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Crise énergétique : Des solutions mais à long terme

 Crise énergétique : Des solutions mais à long terme

Michel Noiry, CEO de Origa Consulting, cabinet de conseil en FinanceEstime que des solutions existe mais à long terme (dans la Tribune)

 

Dans une tribune en date du 25 juin, les patron(e)s d’Engie, EDF et Total, interpellent la population( de manière un peu hypocrite NDLR)  et nous engagent à faire preuve de sobriété en matière de consommation d’énergie. 

Le système énergétique est actuellement sous tension du fait de la baisse des livraisons de gaz russe par pipeline. Bien qu’en augmentation, les importations de gaz naturel liquéfié sont encore trop limitées pour compenser. Le niveau d’alerte sur les stocks de gaz est élevé et des mesures de rationnement, déjà effectives dans certains pays, doivent être mises en œuvre en France.

S’en suivent des considérations sur les mesures à court terme déjà prises, surtout destinées à faire valoir le caractère sociétal de l’action de nos grands énergéticiens nationaux.

Pour conclure, « ​Nous appelons à une prise de conscience et à une action collective et individuelle pour que chacun d’entre nous – chaque consommateur, chaque entreprise – change ses comportements et limite immédiatement ses consommations énergétiques, électriques, gazières et de produits pétroliers.

Nos objectifs de long terme en faveur de la neutralité carbone seront plus vite atteints par cette mobilisation. Nous poursuivons nos engagements et actions pour accélérer la transition énergétique. Elle n’est plus seulement un impératif face à l’urgence climatique, mais une réponse aux enjeux de souveraineté énergétique ».

Cet étalage de bons sentiments semble révélateur d’un état d’extrême anxiété de la part des auteurs de cette tribune. Le système, principalement le stockage, n’est pas prêt et ne le sera pas d’ici l’hiver pour absorber la reprise de la demande. Les mesures actuelles n’y changeront rien et il faut s’attendre à des pénuries ponctuelles. Même si la France peut paraître relativement protégée par son parc nucléaire, l’interconnexion européenne nous met à égalité avec les maillons les plus faibles de la chaîne. On ne peut, non plus, totalement écarter l’objectif pour ces grands pollueurs de profiter de l’opportunité pour redorer leur blason et de faire valoir que les Français leur doivent en grande partie le confort énergétique dans lequel ils vivent. Une préoccupation n’éliminant pas l’autre.

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Ces injonctions nous font remonter le temps et nous ramènent au premier choc pétrolier de 1973. Le monde allait devoir vivre sans pétrole et devenir énergétiquement sobre. On a vu ce qui en a suivi. Une flambée des prix, une inflexion momentanée de la demande, mais rien de fondamentalement différent. La consommation et la production ont repris avec plusieurs autres chocs en cascade et une adaptation de l’appareil productif. 50 ans plus tard, nous en sommes pratiquement au même point. Les automobiles commencent tout juste à intégrer une part de consommation électrique, plus pour diminuer la pollution urbaine que pour réduire la consommation énergétique. La Russie s’étant aujourd’hui substituée à l’OPEP dans le bras de fer avec l’occident.

Quant est-il exactement ?

En fait, la Russie détient 19% des réserves de gaz naturel mondiales devant l’Iran (16,1%) et les sixièmes réserves de pétrole (6,2%). Son impact au niveau mondial est donc surtout sensible sur le gaz. Le mix énergétique de la France se compose de 40% de nucléaire, 28% de pétrole, 16% de gaz, 14% d’énergies renouvelables et 2% de charbon. Elle importe la quasi-totalité du gaz qu’elle consomme. En 2015, ses approvisionnements émanaient de quatre principaux fournisseurs : Norvège (42%), Russie (11%), Pays-Bas (11%) et Algérie (9%). Aujourd’hui, la Russie a complètement interrompu ses livraisons par pipeline vers la France, mais, si le problème se limitait à ses frontières, celle-ci devrait aisément trouver d’autres sources d’approvisionnement. En réalité, la crise est européenne. Le choix de plusieurs pays de privilégier le gaz fossile, au motif de la faiblesse de son prix, nous met collectivement dans une situation difficile. En effet, avant la crise, le gaz représentait 26% de l’énergie consommée en Allemagne (dont 55% en provenance de Russie) et 42% pour l’Italie (dont 40% d’origine russe).

Les pays occidentaux, qui, il y a peu, tablaient encore jusqu’en 2030 pour sortir de la dépendance au gaz russe, vont devoir aller beaucoup plus vite que prévu, Gazprom coupant progressivement les approvisionnements des pays qui soutiennent l’Ukraine. Ce n’est l’hiver prochain que tout risque de se jouer. En fonction du niveau des stocks et de la température, la saison froide risque d’être difficile à passer en 2022-2023. Il apparaît donc essentiel de remplir au maximum les stocks de gaz dans les mois d’été tout en jouant sur le niveau de consommation grâce à des économies d’énergie.

On peut cependant avoir une lecture différente de l’issue de cette crise. En effet, le marché mondial des énergies fossiles s’apparente à un jeu à somme nulle. Modulo le niveau des stocks, les flux s’équilibrent, les intérêts des producteurs et des consommateurs sont étroitement liés. L’offre étant relativement rigide, ce qui n’est pas consommé dans une zone le sera forcément dans une autre zone de la planète. En d’autres termes, ce que les occidentaux n’achèteront pas se retrouvera forcément sur le marché et sera finalement acheté par d’autres. Le prix devenant le facteur d’ajustement. Paradoxalement, la crise actuelle et l’interruption des approvisionnements européens par la Russie pourraient indirectement peser à la baisse sur l’envolée des cours et redonner des marges de manœuvre aux économies occidentales.

Un tel raisonnement qui va à l’encontre du discours ambiant n’est évidemment valable qu’à court terme. À plus long terme, les pays producteurs peuvent agir sur l’offre en limitant leurs investissements et en ralentissant leur production comme cela s’est passé pour le pétrole depuis les années 70. Pour sortir de la situation actuelle et échapper à la dépendance de la Russie, il y a donc effectivement urgence à promouvoir les politiques d’économies d’énergie. Mais c’est sur le long terme qu’il faut essentiellement jouer notamment en favorisant les techniques de construction et de transport de l’énergie qui permettent de baisser durablement le niveau de consommation à confort égal.




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