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Écologie–L’illusion d’une transition énergétique rapide

ÉcologieL’illusion d’une transition énergétique rapide

 

Les auteurs du dernier rapport du GIEC cèdent à la tentation de croire que les énergies « vertes » peuvent se substituer rapidement à leurs homologues fossiles, estime Jean-Baptiste Fressoz dans sa chronique au « Monde ».

 

Combien de temps pourrait prendre la transition énergétique tant désirée ? Dans le rapport d’avril du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), cette question est omniprésente. Au détour d’un paragraphe du chapitre 2, les historiens de l’énergie et les sociologues de l’innovation sont mobilisés pour tenter d’y répondre.

Ces sociologues, parfois eux-mêmes contributeurs du GIEC, se fondent sur quelques cas historiques pour livrer un message optimiste. « Les transitions énergétiques peuvent avoir lieu plus rapidement que par le passé », peut-on lirePour preuve quelques exemples bien choisis : la diffusion rapide des ampoules basse consommation en Suède, des voitures électriques en Norvège et en Chine ou encore le programme nucléaire français des années 1980. Leur optimisme se fonde sur un modèle omniprésent en prospective : la « courbe en S », ou courbe de diffusion logistique. L’innovation se propagerait d’abord lentement, s’améliorerait peu à peu à l’abri de conditions favorables, avant que, devenue compétitive, elle se propage soudainement dans le vaste monde, jusqu’à éliminer ses concurrents.

Cette vision darwinienne, concurrentielle et « substitutioniste » des technologies est très populaire dans les business schools – elle a d’ailleurs fort à voir avec la fameuse « innovation disruptive » de Clayton Christensen (1952-2020), expliquée dans The Innovator’s Dilemma (Le Dilemme de l’innovateur, Valor, 2021). Elle est aussi très attrayante dans le contexte climatique actuel : face à la prodigieuse lenteur de la transition (en 2020, les fossiles occupaient toujours 80 % du mix énergétique, soit autant qu’il ya trente ans), la courbe en S nourrit l’espoir d’un basculement possible et soudain vers les renouvelables. Inutile, donc, de se morfondre devant la stabilité des moyennes globales, car celles-ci masqueraient le redressement à venir de la courbe de diffusion des énergies décarbonées.

On comprend pourquoi ces travaux ont acquis un poids scientifique considérable, alors même que ses fondements historiques sont faux. Le problème est qu’ils appliquent à l’énergie un modèle logistique de substitution. Déjà problématique dans le cas des techniques – l’aspirateur n’a pas fait disparaître le balai, le béton n’a pas envoyé les briques aux oubliettes, etc. –, son application est franchement critiquable dans le cas des énergies. En effet, ces dernières entrent autant en compétition qu’en symbiose ; leur histoire est autant celle de substitutions que de synergies.

L’illusion d’une transition énergétique rapide

L’illusion d’une transition énergétique rapide

 

Les auteurs du dernier rapport du GIEC cèdent à la tentation de croire que les énergies « vertes » peuvent se substituer rapidement à leurs homologues fossiles, estime Jean-Baptiste Fressoz dans sa chronique au « Monde ».

 

Combien de temps pourrait prendre la transition énergétique tant désirée ? Dans le rapport d’avril du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), cette question est omniprésente. Au détour d’un paragraphe du chapitre 2, les historiens de l’énergie et les sociologues de l’innovation sont mobilisés pour tenter d’y répondre.

Ces sociologues, parfois eux-mêmes contributeurs du GIEC, se fondent sur quelques cas historiques pour livrer un message optimiste. « Les transitions énergétiques peuvent avoir lieu plus rapidement que par le passé », peut-on lirePour preuve quelques exemples bien choisis : la diffusion rapide des ampoules basse consommation en Suède, des voitures électriques en Norvège et en Chine ou encore le programme nucléaire français des années 1980. Leur optimisme se fonde sur un modèle omniprésent en prospective : la « courbe en S », ou courbe de diffusion logistique. L’innovation se propagerait d’abord lentement, s’améliorerait peu à peu à l’abri de conditions favorables, avant que, devenue compétitive, elle se propage soudainement dans le vaste monde, jusqu’à éliminer ses concurrents.

Cette vision darwinienne, concurrentielle et « substitutioniste » des technologies est très populaire dans les business schools – elle a d’ailleurs fort à voir avec la fameuse « innovation disruptive » de Clayton Christensen (1952-2020), expliquée dans The Innovator’s Dilemma (Le Dilemme de l’innovateur, Valor, 2021). Elle est aussi très attrayante dans le contexte climatique actuel : face à la prodigieuse lenteur de la transition (en 2020, les fossiles occupaient toujours 80 % du mix énergétique, soit autant qu’il ya trente ans), la courbe en S nourrit l’espoir d’un basculement possible et soudain vers les renouvelables. Inutile, donc, de se morfondre devant la stabilité des moyennes globales, car celles-ci masqueraient le redressement à venir de la courbe de diffusion des énergies décarbonées.

On comprend pourquoi ces travaux ont acquis un poids scientifique considérable, alors même que ses fondements historiques sont faux. Le problème est qu’ils appliquent à l’énergie un modèle logistique de substitution. Déjà problématique dans le cas des techniques – l’aspirateur n’a pas fait disparaître le balai, le béton n’a pas envoyé les briques aux oubliettes, etc. –, son application est franchement critiquable dans le cas des énergies. En effet, ces dernières entrent autant en compétition qu’en symbiose ; leur histoire est autant celle de substitutions que de synergies.

Nationalisme : l’illusion de l’identité éternelle

Nationalisme : l’illusion de l’identité éternelle

 

Ce n’est pas l’identité que mobilisent les discours nationalistes, mais plutôt le choix de l’identique, qui suppose de construire les autres comme radicalement différents et donne l’illusion de l’immuable, analyse, dans une tribune pour « Le Monde », la sociologue Valérie Boussard.

 

Tribune 

 

L’invasion de l’Ukraine par l’armée russe a révélé au grand jour l’idéologie identitaire de Vladimir Poutine. Son discours du 21 février fait des Ukrainiens un « peuple frère », appartenant à une même entité définie par « [son] histoire, [sa] culture et [son] espace spirituel ». Poutine n’a de cesse de clamer cette identité russe, selon lui radicalement opposée à la logique occidentale qui la mettrait en danger.

On n’est alors pas très étonné de (re) découvrir à quel point l’extrême droite française a fait de Poutine une référence. De fait, l’idée d’une Russie « éternelle » n’est pas si éloignée de celle d’une « identité du peuple français », historique et menacée. Dans les deux cas, l’identité nationale est construite comme une définition stricte, inscrite dans l’histoire, traversant le temps, unifiée par un rapport religieux au monde, sans nuances, immuable et, bien sûr, attaquée. Pourtant, ce qui fait la force de cette définition, n’est pas ce qu’elle réunit, mais plutôt ce à quoi elle s’oppose. C’est par la réunion des différences que les discours nationalistes dessinent, en creux, les contours qu’ils se donnent pour mission de défendre.

Pour faire exister la Russie « éternelle », il faut créer un Occident repoussoir et des traîtres à la nation. Pour faire exister un « peuple français », il faut construire la figure du musulman comme « grand-remplaçant », et celle des « islamo-gauchistes » comme ennemis de l’intérieur. De même, pour faire exister la race aryenne, il fallait que soit institué « le juif » comme principe de contamination. Ces discours identitaires sont construits sur un double récit, un double mythe : celui des origines, du sacré et du propre, d’une part ; celui de l’altérité radicale, du profane, du sale, d’autre part.

Ainsi construite, l’identité nationale est confortable. Elle offre la possibilité de se définir, à la fois individuellement et collectivement, une bonne fois pour toutes, et sans incertitude. Le choix identitaire donne des attributs pour se penser, des mots pour se dire, en se rattachant à un groupe dont le destin collectif dépasse l’individu, donnant en retour à ce dernier un sentiment de stabilité. Le choix identitaire procure ainsi l’idée de permanence et d’unité.

Or, l’identité individuelle est plutôt soumise à des redéfinitions permanentes. Elle n’existe pas en soi, une fois pour toutes. Elle dépend du moment dans une vie, d’un parcours. L’identité individuelle dépend aussi de ceux à qui elle s’adresse, et qui sont capables de la confirmer ou de la nier. Notons bien que l’identité « pour soi », celle que l’on s’attribue, est en tension avec l’identité « pour autrui », celle que les autres nous attribuent. Or, ces autres sont multiples et changeants.

L’illusion de la croissance verte

 

S’inquiétant de l’illusion d’une « croissance verte », les quatre responsables du club de réflexion Bridge, dont l’ancien syndicaliste et député européen Edouard Martin, invitent, dans une tribune au « Monde », à repenser les liens entre consommation d’énergie et production de biens.

 

Tribune.

Un clou chasse l’autre. De la pandémie à la sécheresse, des inondations à l’augmentation des prix de l’essence à la pompe, du gaz et de l’électricité au compteur, la question des liens systémiques entre ces événements n’est que fugitivement abordée.

Ils ont pourtant tous à voir avec la consommation cumulative et croissante de ressources naturelles, minérales ou organiques, et les rejets massifs de gaz, de déchets et d’effluents qu’elle génère. Ils ont pourtant tous à voir avec la mondialisation et l’intensité des échanges de flux de matières, de flux financiers, de flux d’informations (vraies ou fausses), générateurs de spéculations chaotiques, de contagions économiques, politiques et biologiques.

Le dérèglement climatique planétaire est du domaine de l’urgence pour l’humanité. Ses effets, pour certains inexorables, sont l’affaire du siècle. Seule leur intensité peut encore être sinon contrôlée, du moins contenue, à condition d’opérer partout un vrai décollage de la transition écologique : la transition énergétique en est à la fois un prérequis et un prototype. « Reconstruction » serait préférable, tant « le vocabulaire de la transition véhicule un imaginaire lisse, tranquille, comme si cela allait se faire sans accroc et sans conflit social » (« La reconstruction écologique nous ouvre un monde de la surabondance », par Gaël Giraud, Mediapart, 1er juin 2020).

 

La « reconstruction », en paraphrasant Antonio Gramsci (1891-1937), impose la combinaison nécessaire du pessimisme de l’intelligence, de la complexité des interactions jointe à l’étendue des dégâts, et de l’optimisme de la volonté et d’opérer une révolution, théorique et pratique, de l’économie politique.

Les politiques économiques doivent insérer les programmes d’urgence de court et moyen termes dans des perspectives de long terme, pilotant les réorientations indispensables de notre système de production, de la régulation des échanges, de nos habitudes de consommation.

Après deux siècles d’expansion qui ont structuré les systèmes de production et les imaginaires de consommation, il s’agit de défaire avec patience, méthode et obstination, l’imbroglio constitué par ce couple. Comme l’affirme l’économiste Benjamin Coriat, « la difficulté ne réside pas tant dans le rejet du système actuel que dans le fait de rendre crédibles d’autres solutions »  L’âge de l’anthropocène, c’est celui du retour aux biens communs », Presse-toi à gauche !, 19 mai 2020).

Aucune extraction d’énergie, aucune transformation de la matière ne peut s’effectuer sans générer une part de pollutions défiant les capacités d’absorption des écosystèmes naturels et industriels

Méritocratie : l’illusion perdue

 

L’écrivain Edouard Louis, les journalistes Adrien Naselli, Sébastien Le Fol… racontent le parcours de personnalités aux origines modestes. Pour mieux dénoncer les failles de la méritocratie.( Le Monde, extrait)

 

« Est-ce que je suis condamné à toujours espérer une autre vie ? », écrit Edouard Louis dans « Changer : méthode ». THE NEW YORK TIMES-REDUX-REA

L’écrivain Edouard Louis l’appelle « son odyssée » : ce voyage de la vie qu’il décrivait dans En finir avec Eddy Bellegueule (Seuil, 2014) à celle qu’il s’est construite à force de transformations – voix, nom, corps, lectures, vocabulaire – a effacé « une par une les traces de ce qu[’il a] été ». Mais voilà que, alors qu’il est arrivé au terme de cette odyssée, les souvenirs d’enfance se font plus nostalgiques. « Je voudrais revenir dans le temps… »écrit-il dans Changer : méthode, paru le 16 septembre au Seuil. « Est-ce que je suis condamné à toujours espérer une autre vie ? »

 

Cette rentrée, ils sont plusieurs auteurs à s’intéresser au parcours des « transclasses », le leur, comme Edouard Louis, ou celui de leurs semblables. Dans Et tes parents, ils font quoi ? (JC Lattès), le journaliste Adrien Naselli, fils d’un chauffeur de bus et d’une secrétaire, est allé rencontrer des parents d’autres « transfuges de classe », comme on les nomme aujourd’hui : les politiques Aurélie Filippetti et Najat Vallaud-Belkacem, la journaliste Rokhaya Diallo, le magistrat Youssef Badr, pour ne citer que les plus connus.

La philosophe Chantal Jaquet, qui a forgé le terme de « transclasse » dans Les Transclasses ou la non-reproduction (PUF, 2014), revient sur son parcours dans un livre d’entretiens avec Jean-Marie Durand (Juste en passant, PUF). Enfin, le directeur de la rédaction du Point, Sébastien Le Fol, dénonce, dans Reste à ta place… ! (Albin Michel), « le système français prétendument méritocratique » qui « assassine chaque jour des milliers de génies en herbe ». Il y fait parler des célébrités d’origine modeste – Anne Hidalgo, Fabrice Luchini, Michel Onfray, Cyril Hanouna, Bernard Tapie ou François Pinault – du mépris social dont ils ont été l’objet.

Ce phénomène d’édition ne fait pas pour autant des transfuges de classe des héros. Les auteurs plantent au contraire quelques clous supplémentaires dans le cercueil bien abîmé de la méritocratie. Il est plutôt question d’un sentiment de déréliction, de mépris, de honte et de cette honte d’avoir honte décrite par Albert Camus. « Ces dernières années, le discours a changé, écrit ainsi Adrien Naselli. Les transfuges ne se contentent plus de sourire à la télévision en donnant l’exemple et en disant merci. »

« Même ceux qui ont bénéficié d’une mobilité sociale sont très sceptiques vis-à-vis du système. Et beaucoup expliquent surtout leur succès par la chance. » Luc Rouban, politologue

Ils se font plutôt les témoins privilégiés de la rareté de leur propre réussite, eux qui peuvent constater que leur place dans l’imaginaire républicain est inversement proportionnelle à leur nombre. Au point de faire dire à Adrien Naselli : « Quand l’un ou l’une d’entre eux croise ma route, ce que je ressens est comparable au sentiment amoureux. » « C’est ce qu’on voit dans nos enquêtes, commente Luc Rouban, du Cevipof. Même ceux qui ont bénéficié d’une mobilité sociale sont très sceptiques vis-à-vis du système. Et beaucoup expliquent surtout leur succès par la chance. » La critique du modèle républicain traverse toutes les classes.

Fin de l’illusion occidentale vis à vis de la Chine

Fin  de l’illusion occidentale vis à vis de la Chine

un papier dans le Monde de Fréderic Lemaitre rappelle à la réalité l’occident vis a vis  de ce qu’est réellement la Chine : une dictature impitoyable qui veut non seulement imposer son hégémonie économique mais aussi politique au maximum de pays.  L’adoption de la loi sécuritaire sur Hongkong sonne le glas d’espérances qui justifiaient la politique d’ouverture des Etats-Unis.

« Les Occidentaux ont-ils eu tort de faire confiance à la Chine ? La loi sur la sécurité nationale que Pékin impose à Hongkong relance le débat. Située à l’intersection du « socialisme aux caractéristiques chinoises » et du capitalisme occidental, Hongkong est l’un des meilleurs baromètres de la relation entre ces deux mondes. Le 1er juillet 1997, lorsque le Royaume-Uni rétrocède le territoire à la Chine, l’optimisme est de rigueur dans le camp occidental. Au début des années 1980, lorsque les négociations ont commencé, le premier ministre chinois Zhao Ziyang n’a-t-il pas jugé « évident que Hongkong sera gérée de façon démocratique » ?

Huit ans après la chute du mur de Berlin, mais aussi le massacre de Tiananmen, cette rétrocession pacifique est la preuve que, malgré leurs différences, ce qui rapproche les deux systèmes est plus important que ce qui les sépare. L’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en décembre 2001 constituera le point d’orgue de cette politique. Certains Occidentaux se prennent même à rêver. Et si Hongkong introduisait le virus démocratique au sein de la société chinoise ?

La loi sur la sécurité nationale sonne le glas de ces espérances. Washington et Pékin sont même « au bord d’une nouvelle guerre froide » selon Wang Yi, ministre chinois des affaires étrangères. Les Occidentaux doivent faire leur deuil d’une politique qui, pour les Français, a démarré en 1964 avec la reconnaissance de la Chine communiste par le général de Gaulle, mais qui s’est réellement imposée avec la visite de Richard Nixon en 1972. « Sur le long terme, on ne peut tout simplement pas se permettre de laisser la Chine éternellement en dehors de la communauté des nations. (…) Le monde ne peut pas être en sécurité tant que la Chine ne change pas. Ainsi, notre but, dans la mesure où nous pouvons influer sur les événements, devrait être d’induire ce changement », expliquait le président américain, pourtant anticommuniste convaincu.

«L’Illusion dangereuse qu’un expert peut tout et se saisir de n’importe quel problème »

 «L’Illusion dangereuse qu’un expert peut tout et se saisir de n’importe quel problème »

Le professeur d’HEC Thomas Paris craint, dans une tribune au « Monde » que réfléchir aux « défis de l’avenir » à travers des cadres macroéconomiques éloignées du quotidien de la réalité des acteurs est voué à l’échec

 

Tribune. Qu’elle a fière allure, la commission réunie par le président de la République pour le conseiller sur les enjeux du climat, des inégalités et de la démographie ! Prix Nobel français et internationaux, Massachusetts Institute of Technology (MIT), étoiles montantes de la recherche en économie… Rutilante comme une légion romaine. Toute la science économique est représentée. Toute ? Non. Un petit village…

Ne nous égarons pas. Il faut applaudir la démarche, qui concrétise une déclaration volontaire du Président en pleine crise du Covid-19 : « Il nous faudra […] interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour. »

Sans contester la qualité des membres de cette commission, force est de constater un manque. Ces brillants économistes partagent une culture et une approche communes, laquelle fait la part belle à la modélisation et aux catégories macroscopiques, que ce soient des indicateurs statistiques ou des formes de relations entre acteurs. Ne manque ainsi à l’appel que… le réel, ou tout au moins la capacité à le prendre en compte sans la médiation d’un cadre économique.

La crise des « gilets jaunes » alertait sur les limites d’une prise en compte simplifiée du réel par les pouvoirs publics. La mise entre parenthèses des corps intermédiaires et le coup de balai aux députés historiques avaient coupé le lien avec deux voies de lecture fine de la société. Certains ministères, privilégiant les statistiques au détriment des études, ont perdu leur capacité à comprendre leurs domaines d’intervention.

En découlent des réactions de stupéfaction, comme celle des acteurs de la culture qui ont pu s’étonner, alors que le président de la République venait d’annoncer un quasi-plan Marshall pour ce secteur, du manque de prise en compte des réalités. Soutenir les intermittents, très bien, mais, ont-ils dit, la culture n’est pas faite que d’intermittents…

La crise du Covid-19 a engendré un brouhaha médiatique, sur le plan sanitaire puis sur le terrain économique où mille et un commentateurs y sont allés à coup de sentences, de vérités, de solutions. Quand la prise de recul et la prudence paraissaient nécessaires, s’est imposée l’occupation de l’espace.

La crise est inédite, les enjeux complexes. Ils méritent une réflexion approfondie, ils méritent de comprendre comment elle se pose pour les acteurs sur le terrain, comment les individus réagissent au quotidien, comment les entreprises, petites et grandes, s’adaptent à la situation et comment ils revoient leur manière de travailler. Ce sont ces innombrables microdécisions qui construisent l’avenir.

« L’illusion de la pensée magique de l’innovation « 

« L’illusion de  la pensée magique de l’innovation  »

un contre discours sur les illusions de l’innovation. Dans une tribune au « Monde », les chercheurs Samir Bedreddine et Arnaud Saint-Martin décryptent le discours mis en œuvre pour faire adhérer entreprises et opinion au mythe du changement permanent.(extraits)

Tribune.

 

Les discours se banalisent depuis des décennies sur l’innovation qui générerait des points de croissance et sauverait le monde des crises environnementales qui le menacent. Ils s’impriment de manuels de gestion en livres blancs de politique publique, jusque dans les tribunes de la presse généraliste.

Ces lexiques-amulettes sont la matière première d’un commerce de guides de bonnes pratiques, livrés par des coachs et des consultants à des fins de team building et de reconversion des salariés à l’esprit de « l’entreprise 3.0 ». L’innovation et son blabla s’imposent ainsi sans alternative dans les strates managériales des grandes entreprises publiques et privées, mais aussi dans les secteurs de la technologie de pointe, la recherche publique et l’université.

Les modèles d’innovation entrent en concurrence sur un marché des idées et de concepts encombré. Parmi les approches qui ont aujourd’hui la cote, celle de l’innovation « disruptive ». L’économiste américain Clayton Christensen (1952-2020), son concepteur, a converti cet ensemble d’idées en doctrine d’école de commerce, que d’innombrables entrepreneurs en herbe cherchent à appliquer.

« Tout un commerce des idées innovantes se structure depuis des années. La marge de créativité est réduite au minimum sur ces scènes de l’entre-soi du techno-prêche et du “start-upisme”»

Son mot d’ordre s’observe dans des cas bien connus de l’histoire industrielle (la photographie argentique, le disque compact, etc.) : l’introduction d’un procédé ou d’une technologie de rupture dans des secteurs ronronnants précipite la chute d’entreprises jusqu’alors dominantes ; incapables de prendre le pli d’un marché subverti, ces dernières sont condamnées à disparaître.

En plus du modèle, la « disruption » fait désormais partie de ces gimmicks qui circulent sans qu’on sache toujours de quoi il en retourne, et pas seulement dans les milieux de la high-tech. Ce qui est sans doute l’une des clés de son succès.

 

Les prestations des maîtres à dépenser et à investir dans l’innovation suscitent la curiosité, la passion et, parfois, la sidération. Les fans se pressent dans les conférences de type TED (Technology, Entertainment and Design) pour les voir et les écouter « en vrai ». Et c’est ainsi que le culte de l’innovation se transmet et se retweete. Cette culture enrôle d’autres convaincus, qui entretiennent l’enthousiasme des fidèles et adeptes. Tout un commerce des idées innovantes se structure ainsi depuis des années. Il a ses formats et ses allants de soi, ses lieux et ses sociabilités. La marge de créativité est réduite au minimum sur ces scènes de l’entre-soi du techno-prêche et du « start-upisme » (Le Startupisme. Le fantasme technologique et économique de la startup nation, Antoine Gouritin, FYP, 2019). Partages et retours d’expérience, pitchs de créateurs de start-up, conférences autour d’un essai « kité » pour l’innovation et invités de prestige animent un marché segmenté. » 

 

 

La voiture autonome: l’illusion

La voiture autonome: l’illusion

 

À l’occasion du forum Paris City Life, la perspective de la voiture autonome revient à la Une. Une perspective assez illusoire dans la mesure le véhicule sur des voies banalisées ouvertes à tous  est ingérables pour des questions de sécurité. Les seules applications se limitent à de courts trajets en site propre ou en site très protégé.

. Le patron de Valeo dans une interview au JDD affirmait que cette voiture autonome et même déjà la. Il est évident que la voiture électrique va se substituer au moteur à combustion et que d’ici une dizaine d’années 80 % des véhicules neufs seront électriques. La connexion, qui existe déjà, va continuer de s’amplifier. Reste la question de l’autonomie et du partage. Contrairement à ce qu’affirme le patron de Valeo l’autonomie totale n’est pas pour demain. Pour des raisons de sécurité elle nécessite notamment des les infrastructures spécifiques finalement un peu comme le métro ou le train. Pour l’instant les navettes mobiles qui existent fonctionnent sur le mode ferroviaire. Les autres qui circulent sur les voies normales présentent un énorme risque.  Reste aussi la question fondamentale de l’automobile partagée qui constitue aussi un enjeu central pour l’industrie automobile. Sachant qu’un véhicule classique passe plus de 95 % de son temps à l’arrêt, il est évident que des formules de mutualisation sous différentes formes seront mises en place. Mais cette mutualisation aura un impact considérable sur le nombre de véhicules fabriqués. Ceci étant  l’interview de Jacques Aschenbroich, président de Valeo  au JDD  mérite d’être lue.

 

À quand la première voiture autonome commercialisée?
La première voiture autonome est déjà là. Nous avons pris une participation de 5% dans une start-up qui s’appelle Navya, dont les véhicules électriques et autonomes, des navettes, circulent à Sion en Suisse, à Confluence à Lyon, à La Défense, dans le Michigan ou à Singapour. En revanche, il faudra attendre encore un peu de temps pour que vous et moi puissions acheter une voiture totalement autonome.

 

Ce sera dans cinq, dix ou vingt ans?
Des voitures partiellement autonomes, ce sera dans quelques années. Vous pourrez déléguer leur conduite à certains moments et dans certaines conditions. Une voiture dans laquelle vous n’aurez ni volant ni pédales, cela va prendre plus de temps. Entre cinq et dix ans sans doute.

 

Laisser un véhicule se garer tout seul dans un parking, est-ce déjà possible?
Il y a déjà un modèle de la classe E de Daimler que vous pouvez envoyer se garer tout seul avec votre smartphone. Nous avons développé ce système avec le constructeur allemand. Valeo et Cisco ont développé une technologie qui permet aux voitures de se garer seules dans un parking. Beaucoup de parkings dans le monde sont intéressés par cette nouvelle technologie, mais cela prendra encore quelque temps avant que l’on passe à la phase commerciale.

 

L’automobile autonome sera-t-elle aussi partagée?
Le sujet de la propriété de la voiture versus la voiture considérée comme un service est un changement sociologique profond. Quand vous ou moi possédons un véhicule, il est utilisé 4 à 5% de son temps. Sinon, il dort dans un garage. Partager l’usage de la voiture, c’est ce que l’on fait avec un taxi ou avec les nouveaux services qui sont apparus comme Uber ou Blablacar. La plus grande innovation d’Uber est que le prix dépend du nombre de personnes ou de la demande. Une innovation absolument fabuleuse qui est rendue possible par des systèmes digitaux.

 

 Est-ce qu’un jour, dans les grandes villes, vous cesserez d’avoir votre automobile comme vous avez cessé d’avoir votre vélo pour utiliser un Vélib’?

Personne ne connaît la réponse à cette question. Le frein est que l’on part tous au travail ou en vacances en même temps.

 

La technologie de l’automobile autonome doit-elle encore progresser?
Les bases sont là mais les logiciels qu’il faut embarquer dans la voiture sont d’une très grande complexité. Il faut encore beaucoup travailler. Nous sommes numéro un mondial pour les caméras, les capteurs ultrason, les radars ou les lidars avec tous les logiciels qui permettent d’interpréter les données. Mais il faut encore redoubler d’efforts pour qu’une voiture soit autonome en toutes circonstances. Un exemple de problème à régler : ces capteurs doivent être utilisables tout le temps. Pour que l’automobile ne soit jamais aveugle, il faut les nettoyer, et cela coûte cher.

 

La voiture autonome a fait entrer les Gafa sur le marché de l’automobile. Vont-ils le changer comme Amazon bouscule la distribution?
L’histoire n’est pas écrite. Pour l’instant, les constructeurs et les géants du digital travaillent souvent ensemble. Mais l’important sera de savoir où se trouvera la valeur. Concevoir et construire une voiture, ce n’est pas si facile que ça. Ces deux mondes se développent en essayant d’entrer dans la mobilité digitale avec leurs armes respectives : le combat est ouvert.

Si les véhicules deviennent propres, tout ira bien?
Oui, la voiture électrique sera un des éléments essentiels de la mobilité urbaine en complément des transports en commun.

 

Comment jugez-vous les politiques lorsqu’ils rendent la circulation plus difficile à Paris?
Joker! Ce n’est pas en fossilisant l’espace urbain que vous assurez son développement économique.




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