Archive pour le Tag 'l’Europe'

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Le SMIC dans l’Europe : De 300 à 2300 €

Le SMIC dans l’Europe : De 300 à 2300 €

L’idée d’un salaire minimum commun en Europe est a priori intéressante. Mais névitablement l’harmonisation se fera sur une moyenne qui viendra affecter défavorablement ceux  qui sont en haut de l’écart. La France y compris. En effet les écarts vont de 300 € en Bulgarie à plus de 2000 € au Luxembourg.

 

De ce fait l’ harmonisation préconisée par Macron n’apportera pas grand chose de positif aux salariés français. Au 1er janvier 2022, parmi les 21 pays de l’UE qui disposent d’un salaire minimum, treize sont sous le seuil des 1.000 euros mensuels (avant impôt et contributions sociales). Les plus faibles sont enregistrés en Bulgarie (332 euros par mois), en Lettonie (500) et en Roumanie (515), a indiqué l’office européen des statistiques dans un communiqué.

Seuls six pays disposent d’un salaire minimum brut mensuel supérieur à 1.500 euros, les plus élevés étant au Luxembourg (2.257), en Irlande (1.775) et aux Pays-Bas (1.725). L’Allemagne (1.621) et la France (1.603) arrivent juste derrière la Belgique (1.658).

Brexit: une chute de 30 % des exportations britanniques vers l’Europe

  • Brexit: une chute de 30 % des  exportations britanniques vers l’Europe
  • L’impact du brexit  sur les échanges entre l’Europe et le Royaume-Uni est significatif même si la crise sanitaire a accentué la tendance. D’une manière générale, les Britanniques découvrent que le Brexit n’a pas apporté la prospérité annoncée par Boris Johnson. Bien au contraire, d’où la déconsidération du Premier ministre auprès de l’opinion qui s’ajoute à celle qui découle de la mauvaise gestion de la pandémie. Sur les dix premiers mois de 2021 (derniers chiffres disponibles), les exportations britanniques à destination de l’Union européenne ont chuté de 29 %, par rapport à leur niveau de 2019 (avant la pandémie). Dans le sens inverse, de l’Europe vers Royaume-Uni, le recul est de 15 %, selon des données communiquées par Bercy lors d’une conférence organisée jeudi dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne.

Zemmour ,Le Pen, Mélenchon contre l’Europe mais pour l’euro !

Zemmour ,Le Pen, Mélenchon contre l’Europe mais pour l’euro !

 

 Il y a évidemment quelque chose de paradoxal à entendre les critiques acerbes de Zemmour, Le Pen et de Mélenchon qui n’ont pas de mots assez durs pour condamner l’Europe. Le seul problème et pas des moindres c’est qu’aucun n(ose maintenant s’attaquer et même parler de la monnaie unique qui constitue pourtant l’axe central de la construction européenne. Il est vrai qu’en 2017 l’attaque frontale contre l’euro n’avait pas réussi politiquement et pour cause la majorité des Français veulent conserver cette unique monnaie unique qui nous garantit contre les dévaluations successives enregistrées précédemment le franc.

Certes l’Europe n’est pas sans défauts elle souffre en particulier justement d’une insuffisance de contenu politique dans nombre de secteurs régaliens. D’une manière générale, elle se limite trop aux dimensions économiques et financières. La protection de son économie est aussi insuffisante en particulier face à la pénétration chinoise.

La multiplication des discours eurosceptiques aurait pu en faire douter, mais la cote d’amour de l’euro est toujours aussi forte. Selon un baromètre annuel de la Commission européenne,auprès d’un échantillon représentatif de 17.500 citoyens des 19 pays de la zone euro, deux tiers des sondés (64 %) jugent que la monnaie unique est « une bonne chose » pour leur pays. Un niveau équivalent au sommet déjà atteint l’an passé. Les avis négatifs, avec seulement un sondé sur quatre jugeant que l’euro est une « mauvaise chose », atteignent à l’opposé un point bas historique.

Sur fond de Brexit ou encore de crise avec l’Italie, ce sondage vient ainsi confirmer une forme de résurgence du sentiment européen face aux difficultés qui fragilisent l’UE. Il fait écho à un autre baromètre de la Commission, qui notait en mai dernier que 67 % des citoyens européens pensent que leur pays tire profit de l’appartenance à l’UE, un autre record historique.

En France, ce taux atteint 59 % mais 29 % des sondés sont encore opposés à la monnaie unique et commune.Il est vrai que la culture économique et financière de la France n’atteint pas les hauts sommets parmi les pays européens. Le cas de l’Italie est intéressant à l’aune de ses rebondissements politiques. En un an, à rebours de la bascule d’un gouvernement europhile à un gouvernement eurosceptique, le soutien à l’euro y a bondi de 12 points pour redevenir majoritaire (57 %). Globalement, l’étude relève que le soutien à l’euro est plus fort chez les jeunes, chez les plus qualifiés et chez les personnes en emploi.

 

Conflits Ukraine : l’Europe menace le gaz russe

Conflit Ukraine : l’Europe menace le gaz russe 

 

 

Il est clair que le gaz russe constitue désormais une arme économique mais aussi géopolitique pour régler les conflits avec la Russie. En effet désormais l’union économique n’exclut de bloquer le le gaz russe à destination de l’Europe et en particulier de l’Allemagne en cas de dégradation de nature conflictuelle des relations entre la Russie et l’Ukraine. Même l’Allemagne a dû consentir à se plier à la menace européenne. Il est très important que la Russie comprenne qu’une attaque contre l’Ukraine aura un coût économique très élevé pour elle », a souligné le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell.

Parmi les ministres les plus déterminés à agir contre la Russie figure Gabrielius Landsbergis, chef de la diplomatie lituanienne. « Les sanctions sur la table sont économiques et financières. Elles devront être sans précédent, car la dissuasion est le meilleur moyen d’empêcher une guerre. Nous devons être prêts et forts dans notre réplique, car la Russie s’est préparée pour un conflit », a-t-il averti.

La ministre allemande Annalena Baerbock, dont c’était la première réunion bruxelloise depuis l’entrée en fonction du gouvernement Scholz, a souligné que la « souveraineté de l’Ukraine ne saurait être remise en question ». Sur la question de savoir si le pipeline Nordstream 2 entre la Russie et l’Allemagne pourrait servir de levier dans le rapport de force avec Moscou, elle a temporisé et renvoyé à ses déclarations antérieures. Dimanche, elle a révélé sur la chaîne ZDF que les Etats-Unis et le gouvernement sortant d’Angela Merkel ont convenu qu’en cas de nouvelle escalade, ce gazoduc ne pourrait entrer en service.

L’Europe malade de la dépendance économique chinoise

Par Jonathan Holslag, spécialiste des relations internationales, dans une tribune au « Monde ».

 

Tribune.

 

Décembre 1858 : le journal satirique Le Charivari publie la caricature d’un gros bourgeois chinois avalant de l’opium servi par un marchand européen. L’empire du Milieu se trouve alors littéralement à genoux, dépendant de l’opium importé de l’Ouest. Pourtant, des réformateurs chinois avaient averti de cette dangereuse dépendance. « Si l’agression militaire peut ruiner un peuple, suggérait l’entrepreneur Zheng Guanying (1842-1922), il est clair que l’agression commerciale peut ruiner un peuple invisiblement. »

2021 : le vent aurait-il tourné ? L’Europe serait-elle à son tour tombée dans le piège de la décadence et de la dépendance auxquelles la Chine a échappé par son ambitieuse politique d’industrialisation ? L’Europe sera-t-elle capable de résister à l’offensive commerciale de Pékin, qui sera inévitablement suivie par la croissance de son influence politique et militaire ? Le problème de l’Europe n’est même pas qu’elle ne voit pas le péril, mais qu’elle ne sait plus comment réagir.

 

Certes, l’Europe et la France ont empêché le géant des télécoms Huawei de se nicher dans leurs réseaux 5G. Une loi française de 2020 a exclu l’entreprise des parties vitales du réseau et des grandes villes. Mais cela n’a pas stoppé la « route de la soie numérique ». Orange, par exemple, a affirmé son intention de poursuivre sa coopération avec Huawei pour maximiser sa marge de manœuvre dans les autres Etats membres et pénétrer le marché africain. L’opérateur français s’est associé avec une autre entreprise chinoise pour tirer un câble sous-marin du Pakistan à Marseille…

La limitation des activités de Huawei n’est qu’une bataille dans la vaste guerre de pouvoir économique et, plus largement, de domination mondiale. L’Europe tend à se focaliser sur des batailles limitées et à ne prendre que des mesures limitées, alors que la stratégie chinoise est de long terme et globale. Sur le contrôle des investissements stratégiques, la réponse européenne paraît forte, mais sa mise en œuvre dépend de chaque Etat membre, qui manquent souvent de moyens et de volonté. De plus, l’approche chinoise devient plus inventive, utilisant les fonds d’entreprises intermédiaires ou se limitant à des participations minoritaires.

L’Europe se fie à ses mesures de défense commerciale, comme les procédures antidumping, alors même qu’elles sont rarement utilisées et que la Chine recourt beaucoup à d’autres moyens pour promouvoir ses exportations, comme les crédits à l’export, la manipulation de sa monnaie, sa politique industrielle et la protection de son vaste marché pour renforcer sa place centrale dans les chaînes de production. Pour l’Europe, le commerce reste une matière technocratique ; pour la Chine, c’est une question stratégique.

Immigration et Biélorussie : « L’Europe menacée » (Josep Borrell)

 

Immigration Biélorussie : « L’Europe menacée » (Josep Borrell)

 

Josep Borrell, le haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité considére que l’Europe est menacée par la Biélorussie et que des sanctions doivent être prises à partir de lundi (JDD

Que va décider le Conseil des ministres des Affaires étrangères de l’UE lundi?
Nous allons donner le feu vert à un élargissement du cadre juridique de nos sanctions contre la ­Biélorussie pour qu’on puisse l’appliquer à tous ceux qui participent au trafic de migrants vers ce pays, par exemple les compagnies aériennes ou les agences de voyages impliquées, en interdisant leurs dirigeants de voyager et en gelant leurs actifs en Europe. Mais cela ne nous empêchera pas de sanctionner dès lundi, dans le cadre déjà en vigueur et pour la cinquième fois, une trentaine de responsables de l’administration de Loukachenko qui sont impliqués dans cette crise.

Mais apparemment les précédentes sanctions n’ont pas été suffisamment dissuasives vu qu’Alexandre Loukachenko s’engage dans ce bras de fer…

C’est exact, mais Loukachenko s’est trompé. Il croyait qu’en ripostant de cette façon il allait nous tordre le bras et faire annuler les sanctions. C’est tout le contraire qui se produit. Nous les renforçons en visant précisément ceux qui coopèrent avec lui. Nous sanctionnons des individus mais aussi des entreprises très présentes à l’export. On n’a pas épuisé notre capacité de sanctions vis‑à-vis des entreprises, mais nous ne voulons pas que cela affecte les conditions de vie de la population. Ce qui a été en revanche dissuasif, c’est que la simple menace de sanctions a déclenché dans les pays de départ, comme l’Irak ou la Turquie, des interdictions de voyager vers Minsk pour des citoyens syriens, irakiens ou yéménites.

La Commission européenne a obtenu d’autres résultats à Dubai et à Beyrouth, mais quels leviers utiliser sur la Syrie?
Moi-même, à Paris, vendredi, j’ai été approché par le représentant de la Jordanie, qui m’a promis d’interdire tout vol entre Amman et Minsk – un trajet qui n’existait pas il y a encore quelques semaines. Pour la Syrie de Bachar El-­Assad, on a sanctionné tout ce qui était sanctionnable. Mais le plus important est de faire pression sur ses alliés, et notamment la Russie. Car pour l’instant la Russie se lave les mains de cette histoire comme si elle n’avait aucune influence sur Loukachenko. Elle suggère même à l’UE de faire avec la Biélorussie comme avec la Turquie, c’est‑à-dire payer pour que les migrants restent sur son sol. C’est le comble du cynisme.

La Russie invite même l’UE à négocier avec Loukachenko ; ne serait-ce pas lui accorder alors la légitimité qui lui est déniée?
Discuter n’est jamais nuisible. Nous avons d’ailleurs toujours un chargé d’affaires à Minsk. Mais nous continuons de refuser toute légitimité à ce régime puisque nous ne reconnaissons pas le président Loukachenko comme légitimement élu. La non-reconnaissance de cette légitimité ne doit pas nous empêcher de se parler en fonction de nos seuls intérêts.

Parallèlement, la Russie mène des exercices militaires avec la Biélorussie près de la frontière polonaise et masse des troupes près de la frontière ukrainienne. Êtes-vous inquiets d’un possible dérapage militaire de la crise en cours?
Je suis conscient de tous les risques. Il y a des mouvements importants de troupes russes qui reviennent se positionner près des stocks logistiques qu’ils avaient laissés sur place après leurs grandes manœuvres d’il y a quelques mois. Pour l’instant, la situation est calme ; nous sommes en contact avec notre partenaire ukrainien, et j’en appelle à la responsabilité de toutes parts pour ne pas jeter de l’huile sur le feu.

Nous sommes restés dans des conflits de puissance entre carnivores où les herbivores ont peu de chances de survivre

Le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken, en visite à Kiev, a mis en garde la Russie de ne pas répéter le scénario qui a conduit à l’annexion de la Crimée en 2014…
Si Antony Blinken le dit, c’est qu’il doit avoir de bonnes raisons.

 

Malgré tout, pourquoi persistez à vouloir maintenir un dialogue avec la Russie?
La Russie ne va pas déménager, elle reste notre grand voisin, un partenaire global sur le changement climatique, sur l’Iran ou l’avenir de l’Arctique. Donc, je souhaite continuer à parler avec les dirigeants russes. J’ai revu le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, en septembre à New York et je le reverrai peut-être dans quelques jours lors du sommet de l’OSCE à Stockholm. La diplomatie consiste à dialoguer même avec ceux avec qui vous avez des divergences très fortes, on paie les diplomates pour qu’ils gardent des canaux de communication ouverts. Même dans les pires circonstances. Je me souviens très bien de ma visite en février à Moscou, le jour où ils ont jugé Navalny. C’était le bon moment et le bon endroit pour dire ce que l’Europe en pensait.

Dans votre projet de « boussole stratégique » que vous venez d’adresser aux Vingt-Sept, vous évoquez cette menace hybride qui consiste à instrumentaliser les flux migratoires. Comment l’UE peut-elle lutter contre ces nouvelles menaces?

Arrêtons d’être hypocrites. Évidemment qu’il y a une menace russe, sinon on n’aurait pas de troupes déployées dans les pays Baltes. Cette « boussole stratégique », je veux qu’elle soit un catalyseur d’actions pour protéger l’Europe de toutes les ­menaces. L’Europe est en danger et les ­Européens ne s’en rendent pas compte. Il faut donc prendre conscience de ce que nous sommes dans le monde tel qu’il est. Nous avons été vaccinés contre la guerre après nos malheureuses expériences du siècle dernier mais le monde d’aujourd’hui, lubrifié par la logique du commerce, n’est plus régi par le désir de paix et la bienveillance. Nous sommes restés dans des conflits de puissance entre carnivores où les herbivores ont peu de chances de survivre. Le retrait d’Afghanistan a été un signal d’alarme, l’affaire Aukus avec ­l’Australie aussi. L’UE doit donc être une institution qui nous protège.

Mais comment, avec quels moyens?

Les Français aiment bien parler d’armée européenne, mais ce n’est pas ce qui sera créé. En revanche, il faut que nos armées nationales soient mieux coordonnées. Si on additionne les capacités de tous les pays européens, cela représente quatre fois la puissance militaire de la Russie et l’équivalent de celle la Chine en termes budgétaires. Le problème, c’est que nous dépensons ces budgets de défense de façon beaucoup trop fragmentée, avec trop de duplications.

Pour revenir à l’instrumentalisation de la migration, pourquoi l’UE ne finance-t‑elle pas un mur à la frontière polonaise orientale, qui est celle de l’Union?
Les menaces hybrides se moquent des murs, aussi hauts soient-ils. Bien sûr qu’il faut défendre nos frontières, c’est la première obligation des États, mais il faut aller à la racine du problème de la migration plutôt que de bâtir une Europe forteresse. Pour y arriver, il faut se projeter en tant que puissance. En 2050, il y aura 1 milliard d’Africains en plus sur le continent au sud du nôtre. Les Européens doivent donc impérativement investir bien davantage dans cet environnement. Pas uniquement avec du soft power comme si on était une grande Suisse attractive, mais avec des outils de puissance et en prenant nos responsabilités. Ça revient à être autonomes dans notre stratégie vis‑à-vis du reste du monde. On ne réglera pas nos problèmes avec le monde extérieur en érigeant une immense muraille de Chine autour de l’Europe.

«Nucléaire : un besoin pour l’Europe »

 «Nucléaire : un besoin pour l’Europe »

 

Le nucléaire est crucial pour l’Europe déclare une dizaine de pays européens. ( Tribune dans le Figaro.

TRIBUNE -

 

L’enjeu est crucial: avons-nous réellement l’ambition de lutter contre le changement climatique et de conquérir notre indépendance énergétique? Allons-nous faire appel à nos meilleures armes pour décarboner notre économie?

Le réchauffement climatique est la bataille d’aujourd’hui, pas de demain. Dans son dernier rapport, le Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat (IPCC) a été très clair dans ses prévisions: notre objectif de limiter notre réchauffement à 1,5° ou 2 °C au XXIe siècle, ne pourra être atteint que si nous diminuons drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre dans les huit ans à venir.

La hausse des prix de l’énergie montre aussi combien il est important de réduire très rapidement notre dépendance énergétique vis-à-vis des pays étrangers. Les tensions dans la fourniture d’énergie seront de plus en plus fréquentes. Nous n’avons pas d’autre choix que de diversifier nos sources d’approvisionnement, en faisant attention à ne pas augmenter nos importations d’énergie

Défense :La condescendance des États-Unis pour l’Europe

Défense : La condescendance des États-Unis pour l’Europe

Gérard Araud, ancien ambassadeur de France outre-Atlantique, les Américains n’ont que faire d’une autonomie stratégique européenne

Ex-ambassadeur de France aux Etats-Unis (2014-2019) et représentant permanent au Conseil de sécurité et auprès des Nations Unies à New York (2009-2014), Gérard Araud publie, ces jours-ci, Henry Kissinger, le diplomate du siècle (330 pages, 20,90 euros, éditions Tallandier).Il explique que les États-Unis considèrent l’Europe  comme quantité négligeable.

Après le désengagement chaotique d’Afghanistan et le couac qui a accompagné l’annonce de l’alliance stratégique Australie-Royaume-Uni-Etats-Unis (Aukus), qui doit-on incriminer ? Le secrétaire d’Etat Antony Blinken ou le conseiller à la Sécurité nationale Jake Sullivan ? Manque-t-il un Kissinger à Joe Biden ?

On arrive dans un monde « Kissingerien » de rapports de force avec une confrontation entre grandes puissances et puissances moyennes. Les Etats-Unis ne sont plus seuls. Il y a la Chine mais aussi l’Inde, la Russie etc. Henry Kissinger était l’homme du réalisme en politique étrangère et de l’engagement des Etats-Unis dans les relations internationales. Ce besoin se fait sentir aujourd’hui, mais cette administration n’en veut pas. Que cela soit sous Obama et Trump, hier, ou Biden, aujourd’hui, il y a une volonté de se retirer de la scène. Les Américains ne veulent plus être le « gendarme du monde ». Ils sont en train de se retirer dans leur forteresse. La priorité de Joe Biden en matière de politique étrangère… c’est la politique intérieure, c’est-à-dire la crise politique et économique existant dans le pays.

Comment en est-on arrivé à cette position ?

Biden et les siens ont été stupéfaits par les événements du 6 janvier au Capitole et par le refus d’une partie des républicains de reconnaître le résultat des élections — une rupture centrale dans le pacte social et politique américain. Il n’est donc plus question d’une grande partie d’échecs à l’échelle du monde. Jake Sullivan a créé le concept de politique étrangère pour la classe moyenne. L’idée n’est pas de faire de grande stratégie à la Kissinger, mais de prouver que chaque décision est bonne pour la classe moyenne. Le retrait d’Afghanistan répond à la demande d’une majorité de l’opinion publique, lasse des interventions étrangères. Cette administration ne pouvait l’ignorer. Son autre priorité, c’est la Chine. Le reste vient bien loin derrière. Elle considère que l’avenir du monde, d’un point de vue technologique et économique se joue dans la région Indo-Pacifique. L’Europe est, à ses yeux une vieille tante charmante mais vieillissante, en voie d’affaiblissement.

« Le plus inquiétant, c’est de voir les Américains constituer des coalitions militaires contre la Chine dans la région Indo-Pacifique. Ce n’est pas être pro-Chinois que de dire que cela ressemble à un endiguement, voire à un encerclement »

Henry Kissinger avait été le bouc émissaire de la chute de Saïgon. Qui sera celui de la chute de Kaboul ?

Le départ de Kaboul a été fait d’une manière particulièrement désastreuse, mais il y a une différence avec Saïgon. A l’époque, Henry Kissinger écrasait tout le monde. Il rivalisait avec Richard Nixon lui-même. Aujourd’hui, la situation est différente. Antony Blinken et Jake Sullivan ne sont pas des vedettes de plateaux télé. S’il y a un bouc émissaire, ce sera donc Joe Biden. Mais je ne sais pas ce qui va l’emporter entre le soulagement d’être sorti d’Afghanistan et la recherche de coupables. Le vainqueur à Saïgon était le communisme, l’ennemi absolu totalement fantasmé par les Etats-Unis. Là, ce sont les talibans. Or, le problème du terrorisme islamique est beaucoup moins aigu sur le territoire américain qu’en Europe. Depuis le 11 septembre 2001, le pays n’a pas connu d’attentats spectaculaires.

La crédibilité de la politique étrangère américaine n’est-elle pas écornée ?

Cela dépend où. En Europe, l’Aukus est uniquement une affaire française ! Nous sommes une victime collatérale. La France n’a pas été la cible de cette affaire. Les Américains, qui pensaient que l’Australie allait régler l’affaire, ont découvert un beau matin l’ampleur du scandale. Quant à nos partenaires européens, ils s’en moquent éperdument. Ils ne veulent pas d’autonomie stratégique. Sauf à y être contraints et forcés si Donald Trump était réélu et décidait de sortir de l’Otan. Pour le moment, ils veulent éviter tout mouvement qui puisse pousser les Américains dehors. Pour eux, la garantie militaire américaine est existentielle et elle passe par l’Otan. C’est l’alpha et l’omega de leur politique de défense. Quant aux Américains, ils veulent continuer à exercer leur suprématie en Europe. Dans le communiqué diffusé après la discussion téléphonique entre Joe Biden et Emmanuel Macron, ne figurait d’ailleurs pas de référence à l’autonomie stratégique. La France, qui a l’habitude de parler au nom des Européens, ne veut pas voir tout cela. Elle est dans le déni. Le plus inquiétant, c’est de voir les Américains constituer des coalitions militaires contre la Chine dans la région Indo-Pacifique. Ce n’est pas être pro-Chinois que de dire que cela ressemble à un endiguement, voire à un encerclement. Or, un encerclement, on essaie toujours de le rompre. Il y a une montée des tensions militaires sans que ne soit ouvert un dialogue politique avec Pékin. Tout le monde sait que les Etats-Unis et la Chine doivent trouver un équilibre, mais ce ne sera possible qu’avec des compromis et une compréhension des lignes rouges de l’adversaire. Vendre des sous-marins nucléaires à l’Australie, c’est nourrir la tension.

« Durant l’essentiel de sa carrière, Antony Blinken, tout comme l’ensemble de l’administration actuelle, a connu la période de suprématie absolue des Etats-Unis après l’effondrement du bloc communiste. Il doit s’adapter à un nouveau monde »

Voyez-vous un héritier à Henry Kissinger ?

Non, les Américains ne veulent pas voir le monde à travers la froideur des rapports de force, même s’ils les pratiquent parfaitement. Face au besoin quelqu’un se révélera peut-être. Jake Sullivan est une personnalité brillante qui conceptualise sa pensée. Attendons de voir ce qu’il va donner. Les débuts de l’administration sont difficiles parce qu’à cause des républicains qui bloquent les nominations, ils ne peuvent pas pourvoir un nombre de postes importants. Ce qui ralentit la redéfinition de sa politique.

Et le très francophile Antony Blinken sur lequel Paris comptait beaucoup ?

Il parle parfaitement le français et a passé son bac en France. Nous avons, peut-être, un accès un peu plus simple à lui, mais il défend la politique étrangère de son pays. On en attendait beaucoup trop ! Ce qui vient de se passer prouve bien que cela n’ira pas loin. S’il vient à Paris, ce n’est pas pour une opération de charme. Nous n’avons pas besoin qu’il nous dise qu’il nous aime, mais qu’il fournisse des preuves d’amour. Durant l’essentiel de sa carrière, Antony Blinken, tout comme l’ensemble de l’administration actuelle, a connu la période de suprématie absolue des Etats-Unis après l’effondrement du bloc communiste. Il doit s’adapter à un nouveau monde. C’est tout l’enjeu de la présidence Biden, qui est une présidence de transition. Tout comme l’était celle de Donald Trump qui a totalement transformé le Parti républicain en le faisant passer d’interventionniste et libre-échangiste à isolationniste et protectionniste.

Crise des sous-marins : une réponse de l’Europe après la claque ?

Crise des sous-marins : une réponse de l’Europe après la claque ?

Clément Beaune, le secrétaire d’Etat aux affaires européennes appelle l’Union européenne à prendre en main son destin de grande puissance. On ne sait pas cependant s’il s’agit d’un espoir ou d’une perspective crédible. On est encore loin en effet d’une politique de défense commune en Europe compte tenu de la position ambiguë de l’Allemagne. De toute manière Emmanuel Macron n’envisage nullement de quitter l’OTAN. ( interviews dans le JDD, extrait)

Il y a quatre ans jour pour jour, dans son discours de la Sorbonne, Emmanuel Macron appelait de ses vœux la « refondation d’une Europe souveraine ». Son souhait a-t‑il été suivi d’effet?
En quatre ans, l’Europe a profondément changé. Elle a subi un double choc : d’abord avec le Brexit, puis avec la crise sanitaire et économique qui a été gérée avec succès, sans dogmatisme budgétaire, avec une intervention monétaire massive et une solidarité sanitaire qui n’était pas du tout évidente. En parallèle de cela, elle s’est renforcée en étant souveraine en matière de technologie, ambitieuse en matière de climat, à la pointe de la régulation sur les grandes entreprises du numérique. Elle a amélioré la gestion de ses frontières extérieures, créé un premier budget européen de défense. Nous avons mobilisé au Sahel plus de dix pays européens aux côtés des forces spéciales combattantes françaises. Son logiciel n’est plus du tout celui de 2017. Nous ne sommes plus les herbivores de la mondialisation. Les Européens ne tendent plus la joue quand on les gifle. Cette mentalité de bons élèves qui doivent toujours chercher à tendre la main ou à s’excuser recule de jour en jour.

Est-ce encore plus le cas après l’affaire des sous-marins australiens?
Cette crise est un bon exemple. Elle a montré que la solidarité entre États membres est désormais un réflexe. Assez rapidement, au plus haut niveau, de nombreux pays se sont exprimés. Les déclarations allemandes ou italiennes sont très claires : quand un problème de cette nature touche la France, c’est un camouflet européen. Certains de nos alliés pensent que la parole engagée vis‑à-vis d’un grand pays européen ne vaut rien, que l’on peut travailler sur des questions stratégiques, dans une région aussi cruciale que l’Indo-Pacifique sans les Européens. Non, nous nous tenons ensemble.

Comment, après cette crise des sous-marins, reconstruit-on la relation entre la France et l’Europe d’un côté, les États-Unis de l’autre?
La relation transatlantique reste nécessaire, on ne peut s’en dispenser. Il n’y a pas de débat là-dessus. Mais les Européens doivent prendre conscience que leurs intérêts se définissent à Bruxelles et dans les autres capitales européennes, pas à Washington. Qu’il s’agisse récemment de l’Afghanistan ou des sous-marins australiens, nous ne devons pas nous lamenter d’avoir été « maltraités ». Nous serons de plus en plus livrés à nous-mêmes : ça s’appelle être une puissance. L’Europe a toujours été tournée vers elle-même, car elle s’est construite sur un projet de réconciliation. L’étape suivante, c’est une Europe qui règle sa relation à l’extérieur, qu’il s’agisse des migrations, de la défense, de la régulation des grandes plateformes numériques ou du climat. Nous ne pouvons pas attendre des autres de définir cette relation, comme nous le faisions au temps de la guerre froide, qu’on a connue pendant soixante ans.

Le Président réfléchit-il, après cette crise, à quitter l’Otan?
Ce sont de pures inventions.

Que peut impulser la France, qui prendra le 1er janvier la tête de la présidence de l’Union européenne, sur ce thème de la défense?
Nous continuerons d’avancer sur la question des opérations extérieures communes, comme au Sahel, mais aussi sur la cybersécurité. Toutes nos démocraties, malheureusement, sont soumises à des cyberattaques privées ou d’État. Nous avons développé des compétences importantes sur ce sujet. Nous ne devons pas tout attendre des Américains, ni tout faire non plus au seul niveau national.

Que peut-on attendre du nouveau couple franco-allemand, alors qu’ont lieu aujourd’hui outre-Rhin des législatives pour choisir un nouveau chancelier?
C’est à la fois un chapitre majeur qui se tourne, avec le départ prochain d’Angela Merkel, et en même temps il n’y aura aucun changement dans l’importance de la relation franco-allemande. Celle-ci n’est pas remplaçable. Nos projets en matière de coopération économique, industrielle, de défense sont irréversibles. En revanche, cette relation n’est pas exclusive. Nous la complétons aujourd’hui avec des partenaires traditionnels comme l’Italie et l’Espagne, d’autres moins évidents comme les Pays-Bas et les pays nordiques. Nous acceptons même des tensions avec l’Allemagne. C’est précisément parce qu’on ne pense pas pareil à Paris et à Berlin que nous trouvons des consensus au niveau européen, comme ce fut le cas avec le plan de relance. Mais la boussole est claire : le nouveau chancelier regardera d’abord vers Paris, et la France tendra tout de suite la main à l’Allemagne.

Quelle que soit son appartenance politique?
Oui, car nous avons préparé cette relation de confiance, en premier lieu avec Angela Merkel, mais en cultivant aussi depuis quatre ans nos réseaux parmi les chefs de parti. Selon le chancelier, les domaines plus faciles ou difficiles ne seront pas les mêmes. Le SPD ou les Verts ont des sensibilités plus éloignées des nôtres sur les questions d’énergie ou de défense, la CDU et le FDP sur les questions d’investissement et de règles budgétaires. Lorsque le programme de coalition va se construire, sans immixtion mais sans indifférence non plus, nous travaillerons avec les Allemands pour faire passer un certain nombre d’idées sur l’Europe. La période de définition du contrat de coalition est essentielle : elle ne peut pas être une période de glaciation ou de distance entre Paris et Berlin, elle doit déjà être une période de travail.

Hausse du prix du gaz : L’Europe responsable

Hausse du prix du gaz : L’Europe responsable

 

Le prix du gaz est en forte augmentation depuis le début de l’été en Europe et en Asie. Le 15 septembre, il a atteint 79,31 euros le mégawattheure, un plus haut historique sur le marché européen, avec une augmentation de plus de 30 % en une semaine. Plus de 40 eurodéputés ont demandé à la Commission d’ouvrir une enquête sur les agissements du fournisseur russe Gazprom, qu’ils suspectent de manipulation du marché. Le sujet devrait s’inviter à la table des ministres européens de l’Energie, qui se réunissent mercredi et jeudi.

 

 Par Thierry Bros est professeur à Sciences Po, spécialiste de la géopolitique de l’énergie, considère que l’Europe est responsable de la flambée des prix du gaz( l’Opinion, extrait)

Comment expliquez-vous l’augmentation du prix du gaz ?

Pour bien comprendre l’évolution d’un marché, il faut regarder trois variables. Commençons par la demande, qui revient au même niveau que 2019, après avoir baissé pendant la pandémie. Or, pendant ce temps-là, les industriels ont très peu investi, ce qui est à l’origine d’un déclin naturel des champs de gaz, occasionnant une baisse d’environ 1 % des capacités de production mondiales en dix-huit mois et donc une offre plus faible. Dernière variable : les stocks, qui baissent mécaniquement quand le marché est tendu, et sont actuellement très bas pour la période.

La Russie cherche-t-elle à tendre le marché pour obtenir la mise en service du gazoduc Nord Stream 2 ?

Je ne crois pas. La mise en service d’un gazoduc est compliquée techniquement, et Nord Stream 2 (NS2) ne sera sans doute pas opérationnel avant plusieurs années. Pour l’heure, Gazprom dévoile ses objectifs d’exportations vers l’Europe en précisant « avec ou sans NS2 ». D’un autre côté, il est vrai que la Russie exprime son mécontentement par son attitude. Gazprom remplit ses obligations contractuelles mais refuse de faire transiter des volumes additionnels via l’Ukraine. Moscou est mécontent car à Bruxelles, le dogme a changé : ce qu’on appelait « gaz naturel » est devenu « gaz fossile ». Je crois donc que les Russes voudraient que les Européens fassent le geste que Joe Biden a consenti sur le pétrole par rapport à l’Opep le 11 août : reconnaître qu’ils ont besoin de plus de gaz. Enfin, les règles de concurrence européenne imposent qu’aucun opérateur ne dépasse 40 % du marché. Gazprom ne peut donc pas faire transiter plus de gaz, à moins de s’exposer à une enquête de la Commission.

Pour vous, les Européens sont donc les principaux responsables de l’augmentation du prix du gaz ?

Absolument, oui. Les responsables politiques et l’Agence internationale de l’énergie diabolisent le gaz et disent qu’il ne faut plus investir. Avec le Pacte vert, la Commission ne se focalise que sur l’hydrogène à l’horizon 2050 en omettant de dire comment les Européens vont se chauffer et se nourrir d’ici là. On va se retrouver dans une situation de rationnement par le prix, mais personne ne le dit aux peuples. Et pour éviter les black-out, on risque de devoir rallumer les centrales à charbon, comme on le fait déjà dans certains pays européens. Sans compter que l’augmentation des prix affecte encore plus durement les pays asiatiques comme l’Inde.

« Soit on continue, face à des prix élevés, à faire de plus en plus de “chèques énergie” pour permettre aux consommateurs de payer leurs factures. Soit on revient aux fondamentaux en se focalisant de nouveau sur notre sécurité d’approvisionnement à des coûts acceptables »

Que peut-on attendre de la réunion des ministres de l’Energie européens ?

Ils ne sont certainement pas en capacité de freiner la flambée des prix. Mais ils sont à la croisée des chemins : maintenant que nous sommes à quelques mètres du mur, faut-il encore accélérer ou essayer de minimiser les dégâts ? Soit on continue, face à des prix élevés, à faire de plus en plus de « chèques énergie » pour permettre aux consommateurs de payer leurs factures. Soit on revient aux fondamentaux en se focalisant de nouveau sur notre sécurité d’approvisionnement à des coûts acceptables.

« Réhabiliter la nation pour sauver l’Europe »

 « Réhabiliter la nation pour sauver l’Europe »

Conseiller politique de François Hollande à l’Elysée, Aquilino Morelle publie un essai dans lequel il revient sur l’histoire de la construction européenne. Dans un entretien au « Monde », il affirme que pour sauver l’Europe, il faut réhabiliter la nation.(extrait ).

 

Docteur en médecine et ancien élève de l’ENA, Aquilino Morelle a été conseiller de Lionel Jospin pendant cinq ans (1997-2002). En 2011, il dirige la campagne d’Arnaud Montebourg pendant la primaire de la gauche, avant de devenir conseiller politique de François Hollande à l’Elysée (2012-2014). Il vient de faire publier L’Opium des élites. Comment on a défait la France sans faire l’Europe (Grasset, 592 p., 25 euros).

Dans votre livre, vous revenez sur plusieurs décennies de construction européenne. Votre sous-titre : « Comment on a défait la France sans faire l’Europe ». La situation est-elle si grave ?

C’est avant tout un livre sur la France, son malaise et une des origines principales de celui-ci : l’Europe. La France et l’Europe sont désormais si intriquées que je parle de « Franceurope ». Nous sommes parvenus à un moment-clé pde la construction européenne. Après s’être attaqué à notre souveraineté économique, budgétaire, monétaire, sociale, le système maastrichien cherche désormais à atteindre notre souveraineté politique. Je pense à la décision du 15 juillet de la Cour de justice de l’Union européenne, indiquant que la directive communautaire de 2003 sur la durée du temps de travail devrait s’appliquer à nos forces armées. Peut-on imaginer qu’un sous-marinier, par exemple, soit un travailleur comme un autre ? Au-delà du caractère grotesque de cet arrêt, si les autorités françaises n’y réagissaient pas, ce serait d’une extrême gravité pour notre sécurité nationale.

Vous affirmez que, dès son origine, la construction européenne a pris la mauvaise direction. Que reprochez-vous aux pères fondateurs ?

Leur projet, en 1950, était ouvertement fédéraliste ; il s’agissait de bâtir les « Etats-Unis d’Europe ». Après les échecs de la Communauté européenne de défense et de la Communauté politique européenne, en 1954, les fédéralistes ont compris que leur « grand soir » était illusoire ; ils ont donc choisi d’avancer masqués et de passer par l’économie : ce fut le traité de Rome de 1957.

 

Mais, dès 1965, le président de la Commission européenne, Walter Hallstein, a voulu relancer le fédéralisme et transformer la Commission en un exécutif européen. Ce projet s’est heurté au refus de De Gaulle et a entraîné la « crise de la chaise vide », résolue avec le compromis de Luxembourg (1966). Se sont ensuivies vingt-cinq années de statu quo ante. Avec l’arrivée d’un vrai fédéraliste, François Mitterrand, l’offensive a repris, via le « tournant » de mars 1983.

Angela Merkel, son obsession économique a tué l’Europe

Angela Merkel,  son obsession économique a tué  l’Europe 

La chancelière a fait de l’économie sa priorité, ce qui explique son succès dans ce domaine, constate le philosophe et sociologue allemand, Hartmut Rosa,  dans une tribune au « Monde ». Mais sa politique « obstructionniste, pro-américaine et néolibérale » a, selon lui, empêché une intégration européenne plus étroite et plus solidaire.(extrait)

 

Il est une phrase d’Angela Merkel qui se démarque de toutes celles qu’elle a prononcées pendant ses seize années de chancellerie, une phrase qui restera dans la mémoire des Allemands : pour les uns, plutôt du côté des libéraux de gauche, Merkel s’est montrée quasi immunisée contre les critiques, quand pour les autres, plutôt du côté national-conservateur, cette phrase a sonné comme le comble de la trahison.

Non, je ne parle pas de son célèbre « Wir schaffen das ! » – « Nous y arriverons ! » – par lequel, en 2015, elle encourageait les Allemands à mener à bien l’intégration de 1 million de réfugiés. Je parle de cette phrase qu’elle a prononcée pour justifier sa décision, en septembre de la même année, d’ouvrir les frontières à ces hommes, ces femmes et ces enfants affamés et transis de froid : « Si nous devons commencer à nous excuser de montrer un visage amical dans des situations d’urgence, alors ce n’est [plus] mon pays. »

Avec ce « visage amical », elle voulait parler d’une figure humaine, d’un acte humanitaire. Et, avec la fin de la phrase, elle disait à quel point cela lui tenait à cœur. Ces mots n’étaient pas opportunistes, ils n’étaient pas hypocrites, ils étaient fondamentalement sincères. Même les socialistes, les partisans du parti de gauche Die Linke ou encore les écologistes des Grünen (les Verts) lui ont porté et lui portent encore de l’estime pour cette phrase. La force d’Angela Merkel, qui l’a portée tout au long de ses seize années à la chancellerie, est de ne jamais s’être laissée aller à des actions purement opportunistes.

 

Cela étant, le fait est par ailleurs que ses convictions politiques, dans presque toutes les circonstances, ont été extrêmement opportunes pour la majorité des Allemands : confortables, capables de rassembler une majorité, en accord avec les intérêts économiques nationaux. Même cette phrase que je vous ai citée était, à l’époque, opportune : une grande vague de solidarité balayait pour un court moment l’Allemagne, la muant en pays d’accueil. Mais cela n’a pas duré – et Merkel a bien vite essayé de passer avec la Turquie [en mars 2016], et même avec la Libye, des accords douteux voire carrément sales, qui n’avaient plus rien de commun avec ce visage humain.

De tels revirements opportuns sont survenus dans d’autres domaines politiques aussi. Par exemple, dans un premier temps, pour servir les intérêts des entreprises, le gouvernement Merkel a largement invalidé la « sortie du nucléaire » (à savoir la fermeture des centrales nucléaires) planifiée par le gouvernement de coalition « rouge-vert » de Gerhard Schröder. Puis, après l’accident nucléaire de Fukushima en mars 2011, Merkel a radicalement changé de position, réclamant à son tour une sortie rapide du nucléaire.

Défense: Quelles relations entre la France et l’Europe

Défense: Quelles relations entre la France et l’Europe

 

« Il ne sert à rien de proposer depuis 2017 quantités d’initiatives toutes plus ou moins rejetées par nos partenaires européens et de n’en tirer aucune conséquence » Cédric Perrin, sénateur LR du Territoire de Belfort.(l’Opinion, extrait)

 

La taxonomie européenne est dans l’actualité. Ainsi, la question de l’inclusion ou non de l’énergie d’origine nucléaire parmi les énergies permettant de lutter contre le réchauffement climatique est très fortement débattue à l’Union européenne (UE). Pour la France, l’enjeu est crucial.

Mais la question de la taxonomie ne concerne pas seulement le domaine civil. Elle concerne également notre base industrielle et technologique de défense, dont le renforcement au niveau européen est, rappelons-le, l’une des pierres angulaires de la volonté d’affirmation d’une souveraineté européenne affichée par le Président de la République depuis 2017.

Sur ce dernier aspect, qu’il soit permis de s’attarder sur les projets actuels de taxonomie porté par l’Union européenne (UE). Deux initiatives sont à souligner. D’abord dans la lignée du règlement du 18 juin 2020 sur l’établissement d’un cadre visant à favoriser les investissements durables — usuellement appelé règlement sur la taxonomie — la Commission européenne semble vouloir étendre les critères dits « ESG » à une série de nouveaux critères sociaux, parmi lesquels les droits de l’homme. Ensuite, la Commission travaille à la définition d’un écolabel de la finance durable, qui exclurait les entreprises réalisant plus de 5 % de leur chiffre d’affaires dans le domaine de la production ou du commerce d’armes conventionnelles et/ou de produits militaires utilisés pour le combat. De telles initiatives, à l’égard desquelles les Etats membres sont largement marginalisés, sont graves, pour au moins deux raisons.

Graves pour l’UE, d’abord. De deux choses l’une. Soit l’UE persévère à méconnaître la dangerosité du monde, se confit dans la facilité d’un parapluie otanien dont elle fait mine de ne pas comprendre le prix, enfin pense que les seuls combats à mener se situent sur le terrain de ce qu’elle appelle les valeurs, sans arriver à créer d’ailleurs de consensus en son sein sur ce qu’elle entend par-là. C’est son droit, et les peuples et les Etats qui la composent sont souverains. Mais, elle sera alors condamnée à être le terrain de jeu de prédateurs qui ont compris que le soft power, pour être crédible, doit être solidement construit sur du hard power. Soit, comme la France y pousse notamment depuis 2017, elle fait de la recherche d’une plus grande autonomie stratégique et donc capacitaire, une priorité. Il y a lieu d’être inquiet quand l’on considère à quel point les projets de taxonomie visés supra paraissent bien constituer le énième avatar d’une litanie de renoncements et de blocages européens (difficultés du SCAF, réduction à la portion congrue du fonds européen de défense, achat systématique par de nombreux États européens de matériel américain etc.).

Graves pour notre pays ensuite, car elles témoignent de la part de nos autorités d’un désintérêt inquiétant. La France, à cet égard, doit faire montre de cohérence. Il ne sert à rien de proposer depuis 2017 quantités d’initiatives toutes plus ou moins rejetées par nos partenaires européens et de n’en tirer aucune conséquence. Il est facile de taper du poing sur la table en fustigeant il y a quelques jours le refus de nos partenaires européens de débattre avec la Russie, et, là encore, de n’en tirer aucune leçon, notamment vis-à-vis de Berlin, qui n’a pas les mêmes intérêts que nous, et s’en cache de moins en moins. Il est plus difficile d’expliquer l’ampleur et la continuité des renoncements des plus hautes autorités françaises dès lors qu’il s’agirait, au nom de nos intérêts, de fâcher Berlin ou Bruxelles.

 

Cedric Perrin est sénateur LR, vice-président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat.

Michel Barnier pour une taxe carbone aux frontières de l’Europe

Michel Barnier pour une taxe carbone aux frontières de l’Europe

 

 

 

Michel Barnier, l’ex-négociateur du Brexit candidat à la primaire de la droite pour la présidentielle de 2022, se dit favorable à l’instauration d’une taxe carbone aux frontières de l’Union européenne, dans une tribune au Journal du Dimanche. Le problème c’est qu’il aurait pu davantage faire avancer ce dossier quand il était commissaire européen bien davantage que comme candidat à la candidature en 2022 où il a peu de chances.

 

«Une taxe carbone aux frontières de l’Union est absolument indispensable, non seulement pour des raisons financières, mais parce qu’elle permettra de rétablir une concurrence équitable entre l’Europe, qui taxe désormais lourdement le carbone, et des partenaires commerciaux qui ne le taxent pas, ou si peu», estime l’ancien ministre de Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy.

Présidence française de l’Europe : une portée limitée

Présidence française de l’Europe : une portée limitée

Un article de Mathieu Solal dans l’Opinion qui relativise la portée de la présidence française en Europe au premier semestre 2022 (extrait)

Le séminaire parisien du groupe parlementaire européen Renew Europe s’est achevé mercredi, à l’issue de trois jours de discussions marqués par des rencontres avec le Président de la République Emmanuel Macron et plusieurs membres du gouvernement. Dans sa déclaration finale, Renew a proposé de travailler sur un accord de coalition « pour clarifier et renforcer la majorité parlementaire avec les groupes qui partagent nos valeurs » au niveau européen, sans toutefois préciser l’identité desdits groupes.

« Nous défendons la souveraineté européenne et l’autonomie stratégique européenne », ont affirmé mercredi les députés européens du groupe Renew, réunis depuis lundi à Paris pour leur séminaire de rentrée. « Souveraineté » et « autonomie stratégique » : deux concepts empruntés au vocabulaire macronien, et qui ont habituellement tendance à hérisser le poil des députés libéraux nordiques du groupe.

« Beaucoup de délégations ont voulu être gentilles avec Renaissance… La bienveillance du retour des vacances probablement », sourit une source interne du groupe. Au-delà de la bonne humeur et du soleil parisien, le soutien affiché par le groupe suggère surtout une mise en ordre de bataille à l’approche de deux rendez-vous cruciaux pour Renew, et qui risquent fort de se télescoper : la présidence française du Conseil de l’UE au premier semestre 2022, et l’élection présidentielle, dont les deux tours sont prévus au mois d’avril.

Une situation qui ne doit rien au hasard, comme l’explique Sébastien Maillard, directeur de l’Institut Jacques Delors : « La France aurait pu faire le choix d’échanger avec les Tchèques, qui doivent prendre la relève au second semestre. L’option a été écartée pendant le mandat de François Hollande, et la question n’a plus été soulevée depuis. C’est donc un choix délibéré et qui peut paraître gênant en créant une collision entre les deux événements, mais qui est surtout vue politiquement comme le meilleur moyen d’asseoir la stature européenne du Président à un moment-clé. »

Le début de l’année 2022 devrait donc donner lieu à de grands discours sur les progrès réalisés par l’Union européenne depuis l’élection d’Emmanuel Macron, à un bilan de son discours de la Sorbonne et à une défense des réalisations telles que le plan de relance européen et l’achat en commun de vaccins. Le Président devrait aussi capitaliser sur la Conférence sur l’avenir de l’Europe pour énoncer sa vision des prochaines étapes à franchir après son éventuelle réélection. Un bilan et une vision, une mise en valeur du passé et une projection vers le futur : voilà le programme, quitte à laisser passer au second plan le présent législatif de la présidence française du Conseil.

« D’une présidence semestrielle, on passe à une présidence quasi-trimestrielle, d’autant plus qu’à partir de mi-mars, le devoir de réserve obligera les ministres à faire très attention »

« L’agenda est contrarié, confirme Sébastien Maillard. D’une présidence semestrielle, on passe à une présidence quasi-trimestrielle, d’autant plus qu’à partir de mi-mars, le devoir de réserve obligera les ministres à faire très attention à la manière dont ils gèrent la présidence. » Interdits de donner à penser que l’Etat soutient le Président-candidat, les ministres devront en effet laisser leur enthousiasme au vestiaire en cas d’obtention d’accord. Ils pourraient même pour certains renoncer à présider les réunions du Conseil et se faire remplacer par le Représentant permanent de la France à Bruxelles, Philippe Léglise-Costa. L’impulsion politique nécessaire à des compromis sur les dossiers délicats risque ainsi de manquer à l’appel, au moins jusqu’à fin avril, d’autant plus que le secrétaire d’Etat aux affaires européennes Clément Beaune est pressenti pour se présenter aux élections législatives, selon deux sources bien informées.

La probable absence d’un gouvernement allemand pendant les premiers mois de la présidence française devrait finir obscurcir les perspectives d’accords sur les propositions législatives majeures telles que le paquet climat ou les législations sur le numérique. Si la plupart des interlocuteurs français préfèrent logiquement botter en touche quand on les interroge sur les ambitions de la présidence, la délégation Renaissance au Parlement européen peine, dans sa majorité, à comprendre la difficulté de la situation.

« Certains eurodéputés français arrivés au Parlement en 2019 voudraient mettre la barre très haut en termes d’ambition, confirme la source interne à Renew. Beaucoup essaient de leur expliquer qu’il est difficile de faire en sorte que les accords tombent au bon moment, surtout au vu des circonstances dans lesquelles se tiendra la présidence française. Il vaut mieux éviter d’afficher des attentes démesurées. »

Un message qui n’est manifestement pas reçu cinq sur cinq par l’eurodéputée MoDem Marie-Pierre Vedrenne, qui a beaucoup communiqué ces derniers jours sur le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, voué à taxer les marchandises produites à l’étranger et exportées vers l’UE. « Ce mécanisme est révélateur de l’Europe qui s’affirme comme une puissance verte et comme vecteur d’un nouveau modèle de mondialisation qui passe par une juste concurrence, explique-t-elle à l’Opinion. Il concrétisera la fin de la naïveté. »

Ce dispositif n’a été proposé que le 14 juillet dernier, et le dossier, touffu, semble politiquement délicat étant donné les réticences de l’industrie européenne qui refuse de renoncer à ses quotas gratuits d’émission carbone, et celles des partenaires commerciaux de l’UE, dont les Etats-Unis. Un accord sous présidence française paraît donc bien improbable.

Un nouvel élan pour l’Europe

Un nouvel élan  pour l’Europe

 

Par le député européen  Dacian Ciolos   (dans l’Opinion)

Cette semaine, notre groupe politique Renew Europe effectue sa rentrée parlementaire à Paris à l’invitation de la délégation des eurodéputés Renaissance, à quelques mois du lancement de la présidence française de l’Union européenne. Ce sera l’occasion d’échanger avec le Président de la République Emmanuel Macron et les membres de son gouvernement à propos des priorités de cette présidence très attendue.

Cette rentrée parlementaire est particulièrement importante, elle intervient alors que nous approchons de la mi-mandat de l’actuelle législature du Parlement européen. Il est déjà temps d’établir un premier bilan de notre activité parlementaire.

Notre groupe, qui rassemble la famille libérale, centriste, démocrate et progressiste s’est fixé des objectifs ambitieux lors de sa création en juin 2019. Beaucoup de choses ont déjà été accomplies avec l’adoption par exemple du Pacte vert mais aussi du plan de relance européen devenu nécessaire avec la crise sanitaire. Je dois mentionner également le mécanisme de conditionnalité sur l’état de droit dont nous avons été les initiateurs. La défense de l’état de droit et des valeurs fondamentales est au cœur de nos priorités.

Ce premier bilan doit nous permettre de fixer nos priorités pour la seconde partie du mandat, dans la perspective des élections européennes de 2024. Notre famille politique est incontournable dans la vie parlementaire européenne. Nous sommes à l’œuvre quotidiennement pour construire des majorités avec nos partenaires proeuropéens. Nous souhaitons poursuivre dans cette direction et renforcer notre action. Notre détermination est plus forte que jamais pour faire progresser la construction européenne.

Les populistes, les illibéraux, les mouvements extrémistes ont beau jeu de vouloir exploiter les crises et les faiblesses de l’Union européenne. Cela ne nous déstabilise en rien, bien au contraire. Les crises que traverse et subit l’Europe nous imposent un devoir de réflexion afin d’être en mesure d’adapter les politiques européennes aux nouvelles réalités du monde.

La pandémie de la Covid 19 a bousculé l’Europe, ses premières réponses ont été hésitantes mais aujourd’hui nous devons constater que l’UE a su apporter les réponses adéquates. Et notre groupe a présenté des propositions très précises pour donner corps à l’Europe de la santé. Sur le front de la politique étrangère, de sécurité et de défense, qu’il soit dit clairement que la procrastination ne peut pas tenir lieu de politique.

La crise afghane, la débâcle devrais-je dire, doit nous conduire à prendre enfin la mesure de la dépendance de l’Union européenne à l’égard de ses partenaires. Il nous faut agir et doter l’Europe des outils qui lui permettront d’être un acteur géopolitique autonome et respecté. Ces débats se dérouleront aussi dans le cadre de la Conférence sur l’avenir de l’Europe, qui rendra ses premières conclusions sous présidence française. Nous aurons l’occasion d’en débattre cette semaine à Paris avec nos amis français. La Déclaration de Paris qui sera publiée à l’issue de nos travaux sera notre boussole pour les mois à venir.

L’économie française moins dynamique que l’Europe

L’économie française moins dynamique que l’Europe

 

D’après la première estimation basée sur des sondages d’entreprises européennes, cet indice a progressé ce mois-ci à 59,5, contre un niveau de 60,2 en juillet. Le signe d’une très forte expansion de l’activité: un chiffre inférieur à 50 signifie que l’activité se contracte, alors qu’à l’inverse elle progresse si le chiffre est supérieur à ce seuil.

Mais cet indicateur pour la France est seulement passé 56,6 en juillet à 55,9 en août., soit un plus bas de quatre mois.

L’activité est en expansion quand l’indice dépasse le seuil de 50 et en repli en deçà de cette valeur. Bien que l’économie tricolore a légèrement marqué le pas ces dernières semaines, l’activité demeure relativement soutenue. En effet, les résultats obtenus par IHS Markit auprès des directeurs d’achat indiquent que le rythme de la croissance du secteur privé est supérieur à sa moyenne historique du mois d’août (53,3).

Monopole de la FDJ mis en cause par l’Europe

Monopole de la FDJ mis en cause par l’Europe

le monopole des jeux accordés par le gouvernement contre le versement par la FDJ d’une contrepartie financière pourraient être sérieusement mis en cause par l’Europe. La FDJ  dû verser 380 millions à l’Etat en contrepartie de la prolongation de son monopole pendant 25 ans. La FDJ s’était vue confier cet avantage, dans le cadre de la loi Pacte qui a réformé le régime des jeux de hasard en France. L’Etat continue par ailleurs d’empocher, même après la privatisation, les recettes fiscales et sociales versées chaque année par l’opérateur de jeux.

Reste qu’on voit mal quel pourrait être la mission d’intérêt général qui justifie ce monopole des jeux attribués par le gouvernement à la FDJ.

Les mises se sont élevées l’an dernier à 16 milliards d’euros, soit une baisse un peu plus accentuée que ne le prévoyait la FDJ, tandis que le chiffre d’affaires s’est élevé à 1,9 milliard d’euros, en recul de 6%.

 Bloomberg et Factset tablaient respectivement sur un chiffre d’affaires de 1,84 milliard d’euros et un bénéfice net de 169,3 millions d’euros pour le premier, et 1,86 milliard et 171,8 millions d’euros pour le second.Le bénéfice net annuel de FDJ est finalement ressorti à 214 millions d’euros, légèrement au-dessus des anticipations lui aussi.

Les Français ( souvent pas les plus favorisés ! ) ont misé 16 milliards d’euros en 2020 dans les jeux de la FDJ, soit 7% de moins que l’année précédente.

L’Europe du rail: Un avenir ?

 L’Europe du rail: Un avenir ? 

Levier essentiel d’une politique en faveur du climat, la mobilité ferroviaire au sein de l’Union européenne renforce aussi le « sentiment d’un destin commun », estime la militante écologiste Lorelei Limousin. (le Monde extrait)
Interview 

 

 Si Lorelei Limousin boude l’avion, ce n’est pas seulement par conviction mais aussi « pour le plaisir du train ». La militante écologiste a déjà sillonné la plupart des pays européens par le rail, traversé la Russie et même rejoint la Chine en empruntant le Transsibérien. Elle a aussi transformé sa passion en métier. Après sept ans au Réseau Action Climat (RAC), à Paris, comme responsable des politiques transport, la trentenaire a rejoint le bureau européen de Greenpeace, en 2020, pour défendre le train et le climat à Bruxelles. Si elle dresse un réquisitoire sévère des politiques ferroviaires européennes depuis vingt ans, elle montre aussi que l’Union a des atouts pour remettre l’Europe du train sur ses rails. 

Est-ce si compliqué de voyager en train en Europe ?

Cela dépend du trajet, bien sûr. Pour faire un Paris-Bruxelles ou un Cologne-Amsterdam, vous n’aurez pas trop de difficultés. Les ennuis commencent quand on souhaite voyager sur de plus longues distances, entre Paris et Madrid ou Paris et Berlin, ou bien entre deux grandes villes, Marseille et Barcelone par exemple. Pour la majorité des trajets entre les capitales et les grandes villes, il n’existe plus de ligne directe, que ce soit de jour ou de nuit. Pour voyager de Paris jusqu’à Rome en train, il faut au moins douze heures, alors que le trajet se faisait autrefois en une nuit. C’est encore pire si l’on veut poursuivre son voyage dans des régions plus éloignées. Deux jours et deux nuits sont nécessaires pour rejoindre la Grèce, et le voyage revient beaucoup plus cher qu’en avion.

Comment expliquer la disparition de nombreuses liaisons existantes ?

L’Union européenne dispose d’un réseau très développé et sous-utilisé. L’infrastructure existe entre les grandes villes, pour assurer des trajets longue distance de 1 000 à 2 000 km. L’abandon de ces liaisons est la conséquence d’une volonté politique déterminée et le reflet d’un modèle de société qui valorise la surconsommation, la vitesse et l’individu. Quasiment la moitié des liaisons transfrontalières européennes ayant existé dans le passé ne sont plus opérationnelles. L’ironie de l’histoire, c’est que la SNCF et la Deutsche Bahn ont renoncé à plusieurs trains de nuit en Europe – notamment le Paris-Berlin et le Bruxelles-Copenhague – fin 2014, juste avant la COP21.

 

La tendance générale depuis des décennies est de favoriser les lignes à grande vitesse et les modes de transport routier et aérien. Les politiques publiques sont toutes allées dans le même sens, par la fiscalité, l’aménagement du territoire ou l’attribution de subventions directes. Les gouvernements ont donné la priorité à l’expansion des réseaux autoroutiers, au déploiement phénoménal du transport aérien low cost, dopé aux subventions publiques. Ils ont laissé libre cours aux campagnes publicitaires pour l’avion, qui suscitent de nouveaux désirs et occultent les impacts sur le climat. Le résultat, c’est que le rail ne représente que 7 % du transport de passagers à l’intérieur de l’Europe.

Espionnage- Pegasus: «L’Europe doit réagir »

Espionnage- Pegasus: «L’Europe doit réagir »

Spécialiste du cyber, l’ancien directeur technique de la DGSE livre à l’Opinion son analyse sur le logiciel espion israélien qui aurait été utilisé contre Emmanuel Macron ( L’Opinion, extrait)

Tribune

 

 

Emmanuel Macron a présidé jeudi matin un conseil de défense exceptionnel consacré à l’affaire Pegasus, un logiciel espion israélien qui aurait été utilisé par les services de renseignement marocains pour pirater ou tenter de pirater des téléphones de responsables politiques et journalistes français, a annoncé le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal. D’après une enquête menée par un consortium de médias, dont Le Monde et Radio France, un des numéros d’Emmanuel Macron figurait parmi les cibles potentielles du logiciel Pegasus.

« L’Europe doit réagir très fermement » à l’affaire d’espionnage Pegasus, affirme à l’Opinion Bernard Barbier, l’ancien Directeur technique de la DGSE (2006-2013). Spécialiste de cyberdéfense et du renseignement électronique, cet ingénieur, aujourd’hui à la retraite, a dirigé l’équivalent français de la NSA américaine. « C’est une question de souveraineté : l’Europe doit avoir les capacités techniques nécessaires pour se protéger » face à des intrusions dans les téléphones portables et les ordinateurs individuels.

Pegasus est un logiciel espion très performant, mis au point et commercialisé par la société israélienne NSOUn consortium international de journalistes, Forbidden Stories, vient de révéler que plusieurs gouvernements étrangers l’utilisaient largement, contre des opposants et des journalistes. Le Maroc est soupçonné de s’en être servi pour espionner Emmanuel Macron et d’autres ministres. Un conseil de défense consacré à cette question s’est tenu ce jeudi matin à l’Elysée.

Comme Bernard Barbier, les spécialistes ne sont pas surpris par l’existence de ce logiciel. Dès 2016, le magazine 01net racontait « comment fonctionne Pegasus, ce malware qui vole toutes les données de l’iPhone ». En revanche, « l’usage incontrôlé » qui en fait par des gouvernements pose de sérieuses questions, à la fois de sécurité nationale et de libertés publiques.

Un peu de technique d’abord. Du fait du cryptage des communications, les « écoutes téléphoniques » à l’ancienne sont désormais presque totalement inefficaces. « Il faut by-passer le chiffrement et pour cela entrer au cœur du système, jusque dans les couches très basses de l’operating system » des téléphones, explique Bernard Barbier.

La société israélienne NSO a mis au point des « techniques extrêmement performantes » en la matière, en s’appuyant sur sa proximité avec les anciens personnels de l’Unité 8-200 de l’armée, l’agence de renseignement électronique. Grâce au service militaire obligatoire et à l’emploi de réservistes, il existe en Israël un vrai écosystème militaro-industriel entre les unités opérationnelles, les centres de recherche et les entreprises technologiques. NSO en est un exemple abouti. Désormais possédée par des capitaux américains, elle pèserait 2 milliards de dollars. « Il s’agit d’un transfert vers le privé de compétences étatiques », indique Bernard Barbier.

Pour pénétrer dans un téléphone portable, le logiciel Pegasus utilise les failles, les erreurs qui existent dans tous les systèmes d’exploitation : « IOS, c’est quarante millions de lignes de codes », rappelle Bernard Barbier. Ils sont régulièrement modifiés et améliorés : ce sont les « mises à jour » de votre portable. A chaque fois, le logiciel Pegasus doit s’adapter pour trouver les nouvelles portes d’entrée. NSO et ses semblables cherchent les « Zero-Day », les failles de sécurité non encore découvertes. Il existe un marché du « Zero-Day » avec des sociétés spécialisées, comme Zerodium fondée par le Français Chaoukri Bekrar. « C’est une guerre permanente » entre le glaive et le bouclier, dit l’ancien directeur technique de la DGSE.

Les grands services de renseignement, dont la DGSE en France, possèdent leurs propres systèmes pour introduire des « malwares » dans les téléphones, même sans aucune action de la part de la cible, répondre à un message, par exemple. Mais de nombreux pays ne possèdent pas de telles capacités en propre. Ils doivent faire appel à des prestataires privés, qui leur fournissent non pas la compétence technologique, mais le service plus ou moins clés en main. C’est la niche de marché de NSO qui travaillerait pour une quarantaine de pays.

Cela se fait évidemment avec l’accord des autorités politiques de l’Etat d’Israël. Ainsi, NSO ne fournit pas de services permettant d’espionner les Etats-Unis, la Russie ou la Chine. Pour l’Europe, en revanche, c’est open bar. C’est également le cas de pays arabes comme le Maroc, les Emirats arabes unis, Bahreïn, l’Arabie saoudite qui ont des liens sécuritaires avec l’Etat juif. Ce n’est pas un hasard s’il s’agit des pays ayant récemment établi des liens diplomatiques (sauf pour les Saoudiens, du moins officiellement) avec Israël.

D’autres alliés de l’Etat juif en bénéficient, comme l’Azerbaïdjan, l’Inde, le Rwanda ou, seul pays européen concerné, la Hongrie. Les experts français s’accordent à penser que les services de renseignement israéliens bénéficient des informations ainsi recueillies, via la société NSO ou d’autres intervenants sur le même marché.

La France a été sur les rangs pour faire appel à la NSO, mais le projet n’a pas abouti, du fait de très fortes oppositions au sein de l’appareil d’Etat. Dans les années 2010, la DGSI (sécurité intérieure) s’intéressait à ce logiciel, parce qu’elle ne disposait pas des mêmes capacités techniques que la DGSE (sécurité extérieure). Même si elle a progressé, la « mutualisation » des moyens d’espionnage électronique au sein de la communauté du renseignement reste un sujet complexe. A la même époque, la DGSI a acquis le logiciel américain Palantir pour l’analyse des données. Dans les services français, beaucoup estiment ce logiciel trop perméable avec la NSA américaine.

Alors que les regards sont tournés vers Pegasus, Guillaume Poupard, le directeur de l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information vient de tirer une autre sonnette d’alarme sur Lindekin contre « une vaste campagne de compromission, toujours en cours et particulièrement virulente, touchant de nombreuses entités françaises. Elle est conduite par le mode opératoire APT31. » En clair : de l’espionnage d’entreprises stratégiques par les Chinois.

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