depuis dix ans, selon les conclusions du rapport sénatorial* ;

- le fait que l’entreprise McKinsey était déjà apparue dans le débat public pour son intervention dans la campagne vaccinale française.

En pleine campagne présidentielle , le sujet est vite apparu comme explosif et tous les adversaires du président-candidat, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen en passant par Eric Zemmour, se sont emparés de l’affaire. Pourtant, le président de la commission d’enquête, le Républicain Arnaud Bazin, avait précisé dès le début vouloir rendre ses travaux « en mars 2022, avant le premier tour de l’élection présidentielle », sachant que la commission a 6 mois pour rendre son rapport. Les travaux avaient débuté en novembre 2021, et dès le départ, la commission a la temporalité en tête : « Nous nous sommes interrogés, avec Arnaud Bazin, parce que cela nous faisait rendre le rapport en plein cœur des élections législatives, ce qui aurait été pire. Il y a une sorte « d’alignement des planètes », mais nous n’avions pas du tout l’objectif de pirater la séquence électorale, cela n’a rien à voir. », assure au JDD la rapporteure, Éliane Assassi.

Que font ces cabinets de conseil ?

Des missions variées, pour des résultats « inégaux ». Dans le rapport du Sénat, il est écrit que « le rôle d’un cabinet de conseil consiste à rédiger des documents stratégiques à destination des responsables publics », mais les missions des cabinets de conseil sont aussi beaucoup plus concrètes : pendant la crise sanitaire , il leur a notamment été confié « la logistique des masques, des équipements de protection et des vaccins, des systèmes d’information pour la vaccination – VAC-SI – et pour le passe sanitaire… » comme le détaille le Sénat.

Mais une grande partie de l’activité de conseil relève du secteur informatique : ce domaine représente 646,4 millions d’euros en 2021, soit 72 % des dépenses de conseil. Le Sénat rappelle la teneur de ces missions : conseil en  « qualité des systèmes d’information »; « stratégie des systèmes d’information » ; « étude de projets applicatifs », ou encore « urbanisation et expertise technique ».

Evolution des dépenses de conseil en informatique des ministères 

Evolution des dépenses de conseil en informatique des ministères

(Rapport du Sénat)

Mais le Sénat dénonce également des missions trop coûteuses pour des résultats « inégaux », comme pour la mission confiée à McKinsey sur l’avenir du métier d’enseignant, qui a coûté 496 800 euros. Pourtant évaluée comme « satisfaisante » par la direction interministérielle de la transformation publique, le produit de cette mission « se résume à une compilation – certes conséquente – de travaux scientifiques et à la production de graphiques fondés sur des données publiques, notamment de l’OCDE », tance le Sénat, ajoutant que la valeur ajoutée semble alors « réduite », alors que les consultants facturent leur journée à 3 312 euros. Une mission qui n’a pas eu de suites concrètes selon le Sénat, le ministère de l’Éducation nationale ayant lui-même reconnu qu’il n’était « pas possible de déterminer les conséquences directes » du travail effectué par McKinsey.

Lire aussi - Qu’est-ce qu’un cabinet de conseil ?

Quel est le poids de McKinsey et des cabinets de conseil dans les commandes publiques ?

Assez léger. 20 cabinets de conseils se partagent 55 % du marché du conseil pour les ministères selon les chiffres du Sénat. Le cabinet McKinsey n’y représente qu’1 % de ce marché entre 2018 et 2020, la même part que Kantar. Le groupe français Eurogroup est le premier avec 10 % du marché, le second, également français, est Capgemini (5 %).

Répartition du marché du conseil aux ministères entre 2018 et 2020 

Répartition du marché du conseil aux ministères entre 2018 et 2020

(Rapport du Sénat)

Lors du point presse du gouvernement sur le sujet, Olivier Dussopt, ministre délégué chargé des Comptes Publics, a balayé toute interdépendance entre État et cabinets de conseils, en précisant que ceux-ci ne représentaient que « 0,3 % de la masse salariale totale de l’État ».

Il faut cependant souligner que le recours aux cabinets de conseil a été important pendant la crise sanitaire, et que la société McKinsey a totalisé pendant cette période 12,3 millions d’euros de contrats au cours de la période, le plaçant en tête des commandes.

Quel est le lien entre Emmanuel Macron et McKinsey ?

Plusieurs consultants ou anciens de McKinsey ont travaillé pour la campagne Macron de 2017. Des liens existent ainsi entre McKinsey et Emmanuel Macron. Karim Tadjeddine, responsable du pôle secteur public de McKinsey, était un soutien d’Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle de 2017. Il avait également signé en 2016 un chapitre du livre de Thomas Cazenave, directeur adjoint de cabinet du ministre à Bercy, intitulé L’État en mode start-up. L’ouvrage avait été préfacé par Emmanuel Macron.

Karim Tadjeddine apparaît dans les MacronLeaks avec son adresse mail de McKinsey. Devant le Sénat, il a reconnu que « l’utilisation de l’adresse électronique de l’entreprise était une erreur. Je le reconnais, cela a donné lieu à une suite en interne ». Plusieurs consultants ou anciens de McKinsey se sont également investis sur leur temps libre dans la campagne électorale de 2017. L’entreprise n’a pas joué de rôle en tant que tel.

Le gouvernement a-t-il eu plus de recours aux cabinets de conseil que dans les quinquennats précédents ? Et par rapport aux autres pays européens ?

La pratique de recourir aux cabinets de conseil n’est pas inédite. Cependant, le rapport du Sénat examine le recours aux cabinets de conseil seulement pendant le quinquennat d’Emmanuel Macron. Jusqu’en 2018, la pratique est mal connue, car mal-documentée : les ministères ne disposeraient pas des chiffres antérieurs à 2018, à cause d’un changement de logiciel, c’est la raison avancée à la commission d’enquête sénatoriale. Elle a donc dû se rabattre sur des approximations qui se fondent sur des chiffres transmis par la Fédération européenne des associations de conseil en organisation, qui prend en compte les prestations réalisées pour l’ensemble de la sphère publique, dont les collectivités territoriales, contrairement à l’angle choisi par les sénateurs.

Ils jugent toutefois que ces chiffres permettent de se rendre compte de la tendance à la hausse dans le marché du conseil au secteur public depuis 2007 : il aurait ainsi gagné plus de 40 % entre 2005 et 2018, selon la fédération. C’est avec la Révision générale des politiques publiques (RGPP), réforme de l’État menée par Nicolas Sarkozy, que s’initie cette hausse : un rapport d’information de l’Assemblée nationale, dont la rapporteure est la députée LREM Cendra Motin, relève que « le niveau des dépenses consacrées au conseil double ainsi entre 2007 et 2010 ». Le rapport sénatorial confirme « une hausse sensible entre 2007 et 2010 à la faveur de la RGPP », comme le montre ce graphique.

Chiffres d'affaires réalisé par les entreprises du secteur du conseil en secteur public 

Chiffres d’affaires réalisé par les entreprises du secteur du conseil en secteur public

(Rapport du Sénat)

Pendant le mandat de François Hollande , si la modernisation de l’action publique se poursuit, le recours aux cabinets de conseil semble baisser, avant de connaître une remontée depuis 2018.

En comparaison avec les autres pays européens : en France, il est « historiquement limité » selon le Sénat. Pour l’année 2018, dernière année de comparaison citée par le Sénat, les cabinets de conseils font un chiffre d’affaires de 3 143 millions d’euros en Allemagne, et 2 640 millions d’euros au Royaume-Uni, contre seulement 657 millions d’euros en France. Selon le rapport de l’Assemblée, pour 2019, ce chiffre s’élève à 814 millions d’euros en France. « Le montant d’achats de prestations de conseil par le secteur public rapporté aux dépenses de personnel dans le secteur public en France, demeure l’un des plus faibles de l’Union européenne. Il est de 0,27 % en France contre 1,25 % en Allemagne et 1,47 % au Danemark », précise le rapport de la mission d’information de l’Assemblée nationale (voir le graphique ci-dessous).

Dépenses publiques en prestation de conseil dans différents pays de l'Union européenne 

Dépenses publiques en prestation de conseil dans différents pays de l’Union européenne

(Rapport de la mission d’information de l’Assemblée nationale)

McKinsey a-t-il conseillé au gouvernement de baisser les APL de 5 euros ?

Non, McKinsey n’est pas à l’origine de la baisse des APL de 5 euros. Cette partie de la polémique part d’une déclaration de la rapporteure de la commission d’enquête, Éliane Assassi lors de la présentation du rapport : elle mentionnait « une prestation de 4 millions d’euros de McKinsey pour mettre en oeuvre la réforme des APL, cette même réforme qui réduisait les aides de 5 euros par foyer ». La sénatrice confond deux réformes, car, dans son rapport, la commission d’enquête se réfère à une réforme du mode de calcul des APL, et à une prestation commandée à McKinsey à partir de 2018, pour une réforme qui devait s’appliquer en janvier 2019. Le cabinet est sollicité pour un premier audit à l’automne 2018, et le sera à plusieurs reprises par la suite, la réforme prenant plus de temps que prévu, « à cause des lacunes informatiques de la CNAF puis de la crise sanitaire » selon les sénateurs.

Cette réforme, qui met en place le calcul « en temps réel » des APL, n’a rien à voir avec la baisse de cinq euros décidée en juillet 2017 par le gouvernement, bien avant le début de la mission de McKinsey. Interrogée par le JDD, Éliane Assassi reconnaît que le rapport ne parle pas de la baisse de 5 euros, mais bien du changement du mode de calcul, mais regrette « l’utilisation politicienne du rapport », et pointe « les interprétations politiques » qui en ont été faites. Mais pour la communiste, c’est aussi le « manque de transparence » de la part du gouvernement qui a alimenté cette fausse nouvelle. Car le détail n’est pas passé inaperçu, et a été repris par plusieurs personnalités politiques, comme Xavier Bertrand, ou Adrien Quatennens.

D’autres candidats ont-ils eu recours à des cabinets de conseils dans leur fonction exécutive ?

Oui. Xavier Bertrand, conseiller spécial de Valérie Pécresse , avait dénoncé le 23 mars l’affaire McKinsey comme « un scandale d’État », en assurant que si Valérie Pécresse était élue, elle cesserait de faire appel aux cabinets de conseil, sur l’antenne de Franceinfo. Une semaine plus tard sur LCI, la candidate n’a pas tenu exactement le même propos : « Par définition, je ne suis pas contre à ce qu’il y ait des partenariats entre le public et le privé. (…) Cela dépendra pour quelles missions, mais évidemment pas à ces niveaux de montants. » Valérie Pécresse a aussi admis avoir eu recours à un cabinet de conseil alors qu’elle était ministre de l’Enseignement Supérieur en 2008, pour la « réorganisation du ministère », et pas pour la réforme des universités. Par contre, l’utilisation des cabinets de conseil par les collectivités territoriales n’a pas été analysée par le Sénat qui s’est concentré sur le quinquennat d’Emmanuel Macron et sur le pouvoir exécutif.

Delphine Batho, porte-parole de Yannick Jadot , a également été épinglée par L’Opinion pour avoir eu recours à des cabinets de conseil alors qu’elle était ministre de François Hollande, pour des dépenses estimées à 68,5 millions d’euros. Delphine Batho conteste l’accusation.

*Le 26 mars, le cabinet McKinsey a réaffirmé respecter les règles fiscales françaises, précisant qu’une de ses filiales avait payé l’impôt sur les sociétés pendant six ans sur la période au cours de laquelle le Sénat l’accuse d’optimisation fiscale.

Macron -Les dessous de l’affaire McKinsey

Macron -Les dessous de l’affaire  McKinsey 

.Depuis la publication, le 17 mars dernier, du rapport du Sénat sur la question, les travaux de la commission d’enquête ont fait naître polémiques et fausses informations, reprises et alimentées par les concurrents d’Emmanuel Macron, que le JDD s’attache à démêler.

 

À noter toutefois que le principal reproche qu’on peut formuler à l’égard de ce scandale d’État c’est d’avoir dépensé une somme phénoménale d’un milliard représentant des milliers d’experts consultants alors que dans le même temps la France entretient des milliers de hauts fonctionnaires qui ont précisément pour mission de diriger, d’orienter, de contrôler l’administration et ses fonctions régaliennes. La France de ce point de vue est l’un des pays qui compte le plus de hauts fonctionnaires au monde ( l’ENA étant l’exemple plus symbolique fournisseur de ce personnel). L’autre reproche, c’est que Macron gouvernant seul et ne voulant surtout pas de parti se sert d’un consultant comme conseil en stratégie politique; un conseil payé par le contribuable. NDLR

 

Pourquoi y a-t-il une polémique sur McKinsey ?

En raison d’un rapport mettant en évidence l’utilisation importante des cabinets de conseil sous le quinquennat Macron. Tout part du rapport sénatorial rendu public le 17 mars. Une commission d’enquête, créée en novembre 2021, a étudié l’influence des cabinets de conseil privés dans les politiques publiques au cours du dernier quinquennat. Le président de la commission, le sénateur LR Arnaud Bazin et la rapporteure, la communiste Éliane Assassi, ont mis en évidence une augmentation notable des dépenses liées au cabinet de conseil, qui sont passées de 379 millions d’euros en 2018 à 894 millions en 2021. Il s’agit d’un « phénomène tentaculaire » selon le rapport.

 
 

Très vite après la publication du rapport, le débat s’est focalisé sur McKinsey, un de ces cabinets de conseil, pour plusieurs raisons :

- Des liens supposés avec Emmanuel Macron. Ce qui a remis au goût du jour l’image du « président des riches » , proche des élites économiques ;

 
- le fait que les entités françaises de McKinsey n’ont versé aucun impôt sur les sociétés depuis dix ans, selon les conclusions du rapport sénatorial* ;

- le fait que l’entreprise McKinsey était déjà apparue dans le débat public pour son intervention dans la campagne vaccinale française.

En pleine campagne présidentielle , le sujet est vite apparu comme explosif et tous les adversaires du président-candidat, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen en passant par Eric Zemmour, se sont emparés de l’affaire. Pourtant, le président de la commission d’enquête, le Républicain Arnaud Bazin, avait précisé dès le début vouloir rendre ses travaux « en mars 2022, avant le premier tour de l’élection présidentielle », sachant que la commission a 6 mois pour rendre son rapport. Les travaux avaient débuté en novembre 2021, et dès le départ, la commission a la temporalité en tête : « Nous nous sommes interrogés, avec Arnaud Bazin, parce que cela nous faisait rendre le rapport en plein cœur des élections législatives, ce qui aurait été pire. Il y a une sorte « d’alignement des planètes », mais nous n’avions pas du tout l’objectif de pirater la séquence électorale, cela n’a rien à voir. », assure au JDD la rapporteure, Éliane Assassi.

Que font ces cabinets de conseil ?

Des missions variées, pour des résultats « inégaux ». Dans le rapport du Sénat, il est écrit que « le rôle d’un cabinet de conseil consiste à rédiger des documents stratégiques à destination des responsables publics », mais les missions des cabinets de conseil sont aussi beaucoup plus concrètes : pendant la crise sanitaire , il leur a notamment été confié « la logistique des masques, des équipements de protection et des vaccins, des systèmes d’information pour la vaccination – VAC-SI – et pour le passe sanitaire… » comme le détaille le Sénat.

Mais une grande partie de l’activité de conseil relève du secteur informatique : ce domaine représente 646,4 millions d’euros en 2021, soit 72 % des dépenses de conseil. Le Sénat rappelle la teneur de ces missions : conseil en  « qualité des systèmes d’information »; « stratégie des systèmes d’information » ; « étude de projets applicatifs », ou encore « urbanisation et expertise technique ».

Evolution des dépenses de conseil en informatique des ministères 

Evolution des dépenses de conseil en informatique des ministères 

(Rapport du Sénat)

Mais le Sénat dénonce également des missions trop coûteuses pour des résultats « inégaux », comme pour la mission confiée à McKinsey sur l’avenir du métier d’enseignant, qui a coûté 496 800 euros. Pourtant évaluée comme « satisfaisante » par la direction interministérielle de la transformation publique, le produit de cette mission « se résume à une compilation – certes conséquente – de travaux scientifiques et à la production de graphiques fondés sur des données publiques, notamment de l’OCDE », tance le Sénat, ajoutant que la valeur ajoutée semble alors « réduite », alors que les consultants facturent leur journée à 3 312 euros. Une mission qui n’a pas eu de suites concrètes selon le Sénat, le ministère de l’Éducation nationale ayant lui-même reconnu qu’il n’était « pas possible de déterminer les conséquences directes » du travail effectué par McKinsey.

Lire aussi - Qu’est-ce qu’un cabinet de conseil ?

Quel est le poids de McKinsey et des cabinets de conseil dans les commandes publiques ?

Assez léger. 20 cabinets de conseils se partagent 55 % du marché du conseil pour les ministères selon les chiffres du Sénat. Le cabinet McKinsey n’y représente qu’1 % de ce marché entre 2018 et 2020, la même part que Kantar. Le groupe français Eurogroup est le premier avec 10 % du marché, le second, également français, est Capgemini (5 %).

Répartition du marché du conseil aux ministères entre 2018 et 2020 

Répartition du marché du conseil aux ministères entre 2018 et 2020 

(Rapport du Sénat)

Lors du point presse du gouvernement sur le sujet, Olivier Dussopt, ministre délégué chargé des Comptes Publics, a balayé toute interdépendance entre État et cabinets de conseils, en précisant que ceux-ci ne représentaient que « 0,3 % de la masse salariale totale de l’État ».

Il faut cependant souligner que le recours aux cabinets de conseil a été important pendant la crise sanitaire, et que la société McKinsey a totalisé pendant cette période 12,3 millions d’euros de contrats au cours de la période, le plaçant en tête des commandes.

Quel est le lien entre Emmanuel Macron et McKinsey ?

Plusieurs consultants ou anciens de McKinsey ont travaillé pour la campagne Macron de 2017. Des liens existent ainsi entre McKinsey et Emmanuel Macron. Karim Tadjeddine, responsable du pôle secteur public de McKinsey, était un soutien d’Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle de 2017. Il avait également signé en 2016 un chapitre du livre de Thomas Cazenave, directeur adjoint de cabinet du ministre à Bercy, intitulé L’État en mode start-up. L’ouvrage avait été préfacé par Emmanuel Macron.

Karim Tadjeddine apparaît dans les MacronLeaks avec son adresse mail de McKinsey. Devant le Sénat, il a reconnu que « l’utilisation de l’adresse électronique de l’entreprise était une erreur. Je le reconnais, cela a donné lieu à une suite en interne ». Plusieurs consultants ou anciens de McKinsey se sont également investis sur leur temps libre dans la campagne électorale de 2017. L’entreprise n’a pas joué de rôle en tant que tel.

Le gouvernement a-t-il eu plus de recours aux cabinets de conseil que dans les quinquennats précédents ? Et par rapport aux autres pays européens ?

La pratique de recourir aux cabinets de conseil n’est pas inédite. Cependant, le rapport du Sénat examine le recours aux cabinets de conseil seulement pendant le quinquennat d’Emmanuel Macron. Jusqu’en 2018, la pratique est mal connue, car mal-documentée : les ministères ne disposeraient pas des chiffres antérieurs à 2018, à cause d’un changement de logiciel, c’est la raison avancée à la commission d’enquête sénatoriale. Elle a donc dû se rabattre sur des approximations qui se fondent sur des chiffres transmis par la Fédération européenne des associations de conseil en organisation, qui prend en compte les prestations réalisées pour l’ensemble de la sphère publique, dont les collectivités territoriales, contrairement à l’angle choisi par les sénateurs.

Ils jugent toutefois que ces chiffres permettent de se rendre compte de la tendance à la hausse dans le marché du conseil au secteur public depuis 2007 : il aurait ainsi gagné plus de 40 % entre 2005 et 2018, selon la fédération. C’est avec la Révision générale des politiques publiques (RGPP), réforme de l’État menée par Nicolas Sarkozy, que s’initie cette hausse : un rapport d’information de l’Assemblée nationale, dont la rapporteure est la députée LREM Cendra Motin, relève que « le niveau des dépenses consacrées au conseil double ainsi entre 2007 et 2010 ». Le rapport sénatorial confirme « une hausse sensible entre 2007 et 2010 à la faveur de la RGPP », comme le montre ce graphique.

Chiffres d'affaires réalisé par les entreprises du secteur du conseil en secteur public 

Chiffres d’affaires réalisé par les entreprises du secteur du conseil en secteur public 

(Rapport du Sénat)

Pendant le mandat de François Hollande , si la modernisation de l’action publique se poursuit, le recours aux cabinets de conseil semble baisser, avant de connaître une remontée depuis 2018.

En comparaison avec les autres pays européens : en France, il est « historiquement limité » selon le Sénat. Pour l’année 2018, dernière année de comparaison citée par le Sénat, les cabinets de conseils font un chiffre d’affaires de 3 143 millions d’euros en Allemagne, et 2 640 millions d’euros au Royaume-Uni, contre seulement 657 millions d’euros en France. Selon le rapport de l’Assemblée, pour 2019, ce chiffre s’élève à 814 millions d’euros en France. « Le montant d’achats de prestations de conseil par le secteur public rapporté aux dépenses de personnel dans le secteur public en France, demeure l’un des plus faibles de l’Union européenne. Il est de 0,27 % en France contre 1,25 % en Allemagne et 1,47 % au Danemark », précise le rapport de la mission d’information de l’Assemblée nationale (voir le graphique ci-dessous).

Dépenses publiques en prestation de conseil dans différents pays de l'Union européenne 

Dépenses publiques en prestation de conseil dans différents pays de l’Union européenne 

(Rapport de la mission d’information de l’Assemblée nationale)

McKinsey a-t-il conseillé au gouvernement de baisser les APL de 5 euros ?

Non, McKinsey n’est pas à l’origine de la baisse des APL de 5 euros. Cette partie de la polémique part d’une déclaration de la rapporteure de la commission d’enquête, Éliane Assassi lors de la présentation du rapport : elle mentionnait « une prestation de 4 millions d’euros de McKinsey pour mettre en oeuvre la réforme des APL, cette même réforme qui réduisait les aides de 5 euros par foyer ». La sénatrice confond deux réformes, car, dans son rapport, la commission d’enquête se réfère à une réforme du mode de calcul des APL, et à une prestation commandée à McKinsey à partir de 2018, pour une réforme qui devait s’appliquer en janvier 2019. Le cabinet est sollicité pour un premier audit à l’automne 2018, et le sera à plusieurs reprises par la suite, la réforme prenant plus de temps que prévu, « à cause des lacunes informatiques de la CNAF puis de la crise sanitaire » selon les sénateurs.

Cette réforme, qui met en place le calcul « en temps réel » des APL, n’a rien à voir avec la baisse de cinq euros décidée en juillet 2017 par le gouvernement, bien avant le début de la mission de McKinsey. Interrogée par le JDD, Éliane Assassi reconnaît que le rapport ne parle pas de la baisse de 5 euros, mais bien du changement du mode de calcul, mais regrette « l’utilisation politicienne du rapport », et pointe « les interprétations politiques » qui en ont été faites. Mais pour la communiste, c’est aussi le « manque de transparence » de la part du gouvernement qui a alimenté cette fausse nouvelle. Car le détail n’est pas passé inaperçu, et a été repris par plusieurs personnalités politiques, comme Xavier Bertrand, ou Adrien Quatennens.

D’autres candidats ont-ils eu recours à des cabinets de conseils dans leur fonction exécutive ?

Oui. Xavier Bertrand, conseiller spécial de Valérie Pécresse , avait dénoncé le 23 mars l’affaire McKinsey comme « un scandale d’État », en assurant que si Valérie Pécresse était élue, elle cesserait de faire appel aux cabinets de conseil, sur l’antenne de Franceinfo. Une semaine plus tard sur LCI, la candidate n’a pas tenu exactement le même propos : « Par définition, je ne suis pas contre à ce qu’il y ait des partenariats entre le public et le privé. (…) Cela dépendra pour quelles missions, mais évidemment pas à ces niveaux de montants. » Valérie Pécresse a aussi admis avoir eu recours à un cabinet de conseil alors qu’elle était ministre de l’Enseignement Supérieur en 2008, pour la « réorganisation du ministère », et pas pour la réforme des universités. Par contre, l’utilisation des cabinets de conseil par les collectivités territoriales n’a pas été analysée par le Sénat qui s’est concentré sur le quinquennat d’Emmanuel Macron et sur le pouvoir exécutif.

Delphine Batho, porte-parole de Yannick Jadot , a également été épinglée par L’Opinion pour avoir eu recours à des cabinets de conseil alors qu’elle était ministre de François Hollande, pour des dépenses estimées à 68,5 millions d’euros. Delphine Batho conteste l’accusation.

*Le 26 mars, le cabinet McKinsey a réaffirmé respecter les règles fiscales françaises, précisant qu’une de ses filiales avait payé l’impôt sur les sociétés pendant six ans sur la période au cours de laquelle le Sénat l’accuse d’optimisation fiscale.

Macron et les dessous de l’affaire McKinsey

Macron et les dessous de l’affaire  McKinsey 

Depuis la publication, le 17 mars dernier, du rapport du Sénat sur la question, les travaux de la commission d’enquête ont fait naître polémiques et fausses informations, reprises et alimentées par les concurrents d’Emmanuel Macron, que le JDD s’attache à démêler.

 

À noter toutefois que le principal reproche qu’on peut formuler à l’égard de ce scandale d’État c’est d’avoir dépensé une somme phénoménale d’un milliard représentant des milliers d’experts consultants alors que dans le même temps la France entretient des milliers de hauts fonctionnaires qui ont précisément pour mission de diriger, d’orienter, de contrôler l’administration et ses fonctions régaliennes. La France de ce point de vue est l’un des pays qui compte le plus de hauts fonctionnaires au monde ( l’ENA étant l’exemple plus symbolique fournisseur de ce personnel). L’autre reproche, c’est que Macron gouvernant seul et ne voulant surtout pas de parti se sert d’un consultant comme conseil en stratégie politique; un conseil payé par le contribuable. NDLR

 

Pourquoi y a-t-il une polémique sur McKinsey ?

En raison d’un rapport mettant en évidence l’utilisation importante des cabinets de conseil sous le quinquennat Macron. Tout part du rapport sénatorial rendu public le 17 mars. Une commission d’enquête, créée en novembre 2021, a étudié l’influence des cabinets de conseil privés dans les politiques publiques au cours du dernier quinquennat. Le président de la commission, le sénateur LR Arnaud Bazin et la rapporteure, la communiste Éliane Assassi, ont mis en évidence une augmentation notable des dépenses liées au cabinet de conseil, qui sont passées de 379 millions d’euros en 2018 à 894 millions en 2021. Il s’agit d’un « phénomène tentaculaire » selon le rapport.

 
 

Très vite après la publication du rapport, le débat s’est focalisé sur McKinsey, un de ces cabinets de conseil, pour plusieurs raisons :

- Des liens supposés avec Emmanuel Macron. Ce qui a remis au goût du jour l’image du « président des riches » , proche des élites économiques ;

 
- le fait que les entités françaises de McKinsey n’ont versé aucun impôt sur les sociétés depuis dix ans, selon les conclusions du rapport sénatorial* ;

- le fait que l’entreprise McKinsey était déjà apparue dans le débat public pour son intervention dans la campagne vaccinale française.

En pleine campagne présidentielle , le sujet est vite apparu comme explosif et tous les adversaires du président-candidat, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen en passant par Eric Zemmour, se sont emparés de l’affaire. Pourtant, le président de la commission d’enquête, le Républicain Arnaud Bazin, avait précisé dès le début vouloir rendre ses travaux « en mars 2022, avant le premier tour de l’élection présidentielle », sachant que la commission a 6 mois pour rendre son rapport. Les travaux avaient débuté en novembre 2021, et dès le départ, la commission a la temporalité en tête : « Nous nous sommes interrogés, avec Arnaud Bazin, parce que cela nous faisait rendre le rapport en plein cœur des élections législatives, ce qui aurait été pire. Il y a une sorte « d’alignement des planètes », mais nous n’avions pas du tout l’objectif de pirater la séquence électorale, cela n’a rien à voir. », assure au JDD la rapporteure, Éliane Assassi.

Que font ces cabinets de conseil ?

Des missions variées, pour des résultats « inégaux ». Dans le rapport du Sénat, il est écrit que « le rôle d’un cabinet de conseil consiste à rédiger des documents stratégiques à destination des responsables publics », mais les missions des cabinets de conseil sont aussi beaucoup plus concrètes : pendant la crise sanitaire , il leur a notamment été confié « la logistique des masques, des équipements de protection et des vaccins, des systèmes d’information pour la vaccination – VAC-SI – et pour le passe sanitaire… » comme le détaille le Sénat.

Mais une grande partie de l’activité de conseil relève du secteur informatique : ce domaine représente 646,4 millions d’euros en 2021, soit 72 % des dépenses de conseil. Le Sénat rappelle la teneur de ces missions : conseil en  « qualité des systèmes d’information »; « stratégie des systèmes d’information » ; « étude de projets applicatifs », ou encore « urbanisation et expertise technique ».

Evolution des dépenses de conseil en informatique des ministères

Evolution des dépenses de conseil en informatique des ministères

(Rapport du Sénat)

Mais le Sénat dénonce également des missions trop coûteuses pour des résultats « inégaux », comme pour la mission confiée à McKinsey sur l’avenir du métier d’enseignant, qui a coûté 496 800 euros. Pourtant évaluée comme « satisfaisante » par la direction interministérielle de la transformation publique, le produit de cette mission « se résume à une compilation – certes conséquente – de travaux scientifiques et à la production de graphiques fondés sur des données publiques, notamment de l’OCDE », tance le Sénat, ajoutant que la valeur ajoutée semble alors « réduite », alors que les consultants facturent leur journée à 3 312 euros. Une mission qui n’a pas eu de suites concrètes selon le Sénat, le ministère de l’Éducation nationale ayant lui-même reconnu qu’il n’était « pas possible de déterminer les conséquences directes » du travail effectué par McKinsey.

Lire aussi - Qu’est-ce qu’un cabinet de conseil ?

Quel est le poids de McKinsey et des cabinets de conseil dans les commandes publiques ?

Assez léger. 20 cabinets de conseils se partagent 55 % du marché du conseil pour les ministères selon les chiffres du Sénat. Le cabinet McKinsey n’y représente qu’1 % de ce marché entre 2018 et 2020, la même part que Kantar. Le groupe français Eurogroup est le premier avec 10 % du marché, le second, également français, est Capgemini (5 %).

Répartition du marché du conseil aux ministères entre 2018 et 2020

Répartition du marché du conseil aux ministères entre 2018 et 2020

(Rapport du Sénat)

Lors du point presse du gouvernement sur le sujet, Olivier Dussopt, ministre délégué chargé des Comptes Publics, a balayé toute interdépendance entre État et cabinets de conseils, en précisant que ceux-ci ne représentaient que « 0,3 % de la masse salariale totale de l’État ».

Il faut cependant souligner que le recours aux cabinets de conseil a été important pendant la crise sanitaire, et que la société McKinsey a totalisé pendant cette période 12,3 millions d’euros de contrats au cours de la période, le plaçant en tête des commandes.

Quel est le lien entre Emmanuel Macron et McKinsey ?

Plusieurs consultants ou anciens de McKinsey ont travaillé pour la campagne Macron de 2017. Des liens existent ainsi entre McKinsey et Emmanuel Macron. Karim Tadjeddine, responsable du pôle secteur public de McKinsey, était un soutien d’Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle de 2017. Il avait également signé en 2016 un chapitre du livre de Thomas Cazenave, directeur adjoint de cabinet du ministre à Bercy, intitulé L’État en mode start-up. L’ouvrage avait été préfacé par Emmanuel Macron.

Karim Tadjeddine apparaît dans les MacronLeaks avec son adresse mail de McKinsey. Devant le Sénat, il a reconnu que « l’utilisation de l’adresse électronique de l’entreprise était une erreur. Je le reconnais, cela a donné lieu à une suite en interne ». Plusieurs consultants ou anciens de McKinsey se sont également investis sur leur temps libre dans la campagne électorale de 2017. L’entreprise n’a pas joué de rôle en tant que tel.

Le gouvernement a-t-il eu plus de recours aux cabinets de conseil que dans les quinquennats précédents ? Et par rapport aux autres pays européens ?

La pratique de recourir aux cabinets de conseil n’est pas inédite. Cependant, le rapport du Sénat examine le recours aux cabinets de conseil seulement pendant le quinquennat d’Emmanuel Macron. Jusqu’en 2018, la pratique est mal connue, car mal-documentée : les ministères ne disposeraient pas des chiffres antérieurs à 2018, à cause d’un changement de logiciel, c’est la raison avancée à la commission d’enquête sénatoriale. Elle a donc dû se rabattre sur des approximations qui se fondent sur des chiffres transmis par la Fédération européenne des associations de conseil en organisation, qui prend en compte les prestations réalisées pour l’ensemble de la sphère publique, dont les collectivités territoriales, contrairement à l’angle choisi par les sénateurs.

Ils jugent toutefois que ces chiffres permettent de se rendre compte de la tendance à la hausse dans le marché du conseil au secteur public depuis 2007 : il aurait ainsi gagné plus de 40 % entre 2005 et 2018, selon la fédération. C’est avec la Révision générale des politiques publiques (RGPP), réforme de l’État menée par Nicolas Sarkozy, que s’initie cette hausse : un rapport d’information de l’Assemblée nationale, dont la rapporteure est la députée LREM Cendra Motin, relève que « le niveau des dépenses consacrées au conseil double ainsi entre 2007 et 2010 ». Le rapport sénatorial confirme « une hausse sensible entre 2007 et 2010 à la faveur de la RGPP », comme le montre ce graphique.

Chiffres d'affaires réalisé par les entreprises du secteur du conseil en secteur public

Chiffres d’affaires réalisé par les entreprises du secteur du conseil en secteur public

(Rapport du Sénat)

Pendant le mandat de François Hollande , si la modernisation de l’action publique se poursuit, le recours aux cabinets de conseil semble baisser, avant de connaître une remontée depuis 2018.

En comparaison avec les autres pays européens : en France, il est « historiquement limité » selon le Sénat. Pour l’année 2018, dernière année de comparaison citée par le Sénat, les cabinets de conseils font un chiffre d’affaires de 3 143 millions d’euros en Allemagne, et 2 640 millions d’euros au Royaume-Uni, contre seulement 657 millions d’euros en France. Selon le rapport de l’Assemblée, pour 2019, ce chiffre s’élève à 814 millions d’euros en France. « Le montant d’achats de prestations de conseil par le secteur public rapporté aux dépenses de personnel dans le secteur public en France, demeure l’un des plus faibles de l’Union européenne. Il est de 0,27 % en France contre 1,25 % en Allemagne et 1,47 % au Danemark », précise le rapport de la mission d’information de l’Assemblée nationale (voir le graphique ci-dessous).

Dépenses publiques en prestation de conseil dans différents pays de l'Union européenne

Dépenses publiques en prestation de conseil dans différents pays de l’Union européenne

(Rapport de la mission d’information de l’Assemblée nationale)

McKinsey a-t-il conseillé au gouvernement de baisser les APL de 5 euros ?

Non, McKinsey n’est pas à l’origine de la baisse des APL de 5 euros. Cette partie de la polémique part d’une déclaration de la rapporteure de la commission d’enquête, Éliane Assassi lors de la présentation du rapport : elle mentionnait « une prestation de 4 millions d’euros de McKinsey pour mettre en oeuvre la réforme des APL, cette même réforme qui réduisait les aides de 5 euros par foyer ». La sénatrice confond deux réformes, car, dans son rapport, la commission d’enquête se réfère à une réforme du mode de calcul des APL, et à une prestation commandée à McKinsey à partir de 2018, pour une réforme qui devait s’appliquer en janvier 2019. Le cabinet est sollicité pour un premier audit à l’automne 2018, et le sera à plusieurs reprises par la suite, la réforme prenant plus de temps que prévu, « à cause des lacunes informatiques de la CNAF puis de la crise sanitaire » selon les sénateurs.

Cette réforme, qui met en place le calcul « en temps réel » des APL, n’a rien à voir avec la baisse de cinq euros décidée en juillet 2017 par le gouvernement, bien avant le début de la mission de McKinsey. Interrogée par le JDD, Éliane Assassi reconnaît que le rapport ne parle pas de la baisse de 5 euros, mais bien du changement du mode de calcul, mais regrette « l’utilisation politicienne du rapport », et pointe « les interprétations politiques » qui en ont été faites. Mais pour la communiste, c’est aussi le « manque de transparence » de la part du gouvernement qui a alimenté cette fausse nouvelle. Car le détail n’est pas passé inaperçu, et a été repris par plusieurs personnalités politiques, comme Xavier Bertrand, ou Adrien Quatennens.

D’autres candidats ont-ils eu recours à des cabinets de conseils dans leur fonction exécutive ?

Oui. Xavier Bertrand, conseiller spécial de Valérie Pécresse , avait dénoncé le 23 mars l’affaire McKinsey comme « un scandale d’État », en assurant que si Valérie Pécresse était élue, elle cesserait de faire appel aux cabinets de conseil, sur l’antenne de Franceinfo. Une semaine plus tard sur LCI, la candidate n’a pas tenu exactement le même propos : « Par définition, je ne suis pas contre à ce qu’il y ait des partenariats entre le public et le privé. (…) Cela dépendra pour quelles missions, mais évidemment pas à ces niveaux de montants. » Valérie Pécresse a aussi admis avoir eu recours à un cabinet de conseil alors qu’elle était ministre de l’Enseignement Supérieur en 2008, pour la « réorganisation du ministère », et pas pour la réforme des universités. Par contre, l’utilisation des cabinets de conseil par les collectivités territoriales n’a pas été analysée par le Sénat qui s’est concentré sur le quinquennat d’Emmanuel Macron et sur le pouvoir exécutif.

Delphine Batho, porte-parole de Yannick Jadot , a également été épinglée par L’Opinion pour avoir eu recours à des cabinets de conseil alors qu’elle était ministre de François Hollande, pour des dépenses estimées à 68,5 millions d’euros. Delphine Batho conteste l’accusation.

*Le 26 mars, le cabinet McKinsey a réaffirmé respecter les règles fiscales françaises, précisant qu’une de ses filiales avait payé l’impôt sur les sociétés pendant six ans sur la période au cours de laquelle le Sénat l’accuse d’optimisation fiscale.

Le scandale l’affaire McKinsey devant le parquet national financier

Le scandale l’affaire McKinsey  devant le parquet national financier

Désormais le scandale de l’affaire McKinsey va aussi être géré par le Parti national financier pour deux motifs essentiels à savoir la pertinence d’un recours excessif à des cabinets conseils puisque 1 milliard a été dépensé en 2021 par exemple mais aussi la fraude fiscale puisque McKinsey n’ aurait payé aucun impôt en France. En outre McKinsey aurait travaillé « gratuitement » pour  les campagnes électorales de Macron. 

 

 

Contacté par nos soins, le PNF confirme que «cette enquête vise bien et uniquement la société McKinsey sur la question de son statut fiscal en France». En outre, précise-t-on, les peines encourues, si les faits sont avérés, sont de dix ans de prison et une amende de 750.000 euros, «qui peut être portée jusqu’à la moitié de la valeur des biens ou des fonds sur lesquels ont porté les opérations de blanchiment».

De son côté, le cabinet indique au Figaro qu’il «se tiendra à la disposition des administrations et autorités compétentes». «Chaque fois que le cabinet a fait l’objet de demandes d’informations de la part des autorités publiques, il a évidemment toujours répondu et pleinement collaboré, y compris sur les questions techniques de fiscalité. Cela a été le cas lors des précédents contrôles fiscaux des différentes entités de McKinsey en France», ajoute-t-on. En outre, McKinsey assure de nouveau respecter «les règles fiscales et sociales françaises qui lui sont applicables», et répète que son approche fiscale française est «similaire dans les pays où il est présent et constante depuis des années». Elle est aussi connue du fisc. Enfin, «McKinsey s’étonne de la focalisation sur le cabinet, qui ne représente que 1% des achats de conseil des administrations publiques, comme l’a mentionné le rapport de la commission sénatoriale».

Dans son rapport, la commission d’enquête du Sénat a accusé les entités françaises du cabinet McKinsey d’optimisation fiscale, de telle sorte qu’elles n’auraient versé aucun impôt sur les sociétés entre 2011 et 2020. «Le cabinet McKinsey est bien assujetti à l’impôt sur les sociétés (IS) en France mais ses versements s’établissent à zéro euro depuis au moins 10 ans», concluait le rapport, contredisant des propos «tenus sous serment» devant les sénateurs par un directeur associé du cabinet en France.

Ainsi, selon la commission d’enquête menée par le président Arnaud Bazin (LR) et la rapporteure la sénatrice Éliane Assassi (CRCE), l’entreprise aurait échappé à l’impôt sur les sociétés malgré un chiffre d’affaires «sur le territoire national» qui a atteint «329 millions d’euros en 2020, dont environ 5% dans le secteur public» et le fait qu’«il emploie environ 600 salariés» en France. Les sénateurs avaient alors qualifié cette pratique d’«exemple caricatural d’optimisation fiscale», grâce à des «prix de transfert» facturés par la maison mère, basée au Delaware, aux filiales françaises.

 

L’affaire McKinsey devant le parquet national financier

L’affaire McKinsey  devant le parquet national financier

Désormais le scandale de l’affaire McKinsey va aussi être géré par le Parti national financier pour deux motifs essentiels à savoir la pertinence d’un recours excessif à des cabinets conseils puisque 1 milliard a été dépensé en 2021 par exemple mais aussi la fraude fiscale puisque McKinsey n’ aurait payé aucun impôt en France. En outre McKinsey aurait travaillé « gratuitement » pour  les campagnes électorales de Macron. 

 

 

Contacté par nos soins, le PNF confirme que «cette enquête vise bien et uniquement la société McKinsey sur la question de son statut fiscal en France». En outre, précise-t-on, les peines encourues, si les faits sont avérés, sont de dix ans de prison et une amende de 750.000 euros, «qui peut être portée jusqu’à la moitié de la valeur des biens ou des fonds sur lesquels ont porté les opérations de blanchiment».

De son côté, le cabinet indique au Figaro qu’il «se tiendra à la disposition des administrations et autorités compétentes». «Chaque fois que le cabinet a fait l’objet de demandes d’informations de la part des autorités publiques, il a évidemment toujours répondu et pleinement collaboré, y compris sur les questions techniques de fiscalité. Cela a été le cas lors des précédents contrôles fiscaux des différentes entités de McKinsey en France», ajoute-t-on. En outre, McKinsey assure de nouveau respecter «les règles fiscales et sociales françaises qui lui sont applicables», et répète que son approche fiscale française est «similaire dans les pays où il est présent et constante depuis des années». Elle est aussi connue du fisc. Enfin, «McKinsey s’étonne de la focalisation sur le cabinet, qui ne représente que 1% des achats de conseil des administrations publiques, comme l’a mentionné le rapport de la commission sénatoriale».

Dans son rapport, la commission d’enquête du Sénat a accusé les entités françaises du cabinet McKinsey d’optimisation fiscale, de telle sorte qu’elles n’auraient versé aucun impôt sur les sociétés entre 2011 et 2020. «Le cabinet McKinsey est bien assujetti à l’impôt sur les sociétés (IS) en France mais ses versements s’établissent à zéro euro depuis au moins 10 ans», concluait le rapport, contredisant des propos «tenus sous serment» devant les sénateurs par un directeur associé du cabinet en France.

Ainsi, selon la commission d’enquête menée par le président Arnaud Bazin (LR) et la rapporteure la sénatrice Éliane Assassi (CRCE), l’entreprise aurait échappé à l’impôt sur les sociétés malgré un chiffre d’affaires «sur le territoire national» qui a atteint «329 millions d’euros en 2020, dont environ 5% dans le secteur public» et le fait qu’«il emploie environ 600 salariés» en France. Les sénateurs avaient alors qualifié cette pratique d’«exemple caricatural d’optimisation fiscale», grâce à des «prix de transfert» facturés par la maison mère, basée au Delaware, aux filiales françaises.

 

Affaire McKinsey, un scandale d’État, pourquoi ?

Affaire McKinsey, un scandale d’État, pourquoi  ?

 

Le Sénat a découvert les dépenses invraisemblables de recours à des sociétés de conseil comme McKinsey. Rien que pour l’année 2021, on a consacré 1 milliard pour les seules dépenses de McKinsey. Qui au demeurant en plus ne paierait pas d’impôts ! En tout cas pas suffisamment.

L’affaire est grave si l’on en juge par la fébrilité du président de la république qui a dit ne pas craindre la justice. L’affaire sera traitée de manière également judiciaire suite à la plainte du Sénat.

Le gouvernement argumente en considérant que la France n’est pas le pays qui dépense le plus en matière de conseil. Le problème c’est que parallèlement la France a l’appareil administratif le plus important en Europe voire au monde. La France qui en même temps détient la plus grande école de gestionnaires de l’État avec notamment l’ENA. En clair il ne manque pas de directions,  d’observatoires, de commissions de contrôle , de mission de vérification financière. Des milliers et des milliers d’emplois sont consacrés à ces tâches.

On se demande comment on a pu atteindre une telle facture. En moyenne en effet le coût d’une journée d’un expert se situe selon les cas entre 1000 et 3 000 € par jour. Pour atteindre 1 milliard de dépenses, il aurait fallu mobiliser une armée d’experts consultants, sans doute autour de 10 000.  Comme c’est probable les marchés ont été sur évalués et un retour financier est venu affecter les ressources de partis politiques impliqués comme donneurs d’ordre indirects.

Matériellement il est impossible d’atteindre un tel niveau de dépenses. On peut légitimement s’interroger à la fois sur l’incompétence mais aussi sur le caractère frauduleux de ses dépenses. Surtout quand on mesure l’efficacité des recommandations de ces cabinets de conseil. Les centaines et même les milliers de hauts fonctionnaires qui commandent ces études font preuve à la fois d’incompétence et d’irresponsabilité.

Le pouvoir politique, lui arrose ces cabinets de conseil dont l’objectif est moins de proposer des réformes que de brosser dans le sens du poil les tendances libérales du gouvernement. Accessoirement aussi de favoriser la promotion électorale des pseudos réformes. Un seul exemple l’espace santé de la sécurité sociale qui constitue une véritable escroquerie. Un objectif dont on vante partout l’intérêt mais qui concrètement est complètement vide. Personne n’a en effet prévu qui et comment doit être rempli cet espace bidon recommandé sans doute par les scientistes experts de McKinsey et  autres. Même chose concernant le grand débat national qui a coûté une fortune et dont on n’a même pas été capable de tirer une synthèse cohérente accessible.

On s’était déjà interrogé sur les conditions de financement de la campagne de Macron en 2017 avec notamment ses relations un peu sulfureuse entre le pouvoir, Alstom et General Electric. Une affaire qui a été pratiquement enterrée comme pratiquement toutes celles concernant le gouvernement. L’affaire McKinsey pourrait bien être de même nature et révéler non seulement le caractère délictueux mais aussi l’incompétence et irresponsabilité aussi du gouvernement.

Politique-Les dessous de l’affaire McKinsey

Politique-Les dessous de l’affaire  McKinsey 

.Depuis la publication, le 17 mars dernier, du rapport du Sénat sur la question, les travaux de la commission d’enquête ont fait naître polémiques et fausses informations, reprises et alimentées par les concurrents d’Emmanuel Macron, que le JDD s’attache à démêler.

 

À noter toutefois que le principal reproche qu’on peut formuler à l’égard de ce scandale d’État c’est d’avoir dépensé une somme phénoménale d’un milliard représentant des milliers d’experts consultants alors que dans le même temps la France entretient des milliers de hauts fonctionnaires qui ont précisément pour mission de diriger, d’orienter, de contrôler l’administration et ses fonctions régaliennes. La France de ce point de vue est l’un des pays qui compte le plus de hauts fonctionnaires au monde ( l’ENA étant l’exemple plus symbolique fournisseur de ce personnel). L’autre reproche, c’est que Macron gouvernant seul et ne voulant surtout pas de parti se sert d’un consultant comme conseil en stratégie politique; un conseil payé par le contribuable. NDLR

 

Pourquoi y a-t-il une polémique sur McKinsey ?

En raison d’un rapport mettant en évidence l’utilisation importante des cabinets de conseil sous le quinquennat Macron. Tout part du rapport sénatorial rendu public le 17 mars. Une commission d’enquête, créée en novembre 2021, a étudié l’influence des cabinets de conseil privés dans les politiques publiques au cours du dernier quinquennat. Le président de la commission, le sénateur LR Arnaud Bazin et la rapporteure, la communiste Éliane Assassi, ont mis en évidence une augmentation notable des dépenses liées au cabinet de conseil, qui sont passées de 379 millions d’euros en 2018 à 894 millions en 2021. Il s’agit d’un « phénomène tentaculaire » selon le rapport.

 
 

Très vite après la publication du rapport, le débat s’est focalisé sur McKinsey, un de ces cabinets de conseil, pour plusieurs raisons :

- Des liens supposés avec Emmanuel Macron. Ce qui a remis au goût du jour l’image du « président des riches » , proche des élites économiques ;

 
- le fait que les entités françaises de McKinsey n’ont versé aucun impôt sur les sociétés depuis dix ans, selon les conclusions du rapport sénatorial* ;

- le fait que l’entreprise McKinsey était déjà apparue dans le débat public pour son intervention dans la campagne vaccinale française.

En pleine campagne présidentielle , le sujet est vite apparu comme explosif et tous les adversaires du président-candidat, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen en passant par Eric Zemmour, se sont emparés de l’affaire. Pourtant, le président de la commission d’enquête, le Républicain Arnaud Bazin, avait précisé dès le début vouloir rendre ses travaux « en mars 2022, avant le premier tour de l’élection présidentielle », sachant que la commission a 6 mois pour rendre son rapport. Les travaux avaient débuté en novembre 2021, et dès le départ, la commission a la temporalité en tête : « Nous nous sommes interrogés, avec Arnaud Bazin, parce que cela nous faisait rendre le rapport en plein cœur des élections législatives, ce qui aurait été pire. Il y a une sorte « d’alignement des planètes », mais nous n’avions pas du tout l’objectif de pirater la séquence électorale, cela n’a rien à voir. », assure au JDD la rapporteure, Éliane Assassi.

Que font ces cabinets de conseil ?

Des missions variées, pour des résultats « inégaux ». Dans le rapport du Sénat, il est écrit que « le rôle d’un cabinet de conseil consiste à rédiger des documents stratégiques à destination des responsables publics », mais les missions des cabinets de conseil sont aussi beaucoup plus concrètes : pendant la crise sanitaire , il leur a notamment été confié « la logistique des masques, des équipements de protection et des vaccins, des systèmes d’information pour la vaccination – VAC-SI – et pour le passe sanitaire… » comme le détaille le Sénat.

Mais une grande partie de l’activité de conseil relève du secteur informatique : ce domaine représente 646,4 millions d’euros en 2021, soit 72 % des dépenses de conseil. Le Sénat rappelle la teneur de ces missions : conseil en  « qualité des systèmes d’information »; « stratégie des systèmes d’information » ; « étude de projets applicatifs », ou encore « urbanisation et expertise technique ».

Evolution des dépenses de conseil en informatique des ministères

Evolution des dépenses de conseil en informatique des ministères

(Rapport du Sénat)

Mais le Sénat dénonce également des missions trop coûteuses pour des résultats « inégaux », comme pour la mission confiée à McKinsey sur l’avenir du métier d’enseignant, qui a coûté 496 800 euros. Pourtant évaluée comme « satisfaisante » par la direction interministérielle de la transformation publique, le produit de cette mission « se résume à une compilation – certes conséquente – de travaux scientifiques et à la production de graphiques fondés sur des données publiques, notamment de l’OCDE », tance le Sénat, ajoutant que la valeur ajoutée semble alors « réduite », alors que les consultants facturent leur journée à 3 312 euros. Une mission qui n’a pas eu de suites concrètes selon le Sénat, le ministère de l’Éducation nationale ayant lui-même reconnu qu’il n’était « pas possible de déterminer les conséquences directes » du travail effectué par McKinsey.

Lire aussi - Qu’est-ce qu’un cabinet de conseil ?

Quel est le poids de McKinsey et des cabinets de conseil dans les commandes publiques ?

Assez léger. 20 cabinets de conseils se partagent 55 % du marché du conseil pour les ministères selon les chiffres du Sénat. Le cabinet McKinsey n’y représente qu’1 % de ce marché entre 2018 et 2020, la même part que Kantar. Le groupe français Eurogroup est le premier avec 10 % du marché, le second, également français, est Capgemini (5 %).

Répartition du marché du conseil aux ministères entre 2018 et 2020

Répartition du marché du conseil aux ministères entre 2018 et 2020

(Rapport du Sénat)

Lors du point presse du gouvernement sur le sujet, Olivier Dussopt, ministre délégué chargé des Comptes Publics, a balayé toute interdépendance entre État et cabinets de conseils, en précisant que ceux-ci ne représentaient que « 0,3 % de la masse salariale totale de l’État ».

Il faut cependant souligner que le recours aux cabinets de conseil a été important pendant la crise sanitaire, et que la société McKinsey a totalisé pendant cette période 12,3 millions d’euros de contrats au cours de la période, le plaçant en tête des commandes.

Quel est le lien entre Emmanuel Macron et McKinsey ?

Plusieurs consultants ou anciens de McKinsey ont travaillé pour la campagne Macron de 2017. Des liens existent ainsi entre McKinsey et Emmanuel Macron. Karim Tadjeddine, responsable du pôle secteur public de McKinsey, était un soutien d’Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle de 2017. Il avait également signé en 2016 un chapitre du livre de Thomas Cazenave, directeur adjoint de cabinet du ministre à Bercy, intitulé L’État en mode start-up. L’ouvrage avait été préfacé par Emmanuel Macron.

Karim Tadjeddine apparaît dans les MacronLeaks avec son adresse mail de McKinsey. Devant le Sénat, il a reconnu que « l’utilisation de l’adresse électronique de l’entreprise était une erreur. Je le reconnais, cela a donné lieu à une suite en interne ». Plusieurs consultants ou anciens de McKinsey se sont également investis sur leur temps libre dans la campagne électorale de 2017. L’entreprise n’a pas joué de rôle en tant que tel.

Le gouvernement a-t-il eu plus de recours aux cabinets de conseil que dans les quinquennats précédents ? Et par rapport aux autres pays européens ?

La pratique de recourir aux cabinets de conseil n’est pas inédite. Cependant, le rapport du Sénat examine le recours aux cabinets de conseil seulement pendant le quinquennat d’Emmanuel Macron. Jusqu’en 2018, la pratique est mal connue, car mal-documentée : les ministères ne disposeraient pas des chiffres antérieurs à 2018, à cause d’un changement de logiciel, c’est la raison avancée à la commission d’enquête sénatoriale. Elle a donc dû se rabattre sur des approximations qui se fondent sur des chiffres transmis par la Fédération européenne des associations de conseil en organisation, qui prend en compte les prestations réalisées pour l’ensemble de la sphère publique, dont les collectivités territoriales, contrairement à l’angle choisi par les sénateurs.

Ils jugent toutefois que ces chiffres permettent de se rendre compte de la tendance à la hausse dans le marché du conseil au secteur public depuis 2007 : il aurait ainsi gagné plus de 40 % entre 2005 et 2018, selon la fédération. C’est avec la Révision générale des politiques publiques (RGPP), réforme de l’État menée par Nicolas Sarkozy, que s’initie cette hausse : un rapport d’information de l’Assemblée nationale, dont la rapporteure est la députée LREM Cendra Motin, relève que « le niveau des dépenses consacrées au conseil double ainsi entre 2007 et 2010 ». Le rapport sénatorial confirme « une hausse sensible entre 2007 et 2010 à la faveur de la RGPP », comme le montre ce graphique.

Chiffres d'affaires réalisé par les entreprises du secteur du conseil en secteur public

Chiffres d’affaires réalisé par les entreprises du secteur du conseil en secteur public

(Rapport du Sénat)

Pendant le mandat de François Hollande , si la modernisation de l’action publique se poursuit, le recours aux cabinets de conseil semble baisser, avant de connaître une remontée depuis 2018.

En comparaison avec les autres pays européens : en France, il est « historiquement limité » selon le Sénat. Pour l’année 2018, dernière année de comparaison citée par le Sénat, les cabinets de conseils font un chiffre d’affaires de 3 143 millions d’euros en Allemagne, et 2 640 millions d’euros au Royaume-Uni, contre seulement 657 millions d’euros en France. Selon le rapport de l’Assemblée, pour 2019, ce chiffre s’élève à 814 millions d’euros en France. « Le montant d’achats de prestations de conseil par le secteur public rapporté aux dépenses de personnel dans le secteur public en France, demeure l’un des plus faibles de l’Union européenne. Il est de 0,27 % en France contre 1,25 % en Allemagne et 1,47 % au Danemark », précise le rapport de la mission d’information de l’Assemblée nationale (voir le graphique ci-dessous).

Dépenses publiques en prestation de conseil dans différents pays de l'Union européenne

Dépenses publiques en prestation de conseil dans différents pays de l’Union européenne

(Rapport de la mission d’information de l’Assemblée nationale)

McKinsey a-t-il conseillé au gouvernement de baisser les APL de 5 euros ?

Non, McKinsey n’est pas à l’origine de la baisse des APL de 5 euros. Cette partie de la polémique part d’une déclaration de la rapporteure de la commission d’enquête, Éliane Assassi lors de la présentation du rapport : elle mentionnait « une prestation de 4 millions d’euros de McKinsey pour mettre en oeuvre la réforme des APL, cette même réforme qui réduisait les aides de 5 euros par foyer ». La sénatrice confond deux réformes, car, dans son rapport, la commission d’enquête se réfère à une réforme du mode de calcul des APL, et à une prestation commandée à McKinsey à partir de 2018, pour une réforme qui devait s’appliquer en janvier 2019. Le cabinet est sollicité pour un premier audit à l’automne 2018, et le sera à plusieurs reprises par la suite, la réforme prenant plus de temps que prévu, « à cause des lacunes informatiques de la CNAF puis de la crise sanitaire » selon les sénateurs.

Cette réforme, qui met en place le calcul « en temps réel » des APL, n’a rien à voir avec la baisse de cinq euros décidée en juillet 2017 par le gouvernement, bien avant le début de la mission de McKinsey. Interrogée par le JDD, Éliane Assassi reconnaît que le rapport ne parle pas de la baisse de 5 euros, mais bien du changement du mode de calcul, mais regrette « l’utilisation politicienne du rapport », et pointe « les interprétations politiques » qui en ont été faites. Mais pour la communiste, c’est aussi le « manque de transparence » de la part du gouvernement qui a alimenté cette fausse nouvelle. Car le détail n’est pas passé inaperçu, et a été repris par plusieurs personnalités politiques, comme Xavier Bertrand, ou Adrien Quatennens.

D’autres candidats ont-ils eu recours à des cabinets de conseils dans leur fonction exécutive ?

Oui. Xavier Bertrand, conseiller spécial de Valérie Pécresse , avait dénoncé le 23 mars l’affaire McKinsey comme « un scandale d’État », en assurant que si Valérie Pécresse était élue, elle cesserait de faire appel aux cabinets de conseil, sur l’antenne de Franceinfo. Une semaine plus tard sur LCI, la candidate n’a pas tenu exactement le même propos : « Par définition, je ne suis pas contre à ce qu’il y ait des partenariats entre le public et le privé. (…) Cela dépendra pour quelles missions, mais évidemment pas à ces niveaux de montants. » Valérie Pécresse a aussi admis avoir eu recours à un cabinet de conseil alors qu’elle était ministre de l’Enseignement Supérieur en 2008, pour la « réorganisation du ministère », et pas pour la réforme des universités. Par contre, l’utilisation des cabinets de conseil par les collectivités territoriales n’a pas été analysée par le Sénat qui s’est concentré sur le quinquennat d’Emmanuel Macron et sur le pouvoir exécutif.

Delphine Batho, porte-parole de Yannick Jadot , a également été épinglée par L’Opinion pour avoir eu recours à des cabinets de conseil alors qu’elle était ministre de François Hollande, pour des dépenses estimées à 68,5 millions d’euros. Delphine Batho conteste l’accusation.

*Le 26 mars, le cabinet McKinsey a réaffirmé respecter les règles fiscales françaises, précisant qu’une de ses filiales avait payé l’impôt sur les sociétés pendant six ans sur la période au cours de laquelle le Sénat l’accuse d’optimisation fiscale.

Les dessous de l’affaire McKinsey

Les dessous de l’affaire  McKinsey 

.Depuis la publication, le 17 mars dernier, du rapport du Sénat sur la question, les travaux de la commission d’enquête ont fait naître polémiques et fausses informations, reprises et alimentées par les concurrents d’Emmanuel Macron, que le JDD s’attache à démêler.

 

À noter toutefois que le principal reproche qu’on peut formuler à l’égard de ce scandale d’État c’est d’avoir dépensé une somme phénoménale d’un milliard représentant des milliers d’experts consultants alors que dans le même temps la France entretient des milliers de hauts fonctionnaires qui ont précisément pour mission de diriger, d’orienter, de contrôler l’administration et ses fonctions régaliennes. La France de ce point de vue est l’un des pays qui compte le plus de hauts fonctionnaires au monde ( l’ENA étant l’exemple plus symbolique fournisseur de ce personnel). L’autre reproche, c’est que Macron gouvernant seul et ne voulant surtout pas de parti se sert d’un consultant comme conseil en stratégie politique; un conseil payé par le contribuable. NDLR

Pourquoi y a-t-il une polémique sur McKinsey ?

En raison d’un rapport mettant en évidence l’utilisation importante des cabinets de conseil sous le quinquennat Macron. Tout part du rapport sénatorial rendu public le 17 mars. Une commission d’enquête, créée en novembre 2021, a étudié l’influence des cabinets de conseil privés dans les politiques publiques au cours du dernier quinquennat. Le président de la commission, le sénateur LR Arnaud Bazin et la rapporteure, la communiste Éliane Assassi, ont mis en évidence une augmentation notable des dépenses liées au cabinet de conseil, qui sont passées de 379 millions d’euros en 2018 à 894 millions en 2021. Il s’agit d’un « phénomène tentaculaire » selon le rapport.

Très vite après la publication du rapport, le débat s’est focalisé sur McKinsey, un de ces cabinets de conseil, pour plusieurs raisons :

- Des liens supposés avec Emmanuel Macron. Ce qui a remis au goût du jour l’image du « président des riches » , proche des élites économiques ;

- le fait que les entités françaises de McKinsey n’ont versé aucun impôt sur les sociétés depuis dix ans, selon les conclusions du rapport sénatorial* ;

- le fait que l’entreprise McKinsey était déjà apparue dans le débat public pour son intervention dans la campagne vaccinale française.

En pleine campagne présidentielle , le sujet est vite apparu comme explosif et tous les adversaires du président-candidat, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen en passant par Eric Zemmour, se sont emparés de l’affaire. Pourtant, le président de la commission d’enquête, le Républicain Arnaud Bazin, avait précisé dès le début vouloir rendre ses travaux « en mars 2022, avant le premier tour de l’élection présidentielle », sachant que la commission a 6 mois pour rendre son rapport. Les travaux avaient débuté en novembre 2021, et dès le départ, la commission a la temporalité en tête : « Nous nous sommes interrogés, avec Arnaud Bazin, parce que cela nous faisait rendre le rapport en plein cœur des élections législatives, ce qui aurait été pire. Il y a une sorte « d’alignement des planètes », mais nous n’avions pas du tout l’objectif de pirater la séquence électorale, cela n’a rien à voir. », assure au JDD la rapporteure, Éliane Assassi.

Que font ces cabinets de conseil ?

Des missions variées, pour des résultats « inégaux ». Dans le rapport du Sénat, il est écrit que « le rôle d’un cabinet de conseil consiste à rédiger des documents stratégiques à destination des responsables publics », mais les missions des cabinets de conseil sont aussi beaucoup plus concrètes : pendant la crise sanitaire , il leur a notamment été confié « la logistique des masques, des équipements de protection et des vaccins, des systèmes d’information pour la vaccination – VAC-SI – et pour le passe sanitaire… » comme le détaille le Sénat.

Mais une grande partie de l’activité de conseil relève du secteur informatique : ce domaine représente 646,4 millions d’euros en 2021, soit 72 % des dépenses de conseil. Le Sénat rappelle la teneur de ces missions : conseil en  « qualité des systèmes d’information »; « stratégie des systèmes d’information » ; « étude de projets applicatifs », ou encore « urbanisation et expertise technique ».

Evolution des dépenses de conseil en informatique des ministères

Evolution des dépenses de conseil en informatique des ministères

(Rapport du Sénat)

Mais le Sénat dénonce également des missions trop coûteuses pour des résultats « inégaux », comme pour la mission confiée à McKinsey sur l’avenir du métier d’enseignant, qui a coûté 496 800 euros. Pourtant évaluée comme « satisfaisante » par la direction interministérielle de la transformation publique, le produit de cette mission « se résume à une compilation – certes conséquente – de travaux scientifiques et à la production de graphiques fondés sur des données publiques, notamment de l’OCDE », tance le Sénat, ajoutant que la valeur ajoutée semble alors « réduite », alors que les consultants facturent leur journée à 3 312 euros. Une mission qui n’a pas eu de suites concrètes selon le Sénat, le ministère de l’Éducation nationale ayant lui-même reconnu qu’il n’était « pas possible de déterminer les conséquences directes » du travail effectué par McKinsey.

Lire aussi - Qu’est-ce qu’un cabinet de conseil ?

Quel est le poids de McKinsey et des cabinets de conseil dans les commandes publiques ?

Assez léger. 20 cabinets de conseils se partagent 55 % du marché du conseil pour les ministères selon les chiffres du Sénat. Le cabinet McKinsey n’y représente qu’1 % de ce marché entre 2018 et 2020, la même part que Kantar. Le groupe français Eurogroup est le premier avec 10 % du marché, le second, également français, est Capgemini (5 %).

Répartition du marché du conseil aux ministères entre 2018 et 2020

Répartition du marché du conseil aux ministères entre 2018 et 2020

(Rapport du Sénat)

Lors du point presse du gouvernement sur le sujet, Olivier Dussopt, ministre délégué chargé des Comptes Publics, a balayé toute interdépendance entre État et cabinets de conseils, en précisant que ceux-ci ne représentaient que « 0,3 % de la masse salariale totale de l’État ».

Il faut cependant souligner que le recours aux cabinets de conseil a été important pendant la crise sanitaire, et que la société McKinsey a totalisé pendant cette période 12,3 millions d’euros de contrats au cours de la période, le plaçant en tête des commandes.

Quel est le lien entre Emmanuel Macron et McKinsey ?

Plusieurs consultants ou anciens de McKinsey ont travaillé pour la campagne Macron de 2017. Des liens existent ainsi entre McKinsey et Emmanuel Macron. Karim Tadjeddine, responsable du pôle secteur public de McKinsey, était un soutien d’Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle de 2017. Il avait également signé en 2016 un chapitre du livre de Thomas Cazenave, directeur adjoint de cabinet du ministre à Bercy, intitulé L’État en mode start-up. L’ouvrage avait été préfacé par Emmanuel Macron.

Karim Tadjeddine apparaît dans les MacronLeaks avec son adresse mail de McKinsey. Devant le Sénat, il a reconnu que « l’utilisation de l’adresse électronique de l’entreprise était une erreur. Je le reconnais, cela a donné lieu à une suite en interne ». Plusieurs consultants ou anciens de McKinsey se sont également investis sur leur temps libre dans la campagne électorale de 2017. L’entreprise n’a pas joué de rôle en tant que tel.

Le gouvernement a-t-il eu plus de recours aux cabinets de conseil que dans les quinquennats précédents ? Et par rapport aux autres pays européens ?

La pratique de recourir aux cabinets de conseil n’est pas inédite. Cependant, le rapport du Sénat examine le recours aux cabinets de conseil seulement pendant le quinquennat d’Emmanuel Macron. Jusqu’en 2018, la pratique est mal connue, car mal-documentée : les ministères ne disposeraient pas des chiffres antérieurs à 2018, à cause d’un changement de logiciel, c’est la raison avancée à la commission d’enquête sénatoriale. Elle a donc dû se rabattre sur des approximations qui se fondent sur des chiffres transmis par la Fédération européenne des associations de conseil en organisation, qui prend en compte les prestations réalisées pour l’ensemble de la sphère publique, dont les collectivités territoriales, contrairement à l’angle choisi par les sénateurs.

Lire aussi - « Un phénomène tentaculaire » : le Sénat attaque le recours aux cabinets de conseils par l’État

Ils jugent toutefois que ces chiffres permettent de se rendre compte de la tendance à la hausse dans le marché du conseil au secteur public depuis 2007 : il aurait ainsi gagné plus de 40 % entre 2005 et 2018, selon la fédération. C’est avec la Révision générale des politiques publiques (RGPP), réforme de l’État menée par Nicolas Sarkozy, que s’initie cette hausse : un rapport d’information de l’Assemblée nationale, dont la rapporteure est la députée LREM Cendra Motin, relève que « le niveau des dépenses consacrées au conseil double ainsi entre 2007 et 2010 ». Le rapport sénatorial confirme « une hausse sensible entre 2007 et 2010 à la faveur de la RGPP », comme le montre ce graphique.

Chiffres d'affaires réalisé par les entreprises du secteur du conseil en secteur public

Chiffres d’affaires réalisé par les entreprises du secteur du conseil en secteur public

(Rapport du Sénat)

Pendant le mandat de François Hollande , si la modernisation de l’action publique se poursuit, le recours aux cabinets de conseil semble baisser, avant de connaître une remontée depuis 2018.

En comparaison avec les autres pays européens : en France, il est « historiquement limité » selon le Sénat. Pour l’année 2018, dernière année de comparaison citée par le Sénat, les cabinets de conseils font un chiffre d’affaires de 3 143 millions d’euros en Allemagne, et 2 640 millions d’euros au Royaume-Uni, contre seulement 657 millions d’euros en France. Selon le rapport de l’Assemblée, pour 2019, ce chiffre s’élève à 814 millions d’euros en France. « Le montant d’achats de prestations de conseil par le secteur public rapporté aux dépenses de personnel dans le secteur public en France, demeure l’un des plus faibles de l’Union européenne. Il est de 0,27 % en France contre 1,25 % en Allemagne et 1,47 % au Danemark », précise le rapport de la mission d’information de l’Assemblée nationale (voir le graphique ci-dessous).

Dépenses publiques en prestation de conseil dans différents pays de l'Union européenne

Dépenses publiques en prestation de conseil dans différents pays de l’Union européenne

(Rapport de la mission d’information de l’Assemblée nationale)

McKinsey a-t-il conseillé au gouvernement de baisser les APL de 5 euros ?

Non, McKinsey n’est pas à l’origine de la baisse des APL de 5 euros. Cette partie de la polémique part d’une déclaration de la rapporteure de la commission d’enquête, Éliane Assassi lors de la présentation du rapport : elle mentionnait « une prestation de 4 millions d’euros de McKinsey pour mettre en oeuvre la réforme des APL, cette même réforme qui réduisait les aides de 5 euros par foyer ». La sénatrice confond deux réformes, car, dans son rapport, la commission d’enquête se réfère à une réforme du mode de calcul des APL, et à une prestation commandée à McKinsey à partir de 2018, pour une réforme qui devait s’appliquer en janvier 2019. Le cabinet est sollicité pour un premier audit à l’automne 2018, et le sera à plusieurs reprises par la suite, la réforme prenant plus de temps que prévu, « à cause des lacunes informatiques de la CNAF puis de la crise sanitaire » selon les sénateurs.

Cette réforme, qui met en place le calcul « en temps réel » des APL, n’a rien à voir avec la baisse de cinq euros décidée en juillet 2017 par le gouvernement, bien avant le début de la mission de McKinsey. Interrogée par le JDD, Éliane Assassi reconnaît que le rapport ne parle pas de la baisse de 5 euros, mais bien du changement du mode de calcul, mais regrette « l’utilisation politicienne du rapport », et pointe « les interprétations politiques » qui en ont été faites. Mais pour la communiste, c’est aussi le « manque de transparence » de la part du gouvernement qui a alimenté cette fausse nouvelle. Car le détail n’est pas passé inaperçu, et a été repris par plusieurs personnalités politiques, comme Xavier Bertrand, ou Adrien Quatennens.

D’autres candidats ont-ils eu recours à des cabinets de conseils dans leur fonction exécutive ?

Oui. Xavier Bertrand, conseiller spécial de Valérie Pécresse , avait dénoncé le 23 mars l’affaire McKinsey comme « un scandale d’État », en assurant que si Valérie Pécresse était élue, elle cesserait de faire appel aux cabinets de conseil, sur l’antenne de Franceinfo. Une semaine plus tard sur LCI, la candidate n’a pas tenu exactement le même propos : « Par définition, je ne suis pas contre à ce qu’il y ait des partenariats entre le public et le privé. (…) Cela dépendra pour quelles missions, mais évidemment pas à ces niveaux de montants. » Valérie Pécresse a aussi admis avoir eu recours à un cabinet de conseil alors qu’elle était ministre de l’Enseignement Supérieur en 2008, pour la « réorganisation du ministère », et pas pour la réforme des universités. Par contre, l’utilisation des cabinets de conseil par les collectivités territoriales n’a pas été analysée par le Sénat qui s’est concentré sur le quinquennat d’Emmanuel Macron et sur le pouvoir exécutif.

Delphine Batho, porte-parole de Yannick Jadot , a également été épinglée par L’Opinion pour avoir eu recours à des cabinets de conseil alors qu’elle était ministre de François Hollande, pour des dépenses estimées à 68,5 millions d’euros. Delphine Batho conteste l’accusation.

*Le 26 mars, le cabinet McKinsey a réaffirmé respecter les règles fiscales françaises, précisant qu’une de ses filiales avait payé l’impôt sur les sociétés pendant six ans sur la période au cours de laquelle le Sénat l’accuse d’optimisation fiscale.

Politique-Pourquoi l’affaire McKinsey est un scandale d’État ?

Politique-Pourquoi l’affaire McKinsey est un scandale d’État ?

 

Le Sénat a découvert les dépenses invraisemblables de recours à des sociétés de conseil comme McKinsey. Rien que pour l’année 2021, on a consacré 1 milliard pour les seules dépenses de McKinsey. Qui au demeurant en plus ne paierait pas d’impôts ! En tout cas pas suffisamment.

L’affaire est grave si l’on en juge par la fébrilité du président de la république qui a dit ne pas craindre la justice. L’affaire sera traitée de manière également judiciaire suite à la plainte du Sénat.

Le gouvernement argumente en considérant que la France n’est pas le pays qui dépense le plus en matière de conseil. Le problème c’est que parallèlement la France a l’appareil administratif le plus important en Europe voire au monde. La France qui en même temps détient la plus grande école de gestionnaires de l’État avec notamment l’ENA. En clair il ne manque pas de directions,  d’observatoires, de commissions de contrôle , de mission de vérification financière. Des milliers et des milliers d’emplois sont consacrés à ces tâches.

On se demande comment on a pu atteindre une telle facture. En moyenne en effet le coût d’une journée d’un expert se situe selon les cas entre 1000 et 3 000 € par jour. Pour atteindre 1 milliard de dépenses, il aurait fallu mobiliser une armée d’experts consultants, sans doute autour de 10 000.  Comme c’est probable les marchés ont été sur évalués et un retour financier est venu affecter les ressources de partis politiques impliqués comme donneurs d’ordre indirects.

Matériellement il est impossible d’atteindre un tel niveau de dépenses. On peut légitimement s’interroger à la fois sur l’incompétence mais aussi sur le caractère frauduleux de ses dépenses. Surtout quand on mesure l’efficacité des recommandations de ces cabinets de conseil. Les centaines et même les milliers de hauts fonctionnaires qui commandent ces études font preuve à la fois d’incompétence et d’irresponsabilité.

Le pouvoir politique, lui arrose ces cabinets de conseil dont l’objectif est moins de proposer des réformes que de brosser dans le sens du poil les tendances libérales du gouvernement. Accessoirement aussi de favoriser la promotion électorale des pseudos réformes. Un seul exemple l’espace santé de la sécurité sociale qui constitue une véritable escroquerie. Un objectif dont on vante partout l’intérêt mais qui concrètement est complètement vide. Personne n’a en effet prévu qui et comment doit être rempli cet espace bidon recommandé sans doute par les scientistes experts de McKinsey et  autres. Même chose concernant le grand débat national qui a coûté une fortune et dont on n’a même pas été capable de tirer une synthèse cohérente accessible.

On s’était déjà interrogé sur les conditions de financement de la campagne de Macron en 2017 avec notamment ses relations un peu sulfureuse entre le pouvoir, Alstom et General Electric. Une affaire qui a été pratiquement enterrée comme pratiquement toutes celles concernant le gouvernement. L’affaire McKinsey pourrait bien être de même nature et révéler non seulement le caractère délictueux mais aussi l’incompétence et irresponsabilité aussi du gouvernement.

Sondage présidentiel : Macron baisse au second tour

Sondage présidentiel : Macron baisse au second tour

  • L’enquête Elabe publiée mercredi montre qu’en cas d’un duel Macron-Le Pen au second tour, il l’emporterait à 52,5% contre 47,5%. Il y a 3 semaines, Emmanuel Macron était crédité de 61 % des suffrages contre 39 % pour Marine Le Pen.
  • Le rolling Ipsos donne Emmanuel Macron à 55 % contre 45 % pour Marine Le Pen, un écart de 10 points. Il était de 20 points le 12 mars (60-40 pour Macron).
  • Le rolling Ifop crédite de le chef de l’Etat de 53,5 % des suffrages (46,5 % pour Marine Le Pen). Il y a 3 semaines, Macron la distançait de 14 points (57 % pour Macron, 43 % pour Marine Le Pen).
  • Le rolling OpinionWay montre également la même dynamique. Emmanuel Macron obtient 55 % des voix contre 59 % le 9 mars. L’écart est donc passé de 18 à 10 points en 3 semaines.

Pour expliquer ce rapproché entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, le sondeur Matthieu Gallard de l’Ipsos explique que la candidate du Rassemblement national obtient désormais « de meilleurs reports des électorats Zemmour et Mélenchon. Dans le même temps, les reports des électeurs Pécresse et Jadot sur Macron sont en hausse, mais ça ne compense pas. »

Le chef de l’Etat fait, en effet, face à un problème. S’il améliore, en moyenne, son score de premier tour de 4 points. Ce n’est pas le cas au second tour, où il baisse d’environ 10 points par rapport à la précédente présidentielle. Marine Le Pen a un réservoir de voix supérieur à 2017 grâce notamment à la candidature d’Eric Zemmour. De son côté, le candidat d’En marche a moins de réserves automatiques même s’il bénéficie du report majoritaire de l’électorat de Yannick Jadot et de Valérie Pécresse.

 

 

L’affaire polémique McKinsey

L’affaire  polémique McKinsey 

.Depuis la publication, le 17 mars dernier, du rapport du Sénat sur la question, les travaux de la commission d’enquête ont fait naître polémiques et fausses informations, reprises et alimentées par les concurrents d’Emmanuel Macron, que le JDD s’attache à démêler.

 

À noter toutefois que le principal reproche qu’on peut formuler à l’égard de ce scandale d’État c’est d’avoir dépensé une somme phénoménale d’un milliard représentant des milliers d’experts consultants alors que dans le même temps la France entretient des milliers de hauts fonctionnaires qui ont précisément pour mission de diriger, d’orienter, de contrôler l’administration et ses fonctions régaliennes. La France de ce point de vue est l’un des pays qui compte le plus de hauts fonctionnaires au monde ( l’ENA étant l’exemple plus symbolique fournisseur de ce personnel). L’autre reproche, c’est que Macon gouvernant seul et ne voulant surtout pas de parti se sert d’un consultant comme conseil en stratégie politique; un conseil payé par le contribuable. NDLR

Pourquoi y a-t-il une polémique sur McKinsey ?

En raison d’un rapport mettant en évidence l’utilisation importante des cabinets de conseil sous le quinquennat Macron. Tout part du rapport sénatorial rendu public le 17 mars. Une commission d’enquête, créée en novembre 2021, a étudié l’influence des cabinets de conseil privés dans les politiques publiques au cours du dernier quinquennat. Le président de la commission, le sénateur LR Arnaud Bazin et la rapporteure, la communiste Éliane Assassi, ont mis en évidence une augmentation notable des dépenses liées au cabinet de conseil, qui sont passées de 379 millions d’euros en 2018 à 894 millions en 2021. Il s’agit d’un « phénomène tentaculaire » selon le rapport.

 

Très vite après la publication du rapport, le débat s’est focalisé sur McKinsey, un de ces cabinets de conseil, pour plusieurs raisons :

- Des liens supposés avec Emmanuel Macron. Ce qui a remis au goût du jour l’image du « président des riches » , proche des élites économiques ;

- le fait que les entités françaises de McKinsey n’ont versé aucun impôt sur les sociétés depuis dix ans, selon les conclusions du rapport sénatorial* ;

- le fait que l’entreprise McKinsey était déjà apparue dans le débat public pour son intervention dans la campagne vaccinale française.

En pleine campagne présidentielle , le sujet est vite apparu comme explosif et tous les adversaires du président-candidat, de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen en passant par Eric Zemmour, se sont emparés de l’affaire. Pourtant, le président de la commission d’enquête, le Républicain Arnaud Bazin, avait précisé dès le début vouloir rendre ses travaux « en mars 2022, avant le premier tour de l’élection présidentielle », sachant que la commission a 6 mois pour rendre son rapport. Les travaux avaient débuté en novembre 2021, et dès le départ, la commission a la temporalité en tête : « Nous nous sommes interrogés, avec Arnaud Bazin, parce que cela nous faisait rendre le rapport en plein cœur des élections législatives, ce qui aurait été pire. Il y a une sorte « d’alignement des planètes », mais nous n’avions pas du tout l’objectif de pirater la séquence électorale, cela n’a rien à voir. », assure au JDD la rapporteure, Éliane Assassi.

Que font ces cabinets de conseil ?

Des missions variées, pour des résultats « inégaux ». Dans le rapport du Sénat, il est écrit que « le rôle d’un cabinet de conseil consiste à rédiger des documents stratégiques à destination des responsables publics », mais les missions des cabinets de conseil sont aussi beaucoup plus concrètes : pendant la crise sanitaire , il leur a notamment été confié « la logistique des masques, des équipements de protection et des vaccins, des systèmes d’information pour la vaccination – VAC-SI – et pour le passe sanitaire… » comme le détaille le Sénat.

Mais une grande partie de l’activité de conseil relève du secteur informatique : ce domaine représente 646,4 millions d’euros en 2021, soit 72 % des dépenses de conseil. Le Sénat rappelle la teneur de ces missions : conseil en  « qualité des systèmes d’information »; « stratégie des systèmes d’information » ; « étude de projets applicatifs », ou encore « urbanisation et expertise technique ». 

Evolution des dépenses de conseil en informatique des ministères

Evolution des dépenses de conseil en informatique des ministères

(Rapport du Sénat)

Mais le Sénat dénonce également des missions trop coûteuses pour des résultats « inégaux », comme pour la mission confiée à McKinsey sur l’avenir du métier d’enseignant, qui a coûté 496 800 euros. Pourtant évaluée comme « satisfaisante » par la direction interministérielle de la transformation publique, le produit de cette mission « se résume à une compilation – certes conséquente – de travaux scientifiques et à la production de graphiques fondés sur des données publiques, notamment de l’OCDE », tance le Sénat, ajoutant que la valeur ajoutée semble alors « réduite », alors que les consultants facturent leur journée à 3 312 euros. Une mission qui n’a pas eu de suites concrètes selon le Sénat, le ministère de l’Éducation nationale ayant lui-même reconnu qu’il n’était « pas possible de déterminer les conséquences directes » du travail effectué par McKinsey. 

Lire aussi - Qu’est-ce qu’un cabinet de conseil ?

Quel est le poids de McKinsey et des cabinets de conseil dans les commandes publiques ?

Assez léger. 20 cabinets de conseils se partagent 55 % du marché du conseil pour les ministères selon les chiffres du Sénat. Le cabinet McKinsey n’y représente qu’1 % de ce marché entre 2018 et 2020, la même part que Kantar. Le groupe français Eurogroup est le premier avec 10 % du marché, le second, également français, est Capgemini (5 %). 

Répartition du marché du conseil aux ministères entre 2018 et 2020

Répartition du marché du conseil aux ministères entre 2018 et 2020

(Rapport du Sénat)

Lors du point presse du gouvernement sur le sujet, Olivier Dussopt, ministre délégué chargé des Comptes Publics, a balayé toute interdépendance entre État et cabinets de conseils, en précisant que ceux-ci ne représentaient que « 0,3 % de la masse salariale totale de l’État ». 

Il faut cependant souligner que le recours aux cabinets de conseil a été important pendant la crise sanitaire, et que la société McKinsey a totalisé pendant cette période 12,3 millions d’euros de contrats au cours de la période, le plaçant en tête des commandes.

Quel est le lien entre Emmanuel Macron et McKinsey ? 

Plusieurs consultants ou anciens de McKinsey ont travaillé pour la campagne Macron de 2017. Des liens existent ainsi entre McKinsey et Emmanuel Macron. Karim Tadjeddine, responsable du pôle secteur public de McKinsey, était un soutien d’Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle de 2017. Il avait également signé en 2016 un chapitre du livre de Thomas Cazenave, directeur adjoint de cabinet du ministre à Bercy, intitulé L’État en mode start-up. L’ouvrage avait été préfacé par Emmanuel Macron.

Karim Tadjeddine apparaît dans les MacronLeaks avec son adresse mail de McKinsey. Devant le Sénat, il a reconnu que « l’utilisation de l’adresse électronique de l’entreprise était une erreur. Je le reconnais, cela a donné lieu à une suite en interne ». Plusieurs consultants ou anciens de McKinsey se sont également investis sur leur temps libre dans la campagne électorale de 2017. L’entreprise n’a pas joué de rôle en tant que tel.

Le gouvernement a-t-il eu plus de recours aux cabinets de conseil que dans les quinquennats précédents ? Et par rapport aux autres pays européens ?

La pratique de recourir aux cabinets de conseil n’est pas inédite. Cependant, le rapport du Sénat examine le recours aux cabinets de conseil seulement pendant le quinquennat d’Emmanuel Macron. Jusqu’en 2018, la pratique est mal connue, car mal-documentée : les ministères ne disposeraient pas des chiffres antérieurs à 2018, à cause d’un changement de logiciel, c’est la raison avancée à la commission d’enquête sénatoriale. Elle a donc dû se rabattre sur des approximations qui se fondent sur des chiffres transmis par la Fédération européenne des associations de conseil en organisation, qui prend en compte les prestations réalisées pour l’ensemble de la sphère publique, dont les collectivités territoriales, contrairement à l’angle choisi par les sénateurs.

Lire aussi - « Un phénomène tentaculaire » : le Sénat attaque le recours aux cabinets de conseils par l’État

Ils jugent toutefois que ces chiffres permettent de se rendre compte de la tendance à la hausse dans le marché du conseil au secteur public depuis 2007 : il aurait ainsi gagné plus de 40 % entre 2005 et 2018, selon la fédération. C’est avec la Révision générale des politiques publiques (RGPP), réforme de l’État menée par Nicolas Sarkozy, que s’initie cette hausse : un rapport d’information de l’Assemblée nationale, dont la rapporteure est la députée LREM Cendra Motin, relève que « le niveau des dépenses consacrées au conseil double ainsi entre 2007 et 2010 ». Le rapport sénatorial confirme « une hausse sensible entre 2007 et 2010 à la faveur de la RGPP », comme le montre ce graphique.

Chiffres d'affaires réalisé par les entreprises du secteur du conseil en secteur public

Chiffres d’affaires réalisé par les entreprises du secteur du conseil en secteur public

(Rapport du Sénat)

Pendant le mandat de François Hollande , si la modernisation de l’action publique se poursuit, le recours aux cabinets de conseil semble baisser, avant de connaître une remontée depuis 2018. 

En comparaison avec les autres pays européens : en France, il est « historiquement limité » selon le Sénat. Pour l’année 2018, dernière année de comparaison citée par le Sénat, les cabinets de conseils font un chiffre d’affaires de 3 143 millions d’euros en Allemagne, et 2 640 millions d’euros au Royaume-Uni, contre seulement 657 millions d’euros en France. Selon le rapport de l’Assemblée, pour 2019, ce chiffre s’élève à 814 millions d’euros en France. « Le montant d’achats de prestations de conseil par le secteur public rapporté aux dépenses de personnel dans le secteur public en France, demeure l’un des plus faibles de l’Union européenne. Il est de 0,27 % en France contre 1,25 % en Allemagne et 1,47 % au Danemark », précise le rapport de la mission d’information de l’Assemblée nationale (voir le graphique ci-dessous).

Dépenses publiques en prestation de conseil dans différents pays de l'Union européenne

Dépenses publiques en prestation de conseil dans différents pays de l’Union européenne

(Rapport de la mission d’information de l’Assemblée nationale)

McKinsey a-t-il conseillé au gouvernement de baisser les APL de 5 euros ?

Non, McKinsey n’est pas à l’origine de la baisse des APL de 5 euros. Cette partie de la polémique part d’une déclaration de la rapporteure de la commission d’enquête, Éliane Assassi lors de la présentation du rapport : elle mentionnait « une prestation de 4 millions d’euros de McKinsey pour mettre en oeuvre la réforme des APL, cette même réforme qui réduisait les aides de 5 euros par foyer ». La sénatrice confond deux réformes, car, dans son rapport, la commission d’enquête se réfère à une réforme du mode de calcul des APL, et à une prestation commandée à McKinsey à partir de 2018, pour une réforme qui devait s’appliquer en janvier 2019. Le cabinet est sollicité pour un premier audit à l’automne 2018, et le sera à plusieurs reprises par la suite, la réforme prenant plus de temps que prévu, « à cause des lacunes informatiques de la CNAF puis de la crise sanitaire » selon les sénateurs.

Cette réforme, qui met en place le calcul « en temps réel » des APL, n’a rien à voir avec la baisse de cinq euros décidée en juillet 2017 par le gouvernement, bien avant le début de la mission de McKinsey. Interrogée par le JDD, Éliane Assassi reconnaît que le rapport ne parle pas de la baisse de 5 euros, mais bien du changement du mode de calcul, mais regrette « l’utilisation politicienne du rapport », et pointe « les interprétations politiques » qui en ont été faites. Mais pour la communiste, c’est aussi le « manque de transparence » de la part du gouvernement qui a alimenté cette fausse nouvelle. Car le détail n’est pas passé inaperçu, et a été repris par plusieurs personnalités politiques, comme Xavier Bertrand, ou Adrien Quatennens. 

D’autres candidats ont-ils eu recours à des cabinets de conseils dans leur fonction exécutive ?

Oui. Xavier Bertrand, conseiller spécial de Valérie Pécresse , avait dénoncé le 23 mars l’affaire McKinsey comme « un scandale d’État », en assurant que si Valérie Pécresse était élue, elle cesserait de faire appel aux cabinets de conseil, sur l’antenne de Franceinfo. Une semaine plus tard sur LCI, la candidate n’a pas tenu exactement le même propos : « Par définition, je ne suis pas contre à ce qu’il y ait des partenariats entre le public et le privé. (…) Cela dépendra pour quelles missions, mais évidemment pas à ces niveaux de montants. » Valérie Pécresse a aussi admis avoir eu recours à un cabinet de conseil alors qu’elle était ministre de l’Enseignement Supérieur en 2008, pour la « réorganisation du ministère », et pas pour la réforme des universités. Par contre, l’utilisation des cabinets de conseil par les collectivités territoriales n’a pas été analysée par le Sénat qui s’est concentré sur le quinquennat d’Emmanuel Macron et sur le pouvoir exécutif.

Delphine Batho, porte-parole de Yannick Jadot , a également été épinglée par L’Opinion pour avoir eu recours à des cabinets de conseil alors qu’elle était ministre de François Hollande, pour des dépenses estimées à 68,5 millions d’euros. Delphine Batho conteste l’accusation.

*Le 26 mars, le cabinet McKinsey a réaffirmé respecter les règles fiscales françaises, précisant qu’une de ses filiales avait payé l’impôt sur les sociétés pendant six ans sur la période au cours de laquelle le Sénat l’accuse d’optimisation fiscale.

Scandale McKinsey: rapport du sénat (extrait)

Scandale McKinsey: rapport du sénat (extrait)

 

L’ESSENTIEL

La crise sanitaire a mis en lumière l’intervention des consultants dans la conduite des politiques publiques. Ce n’était en réalité que la face émergée de l’iceberg : au quotidien, des cabinets privés conseillent l’État sur sa stratégie, son organisation et ses infrastructures informatiques. Peu connus du grand public, ils s’appellent Accenture, Bain, Boston Consulting Group (BCG), Capgemini, Eurogroup, EY, McKinsey, PwC, Roland Berger ou encore Wavestone et emploient environ 40 000 consultants en France. À l’initiative du groupe Communiste, républicain, citoyen et écologiste (CRCE), le Sénat a investigué pendant 4 mois sur l’influence des cabinets de conseil sur les politiques publiques, en utilisant les moyens de contrôle renforcés des commissions d’enquête parlementaires. Auditions Personnes entendues sous serment Questionnaires envoyés Documents recueillis et analysés Les travaux de la commission d’enquête révèlent un phénomène tentaculaire. Les cabinets de conseil interviennent au cœur des politiques publiques, ce qui soulève deux principales questions : notre vision de l’État et de sa souveraineté face à des cabinets privés, d’une part, et la bonne utilisation des deniers publics, d’autre part. Publiée pendant les travaux du Sénat, la circulaire du Premier ministre du 19 janvier 2022 sur l’encadrement des prestations de conseil est à la fois tardive et incomplète : l’objectif de réduction des dépenses (- 15 % pour le conseil en stratégie et en organisation en 2022) est peu ambitieux, alors que la transparence des prestations demeure la grande oubliée. –

UN RECOURS MASSIF ET CROISSANT AUX CABINETS DE CONSEIL : LES CONSULTANTS AU CŒUR DES POLITIQUES PUBLIQUES A.  PLUS D’UN MILLIARD D’EUROS POUR DES PRESTATIONS DE CONSEIL, UN « POGNON DE DINGUE »

 

En 2021, les dépenses de conseil de l’État au sens large ont dépassé le milliard d’euros, dont 893,9 millions pour les ministères et 171,9 millions pour un échantillon de 44 opérateurs. Il s’agit d’une estimation minimale car les dépenses des opérateurs sont en réalité plus élevées : si la commission d’enquête a interrogé ceux dont le budget était le plus important (Pôle emploi, Caisse des dépôts et consignations, etc.), l’échantillon ne représente que 10 % du total des opérateurs. Le recours aux consultants n’a pas commencé sous ce quinquennat, chacun gardant en mémoire la révision générale des politiques publiques (RGPP). Il a toutefois été croissant entre 2018 et 2021, comme le confirment les données de la direction du budget : les dépenses de conseil des ministères ont plus que doublé, avec une forte accélération en 2021 (+ 45 %). Évolution des dépenses de conseil des ministères (en millions d’euros) Au sein de cette enveloppe, les dépenses de conseil les plus stratégiques (445,6 millions d’euros) augmentent significativement : le conseil en stratégie et organisation a été multiplié par 3,7 depuis 2018 ; le conseil en stratégie des systèmes d’information par 5,8. – 9 – Près de 85 % des dépenses sont concentrées dans 5 ministères : Intérieur, Économie et Finances, Armées, Transition écologique, ministères sociaux. Répartition des dépenses les plus stratégiques des ministères (en %, 2021) En pratique, le recours aux cabinets de conseil est facilité par des accords-cadres, dont celui de la Direction interministérielle de la transformation publique (DITP) et de la centrale d’achat UGAP. Ces contrats mettent à la disposition des ministères un vivier de cabinets de conseil, dans lequel ils peuvent aisément piocher. B.

RECOURIR À DES CONSULTANTS EST DEVENU UN RÉFLEXE, Y COMPRIS POUR LES PRINCIPALES RÉFORMES DU QUINQUENNAT

Le recours aux consultants constitue aujourd’hui un réflexe : ils sont sollicités pour leur expertise technique – même lorsque l’État dispose déjà de compétences en interne – et leur capacité à apporter un regard extérieur à l’administration – par exemple pour des parangonnages internationaux (benchmarks). La force de frappe des cabinets de conseil s’adapte à l’accélération du temps politique : des consultants peuvent être mobilisés très rapidement pour répondre aux priorités d’un ministre ou d’un directeur d’administration centrale. Comme l’a souligné l’universitaire Julie Gervais, un cabinet international peut, en deux semaines, « être en mesure de produire un rapport de trois cents pages en allant puiser auprès de ses succursales aux États-Unis, en Suisse ou ailleurs ». En pratique, les consultants sont intervenus sur la plupart des grandes réformes du quinquennat, renforçant ainsi leur place dans la décision publique. En 2019, un cabinet d’avocats – Dentons – a même – 10 – participé à la rédaction de l’étude d’impact du projet de loi d’orientation des mobilités. …

Etat et Cabinets de conseil–McKinsey: Un intérêt douteux !

Etat et Cabinets de conseil–McKinsey: Un intérêt douteux !

Un papier du Figaro qu’on ne peut pas soupçonner d’a priori gauchiste s’interroge sérieusement sur l’intérêt des interventions du cabinet McKinsey. Un cabinet qui a facturé pour 1 milliard de prestations de conseil en 2021.

L’«omniprésence» du cabinet de conseil dans certaines institutions a été dénoncée par la commission d’enquête sénatoriale, qui pointe le manque d’efficacité de certaines missions.

«McKinsey n’est pas un scandale d’État», a voulu évacuer le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal la semaine dernière. Le gouvernement est en tout cas sous le feu des critiques depuis la publication la semaine dernière du rapport de la commission sénatoriale sur l’influence des cabinets de conseil sur les politiques publiques. Celle-ci pointe du doigt, dans ce rapport fouillé et explosif, les excès de recours à ces cabinets privés dans la gestion de dossiers politiques de premier plan. Un cabinet est dénoncé en particulier : McKinsey, qui en plus d’être accusé d’optimisation fiscale en France, voit l’intérêt de ses missions pour l’État remises en cause.

 

Le cabinet américain est en effet en porte-à-faux. Durant la crise sanitaire, il est celui qui a raflé la plus grande proportion des dépenses de conseil de l’État. Selon le rapport, quelque 12,33 millions d’euros lui ont été versés au total, en particulier pour orchestrer la campagne vaccinale française. Le cabinet avait alors quatre missions : piloter l’organisation logistique, échafauder des indicateurs de suivi, et réaliser des analyses sectorielles et organiser des réunions.

Cette dernière mission n’a pas toujours séduit Santé Publique France, que McKinsey a coaché : le cabinet de conseil organisait deux briefings quotidiens à six heures d’écart, sans laisser selon les agents la capacité de mener des actions qui «prennent du temps». Le cabinet mène en outre ses missions rue de Ségur en toute discrétion : son logo n’apparaît jamais sur les «livrables», il emprunte celui du ministère de la Santé. Cinq contrats différents vont au total être signés pour mener cette campagne de vaccination, pour un total de 10,6 millions d’euros.

La commission sénatoriale reproche également au cabinet d’avoir rendu un «arbitrage orienté» sur le dossier des bonus/malus sur les cotisations d’assurance-chômage. Le dossier d’arbitrage de McKinsey, facturé 327.060 euros, présente quatre scénarii mais en privilégie très clairement un. Un exemple qui laisse craindre, comme le fait comprendre en filigrane du rapport sénatorial, que les cabinets ne jouent un rôle qui piétine sur le politique.

Mais l’État n’a pas attendu la crise sanitaire pour recourir aux services de McKinsey. Plusieurs réformes sensibles ont été menées avec l’appui du cabinet de conseil, comme la mise en œuvre de la partie informatique de la réforme des aides personnalisées au logement (APL). «Initialement prévue le 1er janvier 2019, la réforme est reportée à plusieurs reprises à cause des lacunes informatiques de la CNAF puis de la crise sanitaire. Le Gouvernement sollicite alors McKinsey pour contrôler la viabilité des solutions informatiques de la Caisse», explique le rapport sénatorial. Un apport «nécessaire et décisif aux équipes», selon le ministère de la cohésion des territoires, qui sera facturé via quatre contrats différents pour un total de 3,88 millions d’euros.

L’intérêt des prestations de McKinsey n’est pas toujours aussi évident, selon la commission sénatoriale. Celle-ci estime que la mission qui avait pour but d’échafauder la stratégie de sécurisation du versement des pensions alimentaires en 2019 a dénoté, malgré une «bonne maîtrise de ce type d’analyse (quantitative et qualitative)», un «manque de culture juridique et plus largement du secteur public» de la part des salariés du cabinet. Leur mission a pourtant été facturée 260.880 euros.

Un an plus tard, McKinsey prend en charge une nouvelle mission : rédiger un rapport sur les évolutions du métier d’enseignant, pour près de 500.000 euros. «Son livrable principal se résume à une compilation, certes conséquente, de travaux scientifiques et de graphiques conçus à partir de données publiques», écrit la commission. De plus, ce rapport qui était destiné à aider à la préparation d’un colloque à l’Unesco ne démontrera jamais son utilité : le colloque avait été annulé en raison de la crise sanitaire. Le ministère a ainsi admis « qu’il n’est pas possible de déterminer les conséquences directes » du rapport.

De manière similaire, le travail de McKinsey auprès de Caisse nationale d’assurance vieillesse (CNAV) en 2019 et en 2020 pour préparer la réforme des retraites n’a pas connu de concrétisation, puisque la réforme en question a été abandonnée par le gouvernement. La mission de McKinsey a malgré tout coûté 957.674 euros à l’État.

Au total et selon le rapport sénatorial, l’État a dépensé en 2021 plus d’un milliard d’euros en conseil stratégique et informatique, tous cabinets confondus. Dans le détail, les prestations de conseil des ministères, qui ont plus que doublé depuis 2018, comptaient en 2021 pour 893,9 millions d’euros. Dans ces 893,9 millions, il convient de distinguer les prestations des cabinets de conseils en stratégie (dont fait partie McKinsey) , qui pèsent pour 445,6 millions d’euros et le conseil essentiellement informatique, qui pèse pour 446,3 millions d’euros. S’y ajoutent au global 171 millions d’euros de conseil auprès des opérateurs de l’État.

Le rapport ne précise pas quelle proportion de cette somme a été versée à McKinsey mais selon une recension des missions de conseil réalisée par Le Monde, le cabinet américain aurait reçu plus de 60 millions d’euros pour diverses missions depuis 2015. Le rapport précise également que «le chiffre d’affaires de McKinsey sur le territoire national atteint 329 millions d’euros en 2020, dont environ 5 % dans le secteur public». Soit environ 16,5 millions en 2020.

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