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L’histoire des pandémies

L’histoire des pandémies

 

Patrick Berche, ancien directeur général de l’Institut Pasteur de Lille, était l’invité d’Europe 1. Il publie un ouvrage qui revient sur l’histoire des pandémies et qui montre que l’on retrouve certaines caractéristiques à travers les âges.

 

 

INTERVIEW

Patrick Berche, ancien directeur général de l’Institut Pasteur de Lille, publie avec Stanis Perez un imposant ouvrage, Pandémies – Des origines à la Covid-19 aux éditions Perrin. Ils reviennent sur l’Histoire des pandémies et montrent comment l’Homme a à la fois appris de ses erreurs, et en a répété d’autres. Une chronologie de la lèpre au Covid-19 rendue possible notamment grâce à « une science nouvelle qui émerge depuis vingt ans, qui est l’archéobiologie », rappelle Patrick Berche. « On peut maintenant, à partir de l’ADN ou des acides nucléiques, retrouver les traces de peste ou de variole à partir d’ossements humains. »

Recherche de boucs émissaires

On retrouve donc des traces très anciennes de maladies telles que la tuberculose, la peste ou la variole, également appelée peste antonine et qui a frappé l’Empire romain au IIe siècle. « L’Empire romain, c’est le début de la mondialisation, quand les pays sont gérés administrativement comme une seule entité. Les maladies circulent à toute allure et c’est ce qui s’est passé pour la peste antonine », explique l’ancien directeur de l’Institut Pasteur. Viennent ensuite au Moyen-Âge deux grands fléaux, la peste noire et la lèpre, qui suscitent une terreur collective et contribuent à désigner des boucs émissaires, que ce soient les juifs, les lépreux et les mendiants. Une « recherche de boucs émissaires qui existe dans toutes les pandémies, y compris aujourd’hui », souligne Patrick Berche.

L’impact des voyages et la tentation de la fermeture des frontières

A partir du 16e siècle a lieu la première mondialisation des virus et des bactéries, qui passent d’un continent à l’autre au gré des voyages et des découvertes. « La découverte de l’Amérique a été une catastrophe pour les Amérindiens. Les Européens, soit directement, soit par l’intermédiaire de la traite des esclaves noirs, ont amené la variole, que ne connaissaient pas les Amérindiens, la rougeole et toute une série de maladies. Et Christophe Colomb, dès son premier voyage, a ramené la syphilis en Europe », détaille l’ancien directeur.

Dès lors et comme actuellement, la tentation est grande de fermer les frontières pour se protéger. Pour contenir la peste, Voltaire préconise ainsi le contrôle ou la fermeture des frontières. « C’est un réflexe pour toutes les maladies contagieuses. On ne savait pas exactement quelle était l’origine. Les germes n’ont été trouvés que beaucoup plus tard avec Pasteur, et donc la seule façon de se garantir de ne pas attraper la maladie était de fuir ou de se barricader. Alors on a construit des murs, comme en Provence avec un mur de la peste en 1720, lors de la peste de Marseille, qui a été la dernière grande épidémie en Europe et en France. Mais on ne connaissait pas le fait qu’il existait des porteurs sains qui peuvent, sans bruit, franchir les frontières alors qu’ils sont en bonne santé. »

En 1867, Jules Lemaire découvre que les maladies sont liées à la présence de micro-organismes, ensuite étudiées par Pasteur. « A partir de 1878, c’est la révolution Pastorienne, où il déclare à l’Académie de médecine que les maladies sont dues à des germes spécifiques. C’est un tournant majeur dans l’histoire de l’humanité », relate Patrick Berche.

L’origine animale

À l’origine de toutes ces maladies, les auteurs de l’ouvrage rappellent qu’il y a la plupart du temps des animaux. Ce n’est pas le cas de la tuberculose ou du choléra, « les deux exceptions », mais « presque toujours les animaux sauvages ou domestiques sont à l’origine de nos maladies. La coqueluche, par exemple, vient bien des bovins, la lèpre vient probablement des primates et des écureuils roux qui sont contaminés. On a pu le montrer par des méthodes de biologie moléculaire. La syphilis vient des primates également et elle a été transmise tout en évoluant avec les espèces vivantes », détaille l’ancien directeur de l’institut Pasteur de Lille au micro d’Europe 1.

Se préparer à la prochaine pandémie

Finalement, il faut « se préparer » à avoir « d’autres pandémies », conclut Patrick Berche. « Nous sommes à peu près 7,2 milliards d’individus très urbanisés, avec des voyages aériens à 4,6 milliards de personnes en 2019, en contact avec des réservoirs animaux, donc nous sommes très vulnérables. »

Présidentielles 2022 : le parti communiste veut son candidat , le dernier de l’histoire ?

Présidentielles 2022 : le parti communiste veut son candidat , le dernier de l’histoire ?

 

 

 

 

 

Cette fois le parti communiste semble bien décidé à avoir son candidat en 2022. En fait,  une sorte de choix cornélien. Si le parti se présente, il risque de se voir attribuer autour de 2 % des voix d’après les sondages actuels autant dire comme certaines organisations d’extrême-gauche. Un résultat qui pourrait encore confirmer la totale marginalisation d’un parti qui a longtemps dominé la vie politique française à gauche. Et si le PC ne présente pas de candidats, il risque cette fois de disparaître complètement.

 

D’une certaine façon,  on peut considérer que le parti communiste a déjà été tué deux fois. Une fois par Mitterrand qui s’est servi des voix communistes et qui a ensuite étouffé le vieux parti. Une autre fois par Mélenchon qui a sucé le sang du parti et ses sympathisants. Un succès d’autant moins apprécié par les communistes que Mélenchon s’est enfoncé dans le gauchisme qu’ont toujours condamné des communistes orthodoxes.

 

Le déclin du parti communiste français est cependant pour l’essentiel du à l’enfermement doctrinaire du parti communiste lui-même. Pour résumer, c’est l’attachement morbide à l’idéologie des années 50 qui a éloigné progressivement une opinion publique qui, elle ,a évolué sur deux nombreux plans. À cela s’ajoute évidemment le discrédit général sur le concept de société communiste, les seules subsistants étant clairement des organisations autoritaires et même dictatoriales.

 

Dommage sans doute car le parti communiste est sans doute la seule organisation politique encore animée par une sociologie proche du peuple. Tous les autres partis, extrême-gauche comprise, se sont laissées envahir soient par des opportunistes, soit par des intellos bobos complètement coupés des réalités sociales. Le credo universitaire Islamogauchistes témoigne de l’énorme décalage entre ce que pense une très large majorité des Français et ces nouveaux activistes doctrinaires et clairement fascisants. Sur ce terrain. Les élus communistes eux-mêmes n’ont pas montré un grand courage et ont souvent montré une certaine complicité avec le développement communautarisme.

 

Un seul exemple pour illustrer le propos. À Saint-Pierre-des-Corps près de Tours, l’un des derniers bastions communistes, un très vieux club de football s’est toujours efforcé de maintenir une diversité dans le recrutement des joueurs mêmes si fort logiquement compte tenu de la population,  les joueurs d’origine étrangère étaient majoritaires. Par contre l’ancienne municipalité de Saint-Pierre-des-Corps a autorisé la création d’un club d’obédience maghrébine. Aux dernières élections , la municipalité communiste a été balayée et remplacée par une équipe municipale plutôt de droite.

 

Le parti communiste s’est lui-même tiré une balle dans le pied. Vraiment dommage. On peut évidemment être en désaccord avec l’idéologie et la pratique du parti mais on regrettera sans doute l’appropriation de tous les autres partis politiques par des opportunistes et où des intellos bobos.

« Pour une jeunesse musulmane qui assume avec fierté l’histoire de la France»

 « Pour une jeunesse musulmane qui assume avec fierté l’histoire de la France»

Président de la fédération de l’Islam de France (FIF), Ghaleb Bencheikh, revient pour l’Opinion sur son engagement et ses propositions pour lutter contre la radicalisation.

Depuis l’automne, vous défendez la France et sa conception de la laïcité dans les grands médias arabophones. Est-ce votre rôle ?

C’était une nécessité impérieuse après le terrible épisode automnal que nous avons connu. La Fondation de l’islam de France s’est retrouvée, bien malgré elle, au centre d’un débat international diplomatique et religieux. Alors il fallait désamorcer, déminer et expliquer. J’ai fait mon devoir, mû par la volonté de protéger nos compatriotes. Des menaces réelles pesaient sur nos ressortissants résidents dans les pays musulmans qui ont connu les tensions liées aux débats sur les caricatures. La FIF a agi également par patriotisme économique : j’ai voulu défendre les produits français menacés par les campagnes de boycott au Moyen-Orient et en Asie. Lequel boycott n’a jamais été envisagé contre les produits chinois, en dépit de la situation désastreuse des Ouïgours musulmans. Il a fallu expliquer l’expression « l’islam est en crise » dans le discours des Mureaux du président Macron et dans l’oraison funèbre à Samuel Paty, la phrase « nous ne renoncerons jamais aux caricatures ». J’ai insisté sur notre attachement à la laïcité et aux libertés fondamentales. Il y a très peu de personnalités en France capables de clarifier ce débat en rapport avec l’islam, la laïcité et la République en langue arabe sur Sky News Arabia, al Jazzera, al Arabia, al Alam, RT Arabic et la télévision turque arabophone TRT Arabic…

Comment mieux lutter contre la radicalisation en France ?

Il faut un moteur à quatre temps. Il y a la réponse sécuritaire et le renseignement, pour déjouer les attentats. Il y a ensuite l’assèchement du terreau de l’idéologie jihadiste par le fameux « contre-discours ». Celui-ci doit permettre de tarir les sources de radicalisation, notamment en traduisant en français les œuvres des penseurs musulmans réformistes. La lutte contre l’islamisme radical et les thèses salafistes passe par la composante islamique de la nation. Le troisième temps est celui des politiques éducatives, culturelles et sociales. Cela se fait à travers l’instruction, l’acquisition du savoir, l’ouverture sur le monde et à l’altérité, notamment confessionnelle, avec une inclination pour les valeurs esthétiques. Il faut sensibiliser à la musique, à la poésie, aux humanités. La jeunesse musulmane doit assumer avec fierté l’histoire de la France et concourir au génie français en l’enrichissant des trésors de la civilisation impériale sous-tendue par l’islam avec son art de vivre, son raffinement et son hédonisme. C’est ainsi que nous préparons des citoyens à une identité apaisée et heureuse contrairement à ceux qui prétendent qu’elle est torturée et malheureuse. Le quatrième temps, c’est enfin la réponse de la République. Et là, je convoque Honoré Daumier, le caricaturiste, mais je paraphrase le peintre. En 1848, il a voulu concourir au prix de l’allégorie de la République. Il a peint celle-ci sous les traits d’une belle femme plantureuse qui allaite deux nourrissons avec un garçonnet à ses pieds lisant un livre. Morale : la République doit nourrir et instruire ses enfants – et j’ajoute les protéger tous. La France est au cœur de notre mission. A la FIF, nous agissons par l’éducation et la culture.

«La formation civique des ministres du culte musulmans est primordiale. Les imams, prédicateurs et aumôniers doivent comprendre que la laïcité est un acquis de la modernité intellectuelle et politique et une conquête de l’esprit humain»

De quelle façon ?

Nos moyens sont limités. Notre action couvre une gamme qui va de l’université, avec le programme de soutien à l’islamologie, jusqu’aux milieux carcéraux. La formation civique des ministres du culte musulmans est pour nous primordiale. Les imams, prédicateurs et aumôniers doivent comprendre que la laïcité est un acquis de la modernité intellectuelle et politique et une conquête de l’esprit humain. Enfin, dans le cadre de notre université populaire itinérante et avec l’aide des associations locales et des municipalités, nous portons le débat dans les cités et les quartiers que nous devons reconquérir. Un grand débat entre citoyens, et aussi intra-islamique, y est à chaque fois instauré avec la confrontation des idées. Les discussions parfois emportées avec les jeunes salafistes sont une thérapie par et de la parole.

Les intellectuels ont tendance à faire de l’entre-soi. Vous voyez-vous, comme le président Macron, utiliser Tik Tok pour toucher les jeunes ?

Pourquoi pas ! Bien que je pense que les réseaux sociaux sont une sorte de magma de tous les défouloirs, la vulgarisation de nos messages est au cœur de notre réflexion et de notre action. Ce n’est pas toujours facile d’expliquer des choses complexes à des publics qui n’ont pas tous les codes. Nous produisons déjà du contenu en adaptant le vocabulaire pour Facebook et YouTube. Nous avons aussi approché une douzaine d’influenceurs des réseaux sociaux. Nous leur proposons de recouvrer dignité et fierté en épousant une cause nationale et de croire en la République avec un récit commun. C’est le contraire de ce que prônent les islamistes. Ils culpabilisent les jeunes consciences par une religiosité astreignante avec une obsession névrotique sur l’observance de la norme canonique. Ces consciences aliénées et apeurées épuisent la totalité de l’identité dans la donne religieuse dès lors que leur citoyenneté leur semble déniée. Sans être dans une approche victimaire, nous prenons aussi en charge leur désarroi et leur émotion devant la défiance de leurs propres compatriotes. C’est une sorte de « psychothérapie de groupe ». Telle une propédeutique, nous promouvons le dialogue avec la jeunesse musulmane en présentant l’universalité des principes républicains et l’importance de la laïcité. Et nous avons beaucoup d’autres projets comme le lancement d’un festival des cultures d’islam autosuffisant financièrement et d’une Web TV interactive. Nous avons fait aussi une demande au ministère de l’Education nationale pour que nous soyons une institution d’agrément des établissements privés confessionnels islamiques hors contrat, afin de valider le contenu de leur enseignement. Nous avons enfin, le projet d’édification de l’Institut académique d’islamologie appliquée, annoncé par le président Macron en octobre aux Mureaux.

Faut-il aussi lutter contre la radicalisation dans le monde du sport ?

Les idées salafistes imprègnent la pratique du sport. Elles se manifestent par le refus de la nudité dans les douches, de jouer dans des clubs mixtes pour les femmes et la prière avant les matches. Nous voulons reprendre le travail social comme le font les islamistes en recrutant des éducateurs sportifs qui seront nos ambassadeurs dans le milieu sportif. Ce projet est piloté par Tayeb Belmihoub, ancien footballeur professionnel.

Êtes-vous favorable au projet de loi Séparatisme ?

En tant que citoyen, je ne suis pas pour l’inflation législative : nul n’est censé ignorer la loi ni se prévaloir de sa propre turpitude, donc il ne faut pas qu’il y en ait trop. Dans « la loi confortant les principes républicains » il y a 51 articles, cela me paraît beaucoup. Je m’interroge sur certaines dispositions comme celle sanctionnant le certificat de virginité. Exigé par certaines familles maghrébines ou subsahariennes, il n’a aucun fondement canonique ni base théologique même dans la version la plus drastique de la religion. La fermeture des lieux de culte en cas de prêches jugés haineux me pose question. Au pénal, la responsabilité est individuelle. Un imam doit être puni personnellement et les pouvoirs publics n’ont pas à fermer son lieu de culte, sous peine de pénaliser tous les fidèles. En revanche, comme président de la FIF, je souscris à l’idée que la République veuille se défendre. Et elle a raison. Elle doit neutraliser toutes les velléités séparatistes, endiguer la déferlante wahabbo-salafiste et en finir avec l’islamisme radical en se dotant de l’arsenal juridique nécessaire.

Approuvez-vous les propos de la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, sur les possibles dangers de « l’islamo-gauchisme » à l’université ?

La sagesse recommande d’utiliser une périphrase lorsque les concepts sont imprécis. Dans cette confusion sémantique, il vaut mieux parler de « collusion d’une partie de la gauche avec l’islamisme radical ». Ou bien, à l’extrême rigueur, nous pourrions évoquer « l’islamismo-gauchisme » si ce n’est le gaucho-islamisme. Parce que nous en avons marre de tous ces mots composés avec le préfixe islamo qui affectent la sensibilité des citoyens musulmans. Il est inacceptable de pérorer sur l’islamo-nazisme, l’islamofascisme, l’islamo-délinquance, l’islamo-racaille, l’islamo-réaction… Nous n’avons pas à consacrer le vocabulaire de l’extrême droite ni aucune raison d’entériner, sans le disséquer, le concept de Pierre-André Taguieff. Maintenant, il est clair que l’université n’est pas exempte des courants idéologiques qui travaillent la société. Nous trouvons dans les départements des sciences sociales les controverses générées par les African-American studies, la culture de la dénonciation, l’indigénisme, l’intersectionnalité et les études décoloniales. La congruence entre les visions de l’extrême gauche sur le lumpenprolétariat et la question identitaire islamiste, en voulant défendre les opprimés sur la terre, en fait partie. Le débat académique doit avoir lieu dans l’enceinte universitaire comme espace de liberté. Nous sommes mobilisés au niveau de la société et de l’université afin de dirimer l’idéologie islamiste et pourfendre ses thèses. Aussi notre vigilance s’étend-elle à la concordance entre l’islamisme et le capitalisme sauvage dans l’extension du marché halal à tous les produits de consommation. Tout comme nous sommes très attentifs aux convergences entre les mouvements islamistes et les mouvements réactionnaires sur les questions sociétales.

Juillet 2020, l’un des plus chauds de l’histoire

Juillet 2020, l’un des plus chauds de l’histoire

 

Les trois mois de juillet les plus chauds de l’histoire ont eu lieu au cours des cinq dernières années, juillet 2020 fait partie.

“Ce n’est pas qu’une histoire d’été”, a commenté Freja Vamborg, scientifique et membre du Service Copernicus concernant le changement climatique (C3S) de l’Union européenne.

“C’est à l’échelle mondiale et tous les mois se réchauffent”, a-t-elle ajouté.

Selon ces données, les mois de juillet 2016, 2019 et 2020 sont les plus chauds depuis le début du recensement des températures au milieu du XIXe siècle.

Le mois dernier, le Nouveau-Mexique et le Texas aux Etats-Unis ont enregistré un pic de chaleur. A Bahreïn, le mois de juillet a été le plus chaud depuis 1902.

Dans l’Arctique, qui se réchauffe deux fois plus vite que l’ensemble de la planète depuis plusieurs décennies, la superficie de la banquise est tombée en juillet à son plus bas niveau depuis les premiers relevés par satellite il y a quarante ans.

Société-Crise sanitaire : un tournant de l’histoire ?

Société-Crise sanitaire : un tournant de l’histoire ?

 

Pierre-Henri d’Argenson haut fonctionnaire et ancien maître de conférences en questions internationales à Sciences Po. Évoque un possible tournant de l’histoire à l’occasion du Coronavirus dans une chronique à la Tribune.( Il a notamment publié La fin du monde et le dernier dieu: un nouvel horizon pour l’humanité (Liber, 201).

« Il est rare que l’on puisse tirer les enseignements d’une crise lorsque l’on est au milieu de celle-ci. Les grands bouleversements intervenus depuis la fin de la guerre froide n’ont ainsi pas toujours été déchiffrables au moment où ils se sont produits, sans doute parce qu’ils appartenaient à une ère de transition accouchant d’un monde nouveau qui se présente aujourd’hui, avec la crise du coronavirus, sous une lumière crue. La pandémie, en effet, agit comme un révélateur de tendances certes perçues par notre intellect, mais qui n’avaient pas suffisamment frappé notre imagination pour modifier nos représentations du monde. Or désormais le monde est nu, et nous n’avons pas d’autre choix que d’abandonner nos coupables pudeurs pour regarder la vérité géopolitique qu’il nous donne à voir, et les conséquences que nous devrons rapidement en tirer pour y survivre en hommes libres.

Nous ne croirons plus à l’article de la doxa mondialiste qui prétend que tout le monde est chez soi partout.

Examinons les faits. Trois choses absolument frappantes se sont produites durant la crise. La première, c’est qu’aux premières alertes, chacun est rentré chez soi, dans son pays. Du jour au lendemain, les touristes sont passés du statut d’heureux voyageurs nomades à celui d’étrangers indésirables, parfois objets de comportements hostiles de la part des populations locales. La mondialisation heureuse venait de tomber le masque. Les citoyens du monde se sont évaporés. Le touriste, l’étudiant, l’homme d’affaires sont redevenus, chez les autres, ce qu’ils ont toujours été: des étrangers. Bien sûr, lorsque la crise sera passée, la circulation des biens et des personnes reprendra son cours, mais nous ne croirons plus, en particulier nous les Européens à qui l’on a enjoint de «s’ouvrir» toujours plus, à l’article fondateur de la doxa mondialiste qui prétendait que tout le monde est chez soi partout.

Le deuxième fait frappant est la quasi-absence de solidarité internationale dans la crise. Le virus, pas plus aujourd’hui que dans le passé, n’a été traité comme un ennemi commun de l’humanité. Chaque État a mis en œuvre sa stratégie propre, sans se coordonner avec les autres, sans faire appel aux organisations régionales et sans trêve des ambitions géopolitiques. Lorsque des aides ont été consenties, c’est avec des arrière-pensées si voyantes que leurs bénéfices pour l’amitié entre les peuples en ont été annulés. Cette compartimentation nationale de la lutte contre le virus oblige les élites européennes à admettre ce qu’elles récusent depuis des décennies: la nation reste la brique fondamentale de la société mondiale.

La Chine est le seul « challenger » ayant à la fois la capacité et la volonté de détrôner les États-Unis et l’Occident de leur place de leader mondial.

Le troisième fait marquant est la cristallisation des tensions géopolitiques entre la Chine et l’Occident, qui dessinent les contours d’une nouvelle guerre froide structurée par l’axe Chine-États-Unis. Privé de son antagonisme idéologique, le monde issu de la chute de l’URSS avait restauré les clivages civilisationnels dans un monde multipolaire dominé par les États-Unis. La nouveauté, mise en lumière par la crise actuelle, est l’émergence de la Chine comme seul «challenger» ayant à la fois la capacité et la volonté affichée de détrôner les États-Unis, et l’Occident au sens large, de leur place de leader mondial. C’est donc autour de ce clivage que les relations internationales vont désormais s’organiser. La grande politique des alliances, tombée en désuétude avec la prolifération des organisations internationales et l’illusion d’un grand marché global post-national, est appelée à revenir au premier plan. L’Europe est la plus mal armée pour y prendre sa part compte tenu du déclin organisé de sa culture stratégique et de sa réticence à accepter que l’interconnexion croissante des sociétés humaines, envisagée seulement comme un facteur de paix, puisse aussi nourrir les guerres informationnelles, les clivages identitaires et les agressions commerciales. L’idée de «doux commerce» répandue par les courants libéraux depuis le XIXe siècle a vécu.

L’Europe est aujourd’hui devenue la zone tampon de l’affrontement entre la Chine et les États-Unis.

Dans l’affrontement titanesque qui s’annonce entre les États-Unis, puissance menacée, et la Chine, puissance ascendante, affrontement porteur d’un risque de guerre comme l’a montré Graham Allison dans son ouvrage Vers la guerre (Odile Jacob, 2019), l’Europe se trouve, comme elle l’a été durant la guerre froide, le centre des enjeux. Un coup d’œil à la carte des flux économiques mondiaux permet de comprendre que, loin d’être périphérique, l’Europe est aujourd’hui devenue la zone tampon de l’affrontement entre la Chine et les États-Unis. Cela peut expliquer que le «pivot» annoncé par Barack Obama vers la zone indo-pacifique n’ait pas eu l’envergure annoncée, contrairement au projet de «nouvelle route de la Soie» poursuivi par la Chine, avec pour but la domination du continent eurasiatique. L’exposition médiatique des ambitions chinoises oblige les dirigeants occidentaux à affronter les réalités désagréables jusque-là repoussées sous le tapis. C’est notamment le cas de l’Europe: si elle poursuit sa trajectoire, sans révision de son modèle économique de transfert à l’Asie de son industrie, d’ouverture commerciale asymétrique et de financement à crédit de sa consommation par l’épargne chinoise, l’Européen de 2030 (plutôt celui du Sud, dont le Français) travaillera à bas coût pour un groupe chinois, sera surveillé par des technologies chinoises et des logiciels américains, consommera encore plus de sous-culture américaine, n’aura plus qu’un accès payant à la santé, et aura perdu sa liberté. La crise grecque de 2010, qui a vu ce pays traité comme un pays en développement, en donne un avant-goût. Le coronavirus arrache tous les masques.

L’Europe doit se recentrer sur son marché intérieur.

Dans cette nouvelle configuration, que peut, que doit faire l’Europe pour conserver la maîtrise de son destin? Trois actions me paraissent urgentes et déterminantes. La première est de recentrer l’Europe sur son marché intérieur. Cela concerne tout d’abord la demande, qui doit être orientée, par la voie dirigiste si besoin, vers les circuits courts et la production locale. Il serait aberrant que nos vastes plans de relance soient, comme après 2008, absorbés par des importations ne créant aucune valeur ajoutée sur le sol français et européen. Cela suppose de se doter de protections tarifaires et normatives actuellement vidées de leur portée par les accords de libre commerce peu réciprocitaires négociés par la Commission européenne et d’une politique de soutien à l’industrie impossible dans le cadre européen actuel, qui a au contraire montré, en ouvrant, en pleine pandémie, de nouveaux chapitres de l’élargissement à l’Albanie et à la Macédoine du Nord, en signant un traité de libre-échange avec le Vietnam, ou encore en sanctionnant les aides d’État, que sa vision des choses était diamétralement inverse. Cette réorientation sera toutefois sans effet si la politique d’offre ne suit pas, et son principal frein, en France, est le niveau excessif des prélèvements obligatoires, qui pèsent sur une partie de plus en plus restreinte et asphyxiée de la population et du tissu productif. Il serait intéressant de demander aux paysans chinois ce qu’ils ont pensé de l’appel du ministre de l’agriculture français pour trouver 200 000 volontaires pour les travaux des champs, en remplacement des travailleurs saisonniers, dans un pays qui compte près de 2 millions de bénéficiaires du RSA.

La seconde action concerne la maîtrise des frontières physiques, et la crise a justement montré qu’elle était parfaitement réalisable. Il n’est nul besoin d’insister sur la déstabilisation des sociétés européennes induite par des décennies d’immigration incontrôlée et instrumentalisée par de nombreux États, la Turquie en dernier lieu. Si rien n’est fait, il faut s’attendre à l’installation d’un état de fracturation permanente au sein d’une Europe connaissant successivement le destin de l’Autriche-Hongrie, de la Yougoslavie puis du Liban, débouchant sur une partition politique croissante, notamment avec les pays de l’Est. Aucune politique de puissance n’est possible lorsque l’on est miné par des dissensions internes irréconciliables, l’histoire montrant que l’éclatement était invariablement au bout du chemin.

Si les États-Unis veulent conserver leur leadership, il leur faudra faire des concessions à l’Europe.

La troisième action consiste à ressouder le bloc de l’Ouest sur une base plus équilibrée avec les États-Unis, mais non tournée contre la Russie. La paix n’a jamais été possible sans une conscience claire des rapports de force sur la scène internationale et la volonté de les assumer. S’affaiblir, c’est inciter l’adversaire à frapper. Or l’Ouest apparaît plus divisé que jamais, ce qui est sa principale faiblesse. Il y a là un enjeu civilisationnel qui n’est pas correctement perçu par l’Europe et les États-Unis, alors qu’il l’est, grand paradoxe, de ses rivaux. La balle est bien sûr largement dans le camp des États-Unis, dont le traitement de l’Europe comme marche de l’Empire assignée à l’absorption des charges russes et moyen-orientales pouvait se justifier tant qu’ils étaient la seule superpuissance. Mais comme pour l’empire romain, la désagrégation des marches ne peut qu’annoncer la chute de l’empire lui-même. Un effondrement européen laisserait en tout cas les États-Unis très exposés au géant chinois et à ses obligés. Passer d’une logique de protectorat à une stratégie d’alliance implique, il est vrai, une révolution de la pensée stratégique américaine, dont le renoncement avec ses alliés au privilège d’extraterritorialité de son droit, véritable tribut qui mine ses relations bilatérales (comment apprécier un allié ayant infligé aux entreprises françaises plus de 13 milliards de dollars d’amendes sur ce fondement depuis 2010?). Mais si les États-Unis veulent conserver leur leadership, il leur faudra faire des concessions à l’Europe. Autrement, cette dernière ira chercher son intérêt dans d’improbables compromissions tactiques avec ses pires concurrents.

Cette crise nous offre peut-être une occasion d’échapper à la décomposition poursuivie depuis quelques décennies.

La crise du coronavirus, en dépit des nombreux appels à l’émergence d’un «monde d’après», ne changera pas, dans l’immédiat, la physionomie des relations internationales et de nos modes de vie. En revanche, au-delà du drame humain dont elle est porteuse, elle offre peut-être une occasion à la France et à l’Europe, en abrogeant pour de bon le récit de la mondialisation heureuse et en les plaçant devant la brutalité du monde, d’échapper à la trajectoire de décomposition poursuivie avec assiduité depuis maintenant quelques décennies. Mais son enseignement le plus «disruptif», et certainement le plus subversif pour les dirigeants actuels, est d’avoir prouvé que la volonté politique pouvait, en quelques jours, rendre possible ce que l’on prétendait impossible, de la même manière qu’on jugeait inenvisageable il y a peu le départ d’un membre majeur de l’Union européenne. Le niveau de tolérance pour l’immobilisme risque donc, après le déconfinement, de dangereusement se réduire. »

 

 

Crise sanitaire : un tournant de l’histoire ?

Crise sanitaire : un tournant de l’histoire ?

 

Pierre-Henri d’Argenson haut fonctionnaire et ancien maître de conférences en questions internationales à Sciences Po. Évoque un possible tournant de l’histoire à l’occasion du Corona virus dans une chronique à la tribune.( Il a notamment publié La fin du monde et le dernier dieu: un nouvel horizon pour l’humanité (Liber, 201).


« Il est rare que l’on puisse tirer les enseignements d’une crise lorsque l’on est au milieu de celle-ci. Les grands bouleversements intervenus depuis la fin de la guerre froide n’ont ainsi pas toujours été déchiffrables au moment où ils se sont produits, sans doute parce qu’ils appartenaient à une ère de transition accouchant d’un monde nouveau qui se présente aujourd’hui, avec la crise du coronavirus, sous une lumière crue. La pandémie, en effet, agit comme un révélateur de tendances certes perçues par notre intellect, mais qui n’avaient pas suffisamment frappé notre imagination pour modifier nos représentations du monde. Or désormais le monde est nu, et nous n’avons pas d’autre choix que d’abandonner nos coupables pudeurs pour regarder la vérité géopolitique qu’il nous donne à voir, et les conséquences que nous devrons rapidement en tirer pour y survivre en hommes libres.

Nous ne croirons plus à l’article de la doxa mondialiste qui prétend que tout le monde est chez soi partout.

Examinons les faits. Trois choses absolument frappantes se sont produites durant la crise. La première, c’est qu’aux premières alertes, chacun est rentré chez soi, dans son pays. Du jour au lendemain, les touristes sont passés du statut d’heureux voyageurs nomades à celui d’étrangers indésirables, parfois objets de comportements hostiles de la part des populations locales. La mondialisation heureuse venait de tomber le masque. Les citoyens du monde se sont évaporés. Le touriste, l’étudiant, l’homme d’affaires sont redevenus, chez les autres, ce qu’ils ont toujours été: des étrangers. Bien sûr, lorsque la crise sera passée, la circulation des biens et des personnes reprendra son cours, mais nous ne croirons plus, en particulier nous les Européens à qui l’on a enjoint de «s’ouvrir» toujours plus, à l’article fondateur de la doxa mondialiste qui prétendait que tout le monde est chez soi partout.

Le deuxième fait frappant est la quasi-absence de solidarité internationale dans la crise. Le virus, pas plus aujourd’hui que dans le passé, n’a été traité comme un ennemi commun de l’humanité. Chaque État a mis en œuvre sa stratégie propre, sans se coordonner avec les autres, sans faire appel aux organisations régionales et sans trêve des ambitions géopolitiques. Lorsque des aides ont été consenties, c’est avec des arrière-pensées si voyantes que leurs bénéfices pour l’amitié entre les peuples en ont été annulés. Cette compartimentation nationale de la lutte contre le virus oblige les élites européennes à admettre ce qu’elles récusent depuis des décennies: la nation reste la brique fondamentale de la société mondiale.

La Chine est le seul « challenger » ayant à la fois la capacité et la volonté de détrôner les États-Unis et l’Occident de leur place de leader mondial.

Le troisième fait marquant est la cristallisation des tensions géopolitiques entre la Chine et l’Occident, qui dessinent les contours d’une nouvelle guerre froide structurée par l’axe Chine-États-Unis. Privé de son antagonisme idéologique, le monde issu de la chute de l’URSS avait restauré les clivages civilisationnels dans un monde multipolaire dominé par les États-Unis. La nouveauté, mise en lumière par la crise actuelle, est l’émergence de la Chine comme seul «challenger» ayant à la fois la capacité et la volonté affichée de détrôner les États-Unis, et l’Occident au sens large, de leur place de leader mondial. C’est donc autour de ce clivage que les relations internationales vont désormais s’organiser. La grande politique des alliances, tombée en désuétude avec la prolifération des organisations internationales et l’illusion d’un grand marché global post-national, est appelée à revenir au premier plan. L’Europe est la plus mal armée pour y prendre sa part compte tenu du déclin organisé de sa culture stratégique et de sa réticence à accepter que l’interconnexion croissante des sociétés humaines, envisagée seulement comme un facteur de paix, puisse aussi nourrir les guerres informationnelles, les clivages identitaires et les agressions commerciales. L’idée de «doux commerce» répandue par les courants libéraux depuis le XIXe siècle a vécu.

L’Europe est aujourd’hui devenue la zone tampon de l’affrontement entre la Chine et les États-Unis.

Dans l’affrontement titanesque qui s’annonce entre les États-Unis, puissance menacée, et la Chine, puissance ascendante, affrontement porteur d’un risque de guerre comme l’a montré Graham Allison dans son ouvrage Vers la guerre (Odile Jacob, 2019), l’Europe se trouve, comme elle l’a été durant la guerre froide, le centre des enjeux. Un coup d’œil à la carte des flux économiques mondiaux permet de comprendre que, loin d’être périphérique, l’Europe est aujourd’hui devenue la zone tampon de l’affrontement entre la Chine et les États-Unis. Cela peut expliquer que le «pivot» annoncé par Barack Obama vers la zone indo-pacifique n’ait pas eu l’envergure annoncée, contrairement au projet de «nouvelle route de la Soie» poursuivi par la Chine, avec pour but la domination du continent eurasiatique. L’exposition médiatique des ambitions chinoises oblige les dirigeants occidentaux à affronter les réalités désagréables jusque-là repoussées sous le tapis. C’est notamment le cas de l’Europe: si elle poursuit sa trajectoire, sans révision de son modèle économique de transfert à l’Asie de son industrie, d’ouverture commerciale asymétrique et de financement à crédit de sa consommation par l’épargne chinoise, l’Européen de 2030 (plutôt celui du Sud, dont le Français) travaillera à bas coût pour un groupe chinois, sera surveillé par des technologies chinoises et des logiciels américains, consommera encore plus de sous-culture américaine, n’aura plus qu’un accès payant à la santé, et aura perdu sa liberté. La crise grecque de 2010, qui a vu ce pays traité comme un pays en développement, en donne un avant-goût. Le coronavirus arrache tous les masques.

L’Europe doit se recentrer sur son marché intérieur.

Dans cette nouvelle configuration, que peut, que doit faire l’Europe pour conserver la maîtrise de son destin? Trois actions me paraissent urgentes et déterminantes. La première est de recentrer l’Europe sur son marché intérieur. Cela concerne tout d’abord la demande, qui doit être orientée, par la voie dirigiste si besoin, vers les circuits courts et la production locale. Il serait aberrant que nos vastes plans de relance soient, comme après 2008, absorbés par des importations ne créant aucune valeur ajoutée sur le sol français et européen. Cela suppose de se doter de protections tarifaires et normatives actuellement vidées de leur portée par les accords de libre commerce peu réciprocitaires négociés par la Commission européenne et d’une politique de soutien à l’industrie impossible dans le cadre européen actuel, qui a au contraire montré, en ouvrant, en pleine pandémie, de nouveaux chapitres de l’élargissement à l’Albanie et à la Macédoine du Nord, en signant un traité de libre-échange avec le Vietnam, ou encore en sanctionnant les aides d’État, que sa vision des choses était diamétralement inverse. Cette réorientation sera toutefois sans effet si la politique d’offre ne suit pas, et son principal frein, en France, est le niveau excessif des prélèvements obligatoires, qui pèsent sur une partie de plus en plus restreinte et asphyxiée de la population et du tissu productif. Il serait intéressant de demander aux paysans chinois ce qu’ils ont pensé de l’appel du ministre de l’agriculture français pour trouver 200 000 volontaires pour les travaux des champs, en remplacement des travailleurs saisonniers, dans un pays qui compte près de 2 millions de bénéficiaires du RSA.

La seconde action concerne la maîtrise des frontières physiques, et la crise a justement montré qu’elle était parfaitement réalisable. Il n’est nul besoin d’insister sur la déstabilisation des sociétés européennes induite par des décennies d’immigration incontrôlée et instrumentalisée par de nombreux États, la Turquie en dernier lieu. Si rien n’est fait, il faut s’attendre à l’installation d’un état de fracturation permanente au sein d’une Europe connaissant successivement le destin de l’Autriche-Hongrie, de la Yougoslavie puis du Liban, débouchant sur une partition politique croissante, notamment avec les pays de l’Est. Aucune politique de puissance n’est possible lorsque l’on est miné par des dissensions internes irréconciliables, l’histoire montrant que l’éclatement était invariablement au bout du chemin.

Si les États-Unis veulent conserver leur leadership, il leur faudra faire des concessions à l’Europe.

La troisième action consiste à ressouder le bloc de l’Ouest sur une base plus équilibrée avec les États-Unis, mais non tournée contre la Russie. La paix n’a jamais été possible sans une conscience claire des rapports de force sur la scène internationale et la volonté de les assumer. S’affaiblir, c’est inciter l’adversaire à frapper. Or l’Ouest apparaît plus divisé que jamais, ce qui est sa principale faiblesse. Il y a là un enjeu civilisationnel qui n’est pas correctement perçu par l’Europe et les États-Unis, alors qu’il l’est, grand paradoxe, de ses rivaux. La balle est bien sûr largement dans le camp des États-Unis, dont le traitement de l’Europe comme marche de l’Empire assignée à l’absorption des charges russes et moyen-orientales pouvait se justifier tant qu’ils étaient la seule superpuissance. Mais comme pour l’empire romain, la désagrégation des marches ne peut qu’annoncer la chute de l’empire lui-même. Un effondrement européen laisserait en tout cas les États-Unis très exposés au géant chinois et à ses obligés. Passer d’une logique de protectorat à une stratégie d’alliance implique, il est vrai, une révolution de la pensée stratégique américaine, dont le renoncement avec ses alliés au privilège d’extraterritorialité de son droit, véritable tribut qui mine ses relations bilatérales (comment apprécier un allié ayant infligé aux entreprises françaises plus de 13 milliards de dollars d’amendes sur ce fondement depuis 2010?). Mais si les États-Unis veulent conserver leur leadership, il leur faudra faire des concessions à l’Europe. Autrement, cette dernière ira chercher son intérêt dans d’improbables compromissions tactiques avec ses pires concurrents.

Cette crise nous offre peut-être une occasion d’échapper à la décomposition poursuivie depuis quelques décennies.

La crise du coronavirus, en dépit des nombreux appels à l’émergence d’un «monde d’après», ne changera pas, dans l’immédiat, la physionomie des relations internationales et de nos modes de vie. En revanche, au-delà du drame humain dont elle est porteuse, elle offre peut-être une occasion à la France et à l’Europe, en abrogeant pour de bon le récit de la mondialisation heureuse et en les plaçant devant la brutalité du monde, d’échapper à la trajectoire de décomposition poursuivie avec assiduité depuis maintenant quelques décennies. Mais son enseignement le plus «disruptif», et certainement le plus subversif pour les dirigeants actuels, est d’avoir prouvé que la volonté politique pouvait, en quelques jours, rendre possible ce que l’on prétendait impossible, de la même manière qu’on jugeait inenvisageable il y a peu le départ d’un membre majeur de l’Union européenne. Le niveau de tolérance pour l’immobilisme risque donc, après le déconfinement, de dangereusement se réduire. »

Affaire Sarkozy : un événement de ‘l’histoire de la république (Fabrice Arfi)

Affaire Sarkozy : un événement de l’histoire de la république (Fabrice Arfi)

 

 

Patrice Arfi qui est à l’origine de la découverte du financement libyen  n’a peut-être pas de tort de considérer qu’il s’agit d’un événement dans notre histoire de la république. Certes, il ne fait pas insulter l’avenir, Sarkozy est encore loin d’être condamné, il va solliciter le droit pour repousser un procès qui pourrait n’avoir lieu que dans plusieurs années et encore ce n’est même pas certain. Mais le fait que la justice mette en examen un responsable politique de premier plan constitue vraiment un événement nouveau en France. En général, on se montre très tolérant avec les incartades de nature politico financières. Rares même sont les ministres qui démissionnent et encore plus rares ceux qui abandonnent la politique. A la différence des pays du nord qui parfois quittent ou sont chassés du pouvoir pour des motifs qui feraient rire en France. Pour tout dire,  il y a toujours eu uen certain laxisme de la justice vis à vis des politiques. Pensons par exemple à cette affaire Tapie qui dure depuis 25 ans dans laquelle Lagarde qui a donné son accord pour les 400 millions a reçu une simple remontrance de la cour de justice de la république ! Nombre d’affaires  ont fini en France en eau de boudin y compris dès le début de enquête.    »Parfois l’acharnement qui nous est reproché par certains peut avoir son utilité », a indiqué  mercredi 21 mars sur franceinfo Fabrice Arfi, invité de l’émission « Tout est politique », après la mise en examen de Nicolas Sarkozy. Le journaliste de Mediapart est à l’origine des révélations sur les soupçons de financement libyen de la campagne de l’ancien président de la République en 2007. Fabrice Arfi rappelle que Nicolas Sarkozy est présumé innocent, mais souligne que la mise en examen constitue  »une accélération judiciaire ». Selon le journaliste, c’est  »un évènement dans l’histoire de la Ve République et peut-être des Républiques qui lui précède ». Selon Fabrice Arfi, cette affaire est  »notre affaire d’ingérence russe », en référence à l’ingérence supposée de la Russie dans l’élection présidentielle américaine de 2016, qui fait l’objet d’une enquête aux États-Unis. Dans le cas de Nicolas Sarkozy, cette ingérence ne s’est pas faite  »avec n’importe quel pays, souligne Fabrice Arfi, mais avec une dictature épouvantable, celle de Mouammar Kadhafi. » Pour le journaliste de Mediapart, cette mise en examen est la  »concrétisation qui vient rappeler que ce que nous essayons de documenter depuis sept ans a une existence réelle », insiste-t-il.  »Nous ne sommes pas dans le fantasme, nous ne sommes pas dans le ’fake news’, nous ne sommes pas dans la diffusion de fausses nouvelles comme cela nous a été reproché par certains depuis sept ans », conclut Fabrice Arfi.

 

Réforme collèges : l’histoire revisitée ?

Réforme collèges : l’histoire revisitée ?

 

La réforme du collège est contestée à droite comme à gauche et parfois pour des motifs opposés. Ainsi l’autonomie accordée aux chefs d’établissement (20% du temps) serait une atteinte au principe du collège unique pour la gauche, tandis que la droite , ell,e contesta surtout la refonte de histoire, revisitée pour gommer par exemple la période des croisades ou encore le siècle des lumières. Au delà de ces aspects ce sont les enseignements pratiques interdisciplinaires où on traitera plusieurs matières en même temps qui sosnt condamnés par les enseignants. Autant dire que cette réforme qui n’en était pas une devient en tout cas maintenant à la fois un enjeu politique et un motif de contestation sociale. La réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem doit s’appliquer à la rentrée 2016. Le principe est de donner plus d’autonomie aux collèges, de libérer du temps pour des « enseignements pratiques interdisciplinaires ». En parallèle, il y a la réforme des programmes. Et parmi les points qui cristallisent les mécontentements, il y a l’histoire. De nombreux hommes politiques de droite se disent scandalisés. Plusieurs historiens de renom ont également pris la parole pour dénoncer une réforme qui rend obligatoire l’enseignement de l’Islam aux dépends des origines chrétiennes de la France. La polémique vient du fait que la réforme du collège instaure des thèmes obligatoires et d’autres facultatifs. C’est ainsi que l’histoire de l’Islam devra impérativement être abordée, mais au même titre que celle du judaïsme et du christianisme. Renforcer l’enseignement laïc des religions est devenu une priorité après les attentats du mois de janvier 2015. La chrétienté médiévale, donc à l’époque des croisades, ou encore le siècle des Lumières, sera facultative. Ce sont donc des pans entiers de l’Histoire de France qui sont passés à la trappe selon les détracteurs de la réforme. Selon eux, on essaie de gommer les racines chrétiennes de la France et dans le même temps, on insiste sur les pages les plus sombres comme les traites négrières et les conquêtes coloniales. Un choix, disent-ils, sous couvert d’ouverture à l’autre et pour acheter la paix sociale, le tout dans le cadre d’un programme allégé et à la carte. Pas du tout rétorquent les défenseurs de la réforme. Libre aux professeurs d’Histoire, disent-ils, d’aborder les thèmes facultatifs, l’idée étant de leur donner d’avantage d’autonomie.

 




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