Archive pour le Tag 'l’urgence'

Défense: L’urgence d’une politique commune en Europe

Défense: L’urgence d’une politique commune en Europe

 

 

La plupart des experts, des spécialistes utilitaires ou encore des journalistes sont largement sidérés par les dernières positions de Trump et de son vice président Vance. Pour schématiser à outrance disons que la Maison-Blanche soutient à peu près toutes les positions de Poutine dans le conflit avec l’Ukraine.

 

D’une certaine manière, les Américains donnent raison à la politique agressive de Poutine qui petit à petit grignote L’Europe. les Américains disent alors à débrouiller-vous maintenant mais sans nous et en plus on veut être remboursé des frais engagés. Finalement la bande de cinglés de la Maison-Blanche a seulement pour guide son idéologie de gangsters illuminés comme Elon Musk ou Vance qui vont jusqu’à soutenir l’extrême droite allemande. Ces personnalités manquent totalement de compétence et de vision. En particulier ils n’ont pas compris que poutine ne cède jamais et ne tient aucune de ses promesses. Même s’il faut comme en Ukraine sacrifier la vie de 600 000 soldats. Même s’il faut maintenir la population en état de pauvreté alors que des milliards sont détournés par les oligarques mafieux qui entourent Poutine. L’Europe ne peut compter désormais que sur elle-même. Un conflit avec Poutine n’est pas certain mais il est possible surtout avec le développement de la guerre hybride qui combine agression militaire, espionnage, coups bas et intoxication. Le problème c’est que les forces européennes sont très en dessous des des enjeux surtout quantitativement. C’est tout juste si la France peut par exemple mobiliser rapidement 150 000 hommes. L’armée française est échantillonnaire avec un seul porte-avions et 10 fois moins d’effectifs qu’il faudrait. La faute notamment à la vision technocratique des militaires y compris.

Le rétablissement du service militaire en France et ailleurs devient urgent. La France doit être en capacité de mobiliser en permanence 1 million de personnes formées évidemment; ce qui par parenthèse permettra de rétablir une plus grande cohésion nationale sur les valeurs et les devoirs vis-à-vis du pays. Par lâcheté et incompétence le budget de la défense est devenu insignifiant à peine 2 % du PIB quand il en faudrait sept ou 8 % comme lorsque le général De Gaulle a construit la défense nucléaire. L’économie de guerre proclamée par Macron est une fumisterie tandis que que l’économie russe repose essentiellement sur l’industrie militaire. L’armée échantillonnaire du pays est à pleurer. Nous n’avons même pas été capables de tenir nos positions au Sahel face à des rebelles qui se déplacent en mobylette ou en camionnette. La France est lâchée partout tandis que Poutine avance en Afrique comme d’ailleurs avec beaucoup plus de discrétion mais imperturbablement les Chinois.

La conception de l’armée française sa nature, ses objectifs, son ampleur sont complètement à revoir sinon le pays risque un jour soit de devenir une colonie américaine soit un territoire russe voire chinois. Au-delà des aspects stratégiques, des équipements il conviendrait aussi de réveiller le sentiment national. Faute de force matérielle et morale, le pays sera condamné à l’inévitable déclin voir pire à l’extinction à terme. Avec l’Europe le redressement est possible à condition de faire preuve de discernement et de courage. Une problématique qui nous éloigne des clowneries actuelles de l’Assemblée nationale et des postures politiques démagogiques.

Défense: L’urgence d’une politique commune en Europe

Défense: L’urgence d’une politique commune en Europe

 

 

La plupart des experts, des spécialistes utilitaires ou encore des journalistes sont largement sidérés par les dernières positions de Trump et de son vice président Vance. Pour schématiser à outrance disons que la Maison-Blanche soutient à peu près toutes les positions de Poutine dans le conflit avec l’Ukraine.

 

D’une certaine manière, les Américains donnent raison à la politique agressive de Poutine qui petit à petit grignote L’Europe. les Américains disent alors à débrouiller-vous maintenant mais sans nous et en plus on veut être remboursé des frais engagés. Finalement la bande de cinglés de la Maison-Blanche a seulement pour guide son idéologie de gangsters illuminés comme Elon Musk ou Vance qui vont jusqu’à soutenir l’extrême droite allemande. Ces personnalités manquent totalement de compétence et de vision. En particulier ils n’ont pas compris que poutine ne cède jamais et ne tient aucune de ses promesses. Même s’il faut comme en Ukraine sacrifier la vie de 600 000 soldats. Même s’il faut maintenir la population en état de pauvreté alors que des milliards sont détournés par les oligarques mafieux qui entourent Poutine. L’Europe ne peut compter désormais que sur elle-même. Un conflit avec Poutine n’est pas certain mais il est possible surtout avec le développement de la guerre hybride qui combine agression militaire, espionnage, coups bas et intoxication. Le problème c’est que les forces européennes sont très en dessous des des enjeux surtout quantitativement. C’est tout juste si la France peut par exemple mobiliser rapidement 150 000 hommes. L’armée française est échantillonnaire avec un seul porte-avions et 10 fois moins d’effectifs qu’il faudrait. La faute notamment à la vision technocratique des militaires y compris.

Le rétablissement du service militaire en France et ailleurs devient urgent. La France doit être en capacité de mobiliser en permanence 1 million de personnes formées évidemment; ce qui par parenthèse permettra de rétablir une plus grande cohésion nationale sur les valeurs et les devoirs vis-à-vis du pays. Par lâcheté et incompétence le budget de la défense est devenu insignifiant à peine 2 % du PIB quand il en faudrait sept ou 8 % comme lorsque le général De Gaulle a construit la défense nucléaire. L’économie de guerre proclamée par Macron est une fumisterie tandis que que l’économie russe repose essentiellement sur l’industrie militaire. L’armée échantillonnaire du pays est à pleurer. Nous n’avons même pas été capables de tenir nos positions au Sahel face à des rebelles qui se déplacent en mobylette ou en camionnette. La France est lâchée partout tandis que Poutine avance en Afrique comme d’ailleurs avec beaucoup plus de discrétion mais imperturbablement les Chinois.

La conception de l’armée française sa nature, ses objectifs, son ampleur sont complètement à revoir sinon le pays risque un jour soit de devenir une colonie américaine soit un territoire russe voire chinois. Au-delà des aspects stratégiques, des équipements il conviendrait aussi de réveiller le sentiment national. Faute de force matérielle et morale, le pays sera condamné à l’inévitable déclin voir pire à l’extinction à terme. Avec l’Europe le redressement est possible à condition de faire preuve de discernement et de courage. Une problématique qui nous éloigne des clowneries actuelles de l’Assemblée nationale et des postures politiques démagogiques.

Politique-Face à la Russie, l’urgence d’une politique européenne commune de défense

Politique-Face à la Russie, l’urgence d’une politique européenne commune de défense

 

La plupart des experts, des spécialistes utilitaires ou encore des journalistes sont largement sidérés par les dernières positions de Trump et de son vice président Vance. Pour schématiser à outrance disons que la Maison-Blanche soutient à peu près toutes les positions de Poutine dans le conflit avec l’Ukraine.

 

D’une certaine manière, les Américains donnent raison à la politique agressive de Poutine qui petit à petit grignote L’Europe. les Américains disent alors à débrouiller-vous maintenant mais sans nous et en plus on veut être remboursé des frais engagés. Finalement la bande de cinglés de la Maison-Blanche a seulement pour guide son idéologie de gangsters illuminés comme Elon Musk ou Vance  qui vont jusqu’à soutenir l’extrême droite allemande. Ces personnalités manquent totalement de compétence et de vision. En particulier ils n’ont pas compris que poutine ne cède jamais et ne tient aucune de ses promesses. Même s’il faut comme en Ukraine sacrifier la vie de 600 000 soldats. Même s’il faut maintenir la population en état de pauvreté alors que des milliards sont détournés par les oligarques mafieux qui entourent Poutine. L’Europe  ne peut compter désormais que sur elle-même. Un conflit avec Poutine n’est pas certain mais il est possible surtout avec le développement de la guerre hybride  qui combine agression militaire, espionnage, coups bas et intoxication. Le problème c’est que les forces européennes sont très en dessous des des enjeux surtout quantitativement. C’est tout juste si la France peut par exemple mobiliser rapidement 150 000 hommes. L’armée française est échantillonnaire  avec un seul porte-avions et 10 fois moins d’effectifs qu’il faudrait. La faute notamment à la vision technocratique des militaires y compris.

Le rétablissement du service militaire en France et ailleurs devient urgent. La France doit être en capacité de mobiliser en permanence 1 million de personnes formées évidemment; ce qui par parenthèse permettra de rétablir une plus grande cohésion nationale sur les valeurs et les devoirs vis-à-vis du pays. Par lâcheté et incompétence le budget de la défense est devenu insignifiant à peine 2 % du PIB  quand il en faudrait sept ou 8 % comme lorsque le général De Gaulle a construit la défense nucléaire. L’économie de guerre proclamée par Macron est une fumisterie tandis que que l’économie russe repose essentiellement sur l’industrie militaire. L’armée échantillonnaire du pays est à pleurer. Nous n’avons même pas été capables de tenir nos positions au Sahel face à des rebelles qui se déplacent en mobylette ou en camionnette. La France est lâchée partout tandis que Poutine avance en Afrique comme d’ailleurs avec beaucoup plus de discrétion mais imperturbablement les Chinois.

La conception de l’armée française sa nature, ses objectifs, son ampleur sont complètement à revoir sinon le pays risque un jour soit de devenir une colonie américaine soit un territoire russe voire chinois. Au-delà des aspects stratégiques, des équipements il conviendrait aussi de réveiller le sentiment national. Faute de force matérielle et morale, le pays sera condamné à l’inévitable déclin voir pire à l’extinction à terme. Avec l’Europe le redressement est possible à condition de faire preuve de discernement et de courage. Une problématique qui nous éloigne des clowneries actuelles de l’Assemblée nationale et des postures politiques démagogiques.

Face à la Russie, l’urgence d’une politique européenne commune de défense

Face à la Russie, l’urgence d’une politique européenne commune de défense

 

La plupart des experts, des spécialistes utilitaires ou encore des journalistes sont largement sidérés par les dernières positions de Trump est de son vice président Vance. Pour schématiser à outrance disons que la Maison-Blanche soutient à peu près toutes les positions de Poutine dans le conflit avec l’Ukraine.

 

D’une certaine manière les Américains donnent raison à la politique agressive de Poutine qui petit à petit grignote L’Europe. les Américains disent alors à débrouiller-vous maintenant mais sans nous et en plus on veut être remboursé des frais engagés. Finalement la bande de cinglés de la Maison-Blanche a seulement pour guide son idéologie de gangsters illuminés comme Elon Musk ou Vance  qui vont jusqu’à soutenir l’extrême droite allemande. Ces personnalités manquent totalement de compétence et de vision. En particulier ils n’ont pas compris que petite ne cèdent jamais et ne tient aucune de ses promesses. Même s’il faut comme en Ukraine sacrifiée la vie de 600 000 soldats. Même s’il faut maintenir la population en état de pauvreté alors que des milliards sont détournés par les oligarques mafieux qui entourent Poutine. L’Europe  ne peut compter désormais que sur elle-même. Un conflit avec Poutine n’est pas certain mais il est possible surtout avec le développement de la guerre hybride  qui combine agression militaire, espionnage, coups bas et intoxication. Le problème c’est que les forces européennes sont très en dessous des des enjeux surtout quantitativement. C’est tout juste si la France peut par exemple mobiliser rapidement 150 000 hommes. L’armée française est échantillonnaire  avec un seul porte-avions et 10 fois moins d’effectifs qu’il faudrait. La faute notamment à la vision technocratique des militaires y compris.

Le rétablissement du service militaire en France et ailleurs devient urgent. La France doit être en capacité de mobiliser en permanence 1 million de personnes formées évidemment; ce qui par parenthèse permettra de rétablir une plus grande cohésion nationale sur les valeurs et les devoirs vis-à-vis du pays. Par lâcheté et incompétence le budget de la défense est devenu insignifiant à peine 2 % quand il en faudrait sept ou 8 % comme lorsque le général De Gaulle a construit la défense nucléaire. L’économie de guerre proclamée par Macron est une fumisterie tandis que que l’économie russe repose essentiellement sur l’industrie militaire. L’armée échantillonnaire du pays est à pleurer. Nous n’avons même pas été capables de tenir nos positions au Sahel face à des rebelles qui se déplacent en mobylette ou en camionnette. La France est lâchée partout tandis que Poutine avance en Afrique comme d’ailleurs avec beaucoup plus de discrétion mais imperturbablement les Chinois.

La conception de l’armée française sa nature, ses objectifs, son ampleur sont complètement à revoir sinon le pays risque un jour soit de devenir une colonie américaine soit un territoire russe voire chinois. Au-delà des aspects stratégiques, des équipements il conviendrait aussi de réveiller le sentiment national. Faute de force matérielle et morale, le pays sera condamné à l’inévitable déclin voir pire à l’extinction à terme. Avec l’Europe le redressement est possible à condition de faire preuve de discernement et de courage. Une problématique qui nous éloigne des clowneries actuelles de l’Assemblée nationale et des postures politiques démagogiques.

France : l’urgence d’un choc de productivité

France : l’urgence d’un choc de productivité

 

Vous avez peut-être vu passer ces messages sur les réseaux sociaux, où des Européens de retour d’un séjour à New York notaient que tout y était cher. Trop cher. À tel point que certains d’entre eux estimaient avoir eu l’impression d’être pauvres le temps de leur séjour outre-Atlantique. Symétriquement, le touriste nord-américain qui va venir à Paris pour les Jeux olympiques et paralympiques disposera d’un pouvoir d’achat élevé. Ce phénomène d’appauvrissement relatif a pris une telle ampleur que plusieurs médias, tels que Le Figaro, Le Monde ou BFM, l’ont récemment relayé.

 

par Julien Pillot
Enseignant-Chercheur en Economie (Inseec) / Pr. associé (U. Paris Saclay) / Chercheur associé (CNRS), INSEEC Grande École dans The Conversation 
Bien évidemment, lorsqu’il est question de comparer un différentiel de pouvoir d’achat, le premier réflexe est de confronter l’évolution de l’indice général des prix, celle des salaires (qui est le prix du travail), et celle du taux de change.

Première observation : si l’inflation a connu des trajectoires assez similaires de part et d’autre de l’Atlantique depuis 2005, le rythme a été plus soutenu aux États-Unis qu’en France ou dans l’eurozone, avec respectivement des écarts de 13,1 points et de 7 points.

Seconde observation : les salaires, exprimés en parité de pouvoir d’achat, ont augmenté près de deux fois plus vite aux États-Unis (+20,77 %) qu’en France (+10,81 %) sur la même période. Autrement dit, le gain en pouvoir d’achat domestique a été près de deux fois plus important pour les salariés américains que pour leurs homologues français sur une période équivalente.

L’observation de l’évolution des taux de change achève de dresser un tableau peu flatteur de la situation des pays de l’eurozone relativement aux États-Unis : depuis 2008 – une date charnière car elle correspond au plus haut de l’euro par rapport au dollar mais aussi à l’éclatement de la crise des subprimes et à ses conséquences financières et politiques – le dollar s’est apprécié de plus de 35 % par rapport à l’euro ! Concrètement, ce décrochage relatif de l’euro a été particulièrement préjudiciable à des pays qui, comme la France, importent davantage de biens de consommation qu’ils n’en exportent. Et bien évidemment, les touristes américains en Europe s’en trouvent avantagés…

Résumons-nous : un écart de pouvoir d’achat s’est creusé entre les deux rives de l’Atlantique, en raison de l’affaiblissement relatif de la monnaie unique vis-à-vis du billet vert, et de salaires réels ayant progressé plus vite aux États-Unis que dans les pays de la zone euro. D’aucuns pourraient y voir la résultante d’un décrochage des économies européennes par rapport à celle de l’Oncle Sam. Qu’en est-il vraiment ? Et le cas échéant, quelles en seraient les principales causes ?

Pour bien apprécier l’éventuel décrochage des économies de la zone euro relativement aux États-Unis, il s’agit dans un premier temps de s’intéresser à l’évolution du PIB. Le décrochage est net depuis 2011. On peut y voir les effets de politiques contrastées, avec côté états-unien des politiques monétaires de relance dites “non conventionnelles”, auxquelles ont, répondu des politiques similaires en zone Euro, mais décalées dans le temps et surtout doublées d’une austérité budgétaire qui a limité le potentiel de croissance. Mais cela ne saurait tout expliquer. Encore moins le point d’écart de croissance que l’on retrouve chaque année depuis 2019 (EUA : +1,9 % par an ; Euro zone : +0,8 % par an), qui est précisément celui que l’on retrouve lorsque l’on observe les évolutions du PIB depuis 1995 (EUA : +2,4 % par an ; Euro zone : +1,4 % par an).

Il serait alors extrêmement tentant d’attribuer cet écart structurel de croissance à une démographie américaine qui serait plus dynamique que son pendant européen. Car après tout, une démographie dynamique joue positivement sur l’offre (en tant que facteur de production) et la demande (à travers la consommation intérieure). Une première lecture donnerait raison à cette intuition, puisque la démographie américaine s’est accrue en moyenne de 0,83 % par an depuis 1995 quand, dans le même temps, celles de la France et de l’UE ne progressaient respectivement que de 0,5 % et de 0,19 %.

Le constat est encore plus terrible lorsque l’on observe les dynamiques à l’œuvre sur la population en âge de travailler : sur la période, les États-Unis enregistrent une progression annuelle moyenne de 0,8 %, quand la France est à 0,28 % et l’UE est à l’arrêt (-0,01 %). Si vous vous interrogiez sur les raisons qui président au débat qui a émaillé les élections européennes à propos du vieillissement démographique de l’Europe et de la nécessité à faire appel à une main-d’œuvre immigrée, vous avez là une bonne partie de la réponse.

Reste que si ce différentiel démographique explique une part de l’écart de croissance entre les États-Unis et l’Europe, il est également des plus trompeurs. Car il ne sert à rien d’avoir une démographie dynamique si l’appareil productif ne suit pas, sans quoi ce serait surtout le nombre de chômeurs qui augmenterait. Il est donc nécessaire de superposer cet écart démographique avec le nombre de créations d’emplois sur la même période, pour s’assurer de la capacité de l’économie à absorber la population en âge de travailler.

 

Or, en matière de taux d’activité et d’emploi, la zone euro fait bien mieux que les États-Unis depuis 2005, y compris depuis la crise du Covid. Tant et si bien que l’eurozone a quasiment compensé son déficit démographique par la mobilisation de sa population en âge de travailler, grâce à une dynamique de création d’emplois plus soutenue. Nous pourrions y voir l’illustration de l’efficacité des politiques menées en Europe en faveur de libéralisation de l’économie et de la baisse des coûts du travail, notamment pour sa composante la moins qualifiée et ou la plus ubérisée.

Alerte rouge sur la productivité (et le numérique)
Si la démographie ne parvient que très imparfaitement à expliquer l’écart de croissance entre les États-Unis et la zone euro, c’est du côté de la productivité du travail qu’il convient de se tourner. Et le moins que l’on peut dire, c’est qu’un véritable fossé s’est creusé de part et d’autre de l’Atlantique, ainsi que le soulignent fort justement Maria Guadalupe, Xavier Jaravel, Thomas Philippon et David Sraer dans une note du Conseil d’Analyse économique datée de 2022. Les auteurs y révèlent que la France a concédé 7 points de productivité relativement aux États-Unis entre 2003 et 2019, ce qui correspond peu ou prou à l’écart de PIB par habitant entre les deux pays sur la même période. Un résultat qui tend à accréditer notre analyse précédente qui visait à modérer les effets issus notamment de la démographie ou du dynamisme du marché du travail. Or, comme le soulignent les auteurs, ce décrochage de productivité « représente un manque à gagner de 140 milliards d’euros de PIB pour la France en 2019, soit environ 65 milliards de recettes fiscales annuelles ».

Plus inquiétant encore, l’écart de productivité entre la zone euro et les États-Unis apparaît encore plus béant lorsque l’on s’intéresse plus spécifiquement – quoi de plus logique dans des pays fortement tertiarisés – aux services marchands.

Ce déficit de productivité dans les services marchands illustre parfaitement les difficultés de notre Vieux Continent à réellement embrasser les opportunités qu’offre le numérique au XXIe siècle. Là où l’Europe semble encore perpétuer son logiciel historique de création de petits jobs de service à faible valeur ajoutée en soutien de son industrie, les États-Unis se sont non seulement érigés en producteurs parmi les plus compétitifs de technologies et de services numériques, mais ils en sont aussi de meilleurs utilisateurs : leurs entreprises sont déjà en phase avancée d’intégration, d’automatisation et d’optimisation. Résultat implacable : quand le Covid-19 mettait à mal la productivité des services marchands européens (-6,7 points entre 2019 et 2020), les entreprises de services américaines étaient déjà matures pour basculer en distanciel (+5,8 points).

Bien évidemment, la chute de productivité ne saurait expliquer à elle seule le décrochage de la zone euro relativement aux États-Unis. Elle en est à la fois la cause, mais aussi la conséquence de l’effet conjugué de plusieurs atouts structurels dont bénéficie l’Oncle Sam : un marché domestique plus intégré présentant des effets d’échelle supérieurs, la force du dollar et la puissance des politiques expansionnistes, telles que l’IRA, une industrie du capital-risque particulièrement dynamique qui a soutenu (et continue de soutenir) le déploiement rapide des technologies numériques (notamment l’IA), le leadership technologique et la rente économique et informationnelle qui en découle, la capacité à former ou à attirer des talents à forte valeur ajoutée, sans oublier un prix de l’énergie des plus compétitifs, notamment depuis que les États-Unis exploitent massivement le pétrole de schiste (et qu’a contrario l’Europe subit de plein fouet une inflation énergétique consécutive à la guerre en Ukraine). Sur ce dernier point, Thomas Philippot évoquait dernièrement « un avantage compétitif sur l’Europe évalué à 923 milliards d’euros par an ».

Ce décalage de croissance, et l’appauvrissement relatif de la population de l’eurozone au regard des citoyens américains, auraient dû être des thèmes au cœur de la campagne des élections européennes et des élections législatives consécutives à la dissolution. Car, au-delà de la question de la prospérité économique ou celle de la soutenabilité de notre système de protection sociale, ce qui est en jeu n’est rien d’autre que la vassalisation de la zone euro par les États-Unis, sur les plans diplomatique, militaire, économique et numérique.

Alors que ces deux échéances électorales rapprochées nous ont noyés sous une cacophonie des propositions sociales et sociétales, nous attendons encore la formation politique qui aurait proposé un programme orienté vers la productivité, la compétitivité, l’innovation, la réindustrialisation, l’autonomie stratégique, la décarbonation de l’économie, l’excellence éducative et le progrès. Sur ces questions pourtant essentielles pour permettre à l’Europe et à la France de rester dans l’Histoire dans un XXIe siècle de tous les dangers, le silence assourdissant du politique nous apparaît au mieux comme une impardonnable omission, au pire comme une démission coupable.

Economie France : l’urgence d’un choc de productivité

Economie France : l’urgence d’un choc de productivité

 

Vous avez peut-être vu passer ces messages sur les réseaux sociaux, où des Européens de retour d’un séjour à New York notaient que tout y était cher. Trop cher. À tel point que certains d’entre eux estimaient avoir eu l’impression d’être pauvres le temps de leur séjour outre-Atlantique. Symétriquement, le touriste nord-américain qui va venir à Paris pour les Jeux olympiques et paralympiques disposera d’un pouvoir d’achat élevé. Ce phénomène d’appauvrissement relatif a pris une telle ampleur que plusieurs médias, tels que Le Figaro, Le Monde ou BFM, l’ont récemment relayé.

 

par Julien Pillot
Enseignant-Chercheur en Economie (Inseec) / Pr. associé (U. Paris Saclay) / Chercheur associé (CNRS), INSEEC Grande École dans The Conversation 
Bien évidemment, lorsqu’il est question de comparer un différentiel de pouvoir d’achat, le premier réflexe est de confronter l’évolution de l’indice général des prix, celle des salaires (qui est le prix du travail), et celle du taux de change.

Première observation : si l’inflation a connu des trajectoires assez similaires de part et d’autre de l’Atlantique depuis 2005, le rythme a été plus soutenu aux États-Unis qu’en France ou dans l’eurozone, avec respectivement des écarts de 13,1 points et de 7 points.

Seconde observation : les salaires, exprimés en parité de pouvoir d’achat, ont augmenté près de deux fois plus vite aux États-Unis (+20,77 %) qu’en France (+10,81 %) sur la même période. Autrement dit, le gain en pouvoir d’achat domestique a été près de deux fois plus important pour les salariés américains que pour leurs homologues français sur une période équivalente.

L’observation de l’évolution des taux de change achève de dresser un tableau peu flatteur de la situation des pays de l’eurozone relativement aux États-Unis : depuis 2008 – une date charnière car elle correspond au plus haut de l’euro par rapport au dollar mais aussi à l’éclatement de la crise des subprimes et à ses conséquences financières et politiques – le dollar s’est apprécié de plus de 35 % par rapport à l’euro ! Concrètement, ce décrochage relatif de l’euro a été particulièrement préjudiciable à des pays qui, comme la France, importent davantage de biens de consommation qu’ils n’en exportent. Et bien évidemment, les touristes américains en Europe s’en trouvent avantagés…

Résumons-nous : un écart de pouvoir d’achat s’est creusé entre les deux rives de l’Atlantique, en raison de l’affaiblissement relatif de la monnaie unique vis-à-vis du billet vert, et de salaires réels ayant progressé plus vite aux États-Unis que dans les pays de la zone euro. D’aucuns pourraient y voir la résultante d’un décrochage des économies européennes par rapport à celle de l’Oncle Sam. Qu’en est-il vraiment ? Et le cas échéant, quelles en seraient les principales causes ?

Pour bien apprécier l’éventuel décrochage des économies de la zone euro relativement aux États-Unis, il s’agit dans un premier temps de s’intéresser à l’évolution du PIB. Le décrochage est net depuis 2011. On peut y voir les effets de politiques contrastées, avec côté états-unien des politiques monétaires de relance dites “non conventionnelles”, auxquelles ont, répondu des politiques similaires en zone Euro, mais décalées dans le temps et surtout doublées d’une austérité budgétaire qui a limité le potentiel de croissance. Mais cela ne saurait tout expliquer. Encore moins le point d’écart de croissance que l’on retrouve chaque année depuis 2019 (EUA : +1,9 % par an ; Euro zone : +0,8 % par an), qui est précisément celui que l’on retrouve lorsque l’on observe les évolutions du PIB depuis 1995 (EUA : +2,4 % par an ; Euro zone : +1,4 % par an).

Il serait alors extrêmement tentant d’attribuer cet écart structurel de croissance à une démographie américaine qui serait plus dynamique que son pendant européen. Car après tout, une démographie dynamique joue positivement sur l’offre (en tant que facteur de production) et la demande (à travers la consommation intérieure). Une première lecture donnerait raison à cette intuition, puisque la démographie américaine s’est accrue en moyenne de 0,83 % par an depuis 1995 quand, dans le même temps, celles de la France et de l’UE ne progressaient respectivement que de 0,5 % et de 0,19 %.

Le constat est encore plus terrible lorsque l’on observe les dynamiques à l’œuvre sur la population en âge de travailler : sur la période, les États-Unis enregistrent une progression annuelle moyenne de 0,8 %, quand la France est à 0,28 % et l’UE est à l’arrêt (-0,01 %). Si vous vous interrogiez sur les raisons qui président au débat qui a émaillé les élections européennes à propos du vieillissement démographique de l’Europe et de la nécessité à faire appel à une main-d’œuvre immigrée, vous avez là une bonne partie de la réponse.

Reste que si ce différentiel démographique explique une part de l’écart de croissance entre les États-Unis et l’Europe, il est également des plus trompeurs. Car il ne sert à rien d’avoir une démographie dynamique si l’appareil productif ne suit pas, sans quoi ce serait surtout le nombre de chômeurs qui augmenterait. Il est donc nécessaire de superposer cet écart démographique avec le nombre de créations d’emplois sur la même période, pour s’assurer de la capacité de l’économie à absorber la population en âge de travailler.

 

Or, en matière de taux d’activité et d’emploi, la zone euro fait bien mieux que les États-Unis depuis 2005, y compris depuis la crise du Covid. Tant et si bien que l’eurozone a quasiment compensé son déficit démographique par la mobilisation de sa population en âge de travailler, grâce à une dynamique de création d’emplois plus soutenue. Nous pourrions y voir l’illustration de l’efficacité des politiques menées en Europe en faveur de libéralisation de l’économie et de la baisse des coûts du travail, notamment pour sa composante la moins qualifiée et ou la plus ubérisée.

Alerte rouge sur la productivité (et le numérique)
Si la démographie ne parvient que très imparfaitement à expliquer l’écart de croissance entre les États-Unis et la zone euro, c’est du côté de la productivité du travail qu’il convient de se tourner. Et le moins que l’on peut dire, c’est qu’un véritable fossé s’est creusé de part et d’autre de l’Atlantique, ainsi que le soulignent fort justement Maria Guadalupe, Xavier Jaravel, Thomas Philippon et David Sraer dans une note du Conseil d’Analyse économique datée de 2022. Les auteurs y révèlent que la France a concédé 7 points de productivité relativement aux États-Unis entre 2003 et 2019, ce qui correspond peu ou prou à l’écart de PIB par habitant entre les deux pays sur la même période. Un résultat qui tend à accréditer notre analyse précédente qui visait à modérer les effets issus notamment de la démographie ou du dynamisme du marché du travail. Or, comme le soulignent les auteurs, ce décrochage de productivité « représente un manque à gagner de 140 milliards d’euros de PIB pour la France en 2019, soit environ 65 milliards de recettes fiscales annuelles ».

Plus inquiétant encore, l’écart de productivité entre la zone euro et les États-Unis apparaît encore plus béant lorsque l’on s’intéresse plus spécifiquement – quoi de plus logique dans des pays fortement tertiarisés – aux services marchands.

Ce déficit de productivité dans les services marchands illustre parfaitement les difficultés de notre Vieux Continent à réellement embrasser les opportunités qu’offre le numérique au XXIe siècle. Là où l’Europe semble encore perpétuer son logiciel historique de création de petits jobs de service à faible valeur ajoutée en soutien de son industrie, les États-Unis se sont non seulement érigés en producteurs parmi les plus compétitifs de technologies et de services numériques, mais ils en sont aussi de meilleurs utilisateurs : leurs entreprises sont déjà en phase avancée d’intégration, d’automatisation et d’optimisation. Résultat implacable : quand le Covid-19 mettait à mal la productivité des services marchands européens (-6,7 points entre 2019 et 2020), les entreprises de services américaines étaient déjà matures pour basculer en distanciel (+5,8 points).

Bien évidemment, la chute de productivité ne saurait expliquer à elle seule le décrochage de la zone euro relativement aux États-Unis. Elle en est à la fois la cause, mais aussi la conséquence de l’effet conjugué de plusieurs atouts structurels dont bénéficie l’Oncle Sam : un marché domestique plus intégré présentant des effets d’échelle supérieurs, la force du dollar et la puissance des politiques expansionnistes, telles que l’IRA, une industrie du capital-risque particulièrement dynamique qui a soutenu (et continue de soutenir) le déploiement rapide des technologies numériques (notamment l’IA), le leadership technologique et la rente économique et informationnelle qui en découle, la capacité à former ou à attirer des talents à forte valeur ajoutée, sans oublier un prix de l’énergie des plus compétitifs, notamment depuis que les États-Unis exploitent massivement le pétrole de schiste (et qu’a contrario l’Europe subit de plein fouet une inflation énergétique consécutive à la guerre en Ukraine). Sur ce dernier point, Thomas Philippot évoquait dernièrement « un avantage compétitif sur l’Europe évalué à 923 milliards d’euros par an ».

Ce décalage de croissance, et l’appauvrissement relatif de la population de l’eurozone au regard des citoyens américains, auraient dû être des thèmes au cœur de la campagne des élections européennes et des élections législatives consécutives à la dissolution. Car, au-delà de la question de la prospérité économique ou celle de la soutenabilité de notre système de protection sociale, ce qui est en jeu n’est rien d’autre que la vassalisation de la zone euro par les États-Unis, sur les plans diplomatique, militaire, économique et numérique.

Alors que ces deux échéances électorales rapprochées nous ont noyés sous une cacophonie des propositions sociales et sociétales, nous attendons encore la formation politique qui aurait proposé un programme orienté vers la productivité, la compétitivité, l’innovation, la réindustrialisation, l’autonomie stratégique, la décarbonation de l’économie, l’excellence éducative et le progrès. Sur ces questions pourtant essentielles pour permettre à l’Europe et à la France de rester dans l’Histoire dans un XXIe siècle de tous les dangers, le silence assourdissant du politique nous apparaît au mieux comme une impardonnable omission, au pire comme une démission coupable.

France : l’urgence d’un choc de productivité

France : l’urgence d’un choc de productivité

 

Vous avez peut-être vu passer ces messages sur les réseaux sociaux, où des Européens de retour d’un séjour à New York notaient que tout y était cher. Trop cher. À tel point que certains d’entre eux estimaient avoir eu l’impression d’être pauvres le temps de leur séjour outre-Atlantique. Symétriquement, le touriste nord-américain qui va venir à Paris pour les Jeux olympiques et paralympiques disposera d’un pouvoir d’achat élevé. Ce phénomène d’appauvrissement relatif a pris une telle ampleur que plusieurs médias, tels que Le Figaro, Le Monde ou BFM, l’ont récemment relayé.

 

par Julien Pillot
Enseignant-Chercheur en Economie (Inseec) / Pr. associé (U. Paris Saclay) / Chercheur associé (CNRS), INSEEC Grande École dans The Conversation 
Bien évidemment, lorsqu’il est question de comparer un différentiel de pouvoir d’achat, le premier réflexe est de confronter l’évolution de l’indice général des prix, celle des salaires (qui est le prix du travail), et celle du taux de change.

Première observation : si l’inflation a connu des trajectoires assez similaires de part et d’autre de l’Atlantique depuis 2005, le rythme a été plus soutenu aux États-Unis qu’en France ou dans l’eurozone, avec respectivement des écarts de 13,1 points et de 7 points.

Seconde observation : les salaires, exprimés en parité de pouvoir d’achat, ont augmenté près de deux fois plus vite aux États-Unis (+20,77 %) qu’en France (+10,81 %) sur la même période. Autrement dit, le gain en pouvoir d’achat domestique a été près de deux fois plus important pour les salariés américains que pour leurs homologues français sur une période équivalente.

L’observation de l’évolution des taux de change achève de dresser un tableau peu flatteur de la situation des pays de l’eurozone relativement aux États-Unis : depuis 2008 – une date charnière car elle correspond au plus haut de l’euro par rapport au dollar mais aussi à l’éclatement de la crise des subprimes et à ses conséquences financières et politiques – le dollar s’est apprécié de plus de 35 % par rapport à l’euro ! Concrètement, ce décrochage relatif de l’euro a été particulièrement préjudiciable à des pays qui, comme la France, importent davantage de biens de consommation qu’ils n’en exportent. Et bien évidemment, les touristes américains en Europe s’en trouvent avantagés…

Résumons-nous : un écart de pouvoir d’achat s’est creusé entre les deux rives de l’Atlantique, en raison de l’affaiblissement relatif de la monnaie unique vis-à-vis du billet vert, et de salaires réels ayant progressé plus vite aux États-Unis que dans les pays de la zone euro. D’aucuns pourraient y voir la résultante d’un décrochage des économies européennes par rapport à celle de l’Oncle Sam. Qu’en est-il vraiment ? Et le cas échéant, quelles en seraient les principales causes ?

Pour bien apprécier l’éventuel décrochage des économies de la zone euro relativement aux États-Unis, il s’agit dans un premier temps de s’intéresser à l’évolution du PIB. Le décrochage est net depuis 2011. On peut y voir les effets de politiques contrastées, avec côté états-unien des politiques monétaires de relance dites “non conventionnelles”, auxquelles ont, répondu des politiques similaires en zone Euro, mais décalées dans le temps et surtout doublées d’une austérité budgétaire qui a limité le potentiel de croissance. Mais cela ne saurait tout expliquer. Encore moins le point d’écart de croissance que l’on retrouve chaque année depuis 2019 (EUA : +1,9 % par an ; Euro zone : +0,8 % par an), qui est précisément celui que l’on retrouve lorsque l’on observe les évolutions du PIB depuis 1995 (EUA : +2,4 % par an ; Euro zone : +1,4 % par an).

Il serait alors extrêmement tentant d’attribuer cet écart structurel de croissance à une démographie américaine qui serait plus dynamique que son pendant européen. Car après tout, une démographie dynamique joue positivement sur l’offre (en tant que facteur de production) et la demande (à travers la consommation intérieure). Une première lecture donnerait raison à cette intuition, puisque la démographie américaine s’est accrue en moyenne de 0,83 % par an depuis 1995 quand, dans le même temps, celles de la France et de l’UE ne progressaient respectivement que de 0,5 % et de 0,19 %.

Le constat est encore plus terrible lorsque l’on observe les dynamiques à l’œuvre sur la population en âge de travailler : sur la période, les États-Unis enregistrent une progression annuelle moyenne de 0,8 %, quand la France est à 0,28 % et l’UE est à l’arrêt (-0,01 %). Si vous vous interrogiez sur les raisons qui président au débat qui a émaillé les élections européennes à propos du vieillissement démographique de l’Europe et de la nécessité à faire appel à une main-d’œuvre immigrée, vous avez là une bonne partie de la réponse.

Reste que si ce différentiel démographique explique une part de l’écart de croissance entre les États-Unis et l’Europe, il est également des plus trompeurs. Car il ne sert à rien d’avoir une démographie dynamique si l’appareil productif ne suit pas, sans quoi ce serait surtout le nombre de chômeurs qui augmenterait. Il est donc nécessaire de superposer cet écart démographique avec le nombre de créations d’emplois sur la même période, pour s’assurer de la capacité de l’économie à absorber la population en âge de travailler.

 

Or, en matière de taux d’activité et d’emploi, la zone euro fait bien mieux que les États-Unis depuis 2005, y compris depuis la crise du Covid. Tant et si bien que l’eurozone a quasiment compensé son déficit démographique par la mobilisation de sa population en âge de travailler, grâce à une dynamique de création d’emplois plus soutenue. Nous pourrions y voir l’illustration de l’efficacité des politiques menées en Europe en faveur de libéralisation de l’économie et de la baisse des coûts du travail, notamment pour sa composante la moins qualifiée et ou la plus ubérisée.

Alerte rouge sur la productivité (et le numérique)
Si la démographie ne parvient que très imparfaitement à expliquer l’écart de croissance entre les États-Unis et la zone euro, c’est du côté de la productivité du travail qu’il convient de se tourner. Et le moins que l’on peut dire, c’est qu’un véritable fossé s’est creusé de part et d’autre de l’Atlantique, ainsi que le soulignent fort justement Maria Guadalupe, Xavier Jaravel, Thomas Philippon et David Sraer dans une note du Conseil d’Analyse économique datée de 2022. Les auteurs y révèlent que la France a concédé 7 points de productivité relativement aux États-Unis entre 2003 et 2019, ce qui correspond peu ou prou à l’écart de PIB par habitant entre les deux pays sur la même période. Un résultat qui tend à accréditer notre analyse précédente qui visait à modérer les effets issus notamment de la démographie ou du dynamisme du marché du travail. Or, comme le soulignent les auteurs, ce décrochage de productivité « représente un manque à gagner de 140 milliards d’euros de PIB pour la France en 2019, soit environ 65 milliards de recettes fiscales annuelles ».

Plus inquiétant encore, l’écart de productivité entre la zone euro et les États-Unis apparaît encore plus béant lorsque l’on s’intéresse plus spécifiquement – quoi de plus logique dans des pays fortement tertiarisés – aux services marchands.

Ce déficit de productivité dans les services marchands illustre parfaitement les difficultés de notre Vieux Continent à réellement embrasser les opportunités qu’offre le numérique au XXIe siècle. Là où l’Europe semble encore perpétuer son logiciel historique de création de petits jobs de service à faible valeur ajoutée en soutien de son industrie, les États-Unis se sont non seulement érigés en producteurs parmi les plus compétitifs de technologies et de services numériques, mais ils en sont aussi de meilleurs utilisateurs : leurs entreprises sont déjà en phase avancée d’intégration, d’automatisation et d’optimisation. Résultat implacable : quand le Covid-19 mettait à mal la productivité des services marchands européens (-6,7 points entre 2019 et 2020), les entreprises de services américaines étaient déjà matures pour basculer en distanciel (+5,8 points).

Bien évidemment, la chute de productivité ne saurait expliquer à elle seule le décrochage de la zone euro relativement aux États-Unis. Elle en est à la fois la cause, mais aussi la conséquence de l’effet conjugué de plusieurs atouts structurels dont bénéficie l’Oncle Sam : un marché domestique plus intégré présentant des effets d’échelle supérieurs, la force du dollar et la puissance des politiques expansionnistes, telles que l’IRA, une industrie du capital-risque particulièrement dynamique qui a soutenu (et continue de soutenir) le déploiement rapide des technologies numériques (notamment l’IA), le leadership technologique et la rente économique et informationnelle qui en découle, la capacité à former ou à attirer des talents à forte valeur ajoutée, sans oublier un prix de l’énergie des plus compétitifs, notamment depuis que les États-Unis exploitent massivement le pétrole de schiste (et qu’a contrario l’Europe subit de plein fouet une inflation énergétique consécutive à la guerre en Ukraine). Sur ce dernier point, Thomas Philippot évoquait dernièrement « un avantage compétitif sur l’Europe évalué à 923 milliards d’euros par an ».

Ce décalage de croissance, et l’appauvrissement relatif de la population de l’eurozone au regard des citoyens américains, auraient dû être des thèmes au cœur de la campagne des élections européennes et des élections législatives consécutives à la dissolution. Car, au-delà de la question de la prospérité économique ou celle de la soutenabilité de notre système de protection sociale, ce qui est en jeu n’est rien d’autre que la vassalisation de la zone euro par les États-Unis, sur les plans diplomatique, militaire, économique et numérique.

Alors que ces deux échéances électorales rapprochées nous ont noyés sous une cacophonie des propositions sociales et sociétales, nous attendons encore la formation politique qui aurait proposé un programme orienté vers la productivité, la compétitivité, l’innovation, la réindustrialisation, l’autonomie stratégique, la décarbonation de l’économie, l’excellence éducative et le progrès. Sur ces questions pourtant essentielles pour permettre à l’Europe et à la France de rester dans l’Histoire dans un XXIe siècle de tous les dangers, le silence assourdissant du politique nous apparaît au mieux comme une impardonnable omission, au pire comme une démission coupable.

Politique- L’urgence du retour du service militaire

Politique- L’urgence du retour du service militaire

Le président a parlé à plusieurs reprises de réarmement. Un mot mis à toutes les sauces y compris pour le réarmement civique. Sans doute pas à travers le service national de quelques jours, ni civique, ni militaire et qui ressemble plutôt une colonie de vacances. Pourtant, Plusieurs facteurs militent en faveur de l’urgence d’un service obligatoire à vocation militaire. Il y a d’abord l’environnement conflictuel avec la politique agressive d’expansion de Poutine et sa phobie de l’ancien empire russe. Poutine multiplie les attaques en Europe de l’Est, en Finlande et bien sûr en Ukraine. Il N’a jamais admis l’éclatement de la puissante union soviétique. En outre, ce dictateur a besoin de ranimer en permanence la flamme des nationalistes pour jeter un voile pudique sur la dictature et sur le détournement de fonds par les oligarques et lui-même. Il y a aussi urgence à rétablir l’ordre dans les quartiers où les policiers sont complètement désarmés et désabusés. L’urgence aussi à faire adhérer aux valeurs républicaines en utilisant le service militaire comme outil de brassage sociologique, culturel et comme école d’autorité et de discipline.

Il y a fort à parier que Trump ( s’il est réelu) pourra s’accommoder d’un désengagement des moyens américains au service de l’Europe. Par ailleurs en Europe -et en France compris- l’esprit de Munich prévaut vis-à-vis de la Russie à l’extrême gauche comme à l’extrême droite. Beaucoup seraient prêts à offrir l’Ukraine à la Russie en échange de la paix pour le reste de l’Europe. Un raisonnement hypocrite et à courte vue évidemment. Dans le même temps, la Russie attaque sur tous les fronts dans tous les pays influencés par les occidentaux ( voir à cet égard les échecs successifs de la France au Mali, Burkina Faso , au Niger et ailleurs). Partout la Russie avance ses pions . La Russie qui trouve des alliés de circonstance chez les dirigeants de régime autoritaire encore nombreux dans le monde.

On objectera que la France est sans doute l’un des seuls pays européens avec la Grande-Bretagne toutefois à disposer d’un système de défense complet mais une armée cependant miniature : exemple un seul porte-avions et seulement 160 000 hommes, l’équivalent de ce dont dispose l’Ukraine. Quand la Russie dispose de 10 fois plus de troupes en plus évidemment des technologies. Mais contrairement aux dires de pseudo experts, les troupes au sol ne sont pas incompatibles avec la technologie, elles se complètent et les conflits tant en Ukraine qu’à Gaza démontrent encore l’importance des troupes au sol.

La seconde raison qui justifierait le rétablissement du service militaire est davantage sociétale. Il s’agirait de réhabiliter le grand brassage sociologique que permettait le service obligatoire. En outre, un service qui pourrait être utile pour contribuer à revaloriser le concept de discipline et d’effort.

La plupart des experts militaires et les militaires eux-mêmes s’opposent à la résurgence d’un service militaire au motif que la France n’aurait pas les moyens d’une part et que la défense a technologiquement évolué dans son contenu. Notons cependant que dans toutes les opérations extérieures effectifs et technologies ont été totalement complémentaires. En dernier ressort, ce sont surtout les troupes au sol qui payent le prix de la guerre. En cas de conflit d’ampleur, sans formation on envoie à la boucherie des jeunes et des moins jeunes non formés. Ce qu’on constate par exemple chez les russes mais aussi en Ukraine.

Les États-Unis ne supporteront pas ad vitam aeternam les coûts du parapluie militaire américain. L’Europe devra assurer sa défense. Et de ce point de vue l’objectif d’atteindre 2 % du pour les dépenses militaires est complètement inadapté aux enjeux quand il faudrait 6 ou 7 % et que les Russes consacrent 30 % de leur budget aux dépenses de l’armée.

La dernière raison qui justifie la réhabilitation du service militaire obligatoire c’est la nécessité de diffuser à nouveau dans l’opinion les valeurs attachées à la nation aujourd’hui éclatées pour des raisons sociétales voire religieuses.

Ce n’est pas la dernière minute qu’il conviendra de réajuster sérieusement la politique de défense. La stratégie dans ce domaine comme d’ailleurs dans d’autres demandes lucidité, courage et continuité. Le contraire de ce qu’on a fait en supprimant lâchement le service militaire ou en conviant les jeunes à quelques jours de colonies de vacances dans le cas d’un pseudo service national.

 

Défense et sécurité- L’urgence du retour du service militaire

 

Défense et sécurité- L’urgence du retour du service militaire

Le président a parlé à plusieurs reprises de réarmement. Un mot mis à toutes les sauces y compris pour le réarmement civique. Sans doute pas à travers le service national de quelques jours, ni civique, ni militaire et qui ressemble plutôt une colonie de vacances. Pourtant, Plusieurs facteurs militent en faveur de l’urgence d’un service obligatoire à vocation militaire. Il y a d’abord l’environnement conflictuel avec la politique agressive d’expansion de Poutine et sa phobie de l’ancien empire russe. Poutine multiplie les attaques en Europe de l’Est, en Finlande et bien sûr en Ukraine. Il N’a jamais admis l’éclatement de la puissante union soviétique. En outre, ce dictateur a besoin de ranimer en permanence la flamme des nationalistes pour jeter un voile pudique sur la dictature et sur le détournement de fonds par les oligarques et lui-même. Il y a aussi urgence à rétablir l’ordre dans les quartiers où les policiers sont complètement désarmés et désabusés. L’urgence aussi à faire adhérer aux valeurs républicaines en utilisant le service militaire comme outil de brassage sociologique, culturel et comme école d’autorité et de discipline.

Il y a fort à parier que Trump ( s’il est réelu) pourra s’accommoder d’un désengagement des moyens américains au service de l’Europe. Par ailleurs en Europe -et en France compris- l’esprit de Munich prévaut vis-à-vis de la Russie à l’extrême gauche comme à l’extrême droite. Beaucoup seraient prêts à offrir l’Ukraine à la Russie en échange de la paix pour le reste de l’Europe. Un raisonnement hypocrite et à courte vue évidemment. Dans le même temps, la Russie attaque sur tous les fronts dans tous les pays influencés par les occidentaux ( voir à cet égard les échecs successifs de la France au Mali, Burkina Faso , au Niger et ailleurs). Partout la Russie avance ses pions . La Russie qui trouve des alliés de circonstance chez les dirigeants de régime autoritaire encore nombreux dans le monde.

On objectera que la France est sans doute l’un des seuls pays européens avec la Grande-Bretagne toutefois à disposer d’un système de défense complet mais une armée cependant miniature : exemple un seul porte-avions et seulement 160 000 hommes, l’équivalent de ce dont dispose l’Ukraine. Quand la Russie dispose de 10 fois plus de troupes en plus évidemment des technologies. Mais contrairement aux dires de pseudo experts, les troupes au sol ne sont pas incompatibles avec la technologie, elles se complètent et les conflits tant en Ukraine qu’à Gaza démontrent encore l’importance des troupes au sol.

La seconde raison qui justifierait le rétablissement du service militaire est davantage sociétale. Il s’agirait de réhabiliter le grand brassage sociologique que permettait le service obligatoire. En outre, un service qui pourrait être utile pour contribuer à revaloriser le concept de discipline et d’effort.

La plupart des experts militaires et les militaires eux-mêmes s’opposent à la résurgence d’un service militaire au motif que la France n’aurait pas les moyens d’une part et que la défense a technologiquement évolué dans son contenu. Notons cependant que dans toutes les opérations extérieures effectifs et technologies ont été totalement complémentaires. En dernier ressort, ce sont surtout les troupes au sol qui payent le prix de la guerre. En cas de conflit d’ampleur, sans formation on envoie à la boucherie des jeunes et des moins jeunes non formés. Ce qu’on constate par exemple chez les russes mais aussi en Ukraine.

Les États-Unis ne supporteront pas ad vitam aeternam les coûts du parapluie militaire américain. L’Europe devra assurer sa défense. Et de ce point de vue l’objectif d’atteindre 2 % du pour les dépenses militaires est complètement inadapté aux enjeux quand il faudrait 6 ou 7 % et que les Russes consacrent 30 % de leur budget aux dépenses de l’armée.

La dernière raison qui justifie la réhabilitation du service militaire obligatoire c’est la nécessité de diffuser à nouveau dans l’opinion les valeurs attachées à la nation aujourd’hui éclatées pour des raisons sociétales voire religieuses.

Ce n’est pas la dernière minute qu’il conviendra de réajuster sérieusement la politique de défense. La stratégie dans ce domaine comme d’ailleurs dans d’autres demandes lucidité, courage et continuité. Le contraire de ce qu’on a fait en supprimant lâchement le service militaire ou en conviant les jeunes à quelques jours de colonies de vacances dans le cas d’un pseudo service national.

 

Russie et Défense- L’urgence du retour du service militaire

Défense- L’urgence du retour du service militaire

Le président a parlé à plusieurs reprises de réarmement. Un mot mis à toutes les sauces y compris pour le réarmement civique. Sans doute pas à travers le service national de quelques jours, ni civique, ni militaire et qui ressemble plutôt une colonie de vacances. Pourtant, Plusieurs facteurs militent en faveur de l’urgence d’un service obligatoire à vocation militaire. Il y a d’abord l’environnement conflictuel avec la politique agressive d’expansion de Poutine et sa phobie de l’ancien empire russe. Poutine multiplie les attaques en Europe de l’Est, en Finlande et bien sûr en Ukraine. Il N’a jamais admis l’éclatement de la puissante union soviétique. En outre, ce dictateur a besoin de ranimer en permanence la flamme des nationalistes pour jeter un voile pudique sur la dictature et sur le détournement de fonds par les oligarques et lui-même.

Il y a fort à parier que Trump ( s’il est réelu) pourra s’accommoder d’un désengagement des moyens américains au service de l’Europe. Par ailleurs en Europe -et en France compris- l’esprit de Munich prévaut vis-à-vis de la Russie à l’extrême gauche comme à l’extrême droite. Beaucoup seraient prêts à offrir l’Ukraine à la Russie en échange de la paix pour le reste de l’Europe. Un raisonnement hypocrite et à courte vue évidemment. Dans le même temps, la Russie attaque sur tous les fronts dans tous les pays influencés par les occidentaux ( voir à cet égard les échecs successifs de la France au Mali, Burkina Faso , au Niger et ailleurs). Partout la Russie avance ses pions . La Russie qui trouve des alliés de circonstance chez les dirigeants de régime autoritaire encore nombreux dans le monde.

On objectera que la France est sans doute l’un des seuls pays européens avec la Grande-Bretagne toutefois à disposer d’un système de défense complet mais une armée cependant miniature : exemple un seul porte-avions et seulement 160 000 hommes, l’équivalent de ce dont dispose l’Ukraine. Quand la Russie dispose de 10 fois plus de troupes en plus évidemment des technologies. Mais contrairement aux dires de pseudo experts, les troupes au sol ne sont pas incompatibles avec la technologie, elles se complètent et les conflits tant en Ukraine qu’à Gaza démontrent encore l’importance des troupes au sol.

La seconde raison qui justifierait le rétablissement du service militaire est davantage sociétale. Il s’agirait de réhabiliter le grand brassage sociologique que permettait le service obligatoire. En outre, un service qui pourrait être utile pour contribuer à revaloriser le concept de discipline et d’effort.

La plupart des experts militaires et les militaires eux-mêmes s’opposent à la résurgence d’un service militaire au motif que la France n’aurait pas les moyens d’une part et que la défense a technologiquement évolué dans son contenu. Notons cependant que dans toutes les opérations extérieures effectifs et technologies ont été totalement complémentaires. En dernier ressort, ce sont surtout les troupes au sol qui payent le prix de la guerre. En cas de conflit d’ampleur, sans formation on envoie à la boucherie des jeunes et des moins jeunes non formés. Ce qu’on constate par exemple chez les russes mais aussi en Ukraine.

Les États-Unis ne supporteront pas ad vitam aeternam les coûts du parapluie militaire américain. L’Europe devra assurer sa défense. Et de ce point de vue l’objectif d’atteindre 2 % du pour les dépenses militaires est complètement inadapté aux enjeux quand il faudrait 6 ou 7 % et que les Russes consacrent 30 % de leur budget aux dépenses de l’armée.

La dernière raison qui justifie la réhabilitation du service militaire obligatoire c’est la nécessité de diffuser à nouveau dans l’opinion les valeurs attachées à la nation aujourd’hui éclatées pour des raisons sociétales voire religieuses.

Ce n’est pas la dernière minute qu’il conviendra de réajuster sérieusement la politique de défense. La stratégie dans ce domaine comme d’ailleurs dans d’autres demandes lucidité, courage et continuité. Le contraire de ce qu’on a fait en supprimant lâchement le service militaire ou en conviant les jeunes à quelques jours de colonies de vacances dans le cas d’un pseudo service national.

L’urgence , c’est l’écologie (Védrine)

L’urgence, c’est l’écologie (Védrine)

« La vraie urgence pour l’humanité, c’est l’écologie » (Hubert Védrine, ancien ministre des Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères. Selon lui, la nouveauté par rapport aux siècles passés est l’urgence de « l’écologisation » du monde, autrement dit la transformation de tous nos modes de vie et de production à travers la planète, ce qui pourrait faire des COP les événements les plus importants en matière de relations internationales dans un futur proche. interview dans la Tribune.

LA TRIBUNE DIMANCHE - Vous avez dirigé un livre, qui vient de paraître, racontant l’histoire de diplomates illustres. Selon vous, le temps de ces grands négociateurs est révolu. C’est de mauvais augure quand la guerre continue en Ukraine ou à Gaza, que les tensions montent à Taïwan et ailleurs…

HUBERT VÉDRINE – Je n’ai pas dit qu’il n’y aurait plus de négociateurs. Dans notre monde globalisé, il y a sans cesse des négociations dans tous les domaines - économie, technologie, défense, sécurité, santé, IA, etc. Il n’y a donc jamais eu autant de négociateurs. Mais pourront-ils développer des carrières ou des destins de grands négociateurs, comparables aux personnalités dont cet ouvrage rassemble les portraits ? Je ne le pense pas. Ils n’en auront pas l’occasion, ni le temps, ni l’espace. L’opinion ne s’attachera pas à des négociateurs extrêmement importants pour un an ou deux. Le rôle des ministres des Affaires étrangères eux-mêmes restera important mais sera de plus en plus relativisé au milieu d’un plus grand nombre d’acteurs. Mais quand Benoît Yvert, qui a eu l’idée du livre, m’a demandé d’en assurer la direction et d’en rédiger la préface et la postface, j’ai accepté parce que précisément c’est un vrai enjeu. Nous commençons avec Mazarin - nous aurions pu commencer avec Richelieu, mais il est vraiment très connu - et allons jusqu’à l’époque contemporaine avec Boutros Boutros-Ghali, Kofi Annan, Henry ­Kissinger, et même Sergueï Lavrov. Étant donné que le monde ne constitue pas une « communauté » internationale, et qu’il est plus compliqué que pendant la guerre froide, il est très utile de réétudier comment ceux qui ont géré, bien ou mal, les politiques françaises, anglaises, prussiennes, autrichiennes, russes, etc. ont réussi ou non à maîtriser les rapports de force. Car cela n’est pas sans rapport avec le monde actuel : États-Unis, Chine, Russie, Inde, Moyen-Orient, Europe, etc.


Vous expliquez que les maux de notre époque, l’individualisme, le wokisme, les écrans, etc. ont un impact sur la diplomatie. On croyait le monde des diplomates à l’abri et empreint de sagesse…

Précisément, les relations diplomatiques ne sont plus à l’abri de rien. Les diplomates sont censés réintroduire de la sagesse dans la gestion des conflits, mais c’est de plus en plus dur dans un monde hystérisé par l’information en continu, et dans lequel les réseaux sociaux excitent les passions. Il faut revenir à l’histoire récente, après la fin de l’URSS. L’Occident a cru que l’Histoire était finie (cf. Francis Fukuyama) et que la démocratie et le marché étaient définitivement installés. Pour les États-Unis, cela voulait dire qu’ils étaient maîtres du monde et que, par arrogance olympienne, ils n’avaient plus à se soucier de toutes sortes de conflits agitant des peuples retardataires. Se considérant comme totalement dominants, ils ont pu reprendre le vieux discours sur le commerce qui favorise la paix. Ils ont donc mondialisé l’économie globale. Cela a en effet enrichi le monde, notamment la Chine, mais a eu dans le même temps des conséquences dévastatrices sur les classes moyennes des pays occidentaux. D’où le trumpisme, le Brexit, et la montée des extrémismes en Europe, où cela s’ajoute au sentiment que les flux migratoires ne sont pas assez gérés.

Défense-L’urgence du retour du service militaire

Défense-L’urgence du retour du service militaire

Lors de sa dernière intervention, le président a parlé à plusieurs reprises de réarmement. Un mot mis à toutes les sauces y compris pour le réarmement civique. Sans doute pas à travers le service national de quelques jours, ni civique, ni militaire et qui ressemble plutôt une colonie de vacances. Pourtant, Plusieurs facteurs militent en faveur de l’urgence d’un service obligatoire à vocation militaire. Il y a d’abord l’environnement conflictuel avec la politique agressive d’expansion de Poutine et sa phobie de l’ancien empire russe. Poutine multiplie les attaques en Europe de l’Est, en Finlande et bien sûr en Ukraine. Il N’a jamais admis l’éclatement de la puissante union soviétique. En outre, ce dictateur a besoin de ranimer en permanence la flamme des nationalistes pour jeter un voile pudique sur la dictature et sur le détournement de fonds par les oligarques et lui-même.

Il y a fort à parier que Trump ( s’il est réelu) pourra s’accommoder d’un désengagement des moyens américains au service de l’Europe. Par ailleurs en Europe -et en France compris- l’esprit de Munich prévaut vis-à-vis de la Russie à l’extrême gauche comme à l’extrême droite. Beaucoup seraient prêts à offrir l’Ukraine à la Russie en échange de la paix pour le reste de l’Europe. Un raisonnement hypocrite et à courte vue évidemment. Dans le même temps, la Russie attaque sur tous les fronts dans tous les pays influencés par les occidentaux ( voir à cet égard les échecs successifs de la France au Mali, Burkina Faso , au Niger et ailleurs). Partout la Russie avance ses pions . La Russie qui trouve des alliés de circonstance chez les dirigeants de régime autoritaire encore nombreux dans le monde.

On objectera que la France est sans doute l’un des seuls pays européens avec la Grande-Bretagne toutefois à disposer d’un système de défense complet mais une armée cependant miniature : exemple un seul porte-avions et seulement 160 000 hommes, l’équivalent de ce dont dispose l’Ukraine. Quand la Russie dispose de 10 fois plus de troupes en plus évidemment des technologies. Mais contrairement aux dires de pseudo experts, les troupes au sol ne sont pas incompatibles avec la technologie, elles se complètent et les conflits tant en Ukraine qu’à Gaza démontrent encore l’importance des troupes au sol.

La seconde raison qui justifierait le rétablissement du service militaire est davantage sociétale. Il s’agirait de réhabiliter le grand brassage sociologique que permettait le service obligatoire. En outre, un service qui pourrait être utile pour contribuer à revaloriser le concept de discipline et d’effort.

La plupart des experts militaires et les militaires eux-mêmes s’opposent à la résurgence d’un service militaire au motif que la France n’aurait pas les moyens d’une part et que la défense a technologiquement évolué dans son contenu. Notons cependant que dans toutes les opérations extérieures effectifs et technologies ont été totalement complémentaires. En dernier ressort, ce sont surtout les troupes au sol qui payent le prix de la guerre. En cas de conflit d’ampleur, sans formation on envoie à la boucherie des jeunes et des moins jeunes non formés. Ce qu’on constate par exemple chez les russes mais aussi en Ukraine.

Les États-Unis ne supporteront pas ad vitam aeternam les coûts du parapluie militaire américain. L’Europe devra assurer sa défense. Et de ce point de vue l’objectif d’atteindre 2 % du pour les dépenses militaires est complètement inadapté aux enjeux quand il faudrait 6 ou 7 % et que les Russes consacrent 30 % de leur budget aux dépenses de l’armée.

La dernière raison qui justifie la réhabilitation du service militaire obligatoire c’est la nécessité de diffuser à nouveau dans l’opinion les valeurs attachées à la nation aujourd’hui éclatées pour des raisons sociétales voire religieuses.

Ce n’est pas la dernière minute qu’il conviendra de réajuster sérieusement la politique de défense. La stratégie dans ce domaine comme d’ailleurs dans d’autres demandes lucidité, courage et continuité. Le contraire de ce qu’on a fait en supprimant lâchement le service militaire ou en conviant les jeunes à quelques jours de colonies de vacances dans le cas d’un pseudo service national.

L’urgence du retour du service militaire

L’urgence du retour du service militaire

Plusieurs facteurs militent en faveur de l’urgence d’un service obligatoire à vocation militaire. Il y a d’abord l’environnement conflictuel avec la politique agressive d’expansion de Poutine et sa phobie de l’ancien empire russe. Poutine multiplie les attaques en Europe de l’Est, en Finlande et bien sûr en Ukraine. Il N’a jamais admis l’éclatement de la puissante union soviétique. En outre, ce dictateur a besoin de ranimer en permanence la flamme des nationalistes pour jeter un voile pudique sur la dictature et sur le détournement de fonds par les oligarques et lui-même.

Il y a fort à parier que Trump ( s’il est réelu) pourra s’accommoder d’un désengagement des moyens américains au service de l’Europe. Par ailleurs en Europe -et en France compris- l’esprit de Munich prévaut vis-à-vis de la Russie à l’extrême gauche comme à l’extrême droite. Beaucoup seraient prêts à offrir l’Ukraine à la Russie en échange de la paix pour le reste de l’Europe. Un raisonnement hypocrite et à courte vue évidemment. Dans le même temps, la Russie attaque sur tous les fronts dans tous les pays influencés par les occidentaux ( voir à cet égard les échecs successifs de la France au Mali, Burkina Faso , au Niger et ailleurs). Partout la Russie avance ses pions . La Russie qui trouve des alliés de circonstance chez les dirigeants de régime autoritaire encore nombreux dans le monde.

On objectera que la France est sans doute l’un des seuls pays européens avec la Grande-Bretagne toutefois à disposer d’un système de défense complet mais une armée cependant miniature : exemple un seul porte-avions et seulement 160 000 hommes, l’équivalent de ce dont dispose l’Ukraine. Quand la Russie dispose de 10 fois plus de troupes en plus évidemment des technologies. Mais contrairement aux dires de pseudo experts, les troupes au sol ne sont pas incompatibles avec la technologie, elles se complètent et les conflits tant en Ukraine qu’à Gaza démontrent encore l’importance des troupes au sol.

La seconde raison qui justifierait le rétablissement du service militaire est davantage sociétale. Il s’agirait de réhabiliter le grand brassage sociologique que permettait le service obligatoire. En outre, un service qui pourrait être utile pour contribuer à revaloriser le concept de discipline et d’effort.

La plupart des experts militaires et les militaires eux-mêmes s’opposent à la résurgence d’un service militaire au motif que la France n’aurait pas les moyens d’une part et que la défense a technologiquement évolué dans son contenu. Notons cependant que dans toutes les opérations extérieures effectifs et technologies ont été totalement complémentaires. En dernier ressort, ce sont surtout les troupes au sol qui payent le prix de la guerre. En cas de conflit d’ampleur, sans formation on envoie à la boucherie des jeunes et des moins jeunes non formés. Ce qu’on constate par exemple chez les russes mais aussi en Ukraine.

Les États-Unis ne supporteront pas ad vitam aeternam les coûts du parapluie militaire américain. L’Europe devra assurer sa défense. Et de ce point de vue l’objectif d’atteindre 2 % du pour les dépenses militaires est complètement inadapté aux enjeux quand il faudrait 6 ou 7 % et que les Russes consacrent 30 % de leur budget aux dépenses de l’armée.

La dernière raison qui justifie la réhabilitation du service militaire obligatoire c’est la nécessité de diffuser à nouveau dans l’opinion les valeurs attachées à la nation aujourd’hui éclatées pour des raisons sociétales voire religieuses.

Ce n’est pas la dernière minute qu’il conviendra de réajuster sérieusement la politique de défense. La stratégie dans ce domaine comme d’ailleurs dans d’autres demandes lucidité, courage et continuité. Le contraire de ce qu’on a fait en supprimant lâchement le service militaire ou en conviant les jeunes à quelques jours de colonies de vacances dans le cas d’un pseudo service national.

Pourquoi l’urgence du retour du service militaire

Pourquoi l’urgence du retour du service militaire

Plusieurs facteurs militent en faveur de l’urgence d’un service obligatoire à vocation militaire. Il y a d’abord l’environnement conflictuel avec la politique agressive d’expansion de Poutine et sa phobie de l’ancien empire russe. Poutine multiplie les attaques en Europe de l’Est, en Finlande et bien sûr en Ukraine. Il N’a jamais admis l’éclatement de la puissante union soviétique. En outre, ce dictateur a besoin de ranimer en permanence la flamme des nationalistes pour jeter un voile pudique sur la dictature et sur le détournement de fonds par les oligarques et lui-même.

Il y a fort à parier que Trump ( s’il est réelu) pourra s’accommoder d’un désengagement des moyens américains au service de l’Europe. Par ailleurs en Europe -et en France compris- l’esprit de Munich prévaut vis-à-vis de la Russie à l’extrême gauche comme à l’extrême droite. Beaucoup seraient prêts à offrir l’Ukraine à la Russie en échange de la paix pour le reste de l’Europe. Un raisonnement hypocrite et à courte vue évidemment. Dans le même temps, la Russie attaque sur tous les fronts dans tous les pays influencés par les occidentaux ( voir à cet égard les échecs successifs de la France au Mali, Burkina Faso , au Niger et ailleurs). Partout la Russie avance ses pions . La Russie qui trouve des alliés de circonstance chez les dirigeants de régime autoritaire encore nombreux dans le monde.

On objectera que la France est sans doute l’un des seuls pays européens avec la Grande-Bretagne toutefois à disposer d’un système de défense complet mais une armée cependant miniature : exemple un seul porte-avions et seulement 160 000 hommes, l’équivalent de ce dont dispose l’Ukraine. Quand la Russie dispose de 10 fois plus de troupes en plus évidemment des technologies. Mais contrairement aux dires de pseudo experts, les troupes au sol ne sont pas incompatibles avec la technologie, elles se complètent et les conflits tant en Ukraine qu’à Gaza démontrent encore l’importance des troupes au sol.

La seconde raison qui justifierait le rétablissement du service militaire est davantage sociétale. Il s’agirait de réhabiliter le grand brassage sociologique que permettait le service obligatoire. En outre, un service qui pourrait être utile pour contribuer à revaloriser le concept de discipline et d’effort.

La plupart des experts militaires et les militaires eux-mêmes s’opposent à la résurgence d’un service militaire au motif que la France n’aurait pas les moyens d’une part et que la défense a technologiquement évolué dans son contenu. Notons cependant que dans toutes les opérations extérieures effectifs et technologies ont été totalement complémentaires. En dernier ressort, ce sont surtout les troupes au sol qui payent le prix de la guerre. En cas de conflit d’ampleur, sans formation on envoie à la boucherie des jeunes et des moins jeunes non formés. Ce qu’on constate par exemple chez les russes mais aussi en Ukraine.

Les États-Unis ne supporteront pas ad vitam aeternam les coûts du parapluie militaire américain. L’Europe devra assurer sa défense. Et de ce point de vue l’objectif d’atteindre 2 % du pour les dépenses militaires est complètement inadapté aux enjeux quand il faudrait 6 ou 7 % et que les Russes consacrent 30 % de leur budget aux dépenses de l’armée.

La dernière raison qui justifie la réhabilitation du service militaire obligatoire c’est la nécessité de diffuser à nouveau dans l’opinion les valeurs attachées à la nation aujourd’hui éclatées pour des raisons sociétales voire religieuses.

Ce n’est pas la dernière minute qu’il conviendra de réajuster sérieusement la politique de défense. La stratégie dans ce domaine comme d’ailleurs dans d’autres demandes lucidité, courage et continuité. Le contraire de ce qu’on a fait en supprimant lâchement le service militaire ou en conviant les jeunes à quelques jours de colonies de vacances dans le cas d’un pseudo service national.

L’urgence et l’importance d’un débat sur la valeur travail

L’urgence et l’importance d’un débat sur la valeur travail

par
Éric Dacheux
Professeur en information et communication, Université Clermont Auvergne (UCA)

Daniel Goujon
Maître de conférences en sciences économiques, Université Jean Monnet, Saint-Étienne

La question du travail est au cœur de questions brûlantes d’actualité telles que la réforme des retraites, l’utilisation industrielle de l’intelligence artificielle ou bien encore la remise en cause du modèle productiviste. Paradoxalement ces multiples interrogations sur les évolutions concrètes du travail ont lieu au moment même où le travail continue à être présenté comme une valeur morale indiscutable et cela de la gauche à la droite de l’échiquier politique.

Tout se passe comme si les débats nécessaires sur les transformations de la place du travail dans notre quotidien étaient limités voire empêchés par un consensus non interrogé, une doxa, sur la centralité indépassable du travail pour avoir un revenu, pour s’émanciper, pour créer de la solidarité, etc.

Et pourtant accepter de débattre sur la place du travail dans la société de demain est sans doute un préalable à toute bifurcation nous permettant de remédier à la triple crise économique, démocratique et écologique que nous vivons.

Le travail, activité visant à transformer son environnement, peut être perçu comme l’élément qui définit la spécificité humaine. L’homme en créant par le travail les conditions de son existence se différencie ainsi de l’animal soumis aux aléas de la nature. Simultanément le travail comme effort pour aller au-delà de soi-même est perçu comme un moyen d’émancipation. Dans ces conditions, le travail comme valeur morale reste central alors même que le travail comme activité économique n’obéit plus à la même nécessité qu’autrefois du fait de l’évolution technologique.

Déjà l’ouvrier spécialisé a été remplacé par la machine dans de nombreuses entreprises et nous sommes aujourd’hui avec l’intelligence artificielle au début de questionnements quant à l’avenir des activités intellectuelles. Cette tension entre la raréfaction du besoin de travailler pour produire de la richesse économique et le consensus autour de la nécessité de travailler et l’une des sources, dans nos sociétés, de dégradation de l’emploi (défini comme du travail rémunéré).

Faute d’envisager une diminution drastique du temps de travail et de décorréler obtention d’un revenu et emploi, nous assistons à une lente dégradation de la qualité et de l’intérêt du travail : précarisation, parcellisation des tâches, etc.

Cela se traduit par des phénomènes comme «les bull shit jobs» mis en évidence par l’anthropologue David Graeber, le «quiet quitting» (faire le minimum dans l’emploi qu’on occupe), la souffrance au travail, ou la grande démission. Cela participe aussi à l’opposition des Français au report de l’âge de la retraite et à la montée d’un ressentiment vis-à-vis des élites économiques mais aussi politiques ce qui alimente la crise démocratique.

Le travail contre la démocratie?

Certains, qui ont la chance d’exercer des métiers intéressants et rémunérateurs semblent défendre la dimension émancipatrice du travail alors que, dans les faits, ce qu’ils défendent réellement c’est l’obligation faite à des personnes peu qualifiées d’accomplir des tâches pénibles et non porteuses de sens qu’ils ne veulent pas accomplir.

Homme triste avec cravate
Aujourd’hui, on assiste à une colonisation du temps consacré à l’activité économique sur les autres temps sociaux. Andrea Picquadio/Pexels, CC BY-NC-ND
Ce phénomène, que le philosophe André Gorz nomme «dualisation salariale» est dangereux pour la démocratie car il éloigne l’horizon d’égalité. Cette dualisation salariale se couple avec l’idée de subordination propre à tout contrat salarial. Pour le dire autrement, on défend l’idée morale d’un travail émancipateur qui se traduit par un contrat salarial producteur d’inégalités et réducteur d’autonomie.

Or la démocratie est auto nomos (autonomie) la capacité à faire et défaire collectivement les normes qui nous gouvernent comme le rappelait Cornélius Castoriadis.

Être libéré du travail pour participer à l’activité essentielle : la politique
En effet, la valorisation morale du travail semble une donnée intemporelle, naturelle, alors que dans la Grèce antique, quand on parlait de valeur on discutait du beau, du bien ou du vrai mais pas du travail. D’ailleurs, ainsi que le soulignait la philosophe Hannah Arendt, il fallait même être libéré du travail pour participer à l’activité essentielle : la politique

Aujourd’hui, au contraire, à travers le télétravail on assiste à une colonisation du temps consacré à l’activité économique sur les autres temps sociaux.

Ce temps consacré à l’économique est d’autant plus important que nous sommes rentrés dans une économie de l’attention qui occupe une large part de nos loisirs. Cette temporalité hégémonique du travail et de la consommation correspond à ce que Karl Polanyi (1983) nomme une société de marché, c’est-à-dire une société qui n’est plus régulée par des lois délibérées mais par les règles de l’échange marchand. De ce fait, nous avons de moins en moins de temps pour vérifier les informations, pour remettre en cause des évidences, pour construire sereinement dans la délibération des désaccords féconds. Cela dans une période où il nous faut pourtant prendre le temps d’inventer des solutions collectives pour aller vers une société plus résiliente et écologique.

Valeur travail ou soutenabilité écologique, il faut choisir

L’impératif moral d’avoir une activité productive rémunérée fait passer au second plan l’utilité sociale et écologique de la production. Autrement dit, nous sommes dans une société où on ne travaille plus pour produire plus mais où on produit plus pour pouvoir être en mesure de travailler plus.

Ainsi, produire plus d’automobiles ne permet pas d’aller plus vite et d’être plus libre, cela crée des embouteillages et de la pollution ce qui créera de nouveaux marchés nécessitant plus de travail dans l’invention et la production de véhicules plus rapides ou plus écologiques. Nous pouvons faire référence à Ivan Illich qui montrait dans La convivialité et cela dés 1973, que l’automobile ne permettait pas de se déplacer plus vite qu’en vélo mais qu’elle créait, au nom du progrès et la croissance, de la dépendance.

Mini-bus, van, bicyclette
Peut-on imaginer une société plus conviviale sur le modèle proposé par le penseur Ivan Illich? Pexels/Elviss Railijs Bitāns, CC BY-NC-ND
Or ce paradoxe est catastrophique pour l’écologie. Il n’est pas possible d’avoir une croissance infinie sur une planète finie. Pour préserver les conditions d’habitabilité de la planète, il semble nécessaire de produire moins et donc accepter de travailler moins. Comment ? Dans quel secteur ?

Remettre en question la place centrale du travail

Pour que ce débat ait lieu, il faudrait débattre de la valeur travail et remettre en cause sa centralité. Or ce débat n’est pas simple car il renvoie, tout d’abord, à des questions débattues mais qui n’ont pas, pour l’instant, trouvé de réponses consensuelles.

La première, mise en évidence à l’occasion de l’épisode de Covid-19, est celle de la juste rémunération des tâches. Les tâches socialement les plus utiles – celle du care notamment – sont pourtant parmi les moins rémunératrices.

La seconde, ouverte par les débats autour du RSA en France et plus généralement du revenu d’existence en Europe, est celle du découplage du lien entre emploi et revenu.

Cette seconde question entraîne une troisième, celle de la répartition des tâches collectives ingrates si elles ne sont plus assurées par des personnes soumises à des conditions de travail dégradées. Mais ce débat est complexe aussi parce qu’il renvoie à des thèmes non débattus dans l’espace public.

Le premier est celui de la justice distributive (à chacun selon ses mérites). Le droit de vivre doit-il découler de l’effort productif ou du respect de la dignité humaine ? Dans le premier cas, chacun doit apporter une contribution au collectif, dans le second chacun est libre de sa (non) participation. Le deuxième est celui de la valeur économique. Aujourd’hui, l’économie se fonde sur l’idée que la création de richesses repose sur la création de valeur qui elle-même repose sur l’utilité. C’est-à-dire en définitive sur les désirs des individus. Tant que quelque chose répond à un désir humain quelconque il doit être produit. Conception qui engendre de la croissance mais pas nécessairement de l’utilité sociale et de la soutenabilité écologique.

En réalité, le débat sur la valeur travail est à la fois nécessaire et difficile à mettre en place car il vise à remettre en cause la primauté de l’économique sur le politique, le social et l’écologique. Débattre de la valeur travail c’est, au fond, débattre de «ce à quoi nous tenons».

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