Archive pour le Tag 'L’intérêt'

Vaccin : le profit avant l’intérêt général

Vaccin : le profit avant l’intérêt général

 

Il faut faire des traitements et des vaccins anti-Covid des biens communs de l’humanité expliquent, dans une tribune au « Monde », une centaine d’experts du monde médical, parmi lesquels Alfred Spira, Patrick Pelloux, Henri Sterdyniak ou Hélène Colombani, appelant à organiser la mutualisation de toutes les technologies validées.

Tribune.

 

On se rappelle en mai 2020 la déclaration du président de la République d’instituer le vaccin comme un bien public mondial : « Si nous arrivons ensemble à développer un vaccin produit par le monde entier, pour le monde entier, on pourra alors véritablement parler d’un bien public mondial d’une importance unique pour notre siècle. Avec nos partenaires, nous nous engageons à le rendre disponible, accessible, abordable par tous ».

Or nous y sommes. Et dans un contexte de course de vitesse entre les mutations du virus et l’augmentation de la production des vaccins pour protéger la population mondiale, la capacité industrielle est à l’évidence trop limitée. Des vaccinations programmées sont annulées et retardées en France et en Europe, alors que la demande vaccinale de la population se renforce, et nous ne sommes pas en mesure de répondre à l’appel du ministre de la santé d’Afrique du Sud qui demande l’accès aux stocks de vaccins.

Les annonces récentes de sous-traitance d’une partie de la production à quelques laboratoires venus en renfort, pour conditionner le vaccin ou fabriquer le principe actif de quelques centaines de millions de doses en 2021 ou 2022, ne suffisent pas à changer la donne.

Pour cela, il faut organiser la mutualisation de toutes les technologies validées pour essaimer la production à l’échelle européenne, à notre porte, et à l’échelle mondiale. On sait que l’on ne peut pas contrôler la pandémie si on laisse proliférer et circuler des variants, qu’ils viennent de Grande-Bretagne, de Californie, d’Afrique du Sud ou du Brésil.

Or l’Union européenne (UE) et les Etats membres disposent des moyens juridiques pour suspendre les brevets en temps d’urgence sanitaire, notamment les licences d’office ou obligatoires, et organiser les transferts de technologie vers tous les laboratoires industriels compétents.

En France, la loi d’urgence pour faire face à l’épidémie de Covid-19 du 23 mars 2020 a prévu « de prendre toute mesure permettant la mise à la disposition des patients de médicaments appropriés pour l’éradication de la catastrophe sanitaire ».

Le Conseil de l’Europe vient d’adopter un amendement en ce sens et demande à tous les Etats membres et à l’Union européenne « de surmonter les obstacles et les restrictions découlant des brevets et des droits de propriété intellectuelle, afin d’assurer la production et la distribution à grande échelle de vaccins dans tous les pays et pour tous les citoyens ».

« Quel intérêt de la 5G»

Quel intérêt de la 5G»

Le consultant Hadrien Gautrot souligne dans le Monde  le principe de dépossession et de centralisation qui préside aux usages potentiels de cette technologie de télécommunication.

Tribune.

 

Depuis plusieurs mois, la 5G attise les passions : sur la santé, l’écologie, les données personnelles… Ce débat qui aurait pu être une querelle d’experts, de normes et de standards est devenu un sujet de société. Et c’est une bonne nouvelle. Car la 5G aura une influence sur nos vies. Elle rendra possibles, nous promet-on, la voiture autonome, la ville intelligente, l’industrie 4.0, et plus généralement l’Internet des objets : l’interconnexion de toute chose.

La connexion fait gagner du temps, de l’espace et de la matière. Pourtant, la connexion signifie aussi l’externalisation de la décision

La 5G optimisera l’utilisation des ressources. La voiture autonome, par exemple, fluidifiera le trafic, réduira la mortalité et passera moins de temps au garage qu’une automobile traditionnelle. La connexion fait gagner du temps, de l’espace et de la matière. Pourtant, la connexion signifie aussi l’externalisation de la décision. Des mains du conducteur, celle-ci repose désormais sur un réseau d’objets – serveurs, véhicules, mobilier urbain, etc. La délocalisation de décisions humaines vers des supports externes est l’une des promesses de la 5G.


Le frigo qui commande des yaourts avant que vous ayez fini le dernier pot ou la brosse à dents qui réserve une visite chez le dentiste, c’est précisément le déplacement d’une volonté vers un dispositif. L’externalisation entraîne du confort mais elle donnera le pouvoir aux propriétaires des systèmes de décision. Ces décisionnaires prendront en charge des composantes de plus en plus importantes de l’existence, à l’image des plates-formes numériques dont les algorithmes nous affectent aujourd’hui en tant que lecteurs, consommateurs, électeurs, etc.

Un rapport exclusivement fonctionnel

Le premier symptôme de la dépossession, c’est la fin de la propriété individuelle. Le passage d’une économie de la possession à une économie de l’usage aura de nombreux effets collatéraux. D’abord le rapport aux objets sera profondément modifié. Il sera utilitaire avant d’être affectif. Nos meubles, voitures, vêtements prolongent notre identité et servent de supports à nos souvenirs. Bien qu’automatisés, les objets du quotidien ne seront plus « animés » comme leurs prédécesseurs.

 

L’intérêt général et-ou l’intérêt national

L’intérêt général et-ou  l’intérêt national 

Thierry Aimar, maître de conférences en sciences économiques à l’université de Lorraine, et enseignant de neuroéconomie à Sciences Po fait une clarification sur les concepts d’intérêt général et ou d’intérêt national,.( chronique dans la Tribune)

 

« Le souverainisme occupe de plus en plus de place dans le champ médiatique. Il n’en reste pas moins un écran de fumée qui cache une triste réalité. Sous le couvert idéologique de l’intérêt national, il n’exprime que l’intérêt d’employés et de producteurs dotés de trop faibles avantages comparatifs pour maintenir leur revenu dans l’échange international. Refusant de voir s’abaisser leurs rémunérations au niveau correspondant à leur véritable création de valeur, ils cherchent à se créer des rentes en empêchant leurs concurrents étrangers d’offrir leurs services en capital, travail ou marchandises sur le marché domestique. A cause de ces barrières à l’entrée, leurs concitoyens se voient obligés de consommer des biens plus chers en les achetant à des producteurs nationaux moins efficaces.

On évoque souvent l’idée que ces consommateurs sont eux-mêmes des employés nationaux et qu’ils devraient logiquement s’opposer à une mondialisation qui nivelle leurs salaires. Mais si la concurrence internationale est réduite à cause des restrictions douanières, moins de biens seront présents sur le marché domestique et leur prix sera plus élevé (ce qu’admettent d’ailleurs eux-mêmes les souverainistes). Les salaires réels des travailleurs nationaux, c’est-à-dire leur pouvoir d’achat, diminuera alors. Où sera alors le bénéfice des employés? Non seulement la création de richesse sera globalement plus faible, mais une partie de la contribution des employés à sa formation ira dans les poches de producteurs capitalistes refusant le match de la concurrence. Est-ce cela « l’intérêt national »?

On pourrait objecter que si nos avantages comparatifs sont si faibles comparativement à d’autres pays, par exemple la Chine, c’est que leurs salariés sont payés au-dessous de leur productivité. Mais alors, ce sont nos consommateurs nationaux qui bénéficient de rentes en bénéficiant de produits en dessous de leur valeur réelle ; ce sont nos entreprises nationales qui payent des matières premières ou des équipements à des prix cassés. Les premières victimes de cette politique, ce n’est pas nous, mais ces travailleurs ou producteurs étrangers censés nous exploiter en inondant notre marché domestique ; si on considère que ces avantages comparatifs sont liés à un trop-plein démographique permettant à ces pays de payer moins chers leurs salariés et de produire ainsi des biens à meilleur coût, rappelons que ces déséquilibres de population ne sont que le résultat de nos propres barrières à l’immigration. Les frontières ont été fermées car l’arrivée d’une main-d’œuvre étrangère remet en question les rentes des salariés nationaux qui ne peuvent ainsi maintenir leur revenu qu’au détriment des salariés étrangers et des consommateurs nationaux. C’est donc l’insuffisance de la mondialisation et non pas son excès qui serait responsable de cette situation démographique asymétrique.

 

Il faut arrêter de se voiler la face. La globalisation n’est pas ce monstre décrit par les souverainistes. Elle est le produit d’une évolution naturelle qui donne à chacun, quelque soit sa nationalité, sa race, son genre ou sa religion, la liberté de participer à la création de valeur et d’être rémunéré en proportion de sa contribution. Vouloir créer au sein des espaces nationaux une rareté artificielle en empêchant des biens ou du travail étrangers d’y pénétrer ne préserve que les intérêts de corporations qui se protègent de leur inefficacité au détriment du reste de leurs concitoyens.

La véritable source de la tentation souverainiste n’est pas la mondialisation. C’est la complaisance vis-à-vis de nous-mêmes; ce sont des mentalités régressives, une sottise arrogante, une Foire aux Vanités et un culte du decorum dignes de l’Ancien Régime; c’est notre absence de vision entrepreneuriale, notre esprit d’assistanat qui propage et généralise l’irresponsabilité du haut en bas de la société, de la famille jusqu’aux plus hautes sphères de l’État ; c’est notre goût du pathos et de l’émotion qui contamine les esprits. En résumé, c’est une forme de décadence intellectuelle et morale qui s’exprime derrière la rhétorique souverainiste. Ce qui est savoureux lorsqu’on entend ses lettrés partisans vouloir y mettre un terme.

Le souverainisme national se proclame l’ennemi du communautariste. Mais il n’est pourtant qu’un élément parmi d’autres de la guerre intercommunautaire pour s’approprier par la politique un territoire collectif, soumettre les individus qui s’y trouvent à ses propres diktats et à exclure les autres lorsqu’ils menacent les rentes des insiders. Comme toutes les autres formes de communautarisme, il sert de prétexte à des acteurs incapables de s’assurer un revenu par l’échange pour pouvoir prélever, grâce à la réglementation, une part du produit social supérieure à leur propre contribution. L’intérêt national n’est pas l’intérêt général. C’est de la pure prédation, masquée par le principe de solidarité, qui s’organise au profit de minorités privilégiées et au détriment non seulement des consommateurs nationaux, mais des créateurs de valeurs du monde entier. Le souverainisme ne dépasse pas du tout le communautarisme. Il en est simplement l’expression la plus institutionnalisée. »

 




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