Archive pour le Tag 'liberté'

Metz: le responsable d’un meurtre sauvage remis en liberté après un an de prison

Metz: le responsable d’un meurtre sauvage remis en liberté après un an de prison


Le suspect, âgé de 17 ans au moment des faits, avait été mis en examen pour meurtre et placé en détention provisoire le 10 octobre 2022.

Un peu plus d’un an après la mort d’un homme de 27 ans, tué de plusieurs dizaines de coups de couteau à Maizières-lès-Metz (Moselle), le suspect a été mis en liberté sous contrôle judiciaire, a-t-on appris mercredi 29 novembre du procureur de la République de Metz. La décision avait été frappée d’appel par le parquet, a précisé à l’AFP le magistrat Yves Badorc. Mais elle a été confirmée par la cour d’appel de Metz dans un arrêt du 16 novembre.

Les raisons de cette mise en liberté «sont qu’au sens des critères juridiques pour le maintenir en détention, (les juges) ont estimé que la détention provisoire ne se justifiait plus», a indiqué à l’AFP l’avocat de la famille de la victime, Me Alexandre Bernard. Le mis en examen a également proposé des éléments d’insertion, «un projet de logement notamment», a expliqué le conseil.

Le suspect, âgé de 17 ans au moment des faits, avait été interpellé dès le lendemain. Il a été mis en examen pour meurtre et placé en détention provisoire le 10 octobre 2022. Une source au sein de la gendarmerie avait à l’époque dénombré 26 blessures par arme blanche.

Le Nobel pour la liberté en Iran

Le Nobel pour la liberté en Iran

Narges Mohammadi, journaliste emprisonnée qui défend la démocratie, est la lauréate du prix Nobel de la Paix .

Le prix Nobel de la Paix 2023 est attribué Narges Mohammadi pour son combat exemplaire concernant la liberté et la démocratie et pour évidemment pointer du doigt la politique obscurantiste et criminelle du régime islamique en Iran.

Narges Mohammadi a été maintes fois condamnée et emprisonnée depuis 25 ans pour son engagement contre le voile obligatoire pour les femmes, et la peine de mort.

« Le prix de la paix de cette année récompense également les centaines de milliers de personnes qui, au cours de l’année écoulée, ont manifesté contre les politiques des régimes théocratiques en matière de discrimination et d’oppression contre des femmes », a affirmé la présidente du comité Nobel.

Crise du JDD et de la liberté de la presse

Crise du JDD et de la liberté de la presse

Par
Alexis Lévrier
Historien de la presse, maître de conférences, chercheur associé au GRIPIC, Université de Reims Champagne-Ardenne (URCA) dans the Conversation


Après plus de cinq semaines de mobilisation contre Arnaud Lagardère (et à travers lui contre Vincent Bolloré), la rédaction du Journal du dimanche (JDD) continue avec acharnement à défendre son indépendance. L’équipe s’oppose en effet de manière presque unanime au recrutement comme directeur de la rédaction de Geoffroy Lejeune, connu pour porter une idéologie d’extrême droite. Mais cela n’empêche pas le groupe Lagardère de se montrer inflexible et d’ignorer toutes les demandes de la rédaction : l’arrivée de l’ancien journaliste de Valeurs actuelles a été confirmée et fixée au 1ʳᵉ août dans un communiqué publié le 24 juillet. Quelle que soit l’issue de cette grève, on aurait tort de penser qu’il s’agit d’un conflit isolé et sans implication pour le reste des médias : dans ce combat si dissymétrique se joue sans doute une partie de l’avenir de la presse française. Cette mobilisation est en effet exceptionnelle non seulement par sa longévité mais parce qu’elle vise à défendre l’indépendance du journalisme et finalement son existence même. Certes, il y a bien sûr eu d’autres mouvements sociaux importants et durables dans l’histoire récente des médias français. On peut rappeler par exemple la longue grève qui a touché Le Parisien libéré en 1975 et qui s’est prolongée pendant 28 mois. Mais cette crise était très différente de celle que connaît aujourd’hui le JDD puisqu’elle opposait le propriétaire du quotidien au Syndicat du Livre sur des questions touchant à la modernisation de la fabrication du journal.

Si la presse écrite a connu d’autres conflits liés à la volonté de défendre l’autonomie d’une rédaction, à l’image des Échos encore récemment, ils n’ont jamais atteint une telle durée dans l’histoire récente. L’exemple le plus proche de la mobilisation de la rédaction du JDD est peut-être la longue grève des techniciens et des journalistes de l’ORTF en 1968.

Récit de Mai 1968, et de la grève à l’ORTF, télévision et Radio France, Marcel Trillat, qui était journaliste de télévision à « 5 colonnes à la une » jusqu’en 1968, raconte le mai 68 de ceux de la télévision, le mai 68 à l’ORTF. Interviewé par Jeanne Menjoulet (Centre d’Histoire sociale des mondes contemporains, CHS).
Ce mouvement social, qui a duré presque deux mois, avait déjà pour but de défendre la liberté de l’information. La différence était bien sûr que les journalistes se battaient contre la mainmise de l’État et non contre les choix d’un industriel devenu propriétaire d’un média.

Le conflit en cours au JDD a aussi pour caractéristique de s’inscrire dans le prolongement de deux autres grèves qui ont déjà mis en évidence la brutalité des méthodes de Vincent Bolloré. Après Itélé en 2016 et Europe 1 en 2021, c’est en effet la troisième rédaction qui se révolte contre cet industriel.

La répétition de ces crises témoigne de la singularité du modèle Bolloré. Cet empire a d’abord pour particularité son extension très importante et le choix de Vivendi de se recentrer sur des activités en lien avec les médias, la publicité ou l’édition. Il est unique également, au moins à l’échelle française, par la radicalité de l’idéologie promue par Vincent Bolloré et par le rapport de force très agressif qu’il institue de manière systématique avec les rédactions.

Il est par ailleurs probable, comme en témoignent justement les exemples d’Itélé et d’Europe 1, que la bataille des journalistes du JDD se soldera par une défaite. Les deux grèves précédentes ont en effet connu la même conclusion : les normes éthiques censées encadrer le travail journalistique ont été foulées au pied, et les protections dont bénéficient en principe les rédactions ont été contournées, ou perverties. Les journalistes ont été sommés de se soumettre (et donc d’accepter cette réorientation idéologique) ou de se démettre (et donc de quitter le journal en échange d’une indemnité financière).

L’attitude inflexible d’Arnaud Lagardère laisse penser qu’il en ira de même pour le JDD. Alors même que la grève a été chaque jour reconduite à plus de 95 % pendant plus d’un mois, la SDJ n’a même pas obtenu l’ajout dans la charte de déontologie d’un paragraphe demandant l’interdiction dans le journal de « propos racistes, sexistes et homophobes ».

À travers le choix de Geoffroy Lejeune, c’est donc bien une profonde réorientation de la ligne éditoriale qui va être imposée à l’ensemble des journalistes qui accepteront de rester.

Depuis le début de cette crise, les réactions ont été assez unanimes dans le monde journalistique, en dehors bien sûr des médias détenus par Vincent Bolloré, car la profession voit bien qu’elle est tout entière concernée.

Le soutien du monde politique a cependant été beaucoup plus contrasté. S’il est majoritaire à gauche, il n’est pas pour autant unanime : Jean-Luc Mélenchon a jugé par exemple, dans une note de blog publiée le 15 juillet 2023, que le JDD penchait déjà à l’extrême droite et que les journalistes de l’hebdomadaire sont depuis longtemps habitués à « lécher les pieds du patron ».

De nombreux élus des Républicains se sont eux associés au discours de Reconquête et du Rassemblement national sur la prétendue domination idéologique exercée par la gauche sur les médias. Eric Ciotti s’est ainsi opposé avec virulence à la tribune de soutien à la rédaction du JDD parue dans Le Monde.

Quant à François-Xavier Bellamy, il a ostensiblement défendu la nomination de Geoffroy Lejeune, alors même que ce dernier a été évincé de Valeurs actuelles en raison d’une ligne éditoriale jugée trop marquée à l’extrême droite par l’actionnaire lui-même.

Le plus inquiétant sans doute est que le lectorat semble lui aussi divisé ou simplement indifférent. Ce désintérêt relatif s’explique peut-être par la banalisation du discours de l’extrême droite dans l’espace médiatique, mais elle doit aussi être reliée à l’évolution des ventes du Journal du dimanche. Ces dernières ont en effet fortement baissé au cours des quinze dernières années. D’après les chiffres de l’APCM (Alliance pour les chiffres de la presse et des médias), la diffusion de l’hebdomadaire a même été divisée par deux en un peu plus d’une décennie, passant d’environ 260 000 exemplaires en 2010 à 131 700 exemplaires en 2022. Si cette crise soulève évidemment des questions d’ordre éthique, elle traduit donc aussi l’épuisement d’un modèle économique.

La situation actuelle montre par ailleurs l’insuffisance des dispositifs dont dispose notre pays en matière de régulation des médias. L’Arcom a encore récemment infligé des sanctions aux chaînes de Vincent Bolloré, et elle pourra se prononcer sur le renouvellement de la fréquence de C8 et CNews en 2025, mais elle n’a pas évidemment vocation à intervenir dans le fonctionnement de la presse écrite.

La loi qui régit la concentration des médias date par ailleurs de 1986 et, même si elle a été aménagée depuis, elle est totalement inadaptée au paysage médiatique qui est le nôtre aujourd’hui. En témoigne par exemple la règle dite des « deux sur trois », qui interdit sous certaines conditions de posséder à la fois un quotidien, une radio et une chaîne de télévision : Vincent Bolloré possède un empire d’une extraordinaire diversité mais il n’a encore racheté aucun quotidien, et n’est donc pas concerné par ce dispositif.

Comme pour mieux nous renvoyer à l’obsolescence de nos règles nationales, les seules limites au rachat de Lagardère par Vincent Bolloré sont venues de l’Europe : la Commission européenne a validé cette OPA, mais elle a lancé une enquête sur une éventuelle prise de contrôle anticipée qui pourrait valoir au groupe Bolloré une amende de presque un milliard d’euros.

Elle a aussi obligé Vivendi à vendre Gala pour acquérir Paris Match afin d’éviter une situation de monopole sur les magazines « people », puisque ce groupe possède également l’hebdomadaire Voici.

La menace représentée par le modèle Bolloré oblige donc de toute évidence à adapter nos mécanismes de régulation. La bonne nouvelle est qu’un consensus semble se dégager sur le sujet au sein d’une partie au moins du monde politique : une proposition de loi transpartisane, réunissant des élus des partis de gauche et de la majorité présidentielle, pourrait être examinée en fin d’année, avec la volonté de renforcer les pouvoirs des collectifs de journalistes face aux actionnaires.

On peut par ailleurs espérer que les États généraux du droit à l’information, qui vont être lancés en septembre, donneront lieu à des initiatives pour renforcer l’indépendance éditoriale des rédactions. Mais dans tous les cas, il sera malheureusement trop tard pour les journalistes du JDD.

Cette crise pose aussi la question de l’orientation idéologique qu’un nouvel actionnaire peut donner à un journal ayant une histoire et une identité fortes. Ces dernières années – et ce n’est un secret pour personne – la ligne du JDD était dans l’ensemble plutôt favorable à Emmanuel Macron, ce qui n’excluait pas un réel pluralisme interne. De manière plus générale, cet hebdomadaire a toujours cultivé une image de modération qui le situe aux antipodes d’un journal d’opinion tel que Valeurs actuelles.

L’arrivée de Geoffroy Lejeune ne témoigne donc pas seulement de la volonté d’infléchir cette ligne. Elle traduit le choix assumé de l’inverser, en faisant d’un journal traditionnellement proche du pouvoir politique un outil de contestation de ce même pouvoir.

Geoffroy Lejeune incarne en effet mieux qu’aucun autre la tentation réactionnaire à laquelle une partie des médias français ont cédé depuis une dizaine d’années. Ami de jeunesse de Marion Maréchal, il a été un soutien de la première heure d’Eric Zemmour, dont il a imaginé l’élection dès 2015 dans un roman intitulé Une élection ordinaire.

Son ascension rapide dans le monde journalistique au cours de la dernière décennie avait déjà pour origine la nouvelle impulsion donnée à la ligne éditoriale d’un titre historique de la presse française. Il a bénéficié en effet de l’élan qu’a amené Yves de Kerdrel dès son arrivée à la tête de Valeurs actuelles en 2012 : ce dernier a choisi de faire évoluer un hebdomadaire jusque là assez conservateur vers une idéologie beaucoup plus radicale. Devenu à son tour directeur de la rédaction en 2016, Geoffroy Lejeune a prolongé et accentué ce glissement.

À partir des années 2010, Valeurs actuelles a ainsi multiplié les unes provocatrices sur l’« invasion » musulmane, sur l’« ensauvagement » des banlieues ou sur les « barbares » venus de l’étranger. Autour de Geoffroy Lejeune, une très jeune rédaction s’est constituée et a su investir les plateaux de télévision, à commencer par ceux de CNews. Or, on sait déjà qu’à l’image de Charlotte d’Ornellas, plusieurs de ces journalistes sont destinés à rejoindre Geoffroy Lejeune au sein de la nouvelle rédaction du JDD.

Les défenseurs de son bilan à la tête de Valeurs actuelles rappellent, à juste titre, la légitimité du journalisme d’opinion. Mais dans le cas de Valeurs actuelles, du moins depuis le virage éditorial opéré ces dernières années, il ne s’agit pas de n’importe quelle opinion : obsédés par la désignation d’un ennemi de l’intérieur qui menacerait la cohésion de la nation, Geoffroy Lejeune et son équipe ont mis à l’honneur un imaginaire raciste et xénophobe qui leur a valu plusieurs condamnations judiciaires, en 2015 et en 2022 notamment. Cet imaginaire ne vient pas de nulle part et il a même déjà connu son heure de gloire dans la presse française : entre la Belle Époque et la Seconde Guerre mondiale, toute une tradition journalistique s’est appuyée sur le recours à des caricatures et à des unes provocatrices pour stigmatiser des minorités prétendument inassimilables.

Bien sûr, la rédaction de Valeurs actuelles ne revendique jamais ouvertement cet héritage encombrant. Mais le candidat qu’elle a soutenu avec ardeur lors de la dernière élection présidentielle apparaît comme un trait d’union assumé entre ces deux périodes de l’histoire de France en général et de l’histoire de la presse en particulier. Éric Zemmour n’a eu de cesse en effet de manifester son admiration pour Charles Maurras et plus encore pour Jacques Bainville, qui a été jusqu’à sa mort l’une des figures les plus en vue de L’Action française.

Dans Face à l’info, émission qui lui aura servi de rampe de lancement vers la présidentielle, il s’est en outre ouvertement interrogé à plusieurs reprises sur l’innocence de Dreyfus et sur le rôle joué par Zola dans cette affaire. « C’est trouble cette histoire aussi » a-t-il notamment déclaré le 29 septembre 2020, dans une émission où il a également estimé que le « J’accuse » de Zola et la victoire des dreyfusards ont contribué à la désorganisation de l’armée en 1914. Il est revenu sur le sujet quelques jours plus tard, en affirmant dans l’émission du 15 octobre 2020 : « En plus l’étude graphologique est assez, comment dire, parlante… on ne saura jamais. » En distillant un tel soupçon devant des centaines de milliers de téléspectateurs, Eric Zemmour a renoué avec les mensonges et avec les obsessions de la presse antidreyfusarde.

Depuis la Libération, l’extrême droite médiatique n’avait évidemment pas disparu mais elle était tenue à l’écart de la presse « mainstream ». Elle occupe à nouveau le devant de la scène, et le combat idéologique que mène Vincent Bolloré lui permet de jouer les premiers rôles à la télévision comme dans la presse écrite. Cela explique sans doute la résistance désespérée de la rédaction du Journal du dimanche aujourd’hui : instruite par l’exemple d’Itélé et d’Europe 1, elle sait très bien ce que signifie l’arrivée des signatures venues de Valeurs actuelles.

Le basculement prévisible du JDD vers cette forme de journalisme identitaire ne peut donc qu’inquiéter. D’une manière plus générale, les grands journaux fondés à la Libération ont aujourd’hui perdu une part de leur rayonnement et de leur influence. Leur domination avait déjà été largement battue en brèche par la montée en puissance de la télévision à partir des années 1960, et elle tend à s’estomper encore davantage depuis les débuts de la révolution numérique.

La presse magazine est de loin le secteur le plus touché par cette désaffection. Le cas du JDD est en effet loin d’être isolé : faute d’avoir suffisamment anticipé le passage au digital, les hebdomadaires connaissent une crise profonde de leur modèle économique, ce qui affecte leurs ventes comme leur capacité à influencer l’opinion publique. Cette fragilité a favorisé l’arrivée de nouveaux acteurs, à commencer bien sûr par Vincent Bolloré. Avant de prendre possession du Journal du dimanche et de Paris Match, ce dernier a notamment profité du désengagement de Bertelsmann pour acquérir la vingtaine d’hebdomadaires de Prisma Media.

Vincent Bolloré n’est cependant pas le seul dans ce cas, puisque le groupe Reworld Media s’est fait une spécialité de racheter des magazines en difficulté en les vidant de leur substance : à défaut d’infléchir la ligne éditoriale de ces titres, le nouvel actionnaire les transforme de manière systématique en journaux « low-cost » en ayant recours à des agences extérieures et en multipliant les publicités déguisées. Pour Reworld Media et Vivendi, les journaux sont ainsi avant tout des marques médiatiques, que l’on peut détourner de leur fonction originelle après avoir provoqué le départ de la majeure partie des journalistes.

Il ne faut pas pour autant désespérer de la presse papier car la situation des quotidiens nationaux est heureusement plus encourageante. Le Monde, Le Figaro et dans une moindre mesure Libération ont en effet réussi à négocier la transition numérique : à la fin de l’année 2021, Le Monde a même dépassé pour la première fois le cap des 500000 abonnés, en battant un record de diffusion datant de 1979.

Si l’on peut regretter qu’aucun de ces titres ne soit indépendant d’un point de vue économique, à l’inverse d’un “pureplayer” comme Mediapart, la situation de ces rédactions n’a rien de commun avec les conditions de travail auxquelles les journalistes sont soumis dans les médias détenus par Vincent Bolloré.

La presse écrite dans son ensemble vit donc une situation difficile, et sa faiblesse fait d’elle la proie de prédateurs qui peuvent retourner contre elle son histoire, son éthique et ses valeurs. Il est probable que l’empire de Vincent Bolloré continuera à s’étendre, et que d’autres médias verront leur ligne éditoriale brutalement remise en cause par l’arrivée de figures comme Geoffroy Lejeune. Mais le pire, dans la crise que traverse aujourd’hui le Journal du dimanche, serait de mettre tous les titres de presse sur le même plan.

Société- Les Ukrainiens meurent pour notre liberté

Société- Les Ukrainiens meurent pour notre liberté

INTERVIEW – Le président de la commission des Affaires étrangères, qui dirige à l’Assemblée les travaux sur l’Ukraine, appelle les Français à ne pas se désintéresser du conflit.( dans le JDD)

Que retenez-vous du sondage que nous publions alors que l’Ukraine entre dans son onzième mois de guerre ?
J’en retiens l’impression d’une assez grande et forte unité de l’opinion publique. Il n’y a pas de décrochage majeur, même si les sympathisants de La France insoumise ou du Rassemblement national sont moins nombreux que les autres à s’inquiéter pour l’Ukraine. S’il y a globalement un peu moins d’inquiétude aujourd’hui qu’au printemps dernier, c’est parce que les Ukrainiens ont marqué des points, ce qui rassure.

Les Français restent déterminés à soutenir l’Ukraine, ce qui est remarquable quand on songe que deux des trois principaux candidats à la présidentielle étaient de sensibilité très poutinienne. Il me semble toutefois que la vraie question n’est pas celle de la guerre ou de la négociation car toute guerre se termine par une négociation. La vraie question, c’est celle des termes du compromis acceptable : un partage territorial qui donnerait des satisfactions limitées aux Russes ou la consécration de la souveraineté ukrainienne sur la totalité du territoire garanti par l’accord de Budapest de 1994.

N’est-ce pas pourtant Emmanuel Macron qui répète encore une fois cette semaine que l’on peut soutenir l’Ukraine tout en réfléchissant aux termes d’une négociation à laquelle personne n’échappera ?
Personne, pas même le président Zelensky, n’est opposé à l’idée de négocier. Le clivage est davantage aujourd’hui sur le contenu. La Crimée et les quatre oblasts du Donbass doivent-ils être repris par l’Ukraine ou la reconquête doit-elle s’arrêter à la ligne de front du 24 février ? Ce qu’a dit cette semaine le président Zelensky au Congrès à Washington, c’est que, le préalable à la paix, c’était la libération de la totalité du territoire ukrainien.

C’est un fait qu’aujourd’hui les termes d’un compromis acceptable de part et d’autre peinent à être imaginés. Toute concession à la Russie ferait figure de prime à l’agresseur, et le retour au statu quo ante, après des dizaines de milliers de morts russes, ruinerait l’autorité de Poutine. Je doute qu’à l’heure présente un accord d’échange avec le Donbass à l’Ukraine contre la Crimée pour la Russie soit possible.

« Nous n’avons qu’une chose à faire : aider les Ukrainiens à survivre et à reconquérir les territoires perdus »
Si c’est le cas, pourquoi, selon vous, Emmanuel Macron vient-il d’aborder à plusieurs reprises cette semaine la notion de « garanties de sécurité » pour les Ukrainiens et les Russes ?
Je ne comprends pas l’opportunité de telles déclarations, raisonnables sur le fond mais totalement décalées. Ce qui sera décisif, c’est l’évolution de la situation militaire. Nous n’avons donc qu’une chose à faire : aider les Ukrainiens à survivre et à reconquérir les territoires perdus. Le reste me semble relever d’une glose inutile et porteuse de division. Qu’il s’agisse, par exemple, des déclarations sur l’« humiliation de Poutine », sur les « garanties de sécurité à donner aux Russes » ou sur la nécessité de « parler à Poutine » alors qu’il n’a manifestement rien à nous dire d’acceptable.

Je me demande si le Président a vraiment raison de multiplier ce genre de déclarations publiques, dont le seul effet est d’inquiéter les alliés. D’autant que par ailleurs nous prenons toute notre part du travail de solidarité avec les Ukrainiens !

« Personne n’aurait pu faire pire que Poutine pour son propre pays. Il a libéré tous les démons »
Que craignez-vous exactement ?

Je crains pour la survie globale de la population ukrainienne dans l’hypothèse où le système électrique du pays ne serait pas simplement endommagé mais anéanti comme il peut l’être désormais à tout moment. L’ombre d’Alep et de Grozny plane sur l’Ukraine. Il y a donc urgence absolue à donner aux Ukrainiens l’aide dont ils ont besoin, notamment pour protéger leur espace aérien.

Comme le Président Macron et comme Henry Kissinger, je vois par ailleurs les risques immenses que ferait courir la balkanisation de tout ou partie d’un espace post-soviétique saturé d’armes nucléaires. Personne n’aurait pu faire pire que Poutine pour son propre pays. Il a libéré tous les démons.

Partagez-vous le sentiment des Français interrogés par l’Ifop que cette guerre va durer et, si oui, faudra-t-il aider l’Ukraine le temps qu’il faudra, quoi qu’il en coûte?
Je fais plutôt partie des 46 % de gens qui ne savent pas combien de temps cette folie va durer. Il n’y a aucun élément tangible nous permettant de croire que la guerre peut s’arrêter à court terme, sauf en cas de révolution de palais à Moscou ou en cas de transformation majeure du rapport de force sur le terrain. Il faut donc continuer sans mollir à aider les Ukrainiens.

« Nous ne souhaitons pas que cette guerre dégénère en guerre mondiale. Ce sont les Ukrainiens qui sont en guerre, mais leur combat est pleinement le nôtre »
Pensez-vous qu’il est temps de dire aux Français que cette guerre en Ukraine est aussi la nôtre?

Bien sûr, les Ukrainiens meurent pour défendre ce que nous sommes et ce que nous voulons préserver dans le monde de demain. Les Français restent le nez sur le guidon de leurs affaires intérieures. Ils ont des difficultés à reconnaître, après avoir gagné la guerre froide, que l’Histoire et ses violences ne sont pas derrière nous. Or le monde brutal revient en force, pas seulement à cause de l’Ukraine, et nous y sommes moins préparés que, par exemple, les Polonais ou les Baltes, qui ont vécu la dictature soviétique dans leur chair et dans leur sang.

Les Français ont peut-être un peu perdu le sens du tragique mais ils n’ont pour autant pas perdu celui des principes. Ils savent que l’agression russe contre l’Ukraine est une horreur et constitue l’atteinte maximale à tout ce à quoi nous croyons et qui a fait la matière de notre histoire. Nous comprenons les Ukrainiens parce que nous sommes comme eux les citoyens libres d’un État démocratique et qui se veut souverain.

Bien sûr, nous ne souhaitons pas pour autant que cette guerre dégénère en guerre mondiale. Ce sont les Ukrainiens qui sont en guerre, mais leur combat est pleinement le nôtre. Ce sont nos valeurs, nos lois, nos intérêts, notre influence qui se jouent dans cette guerre qui, pour nous, est tout sauf étrangère.

L’imam Iquioussen remis en liberté par la Belgique !

L’imam Iquioussen remis en liberté par la Belgique !

Comme parfois, la Belgique se signale par ses postures assez iconoclastes. Ainsi vient-elle de prendre une décision pour le moins surprenante en remettant en liberté l’imam Iquioussen.

Incarcéré en Belgique depuis son arrestation le 30 septembre, l’imam Iquioussen vient d’obtenir d’une juge belge d’être libéré et placé sous surveillance électronique.

Pour la juge d’instruction, le régime de la surveillance électronique suffit à prévenir le risque de fuite.Il n’y a sans doute qu’un juge belge pour penser une telle idiotie ( Ce qui ne dédouane nullement les autorités françaises y compris judiciaires de leur laxisme)

L’imam de 58 ans a donc quitté la prison de Tournai dans la journée et devrait, ¬selon BFMTV, séjourner chez un ami, un résident belge.

Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, avait décidé l’expulsion de ce prédicateur du Nord, fiché S (pour sûreté de l’État) par les services de renseignement « depuis 18 mois ». L’arrêté reproche à cet intime des Frères musulmans « un discours prosélyte, émaillé de propos incitant à la haine et à la discrimination, et porteur d’une vision de l’islam contraire aux valeurs de la République », qu’il partage notamment auprès de ses 183.000 abonnés sur YouTube.

Mais lorsque la police veut l’informer de son expulsion vers le Maroc, en juillet, l’imam est introuvable. La cavale n’aura pas duré. Il est arrêté dans la région de Mons, au sud de la Belgique, le 30 septembre.

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En Iran, l’immense cri des femmes pour la liberté

En Iran, l’immense cri des femmes pour la liberté

 

Stigmatisées depuis 1979, les Iraniennes montrent qu’elles sont les forces vives du pays dans les manifestations suite à la mort de Mahsa Amini, écrit dans le Monde la romancière et éditrice franco-iranienne Sorour Kasmaï.

L’immense cri des femmes pour la liberté est aussi alimenté par une situation économique catastrophique avec des conséquences dramatiques sur les conditions sociales NDLR

En Iran, la violence exercée à l’égard des femmes porte des noms et des visages différents : le voile, l’honneur, la sécurité de l’Etat, le non-respect de la religion, etc. Institutionnalisée par le régime islamique, elle est aujourd’hui systématique et met en danger la vie de toutes les femmes.

En février 1979, avant même l’instauration de la République islamique d’Iran, l’ayatollah Khomeini considérait déjà la liberté de la femme comme le principal obstacle à son projet politique. Les premières mesures à cet égard rendaient obligatoires le voile islamique sur le lieu de travail et le foulard dans les lieux publics. Du jour au lendemain, la femme a perdu tous les droits que lui octroyait la loi de protection de la famille, notamment la garde des enfants en cas de divorce, et même celui de voyager sans l’accord de son mari. Ce dernier, en revanche, allait être autorisé à épouser jusqu’à quatre femmes à la fois. Un beau matin, les murs de la ville furent repeints pour afficher de nouveaux slogans prônant « le voile, comme rempart de la République islamique ».

Le 8 mars 1979, la première manifestation contre ces nouvelles lois rassembla à Téhéran, selon les journaux de l’époque, « quelques centaines de salopes », scandant « ni foulard ni coups de poing ». Enseignantes, chercheuses, cinéastes, étudiantes, actrices, avocates, institutrices ou encore femmes au foyer, elles protestaient contre le voile, qui symbolisait à leurs yeux une ségrégation complexe et sournoise. Se cacher les cheveux signifiait non seulement l’asservissement de leur corps mais aussi de tout leur être. La nouvelle loi cherchait à réprimer leur identité en les uniformisant par un voile – et plus tard un manteau – réglementaire de couleur sombre. Elle visait à les transformer en l’ombre d’elles-mêmes. Elle aspirait à les priver de leur statut social, en les reléguant aux confins de la vie publique. Elle institutionnalisait la soumission de leur esprit en les privant de leurs libertés les plus élémentaires de citoyennes et d’êtres humains. C’était contre ce danger que mettaient en garde les « salopes » de 1979.

Pendant toutes ces années, d’abominables crimes ont été perpétrés contre la femme. Du vitriolage pour un refus de mariage à la décapitation pour un soupçon de flirt, de la lapidation de la femme mariée pour délit d’adultère au dépucelage des condamnées à mort dans les prisons, la femme a été sacrifiée sur l’autel de l’honneur des hommes, de la famille, de la société, de l’Etat.

Inflation:  » prix de la liberté » ou de l’incompétence ?

Inflation:  » prix de la liberté » ou de l’incompétence  ?

 

Un nouveau concept : le prix de la liberté évoqué par Macron pour justifier  l’inflation et la nécessité d’en faire payer le prix aux ménages. De fait,  les salaires par exemple n’ont progressé en moyenne que de 3 % tandis que l’inflation dépassait les 6%. Résultat perte de pouvoir d’achat d’au moins 3 % (d’autant que l’indice des prix de la consommation de l’INSEE est largement obsolète en raison de la sous-estimation des dépenses contraintes qui ne cessent de progresser).

Le problème est de savoir s’il s’agit vraiment entièrement du prix de la liberté ou du prix de l’incompétence. Exemples, cette irresponsable dépendance aux énergies extérieures comme le pétrole russe, l’immobilisation de près de la moitié du parc nucléaire français sans parler du phénomène général de régulation responsable sans doute de l’ordre de 50 % de l’augmentation des prix et qui pourtant n’a fait l’objet d’aucune enquête sérieuse).

Pour justifier ce nouveau concept, Macron évoque la situation en Ukraine. On ne peut effectivement ignorer l’impact de la guerre en Ukraine mais le phénomène de hausse des prix est antérieur au déclenchement du conflit. Il provient  largement d’une montée générale de l’énergie et des matières premières et de la désorganisation des chaînes logistiques internationales.( Découlant en particulier de la gestion Covid en Chine, de la reprise ayant suivi la crise sanitaire et de l’encombrement des ports). Finalement, une crise à imputer en grande partie aux conséquences d’une délocalisation de la production des pays développés .

« Depuis l’attaque brutale lancée par Vladimir Poutine le 24 février dernier, la guerre est revenue à quelques heures de nos frontières sur le sol européen », a déclaré Macron. « Je pense à notre peuple auquel il faudra de la force d’âme pour regarder en face le temps qui vient, résister aux incertitudes, parfois à la facilité et à l’adversité et, unis, accepter de payer le prix de notre liberté et de nos valeurs », a lancé le chef de l’Etat.

Il y a  une partie de vérité dans les propos du chef de l’État mais une grande autre partie confond prix de la liberté et prix de l’austérité pour mauvaise gestion y compris  sur le plan budgétaire comme sur le plan monétaire.

Ces déclarations sont dans le prolongement de la stratégie du gouvernement de préparer les Français à vivre une rentrée et un hiver difficile, notamment en raison des risques de pénurie d’énergie et de la forte inflation qui y est liée. Le 14 juillet , Emmanuel Macron avait accusé la Russie d’utiliser le gaz comme une « arme de guerre » en limitant ses livraisons en riposte aux lourdes sanctions européennes la visant et appelé à « rentrer collectivement dans une logique de sobriété » énergétique.

Pour masquer les responsabilités spécifiques du gouvernement en matière d’inflation ( on attend encore vainement un audit approfondi de tous les facteurs explicatifs de la hausse des prix dans la moitié serait imputable à la seule spéculation), Macron passe du terrain économique au discours guerrier. Une manière de s’exonérer de ses responsabilité.

 

Inflation: c’est le  » prix de la liberté » pour Macron !

Inflation: c’est le  » prix de la liberté » pour Macron !

 

Un nouveau concept : le prix de la liberté évoqué par Macron pour justifier  l’inflation et la nécessité d’en faire payer le prix aux ménages. De fait,  les salaires par exemple n’ont progressé en moyenne que de 3 % tandis que l’inflation dépassait les 6%. Résultat perte de pouvoir d’achat d’au moins 3 % (d’autant que l’indice des prix de la consommation de l’INSEE est largement obsolète en raison de la sous-estimation des dépenses contraintes qui ne cessent de progresser).

Pour justifier ce nouveau concept, Macron évoque la situation en Ukraine. On ne peut effectivement ignorer l’impact de la guerre en Ukraine mais le phénomène de hausse des prix est antérieur au déclenchement du conflit. Il provient  largement d’une montée générale de l’énergie et des matières premières et de la désorganisation des chaînes logistiques internationales.( Découlant en particulier de la gestion Covid en Chine, de la reprise ayant suivi la crise sanitaire et de l’encombrement des ports). Finalement, une crise à imputer en grande partie aux conséquences d’une délocalisation de la production des pays développés .

« Depuis l’attaque brutale lancée par Vladimir Poutine le 24 février dernier, la guerre est revenue à quelques heures de nos frontières sur le sol européen », a déclaré Macron. « Je pense à notre peuple auquel il faudra de la force d’âme pour regarder en face le temps qui vient, résister aux incertitudes, parfois à la facilité et à l’adversité et, unis, accepter de payer le prix de notre liberté et de nos valeurs », a lancé le chef de l’Etat.

Il y a  une partie de vérité dans les propos du chef de l’État mais une grande autre partie confond prix de la liberté et prix de l’austérité pour mauvaise gestion sur le plan budgétaire comme sur le plan monétaire.

Ces déclarations sont dans le prolongement de la stratégie du gouvernement de préparer les Français à vivre une rentrée et un hiver difficile, notamment en raison des risques de pénurie d’énergie et de la forte inflation qui y est liée. Le 14 juillet , Emmanuel Macron avait accusé la Russie d’utiliser le gaz comme une « arme de guerre » en limitant ses livraisons en riposte aux lourdes sanctions européennes la visant et appelé à « rentrer collectivement dans une logique de sobriété » énergétique.

Pour masquer les responsabilités spécifiques du gouvernement en matière d’inflation ( on attend encore vainement un audit approfondi de tous les facteurs explicatifs de la hausse des prix dans la moitié serait imputable à la seule spéculation), Macron passe du terrain économique au discours guerrier. Une manière de s’exonérer de ses responsabilité.

 

Inflation: Le » prix de la liberté pour Macron » !

Inflation: Le » prix de la liberté pour Macron » !

 

Un nouveau concept : le prix de la liberté évoqué par Macron pour justifier sans doute l’inflation et la nécessité d’en faire payer le prix aux ménages. De fait,  les salaires par exemple n’ont progressé en moyenne que de 3 % tandis que l’inflation dépassait les 6%. Résultat perte de pouvoir d’achat d’au moins 3 % (d’autant que l’indice des prix de la consommation de l’INSEE est largement obsolète en raison de la sous-estimation des dépenses contraintes qui ne cessent de progresser).

Pour justifier ce nouveau concept, Macron évoque la situation en Ukraine. On ne peut effectivement ignorer l’impact de la guerre en Ukraine mais le phénomène de hausse des prix est antérieur au déclenchement du conflit. Il provient  largement d’une montée générale de l’énergie et des matières premières et de la désorganisation des chaînes logistiques internationales.( Découlant en particulier de la gestion Covid en Chine, de la reprise ayant suivi la crise sanitaire et de l’encombrement des ports). Finalement, une crise à imputer en grande partie aux conséquences d’une délocalisation de la production des pays développés . 

 « Depuis l’attaque brutale lancée par Vladimir Poutine le 24 février dernier, la guerre est revenue à quelques heures de nos frontières sur le sol européen », A déclaré macro. « Je pense à notre peuple auquel il faudra de la force d’âme pour regarder en face le temps qui vient, résister aux incertitudes, parfois à la facilité et à l’adversité et, unis, accepter de payer le prix de notre liberté et de nos valeurs », a lancé le chef de l’Etat.

Il y a donc une partie de vérité dans les propos du chef de l’État mais une grande autre partie confond prix de la liberté et prix de l’austérité pour mauvaise gestion y compris sur le plan monétaire.

Ces déclarations sont dans le prolongement de la stratégie du gouvernement de préparer les Français à vivre une rentrée et un hiver difficile, notamment en raison des risques de pénurie d’énergie et de la forte inflation qui y est liée. Le 14 juillet , Emmanuel Macron avait accusé la Russie d’utiliser le gaz comme une « arme de guerre » en limitant ses livraisons en riposte aux lourdes sanctions européennes la visant et appelé à « rentrer collectivement dans une logique de sobriété » énergétique.

 

La liberté au travail , une illusion ?

La liberté au travail  une illusion ?

Explorant les articulations entre travail et liberté, un ouvrage collectif démontre comment la promesse de liberté a été largement récupérée par l’idéologie néolibérale.( dans le Monde )

 

 

Le livre. Aux Etats-Unis, les clients de certains services VTC (voiture de transport avec chauffeur) peuvent faire, lors de leur commande, la demande du « mode silencieux ». En d’autres termes, exiger que le chauffeur se taise. Une « fonctionnalisation quasi totale » du conducteur aux désirs des consommateurs, mise en exergue au sein de Travail e(s)t liberté ? (Erès).Cet essai collectif, mené sous la direction d’Enrico Donaggio, de José Rose et de Mariagrazia Cairo, démontre à travers cette illustration comment les promesses de certaines entreprises sur une prétendue « libération » des travailleurs relèvent souvent de l’incantation.

Là où l’autonomie, l’indépendance et finalement l’émancipation des travailleurs sont mises en avant, il est davantage question, dans la pratique, d’« auto-exploitation »« Il ne suffit pas d’énoncer des idéaux de liberté au travail, ni même de libérer le travail des hiérarchies et procédures pour pouvoir parler de travail libre », assurent les auteurs.

A l’initiative du collectif international et interdisciplinaire ArTLib (Atelier de recherche travail et libertés), des spécialistes (philosophes, sociologues, etc.) se sont penchés sur les « articulations aujourd’hui dominantes entre travail et liberté ».

Pour ce faire, « ancrage théorique et historique » et « analyse de situations précises et travail d’enquête » s’entrecroisent. « Quelles sont les conséquences en termes de libertés individuelles et collectives des révolutions en cours dans le travail, ses pratiques et ses représentations ?  », s’interrogent les membres du collectif.

Sujet complexe, tant les acceptions de la notion de liberté dans un contexte professionnel sont nombreuses, et tant « les expériences du travail et les représentations qui les accompagnent sont (…) le théâtre de multiples déplacements entre liberté et nécessité, autonomie et domination, subjectivation et assujettissement, réalisation et perte de soi, appropriation et aliénation ».

Des paradoxes affleurent : si l’entreprise, lieu de compromis, a permis au travailleur d’accéder à l’indépendance économique, vecteur d’émancipation, c’est en échange de sa « subordination dans la situation de travail ».

Sujet complexe aussi parce que, indiquent les auteurs, la notion de liberté a été largement préemptée par « le modèle néolibéral ». C’est le cas dans le secteur des plates-formes numériques (VTC, livraisons de repas…), mais aussi au sein des entreprises libérées, qui peuvent être un leurre, souligne la sociologue Danièle Linhart dans sa contribution. « Le mouvement de “libération” unilatérale des entreprises témoigne de la capacité patronale à réinventer sans relâche de nouvelles modalités et légitimités de domination », estime-t-elle. Face à l’effacement de la hiérarchie, le salarié aurait in fine davantage de responsabilités et de pression au quotidien, devant porter lui-même la vision du leader face aux exigences du marché.

Politique–Ukraine : un enjeu de liberté mondiale

Politique–Ukraine : un enjeu de liberté mondiale

 

Philosophe, Constantin Sigov , philosophe, directeur du Centre européen à l’université de Kiev évoque l’enjeu de la liberté à l’occasion de la guerre en Ukraine ( l’Opinion)

Révolution Orange en 2004, révolution de la dignité ou révolution Maïdan en 2014 et l’incroyable résistance que montrent les Ukrainiens face à l’agression russe… Comment expliquez-vous l’attachement viscéral de vos compatriotes pour la liberté?

La résistance acharnée de Marioupol et de l’usine Azovstal de ces dernières semaines est le symbole de la bataille pour la liberté. S’y expriment le courage, la force, une vision très claire des valeurs pour lesquels chacun donne sa vie et la solidarité entre militaires et civils. J’ai reçu, il y a quelques jours, une vidéo où l’on voyait une femme et un homme, réfugiés la nuit dans un abri de Marioupol, chanter une chanson populaire du XVIIe siècle dont le thème principal est la liberté. C’est vous dire si cette liberté et la fidélité qui y est affichée remonte à très loin ! Ses paroles résonnent dans ma tête comme le poème de Paul Eluard, écrit face à l’occupation allemande. On peut parler de tradition. Vous connaissez le cri de ralliement «Pour notre liberté et la vôtre» répété à travers l’histoire par les Polonais et les Ukrainiens lorsqu’ils ont été envahis par l’Empire russe à la fin du XVIIIe siècle. Il est plus que jamais d’actualité. La culture, la langue et les publications en langue ukrainienne ont été interdites via des oukazes ; mais malgré tout nous avons continué à publier dans la clandestinité des livres, des manuels scolaires et des bibles. La diversité de l‘Ukraine fait d’ailleurs que la répression tsariste n’a pas touché la totalité du pays dont une partie appartenait encore, jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, à l’empire austro-hongrois et bénéficiait d’une totale liberté pour entretenir notre langue et notre culture.

La marque était si profonde?

Il faut savoir aussi que l’Ukraine occidentale n’a pas été occupée par le pouvoir bolchevique avant 1939. Elle a donc échappé à la répression et aux purges des années 1930. Kiev n’a été atteinte qu’en 1937. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Ukraine occidentale a abrité des maquis qui ont résisté dix ans à l’Armée rouge et au pouvoir stalinien. C’est resté dans la mémoire de la génération de mes parents. On n’a jamais oublié non plus les crimes de Staline, la famine imposée au pays (le Holodomore), les goulags comme cela a été le cas en Russie. Après l’indépendance, en 1991, nous avons tout fait pour que les archives du KGB soient totalement ouvertes aux chercheurs à Kiev, ce qui n’a pas été le cas en Biélorussie et en Russie où Moscou a fermé l’organisation Memorial, en décembre, à la veille de l’invasion de notre pays. Ce qui était un signal très clair. En passant l’éponge sur les crimes de Staline, on justifiait ceux de Vladimir Poutine,

Ukraine : un enjeu de liberté mondiale

 

 

Ukraine : un enjeu de liberté mondiale

 

Philosophe, Constantin Sigov , philosophe, directeur du Centre européen à l’université de Kiev évoque l’enjeu de la liberté à l’occasion de la guerre en Ukraine ( l’Opinion)

Révolution Orange en 2004, révolution de la dignité ou révolution Maïdan en 2014 et l’incroyable résistance que montrent les Ukrainiens face à l’agression russe… Comment expliquez-vous l’attachement viscéral de vos compatriotes pour la liberté?

La résistance acharnée de Marioupol et de l’usine Azovstal de ces dernières semaines est le symbole de la bataille pour la liberté. S’y expriment le courage, la force, une vision très claire des valeurs pour lesquels chacun donne sa vie et la solidarité entre militaires et civils. J’ai reçu, il y a quelques jours, une vidéo où l’on voyait une femme et un homme, réfugiés la nuit dans un abri de Marioupol, chanter une chanson populaire du XVIIe siècle dont le thème principal est la liberté. C’est vous dire si cette liberté et la fidélité qui y est affichée remonte à très loin ! Ses paroles résonnent dans ma tête comme le poème de Paul Eluard, écrit face à l’occupation allemande. On peut parler de tradition. Vous connaissez le cri de ralliement «Pour notre liberté et la vôtre» répété à travers l’histoire par les Polonais et les Ukrainiens lorsqu’ils ont été envahis par l’Empire russe à la fin du XVIIIe siècle. Il est plus que jamais d’actualité. La culture, la langue et les publications en langue ukrainienne ont été interdites via des oukazes ; mais malgré tout nous avons continué à publier dans la clandestinité des livres, des manuels scolaires et des bibles. La diversité de l‘Ukraine fait d’ailleurs que la répression tsariste n’a pas touché la totalité du pays dont une partie appartenait encore, jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, à l’empire austro-hongrois et bénéficiait d’une totale liberté pour entretenir notre langue et notre culture.

La marque était si profonde?

Il faut savoir aussi que l’Ukraine occidentale n’a pas été occupée par le pouvoir bolchevique avant 1939. Elle a donc échappé à la répression et aux purges des années 1930. Kiev n’a été atteinte qu’en 1937. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Ukraine occidentale a abrité des maquis qui ont résisté dix ans à l’Armée rouge et au pouvoir stalinien. C’est resté dans la mémoire de la génération de mes parents. On n’a jamais oublié non plus les crimes de Staline, la famine imposée au pays (le Holodomore), les goulags comme cela a été le cas en Russie. Après l’indépendance, en 1991, nous avons tout fait pour que les archives du KGB soient totalement ouvertes aux chercheurs à Kiev, ce qui n’a pas été le cas en Biélorussie et en Russie où Moscou a fermé l’organisation Memorial, en décembre, à la veille de l’invasion de notre pays. Ce qui était un signal très clair. En passant l’éponge sur les crimes de Staline, on justifiait ceux de Vladimir Poutine,

Guerre en Ukraine : un enjeu pour la liberté mondiale (Constantin Sigov)

Guerre en Ukraine : un enjeu pour la liberté mondiale (Constantin Sigov)

 

 

Philosophe, Constantin Sigov , philosophe, directeur du Centre européen à l’université de Kiev évoque l’enjeu de la liberté à l’occasion de la guerre en Ukraine ( l’Opinion)

Révolution Orange en 2004, révolution de la dignité ou révolution Maïdan en 2014 et l’incroyable résistance que montrent les Ukrainiens face à l’agression russe… Comment expliquez-vous l’attachement viscéral de vos compatriotes pour la liberté?

La résistance acharnée de Marioupol et de l’usine Azovstal de ces dernières semaines est le symbole de la bataille pour la liberté. S’y expriment le courage, la force, une vision très claire des valeurs pour lesquels chacun donne sa vie et la solidarité entre militaires et civils. J’ai reçu, il y a quelques jours, une vidéo où l’on voyait une femme et un homme, réfugiés la nuit dans un abri de Marioupol, chanter une chanson populaire du XVIIe siècle dont le thème principal est la liberté. C’est vous dire si cette liberté et la fidélité qui y est affichée remonte à très loin ! Ses paroles résonnent dans ma tête comme le poème de Paul Eluard, écrit face à l’occupation allemande. On peut parler de tradition. Vous connaissez le cri de ralliement «Pour notre liberté et la vôtre» répété à travers l’histoire par les Polonais et les Ukrainiens lorsqu’ils ont été envahis par l’Empire russe à la fin du XVIIIe siècle. Il est plus que jamais d’actualité. La culture, la langue et les publications en langue ukrainienne ont été interdites via des oukazes ; mais malgré tout nous avons continué à publier dans la clandestinité des livres, des manuels scolaires et des bibles. La diversité de l‘Ukraine fait d’ailleurs que la répression tsariste n’a pas touché la totalité du pays dont une partie appartenait encore, jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale, à l’empire austro-hongrois et bénéficiait d’une totale liberté pour entretenir notre langue et notre culture.

La marque était si profonde?

Il faut savoir aussi que l’Ukraine occidentale n’a pas été occupée par le pouvoir bolchevique avant 1939. Elle a donc échappé à la répression et aux purges des années 1930. Kiev n’a été atteinte qu’en 1937. Après la Seconde Guerre mondiale, l’Ukraine occidentale a abrité des maquis qui ont résisté dix ans à l’Armée rouge et au pouvoir stalinien. C’est resté dans la mémoire de la génération de mes parents. On n’a jamais oublié non plus les crimes de Staline, la famine imposée au pays (le Holodomore), les goulags comme cela a été le cas en Russie. Après l’indépendance, en 1991, nous avons tout fait pour que les archives du KGB soient totalement ouvertes aux chercheurs à Kiev, ce qui n’a pas été le cas en Biélorussie et en Russie où Moscou a fermé l’organisation Memorial, en décembre, à la veille de l’invasion de notre pays. Ce qui était un signal très clair. En passant l’éponge sur les crimes de Staline, on justifiait ceux de Vladimir Poutine,

Le dévoiement de la liberté

Le dévoiement de la liberté

 

« De nos jours, la liberté consiste à augmenter à l’infini les possibilités de choix, par une conquête quasi obsessionnelle des droits, dussent-ils être à l’origine d’une tyrannie. En apparence, ces droits nous rassurent. Mais comme nous craignons continuellement de les perdre, ils ne nous apportent aucun apaisement durable », estime Baudouin De Rycke ( Dans le Monde.)

 

Comment s’étonner qu’affleure l’anarchie dans nos contrées (dérives sociales, lamentations quotidiennes, dégénérescence des mœurs, augmentation régulière de la violence, des suicides, de la consommation de psychotropes…) quand se dénaturent et se tarissent, aux yeux du peuple déboussolé, la famille, l’école, la religion et l’Etat, ces laboratoires d’idées, ces éveilleurs de conscience qui éclairent et nourrissent nos choix de vie depuis des millénaires ?

Au sein de la première (la famille), les parents, plongés en permanence dans un rythme de vie dévorant, sont de moins en moins aptes à maintenir leurs enfants dans un cadre de vie strict et harmonieux, leur santé nerveuse se dégradant au fil du temps, au détriment de leur écoute et de leur disponibilité. Au sein de la deuxième (l’école), l’éducation morale est devenue anecdotique sous la pression des sacro-saintes compétences.

L’anticléricalisme forcené des dernières décennies est venu quasiment à bout de la troisième (la religion), qui désormais se vit essentiellement dans l’ombre ou la solitude pour les uns, dans l’arrogance, la crainte et parfois même la honte, pour ceux dont la religion est plus ostensiblement contestée. Les préceptes d’amour, d’humilité et de respect que martelaient les Anciens, croyants ou incroyants, ont peu à peu cédé la place à des formes de bien-être qui n’auraient certes rien de répréhensible si le nihilisme ambiant et le matérialisme triomphant ne les pervertissaient.

Enfin, les appels de l’Etat aux devoirs civiques sont devenus quasiment inaudibles. Avec le temps et les « affaires » répétées, plus sordides les unes que les autres et relayées dans un temps record par la presse, la crédibilité des politicien(ne)s s’est érodée aussi profondément que celle des guides spirituels et des professeurs, un nombre croissant d’individus se référant désormais à leurs propres lois et semblant n’avoir pour seule ambition que la jouissance de leurs sens et le contrôle de leur santé financière : programme de vie un peu court dans le cadre d’une déshumanisation sans précédent et d’une paix sociale continuellement en péril…

En réalité, ces quatre sources de vie s’enlisent peu à peu dans une vision utopique de la liberté. De nos jours, comme nous le fait comprendre Bertrand Vergely dans un ouvrage récent (La vulnérabilité ou la force oubliée, Le Passeur, 2020), celle-ci consiste à augmenter à l’infini les possibilités de choix, par une conquête quasi obsessionnelle des droits, dussent-ils être à l’origine d’une tyrannie. En apparence, ces droits nous rassurent. Mais comme nous craignons continuellement de les perdre, ils ne nous apportent aucun apaisement durable. Être sans cesse sur le qui-vive nous épuise. Ne nous sentant jamais libres d’esprit – obsédés que nous sommes par notre liberté –, nous sombrons peu à peu dans la mélancolie.

La vraie liberté est intérieure, nous rappelle encore ce même auteur. Elle consiste à se sentir libre, même quand on ne l’est pas objectivement. Ce genre de liberté vient de la sagesse et de rien d’autre… Là me paraît être le bon sens. Et de m’appliquer à comprendre pourquoi ce dernier nous échappe me réconcilie personnellement avec la vie, que nous avons la malhonnête habitude d’incriminer, quand nous devrions avant tout nous livrer à une sévère, lucide et courageuse analyse critique de nos propres comportements.

Baudouin De Rycke, Montigny-le-Tilleul (Belgique)

Guerre en Ukraine : La liberté contre la terreur

Guerre en Ukraine : La liberté contre la terreur

 

L’invasion de l’Ukraine par l’armée russe, commencée il y a un mois, change de nature : l’opération éclair de Vladimir Poutine se transforme en une guerre de position accompagnée d’une politique de la terreur à l’égard des populations, explique Jérôme Fenoglio, directeur du « Monde », dans son éditorial.

 

De ce mois de désolation et d’angoisse, du chaos et des vies brisées par l’agression russe de l’Ukraine, une leçon émerge : plus que jamais, il importe d’être attentifs aux mots tout autant qu’aux actes de Vladimir Poutine. Nous avons bien trop tardé à nommer sa volonté d’annihilation de la jeune démocratie voisine pour nous permettre, aujourd’hui, de négliger encore ce qu’il dit, et ce qu’il tait.

A Moscou, un mot est interdit, par une loi qui bâillonne désormais tous les médias : « guerre ». Cette censure trahit évidemment l’échec d’une double épreuve de force que Poutine espérait emporter rapidement face à ce qu’il voyait comme deux faiblesses, locale et internationale, imbriquées. Sur le terrain, l’armée ukrainienne a tenu, arrêtant la plupart des offensives de cette invasion. Et à l’étranger, en Europe comme à l’OTAN, la réaction a été prompte et vigoureuse, conjuguant sanctions de grande ampleur et livraisons d’armes aux forces de Kiev. Sur le sol ukrainien, l’opération éclair a donc changé de nature. C’est une guerre de position qui se met en place, accompagnée d’une politique de la terreur délibérée à l’encontre des populations, comme le démontre l’abomination en cours à Marioupol.

Pour prendre pleinement conscience de l’horreur potentielle de cette nouvelle phase de l’agression, un mot prononcé par Vladimir Poutine, le 16 mars, lors d’une conférence télévisée, peut être utile : la « purification ». Certes, il était adressé, au sein de la population russe, à tous les réfractaires à son régime kleptocratique, à tous les critiques de cette guerre, à toutes celles et tous ceux que le despote qualifie de « nationaux traîtres ». C’est cette « purification » qui contraint à l’exil un nombre toujours croissant de membres de la classe moyenne et de l’élite intellectuelle, c’est elle qui vient de faire condamner à neuf années de prison supplémentaires l’opposant Alexeï Navalny, empoisonné avant d’être incarcéré, c’est elle encore qui a conduit à l’interdiction définitive de l’association Memorial, qui faisait la lumière sur les crimes du stalinisme.

Mais, à l’extérieur des frontières, c’est aussi cette « purification » qui commence à s’imposer aux territoires fraîchement occupés par l’armée russe, sur le modèle de ce qui a été mis en place depuis 2014 dans les deux républiques fantoches du Donbass. Répression de manifestations, torture d’opposants, départs contraints : les nouvelles qui parviennent de Melitopol ressemblent à celles qui filtraient des régions de Louhansk et de Donetsk depuis des années.

Et, dans les vastes territoires ukrainiens qui échappent à son emprise, la « purification » prend la forme d’une vengeance contre ces populations dont Poutine nie toute identité propre et auxquelles il dénie toute velléité d’indépendance. Les civils, à Kharkiv, à Kiev et dans nombre d’autres villes, n’ont d’autre choix que de subir l’arbitraire des bombardements, ou de grossir les flots de réfugiés, contraints de quitter leur région ou leur pays. Comment maintenir le cours d’une existence normale dans des immeubles exposés à toute heure à la menace d’un missile ?

Rendre la Russie irrespirable aux opposants au régime, rendre l’Ukraine invivable aux résistants au coup de force russe : telles sont les deux faces de la « purification » à l’œuvre dans les deux pays. Cette stratégie, testée à Grozny (Tchétchénie) ou à Alep (Syrie), s’inspire, de fait, des exactions commises par les pires régimes du XXe siècle. Et sa mise en œuvre relativise la thèse souvent avancée, pour comprendre, si ce n’est légitimer, les violences commanditées de Moscou : celle d’une humiliation historique liée aux avancées arrogantes de l’Union européenne et de l’OTAN aux marches de l’ancien empire soviétique.

La nostalgie qui pousse Poutine à agir ainsi, c’est peut-être celle d’un double glacis de pays qui protégeait les frontières russes au temps de l’URSS et du pacte de Varsovie. Mais c’est plus sûrement, on peut en être certain en l’écoutant parler ces jours-ci, celle d’un régime totalitaire qui veillait en permanence à la purification de la société, par la propagande, la censure, les purges et le goulag. Ce régime s’est effondré de l’intérieur, et les démocraties qui lui faisaient alors face n’ont pas à s’en excuser. Poutine moque leur faiblesse, alors que tout démontre dans la guerre qu’il a déclenchée que c’est leur modèle qui l’effraie, et leur influence, dont il tente de nettoyer son pays comme l’Ukraine.

 

A cette entreprise de purification totalitaire, il convient de continuer à s’opposer, en aidant les Ukrainiens et en durcissant encore les sanctions, en réduisant encore les achats d’énergie russe, qui financent la guerre. Tout en gardant à l’esprit ce qui doit continuer de différencier une démocratie d’une dictature : la résistance à la surenchère de la violence, le primat du droit et de la diplomatie sur la force.

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