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Un autre regard sur l’évolution humaine

Un autre regard sur l’évolution humaine

par
Bernard Lahire
Directeur de recherche CNRS, Centre Max Weber/ENS de Lyon, ENS de Lyon dans The Conversation

« Et si les sociétés humaines étaient structurées par quelques grandes propriétés de l’espèce et gouvernées par des lois générales ? Et si leurs trajectoires historiques pouvaient mieux se comprendre en les réinscrivant dans une longue histoire évolutive ? Dans une somme importante récemment parue aux Éditions de la Découverte, Bernard Lahire propose une réflexion cruciale sur la science sociale du vivant. Extraits choisis de l’introduction. »

« D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? » [Ces questions] relèvent non de la pure spéculation, mais de travaux scientifiques sur la biologie de l’espèce et l’éthologie comparée, la paléoanthropologie, la préhistoire, l’histoire, l’anthropologie et la sociologie.

C’est avec ce genre d’interrogations fondamentales que cet ouvrage cherche à renouer. Si j’emploie le verbe « renouer », c’est parce que les sciences sociales n’ont pas toujours été aussi spécialisées, enfermées dans des aires géographiques, des périodes historiques ou des domaines de spécialité très étroits, et en définitive coupées des grandes questions existentielles sur les origines, les grandes propriétés et le devenir de l’humanité.

Les sociologues notamment n’ont pas toujours été les chercheurs hyperspécialisés attachés à l’étude de leurs propres sociétés (industrialisées, étatisées, bureaucratisées, scolarisées, urbanisées, etc.) qu’ils sont très largement devenus et n’hésitaient pas à étudier les premières formes de société, à établir des comparaisons inter-sociétés ou inter-civilisations, ou à esquisser des processus de longue durée.

De même, il fut un temps reculé où un anthropologue comme Lewis H. Morgan pouvait publier une étude éthologique sur le mode de vie des castors américains et où deux autres anthropologues étatsuniens, Alfred Kroeber et Leslie White, « ne cessèrent d’utiliser les exemples animaux pour caractériser la question de l’humanité » ; et un temps plus récent, mais qui nous paraît déjà lointain, où un autre anthropologue comme Marshall Sahlins pouvait publier des articles comparant sociétés humaines de chasseurs-cueilleurs et vie sociale des primates non humains.

Mais ce qui a changé de façon très nette par rapport au passé des grands fondateurs des sciences sociales, c’est le fait que la prise de conscience écologique – récente dans la longue histoire de l’humanité – de la finitude de notre espèce pèse désormais sur le type de réflexion que les sciences sociales peuvent développer. Ce nouvel « air du temps », qui a des fondements dans la réalité objective, a conduit les chercheurs à s’interroger sur la trajectoire spécifique des sociétés humaines, à mesurer ses effets destructeurs sur le vivant, qui font peser en retour des menaces d’autodestruction et de disparition de notre espèce. Ces questions, absentes de la réflexion d’auteurs tels que Durkheim ou Weber, étaient davantage présentes dans la réflexion de Morgan ou de Marx, qui avaient conscience des liens intimes entre les humains et la nature, ainsi que du caractère particulièrement destructeur des sociétés (étatsunienne et européenne) dans lesquelles ils vivaient.

Cinéma et littérature ont pris en charge ces interrogations, qui prennent diversement la forme de scénarios dystopiques, apocalyptiques ou survivalistes. Et des essais « grand public » rédigés par des auteurs plus ou moins académiques, de même que des ouvrages plus savants, brossent depuis quelques décennies des fresques historiques sur la trajectoire de l’humanité, s’interrogent sur ses constantes et les grandes logiques qui la traversent depuis le début, formulent des théories effondristes, etc.

Comme souvent dans ce genre de cas, la science a été plutôt malmenée, cédant le pas au catastrophisme (collapsologie) ou au prométhéisme (transhumanisme) et à des récits faiblement théorisés, inspirés parfois par une vision angélique ou irénique de l’humanité. Cette littérature se caractérise aussi par une méconnaissance très grande, soit des travaux issus de la biologie évolutive, de l’éthologie, de la paléoanthropologie ou de la préhistoire, soit des travaux de l’anthropologie, de l’histoire et de la sociologie, et parfois même des deux, lorsque des psychologues évolutionnistes prétendent pouvoir expliquer l’histoire des sociétés humaines en faisant fi des comparaisons inter-espèces comme des comparaisons inter-sociétés.

Cette situation d’ensemble exigeant une forte conscience de ce que nous sommes, elle me semble favorable à une réflexion scientifique sur les impératifs sociaux transhistoriques et transculturels, et sur les lois de fonctionnement des sociétés humaines, ainsi qu’à une réinscription sociologique de la trajectoire de l’humanité dans une longue histoire évolutive des espèces.

Elle implique pour cela de faire une nette distinction entre le social – qui fixe la nature des rapports entre différentes parties composant une société : entre les parents et les enfants, les vieux et les jeunes, les hommes et les femmes, entre les différents groupes constitutifs de la société, entre « nous » et « eux », etc. – et le culturel – qui concerne tout ce qui se transmet et se transforme : savoirs, savoir-faire, artefacts, institutions, etc. –, trop souvent tenus pour synonymes par les chercheurs en sciences sociales, sachant que les espèces animales non humaines ont une vie sociale mais pas ou peu de vie culturelle en comparaison avec l’espèce humaine, qui combine les deux propriétés.

Si les éthologues peuvent mettre au jour des structures sociales générales propres aux chimpanzés, aux loups, aux cachalots, aux fourmis ou aux abeilles, c’est-à-dire des structures sociales d’espèces non culturelles, ou infiniment moins culturelles que la nôtre, c’est parce que le social ne se confond pas avec la culture.

À ne pas distinguer les deux réalités, les chercheurs en sciences sociales ont négligé l’existence d’un social non humain, laissé aux bons soins d’éthologues ou d’écologues biologistes de formation, et ont fait comme si le social humain n’était que de nature culturelle, fait de variations infinies et sans régularités autres que temporaires, dans les limites de types de sociétés donnés, à des époques données. Certains chercheurs pensent même que la nature culturelle des sociétés humaines – qu’ils associent à tort aux idées d’intentionnalité, de choix ou de liberté – est incompatible avec l’idée de régularité, et encore plus avec celle de loi générale.

C’est cela que je remets profondément en cause dans cet ouvrage, non en traitant de ce problème abstraitement, sur un plan exclusivement épistémologique ou relevant de l’histoire des idées, mais en montrant, par la comparaison interspécifique et inter-sociétés, que des constantes, des invariants, des mécanismes généraux, des impératifs transhistoriques et transculturels existent bel et bien, et qu’il est important de les connaître, même quand on s’intéresse à des spécificités culturelles, géographiques ou historiques.

Cette conversion du regard nécessite un double mouvement : d’une part, regarder les humains comme nous avons regardé jusque-là les non-humains (au niveau de leurs constantes comportementales et de leurs structures sociales profondes) et, d’autre part, regarder les non-humains comme nous avons regardé jusque-là les humains (avec leurs variations culturelles d’une société à l’autre, d’un contexte à l’autre, d’un individu à l’autre, etc.).

L’auteur vient de publier Les structures fondamentales des sociétés humaines, aux Éditions La Découverte, août 2023.

Mesure de l’évolution prix : quelle pertinence méthodologique ?

Mesure de l’évolution prix : quelle pertinence méthodologique ?


Les écarts entre l’inflation réelle et celle perçue par les ménages et les erreurs de prévision des économistes sur son évolution soulignent les imperfections de l’indice des prix, observe Marie Charrel, journaliste au « Monde ».


De fait cet indice des prix à la consommation n’est représentatif que de ceux dont la structure de consommation est conforme au panier type. Or il y a coup de dispersion autour de cette moyenne Le problème est que cette indice connaît des déformations régulières qui ne sont pas intégrées à temps, des déformations structurelles ( Exemple la montée régulière des dépenses contraintes) tout autant que des déformations conjoncturelles . Du coup quand on annonce en France une évolution en hausse des prix de l’ordre de 5 %, souvent cette évolution est plus proche de 10 % et inversement en période de déflation. NDLR

Le pouvoir d’influence de Beyoncé ne se limite pas à la scène pop et aux ventes de disques. Selon Michael Grahn, chef économiste de la Danske Bank à Stockholm, il s’étend même jusqu’à… l’inflation. De passage dans la capitale suédoise les 10 et 11 mai, la chanteuse américaine a attiré quelque 90 000 spectateurs à ses deux concerts. Cet afflux de visiteurs aurait, selon lui, fait grimper l’indice suédois des prix à la consommation de 0,2 % en mai, où il s’est établi à 9,7 % au total. A eux seuls, les prix dans les hôtels et restaurants ont bondi de 3,3 %.

Si la théorie de M. Grahn ne convainc pas tout le monde, elle a le mérite de rappeler que l’inflation est un indicateur imparfait, en partie influencé par des phénomènes inattendus. Ces derniers sont souvent moins anecdotiques que la tournée de « Queen B » – à l’exemple de la guerre en Ukraine et de la douloureuse flambée des matières premières qu’elle a alimentée. Dans un autre registre, le prix des oignons en Inde, produit de base de l’alimentation locale, détermine en grande partie les variations de l’inflation dans le pays. Et les politiques le surveillent de près, car sa flambée, en général accompagnée de colère populaire, est susceptible de faire tomber les gouvernements.

En Europe, le débat récurrent porte plutôt sur l’écart entre l’indice des prix à la consommation (l’IPC, ou sa version harmonisée par Eurostat, l’IPCH) et l’inflation perçue par les ménages. Une étude publiée mi-juin par les économistes d’Allianz souligne ainsi que cette dernière s’établissait à 16,1 % en mai, contre 6,1 % pour l’IPCH. « Comme observé durant la crise de 2008, cet écart s’est creusé ces derniers mois », détaillent les auteurs. Mais, cette fois, celui-ci devrait durer plus longtemps, estiment-ils. Avec un risque : plus les ménages anticipent une hausse des prix, plus ils modifient leurs comportements d’achat et d’épargne en conséquence.

De nouvelles technologies pour suivre l’évolution de la consommation énergétique et son impact

De nouvelles technologies pour suivre l’évolution de la consommation énergétique et son impact

 

L’industrie manufacturière consomme 54% de l’énergie mondiale et contribue à 20% des émissions de CO2 dans le monde*. Dans ce contexte émergent toutefois de nombreuses technologies liées à l’industrie 4.0 permettant des remontées de données précieuses. Objectif ? Aider les industriels à mieux suivre précisément leur consommation d’énergie, alerter des dérives et intervenir immédiatement, mais également améliorer la gestion de leurs déchets et leur consommation d’eau tout en impliquant leurs collaborateurs. Par Gilles Pacaud, Directeur Rockwell Automation France ( dans la Tribune)
Une réflexion sur les nouveaux outils pour mieux suivre l’évolution de la consommation énergétique et son impact dans l’industrie. Mais des outils dont certains pourraient aussi être utilisés par les particuliers NDLR
 
L’impact environnemental de l’industrie est pointé du doigt. En outre, les contraintes réglementaires se renforcent, à l’exemple de la directive Ecodesign de l’Union européenne, ensemble d’exigences obligatoires visant à améliorer l’efficacité énergétique et à réduire les émissions de gaz à effet de serre.Heureusement, les nouvelles technologies permettent aujourd’hui de rendre beaucoup plus efficiente l’usine et réduire l’empreinte énergétique d’un produit, depuis sa fabrication à sa fin de vie en passant par son utilisation. Les entreprises peuvent ainsi devenir plus « compliant » et se conformer aux exigences applicables en matière de santé, de sécurité, de performance et d’environnement. Ces technologies peuvent les aider à prendre en compte, dès leur conception l’ensemble du cycle de vie des produits, y compris l’installation, l’exploitation, la maintenance et la fin de vie.Des applications d’eau intelligentes permettent par exemple d’améliorer la qualité, l’efficacité et la sécurité des entités municipales et des industries à forte consommation d’eau, à la gestion et au recyclage des déchets pour permettre l’économie circulaire, de nombreuses solutions matures sont à la disposition des entreprises. Ces technologies renforcent la supplychain en donnant à l’entreprise une visibilité et un suivi de toutes les opérations nécessaires à la fabrication d’un produit et impliquent un maximum de personnes autour de l’impact environnemental.

Grâce à la technologie de contrôle et d’automatisation, un important Institut américain de recherche sur l’eau espère transformer le drainage minier acide en une ressource capable d’alimenter la plupart des appareils et systèmes modernes actuels. Les chercheurs ont conçu et construisent actuellement une usine chargée de traiter la contamination due au drainage minier acide et de renvoyer de l’eau propre dans les rivières et les ruisseaux tout en extrayant des éléments de terres rares et des minéraux essentiels.

Un fabricant de panneaux solaires possède aujourd’hui une usine contrôlée par une architecture de type Industrie 4.0 facilitant la communication entre machines et opérateurs, l’utilisation de l’intelligence artificielle et la connectivité de l’Internet des objets (IoT) afin de produire un degré supérieur d’automatisation, de précision et d’amélioration continue.

Des applications logicielles existent également afin d’aider les clients à gérer, signaler, contrôler et optimiser la consommation d’énergie dans leurs processus de production. À partir de tableaux de bord, les utilisateurs peuvent visualiser la consommation à tous les niveaux (site, zone, ligne et machine) et identifier les domaines à optimiser. Intelligentes et évolutives, ces plateformes collectent et intègrent de manière transparente les données de gestion de l’énergie aux systèmes de production, de contrôle et d’information.

Aussi, des contrats de services de durabilité reposant sur le numérique aident les usines à réduire les déchets et à surveiller, gérer et recycler leurs actifs de production d’une manière plus responsable. Autre sujet, la remise à neuf et la réparation d’équipements usagés font l’objet de programmes d’accompagnements. L’Association for Sustainable Manufacturing estime que cette remise à neuf (ou retrofit) permet d’économiser en moyenne 85% d’énergie, de l’eau et des matériaux utilisés par rapport à un produit nouvellement fabriqué.

Naturellement, le développement durable n’inclut pas uniquement le climat et la préservation de l’environnement. Il intègre pleinement l’humain, en particulier, dans le milieu professionnel. À ce titre, l’enquête annuelle Global Voices** a récemment démontré que 85% des personnes ont connu des niveaux plus élevés d’épuisement, tandis que 40% ont signalé une baisse de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Cet équilibre et le bien-être au travail apparaissent désormais comme des priorités et des composantes essentielles du développement durable.

 

* Selon le World Economic Forum (« Net-Zero in Manufacturing Value Chains Initiative »)

** Informations complémentaires dans le Rapport 2021 sur le développement durable de Rockwell Automation

L’évolution du concept de travail chez les jeunes

L’évolution du concept de travail chez les jeunes

Face au travail, la jeunesse n’est pas homogène. Entre jeunes diplômés qui réclament du sens et ceux qui aimeraient simplement avoir un emploi, les aspirations sont diverses. La valeur travail n’a pas disparu pour les jeunes générations mais elle n’est plus au centre de leur existence. (Cet article est issu de T La Revue de La Tribune – N°9 « Travailler, est-ce bien raisonnable? », actuellement en kiosque)

Du sens et de l’éthique : c’est ce que réclament les générations Y (née dans les années 1990) et Z (entre 1997 et 2010) dans leur rapport au travail. Une proportion non négligeable de diplômés des grandes écoles – environ 30 % selon Arthur Gosset, jeune ingénieur nantais en rupture de ban (voir son portrait ci-dessous) – refuse désormais d’envisager une carrière au sein d’entreprises peu scrupuleuses en matière d’environnement, de respect des salariés ou de la diversité. À l’autre extrémité du spectre, les jeunes peu ou pas diplômés cherchent avant tout un emploi pour subvenir à leurs besoins. En fait, considérer « les jeunes » comme une catégorie homogène est une erreur. Pour Julie Bene, qui a réalisé en 2019 l’étude « Les jeunes face au travail, un regard ambivalent reflet de disparités » pour l’INJEP (Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire), « on a tendance à opposer la jeunesse aux autres générations. Cette approche est trop globalisante. Les plus dotés socialement ont les situations d’emploi les plus favorables, des CDI à temps plein par exemple, et ils sont plus sensibles à ce qu’on appelle la dimension expressive du travail : avoir un poste intéressant, avec des responsabilités, utile à la société. Les jeunes en difficulté mettent plus l’accent sur la sécurité de l’emploi. Pour eux, cette dimension expressive passe clairement au second plan ». Un point commun à tous ces jeunes, quelle que soit leur situation professionnelle, est l’importance du travail dans leur vie. « Dire que la valeur travail a disparu pour eux n’est pas forcément vrai. De plus, cette tendance n’est pas née avec les Gen Y et Z, contrairement à ce que l’on pourrait penser. Elle existait déjà pour les générations précédentes. On trouve des articles sur ce thème de la remise en cause du travail par les jeunes depuis les années 1980 » précise Julie Bene. En revanche, celui-ci n’est plus le centre de leur existence, comme il a pu l’être pour leurs parents et grands-parents. Famille, amis, loisirs comptent aussi énormément. Comme l’expliquent les sociologues Dominique Méda et Patricia Vendramin dans leur livre Réinventer le travail, (PUF, 2013), les jeunes sont porteurs d’une « conception polycentrique de l’existence » : leur vie, leur identité, leur système de valeurs sont organisés autour de plusieurs sphères (travail, famille, loisirs, etc.) formant un tout plus ou moins cohérent.

Télétravail et Grande Démission

Pour les jeunes interrogés dans l’étude INJEP, l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle est très important (51 %) ou important (44 %). Largement devant le fait d’être utile à la société dans le cadre de son emploi (29 % et 59 %) ou le niveau de rémunération (28 % et 64 %). Depuis juin 2019, date de la publication de cette étude, un élément nouveau est apparu : la crise sanitaire, qui a profondément affecté les 18-30 ans. Jean-Laurent Cassely, essayiste et journaliste, a écrit en 2017 La révolte des premiers de la classe : métiers à la con, quête de sens et reconversions urbaines (Arkhê). Cinq ans et une pandémie plus tard, cette quête de sens existe toujours selon lui, mais le Covid a réorienté les priorités des jeunes diplômés : « Tous les DRH que je rencontre me disent la même chose. Quand ils arrivent à un entretien d’embauche, les premières questions des jeunes impétrants sont « Quelles sont les conditions de télétravail ? Quel est le niveau de flexibilité de votre organisation ? ». Certains obtiennent même des « full remote » (temps plein à distance) ». Pour les jeunes salariés peu qualifiés qui exercent dans les métiers de service comme la restauration, le e-commerce ou la santé, les « deuxième ligne », on assiste à une vague de démissions. « Ces jeunes qui étaient pris dans l’urgence avant le Covid ont bénéficié d’un chômage technique qui leur a donné le temps de réfléchir. Ils se sont mis à reconsidérer leur emploi et leur place dans la société. Certains, démotivés, n’ont pas repris leur poste » explique Jean-Laurent Cassely. Ce n’est pas encore la Grande Démission américaine, qui a vu à partir de juillet 2020 des millions d’Américains insatisfaits de leur travail ou de leur salaire quitter leur emploi. Mais le mouvement existe : 1 300 étudiants en soins infirmiers ont démissionné entre 2018 et 2021 selon le ministre de la santé Olivier Véran en visite à l’hôpital de Blois (Loir-et-Cher) le 28 octobre 2021. Le secteur de l’hôtellerie-restauration a perdu 237 000 employés pendant la crise sanitaire selon la Dares (Direction de l’Animation de la recherche, des Études et des Statistiques). Or, 40 % des salariés de ce secteur ont moins de 30 ans selon Pôle Emploi.

L’entreprise rêvée : locale et solidaire

Face à un avenir incertain, les jeunes se tournent vers l’État. D’après l’enquête du Crédoc, « Conditions de vie et aspirations janvier 2020 et janvier 2021 », 29 % aimeraient que les pouvoirs publics les aident à trouver un emploi, soit une progression de 8 points pour cet indicateur depuis 2020. Mais qu’attendent-ils du secteur privé ? C’est le sujet de l’étude « Les jeunes et l’entreprise » de novembre 2021 réalisée par la Fondation Jean-Jaurès, la Macif et BVA. Premier enseignement : quand on évoque l’entreprise, le premier terme employé par les jeunes est travail (40 %), loin devant salaire (12 %) ou argent (14 %). Pour les 18/24 ans, le rôle principal d’une entreprise est avant tout de créer de l’emploi et d’embaucher des gens (57 %). Viennent ensuite son utilité pour la société (19 %) et donner les moyens aux salariés de s’épanouir professionnellement (15 %). Ils ne sont que 11 % à citer « anticiper les transformations sociales et environnementales ». La « génération climat » représentée par Greta Thunberg est encore très minoritaire. L’idée répandue que la jeunesse actuelle réclame un engagement fort des entreprises en matière sociétale est tempérée par les résultats de cette étude. Seuls 29 % (mais 40 % des Bac+3) estiment que l’entreprise doit aujourd’hui s’engager en priorité en faveur de la préservation de l’environnement, 27 % contre le racisme et les discriminations, 25 % contre les inégalités entre les femmes et les hommes et 22 % contre les inégalités et la pauvreté. Néanmoins, ces jeunes-là ont bien changé depuis les années 1980, quand le but était d’intégrer un grand groupe et d’y faire carrière. Leur entreprise idéale est d’abord locale (39 % et jusqu’à 43 % en province), c’est une start-up (26 %) ou une ESS (entreprise de l’économie sociale et solidaire) (25 %). Les rois du CAC 40 ne séduisent que 13 % (mais quand même 22 % des Bac +3) des répondants. Une fois embauchés, les 18/24 veulent que l’entreprise leur démontre du respect (58 %) et de la confiance (45 %), loin devant l’engagement (17 %) ou l’exemplarité (9 %). Enfin, une forte proportion (43 %, et 54 % pour ceux qui rêvent du CAC 40) cherche d’abord un poste bien payé, et ensuite seulement une activité intéressante (32 %) et du temps disponible pour leur vie personnelle (30 %). Le télétravail, popularisé durant la crise sanitaire, intéresse 4 jeunes sur 10 qui souhaitent avoir la possibilité de travailler depuis chez eux quelques fois (42 %). Face au travail, les jeunes sont à la fois semblables à leurs aînés (avoir un bon salaire et un job intéressant) et différents (plus de valeurs, un meilleur équilibre entre vie professionnelle et personnelle). Comme le souligne la sociologue Patricia Vendramin dans le numéro 86 de la revue Agora Débats/Jeunesse d’octobre 2020, pour cette jeunesse de 2022, « le travail continue à jouer le rôle de grand intégrateur social ».

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Arthur Gosset, l’ingénieur en rupture (Nantes)

 

Arthur Gosset, 24 ans, ingénieur diplômé de Centrale Nantes en génie environnemental, n’ira pas travailler dans une multinationale. Il fait partie de cette génération pour qui l’adéquation entre son emploi et ses valeurs n’est pas négociable. En 2019, il réalise Ruptures, un documentaire sur le changement de cap des étudiants des grandes écoles face aux enjeux écologiques et sociaux de notre époque. Il y suit six jeunes qui ont choisi de vivre conformément à leurs convictions et cela « quoi qu’il en coûte ». Un an avant, Nicolas Hulot était ministre de la Transition écologique, des marches pour le climat avaient rassemblé des milliers de jeunes, 35 000 étudiants prêts à boycotter les entreprises qui ne s’engagent pas pour la planète quitte à gagner moins avaient signé un manifeste. « Une de mes amies a décidé de faire son stage de deuxième année dans une association au lieu d’un grand groupe. Son père a arrêté de lui parler car, pour lui, c’était un échec dans son parcours professionnel. J’ai voulu évoquer ces choix et les ruptures qu’ils peuvent provoquer » explique Arthur Gosset. Depuis, il organise des projections dans les grandes écoles, les entreprises et les associations pour présenter ces six parcours à d’autres jeunes qui s’interrogent sur leur avenir. « Il existe une prise de conscience dans les grandes écoles qui forment les élites afin de réadapter leurs cursus en prenant en compte les enjeux environnementaux et sociaux » se félicite le jeune ingénieur. Quant aux grands groupes, « ils n’ont pas tous forcément compris qu’on recherche des jobs utiles et soutenables » ajoute le néo-documentariste. Pour lui, il y a urgence : selon une étude de The Lancet Planetary Health de septembre 2020, 75 % des 16-25 ans ont peur de l’avenir et sont atteints d’éco-anxiété. Entre valeurs personnelles et peur de décevoir leurs proches, ou d’être déclassés socialement, les jeunes diplômés ont du mal à se situer. Arthur Gosset et sa compagne eux ont choisi. Ils ont d’autres projets de documentaires et vont créer leur entreprise pour concilier travail et convictions.

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Chloé Coudray, la future énarque qui veut partager l’éco (Paris)

 

Chloé Coudray, 24 ans, diplômée en droit et sciences économiques, prépare l’ENA. Elle s’intéresse aussi à l’économie et a cofondé le think-tank Partageons l’Éco, qui a pour objectif de vulgariser l’économie en partenariat avec l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il publie des fiches concepts, des graphiques et des articles sur l’actualité économique. « Je partage les aspirations des jeunes d’aujourd’hui mais je ne suis pas en rupture avec les grands groupes. Je pense qu’il est possible de les faire évoluer de l’intérieur » explique la jeune femme. Pour elle, ces grandes entreprises critiquées par certains sont un pôle de stabilité et de crédibilité, dans lequel les jeunes peuvent inscrire leurs valeurs. « Il s’agit d’agir en interne pour les amener vers les mêmes objectifs de respect de l’environnement et d’éthique que réclame la jeunesse actuelle. Dans le logement, certains urbanistes préconisent de réhabiliter plutôt que détruire et reconstruire de zéro. La même méthode peut être appliquée dans ces grandes entreprises » estime la future haute fonctionnaire. Mais comment réformer ces grosses structures très hiérarchisées de l’intérieur ? Chloé Coudray estime, après plusieurs stages en entreprise, que les jeunes sont désormais écoutés : « On nous fait davantage confiance. Je pense que nous pouvons être une source d’inspiration qui influencera les décideurs ». Étudiante à la Sorbonne, elle a côtoyé des étudiants révoltés, « parfois peu mesurés et peu crédibles » selon elle, qui se construisent contre ces grands groupes. Doit-on s’attendre à un schisme entre des diplômés qui refusent toute compromission et ceux qui acceptent de jouer le jeu ? « Le marché du travail est déjà polarisé entre les plus qualifiés et ceux qui ont moins de diplômes. Il y aura sans doute une seconde division de ce type. J’espère que nous arriverons à travailler ensemble pour ne pas créer de rupture intragénérationnelle » conclut l’étudiante.

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Article issu de T La Revue n°9 « Travailler, est-ce bien raisonnable? » – Actuellement en kiosque et disponible sur kiosque.latribune.fr/t-la-revue

L’évolution de la cryptographie dans un monde postquantique

L’évolution de la cryptographie dans un monde  postquantique 

 

Dans une tribune au « Monde », Ludovic Perret, spécialiste de systèmes cryptographiques censés résister aux capacités de calcul décuplées de l’ordinateur quantique, estime urgent que les instances européennes se saisissent des nouvelles normes. Un enjeu économique crucial, selon lui.

 

Tribune.

 Avec l’avènement de l’ordinateur quantique, les outils cryptographiques actuels deviennent vulnérables et vont devoir être remplacés par des systèmes dits postquantiques. Le postquantique, longtemps cantonné à une communauté restreinte de chercheurs, a soudainement basculé vers un sujet industriel majeur et qui nous concerne tous.

L’impact économique des systèmes cryptographiques que l’on trouve dans toutes les transactions en ligne ou par cartes bancaires par exemple est colossal. En 2018, une étude estimait que la création de l’AES (Advanced Encryption Standard), norme « préquantique » de chiffrement à clé secrète publié par le NIST, l’agence de normalisation américaine, au début des années 2000, a créé un marché d’au moins 250 milliards de dollars entre 1996 et 2017. Les retombées devraient être bien supérieures pour le postquantique.

Pour s’y préparer, en 2017, le NIST a lancé un processus afin de renouveler les normes actuelles de cryptographie à clé publique par de nouveaux algorithmes postquantiques. Après trois ans et plusieurs étapes de sélection, l’annonce des vainqueurs est attendue dans les prochains jours.

La finalisation du processus postquantique du NIST n’est qu’une première étape dans le déploiement de cette cryptographie de nouvelle génération. L’ensemble des protocoles de sécurité doit maintenant s’adapter à ces nouvelles normes. Le travail est colossal et de nombreux autres organismes de normalisation travaillent actuellement à l’intégration du postquantique dans divers protocoles. En particulier, l’European Telecommunications Standards Institute (ETSI) est l’organisme de normalisation européen qui est aujourd’hui le plus actif dans le postquantique.

Cette norme doit aussi se comprendre comme un outil de conquête économique : qui contrôle la norme contrôle le marché. Or, la normalisation postquantique reste un point faible dans les ambitions industrielles et de souveraineté technologique européennes.

Pourtant, l’Europe est consciente de l’importance de cet aspect, comme le rappelait Thierry Breton, commissaire européen au marché intérieur : « Les normes technologiques revêtent une importance stratégique. La souveraineté technologique de l’Europe, sa capacité à réduire les dépendances et à protéger les valeurs de l’Union européenne dépendront de notre aptitude à être un organisme de normalisation mondial. »Le nouveau texte de la Commission prévoit d’associer obligatoirement des agences de normalisation nationales, comme l’Afnor, dans la définition d’une norme européenne

 

L’évolution des guerres d’influence des Etats

L’évolution des guerres d’influence 

Dans un ouvrage accessible et truffé d’exemples, le spécialiste des relations internationales Frédéric Charillon analyse la façon dont les pays séduisent, attirent et rémunèrent des cibles qu’ils souhaitent influencer. (Analyse du livre de Frédéric Charillon par le » Monde »

 

 

 

Plus le monde se complexifie, plus les conflits sont illisibles. A partir de cette équation, Frédéric Charillon, spécialiste des relations internationales, s’empare de la thématique de la guerre pour alerter sur la nuance entre « soft power » et « influence ». Si la première expression signifie « la capacité d’influencer les autres afin d’obtenir d’eux les résultats souhaités, par l’attraction et la persuasion, plutôt que par la coercition », il en va autrement de la seconde.

 

L’influence, pour Frédéric Charillon, « consiste pour un acteur A à faire faire par un acteur B ce qu’il n’aurait pas fait autrement, et ce sans recourir à la contrainte ». Or, au fil du temps, le concept s’est épaissi : l’influence suppose, désormais, un processus de fabrication et surtout de rémunération, contrairement au soft power. Elle ne s’oppose pas à la puissance. Et n’a rien à voir avec la propagande ni avec le lobby. Mais elle peut être aussi menaçante en dernier recours, corruptible à tout instant et cohabite avec les guerres hybrides. Selon cette lecture, la crise ukrainienne serait le théâtre d’une opposition entre un soft power américain et une guerre d’influence russe.

Légitimer le concept d’influence à l’aune du pivot de la géopolitique mondiale vers l’Indo-Pacifique, telle est l’ambition de Frédéric Charillon, qui décrypte les nouveaux usages des Etats en termes de séduction, d’attraction et surtout de rémunération des cibles à influencer. Mission accomplie et démonstration convaincante quand on referme ce livre accessible, truffé d’exemples et de références. Selon lui, parler aujourd’hui de « guerres d’influence » s’impose, car le passage du transatlantique vers l’Indo-Pacifique induit un changement d’échelle dans le débat géopolitique. Il consacre, en effet, l’avènement des stratégies indirectes propres à l’Asie, au moment où l’Occident sort laborieusement de deux décennies de stratégies directes et frontales.

 

Ainsi, les relations internationales seraient, au XXIe siècle, soumises à trois modèles d’influence : le modèle occidental, démocratique et libéral, en plein doute cependant sur ses capacités à séduire. Le modèle impérial et autoritaire (Russie, Turquie, Chine), dont les diplomaties de nuisance ne visent qu’à sauver des régimes tout en déstabilisant leur proie. Enfin, le modèle confessionnel fondé sur les croyances (Etats de la péninsule arabe), handicapé par une réputation sulfureuse.

Cette rencontre des modèles déboucherait, selon l’universitaire, sur trois types de stratégies : le retour aux sphères d’influence défendu par les régimes autoritaires adeptes d’un monde multipolaire ; l’émergence de « joint-ventures » entre Etats, où la logique du partenariat l’emporterait sur celle des alliances ; enfin, les rivalités entre les Etats et les géants du Net (Gafam), avatar des tensions entre le monde réel et le monde virtuel. Autrement dit, une nouvelle forme de batailles des valeurs dans un monde toujours aussi fidèle aux logiques de domination et de prédation.

L’évolution du concept de management

L’évolution du concept de management

Le professeur de sciences de gestion Eric Godelier retrace, dans une tribune au « Monde »(extrait) , l’essor historique d’une fonction devenue porteuse de valeurs et de pratiques aujourd’hui contestées.

 

Tribune.

 Aujourd’hui, le manageur est de plus en plus sommé d’innover. Dans le même temps, il se voit reprocher son conservatisme et sa propension à inventer des procédures bureaucratiques là où le « bon sens » pourrait suffire. Dans son travail, le manageur apparaît ainsi porteur d’une certaine vision du monde.

Par ses positions ou ses actions, le manageur serait incapable de revoir radicalement l’organisation et les objectifs de l’entreprise alors que s’affirment des nouvelles revendications à l’endroit des grands groupes : développement durable, transition énergétique, transparence des décisions et de la gouvernance, etc.


De quel pouvoir dispose-t-il réellement, coincé entre les demandes des actionnaires, le poids des ingénieurs et des scientifiques, sans oublier les salariés de la « génération Z », qui aspirent à plus d’autonomie, de liberté ? Ses valeurs et ses intérêts semblent de plus en plus en contradiction avec le monde moderne. Le manageur est-il amené à disparaître au profit des entrepreneurs et des « startupeurs » ? Les difficultés actuelles des grandes entreprises vont-elles entraîner la mise au rebut de cette figure de l’organisation « à l’ancienne » ?

Répondre à cette question suppose de comprendre ce que font les manageurs au quotidien. Dans son ouvrage sur la naissance du management (The Genesis of Modern Management. A Study of the Industrial Revolution in Great Britain, 1965, non traduit), l’historien britannique Sidney Pollard (1925-1998) décrit la montée des premiers manageurs à partir de la fin du XVIIIe siècle. Chargés de conduire les affaires pour le compte d’aristocrates ou de grands bourgeois, ils doivent veiller à la valorisation des actifs du patrimoine de ces riches familles (mines, forges, textile, etc.). Ils recrutent les travailleurs ; ils développent des méthodes de comptabilité ; ils apprennent à vendre. Ils conçoivent des investissements dans des outils de production de plus en plus complexes et capitalistiques. Avec la révolution industrielle, ils inventent de nouvelles méthodes de financement. Au fil du XIXe siècle, les manageurs s’imposent comme une catégorie sociale distincte des familles d’entrepreneurs ou des salariés.

Au tournant du XXe siècle, le management devient une profession. Les Etats-Unis s’imposent et, avec eux, la figure du manageur. Pour l’historien américain Alfred Chandler (1918-2007), la figure moderne du manageur naît avec les conglomérats dans la sidérurgie, les mines, la chimie, le textile ou les chemins de fer. Ils arrivent ensuite dans la banque, plus tard dans les premiers commerces de grande échelle. Salariés, ils peuplent les multiples échelons de la hiérarchie administrative d’entreprises de plus en plus imposantes.

L’évolution du concept de décroissance

L’évolution du concept de décroissance

 

L’historien François Jarrige retrace, dans une tribune au « Monde », les évolutions de ce concept depuis le XIXe siècle, quand il a fait surface en même temps que les premiers débats sur l’industrialisation du monde.(extrait)

 

Tribune. 

 

Chaque société a ses tabous ; ils s’accrochent parfois à des mots anodins ou étranges, comme celui de « décroissance », sans cesse repoussé et disqualifié depuis vingt ans. Anxiogène, peu mobilisateur, négatif, réactionnaire, lubie de riche ou concept (déjà) dépassé, tous les arguments éculés pour le discréditer ne peuvent résister au constat implacable, énoncé depuis des décennies maintenant, selon lequel l’extraction et l’accumulation matérielle atteignent leurs limites alors que les imaginaires dominants de la croissance nous poussent vers l’abîme.

Les grands médias s’intéressent aujourd’hui à la décroissance après des décennies de silence ou de déni. Ils y sont évidemment poussés par la force des choses, alors que le dernier rapport du GIEC conclut que « le changement climatique se généralise, s’accélère et s’intensifie ». Les pires prévisions, répétées depuis des décennies par ceux qui se disaient « décroissants », ne cessent de se confirmer, alors que s’impose l’urgence d’une réduction massive des émissions de CO2, c’est-à-dire de la plupart des flux de matières qui constituent le fondement de nos existences.

La décroissance n’est ni un programme d’action précis ni même une théorie, mais une aspiration née de la conscience aiguë des contradictions et impasses qui caractérisent nos modes de vie, nos infrastructures et nos imaginaires. Ce terme s’inscrit à la fois dans la longue durée des débats sur l’industrialisation du monde, et dans les temporalités plus courtes de l’évolution de l’écologie politique depuis les années 1970.

Envie d’en savoir plus sur la croissance et la décroissance ?

Longtemps, l’idée même de croissance économique n’avait aucun sens, la croissance renvoyant d’abord à la biologie pour décrire l’augmentation de taille des êtres vivants. Le terme fut repris par la théorie économique. Jusqu’au XIXe siècle, les sociétés vivaient dans un monde relativement stable, gérant la pénurie et des ressources contraintes. Dès les débuts de l’essor industriel, de nombreux doutes sont exprimés à l’égard du projet d’expansion continue de la production, et de nombreuses alertes sont formulées contre le projet moderne d’artificialisation du monde.

La question de la décroissance émerge surtout au XXe siècle, lorsque la croissance devient l’idéologie dominante et l’horizon principal. Le projet moderne d’accumulation matérielle s’intensifie en effet au milieu du XXe siècle ; de nouveaux critères économiques s’imposent afin de la mesurer et d’en faire une référence pour l’action publique (c’est le fameux PIB). C’est ce qui pousse certains observateurs et intellectuels à tenter d’ouvrir la « boîte noire » de la croissance, de pénétrer dans son fonctionnement, d’évaluer ses effets et ses impasses.

Economie- La décroissance : L’évolution du concept

Economie- La décroissance : L’évolution du concept

 

L’historien François Jarrige retrace, dans une tribune au « Monde », les évolutions de ce concept depuis le XIXe siècle, quand il a fait surface en même temps que les premiers débats sur l’industrialisation du monde.(extrait)

 

Tribune. 

 

Chaque société a ses tabous ; ils s’accrochent parfois à des mots anodins ou étranges, comme celui de « décroissance », sans cesse repoussé et disqualifié depuis vingt ans. Anxiogène, peu mobilisateur, négatif, réactionnaire, lubie de riche ou concept (déjà) dépassé, tous les arguments éculés pour le discréditer ne peuvent résister au constat implacable, énoncé depuis des décennies maintenant, selon lequel l’extraction et l’accumulation matérielle atteignent leurs limites alors que les imaginaires dominants de la croissance nous poussent vers l’abîme.

Les grands médias s’intéressent aujourd’hui à la décroissance après des décennies de silence ou de déni. Ils y sont évidemment poussés par la force des choses, alors que le dernier rapport du GIEC conclut que « le changement climatique se généralise, s’accélère et s’intensifie ». Les pires prévisions, répétées depuis des décennies par ceux qui se disaient « décroissants », ne cessent de se confirmer, alors que s’impose l’urgence d’une réduction massive des émissions de CO2, c’est-à-dire de la plupart des flux de matières qui constituent le fondement de nos existences.

La décroissance n’est ni un programme d’action précis ni même une théorie, mais une aspiration née de la conscience aiguë des contradictions et impasses qui caractérisent nos modes de vie, nos infrastructures et nos imaginaires. Ce terme s’inscrit à la fois dans la longue durée des débats sur l’industrialisation du monde, et dans les temporalités plus courtes de l’évolution de l’écologie politique depuis les années 1970.

Envie d’en savoir plus sur la croissance et la décroissance ?

Longtemps, l’idée même de croissance économique n’avait aucun sens, la croissance renvoyant d’abord à la biologie pour décrire l’augmentation de taille des êtres vivants. Le terme fut repris par la théorie économique. Jusqu’au XIXe siècle, les sociétés vivaient dans un monde relativement stable, gérant la pénurie et des ressources contraintes. Dès les débuts de l’essor industriel, de nombreux doutes sont exprimés à l’égard du projet d’expansion continue de la production, et de nombreuses alertes sont formulées contre le projet moderne d’artificialisation du monde.

La question de la décroissance émerge surtout au XXe siècle, lorsque la croissance devient l’idéologie dominante et l’horizon principal. Le projet moderne d’accumulation matérielle s’intensifie en effet au milieu du XXe siècle ; de nouveaux critères économiques s’imposent afin de la mesurer et d’en faire une référence pour l’action publique (c’est le fameux PIB). C’est ce qui pousse certains observateurs et intellectuels à tenter d’ouvrir la « boîte noire » de la croissance, de pénétrer dans son fonctionnement, d’évaluer ses effets et ses impasses.

Décroissance : L’évolution du concept

 

« La décroissance : L’évolution du concept

 

L’historien François Jarrige retrace, dans une tribune au « Monde », les évolutions de ce concept depuis le XIXe siècle, quand il a fait surface en même temps que les premiers débats sur l’industrialisation du monde.(extrait)

 

Tribune. 

 

Chaque société a ses tabous ; ils s’accrochent parfois à des mots anodins ou étranges, comme celui de « décroissance », sans cesse repoussé et disqualifié depuis vingt ans. Anxiogène, peu mobilisateur, négatif, réactionnaire, lubie de riche ou concept (déjà) dépassé, tous les arguments éculés pour le discréditer ne peuvent résister au constat implacable, énoncé depuis des décennies maintenant, selon lequel l’extraction et l’accumulation matérielle atteignent leurs limites alors que les imaginaires dominants de la croissance nous poussent vers l’abîme.

Les grands médias s’intéressent aujourd’hui à la décroissance après des décennies de silence ou de déni. Ils y sont évidemment poussés par la force des choses, alors que le dernier rapport du GIEC conclut que « le changement climatique se généralise, s’accélère et s’intensifie ». Les pires prévisions, répétées depuis des décennies par ceux qui se disaient « décroissants », ne cessent de se confirmer, alors que s’impose l’urgence d’une réduction massive des émissions de CO2, c’est-à-dire de la plupart des flux de matières qui constituent le fondement de nos existences.

La décroissance n’est ni un programme d’action précis ni même une théorie, mais une aspiration née de la conscience aiguë des contradictions et impasses qui caractérisent nos modes de vie, nos infrastructures et nos imaginaires. Ce terme s’inscrit à la fois dans la longue durée des débats sur l’industrialisation du monde, et dans les temporalités plus courtes de l’évolution de l’écologie politique depuis les années 1970.

Envie d’en savoir plus sur la croissance et la décroissance ?

Longtemps, l’idée même de croissance économique n’avait aucun sens, la croissance renvoyant d’abord à la biologie pour décrire l’augmentation de taille des êtres vivants. Le terme fut repris par la théorie économique. Jusqu’au XIXe siècle, les sociétés vivaient dans un monde relativement stable, gérant la pénurie et des ressources contraintes. Dès les débuts de l’essor industriel, de nombreux doutes sont exprimés à l’égard du projet d’expansion continue de la production, et de nombreuses alertes sont formulées contre le projet moderne d’artificialisation du monde.

La question de la décroissance émerge surtout au XXe siècle, lorsque la croissance devient l’idéologie dominante et l’horizon principal. Le projet moderne d’accumulation matérielle s’intensifie en effet au milieu du XXe siècle ; de nouveaux critères économiques s’imposent afin de la mesurer et d’en faire une référence pour l’action publique (c’est le fameux PIB). C’est ce qui pousse certains observateurs et intellectuels à tenter d’ouvrir la « boîte noire » de la croissance, de pénétrer dans son fonctionnement, d’évaluer ses effets et ses impasses.

Edouard Philippe : de la gauche au parti républicain, l’évolution d’un technocrate

 

Edouard Philippe : de la gauche au parti républicain, l’évolution d’un technocrate

 

 

Comme la plupart des technocrates Édouard Philippe aborde les enjeux majeurs de manière superficielle, globale et théorique. Certes comme Macron, il donne l’impression d’être intelligent et de posséder ses dossiers. La vérité c’est qu’il a complètement sous-estimé les conséquences de sa réforme et son entêtement correspond surtout à la posture politique qui pourrait lui donner un jour l’occasion de prétendre à la responsabilité de président de la république. De ce point de vue, avant toute décision gouvernementale, avant toute orientation législative il serait urgent de faire évaluer la fameuse réforme avec toutes ses exceptions et ses modifications par la Cour des Comptes. Il se pourrait en effet que la fameuse retraite à point soit plus coûteuse que l’ancienne même si cette dernière mérite d’être progressivement ajustée pour des raisons d’équité et d’équilibre financier. Édouard Philippe illustre parfaitement la dérive droitière d’une partie de la technocratie française. Certes, Édouard Philippe aime à rappeler que son grand-père était communiste mais rapidement E.  Philippe  a sans doute senti qu’une carrière politique n’était pas assurée  à  gauche. Alors qu’il était encore étudiant à l’institut d’études politiques de Paris et à l’ENA, il a  milité dans les années 90 au  parti socialiste, un passage au demeurant rapide avant de rejoindre les thèses de plus en plus libérales à de la droite. Un libéralisme d’autant plus dogmatique qu’il n’a pratiquement jamais travaillé dans le privé sinon comme lobbyiste. Il doit surtout sa carrière politique pour avoir été choisi par Alain Juppé comme membre du cabinet de ce dernier au ministère de l’écologie à partir de 2007. On pourrait citer nombre d’exemples de ces politiciens de carrière qui commencent  à gauche voire  à l’extrême gauche , qui flirtent ensuite avec la social-démocratie pour virer carrément à droite. Cohn-Bendit par exemple l’ancien révolutionnaire de 68,  devenu adepte de l’ultra libéralisme de Macron en est sans doute l’exemple le plus significatif. Même chose pour Romain Goupil,  le leader lycéen de 68. Avec l’âge, les bons dîners en ville, le patrimoine qui s’arrondit comme le ventre, les convictions s’amollissent !  Mais on pourrait citer nombre d’anciens responsables  du parti socialiste , anciens trotskistes ou maoïstes,  révolutionnaires de papier dans leur jeunesse qui ont ensuite nagé dans les eaux troubles du parti socialiste avant de rejoindre la droite puis  Macron. La vérité, c’est que le Premier ministre- comme nombre des professionnels de la politique -n’entretient qu’un rapport très approximatif avec les réalités économiques et sociales. En outre, il ne peut justifier d’aucun  passé professionnel qui légitime ses connaissances et ses orientations. Ce type de personnalité a besoin de se relégitimer en permanence en rajoutant du libéralisme au libéralisme. Un exercice d’autant plus facile qu’il n’en  mesure pas les conséquences. Dernier exemple en date, évidemment le report idiot et général de la retraite à 64 ans. Une réforme bête et inefficace. Si effectivement les Français doivent travailler davantage pour retrouver la compétitivité qui manque cruellement à l’économie ce n’est pas en retardant l’âge de la retraite 62 à 64 ans mais en augmentant la durée de travail annuelle des actifs puisque la France a la durée la plus faible de l’Europe ( ne parlons pas du monde). Aussi en  améliorant le rapport entre actifs et inactifs. La France est encore là le pays qui détient le record de personnes inactives comparées à ceux qui travaillent. Bref, Édouard Philippe est bien le fils spirituel de Juppé, un exemple de cette élite qui a transformé le mandat politique en métier, qui ne connaît rien aux réalités pour n’avoir pratiquement jamais travaillé dans le monde de la production et qui sans doute comme son mentor finira vraisemblablement au conseil constitutionnel et dans les pages oubliées de l’histoire .

 




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