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Macron : pas social et pas libéral ! (Jean-Marc Daniel )

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Un des chantres du libéralisme, l’économiste Jean-Marc dresse un drôle de bilan de l’action de Macron qu’il considère comme de moins en moins libéral et de moins en moins social. (Interview la tribune). En réalité  Macron soutient un  libéralisme de type orléaniste voire bonapartiste.

 

LA TRIBUNE - Emmanuel Macron a initié un grand nombre de réformes en seulement un an. Est-ce une rupture par rapport à ses prédécesseurs ?

JEAN-MARC DANIEL - Oui et non. Les ruptures furent bien plus marquantes en 1958 lors de l’arrivée au pouvoir de Charles de Gaulle, qui réforme les institutions, rééquilibre le budget et résout le problème de la guerre d’Algérie, ou encore en 1981 de François Mitterrand, qui assure une politique de relance keynésienne et des réformes du marché du travail qui vont déstabiliser l’économie française.

Emmanuel Macron s’inscrit davantage dans la continuité de François Hollande. En outre, son discours perd progressivement de sa cohérence. Quand il était ministre de l’Économie, il était centré sur l’avenir, défendait les idées libérales et la promotion de l’Europe. Là, il engage des procédures qui ne vont pas jusqu’à leur terme. Par exemple, il prépare l’avenir en réformant le marché du travail par ordonnances mais il ignore ce qu’il va faire sur l’Unedic. Il veut relancer l’activité en baissant la fiscalité sur le capital mais il maintient d’une certaine manière cette fiscalité avec l’IFI (Impôt sur la fortune immobilière). Il veut rééquilibrer les finances publiques mais il reporte la réduction du déficit structurel. En pratique, il reste à mi-chemin.

Sa méthode pour réformer relèverait donc davantage de la communication que d’un projet cohérent ? Que devrait-il faire pour mener à bien ces réformes ?

Il devrait s’inspirer des engagements signés en 2011 par Mario Monti lorsque l’Italie avait dû négocier avec la BCE un calendrier de réformes pour obtenir le rachat d’une partie de sa dette publique. Mario Monti avait choisi trois axes. Le premier était de redynamiser l’économie par la concurrence, notamment le marché du travail. Emmanuel Macron doit donc clarifier ce qu’il compte faire sur l’Unedic.

Le deuxième chantier est celui de la réduction du déficit budgétaire par la baisse des dépenses publiques. En ce moment, le déficit structurel augmente mais on ne le voit pas forcément car le déficit conjoncturel baisse. Et non seulement les dépenses publiques ne baissent pas mais on voit même apparaître des augmentations d’impôt alors qu’on a déjà une fiscalité ubuesque.

Le troisième chantier, c’est d’améliorer l’image du pays à l’international, notamment en précisant son projet européen qui en l’état n’est pas acceptable pour nos principaux partenaires.

Pourquoi ne s’attaque-t-il pas à la baisse des dépenses publiques ?

Parce que les propositions qui émanaient de Bercy ont failli se transformer en « catastrophe politique ». La première mesure, qui était la réduction du budget de la Défense, s’est soldée par la démission du général de Villiers. La seconde mesure, la baisse de cinq euros des APL, qui était une proposition qui ressortait de décisions antérieures et dont Bercy n’avait pas de raison particulière de se méfier, a provoqué un tollé.

Quand on s’attaque à la dépense publique, on remet en cause certains avantages. Si l’on veut réduire le nombre de fonctionnaires, il faut affronter les syndicats de la fonction publique. Pour l’instant, Emmanuel Macron teste à travers sa réforme de la SNCF le degré de réaction dans les secteurs les plus sensibles.

Les pensions de retraite peuvent également être une autre source d’économie. Elles représentent environ 14 % du PIB, soit le taux le plus important comparé à celui des autres pays de l’OCDE. Mais il a déjà sollicité les retraités en augmentant leur CSG. Aussi, on ne voit pas très bien ce qu’il veut faire pour réformer les retraites.

Il a évoqué dans son programme la suppression de 120. 000 postes de fonctionnaires sur le quinquennat. Est-ce réaliste ?

Oui, mais à deux conditions. La première, c’est qu’un effort ait été engagé dans le budget 2018, or cela n’a pas été le cas. On en a supprimé à peine 1 800. Cela pourrait être réaliste si l’on associait les collectivités locales à cette politique de réduction de postes. La deuxième est de réformer en profondeur le secteur de l’éducation, ce qui est une priorité au regard de son manque d’efficacité. On pourrait appliquer à l’université ce que l’on fait à la SNCF, en privatisant certaines universités et certaines fonctions. Les recrutements se font d’ailleurs déjà sur la base de non-fonctionnaires.

Il est reproché à Emmanuel Macron d’avoir favorisé par la fiscalité les ménages les plus aisés.

Cette critique est avant tout politicienne, et émane surtout de la gauche et de l’extrême gauche. Le président s’en est expliqué à plusieurs reprises. Car on ne peut pas dire d’une part que l’ISF pénalise la croissance, nombre de rapports ayant montré qu’il fait fuir les investisseurs et fait perdre plusieurs milliards d’euros de PIB, et d’autre part, lorsqu’il est supprimé, ou du moins réformé, dire : « Vous faites une politique pour les riches ». Si les 5 milliards d’euros de l’ISF avaient été gardés, ils auraient été finalement dépensés par l’État. La dépense publique « ruisselle » comme la dépense privée. Mais la logique de Macron n’est pas celle du ruissellement, il considère que certains entrepreneurs sont « les premiers de cordée ». S’ils partent à l’étranger, la croissance sera pénalisée. Ce n’est pas une politique pour les riches, mais pour ceux qui veulent devenir riches.

Ne sous-estime-t-il pas le poids des inégalités ?

Je ne crois pas. Ce reproche vient là aussi d’une gauche qui a changé de référent. La critique constante du système capitaliste, et de sa supposée inefficacité historique, a longtemps été justifiée par la pauvreté. Mais comme on vit dans une société où elle est moins criante qu’auparavant, même s’il y a des pauvres, la gauche estime que ce qui est grave, ce n’est pas d’être pauvre mais d’être plus pauvre que les autres. Or cette critique est portée par tous les mouvements de gauche à l’échelle mondiale. Sur ce point, Emmanuel Macron n’est pas plus coupable que n’importe quel autre gouvernement en place en ce moment.

Contrairement à François Hollande, Emmanuel Macron ne prend pas d’engagement en matière de baisse du chômage. Pourquoi ?

En raison du cycle économique. François Hollande savait que le retournement de la conjoncture économique allait intervenir durant son mandat, et favoriserait la baisse du chômage. Il avait calculé que le cycle se retournerait en 2015, et c’est pourquoi il disait : « ça va mieux ». La baisse significative n’est intervenue qu’au moment de sa potentielle réélection mais il n’a pas eu la capacité politique de tirer les bénéfices de l’évolution économique du cycle. Emmanuel Macron, lui, sait que cet effet va jouer contre lui. Le cycle devrait en effet se retourner aux alentours de 2019-2020 et le chômage recommence à augmenter à ce moment-là. Il ne peut pas jouer sur le cycle mais sur la croissance potentielle de long terme. Or, il n’est pas sûr que les mesures prises sur le marché du travail aient un impact suffisamment positif. Leur évaluation est complexe. Il vaut mieux ne pas prendre d’engagement.

Emmanuel Macron ne semble pas avoir convaincu Berlin avec ses propositions
sur l’Europe…

Il est confronté à plusieurs difficultés. Outre l’Allemagne, plusieurs dirigeants européens, comme le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, lui ont rappelé que la France ne respectait pas les traités. Avant de faire des propositions, Paris devrait commencer par réduire son déficit budgétaire pour être crédible aux yeux d’un certain nombre de voisins européens. Ainsi, les pays baltes, qui ont restructuré leur économie, jugent que la France ne fait aucun effort. Par ailleurs, les Allemands font un blocage définitif sur sa proposition d’un budget européen commun qui assurerait des transferts financiers des pays du Nord vers ceux du Sud. Pour eux, la solidarité européenne, en termes économique et monétaire, ne doit pas aller au-delà de l’acceptation de la politique menée par la BCE. En revanche, ils sont d’accord pour que l’Europe travaille sur des projets comme l’Europe de la défense ou d’autres domaines.

La France doit donc au préalable se mettre en conformité avec les traités européens pour que sa voix soit mieux entendue au niveau européen ?

Oui, ça améliorera sa position sur les plans politique et économique. L’enjeu n’est pas de sommer les Allemands de dépenser davantage mais plutôt de demander aux Français d’économiser plus, pour se conformer aux exigences européennes en matière de déficit. En réalité, le problème n’est pas l’excédent commercial extérieur de l’Allemagne, qui se fait de plus en plus hors de la zone euro, mais plutôt notre déficit commercial extérieur. Il traduit un déficit d’épargne, c’est-à-dire une distribution excessive de revenus, notamment sous la forme de revenus publics.

La réforme de la formation, avec les chantiers de l’apprentissage et de la formation professionnelle, d’une part, et la volonté de faire de la France un acteur important de l’intelligence artificielle, d’autre part, cela va-t-il dans le bon sens?

Oui, notamment la réforme de la formation professionnelle qui prévoit d’octroyer des droits monétaires et non des droits sous forme d’heures de formation. Et la mise en concurrence des organismes de formation permettra d’évaluer leur qualité. Aujourd’hui, on dépense de plus en plus d’argent pour la formation, à la fois continue et initiale, pour des résultats de plus en plus décevants. On répète qu’on résoudra le chômage par la formation, et plus on dépense plus le chômage augmente ! Il faut cesser de raisonner uniquement en termes de dépense. Cette réforme va donc dans le bon sens. Quant à la promotion de l’intelligence artificielle, l’idée d’en faire le vecteur d’une politique industrielle rénovée est fallacieuse. Il y a une nostalgie chez Emmanuel Macron de la politique industrielle. Lorsqu’il était ministre de l’Économie, il s’était montré très interventionniste et plutôt protectionniste sur les difficultés de la sidérurgie. Cela dit, la meilleure chose à faire pour favoriser l’émergence d’un secteur d’intelligence artificielle performant est de baisser l’impôt plutôt que de créer un fonds d’investissement public dédié à ce secteur.

La loi Pacte sur l’entreprise prend du retard. Que pensez-vous de l’approche qu’a Emmanuel Macron de l’entreprise ?

Le grand danger de la loi Pacte est que le président se soumette à une partie de sa majorité qui, au nom de la RSE, du débat environnemental, veut imposer de nouvelles contraintes aux entreprises. Je rappelle quand même que les entreprises ne gâchent pas systématiquement le paysage ni ne détruisent la nature, qu’elles ne pressurent pas leurs employés, ne serait-ce que parce que l’efficacité économique repose aussi sur l’image de marque, sur la façon dont on se comporte, et sur des ouvriers efficaces parce que bien payés. L’idée d’imposer par la loi des comportements qui s’imposent naturellement est dangereuse, parce qu’elle rend possible le contentieux. Cela s’est vérifié avec le Code civil au début du xixe siècle : on avait constaté que plus on légiférait, plus on créait de la chicane. Pour des raisons politiquement correctes, on risque donc au nom de la RSE de créer des difficultés pour les entreprises qui n’en ont pas vraiment besoin en ce moment. Et ce qu’il faut surtout éviter dans la loi Pacte, c’est la modification du Code civil. Sur ce point, le rapport Notat-Senard, même s’il reste prudent, va déjà trop loin.

On reproche à Emmanuel Macron une forme d’autoritarisme. Vous qui connaissez bien l’histoire économique, de quelle figure le rapprocheriez-vous ?

Le personnage qui me paraît le plus proche, c’est le Mendès France de 1954. Ce dernier arrive au pouvoir avec des propositions plutôt libérales, des idées claires, notamment celle consistant à lancer rapidement des réformes sur tous les secteurs. Mitterrand avait adopté cette démarche en 1981, redoutant l’installation dans la routine. Macron me fait également penser à Tony Blair, qui après avoir réformé durant les six premiers mois de son mandat, dit vouloir réfléchir. On a l’impression que Macron se trouve dans la même situation. Mais rappelons que Mendès France n’a pas eu le temps de digérer ses réformes et Mitterrand a été obligé d’en changer parce qu’elles étaient mauvaises.

Finalement, comment définiriez-vous le « macronisme »?

Au début, c’était du social-libéralisme, mais le problème aujourd’hui est qu’il devient de moins en moins social et de moins en moins libéral !

 

Macron : social démocrate ou libéral ? (Erwan Le Noan)

 » Macron : social démocrate ou libéral ? (Erwan Le Noan)

Dans une interview à la  La Tribune a interrogé Erwan Le Noan, Associé d’un cabinet de conseil, membre du conseil scientifique de la Fondation pour l’innovation politique s’interroge sur la vraie  nature de  Macron, socail démocrate ou libéral. Deux typologies politiques que précisément Macron veut dépasser.

 

 

LA TRIBUNE.- Emmanuel Macron est devenu président de la République, est-ce le résultat de cette « France des opportunités » que vous décrivez dans votre livre ?

ERWAN LE NOAN.- Créer son propre mouvement politique et réussir, en à peine un an, à devenir à 39 ans le plus jeune président d’une puissance comme la France est une réelle performance électorale.

Mais je serais plus modéré à certains égards sur la signification de cette prouesse. D’abord il a bénéficié d’un contexte politique particulier qui a connu plusieurs rebondissements : la mise en examen du candidat des Républicains, le choix du candidat du Parti socialiste qui a profité au candidat d’extrême gauche, et l’affrontement au second tour avec la candidate du Front national. Ensuite, il faut constater qu’il n’a obtenu au premier tour que 24 % des suffrages exprimés, ce qui n’est pas un score très élevé pour un futur président. Sa base électorale est donc faible. Il va devoir la consolider aux élections législatives.

Je serais également plus modéré sur le message volontariste qu’il défend : Emmanuel Macron n’a jamais, pendant cette campagne, fait de constat clair sur ce qui a échoué. Il n’a pas désigné clairement les défaillances de l’Etat Providence. Il dit vouloir le rénover, mais il risque de l’aménager plutôt que de procéder à un changement réel.

Car Emmanuel Macron a en réalité une vision davantage social-démocrate que libérale. Il dit vouloir insuffler plus de libéralisme mais son modèle est celui des pays d’Europe du nord, le « modèle scandinave », qui a ses limites. Je ne suis pas nécessairement convaincu par la réussite de ce modèle là en France.

Parmi les premières mesures qu’Emmanuel Macron va prendre, il y a « la moralisation de la vie politique ». Une telle mesure peut-elle entraîner un changement du paysage politique ?

C’est en tous les cas symbolique de la refondation nécessaire d’un système politique bloqué. Le fait même que nous ayons un président âgé de 39 ans est un signal fort. Le fonctionnement des partis doit changer. C’est une nécessité pour Les Républicains, et aussi pour le Parti socialiste dont nombre d’élus pourraient rejoindre En Marche! En outre, la fin du cumul des mandats va participer à ce renouvellement d’élus à l’Assemblée nationale dont beaucoup sont présents dans la vie politique depuis 30 ans ! Nombre d’entre eux ont dit qu’ils se retiraient ou n’allaient garder qu’un mandat de maire.

Une partie des électeurs rejette la vision du monde du nouveau président, en particulier à l’égard de l’Europe et de la mondialisation. Comment Emmanuel Macron peut-il les convaincre ?

En effet, si on comptabilise le nombre des abstentionnistes, des bulletins blancs ou nuls et les voix de Marine Le Pen, Emmanuel Macron n’attire que 43,6% des inscrits, soit 20,75 millions d’électeurs. Comme certains sondages évaluent à près de 60 % les électeurs qui ont voté en sa faveur pour faire barrage au Front national, on peut considérer qu’à peine 9 millions d’électeurs adhèrent au projet, soit 19% des inscrits. Le nouveau président va donc devoir encore convaincre une majorité de Françaises et de Français. Si durant la campagne, il a défendu la nécessité d’imposer au pays des réformes, il n’a pas fourni suffisamment de détails pour se faire une véritable idée de leur contenu. En France, les gens se méfient des réformes qui les concernent car ils y voient souvent une attaque préjudiciable à leur statut actuel. Il est vrai que généralement les réformes produisent des effets négatifs immédiats tandis que les effets positifs mettent un certain temps à apparaître. Le nouveau président doit donc convaincre les Français qu’elles sont des opportunités pour les individus. C’est ce qu’il semble vouloir faire notamment pour le marché du travail, l’éducation et la formation continue. Ce qui rend d’ailleurs la gestion du calendrier des réformes délicate pour lui.

Il compte sur les entreprises pour relancer l’économie, et donc la création d’emplois. Ce qu’il propose vous semble-t-il aller dans le bon sens?

Sur ce point, il reprend des idées qui étaient souvent également contenues dans le programme de François Fillon, notamment la décentralisation des relations qui régissent les employeurs et les employés au niveau des entreprises. Il faut passer d’un modèle vertical à un modèle horizontal. Cela va dans le bon sens. Mais là encore, il faudra attendre de connaître tous les détails de cette réforme. Or cela dépendra étroitement de la composition de la majorité parlementaire qui va soutenir Emmanuel Macron. Sera-t-elle suffisamment libérale pour en finir avec la logique actuelle ? Sera-t-il au contraire contraint par sa Gauche, soit au sein d’En Marche! soit en dehors ? Car le risque est double : d’abord que cette réforme du marché du travail soit trop timide pour produire de réels effets, et ensuite que cette décentralisation soit accompagnée par un Etat paternaliste qui décidera à la place des entreprises de ce qui est bon pour elles.

(*) Erwan Le Noan « La France des opportunités. Toutes les bonnes nouvelles que l’on ne vous dit pas », éditions Les Belles Lettres/Manitoba, 214 pages, 21 euros.

Juppé : « Fillon, un libéral peu crédible »

Juppé : « Fillon, un libéral peu crédible »

C’est un Juppé très combatif qui s’exprime dans une interview au Parisien et qui souligne se différences tant en ce qui concerne sa démarche économique que sur se positions sociétales ou ses orientations de politique étrangère.

 

Le débat ce soir, c’est là que tout va se jouer ?

ALAIN JUPPÉ. C’est crucial, c’est l’occasion véritablement de comparer les projets. Les électeurs doivent voter en connaissance de cause. Entre nous, il y aura des convergences, mais surtout des différences, dont trois essentielles. La méthode de la réforme économique, d’abord. Il faut des réformes profondes et radicales, mais sans brutalité. La sécurité, ensuite, car les positions de François Fillon, notamment sur le renforcement des effectifs des forces de l’ordre, me semblent très insuffisantes. Enfin, la politique étrangère : je suis tout à fait ouvert à un dialogue avec la Russie, mais je pense qu’envisager une coalition entre la France, la Russie et l’Iran au Proche-Orient, c’est extraordinairement dangereux (NDLR : mercredi soir, Vladimir Poutine a salué en François Fillon un « grand professionnel »).

 

Le climat s’est tendu. Ce débat risque-t-il de tourner au pugilat ?

Je suis tout à fait serein. Je veux souligner nos différences pour que les électeurs se fassent leur opinion. Je parle des projets. Si on ne peut pas débattre des projets, à quoi bon débattre ? Je ne crains aucune question.

 

Faire le rapprochement entre François Fillon et l’extrême droite, ce n’est pas aller un peu loin ?

Je constate qu’il est soutenu par des personnalités d’extrême droite. On m’a tellement reproché d’être soutenu par François Bayrou ! Je me battrai pour dire qu’il y a deux sensibilités aujourd’hui. Une droite clivante et une droite de rassemblement. Je pense que la stratégie gagnante pour le premier tour de la présidentielle, c’est l’alliance de la droite et du centre.

 

Vous dénoncez le programme trop brutal de François Fillon. Son projet est-il dangereux ?

Ses mesures économiques ne sont pas réalisables et risquent de déstabiliser l’économie française. Supprimer 500 000 postes dans la fonction publique, ce n’est pas tenable. Il y aura dans les cinq prochaines années 550 000 départs à la retraite et peut-être moins si nous décalons le départ de l’âge à la retraite à 65 ans, donc ce sera plutôt 500 000 départs. Cela veut dire que pendant cinq ans, il n’y aura aucun nouveau policier, aucune nouvelle infirmière, aucun nouveau professeur. Ça ne peut pas se faire. Ne pas créer de poste de policiers aujourd’hui, ce n’est pas sérieux !

 

François Fillon assume son programme radical et dit que vous êtes un peu mou…

Comme vous le voyez, il ne m’attaque jamais ! (Rire.) Et il paraît que c’est moi qui suis désagréable…

 

Comment qualifiez-vous vos relations avec lui ?

Elles sont amicales et elles sont anciennes. Il a commencé la politique avant moi. Il a été élu pour la première fois en 1981 et moi en 1983. Nous avons eu des parcours différents, moi j’étais chiraquien, lui séguiniste. Il a été mon ministre, j’ai été son ministre. Ce n’est pas une question de relation personnelle. Mais de projets.

 

L’attaquer sur l’IVG, était-ce vraiment nécessaire ?

Je ne l’ai pas attaqué, j’ai demandé une précision. A écouter ses proches, je ne devrais poser aucune question. Je suis très heureux de la clarification qu’il a apportée. C’est un sujet d’une extrême gravité parce qu’une femme ne prend jamais ce genre de décision à la légère. Il avait changé son discours à un moment donné, il était utile qu’il s’explique.

 

Votre charge a été mal perçue, y compris dans votre propre camp…

Mais elle a aussi été extrêmement bien perçue par une grande majorité de femmes !

 

François Fillon a dit que vous étiez « tombé bien bas »…

S’est-il manifesté une seule fois quand on m’a qualifié de salafiste et d’antisémite sur Internet avant le premier tour ? J’ai été l’objet d’une campagne calomnieuse et anonyme sur les réseaux sociaux. Et il ne s’en est pas ému, je ne l’ai jamais entendu là-dessus. On parle du Fillon bashing, mais le Juppé bashing, c’est quelque chose que je connais aussi !

 

La pilule ne passe pas ?

Oui, cette campagne était dégueulasse. J’aurais bien aimé que François Fillon s’en émeuve. C’est dégueulasse quand on m’accuse d’antisémitisme ou de complaisance avec les islamistes. Au début, j’ai pris ces calomnies par le mépris, mais je le regrette aujourd’hui. Car contrairement à ce que j’ai pu penser, ça a eu un impact sur l’élection. Ça m’a fait beaucoup de tort.

 

C’est-à-dire ?

Cela m’a fait incontestablement perdre des voix. J’ai même eu des témoignages dans les files d’attente des bureaux de vote. Les gens disaient que j’étais proche des Frères musulmans et donc qu’ils allaient voter Fillon ! Donc, je n’ai pas de leçon à recevoir sur la hauteur ou la bassesse des campagnes électorales.

 

Votre femme Isabelle est montée sur scène mardi soir à Toulouse pour défendre votre candidature. C’est la première fois. Pourquoi ?

Quand on est candidat à l’Elysée, il est bien évident qu’on le fait en couple. Le rôle de mon épouse est essentiel, la stabilité d’un couple, c’est important. C’est le rôle qu’a eu Michelle Obama auprès de son mari, on l’a vu aussi chez nous avec Carla Sarkozy, Pénélope Fillon, Brigitte Macron… Avec M. Hollande, c’est un peu plus compliqué.

 

Vous aviez promis que vous seriez calme dans cette campagne, « le bonze de Bordeaux ». Vous perdez vos nerfs ?

Vous trouvez que j’ai l’air énervé ? François Fillon me trouve mou, il faudrait savoir ! Depuis deux ans, mes déclarations sont passées au crible et c’est normal. Je ne vois pas pourquoi il n’en serait pas de même pour tout le monde.

 

Le score de François Fillon comme la cote de popularité d’Emmanuel Macron disent quand même que la France d’aujourd’hui est très libérale…

Et je ne suis pas libéral, moi ? Il est impossible que M. Macron, qui est responsable de la politique économique depuis 2012, soit plus libéral que moi ! Quand j’ai publié mon livre « Cinq Ans pour l’emploi », tout le monde a même écrit que j’étais hyper-libéral. Ça me fait juste rigoler tout ça ! Moi je suis libéral, efficace et réaliste. Il y a des libéraux irréalistes et pas crédibles.

 

Manifestement, vous ne dites pas comme votre adversaire qu’il y a « un problème avec l’islam »…

Je ne suis pas d’accord. Il y a un problème avec les déviances de l’islam, c’est différent. Je serai inflexible avec les islamistes qui refusent les lois de la République.




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