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Aménagement territoire Stopper l’urbanisme étouffant

Aménagement territoire Stopper l’urbanisme étouffant

 

 

 

Pour lutter contre la vulnérabilité des sociétés industrielles mise en évidence par la pandémie de Covid-19, l’essayiste, Agnès Sinaï,   propose,dans une tribune au « Monde », d’endiguer la course à la démesure engagée par les métropoles, et de permettre une « déconcentration démographique ».

 

Tribune.

 

De Wuhan au Grand Paris, les métropoles sont engagées dans une course à la démesure. Cette fuite en avant s’apparente à l’image de la Reine rouge, dans Alice au pays des merveilles, qui court pour rester à la même place : produire toujours plus d’algorithmes pour actionner des véhicules autonomes gorgés de data plutôt qu’organiser des transports low-tech ; construire des villes dites « intelligentes », irriguées par la 5G, au prix d’une surveillance de masse orwellienne ; dépenser toujours plus d’énergie pour servir les actionnaires de l’économie financière plutôt qu’investir dans les services publics et la culture ; maintenir à tout prix une croissance absurde quitte à dévaster le socle du vivant.

Signal d’alarme

C’est cette course folle – que l’épidémie mondiale de Covid-19 remet profondément en question – qu’il faut interrompre. La propagation du virus est un marqueur du dépassement des limites et des seuils écologiques, mais aussi de l’imbrication des établissements humains dans la chaîne du vivant. Nos cités gigantesques reposent, pour leur approvisionnement, sur un vaste système de transport mondial de marchandises, créé grâce à des carburants bon marché. Il s’agit là d’un urbanisme de la congestion.

La vision d’un Grand Paris toujours plus étendu au nom de la compétitivité, aux proportions inhumaines et aux réseaux saturés, va se heurter à des vulnérabilités croissantes. Car la pandémie actuelle est la manifestation inquiétante d’une rétroaction, le signal d’alarme d’un dysfonctionnement plus vaste et plus sourd qui pourrait emporter dans le chaos nos sociétés industrielles aussi assoiffées d’énergie qu’inégalitaires. Certaines dépendances fortes – comme la dépendance au pétrole pour l’automobile et le transport de marchandises – sont susceptibles de provoquer un effondrement futur du système. Il faudrait réduire, par anticipation, ces vulnérabilités.

Mettre fin à la démesure

L’imaginaire métropolitain doit donc être relayé par un nouveau paradigme, fondé sur la déconcentration démographique et sur le développement de réseaux de production locaux. Il est impératif de redimensionner les échelles, de mettre fin à la démesure par de nouvelles formes de politiques territoriales ancrées dans le soin des paysages et œuvrant au retour de la diversité du vivant, en prévision des bouleversements climatiques à venir. L’urbanisation a atteint son seuil maximal de contre-productivité – comme en témoigne, avec le confinement du printemps, la proportion non négligeable d’habitants de la région francilienne qui en est partie de sa propre initiative. Il s’agit du début d’un phénomène de contre-exode urbain qui pourrait se poursuivre et s’accentuer au cours de la seconde moitié du XXIe siècle. Une révolution anthropologique posturbaine est en train d’émerger.

Les échecs de l’urbanisme (Jean-Marc Offner)

Les échecs de l’urbanisme (Jean-Marc Offner)

 

Directeur de l’A'urba, l’Agence d’urbanisme Bordeaux Aquitaine, depuis 2009, Jean-Marc Offner publie, à 67 ans, « Anachronismes urbains », un essai critique qui dresse la liste des échecs des politiques publiques en matière d’urbanisme, d’aménagement urbain et de mobilités. Dans un entretien à La Tribune, il tire aussi les enseignements de la crise du Covid-19 sur le fonctionnement de la ville. Entretien.( la Tribune)

 

 

Pourquoi écrire cet essai « Anachronismes urbains » (*) en 2020 ?

Jean-Marc OFFNER - C’est un peu le privilège de l’âge avec près de 40 ans passés dans le monde de l’urbanisme et de la recherche. En quatre décennies le monde a beaucoup changé mais, en revanche, le discours technique et politique sur les questions urbaines est resté très stable. Les mots d’ordre, les injonctions, les slogans de l’urbanisme sont restés les mêmes depuis la fin des années 1960 : la lutte contre l’étalement urbain, le transport collectif comme élément structurant, la volonté d’une France de propriétaires, etc. Pourtant, quand on regarde la réalité aujourd’hui, elle est différente des discours : l’étalement urbain a bien eu lieu et la croissance de la motorisation individuelle aussi pendant qu’on fait circuler des TER vides et que la crise du logement n’est pas résolue. On constate donc un retard permanent de l’action publique à prendre conscience des évolutions du monde. Les doctrines qui avaient un sens à un moment donné deviennent anachroniques.

Au fond, vous dressez un constat d’échec des politiques publiques à agir en matière d’aménagement du territoire…

Oui, il y a un constat d’échec dans plusieurs domaines notamment dans le logement. La crise du logement est toujours là aujourd’hui ce qui signifie que les politiques publiques menées depuis 40 ans n’ont pas eu les effets escomptés. Mais le second constat, qui est le plus important puisqu’on ne peut pas réécrire le passé, c’est celui de l’absence d’une prise de conscience de l’évolution du monde et de l’inadéquation de ces doctrines de politiques publiques au regard des mutations territoriales, sociétales et économiques. Le résultat c’est une action publique qui se trompe doublement puisqu’elle ne révise ni sa représentation du monde, ni ses dogmes d’action.

Face à ce constat, dans quelle direction faut-il aller ?

La première étape est de modifier les outils qui aboutissent à ces représentations du monde. Je pense en particulier aux cartes qui décrivent un monde très particulier, un monde de la parcelle, du cadastre, des stocks et pas des flux. Il faut arriver à se représenter le monde différemment en prenant en compte les flux économiques, les mouvements de population et de marchandises, le fonctionnement des réseaux, etc. Il faut faire évoluer nos méthodes, changer nos lunettes !

Une autre conception de l’urbanisme ?

Une autre conception de l’urbanisme ?

Martin Vanier est géographe, professeur à l’Ecole d’urbanisme de Paris et consultant pour le cabinet Acadie imagine ce que devraient être les métropoles : des grappes de villes reliées entre elles à l’échelon régional.(interview l’Opinion). Un interview intéressante mais qui ne pose propose pas cependant une révolution de l’aménagement du territoire mais seulement une autre façon de métropoliser.

 

La crise sanitaire que nous traversons montre à quel point les grandes villes par leur densité de population sont inadaptées à un confinement de la population. Sont-elles un problème ou la solution dans la gestion de l’après ?

Si l’on considère que la gestion de l’après, c’est encore le traitement de la crise, et qu’il faut continuer à limiter la circulation du virus, c’est évidemment plus facile à réaliser dans un territoire de faible densité où la distanciation physique est déjà là. Le café du coin dans le chef-lieu du canton active moins les circulations que la brasserie parisienne. Le problème central, c’est la densité habitante. En France, la moyenne est de 117 habitants au km2, mais elle n’existe concrètement nulle part. La densité réelle va des 40 000 habitants au km2 de la moitié nord du 11e arrondissement de Paris au moins de 10 habitants au km2 de certains cantons des Alpes-du-sud. Même entre les grandes villes, les différences sont importantes. La moyenne de la densité à Paris, 20 000 habitants par km2, c’est deux à quatre fois la densité dans les autres métropoles.

Les grandes villes ont-elles un argument à faire valoir dans la sortie du confinement ?

En pleine crise, nous avons tous envie de nous protéger à la campagne. Une fois ce moment passé, nous aurons besoin de sociétés urbaines. Ce qui nous a sauvés de la pandémie, c’est la recherche scientifique, les structures hospitalières, des réseaux professionnels de solidarité de tous ordres. Les villes en sont dépositaires et savent aussi répondre quasi militairement à ces moments de crise. Le paradoxe, c’est qu’on les fuit dans ces mêmes périodes. Ceci dit, les métropoles sont les solutions aux problèmes à condition qu’elles ne fonctionnent pas toutes seules sur elles-mêmes. Elles ne vivent pas en extraterritorialité, elles sont liées à l’ensemble du territoire : être métropolitain, ce n’est pas être citadin, c’est habiter un système de divers territoires, au fil de sa trajectoire de vie, un peu partout en France.

« Nous pouvons vivre dans une économie mondialisée et nous recentrer sur des grappes de villes qui fonctionnent dans une relative proximité »

La sortie du confinement s’accompagnera d’une limitation des déplacements. La façon de vivre que vous décrivez sera mise entre parenthèses. Faut-il s’attendre à des grandes villes repliées sur elles-mêmes ?

Le Premier ministre a limité les déplacements dans un rayon de 100 kilomètres autour du domicile. C’est plutôt judicieux. C’est le système de territoires dont je parle. Avant la crise, les circulations à grande distance s’intensifiaient dans ce qu’on a pu appeler « la métropole France », grâce au TGV. Nous pourrions revenir à un système plus régionalisé. Ce n’est pas la fin du monde. Nous pouvons vivre dans une économie mondialisée et nous recentrer sur des grappes de villes qui fonctionnent dans une relative proximité.

Dans vos travaux, vous considérez la métropolisation comme la forme locale de la mondialisation. Si l’on considère qu’il faut limiter la mondialisation à la lumière de cette crise, faut-il également réduire la métropolisation ?

La crise que nous traversons passe pour une remise en cause des deux. Mais il ne faut renoncer ni à l’une ni à l’autre, et continuer l’histoire plurimillénaire qui est la leur. L’information scientifique, l’élaboration d’un vaccin, la solidarité, la lutte contre le dérèglement climatique sont des enjeux globaux. Ceci dit, inutile de produire des biens périssables à l’échelle intercontinentale. On peut le faire dans un rayon inférieur à mille kilomètres. C’est déjà beaucoup. De la même façon, l’avenir n’est pas de démétropoliser mais de métropoliser autrement. Les très grandes métropoles comme la région parisienne avec ses sept millions d’habitants agglomérés sont clairement répulsives. Mais les métropoles pourraient être des réseaux de nœuds urbains plus modestes, comme en Italie ou en Allemagne, des grappes de villes de 50 000 à 500 000 habitants. On est bien à l’échelle des 100 kilomètres définis par Edouard Philippe. On observe cela depuis longtemps dans l’ouest de la France, du Havre à Nantes, de Rennes aux abords de la région parisienne avec des agglomérations intermédiaires comme Angers ou Le Mans, à condition qu’elles fonctionnent davantage ensemble. Cette crise nous invite à inventer un système métropolitain plus léger et plus maillé. Toulouse par exemple manque encore de relais. La métropole ne peut s’appuyer que sur des petites villes ou des « petites moyennes » : Albi, Auch, Montauban… Si l’on veut éviter qu’elle devienne un jour une métropole de 1,5 million d’habitants, il lui faut accepter des réels relais métropolitains dans un rayon de 100 kilomètres.

Le concept de résilience urbaine se répand dans les grandes villes à la faveur de cette crise. Que dit-il de la situation de nos pôles urbains ?

C’est sans doute le concept clé des réflexions urbanistiques des prochaines années. Il interroge notre vulnérabilité, notre capacité à créer des systèmes immunitaires capables de résister à un choc et pose des questions très intéressantes. Il s’agit de nos capacités à affronter non pas l’incertain mais l’imprévisible. Personne ne peut prétendre répondre par une réponse toute prête. Cela interpelle le mode de fonctionnement des transports, des espaces publics, des systèmes de santé, etc.

 

La résilience incite-t-elle forcément les villes à devenir décroissante ?

Pas nécessairement. D’ailleurs, celui qui viendra parler de décroissance alors que l’on entre dans la récession la plus effroyable de notre histoire n’aura pas beaucoup de succès. Je préfère parler de post-croissance et de notre capacité à nous développer autrement que dans une course à l’accumulation. Continuons à faire circuler des avions mais pas forcément plus gros ou pour aller plus vite.

Vous avez mené beaucoup de travaux de prospective territoriale dans votre carrière. Aviez-vous imaginé un scénario semblable à celui que nous vivons aujourd’hui ?

Jamais. On pensait les grandes pandémies derrière nous. La leçon, c’est que l’anticipation ce n’est pas la prophétie, mais c’est la capacité d’adaptation, la souplesse collective, la vitesse de bifurcation. Il faut travailler cela particulièrement dans les grandes villes qui sont truffées de réseaux très vulnérables. Voilà ce qu’est l’urbanisme résilient.

 




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