Archive pour le Tag 'liberté'

L’imam Iquioussen remis en liberté par la Belgique !

L’imam Iquioussen remis en liberté par la Belgique !

Comme parfois, la Belgique se signale par ses postures assez iconoclastes. Ainsi vient-elle de prendre une décision pour le moins surprenante en remettant en liberté l’imam Iquioussen.

Incarcéré en Belgique depuis son arrestation le 30 septembre, l’imam Iquioussen vient d’obtenir d’une juge belge d’être libéré et placé sous surveillance électronique.

Pour la juge d’instruction, le régime de la surveillance électronique suffit à prévenir le risque de fuite.Il n’y a sans doute qu’un juge belge pour penser une telle idiotie ( Ce qui ne dédouane nullement les autorités françaises y compris judiciaires de leur laxisme)

L’imam de 58 ans a donc quitté la prison de Tournai dans la journée et devrait, ¬selon BFMTV, séjourner chez un ami, un résident belge.

Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, avait décidé l’expulsion de ce prédicateur du Nord, fiché S (pour sûreté de l’État) par les services de renseignement « depuis 18 mois ». L’arrêté reproche à cet intime des Frères musulmans « un discours prosélyte, émaillé de propos incitant à la haine et à la discrimination, et porteur d’une vision de l’islam contraire aux valeurs de la République », qu’il partage notamment auprès de ses 183.000 abonnés sur YouTube.

Mais lorsque la police veut l’informer de son expulsion vers le Maroc, en juillet, l’imam est introuvable. La cavale n’aura pas duré. Il est arrêté dans la région de Mons, au sud de la Belgique, le 30 septembre.

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En Iran, l’immense cri des femmes pour la liberté

En Iran, l’immense cri des femmes pour la liberté

 

Stigmatisées depuis 1979, les Iraniennes montrent qu’elles sont les forces vives du pays dans les manifestations suite à la mort de Mahsa Amini, écrit dans le Monde la romancière et éditrice franco-iranienne Sorour Kasmaï.

L’immense cri des femmes pour la liberté est aussi alimenté par une situation économique catastrophique avec des conséquences dramatiques sur les conditions sociales NDLR

En Iran, la violence exercée à l’égard des femmes porte des noms et des visages différents : le voile, l’honneur, la sécurité de l’Etat, le non-respect de la religion, etc. Institutionnalisée par le régime islamique, elle est aujourd’hui systématique et met en danger la vie de toutes les femmes.

En février 1979, avant même l’instauration de la République islamique d’Iran, l’ayatollah Khomeini considérait déjà la liberté de la femme comme le principal obstacle à son projet politique. Les premières mesures à cet égard rendaient obligatoires le voile islamique sur le lieu de travail et le foulard dans les lieux publics. Du jour au lendemain, la femme a perdu tous les droits que lui octroyait la loi de protection de la famille, notamment la garde des enfants en cas de divorce, et même celui de voyager sans l’accord de son mari. Ce dernier, en revanche, allait être autorisé à épouser jusqu’à quatre femmes à la fois. Un beau matin, les murs de la ville furent repeints pour afficher de nouveaux slogans prônant « le voile, comme rempart de la République islamique ».

Le 8 mars 1979, la première manifestation contre ces nouvelles lois rassembla à Téhéran, selon les journaux de l’époque, « quelques centaines de salopes », scandant « ni foulard ni coups de poing ». Enseignantes, chercheuses, cinéastes, étudiantes, actrices, avocates, institutrices ou encore femmes au foyer, elles protestaient contre le voile, qui symbolisait à leurs yeux une ségrégation complexe et sournoise. Se cacher les cheveux signifiait non seulement l’asservissement de leur corps mais aussi de tout leur être. La nouvelle loi cherchait à réprimer leur identité en les uniformisant par un voile – et plus tard un manteau – réglementaire de couleur sombre. Elle visait à les transformer en l’ombre d’elles-mêmes. Elle aspirait à les priver de leur statut social, en les reléguant aux confins de la vie publique. Elle institutionnalisait la soumission de leur esprit en les privant de leurs libertés les plus élémentaires de citoyennes et d’êtres humains. C’était contre ce danger que mettaient en garde les « salopes » de 1979.

Pendant toutes ces années, d’abominables crimes ont été perpétrés contre la femme. Du vitriolage pour un refus de mariage à la décapitation pour un soupçon de flirt, de la lapidation de la femme mariée pour délit d’adultère au dépucelage des condamnées à mort dans les prisons, la femme a été sacrifiée sur l’autel de l’honneur des hommes, de la famille, de la société, de l’Etat.

Inflation:  » prix de la liberté » ou de l’incompétence ?

Inflation:  » prix de la liberté » ou de l’incompétence  ?

 

Un nouveau concept : le prix de la liberté évoqué par Macron pour justifier  l’inflation et la nécessité d’en faire payer le prix aux ménages. De fait,  les salaires par exemple n’ont progressé en moyenne que de 3 % tandis que l’inflation dépassait les 6%. Résultat perte de pouvoir d’achat d’au moins 3 % (d’autant que l’indice des prix de la consommation de l’INSEE est largement obsolète en raison de la sous-estimation des dépenses contraintes qui ne cessent de progresser).

Le problème est de savoir s’il s’agit vraiment entièrement du prix de la liberté ou du prix de l’incompétence. Exemples, cette irresponsable dépendance aux énergies extérieures comme le pétrole russe, l’immobilisation de près de la moitié du parc nucléaire français sans parler du phénomène général de régulation responsable sans doute de l’ordre de 50 % de l’augmentation des prix et qui pourtant n’a fait l’objet d’aucune enquête sérieuse).

Pour justifier ce nouveau concept, Macron évoque la situation en Ukraine. On ne peut effectivement ignorer l’impact de la guerre en Ukraine mais le phénomène de hausse des prix est antérieur au déclenchement du conflit. Il provient  largement d’une montée générale de l’énergie et des matières premières et de la désorganisation des chaînes logistiques internationales.( Découlant en particulier de la gestion Covid en Chine, de la reprise ayant suivi la crise sanitaire et de l’encombrement des ports). Finalement, une crise à imputer en grande partie aux conséquences d’une délocalisation de la production des pays développés .

« Depuis l’attaque brutale lancée par Vladimir Poutine le 24 février dernier, la guerre est revenue à quelques heures de nos frontières sur le sol européen », a déclaré Macron. « Je pense à notre peuple auquel il faudra de la force d’âme pour regarder en face le temps qui vient, résister aux incertitudes, parfois à la facilité et à l’adversité et, unis, accepter de payer le prix de notre liberté et de nos valeurs », a lancé le chef de l’Etat.

Il y a  une partie de vérité dans les propos du chef de l’État mais une grande autre partie confond prix de la liberté et prix de l’austérité pour mauvaise gestion y compris  sur le plan budgétaire comme sur le plan monétaire.

Ces déclarations sont dans le prolongement de la stratégie du gouvernement de préparer les Français à vivre une rentrée et un hiver difficile, notamment en raison des risques de pénurie d’énergie et de la forte inflation qui y est liée. Le 14 juillet , Emmanuel Macron avait accusé la Russie d’utiliser le gaz comme une « arme de guerre » en limitant ses livraisons en riposte aux lourdes sanctions européennes la visant et appelé à « rentrer collectivement dans une logique de sobriété » énergétique.

Pour masquer les responsabilités spécifiques du gouvernement en matière d’inflation ( on attend encore vainement un audit approfondi de tous les facteurs explicatifs de la hausse des prix dans la moitié serait imputable à la seule spéculation), Macron passe du terrain économique au discours guerrier. Une manière de s’exonérer de ses responsabilité.

 

Inflation: c’est le  » prix de la liberté » pour Macron !

Inflation: c’est le  » prix de la liberté » pour Macron !

 

Un nouveau concept : le prix de la liberté évoqué par Macron pour justifier  l’inflation et la nécessité d’en faire payer le prix aux ménages. De fait,  les salaires par exemple n’ont progressé en moyenne que de 3 % tandis que l’inflation dépassait les 6%. Résultat perte de pouvoir d’achat d’au moins 3 % (d’autant que l’indice des prix de la consommation de l’INSEE est largement obsolète en raison de la sous-estimation des dépenses contraintes qui ne cessent de progresser).

Pour justifier ce nouveau concept, Macron évoque la situation en Ukraine. On ne peut effectivement ignorer l’impact de la guerre en Ukraine mais le phénomène de hausse des prix est antérieur au déclenchement du conflit. Il provient  largement d’une montée générale de l’énergie et des matières premières et de la désorganisation des chaînes logistiques internationales.( Découlant en particulier de la gestion Covid en Chine, de la reprise ayant suivi la crise sanitaire et de l’encombrement des ports). Finalement, une crise à imputer en grande partie aux conséquences d’une délocalisation de la production des pays développés .

« Depuis l’attaque brutale lancée par Vladimir Poutine le 24 février dernier, la guerre est revenue à quelques heures de nos frontières sur le sol européen », a déclaré Macron. « Je pense à notre peuple auquel il faudra de la force d’âme pour regarder en face le temps qui vient, résister aux incertitudes, parfois à la facilité et à l’adversité et, unis, accepter de payer le prix de notre liberté et de nos valeurs », a lancé le chef de l’Etat.

Il y a  une partie de vérité dans les propos du chef de l’État mais une grande autre partie confond prix de la liberté et prix de l’austérité pour mauvaise gestion sur le plan budgétaire comme sur le plan monétaire.

Ces déclarations sont dans le prolongement de la stratégie du gouvernement de préparer les Français à vivre une rentrée et un hiver difficile, notamment en raison des risques de pénurie d’énergie et de la forte inflation qui y est liée. Le 14 juillet , Emmanuel Macron avait accusé la Russie d’utiliser le gaz comme une « arme de guerre » en limitant ses livraisons en riposte aux lourdes sanctions européennes la visant et appelé à « rentrer collectivement dans une logique de sobriété » énergétique.

Pour masquer les responsabilités spécifiques du gouvernement en matière d’inflation ( on attend encore vainement un audit approfondi de tous les facteurs explicatifs de la hausse des prix dans la moitié serait imputable à la seule spéculation), Macron passe du terrain économique au discours guerrier. Une manière de s’exonérer de ses responsabilité.

 

Inflation: Le » prix de la liberté pour Macron » !

Inflation: Le » prix de la liberté pour Macron » !

 

Un nouveau concept : le prix de la liberté évoqué par Macron pour justifier sans doute l’inflation et la nécessité d’en faire payer le prix aux ménages. De fait,  les salaires par exemple n’ont progressé en moyenne que de 3 % tandis que l’inflation dépassait les 6%. Résultat perte de pouvoir d’achat d’au moins 3 % (d’autant que l’indice des prix de la consommation de l’INSEE est largement obsolète en raison de la sous-estimation des dépenses contraintes qui ne cessent de progresser).

Pour justifier ce nouveau concept, Macron évoque la situation en Ukraine. On ne peut effectivement ignorer l’impact de la guerre en Ukraine mais le phénomène de hausse des prix est antérieur au déclenchement du conflit. Il provient  largement d’une montée générale de l’énergie et des matières premières et de la désorganisation des chaînes logistiques internationales.( Découlant en particulier de la gestion Covid en Chine, de la reprise ayant suivi la crise sanitaire et de l’encombrement des ports). Finalement, une crise à imputer en grande partie aux conséquences d’une délocalisation de la production des pays développés . 

 « Depuis l’attaque brutale lancée par Vladimir Poutine le 24 février dernier, la guerre est revenue à quelques heures de nos frontières sur le sol européen », A déclaré macro. « Je pense à notre peuple auquel il faudra de la force d’âme pour regarder en face le temps qui vient, résister aux incertitudes, parfois à la facilité et à l’adversité et, unis, accepter de payer le prix de notre liberté et de nos valeurs », a lancé le chef de l’Etat.

Il y a donc une partie de vérité dans les propos du chef de l’État mais une grande autre partie confond prix de la liberté et prix de l’austérité pour mauvaise gestion y compris sur le plan monétaire.

Ces déclarations sont dans le prolongement de la stratégie du gouvernement de préparer les Français à vivre une rentrée et un hiver difficile, notamment en raison des risques de pénurie d’énergie et de la forte inflation qui y est liée. Le 14 juillet , Emmanuel Macron avait accusé la Russie d’utiliser le gaz comme une « arme de guerre » en limitant ses livraisons en riposte aux lourdes sanctions européennes la visant et appelé à « rentrer collectivement dans une logique de sobriété » énergétique.

 

La liberté au travail , une illusion ?

La liberté au travail  une illusion ?

Explorant les articulations entre travail et liberté, un ouvrage collectif démontre comment la promesse de liberté a été largement récupérée par l’idéologie néolibérale.( dans le Monde )

 

 

Le livre. Aux Etats-Unis, les clients de certains services VTC (voiture de transport avec chauffeur) peuvent faire, lors de leur commande, la demande du « mode silencieux ». En d’autres termes, exiger que le chauffeur se taise. Une « fonctionnalisation quasi totale » du conducteur aux désirs des consommateurs, mise en exergue au sein de Travail e(s)t liberté ? (Erès).Cet essai collectif, mené sous la direction d’Enrico Donaggio, de José Rose et de Mariagrazia Cairo, démontre à travers cette illustration comment les promesses de certaines entreprises sur une prétendue « libération » des travailleurs relèvent souvent de l’incantation.

Là où l’autonomie, l’indépendance et finalement l’émancipation des travailleurs sont mises en avant, il est davantage question, dans la pratique, d’« auto-exploitation »« Il ne suffit pas d’énoncer des idéaux de liberté au travail, ni même de libérer le travail des hiérarchies et procédures pour pouvoir parler de travail libre », assurent les auteurs.

A l’initiative du collectif international et interdisciplinaire ArTLib (Atelier de recherche travail et libertés), des spécialistes (philosophes, sociologues, etc.) se sont penchés sur les « articulations aujourd’hui dominantes entre travail et liberté ».

Pour ce faire, « ancrage théorique et historique » et « analyse de situations précises et travail d’enquête » s’entrecroisent. « Quelles sont les conséquences en termes de libertés individuelles et collectives des révolutions en cours dans le travail, ses pratiques et ses représentations ?  », s’interrogent les membres du collectif.

Sujet complexe, tant les acceptions de la notion de liberté dans un contexte professionnel sont nombreuses, et tant « les expériences du travail et les représentations qui les accompagnent sont (…) le théâtre de multiples déplacements entre liberté et nécessité, autonomie et domination, subjectivation et assujettissement, réalisation et perte de soi, appropriation et aliénation ».

Des paradoxes affleurent : si l’entreprise, lieu de compromis, a permis au travailleur d’accéder à l’indépendance économique, vecteur d’émancipation, c’est en échange de sa « subordination dans la situation de travail ».

Sujet complexe aussi parce que, indiquent les auteurs, la notion de liberté a été largement préemptée par « le modèle néolibéral ». C’est le cas dans le secteur des plates-formes numériques (VTC, livraisons de repas…), mais aussi au sein des entreprises libérées, qui peuvent être un leurre, souligne la sociologue Danièle Linhart dans sa contribution. « Le mouvement de “libération” unilatérale des entreprises témoigne de la capacité patronale à réinventer sans relâche de nouvelles modalités et légitimités de domination », estime-t-elle. Face à l’effacement de la hiérarchie, le salarié aurait in fine davantage de responsabilités et de pression au quotidien, devant porter lui-même la vision du leader face aux exigences du marché.

Politique–Ukraine : un enjeu de liberté mondiale

Politique–Ukraine : un enjeu de liberté mondiale

 

Philosophe, Constantin Sigov , philosophe, directeur du Centre européen à l’université de Kiev évoque l’enjeu de la liberté à l’occasion de la guerre en Ukraine ( l’Opinion)

Révolution Orange en 2004, révolution de la dignité ou révolution Maïdan en 2014 et l’incroyable résistance que montrent les Ukrainiens face à l’agression russe… Comment expliquez-vous l’attachement viscéral de vos compatriotes pour la liberté?

La résistance acharnée de Marioupol et de l’usine Azovstal de ces dernières semaines est le symbole de la bataille pour la liberté. S’y expriment le courage, la force, une vision très claire des valeurs pour lesquels chacun donne sa vie et la solidarité entre militaires et civils. J’ai reçu, il y a quelques jours, une vidéo où l’on voyait une femme et un homme, réfugiés la nuit dans un abri de Marioupol, chanter une chanson populaire du XVIIe siècle dont le thème principal est la liberté. C’est vous dire si cette liberté et la fidélité qui y est affichée remonte à très loin ! Ses paroles résonnent dans ma tête comme le poème de Paul Eluard, écrit face à l’occupation allemande. On peut parler de tradition. Vous connaissez le cri de ralliement «Pour notre liberté et la vôtre» répété à travers l’histoire par les Polonais et les Ukrainiens lorsqu’ils ont été envahis par l’Empire russe à la fin du XVIIIe siècle. Il est plus que jamais d’actualité. La culture, la langue et les publications en langue ukrainienne ont été interdites via des oukazes ; mais malgré tout nous avons continué à publier dans la clandestinité des livres, des manuels scolaires et des bibles. La diversité de l‘Ukraine fait d’ailleurs que la répression tsariste n’a pas touché la totalité du pays dont une partie appartenait encore, jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, à l’empire austro-hongrois et bénéficiait d’une totale liberté pour entretenir notre langue et notre culture.

La marque était si profonde?

Il faut savoir aussi que l’Ukraine occidentale n’a pas été occupée par le pouvoir bolchevique avant 1939. Elle a donc échappé à la répression et aux purges des années 1930. Kiev n’a été atteinte qu’en 1937. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Ukraine occidentale a abrité des maquis qui ont résisté dix ans à l’Armée rouge et au pouvoir stalinien. C’est resté dans la mémoire de la génération de mes parents. On n’a jamais oublié non plus les crimes de Staline, la famine imposée au pays (le Holodomore), les goulags comme cela a été le cas en Russie. Après l’indépendance, en 1991, nous avons tout fait pour que les archives du KGB soient totalement ouvertes aux chercheurs à Kiev, ce qui n’a pas été le cas en Biélorussie et en Russie où Moscou a fermé l’organisation Memorial, en décembre, à la veille de l’invasion de notre pays. Ce qui était un signal très clair. En passant l’éponge sur les crimes de Staline, on justifiait ceux de Vladimir Poutine,

Ukraine : un enjeu de liberté mondiale

 

 

Ukraine : un enjeu de liberté mondiale

 

Philosophe, Constantin Sigov , philosophe, directeur du Centre européen à l’université de Kiev évoque l’enjeu de la liberté à l’occasion de la guerre en Ukraine ( l’Opinion)

Révolution Orange en 2004, révolution de la dignité ou révolution Maïdan en 2014 et l’incroyable résistance que montrent les Ukrainiens face à l’agression russe… Comment expliquez-vous l’attachement viscéral de vos compatriotes pour la liberté?

La résistance acharnée de Marioupol et de l’usine Azovstal de ces dernières semaines est le symbole de la bataille pour la liberté. S’y expriment le courage, la force, une vision très claire des valeurs pour lesquels chacun donne sa vie et la solidarité entre militaires et civils. J’ai reçu, il y a quelques jours, une vidéo où l’on voyait une femme et un homme, réfugiés la nuit dans un abri de Marioupol, chanter une chanson populaire du XVIIe siècle dont le thème principal est la liberté. C’est vous dire si cette liberté et la fidélité qui y est affichée remonte à très loin ! Ses paroles résonnent dans ma tête comme le poème de Paul Eluard, écrit face à l’occupation allemande. On peut parler de tradition. Vous connaissez le cri de ralliement «Pour notre liberté et la vôtre» répété à travers l’histoire par les Polonais et les Ukrainiens lorsqu’ils ont été envahis par l’Empire russe à la fin du XVIIIe siècle. Il est plus que jamais d’actualité. La culture, la langue et les publications en langue ukrainienne ont été interdites via des oukazes ; mais malgré tout nous avons continué à publier dans la clandestinité des livres, des manuels scolaires et des bibles. La diversité de l‘Ukraine fait d’ailleurs que la répression tsariste n’a pas touché la totalité du pays dont une partie appartenait encore, jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, à l’empire austro-hongrois et bénéficiait d’une totale liberté pour entretenir notre langue et notre culture.

La marque était si profonde?

Il faut savoir aussi que l’Ukraine occidentale n’a pas été occupée par le pouvoir bolchevique avant 1939. Elle a donc échappé à la répression et aux purges des années 1930. Kiev n’a été atteinte qu’en 1937. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Ukraine occidentale a abrité des maquis qui ont résisté dix ans à l’Armée rouge et au pouvoir stalinien. C’est resté dans la mémoire de la génération de mes parents. On n’a jamais oublié non plus les crimes de Staline, la famine imposée au pays (le Holodomore), les goulags comme cela a été le cas en Russie. Après l’indépendance, en 1991, nous avons tout fait pour que les archives du KGB soient totalement ouvertes aux chercheurs à Kiev, ce qui n’a pas été le cas en Biélorussie et en Russie où Moscou a fermé l’organisation Memorial, en décembre, à la veille de l’invasion de notre pays. Ce qui était un signal très clair. En passant l’éponge sur les crimes de Staline, on justifiait ceux de Vladimir Poutine,

Guerre en Ukraine : un enjeu pour la liberté mondiale (Constantin Sigov)

Guerre en Ukraine : un enjeu pour la liberté mondiale (Constantin Sigov)

 

 

Philosophe, Constantin Sigov , philosophe, directeur du Centre européen à l’université de Kiev évoque l’enjeu de la liberté à l’occasion de la guerre en Ukraine ( l’Opinion)

Révolution Orange en 2004, révolution de la dignité ou révolution Maïdan en 2014 et l’incroyable résistance que montrent les Ukrainiens face à l’agression russe… Comment expliquez-vous l’attachement viscéral de vos compatriotes pour la liberté?

La résistance acharnée de Marioupol et de l’usine Azovstal de ces dernières semaines est le symbole de la bataille pour la liberté. S’y expriment le courage, la force, une vision très claire des valeurs pour lesquels chacun donne sa vie et la solidarité entre militaires et civils. J’ai reçu, il y a quelques jours, une vidéo où l’on voyait une femme et un homme, réfugiés la nuit dans un abri de Marioupol, chanter une chanson populaire du XVIIe siècle dont le thème principal est la liberté. C’est vous dire si cette liberté et la fidélité qui y est affichée remonte à très loin ! Ses paroles résonnent dans ma tête comme le poème de Paul Eluard, écrit face à l’occupation allemande. On peut parler de tradition. Vous connaissez le cri de ralliement «Pour notre liberté et la vôtre» répété à travers l’histoire par les Polonais et les Ukrainiens lorsqu’ils ont été envahis par l’Empire russe à la fin du XVIIIe siècle. Il est plus que jamais d’actualité. La culture, la langue et les publications en langue ukrainienne ont été interdites via des oukazes ; mais malgré tout nous avons continué à publier dans la clandestinité des livres, des manuels scolaires et des bibles. La diversité de l‘Ukraine fait d’ailleurs que la répression tsariste n’a pas touché la totalité du pays dont une partie appartenait encore, jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, à l’empire austro-hongrois et bénéficiait d’une totale liberté pour entretenir notre langue et notre culture.

La marque était si profonde?

Il faut savoir aussi que l’Ukraine occidentale n’a pas été occupée par le pouvoir bolchevique avant 1939. Elle a donc échappé à la répression et aux purges des années 1930. Kiev n’a été atteinte qu’en 1937. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Ukraine occidentale a abrité des maquis qui ont résisté dix ans à l’Armée rouge et au pouvoir stalinien. C’est resté dans la mémoire de la génération de mes parents. On n’a jamais oublié non plus les crimes de Staline, la famine imposée au pays (le Holodomore), les goulags comme cela a été le cas en Russie. Après l’indépendance, en 1991, nous avons tout fait pour que les archives du KGB soient totalement ouvertes aux chercheurs à Kiev, ce qui n’a pas été le cas en Biélorussie et en Russie où Moscou a fermé l’organisation Memorial, en décembre, à la veille de l’invasion de notre pays. Ce qui était un signal très clair. En passant l’éponge sur les crimes de Staline, on justifiait ceux de Vladimir Poutine,

Le dévoiement de la liberté

Le dévoiement de la liberté

 

« De nos jours, la liberté consiste à augmenter à l’infini les possibilités de choix, par une conquête quasi obsessionnelle des droits, dussent-ils être à l’origine d’une tyrannie. En apparence, ces droits nous rassurent. Mais comme nous craignons continuellement de les perdre, ils ne nous apportent aucun apaisement durable », estime Baudouin De Rycke ( Dans le Monde.)

 

Comment s’étonner qu’affleure l’anarchie dans nos contrées (dérives sociales, lamentations quotidiennes, dégénérescence des mœurs, augmentation régulière de la violence, des suicides, de la consommation de psychotropes…) quand se dénaturent et se tarissent, aux yeux du peuple déboussolé, la famille, l’école, la religion et l’Etat, ces laboratoires d’idées, ces éveilleurs de conscience qui éclairent et nourrissent nos choix de vie depuis des millénaires ?

Au sein de la première (la famille), les parents, plongés en permanence dans un rythme de vie dévorant, sont de moins en moins aptes à maintenir leurs enfants dans un cadre de vie strict et harmonieux, leur santé nerveuse se dégradant au fil du temps, au détriment de leur écoute et de leur disponibilité. Au sein de la deuxième (l’école), l’éducation morale est devenue anecdotique sous la pression des sacro-saintes compétences.

L’anticléricalisme forcené des dernières décennies est venu quasiment à bout de la troisième (la religion), qui désormais se vit essentiellement dans l’ombre ou la solitude pour les uns, dans l’arrogance, la crainte et parfois même la honte, pour ceux dont la religion est plus ostensiblement contestée. Les préceptes d’amour, d’humilité et de respect que martelaient les Anciens, croyants ou incroyants, ont peu à peu cédé la place à des formes de bien-être qui n’auraient certes rien de répréhensible si le nihilisme ambiant et le matérialisme triomphant ne les pervertissaient.

Enfin, les appels de l’Etat aux devoirs civiques sont devenus quasiment inaudibles. Avec le temps et les « affaires » répétées, plus sordides les unes que les autres et relayées dans un temps record par la presse, la crédibilité des politicien(ne)s s’est érodée aussi profondément que celle des guides spirituels et des professeurs, un nombre croissant d’individus se référant désormais à leurs propres lois et semblant n’avoir pour seule ambition que la jouissance de leurs sens et le contrôle de leur santé financière : programme de vie un peu court dans le cadre d’une déshumanisation sans précédent et d’une paix sociale continuellement en péril…

En réalité, ces quatre sources de vie s’enlisent peu à peu dans une vision utopique de la liberté. De nos jours, comme nous le fait comprendre Bertrand Vergely dans un ouvrage récent (La vulnérabilité ou la force oubliée, Le Passeur, 2020), celle-ci consiste à augmenter à l’infini les possibilités de choix, par une conquête quasi obsessionnelle des droits, dussent-ils être à l’origine d’une tyrannie. En apparence, ces droits nous rassurent. Mais comme nous craignons continuellement de les perdre, ils ne nous apportent aucun apaisement durable. Être sans cesse sur le qui-vive nous épuise. Ne nous sentant jamais libres d’esprit – obsédés que nous sommes par notre liberté –, nous sombrons peu à peu dans la mélancolie.

La vraie liberté est intérieure, nous rappelle encore ce même auteur. Elle consiste à se sentir libre, même quand on ne l’est pas objectivement. Ce genre de liberté vient de la sagesse et de rien d’autre… Là me paraît être le bon sens. Et de m’appliquer à comprendre pourquoi ce dernier nous échappe me réconcilie personnellement avec la vie, que nous avons la malhonnête habitude d’incriminer, quand nous devrions avant tout nous livrer à une sévère, lucide et courageuse analyse critique de nos propres comportements.

Baudouin De Rycke, Montigny-le-Tilleul (Belgique)

Guerre en Ukraine : La liberté contre la terreur

Guerre en Ukraine : La liberté contre la terreur

 

L’invasion de l’Ukraine par l’armée russe, commencée il y a un mois, change de nature : l’opération éclair de Vladimir Poutine se transforme en une guerre de position accompagnée d’une politique de la terreur à l’égard des populations, explique Jérôme Fenoglio, directeur du « Monde », dans son éditorial.

 

De ce mois de désolation et d’angoisse, du chaos et des vies brisées par l’agression russe de l’Ukraine, une leçon émerge : plus que jamais, il importe d’être attentifs aux mots tout autant qu’aux actes de Vladimir Poutine. Nous avons bien trop tardé à nommer sa volonté d’annihilation de la jeune démocratie voisine pour nous permettre, aujourd’hui, de négliger encore ce qu’il dit, et ce qu’il tait.

A Moscou, un mot est interdit, par une loi qui bâillonne désormais tous les médias : « guerre ». Cette censure trahit évidemment l’échec d’une double épreuve de force que Poutine espérait emporter rapidement face à ce qu’il voyait comme deux faiblesses, locale et internationale, imbriquées. Sur le terrain, l’armée ukrainienne a tenu, arrêtant la plupart des offensives de cette invasion. Et à l’étranger, en Europe comme à l’OTAN, la réaction a été prompte et vigoureuse, conjuguant sanctions de grande ampleur et livraisons d’armes aux forces de Kiev. Sur le sol ukrainien, l’opération éclair a donc changé de nature. C’est une guerre de position qui se met en place, accompagnée d’une politique de la terreur délibérée à l’encontre des populations, comme le démontre l’abomination en cours à Marioupol.

Pour prendre pleinement conscience de l’horreur potentielle de cette nouvelle phase de l’agression, un mot prononcé par Vladimir Poutine, le 16 mars, lors d’une conférence télévisée, peut être utile : la « purification ». Certes, il était adressé, au sein de la population russe, à tous les réfractaires à son régime kleptocratique, à tous les critiques de cette guerre, à toutes celles et tous ceux que le despote qualifie de « nationaux traîtres ». C’est cette « purification » qui contraint à l’exil un nombre toujours croissant de membres de la classe moyenne et de l’élite intellectuelle, c’est elle qui vient de faire condamner à neuf années de prison supplémentaires l’opposant Alexeï Navalny, empoisonné avant d’être incarcéré, c’est elle encore qui a conduit à l’interdiction définitive de l’association Memorial, qui faisait la lumière sur les crimes du stalinisme.

Mais, à l’extérieur des frontières, c’est aussi cette « purification » qui commence à s’imposer aux territoires fraîchement occupés par l’armée russe, sur le modèle de ce qui a été mis en place depuis 2014 dans les deux républiques fantoches du Donbass. Répression de manifestations, torture d’opposants, départs contraints : les nouvelles qui parviennent de Melitopol ressemblent à celles qui filtraient des régions de Louhansk et de Donetsk depuis des années.

Et, dans les vastes territoires ukrainiens qui échappent à son emprise, la « purification » prend la forme d’une vengeance contre ces populations dont Poutine nie toute identité propre et auxquelles il dénie toute velléité d’indépendance. Les civils, à Kharkiv, à Kiev et dans nombre d’autres villes, n’ont d’autre choix que de subir l’arbitraire des bombardements, ou de grossir les flots de réfugiés, contraints de quitter leur région ou leur pays. Comment maintenir le cours d’une existence normale dans des immeubles exposés à toute heure à la menace d’un missile ?

Rendre la Russie irrespirable aux opposants au régime, rendre l’Ukraine invivable aux résistants au coup de force russe : telles sont les deux faces de la « purification » à l’œuvre dans les deux pays. Cette stratégie, testée à Grozny (Tchétchénie) ou à Alep (Syrie), s’inspire, de fait, des exactions commises par les pires régimes du XXe siècle. Et sa mise en œuvre relativise la thèse souvent avancée, pour comprendre, si ce n’est légitimer, les violences commanditées de Moscou : celle d’une humiliation historique liée aux avancées arrogantes de l’Union européenne et de l’OTAN aux marches de l’ancien empire soviétique.

La nostalgie qui pousse Poutine à agir ainsi, c’est peut-être celle d’un double glacis de pays qui protégeait les frontières russes au temps de l’URSS et du pacte de Varsovie. Mais c’est plus sûrement, on peut en être certain en l’écoutant parler ces jours-ci, celle d’un régime totalitaire qui veillait en permanence à la purification de la société, par la propagande, la censure, les purges et le goulag. Ce régime s’est effondré de l’intérieur, et les démocraties qui lui faisaient alors face n’ont pas à s’en excuser. Poutine moque leur faiblesse, alors que tout démontre dans la guerre qu’il a déclenchée que c’est leur modèle qui l’effraie, et leur influence, dont il tente de nettoyer son pays comme l’Ukraine.

 

A cette entreprise de purification totalitaire, il convient de continuer à s’opposer, en aidant les Ukrainiens et en durcissant encore les sanctions, en réduisant encore les achats d’énergie russe, qui financent la guerre. Tout en gardant à l’esprit ce qui doit continuer de différencier une démocratie d’une dictature : la résistance à la surenchère de la violence, le primat du droit et de la diplomatie sur la force.

Défendre l’Ukraine, c’est défendre notre liberté

Défendre l’Ukraine, c’est défendre notre liberté

Le député européen Raphaël Glucksmann appelle, dans une tribune au « Monde », l’Europe à montrer qu’elle est prête « à payer le prix de la liberté » en mettant fin aux importations de gaz et de pétrole russes et en fournissant davantage d’armes aux forces ukrainiennes.

 

Tribune.

 

Depuis le 24 février 2022, les dirigeants européens répètent en boucle que l’histoire est redevenue tragique et que la guerre est de retour dans nos vies. Mais ont-ils vraiment compris ce que cela signifiait ? Et nous ? Avons-nous compris que l’avenir de l’Europe se décidait dans les ruines de Marioupol et de Kharkiv, dans les rues de Kyiv [le nom ukrainien de Kiev] et de Kherson, dans les corridors des chancelleries et les travées des Parlements aussi, en chacun de nous enfin ?

Le dire n’est pas suffisant, il faut se comporter et agir en conséquence, c’est-à-dire tout faire – tout sauf une intervention militaire directe contre la puissance nucléaire russe – pour arrêter Vladimir Poutine en Ukraine. Maintenant. Sans tergiversation ni faux-fuyant.

Mais nos élites biberonnées au mythe de la paix perpétuelle sauront-elles faire face à la tempête qu’elles ont si longtemps refusé de voir venir ? L’Europe trouvera-t-elle la force de naître de ce chaos que les anciens Grecs plaçaient aux origines du monde, ou bien s’y noiera-t-elle par impuissance et apathie ?

A ces questions, nos dirigeants n’ont pas encore apporté de réponse claire. Les Ukrainiens, si. Imprévue à Moscou comme à Washington, leur résistance est la surprise qui ouvre une brèche et place chacun face à ses responsabilités. Sans elle, nos gouvernants auraient une fois de plus consenti à la défaite du droit, de nos principes et de nos intérêts. Ils auraient condamné, puis seraient passés à autre chose. Comme en Géorgie. Comme en Syrie. Comme en Crimée. C’est cette résistance héroïque qui change la donne.

Nous n’enverrons pas d’armée combattre à ses côtés, mais nous pouvons l’aider beaucoup plus qu’actuellement. Face aux hésitations américaines sur les avions de chasse Mig polonais, les Européens doivent assumer de livrer les avions, les missiles sol-air, les batteries antimissiles que les Ukrainiens nous demandent afin d’essayer de fermer ce ciel meurtrier que nous laissons ouvert.

Les démagogues qui confondent les mots « paix » et « soumission » clament qu’agir ainsi nous conférerait le statut de « cobelligérant ». C’est faux. La charte de l’Organisation des Nations unies est claire : lorsqu’une nation souveraine est envahie en violation du droit international, lui fournir des armes ne rend aucunement « cobelligérant ». Affirmer l’inverse revient à accepter que Poutine fixe les termes du débat qu’il suscite et du conflit qu’il impose. C’est ce que nous avons fait depuis son accession au pouvoir en 1999 et c’est ce qui nous a menés là, au bord du gouffre.

Terrorisme: Quel équilibre entre sécurité et liberté

Terrorisme: Quel équilibre entre sécurité et liberté

Contrairement à la doctrine actuelle, ce n’est pas par le déploiement secret de technologies de surveillance toujours plus intrusives mais par davantage de débats politiques et de coopération interservices et interétatiques que la France assurera sa sécurité.

Par Jacques Follorou du Monde

On savait que le procès historique des attentats du 13 novembre 2015, ouvert le 8 septembre 2021, irait au-delà de l’examen des seules responsabilités pénales. Sa durée exceptionnelle, neuf mois, disait déjà que la cour d’assises serait aussi un lieu de compassion et de compréhension d’une violence hors du commun pour la France. Mais se doutait-on que la justice accorderait l’onction de son décorum solennel à une doxa française sécuritaire qui mérite pourtant d’être discutée ?

Le 17 décembre, Patrick Calvar, patron de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) de 2012 à 2017, fut le dernier témoin à passer à la barre avant la trêve des fêtes. Quand ce Breton taiseux, né à Madagascar, s’exprime, il faut toujours tendre un peu l’oreille. Parce qu’il parle à voix basse, mais aussi parce qu’il incarne à bien des égards un discours dominant en matière de politique de sécurité. Or, ce fut le cœur de son audition. Pour lui, si « tout attentat est un échec », les attaques de novembre 2015 posent une autre question : « Voulons-nous plus de liberté ou plus de sécurité ? »

Pour expliquer le manque d’efficacité de 2015, dit-il, il faut pointer les obstacles juridiques qui brident le renseignement humain, notamment en matière d’infiltration de réseaux. Mais surtout, M. Calvar estime que le cadre légal actuel en matière de respect des libertés individuelles revient à se priver de puissants moyens technologiques permettant de déchiffrer les communications ou de surveiller des milliers de suspects en même temps. Ainsi, l’usage de la biométrie aux frontières aurait, assure-t-il, permis d’interdire le territoire européen à Abdelhamid Abaaoud, le coordinateur des attentats.

« Si vous voulez faire un contrôle frontière, il faut de la technologie, là vous aurez des résultats, a-t-il dit. Ces attentats questionnent des choix politiques (…), voulons-nous une société de plus grande surveillance ? Les technologies existent. Mais est-ce que nous voulons un peu moins de liberté ? » Tels seraient donc les termes du problème : moins de liberté pour plus de sécurité. Une équation qui appelle de nombreuses réserves.

Pour François Thuillier, ex-officier d’un service antiterroriste devenu chercheur au Centre d’études sur les conflits, l’efficacité n’est pas qu’une affaire de degré d’intrusion ou de surveillance des populations. « On ne peut pas faire une généralité de la question du contrôle biométrique. La préparation des attentats de novembre 2015 ne réside pas dans le seul franchissement de la frontière par Abaaoud, c’est un ensemble complexe de facteurs. En contrôlant la société, on croit bloquer la menace. Or, le renseignement technique est une fuite en avant qui maintient à distance de la cible, des nuances et des complexités humaines. »

 

Covid-Le père de Djokovic défend la liberté ou le sport fric?

Covid-Le père de Djokovic défend la liberté ou le sport fric?

 

 

D’après le père de Djokovic – (numéro un mondial du tennis qui refuse la vaccination), le fils serait le symbole même de la liberté mondiale ! Ce n’est évidemment pas la première fois que le paternel sublime la réussite de son fils et  le compare même à Jésus. Derrière les propos universalistes, le père défend surtout le fils tirelire et le sport fric.

 

La vérité est sans doute plus prosaïque, ce paternel défend surtout le fils tirelire qui risque d’être privé des revenus du tournoi d’Australie faute d’être vacciné. Le père de Djokovitch n’est malheureusement pas le seul parent à se préoccuper autant de la tirelire filiale voire  même à intervenir dans le champ sportif de leur descendance. La tirade du père laisse évidemment pantois face à l’hypocrisie et au ridicule qui atteint les sommets :: «Nole (le surnom de Djokovic) est le cœur de la Serbie, notre fierté. Notre fierté ils veulent la mettre à genoux, mais ils n’y arriveront pas ! Serbes, et toutes les autres nations libertaires du monde, le moment est venu d’arrêter d’être opprimés ! (…) Mon fils, enchaine-t-il, est en captivité mais il n’a jamais été aussi libre. Novak deviendra un symbole et un leader du monde libre, le leader des pays et des peuples opprimés. Même un petit pays héroïque comme la Serbie peut avoir le plus grand athlète de tous les temps. Vous pouvez être mis en prison aujourd’hui ou demain, mais la vérité trouve toujours son chemin. Novak se bat pour l’égalité de tous les peuples de la planète.»

 

On pourrait suggérer aux autorités d’attribuer le Nobel de la paix à ce père aussi aimant vis-à-vis de son fils et de son  pays ou alors le prix du ridicule et de l’hypocrisie.

 

Covid-Le père de Djokovic défend la liberté ou le fils tirelire ?

Covid-Le père de Djokovic défend la liberté ou le fils tirelire ?

 

 

D’après le père de Djokovic – (numéro un mondial du tennis qui refuse la vaccination), le fils serait le symbole même de la liberté mondiale ! Ce n’est évidemment pas la première fois que le paternel sublime la réussite de son fils le compare même à Jésus.

 

La vérité est sans doute plus prosaïque, ce paternel défend surtout le fils tirelire qui risque d’être privé des revenus du tournoi d’Australie faute d’être vacciné. Le père de Djokovitch n’est malheureusement pas le seul parent à se préoccuper autant de la tirelire filiale voire  même à intervenir dans le champ sportif de leur descendance. La tirade du père laisse évidemment pantois face à l’hypocrisie et au ridicule qui atteint les sommets :: «Nole (le surnom de Djokovic) est le cœur de la Serbie, notre fierté. Notre fierté ils veulent la mettre à genoux, mais ils n’y arriveront pas ! Serbes, et toutes les autres nations libertaires du monde, le moment est venu d’arrêter d’être opprimés ! (…) Mon fils, enchaine-t-il, est en captivité mais il n’a jamais été aussi libre. Novak deviendra un symbole et un leader du monde libre, le leader des pays et des peuples opprimés. Même un petit pays héroïque comme la Serbie peut avoir le plus grand athlète de tous les temps. Vous pouvez être mis en prison aujourd’hui ou demain, mais la vérité trouve toujours son chemin. Novak se bat pour l’égalité de tous les peuples de la planète.»

 

On pourrait suggérer aux autorités d’attribuer le Nobel de la paix à ce père aussi aimant vis-à-vis de son fils et de son  pays ou alors le prix du ridicule et de l’hypocrisie.

 

Société- La liberté de pensée en danger ( Vincent Lamkin*)

Société- La liberté de pensée en danger ( Vincent Lamkin*)

 

Sous l’effet des sollicitations cognitives qui abrutissent, la liberté de pensée est en danger estime Vincent Lamkin*) ( dans l’Opinion)

 

Tribune

 

La liberté d’expression est célébrée à la mesure de la bêtise qui s’est abattue sur elle et du terrorisme qui l’a prise pour cible. L’extrême violence que l’ignorance ou le fanatisme peuvent arborer à son encontre ne doit pas nous tromper cependant : la liberté d’expression est très forte dans notre pays. Elle l’est dans l’espace public où les médias sont beaucoup plus libres et divers qu’ils ne le furent en d’autres temps. La censure d’Etat, au nom des bonnes mœurs, s’est réduite à peau de chagrin, si l’on pense à celle qui pesait sur l’art et la société au XIXe siècle.

Avec l’avènement des réseaux sociaux, chacun a gagné un droit à la parole publique, avec bien peu de limites. Elle l’est dans l’entreprise où le dialogue social et l’écoute atteignent des niveaux inédits. Elle l’est dans le cercle de la famille et à l’école où les enfants ont gagné un droit à s’exprimer qu’ils n’avaient pas jadis…

*Mais la liberté d’expression peut être un leurre et constituer un idéal bien maigre si la liberté de pensée, qui la légitime, se trouve atrophiée et pervertie par une société qui distrait et flatte plus qu’elle n’éduque, qui assujettit plus qu’elle ne forme et n’émancipe… La belle affaire qu’une société où la liberté d’expression serait totale mais où les individus auraient perdu toute capacité à forger un jugement libre et civilisé, ancré dans un champ de questionnements rationnels, de connaissances et de valeurs universelles.

Comme l’a notamment démontré dans ses travaux successifs le sociologue Gérald Bronner, nous vivons de plus en plus, par un effet d’aliénation aux écrans et aux contenus les plus racoleurs, sous l’empire et dans l’emprise de sollicitations cognitives qui captent notre attention, altèrent notre capacité de jugement et alimentent des addictions stériles. Ce constat implacable se doit d’être affiché sur les murs d’une société disneylandisée (la culture a rejoint la grande famille des loisirs : on se « vide la tête ») et hystérisée par des altercations binaires et superficielles. Société dont, last but not least, le système éducatif est en crise.

On peut craindre que notre époque, sous ses airs sympathiques, dégrade la liberté de pensée plus qu’elle ne la sert – reportant toute son attention sur la médiatique liberté d’expression, paradoxalement moins engageante. « Les gens exigent la liberté d’expression pour compenser la liberté de pensée qu’ils préfèrent éviter », déclarait, en son temps déjà, Kierkegaard.

La liberté de pensée est d’abord un devoir, une responsabilité à prendre, dans un moment de grande solitude. La censure morale et la prison n’ont pas empêché Baudelaire ou Sade de créer

Les grands artistes et les penseurs dissidents des régimes totalitaires – de Soljenitsyne à Kundera – ont prouvé que la liberté de pensée n’est pas inféodée à la liberté d’expression. C’est le sens de la fameuse phrase de Sartre : « Jamais nous n’avons été plus libres que sous l’occupation allemande ». La liberté de pensée est d’abord un devoir, une responsabilité à prendre, dans un moment de grande solitude. La censure morale et la prison n’ont pas empêché Baudelaire ou Sade de créer. Dans une époque où l’État n’aime rien tant qu’à déresponsabiliser pour mieux infantiliser et où la solitude de la pensée se heurte au bruit permanent du monde, la partie n’est pas gagnée.

La liberté d’expression est la partie émergée d’un iceberg, et nous ne devons l’encenser que pour ce qu’elle permet, non pour ce qu’elle serait en soi. Sinon, elle n’est qu’une arme de plus offerte à la toute-puissance du sujet roi ! Si la liberté d’expression ne visait qu’à la cohabitation cloisonnée des contraires, la paix civile serait fragile. Dans une République digne de ce nom, chacun doit tolérer la pensée d’autrui pour construire une communauté de vie et de destin. Le problème, dans notre société d’hyper-sensibilité et de gestion étatisée des récits victimaires, est que « la tolérance n’a plus pour but d’assurer l’échange d’arguments et le brassage des modes de vie divers, comme le déplore Claude Habib. Elle devient séparatrice ».

La liberté de pensée mobilise notre entendement et notre libre arbitre. Elle est beaucoup plus qu’un droit, c’est un pouvoir, une responsabilité que chaque individu a le devoir d’apprendre à exercer, qui engage notre éducation, notre culture. Le terrorisme intellectuel contemporain, qui bipolarise et hystérise tout débat, est le symptôme d’une société où la liberté de pensée – qui a des comptes à rendre à la raison, à l’Histoire, au champ argumentaire – s’est appauvrie ; là où la liberté d’expression, revendiquée pour elle-même, débouche sur un dialogue de sourds. Or, c’est bien la capacité à dégager des jugements communs, des valeurs communes, des caps collectifs, dans le respect d’une pluralité de nuances, qui est cruellement en jeu dans le monde contemporain.

*Vincent Lamkin est co-Président d’Opinion Valley, associé-Fondateur de Comfluence.

Menace sur la liberté académique

Menace sur la liberté académique

Dans un « essai savant », »le savoir en danger », le professeur de droit public  Olivier Beaud   présente et identifie les différentes menaces qui pèsent sur l’un des principes de bases du métier de chercheur, et estime qu’il est urgent de relancer ce « concept de combat ».(le Monde)

 

Concept de combat à ne pas confondre avec l’expression militante de chercheurs qui instrumentalisent les connaissances au service de leurs convictions idéologique NDLR

 

Livre.

 

Au cours des dernières années, la liberté académique a été tour à tour brandie en étendard et piétinée, avec pour conséquence une terrible confusion. L’autonomie dont jouissent les chercheurs est débattue dans le flou, sans que l’on sache bien de quoi il s’agit. Olivier Beaud, professeur de droit public, auteur déjà, en 2010, de Les Libertés universitaires à l’abandon ? (Dalloz) revient sur cette question avec l’ambition de présenter ce qu’est la liberté académique et d’identifier les différentes menaces qui pèsent sur elle, tant au sein de régimes autoritaires que libéraux. Il ne cache cependant pas son « agacement devant la situation qui est faite au métier d’universitaire en France » et propose donc un « essai savant ».

 

Son exaspération a plusieurs causes, notamment la controverse sur « l’islamo-gauchisme » que la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, se félicitait, le 15 octobre 2020, d’avoir lancée. En février, elle a demandé au CNRS d’enquêter afin de départager « ce qui relève de la recherche académique de ce qui relève justement du militantisme ».

Pour Olivier Beaud, « ce n’est certainement pas au ministère, et donc à l’Etat, de faire une telle recherche ». A côté de cela, sévit « l’intolérance politique » venue des Etats-Unis en défense « des identités blessées » : femmes, Noirs, homosexuels. Dans ce contexte, il est urgent de relancer ce « concept de combat » qu’est la liberté académique.

Penseur « rebelle »

Dans le débat public et sur le plan juridique, la confusion persiste entre liberté académique et liberté d’expression. Leur proximité ne doit cependant pas nous tromper, elles sont profondément distinctes. Olivier Beaud opère sur ce sujet un important retour théorique, où l’apport de la France est limité. Le philosophe Pascal Engel, inspiré par la philosophie analytique américaine, est quasiment l’unique source française citée par le professeur de droit, qui signale ainsi que la liberté académique reste dans une grande mesure un impensé.

C’est en Allemagne qu’elle vit le jour, portée par Guillaume de Humboldt. Au début du XIXe siècle, le prince de Prusse lui confie la création d’une université à Berlin et le philosophe, dans une célèbre note, indique que « les choses iraient infiniment mieux » sans intervention de l’Etat au sein de la future institution. Le prince doit être protecteur, et non un obstacle pour la science. Par la suite, aux Etats-Unis, la liberté académique s’éloigne de l’Etat promoteur du savoir pour se concentrer sur les conditions d’exercice de cette liberté. Dans ce nouveau cadre, la garantie d’emploi est définie comme la condition permettant la libre investigation scientifique au service du bien commun. Mais la professionnalisation impose des normes : la méthode scientifique propre à chaque discipline. Ces standards sont partagés par une communauté de pairs au sein de laquelle prévalent la collégialité et la cooptation, afin de préserver l’ouverture des débats.

La liberté de pensée en danger ( Vincent Lamkin*)

La liberté de pensée en danger ( Vincent Lamkin*)

 

Sous l’effet des sollicitations cognitives qui abrutissent, la liberté de pensée est en danger estime Vincent Lamkin*) ( dans l’Opinion)

 

Tribune

 

La liberté d’expression est célébrée à la mesure de la bêtise qui s’est abattue sur elle et du terrorisme qui l’a prise pour cible. L’extrême violence que l’ignorance ou le fanatisme peuvent arborer à son encontre ne doit pas nous tromper cependant : la liberté d’expression est très forte dans notre pays. Elle l’est dans l’espace public où les médias sont beaucoup plus libres et divers qu’ils ne le furent en d’autres temps. La censure d’Etat, au nom des bonnes mœurs, s’est réduite à peau de chagrin, si l’on pense à celle qui pesait sur l’art et la société au XIXe siècle.

Avec l’avènement des réseaux sociaux, chacun a gagné un droit à la parole publique, avec bien peu de limites. Elle l’est dans l’entreprise où le dialogue social et l’écoute atteignent des niveaux inédits. Elle l’est dans le cercle de la famille et à l’école où les enfants ont gagné un droit à s’exprimer qu’ils n’avaient pas jadis…

*Mais la liberté d’expression peut être un leurre et constituer un idéal bien maigre si la liberté de pensée, qui la légitime, se trouve atrophiée et pervertie par une société qui distrait et flatte plus qu’elle n’éduque, qui assujettit plus qu’elle ne forme et n’émancipe… La belle affaire qu’une société où la liberté d’expression serait totale mais où les individus auraient perdu toute capacité à forger un jugement libre et civilisé, ancré dans un champ de questionnements rationnels, de connaissances et de valeurs universelles.

Comme l’a notamment démontré dans ses travaux successifs le sociologue Gérald Bronner, nous vivons de plus en plus, par un effet d’aliénation aux écrans et aux contenus les plus racoleurs, sous l’empire et dans l’emprise de sollicitations cognitives qui captent notre attention, altèrent notre capacité de jugement et alimentent des addictions stériles. Ce constat implacable se doit d’être affiché sur les murs d’une société disneylandisée (la culture a rejoint la grande famille des loisirs : on se « vide la tête ») et hystérisée par des altercations binaires et superficielles. Société dont, last but not least, le système éducatif est en crise.

On peut craindre que notre époque, sous ses airs sympathiques, dégrade la liberté de pensée plus qu’elle ne la sert – reportant toute son attention sur la médiatique liberté d’expression, paradoxalement moins engageante. « Les gens exigent la liberté d’expression pour compenser la liberté de pensée qu’ils préfèrent éviter », déclarait, en son temps déjà, Kierkegaard.

La liberté de pensée est d’abord un devoir, une responsabilité à prendre, dans un moment de grande solitude. La censure morale et la prison n’ont pas empêché Baudelaire ou Sade de créer

Les grands artistes et les penseurs dissidents des régimes totalitaires – de Soljenitsyne à Kundera – ont prouvé que la liberté de pensée n’est pas inféodée à la liberté d’expression. C’est le sens de la fameuse phrase de Sartre : « Jamais nous n’avons été plus libres que sous l’occupation allemande ». La liberté de pensée est d’abord un devoir, une responsabilité à prendre, dans un moment de grande solitude. La censure morale et la prison n’ont pas empêché Baudelaire ou Sade de créer. Dans une époque où l’État n’aime rien tant qu’à déresponsabiliser pour mieux infantiliser et où la solitude de la pensée se heurte au bruit permanent du monde, la partie n’est pas gagnée.

Iceberg. La liberté d’expression est la partie émergée d’un iceberg, et nous ne devons l’encenser que pour ce qu’elle permet, non pour ce qu’elle serait en soi. Sinon, elle n’est qu’une arme de plus offerte à la toute-puissance du sujet roi ! Si la liberté d’expression ne visait qu’à la cohabitation cloisonnée des contraires, la paix civile serait fragile. Dans une République digne de ce nom, chacun doit tolérer la pensée d’autrui pour construire une communauté de vie et de destin. Le problème, dans notre société d’hyper-sensibilité et de gestion étatisée des récits victimaires, est que « la tolérance n’a plus pour but d’assurer l’échange d’arguments et le brassage des modes de vie divers, comme le déplore Claude Habib. Elle devient séparatrice ».

La liberté de pensée mobilise notre entendement et notre libre arbitre. Elle est beaucoup plus qu’un droit, c’est un pouvoir, une responsabilité que chaque individu a le devoir d’apprendre à exercer, qui engage notre éducation, notre culture. Le terrorisme intellectuel contemporain, qui bipolarise et hystérise tout débat, est le symptôme d’une société où la liberté de pensée – qui a des comptes à rendre à la raison, à l’Histoire, au champ argumentaire – s’est appauvrie ; là où la liberté d’expression, revendiquée pour elle-même, débouche sur un dialogue de sourds. Or, c’est bien la capacité à dégager des jugements communs, des valeurs communes, des caps collectifs, dans le respect d’une pluralité de nuances, qui est cruellement en jeu dans le monde contemporain.

*Vincent Lamkin est co-Président d’Opinion Valley, associé-Fondateur de Comfluence.

Covid-19 : clarifier le principe de liberté

Covid-19 : clarifier le principe de liberté

Jean-Claude Kaufmann,sociologue, directeur de recherche honoraire au CNRS dans une tribune au Monde examine le concept de liberté individuelle par rapport au Covid. .

 

 

Tribune.

Dans de nombreux pays, et particulièrement en France avec les nouvelles manifestations du samedi, des oppositionnels se regroupent autour d’un slogan clair et mobilisateur : la défense de la liberté, supposée menacée par la montée d’un autoritarisme étatique, voire, pour certains, d’une dictature sanitaire. « J’ai le droit de ne pas me faire vacciner, c’est ma liberté ! »

Face à cette importante minorité ancrée dans ses convictions, médecins, scientifiques, journalistes ou politiques, malgré la solidité quasi irréfutable des arguments en faveur du vaccin, non seulement ne parviennent pas à convaincre ceux qui ne veulent rien entendre, mais de plus sont eux-mêmes envahis par un malaise qui rend parfois leurs propos hésitants. Car il n’est jamais aisé de prendre position contre la liberté individuelle dans une société qui l’inscrit comme un principe fondateur.

Il me semble essentiel de dissiper ce malaise, en faisant le clair sur la question des libertés ; nous confondons en effet beaucoup trop le principe et la réalité.

Le principe de la liberté individuelle fonde non seulement la démocratie politique, mais aussi, beaucoup plus largement, le processus de démocratisation individuelle, qui ne cesse de s’élargir : nous décidons de plus en plus par nous-mêmes et pour nous-mêmes, dans les domaines les plus divers, inventant notre propre morale et notre vérité.

Ce nouveau type de société produit à la fois un élargissement des libertés concrètes dans certains domaines et un fractionnement des communautés d’opinion qui implique paradoxalement une inexorable montée des normes et interdits de toutes sortes pour assurer les conditions du vivre-ensemble.

Il faut le dire et le répéter : dans aucune société auparavant, des limitations administratives de la liberté individuelle n’ont été aussi nombreuses qu’aujourd’hui ; qu’il s’agisse des règles d’urbanisme pour construire une maison ou des conseils très appuyés pour bien se nourrir. Et, quand la norme ne s’impose pas, quand le conseil ne se fait pas trop insistant, j’avais repéré, dans plusieurs enquêtes, la quête angoissée de ce qui était « normal » et de ce qui ne l’était pas avant d’adopter son propre comportement.

Nous sommes tellement grisés par notre sentiment d’autonomie individuelle que nous refusons de voir qu’il se déploie à l’intérieur de cadres de plus en plus contraignants, spécialement pour tout ce qui touche à la santé ou en cas de crise (ce que nous sommes en train de vivre résumant les deux). Les mesures disciplinaires actuelles n’ont donc rien de surprenant ; elles s’intègrent dans un irrépressible mouvement historique.

Vaccination, un passe de liberté

  • Vaccination, un passe de liberté 

Marc Grassin  philosophe et docteur en éthique médicale considère que la vaccination est un gage de liberté. (Dans l’Opinion, extrait.)

 

 

De nouveaux renforts de soignants vont être envoyés ce vendredi en Guadeloupe et en Martinique. Depuis le début de la quatrième vague épidémique, au moins 36 malades de la Covid hospitalisés en soins critiques ont été transférés vers une autre région, dont 19 depuis les Antilles vers l’Ile-de-France. L’obligation vaccinale, annoncée le 12 juillet par Emmanuel Macron pour contrer la reprise épidémique, concerne les personnels soignants et non soignants des établissements de santé et maisons de retraite, les professionnels et bénévoles auprès des personnes âgées, y compris à domicile, les pompiers et les ambulanciers.

Marc Grassin est philosophe et docteur en éthique médicale. Il enseigne à l’Institut catholique de Paris et dirige l’Institut Vaugirard-Humanités et management.

Les soignants ont l’obligation de se faire vacciner, ce qui n’est pas le cas de l’ensemble de la population. Il n’y a pas d’égalité entre ces deux groupes de population. D’un point de vue éthique, est-ce acceptable ?

La question primordiale n’est pas celle de l’égalité mais celle du sens de la responsabilité commune. L’homme vit dans un espace partagé, régi par des contraintes et des normes sociales. Nous sommes dans une situation de crise complexe, extrêmement mouvante, qui réclame une analyse globale des enjeux sociaux, relationnels, économiques et de santé publique. Cela commande également de réfléchir à la lumière des faits, qui sont les suivants : aujourd’hui, les services de réanimation se remplissent peu à peu de personnes non-vaccinées. Il y a dix-huit mois, lors de la première vague, les lits étaient également occupés, cette fois-ci par des personnes âgées. Dans les deux cas, les réanimations sont en tension voire saturées. Cela étant dit, quel autre choix que tendre à une couverture vaccinale maximale avons-nous pour faire face ? Des restrictions de type confinement, les gestes barrières. Ce n’est pas satisfaisant, au regard des enjeux nommés auparavant.

Mais que répondre aux soignants qui refusent de se faire vacciner au principe que cette décision ne s’applique pas à tous ​?

Je vais vous répondre en paraphrasant Paul Ricœur ​: la responsabilité éthique est de rendre compte parce qu’un autre compte sur moi. Quelque part, les Français qui vont être contaminés par l’épidémie comptent sur les autres pour ne pas l’être. Volontairement, je vais forcer le trait ​: être égalitaire ne veut pas forcément dire être juste. On peut être égalitaire dans des pratiques déshumanisantes, dans une politique de l’horreur. C’est pour cela que la notion de responsabilité prime sur celle d’égalité pour la vaccination. Pour revenir à l’obligation vaccinale aux soignants, elle s’impose pour la majorité d’entre eux comme une évidence. N’oublions pas qu’ils ont déjà l’obligation d’être vaccinés contre d’autres maladies pour exercer leur métier. Protéger les patients et les plus fragiles est un enjeu de santé publique majeur auquel ces professionnels sont sensibles, plus qu’on ne le dit.

«Ma liberté ne peut s’exprimer que dans un corps social contraignant. C’est parce que la liberté individuelle est mise en tension qu’elle existe, qu’elle s’affirme par la négociation»

L’obligation vaccinale et, plus largement, le pass sanitaire, enterrent-ils la notion de liberté individuelle, comme le clament leurs opposants ?

Il n’y a pas de liberté individuelle qui ne rencontre de contraintes. La vie en société réclame de négocier les contraintes et les normes éthico-morales de cette dernière au quotidien, jour après jour. Je négocie ma liberté dans le système scolaire, auprès de mon employeur, etc. En réalité, ma liberté ne peut s’exprimer que dans un corps social contraignant. C’est parce que la liberté individuelle est mise en tension qu’elle existe, qu’elle s’affirme par la négociation. Dit autrement : être libre, ce n’est pas ne pas être contraint.

A-t-on vraiment besoin de contraintes supplémentaires pour affirmer notre liberté ?

A moins de faire le choix de vivre en dehors de la société, des normes, des lois et des obligations sociales s’imposent à nous tous les jours. Les respecter, c’est être libre. Je vais utiliser une image caricaturale, à ne pas prendre au pied de la lettre : nous sommes libres de marcher les uns à côté des autres sans craindre de nous faire agresser par notre voisin car la loi lui impose une modération de son aptitude à la violence, un respect de notre personne. La loi sert à rendre possible la liberté de l’autre. La même logique de pensée s’applique à la vaccination. C’est une contrainte qui nous rend libre de marcher dans les rues, libre de ne pas mourir. Ou, pour être juste, de « moins » mourir. Ni nous, ni les gens qui nous entourent.

Le principe de « tri » des patients fait débat. Comment un médecin qui récite le serment d’Hippocrate au moment de sa thèse peut-il faire un « choix » entre deux patients ? Est-ce déontologiquement justifiable ?

C’est un élément très fort de l’éthique médicale. Je voudrais revenir sur cette notion de tri, qui n’est pas la même en temps pandémique et en temps «normal». On ne le dit pas assez : le triage des patients en médecine existe tous les jours. Face à un patient dans un état extrêmement grave en réanimation, un médecin va prendre sa décision en considérant le diagnostic, le pronostic, le traitement approprié. Il prendra, parmi plusieurs options, la meilleure décision médicale au regard de l’état clinique de son patient. Parfois, réanimer vaudra mieux que ne pas réanimer. La décision relèvera toujours d’un choix et, ce faisant, d’un tri. En temps de Covid, la notion de triage n’est pas la même, et les questions éthiques qu’elle soulève sont de nature différente. On trie car on a 15 patients pour 10 lits. On trie parce que les ressources sont limitées. L’éthique et la logique médico-sociale sont de soigner tout le monde mais la contrainte existe, on ne peut la nier. A l’hôpital, en réanimation, le seul moyen de desserrer l’étau de la contrainte est la vaccination.

«Ethiquement, il n’est pas possible de privilégier un patient souffrant de la Covid plutôt qu’un patient souffrant d’un cancer. Mais l’inverse est également vrai»

Accepter un patient Covid, c’est aussi, éventuellement, accepter de ne pas soigner tout de suite un autre patient dont les soins seront déprogrammés. Il y a un risque de perte de chance pour ce dernier. Est-ce un critère suffisamment pris en considération ? Autrement dit : la fin justifie-t-elle les moyens ?

La crise met en lumière le manque de ressources attribuées aux soignants et aux établissements de santé. Ethiquement, il n’est pas possible de privilégier un patient souffrant du Covid plutôt qu’un patient souffrant d’un cancer. Mais l’inverse est également vrai. Cette question ne devrait pas avoir à se poser. C’est pour cela que j’insiste : au nom de l’intérêt de l’autre, des patients qui subiront les effets délétères de la Covid, nous nous devons de négocier notre propre résistance au vaccin. Nous sommes comptables de l’autre.

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