Archive pour le Tag 'magique'

L’illusion de “l’argent magique” ! (Gilles Savary)

L’illusion de “l’argent magique”  ! (Gilles Savary)

 

 

Chronique de Gilles Savary qui déconstruit l’illusion de l’argent magique pour régler la crise (L’opinion).

 

 

« Le déconfinement physique, annoncé pour le 11 mai, constitue un défi particulièrement complexe et délicat pour un gouvernement, mais qui ne distingue pas particulièrement la France des autres pays.

En revanche, le rendez-vous du « déconfinement financier public », à échéance encore inconnue, s’annonce infiniment plus périlleux dans notre pays que dans la plupart des autres.

D’abord parce que les Français ont toujours entretenu un rapport plus mystique que rationnel avec l’argent public, soit qu’il leur paraisse d’essence divine inépuisable, soit qu’ils adhèrent à l’illusion qu’il suffirait de spolier les riches pour qu’il le devienne, toute considération plus sérieuse de justice sociale mise à part.

Il y a peu de pays comparables qui manifestent une aussi large aversion à l’économie, une aussi faible conscience que nos finances publiques en procèdent et une conception aussi dépréciée du travail.

Si l’on veut chercher, ces temps-ci, ce qui nous distingue fondamentalement de l’Allemagne, il ne faut pas aller beaucoup plus loin.

Il faut espérer que la crise sanitaire et les admirables leçons d’abnégation que nous ont délivrées des corporations modestes, au premier rang desquelles les personnels de santé et de services de nos établissements sanitaires, mais qui ne recouvrent pas hélas tous les services publics, seront enfin tirées au plan salarial.

Emmanuel Macron a été bien avisé de prendre rapidement la mesure de l’épreuve à laquelle nous étions confrontés en mobilisant des moyens financiers et administratifs considérables pour faire face à l’urgence sanitaire « quoi qu’il en coûte » et en plaçant immédiatement les entreprises et leurs salariés sous cocon d’aides publiques massives. S’il n’en est qu’un seul, c’est dans ce dernier registre que la France a montré l’exemple au monde, y compris aux démocraties les plus viscéralement libérales.

Mais c’est lui aussi qui mettait en garde au début de son quinquennat contre les illusions de « l’argent magique ».

« Cet anesthésiant public ne sera pas éternel et n’évitera pas que des entreprises et des emplois soient rapidement confrontés à des pertes irrémédiables de clientèles et de chiffres d’affaires menaçant leur pérennité »

Or, ne nous en plaignons pas, mais convenons que les 110 milliards mis sur la table du jour au lendemain pour limiter la casse économique et sociale ont toutes les apparences d’un « argent magique ».

Pourtant, cet anesthésiant public ne sera pas éternel et n’évitera pas que des entreprises et des emplois soient rapidement confrontés à des pertes irrémédiables de clientèles et de chiffres d’affaires menaçant leur pérennité. Comment leur expliquer qu’une économie ne peut durablement vivre de subventions, précisément parce qu’elle en est la source ?

Mais voilà que des champions de la finance la plus libérale, habitués à jouer avec de l’argent virtuel, nous font miroiter la corne d’abondance de dettes perpétuelles et de marchés de rentes obligataires alimentés par la création monétaire des banques centrales.

Mélenchon, Pigasse, Minc, Soros : même combat !

Comme si l’économie réelle et la santé de nos entreprises n’avaient plus rien à voir avec notre niveau de vie collectif…

Comme si l’on pouvait renoncer aux affres du travail grâce à un revenu monétaire enfin libéré de toute contrainte productive ? Nos revenus ne dépendraient plus que de la planche à billets ! A ce compte-là, le retour à un minimum de rationalité budgétaire n’est pas pour demain.

Il n’est simplement pas sûr que l’Union européenne et que le niveau de vie et de protection sociale de la France y survivent longtemps. »

Gilles Savary est ancien député PS de Gironde.

 

« L’illusion de la pensée magique de l’innovation « 

« L’illusion de  la pensée magique de l’innovation  »

un contre discours sur les illusions de l’innovation. Dans une tribune au « Monde », les chercheurs Samir Bedreddine et Arnaud Saint-Martin décryptent le discours mis en œuvre pour faire adhérer entreprises et opinion au mythe du changement permanent.(extraits)

Tribune.

 

Les discours se banalisent depuis des décennies sur l’innovation qui générerait des points de croissance et sauverait le monde des crises environnementales qui le menacent. Ils s’impriment de manuels de gestion en livres blancs de politique publique, jusque dans les tribunes de la presse généraliste.

Ces lexiques-amulettes sont la matière première d’un commerce de guides de bonnes pratiques, livrés par des coachs et des consultants à des fins de team building et de reconversion des salariés à l’esprit de « l’entreprise 3.0 ». L’innovation et son blabla s’imposent ainsi sans alternative dans les strates managériales des grandes entreprises publiques et privées, mais aussi dans les secteurs de la technologie de pointe, la recherche publique et l’université.

Les modèles d’innovation entrent en concurrence sur un marché des idées et de concepts encombré. Parmi les approches qui ont aujourd’hui la cote, celle de l’innovation « disruptive ». L’économiste américain Clayton Christensen (1952-2020), son concepteur, a converti cet ensemble d’idées en doctrine d’école de commerce, que d’innombrables entrepreneurs en herbe cherchent à appliquer.

« Tout un commerce des idées innovantes se structure depuis des années. La marge de créativité est réduite au minimum sur ces scènes de l’entre-soi du techno-prêche et du “start-upisme”»

Son mot d’ordre s’observe dans des cas bien connus de l’histoire industrielle (la photographie argentique, le disque compact, etc.) : l’introduction d’un procédé ou d’une technologie de rupture dans des secteurs ronronnants précipite la chute d’entreprises jusqu’alors dominantes ; incapables de prendre le pli d’un marché subverti, ces dernières sont condamnées à disparaître.

En plus du modèle, la « disruption » fait désormais partie de ces gimmicks qui circulent sans qu’on sache toujours de quoi il en retourne, et pas seulement dans les milieux de la high-tech. Ce qui est sans doute l’une des clés de son succès.

 

Les prestations des maîtres à dépenser et à investir dans l’innovation suscitent la curiosité, la passion et, parfois, la sidération. Les fans se pressent dans les conférences de type TED (Technology, Entertainment and Design) pour les voir et les écouter « en vrai ». Et c’est ainsi que le culte de l’innovation se transmet et se retweete. Cette culture enrôle d’autres convaincus, qui entretiennent l’enthousiasme des fidèles et adeptes. Tout un commerce des idées innovantes se structure ainsi depuis des années. Il a ses formats et ses allants de soi, ses lieux et ses sociabilités. La marge de créativité est réduite au minimum sur ces scènes de l’entre-soi du techno-prêche et du « start-upisme » (Le Startupisme. Le fantasme technologique et économique de la startup nation, Antoine Gouritin, FYP, 2019). Partages et retours d’expérience, pitchs de créateurs de start-up, conférences autour d’un essai « kité » pour l’innovation et invités de prestige animent un marché segmenté. » 

 

 




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