Archive pour le Tag '« L’étatisation'

Non à l’étatisation du système des retraites

Non à l’étatisation du système des retraites

 

Tribune dans l’opinion deBruno Chrétien ,président de l’Institut de la protection sociale (IPS), qui vient de publier un rapport sur le recouvrement des cotisations Agirc-arrco par les Urssaf

 

Dans un contexte économique, social et sanitaire difficile, toute action publique devrait être guidée par la volonté de simplifier la vie des entreprises et de sécuriser la protection des salariés. Pourtant, le gouvernement s’entête à poursuivre son projet d’étatisation des retraites qu’il n’a pu faire adopter avec la réforme avortée du système universel de retraite. A l’abri des regards, la réforme des retraites se poursuit et nous expose à un risque majeur de catastrophe industrielle.

Cette fois-ci, le moyen utilisé est la centralisation du recouvrement des cotisations obligatoires. A première vue, le sujet peut sembler technique et anecdotique. En réalité, ce qui se joue, c’est la prise en main par l’Etat du pilotage de la quasi-totalité de la retraite de nos concitoyens. Cela pose une vraie question démocratique et d’équilibre des pouvoirs, les partenaires sociaux étant dépossédés de leurs prérogatives alors qu’ils ont montré par le passé leur savoir-faire à piloter les régimes complémentaires.

«Avant d’engager de nouvelles réformes de structures, tous les efforts de la puissance publique devraient porter sur l’analyse des erreurs qui ont été commises par le passé»

Le récent projet de retraite universelle devait permettre de franchir une nouvelle étape dans ce processus de centralisation amorcé depuis vingt-cinq ans avec le plan Juppé de 1995. Avant d’engager de nouvelles réformes de structures, tous les efforts de la puissance publique devraient porter sur l’analyse des erreurs qui ont été commises par le passé. Cependant, l’évaluation sérieuse des politiques publiques menées n’est toujours pas à l’ordre du jour.

Alors qu’émerge un contexte radicalement nouveau avec la crise de la Covid-19, l’intégration accélérée du recouvrement des cotisations de retraite complémentaire au 1er janvier 2022 entraînera des conséquences néfastes à court terme comme à moyen terme aussi bien pour les entreprises (changement précipité pour les logiciels de paye entraînant des coûts supplémentaires et des risques sérieux dans la production des payes dès janvier 2022) que pour les salariés (risques sur l’enregistrement des droits à retraite).

Risque. Autre risque majeur, à l’heure d’attaques informatiques de plus en plus puissantes, la possibilité de blocage de l’informatique des Urssaf par des hackers pourrait priver les organismes sociaux de financement pendant un certain temps. En mettant tous ses œufs dans le même panier, l’Etat accroît le risque de catastrophe majeure.

Avec le transfert du recouvrement précipité des caisses complémentaires vers les Urssaf, notre pays prend un risque inutile en ces temps troublés. Le 20 janvier dernier, les partenaires sociaux ont déjà alerté sur l’Agirc-Arrco. Ils n’ont pas été entendus. L’Institut de la protection sociale alerte à son tour sur les risques encourus.

Avant toute chose, il est primordial d’établir un retour d’expérience sérieux des dysfonctionnements des précédents transferts vers les Urssaf (défaillance de la mise en place du RSI il y a quinze ans, difficultés actuelles de l’intégration du recouvrement du régime social des artistes auteurs…). Il est de même urgent d’engager un débat public sur la place respective des différents acteurs intervenant sur la protection sociale.

Le Parlement doit avoir la place centrale dans le pilotage de ce débat et des décisions qui en découleront. Les partenaires sociaux doivent également être réellement associés comme ils l’avaient demandé en janvier de cette année. Avant qu’il ne soit trop tard, le processus de transfert programmé au 1er janvier 2022 doit être suspendu.

Bruno Chrétien est président de l’Institut de la protection sociale (IPS), qui vient de publier un rapport sur le recouvrement des cotisations Agirc-arrco par les Urssaf

« L’étatisation du biologique » ?

« L’étatisation du biologique » ?

La chercheuse Annie Cot observe, dans une tribune au « Monde », que nous vivons un moment « foucaldien », lorsque l’Etat entend prendre le « biopouvoir », c’est-à-dire le contrôle de la vie et des corps des hommes.

« La crise déclenchée par la pandémie de Covid-19 incite à relire les passages que Michel Foucault (1926-1984) consacre aux concepts de biopouvoir et de biopolitique au milieu des années 1970. Il théorise ces derniers dans un chapitre de La Volonté de savoir (Gallimard, 1976), puis dans deux cours prononcés respectivement en 1976-1977 et 1977-1978 au Collège de France, Il faut défendre la société (Gallimard, 1997) et Sécurité, territoire, population.

Par « biopouvoir », le philosophe désigne un moment de transformation profonde du pouvoir politique. Ce dernier a longtemps eu pour objet le contrôle des comportements des citoyens, conçus comme des sujets de droit. Depuis le début du XIXe siècle, cet objet change de nature. Le pouvoir se concentre désormais sur la vie biologique : la vie des individus comme entités singulières, et la vie de la population, cette « multiplicité des hommes comme masse globale affectée de processus d’ensemble qui sont propres à la vie » (Il faut défendre la société, p. 216).

Là où le souverain avait le droit de « faire mourir ou laisser vivre » sans intervenir sur la vie quotidienne de ses sujets, le biopouvoir se donne la vie des individus pour objet et pour but. L’objectif s’est déplacé : il s’agit maintenant de « faire vivre ou de rejeter dans la mort » (La Volonté de savoir, p. 181). Ce processus d’étatisation du biologique, qui s’autorise une rationalité non plus liée à la souveraineté juridique, mais qui relève du libéralisme économique, concerne aussi bien les corps des individus – leur naissance, leur santé, leurs accidents, leur vieillesse, leur mort – que le corps collectif de l’espèce humaine.

La pandémie de Covid-19 pose à nouveaux frais cette question scientifique et politique qui définit la modernité des sociétés occidentales : comment assurer la sécurité sanitaire d’une population soumise aux risques et aux aléas du biologique ? Comment articuler le registre du corps de citoyens libres et celui du corps collectif de la population ? En l’occurrence, comment articuler la liberté de chacun avec les décisions qui s’imposent à l’espèce humaine tout entière ? »




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