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« La crise de l’islam »

« La crise de l’islam »

 

Dans une tribune au « Monde », trois intellectuels démocrates et laïques syriens et libanais analysent la crise de l’islam, soulignant les deux faces de la question : d’un côté, le nihilisme djihadiste ; et de l’autre, la haine des musulmans sans distinction.

L’assassinat de Samuel Paty est venu s’ajouter à une série de crimes terroristes commis par de jeunes musulmans français ou résidant en France. Par son horreur et sa sinistre symbolique, ce meurtre a exacerbé les passions et rendu presque impossible de débattre sereinement de tout ce qui a trait à l’islam et aux musulmans.

C’est ce qui nous incite, comme intellectuels démocrates et laïques et comme héritiers d’une culture plurielle marquée par l’islam, à affirmer que le débat est plus que jamais nécessaire pour échapper au piège que nous tendent les Anzorov.

Ce qu’ils cherchent, ainsi que leurs instigateurs et tous ceux qui justifient leur folie meurtrière, c’est justement à élargir davantage le fossé entre les musulmans et le reste de l’humanité. Et il ne manque pas en Occident de gens qui se plaisent à jouer le même jeu et aimeraient vivre dans des citadelles fortifiées, indifférents à tout ce qui se passe alentour.

La haine du monde, des valeurs de justice, de liberté et d’égalité ne cesse de se répandre dans des milieux musulmans, mais ailleurs aussi, en Europe et aux Etats-Unis, comme en Russie, en Inde, en Chine ou au Brésil. Cela au moment où seule l’éclosion d’une société mondiale solidaire serait à même d’apporter des solutions aux grands problèmes de notre époque, qu’il s’agisse de l’environnement, du réchauffement climatique, des épidémies, des famines ou des migrations.

Aux origines du djihadisme

Le monde d’aujourd’hui, dans sa diversité et son unité, est en crise. Rien ne relie plus ses composantes les unes aux autres. Les musulmans et leur religion en font partie, qu’ils le veuillent ou non. Et Emmanuel Macron n’avait pas tort de dire que l’islam est en crise. Beaucoup d’intellectuels du monde musulman, croyants ou non, le répètent depuis des décennies, et avec des mots plus durs que les siens.

Il n’a rien dit, en revanche, de l’autre crise qui affecte notre monde et qui aggrave celle qui est propre à l’islam. Ni évoqué le fait que la crise de l’islam, qui se manifeste en particulier par la montée en son sein du djihadisme nihiliste, s’envenime au fur et à mesure que se renforcent, en Occident et ailleurs, la xénophobie et le racisme.

La profession même de Samuel Paty, qui enseignait l’histoire, devrait faire réfléchir sur les origines de ce djihadisme. Celui-ci a fait son irruption au début des années 1980 en Afghanistan, quand les Américains se sont employés à faire de ce pays, occupé par l’Union soviétique, une sorte de « Vietnam islamique » qui vengerait le leur. En connivence avec les services pakistanais et avec l’apport en dollars et en prosélytisme wahhabite de l’Arabie saoudite, ils ont mobilisé des milliers de jeunes, les ont entraînés et lancés sur le terrain. C’était en même temps l’époque où la République islamique d’Iran, née de la révolution de 1979, commençait à exporter son idéologie vers les pays voisins, ciblant les minorités chiites, qui se sentaient brimées. En guerre ouverte ou larvée avec ses adversaires, elle a ainsi promu, parallèlement au néosalafisme sunnite, un islamisme chiite aussi radical.

 

« Remise en conformité républicaine de la pratique de l’islam en France  » (CRAN).

« Remise en conformité républicaine  de la pratique de l’islam en France  » (CRAN).

Une tribune dans l’Opinion de Lova Rinel, présidente du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN).

 

 

« Dimanche soir, la tribune vibrante de l’imam et militant anti-islamiste Nassurdine Haidani a démontré l’impératif de la « remise en conformité républicaine » de la pratique de l’islam en France. Avec ces quatre mots, le cap est donné. Au milieu de cette vague d’émotion, c’est de cela dont nous avons besoin. En lien, le virus des parents inquisiteurs drape l’ensemble des disciplines, l’attitude d’élèves réfractaires sclérose l’enseignement public. C’est ce que relève le drame de Conflans-Sainte-Honorine. Si le temps des larmes est humainement nécessaire, l’exigence doit se substituer aux émotions.

La rentrée est étouffante, après l’ouverture du procès Charlie, le retour de l’indicible à nos portes ; silence, on poignarde !

C’est d’abord Zaheer Hassan Mahmoud avec un hachoir pensant alors être à la bonne adresse de Charlie Hebdo, puis maintenant Abdoullah Anzorov qui égorge Samuel Paty. En réaction aux caricatures ? Oui. Une action préméditée ​? Indéniablement. Un acte terroriste ​? Aucunement, analyse le politologue Olivier Roy. Pourtant, les médias parleront sans précaution de terrorisme en évoquant les crimes isolés de déséquilibrés.

Raisonnablement qui peut accepter que l’on tue pour des dessins ​? Osons un réquisitoire contre l’absolutisme des islamistes, brisons le soi-disant interdit du blasphème et rions des caricatures

Pour l’un, le magistrat retient la tentative d’assassinat ​; pour l’autre, rien, il a été abattu. Sont-ils musulmans ​? Oui. #NotInMyName ​? Pas suffisant, on ne combat pas le fondamentalisme avec des tweets. Raisonnablement qui peut accepter que l’on tue pour des dessins ​? Osons un réquisitoire contre l’absolutisme des islamistes, brisons le soi-disant interdit du blasphème et rions des caricatures. Le « ​oui, mais ​» c’est être complaisant, le « ​oui, mais ​» c’est être complice, « ​​oui, mais ​» nous souille.

En revanche, quid du silence en septembre dernier d’une femme voilée poignardée devant sa famille dans un village de la Loire ​? Quid des femmes voilées, au pied de la Tour Eiffel, poignardées récemment avec des injures islamophobes pour un différend de chiens non tenus en laisse.

Dans le premier cas, l’auteur est interné, dans le second le procureur retient la tentative d’homicide volontaire. Dans aucun cas on n’évoque la raison raciste. Raisonnablement qui peut tuer pour une affaire de chiens non tenus en laisse ​? Osons nous indigner de crimes islamophobes et posons l’islamophobie à sa place : hors de la République. Le « ​oui, mais ​» ici poignarde nos valeurs, le « ​oui, mais ​» est complice, le « ​oui, mais ​» nous souille.

Le traitement médiatique et les jeux politiques qui en découlent sont inquiétants. Depuis plus de 20 ans, nous nourrissons la haine de l’autre. En montrant la « population musulmane » comme responsable des maux de la patrie, on pousse à l’indigestion islamophobe et à l’indigestion antirépublicaine. Sincèrement, n’est-il pas le moment de s’interroger ?

Dépassons la paranoïa, dissocions une attaque terroriste de l’assassinat abjecte d’un fanatique, d’un fou. C’est fondamental ! Les mots ont un sens, le terrorisme répond à une logique et une logistique propre et définie. Samuel Paty a été sauvagement tué par un fou nourri par des thèses islamistes. Son crime appelle à d’autres interrogations profondes, celles entre autres d’une idéologie qui veut s’immiscer dans nos écoles. Notre contribution se doit alors d’être maîtrisée et froide, l’émotion est l’exclusivité des familles des victimes. Il en va du respect de nous-même. J’en appelle à l’exigence et à la rigueur intellectuelle.

Samuel Paty n’est pas mort en vain, c’est dans la bouche de Pape qu’il survit. Marianne est indestructible

La laïcité, c’est le casque bleu de la vie religieuse en France. Il serait pourtant déplacé de ne pas prendre en compte l’importance symbolique de la mort horrible de Samuel Paty. Les dieux sont avec nous, nous avons notre Marianne. Il est noir, adolescent et élève au collège du Bois-d’Aulne où enseignait Samuel Paty. Pape Biram nous renvoie à notre responsabilité d’adulte et nous intime de nous ressaisir. Il n’est pas anodin qu’il soit élève, ironie du sort de la force de l’école de la République. Samuel Paty n’est pas mort en vain, c’est dans la bouche de Pape qu’il survit. Marianne est indestructible.

Je le sais, beaucoup d’entre nous sommes meurtris, inquiets pour nos professeurs. Nous devons faire preuve de fraternité. La laïcité n’est ni la traque, ni la tyrannie de l’islam. La République n’est pas le drapeau des islamo-racistes. Comprenons la laïcité ainsi : « soyez chrétiens, athées, musulmans, juifs (et tant d’autres) comme vous le voulez, mais l’Etat ne fera pas la politique que vous voulez, parce que notre politique doit nous permettre de vivre ensemble ». Ces intégristes n’aiment pas Dieu, ces islamo-racistes n’aiment pas la République, humilions-les. S’ils crient, crions plus fort, rendons-les sourds, qu’ils cessent de parler en notre nom.

Nous, musulmans, dénonçons haut et fort l’intégrisme. Nous, non-musulmans, levons-nous contre l’islamo-racisme. La République, c’est être Français sans épithète ; et notre pays, dans toute sa diversité, vaincra ! »

Lova Rinel est présidente du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN).

Le maire Heller de Saint-Etienne craint la stigmatisation de l’islam

Le maire Heller de Saint-Etienne craint la stigmatisation de l’islam

Dans une tribune à l’opinion le maire de Saint-Etienne craint la stigmatisation de l’islam. Une tribune intéressante dans la mesure elle rend bien compte des hésitations et atermoiements de la classe politique depuis des années sur une problématique centrale pour l’avenir de la société. Le maire LR de Saint-Etienne estime que « le président de la République ôte toute dimension universelle au débat législatif qui va s’engager » et « prend le risque d’une stigmatisation de l’islam, appréhendé uniquement sous l’angle d’une radicalisation »

 

 

Le président de la République a souhaité préciser sa pensée concernant la future loi sur les séparatismes qui sera présentée, début décembre, en Conseil des ministres avant examen par le Parlement. Immédiatement, Emmanuel Macron a indiqué que le futur texte de loi sera entièrement destiné à combattre les dangers que fait peser l’islam radical sur notre République et sa cohésion nationale.

De nombreuses évolutions sont à attendre de ce texte concernant, notamment, la loi de 1901 qui touche à la liberté d’association ainsi que, comme le laisse entendre le ministre de l’Intérieur, la loi de 1905 portant sur la laïcité. Il est évident que ces deux lois, textes essentiels, piliers incontournables des libertés fondamentales, ne peuvent être modifiées sans qu’un certain nombre de garanties ne soient apportées par le pouvoir exécutif.

Souhaitons, à l’image de l’abbé Lemire, s’exclamant à la tribune de l’Assemblée nationale le 11 avril 1905, que cette loi « ne laisse pas derrière elle une inquiétude et une injustice ». Avouons, que depuis 2017, malheureusement, le président de la République n’a jamais donné la preuve de savoir toujours éviter les écueils de l’inquiétude et de l’injustice.

Méthode. A cet effet, la méthodologie de discussion qui sera retenue sera absolument primordiale, afin d’éviter tout risque de dérive, au moment des débats, qui pourrait conduire à rogner sur les libertés fondamentales. Il est évident aussi que les collectivités territoriales participent, dans l’esprit du président de la République, de la conception de ce texte à venir. Il reste à espérer que les associations représentatives seront largement associées afin d’apporter leurs éclairages indispensables lors des débats législatifs. Les collectivités en général, et plus spécifiquement les communes, sont au contact direct des associations, en les accompagnant tous les jours, et construisent, aussi, une « laïcité du quotidien » qui permet une déclinaison opérationnelle et pragmatique des valeurs chères à Aristide Briand. Une action bénéficiant, désormais, d’une assise juridique stable offerte par la jurisprudence du Conseil d’Etat, dont il faudra tenir compte au moment des débats.

En revanche, sur le fond, on peut regretter que la longue présentation du président de la République s’intéresse d’abord aux différences d’opinion, en l’espèce religieuses, au risque de se retrouver dans une impasse. En effet, la loi de 1905 s’attache, dans son esprit, d’abord à la question de l’exercice des libertés fondamentales reconnues au citoyen. Ce texte a servi aussi, par extension, à définir le périmètre exact de l’expression, au sein de la sphère publique, de toute opinion religieuse, philosophique ou politique.

En inversant cette logique, le président de la République ôte toute dimension universelle au débat législatif qui va s’engager mais, de surcroît, prend le risque d’une stigmatisation de l’islam, appréhendé uniquement sous l’angle d’une radicalisation, voulue par une infime minorité, dont le danger pour la République et les citoyens, à commencer par nos compatriotes de confession musulmane, est incontestable.

Risque de division. Il aurait été préférable de conserver l’esprit de la loi de 1905 faisant de l’individu d’abord un citoyen et, ensuite, un « porteur de différences ». Cela aurait permis aussi de s’interroger sur l’apport culturel de chacun à ce creuset si précieux qu’est la République. Dans une société fragmentée et en proie à des questionnements sur le vivre ensemble, cela aurait mis aussi le principe de concorde, donc de cohésion nationale, au cœur des débats sans prendre le risque de diviser nos concitoyens entre eux. Ainsi, nous aurions été en mesure de rappeler avec fermeté et sérénité, ce principe incontournable de notre Pacte républicain, à savoir que les particularismes ne peuvent primer sur la loi universelle.

La démarche présidentielle ouvre alors la voie à une négociation pérenne de la République avec tous les particularismes, quelle que soit leur nature, cherchant une reconnaissance au Panthéon des valeurs républicaines. La société française vit, depuis de trop nombreuses années, à l’heure de clivages qui la minent et l’affaiblissent, au moment même où les défis à relever exigent un effort de cohésion. Les Français s’interrogent sur le sens même du projet partagé qui doit servir de moteur à la Nation. En les opposant tour à tour sur le plan économique, social, politique ou des enjeux de société, nombreux sont ceux, parmi nos responsables politiques, qui ont pris le risque, en jouant aux apprentis sorciers, de provoquer des cassures qui pourraient, à terme, se révéler irréparables.

Il est temps que le président de la République, après avoir affronté la crise des Gilets Jaunes, prenne la mesure de ces cassures profondes et du besoin de créer les conditions mêmes d’une réconciliation à laquelle les Français, dans leur ensemble, aspirent de manière intense. Il est temps que notre réflexion politique replace, au centre du débat, le citoyen, être doué de droits et devoirs, dont la liberté ne saurait, au nom des différences qui sont les siennes, venir miner notre maison commune : la République.

Est-ce un nouveau rendez-vous manqué pour le président de la République ?

Gaël Perdriau est maire de Saint-Etienne et vice-président des Républicains.




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