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« Toutes les entreprises cotées ont désormais compris l’enjeu environnemental » !!!

« Toutes les entreprises cotées ont désormais compris l’enjeu environnemental » !!!

 

 

Si les réglementations européennes encadrant l’investissement responsable peuvent étonner par leur complexité, le banquier François-Marc Durand, président de Lazard Frères Gestion,  estime, dans une tribune au « Monde », que financer le développement durable est devenu simple.

Un discours pro ESG mais relativement ambigu qui se réfugie derrière la complexité des règles et la demande des consommateurs. Une tribune pas vraiment convaincante quant aux intentionx du monde financier d’investir réellement et significativement dans l’économie verte. NDLR

 

SFDR, CSRD, taxonomie verte, articles 6, 8, 9 : derrière ces noms de code se cachent les plus récentes réglementations ou classifications européennes encadrant l’investissement responsable. Leurs appellations énigmatiques, « technocratiques » pour certains, n’aident pas à rendre ce sujet accessible au grand public.

« Quelle erreur !  », s’exclameront certains. Et comment leur donner tort ? Face à l’urgence climatique, soutenir le développement durable est devenu un enjeu majeur. Les règles de son financement devraient être simples, claires et compréhensibles par tous, surtout lorsque l’on sait que chaque épargnant peut agir dans ce domaine par ses choix d’investissements.

Or, la réglementation européenne serait, selon ses détracteurs, une « usine à gaz » ouvrant la voie au « greenwashing » en définissant des règles aussi complexes que permissives en matière d’investissement durable.

Dès lors, pourquoi l’Union européenne n’encadre-t-elle pas la finance verte à travers un simple ensemble d’obligations et d’interdictions ? Pourquoi se refuse-t-on à bannir le secteur pétrolier des fonds d’investissement responsables ? Pourquoi n’obligerait-on pas ceux-ci à investir dans la production d’énergies renouvelables, le fair trade ou le recyclage des déchets ? Réponse : parce que le monde est plus nuancé qu’il n’y paraît.

Comprenons bien le problème. Dans un monde idéal, chacun de nous se saisirait des enjeux du développement durable et adopterait des choix de vie en adéquation avec ces principes. Malheureusement, force est de constater que peu de nos concitoyens agissent de la sorte, et qu’il est impossible, en démocratie, d’imposer certains choix aux consommateurs, comme celui de baisser son chauffage ou d’utiliser plus ponctuellement sa voiture.

Si l’effort ne peut se concentrer sur la demande, il peut en revanche se concentrer sur l’offre, c’est-à-dire sur les entreprises qui produisent ce que nous consommons. Dans cette optique, certains considèrent que la finance durable doit, par essence, s’interdire de soutenir certains secteurs, à commencer par le pétrole, les modes de transport à fort impact environnemental ou certains métiers de la chimie.

C’est oublier que ces entreprises peuvent aussi être des leaders de la transition énergétique, se distinguer par leur politique d’inclusion sociale ou leur bonne gouvernance, trois piliers fondamentaux des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Pour prendre en compte ces subtilités et sortir d’une approche manichéenne improductive, l’Union européenne a cherché à développer un cadre précis.

L’enjeu majeur de la réindustrialisation

L’enjeu majeur de la réindustrialisation

 

À quelques jours de l’officialisation de son élection à l’Elysée, Macron doit choisir un ou une ministre en charge du Made in France. Rien n’est encore tranché à ce stade selon nos informations alors que le prochain gouvernement doit être annoncé dans les prochains jours. Le résultat des élections législatives au mois de juin pourrait déterminer le choix du président sur cette question brûlante de la réindustrialisation. ( la « Tribune »)

Au lendemain de la victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle, les salariés de l’emblématique fonderie de la Sam ont quitté dans la douleur leur usine implantée dans l’Aveyron après 154 jours d’occupation. Cette usine sous-traitant de Renault est le symbole d’un premier quinquennat marqué par des fermetures d’usines et des milliers de postes détruits dans l’industrie tricolore déjà foudroyée par plusieurs décennies de délocalisations.

Il faut dire que la pandémie a laissé de profondes traces sur le tissu productif hexagonal. Après plusieurs confinements à répétition et des pagailles en série sur les chaînes d’approvisionnement, l’industrie a payé au prix fort les répercussions économiques et sociales de cette maladie infectieuse.

L’invasion russe en Ukraine depuis le mois de février et les nouveaux confinements en Chine ont une nouvelle fois plongé l’industrie européenne dans un épais brouillard. Au lendemain de l’éclatement du conflit, le gouvernement avait réuni en urgence les grandes filières industrielles tricolores pour faire un inventaire des problèmes rencontrés par les entreprises.

L’exécutif a finalement répondu par un plan de résilience dont certaines mesures doivent permettre d’amortir une partie du choc énergétique mais cette enveloppe ne devrait pas suffire. En attendant la nomination d’un prochain gouvernement prévu dans les jours à venir, Emmanuel Macron sait qu’il devra absolument accélérer sur la réindustrialisation de l’économie tricolore s’il ne veut pas se retrouver à nouveau en fortes difficultés.

À ce stade, il est encore trop tôt pour savoir si un ou une membre du prochain gouvernement obtiendra un poste de ministre de l’industrie ou de secrétaire d’Etat. D’après plusieurs sources interrogées à Bercy, rien n’est encore tranché pour l’heure. Emmanuel Macron a choisi de jouer la montre avant d’annoncer la nomination du prochain gouvernement dans les jours à venir.

Il faut rappeler que l’industrie n’a pas toujours occupé une place de premier ordre sous le premier quinquennat Macron. En 2017, le président de la République, chantre de « la start-up nation » n’avait pas attribué de portefeuille spécifique au moment de la nomination de son premier gouvernement. Entre 2017 et octobre 2018, le ministre de l’Economie Bruno Le Maire était en charge de l’industrie mais il n’y avait pas de portefeuille spécifique. Ce qui était une première depuis 1886, sous la IIIe République, et la nomination d’Édouard Simon en tant que ministre du Commerce et de l’Industrie. Le dernier titulaire du portefeuille, sous la présidence de François Hollande, était le secrétaire d’État Christophe Sirurgue, parti en mai 2017.

Juste avant la crise des Gilets Jaunes en novembre 2018, Agnès-Pannier Runacher arrive à Bercy pour reprendre les dossiers de Delphine Gény-Stephann sans obtenir de maroquin propre à l’industrie. Ce n’est qu’en juillet 2020 au moment de la nomination de Jean Castex à Matignon qu’elle devient ministre déléguée à l’industrie avec des missions plus précises. Malgré cette progression dans l’ordre protocolaire ministériel, l’industrie tricolore est encore loin d’avoir retrouvé des couleurs. « La réindustrialisation ne se fait pas en claquement de doigts. Les derniers chiffres du cabinet Trendeo montrent que cette politique a porté ses fruits mais il faut continuer d’accélérer », assure un proche de l’exécutif.

A l’exception des impôts de production et de mesures favorables à l’offre, le programme d’Emmanuel Macron présenté à la mi-mars à Aubervilliers devant des centaines de journalistes ne comporte pas de stratégie précise en matière de politique industrielle.  »Le programme de Macron est assez creux sur le thème de l’industrie. C’est un programme technique mais il n’y a pas de vision très claire », explique Anaïs Voy-Gillis, docteur en géographie et auteur avec Olivier Lluansi de l’ouvrage « Vers la renaissance industrielle », (Editions Marie B).  »C’est bien de baisser les impôts de production mais elles sont aussi une ressource pour les collectivités locales alors que la décentralisation est une forte demande des citoyens », ajoute-t-elle.

Il faut dire que le président de la République avait déjà dessiné à l’automne les contours des principales mesures pour l’industrie à l’occasion d’une grande présentation à l’Elysée du plan France 2030. Devant un parterre de ministres, chefs d’entreprise, économistes et étudiants, Emmanuel Macron avait posé les jalons du programme industriel pour les cinq prochaines années.

Doté d’une enveloppe de 30 milliards d’euros, ce plan est destiné à soutenir notamment les petits réacteurs nucléaires (1 milliard), l’avion bas carbone (4 milliards d’euros), les énergies renouvelables (500 millions d’euros), la décarbonation de l’industrie, l’agriculture et l’agroalimentaire (2 milliards d’euros) ou encore la santé (7,5 milliards d’euros).

Après plusieurs mois d’hésitations, c’est finalement le député de la République en Marche Bruno Bonnel qui est en charge du pilotage de ce plan. Pour Anaïs Voy-Gillis,  »le plan France 2030 manque encore de profondeur. Comment ce plan va-t-il s’articuler dans les filières ? Beaucoup de petites entreprises ont des solutions opérationnelles par rapport aux grands groupes. Comment ces petites entreprises peuvent-elles se trouver une place dans les écosystèmes ?  Comment on rapatrie des chaînes de valeur en Europe ?  Le plan France 2030 pose encore beaucoup de questions. « 

 

Réindustrialiser dans le contexte du changement climatique, un défi économique colossal pour le prochain quinquennat

La multiplication des catastrophes climatiques à l’échelle du globe accélère la nécessité pour les Etats développés de réindustrialiser leurs économies tout en prenant en compte l’impact environnemental. Sur ce point, la transition apparaît déjà comme un chantier colossal pour le prochain quinquennat. Il s’agit de réindustrialiser l’économie tricolore tout en respectant les engagements de la France en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de lutte contre le réchauffement climatique. Et sur tous ces sujets sensibles, l’Etat français est loin d’être exemplaire.

En 2021, la justice a condamné l’Etat pour inaction climatique et l’a obligé à « réparer le préjudice écologique dont il est responsable », avant 2022 dans sa décision dévoilée à l’automne dernier. Dans ce contexte, les marges de manoeuvre du prochain gouvernement seront particulièrement étroites.

« Dans le programme d’Emmanuel Macron, il n’y a pas vraiment de lien entre la réindustrialisation et la question environnementale », regrette Anaïs Voy-Gillis.  »La décarbonation de l’industrie n’est qu’un aspect de ce thème majeur. La biodiversité par exemple n’a pas été abordée alors que c’est un enjeu essentiel ».

De son côté, l’économiste du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII) Thomas Grjebine, estime dans un récent entretien accordé à La Tribune  »qu’il n’est pas évident de concilier la transition écologique avec la réindustrialisation de l’économie française. Il n’est en effet pas clair aujourd’hui si cette transition est une opportunité pour notre tissu industriel ou si au contraire cela risque de conduire à un choc d’offre très négatif (on va mettre au rebus une partie du capital). »

Le retour en force de la planification

La pandémie et l’urgence climatique ont rappelé la nécessité de mettre en place des filières stratégiques dans le domaine de la santé et de la transition énergétique. Lors de la présentation de son programme, le président alors candidat avait dessiné les grands objectifs de cette politique économique.

« J’assume d’avoir une volonté de planification, qu’il s’agisse de la production d’énergie, comme du déploiement de nouvelles filières industrielles, et de décliner ensuite ces objectifs par territoire en laissant la liberté d’adaptation. Dans ce contexte-là, l’Etat aura à reprendre en main plusieurs aspects de la filière énergétique [...] Nous aurons à reprendre le contrôle capitalistique de plusieurs secteurs industriels », a déclaré Emmanuel Macron lors de la présentation de son programme. Les regards et les spéculations se tournent forcément vers EDF, et le scénario d’une nationalisation du géant français de l’électricité n’est pas exclu, après l’annonce en février de lancer la construction de six réacteurs EPR, plus huit en option.

Après le premier tour de la présidentielle, le président s’était même engagé à ce que son Premier ministre soit « directement chargé de la planification écologique » s’il était réélu, reprenant un terme utilisé par Jean-Luc Mélenchon arrivé sur la troisième marche du podium.

Cette planification autrefois largement critiquée est aujourd’hui réclamée par des industriels.  »C’est un thème important repris sur l’ensemble de l’échiquier politique. Beaucoup de secteurs énergétiques comme le nucléaire doivent passer par une forme de planification et de soutien public. C’est une bonne chose de sortir du dogme libéral et de la vision plus orthodoxe pour aider certains projets industriels. La France ne peut pas être présente dans tous les domaines. La planification est devenue relativement consensuelle », avait expliqué à La Tribune il y a quelques semaines l’économiste de l’université de Californie François Geerolf.

De son côté, Anaïs Voy Gillis estime que « la planification apparaît surtout comme un outil technique dans le programme de Macron. On ne comprend pas vraiment l’objectif poursuivi. Comment on accompagne socialement et économiquement ces transitions ? Comment repositionne-t-on les sites industriels en difficulté ? » Il faut dire que la mise en oeuvre du Haut-Commissariat au plan en septembre 2020 sous la houlette de François Bayrou a suscité de vives interrogations chez la plupart des économistes interrogés par La Tribune.

La bataille de la réindustrialisation est loin de se jouer uniquement sur le plan économique. Au-delà des incantations pour le Made in France scandées pendant la dernière campagne électorale, les derniers résultats à la présidentielle rappellent que la désindustrialisation a laissé des séquelles profondes sur de nombreux territoires.

La progression spectaculaire du Rassemblement national (RN) dans une trentaine de départements contre seulement deux en 2017 laisse augurer des perspectives bien assombries sur le plan politique pour le président de la République et son futur gouvernement. Dans une récente étude pour la fondation Jean Jaurès, le directeur du département Opinion chez Ifop Jérôme Fourquet avait montré que les intentions de votes chez les ouvriers en faveur du FN/RN avaient quasiment triplé en près de 30 ans, passant de 17% en 1988 à 45% en 2021.

Sur cette période, le nombre d’emplois industriels a dégringolé en France, passant de 4,5 millions à 3,1 millions, soit une chute spectaculaire de 45%. Et durant le quinquennat Macron, l’industrie a encore perdu des emplois (environ 4.000 emplois en moins) entre la fin du T2 2017 et la fin de l’année 2021 selon les derniers chiffres de l’Insee. « Entre 1974 et 2018 les branches industrielles ont perdu près de la moitié de leurs effectifs (2,5 millions d’emplois), l’industrie ne représentant plus aujourd’hui que 10,3 % du total des emplois », explique le dernier rapport de la commission d’enquête parlementaire sur la désindustrialisation.  En parallèle, la part de l’industrie dans le produit intérieur brut (PIB) a continué de s’effondrer au cours des dernières décennies.

L’enjeu de la formation au numérique

L’enjeu de la formation au numérique

La mise sur pied de la Grande Ecole du Numérique a répondu, pour partie, aux défis de la 3ème révolution industrielle, au travers d’un label d’excellence. Mais, explique Guy Mamou-Mani, nous sommes encore loin du compte car il faudrait former 50000 informaticiens chaque année pour répondre aux besoins du marché.

Tribune

Par Guy Mamou-Mani (coprésident Groupe Open dans les « Echos  »

 

Lors des campagnes pour les présidentielles de 2012 et 2017, aucun des candidats n’avait inscrit la question de la transformation numérique au coeur de son programme ni fait de la formation un des axes forts de sa campagne.

Emmanuel Macron a pour sa part, pendant la campagne 2022, esquissé la vision de la formation avec deux idées maîtresses : l’orientation vers des filières professionnalisantes et la fin de la gratuité des formations .

Ces questions d’orientation, de professionnalisation et de financement soulevées à juste titre par celui qui était alors un président-candidat sont au coeur du malaise qui règne dans l’enseignement supérieur français. Des voix ont pu s’élever pour dénoncer sa volonté de « privatiser » l’université française, les droits d’inscription n’en jouent pas moins un rôle crucial dans la régulation du système. Leur montant explique pour une très large part les écarts qui se creusent entre les formations dispensées dans le supérieur public et le privé et leur capacité respective à former en nombre suffisant les ingénieurs dont la France a besoin.

La mise sur pied de la Grande Ecole du Numérique (GEN) répond pour une part aux défis de la 3ème révolution industrielle au travers d’un label d’excellence. 500 formations aux métiers du numérique ont été identifiées et sont aujourd’hui labellisées « GEN ». 31 000 personnes ont bénéficié de ces formations depuis 2016. Mais nous sommes encore loin du compte quand on sait qu’il faudrait former tous les ans entre 40 et 50000 informaticiens pour être en phase avec les besoins du marché.

On peut d’ailleurs légitimement se demander pourquoi l’Etat français n’a pas accru les moyens de ses meilleures écoles d’ingénieurs publiques du numérique. Elles ont vu les subventions qui leur étaient allouées s’éroder régulièrement, leur budget de fonctionnement drastiquement diminué. Quant aux droits de scolarité – qui s’élèvent aujourd’hui à 3500€/ an à CentraleSupélec et à 2800€ /an à Telecom Paris alors que l’année-élève coûte entre 15 000 et 20 000€ -, ils sont notoirement insuffisants.

Force est de reconnaître que l’université française et nos grandes écoles souffrent d’un mal endémique. Leur sous-financement chronique ne leur permet pas de dégager les ressources leur permettant de faire croître leur flux de diplômés de plus de 10% sans baisser le niveau des étudiants, ce qui serait inéluctable avec le taux d’encadrement qui est le leur. L’augmenter conduirait à creuser leur déficit.

Pour autant, toutes les écoles d’ingénieurs ne pâtissent pas des mêmes difficultés. Le malthusianisme que connaît l’enseignement supérieur public a créé un effet booster pour l’enseignement supérieur privé en général et particulièrement dans le numérique qui a vu ses écoles d’ingénieurs croître tant en nombre qu’en flux de diplômés.

L’enseignement supérieur privé est en plein essor. Une école du numérique comme l’EPITA qui garantit une formation professionnalisante à ses étudiants a vu non seulement ses effectifs croître de 40% ces dernières années mais arrive même en tête du classement 2020 de L’Usine Nouvelle devant Polytechnique (meilleurs salaires de sortie).

Il y a un rapport entre la rentabilité d’un système de formation et les effectifs. Mathias Emmerich, Président exécutif d’INSEEC U, l’a bien résumé : « la principale façon de gagner de l’argent, c’est d’augmenter les effectifs. Les pouvoirs publics seraient bien inspirés d’en tirer la leçon et d’investir dans l’enseignement supérieur public français du numérique dans l’intérêt économique du pays qui s’appauvrira sans ingénieurs.» Même si tous les candidats de la dernière présidentielle ne se sont pas saisis de ce sujet, en ont sous-estimé l’importance et n’ont pas inscrit la formation au numérique parmi leurs priorités, il y va de notre avenir !

Guy Mamou-Mani, Coprésident du Groupe OPEN, ancien président de Syntec Numérique et VP du CNNum

L’enjeu des câbles pour Internet

L’enjeu des câbles pour Internet

 

Dans le cadre de la guerre en Ukraine des risques existent concernant les câbles sous-marins. Or « sans les câbles sous-marins, il n’y a plus d’Internet européen » (Jean-Luc Vuillemin, Dirigeant Orange)

 

Orange investit dans de nombreux câbles sous-marins, ces autoroutes de fibre optique qui reposent au fonds des mers, et assurent la quasi-totalité des communications intercontinentales. Vous avez récemment annoncé votre participation au projet SEA-ME-WE 6 qui reliera Marseille à Singapour, et dont le coût avoisine les 800 millions d’euros. À combien s’élève la facture pour Orange ? Pourquoi ce projet est-il si important alors que vous disposez déjà de cinq liaisons vers l’Asie ?

JEAN-LUC VUILLEMIN - Pour Orange, le SEA-ME-WE 6 représente un investissement compris entre 50 et 100 millions d’euros. Ce projet nous importe parce que les câbles vers l’Asie, dans lesquelles nous avons des participations, sont tous saturés. Nous avons besoin d’investir pour préserver nos besoins de capacité. En parallèle, le SEA-ME-WE 6 nous permettra de faire remonter le trafic Internet de La Réunion, dans l’océan indien, en passant par la côte est de l’Afrique. Il constituera aussi une solution de backup en cas de coupure de câble sur la côte ouest du continent, pour acheminer les communications vers l’Europe.

Par ailleurs, le SEA-ME-WE 6 va raccorder l’Inde, qui crie « au secours », aujourd’hui, en matière de câbles sous-marins. Cette destination a longtemps été soigneusement boudée par la filière. La législation indienne a fait fuir tout le monde. Quand vous posez un câble sous-marin en Inde, le navire câblier, qui effectue la pose et l’atterrissement, est considéré comme une importation. Dès son entrée dans les eaux territoriales, il est soumis à une taxe indexée sur la valeur du navire. C’est pourquoi on a évité un atterrissage en Inde lorsque le SEA-ME-WE 5 a été installé il y a quelques années. Mais entre-temps, l’opérateur Reliance Jio a déployé un grand réseau 4G dans le pays. La connectivité a explosé. Et aujourd’hui, l’Inde hurle à la mort parce qu’elle n’a plus assez de capacité vers l’Europe. Le SEA-ME-WE 6 répondra en partie à ce problème.

Ajoutons que ce câble est l’un des rares reliant l’Europe à l’Asie qui passe par Singapour et la Chine. Une très grande partie de l’investissement sera portée par des investisseurs chinois. Plus de la moitié de la capacité du câble devrait, au final, certainement être détenue par le trio d’opérateurs China Mobile International, China Telecom Group et China Unicom.

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L’enjeu de l’accès aux algorithmes

L’enjeu de l’accès aux algorithmes 

 

Des chercheurs, des acteurs du numérique ainsi que des élus, rassemblés dans un collectif, demandent, dans une tribune au « Monde », à ce que la régulation européenne des nouvelles technologies en cours d’étude permette à la recherche d’accéder à leurs données.

 

Tribune.

 

Scandales à répétition, potentielles interférences aux processus démocratiques, augmentation continue de la haine en ligne, impacts psychologiques… Selon une étude publiée en ligne le 2 septembre 2020, les algorithmes sous-jacents au fonctionnement des plates-formes de contenus seraient la principale cause de la circulation rapide des contenus nuisibles en ligne.

La réalité est que nous ne savons rien, ou si peu. Nous ne pouvons plus accepter d’avoir, d’un côté, les grandes plates-formes ayant la maîtrise de leurs données et, de l’autre, les citoyens et les institutions cherchant à deviner ce que celles-ci contiennent : « Facebook et les autres plates-formes de la Silicon Valley ont perdu leur droit au secret », comme l’a déclaré, le 26 octobre 2021, devant le Sénat américain, le professeur de droit Nathaniel Persily. L’accès aux données est désormais un enjeu régalien.

Qui n’a pas déjà eu le sentiment d’être « pisté » par l’algorithme, à la suite d’une suggestion publicitaire presque trop opportune pour être le fruit du hasard ? D’avoir cliqué sur une vidéo s’interrogeant sur les origines du Covid-19 sur YouTube et se retrouver, trois vidéos plus tard, à interroger, cette fois, la réalité des pyramides ? De s’inquiéter pour la santé mentale et émotionnelle de son enfant, en permanence sur ses écrans ?

Selon un sondage publié en décembre 2021 par le Washington Post, 56 % des Américains pensent que Facebook a un impact négatif sur la société. Une autre étude d’opinion montrait qu’en 2019 seuls 20 % des Européens feraient confiance aux réseaux sociaux. L’entreprise elle-même reconnaît que 64 % des personnes qui ont rejoint des groupes extrémistes sur sa plate-forme l’auraient fait parce que des algorithmes les y ont dirigées. Et, chaque semaine, plus de 90 % des Américains et Européens utilisent ces mêmes réseaux.

Ces plates-formes sont nées dans un climat de naïveté et de laxisme quant aux usages d’un Internet ouvert et sans modération. L’utopie était trop belle. Car les réseaux sociaux ont des effets paradoxaux. Libérateur de parole lors du « printemps arabe » de 2010, ils peuvent aussi être des entraves à la démocratie, devenant des instruments de contrôle et de censure de la population pour certains gouvernements.

Dans cette course, entre mouvement féministe populaire ou complot antidémocratique, les algorithmes semblent ne pas trancher. Et dans l’assassinat de Samuel Paty, l’attentat antimusulman de Christchurch, ou l’attaque du Capitole, les réseaux sociaux sont incriminés. Se met alors en place une controverse sans issue : entre ceux qui accusent les réseaux sociaux d’alimenter tous les maux de nos sociétés et les plates-formes qui nient toute responsabilité mais verrouillent les accès à toute enquête basée sur les données liées à ces événements. Faisant de notre modèle démocratique la principale victime de ce débat stérile. C’est l’utopie déchue.

Au-delà du conflit de la pêche, l’enjeu du brexit lui-même

Au-delà du conflit de la pêche, l’enjeu du brexit lui-même

Jean-Francis Pécresse des Echos explique fort justement qu’il faut résister à Boris Johnson non seulement concernant le conflit de la page mais au-delà sur les autres aspects du bre xit  en particulier concernant la frontière avec l’Irlande qui constitue le cœur même de l’accord. Un accord que Johnson veut faire voler en éclats. (Extrait)

Avec toute la perfidie dont elle est capable, Albion a montré le peu de cas qu’elle faisait de son ancien partenaire européen en oeuvrant à l’annuation du mirobolant contrat français des sous-marins australiens.

Entre sa volonté de retirer du marché commun un maximum d’avantages, puis sa décision de s’en retirer sans payer les frais de sortie, avec enfin ses exigences insolentes dans l’interminable négociation du Brexit, voilà des années que le Royaume-Uni joue les fauteurs de trouble en Europe. Il n’en fait plus partie, et cela continue. Cela ne peut plus durer, alors que l’Union a déjà assez à faire avec son flanc Est.

Avec ce conflit sur la pêche, l’occasion est donc belle de signifier à son imprévisible et capricieux Premier ministre, Boris Johnson, que l’on ne peut pas impunément se moquer des accords signés. Bien sûr, nous n’en serions pas là si celui sur la pêche avait été mieux négocié afin de garantir sans ambiguïté le droit de tous les chalutiers français ayant jeté leur filet avant 2021 dans la zone poissonneuse des 6-12 milles de continuer à le faire.

Résister aujourd’hui à Boris Johnson est une exigence pour les intérêts de la France mais aussi pour ceux de l’Europe. La commission serait bien inspirée de se ranger sans ambiguïté derrière Paris faute de quoi la prochaine étape sera la sortie unilatérale du protocole nord-irlandais, lequel impose d’indispensables contrôles douaniers et sanitaires en mer d’Irlande . Autrement dit la clé de voûte du Brexit…

Un cadre, complexe et inconfortable, a été laborieusement posé aux nouvelles relations entre le Royaume Uni et l’Europe continentale. Mais il a le mérite d’exister et ne peut être l’otage des foucades d’un Boris Johnson attisant outre-Manche le sentiment nationaliste pour faire oublier ses propres déboires. Ceux d’un Brexit qui prive les Britanniques d’innombrables produits, et peut-être même de sapin de Noël. Ceux aussi d’une gestion calamiteuse de la crise sanitaire. Guerre de la saucisse, querelle sur les migrants, conflit sur la pêche… le « french bashing » permanent est peut-être une stratégie, il ne fait pas une politique.

Derrière le conflit de la pêche, l’enjeu du brexit lui-même

Derrière le conflit de la pêche, l’enjeu du brexit lui-même

Jean-Francis Pécresse des Echos explique fort justement qu’il faut résister à Boris Johnson non seulement concernant le conflit de la page mais au-delà sur les autres aspects du break site en particulier la frontière avec l’Irlande qui constitue le cœur même de l’accord. Un accord que Johnson veut faire voler en éclats.(Extrait)

Avec toute la perfidie dont elle est capable, Albion a montré le peu de cas qu’elle faisait de son ancien partenaire européen en oeuvrant à l’annuation du mirobolant contrat français des sous-marins australiens.

Entre sa volonté de retirer du marché commun un maximum d’avantages, puis sa décision de s’en retirer sans payer les frais de sortie, avec enfin ses exigences insolentes dans l’interminable négociation du Brexit, voilà des années que le Royaume-Uni joue les fauteurs de trouble en Europe. Il n’en fait plus partie, et cela continue. Cela ne peut plus durer, alors que l’Union a déjà assez à faire avec son flanc Est.

Avec ce conflit sur la pêche, l’occasion est donc belle de signifier à son imprévisible et capricieux Premier ministre, Boris Johnson, que l’on ne peut pas impunément se moquer des accords signés. Bien sûr, nous n’en serions pas là si celui sur la pêche avait été mieux négocié afin de garantir sans ambiguïté le droit de tous les chalutiers français ayant jeté leur filet avant 2021 dans la zone poissonneuse des 6-12 milles de continuer à le faire.

Résister aujourd’hui à Boris Johnson est une exigence pour les intérêts de la France mais aussi pour ceux de l’Europe. La commission serait bien inspirée de se ranger sans ambiguïté derrière Paris faute de quoi la prochaine étape sera la sortie unilatérale du protocole nord-irlandais, lequel impose d’indispensables contrôles douaniers et sanitaires en mer d’Irlande . Autrement dit la clé de voûte du Brexit…

Un cadre, complexe et inconfortable, a été laborieusement posé aux nouvelles relations entre le Royaume Uni et l’Europe continentale. Mais il a le mérite d’exister et ne peut être l’otage des foucades d’un Boris Johnson attisant outre-Manche le sentiment nationaliste pour faire oublier ses propres déboires. Ceux d’un Brexit qui prive les Britanniques d’innombrables produits, et peut-être même de sapin de Noël. Ceux aussi d’une gestion calamiteuse de la crise sanitaire. Guerre de la saucisse, querelle sur les migrants, conflit sur la pêche… le « french bashing » permanent est peut-être une stratégie, il ne fait pas une politique.

L’enjeu des batteries à longues durées

L’enjeu des batteries à longues durées 

Scott Patterson dans le Wall Street Journall explique l’enjeu des batteries longues durée (extrait)

En juillet, le département de l’Energie s’est fixé l’objectif de réduire de 90 % le coût du stockage d’énergie à longue durée du réseau dans la décennie. « Nous allons apporter des centaines de gigawatts d’énergie propre dans le réseau au cours des prochaines années », a déclaré la secrétaire à l’Energie Jennifer Granholm dans un communiqué.

L’énergie renouvelable représente un cinquième de la production d’électricité aux Etats-Unis, contre 60 % provenant du gaz naturel et du charbon, le reste étant essentiellement issu du nucléaire, selon EIA. Mercredi, le département de l’Energie a publié un rapport indiquant que la seule énergie solaire pourrait produire jusqu’à 40 % de l’électricité américaine d’ici à 2035.

Procéder à la transition vers les énergies renouvelables est un élément important du casse-tête de la décarbonisation, selon les experts. Non seulement ce changement retire du réseau des centrales de carburant fossile, mais il signifie que les véhicules électriques pourront se charger depuis des sources qui n’ajoutent pas de gaz à effet de serre dans l’atmosphère.

L’intérêt des investisseurs pour le stockage d’énergie a explosé au cours de l’année dernière. Les sociétés de capital-risque ont investi 4,9 milliards de dollars dans des entreprises de batteries rechargeables depuis le début de l’année, contre 1,6 milliard de dollars en 2020, selon PitchBook.

En août dernier, Form Energy a finalisé une levée de fonds qui lui a rapporté 240 millions de dollars, incluant des investissements du fonds Rise Fund de TGP. Les directives du gouvernement fédéral et des Etats sur l’énergie propre ont contribué à rassurer les investisseurs sur la pérennité de cette tendance, explique Mateo Jaramillo, directeur général de Form Energy. Au cours des dernières années, les investisseurs ont été échaudés par des entreprises de batterie qui ne se sont pas révélées à la hauteur de leurs promesses du fait de problèmes techniques ou du manque d’enthousiasme des consommateurs pour les véhicules électriques.

La tendance devrait encourager davantage d’innovation dans les batteries, selon Mateo Jaramillo. Les gros investisseurs placent des fonds dans des start-up de batteries plus établies qui augmentent leur production. Cela donne confiance aux investisseurs au stade précoce dans le financement à venir d’entreprises qui se résument bien souvent à une idée née dans un laboratoire.

Le matériau à la base du fonctionnement des batteries Form Energy est un élément peu coûteux et abondant : le fer. Ces batteries peuvent remplir des entrepôts et fournir de l’électricité pendant près d’une semaine. Cela leur confère une utilisation différente de celle de batteries à durée de charge plus courte, comme Ambri, dont la charge peut durer jusqu’à 24 heures, selon Donald Sadoway.

Les entreprises qui gèrent la tâche complexe d’orienter l’énergie depuis et vers les plateformes de stockage attirent également l’intérêt des gros investisseurs. En août, FlexGen Power Systems, qui fournit des logiciels pour gérer le stockage d’énergie, a annoncé qu’Apollo Global Management avait investi 150 millions de dollars dans l’entreprise.

Kelcy Pegler, CEO de FlexGen, a noté que l’augmentation des pannes d’électricité, comme celles observées au Texas et à la Nouvelle-Orléans cette année après les tempêtes, renforce l’urgence à développer le stockage d’énergie.

« Ces événements nous ouvrent les yeux. Nous avons épuisé tous les prétextes raisonnables pour ne pas créer un réseau plus intelligent », conclut-il.

 

Covid-19 : l’enjeu de la vaccination en Afrique

Covid-19 : l’enjeu de la vaccination en Afrique

Alice Desclaux, anthropologue de la santé (TransVIHMI, Institut de recherche pour le développement), et Khoudia Sow, chercheuse en anthropologie de la santé (CRCF/TransVIHMI, Institut de recherche pour le développement), reviennent sur les enjeux de la vaccination en Afrique. (Dans the conversation)

« L’hésitation vaccinale n’est pas le défi n°1 de l’Afrique. Le vrai problème est plutôt la ‘famine’ de vaccin. De longues files d’attente d’Africains, comme celle sur cette vidéo, dans de nombreux pays de l’Union africaine, attendent d’être vaccinés. » Dans ce tweet du 8 août 2021, le Dr Nkengasong, directeur de l’Africa CDC (Africa Centres for Disease Control and Prevention), rappelle les priorités : en premier lieu, c’est l’accès au vaccin qui est en Afrique l’enjeu clé du contrôle de la pandémie. Mais l’hésitation, si présente sur les autres continents, y est-elle absente? Les opinions vis-à-vis du vaccin y auraient-elles radicalement changé? Dans quel contexte général cette file d’attente doit-elle être située?

Dans les institutions de santé globale, l’accès au vaccin et l’hésitation vaccinale sont abordés indépendamment l’un de l’autre : l’accessibilité est essentiellement considérée comme étant d’ordre économique et politique, quand l’hésitation est perçue comme d’ordre culturel et communicationnel. Or, sur le terrain où nous développons « par le bas » les enquêtes ethnographiques du projet CORAF/ARIACOV, particulièrement au Sénégal, ces deux questions apparaissent étroitement liées – et dépendantes du contexte.

Les pays riches s’approvisionnent les premiers

Au Sénégal, un des premiers pays africains à avoir lancé la vaccination, seul 3,3% des adultes sont complètement vaccinés (et 3,4% partiellement). Ce faible taux reflète d’abord les inégalités structurelles dont est victime le continent africain, dénoncées par le Groupe indépendant sur la préparation et la riposte à la pandémie qui a mené une évaluation globale pour l’OMS. Malgré l’objectif commun de « ne laisser personne au bord de la route » pour vaincre la pandémie, les pays les plus riches s’approvisionnent les premiers, et le nationalisme domine toujours les relations internationales pour l’accès aux vaccins.

De plus, l’Afrique subit les contraintes liées à la propriété intellectuelle et à la production, ainsi que les limites du dispositif d’approvisionnement équitable COVAX. L’exportation vers l’Europe de vaccins conditionnés en Afrique du Sud, où moins de 10% de la population est complètement vaccinée, illustre la géopolitique de l’industrie du vaccin. L’absence de production locale a rendu le continent dépendant des fournisseurs tels que le Serum Institute of India – qui a dû rediriger ses livraisons vers la population indienne entre mars et août 2021.

Les limites du système de santé

Les pays africains ont donc eu recours à diverses voies pour obtenir des vaccins, selon des calendriers et avec des volumes dont ils n’avaient pas la maîtrise, leurs choix étant limités par les contraintes de coût et de modalités de conservation des produits. Une fois approvisionnés, ils sont confrontés à des difficultés majeures du fait des limites de leurs systèmes de santé rendues critiques par les contraintes d’approvisionnement, à plusieurs niveaux : gestion des vaccins et des données et logistique.

Les vaccins ne pouvant être utilisés que pendant quelques mois pour des raisons d’abord administratives, les stratégies de dispensation doivent être adaptées. Ainsi, des pays ayant reçu des stocks importants ont dû ouvrir rapidement la vaccination au-delà des groupes prioritaires initialement considérés (professionnels de santé, personnes âgées ou atteintes de comorbidité) sans pouvoir la « refermer » sur ces groupes une fois le stock écoulé.

En Afrique francophone, plusieurs pays ont commencé à vacciner grâce à des dons et achats de vaccins de Chine et de Russie, puis les premiers approvisionnements par COVAX ont été suivis de dons bilatéraux de la part des pays riches (USA, France…), actuellement complétés par l’Initiative AVATT (African Union’s Covid-19 Vaccine Acquisition Task Team, associant Africa CDC, Banque Mondiale et AfreximBank).

La diversité des sources et des modes d’approvisionnement s’est doublée d’une diversification des vaccins aux caractéristiques, performances, indications et schémas de dispensation différents. Au Sénégal par exemple, un total de 1.467.200 doses des vaccins Sinopharm, AstraZeneca et Johnson & Johnson avait été fourni au 5 août 2021 lors de neuf livraisons de cinq fournisseurs non coordonnées, aux volumes compris entre 25.000 et 324.000 doses. Les périodes de rupture de stock induites par l’irrégularité des livraisons ont retardé sur des sites une partie des secondes injections.

Inquiétées par la vague épidémique observée en juillet, des personnes ne pouvant accéder à la seconde dose de leur vaccin initial ont eu recours à des schémas non validés en combinant des vaccins différents.

Ainsi, le manque d’accès aux vaccins ne se traduit pas seulement par des files d’attente (qui révèlent qu’un service de santé dispose de vaccins) mais par des approvisionnements non planifiables et des protections immunitaires individuelles absentes, partielles ou incertaines.

L’acceptabilité des vaccins et de la vaccination

L’acceptabilité du vaccin est souvent abordée sous l’angle de l’hésitation vaccinale, une notion appliquée à des formes diverses de refus ou de report de la vaccination. L’OMS l’associe à l’infodémie et la mésinformation portée par les rumeurs et les fake news, souvent produites par des tendances anti-vaccins ou des groupes conspirationnistes.

Nos premières enquêtes sur le sujet, menées en octobre 2020, avaient montré des réticences vis-à-vis d’un futur vaccin et les logiques sous-jacentes. Lorsque les vaccins sont devenus disponibles mi-février 2021 au Sénégal, les attitudes ont basculé, comme l’ont montré les dashboards de suivi hebdomadaire de l’acceptation. Ces enquêtes sont menées auprès de groupes peu représentatifs de l’ensemble de la population, mais elles décrivent significativement des évolutions. L’augmentation du taux d’acceptabilité passée de 35 à 75% traduit une adhésion pragmatique, influencée par la diffusion de messages officiels en faveur du vaccin et par la médiatisation de la vaccination de personnalités publiques.

Mais en mars, la médiatisation intensive des effets indésirables du vaccin AstraZeneca sur les chaînes internationales d’information continue fait chuter ce taux. L’adhésion va ensuite fluctuer pour des raisons diverses, sur fond d’informations qui dénigrent tous les vaccins anti-covid. Certaines personnes refusent l’AstraZeneca, perçu comme trop risqué, et attendent que le vaccin Sinopharm soit de nouveau disponible ; d’autres devant recevoir leur seconde dose sont confrontées à la rupture de stock en AstraZeneca ; d’autres enfin refusent une première dose de Sinopharm dans l’attente d’un troisième vaccin annoncé.

En juillet, une troisième vague épidémique installée en l’espace de deux semaines va provoquer une forte augmentation de la demande. Les centres de santé n’ont alors pas assez de doses et les files d’attente débutant tôt le matin s’allongent. Cette demande, en l’absence de campagne de vaccination organisée ou de communication intensive, paraît motivée par la prise de conscience du risque infectieux et par l’expérience collective de la maladie : atteinte des proches, augmentation du nombre de décès de personnalités ou d’anonymes après de « courtes maladies », médias relatant les difficultés croissantes d’accès à l’oxygénothérapie pour les cas graves, plaintes récurrentes de professionnels de santé débordés par les patients Covid et crainte du variant Delta.

Les autorités sanitaires gèrent la situation par l’annonce d’arrivages prochains de vaccins, ce qui permet de tempérer une demande dépassant largement les capacités journalières de vaccination.

Le rapport entre accès et acceptation

L’évolution en quatre phases de l’acceptabilité de la vaccination observée au Sénégal apparaît très liée à l’accessibilité des vaccins.

Dans une première phase, les vaccins inaccessibles suscitent la méfiance et le doute en contexte d’infodémie, ainsi que des prises de position ambivalentes et changeantes, ce qui correspond à la définition initiale de « l’hésitation vaccinale ».

La seconde phase, lorsque le vaccin est mis à disposition, matérialisé et socialisé par la vaccination, provoque un engouement même parmi des personnes auparavant réticentes : les termes acceptation ou demande, moins négatifs qu’hésitation, semblent plus appropriés pour qualifier les attitudes.

La demande est inégale lors de la troisième phase, quand les vaccins initiaux ne sont plus disponibles partout et que d’autres vaccins arrivent : les perceptions et attitudes deviennent plus spécifiques de chaque vaccin, alors que des informations contradictoires circulent sur certains. Les représentations intègrent non seulement les qualités du produit, mais aussi les modalités d’approvisionnement. Nos entretiens rapportent que le vaccin AstraZeneca, par exemple, est perçu par des Sénégalais comme élaboré pour les Européens (du fait que ce dernier est recommandé aux plus de 55 ans en France, alors que la population africaine est plus jeune), et donné à l’Afrique parce que les Européens n’en veulent plus à cause de ses effets indésirables.

D’autre part, des personnes retardent leur venue dans un site de vaccination afin d’obtenir un vaccin spécifique qu’elles savent alors en rupture de stock. La demande apparaît comme un compromis entre opportunités (disponibilité, modalités d’accès) et perceptions des vaccins (choisis de manière à éviter des effets négatifs).

L’engouement de la quatrième phase déborde les capacités du programme de vaccination. La demande n’a pourtant pas été soutenue par une campagne de communication, une stratégie communautaire ou des mesures dans les entreprises, mais elle est devenue massive du fait de la prise de conscience du risque. La quête de vaccin s’est individualisée : chacun cherche à compléter son statut vaccinal en naviguant selon les opportunités d’accès, ce qui le conduit parfois loin des schémas recommandés par l’OMS.

De l’hésitation à la demande

Au final, les observations réalisées au Sénégal montrent que les opinions, attitudes et comportements face au vaccin et à la vaccination sont évolutifs, sensibles au contexte. Outre les problèmes théoriques que pose la notion d’hésitation vaccinale, amplifiés par les confusions entre définitions de sens commun et scientifique, cette notion semble trop réductrice, notamment du fait de sa connotation négative.

Des attitudes positives envers le vaccin peuvent émerger jusqu’à dépasser les capacités des systèmes de soin, comme cela a été le cas au Sénégal en juillet. Dans ce pays, l’hésitation a dominé lorsque le vaccin n’était encore qu’un objet idéel soumis à l’influence des médias, mais les expériences ont favorisé son acceptation, devenue demande dans le contexte alarmant de la nouvelle vague épidémique.

L’acceptabilité de la vaccination est devenue indissociable de celle du (des) vaccin(s) lorsque plusieurs d’entre eux ont été disponibles, selon des modalités inégales. Les populations qui « font la queue » pour se vacciner n’ont pas abandonné toute méfiance et pourraient de nouveau déserter les sites de vaccination, ou développer des stratégies individualisées, selon l’évolution du contexte épidémique, de l’approvisionnement, du dispositif et des stratégies de vaccination et de communication.

L’enjeu de l’accès au vaccin en Afrique n’efface pas celui de l’hésitation ou la demande. Un accès limité, contraint, partiel et imprévisible, fragilise aussi l’acceptation du vaccin et l’efficacité de la vaccination.

Cet article est republié à partir de The Conversation

Covid-19 : l’enjeu mondial de la vaccination en Afrique

Alice Desclaux, anthropologue de la santé (TransVIHMI, Institut de recherche pour le développement), et Khoudia Sow, chercheuse en anthropologie de la santé (CRCF/TransVIHMI, Institut de recherche pour le développement), reviennent sur les enjeux de la vaccination en Afrique. (Dans the conversation)

« L’hésitation vaccinale n’est pas le défi n°1 de l’Afrique. Le vrai problème est plutôt la ‘famine’ de vaccin. De longues files d’attente d’Africains, comme celle sur cette vidéo, dans de nombreux pays de l’Union africaine, attendent d’être vaccinés. » Dans ce tweet du 8 août 2021, le Dr Nkengasong, directeur de l’Africa CDC (Africa Centres for Disease Control and Prevention), rappelle les priorités : en premier lieu, c’est l’accès au vaccin qui est en Afrique l’enjeu clé du contrôle de la pandémie. Mais l’hésitation, si présente sur les autres continents, y est-elle absente? Les opinions vis-à-vis du vaccin y auraient-elles radicalement changé? Dans quel contexte général cette file d’attente doit-elle être située?

Dans les institutions de santé globale, l’accès au vaccin et l’hésitation vaccinale sont abordés indépendamment l’un de l’autre : l’accessibilité est essentiellement considérée comme étant d’ordre économique et politique, quand l’hésitation est perçue comme d’ordre culturel et communicationnel. Or, sur le terrain où nous développons « par le bas » les enquêtes ethnographiques du projet CORAF/ARIACOV, particulièrement au Sénégal, ces deux questions apparaissent étroitement liées – et dépendantes du contexte.

Les pays riches s’approvisionnent les premiers

Au Sénégal, un des premiers pays africains à avoir lancé la vaccination, seul 3,3% des adultes sont complètement vaccinés (et 3,4% partiellement). Ce faible taux reflète d’abord les inégalités structurelles dont est victime le continent africain, dénoncées par le Groupe indépendant sur la préparation et la riposte à la pandémie qui a mené une évaluation globale pour l’OMS. Malgré l’objectif commun de « ne laisser personne au bord de la route » pour vaincre la pandémie, les pays les plus riches s’approvisionnent les premiers, et le nationalisme domine toujours les relations internationales pour l’accès aux vaccins.

De plus, l’Afrique subit les contraintes liées à la propriété intellectuelle et à la production, ainsi que les limites du dispositif d’approvisionnement équitable COVAX. L’exportation vers l’Europe de vaccins conditionnés en Afrique du Sud, où moins de 10% de la population est complètement vaccinée, illustre la géopolitique de l’industrie du vaccin. L’absence de production locale a rendu le continent dépendant des fournisseurs tels que le Serum Institute of India – qui a dû rediriger ses livraisons vers la population indienne entre mars et août 2021.

Les limites du système de santé

Les pays africains ont donc eu recours à diverses voies pour obtenir des vaccins, selon des calendriers et avec des volumes dont ils n’avaient pas la maîtrise, leurs choix étant limités par les contraintes de coût et de modalités de conservation des produits. Une fois approvisionnés, ils sont confrontés à des difficultés majeures du fait des limites de leurs systèmes de santé rendues critiques par les contraintes d’approvisionnement, à plusieurs niveaux : gestion des vaccins et des données et logistique.

Les vaccins ne pouvant être utilisés que pendant quelques mois pour des raisons d’abord administratives, les stratégies de dispensation doivent être adaptées. Ainsi, des pays ayant reçu des stocks importants ont dû ouvrir rapidement la vaccination au-delà des groupes prioritaires initialement considérés (professionnels de santé, personnes âgées ou atteintes de comorbidité) sans pouvoir la « refermer » sur ces groupes une fois le stock écoulé.

En Afrique francophone, plusieurs pays ont commencé à vacciner grâce à des dons et achats de vaccins de Chine et de Russie, puis les premiers approvisionnements par COVAX ont été suivis de dons bilatéraux de la part des pays riches (USA, France…), actuellement complétés par l’Initiative AVATT (African Union’s Covid-19 Vaccine Acquisition Task Team, associant Africa CDC, Banque Mondiale et AfreximBank).

La diversité des sources et des modes d’approvisionnement s’est doublée d’une diversification des vaccins aux caractéristiques, performances, indications et schémas de dispensation différents. Au Sénégal par exemple, un total de 1.467.200 doses des vaccins Sinopharm, AstraZeneca et Johnson & Johnson avait été fourni au 5 août 2021 lors de neuf livraisons de cinq fournisseurs non coordonnées, aux volumes compris entre 25.000 et 324.000 doses. Les périodes de rupture de stock induites par l’irrégularité des livraisons ont retardé sur des sites une partie des secondes injections.

Inquiétées par la vague épidémique observée en juillet, des personnes ne pouvant accéder à la seconde dose de leur vaccin initial ont eu recours à des schémas non validés en combinant des vaccins différents.

Ainsi, le manque d’accès aux vaccins ne se traduit pas seulement par des files d’attente (qui révèlent qu’un service de santé dispose de vaccins) mais par des approvisionnements non planifiables et des protections immunitaires individuelles absentes, partielles ou incertaines.

L’acceptabilité des vaccins et de la vaccination

L’acceptabilité du vaccin est souvent abordée sous l’angle de l’hésitation vaccinale, une notion appliquée à des formes diverses de refus ou de report de la vaccination. L’OMS l’associe à l’infodémie et la mésinformation portée par les rumeurs et les fake news, souvent produites par des tendances anti-vaccins ou des groupes conspirationnistes.

Nos premières enquêtes sur le sujet, menées en octobre 2020, avaient montré des réticences vis-à-vis d’un futur vaccin et les logiques sous-jacentes. Lorsque les vaccins sont devenus disponibles mi-février 2021 au Sénégal, les attitudes ont basculé, comme l’ont montré les dashboards de suivi hebdomadaire de l’acceptation. Ces enquêtes sont menées auprès de groupes peu représentatifs de l’ensemble de la population, mais elles décrivent significativement des évolutions. L’augmentation du taux d’acceptabilité passée de 35 à 75% traduit une adhésion pragmatique, influencée par la diffusion de messages officiels en faveur du vaccin et par la médiatisation de la vaccination de personnalités publiques.

Mais en mars, la médiatisation intensive des effets indésirables du vaccin AstraZeneca sur les chaînes internationales d’information continue fait chuter ce taux. L’adhésion va ensuite fluctuer pour des raisons diverses, sur fond d’informations qui dénigrent tous les vaccins anti-covid. Certaines personnes refusent l’AstraZeneca, perçu comme trop risqué, et attendent que le vaccin Sinopharm soit de nouveau disponible ; d’autres devant recevoir leur seconde dose sont confrontées à la rupture de stock en AstraZeneca ; d’autres enfin refusent une première dose de Sinopharm dans l’attente d’un troisième vaccin annoncé.

En juillet, une troisième vague épidémique installée en l’espace de deux semaines va provoquer une forte augmentation de la demande. Les centres de santé n’ont alors pas assez de doses et les files d’attente débutant tôt le matin s’allongent. Cette demande, en l’absence de campagne de vaccination organisée ou de communication intensive, paraît motivée par la prise de conscience du risque infectieux et par l’expérience collective de la maladie : atteinte des proches, augmentation du nombre de décès de personnalités ou d’anonymes après de « courtes maladies », médias relatant les difficultés croissantes d’accès à l’oxygénothérapie pour les cas graves, plaintes récurrentes de professionnels de santé débordés par les patients Covid et crainte du variant Delta.

Les autorités sanitaires gèrent la situation par l’annonce d’arrivages prochains de vaccins, ce qui permet de tempérer une demande dépassant largement les capacités journalières de vaccination.

Le rapport entre accès et acceptation

L’évolution en quatre phases de l’acceptabilité de la vaccination observée au Sénégal apparaît très liée à l’accessibilité des vaccins.

Dans une première phase, les vaccins inaccessibles suscitent la méfiance et le doute en contexte d’infodémie, ainsi que des prises de position ambivalentes et changeantes, ce qui correspond à la définition initiale de « l’hésitation vaccinale ».

La seconde phase, lorsque le vaccin est mis à disposition, matérialisé et socialisé par la vaccination, provoque un engouement même parmi des personnes auparavant réticentes : les termes acceptation ou demande, moins négatifs qu’hésitation, semblent plus appropriés pour qualifier les attitudes.

La demande est inégale lors de la troisième phase, quand les vaccins initiaux ne sont plus disponibles partout et que d’autres vaccins arrivent : les perceptions et attitudes deviennent plus spécifiques de chaque vaccin, alors que des informations contradictoires circulent sur certains. Les représentations intègrent non seulement les qualités du produit, mais aussi les modalités d’approvisionnement. Nos entretiens rapportent que le vaccin AstraZeneca, par exemple, est perçu par des Sénégalais comme élaboré pour les Européens (du fait que ce dernier est recommandé aux plus de 55 ans en France, alors que la population africaine est plus jeune), et donné à l’Afrique parce que les Européens n’en veulent plus à cause de ses effets indésirables.

D’autre part, des personnes retardent leur venue dans un site de vaccination afin d’obtenir un vaccin spécifique qu’elles savent alors en rupture de stock. La demande apparaît comme un compromis entre opportunités (disponibilité, modalités d’accès) et perceptions des vaccins (choisis de manière à éviter des effets négatifs).

L’engouement de la quatrième phase déborde les capacités du programme de vaccination. La demande n’a pourtant pas été soutenue par une campagne de communication, une stratégie communautaire ou des mesures dans les entreprises, mais elle est devenue massive du fait de la prise de conscience du risque. La quête de vaccin s’est individualisée : chacun cherche à compléter son statut vaccinal en naviguant selon les opportunités d’accès, ce qui le conduit parfois loin des schémas recommandés par l’OMS.

De l’hésitation à la demande

Au final, les observations réalisées au Sénégal montrent que les opinions, attitudes et comportements face au vaccin et à la vaccination sont évolutifs, sensibles au contexte. Outre les problèmes théoriques que pose la notion d’hésitation vaccinale, amplifiés par les confusions entre définitions de sens commun et scientifique, cette notion semble trop réductrice, notamment du fait de sa connotation négative.

Des attitudes positives envers le vaccin peuvent émerger jusqu’à dépasser les capacités des systèmes de soin, comme cela a été le cas au Sénégal en juillet. Dans ce pays, l’hésitation a dominé lorsque le vaccin n’était encore qu’un objet idéel soumis à l’influence des médias, mais les expériences ont favorisé son acceptation, devenue demande dans le contexte alarmant de la nouvelle vague épidémique.

L’acceptabilité de la vaccination est devenue indissociable de celle du (des) vaccin(s) lorsque plusieurs d’entre eux ont été disponibles, selon des modalités inégales. Les populations qui « font la queue » pour se vacciner n’ont pas abandonné toute méfiance et pourraient de nouveau déserter les sites de vaccination, ou développer des stratégies individualisées, selon l’évolution du contexte épidémique, de l’approvisionnement, du dispositif et des stratégies de vaccination et de communication.

L’enjeu de l’accès au vaccin en Afrique n’efface pas celui de l’hésitation ou la demande. Un accès limité, contraint, partiel et imprévisible, fragilise aussi l’acceptation du vaccin et l’efficacité de la vaccination.

Cet article est republié à partir de The Conversation

Politique–Tunisie: L’enjeu est de sauver le pays de l’emprise islamiste

Politique–Tunisie: L’enjeu est de sauver le pays de l’emprise islamiste

Pour Mezri Haddad, philosophe et ancien ambassadeur de Tunisie à l’Unesco, Kaïs Saïed a usé légalement de ses prérogatives présidentielles pour défendre le pays contre l’entrisme islamiste.( Le Figaro extrait)

« À l’issue d’une journée de manifestations massives de Tunisiens exaspérés par les turpitudes d’Ennahdha, en ce jour mémorable et hautement symbolique, la fête de la proclamation de la République le 25 juillet 1957, grâce à la lutte menée par le père de l’indépendance Habib Bourguiba, le président Kaïs Saïed a pris des décisions qui feront date dans l’histoire du seul et dernier pays arabe encore gouverné par des théocrates déguisés en démocrates, que certains idiots utiles de l’islamo-gauchisme en France considèrent comme des islamistes «modérés», ou des démocrates musulmans, ou encore des «islamo-conservateurs». Autant de casuistiques terminologiques pour récuser un fait historique, idéologique et politique incontestable, à savoir que l’islamisme, des Frères musulmans jusqu’à Daech et en passant par al-Qaida, puise dans la même doctrine théocratique, totalitaire et terroriste dont la naissance remonte à 1928 en Égypte. Comme l’avait si bien dit ici même dans Le Figaro le président Al-Sissi.. »

Tunisie: L’enjeu est de sauver le pays de l’emprise islamiste

Tunisie: L’enjeu est de sauver le pays de l’emprise islamiste

Pour Mezri Haddad, philosophe et ancien ambassadeur de Tunisie à l’Unesco, Kaïs Saïed a usé légalement de ses prérogatives présidentielles pour défendre le pays contre l’entrisme islamiste.( Le Figaro extrait)

 

« À l’issue d’une journée de manifestations massives de Tunisiens exaspérés par les turpitudes d’Ennahdha, en ce jour mémorable et hautement symbolique, la fête de la proclamation de la République le 25 juillet 1957, grâce à la lutte menée par le père de l’indépendance Habib Bourguiba, le président Kaïs Saïed a pris des décisions qui feront date dans l’histoire du seul et dernier pays arabe encore gouverné par des théocrates déguisés en démocrates, que certains idiots utiles de l’islamo-gauchisme en France considèrent comme des islamistes «modérés», ou des démocrates musulmans, ou encore des «islamo-conservateurs». Autant de casuistiques terminologiques pour récuser un fait historique, idéologique et politique incontestable, à savoir que l’islamisme, des Frères musulmans jusqu’à Daech et en passant par al-Qaida, puise dans la même doctrine théocratique, totalitaire et terroriste dont la naissance remonte à 1928 en Égypte. Comme l’avait si bien dit ici même dans Le Figaro le président Al-Sissi.. »

L’enjeu politique de l’inflation aux États-Unis

L’enjeu politique de l’inflation aux États-Unis

 

L’inflation constitue de plus en plus un enjeu politique entre républicains et démocrates. (Un article du Wall Street Journal, extrait)

 

 

Grâce au dynamisme de la croissance au premier trimestre 2021, le niveau de la production américaine n’est plus qu’à 1 % de son pic prépandémie, atteint fin 2019. Cependant, l’inflation progresse également, affichant son rythme le plus rapide en treize ans, et les responsables de la Réserve fédérale tentent de déterminer à quel moment il conviendra de retirer les mesures de soutien à l’économie. Si les économistes prévoient que l’inflation restera élevée durant plusieurs années, ils s’attendent à ce qu’elle décélère par rapport à ses niveaux actuels.

La Maison Blanche et de nombreux économistes attribuent la hausse des prix à différents facteurs, notamment à des goulots d’étranglement affectant l’offre à cause de la pandémie, à la pénurie de certains produits et à une augmentation de la demande après un an de mesures de confinement. Les responsables de l’administration Biden font valoir des statistiques montrant que le marché du travail est en train de se rétablir et que la confiance des ménages s’améliore, affirmant qu’un retour de l’inflation galopante observée durant les années 1970 n’était pas à l’ordre du jour et que l’actuelle hausse des prix était temporaire.

La secrétaire au Trésor Janet Yellen a récemment déclaré devant une commission de la Chambre des représentants : « J’ai vécu ma jeunesse et étudié l’économie durant les années 1970, et je me souviens de cette période terrible que personne ne veut voir se reproduire. »

La relance massive approuvée par le Congrès pour aider l’économie à se remettre de la pandémie, et qui comporte un plan de 1 900 milliards de dollars annoncé au tout début du mandat de M. Biden, contribue elle aussi à l’augmentation de la demande et des prix, expliquent de nombreux économistes. Les républicains s’emparent de cet argument pour affirmer que les prochaines propositions de loi du Président — qui prévoient des milliers de milliards de dollars de dépenses supplémentaires en faveur des infrastructures et de mesures contre la pauvreté — exacerberont l’inflation et conduiront à une surchauffe de l’économie.

« Cette question s’invitera dans les débats des élections de mi-mandat, elle ne va pas disparaître, estime Tom Emmer, représentant républicain du Minnesota et président du Comité national républicain au Congrès (NRCC), lequel soutient les candidats du Grand Old Party à la Chambre des représentants. Ils continuent d’inonder l’économie de liquidités. »

Les républicains espèrent miner les arguments des démocrates à propos d’une reprise économique par ailleurs vigoureuse, en perspective des élections de mi-mandat de 2022. Ce scrutin devrait remettre en jeu le contrôle du Congrès, alors que les démocrates disposent d’une faible majorité à la Chambre des représentants et que le Sénat est divisé à 50/50 entre les deux partis. Les élections de mi-mandat sont souvent favorables au parti qui se trouve dans l’opposition.

A l’approche du week-end du 4 juillet, jour de la fête nationale américaine, le NRCC a lancé une campagne publicitaire ciblant onze membres démocrates du Congrès qu’il jugeait vulnérables aux élections de mi-mandat. Cette campagne soutenait qu’avec « les politiques économiques des démocrates, les biens de consommation courante deviennent plus chers ».

Vicente Gonzalez, l’un des représentants démocrates du Texas à la Chambre visés par cette campagne, a souligné que l’économie se portait bien, le taux de chômage ayant reculé en mai par rapport au mois précédent. « Au bout du compte, les Américains verront qu’ils vivent mieux aujourd’hui qu’il y a deux ans, et c’est là-dessus qu’ils se prononceront lors des prochaines élections », assure-t-il.

De son côté, Sean Patrick Maloney, élu démocrate de New York à la Chambre des Représentants et président du Comité national démocrate au Congrès, a déclaré que les républicains avaient voté contre le plan d’aide face à la Covid-19 de M. Biden — des mesures qui, selon lui, ont concouru au rebond de l’économie — et qu’ils cherchaient « maintenant désespérément à changer de sujet ».

« Cette inflation galopante est due en partie aux dépenses incontrôlées du président Biden et de la présidente de la Chambre des Représentants Nancy Pelosi »

Certains démocrates ont tenu à faire savoir qu’ils surveillaient eux aussi la hausse des prix. Ainsi, le sénateur de Virginie-Occidentale Joe Manchin a indiqué mercredi, lors d’un débat sur un projet des sénateurs démocrates prévoyant de dépenser 3 500 milliards de dollars pour lutter contre la pauvreté, que « l’inflation devrait être un sujet de préoccupation pour tout le monde ».

Des responsables de l’administration Biden ont souligné que la hausse des prix de l’essence (imputable à l’augmentation des cours du pétrole brut et à la demande croissante de carburant de la part d’employés reprenant le travail en entreprise) était conforme à la tendance habituelle observée durant l’été. Avant le week-end du 4 juillet, la Maison Blanche s’était félicitée de la baisse des prix de certains produits traditionnellement consommés à l’occasion des repas en plein air, comme le porc, les haricots ou la glace à la vanille.

M. Biden a récemment affirmé à propos de l’inflation que « selon un consensus quasi unanime, elle [allait] augmenter un peu puis redescendre ».

Le département du Travail a fait état d’une hausse de l’indice des prix à la consommation de 5,4 % le mois dernier en glissement annuel, soit le taux d’inflation sur un an le plus élevé depuis août 2008. L’indice mesure les prix des biens et services achetés par les consommateurs — vêtements, produits alimentaires, repas au restaurant, loisirs et véhicules.

Mardi dernier, des figures de premier plan du Parti républicain ont réagi à ces chiffres. Le chef de la minorité républicaine à la Chambre des représentants, l’élu de Californie Kevin McCarthy, a affirmé sur Twitter : « Cette inflation galopante est due en partie aux dépenses incontrôlées du président Biden et de la présidente de la Chambre des Représentants Nancy Pelosi. » Selon Ronna McDaniel, la présidente du Comité national républicain, « sous Joe Biden, l’impôt caché que constitue la hausse des prix n’arrête pas d’augmenter ». De son côté, le chef de la minorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, a affirmé que les familles américaines subissaient la hausse des prix « dans tous les domaines, des courses aux supermarchés jusqu’aux stations essence, en passant par le logement et les véhicules d’occasion ».

La Maison Blanche a souligné que l’accélération récente de l’inflation s’expliquait par la hausse des prix d’un petit nombre de biens, notamment les voitures, en raison de tensions mondiales telles que celle qu’exerce la pénurie de semi-conducteurs.

David Kamin, directeur adjoint du Conseil économique national de la Maison Blanche, a observé lors d’un entretien que l’embellie économique était la preuve que les efforts du président portaient leurs fruits. « Notre projet était de veiller à ce que les Américains ne voient pas leurs revenus diminuer, qu’ils bénéficient du soutien dont ils avaient besoin pour surmonter la pandémie », a-t-il déclaré en référence aux chèques de relance et autres mesures d’aide à destination des familles et des entreprises.

Selon un récent sondage de l’université Monmouth, 71 % des personnes interrogées craignent que les projets de dépenses de M. Biden puissent alimenter l’inflation, 28 % des sondés déclarant ne pas être particulièrement inquiets.

Cependant, ces dépenses ne semblent pas constituer un problème pour les personnes interrogées. Le sondage, réalisé auprès de 830 adultes, montre aussi qu’une majorité des personnes interrogées soutiennent les propositions de M. Biden concernant des milliers de milliards de dollars d’investissements en infrastructures, dans les ponts et les routes par exemple, et de mesures contre la pauvreté dans des domaines comme la garde d’enfant, l’éducation et les congés payés.

Les démocrates de la Commission du budget au Sénat se sont accordés sur un vaste plan d’environ 3 500 milliards de dollars destiné à la santé et à la lutte contre la pauvreté

En juin, la Maison Blanche est parvenue à un accord avec un groupe de sénateurs démocrates et républicains sur un plan d’infrastructures de 1 000 milliards de dollars. Cet accord doit maintenant être approuvé par le Congrès où aucun des deux partis ne dispose d’une franche majorité. Les démocrates de la Commission du budget au Sénat se sont accordés sur un vaste plan d’environ 3 500 milliards de dollars destiné à la santé et à la lutte contre la pauvreté, qu’ils espèrent faire passer grâce au soutien des démocrates à la ligne du parti, en recourant à une procédure spéciale permettant de contourner la probable opposition républicaine au Sénat. Les législateurs républicains ont critiqué cet accord, le sénateur du Montana Steve Daines y voyant « un projet terrible pour les contribuables », à la lumière des statistiques sur l’inflation parues la semaine dernière.

L’ancien secrétaire au Trésor Larry Summers compte parmi les économistes qui se sont alarmés qu’une explosion des dépenses fédérales cette année puisse produire une inflation inopportune. M. Summers s’est rendu à la Maison Blanche mardi dernier pour y rencontrer Brian Deese, le chef du conseil économique national de la Maison Blanche, ainsi que Cecilia Rouse, la présidente du Comité des conseillers économiques, a indiqué un responsable de la Maison Blanche, précisant que les discussions avaient porté sur le plan d’infrastructures et le programme économique du président, dans le cadre d’une réunion présentée comme prévue depuis longtemps.

Mercredi, M. Summers a déclaré que les statistiques disponibles suscitaient des inquiétudes en termes d’inflation. Il a cependant affirmé qu’il soutenait globalement les propositions de dépenses de M. Biden en matière d’infrastructures, lesquelles « visaient le long terme, comportaient des éléments positifs en termes d’offre et, telles que prévues par le Président, seraient financées par des hausses d’impôt ou des retours sur investissement ».

Des électeurs interrogés ont déclaré percevoir l’impact de la hausse des prix sur leur pouvoir d’achat. Certains ont indiqué qu’ils ne pensaient pas encore aux élections de mi-mandat de 2022, et leur opinion à l’égard de la gestion de l’économie par M. Biden était généralement conforme au choix qu’ils avaient fait lors des élections de 2020.

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Environnement–Taxe carbone: «l’enjeu contre le réchauffement climatique»

Environnement–Taxe carbone: «l’enjeu contre le réchauffement climatique»

 

 Ruth Guerra et Stéphane Chasseloup, associés du cabinet KPMG Avocats abordent l’enjeu de la taxe carbone vis-à-vis du climat dans une interview à l’Opinion.

 

Que prévoit le projet de la Commission européenne ?

Ruth Guerra : C’est une première, le « paquet » de 12 mesures qui sera présenté le 14 juillet donne une vision transverse pour atteindre les objectifs européens de réduction d’émissions de CO2. Il concerne aussi bien les transports et les énergies renouvelables, que la performance énergétique des bâtiments, l’instauration d’un mécanisme carbone aux frontières (CBAM), ou la réforme de la directive sur la taxation de l’énergie… Tout est remis à plat pour permettre d’atteindre la neutralité climatique en 2050, en mettant l’Union sur la voie d’une réduction d’au moins 55 % de ses émissions nettes de CO2 d’ici à 2030.

Quel est l’intérêt du mécanisme carbone aux frontières, une taxe qui ne dit pas son nom ?

Stéphane Chasseloup : La finalité de ce mécanisme est de lutter contre le risque de délocalisation d’industriels, tentés d’échapper au coût de la pollution carbone. Pour lutter contre le réchauffement climatique, peu importe le lieu de production, il faut qu’un produit polluant supporte une taxe ou un coût équivalent à ses émissions de CO2. Cela revient à taxer également ce qui l’est déjà dans l’Union européenne (UE) et ce qui est produit hors de l’UE. Pour être certain d’être conforme à la réglementation de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’idée est de répliquer, en miroir, l’actuel système européen d’échange de quotas d’émissions de gaz à effet de serre (ETS).

C’est-à-dire ?

S. C. : Sur le papier, le mécanisme est assez simple : je suis importateur d’acier, par exemple. Je fixe le volume que je compte importer sur un an, ce qui va déterminer le nombre de certificats CBAM qui régleront la quantité de CO2 émise lors de la production du produit importé. Le 31 mai de l’année suivante, je fais le bilan. Si j’ai importé davantage que prévu, j’achète plus de certificats. Dans le cas contraire, je revends des certificats sur le marché, comme c’est le cas aujourd’hui. A ce stade, les secteurs ciblés sont le ciment, l’acier, l’aluminium, les engrais et l’électricité, mais on comprend que cela évoluera dans le temps. L’importateur sera doté d’un numéro auprès d’une autorité CBAM, qui n’existe pas encore, à reporter sur sa déclaration d’importation.

Mais qui évaluera le volume de CO2 contenu dans un produit importé ?

R. G. : Le projet prévoit que l’importateur, sur la base des informations fournies par le fournisseur, calcule son impact carbone. C’est très compliqué. Il prévoit aussi la possibilité qu’un « vérificateur indépendant » aille auditer et attester la réalité des émissions des entreprises étrangères. Personne n’arrive à imaginer que ce système puisse fonctionner d’un point de vue pratique. La troisième option, c’est la valeur par défaut, fondée sur les 10 % des producteurs les plus polluants dans l’UE, par catégorie de marchandises.

Comment s’assurer que ce dispositif ne sera pas considéré comme discriminatoire au regard des règles de l’OMC ?

S. C. : L’Etat français a été le premier à affirmer qu’il n’y avait pas de sujet sur ce point. Or, il y en a un, ce sont les quotas gratuits. Pour éviter la fuite d’entreprises lorsque le coût du carbone communautaire grimpe au-dessus de ce qui se pratique ailleurs, on a octroyé des quotas d’émission gratuits à certains opérateurs. Mais si l’Europe commence à taxer le CO2 aux frontières, il faut traiter équitablement les membres de l’UE et les autres pays. S’il y a des quotas gratuits dans l’UE, il en faut aussi à l’entrée. Du coup, l’idée est de supprimer progressivement les quotas gratuits. Mais bien sûr, ceux qui y sont aujourd’hui éligibles protestent bruyamment. Bruxelles vient de les renouveler jusqu’en 2030, et les pays extérieurs à l’UE préviennent qu’ils attaqueront le CBAM s’il est considéré comme une barrière à l’entrée…

Combien est censé rapporter ce dispositif ? Et à quelle échéance ?

R. G. : Entre 5 et 14 milliards d’euros, ce qui démontre qu’il est difficile d’identifier le coût carbone de ce qu’on importe. L’objectif n’est de toute façon pas à finalité budgétaire. L’ambition est de créer des « vocations », de susciter des accords bilatéraux avec les Etats-Unis, la Chine et beaucoup d’autres zones géographiques. Si tout le monde s’engage sur une fiscalité carbone, il n’y aura plus besoin de mécanisme aux frontières et cela évitera toute distorsion de concurrence. On sent la volonté politique de l’Europe d’être pionnière sur le sujet, et fer de lance d’un dispositif plus mondial.

S. C. : Concernant le calendrier, le texte doit en principe être voté en 2023 pour une entrée en vigueur à partir de 2026, avec une période transitoire jusqu’en 2030, voire 2036. Il faut créer les mécanismes en droit interne, revoir les systèmes de contrôle douanier, mettre sur pied une autorité CBAM… La montée en puissance du système sera concomitante à la suppression des quotas gratuits. Mais il faut que les industriels prennent en compte dès maintenant la composante environnementale de la production hors UE.

L’autre gros sujet, c’est la révision de la directive sur la taxation de l’énergie. Quel est l’enjeu ?

R. G. : Aujourd’hui, la fiscalité de l’énergie est une fiscalité de rendement. Le projet d’augmentation de la taxe carbone en France en 2019 consistait en une majoration des différentes taxes existantes (TICGN, TICPE…), qui a mené aux Gilets jaunes. La nouvelle directive prévoit que la fiscalité énergétique soit corrélée à la part carbone de l’énergie utilisée. Plus une énergie est carbonée, plus elle sera taxée. Cela devrait bouleverser les étiquettes. Compte tenu de leurs émissions de CO2, le taux minimum de taxation sur le gaz naturel, les fiouls lourds et les énergies fossiles devrait augmenter. Mais ce sera une fiscalité beaucoup plus cohérente avec les objectifs de neutralité carbone de l’Europe.

Ce sera donc politiquement plus « vendable » ?

S. C. : L’engagement politique est plus fort aujourd’hui sur ce sujet. La Commission espérait que la révision soit adoptée avant la fin de l’année, mais les débats continueront vraisemblablement jusqu’à la présidence française de l’UE l’an prochain. La portée de cette directive dépendra ensuite de sa transposition en droit national, ce qui est toujours très complexe quand on regarde les arrêts de la Cour de Justice… Le texte vise en tout cas à harmoniser au niveau européen les taux planchers de taxation, ainsi que les exonérations obligatoires et facultatives.

La fiscalité est un chemin inévitable dans la lutte contre le réchauffement climatique ?

R. G. : C’est un passage obligatoire. Mais cela implique que des procédés de production industrielle mis en œuvre actuellement soient revus en profondeur. Le sujet de la fiscalité énergétique est d’une grande complexité car il nécessite une vision transverse des concepts fiscaux et issus du droit de l’énergie et de l’environnement.

Taxe carbone: «l’enjeu contre le réchauffement climatique»

Taxe carbone: «l’enjeu contre le réchauffement climatique»

 

 Ruth Guerra et Stéphane Chasseloup, associés du cabinet KPMG Avocats abordent l’enjeu de la taxe carbone vis-à-vis du climat dans une interview à l’Opinion.

 

Que prévoit le projet de la Commission européenne ?

Ruth Guerra : C’est une première, le « paquet » de 12 mesures qui sera présenté le 14 juillet donne une vision transverse pour atteindre les objectifs européens de réduction d’émissions de CO2. Il concerne aussi bien les transports et les énergies renouvelables, que la performance énergétique des bâtiments, l’instauration d’un mécanisme carbone aux frontières (CBAM), ou la réforme de la directive sur la taxation de l’énergie… Tout est remis à plat pour permettre d’atteindre la neutralité climatique en 2050, en mettant l’Union sur la voie d’une réduction d’au moins 55 % de ses émissions nettes de CO2 d’ici à 2030.

Quel est l’intérêt du mécanisme carbone aux frontières, une taxe qui ne dit pas son nom ?

Stéphane Chasseloup : La finalité de ce mécanisme est de lutter contre le risque de délocalisation d’industriels, tentés d’échapper au coût de la pollution carbone. Pour lutter contre le réchauffement climatique, peu importe le lieu de production, il faut qu’un produit polluant supporte une taxe ou un coût équivalent à ses émissions de CO2. Cela revient à taxer également ce qui l’est déjà dans l’Union européenne (UE) et ce qui est produit hors de l’UE. Pour être certain d’être conforme à la réglementation de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’idée est de répliquer, en miroir, l’actuel système européen d’échange de quotas d’émissions de gaz à effet de serre (ETS).

C’est-à-dire ?

S. C. : Sur le papier, le mécanisme est assez simple : je suis importateur d’acier, par exemple. Je fixe le volume que je compte importer sur un an, ce qui va déterminer le nombre de certificats CBAM qui régleront la quantité de CO2 émise lors de la production du produit importé. Le 31 mai de l’année suivante, je fais le bilan. Si j’ai importé davantage que prévu, j’achète plus de certificats. Dans le cas contraire, je revends des certificats sur le marché, comme c’est le cas aujourd’hui. A ce stade, les secteurs ciblés sont le ciment, l’acier, l’aluminium, les engrais et l’électricité, mais on comprend que cela évoluera dans le temps. L’importateur sera doté d’un numéro auprès d’une autorité CBAM, qui n’existe pas encore, à reporter sur sa déclaration d’importation.

Mais qui évaluera le volume de CO2 contenu dans un produit importé ?

R. G. : Le projet prévoit que l’importateur, sur la base des informations fournies par le fournisseur, calcule son impact carbone. C’est très compliqué. Il prévoit aussi la possibilité qu’un « vérificateur indépendant » aille auditer et attester la réalité des émissions des entreprises étrangères. Personne n’arrive à imaginer que ce système puisse fonctionner d’un point de vue pratique. La troisième option, c’est la valeur par défaut, fondée sur les 10 % des producteurs les plus polluants dans l’UE, par catégorie de marchandises.

Comment s’assurer que ce dispositif ne sera pas considéré comme discriminatoire au regard des règles de l’OMC ?

S. C. : L’Etat français a été le premier à affirmer qu’il n’y avait pas de sujet sur ce point. Or, il y en a un, ce sont les quotas gratuits. Pour éviter la fuite d’entreprises lorsque le coût du carbone communautaire grimpe au-dessus de ce qui se pratique ailleurs, on a octroyé des quotas d’émission gratuits à certains opérateurs. Mais si l’Europe commence à taxer le CO2 aux frontières, il faut traiter équitablement les membres de l’UE et les autres pays. S’il y a des quotas gratuits dans l’UE, il en faut aussi à l’entrée. Du coup, l’idée est de supprimer progressivement les quotas gratuits. Mais bien sûr, ceux qui y sont aujourd’hui éligibles protestent bruyamment. Bruxelles vient de les renouveler jusqu’en 2030, et les pays extérieurs à l’UE préviennent qu’ils attaqueront le CBAM s’il est considéré comme une barrière à l’entrée…

Combien est censé rapporter ce dispositif ? Et à quelle échéance ?

R. G. : Entre 5 et 14 milliards d’euros, ce qui démontre qu’il est difficile d’identifier le coût carbone de ce qu’on importe. L’objectif n’est de toute façon pas à finalité budgétaire. L’ambition est de créer des « vocations », de susciter des accords bilatéraux avec les Etats-Unis, la Chine et beaucoup d’autres zones géographiques. Si tout le monde s’engage sur une fiscalité carbone, il n’y aura plus besoin de mécanisme aux frontières et cela évitera toute distorsion de concurrence. On sent la volonté politique de l’Europe d’être pionnière sur le sujet, et fer de lance d’un dispositif plus mondial.

S. C. : Concernant le calendrier, le texte doit en principe être voté en 2023 pour une entrée en vigueur à partir de 2026, avec une période transitoire jusqu’en 2030, voire 2036. Il faut créer les mécanismes en droit interne, revoir les systèmes de contrôle douanier, mettre sur pied une autorité CBAM… La montée en puissance du système sera concomitante à la suppression des quotas gratuits. Mais il faut que les industriels prennent en compte dès maintenant la composante environnementale de la production hors UE.

L’autre gros sujet, c’est la révision de la directive sur la taxation de l’énergie. Quel est l’enjeu ?

R. G. : Aujourd’hui, la fiscalité de l’énergie est une fiscalité de rendement. Le projet d’augmentation de la taxe carbone en France en 2019 consistait en une majoration des différentes taxes existantes (TICGN, TICPE…), qui a mené aux Gilets jaunes. La nouvelle directive prévoit que la fiscalité énergétique soit corrélée à la part carbone de l’énergie utilisée. Plus une énergie est carbonée, plus elle sera taxée. Cela devrait bouleverser les étiquettes. Compte tenu de leurs émissions de CO2, le taux minimum de taxation sur le gaz naturel, les fiouls lourds et les énergies fossiles devrait augmenter. Mais ce sera une fiscalité beaucoup plus cohérente avec les objectifs de neutralité carbone de l’Europe.

Ce sera donc politiquement plus « vendable » ?

S. C. : L’engagement politique est plus fort aujourd’hui sur ce sujet. La Commission espérait que la révision soit adoptée avant la fin de l’année, mais les débats continueront vraisemblablement jusqu’à la présidence française de l’UE l’an prochain. La portée de cette directive dépendra ensuite de sa transposition en droit national, ce qui est toujours très complexe quand on regarde les arrêts de la Cour de Justice… Le texte vise en tout cas à harmoniser au niveau européen les taux planchers de taxation, ainsi que les exonérations obligatoires et facultatives.

La fiscalité est un chemin inévitable dans la lutte contre le réchauffement climatique ?

R. G. : C’est un passage obligatoire. Mais cela implique que des procédés de production industrielle mis en œuvre actuellement soient revus en profondeur. Le sujet de la fiscalité énergétique est d’une grande complexité car il nécessite une vision transverse des concepts fiscaux et issus du droit de l’énergie et de l’environnement.

Etats-Unis: L’enjeu économique du transfert de patrimoine

Etats-Unis: L’enjeu économique du transfert de patrimoine

 

Un article du Wall Street Journal éclaire l’enjeu économique du transfert de patrimoine aux États-Unis ( Extrait)

En 2019, aux Etats-Unis, l’héritage moyen s’établissait à 212 854 dollars, soit une hausse de 45 %, en données corrigées de l’inflation, par rapport à 1998 (146 844 dollars), selon une analyse des données de la Fed par les économistes d’une division de Capital One Financial.

 

C’est le plus grand transfert de patrimoine de l’histoire moderne.

Aux Etats-Unis, la génération du baby-boom et la précédente commencent à se délester de l’épargne considérable qu’elles ont accumulée durant des décennies. A la fin du premier trimestre 2021, l’ensemble des avoirs nets des Américains de 70 ans et plus s’élevaient à près de 35 000 milliards de dollars, selon les chiffres de la Réserve fédérale. Ce montant équivaut à 27 % de la richesse totale des Etats-Unis, contre 20 % il y a trente ans, et à 157 % du produit intérieur brut américain, soit plus du double de ce qu’il représentait il y a trois décennies, selon les données fédérales.

A présent, les seniors américains commencent à partager leur fortune entre leurs héritiers et d’autres bénéficiaires, entraînant un boom de l’activité économique alimenté par des achats immobiliers, la création d’entreprises et les dons aux œuvres caritatives. Et de nombreux donataires sont mus par d’autres priorités et considérations politiques que les donateurs.

Selon le cabinet de recherche et de conseil Cerulli Associates, quelque 70 000 milliards de dollars seront transférés par les Américains les plus âgés entre 2018 et 2042. Environ 61 000 milliards seront destinés aux héritiers (des générations X et Y, de plus en plus souvent) et, le reste, à des organisations philanthropiques. Ce transfert constituera une nouvelle preuve de l’influence économique démesurée dont jouissent les baby-boomers, qui ont grandi durant la période de prospérité qui a fait suite à la Seconde Guerre mondiale et ont tiré l’activité économique à maintes étapes de leur vie.

Les donations annuelles déclarées par les contribuables au fisc américain (Internal Revenue Service, IRS) – qui ne représentent qu’une fraction du montant transféré hors du système fiscal – atteignaient 75 milliards de dollars en 2016, contre 45 milliards en données corrigées de l’inflation en 2010

En 2019, l’héritage moyen s’établissait à 212 854 dollars, soit une hausse de 45 %, en données corrigées de l’inflation, par rapport à 1998 (146 844 dollars), selon une analyse des données de la Fed par les économistes d’une division de Capital One Financial.

Mais le transfert de patrimoine n’attend plus le passage de vie à trépas des plus âgés. Les donations annuelles déclarées par les contribuables au fisc américain (Internal Revenue Service, IRS) – qui ne représentent qu’une fraction du montant transféré hors du système fiscal – atteignaient 75 milliards de dollars en 2016, contre 45 milliards en données corrigées de l’inflation en 2010. Sur cette période, les montants susceptibles d’être donnés de manière défiscalisée sont passés de 1 million de dollars à plus de 5 millions pour une personne seule, et de 2 millions à plus de 10 millions pour un couple.

Cette exonération d’impôt sur les donations a encore augmenté en 2018 et s’élève aujourd’hui à 11,7 millions de dollars pour les individus et à 23,4 millions pour les couples. En 2026, les donations défiscalisées devraient retrouver leur niveau de 2017, soit 5,49 millions de dollars par personne, corrigés de l’inflation.

A

Les donations déclarées à l’IRS sont probablement très inférieures aux montants croissants qui sont transmis en dehors du système fiscal, estime John Sabelhaus, économiste à la Brookings Institution et ancien chercheur de la Fed. Ces montants incluent les dons des parents et grands-parents à leurs enfants et petits-enfants adultes en vue de payer des frais de scolarité, d’acheter une voiture, de s’acquitter de leur loyer ou de constituer une mise de fonds pour l’acquisition d’un logement.

Les Américains d’une vingtaine d’années sont généralement les principaux bénéficiaires de ces dons, selon M. Sabelhaus.

La question du transfert de richesse a attiré l’attention de l’administration Biden, qui a récemment proposé de réduire les 40 milliards de dollars d’allégements fiscaux annuels qui constituent la pierre angulaire de la planification successorale depuis des générations aux Etats-Unis

Les agents immobiliers affirment que les jeunes accédants à la propriété ont été plus nombreux ces dernières années à être aidés par leurs parents pour verser l’apport initial ou faire face à d’autres frais. Le pourcentage de primo-accédants de moins de 35 ans dont le prêt hypothécaire mentionne un cosignataire de 55 ans ou plus a grimpé à 3,2 % en 2018, contre 1,3 % en 2014, selon le géant du crédit hypothécaire Freddie Mac.

La question du transfert de richesse a attiré l’attention de l’administration Biden, qui a récemment proposé de réduire les 40 milliards de dollars d’allégements fiscaux annuels qui constituent la pierre angulaire de la planification successorale depuis des générations aux Etats-Unis. Aujourd’hui, ceux qui héritent d’actifs dont la valeur a augmenté, comme des actions détenues en dehors de plans de retraite, une maison familiale ou une entreprise de production en activité depuis trois générations, ne paient pas d’impôt sur les plus-values tant qu’ils ne vendent pas ces actifs. En cas de vente, ils peuvent exclure les plus-values accumulées du vivant du propriétaire précédent.

La proposition de l’administration Biden prévoit que les plus-values latentes du détenteur d’actifs deviendraient imposables l’année de son décès, même si chaque individu bénéficierait d’une exonération d’un million de dollars, plus 250 000 dollars par résidence. Par ailleurs, le taux d’imposition maximal à long terme sur les plus-values passerait de 23,8 % à 43,4 %.

Cette proposition sera probablement revue à la baisse par le Congrès, en raison notamment de son impact potentiel sur les entreprises familiales. Certains parlementaires affirment que les dispositions proposées pourraient contraindre des familles à vendre leur exploitation agricole ou d’autres types d’entreprise pour pouvoir payer les impôts de succession.

A aucune autre période de l’histoire moderne les générations les plus âgées n’ont détenu un patrimoine aussi élevé. Aux Etats-Unis, elles ont profité de l’expansion économique de l’après-guerre, de la baisse des taux d’imposition des foyers à haut revenu et de l’augmentation de la valeur des actions et de l’immobilier. Parallèlement, la dégradation du système des retraites et une décennie de faibles taux d’intérêt ont dissuadé beaucoup d’Américains de dépenser leurs économies, de peur que leur épargne retraite ne fonde trop rapidement, observe Matt Fellowes, directeur de Capital One Investing, une filiale de Capital One spécialisée dans le conseil.

Compte tenu des montants en jeu pour de nombreuses familles, il n’est pas surprenant de voir se multiplier les situations épineuses où les priorités des parents, des enfants, des petits-enfants et des anciens conjoints se font concurrence. La justice new-yorkaise indique ainsi que le nombre de procédures pour contestation de succession (catégorie allant de l’opposition à une succession jusqu’aux procès) est passé de 1 005 en 2016 à 3 500 en 2019. Il a reculé en 2020 en raison de la fermeture des tribunaux durant la pandémie.

« Pour moi, il est important de faire en sorte que tout le monde communique correctement, indique Lee J. Brodsky, qui dirige une société spécialisée dans l’immobilier commercial également gestionnaire du patrimoine familial. Une partie de mon travail, l’une des principales raisons pour lesquelles je suis là, est de veiller à cela. »

Le père de M. Brodsky, Bert, a 78 ans. Entrepreneur dans la santé et les soins à domicile, il a vendu l’essentiel de son entreprise il y a des années, mais en a conservé les actifs immobiliers. Tous deux ont décidé de réunir ces actifs au sein d’une société nommée BEB Capital, que Lee Brodsky a rejointe à temps plein en 2017.

Lee Brodsky, qui s’est toujours considéré comme le médiateur de la famille, doit maintenant gérer les divergences de points de vue entre ses parents, ses trois frères et sœurs et leurs familles. La tâche s’avère particulièrement ardue lorsqu’il s’agit de s’accorder sur le niveau de risque des placements immobiliers dans lesquelles sont investies leurs économies.

En 2019, la société a décidé de distribuer une partie des bénéfices à chaque membre de la famille. Chacun pouvait ainsi faire ses propres choix concernant l’utilisation de l’argent gagné. Lee Brodsky explique que ses proches ont investi l’essentiel des fonds au travers de la société, en étendant leurs propres emprunts immobiliers à d’autres entreprises, même si certains ont préféré des prêts plus risqués que d’autres.

Brianna Leavitt, qui a 27 ans et vit dans la région de Salt Lake City, a reçu environ 93 000 dollars à la mort de son père en 2017.

Cette somme est arrivée à point nommé, explique la jeune femme, qui terminait sa licence, avait un prêt étudiant de 32 000 dollars à rembourser, ainsi que des dettes de 15 000 dollars en carte de crédit et un crédit automobile de 8 000 dollars. Rembourser ses dettes lui a permis de prendre un nouveau départ et l’a encouragée à préparer un Master en action sociale. A l’époque, elle venait de rencontrer celui qui est devenu son mari et se félicitait de ne pas entamer cette relation en étant endettée.

Peter, le fils de Warren Buffett, explique que sa mère, qui est décédée en 2004, avait laissé en héritage direct 10 millions de dollars à chacun de ses enfants. Son père, dont le patrimoine est estimé à 100 milliards de dollars environ par Forbes, a annoncé que la quasi-totalité de sa fortune irait à des œuvres philanthropiques avant ou au moment de son décès

Bien qu’elle n’ait pas beaucoup réfléchi aux questions de finances personnelles par le passé, Mme Leavitt détient aujourd’hui un compte chez Wealthfront, une société basée à Palo Alto en Californie au travers de laquelle elle investit une partie de son salaire dans un portefeuille de fonds à bas coût.

« J’avais une relation compliquée avec mon père, raconte-t-elle. Le fait qu’il ait décidé de m’aider ainsi signifie beaucoup pour moi. »

Peter, le fils de Warren Buffett, explique que sa mère, qui est décédée en 2004, avait laissé en héritage direct 10 millions de dollars à chacun de ses enfants. Son père, dont le patrimoine est estimé à 100 milliards de dollars environ par Forbes, a annoncé que la quasi-totalité de sa fortune irait à des œuvres philanthropiques avant ou au moment de son décès. La semaine dernière, il a donné 4,1 milliards de dollars supplémentaires à cinq organisations caritatives, dont la fondation de son fils, et a démissionné du conseil d’administration de la Bill & Melinda Gates Foundation.

Au total, Peter Buffett a reçu plus d’un milliard de dollars de Berkshire Hathaway, en vue de faire les dons qui lui semblaient judicieux. Le second fils de M. Buffett, Howard, supervise une exploitation agricole dans l’Illinois et dirige une fondation spécialisée dans la sécurité alimentaire, entre autres. La fille de l’investisseur, Susan, vit dans le Nebraska et dirige elle aussi une fondation, dédiée à l’éducation des enfants, notamment dans la région d’Omaha.

Peter Buffett parle ouvertement des failles du capitalisme et défend les droits des travailleurs et le fait de donner aux petites communautés. Il fait montre d’un profond respect pour le travail de son père et affirme que sa propre trajectoire a été façonnée par la réussite de son père dans une activité qui lui plaisait. Il précise que sa jeunesse à Omaha « n’était pas dénuée de radicalisme ».

Peter Buffet indique que son père n’est pas d’accord avec certaines de ses vues concernant le capitalisme mais qu’il respecte son opinion. Warren Buffett a déclaré qu’il n’était pas en faveur d’un « capitalisme débridé » et qu’il était « sur la même longueur d’onde [que son fils] en ce qui concerne les choses importantes ».

La NoVo Foundation de Peter Buffett défend des causes telles que les droits des populations autochtones et la lutte contre les violences envers les femmes. Ces dernières années, elle a développé ses activités à Kingston.

Le prix de l’immobilier est le nouveau sujet de préoccupation de Peter Buffett. Kingston est l’un des endroits aux Etats-Unis où les prix des logements augmentent le plus rapidement, selon l’Association nationale des agents immobiliers. Peter Buffett travaille avec la Kingston City Land Bank, une organisation à but non lucratif qui rénove et vend des logements qui ont été saisis, afin d’encourager la primo-accession à la propriété.

M. Buffett affirme que le développement de ses activités dans la ville a suscité des craintes chez certains résidents concernant ses intentions. Il a donc tenté d’être plus transparent, expliquant qu’un Kingston revitalisé pourrait servir de modèle pour un capitalisme plus bienveillant.

« Il y a beaucoup d’endroits comme celui-ci aux Etats-Unis, observe-t-il. Ce n’est pas une jolie petite cité-dortoir new yorkaise. Quand j’ai commencé à connaître Kingston, je me suis dit, “c’est comme une petite ville de l’Ohio”. »

 

L’enjeu des données de santé

L’enjeu des données de santé

 

« Il faut remettre l’hôpital au centre du jeu car il rassemble les informations médicales les plus cruciales ainsi qu’une expertise de pointe », jugent Corneliu Malciu, Théo Ryffel et Emeric Lemaire, cofondateurs d’Arkhn, start-up spécialisée dans l’interopérabilité des données de santé ( Tribune dans l’Opinion)

( Les conditions d’ouverture et d’accès à ces données stratégiques méritent cependant une réflexion peut être plus approfondie NDLR )

 

 

La crise de la Covid-19 a mis en évidence l’importance des données de santé pour la résilience du système de soin. La souveraineté des établissements sur les données qu’ils collectent et administrent est un prérequis pour fluidifier le parcours de soin, soulager le quotidien des professionnels ou encore mener des analyses cliniques. Bref, pour améliorer la prise en charge des patients et faciliter la recherche clinique.

La problématique n’est pas nouvelle, elle s’est simplement accélérée. De nombreux projets, comme les plateformes régionales de suivi des patients, le dossier médical partagé, les ambitions affichées par « Ma Santé 2022 » [lancé par l’ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn], se sont heurtés à la difficulté d’accès aux données hospitalières. Pour y répondre, il sera indispensable de transformer la gestion des données au sein des hôpitaux en les dotant d’infrastructures data locales, s’appuyant sur les outils déjà en place, et gérées par les hôpitaux eux-mêmes.

Pour cela, il convient de s’attaquer aux sources du problème. Les dizaines de logiciels utilisés au sein des différents services d’un même hôpital génèrent des données complètement cloisonnées. Les données existent mais restent inexploitables car stockées sur des infrastructures séparées, incapables de communiquer entre elles. Ce manque d’interopérabilité rend leur accès difficile, long et coûteux.

Si les fondations de cette Tour de Babel sont purement informatiques et structurelles, les dysfonctionnements qu’elle engendre ont des conséquences concrètes et multiples. Economiques d’abord, puisque 10% des dépenses de santé dans les pays de l’OCDE sont superflues — actes inutiles, dupliqués ou résultant d’erreurs évitables —, selon une étude de l’OMS.

Humaines, ensuite, avec des médecins qui passent trois fois plus de temps derrière leur écran qu’avec leurs patients. Médicales, enfin, avec une prise en charge des patients plus difficile et une recherche clinique ralentie dans les CHU. En France, 10 000 à 30 000 décès sont causés chaque année par des accidents médicamenteux évitables, dont la cause première est un mauvais partage de l’information.

Pourtant, les choses bougent. La création d’un espace numérique de santé, les propositions du numérique en santé, les accords du Ségur de la santé, la généralisation de l’identité nationale de santé vont dans le sens d’une meilleure gestion des données. Aujourd’hui, il est nécessaire d’aller au-delà d’un « cloud médical centralisé », en redonnant aux hôpitaux et aux patients la souveraineté sur leurs données de santé et les usages qui en sont faits.

L’hôpital est le plus à même d’utiliser les données, de les rendre accessibles aux patients et aux acteurs institutionnels, et de les valoriser dans le cadre de la recherche

Pour cela, il faut remettre l’hôpital au centre du jeu car il rassemble les informations médicales les plus cruciales, ainsi qu’une expertise de pointe. Il est le plus à même de les utiliser, de les rendre accessibles aux patients et aux acteurs institutionnels, et de les valoriser dans le cadre de la recherche. Enfin, il est le meilleur garant de la sécurité et de la confidentialité des données patients. C’est un tiers de confiance reconnu, à l’interface du soin, de la recherche et l’innovation de pointe.

L’interopérabilité est la clef pour replacer l’hôpital au centre de l’échiquier du soin et elle passe notamment par l’utilisation de standards ouverts, comme le FHIR (un langage commun, transparent qui fait référence sur la scène internationale). La santé de demain doit être pensée comme ouverte et collaborative, grâce à un cadre politique imposant des standards d’interopérabilité et un cadre juridique clarifié.

L’hôpital a connu sa numérisation dans les deux décennies précédentes et l’heure est à l’adoption d’architectures data standard. C’est le système de santé dans son ensemble qui en sortira gagnant avec une meilleure qualité des soins, une meilleure coordination des acteurs territoriaux, une meilleure collaboration avec la recherche clinique et de meilleurs outils et innovations en santé.

Corneliu Malciu, Théo Ryffel et Emeric Lemaire sont cofondateurs d’Arkhn.

La biodiversité: L’enjeu le plus fondamental

 La “biodiversité: L’enjeu le plus fondamental

 

 

La relativisation et le déni de l’effondrement de la biodiversité se construisent aujourd’hui dans les revues scientifiques les plus cotées, observe avec inquiétude Stéphane Foucart, journaliste au « Monde », dans sa chronique.

 

Souvenez-vous, c’était il y a dix ans. Aussitôt publié, chaque article de presse, chaque reportage, chaque entretien détaillant les effets en cours et à venir du changement climatique était relativisé, attaqué, suspecté d’alarmisme, de militantisme, etc. Chacun se positionnait de part et d’autre de ce qui semblait une authentique controverse savante. En réalité, de réelle dispute scientifique, il n’a jamais existé : ce n’est qu’en faisant le siège des plateaux de télévision, des rayonnages des librairies et des couvertures des hebdomadaires, qu’une dizaine de bateleurs sont parvenus, en France, à implanter le climatoscepticisme dans l’opinion.

Un nouveau « scepticisme » voit le jour. Il s’attaque à l’autre grande crise environnementale, celle de la biodiversité ; il est sans doute déjà à l’œuvre dans le choix du gouvernement de réduire fortement son soutien à l’agriculture biologique. Plus discret que son jumeau climatique, ce « biodiversité-scepticisme » est en un sens bien plus inquiétant. Car il s’enracine dans la littérature savante elle-même. Ce n’est pas dans les talk-shows des chaînes d’information en continu qu’il se construit, mais dans les revues scientifiques les plus cotées.

En novembre 2020, Nature publiait par exemple une étude relativisant l’indice Planète vivante, développé par des chercheurs en partenariat avec le WWF, et selon lequel 68 % des populations de vertébrés ont disparu de la surface de la Terre en un demi-siècle. Les auteurs avançaient qu’il s’agissait là d’une présentation alarmiste, la tendance n’étant tirée vers le bas que par une petite proportion d’espèces en fort déclin, de l’ordre de 3 % des espèces de vertébrés. En retirant de l’analyse ces espèces au seuil de la disparition, la baisse catastrophique disparaissait !

On est peut-être là, en réalité, aux confins de la science et du jeu de bonneteau. Car, comme l’a noté ma collègue Perrine Mouterde dans l’article qu’elle a consacré au débat, les auteurs de l’étude étaient bien plus discrets sur le fait que, si l’on retire aussi de l’analyse les espèces qui prolifèrent au contact des humains, on voit que la chute des populations de vertébrés demeure très forte, supérieure à 40 % en un demi-siècle. Doit-on vraiment relativiser la disparition de la bécassine des marais, du verdier d’Europe ou du traquet rieur au motif que les pigeons et les corneilles prolifèrent, en prospérant sur nos déchets ?

Arctique: L’enjeu international

Arctique: L’enjeu international

Rencontre entre le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, et le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, dans le cadre du Conseil de l’Arctique, jeudi à Reykjavik, en Islande.(Interview dans l’Opinion)

 

 

Une réunion du Conseil de l’Arctique s’est tenue mercredi et jeudi à Reykjavik, rassemblant la Russie, les Etats-Unis, le Canada, le Danemark, la Suède, la Finlande, la Norvège et l’Islande. Le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, et le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, se sont rencontrés pour la première fois en marge de ce sommet.

Mikaa Mered est enseignant en géopolitique des pôles à SciencesPo et HEC.

Quel était l’enjeu environnemental du sommet sur l’Arctique ?

A côté des sujets purement constitutionnels, l’environnement était le thème majeur de ce sommet, même si ont pu se jouer, en coulisse, des manœuvres géostratégiques.

Avec un affrontement entre la Russie et les autres pays du conseil ?

Je ne parlerais pas d’affrontement à ce stade. Russes et Américains sont dans une phase de réaffirmation de leur identité et de leur capacité d’action dans l’Arctique. Les deux pays se jaugent. Les Etats-Unis essaient de repousser la Russie sur son territoire. Cette dernière tente de se projeter autant qu’elle peut dans l’espace transatlantique, d’un côté, et dans l’espace Béring, de l’autre, pour élargir son plan d’action voire sécuriser son propre territoire. Chacun avance ses pions, essayant d’établir un nouvel équilibre. Les autres pays soit sont alliés des Etats-Unis au sein de l’Otan, soit font tampon entre les deux camps comme la Suède et la Finlande. Mais, a priori, les experts s’attendent à ce que la présidence russe du Conseil de l’Arctique, ces deux prochaines années, soit relativement consensuelle, comme le démontrent les objectifs dévoilés par Moscou. La Russie ne peut pas s’enfermer dans un jeu « seule contre tous ».

Comment marier la lutte contre le réchauffement climatique avec les énormes réserves en hydrocarbure de la région ?

Les deux questions sont liées. Ce qui se joue dans l’Arctique, c’est la cohabitation entre des économies matures comme celles des Etats-Unis et du Canada et une économie rentière comme celle de la Russie. La question est de concilier développement économique et protection de l’environnement. C’est un sujet sensible même côté russe dont 60% du territoire est couvert par des terres gelées en permanence (pergélisol) et où les infrastructures (villages, gazoducs, etc.) construites depuis l’ère soviétique sont soumises à la fonte et fragilisées. C’est un enjeu majeur pour Moscou de concilier les deux car le coût généré par le dégel promet d’être mirobolant – de l’ordre de plus de 100 milliards de dollars sur les vingt prochaines années, selon certaines estimations. Le changement climatique est un enjeu très concret.

Qu’en est-il des Etats-Unis et de la Norvège qui ont commencé à prospecter ?

Les Norvégiens continuent d’explorer et de produire dans la mer de Barents. Ils se sont lancés aussi dans l’exploitation des nodules polymétalliques et les terres rares des fonds marins dans la partie ouest de sa zone économique exclusive, sachant que l’Arctique est la deuxième réserve de terres rares derrière la Chine. Côté Américain, Donald Trump a essayé de relancer les forages en Alaska pour le pétrole et pour le gaz mais sans succès, du fait du retrait de la Chine qui devait financer notamment un énorme projet de 43 milliards de dollars. C’est d’ailleurs un problème pour les Alaskiens qui voient leur rente s’amenuiser. Comme la Russie, les Etats-Unis sont confrontés à une érosion des côtes de l’Alaska (avec, à la clé, le déplacement de villages entiers) et à la fonte du pergélisol alors qu’ils ont des bases militaires importantes dans la région, éléments majeurs pour le pays sur son flanc ouest…

Les enjeux climatiques de la région sont-ils pris en compte ?

Complètement. C’est le cœur du travail du Conseil de l’Arctique et de son conseil économique : les chefs d’entreprise et lobbyistes qui en font partie se sont accordés sur la mise en place d’un protocole pour responsabiliser les investissements présents et futurs. Il y a une réelle prise de conscience. L’Arctique se réchauffe trois fois plus vite que le reste de la planète, cela va contribuer au dérèglement climatique dans d’autres régions du monde.

La Chine semble aussi vouloir s’impliquer dans la région…

Elle y est déjà impliquée directement en tant que bailleur de fonds. Elle finance ou cofinance tous types de projets. Ses investissements ces cinq dernières années représentent plus de 90 milliards de dollars. C’est aussi un client important de toutes ses matières premières ainsi que touristiquement, avec des encours de contrats sur les vingt prochaines années de plus de 500 milliards dollars. Il y a enfin un volet purement scientifique – ce qui lui permet d’avoir un statut d’observateur au Conseil – sachant que la Chine, pour anticiper la fonte des glaces de l’Himalaya et du Tibet, a bâti un écosystème de chercheurs spécialistes des pôles. Avec des moyens techniques et financiers non négligeables, ils sont un millier, quand la France en compte 350 à 400.

Où en est le projet d’achat du Groenland par les Etats-Unis ?

Il n’est plus d’actualité mais les Groenlandais ont vu tout l’avantage à valoriser cet intérêt américain. Ils ont eu un coup de publicité énorme et inespéré en 2019 grâce à Donald Trump. Aujourd’hui, à l’issue des élections du mois d’avril, il y a une nouvelle majorité et un nouveau Premier ministre très jeune (34 ans). Plutôt à gauche sur l’échiquier politique, son objectif est d’ouvrir son pays à l’international, sans exploiter toutes les ressources de son pays comme l’uranium. Les Américains vont chercher à renforcer cette relation bilatérale pour la bonne raison qu’indépendamment de ce que proposait Trump, l’administration Biden n’entend pas laisser tomber la dynamique créée par ce dernier, en montrant aux Groenlandais qu’il vaut mieux miser sur la coopération avec les Etats-Unis qu’avec la Chine. Et le nouveau gouvernement du Groenland semble réceptif à ce message.

Quel rôle joue, aujourd’hui, la France ?

Il y a un vrai changement depuis le remplacement de Ségolène Royal par Olivier Poivre d’Arvor comme ambassadeur français des pôles. Pour la première fois depuis huit ans, la France a été réellement représentée au Conseil de l’Arctique ! La deuxième nouvelle positive c’est que, dès sa nomination, Olivier Poivre d’Arvor a fait l’effort de rassembler la communauté de recherche française et les acteurs économiques comme le cluster maritime, pour essayer de constituer une sorte d’équipe de France des pôles, dépassant simplement la question scientifique. Il est aussi à l’origine d’une grande opération de mobilisation, dénommée « Eté polaire », pour laquelle j’ai été sollicité et qui aura lieu dans 25 villes de France du 10 juin au 10 octobre. Cela prendra la forme d’une saison culturelle et scientifique dédiée aux pôles, pour utiliser les nombreuses commémorations et manifestations prévues cette année : soixantième anniversaire du traité de l’Antarctique, trentième anniversaire du protocole de Madrid au traité de l’Antarctique, vingt-cinquième anniversaire du Conseil de l’Arctique et surtout accueil par la France, pour la première fois en trente-deux ans, de la réunion du traité de l’Antarctique, ce 14 juin.

L’enjeu de la numérisation dans l’innovation

Diktat du tout numérique : une course au progrès

Par Anthony Cirot (*)  |  25/04/2021, 17:17 | 992 mots Lecture 5 min.

 

 

 

 

 Par Anthony Cirot, Directeur Général de VMware France dans la Tribune.

Haine en ligne et désinformation, contrefaçons et produits dangereux, enjeux d’interopérabilité et de partage des données, transparence des algorithmes… les enjeux et dangers du digital ne manquent pas. Mais ils ne doivent occulter les formidables avancées réalisées en deux décennies. Et la course de vitesse dans laquelle les entreprises hexagonales comme la société française dans son ensemble, se sont engagées pour se numériser.

 

Comme nous le rappelle le spécialiste Marc Giget, les grandes vagues d’innovations se divisent historiquement toujours en trois étapes. Une première phase dite de R&D ou de « révolution scientifique ». Dans le cas récent du digital, c’est l’incroyable effervescence, dans les années 2000, des travaux autour des big data, de l’intelligence artificielle, du cloud ou encore de la blockchain et de l’IoT… À cette phase succède naturellement une « révolution technologique » : une débauche d’innovation, de nouveaux produits ou services. C’est tout à la fois l’e-commerce et le retargeting publicitaire, la smart city et la dystopie sécuritaire, les réseaux sociaux et l’économie de la surveillance…

Mais la formidable accélération du « tout numérique » engendrée par la crise du Covid, a peut-être précipité l’avènement de la troisième étape de ce cycle : celle nous faisant passer de l’innovation au progrès. Un moment de « synthèse créative humaniste » visant à répondre aux besoins réels des individus et de la société.

On l’a suffisamment répété depuis des mois : sans la tech, du e-commerce au télétravail, en passant par Netflix ou les cours en ligne, la pandémie aurait eu des conséquences bien plus graves sur nos vies. L’état lui-même a bien entamé sa mue. La clarté et l’ergonomie exemplaire du site Parcoursup qui doit gérer 660 000 étudiants et 15 500 formations, nous fait oublier le temps où certains services publics cumulaient le pire des deux mondes : paperasse et bugs informatiques !

La clé de ce changement : une Applelisation du monde. L’idée que l’informatique n’est plus un truc de nerds pour les nerds. La prise de conscience que l’ergonomie et la simplicité devaient guider la conception des outils et des applications pour le grand public comme pour les employés des entreprises. Utiliser un client VPN à la maison ou lancer une machine virtuelle de Windows avec la simplicité de YouTube, n’est plus de la science-fiction. Même s’il existe encore un décalage dans le monde de l’entreprise, c’est en train de changer.

Il y a eu un déclic accéléré par la crise. Un collaborateur déballant chez lui un nouvel ordinateur doit pouvoir accéder aux ressources de l’entreprise en toute sécurité. Pendant des années, tous les efforts des entreprises ont consisté à orchestrer leurs systèmes d’informations en grands silos métiers, une tâche lente et complexe. Cette époque est en passe d’être révolue, remplacée par une nouvelle vague sans précédent d’automatisation.

Cette révolution, en partie invisible sous le chaos et la profusion d’innovation numérique, se passe sous nos yeux : l’automatisation progressive des systèmes d’information des entreprises. La vision de ses architectes ? Tout se parle, tout s’auto-répare, tout s’auto-connecte. Un choc de simplification éprouvé par de nombreux clients français passant souvent de dizaines de Datacenters répartis sur le territoire à deux ou trois centres de données automatisés et résilients au maximum.

À l’image des parisiens circonspects à l’inauguration du métropolitain en 1900, cette automatisation extrême suscite de nombreuses inquiétudes : que va-t-il se passer en cas de problème, si tout est entièrement automatisé ? Néanmoins, comment tirer un trait sur ce raccourcissement de l’espace-temps, si indispensable à l’heure des confinements et du télétravail ? La barrière mentale a d’autant plus sauté, que le monde est désormais piloté par le logiciel.

C’est ce qu’ont compris les GAFA et ce qui fait leur force : avoir créé des datacenters partout pour offrir des services innovants en temps réel, entièrement piloté par le logiciel. S’il devait y avoir un effet cliquet à cette course technologique, c’est bien celui-là : tout doit être simple, instantané. Et sans rien à installer, car, subrepticement, l’ère du duopole Intel-Windows a laissé la place à un monde d’une grande diversité de puces et de systèmes d’exploitation, soit autant de millions de consommateurs ou d’employés souhaitant accéder aux mêmes services.

À l’heure de cette cloudification des entreprises et de l’économie, tout va-t-il donc pour le mieux dans le meilleur des mondes ? En la matière, l’angélisme n’est évidemment pas de mise. Entre dogmatisme de l’open source, anti-américanisme et propagande antichinoise, les débats font rage quant aux choix des fournisseurs. À l’heure des rêves souverains de cloud européen comme l’initiative Gaïa-X, que valent ces rêves d’indépendance face à la multitude d’offreurs extra-communautaires qui la composent?

Ces questions philosophiques de confiance et de souveraineté ne doivent en effet pas masqué d’autres réalités. Tout d’abord, pour les entreprises la priorité reste la sécurité. Un domaine devenu si pointu que peu d’organisations peuvent rivaliser avec les mastodontes des big tech. Ensuite, c’est bel et bien une course de vitesse qui s’est engagée au niveau mondial, une course à l’innovation et à la compétitivité, pour atteindre la taille critique et les objectifs visés. Le triste exemple du retard français lors du lancement d’une simple application de contact tracing comme « Tous Anti Covid »  doit nous alerter : s’affranchir de ses dogmes, se libérer de ses craintes, c’est potentiellement éviter de se retrouver hors-jeu dans cette nouvelle donne numérique.

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