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Avantages et limites de la thérapie par la dette publique?

Avantages et  limites de la thérapie par la dette publique?

D’après ’Emmanuel Combe.  Emmanuel Combe est professeur à Skema Business School et vice-président de l’Autorité de la concurrence évoque les limites de la thérapie par la dette publique.( Dans l’Opinion)

 

« Ce qui était au départ une crise sanitaire s’est rapidement transformé en une crise économique d’une violence inégalée : en Europe, la Commission table désormais sur une chute du PIB de 7,7 % en 2020. Du jamais vu depuis la Grande Dépression. Face à l’urgence de la situation, l’Etat a rapidement pris les commandes de l’économie : il a laissé filer les déficits, en gelant les rentrées fiscales et en ouvrant les vannes de la dépense publique. Il a eu raison : à grand choc, grands remèdes.

Dans le cas de la France, le déficit public devrait plonger à 9,9 % du PIB en 2020 et la dette atteindre 116 % ; même la vertueuse Allemagne va connaître une tendance similaire, avec un déficit de 7 %, contre un excédent budgétaire de 1,4 % en 2019. Faut-il s’en inquiéter ? sur le principe, non ; en pratique, oui, surtout pour un pays comme la France.

D’un point de vue théorique, une forte hausse de la dette n’est pas une mauvaise nouvelle en soi : face à un choc négatif sur l’offre et la demande, il est logique que la dépense publique vienne se substituer momentanément à des investissements et une consommation privés en berne. C’est le sens même d’une politique contracyclique. »

Les marchés financiers ont d’ailleurs intégré ce rôle salutaire de la dette publique puisqu’ils continuent à accorder leur confiance aux pays les plus solides de la zone Euro : preuve en est, l’Allemagne vient de lever sans difficulté plus de 7,5 milliards d’euros à échéance de 15 ans et… à taux négatif. La France a émis de son côté de la dette à… 40 ans, au taux de 0,86 %.

Il n’existe pas non plus de chiffre absolu en matière de dette publique : dire qu’il ne faut pas dépasser les 100 % du PIB n’a pas de sens. Qui plus est, une dette peut n’être jamais remboursée, si elle est refinancée régulièrement, surtout à des taux bas : seul la charge de la dette doit alors être payée.

Pour autant, on peut s’inquiéter de la hausse de la dette publique.

« Dans un pays comme la France où les déficits publics sont la norme depuis 1975, les citoyens risquent d’être confortés dans l’idée selon laquelle tout peut se régler durablement par de la dépense publique »

Drogue dure. Tout d’abord, dire qu’il n’y a pas de chiffre absolu pour la dette ne signifie pas que l’on peut s’endetter à l’infini : il y a forcément un seuil au-delà duquel les marchés financiers auront des doutes sur sa soutenabilité et exigeront une prime de risque. Les taux d’intérêt exploseront alors et le pays se verra rappeler brutalement à la réalité.

De plus, si la dette publique est monétisée par la BCE, la contrainte de financement est certes levée mais au prix d’une inflation : si ce n’est pas sur le marché des biens et services, ce sera ailleurs, et notamment sur le marché de l’immobilier, avec une bulle.

Ensuite, un pays qui s’endette doit avoir conscience qu’il fait peser un risque financier sur les générations futures : si les taux remontent, le refinancement de la dette coûtera plus cher demain et amputera d’autant les marges de manœuvre de l’Etat. La dépense publique supplémentaire affectée au paiement des intérêts se fera en effet au détriment d’autres dépenses utiles, telle que l’éducation ou la santé.

Mais surtout, dans un pays comme la France où les déficits publics sont la norme depuis 1975, les citoyens risquent d’être confortés dans l’idée selon laquelle tout peut se régler durablement par de la dépense publique. La dette est certes un très bon médicament pour stopper une crise ; ce ne doit pas devenir une drogue dure. »

 

Emmanuel Combe est professeur à Skema Business School et vice-président de l’Autorité de la concurrence.

 

Les limites de la thérapie par la dette publique?

Les limites de la thérapie par la dette publique?

’Emmanuel Combe, Emmanuel Combe est professeur à Skema Business School et vice-président de l’Autorité de la concurrence évoque les limites de la thérapie par la dette publique.( Dans l’Opinion)

« Ce qui était au départ une crise sanitaire s’est rapidement transformé en une crise économique d’une violence inégalée : en Europe, la Commission table désormais sur une chute du PIB de 7,7 % en 2020. Du jamais vu depuis la Grande Dépression. Face à l’urgence de la situation, l’Etat a rapidement pris les commandes de l’économie : il a laissé filer les déficits, en gelant les rentrées fiscales et en ouvrant les vannes de la dépense publique. Il a eu raison : à grand choc, grands remèdes.

Dans le cas de la France, le déficit public devrait plonger à 9,9 % du PIB en 2020 et la dette atteindre 116 % ; même la vertueuse Allemagne va connaître une tendance similaire, avec un déficit de 7 %, contre un excédent budgétaire de 1,4 % en 2019. Faut-il s’en inquiéter ? sur le principe, non ; en pratique, oui, surtout pour un pays comme la France.

D’un point de vue théorique, une forte hausse de la dette n’est pas une mauvaise nouvelle en soi : face à un choc négatif sur l’offre et la demande, il est logique que la dépense publique vienne se substituer momentanément à des investissements et une consommation privés en berne. C’est le sens même d’une politique contracyclique. »

Les marchés financiers ont d’ailleurs intégré ce rôle salutaire de la dette publique puisqu’ils continuent à accorder leur confiance aux pays les plus solides de la zone Euro : preuve en est, l’Allemagne vient de lever sans difficulté plus de 7,5 milliards d’euros à échéance de 15 ans et… à taux négatif. La France a émis de son côté de la dette à… 40 ans, au taux de 0,86 %.

Il n’existe pas non plus de chiffre absolu en matière de dette publique : dire qu’il ne faut pas dépasser les 100 % du PIB n’a pas de sens. Qui plus est, une dette peut n’être jamais remboursée, si elle est refinancée régulièrement, surtout à des taux bas : seul la charge de la dette doit alors être payée.

Pour autant, on peut s’inquiéter de la hausse de la dette publique.

« Dans un pays comme la France où les déficits publics sont la norme depuis 1975, les citoyens risquent d’être confortés dans l’idée selon laquelle tout peut se régler durablement par de la dépense publique »

Drogue dure. Tout d’abord, dire qu’il n’y a pas de chiffre absolu pour la dette ne signifie pas que l’on peut s’endetter à l’infini : il y a forcément un seuil au-delà duquel les marchés financiers auront des doutes sur sa soutenabilité et exigeront une prime de risque. Les taux d’intérêt exploseront alors et le pays se verra rappeler brutalement à la réalité.

De plus, si la dette publique est monétisée par la BCE, la contrainte de financement est certes levée mais au prix d’une inflation : si ce n’est pas sur le marché des biens et services, ce sera ailleurs, et notamment sur le marché de l’immobilier, avec une bulle.

Ensuite, un pays qui s’endette doit avoir conscience qu’il fait peser un risque financier sur les générations futures : si les taux remontent, le refinancement de la dette coûtera plus cher demain et amputera d’autant les marges de manœuvre de l’Etat. La dépense publique supplémentaire affectée au paiement des intérêts se fera en effet au détriment d’autres dépenses utiles, telle que l’éducation ou la santé.

Mais surtout, dans un pays comme la France où les déficits publics sont la norme depuis 1975, les citoyens risquent d’être confortés dans l’idée selon laquelle tout peut se régler durablement par de la dépense publique. La dette est certes un très bon médicament pour stopper une crise ; ce ne doit pas devenir une drogue dure. »

Emmanuel Combe est professeur à Skema Business School et vice-président de l’Autorité de la concurrence.

 

Les limites de l’endettement

Les limites de l’endettement

Le chef économiste de Natixis  remet les pendules à l’heure sur les concepts économiques et sur les limites de l’endettement dans le Monde. Un point de vue  en opposition avec celui de  certains qui proposent un endettement illimité et perpétuel.

« Ce que tous les pays ont fait, c’est finalement de compenser tant que possible la perte de revenus des entreprises et des ménages par le déficit public. Quand on prend l’ensemble de l’OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques], l’augmentation du déficit public est du même ordre que la perte du revenu national, le PIB. Cet effort conduit à un déficit public gigantesque.

Il sera sans doute à 10 % du PIB en France, voire plus. Aux Etats-Unis, on est déjà à 19 %. Cela compense deux mois de confinement. On voit bien que, même si ce déficit est financé en réalité par de la création monétaire, il y a quand même une limite, et donc on arrive avec deux mois de confinement au chiffre de déficit le plus élevé qu’on puisse imaginer – si on avait quatre mois de confinement, on devrait faire 20 % de déficit public en France et 40 % aux Etats-Unis et là, ça ne marche plus. »

Tout simplement parce que la monnaie n’est qu’une convention pour représenter une richesse nationale. Lorsque le décalage entre le volume d’émission monétaire et la richesse nationale devient énorme le système explose et se traduit par une perte de valeur de la représentation monétaire entraînant une hausse des taux d’intérêt et de l’inflation et réciproquement.

 

La crise et les limites des marchés

La crise et  les limites des marchés 

Une analyse des facteurs explicatifs de la crise par l’économiste Cédric Durand et le sociologue Razmig Keucheyan dans une tribune au « Monde », qui estiment notamment que le sous-investissement dans l’hôpital, les fragilités de la mondialisation, le soutien apporté aux banques plutôt qu’aux salaires et la guerre des prix sur le pétrole se combinent dans le déclenchement de la crise actuelle.

Tribune. L’enchaînement d’événements dans lequel le monde est entré dans le sillage de la pandémie due au coronavirus procède de l’emboîtement de quatre logiques de crise – sanitaire, économique, énergétique et financière. Elles mettent en lumière les limites des marchés. Après une décennie perdue au lendemain de la crise financière, les turbulences actuelles ouvrent une fenêtre d’opportunité. Pour rendre nos sociétés plus résilientes et rouvrir un chemin de développement commun, le politique doit assumer des orientations économiques prioritaires et y soumettre le secteur financier.

Systèmes de santé poussés au point de rupture

La première crise est sanitaire. La principale raison pour laquelle l’épidémie contamine la sphère économique tient au fait que les systèmes de santé sont poussés au point de rupture. Le problème sanitaire le plus inquiétant n’est pas tant la gravité intrinsèque de la maladie que l’incapacité des systèmes de santé à absorber un afflux massif de malades et à leur prodiguer les soins nécessaires. Evidemment, cette vulnérabilité est d’autant plus forte que les mesures d’austérité ont été importantes : le sous-investissement dans les hôpitaux se paie aujourd’hui cash sous forme de mesures de confinement dont l’objet n’est pas d’entraver la diffusion du virus, mais simplement de la ralentir de manière à limiter les pertes en vies humaines. La résilience d’une société tient d’abord à la robustesse de ses services collectifs, c’est une réalité que des marchés par nature court-termistes ne peuvent pas internaliser.

 

La seconde crise est économique. Du côté de l’offre, les décisions prises pour ralentir la diffusion du virus impactent la production et le commerce. Les exportations chinoises ont plongé de 17 % aux cours des mois de janvier et de février, et des ruptures d’approvisionnement apparaissent, notamment pour des composants électroniques ou des principes actifs de médicaments. Les analystes s’attendent à ce que les difficultés s’intensifient dans les semaines qui viennent, notamment en Europe, avec l’effet en cascade des mesures déjà adoptées en Italie et maintenant en France. Ici, c’est le prix caché de chaînes de valeur fragmentées et hyperoptimisées qui apparaît au grand jour et ouvre la voie à un réencastrement des activités industrielles dans les territoires qu’elles servent. 

La politique budgétaire doit réagir très vite

A ces difficultés du côté de l’offre s’ajoutent des complications du côté de la demande : non seulement une série de secteurs comme le tourisme sont de fait à l’arrêt, mais les salariés qui subissent des pertes de revenu pour cause de chômage technique ou qui voient leurs emplois menacés freinent leurs dépenses. En outre, face à un environnement aussi incertain, les entreprises reportent leurs dépenses d’investissement tandis que les plus faibles d’entre elles risquent d’être englouties par des difficultés de trésorerie. La dégradation est telle que l’entrée en récession dans la plupart des économies riches apparaît extrêmement probable. Dans un tel contexte, la politique budgétaire doit réagir très vite pour protéger les salariés et éviter un délitement du tissu productif.

 

 

Les limites des puits de carbone par les plantes

Les limites des puits de carbone par les plantes

Un article de National Geographic met en évidence les limites des puits de carbone par les plantes.

 

« Chaque arbuste, vigne et arbre qui vous entoure joue un rôle essentiel dans l’élimination de l’excès de carbone dans l’atmosphère. Une nouvelle étude suggère que les plantes participent également à l’absorption de l’excédent de carbone émis, pour l’instant.

Cependant, à un certain point les plantes auront atteint leurs limites et le coup de pouce qu’elles apportent face au changement climatique commencera à s’estomper. Les scientifiques s’attachent aujourd’hui à déterminer précisément quand viendra ce moment.

Depuis les prémices de la révolution industrielle au début du 20e siècle, le volume de carbone émis dans l’atmosphère par l’activité humaine a augmenté très rapidement. À l’aide de modèles informatiques, les auteurs de l’étude sont arrivés à la conclusion que la photosynthèse avait augmenté de 30 %.

« C’est un peu comme un rayon de soleil dans un ciel orageux, » illustre Lucas Cernusak, l’un des auteurs de l’étude et écophysiologue à l’université James Cook en Australie.

L’étude a été publiée dans la revue Trends in Plant Science.

 

Cernusak et ses collègues ont utilisé les données d’une étude publiée dans Nature en 2017 qui mesurait les niveaux d’oxysulfure de carbone présents dans des carottes de glace et dans l’air. En plus du dioxyde de carbone, les plantes absorbent de l’oxysulfure de carbone au cours de leur cycle naturel du carbone, ce qui est fréquemment utilisé pour mesurer la photosynthèse à échelle mondiale.

« Les plantes terrestres éliminent environ 29 % de nos émissions qui contribueraient dans le cas contraire à augmenter la concentration atmosphérique de CO2. Ce que notre modèle a montré, c’est que le rôle de la photosynthèse terrestre dans le puits de carbone des terres est plus important que l’ont estimé d’autres modèles, » explique Cernusak.

 

LANCER LE DIAPORAMA

Le puits de carbone fait référence au volume de carbone absorbé par les plantes par rapport à la quantité qu’elles pourraient naturellement émettre par la déforestation ou la respiration.

Certains scientifiques ont des doutes quant à l’utilisation de l’oxysulfure de carbone comme méthode pour mesurer la photosynthèse.

Kerri Sendall est biologiste à l’université de Georgia Southern, elle étudie la croissance des plantes en fonction des différents scénarios de changement climatique.

Puisque le niveau d’absorption d’oxysulfure de carbone d’une plante peut varier en fonction de la lumière qu’elle reçoit, Sendall indique que les prévisions de l’étude « pourraient être surestimées, » mais elle précise que la plupart des méthodes de mesure de la photosynthèse mondiale ont chacune leur part d’incertitude.

 

Sans tenir compte du rythme auquel la photosynthèse a augmenté, les scientifiques s’accordent à dire que l’excédent de carbone agit comme un engrais pour les plantes en favorisant leur croissance.

« Il existe des preuves d’un feuillage des arbres plus abondant et d’une présence de bois plus importante, » explique Cernusak. « Le bois est en fait la partie qui absorbe le plus de carbone dans la masse totale de la plante. »

Les scientifiques du laboratoire national d’Oak Ridge ont remarqué que lorsqu’une plante est exposée à des niveaux en CO2 croissants, la taille des pores de ses feuilles augmente.

Dans le cadre de l’une de ses recherches expérimentales, Sendall a exposé des plantes à une concentration en CO2 égale au double de leur exposition habituelle.

Dans ces conditions, avec une augmentation drastique de leur exposition au CO2, « la composition des tissus de leurs feuilles était légèrement différente, » dit-elle. « Ce qui les rendait plus difficiles à manger pour les herbivores et moins accueillantes pour la croissance des larves. »

 

Les niveaux atmosphériques de CO2 augmentent et on suppose que les plantes finiront par ne plus pouvoir tenir le rythme.

« La réponse du puits de carbone à une augmentation du CO2 atmosphérique reste à ce jour la plus grande inconnue à l’échelle mondiale dans les modélisations du cycle carbone, ce qui contribue grandement à l’incertitude qui règne dans les prévisions du changement climatique, » peut-on lire sur le site Web du laboratoire national d’Oak Ride.

Le défrichement des terres pour l’élevage ou l’agriculture et les émissions des carburants fossiles sont les facteurs les plus influents sur le cycle du carbone. Si ces deux éléments ne sont pas considérablement freinés, les scientifiques affirment que l’on atteindra inévitablement un point de bascule.

« Une plus grande partie du CO2 que nous émettons restera dans l’air, les concentrations en CO2 augmenteront donc rapidement et le changement climatique s’accélérera, » explique Danielle Way, écophysiologue à l’université de Western Ontario, au Canada.

 

QUE POUVONS-NOUS FAIRE ?

 

Les scientifiques de l’université d’Illinois et du ministère de l’Agriculture des États-Unis ont mené des expériences visant à modifier génétiquement les plantes pour qu’elles puissent stocker plus de carbone. Une enzyme appelée rubsico est responsable de la captation du CO2 par photosynthèse et les scientifiques souhaitent accroître son efficacité.

Récemment, des essais de semences modifiées ont montré que le renforcement du rubisco augmentait l’efficacité de la plante d’environ 40 %. L’utilisation à grande échelle commerciale de cette enzyme végétale modifiée pourrait toutefois prendre plus de dix ans à mettre en place. Pour l’instant, les tests n’ont été réalisés qu’avec les cultures les plus communes comme le tabac et on ne connaît pas précisément les effets du rubisco sur les arbres qui occupent un rôle prépondérant dans la captation du carbone.

En septembre 2018, des groupes environnementaux se sont réunis à San Francisco pour élaborer un programme de sauvegarde des forêts, un élément naturel qui, selon eux, est la « solution climatique oubliée. »

« Je pense que les décideurs politiques devraient réagir à nos résultats en prenant conscience que la biosphère terrestre agit pour le moment comme un puits de carbone efficace, » conclut Cernusak. « Il faut prendre des mesures immédiates pour protéger les forêts afin qu’elles puissent continuer à agir de cette façon et, parallèlement, fournir les efforts nécessaires à la décarbonisation de notre production d’énergie. »

 

Cet article a initialement paru sur le site nationalgeographic.com en langue anglaise.

Intelligence artificielle : limites, potentiels et dangers

Intelligence artificielle :  limites, potentiels et dangers

 

James Buchanan – Directeur Stratégie, Razorfish Londres, évoque les limites de l’IA.( Dans un article de la Tribune)

 

 

 

« L’intelligence artificielle a tous les attributs d’une grande révolution annoncée. Son potentiel est un peu plus « réel » chaque jour, de l’ordinateur qui bat les meilleurs joueurs de Go à la voiture autonome.  Lors de cette manifestation à laquelle j’ai participé aux côtés de 3 autres experts, j’ai eu l’occasion d’aborder l’impact des services propulsés par l’IA à l’échelle de l’individu. Au cours des cinq dernières années, les objets et services intelligents se sont essayés à tous les aspects de notre vie. Depuis la rencontre amoureuse jusqu’à la livraison, en passant par la finance et le sport, des start-ups anticipent désormais le moindre de nos problèmes et nous proposent des services toujours plus personnalisés à l’aide de l’IA. Sous couvert d’être pratiques, ces services changent notre façon de voir le monde, notre manière de penser et notre propre identité. Quelle valeur accordons-nous à notre libre-arbitre ? Sommes-nous prêts à sacrifier notre autonomie ? Avec l’émergence des machines qui apprennent, notre monde devient de plus en plus inquiétant et étrange, et il est légitime de s’interroger sur son évolution.  C’est maintenant qu’il faut en parler, alors que ces outils sont encore à notre service. Personne ne veut devenir le simple prolongement de chair et d’os d’un algorithme. L’innovation a toujours modifié notre façon de penser : ce que nous créons nous influence en retour. Le cas de l’intelligence artificielle est unique. Elle se matérialise par des outils qui ont leur intelligence propre et ne se laissent pas totalement contrôler. A la poursuite de leur logique interne, ils s’améliorent au contact de millions d’utilisateurs, leur influence croissant avec leur intelligence. Ces services semblent utiles car ils résolvent nos problèmes, révèlent ce qu’il y a de meilleur en nous et minimisent nos insuffisances. Ils nous confèrent quasiment des superpouvoirs. C’est pourtant d’un œil critique que nous devrions considérer cette situation. Dans ce futur algorithmique, qu’est ce qui compte le plus ? Avoir l’opportunité de partager mon point de vue est plutôt un accomplissement pour qui, comme moi, a grandi dans une petite ville. Mais que penser d’un futur où l’IA ne me permettra plus jamais de rencontrer ceux qui ne sont pas d’accord avec moi ? Que penser d’un service financier qui, faisant passer en premier ce qu’il sait être mes intérêts à long-terme, me rendra volontairement difficile la prise de décisions d’impulsion? In fine, peut-on sincèrement croire que « le marché » prendra soin de nous ? L’option de facilité consiste à se concentrer sur les résultats : clients enrichis, volume d’engagement, indice de satisfaction… Des données simples car elles correspondent déjà aux objectifs des entreprises. Elles offrent aussi de la lisibilité sur les variables grâce auxquelles les algorithmes s’améliorent, le reflet d’une culture scientifique dans laquelle ont grandi de nombreux tech-entrepreneurs. Mais laisser de côté toute préoccupation de sécurité devrait pourtant nous inquiéter un peu plus. Même des scientifiques de renom comme Stephen Hawkins admettent que l’intelligence artificielle pourrait bientôt nous échapper… Un autre mot pour « résultat » est « fin », et l’on sait qu’elle ne justifie pas les moyens. Enrichir un client n’est pas un argument valable si, en chemin, vous détériorez un autre aspect de sa vie, ou celle de quelqu’un d’autre, de façon imprévisible. Il y a ensuite le risque de devenir dépendant. Que se passerait-il si tous ces services devenaient soudainement inaccessibles ? Serions-nous livrés à nous-mêmes ? C’est bien une question d’éthique que pose en creux l’IA… Il existe heureusement une alternative. Et si au lieu de se focaliser sur les résultats nous aidions plutôt les gens à devenir un peu plus eux-mêmes ? En encourageant la réflexion et la connaissance de soi, nous donnerions la priorité à l’enseignement plutôt qu’à l’automation. Nous donnerions aux gens les outils pour développer leurs compétences naturelles plutôt que de chercher à les remplacer. Nous passerions probablement plus de temps à réfléchir au rôle que ces services jouent au sein de la société plutôt qu’à ce qu’ils apportent à l’individu isolé. En somme, en faisant moins nous pouvons encourager les autres à en faire plus et à agir de façon éthique et responsable. Mais cela n’arrivera pas par hasard, nous devons passer par un chemin choisi délibérément. Tant dans les instances dirigeantes, où le sujet doit être mis à l’ordre du jour des agendas politiques, qu’auprès des citoyens, nous devons nous assurer que les consciences s’éveillent à ces questions. Asseyons-nous autour d’une table et engageons dès aujourd’hui la discussion sur ce que l’IA peut proposer, non seulement aux personnes que nous sommes, mais aussi à celles que nous voulons devenir. »

Limites de la tech vis-à-vis de l’environnement (Nicolas Hasard)

Limites de la tech vis-à-vis de l’environnement  (Nicolas Hasard)

 

Dans une interview de la Tribune, Nicolas Hazard, Fondateur du fonds INCO qui accompagne les projets green innovants souligne le rôle de la tech pour l’environnement mais aussi ses limites.

 

 

Le prochain Marseille City Life a pour thème général « Tech et zéro carbone ». Doit-on considérer que l’équation est utopique ou au contraire, tout à fait compatible ?

Nicolas Hasard – Je la pense compatible, mais je pense aussi que la notion du sauveur providentiel est celle qui aujourd’hui fait le plus de mal à l’humanité. Il flagrant de constater par exemple, particulièrement outre-Atlantique, à quel point sont nombreux ceux qui croient en un Christ Sauveur, qui viendra nous secourir de l’apocalypse annoncée. À notre époque, ce Christ, cette croyance, s’appelle la technologie. On se raccroche aujourd’hui à elle, à sa puissance créatrice, elle qui nous accompagne tous les jours et qui a profondément transformé nos vies. C’est objectivement un levier exceptionnel. Pourtant, il n’y a aucune certitude qu’il réussisse à nous sauver, mais l’on s’y complaît, en pensant que de toute façon le progrès technologique nous sauvera in fine de toutes nos turpitudes.

Les solutions innovantes – notamment celles qui utilisent l’hydrogène par exemple – sont mises au point par des startups, c’est-à-dire par de petites structures, certes agiles mais qui n’ont pas autant les moyens de diffusion que les grands groupes. Comment faire pour que les initiatives isolées mais vertueuses soient reprises à grande échelle ?

Dans notre incubateur INCOPLEX Green Sud à Marseille, nous accompagnons une start-up bien connue ici, Hysilabs, qui a le potentiel pour révolutionner cette source d’énergie exceptionnelle qu’est l’hydrogène, notamment en facilitant son transport. Pour que ce type d’initiative change d’échelle, il faut la connecter à un écosystème d’investisseurs et surtout de grands groupes industriels qui seront en mesure de lui permettre d’expérimenter ses solutions et de les mettre sur le marché. L’open innovation, c’est-à-dire l’innovation ouverte qui mets en relation start-ups et grandes entreprises, c’est le modèle que nous prônons au sein nos incubateurs, car il permet aux start-up de frotter leurs innovations aux réalités des attentes des grands acteurs économiques. Nous appliquons les mêmes principes dans notre incubateur dédié à la prévention santé, le Prevent2Care Lab, basé ici à Marseille chez Kedge BS.

Dans votre dernier ouvrage « Appel à la guerilla mondiale » vous incitez chaque citoyen à devenir un guerillero et à « hacker » le système. Pourquoi si le zéro carbone semble être la préoccupation de tous, n’arrive-t-on pas à véritablement modifier les habitudes ?

Il existe sans doute mille raisons qui peuvent expliquer pourquoi nous sommes si inconscients et inconsistants face à l’énorme défi environnemental et à quel point nous avons la capacité à répéter les mêmes erreurs que les civilisations qui nous ont précédées, dont certaines ont dilapidé leur capital naturel, et ont été balayées. Il faut changer de modèle de façon radicale et l’une des solutions c’est aller vers la smart city, certes, mais plus encore, vers le « smart country ». C’est-à-dire vers une déconcentration, une relocalisation, une restitution du « pouvoir vivre » à tous les territoires urbain et ruraux. Il faudrait à nouveau que chaque territoire se considère davantage comme un archipel indépendant. En matière d’énergie, de mobilité, d’urbanisme, d’agriculture : c’est à l’échelle locale que les alternatives s’élaborent, que les acteurs publics et privés transforment en profondeur le développement économique et la façon dont nous consommons.

 

Intelligence artificielle : les limites

Intelligence artificielle : les limites

James Buchanan – Directeur Stratégie, Razorfish Londres, évoque les limites de l’IA.( Dans un article de la Tribune)

 

 

 

« Omniprésente cette année au salon South by Southwest, l’intelligence artificielle a tous les attributs d’une grande révolution annoncée. Son potentiel est un peu plus « réel » chaque jour, de l’ordinateur qui bat les meilleurs joueurs de Go à la voiture autonome.  Lors de cette manifestation à laquelle j’ai participé aux côtés de 3 autres experts, j’ai eu l’occasion d’aborder l’impact des services propulsés par l’IA à l’échelle de l’individu. Au cours des cinq dernières années, les objets et services intelligents se sont essayés à tous les aspects de notre vie. Depuis la rencontre amoureuse jusqu’à la livraison, en passant par la finance et le sport, des start-ups anticipent désormais le moindre de nos problèmes et nous proposent des services toujours plus personnalisés à l’aide de l’IA. Sous couvert d’être pratiques, ces services changent notre façon de voir le monde, notre manière de penser et notre propre identité. Quelle valeur accordons-nous à notre libre-arbitre ? Sommes-nous prêts à sacrifier notre autonomie ? Avec l’émergence des machines qui apprennent, notre monde devient de plus en plus inquiétant et étrange, et il est légitime de s’interroger sur son évolution.  C’est maintenant qu’il faut en parler, alors que ces outils sont encore à notre service. Personne ne veut devenir le simple prolongement de chair et d’os d’un algorithme. L’innovation a toujours modifié notre façon de penser : ce que nous créons nous influence en retour. Le cas de l’intelligence artificielle est unique. Elle se matérialise par des outils qui ont leur intelligence propre et ne se laissent pas totalement contrôler. A la poursuite de leur logique interne, ils s’améliorent au contact de millions d’utilisateurs, leur influence croissant avec leur intelligence. Ces services semblent utiles car ils résolvent nos problèmes, révèlent ce qu’il y a de meilleur en nous et minimisent nos insuffisances. Ils nous confèrent quasiment des superpouvoirs. C’est pourtant d’un œil critique que nous devrions considérer cette situation. Dans ce futur algorithmique, qu’est ce qui compte le plus ? Avoir l’opportunité de partager mon point de vue est plutôt un accomplissement pour qui, comme moi, a grandi dans une petite ville. Mais que penser d’un futur où l’IA ne me permettra plus jamais de rencontrer ceux qui ne sont pas d’accord avec moi ? Que penser d’un service financier qui, faisant passer en premier ce qu’il sait être mes intérêts à long-terme, me rendra volontairement difficile la prise de décisions d’impulsion? In fine, peut-on sincèrement croire que « le marché » prendra soin de nous ? L’option de facilité consiste à se concentrer sur les résultats : clients enrichis, volume d’engagement, indice de satisfaction… Des données simples car elles correspondent déjà aux objectifs des entreprises. Elles offrent aussi de la lisibilité sur les variables grâce auxquelles les algorithmes s’améliorent, le reflet d’une culture scientifique dans laquelle ont grandi de nombreux tech-entrepreneurs. Mais laisser de côté toute préoccupation de sécurité devrait pourtant nous inquiéter un peu plus. Même des scientifiques de renom comme Stephen Hawkins admettent que l’intelligence artificielle pourrait bientôt nous échapper… Un autre mot pour « résultat » est « fin », et l’on sait qu’elle ne justifie pas les moyens. Enrichir un client n’est pas un argument valable si, en chemin, vous détériorez un autre aspect de sa vie, ou celle de quelqu’un d’autre, de façon imprévisible. Il y a ensuite le risque de devenir dépendant. Que se passerait-il si tous ces services devenaient soudainement inaccessibles ? Serions-nous livrés à nous-mêmes ? C’est bien une question d’éthique que pose en creux l’IA… Il existe heureusement une alternative. Et si au lieu de se focaliser sur les résultats nous aidions plutôt les gens à devenir un peu plus eux-mêmes ? En encourageant la réflexion et la connaissance de soi, nous donnerions la priorité à l’enseignement plutôt qu’à l’automation. Nous donnerions aux gens les outils pour développer leurs compétences naturelles plutôt que de chercher à les remplacer. Nous passerions probablement plus de temps à réfléchir au rôle que ces services jouent au sein de la société plutôt qu’à ce qu’ils apportent à l’individu isolé. En somme, en faisant moins nous pouvons encourager les autres à en faire plus et à agir de façon éthique et responsable. Mais cela n’arrivera pas par hasard, nous devons passer par un chemin choisi délibérément. Tant dans les instances dirigeantes, où le sujet doit être mis à l’ordre du jour des agendas politiques, qu’auprès des citoyens, nous devons nous assurer que les consciences s’éveillent à ces questions. Asseyons-nous autour d’une table et engageons dès aujourd’hui la discussion sur ce que l’IA peut proposer, non seulement aux personnes que nous sommes, mais aussi à celles que nous voulons devenir. »

 

Macron et Benalla : « des gamins sans limites, » (le sénateur Grosdidier)

Macron et Benalla : « des gamins sans limites, » (le sénateur Grosdidier)

Suite aux nouvelles révélations de Mediapart qui montre les relations particulières entre Benalla et Macron, , le sénateur Les Républicains de la Moselle et membre de la commission d’enquête sur l’affaire Benalla, François Grosdidier, estime que ces révélations sont « la confirmation de tous les mensonges » d’Alexandre Benalla qu’il qualifie, au même titre qu’Emmanuel Macron, de « gamins sans limites, animés par un sentiment de surpuissance, qui s’exonèrent de toutes les règles de la République ». (Interview sur France Info

Que vous inspirent ces nouveaux éléments révélés par Mediapart ?

François Grosdidier : C’est la confirmation de tous les mensonges. C’est d’abord une infraction supplémentaire, puisque messieurs Crase et Benalla restent en contact alors que cela leur est interdit par leur contrôle judiciaire. Ensuite, c’est un nouveau parjure de monsieur Benalla, puisqu’il a participé à la rédaction des contrats russes alors qu’il était censé ne pas interférer dans ces contrats. Ensuite, nous avons une révélation qui est plutôt une confirmation, qui est le lien continu entre le président de la République et Alexandre Benalla, dans une période toute récente. Et surtout la révélation d’un sentiment de surpuissance à la fois d’Alexandre Benalla et du président de la République, qui sont comme des adolescents qui défient la République, qui se sentent en dehors de toutes règles, puisque Emmanuel Macron aurait dit selon monsieur Benalla, ’de toutes façons tu les boufferas tous. Tu es meilleur qu’eux’, en parlant des sénateurs ou des magistrats. C’est absolument surréaliste. On a des gamins sans limites, animés par un sentiment de surpuissance, qui s’exonèrent de toutes les règles de la République et qui méprisent tant les sénateurs que les forces de sécurité intérieure. Monsieur Benalla se sentait en capacité de commander les généraux et colonels de la gendarmerie et les plus hauts gradés de la police nationale. Monsieur Benalla était bien de fait le patron de la sécurité à l’Élysée, alors que le secrétaire général de la présidence, le directeur du cabinet, le chef du cabinet du président de la République nous ont expliqué exactement le contraire.

Pensez-vous qu’Alexandre Benalla puisse inventer, imaginer cela ?

Monsieur Benalla n’avait pas besoin d’inventer cela, dans une discussion confidentielle avec monsieur Crase qui était son homme de confiance. Autant monsieur Benalla peut avoir des raisons de mentir publiquement pour essayer de se disculper, autant il n’a aucune raison de mentir à huis clos.

Quelle valeur accordée aux différentes auditions d’Alexandre Benalla, en commission des lois au Sénat ?

Le travail du Sénat a pour mérite d’établir la vérité, là où les personnes entendues ont essayé de nous balader.

Les limites d’une politique monétaire (Mathieu Mucherie, économiste de marché)

Les limites d’une politique monétaire (Mathieu Mucherie, économiste de marché)

 

Extrait d’une interview dans Atlantico à propos du rôle de la politique monétaire dans la redistribution des richesses.

Comment résoudre une telle situation et obtenir un résultat plus satisfaisant dans la distribution des revenus et du patrimoine, pour ce qui relève de la politique monétaire ?

« …..nous vivons dans un pays où les décideurs n’ont pas la moindre idée de ce qui se passera après juin prochain, qui ne savent même pas s’ils doivent être rawlsiens ou nozickiens ou autre chose quand ils prétendent agir au nom de la « justice sociale », qui n’ont pas la moindre méthode pour savoir où se situent dans les inégalités nées de la révolution numérique les inégalités justes et/ou incitatives et où se situent les inégalités génératrices de rentes injustes (voilà qu’ils taxent les GAFA au pifomètre et… sur leur chiffre d’affaires !!), qui veulent le « plein emploi » dans le cadre d’un régime monétaire qui singe l’étalon-or (le système monétaire le plus adapté à la maximisation des écarts de richesse, puisqu’il entrave l’apurement des créances et favorise la rente, et le statu quo), et le tout avec des mécanismes d’intervention qui mixent joyeusement la redistribution au moment du prélèvement des impôts et la redistribution (parfois aux mêmes) au moment de la dépense publique (bravo la transparence), avec bien entendu cinq strates administratives pour rajouter un peu de fumée et quelques doublons, et saint Piketty en lecture pour tous. Un travail d’amateur dans une boite noire en double aveugle, en toute bonne conscience !! Avec le risque de voir tous ces « efforts » de redistribution annihilés par trois réunions de la BCE, par un nouveau dégazage bancaire ou une nouvelle provoc’ déflationniste de l’axe franco-allemand du mal.

La politique monétaire ne peut pas trop différencier si une dispersion des revenus est juste ou injuste, elle n’est pas l’instrument DE 1er rang pour lutter contre, le cas échéant, c’est simplement l’instrument AU premier rang, chronologiquement, pour éviter que la déflation ne s’installe avec son cortège de malheurs, de dettes qui s’accumulent et de chômeurs conjoncturels qui deviennent structurels. Le QE peut faire office de pare-feux et de facilitateur, ce n’est pas un outil de redistribution dans un sens ou dans un autre, à moins de prouver qu’il ne transite que par les effets richesse (en zone euro, bon courage) ou qu’à l’inverse il pourrait chambouler l‘ordre social bourgeois par une inflation à 10% (re-bon courage).

La politique monétaire en zone euro ne peut hélas rentrer dans les détails : elle est homogène, au mieux elle peut être un peu mieux orientée vers les maillons les plus faibles du Sud, et mieux orientée en direction de la prévention des crises de la demande agrégée, mais elle ne peut pas (et ne doit pas) rentrer dans les secteurs, les firmes, les ménages. La plus jolie fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a : même un néo-monétariste comme moi, très attaché à la notion de surpuissance de la politique monétaire, doit reconnaitre que le banquier central ne peut directement s’occuper ni de l’éducation, ni de l’aménagement du territoire, ni de l’immigration, ni de la libération du foncier, ni des statuts, ni de la fiscalité, c’est-à-dire des sources parmi les plus essentielles des inégalités concrètes. L’entrée de mexicains dans les Etats du Sud des USA dans les années 70, 80 et 90 n’est pas pour rien dans l’élargissement du spectre des salaires : oui, mais que pouvait y faire Alan Greenspan ?

En zone euro, la BCE a déjà un job à temps plein : son rôle est crucial pour les taux de changes, les taux d’intérêt, la survie supervision de 128 grandes banques, et une partie des marchés via les règles de collatéral notamment : ça fait déjà beaucoup pour un acteur non-élu, et pas toujours compétent, qui passe déjà trop de temps sur des missions annexes ou illégales (régulation des bonus des traders, symposiums sur les réformes structurelles pour tout le monde sauf pour lui, chantages vis-à-vis de certains gouvernements en pleine crise, et pendant les vacances : organisation de bank run et de corralito en Grèce ou à Chypre). Et maintenant les inégalités ? et demain le trafic aérien, et après demain la relance de la natalité en Europe ? Attention au surmenage, au syndrome « Gosbank », et aux conflits d’intérêts… »

 

Référendum : atouts, limites et dangers

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Dans la boîte à outils démocratiques figure le référendum, c’est-à-dire l’occasion entre deux échéances électorales de solliciter l’opinion sur une question majeure souvent de nature constitutionnelle. Rares sont les référendums portant sur les questions économiques ou sociales même si la thématique n’est pas interdite. La plupart des régimes à caractère centraliste voire dictatorial s’appuie sur un dialogue direct avec les citoyens en passant par dessus tous les outils de médiation que peuvent être un Parlement, des syndicats, des associations voire des médias et des organisations politiques. C est le referendum plébiscite.  Ceci étant,  dans certains démocratie le référendum peut être utile. Le référendum a l’avantage de centrer l’opinion sur une question précise alors que la consultation électorale classique noie un peu tous les sujets dans le programme proposé. Face au foisonnement de revendications parfois contradictoires des gilets jaunes, il semble qu’on ait trouvé la martingale démocratique pour se rassembler sur la proposition de référendum d’initiative citoyenne. Reste que l’objet même de ce référendum demeure lui aussi parfois contradictoire. Ce référendum pourrait en effet avoir des objectifs constitutionnels, d’autres révocatoires, abrogatoires ou législatifs. Certains partis politiques notamment au pouvoir voudraient en « cadrer » la portée à quelques consultations sur des thèmes limités. Les plus radicaux souhaitent un référendum à caractère révocatoire pour virer des élus dont ils sont mécontents, des élus locaux, nationaux voire même le président de la république et même en supprimer la fonction. Dans la dimension constitutionnelle, certains envisagent une nouvelle constitution ou encore la suppression du Sénat. Il ne paraît pas certain qu’une majorité de Français en dépit des critiques soit prêts à jeter aux orties la constitution de la Ve République. L’abrogation, elle, viserait à supprimer des lois jugées injustes ou inopérantes et la dimension législative au contraire donnerait la possibilité de faire adopter de nouvelles lois. La demande de référendum d’initiative citoyenne caractérise en tout cas une forte demande de nouvelle démocratie, une démocratie ne qui se limite pas à la délégation de mandat. En gros,  une fois tous les cinq ans par exemple pour les députés lesquels ensuite sont soumis aux pressions du gouvernement, des lobbys et des groupes financiers voire ont tendance à confondre intérêt personnel et intérêt collectif. Cette question de la médiation politique est au cœur de la problématique de la crise actuelle. Bien entendu des revendications matérielles concrètes  sont en cause comme la fiscalité ou le pouvoir d’achat mais au-delà se pose avec autant d’acuité la problématique de la médiation par les corps intermédiaires et notamment par les élus politiques. En clair, cette crise met en évidence le manque de confiance et de représentativité vis-à-vis des  élus. De ce point de vue, le référendum peut être intéressant,  il semble toutefois nécessaire d’élargir le problème à la question des conditions d’exercice du mandat et non de se limiter à la seule question du référendum. En effet,  le plus souvent dans les élections nationales comme locales, les engagements, les promesses sont assez approximatives voire contradictoires pour ne pas dire démagogiques. Une fois élus, certains responsables ont un peu trop tendance à se croire investis d’un pouvoir suprême voir monarchique. Se pose surtout le problème  des conditions de préparation démocratique des orientations, de leur évaluation scientifique et de leur contrôle démocratique. Cela vaut au plan national, régional, intercommunal ou communal. En outre, la préparation des orientations et les  évaluations ne peuvent être le fait de structures qui sont associées à la gestion. Ces structures doivent être indépendantes sur le mode par exemple de la Cour des Comptes pour l’évaluation ou le conseil économique et social et environnemental pour les propositions. Après cette évaluation scientifique, ou en tout cas technique et sur cette base,  devrait s’opérer un contrôle démocratique pour vérifier si les orientations sont cohérentes, justes et efficaces et s’il y a une bonne affectation des moyens notamment financiers. Il ne s’agit pas forcément de donner un pouvoir de décision à ces structures de propositions et d’évaluation mais de leur attribuer une mission d’éclairage des conditions d’exercice du mandat politique. Au plan national, la situation de ce point de vue est loin d’être satisfaisante mais au plan local il n’existe à peu prés rien,  ni de structures d’évaluation ni de structures de contrôle démocratique réellement représentatives, compétentes et indépendantes. Il est clair qu’on ne pourra pas organiser un référendum tous les trois mois. D’où la nécessité de mettre en place des outils d’évaluation et démocratiques plus permanents. Le référendum est un peu réducteur de la demande de démocratie. En effet pour  certaines questions. On se contente de  répondre par oui ou par non. Cela  ne constitue pas le summum de la démocratie, le vote peut même être assez caricatural. L’évaluation et le contrôle démocratique doivent être autrement plus complexes et plus permanents.

 

 

Démocratie : Les limites du RIC

Démocratie : Les limites du RIC

 

 

 

Face au foisonnement de revendications parfois contradictoires des gilets jaunes, il semble qu’on ait trouvé la martingale démocratique pour se rassembler sur la proposition de référendum d’initiative citoyenne. Reste que l’objet même de ce référendum demeure lui aussi parfois contradictoire. Ce référendum pourrait en effet avoir des objectifs constitutionnels, d’autres révocatoires, abrogatoires ou législatifs. Certains partis politiques notamment au pouvoir voudraient en « cadrer » la portée à quelques consultations sur des thèmes limités voire m^me très limités au champ local. . Les plus radicaux souhaitent un référendum à caractère révocatoire pour virer des élus dont ils sont mécontents, des élus locaux, nationaux voir même le président de la république.  Dans la dimension constitutionnelle, certains envisagent une nouvelle constitution ou encore la suppression du Sénat. Il ne paraît pas certain qu’une majorité de Français en dépit des critiques soit prêts à jeter aux orties la constitution de la Ve République. L’abrogation, elle, viserait à supprimer des lois jugées injustes ou inopérantes et la dimension législative au contraire donnerait la possibilité de faire adopter de nouvelles lois. La demande de référendum d’initiative citoyenne caractérise en tout cas une forte demande de nouvelle démocratie, une démocratie ne qui se limite pas à la délégation de mandat. En gros,  une fois tous les cinq ans par exemple pour les députés lesquels ensuite sont soumis aux pressions du gouvernement, des lobbys et des groupes financiers voire ont tendance à confondre intérêt personnel et intérêt collectif. Cette question de la médiation politique est au cœur de la problématique de la crise actuelle. Bien entendu des revendications matérielles concrètes  sont en cause comme la fiscalité ou le pouvoir d’achat mais au-delà se pose avec autant d’acuité la problématique de la médiation par les corps intermédiaires et notamment par les élus politiques. En clair, cette crise met en évidence le manque de confiance et de représentativité vis-à-vis des  élus. De ce point de vue, le référendum peut être intéressant il semble toutefois nécessaire d’élargir le problème à la question des conditions d’exercice du mandat et non de se limiter à la seule question du référendum. En effet,  le plus souvent dans les élections nationales comme locales, les engagements, les promesses sont assez approximatives voire contradictoires pour ne pas dire démagogiques. Une fois élus, certains responsables ont un peu trop tendance à se croire investis d’un pouvoir suprême voir monarchique. Se pose surtout le problème  des conditions de préparation démocratique des orientations, de leur évaluation scientifique et de leur contrôle démocratique. Cela vaut au plan national, régional, intercommunal ou communal. En outre, la préparation des orientations et les  évaluations ne peuvent être le fait de structures qui sont associées à la gestion. Ces structures doivent être indépendantes sur le mode par exemple de la Cour des Comptes pour l’évaluation ou le conseil économique et social et environnemental pour les propositions. Après cette évaluation scientifique, ou en tout cas technique et sur cette base,  devrait s’opérer un contrôle démocratique pour vérifier si les orientations sont cohérentes, justes et efficaces et s’il y a une bonne affectation des moyens notamment financiers. Il ne s’agit pas forcément de donner un pouvoir de décision à ces structures de propositions et d’évaluation mais de leur attribuer une mission d’éclairage des conditions d’exercice du mandat politique. Au plan national, la situation de ce point de vue est loin d’être satisfaisante mais au plan local il n’existe à peu prés rien,  ni de structures d’évaluation ni de structures de contrôle démocratique réellement représentatives, compétentes et indépendantes. Il est clair qu’on ne pourra pas organiser un référendum tous les trois mois. D’où la nécessité de mettre en place des outils d’évaluation et démocratiques plus permanents. Le référendum est un peu réducteur de la demande de démocratie. En effet pour  certaines questions. On se contente de  répondre par oui ou par non. Cela  ne constitue pas le summum de la démocratie, le vote peut même être assez caricatural. L’évaluation et le contrôle démocratique doivent être autrement plus complexes et plus permanents.

 

Demande de démocratie : Les limites du RIC

Demande de démocratie : Les limites du RIC

 

 

 

Face au foisonnement de revendications parfois contradictoires des gilets jaunes, il semble qu’on ait trouvé la martingale démocratique pour se rassembler sur la proposition de référendum d’initiative citoyenne. Reste que l’objet même de ce référendum demeure lui aussi parfois contradictoire. Ce référendum pourrait en effet avoir des objectifs constitutionnels, d’autres révocatoires, abrogatoires ou législatifs. Certains partis politiques notamment au pouvoir voudraient en « cadrer » la portée à quelques consultations sur des thèmes limités. Les plus radicaux souhaitent un référendum à caractère révocatoire pour virer des élus dont ils sont mécontents, des élus locaux, nationaux voir même le président de la république. Dans la dimension constitutionnelle, certains envisagent une nouvelle constitution ou encore la suppression du Sénat. Il ne paraît pas certain qu’une majorité de Français en dépit des critiques soit prêts à jeter aux orties la constitution de la Ve République. L’abrogation, elle, viserait à supprimer des lois jugées injustes ou inopérantes et la dimension législative au contraire donnerait la possibilité de faire adopter de nouvelles lois. La demande de référendum d’initiative citoyenne caractérise en tout cas une forte demande de nouvelle démocratie, une démocratie ne qui se limite pas à la délégation de mandat. En gros,  une fois tous les cinq ans par exemple pour les députés lesquels ensuite sont soumis aux pressions du gouvernement, des lobbys et des groupes financiers voire ont tendance à confondre intérêt personnel et intérêt collectif. Cette question de la médiation politique est au cœur de la problématique de la crise actuelle. Bien entendu des revendications matérielles concrètes  sont en cause comme la fiscalité ou le pouvoir d’achat mais au-delà se pose avec autant d’acuité la problématique de la médiation par les corps intermédiaires et notamment par les élus politiques. En clair, cette crise met en évidence le manque de confiance et de représentativité vis-à-vis des  élus. De ce point de vue, le référendum peut être intéressant il semble toutefois nécessaire d’élargir le problème à la question des conditions d’exercice du mandat et non de se limiter à la seule question du référendum. En effet,  le plus souvent dans les élections nationales comme locales, les engagements, les promesses sont assez approximatives voire contradictoires pour ne pas dire démagogiques. Une fois élus, certains responsables ont un peu trop tendance à se croire investis d’un pouvoir suprême voir monarchique. Se pose surtout le problème  des conditions de préparation démocratique des orientations, de leur évaluation scientifique et de leur contrôle démocratique. Cela vaut au plan national, régional, intercommunal ou communal. En outre, la préparation des orientations et les  évaluations ne peuvent être le fait de structures qui sont associées à la gestion. Ces structures doivent être indépendantes sur le mode par exemple de la Cour des Comptes pour l’évaluation ou le conseil économique et social et environnemental pour les propositions. Après cette évaluation scientifique, ou en tout cas technique et sur cette base,  devrait s’opérer un contrôle démocratique pour vérifier si les orientations sont cohérentes, justes et efficaces et s’il y a une bonne affectation des moyens notamment financiers. Il ne s’agit pas forcément de donner un pouvoir de décision à ces structures de propositions et d’évaluation mais de leur attribuer une mission d’éclairage des conditions d’exercice du mandat politique. Au plan national, la situation de ce point de vue est loin d’être satisfaisante mais au plan local il n’existe à peu prés rien,  ni de structures d’évaluation ni de structures de contrôle démocratique réellement représentatives, compétentes et indépendantes. Il est clair qu’on ne pourra pas organiser un référendum tous les trois mois. D’où la nécessité de mettre en place des outils d’évaluation et démocratiques plus permanents. Le référendum est un peu réducteur de la demande de démocratie. En effet pour  certaines questions. On se contente de  répondre par oui ou par non. Cela  ne constitue pas le summum de la démocratie, le vote peut même être assez caricatural. L’évaluation et le contrôle démocratique doivent être autrement plus complexes et plus permanents.

Démocratie : Les limites du RIC

Démocratie : Les limites du RIC

 

 

 

Face au foisonnement de revendications parfois contradictoires des gilets jaunes, il semble qu’on ait trouvé la martingale démocratique pour se rassembler sur la proposition de référendum d’initiative citoyenne. Reste que l’objet même de ce référendum demeure lui aussi parfois contradictoire. Ce référendum pourrait en effet avoir des objectifs constitutionnels, d’autres révocatoires, abrogatoires ou législatifs. Certains partis politiques notamment au pouvoir voudraient en « cadrer » la portée à quelques consultations sur des thèmes limités. Les plus radicaux souhaitent un référendum à caractère révocatoire pour virer des élus dont ils sont mécontents, des élus locaux, nationaux voir même le président de la république. Dans la dimension constitutionnelle, certains envisagent une nouvelle constitution ou encore la suppression du Sénat. Il ne paraît pas certain qu’une majorité de Français en dépit des critiques soit prêts à jeter aux orties la constitution de la Ve République. L’abrogation, elle, viserait à supprimer des lois jugées injustes ou inopérantes et la dimension législative au contraire donnerait la possibilité de faire adopter de nouvelles lois. La demande de référendum d’initiative citoyenne caractérise en tout cas une forte demande de nouvelle démocratie, une démocratie ne qui se limite pas à la délégation de mandat. En gros,  une fois tous les cinq ans par exemple pour les députés lesquels ensuite sont soumis aux pressions du gouvernement, des lobbys et des groupes financiers voire ont tendance à confondre intérêt personnel et intérêt collectif. Cette question de la médiation politique est au cœur de la problématique de la crise actuelle. Bien entendu des revendications matérielles concrètes  sont en cause comme la fiscalité ou le pouvoir d’achat mais au-delà se pose avec autant d’acuité la problématique de la médiation par les corps intermédiaires et notamment par les élus politiques. En clair, cette crise met en évidence le manque de confiance et de représentativité vis-à-vis des  élus. De ce point de vue, le référendum peut être intéressant il semble toutefois nécessaire d’élargir le problème à la question des conditions d’exercice du mandat et non de se limiter à la seule question du référendum. En effet,  le plus souvent dans les élections nationales comme locales, les engagements, les promesses sont assez approximatives voire contradictoires pour ne pas dire démagogiques. Une fois élus, certains responsables ont un peu trop tendance à se croire investis d’un pouvoir suprême voir monarchique. Se pose surtout le problème  des conditions de préparation démocratique des orientations, de leur évaluation scientifique et de leur contrôle démocratique. Cela vaut au plan national, régional, intercommunal ou communal. En outre, la préparation des orientations et les  évaluations ne peuvent être le fait de structures qui sont associées à la gestion. Ces structures doivent être indépendantes sur le mode par exemple de la Cour des Comptes pour l’évaluation ou le conseil économique et social et environnemental pour les propositions. Après cette évaluation scientifique, ou en tout cas technique et sur cette base,  devrait s’opérer un contrôle démocratique pour vérifier si les orientations sont cohérentes, justes et efficaces et s’il y a une bonne affectation des moyens notamment financiers. Il ne s’agit pas forcément de donner un pouvoir de décision à ces structures de propositions et d’évaluation mais de leur attribuer une mission d’éclairage des conditions d’exercice du mandat politique. Au plan national, la situation de ce point de vue est loin d’être satisfaisante mais au plan local il n’existe à peu prés rien,  ni de structures d’évaluation ni de structures de contrôle démocratique réellement représentatives, compétentes et indépendantes. Il est clair qu’on ne pourra pas organiser un référendum tous les trois mois. D’où la nécessité de mettre en place des outils d’évaluation et démocratiques plus permanents. Le référendum est un peu réducteur de la demande de démocratie. En effet pour  certaines questions. On se contente de  répondre par oui ou par non. Cela  ne constitue pas le summum de la démocratie, le vote peut même être assez caricatural. L’évaluation et le contrôle démocratique doivent être autrement plus complexes et plus permanents.

Macron : les limites du « en même temps » (Jean-Christophe Gallien)

Macron : les limites du « en même temps » (Jean-Christophe Gallien)

 

 Jean-Christophe Gallien, professeure à Paris 1-Panthéon Sorbonne, président de j c g a.
, pointe les limites du « en même temps de Macron », désormais à droite et ….à droite. (Interview de La Tribune) 

 

 

« L’Olympe présidentiel est à l’épreuve du réel politique. Les fragilités d’une Macronie composite se font visibles sous la lumière crue des afters de l’été sans fin de la présidentielle. La start-up Macron, agrégation électorale devenue majorité présidentielle puis parlementaire, a du mal à passer le cap du deuxième exercice. Autour d’un cœur de cible lassé par l’Ancien monde - celui du premier tour de la présidentielle 2017 -, le second tour lui a offert des troupes venues des droites et des gauches poussées à se rassembler autour du jeune candidat par la pression électorale du Front National et de La France Insoumise. Il y avait comme une évidence prometteuse dans cet alliage entre libéraux de droite « giscardiens » et libéraux de gauche « strauss-kahniens ».Puis vint l’été 2018. Affaire Benalla non soldée, démissions fracassantes de la star Nicolas Hulot, puis du baron lyonnais, figure centrale de l’épopée macronienne, Gérard Collomb… le feuilleton Macron tourne, dès sa deuxième saison, au vaudeville politique. Loin des promesses de renouvellement des pratiques, de contrôle et d’efficacité. Entre incapacité à se faire entendre - peut-être aimer -, entre défiance personnelle et opportunisme pré-électoral, ces départs fonctionnent comme un baromètre du climat politique ambiant de la Macronie. Chaque clash s’est accompagné de critiques directement ciblées sur le Président et sa capacité à être à la hauteur des enjeux. C’est comme si Emmanuel Macron avait perdu le contrôle sur son équipe et les événements et, pire encore, c’est un peu l’accusation de Gérard Collomb, qu’il n’a pas l’expérience, voire pire : le niveau. Brutalités verbales, selfies provocateurs, retour à la rue pour des échanges directs, … avec les zigzags de sa pratique, Emmanuel Macron trouble autant qu’il semble troublé par des événements qui instaurent une sorte de tempête permanente au sommet de l’Etat. C’est pourtant le lot d’un gouvernement aujourd’hui. La crise est partout et tout le temps. Si on voit apparaître les limites de la recomposition politique, se révèlent aussi celles du « en même temps ». Faute de véritable consistance doctrinale, le macronisme a peut-être vieilli plus rapidement que prévu. La seule stabilité, le Président la trouve côté droit, chez les transfuges des Républicains, bien en place, presque à la manœuvre, au point de lorgner le ministère de l’Intérieur. Délatéralisée, la Macronie penche de plus en plus à droite.  La situation propose un vrai défi. Emmanuel Macron manque d’alliés pour faire réussir ses choix politiques en France comme géopolitiques à l’étranger. Car, en Europe comme sur la scène mondiale, il se retrouve aussi isolé. L’Allemagne et la France ne vivent plus dans la même histoire européenne depuis déjà longtemps. Et pire, les deux pays n’ont plus vraiment les clés de la Maison Europe. Depuis les bords est de l’Union jusqu’au cœur de la Méditerranée, souffle un vent puissant qui bouscule la scène européenne en visant largement notre Président. Au-delà, la déferlante néo-diplomatique et économique de son « ami » Donald Trump met à mal l’ensemble des équilibres globaux et les approches libre-échangistes et concurrentielles macroniennes qui exigeaient l’adaptation de la France aux exigences et opportunités du capitalisme mondialisé. Plus grave, ce rétrécissement, presque un isolement, l’éloigne aussi de pans entiers de la société française. Voilà le vrai danger, celui d’une opinion publique qui lâche le Président. Le charme initial est rompu. L’incompréhension s’ajoute à l’impatience. Demain la défiance ? Sondage après sondage, son action est jugée injuste et inefficace. Le doute grandit. Trop d’annonces, de signatures, de votes, de voyages, de cérémonies… pour trop peu de résultats. Nous voulions espérer. Nous voulions même croire. Maintenant, nous voulons voir, toucher, trouver du sonnant, du trébuchant. En quoi ma vie a-t-elle changé en mieux ? Emmanuel Macron doit faire la démonstration concrète que la politique sert à quelque chose. Pas à faire payer plus de CSG, pas à payer plus cher son plein de carburant, pas à m’obliger à freiner sur les départementales, pas à faire une avance à l’Etat sur mes impôts… Emmanuel Macron a été élu sur une promesse de rupture, de modernisation du pays… sur une vague populaire le dépassant aussi, une défiance généralisée envers la classe politique. Il n’a pas été élu pour faire de la vieille technocratie. Sa seule chance, la faiblesse collective des oppositions. Mais, là aussi, la météo évolue, les zombies du dégagisme ont repris vie, l’enchaînement des élections européennes, municipales… va définitivement les ressusciter. Il lui faut scorer, marquer un vrai but politique, et surtout économique, d’ici les européennes. Pour l’instant, il ne cadre pas quand il frappe. Même sur les terrains politiques, n’est pas Messi qui veut ! »

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Par Jean-Christophe Gallien
Politologue et communicant
Président de j c g a
Enseignant à l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Membre de la SEAP, Society of European Affairs Professionals

Intelligence artificielle : critiques et limites du rapport Villani

Intelligence artificielle : critiques et limites du rapport Villani

 

Olivier Ezratty, consultant et auteur, notamment de l’ebook « Les usages de l’intelligence artificielle »
évoque dans la Tribune les limites du rapport Villani notamment concernant l’aspect industriel et le vison trop franco-français. 

« L’introduction est admirablement bien écrite. Elle témoigne d’une passion non feinte de son auteur pour le sujet. Baptisé Donner un sens à l’intelligence artificielle – pour une stratégie nationale et européenne, le Rapport Villani recense 135 propositions. Il abonde de marronniers traditionnels sur l’organisation de la recherche, sur la valorisation industrielle de ses travaux et sur le rôle de la puissance publique comme acheteuse de technologies. Pourtant, cette dimension industrielle faisait partie des objectifs de la Mission Villani. Le point intermédiaire de décembre 2017 y faisait même abondamment référence. La première piste de réflexion était même de « mener une politique industrielle et économique innovante et ambitieuse ». Mais y confond toujours recherche et innovation. La principale ligne de force de ce rapport est de mettre en avant une vision d’une IA éthique et responsable, soucieuse des utilisateurs. C’est de bon aloi et le plan est très bien documenté de ce point de vue là. Mounir Mahjoubi défend cette approche en mettant en avant la dimension sociale de l’IA : elle doit être mise au service du bien de la société et ne pas être qu’un enjeu économique.

Cette volonté affichée de faire de la France un leader mondial d’une vision éthique de l’IA, de son impact sociétal et aussi de sa régulation se retrouve dans la marque du site présentant le Rapport Villani : AIFor Humanity ! On la retrouve dans les liens entre l’IA et la responsabilité environnementale ou encore dans le besoin d’améliorer la diversité des profils dans les métiers du numérique et de l’IA en particulier, et notamment celui d’attirer plus de jeunes filles dans ces filières.

Il serait évidemment préférable d’avoir à la fois une IA éthique et un leadership économique mondial dans l’IA. Nous risquons au bout du compte de n’avoir ni l’un ni l’autre. Sans leadership industriel, nos vies numériques continueront d’être envahies par les solutions d’acteurs internationaux qui valorisent plus leurs modèles économiques et marchés bifaces.

L’absence de vision industrielle se traduit par un Rapport qui est bien trop franco-français dans ses recettes. 113 de ses 135 propositions relèvent des usages et du marché de l’IA en France, et pas dans le monde. Nous sommes engoncés dans une vision locale du marché de l’IA, entretenant l’illusion que le marché français est un piédestal suffisant pour obtenir un leadership moral et un leadership industriel qui nous seraient dus dans l’IA. On veut jouer dans la cour des grands en se contentant de notre bien petit pré-carré.

Cela se manifeste aussi dans la propension à privilégier les sujets « à systèmes complexes » plus qu’à « produits génériques » comme les systèmes de transports intelligents ou de santé. Les solutions et approches de déploiement de ces systèmes dépendent étroitement des systèmes et acteurs locaux. C’est une vision d’intégration plus qu’une vision industrielle de solutions en volume.

La commission Villani et le gouvernement sont très hardis sur la question des données, prévoyant d’imposer « au cas par cas » l’ouverture des données provenant d’acteurs privés, y compris étrangers. Ces données seront malgré tout liées à des usages en France et renforceront donc le tropisme franco-français de l’entrepreneuriat local.

Pour faire bonne figure, le rapport affiche quelques ambitions européennes, notamment franco-allemandes. L’équivalent Villanesque de feu le projet de moteur de recherche franco-allemand Quaero est un projet franco-allemand d’industrie de la robotique. Il fait juste référence à un projet collaboratif de recherche européen qui, côté France, n’associe que le laboratoire de recherche LAAS du CNRS à Toulouse. Un peu léger pour créer un Airbus des robots !

Le rapport Villani abonde de propositions relatives aux chercheurs. Nombre d’entre elles ne sont pas spécifiques à l’IA, notamment pour rendre les carrières de chercheurs plus attractives. L’intention louable est de mieux rémunérer les chercheurs et limiter la fuite des cerveaux actuelle, qui est d’ailleurs mal chiffrée.

Il propose surtout la création de quatre à six Instituts 3IA (Interdisciplinaires d’Intelligence Artificielle) organisés dans un réseau national RN3IA. Ils seront voisins, dans leur principe, des IRT (Institut de Recherche Technologiques) qui avaient été lancés dans le cadre des Programmes d’Investissement d’Avenir à partir de 2009. Ils visent à améliorer le lien entre la recherche fondamentale publique et les entreprises. Ils serviront aussi à faire perfuser l’IA dans l’ensemble des disciplines scientifiques qui y feront appel.

Les 3IA s’ajouteront à des dispositifs existants tels que les contrats CIFRE qui permettent aux entreprises d’employer des doctorants, aux Pôles de Compétitivitéqui associent déjà entreprises et laboratoires de recherche, au réseau des Instituts Carnot, un label attribué aux laboratoires publics encourageant la recherche partenariale et au réseau RETIS qui regroupe notamment les incubateurs publics. Bref, la proposition des 3IA ne va pas simplifier la cartographie de la recherche française qui ressemble déjà à ça…

Une proposition originale est faite et qui provient visiblement de chercheurs en mal de reconnaissance : en nommer dans les conseils d’administration d’entreprises dont l’État est actionnaire. Pourquoi pas. Mais ils risquent de bien s’y ennuyer ! Ce n’est pas là que la stratégie des entreprises est établie. Ce sont le plus souvent des chambres d’enregistrement.

Comment quantifier ou qualifier le leadership mondial ? On sait qu’il est quasiment impossible de créer un leader mondial du numérique sans avoir une assise de marché large et homogène comme en bénéficient les acteurs des USA et de Chine. La France est trop petite et l’Europe trop fragmentée pour ce faire. Comment donc conquérir les marchés mondiaux ? Tout juste avons-nous des velléités d’influencer les politiques d’ouverture de données à l’échelle internationale.

Le rapport propose surtout des mesurettes, encore liées au marché intérieur français comme la création de labels IA associés à celui de la French Tech pour augmenter la visibilité de l’offre domestique en IA. Le guichet unique de l’IA prendrait la forme d’un annuaire des solutions logicielles prêtes à l’emploi pour créer des solutions à base d’IA, notamment pour conseiller les entreprises utilisatrices, dont les TPE/PME. C’est le rôle du privé !

S’en suit une litanie de propositions pour développer le rôle d’acheteur d’IA de l’État.  ll doit certainement tirer parti des technologies pour se moderniser. Mais c’est piège le plus dangereux qui soit pour les startups françaises ! Il n’est déjà pas simple de travailler avec un grand compte français, alors, avec l’État !

La proposition de création d’une DARPA française ou européenne présente du sens. Elle est issue de l’initiative Joint European Disruptive Initiative (JEDI) lancée par le Français André Loesekrug Pietri, en collaboration avec des Allemands et des Italiens. Le diable de ce genre d’objet est dans les détails de sa mise en œuvre.

Enfin, nous avons quatre secteurs d’activité cibles considérés comme relevant d’opportunités de leadership : santé, agriculture, transports, défense et sécurité avec quelques concepts génériques intéressants autour de l’expérimentation, l’accès à des données d’expérimentation – toujours locales – ainsi que les bacs à sable d’innovation.

Côté transports, ça parle de code de la route et d’expérimentations, mais pas d’industries. Qui sont les acteurs ? Où sont les économies d’échelle ? Où sont nos opportunités de création de valeurs ? Quid d’expérimentations dans des villes avec 100% de véhicules autonomes (level 4 ou 5) ? Voilà qui marquerait les esprits et ferait avancer l’état de l’art !

Dans la santé, le Rapport évoque surtout la manière d’exploiter les données de parcours de santé de la CNAM au lieu de se poser la question du marché mondial de la santé. En attendant, les startups françaises d’imagerie médicale alimentent leur IA avec des bases d’origine américaine.

Pour l’agriculture, les propositions relèvent beaucoup plus des usages en France que du développement de technologies agricoles à base d’IA que la France pourrait exporter. C’est presque plus un vœu d’autosuffisance alors que l’on importe presque tous nos engins agricoles !

Enfin, l’IA dans la défense et la sécurité est plus régalienne qu’industrielle. Le point de vue affiché est celui d’un État acheteur de technologies, même si nous sommes aussi un grand exportateur d’armes devant l’éternel.

Dans leur forme actuelle, ces cinq plans thématiques ressemblent plus à des plans de rattrapage ou de déploiements qu’à des plans industriels dignes de ce nom.

Le Rapport Villani propose d’ »innover dans l’industrie du composant adapté à l’IA« . Après un exposé clair des enjeux dans les processeurs neuromorphiques, la proposition faite consiste à créer un supercalculateur, une propension habituelle à s’éloigner dangereusement des marchés de volume ! Peut-être une influence d’ATOS-Bull qui est le fournisseur national de ce genre d’engins ou celle des chercheurs qui voudraient disposer de leur propre puissance de calcul pour entrainer leurs modèles de réseaux de neurones sans passer par le cloud des GAFAMI. Ca frise le hors sujet, car cela passe d’un enjeu industriel mondial à celui de l’équipement local de nos chercheurs.

Rien n’est dit de la filière française et européenne des composants ou des architectures d’IA distribuées et réparties dans les objets connectés, qui présentent un bénéfice directement lié à des préoccupations écologiques et de protection de la vie privée évoquées par ailleurs dans le Rapport ?

Ne parlons pas de se poser la question cruciale de l’informatique quantique, dont certaines applications auront un lien avec l’IA, mais qui attendra probablement un « plan calcul quantique » gouvernemental entre 2025 et 2030, quand il sera bien trop tard. Le mot quantique n’apparait pas dans le Rapport Villani. Comment arrive-t-on à un tel résultat ? Les raisons sont toujours les mêmes et liées à la méthode et au casting. Les chercheurs défendent la recherche. Les trublions de l’État veulent le moderniser. Les chercheurs en éthique défendent l’éthique. Les investisseurs veulent investir. Les avocats veulent faire évoluer le droit. Certains entrepreneurs recherchent du financement ou un assouplissement règlementaire. D’autres se plaignent du manque de compétences et de personnes formées. L’open source promeut l’open source. Mais peu affichent une vision globale. Les  demandes des chercheurs ont été visiblement mieux prises en compte. Pas étonnant ! La mission Villani comprenait deux chercheurs (Cédric Villani et Marc Schoenauer), un ingénieur de l’armement de la DGA et pas moins de cinq permanents du CNNum. Il n’est pas étonnant dans ces conditions que le Rapport Villani se soit intéressé plus à l’amont de l’innovation, à savoir la recherche, qu’à sa valorisation industrielle qui est un sujet complexe où l’Etat doit jouer un rôle de facilitateur plus que de stratège. Bref, on attend un peu la suite ! »

L’intégrale de l’analyse du rapport Villani sur www.oezratty.net

 

Intelligence artificielle : avancées, limites et gadgets (Charles Edouard Bouée)

Intelligence artificielle : avancées, limites et gadgets (Charles Edouard Bouée)

 

Dans une tribune des Échos, Charles Edouard Bouée,  président de Roland Berger, fait la part de ce qui relève réellement des avancés en matière d’intelligence artificielle et ce qui relève des gadgets car surtout destinés à valoriser artificiellement un produits et/ou  à attirer des capitaux.

 

«  La septicémie, qui représente une des premières causes de mortalité en milieu hospitalier, pourrait bientôt appartenir au passé. Comment ? Grâce à un algorithme d’intelligence artificielle capable de détecter, une demi-heure avant qu’elle ne survienne, une chute brutale de la pression artérielle très souvent indicatrice d’une infection du sang. Trente minutes suffisent à l’équipe soignante pour intervenir, sauver ainsi des milliers de vies et économiser des milliards de dollars. Une telle avancée est le fruit de la collaboration entre l’expert en intelligence artificielle Antoine Blondeau, fondateur de  Sentient Technologies, et les chercheurs du MIT . On est bien loin du buzz que des entreprises peu scrupuleuses font parfois, en estampillant « IA » des solutions technologiques qui pour certaines n’ont rien à voir avec l’intelligence artificielle, pour attirer les investisseurs et les clients. Après le « green washing », consistant à donner un vernis durable à des produits et des services qui ne le sont pas, l’« AI washing » nous promet monts et merveilles avec des solutions qui ne sont que des gadgets. C’est que derrière le succès actuel du terme « intelligence artificielle » – d’ailleurs choisi un peu par hasard en 1956 par John McCarthy, se cachent des technologies complexes : le « deep learning », qui permet la reconnaissance des objets et des mots, associé au « machine reasoning », qui permet d’élaborer des modèles prédictifs, les deux étant complétés par des algorithmes génétiques et des codes écrits par la machine elle-même. Si bien que le grand public a parfois du mal à comprendre les tenants et les aboutissants. D’où la difficulté à savoir ce qui relève vraiment de l’IA : de nombreux produits ou services qui disent reposer sur de l’intelligence artificielle, ne mobilisent en réalité que des logiciels d’automatisation basiques. Un autre mirage consiste à faire croire, en particulier aux chefs d’entreprises, que l’intelligence artificielle est toujours la réponse la plus adaptée pour accroître l’efficacité d’un processus. C’est loin d’être systématiquement le cas. Ainsi, lorsqu’on cherche une réponse à une question précise, les outils analytiques de Business Intelligence sont souvent plus pertinents. Mais label « IA » attire le chaland… et certains en abusent. Si, comme tous les eldorados, l’intelligence artificielle a ses charlatans, elle a aussi ses magiciens. Antoine Blondeau, Chris Boos, fondateur de la société Arago , Tomaso Poggio du MIT , Yann Le Cun de Facebook AI Research, Sean Tang, fondateur de SenseTime , Jürgen Schmidhuber du laboratoire suisse Idsia, Demis Hassabis de Deepmind … venus de tous les continents, ils travaillent ensemble autant dans les laboratoires, les universités que les entreprises. Ils forment une communauté d’experts capables de faire émerger un nouveau monde, sans bruit, loin des médias. On sait que l’intelligence artificielle sera la rupture technologique, sociale et économique des décennies à venir. Et il est certain que les prochaines licornes seront des entreprises d’intelligence artificielle. Mais la bataille ne se joue pas toujours où on le croit. Ni chez ceux qui en parlent beaucoup, ni forcément chez les GAFA ou leurs cousins chinois, les BAT. Les innovations véritables sont le fait de scientifiques et de techniciens qui n’aiment pas la lumière. Quant à ceux qui bluffent, en prétendant développer des solutions d’IA quand ce n’est pas le cas, ils pourraient bien être pris à leur propre piège. Car après DeepBlue aux échecs et Alphago au jeu de Go, le programme Libratus a envoyé au tapis, en janvier 2017, quatre joueurs de poker professionnels . En nous laissant face à ce constat vertigineux : l’intelligence artificielle sait donc bluffer, et intégrer le bluff des autres à sa propre stratégie ! Il ne lui reste plus qu’à apprendre à démasquer les bluffeurs. ».

 

Intelligence artificielle : les limites

Intelligence artificielle : les limites

Dans un article de la Tribune,  James Buchanan – Directeur Stratégie, Razorfish Londres, évoque les limites de l’IA.

 

 

 

« Omniprésente cette année au salon South by Southwest, l’intelligence artificielle a tous les attributs d’une grande révolution annoncée. Son potentiel est un peu plus « réel » chaque jour, de l’ordinateur qui bat les meilleurs joueurs de Go à la voiture autonome.  Lors de cette manifestation à laquelle j’ai participé aux côtés de 3 autres experts, j’ai eu l’occasion d’aborder l’impact des services propulsés par l’IA à l’échelle de l’individu. Au cours des cinq dernières années, les objets et services intelligents se sont essayés à tous les aspects de notre vie. Depuis la rencontre amoureuse jusqu’à la livraison, en passant par la finance et le sport, des start-ups anticipent désormais le moindre de nos problèmes et nous proposent des services toujours plus personnalisés à l’aide de l’IA. Sous couvert d’être pratiques, ces services changent notre façon de voir le monde, notre manière de penser et notre propre identité. Quelle valeur accordons-nous à notre libre-arbitre ? Sommes-nous prêts à sacrifier notre autonomie ? Avec l’émergence des machines qui apprennent, notre monde devient de plus en plus inquiétant et étrange, et il est légitime de s’interroger sur son évolution.  C’est maintenant qu’il faut en parler, alors que ces outils sont encore à notre service. Personne ne veut devenir le simple prolongement de chair et d’os d’un algorithme. L’innovation a toujours modifié notre façon de penser : ce que nous créons nous influence en retour. Le cas de l’intelligence artificielle est unique. Elle se matérialise par des outils qui ont leur intelligence propre et ne se laissent pas totalement contrôler. A la poursuite de leur logique interne, ils s’améliorent au contact de millions d’utilisateurs, leur influence croissant avec leur intelligence. Ces services semblent utiles car ils résolvent nos problèmes, révèlent ce qu’il y a de meilleur en nous et minimisent nos insuffisances. Ils nous confèrent quasiment des superpouvoirs. C’est pourtant d’un œil critique que nous devrions considérer cette situation. Dans ce futur algorithmique, qu’est ce qui compte le plus ? Avoir l’opportunité de partager mon point de vue est plutôt un accomplissement pour qui, comme moi, a grandi dans une petite ville. Mais que penser d’un futur où l’IA ne me permettra plus jamais de rencontrer ceux qui ne sont pas d’accord avec moi ? Que penser d’un service financier qui, faisant passer en premier ce qu’il sait être mes intérêts à long-terme, me rendra volontairement difficile la prise de décisions d’impulsion? In fine, peut-on sincèrement croire que « le marché » prendra soin de nous ? L’option de facilité consiste à se concentrer sur les résultats : clients enrichis, volume d’engagement, indice de satisfaction… Des données simples car elles correspondent déjà aux objectifs des entreprises. Elles offrent aussi de la lisibilité sur les variables grâce auxquelles les algorithmes s’améliorent, le reflet d’une culture scientifique dans laquelle ont grandi de nombreux tech-entrepreneurs. Mais laisser de côté toute préoccupation de sécurité devrait pourtant nous inquiéter un peu plus. Même des scientifiques de renom comme Stephen Hawkins admettent que l’intelligence artificielle pourrait bientôt nous échapper… Un autre mot pour « résultat » est « fin », et l’on sait qu’elle ne justifie pas les moyens. Enrichir un client n’est pas un argument valable si, en chemin, vous détériorez un autre aspect de sa vie, ou celle de quelqu’un d’autre, de façon imprévisible. Il y a ensuite le risque de devenir dépendant. Que se passerait-il si tous ces services devenaient soudainement inaccessibles ? Serions-nous livrés à nous-mêmes ? C’est bien une question d’éthique que pose en creux l’IA… Il existe heureusement une alternative. Et si au lieu de se focaliser sur les résultats nous aidions plutôt les gens à devenir un peu plus eux-mêmes ? En encourageant la réflexion et la connaissance de soi, nous donnerions la priorité à l’enseignement plutôt qu’à l’automation. Nous donnerions aux gens les outils pour développer leurs compétences naturelles plutôt que de chercher à les remplacer. Nous passerions probablement plus de temps à réfléchir au rôle que ces services jouent au sein de la société plutôt qu’à ce qu’ils apportent à l’individu isolé. En somme, en faisant moins nous pouvons encourager les autres à en faire plus et à agir de façon éthique et responsable. Mais cela n’arrivera pas par hasard, nous devons passer par un chemin choisi délibérément. Tant dans les instances dirigeantes, où le sujet doit être mis à l’ordre du jour des agendas politiques, qu’auprès des citoyens, nous devons nous assurer que les consciences s’éveillent à ces questions. Asseyons-nous autour d’une table et engageons dès aujourd’hui la discussion sur ce que l’IA peut proposer, non seulement aux personnes que nous sommes, mais aussi à celles que nous voulons devenir. »

Ouragan: «limites de la prévision»

Ouragan: «limites de la prévision»

Dans interview au Figaro, Cyril Duchesne, météorologiste pour La Chaine Météo*, reconnaît les limites de la prévision pour les ouragans.

Comment expliquer que Maria soit devenu si violent, devenant rapidement un ouragan majeur de catégorie 5, alors qu’on attendait un phénomène moins intense?

 

Cyril DUCHESNE. – Il faut d’abord préciser que la prévision météo est fiable dans les régions tempérées, mais qu’elle l’est beaucoup moins dans les zones tropicales. Ces régions sont marquées par une grande instabilité atmosphérique qui rend plus difficile la prévision. Les réseaux de mesures météorologiques y sont par ailleurs moins denses. Par ailleurs, la prévision des phénomènes cycloniques est difficile, et notamment leur trajectoire.

Mais dans le cas de l’ouragan Maria, pourtant, nous avons vu une prévision de cyclone de catégorie 3 laisser la place à un ouragan majeur de catégorie 5. Cela s’explique par la difficulté de prévoir ce type de phénomène, mais aussi par le fait que nous n’avons pas toutes les données nécessaires pour anticiper. Maria constitue un record d’intensification. C’est inédit. On arrive alors aux limites de la prévision: comment prévoir qu’une tempête tropicale classique va devenir un ouragan majeur en 24 heures lorsque cela n’a jamais été observé?

 

Comment expliquer cette intensification inattendue?

 

On peut formuler des hypothèses, sans pouvoir exprimer de certitude. D’abord, les eaux particulièrement chaudes dans la région ont pu alimenter l’ouragan. Dans l’arc antillais, on a relevé des températures de 1°C au-dessus de la normale. Ensuite, on a observé un ralentissement de l’ouragan à son arrivée sur la République dominicaine. Cela contribue à renforcer le renforcer, en stationnant au-dessus des eaux les plus chaudes. Autre facteur potentiel: une convergence intertropicale très active, c’est-à-dire un air chaud et humide qui remonte à la fois de la Guyane vers les Antilles combiné à un autre air chaud venant de l’est, créant une concentration sur l’arc antillais. Enfin, il n’y a pas de cisaillement de vent important en altitude, à savoir des vents arrivant dans le sens contraire. Ces vents contraires, lorsqu’ils sont présents, peuvent bloquer en partie l’ouragan.

 

Comment peut-on caractériser la saison cyclonique en cours? Est-elle particulièrement intense?

La saison cyclonique court de juin à novembre, et c’est à la mi-septembre que l’on observe la fréquence maximale dans l’Atlantique. Nous sommes donc en plein dans cette période. Pour l’instant, en termes de fréquence, cette saison ne constitue pas un record: on a eu affaire à 13 phénomènes cycloniques. Le record remonte à 2005, année lors de laquelle on en avait recensé 28. Puis viennent 1933, avec 21 cyclones, et 1995, avec 19 cyclones. Toutefois, le nombre moyen pour une saison est de 12 cyclones. La saison 2017 sera donc au-dessus.

Ce qui peut apparaître hors-norme, en revanche, c’est le nombre d’ouragans majeurs. Harvey, Irma, Jose, Maria: nous sommes à quatre, ce qui est un record en si peu de temps. Les ouragans ne sont donc pas forcément plus nombreux, mais plus intenses. Une tendance qui pourrait s’expliquer par le réchauffement général de la température de l’eau, ainsi que par les effets d’El Niño, qui se font sentir dans les années qui suivent ce phénomène.

 

 

Peut-on prévoir dès aujourd’hui les prochains ouragans qui pourraient se former d’ici la fin de la saison?

Non, il est impossible de dire si un ouragan se formera dans quinze jours. La prévision est très limitée dans le temps, on ne voit un phénomène se former que deux ou trois jours avant. Actuellement, dans l’Atlantique, il semble cependant qu’une accalmie de quelques jours se profile. Pour l’instant, le NHC, le centre américain des ouragans, estime à 10% les risques de formation d’un phénomène cyclonique. Malheureusement, ces phénomènes peuvent se former très vite. Et le contexte général y reste très favorable, avec des eaux de l’Atlantique à une température élevée.

Les limites de la fascination pour le numérique » (Eric Sadin, philosophe)

Les limites de la  fascination pour le numérique » (Eric Sadin, philosophe)

Dans une  interview au JDD le philosophe et écrivain Erix Sadin met en garde contre la fascination du numérique,. « l’industrie de la vie » et les dangers des technologies dans notre quotidien. Il appelle au boycott de certains objets connectés, dans son dernier essai, La Silicolonisation du monde.

 

Eric Sadin, dans son dernier livre, La Silicolonisation du monde, s’alarme de l’impact du technolibéralisme sur nos vies.

Vous dénoncez dans votre livre l’émergence d’une « industrie de la vie ». Les dangers du numérique viendraient moins d’Internet et des réseaux sociaux que des objets connectés?
Nous ne sommes plus seulement dans l’âge de l’accès à une infinité de textes, de musiques ou de vidéos à des coûts marginaux. Nous entrons dans l’ère de la numérisation intégrale du monde. La dissémination sans cesse croissante de capteurs va envahir nos corps, nos habitats, nos environnements urbains et professionnels. L’extension des objets connectés entraîne une connaissance approfondie des comportements, détenue par les compagnies privées, leur permettant de continuellement coller à la vie des personnes. Par exemple, un pèse-personne connecté ne se contente pas d’indiquer notre poids, mais suggère, en fonction des résultats, des produits supposés adaptés. La télévision connectée est déjà capable d’enregistrer et d’interpréter les conversations tenues à proximité et de suggérer, en fonction des propos, des programmes ou des produits en rapport. C’est cela que je nomme l’industrie de la vie : la collecte, à terme, de tous les flux de l’existence permettant au libéralisme numérique de tirer profit du moindre de nos gestes.

 

Que redoutez-vous?
L’industrie du numérique prétend alléger nos existences, voulant nous offrir à tout moment le meilleur de ce que nous pouvons attendre. Forme d’accompagnement qui ne prend pas seulement une forme incitative mais tout autant coercitive. Dimension particulièrement emblématique dans le champ du travail. En fonction des cadences de production, des systèmes rétroagissent et dictent les actions du personnel. Ces pratiques sont à l’œuvre, par exemple, dans certains entrepôts d’Amazon ou dans les ateliers de fabrication de Zara. La capacité d’initiative et de créativité des individus est niée, réduite à exécuter des ordres émanant de programmes, administrés la plupart du temps par des cabinets extérieurs. Il est temps que les syndicats se saisissent de ces questions qui bafouent le droit du travail autant que la dignité humaine.

Lire aussi : Quand l’innovation et le digital bouleversent notre relation au travail

L’intelligence artificielle risque-t-elle de supplanter l’humain?
Elle devient une sorte de surmoi qui détiendrait l’intuition de vérité en toute chose et appelée à nous signaler en toutes circonstances les meilleures actions à prendre. Par exemple, Watson, le programme conçu par IBM, est un outil de diagnostic médical. D’ores et déjà, aux États-Unis, des compagnies d’assurances lui accordent davantage de crédit qu’à un médecin! Mais Watson ne saisit rien de la dimension sensible d’un patient, de ses doutes manifestes dans ses paroles ou de ses larmes. C’est un dispositif qui réduit tout à des données et évacue la part impalpable de l’existence. L’industrie du numérique relève d’un réductionnisme qui exclut quantité de dimensions de la vie humaine. Au-delà d’un modèle économique, c’est un modèle civilisationnel qui s’instaure, fondé sur l’exclusion du sensible, l’automatisation de secteurs toujours plus étendue de la société et la marchandisation intégrale de la vie.

Mais toutes ces innovations améliorent notre quotidien…
Les technologies numériques sont de plus en plus appelées à entretenir un rapport de compagnonnage avec leurs utilisateurs, prenant des contours bienveillants. Dimension qui franchira un seuil lorsque les assistants numériques personnels tels Siri d’Apple ou Google Now, à l’efficacité encore balbutiante, en viendront à nous prodiguer des conseils relatifs à la quasi-totalité des séquences de nos quotidiens. Ce sera encore le cas avec la voiture sans pilote, par exemple, qui ne se contentera pas de piloter le véhicule mais nous proposera de faire une pause dans tel restaurant ou tel hôtel supposés adaptés à notre profil. En prétendant nous offrir le meilleur confort supposé, c’est notre pouvoir de jugement et de décision dont nous dessaisit peu à peu le technolibéralisme.

Vous êtes particulièrement critique sur l’école numérique. Pourquoi
La précipitation avec laquelle l’Éducation nationale cherche à instaurer des établissements numériques représente une grave faute politique. À ce titre, la place que prend actuellement Microsoft dans l’école publique, s’arrogeant un pouvoir de partenaire éducatif, constitue un scandale qui doit être dénoncé. Aux États-Unis, des actions de groupe ont été menées par des parents d’élèves contre des applications éducatives de Google qui revendaient les données, portant sur les comportements des élèves, à des cabinets de recrutement et à des entreprises de fournitures scolaires. Ils ont obtenu gain de cause. Les tablettes quantifient les comportements des élèves mais aussi ceux des professeurs. En outre, la place du livre se trouve peu à peu marginalisée, alors qu’il représente un des piliers de notre civilisation.

Oui, mais que faire
Les responsables politiques restent aveugles à l’étendue des conséquences civilisationnelles induites par l’industrie du numérique. Axelle Lemaire, secrétaire d’État au numérique, est une ardente apôtre du siliconisme. Et que dire du Conseil national du numérique, organe de préconisation de la République dont les deux tiers des membres sont des responsables de l’économie de la donnée? Mais nous, citoyens, pouvons mettre en échec ce modèle indigne. Il est plus que temps de nous défaire de la fascination et d’entrer dans l’âge de la responsabilité. Pour ma part, j’en appelle au refus de l’achat d’objets connectés et de protocoles dits intelligents ; au refus de l’infiltration tous azimuts de capteurs, tels les compteurs Linky appelés à mémoriser nos gestes au sein de nos habitats. Ce qui est en jeu, c’est la sauvegarde des valeurs humanistes qui nous constituent. De notre degré de mobilisation dépendra rien de moins que la nature, présente et future, de notre civilisation.

La Silicolonisation du monde. L’irrésistible expansion du libéralisme numérique, L’Échappée, 256 p., 17 €

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