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Macron II: Pensée complexe ou floue ?

Macron II: Pensée complexe ou floue ?

Malgré ses intentions de 2017, le président a échoué à déployer la pensée complexe dans son exercice du pouvoir. Ce principe sera-t-il remis au cœur de sa « méthode refondée » promise le 24 avril ? Par Laurent Bibard, ESSEC

Au tout début de son premier mandat, le président de la République Emmanuel Macron rompait avec la tradition de l’interview du 14 juillet. L’explication donnée alors par l’Élysée était que la « pensée complexe du président se prêterait mal à l’exercice  ». Exercice de parler simplement avec les médias – et donc avec le peuple français puisque l’entretien a une vocation publique.

En ce début de deuxième mandat, le président réélu affirme que le résultat des présidentielles, qui a vu la candidate du Rassemblement national obtenir 42 % des voix et l’abstention atteindre son plus haut niveau depuis 50 ans, l’« oblige ». Il l’oblige sur le fond du « respect des différences qui se sont exprimées ces dernières semaines ». Sur le fond du « silence » de celles et ceux qui n’« ont pas voulu choisir ». Sur le fond de celles et ceux qui « ont voté pour Madame Le Pen ». Sur cela, Macron précise que « la colère et les désaccords de ceux qui ont voté pour ce projet (celui du Rassemblement national) doivent aussi trouver une réponse ». Emmanuel Macron veut décidément « œuvrer à cette unité par laquelle seule, nous pourrons être plus heureux en France ».

Le ton est ici autrement différent de ce qu’il a été en juin et juillet 2017. Si l’on en croit notre président, il serait désormais décidé à considérer celles et ceux qui ne lui ont pas fait confiance. Si donc le quinquennat qui vient est appelé à être celui de « l’invention collective d’une méthode refondée … au service de notre pays, de notre jeunesse » qui a peu voté pour lui mais au milieu de laquelle il s’est affiché juste après sa victoire, c’est aussi avec celles et ceux qui ne se reconnaissent pas dans son projet ou sa politique que cela doit avoir lieu.

Si l’on prend le président au mot, c’est donc dans la contradiction qu’expriment les différences qu’il compte gouverner « quand même » avec les oppositions politiques. Si le quinquennat précédent avait parfois montré un gouvernement qui n’était pas celui de tous les Français, mais exclusivement celui des nantis, nous ne serions donc plus désormais cette continuité. Au contraire. Si ce que le nouveau président de la République affirme ici est vrai, alors on est mieux parti qu’en 2017 en termes de « pensée complexe ». Non seulement pour des raisons de méthode, mais aussi pour des raisons de fond.

Capacité d’écoute

Nous vivons dans un monde indéniablement complexe, et qui l’a d’ailleurs toujours été : la notion de complexité renvoie, ne serait-ce qu’indirectement, à la vie humaine qui est irréductiblement une vie collective, une vie « politique ».

Comme disaient les Anciens, nous sommes des « animaux politiques ». Un monde complexe est fait d’incertitude – on ne sait pas à l’avance ce qu’il en est de l’avenir, qui peut toujours être fait du pire, mais aussi du meilleur. Et cela dépend beaucoup de nous.

Un monde complexe est contradictoire : y évoluer harmonieusement demande d’écouter les contradictions sans automatiquement tenter de les réduire. Un monde complexe est fait de plusieurs couches dont certaines sont encore invisibles mais déjà bien réelles, comme une saison qui se prépare « sous » la précédente. Et cela ne se signale qu’au travers de signaux faibles que n’importe qui est susceptible de percevoir.

Ce ne sont pas les compétences déjà en route, les expertises confirmées qui permettent d’identifier les signaux faibles. Mais une capacité fondamentale d’écoute du monde, de soi-même et des autres.

Cependant, la complexité fait peur. Elle dérange par ses contradictions. Elle demande de la patience et de la fraîcheur de regard pour discerner les signaux faibles. Or, pris au jour le jour de nos vies, nous avons un besoin essentiel de simplicité. Sans simplicité, nous ne pourrions pas vivre. Un monde simple serait tout simplement dans l’idéal l’exact contraire d’un monde complexe. Un monde que l’on a sous contrôle, un monde cohérent, immédiatement visible ou transparent. Et où nos compétences sont directement et évidemment applicables.

Notre besoin de simplicité est à la fois irréductible, vital, légitime, et fondamentalement vulnérable à son excès qu’est le simplisme. Le simplisme, c’est la présupposition que le monde pourrait n’être que simple. Que l’on pourrait en éradiquer la complexité. Rêver d’éradiquer la complexité du monde passe par des « solutions » à la complexité qui veulent faire comme si celle-ci n’existait pas. C’est le côté rassurant de tout leader lorsqu’elle ou il affirme disposer des solutions qui vont nous sortir de la crise.

Cela fait évidemment rêver. Mais le rêve devient délétère, voire dangereux, lorsqu’il se complète de l’identification de celles et ceux « à cause de qui » le monde est complexe. De l’identification des boucs émissaires de nos attentes et de nos angoisses.

Notre besoin de simplicité n’a cependant pas le monopole de la vulnérabilité à basculer dans l’excès. À trop insister sur la complexité du monde, en perdant de vue le besoin de celles et ceux qui souffrent dans un monde dont ils n’ont pas les clefs, l’on peut finir par s’y complaire, et en s’en apercevant ou non. Et l’on perd de vue alors la véritable complexité. La véritable complexité tient au fait que le monde est à la fois fait de complexité, et de notre besoin humain, fondamental, de simplicité. C’est cela la vraie complexité. Et elle requiert une véritable écoute.

Les dérives de Jupiter

La raison principale pour laquelle, si notre président réélu dit vrai, la politique du quinquennat à venir a de quoi nous faire espérer, est qu’en affirmant accorder toute leur place à celles et ceux qui ne lui ont pourtant pas fait confiance, Emmanuel Macron affirme qu’il va attentivement à la fois écouter le besoin de simplicité qui s’est exprimé lors des élections présidentielles, et mener la politique de changement que requiert la complexité du monde où nous vivons.

Lors de son premier mandat, s’étant voulu un président « jupitérien », Emmanuel Macron endossait le rôle du chef qui prend en charge la paix et la sécurité de la Cité – celui non seulement qui apporte les solutions aux problèmes complexes du monde, mais qui incarne ces solutions. C’était là de manière problématique, réduire la complexité en s’en voulant l’unique solution.

Au contraire maintenant, vouloir « l’invention collective d’une méthode refondée » semble significativement plus humble. Humble devant la difficulté objective de tout exercice du pouvoir. Humble devant les crises qui s’imposent les unes après les autres. Humble devant le peu de confiance qu’a alimenté sur bien des points le quinquennat précédent, et qui s’est soldé par les élections présidentielles dont nous sortons. Le président sortant, entamant son nouveau mandat, se dit donc être décidé à écouter ce qui se tient dans l’ombre.

À écouter celles et ceux qui ont peur, celles et ceux qui sont en colère, celles et ceux qui souffrent d’un monde en lequel ils ne se reconnaissent pas. Or le président Macron représente tout autant si ce n’est significativement plus le monde de l’économie et de la finance, le monde des nantis indifférents au sort des pauvres. Le monde brillant de celles et ceux qui tiennent les manettes du pouvoir.

Il est significatif que l’on dise, lorsque l’on admire quelqu’un, qu’il ou elle est « brillant » ou brillante ». Un tel compliment qui se veut le plus souvent un très grand compliment est en fait fondamentalement ambigu. Car le risque de toute personne « brillante » est précisément de manquer d’écoute. De manquer de la capacité à tendre l’oreille aux autres, au monde, voire à soi-même. De ne plus faire que « briller ». Et lorsque l’on ne fait plus que briller, c’est là que l’on devient dangereux, car on ne voit plus rien. On ne voit plus les autres, on ne voit plus le monde. On ne voit que ce que l’on projette sur le monde. Car comme le dit Léonard de Vinci, « jamais soleil ne voit l’ombre ».

Il est à espérer que le dirigeant jupitérien qu’avait voulu être le président sortant fasse effectivement place à un soleil capable d’atténuer sa « brillance » pour se mettre comme il dit le souhaiter, à l’écoute de celles et ceux qui sont dans l’ombre. C’est indispensable pour l’avenir de notre pays et de ses habitants. Lorsqu’il était encore ministre de l’Économie et des Finances lors de la présidence de François Hollande, Emmanuel Macron identifiait trois maux bien français : la défiance, la complexité (à l’époque, celle des administrations), et le corporatisme. Maintenant que les cartes ont été rebattues, faisons avec le nouveau président le pari de la confiance, de la simplification des choses, et de l’ouverture à celles et ceux qui sont différents de nous.

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Pour Laurent Bibard, Professeur en management, titulaire de la chaire Edgar Morin de la complexité, ESSEC

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Macron II: Pour un quinquennat de la fraternité ?

Macron II: Pour un quinquennat de la fraternité ? 

 

A l’isolement social que subissent les plus fragiles s’ajoute le repli sur soi et sur le cercle restreint des relations familiales, s’alarme dans une tribune au « Monde » l’ancien délégué général des Petits Frères des pauvres, qui réclame une action forte de l’Etat.

Une valeur défendue notamment par les petits frères des pauvres qui n’a guère trouvé sa place dans les programmes politiques des organisations et qui pourtant pourrait redonner un peu de sens et de cohérence à une société en voie d’archipélisation. NDLR

Depuis des années, nous voyons s’intensifier de manière spectaculaire l’isolement social. En janvier 2020, avant même le premier confinement, 14 % des Français de plus de 15 ans souffraient de pauvreté relationnelle, soit plus de 7 millions de personnes. La proportion des jeunes souffrant d’isolement social est passée de 2 % en 2010 à 12 % en 2020 ! L’Observatoire des Petits Frères des pauvres identifie qu’en 2016, 300 000 personnes âgées étaient en « mort sociale ». Elles sont 530 000 en 2021, l’équivalent de la ville de Lyon !

 

Deux phénomènes se rejoignent. Le premier est l’isolement social que subissent les plus fragiles : les plus âgés, les plus pauvres, les personnes en situation de handicap, les parents solos en souffrent deux fois plus que les autres. Le second est le repli sur soi, sur son domicile et le cercle restreint de ses relations familiales, d’une population qui se protège des interactions sociales qu’elle considère de plus en plus comme une menace. On observe en effet une perte vertigineuse de la confiance en autrui (− 11 points en trois ans).

 

Ces deux phénomènes se conjuguent et se renforcent. Ils sont à la racine de la crise identitaire : lorsque quelqu’un ne compte plus pour personne, il n’y a plus de confirmation de son existence dans le regard de l’autre. Ils nourrissent l’épidémie de méfiance : lorsque l’on n’a personne sur qui compter en cas de difficulté, on est vite envahi par les inquiétudes et les peurs. Ils distillent, enfin, un sentiment douloureux de ne servir à rien ni à personne car enfin, pourquoi participer à la vie sociale si personne ne compte sur vous ?

La priorité sociale des inexistences

Ce sont ces relations invisibles que nous tissons entre nous, réciproques et gratuites, qui nous tiennent ensemble. Elles produisent de la considération, de la réassurance, de l’entraide, de la protection, de la traduction du monde, de l’hospitalité. Ce sont d’abord elles qui manquent aujourd’hui à des millions de Français qui ne disposent plus, de ce fait, de certaines ressources impératives pour se constituer en tant que personne et accéder aux soins élémentaires et à la vie sociale. Au-delà de la lutte contre les inégalités, une nouvelle priorité sociale émerge aujourd’hui, celle des inexistences.

Les discours et les jeux politiques ne font pas place à cette crise de la fraternité. D’abord, parce qu’ils sont fondés sur des forces, la violence et la domination, contraires à l’émergence même d’une proposition politique de fraternité. Ensuite, parce que ce besoin social est indicible et peut difficilement se cristalliser en revendications.

Macron II» – Vers une archipélisation de la société ?

Macron II» – Vers une archipélisation de la société ?

Par Guillaume Labbez, Président de CommStrat, Enseignant à Sciences Po 

 

 

Emmanuel Macron a été largement réélu, mais avec des messages de l’électorat qu’il doit entendre, s’il veut qu’on se souvienne de ses dix ans de mandat comme un tournant historique, et non comme un moment où la France d’ «archipélisation» de la société, pour reprendre le concept de Jérôme Fourquet.

Avec au premier tour des candidats « anti-système » qui rassemblent 60 % des voix, une hausse de l’abstention et des votes blancs, puis une part substantielle de voix du deuxième tour motivés uniquement par un barrage face à l’extrême-droite, la marge de manœuvre d’Emmanuel Macron peut paraître étroite.

Si la politique menée, notamment depuis 2020, n’a pas été fondamentalement remise en cause par ses concurrents, c’est sur la manière de gouverner qu’Emmanuel Macron est attendu. La promesse d’une «Révolution» et l’espoir de l’entrée dans un nouveau monde, formulée en 2017, a peiné à se concrétiser. Le paysage politique à l’issue de l’élection présidentielle de 2022 est encore plus marqué qu’en 2017, par la montée des extrêmes et la désaffection des citoyens dans le «système».

Il est essentiel de revitaliser les pratiques institutionnelles créatrices de consensus, en associant réellement toutes les forces politiques, mais également la société civile organisée, aux réflexions et aux décisions

Insitutions. Une réforme des institutions peut participer à renouer un lien de confiance. Une conférence nationale, promise pendant la campagne, devrait être lancée dans les prochaines semaines, pour formuler des propositions, si possible faisant consensus.

Cette démarche semble aujourd’hui indispensable pour retrouver une autorité de la décision publique qui a été fortement mise à mal par la montée des complotistes de tous bords, qui remettent en cause, non seulement les institutions, mais également les consensus sur lesquels reposent notre démocratie. Si la verticalité du pouvoir, pratiquée pendant la crise sanitaire, a pu faire preuve d’une certaine efficacité à court terme, elle accroît la défiance politique sur le long terme. Une décision est d’autant mieux acceptée par ceux qui y sont soumis, qu’elle a été coconstruite en amont.

Il est donc essentiel de revitaliser les pratiques institutionnelles créatrices de consensus, en associant réellement toutes les forces politiques, mais également la société civile organisée, aux réflexions et aux décisions. Le nouveau rôle du Conseil économique, social et environnemental peut contribuer à ce travail. Il sera également nécessaire d’inventer des modalités d’association des citoyens à la chose publique, pour élargir la culture civique, et lutter contre le repli sur soi et une «archipélisation» galopante de la société française.

Alors que les gGouvernements semblent réagir naturellement par la centralisation de la décision face à la crise, la succession de crises (crises économiques, politiques, sanitaires, sécuritaires…) rend indispensable le renforcement de la démocratie et de la consultation. Après une pandémie et une guerre à nos frontières qui ont durablement perturbé l’économie mondiale, la France ne peut plus se permettre une nouvelle crise sociale, comme celle des Gilets jaunes.

La manière dont la réforme des retraites sera menée sera décisive et donnera le ton de la capacité du gouvernement et des acteurs économiques et sociaux à travailler, en confiance. L’ambiance de ce second quinquennat d’Emmanuel Macron pourrait se jouer dans les prochaines semaines, sur la façon de faire.

Guillaume Labbez, Président de CommStrat, Enseignant à Sciences Po.

Macron II: Le grand flou et la fatigue démocratique

Macron II: Le grand flou et la fatigue démocratique

 

Pressé de tous côtés de clarifier l’orientation de son deuxième mandat, le président de la République continue d’entretenir le flou. Mais ce brouillage idéologique alimente la dépolitisation et la fatigue démocratique, avertit dans sa chronique Solenn de Royer, grand reporter au « Monde ».

 

 

En attendant Godot. Dans la foulée de sa réélection, le 24 avril, Emmanuel Macron se tait et prend son temps. « Le maître des horloges. Episode 2 », plaisante-t-on à l’Elysée. Vendredi, dans les Hautes-Pyrénées, l’intéressé a expliqué que le pays avait besoin d’un moment d’« apaisement », après les tensions de la campagne. Et qu’à celle-ci s’adossait – pour lui-même – une période de « décantation ». Alors que la nomination d’un nouveau premier ministre avait initialement été évoquée pour le 2 mai, le président a décidé de temporiser, au risque de paraître indécis, dans le calcul politique (au trébuchet), plutôt que dans la claire vision de ce qu’il entend faire d’un deuxième mandat.

 

Ils sont pourtant nombreux, dans la majorité, à réclamer des paroles et des gestes forts pour répondre sans tarder aux conditions particulières de la réélection du sortant (contre l’extrême droite), ses mots du Champ-de-Mars, rassembleurs mais peu engageants, n’ayant pas suffi à dessiner un chemin. « On est dans le potage », reconnaît un pilier de la majorité.

 

Nul, en effet, ne sait à quoi ressemblera « Macron 2 ». Sur tous les plans, les hommes ou la ligne, le flou n’a pas été dissipé par la campagne brève et édulcorée qu’il a menée, voire s’est épaissi au gré des contingences électorales. L’entre-deux-tours a été un condensé de ces ambiguïtés. Ayant axé sa campagne de premier tour à droite toute (retraite à 65 ans, contreparties au RSA) pour siphonner le vote LR, il a mis la barre à gauche avant le second tour, pour séduire les électeurs de Jean-Luc Mélenchon, en promettant la « planification écologique » ou en félicitant (« C’est beau ! ») une jeune femme voilée qui se disait féministe.

« Qu’est ce que le macronisme ? », l’a interrogé l’éditorialiste de France Inter, Thomas Legrand, le 22 avril. L’intéressé n’a pas répondu, préférant badiner devant ces tentatives répétées de donner un sens et un contenu à son mouvement politique. Lui qui a érigé un tic de langage en corpus idéologique (le fameux « en même temps », relevé par Le Monde et RTL pendant la campagne de 2017) ne semble pas pressé de sortir de l’ambiguïté. « On ne sait toujours pas à quoi va servir ce quinquennat, observe Chloé Morin, de la Fondation Jean Jaurès. Veut-il réformer la France en profondeur ou bien réparer et apaiser un pays fracturé ? Les deux sont difficilement compatibles, il va devoir choisir. »

 

Après un premier mandat où ce président « transformiste » n’a cessé d’alterner les masques, cultivant l’art de l’esquive et de la mobilité, le voilà pressé de définir un horizon avec clarté. Car s’il s’est montré redoutablement efficace sur le plan électoral (contribuant à asphyxier LR et le PS), le brouillage idéologique savamment entretenu pendant cinq ans a alimenté aussi la dépolitisation et la perte de repères, puissant ferment d’une grande fatigue démocratique.

Macron II«A quoi s’attendre?»

Macron II«A quoi s’attendre?» 

La tribune de Guillaume Labbez, Président de CommStrat, Enseignant à Sciences Po

 

Emmanuel Macron a été largement réélu, mais avec des messages de l’électorat qu’il doit entendre, s’il veut qu’on se souvienne de ses dix ans de mandat comme un tournant historique, et non comme un moment où la France d’ «archipélisation» de la société, pour reprendre le concept de Jérôme Fourquet.

Avec au premier tour des candidats « anti-système » qui rassemblent 60 % des voix, une hausse de l’abstention et des votes blancs, puis une part substantielle de voix du deuxième tour motivés uniquement par un barrage face à l’extrême-droite, la marge de manœuvre d’Emmanuel Macron peut paraître étroite.

Si la politique menée, notamment depuis 2020, n’a pas été fondamentalement remise en cause par ses concurrents, c’est sur la manière de gouverner qu’Emmanuel Macron est attendu. La promesse d’une «Révolution» et l’espoir de l’entrée dans un nouveau monde, formulée en 2017, a peiné à se concrétiser. Le paysage politique à l’issue de l’élection présidentielle de 2022 est encore plus marqué qu’en 2017, par la montée des extrêmes et la désaffection des citoyens dans le «système».

Il est essentiel de revitaliser les pratiques institutionnelles créatrices de consensus, en associant réellement toutes les forces politiques, mais également la société civile organisée, aux réflexions et aux décisions

Une réforme des institutions peut participer à renouer un lien de confiance. Une conférence nationale, promise pendant la campagne, devrait être lancée dans les prochaines semaines, pour formuler des propositions, si possible faisant consensus.

Cette démarche semble aujourd’hui indispensable pour retrouver une autorité de la décision publique qui a été fortement mise à mal par la montée des complotistes de tous bords, qui remettent en cause, non seulement les institutions, mais également les consensus sur lesquels reposent notre démocratie. Si la verticalité du pouvoir, pratiquée pendant la crise sanitaire, a pu faire preuve d’une certaine efficacité à court terme, elle accroît la défiance politique sur le long terme. Une décision est d’autant mieux acceptée par ceux qui y sont soumis, qu’elle a été coconstruite en amont.

Il est donc essentiel de revitaliser les pratiques institutionnelles créatrices de consensus, en associant réellement toutes les forces politiques, mais également la société civile organisée, aux réflexions et aux décisions. Le nouveau rôle du Conseil économique, social et environnemental peut contribuer à ce travail. Il sera également nécessaire d’inventer des modalités d’association des citoyens à la chose publique, pour élargir la culture civique, et lutter contre le repli sur soi et une «archipélisation» galopante de la société française.

Alors que les Gouvernements semblent réagir naturellement par la centralisation de la décision face à la crise, la succession de crises (crises économiques, politiques, sanitaires, sécuritaires…) rend indispensable le renforcement de la démocratie et de la consultation. Après une pandémie et une guerre à nos frontières qui ont durablement perturbé l’économie mondiale, la France ne peut plus se permettre une nouvelle crise sociale, comme celle des Gilets jaunes.

La manière dont la réforme des retraites sera menée sera décisive et donnera le ton de la capacité du gouvernement et des acteurs économiques et sociaux à travailler, en confiance. L’ambiance de ce second quinquennat d’Emmanuel Macron pourrait se jouer dans les prochaines semaines, sur la façon de faire.

Guillaume Labbez, Président de CommStrat, Enseignant à Sciences Po

MACRON II: « UNE MAUVAISE CHOSE POUR LE PAYS », SELON 55% DES FRANÇAIS

SONDAGE RÉÉLECTION DE MACRON : « UNE MAUVAISE CHOSE POUR LE PAYS », SELON 55% DES FRANÇAIS

 

Selon un nouveau sondage « Opinion 2022″ réalisé par Elabe pour BFMTV, L’Express , Emmanuel Macron est déjà en butte à la méfiance voire à l’hostilité d’une majorité de Français, en dépit de sa victoire dimanche au second tour de la présidentielle.

La sentence est sans équivoque: pour 55% de nos compatriotes, la réélection du sortant est « une mauvaise chose pour la France ».

Sur ces 55% voyant ce nouveau quinquennat arriver sous de sombres auspices, ils sont même 28% à juger que ce second mandat s’annonce comme une « très mauvaise chose » pour le pays. Cette défiance atteignait toutefois 56% le 2 février dernier. En revanche, 45% de nos concitoyens assurent que cette réélection est une « bonne chose ».

Emmanuel Macron fait le plein auprès de ses électeurs du premier tour, mais les électorats de Marine Le Pen – à hauteur de 89% – et de Jean-Luc Mélenchon – 72% – pensent que la prolongation de son bail à l’Élysée nuira à la nation. Toutes les catégories d’âge allant de 25 à 64 ans partagent cette vision pessimiste (selon des étiages variant de 55% à 62%).

D’un point de vue social, ce sont les classes populaires qui se montrent les plus critiques: parmi elles, ils sont 65% de répondants à pointer la victoire présidentielle d’Emmanuel Macron comme une « mauvaise chose pour la France ». À l’inverse, les cadres et professions supérieures sont positifs, pour 54% d’entre eux.

 

Macron II: La menace d’une crise sociale

Macron II: La menace d’une crise sociale

Un crise sociale qui pourrait menacer le nouveau mandat d’Emmanuel Macron

Analyse dans un papier de « Tribune »

Et si le plus dur était devant lui ? Emmanuel Macron a promis des réformes difficiles, au premier rang desquelles la réforme des retraites qu’il espère mener rapidement, dès l’automne. Pas de référendum, ni d’ordonnances prévus, mais impossible d’écarter toutefois un possible recours au 49.3, a expliqué Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances, ce lundi 25 avril. En précisant qu’il ne pouvait donner aucune garanties, car il n’était pas sûr d’être au gouvernement dans quelques semaines…

Et pour cause, même à 64 ans – au lieu des 65 ans prévus initialement-, le départ de l’âge légal à la retraite suscite les levées de boucliers de tous les syndicats. Même adoucie avec quelques mesures supplémentaires de pénibilité, ou pour les seniors, la réforme envisagée par Emmanuel Macron ne recueille que des critiques.

Et les syndicats sont unanimes. Ils n’en veulent pas. Laurent Berger, chef de file du syndicat réformiste CFDT a beau avoir souligné, le soir de la victoire d’Emmanuel Macron, dans un tweet « que le pire soit évité », il prévient : « près de 42 % des votes pour l’extrême droite font que rien ne pourra et ne devra être comme avant ». Un message en forme d’avertissement pour le locataire de l’Elysée. La CFDT ne cache pas qu’étant donné l’état du pays, elle aura de fortes exigences sur le fond des réformes mais aussi sur la méthode, et ne bradera en rien son soutien.

Si la plupart des organisations syndicales ont, ainsi, appelé à faire barrage à Marine Le Pen, elles n’ont pas donné un blanc-seing à Emmanuel Macron. Loin de là. « On prépare d’ores et déjà nos banderoles, car cette politique libérale, on n’en veut plus… c’est d’ailleurs à cause d’elle que le RN est si haut « , confie un membre de la CGT. Dans les centrales, certains sont obligés de tempérer leurs troupes, qui s’échauffent pour un troisième tour social. « Si le pays n’a pas basculé du côté des extrêmes, c’est aussi parce que les syndicats ont été responsables, et n’ont pas mis de l’huile sur le feu », plaide le leader d’une organisation. « Emmanuel Macron doit avoir pleinement conscience de notre rôle ». Pour nombre d’adhérents, Le 1er mai, qui tombe cette année entre l’élection présidentielle et le scrutin des législatives, aura valeur de tour de chauffe. Toutes les organisations de la FSU, à la CGT, en passant par des ONG et des associations  défileront ensemble. Comme toujours la CFDT fera un événement à part.

Quant au changement de méthode prôné par Emmanuel Macron ? Les syndicats attendent de juger sur pièces. Le premier quinquennat  les a rendus prudents. Les ordonnances travail, la réforme de l’assurance chômage,  ou encore le passage en force, via le 49,3 de la réforme des retraites après 55 jours de grève…  ont laissé des traces. Les syndicats se sont sentis méprisés et peu écoutés.

Le Président promet, toutefois, cette fois, d’être dans la concertation et la négociation. Sur les retraites, par exemple, il promet d’organiser une conférence sociale avec les partenaires sociaux  » sur les progrès sociaux » très rapidement.  » Certes, mais je ne crois pas beaucoup à ces grandes messes, c’est de l’affichage « , commente Yves Veyrier, le numéro un de FO. Et d’ajouter  » sur les retraites, je conteste le recul de l’âge légal, qui était surtout un marqueur politique dans la campagne pour chasser des voix à droite ».

« Comme il sait déjà où il veut aller, les marges de manœuvre seront minimes « , regrette déjà un syndicaliste de la confédération des cadres, la CFE-CGC.

La CGT est également dubitative :  » Quand j’ai entendu Bruno Le Maire sur France info dire ce matin qu’ils étaient prêts à enclencher le 49.3 sur les retraites, j’ai pensé qu’en fait rien n’avait changé, que l’histoire de la nouvelle méthode était un leurre. Chassez le naturel, il revient au galop », raconte Philippe Martinez à la Tribune.

De son côté, la CFDT attend de voir, et espère  »une réelle co-construction », sans quoi elle table sur l’embrasement du pays à l’automne….

Dans l’entourage d’Emmanuel Macron, on cherche des gages à donner aux centrales sur son changement. Entre les deux-tours, le candidat a appelé personnellement chaque leader syndical.

Mais, en réalité, ce n’est pas tant du côté des syndicats que l’on craint les débordements les plus éruptifs . « Ca fait partie du décorum français de manifester pour les retraites », dit un ministre,  » en revanche, des explosions sociales qui leur échappent peuvent être fatales et nous empêcher de gouverner « .

Autrement dit, la véritable inquiétude concerne la reprise d’une contestation de type Gilets jaunes, hétérogène, qui cristalliserait toutes les colères, et notamment celles qui ne se sont pas exprimées dans les urnes. Le risque serait alors que la rue prenne le pas sur la vie démocratique.

 

Macron II- Élisabeth Borne à Matignon: l’insignifiante voix de son maître

Macron II- Élisabeth Borne à Matignon: l’insignifiante voix de son maître

 

 

 

Plusieurs médias évoquent l’éventualité de la nomination d’Élisabeth Borne  à Matignon. Une vraie surprise car l’intéressée ne s’est jamais caractérisée par un grand charisme ni par un grand modernisme. Elle est plutôt l’incarnation de la technocrate aux ordres  qui se contente de répéter fidèlement les propos du patron président.-Exactement d’ailleurs ce que recherchent Macron, un premier ministre totalement transparent qui ne puisse pas lui faire la moindre ombre comme ce fut le cas y compris avec Édouard Philippe. De plus en plus centraliste en même temps qu’ étatiste Macron n’est libérale que pour servir la soupe aux multinationales.

Pour le reste, il veut intervenir seul et sans intermédiaire, ni d’un parti, ni d’un gouvernement ni d’un premier ministre. Partout où Élisabeth Bornes est passée dans les cabinets ou au transport, au ministère du travail, elle ne laissera pas un grand souvenir de dynamisme et d’innovation. Elle se dit de gauche mais on se demande de quelle gauche sans doute de cette ancienne gauche bobo du PS précisément un parti enterré par les  technocrates et autres bobos qui s’étaient appropriés le parti.

Avec une première ministre  de gauche comme celle-là la France n’a guère à craindre des révolutions et même du changement. Sa seule qualité sa fidélité et son énorme capacité à répéter les mots du président. Aux yeux de Macron des qualités essentielles. Une telle première ministre ne résistera pas longtemps en face d’une conjoncture politique qui va se durcir sitôt que chacun aura oublié- surtout au gouvernement- les promesses électorales et qu’il faudra affronter les difficultés sociales qui se préparent en particulier du faite de l’inflation qui ronge le pouvoir d’achat sans parler des autres problèmes nombreux non résolus.

Macron II: Les risques d’un quinquennat de chaos

Macron II: Les risques d’un quinquennat de chaos          

 

Rarement sans doute une élection aura aussi peu intéressé les Français qui a près de 70 % n’attendent  pas grand-chose de cette échéance. D’une certaine manière, ils ont raison. Pire, ce quinquennat pourrait être celui du chaos tellement de problèmes restent  en suspens.

Les principaux concernent le manque de compétitivité de l’économie, la bureaucratie étatique, le poids de la fiscalité sans parler des problèmes sociétaux de démocratie, de drogue, d’insécurité voire de terrorisme.

Sur l’ensemble de ces questions Macron a  joué au président caméléon : un coup à gauche, un coup à droite et retour à la case immobilisme.

Ce nouveau quinquennat comporte  le risque d’additionner les crises.

La première crise concernera sans doute le domaine démocratique ;  le président élu comme d’ailleurs les députés ne seront représentatifs que d’une faible majorité. En gros , les trois quarts des Français ne se reconnaîtront pas dans ces élus.

La seconde crise pourrait découler de la question socio économique très impactée par l’inflation. Une inflation en train discrètement mais sûrement de grignoter le pouvoir d’achat des ménages , donc de la consommation et de la croissance. Et plus loin derrière de l’emploi. En gros, en moyenne les Français vont voir leur pouvoir d’achat augmenter de 2 à 3 % qu’en inflation aura atteints cette année autour de 6 %.

La question économique centrale concerne le manque de compétitivité de la France qui en moyenne par an accuse toujours autour de 70 milliards de déficits quand les Allemands dégagent un bénéfice de près de 200 milliards. En cause, un ultralibéralisme qui  a tué notamment l’industrie et favorisé les délocalisations.

En cause, le poids de la fiscalité qui pèse sur les coûts de production. En cause aussi,  un problème tabou : le manque de productivité des actifs. Un manque de productivité qui a reçu le coup de grâce avec les 35 heures de la gauche irresponsable et incompétente. Les Français potentiellement actifs sont ceux parmi les pays développés qui travaillent le moins au cours de leur vie. Cette question va rapidement resurgir à l’occasion de la réforme des retraites sera forcément contestée.

Au-delà de la question économique se pose tout autant- et en interconnexion- la question financière avec l’accumulation d’une dette qui prouve que la France ne peut maintenir son train de vie qu’à crédit. Une dette qu’il faudra bien rembourser à terme   d’une manière ou d’une autre par la fiscalité ou l’inflation.

En matière sociétale, les questions de la sécurité et de la drogue devront être prises autrement en compte car elles gangrènent  progressivement non seulement certaines banlieues mais la plupart des villes mêmes les plus petites avec des contagions jusque dans la ruralité.

Évidemment d’autres problèmes non évoqués ici viendront aussi marquer ce quinquennat. Un quinquennat qui pourrait surtout être celui du chaos avec un président caméléon immature  qui confond bavardage et progressisme, démocratie et technocratie.

Présidentielle Macron II : victoire à la Pyrrhus

Présidentielle Macron II  : victoire à la Pyrrhus

La nette victoire d’Emmanuel Macron, premier président sortant réélu hors période de cohabitation depuis les débuts de la Ve République, ne doit pas masquer deux réalités nouvelles de la vie politique française. Avec 42% des suffrages exprimés, Marine Le Pen a fracturé le plafond de verre qui empêche l’arrivée au pouvoir du « camp national » en France. Et une troisième force, l’Union Populaire, est en mesure de se rassembler en vue des législatives autour de Jean-Luc Mélenchon. C’est le paradoxe de ce 24 avril 2022 : comment représenter au parlement une France aussi divisées estime un papier de la « Tribune ». 

Le « ouf » de soulagement du camp anti-Le Pen qui a réussi ce dimanche 24 avril à écarter une seconde fois consécutive la menace d’un basculement de la France dans le populisme ne doit pas faire illusion. Avec un taux d’abstention presque record à part le match Pompidou-Poher de 1969 (« bonnet blanc contre blanc bonnet »), et le score élevé de Marine Le Pen, qui a gagné plus de 2 millions de voix par rapport à 2017, c’est une victoire à la Pyrrhus qu’a remportée Emmanuel Macron. Certes, 16 points d’écart séparent les deux finalistes, ce qui fait du président sortant le mieux réélu depuis 1981. Certes, avec 28% des voix aux premier tour, soit 4 points de mieux qu’en 2017, Emmanuel Macron est assuré d’une forte légitimité. Marine Le Pen en bonne perdante a d’ailleurs reconnu de façon très républicaine sa défaite juste après 20h et a même téléphoné au vainqueur pour le féliciter.

Mais si on regarde de près le nouveau monde politique qui sort de cette campagne électorale, on se dit que rien n’est vraiment gagné pour Emmanuel Macron et que tout est encore ouvert avec le troisième tour politique qui va se jouer avec les élections législatives de juin. Avec la quasi disparition des deux forces républicaines qui ont dominé la vie parlementaire française depuis les débuts de la Ve République, un nouveau tripartisme émerge : le grand centre incarné par LREM et ses alliés, la « maison commune » qui va sans doute emporter la majorité au Parlement ; le camp national que Marine Le Pen comme Eric Zemmour vont tenter de rassembler ; et le camp de l’Union populaire dont Jean-Luc Mélenchon a dès hier soir revendiqué d’être le chef pour devenir « le Premier ministre de cohabitation » à la tête d’une coalition de progrès à laquelle dès hier soir Ségolène Royal, ancienne candidate socialiste a apporté son soutien.

Clairement, cette élection présidentielle de 2022 consacre en l’achevant le processus de décomposition-recomposition de la scène politique française dont Emmanuel Macron a été le messager comme le réalisateur, voire le scénariste. Bien sûr, en théorie, PS et LR vont essayer de profiter de leur bonne implantation locale pour se refaire une santé aux Législatives. Mais en réalité, la dynamique électorale joue en faveur d’une nouvelle donne dont les jours et les semaines à venir vont donner la mesure.

Est-ce que tout va donc devoir changer pour que tout change dans la vie politique française ? Emmanuel Macron, même bien réélu, va devoir en tenir compte. Cette fois, c’est différent : le président réélu ne peut pas refaire aux Français le coup de Chirac en 2002 (82/18 face à Jean-Marie Le Pen) ni même celui de 2017 (66/34 face à Marine Le Pen). A 58/42, le plafond de verre du barrage républicain s’est sérieusement fissuré ce dimanche et Emmanuel Macron ne peut pas faire fi de ce message surtout si on regarde les scores de Marine Le Pen largement majoritaire dans des pans entiers du territoire. Et alors que l’addition de l’abstention et des votes blancs et nuls constitue un quatrième bloc d’électeurs qui ont déserté la vie démocratique faute d’y trouver un espoir.

Il est donc temps, pour Emmanuel Macron, de tomber le masque et de porter le fer dans la plaie qui conduit plus de 4 électeurs sur 10 à voter pour une candidate dont une bonne partie du programme est clairement d’extrême-droite. Alors si on ne veut pas voir à nouveau en 2027 un second tour Edouard Philippe/Marine Le Pen puis en 2032 le même face à Jordan Bardella, voire une arrivée au pouvoir du camp nationaliste, il va falloir qu’Emmanuel Macron sorte le grand jeu et mérite la chance qui lui arrive de faire un second quinquennat.

Il est attendu à très court terme sur deux fronts parallèles : la crise en Ukraine et ses conséquences économiques via les prix de l’énergie et de l’alimentation ; et la protection du pouvoir de vivre des Français les plus impactés. Sur ce point, on peut compter sur des mesures fortes et rapides. Mais sur les défis du climat, de l’école et de l’emploi, sur le travail, le RSA et les retraites, les points durs de son projet économique et social, la seule réélection d’Emmanuel Macron ne suffira pas sauf à prédire un quatrième tour social dans la rue. Car c’est bien le report à plus de 42% des électeurs de Mélenchon du premier tour qui lui ont permis de gagner. Ces « insoumis » (22% au premier tour) ne vont pas se priver de se venger aux législatives, en tentant de rassembler les 1,74% de la candidate socialiste Anne Hidalgo et les 4,58% de Yannick Jadot dans une stratégie d’alternance. Une autre histoire commence donc.

Emmanuel Macron est aussi attendu par des réponses à la crise démocratique ressentie dans une vieille république monarchisante. Lui qui avait théorisé la nécessité d’une présidence verticale, jupitérienne, en 2017, saura-t-il tenir la promesse d’inscrire une dose de proportionnelle. On ne gouverne pas un pays avec les seuls suffrages des cadres aisés des grandes villes et des personnes âgées qui se sont massivement portées sur son nom. Les ruraux, les habitants de la France des périphéries espèrent un second mandat avec plus de respect à leur égard, un Macron II de rassemblement qui ne se contente pas de dire « Merci » et « Je sais ce que je vous dois » à ceux, minoritaires, qui l’ont réélu. Beaucoup d’électeurs estiment ce dimanche à juste titre détenir un « avoir » sur Emmanuel Macron. Beaucoup de celles et ceux qui ont mis un bulletin Macron se demandent : « va-t-il continuer à nous entuber ? Ou bien va-t-il entendre les colères, les frustrations ? Sauvé par la gauche, voire l’extrême gauche, va-t-il continuer de gouverner à droite avec la droite ou bien mener une politique d’ouverture ? Ecologie, fonction publique, rôle de l’Etat, hôpitaux, santé, politique migratoire, laïcité, école : Si on espère mieux de Macron II, c’est avant tout une nouvelle méthode que les Françaises et les Français lui enjoignent de proposer. Le discours du Champ de Mars de ce dimanche 24 avril en a esquissé les prémisses. Mais pas vraiment la promesse. Le vrai danger pour la France, dans un moment de troubles économiques et géopolitiques, est bien là : celui d’un pays ingouvernable et paralysé par ses propres divisions. Rendez-vous les 12 et 19 juin pour la suite, elle promet d’être intéressante.

Philippe Mabille




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