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IRAN: Prochaines sanctions de l’Union économique contre la répression sanglante

IRAN: Prochaines sanctions de l’Union économique contre la répression sanglante


Le gouvernement des mollahs est pleine dérive et n’hésite pas à tuer les femmes qui manifestent pour la liberté. Ainsi les autorités iraniennes ont tué plusieurs centaines de personnes lors des rassemblements organisés depuis plusieurs semaines en hommage à Masha Amini.

L’Union européenne va tenter d’adopter la semaine prochaine de nouvelles sanctions contre l’Iran en réponse à la répression de la contestation engendrée par la mort en détention de Mahsa Amini, a indiqué mercredi la ministre allemande des Affaires étrangères.

Les ministres européens des Affaires étrangères doivent se réunir lundi à Bruxelles. L’UE avait déjà imposé des sanctions mi-octobre contre la « police des moeurs » iranienne et 11 hauts fonctionnaires, dont le ministre des Télécommunications.

L’Iran est secoué par des manifestations depuis la mort de Mahsa Amini, une Iranienne de 22 ans d’origine kurde décédée après son arrestation à Téhéran parce qu’elle enfreignait le très strict code vestimentaire s’appliquant aux femmes.

La répression des autorités iraniennes contre les rassemblements qui se sont multipliés à travers le pays depuis son décès a fait au moins 304 morts, dont 41 enfants et 24 femmes, selon Iran Human Rights (IHR), une ONG basée à Oslo.
A.G avec AFP

Le danger économique d’un manque d’unité dans l’Union européenne (FMI)

Le danger économique d’un manque d’unité dans l’Union européenne (FMI)

Kristalina Georgieva, Patronne du FMI, souligne les risques d’un manque d’unité de l’union européenne face à la crise dans le JDD. Exemple concernant la question du bouclier tarifaire de l’énergie. Une critique indirecte de la France en conflit avec l’Allemagne sur ce point. La patronne du FMI prévoit que la moitié des pays de l’union européenne seront en récession en 2023. Selon elle, « L’Europe se trouve actuellement dans la position la plus difficile, sous la pression des tensions commerciales causées par l’augmentation des prix de l’énergie et de l’alimentation ». « L’Europe est plus vulnérable, notamment à cause de la dépréciation monétaire », estime-t-elle.

Quels sont les principaux facteurs qui pourraient causer une récession ?
Les chocs successifs : la pandémie, suivie par la guerre en Ukraine, qui a amplifié l’inflation et l’a installée dans la durée. La hausse des prix devient de ce fait bien plus difficile à endiguer. C’est un risque majeur pour l’économie mondiale pour deux raisons essentielles : l’inflation frappe plus durement les plus précaires. Et sape la confiance des investisseurs comme des consommateurs.

Toutes les économies connaissent-elles un ralentissement ?
Les trois grands moteurs mondiaux de la croissance – l’Union européenne, la Chine et les États-Unis – freinent simultanément. L’Europe se trouve actuellement dans la position la plus difficile, sous la pression des tensions commerciales causées par l’augmentation des prix de l’énergie et de l’alimentation. En Chine, selon nos prévisions, la croissance faiblit en partie en raison de la politique zéro Covid menée par les pouvoirs publics, ainsi que des difficultés dans le secteur immobilier. Les États-Unis se montrent plus résilients pour l’instant, même si le rythme de la croissance décélère. Les conséquences des hausses des taux d’intérêt ne se sont pas encore réellement fait sentir, mais l’accès au crédit se tend, comme le démontre le tassement du marché des emprunts immobiliers. L’année 2023 y sera également difficile.

Nos prévisions situent la moitié des économies de la zone euro en récession technique, soit deux trimestres consécutifs de croissance négative. Et même trois trimestres pour l’Italie et l’Allemagne. Face à une chute globale de l’activité – que nous estimons potentiellement en deçà de 2,7 % dans le monde en 2023 –, l’Europe est plus vulnérable, notamment à cause de la dépréciation monétaire. Mais l’UE a démontré pendant la crise sanitaire une remarquable capacité d’unité avec le déploiement de mesures efficaces. Elle peut en faire autant face à la crise énergétique en harmonisant les mesures prises pour lutter contre ses conséquences. L’autre élément positif, c’est qu’une tragédie – une guerre sur le sol européen – a néanmoins donné un élan nécessaire à la transition énergétique. Il n’a jamais été plus urgent de s’affranchir de la dépendance aux énergies fossiles. Il y va de la survie de l’humanité.

L’Europe peine actuellement à élaborer une stratégie commune. Est-ce inquiétant ?
Après sept ans à Bruxelles et de nombreuses nuits blanches à travailler à l’élaboration de consensus, je suis convaincue que l’Europe saura se ressaisir pour défendre son économie et ses citoyens. Il s’agit d’un moment très difficile, nous devons le reconnaître. Davantage encore que pendant la pandémie, où il s’agissait d’une crise de l’offre. La riposte consistait en des politiques monétaire et budgétaire adaptées et complémentaires. La période actuelle est bien plus complexe.

Pourquoi ?

Parce que les réactions nécessaires semblent contradictoires. Il faut à la fois une politique monétaire plus restrictive pour lutter contre l’inflation, mais aussi une politique budgétaire qui doit protéger les personnes et les entreprises les plus vulnérables, sans pour autant alimenter l’inflation. Dans un contexte de souffrance généralisée, il devient beaucoup plus difficile de rester discipliné en matière de politique budgétaire. Voilà pourquoi certains pays européens pensent qu’il devrait y avoir davantage de liberté pour mettre en place des dispositifs différents. Alors que l’Europe a besoin d’adopter, pour le maintien de sa compétitivité et de son marché, des mesures communes.

Vous avez exprimé des réserves sur le plafonnement des prix de l’énergie. Pourquoi ?
Il doit être défini avec d’extrêmes précautions. Vouloir protéger la consommation d’énergie pour préserver l’activité économique se justifie, mais il faut prendre garde à ne pas atténuer la perception des « vrais » tarifs par les ménages et les entreprises. Car connaître le niveau réel des coûts de l’énergie est indispensable pour stimuler les efforts d’innovation en matière de transition écologique. Plafonner globalement les prix présente aussi l’inconvénient d’en faire bénéficier ceux qui en ont moins ou pas besoin.

Les politiques monétaires menées par les banques centrales, la Fed et la BCE, sont-elles adaptées ?
Il faut d’abord souligner que les conditions aux États-Unis et en Europe sont différentes. Aux États-Unis, les prix de l’énergie n’ont pas connu les mêmes augmentations puisque le pays est autosuffisant dans ce domaine. L’inflation y reflète une expansion de la demande. Alors qu’en Europe la pression sur les prix provient de la guerre en Ukraine. Les États-Unis souhaitent donc augmenter les taux d’intérêt plus rapidement, ce qui est pertinent de leur point de vue. Mais cette décision entraîne des conséquences sur le taux de change, avec la dépréciation de l’euro et de nombreuses autres devises.

L’Europe a-t-elle trop tardé à lutter contre l’inflation ?
Disons que les pays qui ont réagi très tôt, dont le Brésil, le Mexique ou le Pérou, bénéficient aujourd’hui d’une plus grande stabilité de leur monnaie par ¬rapport au dollar. Et leurs ¬économies, en termes relatifs, s’en sortent mieux. Il est indéniable qu’une action précoce face à l’inflation est bénéfique. La BCE continue à calibrer soigneusement la manière dont la ¬normalisation de la politique monétaire se déroulera en Europe, compte tenu des conséquences du conflit en Ukraine.

Comment peut agir le FMI face à la récession ?
Notre rôle est toujours plus important en temps de crise. Nous sommes au cœur du filet de sécurité financière planétaire – une sorte de médecin de famille de l’économie mondiale. Notre première mission consiste à diagnostiquer correctement les problèmes. Il est clair que la politique énergétique est devenue un élément central de la politique économique. Nous travaillons donc sur des actions de politique énergétique à court et à plus long terme, comme en témoigne notre étude récente sur la transition écologique. Là encore, agir plus tôt coûte moins cher. D’où l’importance de définir les mesures efficaces pour promouvoir une transition accélérée vers une énergie à faibles émissions de carbone et des économies à faibles émissions de carbone en général. Notre deuxième mission s’articule autour du soutien financier à ceux qui en ont besoin, comme pendant la pandémie, à 96 pays – un record dans l’histoire du FMI. Le Fonds a versé près de 258 milliards de dollars depuis le début de la crise sanitaire, dont des bouées de sauvetage financières à 16 pays, pour environ 90 milliards de dollars depuis le début de la guerre.
Nous restons vigilants concernant le ralentissement brutal du crédit à la suite du resserrement des taux d’intérêt

Qu’en est-il en Ukraine ?
Nous avons fourni 2,7 milliards de dollars en financement d’urgence et ouvert un compte administré par lequel nous avons mobilisé 2,2 milliards de dollars. Le plus important est la création d’un cadre macroéconomique permettant aux donateurs de soutenir l’Ukraine, en vérifiant l’utilisation des aides. La communauté internationale a engagé un montant record de 35 milliards de dollars pour soutenir l’Ukraine cette année.

Pensez-vous qu’une crise financière pourrait s’ajouter à la crise économique ?

La crise de 2008 a permis de renforcer la régulation du secteur bancaire. Il est aujourd’hui solide aux États-Unis, ainsi que dans les économies avancées. Les inquiétudes se situeraient du côté des institutions financières non bancaires. Nous restons vigilants concernant le ralentissement brutal du crédit à la suite du resserrement des taux d’intérêt. Et nous surveillons de près la dette. Celle des marchés émergents et des économies en développement en particulier.

Objectifs climatiques: Révision en hausse de l’Union économique

 Objectifs climatiques: Révision en hausse de l’Union économique

 

L’UE, troisième émetteur mondial de gaz à effets de serre, s’est engagée à réduire ses émissions nettes de 55% d’ici à 2030, par rapport aux niveaux de 1990. Les responsables européens espèrent qu’il sera possible d’augmenter cet objectif de quelques points de pourcentage.

Ces objectifs plus élevés pourraient conduire à des réductions d’émissions plus importantes, si les pays et les législateurs de l’UE les approuvent en même temps que les autres propositions, qui prévoient notamment l’abandon progressif des voitures à carburant fossile en 2035.

L’UE « est prête à mettre à jour son CDN conformément au résultat final du paquet ‘Fit for 55′ en temps voulu », indique le projet, qui fait référence à un ensemble de politiques climatiques que les pays de l’UE et les parlementaires négocient actuellement.

Le projet pourrait encore changer avant que les pays de l’UE ne l’approuvent en octobre.

En mai, Bruxelles a revu à la hausse les objectifs proposés par l’UE pour développer les énergies renouvelables et accroître les économies d’énergie, afin de tenter de mettre un terme à la dépendance des pays membres à l’égard des carburants russes après l’invasion de l’Ukraine par Moscou.

Ces objectifs plus élevés pourraient conduire à des réductions d’émissions plus importantes, si les pays et les législateurs de l’UE les approuvent en même temps que les autres propositions, qui prévoient notamment l’abandon progressif des voitures à carburant fossile en 2035.

 

 

Les crises imposent de moderniser le budget de l’Union européenne

Les crises imposent de  moderniser le budget de l’Union européenne 

 

A quelques jours du discours annuel d’Ursula von der Leyen sur l’état de l’Union, la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola,  appelle, dans une tribune au « Monde », la Commission à se montrer à la hauteur des défis croissants qui se présentent à elle.

 

L’histoire de l’Europe s’est construite au fil des crises. A chaque moment de vérité de son histoire contemporaine, nous avons réagi en coopérant plus étroitement. Par cette doctrine, nous avons su résister au plus fort de la tourmente. Et nous avons permis à nos institutions de répondre aux préoccupations des citoyens en changeant concrètement leurs vies. La doctrine européenne favorise systématiquement la coopération et non les rivalités. Elle a permis de créer de la prospérité, d’établir des démocraties solides et d’instaurer une protection robuste des libertés individuelles. Ces dernières années, nous avons déjà été éprouvés par l’effondrement du secteur bancaire, la crise des dettes souveraines, les pressions migratoires, ainsi que par une pandémie mondiale d’une ampleur inédite. Toutes ces crises nous ont rapprochés au sein de l’Europe et nous en sommes sortis renforcés.

Mais cette unité est de nouveau mise à rude épreuve par une véritable tempête où se mêlent la guerre à nos portes, une inflation sans précédent, la hausse des prix de l’électricité et de l’énergie, une catastrophe climatique responsable de l’assèchement de nos rivières et de l’embrasement de nos forêts, l’insécurité alimentaire et l’émergence rapide d’une crise du coût de la vie.

Une fois de plus, l’Europe doit réagir. Une fois de plus, nous devons travailler ensemble. Et une fois de plus, le Parlement européen sera au rendez-vous de ses responsabilités.

Il va être de plus en plus difficile de chauffer nos logements, d’approvisionner nos usines en énergie et de faire le plein de nos véhicules. Avec l’inflation, les prix s’envolent. Mais c’est précisément lorsque nous sommes soumis à la pression la plus forte que nous devons nous mobiliser et nous montrer plus déterminés que jamais. C’est alors que l’Europe des grandes idées et l’action doivent converger, avec rapidité, agilité et courage. L’Europe doit se montrer à la hauteur du défi. L’unité est la seule voie à suivre.

L’Europe doit s’engager davantage. Tel était, en mai 2022, l’appel lancé au Parlement européen par les citoyens lors de la conclusion de la Conférence sur l’avenir de l’Europe. Le 14 septembre, la présidente de la Commission européenne présentera des propositions au cours de son discours annuel sur l’état de l’Union.

Le Parlement est convaincu que les questions essentielles soulevées par les citoyens doivent être au cœur de ces propositions.

Nous devons tout d’abord parvenir à une union globale en matière de sécurité et de défense, et améliorer impérativement nos équipements et infrastructures. L’invasion brutale, illégale et injustifiée de l’Ukraine nous a montré à quel point le monde a changé depuis février. Il convient de faire un meilleur usage de nos dépenses de défense et éviter les doubles emplois au sein d’une capacité de défense paneuropéenne, en partenariat et non en concurrence avec l’OTAN.

Ukraine et Moldavie officiellement candidats à l’Union européenne

Ukraine et Moldavie officiellement candidats à l’Union européenne

 

Une décision sans doute davantage politique qu’économique. Les dirigeants des Vingt-Sept ont reconnu jeudi à l’Ukraine et à la Moldavie le statut de candidat à l’Union européenne, a annoncé le président du Conseil européen Charles Michel, évoquant un « moment historique », en pleine offensive russe.

Cette décision très attendue par Kiev, prise lors d’un sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des pays de l’UE à Bruxelles, marque le début d’un processus long et complexe en vue d’une adhésion.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a salué dans la foulée « un moment unique et historique » après l’attribution à l’Ukraine du statut officiel de candidat à l’Union européenne par les Vingt-Sept, une décision attendue par Kiev en pleine invasion russe.

Un nouveau cadre politique sur leur chemin vers l’Union Européenne ?

Un nouveau cadre politique sur leur chemin vers l’Union Européenne ?

 

Alors que les adhésions de l’Ukraine, de la Moldavie et de la Géorgie à l’UE seront discutées lors du Conseil européen des 23 et 24 juin, le politiste Thierry Chopin et le directeur de l’Institut Jacques-Delors, Sébastien Maillard, définissent, dans une tribune au « Monde », le nouveau cadre à même de favoriser l’intégration politique des futurs candidats.

Les Vingt-Sept s’apprêtent à donner à l’Ukraine et à la Moldavie le statut convoité de candidat à l’adhésion à l’Union européenne. Un pas historique. Ces candidatures n’augurent pas d’un énième élargissement de plus. Elles dessinent l’Europe d’après-guerre. Elles marquent un saut conceptuel dans le projet européen, qui s’était gardé jusqu’ici de trop empiéter sur ce que Moscou considère comme le « monde russe ». Mais l’invasion de l’Ukraine a fait éclater sa prétendue « sphère d’influence », dont veulent s’extraire ce pays, la Moldavie et, dans une autre mesure, la Géorgie. En allant en personne à Kiev soutenir cette candidature, les dirigeants allemand, français et italien ont enfin montré qu’ils s’affranchissaient de prévenance à l’égard des susceptibilités russes qu’une telle perspective d’élargissement ne pourra laisser de marbre.

C’est pourquoi il faut sans attendre compléter ces candidatures d’une « communauté politique européenne »comme y appelle le président Macron, en écho au projet de confédération repris par l’ancien président du conseil italien Enrico Letta. L’expérience montre que l’adhésion est une marche longue, incertaine, qui peut tomber dans l’enlisement (Balkans), voire la paralysie (Turquie), au risque de décourager les aspirants et de lasser les opinions. L’accélération n’est pas une solution. Une entrée à la hâte dans l’Union braderait les légitimes exigences à l’adhésion. La sécurisation des frontières extérieures, la désoligarchisation de l’économie ainsi que la lutte contre la corruption sont autant de défis à relever avant de devenir pleinement Etat membre de l’Union.

La « communauté politique européenne » servirait justement à accompagner ce chemin semé d’embûches, à permettre une entrée graduelle dans l’Union. Elle permettrait de donner à voir aux populations la couleur de l’adhésion par des projets concrets sectoriels (sécurité, énergie, éducation et recherche), que peuvent faciliter, pour certains d’entre eux, les accords d’association de l’UE déjà en vigueur avec ces pays. Elle aurait aussi pour conséquence de sortir le pays négociant son adhésion du seul tête-à-tête avec la Commission européenne, en donnant un cadre multilatéral, où s’opère une acculturation politique approfondie entre dirigeants qui partagent les valeurs communes promues par l’Union.

A cet égard, une ratification de la Charte européenne des droits fondamentaux par les pays candidats leur permettrait de signifier solennellement leur attachement à ce socle d’appartenance. Des sommets réguliers à Bruxelles de la « communauté politique européenne » verraient les dirigeants dans et hors de l’Union s’asseoir à la même table européenne pour donner au respect de l’Etat de droit et à la maturation de la démocratie libérale les impulsions politiques qu’ils méritent, au-delà des procédures institutionnelles dont ils font déjà l’objet. Dans cette nouvelle étape de la construction européenne, il faut empêcher que ne ressurgissent des situations comme celles que nous connaissons aujourd’hui avec la Pologne et la Hongrie, qui violent le contrat sur les valeurs politiques européennes inhérent à l’adhésion ; un contrat politique que mettrait en exergue la communauté éponyme.

Poutine a tué son économie pour servir son impérialisme

Poutine a tué son économie pour servir son impérialisme

En vingt-deux ans de pouvoir sans partage, le maître du Kremlin a sacrifié le bien-être des Russes à ses chimères de grandeur impériale. Et il n’a jamais créé les conditions d’une économie de marché stable et propice aux affaires. ( papier de Jean-Michel Bezat dans le Monde)

 

 

McDonald’s est de retour à Moscou, sous un autre nom et avec un nouveau propriétaire, l’homme d’affaires russe Alexandre Govor. Rebaptisée Vkousno i tochka (« délicieux, point ») et dotée d’un nouveau logo, la chaîne de fast-food va peu à peu rouvrir les 850 restaurants franchisés de l’ex-enseigne américaine. On peut voir dans cette reprise la capacité de rebond de la Russie depuis le départ des entreprises occidentales après l’invasion de l’Ukraine. Ou, plus sûrement, l’isolement croissant du pays, encore illustré par l’absence de grandes sociétés et de dirigeants occidentaux au Forum économique de Saint-Pétersbourg, qui s’est achevé le 18 juin.

Lancé en février 1990, le premier McDo avait symbolisé l’ouverture au capitalisme d’une URSS moribonde. Un retour en arrière ? La Russie n’est pas dans l’état où elle était à la fin de l’ère soviétique, ni après dix ans de présidence chaotique de Boris Elstine. Vladimir Poutine l’a fait entrer dans l’économie mondiale, sans atteindre le degré d’intégration de la Chine. Son industrie s’est un peu diversifiée dans l’agroalimentaire et les technologies. Depuis les sanctions occidentales décrétées après l’annexion de la Crimée en 2014, elle a développé sa production céréalière pour devenir la première exportatrice mondiale de blé – source de revenus autant que levier politique, à l’instar du pétrole, du gaz et de l’armement.

Nostalgique de la puissance politico-militaire de l’Union soviétique, le président russe n’a aucun regret pour son économie planifiée. « Nous n’allons pas avoir une économie fermée », assurait-il, le 9 juin, devant de jeunes entrepreneurs réunis en marge de la commémoration du 350e anniversaire du tsar « européen », Pierre le Grand. Et il peut se féliciter que l’économie résiste encore, quatre mois après le début d’un train de sanctions sans précédent pour une grande économie.

Le rouble tient bon grâce à la stricte politique des taux d’intérêt de la gouverneure de la Banque centrale, Elvira Nabioullina, et à une gestion rigoureuse des comptes publics, qui permet de constituer des réserves de devises. La balance commerciale est excédentaire et la flambée du baril d’or noir, même vendu avec une décote de 20 à 30 dollars (sur 120 dollars, soit environ 114 euros), assure d’importantes recettes fiscales. Gazprom, et donc l’Etat actionnaire, n’a jamais tiré autant de profits du gaz.

Sous la menace de la Russie, élargir l’Union européenne

Sous la menace de la Russie, élargir l’union européenne

 

Favorable à l’adhésion de l’Ukraine et de la République de Moldavie, le député européen et ancien premier ministre roumain, Dacian Ciolos,  estime, dans une tribune au « Monde », que l’UE ne doit pas tergiverser avec l’intégration de ces Etats sous la menace directe de la Russie.

 

En 2014, l’ancien président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a mis un terme à la politique d’élargissement de l’Union européenne. Par ce geste, il admettait simplement un fait politique : à l’époque, aucun dirigeant national de l’Union européenne (UE) ne voulait supporter le coût politique de l’élargissement. L’impact de l’adhésion des pays d’Europe centrale et orientale en 2004-2007 a été majeur, tant au niveau de l’opinion publique dans les anciens Etats membres qu’au niveau du fonctionnement des institutions européennes, du budget, des priorités de l’UE, des sensibilités politiques. L’élargissement était devenu un sujet politique tabou.

De mon point de vue, c’était une erreur et nous avons vu ce qui s’est passé ensuite tant dans les Balkans occidentaux [Albanie, Bosnie-Herzégovine, Macédoine du Nord, Monténégro, Serbie et Kosovo] que dans le voisinage oriental, avec l’influence et les exigences croissantes de la Russie, ainsi que le sentiment d’abandon qu’ont ressenti les forces pro-européennes de ces pays. L’invasion de l’Ukraine par la Russie rouvre le sujet. Mais même dans ces conditions, l’élargissement de l’UE reste un sujet de division pour les dirigeants européens. Le dialogue de sourds entre l’est et l’ouest de l’Europe semble se poursuivre. Les arguments bureaucratiques, les positions défensives, les retards institutionnels semblent masquer le manque de volonté et de courage politique.

Ma position est claire et constante depuis de nombreuses années : l’élargissement est nécessaire et bénéfique pour l’Union européenne s’il est entrepris avec vision et non par opportunisme électoral ou politique. L’attente et l’indécision ne sont pas des solutions. L’Union européenne doit de toute urgence relancer le processus d’élargissement avec un plan adapté aux réalités politiques et géostratégiques d’aujourd’hui. Cela nécessite un leadership politique, la reconnaissance de la dimension identitaire et idéologique de l’élargissement et la construction d’un mécanisme de négociation et d’intégration progressive qui donne du réalisme à ce processus. Le mécanisme pourrait s’inspirer, par exemple, de la méthodologie d’élargissement adoptée en 2020 lors du sommet UE-Balkans occidentaux. Les étapes qui y sont énoncées pourraient être adaptées afin que le processus de négociation d’adhésion dépasse le seuil bureaucratique et fournisse des résultats tangibles pour les citoyens des pays candidats, avant même la conclusion des négociations et la signature des traités d’adhésion.

Quelles conditions à l’élargissement de l’union européenne ?

Quelles conditions à l’élargissement de l’union européenne ?

Olaf Scholz, Emmanuel Macron et Mario Draghi, en visite à Kiev, ont plaidé pour que le statut de candidat à l’entrée dans l’Union européenne soit « immédiatement » accordé à l’Ukraine. Mais une réflexion plus étendue sur l’élargissement de l’UE est nécessaire. (papier du Monde)

 

En se rendant ensemble à Kiev, le 16 juin, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Allemagne, de la France, de l’Italie et de la Roumanie ne voulaient pas seulement rappeler le soutien sans faille apporté par l’Union européenne à l’Ukraine depuis le début de la guerre déclenchée par la Russie, il y aura bientôt quatre mois. L’heure n’est plus seulement aux symboles, alors que continue de retentir le fracas des armes. Les Ukrainiens demandent une aide militaire pour tenir sans rompre face à l’envahisseur. Mais ils ont tout autant besoin d’un horizon politique qui redonne son sens aux énormes sacrifices consentis aujourd’hui au nom de valeurs placées au cœur du projet européen.

Accusés de tiédeur, d’ambiguïté, ou à la tête de pays dont les opinions publiques expriment déjà un début de lassitude de la guerre, Olaf Scholz, Emmanuel Macron et Mario Draghi se savaient tout particulièrement attendus sur cet impératif de cap politique. A la veille d’échéances importantes (la Commission se prononçait sur le sujet le lendemain, avant un Conseil européen déterminant, les 23 et 24 juin, où l’unanimité sera impérative), ils sont allés aussi loin que possible en plaidant pour que le statut de candidat soit « immédiatement » accordé à Kiev. Même si ce statut n’implique aucune disposition relevant de la sécurité, cet engagement ouvre la voie à une percée politique majeure. Il constitue une victoire personnelle pour le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui s’est fixé cet objectif.

Si prometteuse soit-elle, cette perspective ne permet pourtant de répondre qu’imparfaitement à l’urgence. La lourdeur et la longueur du processus d’adhésion se heurtent au temps de la guerre et à ses conséquences. Jamais par le passé un pays, réputé bien avant l’invasion russe pour la fragilité et les faiblesses de ses institutions, ne s’est engagé dans un tel marathon au beau milieu d’un conflit qui le ravage et brouille ses frontières.

A Strasbourg, le 9 mai, Emmanuel Macron, en tant que président du Conseil de l’Union européenne, avait esquissé la piste d’une « communauté politique européenne » qui pourrait notamment constituer une antichambre pour les candidats à l’adhésion. Cette idée a été accueillie froidement par ceux, y compris en Ukraine, qui y ont surtout vu une voie de garage.

Une telle structure, discutée et amendée, pourrait pourtant être utile pour permettre d’associer politiquement les Ukrainiens à l’UE sans attendre la fin d’un long processus, qui pourrait courir sur une décennie. A condition cependant qu’elle ne soit pas une solution de rechange, mais bien une piste complémentaire du processus d’adhésion, elle pourrait de surcroît fournir un cadre au soutien européen dont les Ukrainiens bénéficient déjà et qui ne pourra que s’accroître massivement si les Vingt-Sept tiennent leurs engagements pour la reconstruction du pays.

Une réflexion sur l’élargissement est d’autant plus nécessaire que le cas de l’Ukraine n’est pas le seul en jeu. D’autres pays, dont la Macédoine du Nord, le Monténégo ou l’Albanie, l’ont précédée et vivraient difficilement d’être rétrogradés dans l’ordre des priorités européennes. Le statut de candidat « impliquera aussi que soit prise en compte la situation des Balkans occidentaux et du voisinage, en particulier de la Moldavie », a convenu Emmanuel Macron. Ce dernier pays, qui connaît déjà des tensions séparatistes prorusses en Transnistrie, craint d’être déstabilisé par le conflit. La situation impose aux Européens de se montrer inventifs. Dès à présent.

PÉTROLE RUSSE: Réduction des deux tiers par l’union européenne

 PÉTROLE RUSSE: Réduction des deux tiers par l’union européenne

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Progressivement l’étau économique et financier se resserre autour de la Russie. Des sanctions qui forcément ne donnent des effets qu’à terme mais qui risquent  de peser très lourdement à partir de la fin de l’année. D’ores et déjà la Russie est très proche du défaut, il ne s’agit que d’une question de mois. L’objectif est de viser une faillite profonde et durable du pays l’obligeant à choisir sous la pression de l’opinion entre priorités aux guerres d’occupation ou priorité au développement. Or précisément sur ce terrain la Russie depuis l’arrivée de Poutine en particulier a largement délaissé son économie au profit des rentrées liées aux exportations de pétrole et de gaz. Certes on objectera que ce pétrole et ce gaz pourront être vendusà d’autres en particulier aux Chinois et aux Indiens. Le problème c’est que ce ne sera pas aux mêmes conditions économiques. Pour preuve l’Inde achète actuellement de l’énergie russe à bas prix pour le revendre à d’autres pays.Les 27 pays membres de l’Union européenne ont approuvé ce lundi soir un embargo sur le pétrole russe couvrant plus des « deux tiers » de leurs importations depuis ce pays, a annoncé le président du Conseil européen, Charles Michel.

Cet accord couvre pour l’instant « plus des deux tiers des importations de pétrole de Russie », a déclaré le président du Conseil, Charles Michel. Il va permettre de « supprimer une énorme source de financement à la machine de guerre » russe et exercer « une pression maximum » sur Moscou pour l’inciter à mettre fin à la guerre, a-t-il affirmé sur Twitter. Grâce à l’engagement volontaire de Berlin et Varsovie d’arrêter leurs importations par l’oléoduc de Droujba, l’embargo supprimera « environ 90% » des importations européennes de pétrole russe d’ici à la fin de l’année », a précisé Ursula von der Leyen, également sur Twitter.

Les importations par l’oléoduc de Droujba, qui alimentent aussi la Hongrie, seront exemptées dans un premier temps, ce qui a permis de lever le veto de Budapest qui bloquait depuis plusieurs semaines le 6e paquet de sanctions de l’UE contre l’invasion russe de l’Ukraine.

Selon l’Elysée, l’embargo progressif de l’UE sera limité dans un premier temps au pétrole transporté par bateau (soit les deux tiers des achats européens de pétrole russe). Des négociations doivent avoir lieu « dès que possible » pour mettre fin au reste des importations de pétrole russe de l’UE, a précisé l’Elysée.

Dette publique : Les désaccords au sein de l’Union européenne

Dette publique : Les désaccords au sein de l’Union européenne

En raison de la pandémie, les critères de Maastricht portant sur les budgets et la dette publique ont été suspendus. L’Allemagne plaide en faveur d’un retour à leur application, contrairement aux pays du Sud de l’Europe, Italie et France en tête, qui parient sur la croissance pour réduire les déficits. Un choix qui n’est pas sans risque. Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, professeurs à l’Essec ( la Tribune)

 

Au début de la crise du Covid-19, en mars 2020, l’Union européenne (UE) a activé la clause générale de sauvegarde qui suspend la règle prudentielle de gestion budgétaire (Fiscal Compact), notamment le déficit maximal de 3%. Les gouvernements du Sud de l’Europe ont assimilé cet assouplissement à une licence à dépenser sans limites, le retour à la règle budgétaire étant remis aux calendes grecques. Cette semaine, l’UE a décidé de maintenir la suspension pour 2023.

La crise du Covid-19 pouvant être aujourd’hui considérée comme passée les pays européens font maintenant face à la gestion de la dette post-Covid-19 et aux divergences qu’elle révèle. Le point de vue exprimé par Christian Linder, le ministre allemand des Finances, dans le Financial Times du 21 mai 2021, semble en opposition nette avec le point de vue exprimé dans la lettre commune rédigée par Emmanuel Macron et Mario Draghi, le 31 décembre 2021 dans le même journal.

La croissance ne se décrète pas

Selon le duo latin, la bonne manière de réduire le poids de la dette est de favoriser la croissance. S’il est exact qu’une forte croissance réduise automatiquement le poids de la dette par rapport au PIB, nous sommes dubitatifs de voir les deux dirigeants des économies parmi les moins dynamiques de la zone euro faire fond sur cette stratégie. En effet, la croissance ne se décrète pas et ne s’est encore jamais obtenu à coup de grands plans de réindustrialisation et d’investissements publics dans la recherche. Si les deux compères tablent sur une croissance nominale nourrie par l’inflation, ils commettent une erreur grave en imaginant que les taux d’intérêt vont rester constants. En effet, le taux des obligations du trésor est sur le point d’augmenter avec l’inflation anticipée, et, face à l’inflation actuelle, la BCE n’a plus la capacité de racheter des dettes sans limite, sous peine de dégrader encore plus ces anticipations d’inflation.

Le ministre allemand Christian Linder plaide sans surprise pour un retour rapide aux règles pré-Covid-19 de déficits maitrisés et affirme clairement que si les pays membres de la zone euro peuvent encore actuellement dévier de la règle budgétaire, cela ne signifie pas qu’il est raisonnable de le faire.

L’Allemagne présente une gestion des finances publiques extrêmement rigoureuse, dont le principe de stabilité est gravé dans la constitution. En 2019, le ratio dette sur PIB de l’Allemagne était de 58,9% du PIB. Pendant la crise du Covid-19, le pays a mis en place de fortes mesures de soutien budgétaire qui ont porté la dette à 69,3% du PIB en 2021, ratio toutefois inférieur à son endettement de 2015 (données Eurostat). A situation exceptionnelle réponse exceptionnelle, puis ce pays s’est orienté vers un retour rapide à l’équilibre budgétaire, le déficit public allemand passant de -4,3% en 2020 à -3,7% en 2021.

La situation en Italie, Espagne, France et autres pays du Sud était déjà dans le rouge avant le Covid-19 avec des dettes publiques sur PIB respectivement de 134%, 98,3% et 97,4% en 2019. La lutte contre le Covid-19 les a fait passer à respectivement 150,8%, 118,4% et 112,9% du PIB en 2021. Avec des déficits publics à -6,9%, -7,2% et -6,5% en 2021, le retour rapide du déficit sous la barre des 3% semble être impossible. En France, où la campagne présidentielle a donné lieu à un concours de promesses et largesses électorales de tous les candidats, François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France, s’est senti obligé, le 10 mai, de recommander à Emmanuel Macron de restreindre ses ambitions dépensières ou de nouvelles réductions d’impôts.

Un raisonnement superficiel nous dit que lorsque la dette publique représente 100% du PIB, si le taux d’intérêt augmente de 1 point de pourcentage, le coût de la dette augmente de 1% du PIB. Dans la mesure où les obligations du Trésor ont des maturités très variées, l’impact de la hausse du taux d’intérêt n’est pas immédiat mais il faut toutefois anticiper ses effets. D’ailleurs une partie de l’endettement public est basé sur des obligations indexées sur l’inflation qui répercutent immédiatement les anticipations d’inflation. En 2021, la charge d’intérêt de la dette a rebondi de 5 milliards d’euros comparé à 2020, essentiellement en raison de ces instruments.

Si le gouvernement se décide à adopter une politique de rigueur budgétaire, la réduction du poids de la dette ne va pas non plus être immédiate. Pour prendre un exemple simple, en supposant que le déficit primaire soit nul, avec un taux d’intérêt à 2% et une croissance nominale à 5%, la réduction du ratio dette/PIB de 100% à 60% prendrait… 17 ans. Avec un taux d’intérêt de 1%, il faudrait quand même 13 ans pour revenir à 60%.

Nous nous réjouissons du fait qu’Emmanuel Macron a décidé de mettre en place une planification énergétique pour réduire les émissions de carbone en ligne avec ses engagements européens. Il serait tout aussi sage de mettre en place une vraie planification budgétaire. S’il ne faut pas laisser la planète en piteux état aux générations futures, il ne faut pas non plus leur léguer une montagne de dettes publiques ayant essentiellement servi à soutenir le confort de cette génération. Si le débat est vif sur la règle budgétaire que l’Union européenne devrait adopter dans le monde d’après Covid-19, il est fort probable que la discipline budgétaire sera imposée aux gouvernements par le marché lui-même via la remontée des taux d’intérêts et le coût de la dette. Dès lors, la réduction de la dette relève plus de la sagesse pratique que de la discipline dogmatique.

 

 

Gauche: L’union des désaccords

Gauche: L’union des désaccords

 

 

Les récentes fractures identitaires dans les rangs de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale illustrent d’autres clivages au sein de cette alliance, observe dans sa chronique Philippe Bernard, éditorialiste au « Monde ».

 

En politique aussi, les lapsus, les faux pas sont souvent révélateurs. Coup sur coup, des acteurs politiques de gauche viennent de poser des actes qui confirment le poids des débats identitaires dans leurs rangs. Au moment même où le camp progressiste affiche un « programme commun » est ainsi mise en lumière sa division sur les sujets fondamentaux que sont le féminisme, le racisme et l’islam politique.

En choisissant de mener campagne pour autoriser le burkini dans les piscines de sa ville, Eric Piolle, maire (Europe Ecologie-Les Verts) de Grenoble, a suscité la polémique dans sa propre majorité municipale. Tandis qu’il défendait, au nom du « progrès social » et de « la liberté », le droit pour les femmes de se baigner en portant ce maillot couvrant le corps et la tête prôné par les courants radicaux de l’islam, d’autres élus de son bord dénonçaient ledit burkini comme le vecteur d’« un discours qui remet en cause l’émancipation des femmes ».

Eric Piolle a transformé une affaire locale, et qui aurait dû le rester, en une controverse nationale dont font leur miel non seulement la droite et l’extrême droite – Marine Le Pen pourfend désormais la « coalition burkini » –, mais aussi les courants islamistes qui font du maillot couvrant un marqueur de leur influence et cherchent à culpabiliser les femmes qui ne le portent pas.

En tombant dans leur piège pour d’obscurs bénéfices politiques, le maire s’est, en tout cas, posé en promoteur d’une gauche ouverte aux logiques communautaristes. Alors que la question des tenues de bain est davantage une question d’hygiène que de laïcité – celle-ci pose le principe de la liberté dans l’espace public –, elle permet à la droite de s’approprier un peu plus encore l’étendard laïque dérobé à la gauche, et exacerbe la division de celle-ci sur le sujet.

Le scénario qui a conduit au retrait de la candidature du journaliste et militant Taha Bouhafs de l’investiture de La France insoumise (LFI) à Venissieux (Rhône) met en cause, lui, l’étonnante question de la compatibilité entre antiracisme et féminisme. Le choix par LFI, début mai, de cet homme de 25 ans, né de parents algériens, pourfendeur du racisme « systémique » dans la police et habitué des polémiques sur les réseaux sociaux, a déclenché une tempête de réactions hostiles. Certaines directement racistes, d’autres liées au choix par les « insoumis » d’un homme condamné en septembre 2021 pour « injure publique à raison de l’origine », pour avoir qualifié d’« Arabe de service » la policière et syndicaliste Linda Kebbab. Qu’il ait fallu l’intervention du communiste Fabien Roussel pour contester ce choix donne la mesure du gouffre qui sépare les familles de la gauche sur l’antiracisme.

Contre l’Ukraine : l’union des dictateurs

Ukraine : l’union des dictateurs

C’est l’ordre international qui est en jeu pour Alain Frachon, éditorialiste au « Monde . Le camp de la liberté contre celui des dictateurs.

Une sorte d’alliance objective des autocrates contre la démocratie, pour se protéger eux-mêmes des secousses internes

La Chine de Xi Jinping a choisi de soutenir, politiquement au moins, la Russie de Vladimir Poutine. Ce n’était pas obligé. Pékin avait des cartes à faire valoir pour jouer un autre rôle – plus apaisant. Mais, au nom d’une ambition supérieure partagée, Xi a jugé plus important de coller à l’argumentaire de Poutine : dans l’affaire ukrainienne, tout est de la faute de l’OTAN, des Etats-Unis, de ce « collectif occidental » sans cesse plus menaçant à l’égard de Moscou – pas un souffle de nuance dans un discours de combat mouliné à satiété par toute la machine de propagande chinoise.

Pourquoi ? Parce que la Russie est l’amie, la camarade de combat dans une bataille menée pour façonner un « nouvel ordre international », pour changer les relations entre Etats au XXIe siècle et pour entrer dans une « nouvelle ère » qui verra la fin du leadership occidental instauré en 1945. La guerre en Ukraine, c’est bien dommage, mais l’intérêt supérieur de Pékin est de sceller dans l’épreuve un partenariat avec la Russie au service d’un objectif précis : créer un environnement international favorable au mode de gouvernement autocratique.

A l’opposé, le président Joe Biden inscrit le soutien apporté à l’Ukraine par les Etats-Unis et leurs alliés dans la lutte opposant démocraties et autocraties – confrontation qu’il juge déterminante pour l’avenir du siècle. Invité début mai au Festival du Financial Times à Washington, Henry Kissinger, 98 ans, dont une bonne partie au service de l’école real-politicienne, laisse, discrètement, entendre qu’il ne reprendrait pas à son compte la formule de Biden. On imagine que l’ancien secrétaire d’Etat referait plus volontiers le « coup » de 1972 : cultiver Pékin contre Moscou…

Mais Kissinger ne nie pas l’offensive diplomatico-idéologique que la Chine mène contre l’Occident sur la scène internationale. Cette campagne, souvent conduite dans un jargon dont la légèreté n’est pas la qualité première, est admirablement racontée par la sinologue Alice Ekman, de l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne (EUISS), dans la publication « China and the Battle of Coalitions » (Chaillot Paper).

Elargissement de l’Union européenne: Une impasse

 Elargissement de l’Union européenne: Une impasse

L’ancien président du conseil italien défend l’idée d’une confédération pour répondre aux aspirations européennes de l’Ukraine.

 

Enrico Letta dirige depuis mars 2021 le Parti démocrate et préside l’Institut Jacques Delors. Il donne sa vision de l’élargissement de l’UE et d’une certaine manière rejoint Macron. Le problème c’est que cela ne résout nullement la question du renforcement politique du cœur de l’Europe, au  contraire. Or la question prioritaire est d’approfondir le contenu des politiques européennes et non de les diluer par un agrandissement sans fin qui ne fait que compliquer le fonctionnement de l’Union européenne. La proposition d’Enrico letta est aussi illusoire que celle de Macron. Interview:

Comment répondre aux aspirations de l’Ukraine, qui presse l’Union européenne de l’accepter en son sein?

La procession actuelle des leaders européens et des dirigeants des institutions à Kiev me rappelle leurs visites dans les capitales d’Europe centrale, dans les années qui ont suivi la chute du rideau de fer. Elle ouvre un parcours fait de promesses, d’attentes, de frustrations et de déceptions sur la voie de l’Union européenne (UE). Nous sommes en train de faire fausse route. Quand on aura le courage de dire aux Ukrainiens qu’ils ne pourront pas entrer dans l’UE avant dix ans, je les vois devenir de grands fans des Etats-Unis plutôt que de l’Europe. Cela nourrit déjà les frustrations dans des Etats comme l’Albanie ou la Macédoine du Nord, qui se demandent s’il faut être envahi par la Russie pour obtenir des gages d’intégration. C’est pourquoi je propose la mise en place d’une confédération susceptible de répondre aux aspirations européennes des pays de la région, à commencer par celles de l’Ukraine.

 

Qu’apporterait cette formule ?

Cette idée reprend en partie celle émise sans succès par le président français François Mitterrand, en décembre 1989, un mois après la chute du mur de Berlin. Mais avec une différence de taille : il n’est pas question d’y associer la Russie. C’est même plutôt un instrument dirigé contre la Russie. Le déclenchement de la guerre, le 24 février, a complètement changé la donne.

A chaque Conseil européen, on pourrait se réunir à trente-six, pour bien signifier que les neuf pays aspirants à l’UE (Ukraine, Géorgie, Moldavie, Albanie, Macédoire du Nord, Bosnie-Herzégovine, Monténégro, Serbie et Kosovo) sont entrés dans la famille européenne. Il faut un lieu multilatéral pour faciliter les relations entre la Commission européenne et les pays candidats, et pour que ceux-ci puissent se parler entre eux. Cela peut d’abord se mettre en place de façon très rapide et informelle, comme un G20, puis fonctionner sur la base d’un traité simplifié, facile à ratifier.

Ce serait une sorte d’antichambre avant d’entrer dans l’UE ?

Oui, c’est une façon d’éviter ce qui s’est passé avec le précédent élargissement, en 2004 : entre la chute du rideau de fer et leur adhésion, les pays concernés, comme la Pologne, la République tchèque ou la Hongrie, ont attendu plus de dix ans, en concurrence les uns avec les autres. Ce n’est pas un frein à l’entrée dans l’UE, mais un message fort d’intégration dans la famille européenne. Cette confédération pourrait ainsi permettre d’ouvrir un accès progressif au marché intérieur. A beaucoup plus long terme, après la guerre en Ukraine, on peut imaginer aussi que la clause d’assistance mutuelle (article 42.7) inscrite dans le traité européen soit élargie aux pays membres de la confédération.

Changer de méthode pour l’élargissement de l’Union européenne

Changer de méthode pour l’élargissement de l’Union européenne

L’ancien président du conseil italien défend l’idée d’une confédération pour répondre aux aspirations européennes de l’Ukraine.

 

Enrico Letta dirige depuis mars 2021 le Parti démocrate et préside l’Institut Jacques Delors. Il donne sa vision de l’élargissement de l’UE Et d’une certaine manière rejoint Macron. Le problème c’est que cela ne résout nullement la question du renforcement politique du cœur de l’Europe contraire

Comment répondre aux aspirations de l’Ukraine, qui presse l’Union européenne de l’accepter en son sein?

La procession actuelle des leaders européens et des dirigeants des institutions à Kiev me rappelle leurs visites dans les capitales d’Europe centrale, dans les années qui ont suivi la chute du rideau de fer. Elle ouvre un parcours fait de promesses, d’attentes, de frustrations et de déceptions sur la voie de l’Union européenne (UE). Nous sommes en train de faire fausse route. Quand on aura le courage de dire aux Ukrainiens qu’ils ne pourront pas entrer dans l’UE avant dix ans, je les vois devenir de grands fans des Etats-Unis plutôt que de l’Europe. Cela nourrit déjà les frustrations dans des Etats comme l’Albanie ou la Macédoine du Nord, qui se demandent s’il faut être envahi par la Russie pour obtenir des gages d’intégration. C’est pourquoi je propose la mise en place d’une confédération susceptible de répondre aux aspirations européennes des pays de la région, à commencer par celles de l’Ukraine.

 

Qu’apporterait cette formule ?

Cette idée reprend en partie celle émise sans succès par le président français François Mitterrand, en décembre 1989, un mois après la chute du mur de Berlin. Mais avec une différence de taille : il n’est pas question d’y associer la Russie. C’est même plutôt un instrument dirigé contre la Russie. Le déclenchement de la guerre, le 24 février, a complètement changé la donne.

A chaque Conseil européen, on pourrait se réunir à trente-six, pour bien signifier que les neuf pays aspirants à l’UE (Ukraine, Géorgie, Moldavie, Albanie, Macédoire du Nord, Bosnie-Herzégovine, Monténégro, Serbie et Kosovo) sont entrés dans la famille européenne. Il faut un lieu multilatéral pour faciliter les relations entre la Commission européenne et les pays candidats, et pour que ceux-ci puissent se parler entre eux. Cela peut d’abord se mettre en place de façon très rapide et informelle, comme un G20, puis fonctionner sur la base d’un traité simplifié, facile à ratifier.

Ce serait une sorte d’antichambre avant d’entrer dans l’UE ?

Oui, c’est une façon d’éviter ce qui s’est passé avec le précédent élargissement, en 2004 : entre la chute du rideau de fer et leur adhésion, les pays concernés, comme la Pologne, la République tchèque ou la Hongrie, ont attendu plus de dix ans, en concurrence les uns avec les autres. Ce n’est pas un frein à l’entrée dans l’UE, mais un message fort d’intégration dans la famille européenne. Cette confédération pourrait ainsi permettre d’ouvrir un accès progressif au marché intérieur. A beaucoup plus long terme, après la guerre en Ukraine, on peut imaginer aussi que la clause d’assistance mutuelle (article 42.7) inscrite dans le traité européen soit élargie aux pays membres de la confédération.

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