Archive pour le Tag 'marchandisation'

Santé : sortir de la marchandisation

Santé : sortir de la marchandisation

 

La marchandisation du secteur de la santé met en danger notre système qui repose sur la solidarité, dénoncent Pauline Londeix et Jérôme Martin, cofondateurs de l’Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament, dans une tribune au « Monde ». Ils appellent à la mise en place d’un modèle collaboratif et non compétitif.

 

La mise en place fin juillet d’un comité de veille et d’anticipation des risques sanitaires permettra-t-elle une meilleure prise en compte des alertes scientifiques sur les menaces pour notre santé ? On peut l’espérer, mais les progrès que cette instance pourrait apporter resteront limités si ne sont pas repensées en profondeur les politiques économiques et industrielles qui garantissent des réponses efficaces aux défis sanitaires présents et à venir.

Deux ans et demi après le début de la pandémie de Covid-19, la variole du singe, connue depuis des décennies en Afrique, s’étend dans les pays riches. La réponse tardive des gouvernements à cette nouvelle menace est conduite avec des outils développés contre la variole humaine, faute de financements adaptés lorsqu’elle touchait principalement des pays pauvres. Des menaces importantes pèsent sur Taïwan, et l’escalade possible des tensions entre les Etats-Unis et la Chine pourrait avoir un impact direct sur la production de matière première pharmaceutique, particulièrement concentrée dans ce pays. La situation n’est pas sans rappeler celle que nous avons connue en France, au printemps 2020, où notre dépendance envers la production asiatique, alors arrêtée par les mesures de confinement, s’était traduite dramatiquement par des tensions sur des médicaments essentiels dans les hôpitaux.

 

La philosophe Cynthia Fleury avait qualifié en avril 2020 la pandémie de Covid-19 de « répétition générale ». Une étude récente de Santé publique France estime à 30 % le taux de personnes contaminées par le Sars-CoV-2 qui développe ensuite un Covid long, dont l’ensemble des conséquences sont encore mal connues, mais qui incluent une augmentation significative des risques cardio-vasculaires. A ce jour, la pandémie a fait au moins 6,5 millions de morts. Aurions-nous pu y être mieux préparés ?

Ce qui est certain, c’est que des alertes – comme celles concernant les conséquences sur la santé des déforestations massives, des atteintes à la biodiversité ou de l’élevage intensif – ont été lancées depuis des décennies par de nombreux scientifiques, et que celles-ci ne se sont pas traduites dans les priorités de recherche. Par exemple, la Commission européenne a refusé en 2015 des financements à des équipes de recherche qui étudiaient les coronavirus.

Du fait des changements environnementaux, de nouvelles pandémies risquent d’apparaître, avec des agents pathogènes plus létaux et plus transmissibles. L’évolution des modes de vies, l’impact humain sur l’environnement ou encore le changement climatique favorisent par ailleurs l’explosion de certaines autres pathologies, comme les maladies cardio-vasculaires, le diabète, les cancers. La résistance aux antibiotiques, une des pires menaces pour l’humanité selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), peut compromettre quant à elle des décennies d’avancées biomédicales et causer un nombre croissant de décès – elle provoque déjà 35 000 morts par an aux Etats-Unis, 33 000 en Europe, dont 5 000 en France. Des maladies millénaires comme la tuberculose sont par ailleurs en pleine résurgence. Enfin, le vieillissement de la population à l’échelle mondiale est également un facteur d’augmentation significatif des besoins en produits de santé.

SNCF : « aucune ambition industrielle » (ART)

SNCF : « aucune ambition industrielle » (ART)

 

 

Les critiques très fortes adressées à SNCF réseau par l’autorité de régulation concernant le manque d’ambition industrielle sont certainement justifiées. Mais elles peuvent sans doute s’expliquer par les difficultés inextricables dans lesquelles se trouve l’entreprise ferroviaire. Cela d’autant plus qu’elle a dû abandonner une partie de son trafic lors de la crise sanitaire et qu’elle a des difficultés à retrouver son niveau d’activité de 2019. À cela s’ajoute évidemment les plus grandes incertitudes quant au financement des investissements.

 

Comment dès lors demander beaucoup d’ambition industrielle à une entreprise sans doute à bout de souffle sur le plan financier, en grande difficulté sur le plan commercial et dont la gestion est davantage marquée par une culture administrative que par une culture entrepreneuriale.

 

Sans débat de fond sur l’avenir du ferroviaire, il n’y a guère espéré d’ambition industrielle. L’autorité de régulation des transports (ART) n’a pas été tendre dans son avis sur le projet de contrat de performance 2021‑2030 entre l’État et SNCF Réseau ( qui gère les infrastructures) : absence de vision-cible, effort de renouvellement et de modernisation insuffisant, incertitude sur les ressources financières, ou encore, manque d’incitation à la performance industrielle… Le régulateur a multiplié les avertissements dans son texte, sous peine « d’entraîner SNCF Réseau dans une spirale de paupérisation industrielle ».

L’enjeu est de taille : c’est par ce contrat de performance que l’État définit les lignes directrices de SNCF Réseau pour les 10 ans à venir. Elles doivent notamment permettre d’atteindre les grands objectifs fixés en 2018 dans le cadre du nouveau pacte ferroviaire. Outre la réorganisation des activités du groupe – avec la SNCF en société de tête et SNCF réseau comme filiale -, celui-ci a établi la remise à niveau du réseau comme objectif prioritaire, avec d’importantes promesses d’investissement.

Pourtant, en dépit de ces objectifs ambitieux, le compte n’y est pas pour l’ART. Son président, Bernard Roman, a dénoncé  »une occasion manquée », .

La marchandisation de l’ activité cérébrale

La  marchandisation de l’ activité cérébrale 

 

Le chercheur Guilhem Fouetillou compare, dans une tribune au « Monde », la « raréfaction de l’attention » créée par le numérique tout-puissant à la raréfaction des ressources naturelles.

 

Tribune. 

 

La partie se corse pour Facebook et Mark Zuckerberg : après le scandale Cambridge Analytica, après la prise du Capitole par les trumpistes, c’est maintenant la lanceuse d’alerte Frances Haugen qui met au jour la nocivité de son ex-employeur. La prise de conscience va s’accélérant dans toutes les couches de la société, et particulièrement chez les politiques, trop longtemps portés par un sentiment d’indifférence, puis de fascination, envers une économie qu’ils ne comprenaient pas et dont ils ignoraient presque tout. Les dégâts causés par le modèle économique des plates-formes sociales gratuites s’affichent au grand jour : un modèle ne trouvant sa subsistance que dans la monétisation du temps passé sur ses contenus par le maximum d’utilisateurs, et cela sans prise en compte aucune de la nature de ce temps passé, de sa qualité et de ses impacts négatifs tant à l’échelle collective (incitation à la haine, réseaux criminels, désinformation) qu’individuelle (santé mentale).


Mais en se focalisant sur Facebook uniquement et en accusant l’entreprise de « faillite morale », risque de se répéter le schéma bien connu de la brebis galeuse et de sanctions et régulations qui manqueront de se confronter au problème majeur auquel l’humanité fait face, et dont Facebook n’est qu’un des innombrables vecteurs : l’épuisement de nos ressources attentionnelles.

Car si l’écologie pose la question de l’épuisement de nos ressources naturelles, il est incompréhensible de constater que ne s’y ajoute pas celle de nos ressources attentionnelles, attaquées de toute part par un design des vulnérabilités exploitant nos faiblesses psychologiques, sociales et cognitives pour construire des expériences toujours plus addictives.

Tout comme nous entrevoyons la fin des énergies fossiles, l’épuisement des terres et des océans, la raréfaction du vivant, le numérique et ses écrans poussent à leur limite nos attentions sollicitables, notre « temps de cerveau disponible ». En passant d’une société du travail à une société de loisirs et de divertissement, en transformant le capitalisme industriel en capitalisme cognitif, nous subissons une marchandisation permanente de notre activité cérébrale, qui, contrairement à l’activité physique, jamais ne s’épuise.


Par les messageries instantanées, nous gardons un lien permanent avec nos cercles les plus proches et pouvons entretenir une quantité inédite de liens faibles. Pour les professions intellectuelles, les réseaux sociaux d’entreprise et les outils de visioconférence permettent de passer d’un projet à l’autre, d’un interlocuteur à l’autre, d’un continent à l’autre, sans aucune friction, faisant entrer dans une journée de travail infiniment plus que ce qu’on y faisait tenir ne serait-ce qu’avant même le surgissement du Covid-19. Les fonctionnalités d’accélération des flux vidéo et audio sont aujourd’hui utilisées par le plus grand nombre et certaines séries sur Netflix ne voient qu’une minorité de leur audience les regarder à la vitesse « normale ». Même la musique qui, par nature, ne peut que difficilement supporter cette accélération, a changé ses règles de composition pour que la mélodie y soit exposée dans les premières secondes afin d’éviter le zapping.

Aliénation et marchandisation de notre activité cérébrale

Aliénation et marchandisation de notre activité cérébrale 

 

Le chercheur Guilhem Fouetillou compare, dans une tribune au « Monde », la « raréfaction de l’attention » créée par le numérique tout-puissant à la raréfaction des ressources naturelles.

 

Tribune. 

 

La partie se corse pour Facebook et Mark Zuckerberg : après le scandale Cambridge Analytica, après la prise du Capitole par les trumpistes, c’est maintenant la lanceuse d’alerte Frances Haugen qui met au jour la nocivité de son ex-employeur. La prise de conscience va s’accélérant dans toutes les couches de la société, et particulièrement chez les politiques, trop longtemps portés par un sentiment d’indifférence, puis de fascination, envers une économie qu’ils ne comprenaient pas et dont ils ignoraient presque tout. Les dégâts causés par le modèle économique des plates-formes sociales gratuites s’affichent au grand jour : un modèle ne trouvant sa subsistance que dans la monétisation du temps passé sur ses contenus par le maximum d’utilisateurs, et cela sans prise en compte aucune de la nature de ce temps passé, de sa qualité et de ses impacts négatifs tant à l’échelle collective (incitation à la haine, réseaux criminels, désinformation) qu’individuelle (santé mentale).


Mais en se focalisant sur Facebook uniquement et en accusant l’entreprise de « faillite morale », risque de se répéter le schéma bien connu de la brebis galeuse et de sanctions et régulations qui manqueront de se confronter au problème majeur auquel l’humanité fait face, et dont Facebook n’est qu’un des innombrables vecteurs : l’épuisement de nos ressources attentionnelles.

Car si l’écologie pose la question de l’épuisement de nos ressources naturelles, il est incompréhensible de constater que ne s’y ajoute pas celle de nos ressources attentionnelles, attaquées de toute part par un design des vulnérabilités exploitant nos faiblesses psychologiques, sociales et cognitives pour construire des expériences toujours plus addictives.

Tout comme nous entrevoyons la fin des énergies fossiles, l’épuisement des terres et des océans, la raréfaction du vivant, le numérique et ses écrans poussent à leur limite nos attentions sollicitables, notre « temps de cerveau disponible ». En passant d’une société du travail à une société de loisirs et de divertissement, en transformant le capitalisme industriel en capitalisme cognitif, nous subissons une marchandisation permanente de notre activité cérébrale, qui, contrairement à l’activité physique, jamais ne s’épuise.


Par les messageries instantanées, nous gardons un lien permanent avec nos cercles les plus proches et pouvons entretenir une quantité inédite de liens faibles. Pour les professions intellectuelles, les réseaux sociaux d’entreprise et les outils de visioconférence permettent de passer d’un projet à l’autre, d’un interlocuteur à l’autre, d’un continent à l’autre, sans aucune friction, faisant entrer dans une journée de travail infiniment plus que ce qu’on y faisait tenir ne serait-ce qu’avant même le surgissement du Covid-19. Les fonctionnalités d’accélération des flux vidéo et audio sont aujourd’hui utilisées par le plus grand nombre et certaines séries sur Netflix ne voient qu’une minorité de leur audience les regarder à la vitesse « normale ». Même la musique qui, par nature, ne peut que difficilement supporter cette accélération, a changé ses règles de composition pour que la mélodie y soit exposée dans les premières secondes afin d’éviter le zapping.




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