Archive pour le Tag 'L’Ukraine'

Politique-L’OTAN dans le piège de l’Ukraine ?

Politique-L’OTAN dans le piège de l’Ukraine ?

Sylvie Kauffmann du Monde s’interroge sur la stratégie de l’OTAN dans la mesure où rien ne semble pouvoir arrêter les massacres de la Russie et où les sanctions prises contre Poutine se retournent en fait contre l’Occident.

 

 

Les dirigeants de l’OTAN se réunissent à Madrid dans un contexte géostratégique radicalement bouleversé. Le tournant actuel de la guerre, qui paraît favoriser la Russie, les contraint à des choix draconiens, analyse Sylvie Kauffmann, éditorialiste au « Monde », dans sa chronique.

Toute honte bue, le ministère de la défense russe a revendiqué, mardi 28 juin, le bombardement meurtrier du centre commercial de Krementchouk en Ukraine, la veille, prétendant qu’il était désaffecté et que la cible était militaire.

Plus rien ne retient le régime du président Poutine dans sa volonté d’asservir ce pays : ni la décence humaine ni le souci de préserver ce qu’il reste des engagements de l’après-guerre froide pour la sécurité en Europe, comme le montre son annonce du déploiement en Biélorussie de missiles capables d’emporter des têtes nucléaires.

 

C’est dans ce contexte de durcissement extrême que sont réunis les dirigeants de l’OTAN à Madrid, du 28 au 30 juin. Quatre mois après le début de l’invasion de l’Ukraine, le point de non-retour semble désormais atteint dans les relations de l’Alliance atlantique avec la Russie. Et ce point de non-retour va structurer durablement leur horizon sécuritaire, dans un environnement géostratégique bouleversé.

La guerre elle-même est entrée dans une phase difficile pour l’Ukraine et pour ses soutiens occidentaux. Sur le terrain, la stratégie de destruction totale de l’artillerie russe finit par venir à bout de la résistance ukrainienne en plusieurs endroits du Donbass. Kiev est de nouveau frappée. La diplomatie est à l’arrêt, les Nations unies impotentes. L’outil des sanctions, manié à une échelle sans précédent par le camp occidental uni, ne produit pas à court terme les effets escomptés : ni le régime de Vladimir Poutine ni le soutien de la population russe ne paraissent ébranlés, le rouble résiste et, malgré le défaut de paiement de la Russie, le système économique est, pour l’instant, stabilisé.

 

Pis : alors que le blocage par la Russie des exportations de céréales ukrainiennes menace de provoquer une crise alimentaire dans les pays importateurs du Sud, Moscou a réussi à y implanter l’idée que la faute en incombait aux sanctions occidentales. Ainsi, si l’Ukraine et son président, Volodymyr Zelensky, ont très tôt remporté la bataille de l’opinion en Europe, leurs alliés semblent l’avoir perdue dans le reste du monde – raison pour laquelle cinq dirigeants du Sud ont été invités au sommet du G7, lundi.

Parallèlement, les pays européens, particulièrement ceux qui, comme l’Allemagne, étaient très dépendants du gaz russe, se trouvent contraints de modifier radicalement, dans l’urgence, leur politique d’approvisionnement énergétique, au détriment de leurs engagements dans la lutte contre le changement climatique. Conséquence politique non négligeable, les hausses des prix qui en résultent risquent de fragiliser le soutien des opinions publiques à l’effort de guerre en Ukraine.

L’OTAN dans le piège de l’Ukraine ?

L’OTAN dans le piège de l’Ukraine ?

Sylvie Kauffmann du Monde s’interroge sur la stratégie de l’OTAN dans la mesure où rien ne semble pouvoir arrêter les massacres de la Russie et où les sanctions prises contre Poutine se retournent en fait contre l’Occident.

 

 

Les dirigeants de l’OTAN se réunissent à Madrid dans un contexte géostratégique radicalement bouleversé. Le tournant actuel de la guerre, qui paraît favoriser la Russie, les contraint à des choix draconiens, analyse Sylvie Kauffmann, éditorialiste au « Monde », dans sa chronique.

Toute honte bue, le ministère de la défense russe a revendiqué, mardi 28 juin, le bombardement meurtrier du centre commercial de Krementchouk en Ukraine, la veille, prétendant qu’il était désaffecté et que la cible était militaire.

Plus rien ne retient le régime du président Poutine dans sa volonté d’asservir ce pays : ni la décence humaine ni le souci de préserver ce qu’il reste des engagements de l’après-guerre froide pour la sécurité en Europe, comme le montre son annonce du déploiement en Biélorussie de missiles capables d’emporter des têtes nucléaires.

 

C’est dans ce contexte de durcissement extrême que sont réunis les dirigeants de l’OTAN à Madrid, du 28 au 30 juin. Quatre mois après le début de l’invasion de l’Ukraine, le point de non-retour semble désormais atteint dans les relations de l’Alliance atlantique avec la Russie. Et ce point de non-retour va structurer durablement leur horizon sécuritaire, dans un environnement géostratégique bouleversé.

La guerre elle-même est entrée dans une phase difficile pour l’Ukraine et pour ses soutiens occidentaux. Sur le terrain, la stratégie de destruction totale de l’artillerie russe finit par venir à bout de la résistance ukrainienne en plusieurs endroits du Donbass. Kiev est de nouveau frappée. La diplomatie est à l’arrêt, les Nations unies impotentes. L’outil des sanctions, manié à une échelle sans précédent par le camp occidental uni, ne produit pas à court terme les effets escomptés : ni le régime de Vladimir Poutine ni le soutien de la population russe ne paraissent ébranlés, le rouble résiste et, malgré le défaut de paiement de la Russie, le système économique est, pour l’instant, stabilisé.

 

Pis : alors que le blocage par la Russie des exportations de céréales ukrainiennes menace de provoquer une crise alimentaire dans les pays importateurs du Sud, Moscou a réussi à y implanter l’idée que la faute en incombait aux sanctions occidentales. Ainsi, si l’Ukraine et son président, Volodymyr Zelensky, ont très tôt remporté la bataille de l’opinion en Europe, leurs alliés semblent l’avoir perdue dans le reste du monde – raison pour laquelle cinq dirigeants du Sud ont été invités au sommet du G7, lundi.

Parallèlement, les pays européens, particulièrement ceux qui, comme l’Allemagne, étaient très dépendants du gaz russe, se trouvent contraints de modifier radicalement, dans l’urgence, leur politique d’approvisionnement énergétique, au détriment de leurs engagements dans la lutte contre le changement climatique. Conséquence politique non négligeable, les hausses des prix qui en résultent risquent de fragiliser le soutien des opinions publiques à l’effort de guerre en Ukraine.

Adhésion à l’UE : le chemin sera forcément long pour l’Ukraine

Adhésion à l’UE : le chemin sera forcément long pour l’Ukraine

 

Volodymyr Zelensky a demandé l’intégration de son pays à l’UE. Si la demande a été saluée et soutenue par certains États membres, l’Ukraine devra se plier à une procédure d’adhésion complexe. Par Mario Telo, Université Libre de Bruxelles (ULB)

 

Ce 16 juin 2022, durant leur visite commune à Kiev, les dirigeants de la France (présidence en exercice de l’Union européenne), de l’Allemagne, de l’Italie et de la Roumanie ont exprimé leur soutien à la candidature de l’Ukraine à l’UE.

Le 28 février dernier, le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait signé la demande d’adhésion de son pays à l’Union européenne. Une demande que l’UE avait immédiatement commencé à examiner.

À présent que plusieurs dirigeants européens de premier plan ont réitéré leur appui à cette idée, faut-il penser que les 27 seront très bientôt 28 ? Ce n’est pas si simple.

 

Il faut faire la distinction entre une perspective européenne, qui est certaine, et une procédure d’adhésion à l’UE, inévitablement plus complexe. Bien entendu, l’article 49 du Traité sur l’Union européenne donne à tout État européen partageant les valeurs de l’Union la possibilité d’y adhérer. En ce sens, la demande de l’Ukraine est légitime. Par ailleurs, l’Ukraine a gagné la sympathie des Européens depuis la révolte de Maidan en 2014 et, plus encore, depuis le début de l’invasion russe le 24 février dernier.

Toutefois, s’il est de plus en plus certain qu’un jour l’Ukraine sera membre de l’UE, son intégration n’est sans doute pas pour demain. L’article 49 prévoit en effet une procédure qui empêche une adhésion « express ». Quelques éléments de réponse aux principales questions qui se posent aujourd’hui.

Existe-t-il une procédure d’adhésion accélérée à l’UE ?

La réponse est claire : non, elle n’existe pas.

La procédure est la même pour l’Ukraine que pour la Géorgie et la Moldavie, qui ont également présenté leur demande depuis quelques jours. Elle est aussi la même que pour les six pays des Balkans occidentaux (Albanie, Kosovo, Serbie, Bosnie, Monténégro, Macédoine du Nord), qui attendent depuis des années, et pour la Turquie.

La procédure peut de facto être accélérée par la Commission, qui pourrait presser la rédaction de son avis. Mais il faudra encore trois autres élements, qui prendront inévitablement du temps, pour que l’adhésion soit actée.

Tout d’abord, la négociation pour construire l’unanimité des volontés des États au sein du Conseil l’UE (un vote contraire bloquerait la procédure). Ensuite, un vote du Parlement européen à la majorité de ses membres. Enfin, une ratification unanime de la part des Parlements nationaux des 27, y compris via des référendums là où la loi nationale le demande. Cela peut donc prendre des années.

Dans les conditions actuelles, il n’est pas possible de faire entre l’Ukraine seule. Elle n’est qu’un des neuf pays – les six pays des Balkans et les trois pays d’ex-URSS -, si l’on ne tient pas compte du cas particulier de la Turquie, qui s’en éloigne désomais – qui se trouvent désormais dans l’antichambre de l’Union. L’entrée de neuf pays supplémentaires, selon de nombreux observateurs et, sans doute, de nombreux, citoyens provoquerait la paralysie des institutions de l’UE, notamment en matière de politique étrangère.

La politique étrangère se décide par le vote unanime du Conseil politique étrangère présidé par Josep Borrell. Ajouter neuf pays (y compris la Serbie, qui est particulièrement proche de la Russie) dont chacun pourrait, en fonction des circonstances, s’opposer aux décisions communes paraît contradictoire avec le besoin absolu d’une politique étrangère plus efficace et plus forte. Cela vaut aussi pour la politique de défense.

Qui a intérêt à une UE affaiblie dans un monde qui devient de plus en plus dangereux ? Emmanuel Macron a proposé le 9 mai dernier une Communauté politique européenne prévoyant un approfondissement différencié. Quoi qu’il advienne de ce projet, chacun semble reconnaître que l’entrée de plusieurs nouveaux membres serait de nature à compliquer la prise de décision au sein de l’UE.

Rappelons que la plupart des pays d’Europe centrale et orientale ayant posé leur candidature après l’effondrement du bloc communiste ont dû attendre 2004 pour intégrer l’UE. La Roumanie et la Bulgarie ont même dû attendre 2007.

Margaret Thatcher avait souhaité élargir l’UE aux pays d’Europe de l’Est dès 1989. Elle souhaitait ainsi diluer l’UE, l’affaiblir, la transformer en une entité rassemblant aux Nations unies, sans aucune autorité ni identité en politique étrangère. La première ministre britannique avait été bloquée par Jacques Delors, Willy Brandt et François Mitterrand qui avaient voulu renforcer les institutions de l’UE avant d’entamer les procédures de l’élargissement sur la base des « critères de Copenhague », approuvés par le Conseil en 1993 et toujours valables (acquis communautaire, économie de marché, respect de l’état de droit et de la démocratie).

Dans le cas de l’Ukraine, deux problématiques spécifiques viennent s’ajouter. Tout d’abord, il s’agit d’un pays qui compte 45 millions d’habitants et dont le PIB par habitant est l’équivalent d’un quart de celui de la Bulgarie (le pays le plus pauvre de l’UE). Surtout, nous ignorons le statut et la situation de l’Ukraine dans les prochaines semaines, les prochains mois, les prochaines années. Le pays pourrait être partagé en deux comme Chypre, il pourrait être démilitarisé et finlandisé. Personne ne le sait, et personne ne sait, notamment, dans quelle mesure les droits humains seront respectés à l’avenir dans plusieurs parties du pays.

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Par Mario Telo, Président émérite de l’IEE-ULB, membre de l’Académie Royale des sciences de Belgique, Université Libre de Bruxelles (ULB).

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

L’Afrique ne se prononce pas sur l’Ukraine

L’Afrique ne se prononce pas sur l’Ukraine

 

 

Président en exercice de l’Union africaine (UA), Macky Sall explique que l’Afrique ne se prononce pas sur l’Ukraine par peur légitime sans doute des conséquences économiques et sociales pour le continent.(Le Monde)

Reste cependant que cette position n’est pas glorieuse et que l’Europe  aurait dû depuis longtemps envisagé un plan massif de soutien alimentaire aux pays pauvres de l’Afrique qui vont être les plus touchés NDLR

Lors de cet échange, Macky Sall a demandé le déblocage des céréales et des engrais d’Ukraine et de Russie qui ne parviennent plus sur le continent depuis le début de la guerre en février et menacent la sécurité alimentaire de millions d’Africains.

Vous vous êtes dit rassuré par votre rencontre avec Vladimir Poutine. Quelles assurances avez-vous reçues de sa part ?

Ce qui me rassure tout d’abord, c’est que l’on a pu expliquer longuement les attentes du continent africain. Celles qui relèvent de la Russie et celles qui relèvent des autres parties telles que l’Union européenne (UE) ou les Etats-Unis, qui ont imposé des sanctions ayant entraîné des difficultés d’approvisionnement. Ce que m’a dit Vladimir Poutine, c’est qu’en fonction des disponibilités dans le port d’Odessa et à condition que l’Ukraine enlève les mines qu’elle a posées, la Russie est disposée à ne pas intervenir dans cette région pendant ces opérations [de transport de céréales] qui se feraient avec le concours des Nations unies ou d’autres partenaires.

Pour vous, ce sont les sanctions occidentales qui sont responsables de ce blocage ou, comme le dit le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, le Kremlin qui entretient volontairement l’insécurité alimentaire ?

Nous subissons les deux maux. Il y a d’abord les conséquences de la guerre en Ukraine. Mais les sanctions qui ont frappé la Russie, avec notamment le blocage du système de paiement Swift, ont handicapé des pays comme les nôtres pour accéder aux produits russes. Pour le paiement du gaz, un mécanisme a pu être trouvé.

Nous demandons donc qu’il en aille de même pour les difficultés logistiques dans les ports et permettre le paiement des céréales et des engrais avec lesquels nous cultivons. Nous produisons en moyenne avec 17 kg d’engrais par hectare quand en Europe, 100 kg par hectare sont utilisés. Notre agriculture est déjà peu productive. Mais s’il n’y a plus d’engrais ou que le prix est multiplié par trois, il y aura véritablement un risque de famine dans les prochains mois.

UE: En raison de l’Ukraine petits arrangements avec la Pologne

UE: En raison de l’Ukraine petits arrangements  avec la Pologne

 

L’agression russe place l’UE face à un curieux paradoxe : le gouvernement européen, qui se trouve au cœur de l’aide occidentale à l’Ukraine, est celui dont la nature et les pratiques sont les plus hostiles aux valeurs de l’Europe.

Par Jakub Iwaniuk(Varsovie, correspondant du Monde)

 

Depuis le début de la guerre en Ukraine, l’idée domine selon laquelle ce choc géopolitique majeur a contribué à renforcer l’Union européenne (UE), l’OTAN et le partenariat transatlantique. Ces trois piliers du monde occidental, qui multipliaient ces dernières années les signes de faiblesse, ont été consolidés par leurs réponses fermes et unies à la menace russe. Mais ce renouveau sur la forme pourrait bien s’opérer, par manque de vigilance, au détriment du socle commun des valeurs censées souder l’Occident.

Six ans après avoir enclenché une procédure inédite de « sauvegarde de l’Etat de droit » à l’encontre du gouvernement national conservateur polonais du PiS (Droit et justice), la Commission européenne s’apprête à débloquer 36 milliards d’euros du plan de relance post-Covid dû à Varsovie. Ces fonds étaient retenus depuis près d’un an en raison du refus du PiS, présidé par Jaroslaw Kaczynski, de se conformer aux exigences de la Cour de justice de l’Union européenne visant à défendre les normes de l’Etat de droit.

Les démocrates polonais sont pourtant unanimes : en dépit du vote d’une loi se voulant, en apparence seulement, aller dans le sens des exigences de la Commission, aucune des trois conditions initialement posées par Bruxelles n’est remplie. Fruit de laborieuses négociations, l’accord passé entre le gouvernement polonais et l’exécutif européen est qualifié de « compromis délétère » par les défenseurs de la démocratie libérale. Selon eux, aucune des mesures votées n’améliorera la condition de l’Etat de droit dans le pays, et l’approbation de ces solutions de façade pourrait constituer un dangereux précédent.

La Commission européenne détenait pourtant, pour la première fois, un outil de pression efficace pour mettre Varsovie face au mur, et s’attaquer au cœur des problèmes qui minent la démocratie polonaise. Cette occasion manquée laisse un goût amer. La Commission a cédé à la pression géopolitique du moment : avec la guerre en Ukraine, la Pologne est passée du statut de paria de l’Europe à celui de partenaire incontournable, jouant notamment un rôle décisif sur le dossier des livraisons d’armes à Kiev et ayant accueilli près de 2,5 millions de réfugiés.

Si la guerre a redoré le blason du pays et renforcé sa position politique, la nature du pouvoir du PiS, kleptocrate et antidémocratique, n’a en rien changé.

Le pays, instruit par son histoire

Russie et l’Ukraine: Une guerre aussi de générations

 Russie et l’Ukraine:  Une guerre aussi de générations

Volodymyr Zelensky, président de l’Ukraine, a 44 ans ; Vladimir Poutine, son homologue russe, en a 69. Le conflit entre les deux pays n’oppose pas seulement deux Etats, mais aussi deux générations, avec des modes de fonctionnement et des visions du monde profondément divergents.(le monde)

Volodymyr Zelensky, président de l’Ukraine : 44 ans. Denys Chmyhal, son premier ministre : 46 ans. Dmytro Kouleba et Denys Monastyrsky, respectivement ministres des affaires étrangères et de l’intérieur : 41 ans. Chef des services secrets, conseillers du président, procureure générale : tous nés dans les années 1970. La liste pourrait encore s’allonger, et il ne s’agit pas seulement de Kiev. Au fil des avancées (et des reculs) de l’armée russe, on a pu découvrir, dans les régions, des maires ou des gouverneurs intrépides et ayant le sens de l’initiative – à MykolaïvDnipro ou dans les banlieues nord de Kiev… La plupart sont des quadragénaires ou des trentenaires.

Le contraste est saisissant avec l’équipe au pouvoir à Moscou. Vladimir Poutine a 69 ans. La moyenne d’âge de son conseil de sécurité, organe qui joue un rôle central dans le dossier ukrainien, s’établit à 62 ans. L’administration présidentielle, qui détient l’essentiel du pouvoir et qui avait été présentée comme fortement renouvelée, a une moyenne d’âge de 59 ans. Vladimir Poutine en est bien conscient, qui n’a dû cesser depuis son retour au pouvoir en 2012 de reculer ou d’abolir les limites d’âge légales pour les hautes fonctions administratives.

L’âge ne dit pas tout – celui de l’équipe dirigeante américaine rivalise d’ailleurs avec les moyennes russes –, et l’on pourrait surtout remarquer la faible proportion de femmes (plus élevée côté ukrainien). Mais cet élément est tout sauf anodin : le conflit entre l’Ukraine et la Russie n’oppose pas seulement deux pays, mais aussi deux générations, avec des modes de fonctionnement et des visions du monde profondément divergents.

Fin 2021, les chercheurs Maria Snegovaya et Kirill Petrov avaient étudié les parcours professionnels et familiaux du « top 100 » de l’élite russe, pour en conclure que, trente ans après la fin de l’URSS, 60 % de ses membres étaient encore issus de la Nomenklatura soviétique (qui représentait de 1 % à 3 % de la population soviétique).

A cela, il faut ajouter la surreprésentation des siloviki, les « hommes à épaulettes », eux-mêmes héritiers du KGB et des autres organes de sécurité soviétiques, qui constituent un tiers de ce top 100. Le renouvellement existe, mais de manière faussée : les portes sont ouvertes avant tout aux propres enfants de l’élite, même si des technocrates compétents sont parfois promus, notamment aux postes de gouverneurs.

La nostalgie affichée pour l’ère communiste n’est pas uniquement de façade – drapeaux rouges et portraits de Staline. Le vocabulaire, les références de l’URSS abreuvent la classe dirigeante russe. Le ministre de la défense, Sergueï Choïgou, 66 ans, l’homme qui a bâti l’armée « moderne » déployée en Ukraine, défendait encore, fin 2021, un plan aux accents soviétiques : la construction de cinq métropoles d’un million d’habitants en Sibérie…

 

 

Contre l’Ukraine : l’union des dictateurs

Ukraine : l’union des dictateurs

C’est l’ordre international qui est en jeu pour Alain Frachon, éditorialiste au « Monde . Le camp de la liberté contre celui des dictateurs.

Une sorte d’alliance objective des autocrates contre la démocratie, pour se protéger eux-mêmes des secousses internes

La Chine de Xi Jinping a choisi de soutenir, politiquement au moins, la Russie de Vladimir Poutine. Ce n’était pas obligé. Pékin avait des cartes à faire valoir pour jouer un autre rôle – plus apaisant. Mais, au nom d’une ambition supérieure partagée, Xi a jugé plus important de coller à l’argumentaire de Poutine : dans l’affaire ukrainienne, tout est de la faute de l’OTAN, des Etats-Unis, de ce « collectif occidental » sans cesse plus menaçant à l’égard de Moscou – pas un souffle de nuance dans un discours de combat mouliné à satiété par toute la machine de propagande chinoise.

Pourquoi ? Parce que la Russie est l’amie, la camarade de combat dans une bataille menée pour façonner un « nouvel ordre international », pour changer les relations entre Etats au XXIe siècle et pour entrer dans une « nouvelle ère » qui verra la fin du leadership occidental instauré en 1945. La guerre en Ukraine, c’est bien dommage, mais l’intérêt supérieur de Pékin est de sceller dans l’épreuve un partenariat avec la Russie au service d’un objectif précis : créer un environnement international favorable au mode de gouvernement autocratique.

A l’opposé, le président Joe Biden inscrit le soutien apporté à l’Ukraine par les Etats-Unis et leurs alliés dans la lutte opposant démocraties et autocraties – confrontation qu’il juge déterminante pour l’avenir du siècle. Invité début mai au Festival du Financial Times à Washington, Henry Kissinger, 98 ans, dont une bonne partie au service de l’école real-politicienne, laisse, discrètement, entendre qu’il ne reprendrait pas à son compte la formule de Biden. On imagine que l’ancien secrétaire d’Etat referait plus volontiers le « coup » de 1972 : cultiver Pékin contre Moscou…

Mais Kissinger ne nie pas l’offensive diplomatico-idéologique que la Chine mène contre l’Occident sur la scène internationale. Cette campagne, souvent conduite dans un jargon dont la légèreté n’est pas la qualité première, est admirablement racontée par la sinologue Alice Ekman, de l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne (EUISS), dans la publication « China and the Battle of Coalitions » (Chaillot Paper).

Après l’Ukraine , un nouvel ordre mondial ?

Après l’Ukraine , un nouvel ordre mondial ?

L’invasion de l’Ukraine par la Russie révèle au grand jour la nouvelle donne des relations internationales. Elle met à mal le libéralisme, vu comme une panacée depuis la chute du rideau de fer. Par Arthur Silve, Université Laval et Jonathan Paquin, Université Laval.

 

L’invasion russe de l’Ukraine par la Russie a été un réveil brutal pour les défenseurs du libéralisme.

Elle a remis en cause certaines idées reçues et a révélé la fragilité de l’ordre international libéral. Depuis la chute du rideau de fer, en 1989, on pouvait avoir l’illusion d’un ordre mondial guidé par les simples motivations économiques, libéré des guerres et des rivalités militaires entre grandes puissances.

Un ordre au sein duquel les gains économiques et la protection mutuelle étaient garantis par le droit, l’autodétermination des peuples et la résolution pacifique des conflits. Le commerce international, l’investissement transfrontalier, l’établissement des « chaînes de valeur globales », les traités de libre-échange de plus en plus larges, étaient certes motivés par une quête de prospérité individuelle et collective. Ils devaient cependant aussi avoir pour effet de créer des dépendances mutuelles et ainsi empêcher ou atténuer les conflits, et favoriser la diffusion des valeurs occidentales.

Cette interdépendance complexe devait agir comme une force stabilisatrice dans les rapports internationaux puisque la croissance économique et la sécurité des États étaient inextricablement liées. Dans un tel ordre international, pouvait-on croire, la violence est maîtrisée, les guerres interétatiques sont rares et l’invasion, en particulier, d’un État par un autre, a peu de sens.

Or, l’invasion de l’Ukraine par la Russie révèle au grand jour, comme par un glissement tectonique, la nouvelle donne des relations internationales. C’est la plus grande attaque militaire conventionnelle depuis la Seconde Guerre mondiale, et c’est la plus importante remise en cause de l’ordre libéral qui régit les relations internationales depuis l’effondrement de l’Union soviétique.

Professeurs à la Faculté de Sciences sociales de l’Université Laval, et tous deux membres de l’École Supérieure d’Études internationales, nos recherches portent sur la dimension stratégique des relations internationales et sur les aspects politiques du développement économique.

Cette invasion, toutefois, n’est pas le premier signe des difficultés rencontrées par l’ordre international libéral.

La guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, la paralysie croissance des organisations internationales, comme l’OMC, le populisme qui gangrène le bon fonctionnement des institutions internationales, et la croissance significative des budgets de la défense dans de très nombreux pays, nous rappellent que la méfiance, voire la violence, des rapports interétatiques ne sont pas soudainement réapparus avec la guerre en Ukraine.

Ces tendances malheureuses nous rappellent que l’impact de la mondialisation du libéralisme n’a pas fait que des heureux.

Cet ordre était pourtant accompagné d’une narration venue de l’Occident, fondée sur les bienfaits du libéralisme dans les domaines économiques, sociaux, politiques, et culturels. De fait, notre génération, éduquée après la chute du mur de Berlin et du rideau de fer, a du mal à raisonner hors du cadre libéral, à imaginer à quoi ressemble une société fondée sur d’autres principes organisateurs.

Le libéralisme économique, qui repose sur l’idée que la demande doit être l’arbitre ultime des innovations utiles, est probablement le système d’organisation de la production qui a le mieux permis de faire progresser la santé humaine, l’éducation, et la satisfaction de nos besoins matériels. Le libéralisme politique, pour sa part, en soumettant nos dirigeants à la sanction régulière du vote et de l’alternance au pouvoir, était censé les obliger à prendre des décisions dans l’intérêt du plus grand nombre, les empêcher de se laisser capturer par de grands intérêts économiques. Enfin, le libéralisme culturel comptait sur une sélection naturelle sur le grand marché des idées, considérablement élargi avec l’arrivée des réseaux sociaux.

La multiplication des crises financières dans les pays en développement dans les années 1990 témoigne des dangers d’une libéralisation trop rapide. La démocratie sacrifie trop souvent aux intérêts économiques des plus riches, peut-être à cause de la socialisation de nos élites politiques et économiques dans les mêmes écoles, peut-être parce que ce sont les mêmes individus qui prennent des postes de décision successivement dans les secteurs publics et privés, peut-être à cause du financement privé des campagnes électorales.

De même, nous nous sommes progressivement rendu compte que le débat d’idées n’était jamais totalement dénué de biais. Par exemple, nous savions que les règles de fonctionnement des médias sociaux étaient propices à être manipulées, par les grandes marques, par les « influenceurs », par les « usines à trolls », et même par certains candidats politiques dans les démocraties occidentales.

Les critiques de l’ordre libéral viennent aussi de l’extérieur. Certaines idéologies radicales, menacées par le succès de l’idéologie libérale, se sont ainsi mobilisées, utilisant les méthodes du terrorisme et de la répression politique pour la combattre. Il est tristement ironique de constater que les sources de cette critique n’admettraient, elles, aucune remise en question, et ne sont capables d’aucune autocritique.

Au-delà de ces critiques et de l’invasion de l’Ukraine, les difficultés que rencontre l’ordre libéral se rapportent à une même cause : les changements dans la distribution de la puissance dans le système international.

D’un côté, la puissance américaine a permis une diminution du nombre de guerres interétatiques depuis 30 ans. De l’autre, difficile de ne pas voir dans l’invasion de l’Irak en 2003 une démonstration que cette puissance américaine restait avant tout au service de la poursuite de ses intérêts matériels.

Or, depuis la crise économique et financière de 2008, de nombreux ouvrages alimentent le débat sur le déclin présumé de la puissance américaine. Premier constat, cette crise a affaibli l’économie américaine. Les déficits fiscaux ont forcé Washington à réduire ses dépenses et à amorcer un retrait relatif dans le domaine de la gestion des crises internationales, une situation qui tranche avec les interventions passées au Kosovo, en Afghanistan et en Irak.

Deuxième constat, la multiplication des pôles de puissance économiques et politiques a rendu les courants d’influence plus diffus dans le système international. Des pays du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) font valoir leurs intérêts avec plus d’insistance dans leurs relations bilatérales et au sein les forums internationaux.

Troisième constat, les bouleversements observés sont causés par la croissance fulgurante de l’économie chinoise et son affirmation militaire dans la région Asie-Pacifique.

Ces multiples tensions géopolitiques se traduisent par une opposition de plus en plus assumée par certains dirigeants autoritaires à l’ordre libéral. Même si, au fond, la crise ukrainienne a démontré que le leadership américain est encore bel et bien efficace, clairement, sa légitimité morale est de plus en plus contestée.

Et de fait, nombreux sont ceux qui aujourd’hui annoncent un nouvel ordre mondial « réaliste », défini par les rapports de puissance et le jeu à somme nulle.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie marque un tournant vers un monde de concurrence entre les grandes puissances du monde. L’idée d’intérêt national défini en termes de sécurité et de puissance, plutôt qu’en termes de coopération et de croissance, regagnerait l’importance qu’elle avait au XIXe siècle pour justifier les grandes guerres entre les nations européennes ainsi que la colonisation.

Ce nouvel ordre mondial n’est toutefois pas une fatalité. Les prochaines décennies ne sont pas forcément vouées à opposer l’Occident et la Chine (le prestige international de la Russie semblant à ce stade irrémédiablement diminué).

Les conflits, froids ou chauds, coûtent très cher. Chacun a intérêt à éviter les destructions massives qu’un conflit armé occasionne, tant en vies humaines qu’en équipement. La décision prise par Vladimir Poutine d’envahir l’Ukraine nous donne quelques pistes de réflexion pour tenter de prévenir de telles guerres à l’avenir.

Les leçons de la guerre en Ukraine

  • 1) Les grandes puissances doivent apprendre à mieux communiquer entre elles sur leurs capacités et sur leurs ambitions respectives.

Plus facile à dire qu’à faire, dans un monde où l’information et les déclarations politiques peuvent être manipulées à des fins stratégiques. Il reste que deux dirigeants de pays ennemis qui disposent d’informations différentes, ou bien qui lisent ces informations selon deux grilles de lecture incompatibles, mènent presque inévitablement à un désastre.

Il n’y a pas de meilleure démonstration de la difficulté de communiquer clairement que le piètre usage des fameuses « lignes rouges » : entre la ligne rouge établie par Barack Obama quant à l’utilisation des armes chimiques, franchie sans vergogne et sans conséquences par Bachar Al-Assad en Syrie à partir de 2013, et le refus de Joe Biden d’établir la moindre ligne rouge lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. Dans les deux cas, les conséquences d’une si mauvaise communication sont désastreuses.

  • 2) Les États menacés d’un déclassement rapide sont les plus susceptibles de déclencher un conflit armé

Cette constatation a été faite à l’époque par les tenants de la théorie de la transition de puissance et demeure manifestement d’actualité avec l’invasion russe de l’Ukraine. Cette réalité pose la question plus générale de l’évolution rapide des rapports de force, et des guerres qui visent à empêcher aujourd’hui que demain un adversaire ne soit le plus puissant. C’est ce que l’on appelle parfois le « dilemme de sécurité » : un État qui s’arme pour se sécuriser lui-même devient un facteur d’instabilité globale. Dans une course à l’armement, il n’y a que des perdants. Une fois ceci établi, la grande inconnue devient celle de la réaction des États-Unis face à l’émergence de la Chine comme rivale dans les relations internationales.

  • 3) Les pays de l’OTAN ne pourront plus faire l’économie d’investir 2 % de leur PIB dans leurs forces armées.

Au cours de ces trente dernières années, peu de pays occidentaux ont assumé le coût de leur propre sécurité et ont accepté de jouer un rôle dans le maintien de l’ordre international. Dans le contexte actuel, il devient de plus en plus difficile de justifier que certains membres de l’alliance, dont le Canada, ne contribuent pas au moins à hauteur de leur poids économique. À cet égard, l’annonce faite en février dernier par le chancelier Olaf Scholz d’une croissance fulgurante du budget de la défense de l’Allemagne est un pas dans la bonne direction.

L’affaiblissement de l’ordre international libéral ne signifie pas forcément que l’Occident devra renoncer à ses bienfaits. Pour ceux d’entre nous qui espèrent encore bénéficier de la prospérité et de la liberté qu’il apporte, les trois leçons de modération ci-dessus sont cruciales. Elles peuvent faire en sorte que le XXIe siècle ne ressemble pas au 20e - ou pire.

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Par Arthur Silve, Professeur agrégé d’économie, Université Laval et Jonathan Paquin, Professeur titulaire au département de science politique de l’Université Laval, Université Laval

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Après l’Ukraine , un nouvel ordre mondial ?

Après l’Ukraine , un nouvel ordre mondial ?

 L’invasion de l’Ukraine par la Russie révèle  la nouvelle donne des relations internationales. Elle met à mal le libéralisme, vu comme une panacée depuis la chute du rideau de fer. Par Arthur Silve, Université Laval et Jonathan Paquin, Université Laval.

 

L’invasion russe de l’Ukraine par la Russie a été un réveil brutal pour les défenseurs du libéralisme.

Elle a remis en cause certaines idées reçues et a révélé la fragilité de l’ordre international libéral. Depuis la chute du rideau de fer, en 1989, on pouvait avoir l’illusion d’un ordre mondial guidé par les simples motivations économiques, libéré des guerres et des rivalités militaires entre grandes puissances.

Un ordre au sein duquel les gains économiques et la protection mutuelle étaient garantis par le droit, l’autodétermination des peuples et la résolution pacifique des conflits. Le commerce international, l’investissement transfrontalier, l’établissement des « chaînes de valeur globales », les traités de libre-échange de plus en plus larges, étaient certes motivés par une quête de prospérité individuelle et collective. Ils devaient cependant aussi avoir pour effet de créer des dépendances mutuelles et ainsi empêcher ou atténuer les conflits, et favoriser la diffusion des valeurs occidentales.

Cette interdépendance complexe devait agir comme une force stabilisatrice dans les rapports internationaux puisque la croissance économique et la sécurité des États étaient inextricablement liées. Dans un tel ordre international, pouvait-on croire, la violence est maîtrisée, les guerres interétatiques sont rares et l’invasion, en particulier, d’un État par un autre, a peu de sens.

Or, l’invasion de l’Ukraine par la Russie révèle au grand jour, comme par un glissement tectonique, la nouvelle donne des relations internationales. C’est la plus grande attaque militaire conventionnelle depuis la Seconde Guerre mondiale, et c’est la plus importante remise en cause de l’ordre libéral qui régit les relations internationales depuis l’effondrement de l’Union soviétique.

Professeurs à la Faculté de Sciences sociales de l’Université Laval, et tous deux membres de l’École Supérieure d’Études internationales, nos recherches portent sur la dimension stratégique des relations internationales et sur les aspects politiques du développement économique.

Cette invasion, toutefois, n’est pas le premier signe des difficultés rencontrées par l’ordre international libéral.

La guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, la paralysie croissance des organisations internationales, comme l’OMC, le populisme qui gangrène le bon fonctionnement des institutions internationales, et la croissance significative des budgets de la défense dans de très nombreux pays, nous rappellent que la méfiance, voire la violence, des rapports interétatiques ne sont pas soudainement réapparus avec la guerre en Ukraine.

Ces tendances malheureuses nous rappellent que l’impact de la mondialisation du libéralisme n’a pas fait que des heureux.

Cet ordre était pourtant accompagné d’une narration venue de l’Occident, fondée sur les bienfaits du libéralisme dans les domaines économiques, sociaux, politiques, et culturels. De fait, notre génération, éduquée après la chute du mur de Berlin et du rideau de fer, a du mal à raisonner hors du cadre libéral, à imaginer à quoi ressemble une société fondée sur d’autres principes organisateurs.

Le libéralisme économique, qui repose sur l’idée que la demande doit être l’arbitre ultime des innovations utiles, est probablement le système d’organisation de la production qui a le mieux permis de faire progresser la santé humaine, l’éducation, et la satisfaction de nos besoins matériels. Le libéralisme politique, pour sa part, en soumettant nos dirigeants à la sanction régulière du vote et de l’alternance au pouvoir, était censé les obliger à prendre des décisions dans l’intérêt du plus grand nombre, les empêcher de se laisser capturer par de grands intérêts économiques. Enfin, le libéralisme culturel comptait sur une sélection naturelle sur le grand marché des idées, considérablement élargi avec l’arrivée des réseaux sociaux.

La multiplication des crises financières dans les pays en développement dans les années 1990 témoigne des dangers d’une libéralisation trop rapide. La démocratie sacrifie trop souvent aux intérêts économiques des plus riches, peut-être à cause de la socialisation de nos élites politiques et économiques dans les mêmes écoles, peut-être parce que ce sont les mêmes individus qui prennent des postes de décision successivement dans les secteurs publics et privés, peut-être à cause du financement privé des campagnes électorales.

De même, nous nous sommes progressivement rendu compte que le débat d’idées n’était jamais totalement dénué de biais. Par exemple, nous savions que les règles de fonctionnement des médias sociaux étaient propices à être manipulées, par les grandes marques, par les « influenceurs », par les « usines à trolls », et même par certains candidats politiques dans les démocraties occidentales.

Les critiques de l’ordre libéral viennent aussi de l’extérieur. Certaines idéologies radicales, menacées par le succès de l’idéologie libérale, se sont ainsi mobilisées, utilisant les méthodes du terrorisme et de la répression politique pour la combattre. Il est tristement ironique de constater que les sources de cette critique n’admettraient, elles, aucune remise en question, et ne sont capables d’aucune autocritique.

Au-delà de ces critiques et de l’invasion de l’Ukraine, les difficultés que rencontre l’ordre libéral se rapportent à une même cause : les changements dans la distribution de la puissance dans le système international.

D’un côté, la puissance américaine a permis une diminution du nombre de guerres interétatiques depuis 30 ans. De l’autre, difficile de ne pas voir dans l’invasion de l’Irak en 2003 une démonstration que cette puissance américaine restait avant tout au service de la poursuite de ses intérêts matériels.

Or, depuis la crise économique et financière de 2008, de nombreux ouvrages alimentent le débat sur le déclin présumé de la puissance américaine. Premier constat, cette crise a affaibli l’économie américaine. Les déficits fiscaux ont forcé Washington à réduire ses dépenses et à amorcer un retrait relatif dans le domaine de la gestion des crises internationales, une situation qui tranche avec les interventions passées au Kosovo, en Afghanistan et en Irak.

Deuxième constat, la multiplication des pôles de puissance économiques et politiques a rendu les courants d’influence plus diffus dans le système international. Des pays du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) font valoir leurs intérêts avec plus d’insistance dans leurs relations bilatérales et au sein les forums internationaux.

Troisième constat, les bouleversements observés sont causés par la croissance fulgurante de l’économie chinoise et son affirmation militaire dans la région Asie-Pacifique.

Ces multiples tensions géopolitiques se traduisent par une opposition de plus en plus assumée par certains dirigeants autoritaires à l’ordre libéral. Même si, au fond, la crise ukrainienne a démontré que le leadership américain est encore bel et bien efficace, clairement, sa légitimité morale est de plus en plus contestée.

Et de fait, nombreux sont ceux qui aujourd’hui annoncent un nouvel ordre mondial « réaliste », défini par les rapports de puissance et le jeu à somme nulle.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie marque un tournant vers un monde de concurrence entre les grandes puissances du monde. L’idée d’intérêt national défini en termes de sécurité et de puissance, plutôt qu’en termes de coopération et de croissance, regagnerait l’importance qu’elle avait au XIXe siècle pour justifier les grandes guerres entre les nations européennes ainsi que la colonisation.

Ce nouvel ordre mondial n’est toutefois pas une fatalité. Les prochaines décennies ne sont pas forcément vouées à opposer l’Occident et la Chine (le prestige international de la Russie semblant à ce stade irrémédiablement diminué).

Les conflits, froids ou chauds, coûtent très cher. Chacun a intérêt à éviter les destructions massives qu’un conflit armé occasionne, tant en vies humaines qu’en équipement. La décision prise par Vladimir Poutine d’envahir l’Ukraine nous donne quelques pistes de réflexion pour tenter de prévenir de telles guerres à l’avenir.

Les leçons de la guerre en Ukraine

  • 1) Les grandes puissances doivent apprendre à mieux communiquer entre elles sur leurs capacités et sur leurs ambitions respectives.

Plus facile à dire qu’à faire, dans un monde où l’information et les déclarations politiques peuvent être manipulées à des fins stratégiques. Il reste que deux dirigeants de pays ennemis qui disposent d’informations différentes, ou bien qui lisent ces informations selon deux grilles de lecture incompatibles, mènent presque inévitablement à un désastre.

Il n’y a pas de meilleure démonstration de la difficulté de communiquer clairement que le piètre usage des fameuses « lignes rouges » : entre la ligne rouge établie par Barack Obama quant à l’utilisation des armes chimiques, franchie sans vergogne et sans conséquences par Bachar Al-Assad en Syrie à partir de 2013, et le refus de Joe Biden d’établir la moindre ligne rouge lors de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022. Dans les deux cas, les conséquences d’une si mauvaise communication sont désastreuses.

  • 2) Les États menacés d’un déclassement rapide sont les plus susceptibles de déclencher un conflit armé

Cette constatation a été faite à l’époque par les tenants de la théorie de la transition de puissance et demeure manifestement d’actualité avec l’invasion russe de l’Ukraine. Cette réalité pose la question plus générale de l’évolution rapide des rapports de force, et des guerres qui visent à empêcher aujourd’hui que demain un adversaire ne soit le plus puissant. C’est ce que l’on appelle parfois le « dilemme de sécurité » : un État qui s’arme pour se sécuriser lui-même devient un facteur d’instabilité globale. Dans une course à l’armement, il n’y a que des perdants. Une fois ceci établi, la grande inconnue devient celle de la réaction des États-Unis face à l’émergence de la Chine comme rivale dans les relations internationales.

  • 3) Les pays de l’OTAN ne pourront plus faire l’économie d’investir 2 % de leur PIB dans leurs forces armées.

Au cours de ces trente dernières années, peu de pays occidentaux ont assumé le coût de leur propre sécurité et ont accepté de jouer un rôle dans le maintien de l’ordre international. Dans le contexte actuel, il devient de plus en plus difficile de justifier que certains membres de l’alliance, dont le Canada, ne contribuent pas au moins à hauteur de leur poids économique. À cet égard, l’annonce faite en février dernier par le chancelier Olaf Scholz d’une croissance fulgurante du budget de la défense de l’Allemagne est un pas dans la bonne direction.

L’affaiblissement de l’ordre international libéral ne signifie pas forcément que l’Occident devra renoncer à ses bienfaits. Pour ceux d’entre nous qui espèrent encore bénéficier de la prospérité et de la liberté qu’il apporte, les trois leçons de modération ci-dessus sont cruciales. Elles peuvent faire en sorte que le XXIe siècle ne ressemble pas au 20e - ou pire.

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Par Arthur Silve, Professeur agrégé d’économie, Université Laval et Jonathan Paquin, Professeur titulaire au département de science politique de l’Université Laval, Université Laval

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Un emprunt pour reconstruire l’Ukraine

Un emprunt pour reconstruire l’Ukraine 

Dans une tribune au « Monde », les deux parlementaires européens , Luis Garicano,Guy Verhofstadt,Députés européens (Renew Europe)

appellent les Occidentaux à mettre en place des mécanismes de prêts et de subventions pour éviter la faillite de l’Etat ukrainien.

 

Lors de notre récente visite dans la capitale ukrainienne, Kiev, nous avons pu observer la situation désespérée dans laquelle se trouve l’économie ukrainienne. Le Fonds monétaire international estime que le pays perdra cette année la moitié de sa production totale de biens et de services. Le montant des dégâts matériels est incalculable et 5 millions d’Ukrainiens ont fui le pays en raison de la guerre. Selon une étude récente, au moins 200 milliards d’euros seront nécessaires à la reconstruction du pays. Il s’agit d’un effort que l’Europe devra mener, et les pays et donateurs seront prêts à contribuer à ce plan Marshall en temps voulu.

Or, les besoins financiers de l’Ukraine sont urgents et immédiats. En raison de l’arrêt de l’activité économique, les recettes de l’Etat ont considérablement diminué, alors que ce dernier continue à payer les prestations sociales, les retraites, ainsi que les salaires des médecins, enseignants et soldats. D’après le principal conseiller économique du président, Oleg Ustenko, le déficit public mensuel actuel est de l’ordre de 8 milliards de dollars (7,6 milliards d’euros). Compte tenu des graves pertes de production prévues, cela représente un déficit d’environ 8 % du PIB chaque mois. Le gouvernement ukrainien a besoin de 50 milliards de dollars pour combler ce déficit. Sans cela, l’hyperinflation sera inévitable, car le pays devra recourir à la planche à billets.

La priorité absolue à court terme est de garantir des niveaux de liquidité suffisants pour l’Ukraine. La meilleure façon d’y parvenir, et la plus rapide à mettre en place, est d’entamer une restructuration négociée de la dette ukrainienne. Derrière ce raisonnement se trouve une logique économique inhérente : donner la priorité au paiement de la dette a un coût d’opportunité énorme. En 2022, l’Etat ukrainien et la Banque centrale devront effectuer des paiements de plus de 7 milliards d’euros pour rembourser la dette, argent qui ne sera donc pas alloué aux prestations sociales ni à l’armée. Les créanciers privés devraient permettre à l’Ukraine de suspendre ses paiements pendant un an et d’augmenter la maturité de ses obligations afin de réduire la pression qu’exerce la dette sur les finances de l’Etat. Cela a été fait auparavant : ce schéma a été utilisé pour restructurer la dette de l’Equateur à la suite de la pandémie. D’autre part, les créanciers multilatéraux et bilatéraux envers lesquels l’Ukraine a pris des engagements importants en 2022 devraient également se solidariser. Il existe de nombreux précédents d’initiatives d’allégement de la dette de ce type, la dernière ayant été réalisée pendant la pandémie de Covid-19. L’augmentation des garanties de prêts est également une idée forte pour que l’Ukraine obtienne le financement dont elle a besoin.

Taïwan : L’Ukraine de la Chine

 Taïwan : L’Ukraine de la Chine 

 

L’ancien premier ministre du Japon, Shinzo Abe,  analyse dans une tribune au « Monde », les conséquences de l’agression de l’Ukraine par la Russie sur les rapports de force dans la région Indo-Pacifique.

 

Tribune.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie en conduit beaucoup à songer à la précarité de la relation entre la Chine et Taïwan. La situation de l’Ukraine et celle de Taïwan présentent trois similitudes, d’importantes différences intervenant par ailleurs.

Une première analogie réside dans l’écart considérable de puissance militaire entre Taïwan et la Chine, comme entre l’Ukraine et la Russie. Cet écart ne cesse par ailleurs de se creuser année après année. Deuxièmement, ni l’Ukraine ni Taïwan ne disposent d’alliés militaires officiels. Les deux pays doivent faire face seuls aux menaces et aux attaques.

Troisièmement, la Russie et la Chine étant membres permanents et disposant d’un droit de veto au Conseil de sécurité des Nations unies, la fonction de médiation de l’ONU ne peut ici intervenir dans les conflits qui les impliquent. On l’observe concernant l’actuelle agression de l’Ukraine par la Russie, et ce serait également le cas dans l’éventualité d’une crise autour de Taïwan.

Dans le cas de Taïwan, la situation est toutefois encore plus délicate. Si Taïwan ne dispose pas d’alliés, elle entend compter sur le Taiwan Relations Act, une loi américaine de 1979 en vertu de laquelle les Etats-Unis fournissent à l’Etat insulaire les équipements et approvisionnements militaires « nécessaires pour permettre à Taïwan de conserver une capacité d’autodéfense suffisante ». Cette loi constitue une forme de compensation à la réticence de l’Amérique à affirmer qu’elle « défendra Taïwan » si celle-ci est attaquée. Il est temps que ce fonctionnement change.

En réponse à l’agression de la Russie contre l’Ukraine, les Etats-Unis ont rapidement déclaré qu’ils n’enverraient pas de troupes défendre le régime de Kiev. En revanche, dans le cas de Taïwan, les Etats-Unis appliquent une politique d’ambiguïté stratégique. C’est ici qu’apparaît une deuxième différence : la réponse à la question de savoir si les Etats-Unis interviendraient par la force en cas de crise impliquant Taïwan n’est pas claire.

Les Etats-Unis préférant maintenir indéterminée leur position sur la manière dont ils répondraient à une agression contre Taïwan, la Chine se trouve (jusqu’à présent) dissuadée de s’y aventurer militairement. Les dirigeants chinois doivent en effet tenir compte de la possibilité d’une intervention militaire américaine. Dans le même temps, l’ambiguïté des Etats-Unis contraint Taïwan à envisager l’éventualité qu’ils n’interviennent pas militairement, ce qui tempère ici les groupes radicaux pro-indépendance sur l’île.

Crimes de guerre : la justice en direct pour l’Ukraine

Crimes de guerre : la justice en direct pour l’Ukraine

 

Jamais une guerre n’avait aussi rapidement fait l’objet d’une enquête de la Cour pénale internationale, ni suscité aussi vite la coopération de tant d’Etats, constate, dans une tribune au « Monde », l’historienne Sandrine Weil, membre de la Commission de recherche sur les archives françaises relatives au Rwanda.

 

Tribune.

 

 Depuis le 24 février, les mots et les images de guerre ont envahi nos vies, au quotidien. Le monde entier sait désormais non seulement où se situe l’Ukraine, mais également ce qui s’y passe heure par heure. Les politiques, les journalistes, les spécialistes, tout le monde commente à l’envi la guerre qui se déroule sous nos yeux. Les mots ont été lâchés : crimes contre l’humanité, génocide. Chaque jour apporte son lot de nouvelles condamnations, officielles et officieuses.

En 2022, soixante-seize ans après le procès de Nuremberg, qui marque la naissance de la justice pénale internationale, c’est une nouvelle ère qui s’ouvre, celle des images de guerre en temps réel et en flux continu. Ces images, ce sont celles des effets de la guerre sur les populations, les villes, les campagnes, les infrastructures, mais aussi celles des appels à l’aide du président ukrainien, Volodymyr Zelensky, qui utilise tous les canaux mis à sa disposition. Il est sur tous les fronts, réels et virtuels.

Jamais une guerre n’avait aussi rapidement fait l’objet d’une enquête de la Cour pénale internationale (CPI), ouverte le 2 mars, ni suscité aussi vite la coopération de tant d’Etats.

Pour la première fois de l’histoire sans doute, à cette échelle et en temps réel, le monde assiste en spectateur à une guerre « en direct », marquée par une inflation des images montrant tout à la fois le sort des civils, les mouvements des troupes, les armes utilisées… La question se pose de la portée de ces images, de la nécessité d’attester de leur véracité de manière incontestable et donc de leur valeur en tant que preuves.

A Nuremberg en 1945-1946, premier procès pour crimes contre l’humanité, il n’y avait pas d’images de la Shoah. Et pour cause : ces images n’existaient pas. Durant la guerre en ex-Yougoslavie (1991-2001), ce sont les images médiatisées par les ONG qui déclenchent l’indignation et la mise en œuvre de la justice avec la création, en 1993, d’un tribunal ad hoc (le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie) . Mais à cette époque ces images sont rares, diffusées par peu de médias.

Au Rwanda, durant le génocide des Tutsi (avril-juillet 1994), les reporters présents montrent surtout le chaos qui règne, les opérations d’évacuation des expatriés et les affrontements entre l’armée gouvernementale et le Front patriotique rwandais (FPR). Très peu d’images documentent le génocide des Tutsi.

Les services de l’Etablissement de communication et de production audiovisuelle de la défense (Ecpad) qui accompagnent les déploiements militaires français successifs (« Noroît », « Amaryllis », « Turquoise ») fournissent aux chaînes françaises des images de leurs opérations. Mais celles-ci ne montrent pas les tueries, excepté durant l’opération « Amaryllis » (8-14 avril 1994) où, sur quelques images, tournées dans les faubourgs de Kigali et reprises par les journaux de France 2 et TF1, cinq cadavres sont filmés en gros plan.

I

Hongrie et Pologne : Les canards noirs de L’Union européenne ….. malgré l’Ukraine

Hongrie et Pologne : Les canards noirs de L’Union européenne ….. malgré l’Ukraine

 

Les défenseuses des droits humains Marta Pardavi et Elena Crespi appellent, dans une tribune au « Monde », à refuser, malgré la guerre en Ukraine, les demandes de Budapest et de Varsovie de débloquer des fonds européens, « en l’absence de véritables gages de changement » sur les valeurs fondamentales de l’UE.

 

Tribune. 

Quatre ans de plus. C’était couru. Les pronostics n’ont pas menti, ils ont même été dépassés. Viktor Orban a à nouveau remporté le 3 avril les élections législatives en Hongrie, s’engageant pour un quatrième mandat consécutif. En pleine crise géopolitique, avec une guerre sanglante à ses portes et confrontée à des milliers de réfugiés fuyant le conflit en Ukraine, l’Union européenne pourrait avoir d’autres préoccupations en tête. Pourtant, cette réélection revêt une importance fondamentale pour le futur du continent, tant elle promet une mise au défi de ses valeurs les plus centrales.

M. Orban ne s’y est pas trompé, en lançant, bravache, depuis sa tribune, une mise en garde très claire : « Le monde entier a pu voir qu’à Budapest le patriotisme a gagné. C’est notre message à l’Europe : nous ne sommes pas le passé, nous sommes l’avenir ! »

Après douze ans de gouvernance par le Fidesz, le parti du premier ministre Orban, la démocratie en Hongrie a reculé de manière particulièrement inquiétante. Erosion de l’équilibre des pouvoirs, mise au pas des médias, en particuliers publics, qui ne sont plus que de vagues instruments de propagande, musellement de la moindre voix critique dans la société civile, ou sort des minorités, ethniques ou sexuelles, largement dégradé, c’est l’Etat de droit dans son ensemble qui a été ébranlé de façon alarmante et, potentiellement, irréversible.

Les élections du 3 avril l’ont encore prouvé. Parmi les critiques soulevées par les observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), l’inégalité des chances offertes aux candidats était notable : couverture médiatique biaisée, démarcation loin d’être nette entre Etat et parti au pouvoir, ou encore manque de transparence dans le financement de la campagne.

Le référendum anti-LGBTI+, qui a eu lieu en même temps que les élections et qui visait à assimiler l’homosexualité à la pédophilie, est un autre exemple marquant. Cette fois-ci, grâce à une mobilisation exceptionnelle de la société civile et des activistes, les Hongrois l’ont rejeté. Cette consultation populaire n’a été qu’une mascarade, mise en place dans le seul but de rallier du soutien en vue des élections : en effet, une loi similaire est déjà en vigueur depuis juin 2021. Mais avec ce référendum, le pouvoir a préparé les esprits à de nouvelles mesures ciblant les minorités sexuelles.

C’est ainsi que la Hongrie se transforme sous nos yeux en régime « illibéral », suivant l’inspiration poutinienne de son grand frère russe. Un modèle repris d’ailleurs par son voisin polonais, qui a certainement été galvanisé par ce précédent hongrois. Et qui risque d’en inspirer d’autres, ce que la victoire, ce même dimanche 3 avril, du populiste Vucic – grand ami d’Orban – en Serbie semble confirmer.

 

Poutine veut détruire disparition de l’Ukraine

Poutine veut  la disparition de l’Ukraine

« L’objectif de Poutine est-il vraiment d’occuper toute l’Ukraine ? N’est-il pas plutôt de détruire l’Ukraine et de la vider de sa population ?, s’interroge Laurent Thiberge. [...] Quand il fait la guerre, il ne pense pas conquête mais néantisation de l’ennemi. »

 

Ce qui me frappe dans les commentaires permanents des médias sur la guerre menée par Poutine en Ukraine, c’est que leurs auteurs semblent mesurer les résultats de l’offensive russe uniquement à l’aune de la progression territoriale de l’armée de Moscou, laquelle est lente et faible (seulement 10 % du territoire ukrainien occupé). Cela suffit pour beaucoup à en conclure que les Russes ont déjà perdu la guerre.Mais l’objectif de Poutine est-il vraiment d’occuper toute l’Ukraine ? N’est-il pas plutôt de détruire l’Ukraine et de la vider de sa population ? Se « débarrasser de la racaille », disait-il la semaine passée dans un stade de Moscou devant 80 000 figurants. On s’est empressé d’y voir une menace pour ses seuls opposants intérieurs. Mais ne s’adressait-il pas tout autant aux Ukrainiens ?

Marioupol totalement rasée, Mikolaïv ravagée, des villages rayés de la carte, Kharkiv en grande partie détruite – la moitié de sa population a quitté la ville. Combien d’habitants ont-ils quitté Kiev, Kherson, Dniepr, Odessa ? Dix pour cent de la population ukrainienne est déjà réfugiée à l’étranger et ce n’est peut-être qu’un début. Six millions de personnes supplémentaires se sont déplacées à l’intérieur du pays. L’Unicef indique qu’un enfant ukrainien sur deux est d’ores et déjà déplacé.

Poutine n’est pas un conquérant, c’est un éradicateur, un purificateur « ethnique », un barbare inspiré par la vengeance, totalement étranger à l’intelligence du conquérant. On n’écoute pas suffisamment Poutine, il ment tellement qu’on ne le prend pas assez au sérieux. Il a dit que son objectif n’était pas d’occuper toute l’Ukraine. On ne l’a pas cru, on a eu tort. Pourquoi occuperait-il un champ de ruines ?

Nos commentateurs soulignent abondamment qu’il ne peut contrôler un pays de 45 millions d’habitants, plus étendu que la France, avec 200 000 hommes (probablement moins). Mais a-t-il au moins cette intention ? Pourquoi chercherait-il à contrôler toute la population ukrainienne quand il préfère l’exiler, l’affamer, la détruire ?

Cette guerre n’a qu’un sens pour lui : punir l’Ukraine de son indépendance car il sait pertinemment que celle-ci est irréversible. Il préfère une Ukraine détruite humainement et économiquement par l’artillerie et l’aviation russe, une Ukraine amputée du Donbass, du rivage de la mer d’Azov, de la Crimée et de son accès occidental à la mer Noire, plutôt qu’une Ukraine économiquement prospère malgré son indépendance.

L’encerclement et le pilonnage de Kiev et des grandes métropoles est parti pour durer des mois, peut-être des années. L’asphyxie, l’agonie de l’Ukraine sera longue mais Poutine arrivera à ses fins si les Occidentaux continuent à se rassurer en regardant la faible progression territoriale de l’armée de terre russe. Ils en concluent que Poutine a déjà perdu la guerre, mais le maître du Kremlin est bel et bien en train de la gagner. Car, quand il fait la guerre, il ne pense pas conquête mais néantisation de l’ennemi.

Laurent Thiberge, Marly-le-Roi (Yvelines)

Le Monde

Arrêter Poutine et armer l’Ukraine

Arrêter  Poutine et armer l’Ukraine

 

Le cinéaste Romain Goupil a écrit, le 6 avril, cette lettre de Kiev, où il réside depuis un mois. Il exhorte, dans cette tribune au « Monde », les Européens à ne pas laisser impunis les crimes commis par l’autocrate russe.

 

Tribune.

L’état-major russe, après sa grande défaite dans la bataille de Kiev, vient de faire la démonstration de la raison pour laquelle il était interdit de parler de « guerre » en Russie, parce qu’il commet en ce moment un CRIME.

Les mensonges sur les mouvements de troupes qui se massaient tout autour de l’Ukraine étaient estimés par les Européens comme un bluff et un double bluff des Américains.

La première défaite de l’Europe est de ne pas avoir vu, de ne pas avoir compris la logique d’assaut.

Cette invasion planifiée, cet immense mouvement de guerre en plusieurs points de l’Ukraine libre et indépendante devait mettre à bas le gouvernement et l’Etat de droit dans les trois jours. C’est devenu la première défaite de Poutine.

Après cet échec, la campagne de terreur, accompagnée de missiles, de bombardements aériens et de pilonnages de l’artillerie, devait permettre la conquête de Kiev et de toute l’Ukraine. Et c’est devenu la deuxième défaite de Poutine.

Le massacre de la ville martyre de Marioupol annonce désormais le prix sanglant de la suite. Cette pratique du rouleau compresseur, de la guerre « classique », de la terre brûlée a montré aux yeux du monde entier ces véritables pratiques. Prises en otage de civils comme bouclier humain. Puis, lors de leur « retraite rapide », assassinats, tortures, viols, pillages, saccages des villages qui avaient opposé une lutte héroïque en infligeant de lourdes pertes aux soldats, officiers et généraux. Une perte d’environ un tiers de tout le matériel déployé.

Poutine a annoncé la suite des événements : se concentrer sur le Donbass. Poutine revendique le massacre à venir.

Nous devons tout faire cette fois pour empêcher la deuxième défaite de l’Europe. Non, il ne doit pas réduire en cendres les villes et les villages, non il ne doit pas assassiner les civils comme il le pratique à longueur d’offensives. Nous devons résister aux côtés du peuple ukrainien. Plus un seul achat de gaz, de pétrole ou de charbon russes. Embargo total.

Le président lituanien, Gitanas Nauseda, vient de décider le boycott total : « Si nous pouvons le faire, l’Europe le peut aussi. » Le coût pour la Lituanie va être d’environ 2 000 euros par an et par habitant, ce qui est colossal, mais assumé. Il serait pour les Français de 54 euros par an et pour le reste de l’Europe d’environ 100 euros, et on bavasse et on tergiverse. Il nous suffirait d’ouvrir une agence européenne de l’énergie pour mutualiser l’aide aux pays européens qui seraient en grande difficulté, comme nous avons su le faire face au Covid.

Présidentielle : une élection écrasée par l’Ukraine et le Covid

Présidentielle : une élection écrasée par l’Ukraine et le Covid

Finalement la campagne électorale française semble peu mobiliser l’intérêt des électeurs davantage préoccupés par la crise sanitaire et plus récemment par la guerre en Ukraine sans parler de l’inflation qui commence  à plomber le moral des ménages. D’un certain point de vue, les programmes de nombre de candidats paraissent assez hors sujet. Une enquête de la Fondapol sur l’élection montre comment l’épidémie et l’invasion russe ont bouleversé en profondeur le rendez-vous démocratique de 2022.

L’élection des 10 et 24 avril est imprégnée d’une succession de crises. La désaffiliation partisane, le mouvement des «gilets jaunes» et l’opposition aux mesures sanitaires ont nourri des mouvements contestataires qui pourraient bien se répercuter dans les urnes, l’abstention et le vote contestataire pourraient même être sans précédent. L’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février, dernier chambardement en date, a eu pour conséquence un bond dans les intentions de vote pour Emmanuel Macron, devenu chef de guerre.

 

Une grande enquête de la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) pour Le Figaro, réalisée du 10 au 14 mars, souligne que cette crise favorise nettement la position de favori du chef de l’État. 64 % des personnes interrogées sont satisfaites de la façon dont le président gère cette situation, et 39 % de ceux qui sont mécontents de son action comme président louent toutefois sa bonne gestion de la crise. 70 % des Français craignent par ailleurs que le conflit dégénère en Ukraine.

 

Après l’Ukraine, une plus grande dépendance européenne aux États-Unis

Après l’Ukraine, une plus grande dépendance européenne aux États-Unis

Tribune.

 

Le gendarme américain est de retour en Europe. Sous la double pression du Congrès américain et des alliés du flanc est de l’OTAN, l’administration Biden opère un recalibrage, sans précédent depuis la fin de la guerre froide, de la posture de défense des Etats-Unis en Europe. Le nombre de soldats des forces américaines déployées sur le continent est passé de 80 000 à 100 000 en deux mois, se rapprochant du niveau de 1997, quand les Etats-Unis et leurs alliés entamaient le processus d’élargissement de l’Alliance à l’est.

A titre de comparaison, en 1991, il y avait 305 000 militaires américains en Europe, dont 224 000 en Allemagne, selon les archives du Pentagone. Le nombre de troupes américaines a ensuite diminué de manière constante pour atteindre 64 000 en 2020. Washington n’a aucune intention ni volonté politique de revenir aux niveaux de 1991, et son objectif stratégique à moyen et long termes reste l’endiguement de la puissance chinoise. Mais la guerre en Ukraine l’oblige à « repivoter » partiellement vers l’Europe.

 

Pour les Européens, la guerre aura comme conséquence d’accroître leur dépendance militaire et énergétique à l’égard des Etats-Unis. Certes, l’Union européenne (UE) a pris des décisions importantes dans ces deux secteurs, avec l’augmentation des budgets de défense, la livraison d’armes létales à l’Ukraine via la « facilité européenne pour la paix » [un instrument financier doté de 5 milliards d’euros] et l’octroi par les pays membres de l’UE d’un mandat à la Commission européenne pour effectuer des achats de gaz groupés.

Mais l’ambition d’autonomie stratégique, qui a pourtant progressé chez un certain nombre de partenaires de la France, comme les Pays-Bas et la Finlande, est aujourd’hui supplantée par un appel des pays européens à la garantie de sécurité des Etats-Unis, à leur gaz naturel liquéfié et à leur industrie de défense. Ce réengagement des Etats-Unis en Europe s’accompagnera d’une forte pression américaine sur leurs alliés pour qu’ils contribuent davantage à la défense collective de leur territoire, tiennent leurs engagements – ce sera particulièrement vrai pour l’Allemagne – et s’alignent sur leur politique de fermeté à l’égard de la Chine.

La guerre en Ukraine redessine la géopolitique des alliances et montre aussi que la Russie n’est pas isolée à l’international. La démarche occidentale consistant à vouloir « briser » les alliances nouées par Moscou avec un certain nombre de pays sera plus beaucoup complexe, voire impossible, à réaliser.

L’Ukraine révélateur de la vulnérabilité énergétique européenne

L’Ukraine révélateur de la vulnérabilité énergétique européenne

Stéphane Lauer, éditorialiste au « Monde » considère que l’Union européenne doit saisir l’occasion de cette crise pour accélérer la transition énergétique dans un cadre européen plus cohérent, défend dans sa chronique Stéphane Lauer, éditorialiste au « Monde ».

 

 

Chronique. 

« Nous sommes convaincus que l’Europe a besoin d’une politique énergétique commune plus forte (…) qui garantisse l’accès à l’énergie à un prix stable et raisonnable, qui maintienne notre compétitivité industrielle, qui promeuve un développement durable et le passage à une société pauvre en carbone, qui mobilise l’investissement afin de stimuler les perspectives industrielles de demain et qui assure la sécurité d’approvisionnement à tous les Européens. »

Ces phrases auraient pu être prononcées en réaction à l’invasion russe en Ukraine et au choc énergétique qu’elle a provoqué. En fait, elles datent de mai 2010 et sont extraites d’une déclaration commune du Polonais Jerzy Buzek, alors président du Parlement européen, et de Jacques Delors, l’ex-président de la Commission européenne. Près de soixante ans après le lancement de la Communauté européenne du charbon et de l’acier, leur idée était d’amorcer un retour aux sources en redonnant du sens au projet européen grâce à l’énergie.

La question se pose aujourd’hui de comprendre pourquoi, malgré quelques avancées, les belles intentions de l’époque ne se sont pas concrétisées et pourquoi il a fallu attendre l’agression déclenchée par Vladimir Poutine pour réaliser l’étendue de la vulnérabilité énergétique de l’UE.

 « La guerre d’agression russe en Ukraine nous montre de manière dramatique à quel point la sécurité et l’approvisionnement énergétique sont étroitement liés. Nous ne pouvons plus nous permettre d’ignorer cela », reconnaît Patrick Graichen, le secrétaire d’Etat allemand au climat. Il était temps. Si l’aveuglement a été collectif, Berlin a joué un rôle central dans la naïveté dont l’UE a fait preuve. Ni le discours véhément de Poutine contre l’unilatéralisme occidental prononcé en 2007 à la conférence sur la sécurité de Munich, ni le coup de force contre la Géorgie en 2008 n’ont suffi pour convaincre que nos approvisionnements en pétrole et en gaz auprès de la Russie pouvaient, tôt ou tard, poser problème.

Il faut attendre 2009 et une rupture des approvisionnements à l’est de l’Europe provoquée par une brouille russo-ukrainienne sur la rente gazière pour assister au réveil de l’UE, dans lequel la Pologne joue un rôle-clé. « Varsovie peut être critiquable sur d’autres aspects de la construction européenne, mais si nous avions écouté les Polonais à l’époque, nous n’en serions certainement pas là », souligne Thomas Pellerin-Carlin, directeur du centre énergie à l’Institut Jacques-Delors. Mais la Pologne restera isolée jusqu’à ce que la Commission européenne, dans la foulée de l’annexion de la Crimée par la Russie, en 2014, décide enfin d’accélérer la mise en place d’une union de l’énergie.

Poutine veut vider l’Ukraine des pro-ukrainiens

Poutine veut vider l’Ukraine des pro-ukrainiens

Fabrice Balanche est maître de conférences en géographie à l’Université Lyon 2 et chercheur associé au Washington Institute (think-tank) que Poutine veut vider l’Ukraine des pro- ukrainiens pour les remplacer par des pro-russes.

L’exode de plus de 4 millions d’Ukrainiens (selon les dernières prévisions du HCR) pourrait-il changer politiquement le visage du pays et donner un avantage à Poutine en cas de victoire de la Russie ?

Fabrice BALANCHE.- Une des stratégies de Vladimir Poutine est de faire partir les Ukrainiens qui sont potentiellement opposés à une nationalité russe en Ukraine, en particulier les nationalistes. Dans les flux de réfugiés, on retrouve beaucoup de jeunes Ukrainiens et de jeunes familles, une génération née après la chute du mur de Berlin. Eux n’ont connu que la nation ukrainienne émergente et ne sont pas familiers de l’URSS et de la Russie. Ils sont davantage pro-européens et tournés vers l’Ouest, contrairement aux plus âgés. Les jeunes générations sont aussi plus aptes à se révolter, et une des stratégies de la Russie est de vider cette force…

Présidentielle : avec l’Ukraine, «tous les programmes obsolètes»

Présidentielle : avec l’Ukraine, «tous les programmes  obsolètes»

 

Pour une fois, François Hollande n’a sans doute pas tort d’affirmer qu’avec la crise de l’Ukraine tous les programmes électoraux en vue des présidentielles sont obsolètes.

Plusieurs facteurs explicatifs doivent être pris en compte. Il y a d’abord cette inflation structurelle qui menace maintenant très sérieusement la consommation et derrière la croissance. Une évolution antérieure à la crise de l’Ukraine qui ne comporte pas simplement des dimensions conjoncturelles mais des dimensions également structurelles liées à la recomposition du processus de production et de distribution sans parler de la prise en compte des dimensions environnementales.

Un autre facteur dominant doit être intégré à savoir les risques de crise géopolitique qui pourrait étendre l’intensité et le champ géographique de la guerre menée par la Russie. Là aussi c’est durablement que les échanges internationaux se trouvaient bouleversés et les prix des principales matières premières poussées encore davantage vers le haut.

Le dernier élément central est celui de la dette et du financement. Aucun des programmes ne prend en compte la dérive du budget et le gonflement de la dette. Pas davantage le programme de macro que celui des autres. Lesquels sont à peu près tous fondés sur d’hypothétiques économies qui ne sont jamais évaluées et précisées.

«On sait très bien que cela sera beaucoup plus difficile économiquement, on sait que l’on va avoir une inflation beaucoup plus forte, des taux d’intérêt qui vont revenir, une dette publique considérable», ajoute l’ex-président de la République qui au passage, réfute les accusations contre Emmanuel Macron d’une campagne escamotée. «Personne n’avait imaginé en fixant ces dates d’élection que ce serait dans un contexte comme celui-là. C’est vrai que les débats, les réunions ne peuvent pas se faire comme il était imaginé. Mais les sujets qui sont posés sont suffisamment graves pour que ça élève le niveau d’une campagne présidentielle», expose l’ex-président socialiste,.

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