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La maladie de l’étatisme

La maladie de l’étatisme

Vincent Lamkin, associé-fondateur de Comfluence et Président d’Opinion Valley estime dans l’Opinion que la France est gravement malade de l’étatisme.

 

L’exécutif a jugé bon de mobiliser ce concept des grands soirs consistant à juxtaposer un sujet de société sensible et l’adresse du ministère en charge de la question. On a connu jadis le Grenelle de l’environnement, voici venu le temps du Beauvau de la sécurité.

Il n’a échappé à personne que ce ne sont pas les violences faites à la société, dans un climat d’impunité délétère – celles que subissent au quotidien les citoyens qui marchent dans les clous ou les dépositaires de l’autorité publique dans le cadre de leurs activités –, mais les violences dites policières qui ont motivé cette décision. L’urgence, c’est donc celles-ci et non celles-là…

S’il est dangereux, par les temps qui courent, de fragiliser la puissance publique, il ne faudrait pas pour autant que le pouvoir et son exercice deviennent l’angle mort de notre démocratie ou son défouloir, façon gilet jaune – ce qui revient au même. Et l’on se dit qu’un Saint-Honoré aurait sa place à l’agenda. Les thèmes sensibles à accoler ne manquent pas : de l’Etat, du pouvoir, des libertés publiques…

La crise de l’Etat providence que nous vivons depuis quelques décennies a été anesthésiée par la crise sanitaire. Celle-ci offre à l’Etat, d’une façon inespérée (si l’on peut dire), les moyens (bis repetita) d’une puissance inédite, exercée bien sûr à crédit – l’affranchissant au passage des critères de convergence européens, socle de notre monnaie unique (à plus d’un titre). En France, on n’a pas d’argent, mais on creuse la dette !

Pour simplifier les choses, l’étatisme, en France, est une maladie que l’on a pris la curieuse habitude de nommer néolibéralisme ! Nos gouvernants seraient tous d’affreux libéraux. La réalité est qu’ils ont été très largement formés par l’Etat et pour l’Etat, biberonnés par lui, tirant leur pouvoir de ce dernier, lequel semble leur seul horizon et bien souvent le seul cadre de leur expérience professionnelle, qu’ils projettent cependant sur toute la société.

« L’Etat a été incroyablement intrusif dans le détail de nos vies, et pourtant peu performant sur l’essentiel », déclarait récemment dans une interview Henri de Castries. N’est-ce pas là, toutes proportions gardées, le propre des mécaniques totalitaires, qui consistent à compenser l’incapacité d’un pouvoir en place à tenir son rôle par l’exercice d’une ferme tutelle sur un peuple de plus en plus dirigé et inféodé à ses décisions, bien sûr pour son Bien !

Force est de constater que nous vivons dans une société où les libertés publiques reculent sur tous les fronts. Non pas parce que l’État est fort mais, paradoxalement, parce qu’il est de plus en plus faible, y compris dans ses convictions.

 

Les libertés publiques reculent face aux créances mémorielles et communautaires ; elles reculent face aux troubles portées à l’ordre public puisque l’État préfère les limiter ou les bafouer quand il se révèle incapable de maîtriser ces troubles ; elles reculent devant la pandémie quand l’Etat doit compenser son impréparation par la contrainte (le projet de loi qui vient d’être déposé par le chef du Gouvernement fera passer dans le droit commun des pans entiers de l’état d’urgence sanitaire), etc.

Dans le même temps, ce à quoi l’Etat est censé être ancré et qui légitime sa puissance se délite peu à peu : la République, la démocratie représentative, la nation. Le folklore républicain que l’on sort pour les grandes occasions ne fait guère illusion. Le discrédit des institutions et des élites, l’éclatement des partis politiques, l’abstention, la paupérisation idéologique et matérielle de l’école, la haine comme modèle de débat, le décrochage économique de la France, la victimisation comme héroïsme des temps modernes, l’appauvrissement culturel de nos référentiels communs… : voilà le terreau fertile des lendemains qui déchantent.

Le pouvoir en place joue un peu plus avec le feu, ne trouvant rien de mieux pour raviver la démocratie, après le road show façon barnum du chef de l’Etat devant les maires de France, que ce dangereux simulacre baptisé convention citoyenne. Une sorte de tête-à-tête – fantasme d’une démocratie directe à huis clos –, entre l’exécutif et quelques Français tirés au sort, qui discrédite un peu plus les mécanismes institués de la représentation. Tout cela pour accoucher, tout à la fois, d’une souris, de propositions dangereuses et d’un référendum en forme de ridicule plébiscite.

Le conseil scientifique, né de la crise sanitaire, aura été quant à lui le révélateur d’un autre fantasme : celui d’une prise de décision apolitique, objectivée, irréfutable, déresponsabilisée. Et donc d’un pouvoir qui ne souffre plus la discussion, ni l’objection. Cela, on l’a vite compris, n’est ni un cadeau fait à la démocratie, ni à la science. Le champ des possibles reste ouvert…

Notre Président affectionne les discours et les oraisons funèbres. Il reste au pouvoir le ministère de la parole. Force est de le constater cependant, comme le souligne Régis Debray à propos des deux phrases sèches par lesquelles le Général de Gaulle quitte le pouvoir : « Le médiocre est grandiloquent. La grandeur est laconique ». Imperatoria brevitas !

Vincent Lamkin, associé-fondateur de Comfluence et Président d’Opinion Valley




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