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Législatives: Une victoire pour Marine Le Pen (Gilles Ivaldi)

Législatives: Une victoire pour Marine Le Pen (Gilles Ivaldi)

 Le RN a obtenu 90 sièges lors de ce second tour dimanche. Pour Gilles Ivaldi, chercheur spécialiste de l’extrême droite, ce résultat est « une victoire personnelle pour Marine Le Pen ».( Franceinfo)

 

 

 

Gilles Ivaldi, chargé de recherche au CNRS et au Cevipof (Sciences Po) et auteur de la note « Marine Le Pen, Éric Zemmour : social-populisme contre capitalisme populaire » (en PDF) en mars, analyse cette percée historique du RN après une présidentielle où Marine Le Pen avait déjà progressé au second tour.

Franceinfo : comment expliquez-vous le résultat du Rassemblement national pour ce second tour des élections législatives ?

Gilles Ivaldi : Pour moi, il y a trois explications principales à ce séisme politique que personne n’avait vu venir. La première, c’est que Marine Le Pen et le Rassemblement national ont mené une campagne discrète et furtive, mais sur une thématique qui était au cœur des préoccupations des Français : le pouvoir d’achat. Ses sorties sur la sécurité en fin de campagne après les incidents du Stade de France ont aussi sans doute convaincu son électorat.

Le deuxième élément est que la stratégie de dédiabolisation du RN n’a jamais eu autant d’effets, tout comme le renouvellement progressif de ses cadres qui sont parvenus à s’ancrer localement dans de nombreux territoires partout en France.

La tripolarisation de la politique française a, enfin, bénéficié au parti d’extrême droite en lui ouvrant un véritable espace à droite. Emmanuel Macron est victime d’un retour de flamme. Avec sa stratégie d’occuper l’espace central et le vote de rejet contre sa politique, il a laissé s’engouffrer la Nupes à gauche et le RN à droite. Avec cette victoire, le parti de Marine Le Pen prend, pour la première fois, l’ascendant sur Les Républicains et donc sur la droite. Quelque chose me dit qu’elle va devoir réfléchir très vite à cette stratégie de l’union des droites, défendue jusque-là par Eric Zemmour.

« Le vote RN est un vote contestataire et donc difficilement prévisible par les sondages. Pour ma part, jamais je n’aurais imaginé qu’il puisse constituer un groupe de cette taille à l’Assemblée nationale. »

Est-ce que l’ambiguïté de la majorité présidentielle autour des consignes de vote en cas de duels RN-Nupes au second tour n’a pas bénéficié à l’extrême droite ?

Oui, il faudra regarder les circonscriptions concernées dans le détail, mais il est vrai que l’absence de consignes de vote claires de la part d’Ensemble ! n’a pas permis au barrage républicain de fonctionner totalement. Le « ni-ni » de la droite sarkozyste avait déjà creusé les premières brèches, mais cette fois, la très grande ambiguïté de la majorité a sans doute permis au Rassemblement national de remporter de précieux sièges.

Cette entrée en force du RN au Palais-Bourbon renforce-t-elle Marine Le Pen en vue de l’élection présidentielle de 2027 ?

C’est une victoire personnelle pour Marine Le Pen. Elle a accompli quelque chose que son père n’avait jamais réussi à mettre en place avant elle. Je ne sais pas quelles sont ses intentions pour la suite de sa carrière, mais ce qui est désormais certain, c’est qu’elle emmène le RN à un niveau jamais atteint. Après, il va quand même falloir faire vivre ce groupe de députés et le gérer. Beaucoup de ces derniers ont très peu d’expérience politique et le parti devra évoluer culturellement : de la contestation à un parti d’alternative. Ce soir, c’est un vrai succès pour Marine Le Pen, mais c’est aussi un vrai défi.

Macron, Le Pen et Mélenchon: Des leaders sans successeur ?

 Macron, Le Pen et Mélenchon: Des leaders sans successeur ?

Par-delà leurs fortes divergences idéologiques, il existe un point commun entre Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ; tous trois ont de fortes personnalités. Ils n’aiment guère partager le pouvoir, sont hantés par les risques de fronde et exercent sans états d’âme leur autorité. C’est d’ailleurs à cette condition qu’ils sont parvenus à bousculer le jeu politique au point de marginaliser Les Républicains et le Parti socialiste, les deux formations qui se partageaient le pouvoir depuis quarante ans.

Le paradoxe est qu’au moment où le trio parvient à ses fins, son horizon politique se trouve borné par un problème de succession. A peine élu, le président de la République est fragilisé par l’impossibilité constitutionnelle dans laquelle il se trouve de briguer un troisième mandat. Même si Emmanuel Macron fait tout pour ne pas songer à sa succession, et surtout pour que personne n’y songe à sa place, le sujet est posé. Il s’imposera au moindre signe de faiblesse  observe dans sa chronique Françoise Fressoz, éditorialiste au « Monde ».

 

 

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Macron- Le Pen: La suffisance face à l’insuffisance

La suffisance scientiste de Macron face à l’insuffisance démagogique de Le Pen

De toute évidence le débat télévisé entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen n’a pas suscité un grand enthousiasme. L’audience comme le contenu ont été relativement faibles.

Pour schématiser à outrance, les candidats se sont trompés d’enjeux. Ils ont fait dans l’épicerie allant jusqu’à préciser à l’euro près l’augmentation de salaire des uns et des autres ou  la croissance des effectifs en oubliant d’abord d’évoquer les grands enjeux auxquels le pays est confronté. Cela aurait supposé que les intéressés acceptent d’abord de faire un bilan des forces et des faiblesses du pays en contrariant certains électeurs. Ensuite qu’ils prennent de la hauteur pour définir une vision d’avenir qui ne se limite pas à une approche statisticienne au demeurant discutable.

Sur le fond, le débat n’était donc pas du niveau attendu entre deux candidats à la présidence de la république. Les deux se sont d’ailleurs empêtrés dans leurs chiffres et arguments contradictoires.

Sur la forme, Emmanuel Macron comme d’habitude a fait montre d’une suffisance scientiste proche de le l’arrogance. La vérité c’est que lui non plus ne maîtrise guère l’environnement économique et social auquel il ne connaît rien d’une part du fait de sa formation, d’autre part en raison de son appartenance au parti des nantis. Macron a d’autant plus jonglé avec les chiffres et arguments discutables qu’une nouvelle fois son interlocutrice lui était inférieure sur le plan surtout de la rhétorique politicienne. Macron- au dire des journalistes complaisants de la presse des financiers–a dominé le débat sur le plan politique et socio-économique. En fait,  il a dit autant de contrevérités que Marine Le Pen  mais avec une autre intelligence manipulatrice et tout simplement aussi une autre culture. Bref tout l’exercice de Macron a consisté à afficher sa suffisance technique mais une suffisance plus scientiste que scientifique. Cela suffit cependant aux  journalistes complaisants pour la plupart d’une superficialité confondante.

Marine Le Pen de son côté a fait preuve d’une insuffisance crasse et démagogique. Il est clair que l’intéressée n’a pas le niveau de la fonction revendiquée. Elle ne connaît pas grand-chose même si pour ce scrutin elle a  choisi le thème social; elle ;la grande bourgeoise qui ignore tout des réalités concrètes et quotidiennes des moins favorisés. Enfin Marine Le pen  est loin d’avoir la culture de son père ou de sa nièce. ses connaissances générales politiques mais aussi plus globales paraissent assez limitées. Même sa qualité d’expression est très limite.

Macron et Le Pen candidats “attrape-tout »

Macron et Le Pen  candidats “attrape-tout »

 

Quatre chercheurs à l’origine du site La Boussole présidentielle estiment, dans une tribune au « Monde », que les deux candidats qualifiés au second tour se sont démarqués car ils ont su s’adresser à une plus grande diversité d’électeurs que leur plus proche poursuivant, Jean-Luc Mélenchon.

 

 

Le second tour de l’élection présidentielle du 24 avril, qui s’est soldé par la réélection d’Emmanuel Macron au terme d’une campagne d’entre-deux-tours pleine de suspense, laisse de nombreuses questions sans réponse.

S’il est acquis que les deux candidats finalistes incarnent deux France profondément clivées sur les plans sociologique, politique, générationnel et territorial, comment ceux-ci sont-ils d’abord parvenus à se distinguer de leurs concurrents ? Quel rôle ont ensuite joué leur programme et leur capacité à apparaître comme présidentiable dans la course finale ?

Les données tirées de La Boussole présidentielle, un site développé par une équipe de chercheurs du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) auquel plus de 350 000 personnes ont contribué par leurs réponses, fournissent des enseignements éclairants sur ces questions.

 

La Boussole présidentielle, comme toutes les applications du type Système d’aide au vote, repose sur la notion de proximité entre un électeur et son « candidat naturel ». Autrement dit, elle permet à l’utilisateur d’identifier le candidat dont il est le plus proche. Pour ce faire, on procède d’abord à un travail de codage qui permet de placer les candidats, selon leurs propositions programmatiques sur différents enjeux, dans un espace politique à deux dimensions : une dimension socio-économique et une dimension socio-culturelle. Ensuite, les utilisateurs de La Boussole, en fonction de leurs réponses sur ces mêmes enjeux, sont positionnés dans cet espace.

Pour toute élection présidentielle, la capacité des candidats à fidéliser leur « noyau dur » mais aussi à attirer des électeurs qui leur sont moins proches est une dimension stratégique fondamentale de ce scrutin à deux tours. Vote par conviction et vote stratégique (appelé « vote utile » dans le langage courant) peuvent se mêler dans les scores du premier comme du second tour pour produire la victoire. Dans une élection comme celle de 2022, avec des repères idéologiques brouillés et un système partisan en pleine recomposition, le « vote sur enjeu » et « l’effet candidat » (la capacité à convaincre de sa « présidentialité ») deviennent des clés de compréhension majeures de la compétition électorale.

Les données de La Boussole présidentielle du Cevipof, recueillies auprès d’électeurs sûrs de leur choix pour le premier tour, révèlent les dessous de l’intrigue qui s’est dénouée le 24 avril. Deux grands enseignements peuvent en être tirés : l’un concerne la distance des électeurs envers les programmes des candidats, l’autre concerne l’image que ces mêmes électeurs ont des candidats.

Politique-Macron-Le Pen: du théâtre ?

Politique-Macron-Le Pen: du théâtre ?

Emmanuel Macron surjouant l’homme agressif, arrogant ; Marine Le Pen incarnant avec zèle la dame policée pour gommer son l’affiliation à l’extrême droite. Deux corps, deux stratégies. Par Fabienne Martin-Juchat, Université Grenoble Alpes (UGA)

 

Le spectacle d’une joute politique entre une femme et un homme peut-il être analysé uniquement sur le mode de la confrontation corporelle ? Nous avons observé le débat entre les deux candidats à l’élection présidentielle en nous focalisant principalement sur le jeu de deux corps genrés qui n’ont pas adopté la même stratégie.

D’un côté, Emmanuel Macron, surjouant littéralement le rôle de l’homme, agressif, méprisant, arrogant ; de l’autre, Marine Le Pen incarnant avec le même zèle la dame policée afin, sans doute, de gommer certaines aspérités trop visibles, telles que son affiliation à l’extrême droite. D’un côté, une stratégie guerrière de destruction du territoire de l’interlocutrice, de l’autre, une stratégie davantage tournée vers la défensive, visant la dissimulation d’aspects embarrassants de ce même territoire (par exemple touchant le mode de financement de son parti).

Par référence aux règles non verbales de la politesse qui caractérisent traditionnellement la société occidentale, nous ne pouvons que souligner hier soir la grande violence, à notre sens, du spectacle.

Nous avons été témoins pendant 2h30 d’une démonstration : la politique est une guerre physique où tous les coups sont permis. Dans ce corps à corps, la stratégie d’Emmanuel Macron était claire : afficher physiquement son mépris face à une interlocutrice dont il ne respecte pas les idées, voire manifester par un langage non verbal explicite, les coudes sur la table, simulant l’ennui ou la posture avachie, code caractéristique de l’arrogance, le caractère dérisoire et pathétique de ces idées.

Mais sur le fond, doit-on trouver normal ou acceptable d’observer un homme qui théâtralise tous les codes du virilisme agressif pour abattre son interlocutrice ?

Du point de vue du combat tactique, Emmanuel Macron a sans doute eu recours à la bonne stratégie, par son corps il a été très clair : « Je te méprise physiquement parce que je combats tes idées ». Aucun problème pour lui d’assumer cette contradiction corporelle résumée par ses mots finaux « je vous respecte ».

Pourtant, une telle attitude n’est pas aisément admissible. En effet, dans la continuité des travaux du sociologue Ervin Goffman repris par la linguiste française Catherine Kerbrat-Orecchioni dans son modèle d’analyse, les règles d’interactions sont précises. On peut donc affirmer que les règles de politesse généralement respectées lors d’un débat public sont ici inversées : elles consistent à ne pas attaquer le territoire physique d’autrui, à ne pas lui faire perdre la face, à ne pas chercher à l’humilier publiquement. Hier soir, Emmanuel Macron ne les a clairement pas respectées. En particulier, les choix de cette posture, coudes sur la table, associée à cette moue d’ennui, relayée massivement sur Twitter, ont été fortement commentés car ostensiblement provocants.

Selon Erving Goffman, l’interaction, dans une société occidentale marquée par la contention des mœurs telle que l’a décrite Norbert Elias, repose sur des rites qui ont un seul objectif : préserver la paix dans la relation, éviter le conflit. Le comportement d’un être socialement intégré doit être conforme à des règles qui relèvent de formes de politesse spécifiques à chaque culture. Pour ce faire, l’individu moderne respecte un jeu de mise en scène de lui-même, nommé par Goffman le « face work ». Cette expression désigne un travail de figuration affectif destiné à préserver les interactants et à marquer le respect entre eux en manifestant par un regard direct, une posture posée, des mimiques faciales sérieuses, un intérêt pour son interlocuteur.

Plus précisément, durant le déroulement d’une « interaction interpersonnelle dyadique (un duel) », la mise en scène d’un soi émotionnel se comprend comme un jeu à quatre faces :

  • pour défendre son propre territoire physique et protéger celui d’autrui
  • pour proposer une image de soi adaptée à la situation et préserver l’image de l’autre

Chaque culture déploie des règles de politesse définies comme un ensemble de règles de comportements certes verbaux, mais également corporels, dont l’objectif est d’amoindrir l’attaque potentielle qu’est l’interaction. La relation à autrui représente en effet toujours quelque chose de potentiellement anxiogène et agressant. Ces codes sont d’ailleurs respectés dans le but de restreindre le risque de malaise déclenché par la simple proximité corporelle. Ce type de malaise que les téléspectateurs pouvaient hier soir presque ressentir physiquement lors de la confrontation des deux candidats en présence.

Le travail de mise en scène de soi dans la vie quotidienne évoquée par E. Goffman constitue un rituel contraignant. Ces règles de respect du « face work » se manifestent verbalement et corporellement. En particulier, deux sociolinguistes Penelope Brown et Stephen C. Levinson ont proposé un modèle universel de la politesse repris par Catherine Kerbrat-Orecchioni. Il y aurait deux types de politesse menant à la production de différents types d’actes de langage. À partir des travaux de ces sociolinguistes, Catherine Kerbrat-Orecchioni a synthétisé des règles universelles de politesse en différentes stratégies dites de politesse positive ou négative. La politesse positive consiste à valorisation les faces par des actes flatteurs (des face-flattering acts, FFA), la politesse négative à éviter de commettre actes menaçants (des face-threatening acts, FTA).

Ce jeu de faces vise à contenir les enjeux affectifs de la relation ou au contraire à les exacerber. Du point de vue de la civilisation, ce qui compte c’est d’avoir l’air, et hier soir, nous avons observé un jeu de faces qui s’opposait.

D’un côté, une candidate policée, qui maintient son corps, retient chacun de ses gestes, regarde en face son interlocuteur quand il parle. De l’autre, un candidat qui adopte une posture évidemment insolente, méprisante par son impolitesse lorsque son interlocutrice prend la parole, qui regarde les journalistes ou baisse légèrement ses yeux pour éviter de la regarder droit dans les yeux.

La cadre de l’interaction est le combat, peu importe que les interlocuteurs soient des hommes ou des femmes. Spectateurs de ce duel corporel, nous ne pouvons que constater que la politique demeure un cadre d’interaction où toutes les règles civilisationnelles disparaissent dès qu’il s’agit du combat des idées. Et peu importe apparemment la violence non verbale faite par un homme à une femme. C’est la leçon que nous a faite hier soir Emmanuel Macron. Rude constat pour ceux et celles qui rêveraient d’un monde politique apaisé.

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Par Fabienne Martin-Juchat, Professeure en sciences de l’Information et de la communication, Université Grenoble Alpes (UGA).

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Macron-Le Pen : La suffisance face à l’insuffisance

Macron-Le Pen  : La suffisance  face à l’insuffisance  

 

La suffisance scientiste de Macron face à l’insuffisance démagogique de Le Pen

De toute évidence,  le débat télévisé entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen n’a pas suscité un grand enthousiasme. L’audience comme le contenu ont été relativement faibles.

Pour schématiser à outrance, les candidats se sont trompés d’enjeux. Ils ont fait dans l’épicerie allant jusqu’à préciser à l’euro près l’augmentation de salaire des uns et des autres ou  la croissance des effectifs en oubliant d’abord d’évoquer les grands enjeux auxquels le pays est confronté. Cela aurait supposé que les intéressés acceptent d’abord de faire un bilan des forces et des faiblesses du pays en contrariant certains électeurs. Ensuite qu’ils prennent de la hauteur pour définir une vision d’avenir qui ne se limite pas à une approche statisticienne au demeurant discutable.

Sur le fond, le débat n’était donc pas du niveau attendu entre deux candidats à la présidence de la république. Les deux se sont d’ailleurs empêtrés dans leurs chiffres et arguments contradictoires.

Sur la forme, Emmanuel Macron comme d’habitude a fait montre d’une suffisance scientiste proche de le l’arrogance. La vérité,  c’est que lui non plus ne maîtrise guère l’environnement économique et social auquel il ne connaît rien d’une part du fait de sa formation, d’autre part en raison de son appartenance au parti des nantis. Macron a d’autant plus jonglé avec les chiffres et arguments discutables qu’une nouvelle fois son interlocutrice lui était inférieure sur le plan surtout de la rhétorique politicienne. Macron- au dire des journalistes complaisants de la presse des financiers–a dominé le débat sur le plan politique et socio-économique. En fait,  il a dit autant de contrevérités que Marine Le Pen  mais avec une autre intelligence manipulatrice et tout simplement aussi une autre culture. Bref tout l’exercice de Macron a consisté à afficher sa suffisance technique mais une suffisance plus scientiste que scientifique. Cela suffit cependant aux  journalistes complaisants pour la plupart d’une superficialité confondante.

Marine Le Pen de son côté a fait preuve d’une insuffisance crasse et démagogique. Il est clair que l’intéressée n’a pas le niveau de la fonction revendiquée. Elle ne connaît pas grand-chose même si pour ce scrutin elle a  choisi le thème social; elle ;la grande bourgeoise qui ignore tout des réalités concrètes et quotidiennes des moins favorisés. Enfin Marine Le Pen  est loin d’avoir la culture de son père ou de sa nièce. ses connaissances générales politiques mais aussi plus globales paraissent assez limitées. Même sa qualité d’expression est très limite.

Débat Macron–Le Pen : Du théâtre ?

Débat Macron–Le Pen : Du théâtre ?

Emmanuel Macron surjouant l’homme agressif, arrogant ; Marine Le Pen incarnant avec zèle la dame policée pour gommer son l’affiliation à l’extrême droite. Deux corps, deux stratégies. Par Fabienne Martin-Juchat, Université Grenoble Alpes (UGA)

 

Le spectacle d’une joute politique entre une femme et un homme peut-il être analysé uniquement sur le mode de la confrontation corporelle ? Nous avons observé le débat d’hier soir entre les deux candidats à l’élection présidentielle en nous focalisant principalement sur le jeu de deux corps genrés qui n’ont pas adopté la même stratégie.

D’un côté, Emmanuel Macron, surjouant littéralement le rôle de l’homme, agressif, méprisant, arrogant ; de l’autre, Marine Le Pen incarnant avec le même zèle la dame policée afin, sans doute, de gommer certaines aspérités trop visibles, telles que son affiliation à l’extrême droite. D’un côté, une stratégie guerrière de destruction du territoire de l’interlocutrice, de l’autre, une stratégie davantage tournée vers la défensive, visant la dissimulation d’aspects embarrassants de ce même territoire (par exemple touchant le mode de financement de son parti).

Par référence aux règles non verbales de la politesse qui caractérisent traditionnellement la société occidentale, nous ne pouvons que souligner hier soir la grande violence, à notre sens, du spectacle.

Nous avons été témoins pendant 2h30 d’une démonstration : la politique est une guerre physique où tous les coups sont permis. Dans ce corps à corps, la stratégie d’Emmanuel Macron était claire : afficher physiquement son mépris face à une interlocutrice dont il ne respecte pas les idées, voire manifester par un langage non verbal explicite, les coudes sur la table, simulant l’ennui ou la posture avachie, code caractéristique de l’arrogance, le caractère dérisoire et pathétique de ces idées.

Mais sur le fond, doit-on trouver normal ou acceptable d’observer un homme qui théâtralise tous les codes du virilisme agressif pour abattre son interlocutrice ?

Du point de vue du combat tactique, Emmanuel Macron a sans doute eu recours à la bonne stratégie, par son corps il a été très clair : « Je te méprise physiquement parce que je combats tes idées ». Aucun problème pour lui d’assumer cette contradiction corporelle résumée par ses mots finaux « je vous respecte ».

Pourtant, une telle attitude n’est pas aisément admissible. En effet, dans la continuité des travaux du sociologue Ervin Goffman repris par la linguiste française Catherine Kerbrat-Orecchioni dans son modèle d’analyse, les règles d’interactions sont précises. On peut donc affirmer que les règles de politesse généralement respectées lors d’un débat public sont ici inversées : elles consistent à ne pas attaquer le territoire physique d’autrui, à ne pas lui faire perdre la face, à ne pas chercher à l’humilier publiquement. Hier soir, Emmanuel Macron ne les a clairement pas respectées. En particulier, les choix de cette posture, coudes sur la table, associée à cette moue d’ennui, relayée massivement sur Twitter, ont été fortement commentés car ostensiblement provocants.

Selon Erving Goffman, l’interaction, dans une société occidentale marquée par la contention des mœurs telle que l’a décrite Norbert Elias, repose sur des rites qui ont un seul objectif : préserver la paix dans la relation, éviter le conflit. Le comportement d’un être socialement intégré doit être conforme à des règles qui relèvent de formes de politesse spécifiques à chaque culture. Pour ce faire, l’individu moderne respecte un jeu de mise en scène de lui-même, nommé par Goffman le « face work ». Cette expression désigne un travail de figuration affectif destiné à préserver les interactants et à marquer le respect entre eux en manifestant par un regard direct, une posture posée, des mimiques faciales sérieuses, un intérêt pour son interlocuteur.

Plus précisément, durant le déroulement d’une « interaction interpersonnelle dyadique (un duel) », la mise en scène d’un soi émotionnel se comprend comme un jeu à quatre faces :

  • pour défendre son propre territoire physique et protéger celui d’autrui
  • pour proposer une image de soi adaptée à la situation et préserver l’image de l’autre

Chaque culture déploie des règles de politesse définies comme un ensemble de règles de comportements certes verbaux, mais également corporels, dont l’objectif est d’amoindrir l’attaque potentielle qu’est l’interaction. La relation à autrui représente en effet toujours quelque chose de potentiellement anxiogène et agressant. Ces codes sont d’ailleurs respectés dans le but de restreindre le risque de malaise déclenché par la simple proximité corporelle. Ce type de malaise que les téléspectateurs pouvaient hier soir presque ressentir physiquement lors de la confrontation des deux candidats en présence.

Le travail de mise en scène de soi dans la vie quotidienne évoquée par E. Goffman constitue un rituel contraignant. Ces règles de respect du « face work » se manifestent verbalement et corporellement. En particulier, deux sociolinguistes Penelope Brown et Stephen C. Levinson ont proposé un modèle universel de la politesse repris par Catherine Kerbrat-Orecchioni. Il y aurait deux types de politesse menant à la production de différents types d’actes de langage. À partir des travaux de ces sociolinguistes, Catherine Kerbrat-Orecchioni a synthétisé des règles universelles de politesse en différentes stratégies dites de politesse positive ou négative. La politesse positive consiste à valorisation les faces par des actes flatteurs (des face-flattering acts, FFA), la politesse négative à éviter de commettre actes menaçants (des face-threatening acts, FTA).

Ce jeu de faces vise à contenir les enjeux affectifs de la relation ou au contraire à les exacerber. Du point de vue de la civilisation, ce qui compte c’est d’avoir l’air, et hier soir, nous avons observé un jeu de faces qui s’opposait.

D’un côté, une candidate policée, qui maintient son corps, retient chacun de ses gestes, regarde en face son interlocuteur quand il parle. De l’autre, un candidat qui adopte une posture évidemment insolente, méprisante par son impolitesse lorsque son interlocutrice prend la parole, qui regarde les journalistes ou baisse légèrement ses yeux pour éviter de la regarder droit dans les yeux.

La cadre de l’interaction est le combat, peu importe que les interlocuteurs soient des hommes ou des femmes. Spectateurs de ce duel corporel, nous ne pouvons que constater que la politique demeure un cadre d’interaction où toutes les règles civilisationnelles disparaissent dès qu’il s’agit du combat des idées. Et peu importe apparemment la violence non verbale faite par un homme à une femme. C’est la leçon que nous a faite hier soir Emmanuel Macron. Rude constat pour ceux et celles qui rêveraient d’un monde politique apaisé.

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Par Fabienne Martin-Juchat, Professeure en sciences de l’Information et de la communication, Université Grenoble Alpes (UGA).

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

L’hypothèse Le Pen : comme Trump ou Johnson

L’hypothèse Le Pen : comme Trump ou Johnson

 

« Patriotes contre mondialistes », « gens ordinaires contre donneurs de leçons », l’affiche de notre présidentielle 2022 était déjà celle de la joute qui a eu lieu au Royaume-Uni il y a six ans. Un papier de Philippe Bernard dans le « Monde »

Chronique

 

« Est-ce que l’impensable peut arriver ? », s’interrogeait un éditorialiste de la New York Review of Books sept semaines avant que Donald Trump, contre toute attente, remporte la présidentielle américaine du 8 novembre 2016. Moins de cinq mois plus tôt, à la veille du référendum sur le Brexit, on pouvait honnêtement douter que nos pragmatiques voisins britanniques choisiraient de sauter dans le vide en votant pour quitter l’Union européenne (UE). Le 23 juin, ils en décidèrent pourtant ainsi à 51,89 %.

Si de tels scénarios inattendus, voire « impensables » méritent d’être rappelés à la veille du second tour de la présidentielle française, c’est qu’ils procèdent d’un contexte politique présentant de troublantes similitudes avec celui du nouveau duel Macron-Le Pen. Et que, aux Etats-Unis comme au Royaume-Uni, l’« impensable » est survenu alors que le camp censé incarner la « raison » était quasi certain de l’emporter.

« Patriotes contre mondialistes », « gens ordinaires contre donneurs de leçons », l’affiche de notre présidentielle 2022 était déjà celle de la joute où se sont affrontés partisans et adversaires du Brexit au Royaume-Uni il y a six ans. D’un côté, des nationalistes exploitant la nostalgie d’un grandiose passé mythifié et la nécessité de « reprendre le contrôle des frontières » pour justifier la rupture avec l’UE. De l’autre, des élites économiques et intellectuelles attachées à la coopération internationale.

Déjà le ressort de l’immigration était central. De même que la fermeture des frontières et la mise au ban des étrangers commandent la quasi-totalité du programme de Marine Le Pen, qui promet de « rendre aux Français leur pays », Nigel Farage, le leader britannique d’extrême droite, répétait « We want our country back ! » (« Rendez-nous notre pays ! »)Exultant à l’annonce du succès du Brexit, Farage avait salué « la victoire des gens ordinaires, des gens honnêtes ». Des expressions, qui, retrouvées dans la bouche de la leader du RN, excluent les étrangers ou ceux qu’elle perçoit comme tels.

A l’instar de Mme Le Pen, qui se fait fort de faire baisser la contribution budgétaire française à l’UE pour soulager les finances publiques, Boris Johnson promettait de financer le système de santé public avec l’argent « économisé » par la sortie de l’Union. Il n’hésitait pas à brandir la menace de listes d’attente dans les hôpitaux en cas de maintien dans l’UE. Des mensonges mis au jour pendant la crise due au Covid-19.

Et si Mme Le Pen masque aujourd’hui sa hargne contre l’UE derrière le projet d’une « alliance des nations européennes », le temps n’est pas si loin, au lendemain de la victoire du Brexit, où elle « vibrait avec les Britanniques qui ont saisi cette opportunité extraordinaire de sortir de la servitude ». Un enthousiasme qu’elle a depuis remisé : l’économie britannique pâtit de la sortie de l’UE et la prétendue « Global Britain » souffre d’isolement.

Débat télévisé Macron-Le Pen : La suffisance face à l’insuffisance

Débat télévisé Macron-Le Pen  : La suffisance  face à l’insuffisance  

 

La suffisance scientiste de Macron face à l’insuffisance démagogique de Le Pen

De toute évidence le débat télévisé entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen n’a pas suscité un grand enthousiasme. L’audience comme le contenu ont été relativement faibles.

Pour schématiser à outrance, les candidats se sont trompés d’enjeux. Ils ont fait dans l’épicerie allant jusqu’à préciser à l’euro près l’augmentation de salaire des uns et des autres ou  la croissance des effectifs en oubliant d’abord d’évoquer les grands enjeux auxquels le pays est confronté. Cela aurait supposé que les intéressés acceptent d’abord de faire un bilan des forces et des faiblesses du pays en contrariant certains électeurs. Ensuite qu’ils prennent de la hauteur pour définir une vision d’avenir qui ne se limite pas à une approche statisticienne au demeurant discutable.

Sur le fond, le débat n’était donc pas du niveau attendu entre deux candidats à la présidence de la république. Les deux se sont d’ailleurs empêtrés dans leurs chiffres et arguments contradictoires.

Sur la forme, Emmanuel Macron comme d’habitude a fait montre d’une suffisance scientiste proche de le l’arrogance. La vérité c’est que lui non plus ne maîtrise guère l’environnement économique et social auquel il ne connaît rien d’une part du fait de sa formation, d’autre part en raison de son appartenance au parti des nantis. Macron a d’autant plus jonglé avec les chiffres et arguments discutables qu’une nouvelle fois son interlocutrice lui était inférieure sur le plan surtout de la rhétorique politicienne. Macron- au dire des journalistes complaisants de la presse des financiers–a dominé le débat sur le plan politique et socio-économique. En fait,  il a dit autant de contrevérités que Marine Le Pen  mais avec une autre intelligence manipulatrice et tout simplement aussi une autre culture. Bref tout l’exercice de Macron a consisté à afficher sa suffisance technique mais une suffisance plus scientiste que scientifique. Cela suffit cependant aux  journalistes complaisants pour la plupart d’une superficialité confondante.

Marine Le Pen de son côté a fait preuve d’une insuffisance crasse et démagogique. Il est clair que l’intéressée n’a pas le niveau de la fonction revendiquée. Elle ne connaît pas grand-chose même si pour ce scrutin elle a  choisi le thème social; elle ;la grande bourgeoise qui ignore tout des réalités concrètes et quotidiennes des moins favorisés. Enfin Marine Le pen  est loin d’avoir la culture de son père ou de sa nièce. ses connaissances générales politiques mais aussi plus globales paraissent assez limitées. Même sa qualité d’expression est très limite.

Débat télévisé Le Pen-Macron: match nul

Débat télévisé  Le Pen-Macron: match nul

 

 

 

La tonalité est à peu près la même dans la plupart des grands médias détenus par les financiers qui soutiennent Macron. Pour ces médias, Macron est encore le vainqueur du débat même si Marine Le Pen a fait aussi une bonne prestation. Macron qui s’est comporté comme d’habitude en professeur et Marine Le Pen  qui a démontré qu’elle était maintenant une bonne élève.

 

Très peu s’interrogent  cependant sur l’évaluation globale en regard des enjeux. En effet même si la discussion n’était pas inintéressante et relativement apaisée rapport à d’autres, les intéressés sont passés à côté du sujet et des enjeux. On a plutôt davantage assisté un duel d’épiciers  qu’à une confrontation entre candidats à la présidence de la république.

Avec sans doute la complicité des journalistes, le débat a porté  en effet sur des détails qui ne relèvent pas vraiment de la compétence d’un chef de l’État. Pour un peu on aurait été jusqu’au centime pour les futures augmentations promises concernant le pouvoir d’achat et jusqu’à l’unité pour les effectifs également promis dans les différents champs régaliens.

On aurait aimé évidemment que chaque candidat consacre beaucoup plus de temps à l’analyse des enjeux de long terme, aux forces mais aussi aux faiblesses de la France et qu’il propose une vision globale cohérente pour l’avenir.

Les médias et la télévision en particulier sont  largement responsables de cette approche superficielle des problématiques nationales et internationales. Il y a toujours le chronomètre qui impose de répondre en quelques secondes à une question fondamentale et qui appelle nécessairement une réponse superficielle.

Comme la plupart des autres grands médias détenus par les financiers, les journalistes estiment que Marine Le Pen  a fait une bonne prestation tant sur le plan technique que rhétorique mais que le professeur r, toujours aussi professoral a gagné le duel.

La vérité sans doute ,c’est que ce match s’est traduit par un résultat nul d’abord et surtout parce qu’il n’était pas à la hauteur des enjeux présidentiels. Deuxièmement parce que les deux candidats sont laissés piégés par ce débat d’épiciers composé pour l’essentiel de promesses type auberge espagnole pour tout et pour tous qui évidemment ne seront pas tenus tant pour des questions politiques( le débat fumeux entre référendum et révision de la constitution) que pour des questions financières car aucun programme n’est réellement financé ni celui de Macon, ni celui de Le Pen.

Macron Le Pen : un débat peu suivi

Macron Le Pen : un débat peu suivi

Selon les chiffres de Médiamétrie, 15,6 millions de téléspectateurs ont regardé le débat de l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle de 2022, long de deux heures cinquante, rapporte Le Monde. Il s’agit d’un plus bas historique. En 2017, déjà, les deux mêmes candidats s’étaient opposés devant 16,5 millions de téléspectateurs. C’est donc près d’un million de moins. TF1 et France 2 ont rassemblé 14,05 millions de téléspectateurs à elles seules, précise Ouest-France.

Faut-il y voir un désintérêt pour le duel entre le président sortant et la patronne du RN ? Ou bien plus largement un affaissement de la vigueur démocratique ? En quarante ans, l’audience du débat du second tour a été divisée par deux. Et ce, alors que la population a augmenté et que la diffusion s’est élargie (chaînes d’information, chaînes parlementaires, Internet sur ordinateur et smartphones).

Dans cet autre temps, en 1981 par exemple, l’affrontement entre Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand avait été visionné par 30 millions de personnes. Le duel entre Jacques Chirac et François Mitterrand en 1988 avait, lui, réuni 20 millions de personnes devant leur poste. Plus proche de nous, le débat entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, en 2007, avait aussi suscité plus d’engouement que celui d’hier, avec plus de 20 millions de téléspectateurs.

Pour ce duel qui n’aura pas séduit les foules, le gagnant, selon les journalistes de L’Opinion, serait Emmanuel Macron. Un verdict partagé par les Français interrogés par un sondage Elabe pour L’Express et BFM TV, en partenariat avec SFR. 59 % des sondés ont jugé le président sortant plus convaincant, contre 39 % pour Marine Le Pen.

Sondage Débat Macron-Le Pen : Évaluation plus serrée mais toujours aussi nulle

 Sondage Débat Macron-Le Pen : Évaluation plus serrée mais toujours aussi nulle

 

 Indiscutablement d’après la presse des financiers, Macron a remporté sans discussion le débat face à une Le Pen effectivement très insuffisante même si elle est en léger progrès. L’évaluation de ces débats est plus serrée qu’en 2017. Mais il faut tenir compte que seulement 15 millions de personnes ont suivi la confrontation. Autant dire que la grande majorité des Français n’attendait pas grand-chose du débat pas plus d’ailleurs sans doute que de l’élection ; les abstentionnistes et les non-inscrits vont constituer nettement le parti majoritaire en France.

D’après une enquête Odoxa-Backbone Consulting pour Le Figaro, Emmanuel Macron remporte le duel de l’entre-deux-tours d’une très courte tête : il a convaincu 56% des sondés, contre 72% en 2017.Un sondage qui porte cependant sur une audience assez faible et qui forcément ne tient pas compte de ceux qui n’ont pas regardé la télévision.

Pas de vainqueur par KO. C’est le principal enseignement tiré par l’institut Odoxa et Backbone Consulting après une enquête réalisée pour Le Figaro à l’issue du débat de l’entre-deux-tours. Selon le sondage, Emmanuel Macron est, d’une courte tête, le candidat qui s’est montré le plus convaincant aux yeux des Français mercredi soir. Près d’un tiers d’entre eux partage cet avis (30%) contre 23% pour Marine Le Pen, tandis que près d’un Français sur deux (47%) ne distingue aucun gagnant ou a ignoré le débat. Le président sortant ne devance son adversaire que de 7%, alors que l’écart était de près de 30 points en 2017.

À

Si on se concentre sur les Français ayant choisi entre l’un ou l’autre des deux candidats, 56% estiment que le président candidat a été le plus convaincant, contre 44% pour Marine Le Pen. Il y a cinq ans, le même sondage réalisé à l’issue du débat d’entre-deux-tours donnait le candidat En Marche vainqueur à 72%, contre 28% pour la candidate RN. Dans le détail des treize grands thèmes abordés lors du débat, le match s’avère encore plus serré : en moyenne, 48% des Français jugent qu’Emmanuel Macron a été le plus convaincant, contre 47% qui donnent l’avantage à Marine Le Pen.

 

Les domaines dans lesquels le président sortant a pris le dessus sont la place de la France à l’international (62%), la manière de gouverner et le fonctionnement des institutions (57%), ainsi que la croissance et la compétitivité de l’économie (55%). La candidate RN s’est en revanche montrée meilleure aux yeux des sondés sur les questions liées à l’immigration (57%), la sécurité (57%), les retraites (56%) et le pouvoir d’achat (54%).

 

Sur le fond, c’est Emmanuel Macron qui l’a emporté : 62% des Français qui ont regardé le débat estiment qu’il a montré qu’il maîtrisait le plus ses dossiers, 61% jugent qu’il a le plus montré la stature d’un président et 57% trouvent qu’il a plus montré qu’il savait où il allait. En revanche, sur la forme, c’est Marine Le Pen qui a davantage gardé son sang-froid aux yeux des Français : 57% estiment qu’elle a été la plus calme et qu’elle s’est le mieux maîtrisée.

 

Parmi les électeurs ayant voté pour un autre candidat au premier tour, ceux de Fabien Roussel, Anne Hidalgo, Yannick Jadot ont été les plus convaincus par la performance d’Emmanuel Macron (40% contre 10% pour Marine Le Pen), suivis par les électeurs de Valérie Pécresse (36% contre 16%). Côté Marine Le Pen, 52% des électeurs d’Eric Zemmour ont jugé qu’elle était la plus convaincante. Ils ne sont que 7% à avoir préféré la prestation du président candidat. Les électeurs insoumis, qui disposent d’un rôle clé pour le second tour, sont plus partagés : 29% ont trouvé Emmanuel Macron plus convaincant, contre 21% pour Marine Le Pen.

Les sondés se sont montrés relativement satisfaits de ce débat d’entre-deux-tours. Près de 6 sur 10 estiment qu’il a abordé les principales préoccupations des Français (66%) et l’ont trouvé intéressant (58%). Pour autant, 3 électeurs sur 4 (76%) affirment qu’il ne changera pas l’issue de leur vote.

Débat: La suffisance scientiste de Macron face à l’insuffisance démagogique de Le Pen

La suffisance scientiste de Macron face à l’insuffisance démagogique de Le Pen

 

De toute évidence le débat télévisé entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen n’a pas suscité un grand enthousiasme. L’audience comme le contenu ont été relativement faibles.

Pour schématiser à outrance, les candidats se sont trompés d’enjeux. Ils ont fait dans l’épicerie allant jusqu’à préciser à l’euro près l’augmentation de salaire des uns et des autres ou  la croissance des effectifs en oubliant d’abord d’évoquer les grands enjeux auxquels le pays est confronté. Cela aurait supposé que les intéressés acceptent d’abord de faire un bilan des forces et des faiblesses dupays en contrariant certains électeurs. Ensuite qu’ils prennent de la hauteur pour définir une vision d’avenir qui ne se limite pas à une approche statisticienne au demeurant discutable.

Sur le fond, le débat n’était donc pas du niveau attendu entre deux candidats à la présidence de la république. Les deux se sont d’ailleurs empêtrés dans leurs chiffres et arguments contradictoires.

Sur la forme, Emmanuel Macron comme d’habitude a fait montre d’une suffisance scientiste proche de le l’arrogance. La vérité c’est que lui non plus ne maîtrise guère l’environnement économique et social auquel il ne connaît rien d’une part du fait de sa formation, d’autre part en raison de son appartenance au parti des nantis. Macron a d’autant plus jonglé avec les chiffres et arguments discutables qu’une nouvelle fois son interlocutrice lui était inférieure sur le plan surtout de la rhétorique politicienne. Macron- au dire des journalistes complaisants de la presse des financiers–a dominé le débat sur le plan politique et socio-économique. En fait,  il a dit autant de contrevérités que Marine Le Pen  mais avec une autre intelligence manipulatrice et tout simplement aussi une autre culture. Bref tout l’exercice de Macron a consisté à afficher sa suffisance technique mais une suffisance plus scientiste que scientifique. Cela suffit cependant aux  journalistes complaisants pour la plupart d’une superficialité confondante.

Marine Le Pen de son côté a fait preuve d’une insuffisance crasse et démagogique. Il est clair que l’intéressée n’a pas le niveau de la fonction revendiquée. Elle ne connaît pas grand-chose même si pour ce scrutin elle a  choisi le thème social; elle ;la grande bourgeoise qui ignore tout des réalités concrètes et quotidiennes des moins favorisés. Enfin Marine Le pen  est loin d’avoir la culture de son père ou de sa nièce. ses connaissances générales politiques mais aussi plus globales paraissent assez limitées. Même sa qualité d’expression est très limite.

Macron-Le Pen : un débat pour experts-comptables, hauts-fonctionnaires et statisticiens

Macron-Le Pen : un débat pour  experts-comptables, hauts-fonctionnaires et statisticiens

 

Alors que la plupart des journalistes considèrent que Macron a remportéle match, un seul se montre un peu  critique à savoir Matthieu Deprieck,  journaliste politique à l’Opinion (un journal qui pense cependant que macron  a gagné) et considère que la discussion n’a pas été à la hauteur.

« …. C’était un débat pour le cercle des experts-comptables, l’amicale des hauts-fonctionnaires et le groupement des amis des statistiques. A deux jours de la fin de la campagne présidentielle, on ne sait toujours pas quel est le projet de société de l’une, et encore moins celui de l’autre. C’est la prouesse d’Emmanuel Macron : là où il passe, tout est « technocratisé », même une candidate populiste. Au moins, le Président sortant a-t-il joué sur son terrain alors que son adversaire n’a essayé que de convaincre qu’elle n’était plus l’incompétente d’il y a cinq ans. Que visait-elle ce soir ? La victoire à la présidentielle 2022 ou la préservation de ses chances pour 2027 ? »

Débat Le Pen-Macron: match nul

 Débat Le Pen-Macron: match nul

 

 

 

La tonalité est à peu près la même dans la plupart des grands médias détenus par les financiers qui soutiennent Macron. Pour ces médias, Macron est encore le vainqueur du débat même si Marine Le Pen a fait aussi une bonne prestation. Macron qui s’est comporté comme d’habitude en professeur et Marine Le Pen  qui a démontré qu’elle était maintenant une très bonne élève.

 

Très peu s’interrogent  cependant sur l’évaluation globale en regard des enjeux. En effet même si la discussion n’était pas inintéressante et relativement apaisée rapport à d’autres, les intéressés sont passés à côté du sujet et des enjeux. On a plutôt davantage assisté un duel d’épiciers  qu’à une confrontation entre candidats à la présidence de la république.

Avec sans doute la complicité des journalistes, le débat a porté  en effet sur des détails qui ne relèvent pas vraiment de la compétence d’un chef de l’État. Pour un peu on aurait été jusqu’au centime pour les futures augmentations promises concernant le pouvoir d’achat et jusqu’à l’unité pour les effectifs également promis dans les différents champs régaliens.

On aurait aimé évidemment que chaque candidat consacre beaucoup plus de temps à l’analyse des enjeux de long terme, aux forces mais aussi aux faiblesses de la France et qu’il propose une vision globale cohérente pour l’avenir.

Les médias et la télévision en particulier sont  largement responsablesde cette approche superficielle des problématiques nationales et internationales. Il y a toujours le chronomètre qui impose de répondre en quelques secondes à une question fondamentale et qui appelle nécessairement une réponse superficielle.

Comme la plupart des autres grands médias détenus par les financiers, les journalistes estiment que Marine Le Pen  a fait une bonne prestation tant sur le plan technique que rhétorique mais que le professeur r, toujours aussi professoral a gagné le duel.

La vérité sans doute ,c’est que ce match s’est traduit par un résultat nul d’abord et surtout parce qu’il n’était pas à la hauteur des enjeux présidentiels. Deuxièmement parce que les deux candidats sont laissés piégés par ce débat d’épiciers composé pour l’essentiel de promesses type auberge espagnole pour tout et pour tous qui évidemment ne seront pas tenus tant pour des questions politiques( le débat fumeux entre référendum et révision de la constitution) que pour des questions financières car aucun programme n’est réellement financé ni celui de Macon, ni celui de Le Pen.

Macon–Le Pen : image médiatique assez proche

Macon–Le Pen : image médiatique assez proche

 

 

Selon un sondage Kantar Public – Epoka pour Le Figaro, qui s’intéresse aux traits de personnalités des deux finalistes à l’élection présidentielle, l’une et l’autre apparaissent ainsi déterminés pour 8 Français sur 10, intelligents pour 7 sur 10, et autoritaires pour les deux tiers. Par ailleurs, pour près de 6 Français sur 10, les deux candidats apparaissent courageux.

«Il n’y a pas d’outsider, ce sont deux personnalités qui se ressemblent du point de vue de leur image», décrypte Laure Salvaing, directrice générale de Kantar Public France. «Les deux sont considérés comme des hommes et femmes politiques traditionnels, avec tout ce qu’ils peuvent concentrer comme rejet», analyse-t-elle.

La directrice de l’étude observe que, depuis 2017, «l’image de Marine Le Pen a remonté la pente en matière de compétence et de crédibilité». Dans ce domaine, la candidate du Rassemblement national fait quasiment jeu égal avec le président sortant selon les électeurs. Près d’un Français sur deux estime que le qualificatif s’applique bien pour l’un et l’autre même si Emmanuel Macron (53%) devance la candidate RN (50%).

Les deux prétendants à l’Élysée conservent tout de même des différences caractéristiques aux yeux des Français. Emmanuel Macron se voit reprocher d’être manipulateur par 59% d’entre eux (contre 49% pour Marine Le Pen). Un grief qui lui est plus rapidement associé qu’à la représentante du RN. Le chef de l’État est aussi jugé plus méprisant (53%) que la candidate nationaliste (41%). Sur la capacité d’écoute, Marine Le Pen l’emporte avec 48% des Français qui lui attribuent cette qualité, contre 38% à Emmanuel Macron.

Toutefois, la députée du Pas-de-Calais apparaît plus inquiétante que son adversaire (46%). «Ce reproche lui est assez mécaniquement associé, ce qui montre que la normalisation de son image n’est pas totale», analyse l’étude. Marine Le Pen est également jugée plus souvent agressive (48%) que le président sortant (42%).

Selon le sondage, les électeurs de Jean-Luc Mélenchon au premier tour, qui «détiennent en partie les clefs du second tour», se montrent beaucoup plus sceptiques s’agissant de l’honnêteté et la capacité d’écoute des deux finalistes, et sont plus nombreux que la moyenne à leur accoler des défauts. Les deux reproches qui leur sont associés le plus rapidement par les mélenchonistes sont «manipulateur» pour Emmanuel Macron et «agressive» pour Marine Le Pen.

Pour le «match retour» de l’élection présidentielle, «ce que craignent les Français sont la manipulation et le mépris de la part d’Emmanuel Macron. Du côté de Marine Le Pen, c’est l’agressivité», insiste Laure Salvaing. Des aspects de leur personnalité que les candidats chercheront à gommer lors du débat d’entre deux tours.

Déclassement diplomatique de la France avec Le Pen ?

 Déclassement diplomatique de la France  avec Le Pen ? 

 

Lecture ethniciste des sociétés, rapprochement avec les régimes illibéraux, prise de distance avec l’Europe et avec l’OTAN : les projets de la candidate d’extrême droite conduiraient à une perte d’influence de notre pays dans les affaires internationales, prévient William Leday, enseignant à Sciences Po Paris, dans une tribune au « Monde ».

 

Tribune.

La politique extérieure est un domaine peu propice aux changements brusques, tant la contrainte des intérêts nationaux et des engagements passés tient une grande place. De fait, la rupture copernicienne promise par Marine Le Pen laisse présager un déclassement de la France sur l’échiquier international si d’aventure elle se concrétise.

En effet, portée par une vision dans laquelle la nation est l’élément central, la diplomatie que propose la candidate d’extrême droite découle d’un corpus idéologique qu’il est nécessaire de connaître pour saisir la portée des changements qui seront engagés.

Au-delà des apparentes atténuations, les annonces formulées par Marine Le Pen, tant en matière de politique internationale que de défense, laissent apparaître des points saillants et une sémantique qui disent beaucoup du rapport au monde qu’elle entend bâtir pour la France : un bilatéralisme primant sur le multilatéralisme, une prise en compte du supposé « génie » des nations, ainsi qu’un retour à la diplomatie secrète – celle-ci avait été proscrite au lendemain de la première guerre mondiale, car considérée comme responsable du déclenchement du conflit.

Le tout débouche sur le rétablissement des relations diplomatiques avec la Syrie de Bachar Al-Assad et la sortie du commandement intégré de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), laquelle devrait, sur la proposition de la France, à l’issue du conflit ukrainien, rétablir un partenariat avec la Russie, sans que soit pour autant précisé le sort qui serait fait à Vladimir Poutine dans une histoire non encore écrite.

Comme l’explicitait Magali Balent, chercheuse à l’Institut de relations internationales et stratégiques, dans Le Monde selon Marine [Armand Colin, 2012], la thématique nationale irriguait déjà, logiquement, sur les enjeux internationaux, le discours du Front national (FN) dans lequel la trahison des élites, avatar édulcoré du « parti de l’étranger », figurait en bonne place. Rien de différent pour Marine Le Pen, aujourd’hui, pour qui la célébration du mythe d’une France éternelle, nation menacée d’acculturation par les Anglo-Saxons et le mondialisme, reste la colonne vertébrale.

 

Ainsi, notre pays devrait montrer sa singularité et restaurer sa « grandeur » tout en s’alliant avec les vieilles nations, comme la Russie, victimes du même phénomène que notre pays, avait déclaré Marine Le Pen, en février 2017, à Paris, lors d’un discours de politique étrangère. Le rapprochement avec la Russie, qu’elle programme aujourd’hui après une hypothétique paix en Ukraine, avec la Hongrie de Viktor Orban et d’autres régimes illibéraux prend ainsi tout son sens.

Le social de Marine Le Pen est conservateur

 

 

Le social de  Marine Le Pen est conservateur

Qu’est-ce que « le social » et a-t-il vraiment sa place dans le programme de Marine Le Pen ? Par Fabrice Flipo, Institut Mines-Télécom Business School.

 

 

La ritournelle ne cesse de revenir dans les médias : le second tour se jouerait sur le social et ce serait à celui des deux candidats qui en ferait le plus.

Sauf qu’une analyse approfondie des programmes montre bien qu’aucun des deux ne s’engage réellement sur la question, et Marine Le Pen peut-être encore moins encore qu’Emmanuel Macron.

Interrogé par Appolline de Malherbe sur le volet social du programme du RN, le 12 avril dernier, Louis Alliot soutient que le programme de la candidate se situe au-delà de la droite et de la gauche et comporte des mesures quasiment socialistes – sans aucune réaction de l’intervieweuse.

Les hôpitaux, les forces de police, les « gilets jaunes » ; l’urgence sociale serait là, à nos portes. Le vice-président du Rassemblement national peut ainsi dénoncer la « casse sociale » opérée par Emmanuel Macron.

D’autres commentateurs tels qu’Alain Duhamel sur la même chaîne mettent en avant la « préscience » avec laquelle Marine Le Pen a vu venir « la question sociale ».

Or de quoi parlons-nous exactement ? Qu’est-ce que « le social » ? Le sens commun renvoie le social à ce qui relève de l’organisation de la société, à côté de l’économique et du politique, entendu comme jeu des partis. C’est le social de la sociologie, qui étudie ce qui fait société. Un second sens est attesté dès l’Antiquité : le social comme désaccord, rapport antagonique entre individus ; ainsi les « guerres sociales » qui désignent le conflit entre Rome et ses alliés, autour du premier siècle avant Jésus-Christ. Il s’agit donc d’affrontements se situant à l’intérieur d’une société, et non à l’extérieur. L’enjeu est donc celui d’intérêts divergents, relatif aux inégalités en tant qu’elles sont des injustices, dont Thomas Hobbes tenait qu’elles sont à l’origine de l’État.

A l’époque moderne, l’idéologie politique qui se saisit de la question sociale est le « social-isme », terme apparu sous la plume de l’abbé Sièyes, à la veille de la révolution. Ce courant de pensée tout autant que d’action politique s’oppose à ce qu’il nomme l’anarchie industrielle, qu’il veut organiser et mettre au service des plus démunis : ceux que les Romains appelaient des prolétaires.

L’une des institutions emblématiques de cette égalisation des conditions et des destins est la sécurité « sociale » (qui protège contre les risques de perte de revenus, engendrés par la maladie, le chômage et la vieillesse). C’est aussi l’action des travailleurs « sociaux » (qui aident les plus démunis). En résumé, le social désigne ce : « qui favorise une meilleure adaptation des plus défavorisés à la société ». Et c’est bien ce sens-là auquel se réfère le débat de l’entre-deux tours.

Le programme de Marine Le Pen comporte-t-il des mesures « sociales » ? Si on l’étudie tel qu’on peut le trouver sur son site Internet, le résultat est riche en enseignement.

À première vue, ce programme est le contre-point parfait de celui d’Emmanuel Macron. Ce dernier met en avant l’ouverture, l’aventure, l’Europe, le monde ; il parle aux classes qui tirent partie de la mondialisation. La candidate fait le bilan de cette stratégie et montre sans difficulté que deux tiers de la population n’en a pas profité. Le fait est des plus banals ; il peut être illustré par la désormais célèbre courbe de Branco Milanovic.

Que propose-t-elle ? Marine Le Pen annonçait au départ que le chiffrage de son programme « sera rendu public au cours de la campagne ». Mais elle affirmait :

« La politique étant avant tout une question de choix et de priorités, c’est grâce à des économies que je financerai les nouvelles dépenses et grâce à une réorientation de notre modèle économique que je compte assainir les finances publiques fortement dégradées au sortir de ce quinquennat. » (p. 5)

Les bases sont déjà là : il y aura de nouvelles dépenses oui mais financées sur des économies. Et le modèle économique de la France devra évoluer, principalement pour retrouver de la souveraineté.

La souveraineté s’exerce d’abord dans le domaine du régalien : dépenser plus pour la défense (premier poste, dans l’ordre de l’exposé) et la sécurité intérieure (notamment la police, la gendarmerie et la justice – recrutement de magistrats -, et les prisons), sans amélioration de salaire.

Quid du nouveau modèle économique pour la France ? Le regain de souveraineté alimentaire proposé ne fera pas baisser le coût de l’alimentation ni augmenter les salaires, pas plus qu’une transformation écologique réduite à l’arrêt des renouvelables et à la relance du nucléaire, ni un soutien non précisé à la R&D, ni l’établissement d’une priorité nationale dans les achats publics, la fin du travail détaché ou une politique de simplification administrative. D’autant que Marine Le Pen entend préserver « une saine concurrence pour nos entreprises ».

Les institutions sociales seront restreintes et non étendues, et mises au service de la puissance nationale plutôt que de la redistribution : réduction des dépenses consenties envers les étrangers (8 milliards d’économies espérées) ; chasse aux fraudeurs de la sécurité sociale (entre 14 et 40 Mds) ; soutien financier à la natalité, la population étant une composante de la puissance. Les ultramarins se voient promettre une priorité d’accès aux études, au logement social ou au service militaire, oui, mais au service de la grandeur notamment spatiale de la France, et sans amélioration sociale.

La santé sera soutenue, oui, mais… en mettant en place la télémédecine (un pis-aller) et des consultations à prix bonifié pour attirer les médecins libéraux, remboursés par la sécurité sociale, ce qui revient à faire subventionner les médecins par les salariés.

Un « effort financier conséquent » est annoncé sur le salaire des soignants est évoqué, sans précision ni sur le montant ni sur la manière de l’obtenir. En ce qui concerne les Ehpad, le système privé est reconduit, ainsi que sa logique de rentabilité : seul le contrôle des établissements est renforcé.

Et la fameuse hausse de pouvoir d’achat, estimée entre 150 et 200 euros ? Elle passe par quatre mesures : la baisse des péages autoroutiers (via une nationalisation) et de la TVA sur l’énergie (de 20 à 5 %), la privatisation de l’audiovisuel qui supprimera la redevance, ainsi que l’exonération des cotisations patronales, qui permettrait d’augmenter les salaires (« la case en bas à droite de la feuille de paie », suivant l’expression de la candidate).

Aucune de ces mesures ne garantit de hausse significative du revenu net. La dernière mesure consiste à réduire le salaire indirect (issu des cotisations sociales) pour une hypothétique augmentation du salaire direct, laissée à l’appréciation des patrons. La baisse de la TVA se paiera par une baisse des services de l’État – et donc une baisse du pouvoir d’achat indirect. Enfin rien ne dit que l’information coûtera moins cher, une fois privatisée ; pour ne rien dire de la qualité. Et la baisse des péages sera loin des 150 euros mensuels…

Le programme ne prévoit donc aucune modification dans la distribution des revenus : les pauvres restent pauvres, et les riches restent riches. Il conforte également l’ordre établi sur le plan du patrimoine, puisque Marine Le Pen prévoit la suppression de tous les impôts entravant la transmission des patrimoines, y compris l’IFI, au profit d’un Impôt sur la Fortune Financière visant exclusivement la spéculation.

Enfin Marine Le Pen souhaite « un accès le plus précoce possible au marché du travail » (p.24). La massification de l’enseignement secondaire et supérieur est dénoncée, consommant des moyens « qui défient le bon sens » (p.30). 80 % des jeunes seraient dirigés vers une filière professionnelle à 14 ans. Soit à la clé une fonte rapide des effectifs des universités, et donc de leur coût – serait-ce le moyen inavoué de financer la baisse de la TVA et autres dépenses ? En tout cas le point a peu été relevé.

On le voit, le « social » – en clair les mesures sociales qui viendraient améliorer la condition des populations les plus démunies – n’est pas présent dans le programme de Marine Le Pen. Les salaires n’augmentent pas, la redistribution est inexistante – qu’il s’agisse des salaires ou des patrimoines.

La ligne du RN est claire : c’est celle d’une droite radicale, extrême ou « forte », comme on voudra, que l’on nomme plus adéquatement en philosophie politique en parlant de conservatisme. Le « social », s’il est clairement un sujet de campagne pour Marine Le Pen, ne se traduit pas dans les faits par des mesures concrètes qui pourraient améliorer les choses.

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Par  Fabrice Flipo, Professeur en philosophie sociale et politique, épistémologie et histoire des sciences et techniques, Institut Mines-Télécom Business School.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Avec Marine Le Pen , Le risque de la dette

Avec Marine Le Pen , Le risque de la dette

 

En prétendant « rendre l’argent aux Français », la candidate du RN va surtout les endetter davantage, réduisant d’autant les marges de manœuvre de la France, à un moment où les besoins d’investissements n’ont jamais été aussi importants, estime dans sa chronique Stéphane Lauer, éditorialiste au « Monde ».

 

Un article intéressant de l’éditorialiste du Monde sur les risques de la dette si Marine Le Pen l’emporte. Le seul problème c’est que le risque ,même  moindre, existe aussi avec Macron. Schématiquement le programme de Le Pen entraîne une dépense supplémentaire de 100 milliards par an pour 50 milliards pour Macron. Et des dépenses supplémentaires de l’un comme de l’autre non financées ( sauf par d’illusoires économies de l’État)

 

Chronique.

 

Il y a un an, Marine Le Pen clamait dans une tribune publiée dans le quotidien L’Opinion qu’« une bonne gestion de la dette publique est au cœur de notre souveraineté ». La candidate du Rassemblement national était au début de l’opération de crédibilisation de son projet présidentiel, après les lacunes abyssales dont elle avait fait preuve lors du débat de second tour en 2017 face à Emmanuel Macron.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Les risques et les incohérences du programme économique de Marine Le Pen

Le texte se voulait rassurant. « Une dette doit être remboursée », affirmait-elle, tout en prétendant se situer « dans la droite ligne de la théorie monétaire moderne postkeynésienne ». Fichtre ! Marine Le Pen, qui quatre ans auparavant balbutiait son projet de sortie de l’euro et confondait Alstom et SFR, voulait donner l’impression de connaître les arcanes de la Banque centrale européenne et de maîtriser les politiques permettant de rendre la dette soutenable.

Treize mois plus tard, à la veille d’un nouveau débat face à Emmanuel Macron, la lecture attentive de son programme montre que le sérieux revendiqué dans cette tribune est déjà largement démenti par ses propositions. Qu’elle soit persuadée qu’une dette doit être remboursée, ce serait lui faire injure que de ne pas le croire : ses créanciers russes sont là pour le lui rappeler régulièrement. En revanche, concernant « l’équilibre budgétaire » promis par la candidate, on est très loin du compte. Une fois Marine Le Pen au pouvoir, notre souveraineté économique pourrait considérablement se dégrader.

Dépenses sous-évaluées, recettes surévaluées

Pour financer son programme, l’argent magique devra continuer à couler à flots dans des proportions bien plus importantes que sous Emmanuel Macron. L’ensemble des économistes qui se sont penchés sur son programme arrivent aux mêmes conclusions : les dépenses sont systématiquement sous-évaluées et les recettes éhontément surévaluées, rendant l’ensemble « pratiquement irréalisable en l’état », affirme l’Institut Montaigne.

« Le catastrophisme qui consiste à dire [que] si Emmanuel Macron n’est pas réélu, le soleil s’éteindra, la mer se retirera et nous subirons une invasion de grenouilles, cela ne fonctionne plus », répond Marine Le Pen. Laissons donc de côté les dix plaies d’Egypte pour nous concentrer sur les conséquences très concrètes qu’aurait l’élection de la candidate d’extrême droite.

Celle-ci prétend vouloir « rendre l’argent aux Français ». Elle va surtout les endetter davantage. Le fait de leur promettre sans vergogne ce qu’ils ont envie d’entendre va tout simplement se traduire par 4 points de PIB de déficit par an d’ici à 2027, soit une centaine de milliards d’euros. Dans sa tribune de 2021, Marine Le Pen revendiquait « une approche pragmatique sur la dette ». Le terme d’« irresponsable » serait plus approprié.

Présidentielle 2022 : « « NOUS », acteurs de la recherche et de l’enseignement supérieur contre Le Pen

Présidentielle 2022 :  « Nous », acteurs de la recherche et de l’enseignement supérieur contre Le Pen 

 

Un collectif rassemblant plus de soixante-dix acteurs de la recherche et de l’enseignement supérieur  ( sur des milliers NDLR) estime, dans une tribune au « Monde », qu’une victoire de l’extrême droite – qui a toujours montré sa vraie identité faite d’intolérance, de stigmatisation, de censure, de menace et de défiance vis-à-vis de la science – se traduirait par un changement de civilisation, en rupture avec les Lumières.

 

Tribune. 

 

Engagés dans le secteur de la recherche et de l’enseignement supérieur, sensibles aux attentes vis-à-vis de la science pour répondre aux défis de la planète et de notre pays, nous souhaitons alerter nos concitoyens sur l’immense danger que représenterait l’élection de Mme Le Pen à la présidence de la République.

La banalisation progressive du Front national hier, du Rassemblement national aujourd’hui, et de leur même candidate, Mme Le Pen, ne doit aucunement faire oublier la nature du programme politique proposé, porteur de régression et de déclin sur tous les plans, économique, social, culturel et, bien sûr, scientifique.

Mme Le Pen l’a elle-même déclaré le soir du premier tour : « Ce qui se jouera ce 24 avril (…) sera un choix de société et même de civilisation. » Notre civilisation, justement, est le fruit de notre histoire, celle qui a conduit notre pays à être celui des droits de l’homme et à prendre toute sa place dans la dynamique du siècle des Lumières, qui nous a aidés à sortir de l’obscurantisme et de l’arbitraire.

La civilisation que nous propose Mme Le Pen est à l’opposé de ces principes et va à l’encontre de nos valeurs académiques, faites de tolérance, d’écoute et de respect. Elle est fondée sur le rejet de l’autre, sur la désignation de boucs émissaires, sur le refus d’une approche globale des problèmes. Elle remet en cause notre vocation européenne et l’ouverture internationale dont se nourrissent l’enseignement supérieur et la recherche.

Au moment où les crises se font de plus en plus fortes sous l’effet des pandémies, du réchauffement climatique, des conflits géopolitiques, nous avons besoin plus que jamais de préserver la démarche scientifique, l’ouverture aux autres et les valeurs d’humanité et de solidarité pour pouvoir faire face à ces défis et faire en sorte que de ces crises naissent aussi des progrès pour l’humanité.

Une grande partie des électeurs et des électrices de Marine Le Pen ont exprimé une colère et des craintes quant à leur avenir et à celui de la France. Nous ne considérons évidemment pas que notre société soit parfaite. La communauté académique n’a pas la réputation d’être avare de critiques, nous sommes conscients que les inégalités sociales n’épargnent pas l’enseignement supérieur et la recherche.

Nous devons collectivement rendre cette société plus juste, plus inclusive, plus durable et plus éclairée, avec un service public de l’enseignement supérieur et de la recherche accessible à tous les bacheliers. Mais une telle évolution n’est possible que dans une démocratie où les droits et les devoirs de chacun et de chacune sont respectés.

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