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Esclavage Libye: des sanctions enfin ?

Esclavage Libye: des sanctions enfin ?

 

Un crime contre l’humanité et uen honte, c’est ainsi que  Macron encore qualifie le trafic d’esclaves vendus 400 euros en Libye. “C‘est un crime contre l‘humanité aujourd‘hui sous nos yeux. Il faut le nommer, non pas pour accuser l‘autre, mais pour agir avec force, avec vigueur”, a-t-il déclaré lors d‘un discours devant des étudiants à l‘université Ki-Zerbo. “Je proposerai demain à Abidjan une initiative euro-africaine pour mettre un terme à cette stratégie par tous ceux qui veulent notre destruction : les terroristes, les trafiquants d‘armes et d’êtres humains. Une stratégie qui doit les frapper de la corne de l‘Afrique de l‘Est jusqu‘aux portes de l‘Europe”, a-t-il dit. “Je proposerai également que l‘Afrique et l‘Europe viennent en aide aux populations en danger en Libye”, a-t-il ajouté. En fait c’est le Retour de l’esclavage dans certains pays arabes. Le 14 novembre, une journaliste de CNN International délivrait un reportage-choc : de nuit, douze hommes sont vendus aux enchères. Prix par personne : 400/450 euros. Comme jadis, lors de la période du commerce esclavagiste, la « valeur » de l’esclave est fixée en fonction de sa forme physique, ses dents, son poids… Un terrible flash-back. Les flux de migrants qui tentent de rejoindre l’Europe passent, majoritairement, par la Libye, terre de tous les possibles, de tous les commerces. Alimentation, médicaments, armes, drogues, femmes, enfants, hommes : tout y est disponible. Il suffit de disposer de devises ou de dinars libyens. Ce qui se dit dans les milieux autorisés depuis plusieurs années est désormais sur la place publique grâce au travail de CNN. À Tunis, à plusieurs reprises, Raoudha Laâbidi, la présidente d’honneur du syndicat des magistrats tunisiens, a alerté sur un phénomène qui prend de l’ampleur au sein de la démocratie tunisienne : « Ces jeunes filles étrangères recrutées en tant que domestiques dans des familles tunisiennes, qui subissent des exactions incroyables ! On leur confisque leurs papiers d’identité, leurs cheveux sont coupés à ras sous prétexte de transmission de maladies. » Une méthode qui est pratiquée dans de plusieurs pays du Golfe. Et Mme Laâbidi de pointer ce qui semble le comble du chic pour certains : « Dans les hypermarchés, on croise souvent des femmes tunisiennes suivies de deux femmes de ménage de couleur. Une attitude considérée comme prestigieuse par ces femmes qui bafouent le droit au respect de la dignité humaine due à chaque personne ! »

Financement par la Libye de la campagne de Sarkozy

Financement par la Libye de la campagne de Sarkozy

Se fondant sur des informations parues dans de grands médias, deux juges parisiens, Serge Tournaire et Aude Buresi, sont chargés d’enquêter sur des soupçons de financement politique de la droite en 2007 par le régime de l’ancien guide libyen, Mouammar Kadhafi. Dans ce dossier, trois personnes, dont Claude Guéant, sont mises en examen. Les magistrats souhaiteraient entendre un intermédiaire au cœur de leurs investigations : Alexandre Djouhri. L’homme d’affaires de 58 ans, proche de Dominique de Villepin et de Nicolas Sarkozy, n’a pour l’instant pas répondu à leur convocation. Le parcours d’Alexandre Djouhri est étonnant : ancien petit caïd de banlieue parisienne, il a d’abord été repéré par les réseaux de Charles Pasqua dans les années 1980 avant de devenir un intermédiaire puissant de la sphère sarkozyste. Les écoutes judiciaires auxquelles nous avons eu accès montrent qu’il est à tu et à toi avec tout l’entourage de l’ancien président de la République. Et, lorsqu’il a besoin d’un petit coup de main, il n’hésite pas à le demander, comme dans cet échange avec Nicolas Sarkozy le 20 janvier 2015. Alexandre Djouhri se trouve ce jour-là à Moscou, avec Dominique de Villepin, pour affaires :

« Nicolas Sarkozy :Alexandre ?

Alexandre Djouhri :Ah, Nicolas, ben ça me fait plaisir de t’entendre !

Nicolas Sarkozy :Qu’est-ce que vous faites à Moscou ?

Alexandre Djouhri :Ah, faut qu’on essaye de gagner du pognon quand même, on travaille, à l’attaque ! Qu’est-ce tu crois?

Nicolas Sarkozy :Bon allez… je t’embrasse !

Alexandre Djouhri :Eh, Nicolas, tu peux nous passer un coup de fil, toi, pour qu’on voit Poutine un peu plus rapidement ? Au lieu qu’on poireaute ?

Nicolas Sarkozy : Parlons en demain, hein ?

Alexandre Djouhri :OK.

Nicolas Sarkozy :Je t’embrasse.

Alexandre Djouhri :Je t’embrasse, bye, à demain. »

Certains « services » demandés à ses amis politiques sont encore plus surprenants. Comme lors de cet appel passé par Alexandre Djouhri au député Les Républicains Alain Marsaud le 4 décembre 2013 :

« Alexandre Djouhri : Alain, est-ce que tu peux me filer tout de suite 10.000 euros en billets de 100 ?

Alain Marsaud : Nan, je peux pas te filer 10.000 euros en billets de 100 tout de suite, là, il faut que je passe à ma banque, tu crois pas que j’ai 10.000 euros sur moi, nan ?

Alexandre Djouhri : Bon, vas-y, là, si tu peux, maintenant…

Alain Marsaud : Mais je peux pas ! Mais enfin, non, mais je suis avec le ministre des Affaires étrangères, je peux pas le quitter pour aller à ma banque, pour chercher de l’argent !

Alexandre Djouhri :bah, appelle-les!

Alain Marsaud : C’est ça, oui (…) Ça peut attendre demain, non ?

Alexandre Djouhri : Demain matin alors ! Mais maintenant, ça serait mieux. »

Parfois, ce sont ses proches qui font part de leurs « bons tuyaux » à Alexandre Djouhri. L’ancien patron du renseignement intérieur, Bernard Squarcini, appelle ainsi son ami le 22 avril 2015 :

« Bernard Squarcini : Deux champs de pétrole au Kazakhstan à vendre. Ça t’intéresse ?

Alexandre Djouhri : Ouais, ben ok, bien sûr, ben, évidemment ! »

Les écoutes judiciaires révèlent qu’Alexandre Djouhri sert d’intermédiaire dans toutes sortes de transactions. En septembre 2014, il appelle par exemple Dominique de Villepin pour lui proposer un très beau tableau :

« Alexandre Djouhri : Qu’est-ce que tu penses de ce Soulages ?

Dominique De Villepin :Il est très bien, il est très beau (…) Qu’est-ce qu’ils en veulent ?

Alexandre Djouhri :Pour l’instant, c’est deux millions quatre.

Dominique De Villepin :(…) Fais le baisser un peu et prends-le…

Alexandre Djouhri :Tu peux foutre ça au coffre, tu le planques.

Dominique De Villepin :Ah ben oui, il est grand comment ?

Alexandre Djouhri :(…) 1 mètre 47 sur 1 mètre 14.

Dominique De Villepin : Oui, oui superbe. Non, non, il est très beau (…) Tu l’as vu où ?

Alexandre Djouhri : Je l’ai vu chez un pote à moi qui le vend parce qu’il a besoin de pognon.

Dominique De Villepin : En Suisse ?

Alexandre Djouhri : Ah oui ! Il est en Suisse, à 100 % ! »

Homme d’affaires et homme de l’ombre, Alexandre Djouhri mélange amitié, business et politique. Si les juges s’intéressent autant à lui, c’est qu’ils le soupçonnent d’avoir perçu des fonds libyens. Alexandre Djouhri aurait touché environ 10 millions d’euros en vendant, cinq fois son prix, à un proche de Mouammar Kadhafi, une villa qu’il avait achetée dans le sud de la France, sur la commune de Mougins. C’est sur ce point précis que les magistrats voudraient l’entendre. L’intermédiaire semble éviter le sol français depuis de longs mois. L’entourage de Nicolas Sarkozy ne serait pas pressé de le voir revenir en France. C’est ce qui ressort d’une écoute captée par les enquêteurs entre le député Alain Marsaud et Alexandre Djouhri :

« Alain Marsaud : Personne ne veut que tu rentres en France. Ils ont trop peur que tu parles.

Alexandre Djouhri : Ah non, mais, attends…

Alain Marsaud : Non, mais tu parles ! Vas demander à Sarkozy s’il est pressé que tu rentres !

Alexandre Djouhri : Mais attends, Nicolas, il en a rien à foutre !

Alain Marsaud : Il en a rien à foutre… Enfin il préfère que tu sois pas en France, que t’ailles pas voir le juge ! »

Alexandre Djouhri serait devenu gênant pour certains de ses amis politiques. La raison à cela est assez évidente selon le journaliste Pierre Péan qui a longuement enquêté sur l’homme de l’ombre (La République des mallettes, Fayard, 2011).

Pierre Péan © Radio France / Benoît Collombat

« Djouhri est devenu le seigneur de la zone grise. Et cette zone grise, il tient les hommes politiques. Il connaît tous leurs secrets, notamment les secrets financiers, mais pour d’autres ça peut être des secrets sur les filles. Des choses compromettantes. On le protège à cause de ça. »

Les juges parisiens, Serge Tournaire et Aude Buresi, enquêtent depuis plusieurs années sur les soupçons de financement de la campagne de 2007 par la Libye du colonel Kadhafi. Des extraits de ces écoutes judiciaires ont également été révélés par Le Monde et Mediapart. Extrait d’informations  révélées par France info en janvier 2017 :

«

« Avril 2012. Nous sommes entre les deux tours de la campagne présidentielle qui oppose le président sortant Nicolas Sarkozy et le candidat socialiste François Hollande. Le site d’information Mediapart publie un document attribué aux services secrets libyens, dans lequel est écrit que 50 millions d’euros auraient été remis par le colonel Kadhafi pour la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007.

La publication provoque une réaction très vive de Nicolas Sarkozy le 29 avril 2012 sur le plateau de Canal+ : « C’est une infamie. Quand je pense qu’il y a des journalistes qui osent donner du crédit aux services secrets de monsieur Kadhafi. 50 millions d’euros… Pourquoi pas 100 ? Pour une campagne qui en vaut 20 ? Alors il faut se mettre d’accord. Ma campagne a été financée par les sous-marins pakistanais, par monsieur Kadhafi, ou par madame Bettencourt ? »

Au même moment pourtant, une scène stupéfiante se déroule en plein Paris avec l’un des anciens bras droits de Mouammar Kadhafi : Béchir Saleh. Cet homme a trouvé refuge en France après la chute du régime en 2011 grâce à des proches du pouvoir sarkozyste. Béchir Saleh est un homme important. Il était à la tête d’un fonds libyen estimé à plusieurs milliards d’euros. Mais début 2012, le vent commence à tourner pour lui. Le nouveau pouvoir de Tripoli le soupçonne d’avoir quitté son pays avec une partie de la « cagnotte » de Mouammar Kadhafi et demande son arrestation. Un mandat d’arrêt, diffusé par Interpol, est émis contre lui. Ce détenteur des secrets de l’ancien Guide libyen risque en outre de ne plus être protégé si François Hollande remporte l’élection présidentielle. « Il subissait des pressions pour partir de la bande à Sarkozy, raconte l’un de ses amis aux enquêteurs. Je l’ai prévenu que ces gens-là seraient prêts à l’abandonner en cas de coup dur. »

 

Le 3 mai 2012, trois jours avant le second tour de l’élection présidentielle, un homme lui fait donc passer un message très clair : Béchir Saleh doit immédiatement quitter la France. La scène se passe vers 18 heures, sous la Tour Eiffel, au pied du pilier-est, en face du jardin du Champ de Mars, au beau milieu de la foule. Le porteur du message s’appelle Alexandre Djouhri, un homme de l’ombre influent de la droite française. Cet épisode rocambolesque avait été révélé en 2012 dans le magazine Les Inrocks, par les journalistes Michel Despratx et Geoffrey Le Guilcher.

 

« Alexandre Djouhri explique à Béchir Saleh que ses amis au pouvoir ne peuvent plus le soutenir, raconte Michel Despratx au micro de Secrets d’info. Au bout d’un moment arrive un homme vêtu d’un costume gris, au visage un peu rond, qui reste à vingt ou trente mètres, à distance d’eux. Il ne veut pas être vu en présence de Béchir Saleh. Il s’agit de Bernard Squarcini, le directeur de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Le patron du renseignement, un grand policier, vient donc à la rencontre d’un homme officiellement recherché par la police. Un grand flic qui exfiltre en cachette un homme recherché par son administration… « 

Accompagné par Alexandre Djouhri, l’argentier de Kadhafi monte ensuite dans une voiture qui le conduit à l’aéroport du Bourget, où l’attend un jet privé. Direction : le continent africain. Selon les journalistes des Inrocks qui avaient révélé cet épisode, l’ancien patron des services secrets français aurait donc supervisé cette opération d’exfiltration.

Bernard Squarcini avait-il le feu vert de son ministre, Claude Guéant, l’un des plus proches lieutenants de Nicolas Sarkozy ? Officiellement, Claude Guéant, interrogé le 4 mai sur RFI, ne sait rien du départ de Béchir Saleh : « Monsieur Saleh, moi, je ne sais pas ce qu’il fait en France (…) Il a une autorisation de séjour provisoire en France, puisque son épouse est française. Et par ailleurs, comme il est l’objet d’un mandat de recherche, dès qu’il sera découvert, il sera interpellé.

 

À cela, le journaliste lui rétorque qu’« il ne doit pas être trop dur à trouver puisqu’hier il était dans une brasserie parisienne » : « Il a répondu à des journalistes de Paris Match« . Claude Guéant rétorque alors qu’il n’est « pas au courant ».

Les enquêteurs ont pourtant reconstitué tous les appels téléphoniques passés, le 3 mai 2012, dans le secteur de la Tour Eiffel. Leurs investigations montrent que le premier réflexe d’Alexandre Djouhri, après sa rencontre avec l’argentier de Kadhafi, a été d’appeler Bernard Squarcini qui lui-même a téléphoné dans la foulée au cabinet de Claude Guéant. Une fois Béchir Saleh dans un jet privé au Bourget, Alexandre Djouhri appelle une nouvelle fois Bernard Squarcini. Ce dernier passe ensuite un coup de fil au conseiller du ministre de l’Intérieur. Les enquêteurs en semblent convaincus : l’exfiltration de Béchir Saleh, l’homme des secrets de Kadhafi, aurait été suivie au plus haut sommet de l’État. Il faut dire que Béchir Saleh est une vieille connaissance des réseaux Sarkozy. Saleh était le seul francophone de l’entourage de l’ancien dictateur. Il était systématiquement présent lorsque des politiques français se déplaçaient en Libye. Selon les juges, Béchir Saleh sait donc probablement si des valises de billets ont été ou non remises à des Français au cours de leurs rencontres avec Mouammar Kadhafi. Mais encore faudrait-il pouvoir lui poser la question. Depuis 2012, Béchir Saleh est réfugié en Afrique du Sud, où il a trouvé la protection du président Jacob Zuma. Il n’aurait pas l’intention, pour l’instant en tout cas, de revenir à Paris pour répondre aux questions des juges français. Pour avancer dans leur enquête, les magistrats ont mis sur écoute toute la galaxie Sarkozy. Ils se sont également intéressés au train de vie des différents protagonistes. Ils ont notamment repéré une transaction douteuse, opérée par Claude Guéant. En 2008, alors qu’il était le secrétaire général de l’Élysée, Claude Guéant aurait ainsi vendu deux petits tableaux représentant des bateaux du peintre flamand Andries van Eetrvelt. Montant de la vente : 500 000 euros. Elle a permis à ce fidèle de Nicolas Sarkozy d’acquérir un appartement dans les beaux quartiers parisiens.  Une transaction que les enquêteurs jugent donc louche. D’abord parce que le prix de vente des tableaux leur semble excessif. Ensuite parce qu’ils n’ont pas la certitude que l’ancien ministre ait réellement détenu un jour ces marines flamandes.

Pour en avoir le cœur net, les policiers ont même interrogé l’ancienne femme de ménage de Claude Guéant. Lors de son audition, elle a indiqué ne pas se souvenir d’avoir déjà vu les deux fameux tableaux chez les Guéant : « Je me souviens qu’il y avait des photographies, mais je n’ai pas le souvenir de peintures hormis celle de madame Guéant. Madame Guéant peignait des tableaux, elle faisait des petites peintures par exemple des fleurs, des éléphants. Elle peignait aussi des tasses. »

Les enquêteurs, qui soupçonnent un blanchiment d’argent, ont cherché à remonter le fil de la transaction. Voici comment, selon eux, l’argent aurait circulé : l’acheteur officiel des tableaux, un avocat malaisien, aurait versé 500 000 euros à Claude Guéant. Cet avocat aurait reçu deux jours plus tôt une somme identique provenant d’un compte bancaire appartenant à un richissime homme d’affaires, Khaled Bugshan, présenté comme la huitième fortune d’Arabie Saoudite. En remontant le fil de l’argent, les enquêteurs tombent sur un fonds d’investissement libyen géré par… Béchir Saleh, l’argentier de Kadhafi exfiltré de France par les réseaux sarkozystes. Une partie de la cagnotte de Mouammar Kadhafi a-t-elle atterri dans les poches de Claude Guéant ? Les juges de l’affaire libyenne, ont décidé de mettre en examen l’ancien ministre en mars 2015 pour « faux » et « blanchiment de fraude fiscale en bande organisée ».  L’intérêt des juges pour cette vente de tableaux inquiète les différents protagonistes mis sur écoute. Et notamment l’avocat malaisien qui affirme avoir acheté les tableaux de Claude Guéant. La police française cherche à l’entendre depuis le début de cette affaire. Il n’est pas vraiment rassuré, comme en témoigne l’échange entre l’avocat malaisien, Siva Rajendram, et un avocat djiboutien, Mohamed Aref. « Il y a une heure, j’ai reçu un autre mail très agressif disant qu’ils veulent me parler parce qu’ils ont de nouvelles preuves », explique Siva Rajendram.  »Ils n’ont rien, répond Mohamed Aref. Ils n’ont rien découvert du tout ! Tu n’as pas à dire qui est l’acheteur ! C’est pas criminel d’acheter. D’acheter un tableau. Ils cherchaient un transfert d’argent en provenance de Libye ! » Siva Rajendram insiste : « Donc ils ont trouvé le lien avec Khadafi ? » Mohamed Aref répond alors qu’« ils cherchent un lien avec Khadafi, mais ils ne cherchent pas au bon endroit ». « J’espère que Sarkozy va revenir au pouvoir et remettra tous ces gens à leur place », lâche Siva Rajendram. Mohamed Aref acquiesce : « Absolument. Il le fera ». L’avocat djiboutien qui semble si bien informé de l’enquête en cours n’est pas n’importe qui : les policiers se sont aperçus qu’il avait financé l’exfiltration en Afrique du Sud de Béchir Saleh…  Si l’enquête sur un possible financement libyen de la droite française semble inquiéter ses différents acteurs, c’est aussi parce que cette affaire s’accompagne de plusieurs cadavres. Et notamment celui d’un Libyen très haut placé : Mohamed Albichari. Après la chute du régime de Kadhafi, cet homme a raconté que le guide libyen avait pour habitude d’enregistrer les conversations avec ses visiteurs étrangers, lorsqu’il les recevait sous sa tente à Tripoli. Dans certains de ces enregistrements, Mohamed Albichari affirme même qu’il y aurait les preuves de remise d’argent à des Français. Il a également affirmé à certains de ses proches qu’il détenait ces enregistrements explosifs. Officiellement, Mohamed Albichari est mort d’une crise de diabète en avril 2012 alors qu’il se trouvait à Tunis. Mais la soudaineté de sa disparition intrigue ses proches qui se demandent s’il n’y a pas un lien entre sa mort et ces fameux enregistrements. L’un des amis français d’Albichari, l’ancien député européen Michel Scarbonchi, a été auditionné par les enquêteurs. Selon lui, 70 cartons de cassettes retrouvées dans une villa auraient été conservées par les « équipes » d’Albichari en Libye. Scarbonchi raconte qu’il a cherché à savoir si ces enregistrements potentiellement compromettants pour des politiques français n’étaient pas des montages. Il aurait alors demandé de l’aide à son petit-cousin qui n’est autre que… Bernard Squarcini, l’ancien patron de la DCRI. La suite, Michel Scarbonchi la raconte ainsi sur procès-verbal : « Je voulais faire authentifier la voix. C’était une voix française. Pour savoir si la bande était bidon ou pas, j’ai eu un rendez-vous avec un gars des services de renseignement. Squarcini était présent. L’échantillon a été remis au gars des services. J’ignore ce que sont devenues ces bandes. J’ai demandé plus tard à Squarcini quelles voix françaises étaient authentifiées. Il m’a répondu qu’il ne savait pas. Mais je pense qu’il n’a pas voulu me le dire… »

En même temps que Mohamed Albichari, un autre proche de Kadhafi disparaît. Lui aussi dans des circonstances étranges. Il s’agit de l’ancien ministre libyen du pétrole, Choukri Ghanem, qui s’était réfugié en Autriche. Le 29 avril 2012, au moment où le scandale libyen s’invite dans l’élection présidentielle française, son corps est repêché dans le Danube. Là encore, ses proches ne croient pas une mort accidentelle. Il y a quelques mois, les juges parisiens ont réussi à mettre la main sur le carnet de bord, le journal intime de Choukri Ghanem. Un document qui fait clairement référence à un financement politique. Ainsi, à la date du 29 avril 2007, l’ancien ministre de Mouammar Kadhafi écrit noir sur blanc que le régime libyen a versé 4,5 millions d’euros à Nicolas Sarkozy pour sa campagne présidentielle. À côté de cette somme, Choukri Ghanem rédige le commentaire suivant : « J’ignore s’ils croient vraiment qu’ils peuvent changer la politique de la France moyennant cet argent. D’abord, les montants qu’ils engagent sont dérisoires à l’échelle de l’Europe. Et puis d’autres pays paient bien plus ». 

Preuve en tout cas que ces morts brutales impressionnent : plusieurs Libyens qui ont accepté de témoigner devant les juges parisiens l’ont fait « sous X », c’est-à-dire de manière anonyme, comme la loi le permet dans certaines conditions.  Les écoutes téléphoniques réalisées par les juges révèlent également que le camp Sarkozy suit avec fébrilité et inquiétude l’avancée des investigations. En juin 2013, par exemple, Michel Gaudin, le directeur de cabinet de l’ancien président Sarkozy, appelle le nouveau patron du renseignement intérieur, Patrick Calvar, parce qu’un Libyen, l’ancien interprète de Kadhafi, vient de se confier à des journalistes. Michel Gaudin se demande si ce témoin ne s’est pas aussi confié aux services secrets : « Oui, bonjour monsieur Calvar, je vous ai rappelé dans l’après-midi à l’initiative du président, enfin l’ancien président, monsieur Sarkozy, parce qu’il était assez embêté… Il a appris que vos services auraient reçu le garçon, là, qui était donc l’interprète de Kadhafi et qui hier a déclaré que Kadhafi avait donné de l’argent à Monsieur Sarkozy… »

Réponse de Patrick Calvar :  »On n’a reçu personne, nous… Je vais faire une vérification parce qu’il faut toujours effectivement regarder, mais les instructions sont très claires : on n’a pas reçu de Libyens venant faire des déclarations relatives à des faits de cette nature ». Trois mois après cette conversation, l’interprète de Mouammar Kadhafi est finalement auditionné par les juges : il confirme sur procès-verbal l’hypothèse d’un financement politique. Pour les juges de l’affaire libyenne, un témoin central manque cependant à l’appel : Alexandre Djouhri, l’homme de l’ombre qui a organisé l’exfiltration de l’argentier de Mouammar Kadhafi. Convoqué pour être entendu au mois de septembre, Alexandre Djouhri ne s’est pas présenté devant les magistrats.

Depuis la mise en examen de son ami Claude Guéant, il semble éviter de mettre les pieds en France, par crainte d’être arrêté et interrogé. Extrait d’une conversation téléphonique du 4 mai 2015 entre Alexandre Djouhri et son ami député Les Républicains, l’ancien magistrat Alain Marsaud :

Alain Marsaud : « Je sais pas si on te voit un de ces jours à Paris, mais si c’est le cas, ça nous fera plaisir. »

Alexandre Djouhri : « Ah, je peux venir vendredi soir. Repartir le dimanche. Parce que s’ils me font une gardave (garde-à-vue, ndlr), ils la feront pas le week-end, parce que… » 

Alain Marsaud : (rires)

Alexandre Djouhri :  »Ils ne bossent pas »…

Alain Marsaud :  »Mais pourquoi veux-tu qu’on te foute en garde à vue ? Un mec innocent comme toi ! »

À travers les écoutes judiciaires auxquelles Secrets d’info a eu accès, on comprend bien que l’entourage de Nicolas Sarkozy craint une éventuelle déposition devant les juges d’Alexandre Djouhri. Extrait d’une autre conversation entre Alexandre Djouhri et le député Alain Marsaud :

 Alain Marsaud :  »Personne ne veut que tu rentres en France. Ils ont trop peur que tu parles. »

Alexandre Djouhri :  »Ah non mais, attends… »

Alain Marsaud :  »Non, mais attends ! Va demander à Sarkozy s’il est pressé que tu rentres ! »

Alexandre Djouhri : « Mais attends, Nicolas, il en a rien à foutre ! »

Alain Marsaud :  »Il en a rien à foutre… Enfin il préfère que tu sois pas en France, que t’ailles pas voir le juge ! »

… Où l’on découvre l’ascension fulgurante d’un petit caïd de banlieue devenu « seigneur de la zone grise » des affaires de la droite française.

Ces écoutes révèlent qu’Alexandre Djouhri est un personnage influent au sein de la droite française. Il est à tu et à toi avec l’ancien président Nicolas Sarkozy. Écoute judiciaire du 2 janvier 2015 entre Alexandre Djouhri et Nicolas Sarkozy :

Alexandre Djouhri : « Bonne année, Nicolas ».

Nicolas Sarkozy : « Ah ben Alexandre, je voulais te souhaiter une bonne année à toi ».

Alexandre Djouhri : « Bah tu verras, tout se passera bien et le courage guidera nos raisons, tu verras ».

Nicolas Sarkozy :  »Tu es où, là ? »

Alexandre Djouhri :  »Là, je suis à Courchevel ».

Nicolas Sarkozy :  »Ah ! Et bien écoutes, je t’embrasse mon Alexandre ».

 

A priori, rien ne prédestinait pourtant Alexandre Djouhri à faire partie du premier cercle du pouvoir. Né il y a 58 ans en Seine-Saint-Denis, dans une famille algérienne, Ahmed Djouhri (« Ahmed » est son prénom de naissance) a grandi à Sarcelles. À l’adolescence, il fréquente le grand banditisme. Entendu dans des affaires de règlements de compte entre bandes de voyous, Alexandre Djouhri a, lui-même, été victime d’une fusillade en plein Paris. Au début des années 80, c’est un habitué des commissariats, comme en témoigne cet extrait d’un rapport de police que nous avons pu consulter :

« Ahmed Djouhri était interpellé le 25 septembre 1981 et la perquisition effectuée à son domicile amenait la découverte de deux révolvers chargés, de menottes et d’une cagoule. Ahmed Djouhri était de nouveau interpellé, le 27 octobre, pour son implication dans cinq agressions à main armée commises dans des bijouteries de la région parisienne ».

 

Les années suivantes, Alexandre Djouhri écume les boîtes de nuit de la capitale, où il côtoie la jet-set, et se lie d’amitié avec le fils d’Alain Delon, Anthony. Des figures de la police proches de Charles Pasqua, alors ministre de l’Intérieur, l’introduisent ensuite dans les réseaux de la Françafrique. Il rencontre certains personnages clé de l’ « affaire Elf ». Il devient aussi proche des « grands » patrons français comme Serge Dassault, Henri Proglio ou Jean-Charles Naouri. C’est à partir de ce moment-là que l’ancien gamin de Sarcelles intègre le cercle très fermé des intermédiaires des gros contrats industriels et d’armement. Une ascension fulgurante qui ne l’a pas amené tout de suite à tutoyer Nicolas Sarkozy. Car l’amitié entre les deux hommes n’allait pas de soi. Alexandre Djouhri a d’abord « servi » le clan Chirac. Dans les années 2000, la guerre fait rage entre chiraquiens et sarkozystes. Une guerre sur fond d’affaire Clearstream, cette falsification de listings bancaires où s’est notamment retrouvé le nom de Nicolas Sarkozy. Ce dernier avait même promis de suspendre à un croc de boucher les responsables de cette manipulation. Pour Nicolas Sarkozy, l’affaire était un complot ourdi par les chiraquiens, Dominique de Villepin en tête.

Malgré l’affaire Clearstream, Alexandre Djouhri est devenu tellement incontournable au sein de la droite que le camp Sarkozy se met en tête de le « récupérer ». C’est ce que raconte le journaliste Pierre Péan qui a longuement enquêté sur le sujet dans son livre La République des Mallettes :

« Début 2006, Djouhri sent qu’il n’a plus le choix s’il veut exister, c’est-à-dire s’il veut continuer à être un des rois de la zone grise, un facilitateur du système, il doit se trouver dans le bon camp. Il va donc faire un retournement d’alliance. Sarkozy devant témoin va dire : ‘S’il n’était pas venu à Canossa, autrement dit s’il n’était pas venu dans mon camp, il aurait eu une balle entre les deux yeux » ! »

Pierre Péan, auteur de La République des Mallettes. (Benoît Collombat / Radio France)

« Tu sens cette lumière qui l’amène vraiment à la victoire ! »

Alexandre Djouhri passe donc dans le camp sarkozyste pour rester en cours, mais il joue en fait sur les deux tableaux. Il continue de fréquenter son grand ami Dominique de Villepin, qu’il aime surnommer « le poète ».

L’intermédiaire va également réussir un tour de force : réconcilier les ennemis jurés Villepin et Sarkozy. Les écoutes judiciaires de l’affaire libyenne montrent à plusieurs reprises qu’Alexandre Djouhri sert d’entremetteur entre les deux hommes. Écoute judicaire entre Alexandre Djouhri et Nicolas Sarkozy du 16 janvier 2015 :

Alexandre Djouhri : « Il m’a dit Dominique que t’étais excellent hein, il m’a fait que des compliments sur toi… »

Nicolas Sarkozy :  »T’es gentil. T’es gentil ».

Alexandre Djouhri :  »Il m’a dit : « Il est d’une intelligence quand même, il compartimente, c’est une éponge’, il me dit : ‘Et, là, de plus en plus, j’y crois. Il est bon, il est bon là !’, je te jure, il m’a dit ça ce matin… »

Nicolas Sarkozy : « Ah ouais, t’es gentil, t’es gentil, t’es gentil… »

Alexandre Djouhri : « Il m’a dit : ‘Il est vraiment bien ! Il s’est transformé, il se projette bien intellectuellement et tu sens maintenant cette lumière qui l’amène vraiment à la victoire’. Il m’a dit ça, tout à l’heure. Il m’a dit : ‘Là, je le sens bien maintenant notre Nicolas, je le sens super bien’… »

Nicolas Sarkozy :  »Ah ben, écoute, t’es adorable, hein ! »

 

Celui qui se fait appeler « monsieur Alexandre » semble également avoir bénéficié de protections au sein de la police et des services secrets. Dans le dossier des juges qui enquêtent sur l’affaire libyenne, une note laisse entendre que le passé de délinquant d’Alexandre Djouhri aurait mystérieusement disparu des archives de la police. Par ailleurs, les juges ont aussi découvert que Bernard Squarcini, lorsqu’il était préfet, à Marseille, a pris sa plume pour « blanchir » son ami Alexandre Djouhri. L’attestation signée Bernard Squarcini a été rédigée en 2005, au moment où des journalistes commençaient à vouloir explorer le passé de l’homme de l’ombre.

Extrait de cette attestation saisie par les juges : « Je soussigné Bernard Squarcini déclare établir la présente attestation en faveur de Monsieur Alexandre Djouhri inconnu au service de traitement des infractions constatées (STIC), et ne faisant objet d’aucune inscription au casier judiciaire. Sur le fond, rien de défavorable n’a pu être démontré concernant l’intéressé et aucun élément lié au terrorisme, au grand banditisme ou au blanchiment n’a pu être mis en exergue. »

 

Dès lors, Alexandre Djouhri se sait protégé. Le personnage fascine les uns, ses méthodes effraient les autres. L’ancien caïd de Sarcelles s’invite désormais dans l’univers plutôt aseptisé des entreprises du CAC 40. C’est ce qu’a raconté aux enquêteurs Marwan Lahoud, l’ancien responsable du groupe aéronautique EADS. En 2008, Alexandre Djouhri vient le voir pour lui réclamer 12 millions de commissions pour un contrat en Libye.

Audition de Marwan Lahoud le 25 février 2016 : « Il a commencé à s’agiter, à dire que ça n’allait pas se passer comme ça. Il commence à me balancer des noms censés m’impressionner, il me parle de Jacques et Nicolas en faisant clairement référence à messieurs Chirac et Sarkozy. Alexandre Djouhri s’est alors montré particulièrement menaçant. Monsieur Djouhri avance plein de noms pour vous impressionner, ensuite il tente de m’amadouer en me parlant de devenir patron de Thales ou autre, puis il peut être dans une menace assez froide, évoquant des violences physiques dont il aurait été auteur, puis finit par me dire que je lui dois de l’argent, et que je devais le payer. »

Toujours selon ce témoin, Claude Guéant, alors secrétaire général de l’Elysée, lui demande de faire un geste en faveur de son ami Alexandre Djouhri. Marwan Lahoud assure qu’il n’a pas donné suite, faute de contrat en bonne et due forme.

Alexandre Djouhri n’a peur de rien et se permet tout. C’est ce que révèlent encore les écoutes judiciaires de l’affaire libyenne. Le 4 décembre 2013, par exemple, il appelle le député Alain Marsaud et lui fait une demande stupéfiante :

Alexandre Djouhri :  »Alain ? Est-ce que tu peux me filer tout de suite 10000 euros en billets de 100 ? »

Alain Marsaud :  »Nan, je peux pas te filer 10 000 euros en billets de 100 tout de suite, là, nan… »

Alexandre Djouhri : « OK, bon, OK ».

Alain Marsaud :  »Il faut que je passe à ma banque, tu crois pas que j’ai 10 000 euros sur moi, nan ? »

Alexandre Djouhri :  »Bon, vas-y, là, si tu peux, maintenant… »

Alain Marsaud :  »Mais je peux pas! Mais enfin, non, mais je suis avec le ministre des Affaires étrangères, je peux pas le quitter pour aller à ma banque, pour chercher de l’argent ! »

Alexandre Djouhri :  »Bah, appelle-les ! »

Alain Marsaud : « C’est ça, oui, d’accord, mais bien sûr ! N’importe quoi, toi ! Ça peut attendre demain, non ? »

Alexandre Djouhri :  »Demain matin alors ! Mais maintenant, ça serait mieux ».

Alain Marsaud :  »Maintenant, la question se pose pas, c’est non ! Je sais pas faire, là. Parce que tu crois que j’ai 10 000 euros comme çà moi ? Il faut même que je les commande à ma banque ! »

Alexandre Djouhri :  »OK, bon, allez, je t’embrasse, à l’attaque alors ! A tout à l’heure, bye, tu m’appelles… »

Alexandre Djouhri ne semble avoir aucun complexe avec ses interlocuteurs, il ne met pas les formes. Dans une autre écoute judiciaire, il se vante par exemple d’avoir « mis une torchée à l’ambassadeur du Qatar ».

« Je n’ai pas envie de donner mon avis sur tous les cons de la planète ! »

Alexandre Djouhri est tout aussi direct quand il veut demander un service plutôt inattendu à son ami Dominique de Villepin. Écoute judiciaire entre Alexandre Djouhri et Dominique de Villepin du 30 septembre 2014 :

Alexandre Djouhri :  »Dis-moi, tu serais d’accord pour dire du bien de Christine Lagarde ? »

Dominique de Villepin :  »Moi, pourquoi ? »

Alexandre Djouhri : « Parce que il y a Hervé Gattegno, il fait un super papier sur elle, mais un beau papier, hein, c’est dans Vanity Fair, et il me dit : ‘Demande à Dominique si je peux l’appeler pour juste qu’il me dise ce qu’il pense d’elle’. Mais il me dit : ‘Attention, il y a zéro coup de Trafalgar’ ! »

Dominique de Villepin :  »Ecoute, c’est moi qui l’ai fait rentrer en politique et qui l’ai nommée, mais elle s’est toujours comportée comme une garce avec moi. J’ai rien à dire ! »

Alexandre Djouhri :  »T’as rien à dire ? »

Dominique de Villepin :  »Non, je ne préfère pas m’exprimer, je n’ai pas envie de donner mon avis sur tous les cons de la planète ! »

 

Ce que révèlent aussi ces écoutes judiciaires, c’est qu’Alexandre Djouhri est proche d’influents journalistes, de grands manitous de la communication et de patrons de presse. Il fréquente le conseiller spécial d’Arnaud Lagardère, Ramzi Khiroun ou encore le conseiller médias du groupe Dassault, Rudi Roussillon.

Parfois, Alexandre Djouhri n’hésite pas à utiliser ces contacts pour allumer des contre-feux dans l’affaire libyenne. Il suggère par exemple au Figaro, propriété de Dassault, d’écrire un édito pour défendre Claude Guéant. Il se démène aussi pour tenter de discréditer la piste du politique dans l’affaire libyenne. Il demande par exemple à son ami libyen Béchir Saleh, réfugié en Afrique du Sud, de signer une lettre dans laquelle il dément tout financement de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 par le régime de Mouammar Kadhafi.

 

Les écoutes judiciaires permettent de comprendre de quelle manière Alexandre Djouhri tente d’associer à ses affaires ses réseaux politiques. On le voit, par exemple, dans cet appel passé à Claude Guéant, devenu avocat d’affaires, en 2013 :

Alexandre Djouhri : « Et ben quand  je rentre là. On va voir les Popov ensemble, hein ? Les russes ! »

Claude Guéant :  »Ah ben volontiers. Oui. Volontiers, oui, oui. »

Alexandre Djouhri :  »Dès qu’ils arrivent, ils vont me tenir au courant. Dans le week-end. »

Claude Guéant :  »D’accord, OK. D’accord. »

Alexandre Djouhri :  »Allez, à l’attaque ! »

 

Parfois, cela fonctionne dans l’autre sens. Ce sont les membres du premier cercle de la sarkozie qui jouent les apporteurs d’affaires. C’est le cas de Bernard Squaricni, l’ancien patron du renseignement. Ce dernier a montré sa propre société d’intelligence économique, après la défaite de Nicolas Sarkozy, en 2012. Bernard Squarcini travaille notamment pour le géant du luxe LVMH, il fait aussi beaucoup d’affaires en Afrique. Voilà ce que propose Bernard Squarcini, à son ami Alexandre Djouhri, le 22 avril 2015 :

Bernard Squarcini :  »Deux champs de pétrole au Kazakhstan, à vendre. Ça t’intéresse? »

Alexandre Djouhri :  »Ouais, ben OK, ben ouais bien sûr, ben évidemment ».

Bernard Squarcini :  »L’ami de Londres, il va me balancer de la « doc » et je vais te la rebalancer ».

Alexandre Djouhri :  »Ouais, ben impec’, top ! »

Bernard Squarcini :  »C’est pour ça que moi quand il m’a dit ‘est-ce que vous connaissez quelqu’un’, j’ai dit : ‘y’en a qu’un qui peut gérer cette affaire c’est lui’, il me dit : ‘ok il prend sa com’ et nous on prend la nôtre et voilà’, ok ? »

Alexandre Djouhri :  »OK ben ouais, à l’attaque ! »

Bernard Squarcini :  »Je te tiens au courant Papy ! »

Alexandre Djouhri :  »Ouais, allez bye, je t’embrasse ».

Bernard Squarcini : « Allez, va à la pêche hein, ciao ». 

 

Les écoutes judiciaires font également apparaître certains personnages plutôt inattendus. C’est le cas de Jean-Louis Bruguière, ancien juge antiterroriste qui a fait un passage en politique sous la bannière de l’UMP. L’homme a instruit de nombreuses affaires sensibles, comme l’attentat de Karachi ou l’affaire de l’attentat contre le DC 10 d’UTA, qui impliquait le régime de Mouammar Kadhafi. Les enquêteurs de l’affaire libyenne se sont aperçus qu’en février 2014, Jean-Louis Bruguière sollicitait les conseils avisés d’Alexandre Djouhri.

Jean-Louis Bruguière :  »Allô ? J’voulais te parler… J’ai une très très grosse opération sur un pays du Golfe… Bon, voilà c’est tout, point, je peux pas en dire plus au téléphone ».

Alexandre Djouhri : « Hummm… ouais, j’ai compris… »

Jean-Louis Bruguière :  »Y’a pas une urgence folle, m’enfin, bon… »

Alexandre Djouhri : « Ouais ».

Jean-Louis Bruguière :  »Il faut quand même que je puisse gérer ça ! »

 

Alexandre Djouhri semble donc être une « porte d’entrée » dans le monde des affaires pour une partie de la Sarkozie. Mais il y en un avec qui les relations sont particulièrement poussées, c’est Dominique de Villepin, l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac devenu avocat d’affaires.

Dominique de Villepin et Alexandre Djouhri passent beaucoup de temps ensemble dans les meilleurs restaurants à Paris, en Russie ou dans les pays du Golfe. Et quand ils ne se voient pas, ils sont régulièrement en contact, ne se privant pas commenter les derniers rebondissements dans l’enquête libyenne. En septembre 2014, par exemple, Alexandre Djouhri a repéré un tableau de maître qui pourrait plaire à son ami. Il l’appelle après lui avoir envoyé la photo de la toile.

Alexandre Djouhri :  »Qu’est-ce que tu penses de ce Soulages ? »

Dominique de Villepin :  »Il est très bien, il est très beau ».

Alexandre Djouhri :  »T’es d’accord ? »

Dominique de Villepin :  »Ouais ».

Alexandre Djouhri :  »1954″.

Dominique de Villepin : « Magnifique, un an après ma naissance, magnifique. Il est très beau. Qu’est-ce qu’ils en veulent ?

Alexandre Djouhri : « Pour l’instant c’est 2,4 millions « .

Dominique de Villepin :  »Ah ouais, il faut que tu le fasses baisser un peu ».

Alexandre Djouhri : « Mais c’est négociable ».

Dominique de Villepin :  »Ouais, ouais, fais le baisser un peu et prends-le… »

Alexandre Djouhri :  »Tu peux foutre ça au coffre, tu le planques ».

Dominique de Villepin :  »Ah ben oui… il est grand comment ? »

Alexandre Djouhri : « Bah je t’ai envoyé. 1,47 mètres sur 1,14 mètres ».

Dominique de Villepin : « Oui, oui superbe. Non, non, il est très très beau ».

Alexandre Djouhri : « Je savais qu’il allait te plaire celui-là… »

Dominique de Villepin :  »Y’a un peu de rouge… Magnifique, t’as bon goût là. Tu l’as vu où? » 

Alexandre Djouhri :  »Je l’ai vu chez un pote à moi qui le vend parce qu’il a besoin de pognon ».

Dominique de Villepin : « En Suisse ? »

Alexandre Djouhri :  »Ah oui, il est en Suisse… Ah ben à 100% ».

Dominique de Villepin :  »Hmm, il est très beau. Très, très beau mon vieux. Putain t’as de la chance. Tu peux foutre ça dans ton salon sans problème ».

Alexandre Djouhri : « Ouais parce qu’en plus, moi je trouve qu’il fait simple… Il fait pas genre… »

Dominique de Villepin :  »Voilà il est magnifique. Il est très, très sobre, t’as raison. C’est un beau Soulage, très beau Soulages. C’est pas un truc… « bavasseux »… »

Alexandre Djouhri :  »Voilà, exactement ».

Dominique de Villepin : « Ouais. Bon, mais mon gars donc t’arrives demain ? »

Alexandre Djouhri : « Ouais j’arrive demain. Il est reposant ».

Dominique de Villepin : « Ouais, il est reposant ». 

 

Alexandre Djouhri ne se contente pas de proposer des tableaux à Dominique de Villepin. Il lui achète aussi ses vieilles bandes dessinées. Ainsi, dans la bibliothèque personnelle de Dominique de Villepin figure un album rare de Tintin aux pays des Soviets. Lorsqu’il la met aux enchères, cette pièce de collection trouve preneur à prix d’or : 43 000 euros.

Les enquêteurs ont découvert que l’acheteur de ce Tintin était en fait Alexandre Djouhri. Et dans cette conversation avec Dominique de Villepin, on comprend qu’Alexandre Djouhri ne veut surtout pas que son nom apparaisse sur la facture :

Alexandre Djouhri :  »J’vais pas payer avec mon nom… j’paie par l’étranger moi… »

Dominique de Villepin :  »Mais non, mais tu paies par où tu veux, mais il faut payer avec ton nom ! Il faut qu’on sache qui a payé… Tu mets la référence de la facture du Tintin, tout ça… »

Alexandre Djouhri :  »Mais évidemment ! Mais j’mets pas de nom ».

Dominique de Villepin :  »Bon… Et tu me dis après qu’on puisse te donner le machin là… »

Alexandre Djouhri :  »Ça je m’en fous, c’est pas urgent, putain ! Qu’il le garde ! Je paie et il le garde ».

On l’a compris, dans cette écoute, Alexandre Djouhri n’a pas l’air pressé de récupérer « le machin », ce Tintin qu’il a pourtant payé rubis sur l’ongle aux enchères.

Djouhri cherche à rester dans l’ombre. Il semble tout faire pour éviter qu’on puisse tracer son argent. C’est ce que révèlent les investigations des enquêteurs financiers. Les juges ont pourtant apparemment découvert un lien entre l’intermédiaire et « la cagnotte » de Kadhafi. Ce lien, c’est une villa, située à Mougins dans le sud de la France. Djouhri l’aurait achetée à la fin des années 1990 à Nabila Kashoggi, la fille d’Adnan Kashoggi, célèbre marchand d’armes saoudien.

Cette luxueuse maison, baptisée « Villa Nabila », Djouhri l’aurait revendue – à travers une cascade de sociétés écran, dont certaines basées dans les paradis fiscaux – cinq fois son prix… au fond libyen de Béchir Saleh, l’argentier de Kadhafi. C’est ainsi que l’argent du « régime » aurait pu se retrouver sur les comptes de l’intermédiaire proche de la Sarkozie.

Les juges en charge de l’affaire libyenne s’intéressent désormais aussi à l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin.

Ils le soupçonnent d’avoir touché de l’argent via un circuit financier similaire à celui de la villa. Ils ont découvert que de 2008 à 2010, Villepin avait été payé 800 000 euros par an pour rédiger des notes pour le Saoudien Khaled Bugshan… Le même homme que l’on retrouverait derrière « l’achat » des tableaux de Claude Guéant. Villepin aurait été chargé de prodiguer des conseils et de rédiger diverses notes pour ce Saoudien que les juges pensent liés à Djouhri. Une opération d’autant plus intrigante que les enquêteurs se demandent s’il ne s’agit pas de prestations fictives. Et si Dominique de Villepin n’a pas tout simplement recyclé de vieux discours.

Le 6 septembre 2016, la police l’a interrogé sur ce point. Question du policier :  »Nous avons constaté qu’une note intitulée ‘Considérations sur les adaptations possibles au défi urbain asiatique à la lumière des évolutions et des prises de conscience récentes’ de janvier 2009, correspondait mot pour mot au texte d’une de vos interventions lors d’une conférence qui se tenait l’année précédente. Comment expliquez-vous ce réemploi ? »

Réponse de Dominique de Villepin : « Je n’ai pas le souvenir précis du contexte de la transmission de cette note basée sur une conférence passée. J’ai parfaitement pu réutiliser des réflexions menées dans des conférences que j’ai données. »

Devant les mêmes enquêteurs, Dominique de Villepin affirme n’avoir aucune relation d’affaires avec Djouhri. Il prétend également ne pas connaître « son domaine d’activité ».

Dominique de Villepin, Claude Guéant… Devant les policiers, les politiques n’ont guère envie de s’épancher sur les liens qui les unissent à Alexandre Djouhri. Pour une raison évidente, selon le journaliste Pierre Péan : l’homme d’affaires sait trop de choses à leur sujet.

« A la fin des années 80, Djouhri était encore un instrument au service des politiques. Après, il est devenu le seigneur de la zone grise. Dans cette zone grise, il tient les hommes politiques. Il connaît tous leurs secrets, notamment les secrets financiers. Pour d’autres, ça peut être des secrets sur les filles. Des choses compromettantes. On le protège à cause de ça. »

 

Au fil des auditions, l’enquête des juges fait apparaître un faisceau d’éléments accréditant la thèse d’argent libyen remis à des politiques, ou à des intermédiaires, même si les sommes varient beaucoup d’un témoignage à l’autre : de 4,5 millions à 300 millions.

Ziad Takieddine, autre intermédiaire de la droite française, a récemment reconnu devant les juges avoir remis de l’argent de Kadhafi à Claude Guéant et Nicolas Sarkozy. Une version démentie par les deux hommes. En tous cas, argent libyen ou pas, ce qui semble tout de même se dessiner, c’est que des espèces auraient bien circulé pendant la présidentielle de 2007. C’est ce que laisse entendre, Jérôme Lavrilleux, mis en examen dans l’affaire Bygmalion. En 2012, il était le directeur adjoint de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy.

Jérôme Lavrilleux nous a confié qu’à sa grande surprise, à la fin de cette campagne, des cadres du parti, qui étaient déjà là en 2007, seraient venu lui réclamer de l’argent liquide.

Jérôme Lavrilleux, le directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2012. (Benoît Collombat / Radio France)

Jérôme Lavrilleux : « On me dit : ‘En 2007, nous avons tous reçu une prime en liquide’. Je réponds : ‘Mais en 2007, je n’y étais pas. Je n’ai pas d’argent liquide. Je n’ai même pas de coffre-fort dans mon bureau !’ Sur le moment, j’ai quasiment pris ça pour une blague. Puis, j’ai compris qu’en fait on nous suspectait de ne pas avoir redistribué l’argent ! »

Secrets d’info : « D’avoir gardé l’argent pour vous ? »

Jérôme Lavrilleux : « Oui. Je me suis dit : ‘Mais dans quel monde vit-on ?’ C’est une pratique qui, pour ce que j’en ai compris, semblait être habituelle ».

Jérôme Lavrilleux a confirmé son témoignage devant les juges de l’affaire libyenne, comme l’a révélé le site Mediapart. Du côté de l’ancien président, Nicolas Sarkozy, on dément des accusations qualifiées de « provocation ».

 

D’autres indices laissent cependant penser que du liquide aurait bien pu circuler à l’UMP en 2007, comme, par exemple, ce SMS de Rachida Dati envoyé le 9 septembre 2013 à Brice Hortefeux.

L’ancienne Garde des sceaux pense alors que ce fidèle de Nicolas Sarkozy cherche à lui nuire. Elle est furieuse, et menace Brice Hortefeux en ces termes :

« Salut le facho (…) Je vais dénoncer l’argent liquide que tu as perçu pour organiser des rendez-vous auprès de Sarko lorsqu’il était président. Des relations tout aussi liquides que tu as eues avec Takieddine (…) et je peux continuer avec les avantages que tu as eu et as encore à l’UMP à l’insu de ceux qui paient. Alors maintenant, je te préviens très fermement : tu me fous la paix ! Je ne te lâcherai pas, espèce de voyou ! »

 

Un autre élément matériel intrigue enfin les enquêteurs de l’affaire libyenne. Il s’agit d’un très grand coffre-fort loué par Claude Guéant à la BNP pendant quatre mois, le temps de la campagne présidentielle de 2007. Interrogé par les policiers sur ce point, Claude Guéant assure qu’il ne s’agissait que de stocker… des archives.

Claude Guéant :  »Il s’agissait de stocker, en sécurité, des archives personnelles appartenant à monsieur Sarkozy et moi-même ».

Policier :  »Si ce coffre-fort ne vous a servi que pour entreposer vos archives personnelles, pour quelle raison vous y êtes-vous rendu à sept reprises entre mars et juillet 2007 ? »

Claude Guéant :  »Pour consulter des documents. Je pense aux discours que monsieur Sarkozy avait pu faire… J’avais demandé un petit coffre et faute de disponibilité j’en ai obtenu un grand ! »

 

Trois personnes ont jusqu’ici été mises en examen dans ce tentaculaire dossier libyen : Claude Guéant, l’homme d’affaire Saoudien Khaled Bughsan et l’intermédiaire Ziad Takieddine. Quant à Alexandre Djourhi, qui ne s’est pas rendu à la convocation des juges, il a toujours nié avoir joué le moindre rôle dans cette affaire libyenne.

 

 

Guerre en Libye : Obama accuse Sarkozy

Guerre en Libye  : Obama accuse Sarkozy

 

Dans un entretien publié jeudi par le magazine The AtlanticBarack Obama revient sur les conditions dans lesquelles une coalition conduite par la France et la Grande-Bretagne – relayées par la suite par l’Otan – a mené en 2011 des raids aériens en Libye qui ont conduit à la chute du régime de Mouammar Kadhafi. Depuis, l’Etat libyen s’est effondré, les milices rivales se disputent le pouvoir, et l’organisation Etat islamique (EI) a profité de la situation pour monter en puissance. »La Libye est plongée dans le chaos », constate le président américain. « Lorsque je me demande pourquoi cela a mal tourné, je réalise que j’étais convaincu que les Européens – étant donné la proximité de la Libye – seraient plus impliqué dans le suivi », affirme Barack Obama. Le Premier ministre britannique David Cameron a ensuite été « distrait par d’autres choses », explique-t-il. Le président français Nicolas Sarkozy « voulait claironner ses succès dans la campagne aérienne alors que nous avions détruit toutes les défenses anti-aériennes », dit-il encore.

Libye : Ayrault pour des sanctions

Libye : Ayrault pour des sanctions

Jean-Marc Ayrault propose des sanctions pour condamner les proches de l’État islamique qui de fait sont responsables de la partition du pays qui comporte maintenant deux gouvernement. Mais des sanctions mêmes au niveau européen qui risquent  bien d’être inefficaces dans la mesure où la Libye connaît maintenant comme l’Irak, comme la Syrie l’implantation de l’État islamique ;  d’une certaine manière la menace de sanctions de Jean-Marc Ayrault paraît assez désuète. Jean-Marc Ayrault a déclaré jeudi qu’il s’apprêtait à plaider pour des sanctions contre des responsables libyens coupables à ses yeux d’entraver le processus de formation d’un gouvernement d’union à même de lutter contre l’organisation Etat islamique. « Il y a urgence. Si on veut trouver les solutions pour combattre Daech et soutenir les Libyens, (encore) faut-il qu’ils aient des autorités légales reconnues par la communauté internationale », a déclaré le chef de la diplomatie française. « Maintenant, on ne peut plus attendre, je dirais ‘ça suffit’ », a encore dit Jean-Marc Ayrault lors de cet entretien accordé à iTELE durant un déplacement en Egypte. Jean-Marc Ayrault et ses homologues de l’Union européenne ont rendez-vous lundi pour évoquer la question iranienne, le processus de paix au Proche-Orient, les relations avec la Russie mais aussi la situation en Libye. Des diplomates européens ont discuté cette semaine de l’opportunité d’infliger des sanctions à des responsables libyens sous la forme de gel d’avoirs et d’interdictions de séjour dans l’UE, mais ne sont pas parvenus à s’entendre, faute d’un accord de la Grèce notamment. La confusion politique règne en Libye où deux gouvernements et deux parlements rivaux se disputent le contrôle du pays depuis l’été 2014, lorsque les miliciens de l’ »Aube libyenne » se sont emparés de Tripoli, la capitale. Le groupe Etat islamique a profité de l’absence de pouvoir central et du vide sécuritaire laissé par la révolution de 2011 pour s’implanter dans certains secteurs, principalement autour de la ville de Syrte.

Etat islamique : 21 chrétiens égyptiens décapités en Libye, on fait quoi ?

Etat islamique :  21 chrétiens égyptiens décapités en Libye, on fait quoi ?

Nouvelle démonstration médiatique de l’horreur du régime de l’Etat islamique. Une démonstration qui devrait faire davantage réfléchir pays arabes et occidentaux dont la réplique n’est pas à la hauteur de cette barbarie. Jusque là en effet la coalition internationale se caractérise en effet par une grande mollesse car chaque pays tente de ne pas trop s’exposer compte tenu des réactions possibles de son opinion publique . De quoi vraiment s’interroger sur la solidarité inter nationale pour défendre le droit en général et la démocratie en particulier. Comment comprendre qu’une coalition internationale est-elle incapable de mettre fin aux exactions de 40 000 combattants de ‘Etat islamique ? Pourquoi les puits de pétrole contrôlés par l’Etat islamique (et autres matières premières) qui procure 1 million de dollars par jour  n’ont pas encore été neutralisés, Pourquoi autorise-t-on encore la Turquie à favoriser le trafic de l’Etat islamique qui passe par son territoire ? Pourquoi autorise-on certains pays de Golfe à perpétuer leurs relations ambigües avec l’Etat islamique ? Pourquoi se limiter à des frappes aériennes qui ont montré leurs limites ? Pourquoi ne pas imposer aux grands fournisseurs d’accès du web de boycotter toute propagande islamique radicale ? Pourquoi l’Europe est –elle aussi nulle et absente au plan infranational ( dernier exemple en date, la démarche relativement isolée de Merkel et Hollande en Ukraine ) , Pourquoi aucune réaction à la lacheté du Japon qui a contraint la mère d’une victime de l’Etat islamique à s’éxcuser de la présence de son fils en Syrie ?  Etc.  Daech a en effet mis en ligne dimanche une vidéo destinée à montrer la décapitation de 21 chrétiens égyptiens enlevés en Libye. Le président égyptien fait planer la menace de représailles « adéquates ».  Sur les images, des activistes vêtus de noirs conduisent leurs prisonniers habillés de combinaisons orange jusqu’à une plage. Là, ils les obligent à s’agenouiller et procèdent aux décapitations. Un porte-parole de l’Eglise copte a confirmé que 21 fidèles qui avaient été enlevés par les djihadistes étaient décédés en Libye. Ces décapitations ont été revendiquées par la branche libyenne de l’organisation Daech. Le président égyptien Abdel Fattah al Sissi a décrété sept jours de deuil national et a convoqué une réunion d’urgence des chefs de l’état-major de l’armée, rapporte la télévision égyptienne. Il a également indiqué que son pays se réservait « le droit de répliquer de la manière et au moment adéquat, pour punir ces assassins« . Avec ces exécutions en Libye, l’organisation djihadiste démontre qu’elle a exporté ses méthodes d’extrême brutalité en dehors des régions qu’elle contrôle en Syrie et en Irak et où elle a multiplié les atrocités.

 

« La Libye a versé de l’argent à Sarkozy », dit Takieddine

« La Libye a versé de l’argent à Sarkozy  », dit Takieddine

 

Sur RMC et BFMTV, l’homme d’affaires franco-libanais Ziad Takieddine affirme que la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 a été en partie financée par la Libye, et assure que des preuves existent. Le parquet de Paris a ouvert vendredi une information judiciaire pour « corruption », « blanchiment », trafic d’influence » et « abus de biens sociaux », visant indirectement l’ancien président de la République.

Ziad Takieddine : « J’ai travaillé pour le gouvernement français, oui. J’ai aidé à vendre des frégates à l’Arabie Saoudite. J’ai touché de l’argent de l’Arabie Saoudite, mes honoraires respectables, pas de la France. Je n’ai jamais reversé de ces commissions à des hommes politiques français ».

Ziad Takieddine : « Ces transferts ont été effectués par la banque centrale libyenne. Les gens qui ont les documents de la banque centrale libyenne sont prêts à collaborer avec une justice qui se respecte ».

A propos des preuves sur le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy par la Libye :
Ziad Takieddine : « Je ne suis ni mythomane, ni politique, ni manipulateur, ni rancunier. De l’argent a été versé par les autorités libyennes, notamment Khadafi, directement à Claude Guéant et Nicolas Sarkozy. Pas des transferts bancaires et du cash ».

Ziad Takieddine : « Des hommes sont prêts à donner ces preuves à une vraie justice. Le pouvoir politique en place, celui d’avant, c’est le même. La justice, mauvaise administration, le parquet est complètement avec le pouvoir ».

Ziad Takieddine : « Je mets en cause une personne : Claude Guéant. Je n’ai pas peur de lui. Il se permet de dire qu’il va m’attaquer en diffamation. Ayez le courage de dire que c’est encore un mensonge, parce que vous avez peur monsieur Guéant ! Je l’invite à venir s’expliquer devant les Français de ses actes nocifs pour la République »

A propos de l’information judicaire ouverte contre X suite au financement de la campagne de 2007 de Nicolas Sarkozy. Des anciens dignitaires libyens affirment que la Libye a versé 50 millions d’euros pour cette campagne.
Ziad Takieddine : « Je connais ces anciens dignitaires. C’est très important pour les libyens aussi que la vérité, qui dérange, éclate. Ces hommes étaient des collaborateurs de Khadafi qui n’ont pas été tués. Ils sont en Suisse, dans des pays arabes amis, ils sont protégés, mais ils sont tous recherchés par l’Interpol. Il y a une vérité qui dérange, cette vérité, je suis prêt à la porter. Je suis le seul vivant qui a accompagné toute la démarche libyenne, de A à Z. J’ai assisté à tout, j’ai tout fait pour la France dans ce domaine. Pour la Syrie aussi. Ils ont essayé de me réduire au silence ».

Sarkozy se mélange les pieds sur le nucléaire de la Libye

Sarkozy se mélange les pieds  sur le nucléaire de la Libye

 

 

Sarkozy nie toute relation sur e nucléaire, puis la reconnaît et se contredit encore.  Nicolas Sarkozy a reconnu mercredi, après l’avoir nié mardi, que la France et la Libye de Mouammar Kadhafi avaient bien envisagé une coopération dans le domaine du nucléaire civil. Le président français, candidat à un second mandat, interrogé sur RMC, s’est cependant de nouveau contredit. « Le seul projet qui ait jamais existé pour les Libyens c’était une usine de dessalement d’eau de mer, qu’ils n’ont jamais voulue, qu’ils n’ont jamais faite et pour laquelle les discussions n’ont jamais commencé », a-t-il commencé par dire. Il a cependant admis quelques instants plus tard que le gouvernement libyen avait bien évoqué la fourniture par la France d’un réacteur nucléaire pour faire fonctionner une usine de dessalement d’eau de mer, lors de discussions en 2007 après la libération de six infirmières bulgares détenues en Libye. « Ce projet est resté à l’état de projet, pour une raison absolument simple c’est que quelques mois après M. Kadhafi s’est enfermé dans une forme de folie destructrice », a ajouté Nicolas Sarkozy. « Il n’y a donc jamais eu l’ombre d’une réalisation. L’insurrection libyenne et sa répression sanglante par Mouammar Kadhafi ne sont cependant intervenues qu’en 2011. Entretemps, le dirigeant libyen a effectué en décembre 2007 une visite d’Etat en France, au cours de laquelle les deux gouvernements ont paraphé un accord de coopération dans le nucléaire civil. « La France signera des contrats de collaboration pour une usine de dessalement de l’eau de mer avec un réacteur nucléaire », avait lui-même annoncé le président français le 10 décembre 2007 lors d’une conférence de presse. Un document distribué à l’époque par l’Elysée parle même de la fourniture « d’un ou plusieurs réacteurs pour le dessalement de l’eau de mer ».




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