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Avenir du nucléaire: plombé par l’Etatisme ?

Avenir du nucléaire: plombé par l’Etatisme ?

par Michel Villette
Professeur de sociologie, AgroParisTech – Université Paris-Saclay dans The Conversation

Le 23 juin 2023, la loi relative à « l’accélération des procédures liées à la construction de nouvelles installations nucléaires à proximité de sites nucléaires existants et au fonctionnement des installations existantes » était publiée au Journal officiel. Elle simplifie le parcours d’autorisation des projets de construction de réacteurs : concertation du public, déclaration d’utilité publique, mise en compatibilité des documents d’urbanisme, autorisations d’urbanisme ou autorisation environnementale.

Le texte, largement adopté par le parlement à la mi-mai, vise à faciliter la construction de trois séries de deux EPR 2 à l’horizon 2035 sur les sites de Penly (Seine-Maritime), Gravelines (Nord), du Bugey (Ain) et du Tricastin (Drôme), comme le président-candidat Emmanuel Macron en avait pris l’engagement à Belfort en février 2022. Ainsi, la loi supprime l’objectif de réduction à 50 % de la part du nucléaire dans le mix électrique à l’horizon 2035, ainsi que le plafonnement de la capacité de production nucléaire à 63,2 gigawatts.

Il est remarquable d’observer que cette décision technologique majeure et cet investissement public de première importance n’ont suscité pratiquement aucun débat, aucune polémique, aucune protestation.

Pourtant, de nombreuses questions se posent : comment doit se prendre la décision d’investir ou de désinvestir dans la construction de nouvelles centrales nucléaires ? Où est l’équilibre des pouvoirs en la matière ? Y a-t-il encore un débat possible une fois que le chef de l’État, en réaction aux difficultés liées au conflit en Ukraine, déclare dans l’urgence que c’est la seule solution pour assurer l’approvisionnement énergétique de la France, et qu’un maigre débat à l’Assemblée nationale débouche sur un rapide consensus plutôt que sur des études et des discussions approfondies ?

Dans son Esprit des Lois (1748), Montesquieu rappelle souvent qu’un peuple n’est libre que quand le pouvoir y arrête le pouvoir. En démocratie, la modération dans les décisions gouvernementales est supposée provenir du cadre constitutionnel et législatif, mais aussi et surtout d’un équilibre entre des forces dont les intérêts s’opposent et s’équilibrent.

Immobiliser une nouvelle fois une grande part des capacités d’investissement de la France dans la construction de centrales nucléaires de type réacteur à eau pressurisée (PWR) – plutôt que dans autre chose –, c’est un choix majeur aux conséquences financières, techniques, écologiques et politiques lourdes à très long terme. C’est aussi la continuation d’un état technocratique centralisé, omniscience et omnipotent.

Comment assurer l’équilibre des pouvoirs dans un tel cas ? Suivant Montesquieu, quels pouvoirs faut-il mettre en concurrence pour obtenir la décision la plus éclairée, la plus raisonnable, la plus intelligente possible ?

Souvenons-nous que ce sont des décisions autoritaires – quasi militaires – qui ont marqué le lancement du programme nucléaire français en 1973. Sans débat parlementaire sérieux, ni cadre juridique adapté, un petit groupe d’hommes politiques, de hauts fonctionnaires, et d’ingénieurs ont pris l’option radicale du tout nucléaire, en faisant deux promesses à la population : la technologie nucléaire serait sans risque et fournirait une électricité bon marché.

La suite de l’histoire mondiale de l’industrie nucléaire a montré qu’il y avait des risques. Pourtant, ce n’est que très récemment que les autorités françaises ont commencé à mettre en place des exercices d’évacuation et de protection des populations qu’impliquerait un accident majeur improbable, mais pas impossible.

Quant au bas prix de l’électricité en France entre 1975 et 2005, il s’explique surtout par une sous-estimation du coût complet du kilowatt heure, et par un report de coûts cachés sur les générations futures : remboursement des emprunts, coût du démantèlement des installations, du recyclage et du stockage des déchets, coût éventuel d’un accident majeur.

L’électricité bon marché de l’époque s’explique aussi par la non-prise en compte dans le coût du kilowatt heure de tous les projets qui ont du être abandonnés, et qui ont été financés par des dépenses publiques : la filière graphite gaz abandonnée ; le réacteur Superphénix de Creys-Malville (Isère) supposé contribuer au recyclage des déchets les plus radioactifs, définitivement arrêté en 1997, enfin, le doublement du coût des nouveaux réacteurs de Flamanville (Manche) qui ne sont toujours pas en fonctionnement.

En se comportant à la fois en entrepreneur et en garant du programme nucléaire, l’État français a contribué à entretenir l’irresponsabilité financière des opérateurs. Il s’est substitué à eux. A contrario, dans d’autres pays tout aussi tentés par la solution nucléaire – les calculs des financiers et la logique des marchés ont joué le rôle de contre-pouvoir. Aux États-Unis en particulier, de nombreux projets de construction de centrales nucléaires ont été abandonnés parce que les investisseurs privés les trouvaient trop risqués ou pas assez rentables.

Depuis le début de la guerre en Ukraine, le retour au nucléaire constitue-t-il un investissement rentable, et si oui, à quel prix du kilowatt heure ? Est-ce une solution technique porteuse d’avenir et exportable ? Pour répondre à toutes ces questions, la population ne dispose aujourd’hui que de l’avis des experts de Bercy et d’EDF. Les partis politiques ne se montrent guère en état d’exercer le rôle de contre-pouvoir. Il ne serait donc pas absurde de faire appel au secteur privé, ne serait-ce que pour tester les hypothèses économiques et technologiques retenues par les experts étatiques. Il serait intéressant et utile de comparer un investissement dans des réacteurs PWR à un investissement équivalent répartit entre des économies d’énergie, des énergies renouvelables et une accélération des recherches de pointes dans la fusion nucléaire ou, pourquoi pas, dans l’exploitation de l’hydrogène blanc récemment découvert dans le sous-sol français. Or, tous ces programmes sont en mal de financement…

Lorsqu’on veut installer un nouveau système de chauffage chez soi, on fait faire plusieurs devis et l’on étudie plusieurs solutions techniques. L’État français pourrait faire de même, évitant ainsi ses coutumiers dépassements de budgets. C’est en se tournant vers l’international que l’on peut espérer actuellement introduire suffisamment de diversité dans les débats sur les choix nucléaires. De ce point de vue, la controverse entre les Français et les Allemands sur la question nucléaire est utile et devrait stimuler la réflexion.

Faut-il, par exemple, imiter des états autoritaires – comme l’État chinois –, qui continue à construire des centrales EPR fondées sur le principe de la fission nucléaire ? Ne faut-il pas plutôt faire confiance, au contraire, à la recherche scientifique de pointe et à l’innovation comme aux États-Unis et en Allemagne, où l’on investit fortement dans le développement des centrales de nouvelle génération, basées sur le principe de la fusion ?

Depuis 2014 et encore plus depuis 2020, les investissements privés ont bondi dans ce domaine.

Aux hésitations et aux réticences de la population, tiraillée entre la peur du nucléaire, l’envie d’avoir de l’électricité bon marché, et l’envie de réduire les émissions de CO2, pourraient ainsi répondre la sagesse des marchés et le talent des scientifiques en quête de technologies nouvelles. Une réflexion sur une meilleure utilisation des fonds publics impliquerait donc que l’État français devienne plus modeste, cesse de se prendre à la fois pour un régulateur, un financeur et un entrepreneur et qu’il accepte enfin une plus sage et plus prudente répartition des rôles.

La maladie de l’étatisme

La maladie de l’étatisme

Vincent Lamkin, associé-fondateur de Comfluence et Président d’Opinion Valley estime dans l’Opinion que la France est gravement malade de l’étatisme.

 

L’exécutif a jugé bon de mobiliser ce concept des grands soirs consistant à juxtaposer un sujet de société sensible et l’adresse du ministère en charge de la question. On a connu jadis le Grenelle de l’environnement, voici venu le temps du Beauvau de la sécurité.

Il n’a échappé à personne que ce ne sont pas les violences faites à la société, dans un climat d’impunité délétère – celles que subissent au quotidien les citoyens qui marchent dans les clous ou les dépositaires de l’autorité publique dans le cadre de leurs activités –, mais les violences dites policières qui ont motivé cette décision. L’urgence, c’est donc celles-ci et non celles-là…

S’il est dangereux, par les temps qui courent, de fragiliser la puissance publique, il ne faudrait pas pour autant que le pouvoir et son exercice deviennent l’angle mort de notre démocratie ou son défouloir, façon gilet jaune – ce qui revient au même. Et l’on se dit qu’un Saint-Honoré aurait sa place à l’agenda. Les thèmes sensibles à accoler ne manquent pas : de l’Etat, du pouvoir, des libertés publiques…

La crise de l’Etat providence que nous vivons depuis quelques décennies a été anesthésiée par la crise sanitaire. Celle-ci offre à l’Etat, d’une façon inespérée (si l’on peut dire), les moyens (bis repetita) d’une puissance inédite, exercée bien sûr à crédit – l’affranchissant au passage des critères de convergence européens, socle de notre monnaie unique (à plus d’un titre). En France, on n’a pas d’argent, mais on creuse la dette !

Pour simplifier les choses, l’étatisme, en France, est une maladie que l’on a pris la curieuse habitude de nommer néolibéralisme ! Nos gouvernants seraient tous d’affreux libéraux. La réalité est qu’ils ont été très largement formés par l’Etat et pour l’Etat, biberonnés par lui, tirant leur pouvoir de ce dernier, lequel semble leur seul horizon et bien souvent le seul cadre de leur expérience professionnelle, qu’ils projettent cependant sur toute la société.

« L’Etat a été incroyablement intrusif dans le détail de nos vies, et pourtant peu performant sur l’essentiel », déclarait récemment dans une interview Henri de Castries. N’est-ce pas là, toutes proportions gardées, le propre des mécaniques totalitaires, qui consistent à compenser l’incapacité d’un pouvoir en place à tenir son rôle par l’exercice d’une ferme tutelle sur un peuple de plus en plus dirigé et inféodé à ses décisions, bien sûr pour son Bien !

Force est de constater que nous vivons dans une société où les libertés publiques reculent sur tous les fronts. Non pas parce que l’État est fort mais, paradoxalement, parce qu’il est de plus en plus faible, y compris dans ses convictions.

 

Les libertés publiques reculent face aux créances mémorielles et communautaires ; elles reculent face aux troubles portées à l’ordre public puisque l’État préfère les limiter ou les bafouer quand il se révèle incapable de maîtriser ces troubles ; elles reculent devant la pandémie quand l’Etat doit compenser son impréparation par la contrainte (le projet de loi qui vient d’être déposé par le chef du Gouvernement fera passer dans le droit commun des pans entiers de l’état d’urgence sanitaire), etc.

Dans le même temps, ce à quoi l’Etat est censé être ancré et qui légitime sa puissance se délite peu à peu : la République, la démocratie représentative, la nation. Le folklore républicain que l’on sort pour les grandes occasions ne fait guère illusion. Le discrédit des institutions et des élites, l’éclatement des partis politiques, l’abstention, la paupérisation idéologique et matérielle de l’école, la haine comme modèle de débat, le décrochage économique de la France, la victimisation comme héroïsme des temps modernes, l’appauvrissement culturel de nos référentiels communs… : voilà le terreau fertile des lendemains qui déchantent.

Le pouvoir en place joue un peu plus avec le feu, ne trouvant rien de mieux pour raviver la démocratie, après le road show façon barnum du chef de l’Etat devant les maires de France, que ce dangereux simulacre baptisé convention citoyenne. Une sorte de tête-à-tête – fantasme d’une démocratie directe à huis clos –, entre l’exécutif et quelques Français tirés au sort, qui discrédite un peu plus les mécanismes institués de la représentation. Tout cela pour accoucher, tout à la fois, d’une souris, de propositions dangereuses et d’un référendum en forme de ridicule plébiscite.

Le conseil scientifique, né de la crise sanitaire, aura été quant à lui le révélateur d’un autre fantasme : celui d’une prise de décision apolitique, objectivée, irréfutable, déresponsabilisée. Et donc d’un pouvoir qui ne souffre plus la discussion, ni l’objection. Cela, on l’a vite compris, n’est ni un cadeau fait à la démocratie, ni à la science. Le champ des possibles reste ouvert…

Notre Président affectionne les discours et les oraisons funèbres. Il reste au pouvoir le ministère de la parole. Force est de le constater cependant, comme le souligne Régis Debray à propos des deux phrases sèches par lesquelles le Général de Gaulle quitte le pouvoir : « Le médiocre est grandiloquent. La grandeur est laconique ». Imperatoria brevitas !

Vincent Lamkin, associé-fondateur de Comfluence et Président d’Opinion Valley




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