Archive pour le Tag 'L’inflation'

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L’amortissement de la dette par l’inflation

L’amortissement de la dette par l’inflation

L’inflation: Une bonne nouvelle pour les Etats endettés comme la France et une mauvaise nouvelle pour les revenus du travail et l’épargne.

 

Nombre d’experts ne cessent de s’interroger sur les moyens complexes d’amortissement d’une dette publique qui ne cesse de s’amplifier. En réalité, la solution est à la fois simple et habituelle : par l’amputation des revenus du travail et de l’épargne.Le problème c’est qu’avec une telle politique qui ampute le pouvoir d’achat, c’est qu’on risque de tuer la croissance par ailleurs menacée par la reprise de la pandémie avec le variant omicron.

En gros, les prix en France auront augmenté de l’ordre de 3 % en 2021 mais la rémunérations de l’épargne par exemple du livret à demeure à 0,5 %. Même chose les salaires qui ne seront pas augmentés de 3 % mais sans doute en moyenne de 1 % comme le SMIC début 2022. Les revenus du travail comme l’épargne sont donc rognées progressivement au service du remboursement de la dette. Une sorte de dévaluation de fait. . L’épargne garantie des particuliers est en moyenne rémunérée 0,63 % avant impôt, selon le relevé mensuel publié ce 2 décembre par la Banque de France.

 

Le retour de l’inflation ?

Le retour de l’inflation ?

 

La hausse des prix repart de façon très nette aux Etats-Unis, mais aussi en Europe. Un phénomène qui, s’il s’inscrit dans la durée, pourrait provoquer une érosion du pouvoir d’achat, et risquerait de casser la croissance estime un papier du Monde.

Pendant des années, la plupart des économies avancées se sont lamentées sur la disparition de l’inflation. Malgré la croissance, une situation de plein-emploi dans la grande majorité d’entre elles et des taux d’intérêt à des niveaux historiquement bas, les indices de prix restaient désespérément atones. A ce moment de la crise pandémique, la forte reprise fait enfin sortir l’inflation de sa torpeur. La question est de savoir jusqu’à quel point.

C’est aux Etats-Unis que la tendance est la plus nette. En octobre, les prix se sont envolés de 6,2 % sur un an. Du jamais-vu depuis novembre 1990. En zone euro, le rebond est pour le moment moins spectaculaire, mais la hausse de 4,1 % sur un an enregistrée en octobre constitue un plus haut depuis treize ans.

Dans un premier temps, économistes, banquiers centraux et dirigeants politiques ont affirmé que le phénomène était transitoire. Le rebond spectaculaire enregistré depuis la généralisation de la vaccination contre le Covid-19 a provoqué une désorganisation des circuits d’approvisionnement. L’offre ayant du mal à s’ajuster à la demande, des goulets d’étranglement se forment et tirent les prix à la hausse. Energie, matières premières, biens intermédiaires, difficultés de recrutement : les déséquilibres se multiplient, mais devraient se résorber progressivement, expliquent-ils. Voire !


Depuis le déclenchement de cette crise, rien ne se passe comme prévu. La pandémie devait provoquer une explosion du chômage et une avalanche de faillites. Ni l’une ni l’autre n’ont eu lieu. Sur l’inflation, le ton rassurant d’il y a six mois n’est déjà plus de mise. Les banques centrales admettent désormais que la transition sera plus longue qu’anticipée.

Il est encore trop tôt pour dire si le provisoire a vocation à durer. Si un peu d’inflation n’est pas mauvais, la vigilance est de mise. La formation d’une boucle entre la hausse des prix et celle des salaires aurait des effets économiques et politiques aux conséquences incontrôlables.

Aux Etats-Unis, les rémunérations sont déjà clairement orientées à la hausse, tandis qu’en Europe la flambée des prix de l’énergie commence à nourrir des revendications dans le même sens. Dans la plupart des pays de l’OCDE, depuis des décennies, les salaires réels progressent moins vite que la productivité, aboutissant à une déformation du partage de la valeur ajoutée au profit du capital. La demande d’un rééquilibrage n’a jamais été aussi forte.


elle-ci est légitime pourvu que l’on n’assiste pas au même scénario que dans les années 1970, lors du premier choc pétrolier, qui a débouché sur une période de stagflation mêlant ralentissement de la croissance et forte augmentation des prix et des salaires. Certes, celle-ci avait permis à toute une génération d’emprunteurs d’accéder plus facilement à la propriété en allégeant le coût des mensualités de remboursement.

Rien ne dit que les mêmes effets redistributifs se reproduiraient aujourd’hui : les prix de l’immobilier sont beaucoup plus hauts, empêchant quantité d’emprunteurs d’entrer sur le marché. En revanche, l’histoire a montré qu’une inflation durable provoque à la fois une érosion du pouvoir d’achat, dont les premières victimes sont les revenus les plus faibles, et une perte de valeur de la monnaie qui ronge l’épargne.

La ligne de crête est périlleuse. Agir trop tôt pour prévenir les menaces inflationnistes risquerait de casser une croissance chèrement acquise grâce à des politiques budgétaires inédites. Laisser courir la hausse des prix mènerait à un mirage dont les effets pourraient être tout aussi douloureux.

L’idée de « l’inflation temporaire » ressortie du tiroir (UE)

L’idée de  l’inflation temporaire ressortie du tiroir (UE)

 

 

Sans doute pour se rassurer par rapport au phénomène de l’inflation qui repart très nettement en Europe, l’union européenne sollicite à nouveau le concept d’inflation temporaire. Une inflation qui devrait se situer autour de 2, 4 % en moyenne en 2021 puis retombaient à 2,2 % l’an prochain. Notons que 2,2% s’appliqueront aussi sur la hausse précédente.(soit près de 6% en deux ans).  La commission européenne se réjouit de la progression de la croissance du PIB autour de 5 % en 2021. Un redressement indiscutable mais qui correspond cependant à la chute de 2020 pour 2022 le pronostic de l’union européenne avec une augmentation du pipe à 4,3 % ( prévisions revues en baisse) paraître bien optimiste

Après une chute historique de 6,6% en 2020, l’économie européenne reprend des couleurs. Elle avait retrouvé la croissance au printemps et celle-ci s’est poursuivie à un rythme soutenu durant l’été, grâce à la levée des restrictions sanitaires qui pesaient notamment sur les services liés aux loisirs (hôtellerie, restauration, voyage…).

Dans le détail, Bruxelles a légèrement augmenté sa prévision de croissance du PIB pour 2021, en passant de 4,8% à 5%, tout en abaissant son pronostic pour 2022 à 4,3%, contre 4,5% attendu jusqu’ici, en raison de la nouvelle flambée épidémique qui frappe l’Europe depuis plusieurs semaines, notamment dans les pays d’Europe centrale où la vaccination reste faible.

Le rebond est particulièrement fort en France (+6,6% de croissance du PIB en 2021, +3,8% en 2022) et en Italie (+6,2% et +4,3%), deux pays qui avaient été très touchés par la crise, tandis que le PIB de l’Allemagne, moins touchée en 2020, progressera de 2,7% cette année et 4,6% l’an prochain.

Hausse de l’inflation : plus 2,6 % en octobre

Hausse de l’inflation : plus 2,6 % en octobre 

l’Insee a confirmé mardi la hausse  des prix à la consommation en hausse de 2,6% sur un an au mois d’octobre dans l’Hexagone. Avec les problèmes d’approvisionnement, le spectre de l’inflation, capable de faire reculer le pouvoir d’achat et la croissance – tous deux nécessaires pour financer les plans de relance et l’Etat -, pourrait planer jusqu’à la fin 2022, a récemment concédé le ministre de l’Economie Bruno Le Maire.

Sur un mois, l’inflation atteint 0,4%, après -0,2% en septembre (+2,2%), confirme encore l’Insee. La hausse a été une nouvelle fois tirée par les prix de l’énergie. « Cette hausse de l’inflation résulte d’une accélération des prix de l’énergie (+20,2% après +14,9% en septembre) et des services (+1,8% après +1,4%)« , détaille l’Institut national de la statistique dans un communiqué.

Cette hausse persistante des prix n’inquiète pas davantage pour l’instant la Bourse de Paris et les places européennes. Mardi matin, le CAC 40 évoluait en hausse de 0,22%, désormais bien au-delà de son pallier record des 7.000 points (7.144 points).

En Allemagne, le taux de l’inflation se rapproche des 5% sur un an, un niveau inédit depuis 30 ans. Du coup la presse populaire tire à boulets rouges sur la Banque centrale européenne (BCE), dont la politique des taux maintenus au plus bas.

En Espagne, elle a aussi atteint 5,4% en octobre, selon l’Institut national de la statistique (INE).

En Russie, où l’inflation a atteint 8,1% sur un an, est qualifiée de « désastre » car elle appauvrit la population, a noté lundi la présidente de la Banque centrale, Elvira Nabioullina.  »Une inflation élevée détruit vraiment la prospérité. Et quand on nous dit que (…) l’essentiel est de maintenir le taux d’intérêt bas pour que le crédit augmente partout, nous ne pouvons pas être d’accord avec cela », a-t-elle dit devant le législateur.

 

L’idée de l’inflation temporaire ressorti du tiroir (UE)

L’idée de  l’inflation temporaire ressorti du tiroir (UE)

 

 

Sans doute pour se rassurer par rapport au phénomène de l’inflation qui repart très nettement en Europe, l’union européenne sollicite à nouveau le concept d’inflation temporaire. Une inflation qui devrait se situer autour de 2, 4 % en moyenne en 2021 puis retombaient à 2,2 % l’an prochain. Notons que 2,2% s’appliqueront aussi sur la hausse précédente.(soit près de 6% en deux ans).  La commission européenne se réjouit de la progression de la croissance du PIB autour de 5 % en 2021. Un redressement indiscutable mais qui correspond cependant à la chute de 2020 pour 2022 le pronostic de l’union européenne avec une augmentation du pipe à 4,3 % ( prévisions revues en baisse) paraître bien optimiste

Après une chute historique de 6,6% en 2020, l’économie européenne reprend des couleurs. Elle avait retrouvé la croissance au printemps et celle-ci s’est poursuivie à un rythme soutenu durant l’été, grâce à la levée des restrictions sanitaires qui pesaient notamment sur les services liés aux loisirs (hôtellerie, restauration, voyage…).

Dans le détail, Bruxelles a légèrement augmenté sa prévision de croissance du PIB pour 2021, en passant de 4,8% à 5%, tout en abaissant son pronostic pour 2022 à 4,3%, contre 4,5% attendu jusqu’ici, en raison de la nouvelle flambée épidémique qui frappe l’Europe depuis plusieurs semaines, notamment dans les pays d’Europe centrale où la vaccination reste faible.

Le rebond est particulièrement fort en France (+6,6% de croissance du PIB en 2021, +3,8% en 2022) et en Italie (+6,2% et +4,3%), deux pays qui avaient été très touchés par la crise, tandis que le PIB de l’Allemagne, moins touchée en 2020, progressera de 2,7% cette année et 4,6% l’an prochain.

Le concept de l’inflation temporaire ressorti du tiroir (UE)

Le concept de l’inflation temporaire ressorti du tiroir (UE)

 

 

Sans doute pour se rassurer par rapport au phénomène de l’inflation qui repart très nettement en Europe, l’union européenne sollicite à nouveau le concept d’inflation temporaire. Une inflation qui devrait se situer autour de 2, 4 % en moyenne en 2021 puis retombaient à 2,2 % l’an prochain. Notons que 2,2% s’appliqueront aussi sur la hausse précédente.(soit près de 6% en deux ans).  La commission européenne se réjouit de la progression de la croissance du PIB autour de 5 % en 2021. Un redressement indiscutable mais qui correspond cependant à la chute de 2020 pour 2022 le pronostic de l’union européenne avec une augmentation du pipe à 4,3 % ( prévisions revues en baisse) paraître bien optimiste

Après une chute historique de 6,6% en 2020, l’économie européenne reprend des couleurs. Elle avait retrouvé la croissance au printemps et celle-ci s’est poursuivie à un rythme soutenu durant l’été, grâce à la levée des restrictions sanitaires qui pesaient notamment sur les services liés aux loisirs (hôtellerie, restauration, voyage…).

Dans le détail, Bruxelles a légèrement augmenté sa prévision de croissance du PIB pour 2021, en passant de 4,8% à 5%, tout en abaissant son pronostic pour 2022 à 4,3%, contre 4,5% attendu jusqu’ici, en raison de la nouvelle flambée épidémique qui frappe l’Europe depuis plusieurs semaines, notamment dans les pays d’Europe centrale où la vaccination reste faible.

Le rebond est particulièrement fort en France (+6,6% de croissance du PIB en 2021, +3,8% en 2022) et en Italie (+6,2% et +4,3%), deux pays qui avaient été très touchés par la crise, tandis que le PIB de l’Allemagne, moins touchée en 2020, progressera de 2,7% cette année et 4,6% l’an prochain.

Sondage : Zemmour ou Le Pen devant

Le risque que l’inflation tue la croissance

 

 

Le concept d’une inflation temporaire et de faible niveau bas sérieusement de l’aile chez les experts. En fait l, a hausse des prix s’explique par des éléments conjoncturels bien entendus mais surtout par des données structurelles par exemple comme la rareté et la hausse des matières premières, les contraintes environnementales ou encore l’augmentation de l’énergie notamment de l’électricité. L’inflation pompe  quelque sorte le pouvoir d’achat des salariés comme des épargnants ; suffisamment pour à partir de 2022 affaiblir de manière significative la croissance.,Les autorités de l’union européenne commence à prendre conscience du danger

Dans ses prévisions d’automne présentées jeudi, la Commission européenne anticipe une croissance du PIB de 5 % cette année pour la zone euro comme pour l’Union dans son ensemble. Soit un rythme plus rapide que les 4,8 % prévus avant l’été, qui devrait permettre à la plupart des pays de l’UE de retrouver un niveau d’avant-crise avant la fin de l’année. Le pronostic pour 2022 est par contre abaissé à 4,3 %, contre les 4,8 % et 4,5 % attendus jusqu’ici pour l’UE et la zone euro respectivement. Pour 2023, la croissance devrait atteindre 2,5 % dans le premier cas et 2,4 % dans le second.Mais pour 2022 le pronostic paraît relativement optimiste.

Il faudra aussi prendre en compte l’élément essentiel que constitue la politique monétaire car les marchés pourraient intégrer plus rapidement que les banques centrales le phénomène de l’inflation. En clair,le danger c’est que la hausse des prix tue la croissance

 

 

Les gouvernements tombent dans le piège de l’inflation qu’ils pensent combattre

Les gouvernements tombent dans le piège de l’inflation qu’ils pensent combattre

Ce qu’estiment Radu Vranceanu, ESSEC et Marc Guyot, ESSEC.

dans la Tribune)

Il y a un an, certains économistes semblaient persuadés qu’on pouvait augmenter indéfiniment les dépenses publiques car, tant que le chômage n’était pas revenu à son niveau pré-Covid, il n’y aurait pas d’inflation. À l’extrême de cette vision, les adeptes de la théorie monétaire moderne recommandaient une hausse massive des dépenses publiques – et donc de l’endettement public – jusqu’au point où tous ceux qui cherchent un emploi en trouvent un.

Aujourd’hui, trois constatations s’imposent :

  • Lorsque le niveau du stimulus fiscal (plus de dépenses, réduction d’impôts) pousse la demande globale au-delà de la capacité productive maximale de l’économie, des pénuries locales apparaissent et la hausse des prix se met en marche.
  • La pandémie a provoqué un ample « choc d’offre », l’équivalent d’une réduction du potentiel productif de l’économie (mondiale). L’ampleur du choc d’offre engendré a été largement sous-estimée, que ce soit par les organisations internationales, les dirigeants politiques et même le marché, comme l’attestent les anciennes prévisions d’inflation ayant largement sous-estimé l’inflation actuelle.
  • L’inflation qui, comme actuellement, touche les biens de première nécessité comme l’énergie utilisée pour le chauffage domestique et les produits alimentaires, constitue un phénomène profondément discriminant qui affecte plus fortement les ménages les plus défavorisés.

Ainsi, la crise économique post-Covid n’a pas rompu les principes de l’économie, qui s’appliquent à cette crise comme ils se sont appliqués lors des crises précédentes, notamment les crises d’offre des années 1970. Les gouvernements, par leurs politiques de dépense excessive face à une offre entravée, apparaissent comme les principaux responsables de cette inflation.

Un caractère transitoire incertain

Ainsi, aux États-Unis, le président nouvellement élu Joe Biden s’est lancé dans une vaste expérimentation sociale, multipliant les dépenses publiques et creusant le déficit dans un contexte où l’économie américaine sortait de la crise. La hausse des prix à la consommation a très rapidement accéléré, passant à 4,2 % dès avril 2021, et était en septembre pour le cinquième mois d’affilée au-dessus de 5 % sur 12 mois, selon les données de l’US Bureau of Labor Statistics.

En zone euro, la situation, avec 4,1 % attendus en octobre (3,4 % en septembre), semble un peu moins problématique, ce qui est cohérent au regard de l’ampleur des programmes de relance. Au 1er octobre 2021, le soutien global à l’économie (dépenses et exonérations fiscales) représentait 25,5 % du PIB aux États-Unis contre 15,3 % en Allemagne, le taux le plus élevé de la zone euro, selon le Fonds monétaire international (FMI).

Les experts de L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) pointent aujourd’hui le caractère transitoire de cette inflation :

« Une fois les goulots d’étranglement éliminés, la hausse des prix de produits durables, comme les voitures, devrait se tarir rapidement, puisque l’offre de produits manufacturés devrait augmenter rapidement. »

Les mêmes experts rappellent que les mécanismes d’indexation des salaires n’existent plus, donc l’inflation actuelle ne devrait pas se retrouver dans une hausse des coûts de production demain, enclenchant une « boucle prix-salaires-prix » comme dans les années 1970. Cela dit, on constate une nouvelle vivacité des syndicats partout dans le monde et de leur capacité à négocier des hausses de salaire dès lors que l’inflation, qui avait quasiment disparu, est de retour. Il est par exemple frappant de constater que les grèves se multiplient aujourd’hui aux États-Unis.

Le point sur lequel nous aimerions insister dans cet article est que la hausse des prix et les pénuries locales qui l’accompagnent peuvent en effet dégrader la production potentielle de biens par au moins quatre canaux :

  • La hausse des prix de l’énergie et des matières premières peut provoquer des faillites, notamment dans les secteurs où ces coûts représentent une part importante du coût total et où l’entreprise ne peut pas transférer les surcoûts sur les consommateurs en raison d’une forte concurrence. Les plus petites entreprises, PME et TPE, risquent d’être les plus vulnérables.
  • Les pénuries de certains composants peuvent enrayer la fabrication des produits finaux, comme c’est le cas sur le marché de l’automobile. Actuellement, la pénurie de puces amène en effet les constructeurs à rationner leur production. Comme Toyota et General Motors, Renault a annoncé à son tour une réduction de la production de 17 % cette année, malgré une demande soutenue.
  • Les entreprises les plus fragiles ne pourront pas augmenter les salaires pour compenser l’inflation ; elles subiront des départs de personnel. Si celui-ci part pour des entreprises plus efficaces, qui se développent, c’est une situation normale. Si le personnel quitte l’entreprise pour l’inactivité ou le chômage, cela dégrade l’offre potentielle.

Enfin, de nombreuses entreprises à fort endettement et faible rentabilité, surnommées « firmes zombies », ne survivent actuellement que parce que les banques continuent à les refinancer à des taux proches de zéro. Au moment où les taux d’intérêt commenceront à refléter l’inflation et augmenteront, nombre de ces firmes risquent de faire faillite.

Dans ce contexte, que peuvent faire les autorités publiques ? Il semble que la meilleure réponse à cette question serait de ne prendre aucune mesure qui conduirait à une nouvelle stimulation de la demande face à une production désorganisée et à une augmentation de l’endettement public.

Le risque d’alimenter l’inflation

Certes, l’inflation est peut-être un moindre mal : on peut comprendre que les gouvernements n’aient pas voulu rajouter la réduction des revenus à l’angoisse provoquée par la crise sanitaire. Peut-être, comme le suggère une équipe de chercheurs américains, une courte période d’inflation élevée reste nécessaire pour réaligner les salaires, compte tenu des évolutions divergentes des différents secteurs dans l’économie post-Covid.

Mais à partir de la situation existante, toute intervention supplémentaire risque de rendre l’inflation pérenne, avec les conséquences néfastes que nous connaissons, notamment en termes de réduction du pouvoir d’achat des ménages les plus fragiles :

  • Ainsi, bloquer la hausse des prix, quel que soit le marché, est une fausse bonne idée, car elle ne fait qu’augmenter les pénuries et empêche l’augmentation de la production.
  • Réduire le taux de TVA a du sens, car cette mesure ne modifie pas les prix relatifs et donc l’allocation des ressources. En revanche, elle ne peut pas cibler les ménages les plus fragiles. Attribuer une subvention forfaitaire aux ménages les plus modestes, comme décidé par le gouvernement de Jean Castex, peut également avoir du sens car cela ne modifie pas les prix relatifs. Cependant, qu’il s’agisse de réduction de taux de TVA ou de transferts (3,8 milliards pour la « prime inflation » en France), les deux mesures vont stimuler la demande, dont l’excès est déjà à l’origine de l’inflation.
  • À demande globale constante, la préservation du pouvoir d’achat des ménages les moins aisés peut se faire par un transfert en provenance des plus aisés, comme proposé par certains députés démocrates aux États-Unis sous le nom de « taxe milliardaires ». Il n’est pas certain qu’une telle mesure soit politiquement acceptable.
  • Certains dirigeants politiques, aux États-Unis ou encore plus récemment au Royaume-Uni, ont en outre proposé une hausse massive du salaire minimum afin de compenser la perte de pouvoir d’achat. Celle-ci pourrait être probablement absorbée par les grands groupes disposant d’un pouvoir de marché suffisant. En revanche, elle contribuerait fortement à la sortie du marché de nombreuses PME, avec des conséquences dramatiques sur l’emploi, et une nouvelle réduction de l’offre qui pourrait renforcer à son tour les tensions inflationnistes.

Depuis le début de la crise, l’aspect « choc d’offre » a été largement négligé par les organisations internationales et leurs départements de prévision, qui ont sous-estimé l’inflation actuelle. Aujourd’hui, il semble que les effets nocifs de l’inflation sur la production potentielle ne sont pas mieux pris en compte, ce qui conduit à faire l’hypothèse erronée du caractère temporaire de l’inflation. Ce diagnostic imprécis risque de conduire à des politiques économiques à même de renforcer l’inflation qu’elles cherchent à combattre.

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Par Radu Vranceanu, Professeur d’économie, ESSEC et Marc Guyot, Professeur d’économie, ESSEC.

Le train fou de l’inflation ?

Le train fou de l’inflation ?

 

L’économiste Jézabel Couppey-Soubeyran observe, dans sa chronique, que si l’inflation actuelle est transitoire, il vaudrait mieux qu’elle le reste car les banques centrales ont perdu les clés permettant de la maîtriser.

 

Chronique.

 

Les grands argentiers de la planète veulent voir, dans les tensions inflationnistes actuelles, un phénomène transitoire qui, selon les projections du Fonds monétaire international, devrait culminer à 3,6 % d’ici quelques mois dans les pays avancés. Ils ont peut-être raison, car ce rebond d’inflation n’est pas dû à une surabondance de monnaie dans l’économie réelle. Mais ils auraient alors tort de le croire gérable par les banques centrales s’il persistait néanmoins, car il n’y a plus de pilote dans ce train de l’inflation supposé ne pas pouvoir dérailler.

La communication, en tout cas, va bon train, pour dire le caractère temporaire des tensions inflationnistes actuelles et parvenir à ancrer les anticipations d’inflation au niveau de la cible (de 2 %) des grandes banques centrales. Les économistes de la Banque de France s’en sont fait récemment l’écho, en expliquant que l’inflation élevée de 2021 reflète « une normalisation après le creux de 2020 ainsi que la hausse du prix de l’énergie et des biens manufacturés » et, qu’à plus long terme, « la reprise économique devrait permettre une remontée plus durable de l’inflation du niveau général des prix et des salaires, en deçà toutefois des 2 % ».

Cette communication active des banques centrales se justifie par le fait que l’inflation dépend beaucoup de ce que tout le monde pense qu’elle sera. Peut-être est-ce toutefois le seul instrument de leur boîte à outils actuelle qui puisse encore avoir un quelconque effet sur l’inflation.

Au-delà de l’influence de leurs discours, les banques centrales n’auront pas de capacité à piloter, si elle venait à persister, une inflation qui ne provient pas d’une surabondance de monnaie dans l’économie réelle. Ce ne sont pas, comme le voudrait l’image d’Epinal de la planche à billets, les tombereaux de monnaie centrale déversés sur les banques et les marchés qui expliquent l’inflation actuelle. En tout cas pas telle que la définissent et la mesurent les instituts de statistiques et les banques centrales : une hausse généralisée des prix à la consommation, en excluant le prix des actifs financiers et en ne prenant que très faiblement en compte celui de l’immobilier. Ces tombereaux ont, en effet, redoublé l’activité des marchés financiers et de l’immobilier mais n’ont pas rempli de billets les poches de tous les ménages.

L’inflation actuelle ne puise ainsi pas sa source dans une surchauffe de la demande que l’offre ne parviendrait pas à suivre. C’est surtout l’offre qui peine à se rétablir à son niveau d’avant la crise sanitaire du fait de problèmes d’approvisionnement et de l’augmentation du prix des matières premières et de l’énergie. Cette inflation pourrait même continuer d’affaiblir la demande globale en réduisant le pouvoir d’achat des ménages modestes pour lesquels ces augmentations de prix pèsent sur des postes majeurs de dépense (transport, chauffage et éclairage, alimentation), sans compter la hausse des prix immobiliers qui se répercute sur les loyers.

Retour de l’inflation : principale préoccupation des Français

Retour de l’inflation : principale préoccupation des Français

En dépit des discours qui se veulent rassurants de la part des institutions officielles (gouvernement, banque centrale, experts), les Français ne croient pas du tout au concept d’une inflation qui serait modeste et temporaire. Au contraire, ils sont persuadés que cette ablation ne sera pas secondaire ni provisoire.

 

Pour eux , il y a une réelle menace du pouvoir d’achat tout autant que de l’épargne. Cette crainte est fondamentale pour l’avenir de la croissance. Avec le vent d’optimisme qui souffle sur la reprise d’activité, les experts comptent en effet beaucoup sur la mobilisation de l’épargne au service de la croissance. Or devant la montée des prix aussi bien des matières premières que des services contraints, les Français ne manifestent pas leur intention de se délester de l’épargne de précaution.

 

Pour preuve la confiance des ménages pour le mois d’octobre est passée sous sa moyenne de longue période, en baisse de deux points, selon l’Insee.

Les ménages sont conscients que leur situation financière passée est bonne, mais pessimistes sur son évolution. Surtout, leur avis sur le niveau de vie en France se dégrade nettement. La part des ménages qui pense que ce dernier va s’améliorer baisse de quatre points et passe sous sa moyenne de longue période.

Inflation : plus de 2 % sur un an

l’inflation : plus de 2 % sur un an

 L’indice des prix à la consommation a augmenté de 2,2% sur un an selon les derniers chiffres dévoilés par l’Insee ce vendredi matin, soit 0,1 point de plus que lors de la précédente estimation. Il s’agit d’un record depuis novembre 2018.

 

De son côté, la Banque de France fait comme beaucoup d’experts le pari d’une « hausse temporaire ». Cela pour refroidir les velléités revendicatives des salariés mais aussi des épargnants ( la Banque de France lutte contre le relèvement du taux des livrets d’épargne) « C’est un coup de vent plutôt qu’une rafale. L’inflation en France est prévue à 2,3% contre 3,4% en zone euro. Parmi les facteurs temporaires, il y a un effet de base important. L’inflation avait nettement baissé en 2020 au même moment. Le deuxième effet est la sortie de crise Covid et de la réouverture des économies », a rappelé l’économiste Olivier Garnier de la banque centrale lors d’un récent point presse.

Le problème c’est d’une part que cette différence d’inflation entre la France et la zone euro paraît pour le moins suspecte. Cela témoigne l’évidence du caractère obsolète de l’indice des prix à la consommation de l’INSEE. Un indice qui ne tient pas compte de la modification de la structure de consommation depuis la crise sanitaire. En France, une part de plus en plus importante des dépenses est consacrée aux charges contraintes. Le plus curieux dans cette différence d’inflation entre la France et la zone euro c’est que la France importe la majorité de ses produits de l’étranger du fait du déséquilibre chronique de la balance commerciale. Des hausses sur des produits étrangers qui se font sentir en zone euro mais pas en France, en tout cas pas totalement.

L’examen plus détaillé de l’indice des prix à la consommation montre sans surprise que la flambée des prix de l’énergie contribue grandement à la hausse générale de l’indicateur. « Sur un an, la hausse des prix de l’énergie accélère en septembre (+14,9% après +12,7%). La hausse des prix du gaz naturel et de ville se poursuit sur un an (+38,8% après +31,2%). Les prix des produits pétroliers gonflent (+19,6% après +16,9%) en lien avec ceux du gazole (+19,3% après +15,3%) », indiquent les statisticiens.

La réouverture de l’économie mondiale depuis le début de l’année a entraîné des frictions importantes entre l’offre et la demande partout sur la planète. « Les prix de l’énergie continuent d’augmenter et continuent de peser sur l’inflation. Cette hausse est visible partout en Europe. C’est une hausse qui va se poursuivre dans les prochains mois notamment en raison de l’hiver. L’impact de la hausse des prix sur les marchés de l’énergie va se poursuivre. On estime qu’il faudra attendre le troisième trimestre 2022 pour observer une contribution négative des prix de l’énergie sur l’inflation » ajoute Charlotte de Montpellier. Toute la question est de savoir si les prix énergétiques vont se maintenir à un niveau élevé à plus long terme. Sur ce point, le changement climatique et la raréfaction de certaines ressources pourraient pousser les prix à la hausse. A l’heure actuelle, la pandémie continue de brouiller les grilles de lecture de l’inflation chez beaucoup d’économistes. L’indice des prix à la consommation construit à partir d’un panier moyen ne s’est pas révélé toujours adapté à la mesure de variation des prix pendant les périodes de confinement.

Economie: « L’inflation temporaire rassurante » : un nouveau concept économique !

Economie: « L’inflation temporaire rassurante » : un nouveau concept économique !

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  • Les principaux responsables économiques se veulent rassurants et relativisent tous l’importance de l’inflation. Ils ont même inventé un nouveau concept : l’inflation temporaire ! Or dans l’histoire économique on a rarement vu un retour rapide des prix à la baisse après une inflation. L’inflation est en effet conjoncturelle du fait d’une demande alimentée par la reprise économique générale.
  • Mais elle est aussi structurelle en raison des préoccupations environnementales et des restructurations du système de production à l’échelle mondiale  ( voir par exemple l’affaire des composants électroniques, des prix de l’énergie et des métaux).
  •  Le patron de la BNP, dans un entretien au Figaro participe ainsi à ce mouvement d’endormissement de l’opinion concernant l’inflation. Une inflation qui ne cesse de grimper notamment pour les dépenses contraintes et que l’INSEE minimise grâce à la déformation d’un indice devenu obsolète  ( la nature et le montant des dépenses des ménages ont changé avec la crise sanitaire)

 

  • interview (extrait)
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  • Pour le patron de BNP Paribas, la hausse du prix de l’énergie et des matières premières n’est pas de nature à remettre en cause la reprise.
  • Jean-Laurent BONNAFÉ. - 
  •  
  • Les entreprises se portent globalement bien, nous l’observons chez nos clients. Hormis quelques secteurs encore touchés par la crise qu’il faut continuer à accompagner, elles disposent d’une importante trésorerie et de bonnes capacités de financement qui leur permettent d’investir à nouveau. Les mesures mises en place en France et en Europe par les pouvoirs publics, avec le soutien des banques, ont clairement produit leurs effets. La tendance est également positive pour nos clients particuliers même s’il faudra attendre la fin d’année ou début 2022 pour que la consommation retrouve pleinement son niveau d’avant crise. La bonne santé de l’économie et le rebond de l’activité se reflètent dans les résultats solides de BNP Paribas.
  • On voit mal en quoi les résultats financiers de la BNP constitueraient un indicateur de bonne santé économique car la BNP comme les autres banques ont été inondées de liquidités à bon compte de la part de la banque centrale NDLR

« L’inflation temporaire rassurante » : un nouveau concept économique

  • « L’inflation temporaire rassurante » : un nouveau concept économique
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  • Les principaux responsables économiques se veulent rassurants et relativisent tous l’importance de l’inflation. Ils ont même inventé un nouveau concept : l’inflation temporaire ! Or dans l’histoire économique on a rarement vu un retour rapide des prix à la baisse après une inflation. L’inflation est en effet conjoncturelle du fait d’une demande alimentée par la reprise économique générale.
  • Mais elle est aussi structurelle en raison des préoccupations environnementales et des restructurations du système de production à l’échelle mondiale  ( voir par exemple l’affaire des composants électroniques, des prix de l’énergie et des métaux).
  •  Le patron de la BNP, dans un entretien au Figaro participe ainsi à ce mouvement d’endormissement de l’opinion concernant l’inflation. Une inflation qui ne cesse de grimper notamment pour les dépenses contraintes et que l’INSEE minimise grâce à la déformation d’un indice devenu obsolète  ( la nature et le montant des dépenses des ménages ont changé avec la crise sanitaire)

 

  • interview (extrait)
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  • Pour le patron de BNP Paribas, la hausse du prix de l’énergie et des matières premières n’est pas de nature à remettre en cause la reprise.
  • Jean-Laurent BONNAFÉ. - 
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  • Les entreprises se portent globalement bien, nous l’observons chez nos clients. Hormis quelques secteurs encore touchés par la crise qu’il faut continuer à accompagner, elles disposent d’une importante trésorerie et de bonnes capacités de financement qui leur permettent d’investir à nouveau. Les mesures mises en place en France et en Europe par les pouvoirs publics, avec le soutien des banques, ont clairement produit leurs effets. La tendance est également positive pour nos clients particuliers même s’il faudra attendre la fin d’année ou début 2022 pour que la consommation retrouve pleinement son niveau d’avant crise. La bonne santé de l’économie et le rebond de l’activité se reflètent dans les résultats solides de BNP Paribas.
  • On voit mal en quoi les résultats financiers de la BNP constitueraient un indicateur de bonne santé économique car la BNP comme les autres banques ont été inondées de liquidités à bon compte de la part de la banque centrale NDLR

Europe : le retour de l’inflation ?

Europe : le retour de l’inflation ?

L’Allemagne mène la danse avec 3,9 % d’inflation en août, au plus haut depuis la veille de la crise financière de 2008. La montée des prix

pourrait «entraîner une insatisfaction croissante chez les gens, qui ressentent vraiment la hausse», redoute Carsten Brzeski, économiste chez ING à Francfort. Ce dernier était parmi les rares à anticiper un scénario inflationniste au début de l’année. Tiré par l’Allemagne, ce scénario est en train de se matérialiser bien au-delà des prévisions.

Pour l’ensemble de la zone euro, l’inflation atteint 3 % en août. Jusque-là la plupart des experts avait considéré que cette tendance à la hausse des prix n’avait qu’un caractère provisoire. Du provisoire qui pourrait bien durer avec la reprise économique, la hausse des matières premières et des couts logistiques.

Croissance Etats-Unis : soutien inconditionnel de la Fed en dépit de l’inflation

Croissance Etats-Unis : soutien inconditionnel de la Fed en dépit de l’inflation

 

 

La bataille économique continue entre les États-Unis et ses principaux partenaires économiques notamment européens. Une bataille économique sur fond de lutte monétaire. En effet en dépit de l’inflation très forte aux États-Unis (5,4 % pour les prix à la consommation en juin, la banque centrale a décidé de continuer à faire tourner la planche à billets pour alimenter l’énorme déficit américain.

Un déficit aggravé par la crise et surtout par les énormes plans de soutien à l’économie. L’objectif final serait bien de permettre une dévaluation de fait du dollar pour obtenir des gains de compétitivité. Pour l’instant, l’Europe suit avec retard et avec moins d’ambition la stratégie de la Fed. Un changement par exemple sur les taux pourrait provoquer en Europe un sérieux freinage de l’économie à la croissance encore balbutiante. L’Europe qui rosit seulement une croissance de 2 %( 0,9% seulement pour la France) au second trimestre tandis que l’Amérique 8,5

La banque centrale entend poursuivre son énorme programme de d’achats d’actifs, à 120 milliards de dollars par mois, tout en maintenant ses taux directeurs (les « fed funds ») dans une fourchette de 0 à 0,25%. Ce qui constitue le premier levier déterminant du soutien à la croissance.

Pas de crainte du retour de l’inflation ?

« Le vrai danger, c’est la crainte d’un retour de l’inflation, et non l’inflation elle-même » (Raphaël Gallardo, Chef économiste, Carmignac)

Raphaël Gallardo, chef économiste au sein de la société de gestion d’actifs Carmignac, estime, dans un entretien accordé à La Tribune, que « nous sommes dans un scénario auto-invalidateur : ce sont les craintes inflationnistes qui empêcheront l’inflation de revenir de manière structurelle ».

 

 La question du retour de l’inflation est de nouveau sur le devant de la scène. Pourquoi cette inquiétude soudaine ?

RAPHAËL GALLARDO -  La réponse politique à la pandémie a créé, notamment aux États-Unis, une accumulation d’épargne sans précédent. Les déficits ont également été largement monétisés par l’intervention des banques centrales qui achètent de la dette publique. Résultat, nous avons aujourd’hui à la fois une forte reprise et une épargne abondante. Cette dernière pourrait étaler la demande différée sur une période bien plus longue que prévue. Et malgré cette reprise et la surchauffe aux États-Unis, il n’existe aucun signe de normalisation des politiques budgétaires. Par exemple, le plan de relance de Biden à dix ans ne prévoit, à aucun moment, un déficit public sous le seuil des 4 % du PIB.

La sortie de crise sanitaire et la reprise ne seront-elles pas de puissants leviers en faveur d’un retour « à la normalité » monétaire et budgétaire ?

La crise a non seulement créé toutes les conditions pour craindre un retour de l’inflation mais elle a également créé un changement de paradigme dans la politique économique. Un nouveau courant de pensée, la théorie monétaire moderne, a complètement bouleversé les cartes. Cette théorie repose sur l’idée qu’il n’existe aucune limite aux déficits budgétaires et qu’il faut laisser les banques centrales monétiser ces déficits tant que l’inflation reste à un niveau acceptable.

L’enjeu politique de l’inflation aux États-Unis

L’enjeu politique de l’inflation aux États-Unis

 

L’inflation constitue de plus en plus un enjeu politique entre républicains et démocrates. (Un article du Wall Street Journal, extrait)

 

 

Grâce au dynamisme de la croissance au premier trimestre 2021, le niveau de la production américaine n’est plus qu’à 1 % de son pic prépandémie, atteint fin 2019. Cependant, l’inflation progresse également, affichant son rythme le plus rapide en treize ans, et les responsables de la Réserve fédérale tentent de déterminer à quel moment il conviendra de retirer les mesures de soutien à l’économie. Si les économistes prévoient que l’inflation restera élevée durant plusieurs années, ils s’attendent à ce qu’elle décélère par rapport à ses niveaux actuels.

La Maison Blanche et de nombreux économistes attribuent la hausse des prix à différents facteurs, notamment à des goulots d’étranglement affectant l’offre à cause de la pandémie, à la pénurie de certains produits et à une augmentation de la demande après un an de mesures de confinement. Les responsables de l’administration Biden font valoir des statistiques montrant que le marché du travail est en train de se rétablir et que la confiance des ménages s’améliore, affirmant qu’un retour de l’inflation galopante observée durant les années 1970 n’était pas à l’ordre du jour et que l’actuelle hausse des prix était temporaire.

La secrétaire au Trésor Janet Yellen a récemment déclaré devant une commission de la Chambre des représentants : « J’ai vécu ma jeunesse et étudié l’économie durant les années 1970, et je me souviens de cette période terrible que personne ne veut voir se reproduire. »

La relance massive approuvée par le Congrès pour aider l’économie à se remettre de la pandémie, et qui comporte un plan de 1 900 milliards de dollars annoncé au tout début du mandat de M. Biden, contribue elle aussi à l’augmentation de la demande et des prix, expliquent de nombreux économistes. Les républicains s’emparent de cet argument pour affirmer que les prochaines propositions de loi du Président — qui prévoient des milliers de milliards de dollars de dépenses supplémentaires en faveur des infrastructures et de mesures contre la pauvreté — exacerberont l’inflation et conduiront à une surchauffe de l’économie.

« Cette question s’invitera dans les débats des élections de mi-mandat, elle ne va pas disparaître, estime Tom Emmer, représentant républicain du Minnesota et président du Comité national républicain au Congrès (NRCC), lequel soutient les candidats du Grand Old Party à la Chambre des représentants. Ils continuent d’inonder l’économie de liquidités. »

Les républicains espèrent miner les arguments des démocrates à propos d’une reprise économique par ailleurs vigoureuse, en perspective des élections de mi-mandat de 2022. Ce scrutin devrait remettre en jeu le contrôle du Congrès, alors que les démocrates disposent d’une faible majorité à la Chambre des représentants et que le Sénat est divisé à 50/50 entre les deux partis. Les élections de mi-mandat sont souvent favorables au parti qui se trouve dans l’opposition.

A l’approche du week-end du 4 juillet, jour de la fête nationale américaine, le NRCC a lancé une campagne publicitaire ciblant onze membres démocrates du Congrès qu’il jugeait vulnérables aux élections de mi-mandat. Cette campagne soutenait qu’avec « les politiques économiques des démocrates, les biens de consommation courante deviennent plus chers ».

Vicente Gonzalez, l’un des représentants démocrates du Texas à la Chambre visés par cette campagne, a souligné que l’économie se portait bien, le taux de chômage ayant reculé en mai par rapport au mois précédent. « Au bout du compte, les Américains verront qu’ils vivent mieux aujourd’hui qu’il y a deux ans, et c’est là-dessus qu’ils se prononceront lors des prochaines élections », assure-t-il.

De son côté, Sean Patrick Maloney, élu démocrate de New York à la Chambre des Représentants et président du Comité national démocrate au Congrès, a déclaré que les républicains avaient voté contre le plan d’aide face à la Covid-19 de M. Biden — des mesures qui, selon lui, ont concouru au rebond de l’économie — et qu’ils cherchaient « maintenant désespérément à changer de sujet ».

« Cette inflation galopante est due en partie aux dépenses incontrôlées du président Biden et de la présidente de la Chambre des Représentants Nancy Pelosi »

Certains démocrates ont tenu à faire savoir qu’ils surveillaient eux aussi la hausse des prix. Ainsi, le sénateur de Virginie-Occidentale Joe Manchin a indiqué mercredi, lors d’un débat sur un projet des sénateurs démocrates prévoyant de dépenser 3 500 milliards de dollars pour lutter contre la pauvreté, que « l’inflation devrait être un sujet de préoccupation pour tout le monde ».

Des responsables de l’administration Biden ont souligné que la hausse des prix de l’essence (imputable à l’augmentation des cours du pétrole brut et à la demande croissante de carburant de la part d’employés reprenant le travail en entreprise) était conforme à la tendance habituelle observée durant l’été. Avant le week-end du 4 juillet, la Maison Blanche s’était félicitée de la baisse des prix de certains produits traditionnellement consommés à l’occasion des repas en plein air, comme le porc, les haricots ou la glace à la vanille.

M. Biden a récemment affirmé à propos de l’inflation que « selon un consensus quasi unanime, elle [allait] augmenter un peu puis redescendre ».

Le département du Travail a fait état d’une hausse de l’indice des prix à la consommation de 5,4 % le mois dernier en glissement annuel, soit le taux d’inflation sur un an le plus élevé depuis août 2008. L’indice mesure les prix des biens et services achetés par les consommateurs — vêtements, produits alimentaires, repas au restaurant, loisirs et véhicules.

Mardi dernier, des figures de premier plan du Parti républicain ont réagi à ces chiffres. Le chef de la minorité républicaine à la Chambre des représentants, l’élu de Californie Kevin McCarthy, a affirmé sur Twitter : « Cette inflation galopante est due en partie aux dépenses incontrôlées du président Biden et de la présidente de la Chambre des Représentants Nancy Pelosi. » Selon Ronna McDaniel, la présidente du Comité national républicain, « sous Joe Biden, l’impôt caché que constitue la hausse des prix n’arrête pas d’augmenter ». De son côté, le chef de la minorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, a affirmé que les familles américaines subissaient la hausse des prix « dans tous les domaines, des courses aux supermarchés jusqu’aux stations essence, en passant par le logement et les véhicules d’occasion ».

La Maison Blanche a souligné que l’accélération récente de l’inflation s’expliquait par la hausse des prix d’un petit nombre de biens, notamment les voitures, en raison de tensions mondiales telles que celle qu’exerce la pénurie de semi-conducteurs.

David Kamin, directeur adjoint du Conseil économique national de la Maison Blanche, a observé lors d’un entretien que l’embellie économique était la preuve que les efforts du président portaient leurs fruits. « Notre projet était de veiller à ce que les Américains ne voient pas leurs revenus diminuer, qu’ils bénéficient du soutien dont ils avaient besoin pour surmonter la pandémie », a-t-il déclaré en référence aux chèques de relance et autres mesures d’aide à destination des familles et des entreprises.

Selon un récent sondage de l’université Monmouth, 71 % des personnes interrogées craignent que les projets de dépenses de M. Biden puissent alimenter l’inflation, 28 % des sondés déclarant ne pas être particulièrement inquiets.

Cependant, ces dépenses ne semblent pas constituer un problème pour les personnes interrogées. Le sondage, réalisé auprès de 830 adultes, montre aussi qu’une majorité des personnes interrogées soutiennent les propositions de M. Biden concernant des milliers de milliards de dollars d’investissements en infrastructures, dans les ponts et les routes par exemple, et de mesures contre la pauvreté dans des domaines comme la garde d’enfant, l’éducation et les congés payés.

Les démocrates de la Commission du budget au Sénat se sont accordés sur un vaste plan d’environ 3 500 milliards de dollars destiné à la santé et à la lutte contre la pauvreté

En juin, la Maison Blanche est parvenue à un accord avec un groupe de sénateurs démocrates et républicains sur un plan d’infrastructures de 1 000 milliards de dollars. Cet accord doit maintenant être approuvé par le Congrès où aucun des deux partis ne dispose d’une franche majorité. Les démocrates de la Commission du budget au Sénat se sont accordés sur un vaste plan d’environ 3 500 milliards de dollars destiné à la santé et à la lutte contre la pauvreté, qu’ils espèrent faire passer grâce au soutien des démocrates à la ligne du parti, en recourant à une procédure spéciale permettant de contourner la probable opposition républicaine au Sénat. Les législateurs républicains ont critiqué cet accord, le sénateur du Montana Steve Daines y voyant « un projet terrible pour les contribuables », à la lumière des statistiques sur l’inflation parues la semaine dernière.

L’ancien secrétaire au Trésor Larry Summers compte parmi les économistes qui se sont alarmés qu’une explosion des dépenses fédérales cette année puisse produire une inflation inopportune. M. Summers s’est rendu à la Maison Blanche mardi dernier pour y rencontrer Brian Deese, le chef du conseil économique national de la Maison Blanche, ainsi que Cecilia Rouse, la présidente du Comité des conseillers économiques, a indiqué un responsable de la Maison Blanche, précisant que les discussions avaient porté sur le plan d’infrastructures et le programme économique du président, dans le cadre d’une réunion présentée comme prévue depuis longtemps.

Mercredi, M. Summers a déclaré que les statistiques disponibles suscitaient des inquiétudes en termes d’inflation. Il a cependant affirmé qu’il soutenait globalement les propositions de dépenses de M. Biden en matière d’infrastructures, lesquelles « visaient le long terme, comportaient des éléments positifs en termes d’offre et, telles que prévues par le Président, seraient financées par des hausses d’impôt ou des retours sur investissement ».

Des électeurs interrogés ont déclaré percevoir l’impact de la hausse des prix sur leur pouvoir d’achat. Certains ont indiqué qu’ils ne pensaient pas encore aux élections de mi-mandat de 2022, et leur opinion à l’égard de la gestion de l’économie par M. Biden était généralement conforme au choix qu’ils avaient fait lors des élections de 2020.

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La relance par l’inflation ?

Dans une tribune de l’Opinion ,Emmanuel Sales estime que la politique restrictive de la BCE en matière d’inflation est responsable de la faiblesse de la croissance en Europe.

 

 

L’Europe enregistre depuis la grande crise financière une croissance faible qui représente un peu plus du tiers de celle des Etats-Unis. Alors que le continent affichait entre 1998 et 2008 une progression du PIB de 2,3 % l’an, soit 80 % de la croissance américaine, l’activité n’a progressé que de 1,4 % l’an entre 2010 et 2019 au moment où les Etats-Unis retrouvaient leur tendance d’avant-crise.

Cet écart s’est accentué avec la pandémie de Covid-19. D’après les prévisions de croissance de Goldman Sachs, parmi les plus optimistes, nous devrions retrouver notre pente de croissance d’avant la crise sanitaire en 2023, sans rattraper le chemin laissé depuis dix ans. L’Europe risque ainsi de connaître une nouvelle décennie perdue caractérisée par des anticipations de croissance faible, une demande interne réprimée, un climat d’incertitude peu propices à la mise en œuvre de l’agenda de puissance auquel aspirent les autorités européennes.

Cette croissance faible, sans emplois et sans enfants, n’est pas une fatalité. Elle résulte d’un pilotage macroéconomique et monétaire sous-optimal qui a conduit à privilégier des politiques de contraction de la demande interne (consommation et investissement) pour bénéficier de la demande externe et à ancrer les anticipations d’inflation à un niveau durablement faible (de facto inférieur à 2 %) dans le sillage de la lutte contre l’inflation élevée des années 1980.

Nouveau cap. Dans ce contexte, l’exercice de revue de la stratégie de politique monétaire, dans lequel la BCE s’est engagée à la suite de la Fed, revêt une importance capitale. Au-delà des plans de relance budgétaire, difficiles à mettre en œuvre au plan européen, et des mesures cycliques de soutien à l’investissement qui ont un impact ponctuel, seul un retournement durable des anticipations de croissance assurera une relance de l’activité domestique en Europe. Dans cette logique, la BCE devrait fixer un nouveau cap en matière d’inflation permettant de corriger les excès de la période antérieure et de donner des perspectives visibles à moyen terme aux entrepreneurs.

Pour établir ce nouvel environnement, nul besoin de modifier les traités. Il convient de donner un nouveau contenu à l’objectif de stabilité des prix que s’est prescrit la BCE à son origine. Les politiques de ciblage de l’inflation doivent prendre en compte l’inflation de moyen terme, telle qu’elle résulte en dehors des effets de court terme liés à la variation des prix des matières premières importées, et surtout, se fonder sur l’inflation effectivement constatée dans le passé et non sur les seules anticipations d’inflation qui se sont révélées un guide peu sûr et contredit par les faits. L’acceptation par la BCE d’un niveau d’inflation interne plus élevé dans le futur jouerait ainsi un rôle clé dans le rebond des perspectives économiques et le retour à moyen terme à des taux d’intérêt plus en phase avec les conditions normales de rémunération de l’épargne.

Les bouleversements historiques sont précédés d’une évolution des mentalités. Après des années de politique de ciblage de l’inflation, les autorités américaines ont engagé depuis plusieurs mois un tournant majeur de leur politique monétaire, analogue au « choc Volcker » du nom du président de la Fed qui avait lancé les politiques justifiées de lutte contre l’inflation élevée des chocs pétroliers. L’Europe est en mesure d’opérer un virage comparable.

Emmanuel Sales est président de la Financière de la Cité.

Zone euro : l’inflation autour de 2 %, conjoncturelle ou structurelle ?

Zone euro : l’inflation autour de 2 %, conjoncturelle ou structurelle ?

 

Le taux d’inflation atteint 1,9% en juin, après avoir touché en mai un plus haut depuis octobre 2018 à 2%. Une inflation qui nourrit des inquiétudes quant à une éventuelle remontée des taux d’intérêt. La plupart des économistes ce val optimiste et considère que cette inflation est de nature conjoncturelle. La question bête et méchant est de savoir si cette inflation provisoire va durer longtemps. En effet on a rarement vu une inflation reculer de manière significative avec le retour de la croissance. Une croissance surtout–d’une part par les États-Unis et par la Chine qui absorbe l’essentiel des ressources rares et des matières premières.Il faut ajouter à cela les dérèglements climatiques qui pèsent sur les prix de certains aliments sans parler des dysfonctionnements logistiques d’approvisionnement qui renchérissent  les coûts de transport

En juin, l’inflation a de nouveau été tirée par l’énergie (+12,5%, contre 13,1% en mai). Les tarifs des biens industriels hors énergie ont augmenté de 1,2% sur un an, après +0,7% en mai. Enfin, la composante de l’inflation pour le secteur alimentation, alcool et tabac a atteint 0,6%, après 0,5% en mai.

Les experts se valent cependant optimistes : »Autant en Europe qu’aux États-Unis, ce phénomène est lié à des effets conjoncturels, notamment la reprise des économies après le choc du coronavirus, une montée des prix de l’énergie, ou encore les pénuries sur les chaînes d’approvisionnement, bouleversées par la crise sanitaire. ». Toutefois « La légère baisse de l’inflation globale en juin n’est pas si pertinente. Ce qui est plus important, c’est la poussée imminente de l’inflation des biens et services », estime toutefois Bert Colijn, économiste pour ING, selon qui les chiffres de juin offrent seulement un court répit aux banquiers centraux.

« Pour l’instant, la plupart des éléments indiquent qu’il s’agit d’un phénomène temporaire, mais les risques de hausse des perspectives d’inflation n’ont pas été aussi importants depuis des années et devraient tenir la BCE en haleine », a-t-il commenté.

 

Les droits de douane sont responsables de l’inflation ?

Les droits de douane sont responsables de l’inflation ?

Un article deYuka Hayashi et Josh Zumbrun dans leWall Street Journal qui considère que les droits de douane pèsent de façon défavorable sur l’inflation. Certains économistes affirment au contraire que supprimer les taxes douanières sur le métal et le bois de charpente ne changera pas grand-chose aux prix pour les consommateurs

Economistes et législateurs débattent pour savoir si les dépenses de relance et les politiques monétaires accommodantes alimentent l’inflation. Mais pour de nombreuses entreprises, la liste des coupables ne s’arrête pas là : les droits de douane ont eux aussi leur part de responsabilité.

L’administration Trump a imposé des tarifs douaniers sur des produits comme le bois de charpente, l’acier et les semi-conducteurs afin de protéger les entreprises américaines d’un excès de produits importés de Chine ou d’ailleurs.

Ces droits de douane ont longtemps été vus d’un mauvais œil par les entreprises américaines qui importent ces produits et paient ces taxes. Celles-ci font de nouveau pression sur l’administration Biden pour qu’ils soient levés, en avançant qu’ils accentuent l’augmentation des prix et aggravent la pénurie de produits qui accompagnent la reprise post-pandémie.

« Mon principal fournisseur d’acier m’a infligé 15 augmentations de prix depuis septembre » déplore Scott Buehrer, président de B. Walter & Co., fabricant de produits métalliques de Wabash, dans l’Indiana. « Qu’est-ce qui justifie ces tarifs douaniers alors que les prix de l’acier sont au plus haut ? »

Certains économistes affirment que ces droits de douane n’ont eu que très peu d’effets sur les prix et que leur retrait ne va pas beaucoup contribuer à alléger la tension inflationniste.

L’entreprise de M. Buehrer fait partie des plus de 300 fabricants qui ont écrit à M. Biden le 6 mai pour lui demander la suppression immédiate des droits de douane de 25 % sur l’acier et de 10 % sur l’aluminium. L’administration Biden a répondu que la politique douanière était en cours d’étude mais qu’une levée immédiate des droits de douane n’était pas au programme.

Les industriels se plaignent que ces taxes rendent leurs entreprises moins compétitives à une époque où les acheteurs américains, confrontés à une demande intérieure bouillonnante, paient certains produits en acier 40 % plus cher que leurs homologues européens.

M. Buehrer explique qu’il a réduit ses effectifs de 10 % pour réduire ses coûts car les prix de l’acier laminé ont quasiment triplé depuis l’automne dernier. Pourtant, de leur côté les syndicats et le secteur de l’acier exhortent M. Biden à laisser les tarifs douaniers en place, indiquant dans une lettre adressée le 19 mai dernier que cette politique avait permis au secteur « de faire repartir des usines à l’arrêt, de réembaucher des ouvriers au chômage et d’investir dans l’avenir. »

« Les droits de douane sont en place depuis 2018 et il n’y a pas eu de pression inflationniste depuis » avance Roy Houseman, directeur législatif du syndicat United Steelworkers. « Les Etats-Unis ont injecté des billions de dollars dans l’économie pour la relancer. Ça, par contre, ça va forcément exercer une pression inflationniste. »

Les industriels se plaignent que ces taxes rendent leurs entreprises moins compétitives à une époque où les acheteurs américains, confrontés à une demande intérieure bouillonnante, paient certains produits en acier 40 % plus cher que leurs homologues européens

Autre secteur aux prises avec la flambée des prix : la construction de logements.

En mai, les contrats à terme sur les bois de charpente ont dépassé 1 600 $ par mille pieds-planche — ce qui est plus de quatre fois le prix normal pour cette période de l’année. Selon la National Association of Home Builders (NAHB), l’augmentation du prix du bois a ajouté 36 000 $ au coût d’une maison individuelle moyenne.

« Il n’y a aucune logique économique à taxer des biens alors que l’offre nationale n’est pas suffisante » s’agace Robert Dietz, économiste en chef de NAHB. « Les appareils pour la maison, les lave-linge, littéralement la matière première qui sert à construire une maison —les vis et les clous — sont soumis à certains droits de douane sur le métal. »

Les constructeurs immobiliers et les législateurs ont demandé à M. Biden d’éliminer les droits de douane imposés en 2017 sur le bois de sciage résineux du Canada, pomme de discorde entre les producteurs de bois de charpente américains et canadiens depuis plusieurs dizaines d’années.

Au lieu de supprimer les frais de douane, le 21 mai dernier le département du Commerce a annoncé une décision préliminaire de doubler cette taxe en la hissant à 18 %, en se basant sur la conclusion que le bois canadien était fortement subventionné. Les droits de douane resteront au niveau actuel de 9 % jusqu’à ce qu’une décision finale puisse être prise d’ici novembre sur la proposition d’augmentation, a affirmé un représentant du département du Commerce.

Afin d’alléger les tarifs douaniers de l’époque Trump sur un plus vaste éventail d’importations chinoises, en avril, un groupe bipartisan de 40 sénateurs américains a demandé à l’administration Biden de relancer une procédure visant à exempter les importateurs de taxes sur plus de 2 000 produits allant des oreillers aux équipements automobiles. Cette procédure d’exemption, introduite par l’administration Trump, a expiré en décembre et n’a pas été renouvelée.

Lorsque les droits de douane ont été mis en place par l’administration Trump, certains économistes ont averti qu’ils pourraient aiguillonner l’inflation. Il semble qu’ils soient d’accord pour dire que finalement, l’impact a été contenu.

« Comme les tarifs douaniers n’ont pas eu un gros impact sur les prix de vente au départ, je ne crois pas que leur retrait conduira à une pression conséquente à la baisse non plus » explique Andrew Hunter, économiste pour le cabinet de conseil en de recherches économiques Capital Economics.

L’impact modéré s’explique en partie parce que les droits de douane n’affectent que les importations, qui ne constituent généralement qu’une fraction relativement réduite du marché intérieur. Pour l’acier, les importations représentent à peu près un tiers de la demande totale aux Etats-Unis. Et la part des importations taxées est encore plus réduite étant donné que les plus gros exportateurs vers les Etats-Unis — le Canada, le Brésil et le Mexique — en sont exemptés.

Lorsque les droits de douane ont été mis en place par l’administration Trump, certains économistes ont averti qu’ils pourraient aiguillonner l’inflation. Il semble qu’ils soient d’accord pour dire que finalement, l’impact a été contenu

Les prix des biens importés soumis aux droits de douane ont en effet augmenté au départ. Mais de nombreux importateurs ont absorbé une grande partie de cette augmentation plutôt que de la répercuter totalement sur les consommateurs. Parallèlement, les prix de nombreux produits qui n’étaient pas soumis à ces taxes douanières ont baissé, ce qui a contribué à garder le taux d’inflation globale à un niveau plutôt bas.

Pour David Weinstein, économiste à Columbia University, les droits de douane peuvent en réalité faire baisser les prix à long terme.

M. Weinstein et ses collègues ont étudié les variations des attentes inflationnistes des marchés financiers en se basant sur les rendements des marchés obligataires au moment de l’annonce de 11 nouveaux tarifs douaniers par les Etats-Unis et la Chine entre 2018 et 2019.

A leur grande surprise, ils affirment avoir découvert que ces initiatives faisaient baisser les anticipations inflationnistes et que le marché s’attendait à ce que les prix soient environ 1 point de pourcentage inférieur à cinq ans, et 1,3 point plus bas à 10 ans. Les cours des actions ont également baissé.

« Ce que les marchés prédisent, et que nos données suggèrent, c’est que la guerre commerciale aura un impact négatif sur la productivité » dit-il, en faisant référence au coup porté par les tarifs douaniers au fonctionnement des entreprises. « Quand vous freinez la productivité, vous pouvez vous attendre à des impacts conséquents par la suite sur le succès de votre économie, et sur les prix aussi. »

Le Bureau du représentant au commerce des Etats-Unis, qui se livre actuellement à une étude des politiques américaines en matière de taxes douanières, est en train d’analyser l’éventuel impact d’un allègement des tarifs douaniers, entre autres facteurs, sur la pénurie de bois de charpente et d’autres produits, a expliqué Cecilia Rouse, présidente du Conseil économique de la Maison Blanche lors d’un briefing organisé le 18 mai.

Elle a cependant ajouté que la politique commerciale « dépassait largement » le cadre des fluctuations du marché sur le court terme et qu’elle devait s’inscrire dans le contexte plus vaste de la politique globale de Washington.

Traduit à partir de la version originale en anglais par Bérengère Viennot

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