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« Un État nounou peu efficace » (Mathieu Laine)

« Un État nounou peu efficace » (Mathieu Laine)

ce qu’estime Mathieu laine, entrepreneur et essayiste dans un nouveau livre.. Interview dans la Tribune

 

Dans votre nouveau livre, vous critiquez sévèrement le rôle de l’Etat français dans la gestion de la crise sanitaire, un Etat-nounou que vous aviez dénoncé il y a une quinzaine d’années dans un précédent ouvrage. Mais n’est-ce pas le rôle de l’Etat de protéger les citoyens ?

 

MATHIEU LAINE. Il est tout à fait légitime que l’État intervienne face à une pandémie. Freiner la propagation d’un virus et protéger les citoyens, c’est bien son rôle. Friedrich Hayek défendait d’ailleurs une telle approche. Mais, en tant que libéral, c’est la manière dont l’Etat français a réagi qui m’a intéressé. Cette pandémie a été un révélateur, au sens chimique, voire un accélérateur de tendances. Elle a fait apparaître la faiblesse de l’Etat français qui mixe le centralisme et le morcellement, en particulier à travers l’inefficacité incarnée par l’administration de la santé publique, constituée d’une myriade d’organismes qui ne font que produire et appliquer de la norme. Le retard pris dans notre campagne vaccinale est en grande partie à imputer à cette énorme machine.

La gestion de cette crise a aussi montré les excès tatillons de la bureaucratie qui a souvent pris une tournure ubuesque. Les exemples sont nombreux : l’imposition d’attestations, dont la dernière faisait deux pages dans une langue bureaucratique incompréhensible, sous peine d’amende ; le bâchage des rayons des livres ou des jouets dans les supermarchés ; le casse-tête des fonctionnaires pour savoir si un pyjama pour enfant de 2 ans était un bien essentiel. Ce ne sont pas des détails, c’est la vie quotidienne des Français.

Cela conduit nombre d’entre eux à comprendre qu’un homme seul, juste parce qu’il a été élu président de la République, doit nous protéger de tous les risques relève d’un dangereux mirage. C’est une pathologie bien française que de déployer, dans une circonstance pareille, des normes d’une complexité folle. Notre addiction à l’interventionnisme extrême nous perdra. Il est devenu urgent de découvrir en quoi la liberté pourrait contribuer au retour de l’ordre et de l’efficacité.

Le régime présidentiel caractéristique de la France est-il donc en cause?

Il est vrai que cette promesse néo-monarchiste de nous prémunir des risques, renforcée en 2005 par le président Chirac quand il inscrit le principe de précaution dans la constitution, a créé une nouvelle idéologie : le précautionnisme. Aujourd’hui, au moindre problème, tout le monde se tourne vers le président. C’est désormais un argument de campagne présidentielle. Chaque candidat fait de la surenchère. La question n’est donc pas tant la personne que la lourde machinerie administrative qu’il dirige et qui ne répond plus. Tout cela ne se règle pas à coup de dégagisme mais en s’attaquant enfin à cette faille structurelle.

Ils ne sont pas nécessairement cyniques lorsqu’ils le disent…

Ils sont même assez sincères, j’en suis certain. Mais en transformant l’action politique en nurse géante formulant des promesses toujours plus intenables, les citoyens désapprennent la responsabilité individuelle et les citoyens sont inévitablement déçus. L’État a été créé pour nous protéger contre les agressions extérieures, les individus lui transférant le monopole de la violence légale. Mais en France, l’État régalien – Intérieur, Défense et Éducation – est devenu en quelques décennies un État Providence qui s’est transformé en « État Précaution ». Un Etat nounou, qui nous materne et nous paterne ! Cette tendance lourde nous pousse dangereusement sur un chemin de servitude. La réaction à la pandémie confirme ce que je pointais déjà il y a 15 ans.

Dans ce cas, pourquoi publier ce livre?

J’y vois une opportunité de faire la pédagogie des idées libérales qui défendent l’ordre spontané, les libertés individuelles. Le meilleur moyen de protéger les gens consiste à les rendre plus forts en les armant intellectuellement et pratiquement, via l’école, l’université, la formation tout au long de la vie. Je soutiens également le retour à une subsidiarité vraie. Il faut partir de la base et non du sommet. Dès qu’un problème apparaît, le premier réflexe est de se tourner vers l’État, et non vers soi-même, son entourage, sa famille, ses amis, les associations, ou encore l’entreprise. On ne devrait passer à l’échelon supérieur, la commune, que si l’on ne trouve pas de solution. Comment se fait-il que des grandes villes à travers le monde puissent fournir à manger à des millions de personnes à l’heure du déjeuner sans qu’un grand cerveau l’organise ? L’ordre spontané illustré par ce simple exemple est devenu tellement contre-intuitif qu’on ne s’en rend même plus compte. Aujourd’hui, lorsqu’on distribue du pouvoir aux citoyens, cela semble une offrande de l’être suprême. Mais ce sont les citoyens les moteurs de la démocratie, non quelques élus. C’est pour cela que j’appelle de mes vœux, après cette crise sanitaire, à la constitution d’un mouvement de personnes souhaitant peser sur la présidentielle de 2022 et interpellant les candidats sur leurs solutions pour faire revenir, comme on le dit d’un fleuve, l’État dans son lit.

 

Un tel mouvement n’est-il pas limité par le complexe du citoyen face à l’Etat, une servitude volontaire en quelque sorte? Ne faudrait-il pas une réelle décentralisation qui se heurte en France au surmoi jacobin?

Ce dont nous avons besoin, c’est une révolution profonde, presque civilisationnelle. Il faut redéfinir le rôle du citoyen dont découlera ensuite celui de l’Etat. C’est ça, la démocratie. Or on fait le contraire aujourd’hui. La décentralisation participe de cette logique mais la mettre en œuvre nécessite d’être extrêmement vigilant. Depuis des décennies, plusieurs projets de décentralisation ont été lancés sans grands résultats. Cela rend le mot impopulaire. Car, à chaque fois, on a gardé l’État central tout en multipliant les instances avec la bureaucratie qui allait avec. C’est le fameux « millefeuille » qui se caractérise par une déresponsabilisation favorisée par les occasions de dépenses sans donner les opportunités de recettes. Il faudrait que l’Etat se recentre sur quelques actions pour laisser aux instances locales, régions ou départements, une plus large autonomie pour à la fois dépenser et prélever de l’argent.

Pourquoi?

Parce que dès qu’elles seront mises en concurrence, certaines opteront pour une politique fiscale plus attrayante, offrant au citoyen de déménager dans la région qui lui sera plus favorable. Avec l’Etat central, on a perdu cette notion de concurrence. Or aujourd’hui, on a le pire des deux systèmes : très centralisé, très morcelé et multi-couches !

Comment résoudre cette contradiction ?

Il faut un discours positif. Il s’agit de trouver, comme le suggère l’économiste Daron Acemoglu, que je cite dans mon livre, le « corridor étroit » entre le « Léviathan despotique » et le « Léviathan absent ». Pour ce chercheur du MIT, il faut définir ce que doivent faire les instances publiques pour être au service de l’émancipation des citoyens. C’est le premier principe. L’évolution de l’histoire, par exemple la Révolution française, a permis que nous sortions, vous et moi, du régime de servage, que nous puissions avoir voix au chapitre. Or il faut prendre la mesure d’une telle émancipation. Vous avez évoqué une servitude volontaire. C’est vrai que non seulement la population a peu réagi mais une partie d’entre elle a demandé plus de fermeture et de restriction des libertés. Cela participe aussi de l’épidémie de la peur, qui, comme le disait Jean Giono dans « Le hussard sur le toit », relève des circonstances d’une telle période. Le problème est que même hors de cette période nombre de personnes veulent qu’on les protège en réglementant notre façon de boire, de fumer, de nous déplacer ou même de caricaturer… C’est une mécanique qui s’auto-alimente, résultat d’une perte de confiance depuis des décennies dans la responsabilité et la liberté personnelles. Par cette normalisation forcée, les personnes, traitées comme des enfants, finissent par ne plus avoir confiance en elles-mêmes et demandent toujours plus de protection. En réalité, désapprendre la liberté est un phénomène psychique qui relève de l’emprise. A force d’avoir des politiques qui nous disent tout le temps qu’il faut tout faire à notre place et contrôler tout ce que nous faisons, nous finissons par nous trouver très bien dans notre servitude.

N’y-a-t-il pas aussi une spécificité de la société française, qui a été documentée, à savoir une « société de défiance », qui aurait pour conséquence de réduire la puissance de la société civile et de donner mécaniquement un rôle central à l’État ?

C’est exact, à force d’avoir un Etat qui promet de tout faire « quoi qu’il en coûte », une partie non négligeable de la population considère que ça lui convient, et en demande encore plus parce qu’il y a un certain confort à vivre en transférant à d’autres la gestion de bon nombre de risques quotidiens. C’est pourtant là une mécanique perverse qui précipite notre déclassement. Tout le défi des amoureux de la liberté consiste à expliquer que la meilleure des protections est en vérité d’être soi-même plus responsable, plus libre, de participer à un mécanisme d’innovation et d’entraide renforcé. Mais cette pédagogie est difficile à faire, notamment sur un plateau télé, car cela nécessite quelques explications et va contre l’opinion courante.

C’est un phénomène récent…

Oui, dans les années 1990, je ne me préoccupais pas de défendre la liberté politique tant c’était évident, alors qu’aujourd’hui elle recule, même en Europe. Regardez ce qui se passe en Pologne ou en Hongrie. La liberté n’est pas un vain combat. Des gens sont morts pour elle. Depuis des décennies, aucun leader politique n’a réussi à convaincre suffisamment de monde sur un projet restaurant le primat de la liberté. Après l’importante intervention de l’État durant la crise, il sera difficile de le faire reculer, d’une part, parce que le pouvoir ne rend jamais facilement ce qu’il a pris, et d’autre part, bon nombre de citoyens sont pris de vertige face à une liberté retrouvée. Quand un prisonnier est libéré au bout d’un certain temps, il est lui aussi gagné par la peur. Il est donc nécessaire de faire la pédagogie des vertus inhérentes à une société qui valorise la liberté, pour être plus heureux, pour donner un meilleur avenir à ses enfants, pour sortir de la pauvreté. Or personne ne le fait. Même les initiatives locales qui se sont multipliées durant la crise prouvant que l’on peut agir malgré le cadre bureaucratique n’ont pas été valorisées !

Cette crise sanitaire a visiblement remis en cause la mondialisation et, au moins dans un premier temps, mis à mal la cohérence de l’UE? Assiste-t-on à un repli sur le cadre national?

Défendre aujourd’hui l’idée de mondialisation comme solution fait fuir tout le monde. Mais prenons un seul exemple : si nous avions privilégié le repli sur la nation française en étant coupés du monde, nous n’aurions pas vacciné aujourd’hui un seul Français. La mondialisation de la science est le meilleur avocat de la globalisation. Le premier vaccin a été le fruit du travail de recherche de migrants turcs venus en Allemagne, financé avec des fonds provenant du monde entier, notamment d’Europe, et développé avec un laboratoire américain. Dans notre quotidien, souvent sans y prendre garde, nous bénéficions tous de l’échange d’idées, d’innovations et des capacités de production à travers le monde.

Cette pandémie montre bien que la solution du repli sur soi prônée par le populisme est un mirage. Elle constitue une régression qu’il faut dénoncer tant c’est une solution autoritaire qui peut glisser vers le despotisme.

De ce point de vue, la stratégie vaccinale est un moment intéressant. Au nom de l’efficacité et du respect de la liberté individuelle, les pays membres de l’Union européenne avaient décidé de s’unir pour négocier au meilleur prix l’important volume de vaccins. Or, cette vision strictement comptable nous a fait prendre un retard considérable comparée à la stratégie du Royaume uni qui, pourtant, avait mal géré la crise à ses débuts. Mais en reconnaissant ses erreurs, en retrouvant du bon sens, Boris Johnson et Matt Hancock, le secrétaire d’Etat à la Santé, ont compris, au regard du coût en termes de vies humaines et du coût économique des confinements, qu’il fallait commander rapidement des vaccins, sans se soucier du prix, de la quantité et de la provenance. Pragmatiques et libres, les Britanniques ont pris une longueur d’avance face aux processus technocratiques et la recherche de consensus. Étant viscéralement européen, je suis triste de faire ce constat. Cela ne signifie pas qu’il faille quitter l’Europe, mais qu’il nous faut réconcilier l’Union avec la puissance, le pragmatisme et l’efficacité.

Cette crise ne fait-elle pas douter les libéraux?

Douter est naturel, cela fait même partie de la pensée libérale qui est l’inverse d’un dogme hors sol. Elle n’a pas d’idée préconçue de ce que devrait être l’individu. En revanche, elle affirme le primat de la liberté de la personne humaine, la plus petite des minorités, qu’il nous faut plus que jamais défendre. Son objectif n’est autre que l’émancipation des personnes en restituant du pouvoir à chacun. Ce n’est pas juste une croyance. L’histoire témoigne de l’existence d’un ordre vertueux né de l’interaction libre et responsable entre les personnes, bien plus efficace que la pensée magique qui voudrait que quelques-uns, au prétexte qu’ils ont été élus, savent mieux que nous ce qui est bon pour nous.

La lutte contre le réchauffement climatique est un thème absent du livre. Pourtant il devrait s’imposer comme cause mondiale à la sortie de la crise sanitaire?

Je dis dans mon livre qu’on ne luttera pas contre le réchauffement climatique sans les entreprises ou contre elles. Interdire les publicités pour des voyages au motif qu’ils ont un bilan carbone trop élevé, c’est de la censure et de l’infantilisation. L’État devrait plutôt favoriser un débat sur un monde décarboné, à condition de ne pas le faire contre les hommes ou contre les entreprises. Cessons de considérer que quelques-uns savent mieux que tous les autres et peuvent nous imposer des interdictions, des taxes ou des obligations. Après la pandémie, retrouvons la liberté.

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(*) Mathieu Laine « Infantilisation. Cet Etat nounou qui vous veut du bien », éditions Les Presses de la Cité, 174 pages, 18 euros.

 

Avec la crise sanitaire, la mobilité remise en cause ( Mathieu Flonneau)

Avec la crise sanitaire, la mobilité remise en cause ( Mathieu Flonneau)

La course effrénée pour aller toujours plus vite et plus loin semble remise en cause à l’occasion de la crise sanitaire. Mathieu Flonneau, maître de conférences d’histoire contemporaine à l’université Panthéon-Sorbonne*, estime que la crise du Coronavirus révèle les graves distorsions de notre rapport à la mobilité. (Interview dans laTtribune )

 

Dans le moment inédit que nous rencontrons aujourd’hui où une pandémie nous contraint au confinement, l’Histoire peut-elle nous éclairer sur notre rapport à cette mobilité aujourd’hui complètement empêchée ?

MATHIEU FLONNEAU: Convoquer l’Histoire n’est malheureusement pas le plus pertinent pour tenter d’éclairer ce que nous vivons aujourd’hui tant cet épisode est inédit. C’est la première fois dans l’Histoire, hors période de guerre bien sûr, que la mobilité est empêchée à ce point, et c’est d’autant plus remarquable au vu des potentialités existantes en matière de mobilité. Nous n’avons pas d’exemples à la configuration comparable. En revanche, la littérature dystopique, elle, nous donne matière à réfléchir notamment sur les horizons d’attentes qui ont façonné les besoins de notre société contemporaine. Déjà, en 1968, un an avant la révélation symbolique par l’arrivée de l’homme sur la Lune, dans 2001, l’odyssée de l’espace, Stanley Kubrick illustrait cette société qui espérait trouver son salut à travers l’accélération : plus loin plus vite, vers une immobilité sublime… Cette accélération folle a fini par se confronter à la réalité du monde réel, celle d’une dimension limitée par des contraintes d’espace et de temporalité. La crise du coronavirus nous met face à cette distorsion de notre rapport à la mobilité, et y mettra probablement fin d’ailleurs pour ce qui n’est pas essentiel…

« Y mettre fin », c’est à dire ?

Ce que j’observe c’est que dans un contexte où la société contemporaine a décuplé ses « besoins » de mobilité, nous commencions à percevoir ces décalages sans jamais en payer le prix réel. Le prix de ses excès notamment. Je prendrai l’exemple absurde récent de ces avions qui ont volé à vide pour préserver les créneaux dans les aéroports. Je prends également l’exemple de l’industrie automobile qui a fondé son modèle sur une configuration complexe et éclatée à travers le monde. Demain est-ce que cela aura encore un sens de fabriquer en Chine, une voiture qui sera vendue en Europe ? Nous allons probablement faire l’examen de toutes ces incohérences, et il y aura probablement de la destruction, de la sélection, des éliminations. Par exemple, le modèle du transport aérien low-cost qui est littéralement hors-sol a probablement touché ses limites.

Le rapport à la mobilité, c’est aussi un comportement individuel. Le président de la République a pointé ceux qui se baladaient dans les parcs dimanche alors que la règle était de limiter ses déplacements…

Le détour par la science fiction est là aussi éloquent… Le film Into the wild (2008) faisait la promotion d’un survivalisme universel mais également individuel. Mais notre société s’inscrit aujourd’hui dans une démarche collective. Le discours du président de la République est un véritable tournant, peut-être temporaire, dans le retour de l’Etat stratège et planificateur comme à l’époque soviétique. Je convoque ici le film Snowpiercer, ce train qui traverse la planète à l’époque glaciaire, mais au prix d’une guerre sociale très dure.

 

Finalement, la pénurie alimentaire peut se réguler par le prix, la mobilité, elle, ne peut pas être régulée autrement que par la contrainte et la coercition ?

Nous le verrons bien mais ce n’est sans doute pas possible au-delà de quinze jours, un mois ou plus… Les seuls moments de l’histoire où la mobilité a été empêchée, c’était par la guerre. Bien entendu, la crise du coronavirus va conduire notre société à interroger la coordination des comportements individuels. Limités à nos chambres, elle va nous obliger à une forme d’introspection quasi-pascalienne dans notre rapport à la mobilité.

C’est donc notre rapport à la mobilité qui pourrait être impacté par la crise du coronavirus ?

Observons comment une société libérale comme le Royaume-Uni a réagi au risque de pandémie. Elle a voulu mettre en place l’immunité collective, une approche très darwiniste du sacrifice acceptable. Cette approche n’est pas possible dans la société française qui est tout à fait prête, au contraire, à remettre en cause des principes libéraux pour instaurer des règles plus coercitives et de régulation. Faudra-t-il par exemple justifier le choix de moyens de mobilité carboné et individuel alors que l’histoire de la vie privée nous apprend que la mobilité a permis cet accroissement de cette vie individuelle. Mais il faut éviter de tomber dans les excès de la collapsologie qui nous annonçait les pires remèdes pour en finir avec les effets de ces distorsions. La crise du Coronavirus est avant tout un choc de responsabilité dans notre rapport consumériste à la mobilité. Elle va nous aider à être plus responsable.

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(*) Mathieu Flonneau est maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université Paris-I Panthéon-Sorbonne et président de l’association T²M (Mobilities and Materialities Annual Conference 2019). Co-auteur de Choc de Mobilités (Editions Descartes et Cie, 2016, 179 pages, 15 euros, Mathieu Flonneau et Stéphane Levesque)

 

La confiance, le ressort de l’intelligence collective ? ( Mathieu Laine)

La  confiance, le ressort de l’intelligence collective ? ( Mathieu Laine)

 

 

Une interview intéressante sur la confiance et l’Etat (même cela peut  être discutée notamment parce que  intelligence, même collective, n’est pas nécessairement la morale) de Mathieu Laine, entrepreneur et professeur affilié à Sciences Po  (tribune dans l’Opinion).

 

C’est l’un des pièges les plus retors de notre monde et nous finissons tous par nous faire avoir : parce que le monde nous paraît, à raison, de plus en plus complexe, parce que la demande d’intervention se fait plus pressante, il nous semble inéluctable que les Etats doivent toujours plus intervenir. Or, qui dit intervention de l’Etat, dit, si ce n’est défiance, du moins recul de la confiance accordée aux individus de trouver par eux-mêmes la solution aux difficultés rencontrées.

Sans basculer dans l’anarchie, nous aurions grand intérêt à questionner notre habitude à déresponsabiliser les hommes et les femmes composant nos sociétés alors que leur intelligence collective, sans même qu’elle soit organisée par une instance supérieure, produit des résultats bien souvent éblouissants.

Pour mieux le comprendre, il faut lire ou relire le splendide livre d’Alain Peyrefitte, La société de confiance. Dans cette enquête fascinante au creuset de ce qui a fait le succès de l’Occident, l’auteur découvre que « le ressort du développement réside en définitive dans la confiance accordée à l’initiative personnelle, à la liberté exploratrice et inventive – à une liberté qui connaît ses contreparties, ses devoirs, ses limites, bref sa responsabilité, c’est-à-dire sa capacité à répondre d’elle-même ».

. Ce qui a fait la beauté de notre monde, ce sont les valeurs du monde libre, la liberté, la responsabilité, la propriété, la séparation des pouvoirs et la libre circulation des idées, notamment dans le domaine scientifique et juridique. Dans le cadre de l’Etat de droit, c’est la confiance qui libère et la défiance qui opprime.

Nous sommes toutefois biaisés par notre passé, nos réflexes, nos habitudes. Le recul de la confiance pointait déjà chez certains penseurs comme Hobbes et Rousseau, quand ils ont théorisé le contrat social par lequel chacun remet une partie de sa liberté d’action à un souverain supérieur supposé capable de les représenter et de savoir mieux que lui ce qui est bon pour lui. Benjamin Constant n’aura de cesse d’alerter sur les dangers d’une telle approche. « En se donnant à tous, il n’est pas vrai qu’on ne se donne à personne. On se donne au contraire à ceux qui agissent au nom de tous », écrit-il dans Principes de politiqueHayek décrira derrière le concept de constructivisme la fragilité majeure de l’intervention publique en raison d’un défaut congénital d’information du dirigeant politique. Aucune raison, aucun esprit humain, fusse-t-il supérieur, n’est en mesure d’appréhender l’intégralité et la complexité des informations nécessaires à la construction d’un ordre social. Cessons de raisonner sur cette illusion synoptique consistant à enfermer la confiance et, par là même, la liberté. La vraie transformation, c’est de refaire confiance à l’intelligence de chacun. Résultats garantis !

 

 

Mathieu Laine est entrepreneur et professeur affilié à Sciences Po. Il vient de publier Il faut sauver le monde libre chez Plon.

 

Les limites d’une politique monétaire (Mathieu Mucherie, économiste de marché)

Les limites d’une politique monétaire (Mathieu Mucherie, économiste de marché)

 

Extrait d’une interview dans Atlantico à propos du rôle de la politique monétaire dans la redistribution des richesses.

Comment résoudre une telle situation et obtenir un résultat plus satisfaisant dans la distribution des revenus et du patrimoine, pour ce qui relève de la politique monétaire ?

« …..nous vivons dans un pays où les décideurs n’ont pas la moindre idée de ce qui se passera après juin prochain, qui ne savent même pas s’ils doivent être rawlsiens ou nozickiens ou autre chose quand ils prétendent agir au nom de la « justice sociale », qui n’ont pas la moindre méthode pour savoir où se situent dans les inégalités nées de la révolution numérique les inégalités justes et/ou incitatives et où se situent les inégalités génératrices de rentes injustes (voilà qu’ils taxent les GAFA au pifomètre et… sur leur chiffre d’affaires !!), qui veulent le « plein emploi » dans le cadre d’un régime monétaire qui singe l’étalon-or (le système monétaire le plus adapté à la maximisation des écarts de richesse, puisqu’il entrave l’apurement des créances et favorise la rente, et le statu quo), et le tout avec des mécanismes d’intervention qui mixent joyeusement la redistribution au moment du prélèvement des impôts et la redistribution (parfois aux mêmes) au moment de la dépense publique (bravo la transparence), avec bien entendu cinq strates administratives pour rajouter un peu de fumée et quelques doublons, et saint Piketty en lecture pour tous. Un travail d’amateur dans une boite noire en double aveugle, en toute bonne conscience !! Avec le risque de voir tous ces « efforts » de redistribution annihilés par trois réunions de la BCE, par un nouveau dégazage bancaire ou une nouvelle provoc’ déflationniste de l’axe franco-allemand du mal.

La politique monétaire ne peut pas trop différencier si une dispersion des revenus est juste ou injuste, elle n’est pas l’instrument DE 1er rang pour lutter contre, le cas échéant, c’est simplement l’instrument AU premier rang, chronologiquement, pour éviter que la déflation ne s’installe avec son cortège de malheurs, de dettes qui s’accumulent et de chômeurs conjoncturels qui deviennent structurels. Le QE peut faire office de pare-feux et de facilitateur, ce n’est pas un outil de redistribution dans un sens ou dans un autre, à moins de prouver qu’il ne transite que par les effets richesse (en zone euro, bon courage) ou qu’à l’inverse il pourrait chambouler l‘ordre social bourgeois par une inflation à 10% (re-bon courage).

La politique monétaire en zone euro ne peut hélas rentrer dans les détails : elle est homogène, au mieux elle peut être un peu mieux orientée vers les maillons les plus faibles du Sud, et mieux orientée en direction de la prévention des crises de la demande agrégée, mais elle ne peut pas (et ne doit pas) rentrer dans les secteurs, les firmes, les ménages. La plus jolie fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a : même un néo-monétariste comme moi, très attaché à la notion de surpuissance de la politique monétaire, doit reconnaitre que le banquier central ne peut directement s’occuper ni de l’éducation, ni de l’aménagement du territoire, ni de l’immigration, ni de la libération du foncier, ni des statuts, ni de la fiscalité, c’est-à-dire des sources parmi les plus essentielles des inégalités concrètes. L’entrée de mexicains dans les Etats du Sud des USA dans les années 70, 80 et 90 n’est pas pour rien dans l’élargissement du spectre des salaires : oui, mais que pouvait y faire Alan Greenspan ?

En zone euro, la BCE a déjà un job à temps plein : son rôle est crucial pour les taux de changes, les taux d’intérêt, la survie supervision de 128 grandes banques, et une partie des marchés via les règles de collatéral notamment : ça fait déjà beaucoup pour un acteur non-élu, et pas toujours compétent, qui passe déjà trop de temps sur des missions annexes ou illégales (régulation des bonus des traders, symposiums sur les réformes structurelles pour tout le monde sauf pour lui, chantages vis-à-vis de certains gouvernements en pleine crise, et pendant les vacances : organisation de bank run et de corralito en Grèce ou à Chypre). Et maintenant les inégalités ? et demain le trafic aérien, et après demain la relance de la natalité en Europe ? Attention au surmenage, au syndrome « Gosbank », et aux conflits d’intérêts… »

 

Le CSA à la botte du gouvernement révoque Mathieu Gallet

Le CSA à la botte du  gouvernement révoque  Mathieu Gallet

Mathieu Gallet président  de Radio France a été révoqué par le très servile conseil supérieur de l’audiovisuel. Curieux comme décision car les faits reprochée concernent  non pas la gestion de Mathieu Gallet à  Radio France mais la gestion qu’il a exercée précédemment à l’institut national de l’audiovisuel. On aurait pu s’apercevoir avant des libertés que prenait Mathieu Gallet avec les règles des marchés publics. Si le président de Radio France a été évincé il ne doit surtout au gouvernement qui a tout d’un coup découvert les légèretés financières de Mathieu Gallet. En fait,  le conseil supérieur de l’audiovisuel s’est couché devant le gouvernement, pas étonnant puisque les membres nommés par le président de la république, le président de l’Assemblée nationale et le président du Sénat. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel a été créé par la loi du 17 janvier 1989L 1 modifiant la loi du 30 septembre 1986. Il remplace la Commission nationale de la communication et des libertés (CNCL,1986-1989), qui remplaçait elle-même la Haute autorité de la communication audiovisuelle (1982-1986). Son but est de veiller à la bonne application de la loi de 1986, précitée, sur la liberté de communication. Comme la CNIL, le CSA est considéré « autorité administrative indépendante » : il régule le secteur audiovisuel au nom de l’État mais sans dépendre du gouvernement.  La  loi de novembre 2013 lui redonne le pouvoir de nomination des présidents des sociétés de l’audiovisuel public (France TélévisionsRadio France et France Médias Monde) qu’il avait perdu en 2009 Leur mandat est de six ans, non renouvelable. Ils sont soumis à un devoir de réserve et ne peuvent cumuler leur fonction avec un emploi public, privé ou avoir des intérêts dans le secteur des médias. Au moment de sa nomination, un conseiller doit avoir moins de 65 ans. Comme la plupart des conseils et autres hautes autorités qui pullulent en France, le CSA est à la botte du  gouvernement. Pour preuve, on se demande bien pourquoi il s’est réveillé d’un coup alors que l’effet reproché à Mathieu Gallet sont connus depuis des années. Certes l’intéressé a fait preuve de légèreté mais c’est une très vieille affaire dont le traitement judiciaire n’est pas terminé puisque l’intéressé  a fait appel de sa condamnation. La vérité c’est que le gouvernement de cette opportunité pour déstabiliser Radio France afin d’engager une réforme globale de l’audiovisuel public qui regrouperait à la fois Radio France, France Télévisions et Internet. La ministre de la Culture Françoise Nyssen dit « prendre acte » de la décision du CSA tout en réaffirmant la position de l‘exécutif : “Radio France est au coeur de notre réflexion et des travaux en cours sur la transformation de l’audiovisuel public». Le pire c’est  que le CSA pourrait être désormais privé de nommer ou de destituer les dirigeants de l’audiovisuel public ! le gouvernemenet pourrait en effet  ôter au CSA son pouvoir de désignation des dirigeants de l‘audiovisuel public pour le confier aux conseils d‘administration. Bref, une décision très politique  à l’ancienne !

Mathieu Gallet : irrégularités et copinage à l’INA ( Canard enchaîné)

Mathieu Gallet : irrégularités et copinage à l’INA ( Canard enchaîné)

 

Selon « Le Canard enchaîné », un service de contrôle de Bercy a relevé des « irrégularités » dans des contrats de plusieurs centaines de milliers d’euros passés, sans mise en concurrence, avec des consultants par Mathieu Gallet, alors président l’INA. L’hebdomadaire cite les conclusions d’une note du 10 avril du Contrôle général économique et financier (CGEFI), dont le journal a obtenu copie et dont il reproduit un extrait. Selon « Le Canard enchaîné », le CGEFI relève des « dysfonctionnements et irrégularités » dans plusieurs marchés passés avec des cabinets de conseil lors de la présidence de Mathieu Gallet à l’Institut national de l’audiovisuel (INA), entre 2010 et 2014. Parmi ces marchés figurent des contrats avec les sociétés OpinionWay puis Balises, pour un montant total de près de 250.000 euros, passés sans mise en concurrence, une procédure pourtant obligatoire, selon « le Canard enchaîné ». Or, souligne l’hebdomadaire, Denis Pingaud, actuel conseiller en communication de Mathieu Gallet à Radio France, préside la société Balises. Et il était vice-président d’OpinionWay lors de la signature des contrats avec l’INA. Pour un autre contrat de 119.000 euros passé en 2011 avec le cabinet Bernard Spitz Conseil, « il n’a pas été trouvé trace d’une mise en concurrence par courrier ou mail », indique aussi la note du contrôleur d’Etat, citée par l’hebdomadaire. Fin mars, « Le Canard enchaîné » avait déjà affirmé que Mathieu Gallet avait engagé six cabinets de consultants lorsqu’il présidait l’INA. En tout, près de 800.000 euros sans mise en concurrence, écrivait l’hebdomadaire.

 

Je ne démissionnerai pas » Mathieu Gallet, PDG de Radio France …..dommage !

Je ne démissionnerai pas » Mathieu Gallet, PDG de radio France …..dommage !

« Je ne démissionnerai pas, j’irai jusqu’au bout », a-t-il affirmé jeudi sur iTélé. « J’ai été nommé il y a un peu plus d’un an par le CSA, à l’unanimité. Et seul le CSA peut me retirer mon mandat. (…) Le CSA m’a renouvelé sa confiance la semaine dernière », a-t-il ajouté. Dommage car cela éviterait peut-être de nouveaux gaspillages. A Radio France 100 000 euros pour la rénovation de son bureau d’après le Canard enchainé. C’est un récidiviste au ministère de la culture et à l’INA il avait déjà faiat rénover trois bureaux quand il y avait  exercé des fonctions. En plus il utilise les conseils d’un communiquant pour gérer son image, cout : 90 000 euros pour radio France. Récidiviste aussi dans ce domaine puisqu’à l’INA il payait déjà un communiquant pour 60 000 euros par an . l’exemple même des gaspillages des grands fonctionnaires d’Etat qui dirigent le pays. Mais  pour lui i n’y a pas de problème, tu m’étonnes c’est la redevance qui paye ! 600 millions de budget, déficit de 50 millions, 5000 salariés, salaire mensuel de 5000 euros !)   « Il n’y a pas un sujet Mathieu Gallet, il y a un problème Radio France« , a-t-il encore déclaré, dans sa première intervention publique depuis les nouvelles révélations du Canard enchaîné sur ses dépenses. « Il faut que la grève cesse », a-t-il dit, espérant que cette dernière prenne fin « dans les prochains jours avec les décisions que prendra l’État ». Il a rappelé que le conflit coûte « un million d’euros par semaine » à Radio France. Au sujet des pistes possibles d’économies, Mathieu Gallet a déclaré à propos des deux orchestres de Radio France que « le statu quo n’est plus possible », rappelant que ces derniers coûtent « 60 millions d’euros » par an au groupe public, contre les « 2 millions d’euros » qu’ils rapportent. « On ne peut pas continuer ainsi », a-t-il dit, dans une nouvelle allusion à une possible fusion des deux orchestres. Il a par ailleurs précisé ne pas vouloir supprimer de stations.




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