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Opposition gaz – nucléaire entre la France et l’Allemagne: Une guerre commerciale

Opposition  gaz – nucléaire entre la France et l’Allemagne: Une guerre commerciale

 

Margot de Kerpoisson, chercheuse en relations internationales à l’Ecole de guerre économique (EGE) (*)    explique dans la Tribune  les raisons de l’affrontement entre la France et l’Allemagne concernant le conflit entre le nucléaire et le gaz. Un conflit écolo mais surtout commercial.

 

L’Allemagne souhaite exclure le nucléaire de la taxonomie européenne, l’outil de financement visant à diriger les investissements publics et privés vers des activités vertes et durables. A contrario, Berlin tente de pousser à l’inclusion du gaz naturel dans la finance verte de l’UE, bien que celui-ci émet 40 fois plus de CO2 que le nucléaire selon le GIEC. Quelles sont les motivations derrière ce choix et surtout quels sont les risques pour la France ?

L’Allemagne a fait le pari des énergies renouvelables (EnR) dans le cadre de sa stratégie énergétique. Elle a également fait le choix de renoncer au nucléaire, source d’énergie pourtant pilotable, compétitive et bas carbone.

Système énergétique allemand défaillant

Plusieurs raisons expliquent la tentative allemande d’affaiblir le nucléaire français au sein de l’UE. Le système énergétique allemand étant défaillant, l’exclusion du nucléaire de la taxonomie européenne permettrait à Berlin de continuer à capter plus de subventions tout en en écartant le nucléaire français. L’Allemagne ne nous demanderait-elle pas de financer exclusivement sa transition énergétique ?

Par ailleurs, les EnR comme l’éolien ou le solaire sont par nature intermittentes : elles ne sont pas capables d’assurer une production constante et stable en électricité. Pour éviter tout risque de black-out (panne d’électricité massive), le modèle allemand nécessite une compensation avec une énergie pilotable comme le gaz. C’est la raison pour laquelle l’Allemagne pousse à l’inclusion de celui-ci dans l’outil de financement européen.

Gaz russe

Dans un troisième temps, l’arrivée du North Stream II place l’Allemagne au cœur du processus de redistribution du gaz russe. C’est un avantage à la fois économique – car générateur de nombreux revenus – et politique, puisque l’Allemagne devient un acteur central de ce nouveau système énergétique.

Renoncer au nucléaire, c’est abattre le pilier de notre souveraineté énergétique

De Gaulle voyait dans le nucléaire civil, le bastion de notre indépendance et de notre souveraineté énergétique. Une conclusion solide car le nucléaire présente deux avantages de taille. D’abord, l’approvisionnement en uranium étant suffisamment diversifié, le risque de dépendance vis-à-vis d’une puissance étrangère est diminué. Et puisque l’uranium ne représente que 5% des coûts totaux de production de l’électricité nucléaire, il nous préserve des différents aléas liés aux marchés mondiaux de l’énergie. Un intérêt non négligeable quand on constate l’explosion du prix du gaz (+500%) sur cette année de reprise économique ! D’autant que les différentes innovations dans la filière, comme les réacteurs de 4e génération, permettront de réduire drastiquement la demande en uranium en optimisant les ressources par un multi-recyclage avancé du combustible.

Risques de dépendances accrus

Les énergies renouvelables et le gaz seraient-ils en capacité d’assurer un tel niveau d’indépendance ? La Chine est le premier exportateur d’éoliennes et de panneaux solaires. Si ces derniers présentent l’avantage d’être décarbonés, ils ne bénéficient ni à notre indépendance énergétique, économique ou stratégique. Bien au contraire, renoncer au nucléaire au profit d’un modèle fondé uniquement sur les énergies renouvelables associées au gaz entraînerait des risques de dépendance accrus. L’Europe est aujourd’hui tributaire à hauteur de 40% du gaz russe. Une dépendance déjà problématique, qui risquerait encore de s’accentuer avec la fermeture des centrales nucléaires en Allemagne, en Belgique et en Suisse.

Notre souveraineté énergétique doit être au cœur de la campagne présidentielle de 2022. Les différentes options proposées doivent être clairement explicitées. Nous devons être conscients que dans le cas où nous renoncerions au nucléaire, alors nous devrions nous replier sur le gaz ou le charbon car les EnR seules ne pourraient répondre à nos besoins énergétiques. L’Allemagne, qui a fait le choix de fermer ses centrales nucléaires, a dû faire marcher à plein régime son industrie du charbon pour lutter contre les défaillances de son système énergétique.

Selon l’Office fédéral allemand de la statistique Destatis, entre 2020 et 2021, la production électrique des éoliennes a baissé de 21%. Quelles en ont été les conséquences ? L’Allemagne a tout simplement rouvert ses centrales à charbon, source d’électricité 68 fois plus émettrice de CO2 que le nucléaire. Le charbon est ainsi devenu la première source d’électricité en Allemagne au premier semestre 2021. Une décision lourde de conséquences en termes d’émissions de gaz à effet de serre. Alors sommes-nous vraiment disposés à rouvrir nos vieilles centrales à charbon ? Saurons- nous tirer à temps les leçons du cas allemand ?

Tirer à temps les leçons du cas allemand

Renoncer à nos centrales nucléaires (ou ne pas investir dans la filière) c’est également contribuer à accroître durablement l’instabilité de notre réseau, avec des conséquences directes sur notre quotidien. Selon les scénarii de RTE, la consommation d’électricité devrait augmenter d’ici 2050. L’électrification massive des usages dans de nombreux secteurs comme l’industrie ou le transport entraînera une hausse de la demande électrique. Or, si nous faisions le choix du 100% renouvelable comme le préconisent certains candidats à la présidentielle, comment pourrions-nous faire fonctionner nos industries en cas d’intermittence ? Qu’en serait-il de nos voitures électriques ? de nos transports en commun ? Serions-nous prêts à renoncer au chauffage en cas de grand froid ? A nos moyens de communications (smartphone, ordinateurs) ? Finalement, serions-nous prêts à réduire notre consommation d’énergie en cas de risque de panne d’électricité massive ? En ce sens, il est important de rappeler qu’adhérer à de telles propositions politiques, c’est accepter le modèle de décroissance qui en découle.

Pour atteindre notre objectif carbone, consommer différemment et mieux est sans aucun doute la meilleure solution. Mais cela nécessite un véritable consensus et surtout de la transparence : en tant que citoyens français, européens, nous devons être avertis des conséquences de chacune des options proposées. Le choix doit être avant tout démocratique, et pour cela il faut qu’il se fasse en toute connaissance de cause.

Le nucléaire : condition sine qua non de notre réindustrialisation :

Pas de doute, l’heure est à la réindustrialisation. Mais comment pourrions-nous inciter nos industriels à passer le cap du Made in France ? Compte tenu de la lourdeur et de la longueur des cycles d’investissements, les industriels ont besoin de stabilité de visibilité : d’une véritable politique industrielle – grande absente de nos débats depuis trop longtemps. Or, toute réindustrialisation nécessite en premier lieu une politique cohérente en matière énergétique. Et pour cela, le nucléaire, filière d’excellence française, reste à l’heure actuelle notre meilleure alliée. Energie pilotable, compétitive, elle est surtout bas carbone.

Dans une logique industrielle globale, un système basé sur les énergies renouvelables apparait aujourd’hui incohérent, d’abord du fait de leur caractère intermittent, c’est-à-dire de leur incapacité à assurer une production constante et stable en électricité. Devrions nous arrêter les usines en l’absence de vent ou de soleil ? Nos industriels ne sauraient accepter de tels risques dans leur chaine de production. D’un point de vue politique, devrions nous laisser au gaz russe le rôle de garant de la survie de nos industries ? D’un point de vue écologique, devrions-nous rouvrir nos vieilles centrales à charbon ? Et d’un point de vue économique, la flambée historique des prix du gaz ne devrait-elle pas nous interpeller ?

La question est finalement simple : nous, citoyens français, sommes-nous prêts à renoncer à notre indépendance énergétique pour accentuer notre dépendance vis-vis de la Russie, de l’Allemagne ou d’autres puissances étrangères ? Sommes-nous prêts à accepter des coupures de courant à répétition comme ce fut le cas au Texas, des millions de foyers privés d’électricité pendant plusieurs jours ? Sommes-nous prêts à renoncer à notre mode de vie d’une manière aussi radicale ? Enfin, sommes-nous prêts à relever le défi de la réindustrialisation ? Et celui d’une transition écologique rationnelle et pragmatique plutôt qu’une récession déguisée ?

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(*) Margot de Kerpoisson a piloté le rapport EGE « J’Attaque! Comment l’Allemagne tente d’affaiblir durablement la France sur la question de l’énergie »

Opposition entre gaz et nucléaire entre la France et l’Allemagne

Opposition entre  gaz et  nucléaire entre la France et l’Allemagne

 

Margot de Kerpoisson, chercheuse en relations internationales à l’Ecole de guerre économique (EGE) (*)    explique dans la Tribune  les raisons de l’affrontement entre la France et l’Allemagne concernant le conflit entre le nucléaire et le gaz. Un conflit écolo mais surtout commercial.

 

L’Allemagne souhaite exclure le nucléaire de la taxonomie européenne, l’outil de financement visant à diriger les investissements publics et privés vers des activités vertes et durables. A contrario, Berlin tente de pousser à l’inclusion du gaz naturel dans la finance verte de l’UE, bien que celui-ci émet 40 fois plus de CO2 que le nucléaire selon le GIEC. Quelles sont les motivations derrière ce choix et surtout quels sont les risques pour la France ?

L’Allemagne a fait le pari des énergies renouvelables (EnR) dans le cadre de sa stratégie énergétique. Elle a également fait le choix de renoncer au nucléaire, source d’énergie pourtant pilotable, compétitive et bas carbone.

Système énergétique allemand défaillant

Plusieurs raisons expliquent la tentative allemande d’affaiblir le nucléaire français au sein de l’UE. Le système énergétique allemand étant défaillant, l’exclusion du nucléaire de la taxonomie européenne permettrait à Berlin de continuer à capter plus de subventions tout en en écartant le nucléaire français. L’Allemagne ne nous demanderait-elle pas de financer exclusivement sa transition énergétique ?

Par ailleurs, les EnR comme l’éolien ou le solaire sont par nature intermittentes : elles ne sont pas capables d’assurer une production constante et stable en électricité. Pour éviter tout risque de black-out (panne d’électricité massive), le modèle allemand nécessite une compensation avec une énergie pilotable comme le gaz. C’est la raison pour laquelle l’Allemagne pousse à l’inclusion de celui-ci dans l’outil de financement européen.

Gaz russe

Dans un troisième temps, l’arrivée du North Stream II place l’Allemagne au cœur du processus de redistribution du gaz russe. C’est un avantage à la fois économique – car générateur de nombreux revenus – et politique, puisque l’Allemagne devient un acteur central de ce nouveau système énergétique.

Renoncer au nucléaire, c’est abattre le pilier de notre souveraineté énergétique

De Gaulle voyait dans le nucléaire civil, le bastion de notre indépendance et de notre souveraineté énergétique. Une conclusion solide car le nucléaire présente deux avantages de taille. D’abord, l’approvisionnement en uranium étant suffisamment diversifié, le risque de dépendance vis-à-vis d’une puissance étrangère est diminué. Et puisque l’uranium ne représente que 5% des coûts totaux de production de l’électricité nucléaire, il nous préserve des différents aléas liés aux marchés mondiaux de l’énergie. Un intérêt non négligeable quand on constate l’explosion du prix du gaz (+500%) sur cette année de reprise économique ! D’autant que les différentes innovations dans la filière, comme les réacteurs de 4e génération, permettront de réduire drastiquement la demande en uranium en optimisant les ressources par un multi-recyclage avancé du combustible.

Risques de dépendances accrus

Les énergies renouvelables et le gaz seraient-ils en capacité d’assurer un tel niveau d’indépendance ? La Chine est le premier exportateur d’éoliennes et de panneaux solaires. Si ces derniers présentent l’avantage d’être décarbonés, ils ne bénéficient ni à notre indépendance énergétique, économique ou stratégique. Bien au contraire, renoncer au nucléaire au profit d’un modèle fondé uniquement sur les énergies renouvelables associées au gaz entraînerait des risques de dépendance accrus. L’Europe est aujourd’hui tributaire à hauteur de 40% du gaz russe. Une dépendance déjà problématique, qui risquerait encore de s’accentuer avec la fermeture des centrales nucléaires en Allemagne, en Belgique et en Suisse.

Notre souveraineté énergétique doit être au cœur de la campagne présidentielle de 2022. Les différentes options proposées doivent être clairement explicitées. Nous devons être conscients que dans le cas où nous renoncerions au nucléaire, alors nous devrions nous replier sur le gaz ou le charbon car les EnR seules ne pourraient répondre à nos besoins énergétiques. L’Allemagne, qui a fait le choix de fermer ses centrales nucléaires, a dû faire marcher à plein régime son industrie du charbon pour lutter contre les défaillances de son système énergétique.

Selon l’Office fédéral allemand de la statistique Destatis, entre 2020 et 2021, la production électrique des éoliennes a baissé de 21%. Quelles en ont été les conséquences ? L’Allemagne a tout simplement rouvert ses centrales à charbon, source d’électricité 68 fois plus émettrice de CO2 que le nucléaire. Le charbon est ainsi devenu la première source d’électricité en Allemagne au premier semestre 2021. Une décision lourde de conséquences en termes d’émissions de gaz à effet de serre. Alors sommes-nous vraiment disposés à rouvrir nos vieilles centrales à charbon ? Saurons- nous tirer à temps les leçons du cas allemand ?

Tirer à temps les leçons du cas allemand

Renoncer à nos centrales nucléaires (ou ne pas investir dans la filière) c’est également contribuer à accroître durablement l’instabilité de notre réseau, avec des conséquences directes sur notre quotidien. Selon les scénarii de RTE, la consommation d’électricité devrait augmenter d’ici 2050. L’électrification massive des usages dans de nombreux secteurs comme l’industrie ou le transport entraînera une hausse de la demande électrique. Or, si nous faisions le choix du 100% renouvelable comme le préconisent certains candidats à la présidentielle, comment pourrions-nous faire fonctionner nos industries en cas d’intermittence ? Qu’en serait-il de nos voitures électriques ? de nos transports en commun ? Serions-nous prêts à renoncer au chauffage en cas de grand froid ? A nos moyens de communications (smartphone, ordinateurs) ? Finalement, serions-nous prêts à réduire notre consommation d’énergie en cas de risque de panne d’électricité massive ? En ce sens, il est important de rappeler qu’adhérer à de telles propositions politiques, c’est accepter le modèle de décroissance qui en découle.

Pour atteindre notre objectif carbone, consommer différemment et mieux est sans aucun doute la meilleure solution. Mais cela nécessite un véritable consensus et surtout de la transparence : en tant que citoyens français, européens, nous devons être avertis des conséquences de chacune des options proposées. Le choix doit être avant tout démocratique, et pour cela il faut qu’il se fasse en toute connaissance de cause.

Le nucléaire : condition sine qua non de notre réindustrialisation :

Pas de doute, l’heure est à la réindustrialisation. Mais comment pourrions-nous inciter nos industriels à passer le cap du Made in France ? Compte tenu de la lourdeur et de la longueur des cycles d’investissements, les industriels ont besoin de stabilité de visibilité : d’une véritable politique industrielle – grande absente de nos débats depuis trop longtemps. Or, toute réindustrialisation nécessite en premier lieu une politique cohérente en matière énergétique. Et pour cela, le nucléaire, filière d’excellence française, reste à l’heure actuelle notre meilleure alliée. Energie pilotable, compétitive, elle est surtout bas carbone.

Dans une logique industrielle globale, un système basé sur les énergies renouvelables apparait aujourd’hui incohérent, d’abord du fait de leur caractère intermittent, c’est-à-dire de leur incapacité à assurer une production constante et stable en électricité. Devrions nous arrêter les usines en l’absence de vent ou de soleil ? Nos industriels ne sauraient accepter de tels risques dans leur chaine de production. D’un point de vue politique, devrions nous laisser au gaz russe le rôle de garant de la survie de nos industries ? D’un point de vue écologique, devrions-nous rouvrir nos vieilles centrales à charbon ? Et d’un point de vue économique, la flambée historique des prix du gaz ne devrait-elle pas nous interpeller ?

La question est finalement simple : nous, citoyens français, sommes-nous prêts à renoncer à notre indépendance énergétique pour accentuer notre dépendance vis-vis de la Russie, de l’Allemagne ou d’autres puissances étrangères ? Sommes-nous prêts à accepter des coupures de courant à répétition comme ce fut le cas au Texas, des millions de foyers privés d’électricité pendant plusieurs jours ? Sommes-nous prêts à renoncer à notre mode de vie d’une manière aussi radicale ? Enfin, sommes-nous prêts à relever le défi de la réindustrialisation ? Et celui d’une transition écologique rationnelle et pragmatique plutôt qu’une récession déguisée ?

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(*) Margot de Kerpoisson a piloté le rapport EGE « J’Attaque! Comment l’Allemagne tente d’affaiblir durablement la France sur la question de l’énergie »

Affrontement gaz nucléaire entre la France et l’Allemagne

Affrontement gaz nucléaire entre la France et l’Allemagne

 

Margot de Kerpoisson, chercheuse en relations internationales à l’Ecole de guerre économique (EGE) (*)    explique dans la Tribune  les raisons de l’affrontement entre la France et l’Allemagne concernant le conflit entre le nucléaire et le gaz. Un conflit écolo mais surtout mercantile.

 

L’Allemagne souhaite exclure le nucléaire de la taxonomie européenne, l’outil de financement visant à diriger les investissements publics et privés vers des activités vertes et durables. A contrario, Berlin tente de pousser à l’inclusion du gaz naturel dans la finance verte de l’UE, bien que celui-ci émet 40 fois plus de CO2 que le nucléaire selon le GIEC. Quelles sont les motivations derrière ce choix et surtout quels sont les risques pour la France ?

L’Allemagne a fait le pari des énergies renouvelables (EnR) dans le cadre de sa stratégie énergétique. Elle a également fait le choix de renoncer au nucléaire, source d’énergie pourtant pilotable, compétitive et bas carbone.

Système énergétique allemand défaillant

Plusieurs raisons expliquent la tentative allemande d’affaiblir le nucléaire français au sein de l’UE. Le système énergétique allemand étant défaillant, l’exclusion du nucléaire de la taxonomie européenne permettrait à Berlin de continuer à capter plus de subventions tout en en écartant le nucléaire français. L’Allemagne ne nous demanderait-elle pas de financer exclusivement sa transition énergétique ?

Par ailleurs, les EnR comme l’éolien ou le solaire sont par nature intermittentes : elles ne sont pas capables d’assurer une production constante et stable en électricité. Pour éviter tout risque de black-out (panne d’électricité massive), le modèle allemand nécessite une compensation avec une énergie pilotable comme le gaz. C’est la raison pour laquelle l’Allemagne pousse à l’inclusion de celui-ci dans l’outil de financement européen.

Gaz russe

Dans un troisième temps, l’arrivée du North Stream II place l’Allemagne au cœur du processus de redistribution du gaz russe. C’est un avantage à la fois économique – car générateur de nombreux revenus – et politique, puisque l’Allemagne devient un acteur central de ce nouveau système énergétique.

Renoncer au nucléaire, c’est abattre le pilier de notre souveraineté énergétique

De Gaulle voyait dans le nucléaire civil, le bastion de notre indépendance et de notre souveraineté énergétique. Une conclusion solide car le nucléaire présente deux avantages de taille. D’abord, l’approvisionnement en uranium étant suffisamment diversifié, le risque de dépendance vis-à-vis d’une puissance étrangère est diminué. Et puisque l’uranium ne représente que 5% des coûts totaux de production de l’électricité nucléaire, il nous préserve des différents aléas liés aux marchés mondiaux de l’énergie. Un intérêt non négligeable quand on constate l’explosion du prix du gaz (+500%) sur cette année de reprise économique ! D’autant que les différentes innovations dans la filière, comme les réacteurs de 4e génération, permettront de réduire drastiquement la demande en uranium en optimisant les ressources par un multi-recyclage avancé du combustible.

Risques de dépendances accrus

Les énergies renouvelables et le gaz seraient-ils en capacité d’assurer un tel niveau d’indépendance ? La Chine est le premier exportateur d’éoliennes et de panneaux solaires. Si ces derniers présentent l’avantage d’être décarbonés, ils ne bénéficient ni à notre indépendance énergétique, économique ou stratégique. Bien au contraire, renoncer au nucléaire au profit d’un modèle fondé uniquement sur les énergies renouvelables associées au gaz entraînerait des risques de dépendance accrus. L’Europe est aujourd’hui tributaire à hauteur de 40% du gaz russe. Une dépendance déjà problématique, qui risquerait encore de s’accentuer avec la fermeture des centrales nucléaires en Allemagne, en Belgique et en Suisse.

Notre souveraineté énergétique doit être au cœur de la campagne présidentielle de 2022. Les différentes options proposées doivent être clairement explicitées. Nous devons être conscients que dans le cas où nous renoncerions au nucléaire, alors nous devrions nous replier sur le gaz ou le charbon car les EnR seules ne pourraient répondre à nos besoins énergétiques. L’Allemagne, qui a fait le choix de fermer ses centrales nucléaires, a dû faire marcher à plein régime son industrie du charbon pour lutter contre les défaillances de son système énergétique.

Selon l’Office fédéral allemand de la statistique Destatis, entre 2020 et 2021, la production électrique des éoliennes a baissé de 21%. Quelles en ont été les conséquences ? L’Allemagne a tout simplement rouvert ses centrales à charbon, source d’électricité 68 fois plus émettrice de CO2 que le nucléaire. Le charbon est ainsi devenu la première source d’électricité en Allemagne au premier semestre 2021. Une décision lourde de conséquences en termes d’émissions de gaz à effet de serre. Alors sommes-nous vraiment disposés à rouvrir nos vieilles centrales à charbon ? Saurons- nous tirer à temps les leçons du cas allemand ?

Tirer à temps les leçons du cas allemand

Renoncer à nos centrales nucléaires (ou ne pas investir dans la filière) c’est également contribuer à accroître durablement l’instabilité de notre réseau, avec des conséquences directes sur notre quotidien. Selon les scénarii de RTE, la consommation d’électricité devrait augmenter d’ici 2050. L’électrification massive des usages dans de nombreux secteurs comme l’industrie ou le transport entraînera une hausse de la demande électrique. Or, si nous faisions le choix du 100% renouvelable comme le préconisent certains candidats à la présidentielle, comment pourrions-nous faire fonctionner nos industries en cas d’intermittence ? Qu’en serait-il de nos voitures électriques ? de nos transports en commun ? Serions-nous prêts à renoncer au chauffage en cas de grand froid ? A nos moyens de communications (smartphone, ordinateurs) ? Finalement, serions-nous prêts à réduire notre consommation d’énergie en cas de risque de panne d’électricité massive ? En ce sens, il est important de rappeler qu’adhérer à de telles propositions politiques, c’est accepter le modèle de décroissance qui en découle.

Pour atteindre notre objectif carbone, consommer différemment et mieux est sans aucun doute la meilleure solution. Mais cela nécessite un véritable consensus et surtout de la transparence : en tant que citoyens français, européens, nous devons être avertis des conséquences de chacune des options proposées. Le choix doit être avant tout démocratique, et pour cela il faut qu’il se fasse en toute connaissance de cause.

Le nucléaire : condition sine qua non de notre réindustrialisation :

Pas de doute, l’heure est à la réindustrialisation. Mais comment pourrions-nous inciter nos industriels à passer le cap du Made in France ? Compte tenu de la lourdeur et de la longueur des cycles d’investissements, les industriels ont besoin de stabilité de visibilité : d’une véritable politique industrielle – grande absente de nos débats depuis trop longtemps. Or, toute réindustrialisation nécessite en premier lieu une politique cohérente en matière énergétique. Et pour cela, le nucléaire, filière d’excellence française, reste à l’heure actuelle notre meilleure alliée. Energie pilotable, compétitive, elle est surtout bas carbone.

Dans une logique industrielle globale, un système basé sur les énergies renouvelables apparait aujourd’hui incohérent, d’abord du fait de leur caractère intermittent, c’est-à-dire de leur incapacité à assurer une production constante et stable en électricité. Devrions nous arrêter les usines en l’absence de vent ou de soleil ? Nos industriels ne sauraient accepter de tels risques dans leur chaine de production. D’un point de vue politique, devrions nous laisser au gaz russe le rôle de garant de la survie de nos industries ? D’un point de vue écologique, devrions-nous rouvrir nos vieilles centrales à charbon ? Et d’un point de vue économique, la flambée historique des prix du gaz ne devrait-elle pas nous interpeller ?

La question est finalement simple : nous, citoyens français, sommes-nous prêts à renoncer à notre indépendance énergétique pour accentuer notre dépendance vis-vis de la Russie, de l’Allemagne ou d’autres puissances étrangères ? Sommes-nous prêts à accepter des coupures de courant à répétition comme ce fut le cas au Texas, des millions de foyers privés d’électricité pendant plusieurs jours ? Sommes-nous prêts à renoncer à notre mode de vie d’une manière aussi radicale ? Enfin, sommes-nous prêts à relever le défi de la réindustrialisation ? Et celui d’une transition écologique rationnelle et pragmatique plutôt qu’une récession déguisée ?

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(*) Margot de Kerpoisson a piloté le rapport EGE « J’Attaque! Comment l’Allemagne tente d’affaiblir durablement la France sur la question de l’énergie »

Affrontement entre la France et l’Allemagne concernant le nucléaire et le gaz.

La guerre nucléaire–gaz entre la France et l’Allemagne ?

Margot de Kerpoisson, chercheuse en relations internationales à l’Ecole de guerre économique (EGE) (*)    explique dans la Tribune  les raisons de l’affrontement entre la France et l’Allemagne concernant le conflit entre le nucléaire et le gaz. Un conflit écolo mais surtout mercantile.

 

L’Allemagne souhaite exclure le nucléaire de la taxonomie européenne, l’outil de financement visant à diriger les investissements publics et privés vers des activités vertes et durables. A contrario, Berlin tente de pousser à l’inclusion du gaz naturel dans la finance verte de l’UE, bien que celui-ci émet 40 fois plus de CO2 que le nucléaire selon le GIEC. Quelles sont les motivations derrière ce choix et surtout quels sont les risques pour la France ?

L’Allemagne a fait le pari des énergies renouvelables (EnR) dans le cadre de sa stratégie énergétique. Elle a également fait le choix de renoncer au nucléaire, source d’énergie pourtant pilotable, compétitive et bas carbone.

Système énergétique allemand défaillant

Plusieurs raisons expliquent la tentative allemande d’affaiblir le nucléaire français au sein de l’UE. Le système énergétique allemand étant défaillant, l’exclusion du nucléaire de la taxonomie européenne permettrait à Berlin de continuer à capter plus de subventions tout en en écartant le nucléaire français. L’Allemagne ne nous demanderait-elle pas de financer exclusivement sa transition énergétique ?

Par ailleurs, les EnR comme l’éolien ou le solaire sont par nature intermittentes : elles ne sont pas capables d’assurer une production constante et stable en électricité. Pour éviter tout risque de black-out (panne d’électricité massive), le modèle allemand nécessite une compensation avec une énergie pilotable comme le gaz. C’est la raison pour laquelle l’Allemagne pousse à l’inclusion de celui-ci dans l’outil de financement européen.

Gaz russe

Dans un troisième temps, l’arrivée du North Stream II place l’Allemagne au cœur du processus de redistribution du gaz russe. C’est un avantage à la fois économique – car générateur de nombreux revenus – et politique, puisque l’Allemagne devient un acteur central de ce nouveau système énergétique.

Renoncer au nucléaire, c’est abattre le pilier de notre souveraineté énergétique

De Gaulle voyait dans le nucléaire civil, le bastion de notre indépendance et de notre souveraineté énergétique. Une conclusion solide car le nucléaire présente deux avantages de taille. D’abord, l’approvisionnement en uranium étant suffisamment diversifié, le risque de dépendance vis-à-vis d’une puissance étrangère est diminué. Et puisque l’uranium ne représente que 5% des coûts totaux de production de l’électricité nucléaire, il nous préserve des différents aléas liés aux marchés mondiaux de l’énergie. Un intérêt non négligeable quand on constate l’explosion du prix du gaz (+500%) sur cette année de reprise économique ! D’autant que les différentes innovations dans la filière, comme les réacteurs de 4e génération, permettront de réduire drastiquement la demande en uranium en optimisant les ressources par un multi-recyclage avancé du combustible.

Risques de dépendances accrus

Les énergies renouvelables et le gaz seraient-ils en capacité d’assurer un tel niveau d’indépendance ? La Chine est le premier exportateur d’éoliennes et de panneaux solaires. Si ces derniers présentent l’avantage d’être décarbonés, ils ne bénéficient ni à notre indépendance énergétique, économique ou stratégique. Bien au contraire, renoncer au nucléaire au profit d’un modèle fondé uniquement sur les énergies renouvelables associées au gaz entraînerait des risques de dépendance accrus. L’Europe est aujourd’hui tributaire à hauteur de 40% du gaz russe. Une dépendance déjà problématique, qui risquerait encore de s’accentuer avec la fermeture des centrales nucléaires en Allemagne, en Belgique et en Suisse.

Notre souveraineté énergétique doit être au cœur de la campagne présidentielle de 2022. Les différentes options proposées doivent être clairement explicitées. Nous devons être conscients que dans le cas où nous renoncerions au nucléaire, alors nous devrions nous replier sur le gaz ou le charbon car les EnR seules ne pourraient répondre à nos besoins énergétiques. L’Allemagne, qui a fait le choix de fermer ses centrales nucléaires, a dû faire marcher à plein régime son industrie du charbon pour lutter contre les défaillances de son système énergétique.

Selon l’Office fédéral allemand de la statistique Destatis, entre 2020 et 2021, la production électrique des éoliennes a baissé de 21%. Quelles en ont été les conséquences ? L’Allemagne a tout simplement rouvert ses centrales à charbon, source d’électricité 68 fois plus émettrice de CO2 que le nucléaire. Le charbon est ainsi devenu la première source d’électricité en Allemagne au premier semestre 2021. Une décision lourde de conséquences en termes d’émissions de gaz à effet de serre. Alors sommes-nous vraiment disposés à rouvrir nos vieilles centrales à charbon ? Saurons- nous tirer à temps les leçons du cas allemand ?

Tirer à temps les leçons du cas allemand

Renoncer à nos centrales nucléaires (ou ne pas investir dans la filière) c’est également contribuer à accroître durablement l’instabilité de notre réseau, avec des conséquences directes sur notre quotidien. Selon les scénarii de RTE, la consommation d’électricité devrait augmenter d’ici 2050. L’électrification massive des usages dans de nombreux secteurs comme l’industrie ou le transport entraînera une hausse de la demande électrique. Or, si nous faisions le choix du 100% renouvelable comme le préconisent certains candidats à la présidentielle, comment pourrions-nous faire fonctionner nos industries en cas d’intermittence ? Qu’en serait-il de nos voitures électriques ? de nos transports en commun ? Serions-nous prêts à renoncer au chauffage en cas de grand froid ? A nos moyens de communications (smartphone, ordinateurs) ? Finalement, serions-nous prêts à réduire notre consommation d’énergie en cas de risque de panne d’électricité massive ? En ce sens, il est important de rappeler qu’adhérer à de telles propositions politiques, c’est accepter le modèle de décroissance qui en découle.

Pour atteindre notre objectif carbone, consommer différemment et mieux est sans aucun doute la meilleure solution. Mais cela nécessite un véritable consensus et surtout de la transparence : en tant que citoyens français, européens, nous devons être avertis des conséquences de chacune des options proposées. Le choix doit être avant tout démocratique, et pour cela il faut qu’il se fasse en toute connaissance de cause.

Le nucléaire : condition sine qua non de notre réindustrialisation :

Pas de doute, l’heure est à la réindustrialisation. Mais comment pourrions-nous inciter nos industriels à passer le cap du Made in France ? Compte tenu de la lourdeur et de la longueur des cycles d’investissements, les industriels ont besoin de stabilité de visibilité : d’une véritable politique industrielle – grande absente de nos débats depuis trop longtemps. Or, toute réindustrialisation nécessite en premier lieu une politique cohérente en matière énergétique. Et pour cela, le nucléaire, filière d’excellence française, reste à l’heure actuelle notre meilleure alliée. Energie pilotable, compétitive, elle est surtout bas carbone.

Dans une logique industrielle globale, un système basé sur les énergies renouvelables apparait aujourd’hui incohérent, d’abord du fait de leur caractère intermittent, c’est-à-dire de leur incapacité à assurer une production constante et stable en électricité. Devrions nous arrêter les usines en l’absence de vent ou de soleil ? Nos industriels ne sauraient accepter de tels risques dans leur chaine de production. D’un point de vue politique, devrions nous laisser au gaz russe le rôle de garant de la survie de nos industries ? D’un point de vue écologique, devrions-nous rouvrir nos vieilles centrales à charbon ? Et d’un point de vue économique, la flambée historique des prix du gaz ne devrait-elle pas nous interpeller ?

La question est finalement simple : nous, citoyens français, sommes-nous prêts à renoncer à notre indépendance énergétique pour accentuer notre dépendance vis-vis de la Russie, de l’Allemagne ou d’autres puissances étrangères ? Sommes-nous prêts à accepter des coupures de courant à répétition comme ce fut le cas au Texas, des millions de foyers privés d’électricité pendant plusieurs jours ? Sommes-nous prêts à renoncer à notre mode de vie d’une manière aussi radicale ? Enfin, sommes-nous prêts à relever le défi de la réindustrialisation ? Et celui d’une transition écologique rationnelle et pragmatique plutôt qu’une récession déguisée ?

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(*) Margot de Kerpoisson a piloté le rapport EGE « J’Attaque! Comment l’Allemagne tente d’affaiblir durablement la France sur la question de l’énergie »

L’Allemagne contre le nucléaire français

L’Allemagne contre le nucléaire français

Cinq pays dont surtout l’Allemagne ont décidé de ne pas reconnaître l’énergie nucléaire comme élément de lutte contre les dérives du climat.  ( Non reconnaissance dans la taxonomie). En apparence un enjeu écologique. Les quatre pays intéressés à savoir Autriche, Danemark, Luxembourg et Portugal ne dispose pas d’énergie nucléaire. L’Allemagne, elle, y a renoncé sous le poids des écologistes pour remplacer cette énergie nucléaire par du charbon et maintenant par le gaz de Russie. La vérité est essentiellement aussi économique à savoir que l’Allemagne ne veut surtout pas que la France devienne un des principales producteurs industriels des énergies nucléaires dans le monde. La bataille est avant tout économique avant d’être environnementale. Pour preuve le gaz n’est pas vraiment totalement une alternative non polluante au nucléaire. . La liste des énergies considérées comme vertueuses à la fois pour le climat et l’environnement  ((Taxonomie) ) doit être proposée d’ici la fin de l’année par la Commission européenne. Cette classification ouvrira l’accès à la finance verte, donnant un avantage compétitif crucial aux filières reconnues. Les pays européens se déchirent sur cette question. A Glasgow, lors de la COP26, les ministres de cinq pays de l’UE ont estimé jeudi que l’énergie nucléaire était « incompatible » avec les critères de la liste des investissements considérés comme « durables » actuellement élaborée par Bruxelles.Notons que c’est la même hypocrisie de l’Allemagne vis-à-vis de l’industrie des armes. L’Allemagne adopte une posture de neutralité dans la plupart des conflits mais entend bien développer une industrie dominatrice d’armement souvent contre l’influence de la France

Immigration : face au machiavélisme de la Biélorussie l’Allemagne demande des sanctions

Immigration : face au machiavélisme de la Biélorussie l’Allemagne demande des sanctions

De façon délibérée la Biélorussie a attiré des immigrés chez elle en leur promettant qu’il pourrait facilement atteindre l’union européenne et notamment l’Allemagne. En fait aujourd’hui des milliers d’immigrés se trouve coincé à la frontière biélorusse. Le piège tendu par la Biélorussie est diabolique. Il s’agit en fait de se servir des immigrés pour créer des tensions suite aux sanctions déjà prises à son encontre par l’Union européenne.

le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas, accuse le président Alexandre Loukachenko d’exploiter «sans scrupule» les migrants en les envoyant à la frontière avec la Pologne. «Nous sanctionnerons tous ceux qui participent au trafic ciblé de migrants», a déclaré Heiko Maas dans un communiqué, ajoutant que l’UE s’emploiera à «étendre et renforcer (…) les sanctions contre le régime de Loukachenko». «Loukachenko doit se rendre compte que ses calculs ne fonctionnent pas», a-t-il affirmé.

Il a également assuré que l’UE est préparée à agir contre d’autres pays et compagnies aériennes impliqués dans l’acheminement des migrants. «Personne ne devrait être autorisé à participer impunément aux activités inhumaines de Loukachenko», a-t-il déclaré, prévenant que «nous sommes préparés, en tant qu’UE, à en tirer également les conséquences». Depuis l’été dernier, la Lituanie, la Pologne et la Lettonie voient ainsi monter la pression. Les migrants seraient acheminés par avion jusqu’à Minsk depuis les pays d’origine puis escortés jusqu’aux portes de l’UE. Selon la Commission, près de 8000 personnes auraient d’ores et déjà franchi les frontières biélorusses pour rejoindre la Lituanie (4 200), la Pologne (3 300) et la Lettonie

Armement : les Intérêts divergents de la France et de l’Allemagne

Armement : les Intérêts divergents de la France et de l’Allemagne

En matière de politique étrangère et de défense, le destin de la France est fondamentalement différent de celui de l’Allemagne. Par Vauban qui regroupe une vingtaine de spécialistes des questions de défense.(la « Tribune »)

Vauban (*)

 

« Nul ne peut ignorer que Berlin a pour ambition de récupérer peu à peu les leviers d’un véritable pouvoir : la connaissance (par le spatial) et l’influence (par un siège au conseil de sécurité des Nations-Unies) ». (Vauban) (Crédits : Dassault Aviation / Eridia Studio / V. Almansa)

En avril 1933, quelques mois seulement après l’arrivée d’Hitler par les urnes au pouvoir, Jacques Bainville, le grand historien des relations franco-allemandes, écrivait que « l’histoire des deux peuples se poursuit. Elle offre, dans cette phase qui finit et dans celle qui commence, ce caractère redoutable que jamais les Français n’ont si peu compris les Allemands. Leurs raisonnements et leurs sentiments nous échappent« . Trente ans plus tard, la même incompréhension demeurait : le préambule interprétatif imposé par le Bundestag le 15 juin 1963 au Traité de l’Élysée, en rappelant les buts de la politique étrangère allemande – la défense commune dans le cadre de l’Alliance de l’Atlantique nord, l’intégration des forces armées des États membres du pacte et l’abaissement des frontières douanières entre la CEE et le monde anglo-saxon – défaisait l’esprit et la lettre même d’un Traité, centré sur l’autonomie d’une défense franco-allemande et le marché douanier

Cinquante-six ans plus tard, la même séquence se déroule : le Traité d’Aix la Chapelle du 22 janvier 2019, censé mettre sur les rails une coopération franco-allemande régénérée se heurtait de nouveau aux fondamentaux allemands : par trois déclarations successives, dont a du mal à croire qu’elles n’ont pas été visées auparavant par la Chancelière, la ministre de la Défense, Mme Annegret Kramp-Karrenbauer, mettait fin brutalement aux chimères de M. Macron sur l’autonomie européenne dans la défense, en rappelant que l’OTAN demeurait la pierre angulaire de la défense de l’Europe et que l’autonomie stratégique européenne était une illusion. Si le fond n’a pas surpris les observateurs, la forme des propos et leur ton ont étonné et démontré nettement l’agacement allemand face aux obstinations utopiques des dirigeants français.

France et Allemagne, deux destins très différents

L’ironie de l’Histoire des deux peuples, d’Adenauer continuée à Angela Merkel, est que précisément l’échec de la politique allemande d’Emmanuel Macron partage la même cause première que celle qui a fait échouer l’alliance franco-allemande voulue par De Gaulle : le destin fondamentalement différent de la France et de l’Allemagne.

1/ Paris, une vocation mondiale ; Berlin, une vocation continentale
Paris aurait dû d’abord comprendre que sa vocation est mondiale quand celle de l’Allemagne n’est que continentale. La grande erreur géopolitique des dirigeants français depuis la mort de Georges Pompidou aurait été de faire de l’Europe l’horizon indépassable de la France et de l’Allemagne, son allié exclusif. Or, nul n’est plus faux et contraire à la vocation de la France. Son Histoire comme sa géographie en ont fait une grande puissance mondiale dont les intérêts sont autant en Méditerranée que dans le nouvel axe indo-Pacifique, qui se construit.

En ce sens, Athènes, New-Dehli, Jakarta ou Canberra sont des alliés plus conformes à la vocation mondiale de Paris que Berlin, dont le rayonnement n’est ni politique, ni géographique, mais uniquement mercantile (avec la Chine, les Etats-Unis et la Russie). Cette erreur française de se focaliser uniquement sur l’Allemagne en Europe n’est pas commise par l’Allemagne qui n’envisage la France que comme un partenaire comme un autre, à côté des Pays-Bas, de la Norvège, de l’Espagne, etc…

2/ Allemagne : récupérer les leviers du pouvoir
Paris aurait dû comprendre après que la diplomatie n’est pas affaire d’altruisme mais exclusivement de réalisme. Si en France, on parle de « couple franco-allemand », de « moteur franco-allemand », de « solidarité franco-allemande », en Allemagne, on ne parle que le langage du réalisme mercantile. A la doctrine de Mme Goulard, fondée sur un altruisme français consenti au nom d’une Europe fédérale, Berlin oppose la Realpolitik la plus dure. La déclaration de Mme Merkel en clôture du conseil franco-allemand de défense du 5 février en a été l’illustration : le Mali a été évoqué comme le programme de modernisation du Tigre, mais l’essentiel des propos de la Chancelière visaient à imposer la renégociation des accords bilatéraux et notamment la parité que l’Allemagne exige pour elle sans la respecter pour les autres.

L’Allemagne, et c’est son bon droit, mène la politique de ses intérêts : si elle n’écoute pas encore ses modernes Haushofer [1] mais en prépare le terrain idéologiquement [2], nul ne peut ignorer que Berlin a pour ambition de récupérer peu à peu les leviers d’un véritable pouvoir : la connaissance (par le spatial) et l’influence (par un siège au conseil de sécurité des Nations-Unies).

3/ Des doctrines militaires radicalement différentes
Paris aurait dû comprendre ensuite que la doctrine militaire ne convergera jamais avec celle de Berlin. Armée expéditionnaire, la France mène une Blitzkrieg dynamique contre l’islamisme qui est la seule vraie menace de l’Europe ; armée parlementaire, la Bundeswehr reste l’arme au pied face à la Russie dans une Sitzkrieg dépassée. Armée autonome, l’armée française s’affranchit des pesanteurs d’une OTAN mort cliniquement ; armée intégrée à l’OTAN dès sa création en 1956, la Bundeswehr est une armée stationnaire aux concepts d’emploi dépassés, erronés et aux équipements obsolètes, impropres à faire la guerre d’aujourd’hui et de demain. Puissance complète, la France possède une force de frappe à la fois nucléaire et conventionnelle, là où l’Allemagne n’a de capacités qu’imposées par l’OTAN. En un mot comme en cent : la France fait la guerre, l’Allemagne est grabataire.

Alors que la France a besoin d’un char mobile, léger et polyvalent (combat urbain et combat blindé), l’Allemagne en demeure au concept du Leopard, une masse compacte face à l’Est dans l’optique d’une nouvelle bataille de Koursk. Alors que la France a besoin d’un avion capable de porter son missile nucléaire aéroportée, de disposer d’une capacité d’entrer en premier dans des théâtres d’opération de grande intensité et de mener sur des milliers de kilomètres opérations de projection (au Mali comme en Indo-pacifique), l’Allemagne en reste à la coopération statique au sein d’une OTAN sclérosée : cela s’appelle le Framework Nations Concept et ne sert à rien face à l’islamisme ou aux menées du Grand Turc ou de la Chine le long des routes de la soie.

4/ Ce qui est allemand, n’est pas négociable
Paris aurait dû comprendre enfin que l’industrie de défense n’est pas considérée de la même manière en Allemagne. Même si elle n’a pas le caractère stratégique qu’on lui accorde à Paris, Berlin sait parfaitement bien la défendre. Dans le domaine de la politique industrielle, là où Paris multiplie les fonds, aussi ridiculement dotés qu’inutiles à sauver les fleurons des PME et PMI françaises, Berlin n’hésite pas à investir rapidement 464 millions d’euros dans Hensoldt, à soutenir OHB en dépit de ses déficiences techniques, à défendre Rheinmetall, jugé comme le pivot des consolidations allemandes, et garnir le carnet de commandes de TKMS par des opérations à la moralité douteuse (sous-marins et corvettes avec Israël) ou avec des pays qu’elle juge pourtant autoritaire (Égypte et Algérie).

Même si à Paris, on est bien conscient de la supériorité (réelle) des systémiers français face à leurs homologues allemands, Berlin sait mieux négocier que Paris. Manœuvrant silencieusement au milieu des braillements français, lisant tout en France avec d’autant plus de facilité que, si l’Allemand n’est plus enseigné en France, le français est une langue encore parlée en Allemagne, Berlin pousse ses pions. Avec un principe, affirmé avec force par Mme Merkel le 5 février dernier dans son allocution : ce qui est allemand, n’est pas négociable (domaine terrestre) ; ce qui est français (domaine aéronautique) doit être renégocié dans le sens des intérêts allemands.

Avec une méthode : l’irruption de tiers qui déstabilise l’adversaire et le renforce. L’irruption (injustifiée) de Rheinmetall dans le programme MGCS a diminué les parts françaises et renforcé celle de l’Allemagne ; l’intégration (incompréhensible) de l’Espagne dans le programme SCAF a diminué les parts françaises dans les lead-shares et work-shares, tout en renforçant ses positions ; l’intervention régulière des syndicats (IG Metall), des comités d’entreprise d’Airbus D&S et du Bundestag, donne un moyen de négociation considérable au gouvernement allemand sur la partie française et une constante épée de Damoclès sur Paris.

Avec un objectif : si la négociation n’aboutit pas ou si l’intérêt pour la coopération a changé au profit d’autres considérations, le plan B est actionné. On l’a vu dans le domaine des missiles dans le passé ; on pourrait le voir demain avec le MGCS (via l’alliance Rheinmetall-BAe Systems), le SCAF (reconstitution de l’axe Eurofighter) ou le MAWS (avec le P-8 américain), si les négociations n’avancent comme l’Allemagne l’exige.

Même si Paris a imposé à Berlin des accords de minimis sur l’exportation d’armements, Paris s’illusionne sur le caractère ferme de cet engagement dans la future coalition allemande et ne devrait pas ignorer qu’après tout, les ventes d’armes ne pèsent que 0,06% des exportations globales du Standort Deutschland.

Allemagne, une attitude qui n’est pas choquante

Disons-le tout net : cette attitude globale de l’Allemagne n’est pas choquante. Ce qui est choquant, scandaleux et irresponsable, est la légèreté française à s’être engagée dans ces coopérations avec un partenaire qui n’a rien en commun avec la France, dont on ne connaît rien (ni langue ni culture ; ni mentalités ni constitution) parce qu’on s’est interdit même de se renseigner sur lui, d’avoir accepté la parité quand elle n’avait aucune raison d’être concédée, et d’avoir tout misé sur une stratégie sans plan de sortie. Bref, de n’avoir rien appris ni compris de l’Allemagne.

Dès 1920, pourtant, la France était avertie par le même historien : « la politique, les mœurs, la philosophie et la littérature des Allemands, voilà ce qui ne doit pas être perdu de vue, ce qui demande à être analysé avec suite et pénétration si nous ne voulons pas être encore surpris, si nous voulons profiter des chances que la situation nous apporte » [3]. Au gouvernement français de retenir cette leçon avant de s’avancer en pays inconnu et de risquer ainsi les futures capacités majeures de nos armées dans une aventure plus sentimentale que rationnelle.

[1] Père de la géopolitique allemande, 1869-1946.

[2] Voir notamment le rapport de la SWP d’août 2017 intitulé : « Ambitionierte Rahmennation : Deutschland in der Nato Die Fähigkeitsplanung der Bundeswehr und das « Framework Nations Concept », Rainer L. Glatz / Martin Zapfe, August 2017. https://www.swpberlin.org/fileadmin/contents/products/aktuell/2017A62_glt_Zapfe.pdf.

[3] Préface de l’Allemagne réaliste et romantique, éditions Fayard, page 11, mai 1920.

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[*] Vauban regroupe une vingtaine de spécialistes des questions de défense.

Le PIB de la France s’ est-il écroulé par rapport à l’Allemagne ?

Le PIB  de la France s’ est-il écroulé par rapport à l’Allemagne ?

 

Lors du débat avec Jean-Luc Mélenchon, Éric Zemmour a affirmé que la richesse de la France ( le PIB) s’était écroulé par rapport notamment à l’Allemagne : « En 1980, nous avions un PIB par habitant qui était supérieur à celui des Allemands. Aujourd’hui, 40 ans plus tard, nous avons un PIB par habitant inférieur de 15% de celui des Allemands et de 40% de celui des Américains. Donc il y a un appauvrissement relatif. À l’époque en 1980, nous étions en termes de pouvoir d’achat le 4ème ou le 5ème pays au monde. Aujourd’hui nous sommes les 26ème ou le 27ème».

 

D’après les chiffres officiels, en 2019, Français étaient ainsi près de 15 % moins riches que les Allemands, contre 5 % seulement en 2005. La crise pourrait aggraver cette tendance, puisque la chute du PIB en 2020 a été bien plus forte en France (- 8,2 %) qu’aux États-Unis (- 3,5 %) et en Allemagne (- 4,9 %).

 

Effectivement donc la richesse de la France s’est notoirement affaiblie par rapport à l’Allemagne. En cause sans doute un appareil industriel beaucoup plus solide en Allemagne, une plus grande compétitivité et surtout des exportations particulièrement performantes.

Des trains français à hydrogène…….. pour l’Allemagne

Des trains français à hydrogène…….. pour l’Allemagne

 

Des trains légers à hydrogène destiné à l’Allemagne et à l’Italie être fourni par Alstom. Un succès évidemment de la technologie française. Pour la France, ce pendant les mises en service ne seront pas effectuées avant quatre ans. En France sont en effet les régions qui commandent le matériel des dessertes locales.

Après l’Allemagne, la Suède, l’Autriche, les Pays-Bas et juste avant la Pologne, le iLint d’Alstom a effectué ce lundi quelques tours de roues en présence du ministre des transports, Jean-Baptiste Djebbari, sur le site d’essais ferroviaires du constructeur, près de Valenciennes. L’occasion de montrer les vertus du train à hydrogène aux représentants des régions qui n’ont pas encore passé commande.

Le système de formation en France trop faible par rapport à l’Allemagne

 

Un papier du Monde souligne la faiblesse de la formation en France qui pèse sur les performances de l’économie

(extrait)

 

C’est une obsession française, frisant parfois l’absurde. C’est plus fort que nous : chaque fois qu’un nouvel indicateur économique est publié, nous comparons presque systématiquement nos performances à celles de nos voisins allemands. Au premier trimestre, le produit intérieur brut (PIB) outre-Rhin a reculé de 1,8 % en raison des restrictions sanitaires prolongées, soit plus que le nôtre (– 0,1 %). En 2021, il devrait enregistrer une croissance plus faible, de 3,3 % contre 5,8 % chez nous, selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

A la lecture de ces chiffres, quelques Français peinent à réprouver une once de Schadenfreude, ce mot allemand désignant la joie coupable ressentie devant la mauvaise fortune d’autrui. Paris rebondira plus fort que Berlin ! Ce serait oublier qu’en 2020, la récession a été bien plus violente en France (– 8,2 %, contre – 5,3 % outre-Rhin). Et que nous faisons beaucoup moins bien que l’Allemagne en matière de chômage (7,3 % contre 4,4 % en avril), de déficit (9,2 % du PIB contre 4,2 %), de dette publique (115,7 % contre 69,8 %).

Le modèle allemand n’est peut-être pas parfait, il fabrique aussi de la précarité et des travailleurs pauvres, mais il a généré plus de revenus par tête

Surtout, l’économie allemande affiche de bien meilleures performances depuis vingt ans. Un chiffre le résume : en 2000, le PIB par habitant était similaire dans nos deux pays, autour de 28 900 euros. Mais en 2020, il était de 34 110 euros en Allemagne contre 30 690 euros chez nous. Le modèle allemand n’est peut-être pas parfait, il fabrique aussi de la précarité et des travailleurs pauvres, mais il a généré plus de revenus par tête.

Cela signifie-t-il que la divergence entre les deux rives du Rhin continuera de se creuser après la crise du Covid-19 ? Rien n’est moins sûr. D’une certaine façon, la pandémie a rebattu les cartes en accélérant les transitions écologique et numérique, tout comme les velléités de relocalisation des usines. Nos deux pays devront fournir un effort d’investissement considérable pour convertir leur appareil de production aux enjeux de demain. Les incertitudes sont nombreuses, et le chemin économique que suivra l’Allemagne pour y parvenir dépendra en partie du résultat des élections fédérales de septembre.

Armement : l’Allemagne trahit encore l’Europe

Armement : l’Allemagne trahit encore l’Europe

 

L’encre de l’accord pour l’avion de chasse commun était à peine sèche que l’Allemagne fait à nouveau valoir son point de vue nationaliste en matière d’armement. L’accord pour la grande chasse a été arraché après d’éprouvantes négociations qui ont démontré que l’Allemagne était surtout intéressée par la maîtrise de la technologie française. Pour les autres équipements militaires, l’Allemagne retourne ainsi que démon : européenne quand ça arrange , atlantiste pour ne pas gêner les États-Unis. La décision de l’Allemagne d’acheter aux Etats-Unis cinq avions P-8A Poseidon (Boeing) pour 1,43 milliard d’euros, a très fortement agacé en France, jusqu’à l’Élysée, pourtant jusqu’ici très germanophile. Mais là, trop c’est trop. La décision ne passe pas vraiment comme d’ailleurs les incertitudes sur d’autres programmes en coopération avec l’Allemagne, notamment le Tigre Mark 3, qui est une priorité de l’armée de terre. D’autant qu’en France, personne ne croit vraiment à l’achat de cinq avions P-8A Poseidon en tant que « solution provisoire » en remplacement des vieux P-3C Orion de l’armée de l’air allemande. Clairement, Paris estime s’être fait roulé par Berlin.

L’Allemagne veut démolir la filière nucléaire française

L’Allemagne veut démolir la filière nucléaire française

Il y a deux raisons aux faites que l’Allemagne depuis longtemps s’oppose à la filière nucléaire française. D’abord il s’agit de faire plaisir aux écolos allemands qui comptent de plus en plus dans le paysage politique. Ensuite il faut enlever à la France l’un de ses atouts les plus performants sur le plan énergétique.

Notons au passage que l’Allemagne compte surtout sur le pétrole russe qui n’est pas particulièrement écologique !L’Allemagne et quatre autres pays de l’Union européenne s’opposent au classement de l’énergie nucléaire comme investissement écologique et durable, comme le montre une lettre adressée à la Commission européenne que Reuters a pu consulter vendredi 2 juillet.

Avec la « taxonomie de la finance durable », Bruxelles veut rendre les investissements dits « verts » plus visibles pour les investisseurs et espère ainsi contribuer à orienter les capitaux privés vers des activités qui soutiennent les objectifs climatiques de l’UE.

L’Espagne, l’Autriche, le Danemark et le Luxembourg ont rejoint le camp de l’Allemagne pour affirmer que les investisseurs préoccupés par le stockage des déchets radioactifs pourraient perdre confiance dans la classification européenne sur les produits financiers dits « verts » s’ils incluaient l’énergie nucléaire à leur insu.

« Nous craignons qu’inclure l’énergie nucléaire dans la taxonomie ne porte atteinte à son intégrité et à sa crédibilité, et donc à son utilité », écrivent  d e manière très hypocrite les ministres de ces pays, ajoutant que chaque membre de l’UE a le droit de choisir sa propre forme d’énergie.

La France, où le nucléaire est la principale source de production d’électricité, et certains pays d’Europe de l’Est défendent cette source d’énergie au motif qu’elle n’émet pas de gaz à effet de serre, jugés responsables du changement climatique.

La Commission a publié des critères liés au climat pour des investissements verts, allant de la rénovation de bâtiments à la fabrication de ciment, d’acier et de batteries. La classification du nucléaire est une source de désaccords, y compris au sein de la Commission européenne.

La question est avant tout politique pour l’Allemagne, où les écologistes sont influents. Berlin a notamment accéléré son calendrier de sortie de l’énergie nucléaire à la suite de la catastrophe de Fukushima en mars 2011 au Japon. Elle devrait fermer ses derniers réacteurs en activité l’an prochain.

 

RSE: des différences d’approche entre la France et l’Allemagne

RSE: des différences d’approche entre la France et l’Allemagne

 

« Le législateur allemand fixe des limites à la responsabilité sociale d’une entreprise vis-à-vis d’entités juridiques dont elle n’a pas le contrôle »(Tribune dans l’Opinion)

 

Noëlle Lenoir, est avocate, ancienne membre du Conseil constitutionnel.

 

 

Quatre ans après la loi française de 2017, voilà que l’Allemagne adopte à son tour une loi sur le devoir de vigilance des sociétés mères et donneuses d’ordre. Le but est d’obliger les entreprises à veiller, partout où elles opèrent, à ce que leurs filiales et leur chaîne de sous-traitance respectent les droits de l’homme et la protection de l’environnement. Cette législation est bienvenue. On ne peut admettre que des sociétés profitent des défaillances de certains pays pour fermer les yeux sur des pratiques gravement contraires à nos valeurs. Toutefois, à l’impossible nul n’est tenu, notamment lorsqu’il s’agit de surveiller des dizaines de milliers de fournisseurs éparpillés aux quatre coins de la planète. Le législateur allemand l’a compris en fixant des limites à la responsabilité sociale d’une entreprise vis-à-vis d’entités juridiques dont elle n’a pas le contrôle. Il en résulte un fort contraste dans la conception du devoir de vigilance de part et d’autre du Rhin.

Diligence raisonnable. Certes, comme la loi française, la loi allemande impose aux entreprises de publier un rapport annuel de « diligence raisonnable » (« plan de vigilance » dans la loi française) comportant l’identification des risques d’atteinte aux droits de l’homme et à l’environnement, les mesures devant les prévenir ainsi que la façon dont l’entreprise traitera les signalements en cas d’alerte professionnelle. Le rapport contiendra aussi l’évaluation de l’efficacité des mesures de vigilance et précisera s’il y a de nouvelles mesures à mettre en place. La publication de ce rapport n’obligera pas à révéler des secrets d’affaires, ce que le Conseil constitutionnel avait relevé en jugeant que la publication du plan de vigilance « n’impose pas aux sociétés… de rendre publiques des informations relatives à leur stratégie industrielle ou commerciale ».

« La loi française, elle, permet à toute ONG, sans condition d’antériorité, d’ester en justice pour compte propre pour défendre ses intérêts sociaux »

Pour le reste, les choix du législateur allemand diffèrent sensiblement de ceux de la France. D’abord pas question en Allemagne de s’en remettre à la soft law. La loi énumère strictement les règles nationales et internationales dont la violation est sanctionnée au titre du devoir de vigilance, dont en particulier l’interdiction du travail des enfants et de toute forme d’esclavage. En matière d’environnement, la loi renvoie aux obligations découlant de trois conventions internationales sur les polluants de longue durée, les émissions de mercure et le transport de déchets dangereux. Elle vise la violation des lois sur la préservation des sols, des forêts et de l’eau, mais uniquement en lien avec la protection de la santé humaine.

Deuxième différence : le devoir de vigilance ne portera en principe que sur les fournisseurs de premier rang, alors que les contours du périmètre de vigilance sont beaucoup plus vagues dans la loi française.

Activisme judiciaire. En outre, syndicats et ONG ne pourront agir en justice qu’au nom et sur mandat d’une victime dont les droits protégés par la loi auraient été violés, sous réserve qu’ils ne soient pas créés pour la circonstance et n’aient pas d’activité commerciale ; alors que loi française, elle, permet à toute ONG, sans condition d’antériorité, d’ester en justice pour compte propre pour défendre ses intérêts sociaux.

Enfin et surtout, la loi allemande exclut toute mise en jeu de la responsabilité civile de la société sur son fondement. Les manquements à la vigilance seront punis par une autorité administrative — le Bureau Fédéral de l’Economie et du Contrôle des Exportations (Bafa) — d’une amende qui, si elle est validée par un juge, pourra être assortie de l’exclusion des marchés publics. Si les sociétés françaises peuvent être attraites devant un juge pour se voir enjoindre de réviser leur stratégie de vigilance, ce pouvoir d’injonction en Allemagne sera réservé au Bafa.

L’adoption prévue pour 2022 d’une directive européenne sur le devoir de vigilance n’évitera pas la différence de traitement entre entreprises françaises et allemandes. En effet, la directive en préparation laisserait aux Etats membres le soin de décider du régime de responsabilité civile applicable ou non pour manquement à la vigilance, les entreprises françaises restant ainsi soumises à un activisme judiciaire que la loi allemande devrait épargner aux secondes.

Noëlle Lenoir est avocate, ancienne membre du Conseil constitutionnel.

Levée des brevets Covid : l’Allemagne dit non !

Levée des brevets Covid : l’Allemagne dit non !

l’Allemagne a nettement rejeté la proposition de Biden de levée sur les brevets des vaccins Covid. L’Allemagne est en effet protéger son industrie pharmaceutique L’Allemagne y voit surtout une menace industrielle pour ses deux producteurs de vaccins : BioNtech et Curevac.  « La protection de la propriété intellectuelle est une source d’innovation et doit le rester à l’avenir », a commenté une porte-parole du gouvernement jeudi.

Associé à Pfizer pour la production de l’un des premiers vaccins ARNm, le patron de BioNTech, Ugur Sahin, a déjà indiqué qu’il n’excluait pas d’accorder des licences à des producteurs, s’il avait la certitude que le médicament serait produit avec la qualité requise. Les brevets ne sont toutefois pas le facteur le plus déterminant dans les pénuries, a fait valoir BioNTech dans une déclaration jeudi.

SCAF: un combat économique et politique entre la France et l’Allemagne

SCAF: un combat économique et politique entre la France et l’Allemagne

 

 

 

 

Le combat entre la France Allemagne et l’Espagne très dure pour mettre au point l’avion commun. Les difficultés n’étaient pas techniques même si l’opération est complexe. En effet la France aurait été parfaitement capable de construire seul cet appareil. Macon a voulu y faire participer l’Allemagne et l’Espagne pour servir la coopération européenne. De son côté l’Allemagne a mené bataille pour tenter de s’approprier surtout la technologie française. Et c’est en cela que le SCAF s’inscrit dans un contexte de bataille économique et politique.

Les trois pays tentent surtout de résoudre les différends concernant l’accès au savoir-faire, ou les droits de propriété intellectuelle (DPI), après que les entreprises d’armement ont conclu un accord sur le partage du travail industriel. . Le  coût total est estimé à 100 milliards d’euros (120 milliards de dollars). Mais il reste encore de nombreux points à résoudre concernant les droits de propriété intellectuelle.

.Les Français Dassault Aviation (AVMD.PA) , Airbus (AVMD.PA) et Indra (IDR.MC) - ces deux derniers représentant respectivement l’Allemagne et l’Espagne – sont impliqués dans le projet de commencer à remplacer les Rafale français et les Eurofighters allemands et espagnols à partir de 2040.

La prochaine étape de développement devrait coûter 2,5 milliards d’euros (3,00 milliards de dollars) au total.

Climat : l’Allemagne revoit ses ambitions à la hausse

Climat : l’Allemagne revoit ses ambitions à la hausse

Sur fond d’élections en septembre et sous la pression des écologistes mais aussi de la Cour constitutionnelle au nom des « générations futures , l’Allemagne revoit  la hausse ses objectifs environnementaux. ».

 

L’Allemagne prévoit de réduire de 65 % au lieu de 55 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030 par rapport à 1990, selon un accord conclu mercredi par les partis de la coalition gouvernementale menée par Angela Merkel.

«Les jeunes nous ont rappelé que nous allons trop lentement plutôt que trop vite», a commenté la Chancelière mercredi, la Cour «nous a dit de penser non seulement aux générations présentes mais aussi aux libertés des générations futures»

Le projet de loi qualifié « d’ambitieux » par le ministre des Finances, Olaf Scholz, sera présenté la semaine prochaine par le gouvernement. « Chaque génération prend maintenant ses responsabilités », a assuré le ministre, qui est également tête de liste SPD pour les élections de septembre prochain.

L’accord avance de cinq ans les échéances. Il prévoit une réduction de 88 % des gaz à effet de serre en 2040 et la « neutralité » climatique en 2045.

Alors que l’implantation des éoliennes fait toujours débat outre-Rhin, le nouveau plan doit notamment accélérer le développement des énergies renouvelables. Un autre point reste litigieux dans un pays où l’énergie est chère : l’évolution du prix du C02 sur l’essence et le fioul domestique.

Politique étrangère : l’ambiguïté permanente de l’Allemagne

Politique étrangère : l’ambiguïté permanente de l’Allemagne 

 Jean-Sylvestre Mongrenier (Institut Thomas-More)  pose la question de l’ambiguïté permanente de l’Allemagne en matière de politique étrangère (l’Opinion)

 

 

Au seuil de l’année nouvelle, la présidence allemande de l’Union européenne (juillet-décembre 2020) s’était achevée, disait-on, sur un succès d’ensemble. A son actif, un accord de libre-échange entre Bruxelles et Londres ainsi qu’un « accord global » avec Pékin sur les investissements. Ce « grand chelem » était présenté comme celui de l’Union européenne et de ses Etats membres.

L’actualité la plus récente des relations euro-chinoises, alors que les équilibres de richesse et de puissance se déplacent vers l’Asie, invite pourtant à revenir sur une politique allemande qui pose question. S’agit-il pour Berlin d’œuvrer à l’édification d’une « Europe géopolitique », selon le vœu de la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, ou de privilégier la défense de ses intérêts économiques et commerciaux ?

Laissons de côté les développements guère heureux des rapports entre Bruxelles et Londres. Il fallait redouter que cet accord de libre-échange, certes souhaitable, ne débouche sur des querelles d’interprétation doublées d’une guérilla quant aux normes qui régissent le commerce, et ce au péril de la stabilité et de la paix civile en Irlande. Comme Michel Barnier (« M. Brexit »), la présidence allemande ne visait qu’à éviter le pire et préserver l’avenir.

« Ventre mou ». Le forcing d’Angela Merkel, afin que l’Union européenne et la Chine populaire concluent un « accord global », suscite en revanche bien des doutes sur le fond. Rappelons que ces négociations furent ouvertes voici plusieurs années, bien avant que la Commission européenne n’en arrive à la conclusion que la Chine populaire constituait un « rival systémique ». Alors qu’il fut précédemment reproché à Donald Trump d’écarter toute coordination euro-atlantique afin de contrebalancer les ambitions de Pékin, l’Allemagne ne daigna pas explorer la voie d’une concertation avec Joe Biden.

Au terme de cette négociation, le parti-Etat chinois ne s’est pas même engagé à respecter les normes de l’Organisation internationale du travail et, par voie de conséquence, à bannir le travail forcé. La question des Ouïghours, celle des Tibétains et des Mongols, le principe de la liberté religieuse aussi ont été balayés de l’esprit. Dans cette affaire, il est regrettable que la France ait plié, quand il eût fallu faire plier Pékin. Assurément, cela aura renforcé la perception chinoise de l’Europe comme « ventre mou » de l’Occident : l’insolente diplomatie des « loups combattants» en témoigne. Il reviendra aux députés européens ainsi qu’aux parlements nationaux de réparer la faute en refusant de ratifier un accord scélérat.

Au vrai, l’importance que Berlin confère à l’achèvement du gazoduc Nord Stream 2, préjudiciable à l’autonomie énergétique de l’Europe ainsi qu’à la sécurité nationale de l’Ukraine et des pays de la région, n’est pas plus rassurante. Soucieuse de compenser l’erreur d’une fermeture précipitée des centrales nucléaires allemandes après l’accident de Fukushima, Berlin renforce sa dépendance au gaz russe, et ce en contradiction avec la politique de fermeté sur laquelle les Alliés se sont entendus après l’agression de l’Ukraine.

Révisionnisme géopolitique. Depuis, le retour de Moscou dans l’Eurasie post-soviétique, de la Biélorussie au Caucase du Sud, la projection de sa puissance en Méditerranée ainsi qu’en Afrique, ont confirmé le diagnostic : l’Occident doit faire face au révisionnisme géopolitique de la Russie, alliée à la Chine populaire, un front capable de rompre les équilibres. La Turquie pourrait basculer.

Aussi la primauté accordée par Berlin à des intérêts énergétiques de court terme pourrait-elle laisser croire que l’Allemagne renoue avec les délices et poisons d’une malhabile politique de balancier entre Est et Ouest. Au risque d’activer à nouveau, du côté français, le « complexe de Rapallo », par référence à l’accord germano-soviétique de 1922.

De telles ambiguïtés obèrent la prétention de Paris à édifier une Europe plus intégrée – sur les plans politique, diplomatique et militaire –, avec pour socle un improbable « couple franco-allemand », expression plus française qu’allemande. Les dirigeants allemands s’avèrent en quelque sorte plus lucides que leurs homologues français sur la possibilité d’un tel projet et, en contrepartie, sur l’importance de l’Otan dans la vitalité d’une Europe une et libre.

De fait, le projet de défense européenne porté par Emmanuel Macron constitue pour l’essentiel une « Europe des capacités » centrée sur la coopération militaro-industrielle. Encore importe-t-il d’être conscient des obstacles auxquels se heurtent les deux grands programmes franco-allemands, le système de combat aérien du futur et le main ground combat system (le « char du futur »). La volonté de l’Allemagne de se poser en leader dans l’industrie européenne d’armement terrestre, au détriment de Nexter, et de combler son retard en matière d’aéronautique militaire, menace les savants équilibres censés régir les rapports entre Paris et Berlin.

Contrées réfractaires. Les enjeux vont au-delà des rivalités technico-industrielles. En termes de capacités militaires et de spécificités techniques des armements, le calcul allemand est d’abord continental et marchand : la seule défense de l’Europe (nécessaire) et la conquête des marchés au sein de l’Otan. Pour sa part, la France, engagée dans la « plus grande Méditerranée », en Afrique et jusque dans la zone Indo-Pacifique, maintient un effort global. Il lui faut projeter au loin ses forces et affirmer sa présence sur des marchés extérieurs, dans des contrées réfractaires aux critères de la démocratie libérale. Les ordres de grandeur, les impératifs diplomatiques et les besoins des armées ne sont pas les mêmes.

In fine, là réside l’essentiel. D’étroits rapports franco-allemands sont certes essentiels à la stabilité du continent. Mais, face aux défis d’envergure mondiale d’une grande Eurasie sino-russe et de nouvelles routes de la soie centrées sur Pékin, l’Europe ne suffira pas. On imagine difficilement la marine allemande venir porter secours aux territoires français de la zone Indo-Pacifique…

Dans ce vaste ensemble spatial, nouveau barycentre de la politique mondiale, la politique étrangère française reposera sur l’alliance américaine, des convergences régionales avec la « Global Britain », voire sur le ralliement au Quad indopacifique, aux côtés de l’Inde, de l’Australie et du Japon. Les solidarités géopolitiques qu’il importe d’amplifier et d’élargir sont pan-occidentales, de l’Atlantique à l’Indo-Pacifique, très au-delà donc du tandem Paris-Berlin.

Jean-Sylvestre Mongrenier, chercheur à l’Institut Thomas More, vient de publier une note intitulée « Les ambiguïtés de la politique étrangère allemande et les angles morts du tandem Paris-Berlin ». Il est également l’auteur de Géopolitique de l’Europe (PUF, Que-sais-je ?, 2020).

Pandémie : la France classée rouge par l’Allemagne

Pandémie : la France classée rouge par l’Allemagne

 

 

La France va être cassée rouge par l’Allemagne en raison de la pandémie. De fait,  l’Allemagne en dépit des difficultés a réussi à mieux contrôler la situation puisque le taux d’incidence et légèrement supérieur à 100 quand il est en moyenne près de 250 en France et qu’il atteint même 700 dans les zones les plus touchées. L’Allemagne va donc renforcer ses contrôles à la frontière française en imposant la présentation d’un test Covid négatif. Mais ces dispositions doivent notamment composer avec les travailleurs frontaliers et pourraient faire l’objet d’une relative souplesse.

 

 

Cela implique le renforcement des tests et des contrôles à la frontière. Ainsi, les voyageurs en provenance de France devront impérativement présenter un test négatif de moins de 48 heures et pourront être soumis à une quarantaine de dix jours. Les autorités allemandes renforceront également les contrôles aléatoires. Ces mesures entreront en vigueur à partir de dimanche minuit.

 

Dans ce contexte, le pays cherche à renforcer le contrôle de ses frontières. Les mesures auxquelles va être soumise la France sont déjà appliquées pour les voyageurs en provenance de Pologne, de République Tchèque et de la région du Tyrol en Autriche et ce de manière très stricte. Pour preuve, les frontaliers doivent se faire test

Industrie de défense française : mise en danger par l’Allemagne

Industrie de défense française : mise en danger par l’Allemagne

 

 

 

Spécialiste de géopolitique, auteur de nombreux ouvrages, Aymeric Chauprade a été député européen FN avant de s’en éloigner

Le programme franco-allemand SCAF (Système de combat aérien du futur) résume à lui seul l’histoire étrange d’une grande nation scientifique et industrielle, la France, qui, sous la double emprise de son obsession idéologique et de son complexe d’infériorité, s’apprête à détruire l’un de ses derniers atouts : son industrie de défense.

Entre 2012 et 2017, deux vieilles nations de poids géopolitique comparable, la France et le Royaume-Uni, deux ex-puissances coloniales, lassées de leurs guerres séculaires depuis le Moyen-Âge, alliées des deux grandes guerres du XXe siècle, discutent pour imaginer ensemble l’avion de combat du futur. Paris et Londres ont signé les accords de Lancaster House en 2010, et ont tout intérêt à unir leurs forces. Des démonstrateurs voient le jour, le Dassault Neuron en 2012, le BAE Systems Taranis en 2013. Au sommet franco-britannique d’Amiens, en 2016, les deux pays s’accordent pour réaliser ensemble un démonstrateur. Puis tout s’arrête.

Que s’est-il passé ? Un nouveau président est élu en France, qui, comme ses prédécesseurs, pense que l’habit présidentiel est indissociable du « pas de deux » avec la chancelière allemande, laquelle est trop maligne pour ne pas comprendre que le moment est venu de briser dans son élan la coopération franco-britannique.

Tellement bon. Le 13 juillet 2017, Angela Merkel et Emmanuel Macron annoncent leur intention de développer conjointement plusieurs systèmes d’armes. Les Allemands et les Français feraient ensemble l’avion de combat du futur (un système de combat aérien constitué d’un futur avion habité de nouvelle génération, entouré d’un essaim de drones), le char lourd de combat du futur, le drone européen du futur, le drone maritime du futur…

Même si les Espagnols et les Italiens ne sont pas oubliés, les Français et les Allemands se répartissent les leaderships sur les différents programmes. C’est tellement bon pour un Français de se sentir l’égal d’un Allemand et au-dessus d’un Italien ou d’un Espagnol, et de tous les autres…

Les Français, qui ne croient plus guère aux chars lourds depuis la fin de la Guerre froide, donnent aux Allemands le leadership du MGCS (Main Ground Combat System), mais ils gardent naturellement la main sur le SCAF (Système de combat aérien du futur) pour une raison évidente : dans cet aréopage industriel, Dassault Aviation est le seul industriel à savoir fabriquer un avion de combat.

Dès 2017, les industriels français ne sont pas dupes, mais ils obéissent le petit doigt sur la couture du pantalon à la volonté (idéologique) du Politique, lequel tient entre ses mains les deniers nécessaires pour lancer les études, les démonstrateurs… A Paris, et quels que soient les états-majors politiques, du PS aux LR en passant par LREM, l’idéologie franco-allemande est puissante ; on a le droit de la maudire en privé, mais jamais de la critiquer en public. Tant pis si pour la réalité, « l’avenir est européen donc franco-allemand ». Le Brexit vient d’ailleurs donner encore plus d’eau au moulin des thuriféraires du « moteur franco-allemand ».

Supériorité. 5 février 2021, Sommet franco-allemand, crise majeure sur les programmes communs de défense… Arrive donc ce qui devait arriver : les Allemands reprochent aux Français de ne pas avancer sur le char, tandis que les Français reprochent aux Allemands de ne pas avancer sur l’avion. Les Allemands veulent tout rediscuter : ils exigent davantage sur la propriété intellectuelle ; ce qu’ils veulent en réalité, c’est que les Français transfèrent la technologie qu’ils n’ont pas dans le domaine de l’aviation de combat.

Certains à Paris découvrent « l’eau chaude » : l’Allemagne est en train de se servir de ses alliances pour combler son retard en matière d’industrie de défense. Plus faible économiquement que l’Allemagne, la France est en train d’offrir aux Allemands, sur un plateau, le seul avantage comparatif qu’elle conservait : sa supériorité dans le domaine de la défense !

Une alliance industrielle de défense entre la France et l’Allemagne n’a aucun sens : la première a tout à perdre, la seconde tout à gagner.

La crise révèle pourtant bien plus qu’une simple friction d’ego sur un partage de compétences. En vérité, l’Allemagne et la France n’ont pas les mêmes objectifs géopolitiques et leurs besoins militaires sont, fort logiquement, très différents. On peut se rassurer en répétant que bâtir des systèmes d’armes ensemble ne va pas de soi et exige des sacrifices de part et d’autre ; ce serait vrai si le problème n’était pas bien plus profond que cela ! La vérité est qu’une alliance industrielle de défense entre la France et l’Allemagne n’a aucun sens : la première a tout à perdre, la seconde tout à gagner en utilisant l’alliance comme un sas de transfert de technologies.

Certes l’Allemagne dispose aussi de technologies de qualité, sauf que nous n’en avons pas besoin ! Nous savons tout faire seuls, avec nos propres industries : un avion de combat, un moteur ultra-performant, un cloud, des drones, un système de systèmes…

Puissance continentale, l’Allemagne reste profondément attachée à l’OTAN. Son armée est une composante du bloc transatlantique dirigé par Washington, prête à participer à une guerre de haute intensité contre la Russie. Face à la Russie, les Etats-Unis ont besoin de chars lourds prépositionnés en Allemagne, donc de chars allemands. Certes la France a encore des chars lourds (l’excellent char Leclerc) mais elle a abandonné depuis longtemps le modèle de la Guerre froide et n’a projeté ses chars ni en Afghanistan ni en Afrique. L’armée de terre française mise maintenant sur la mobilité des blindés à roue du programme SCORPION (le Griffon et le Jaguar), elle préfère les missiles aux canons des chars lourds.

De temps en temps, pour que l’on ne doute pas trop de notre volonté otanienne, nous mettons à disposition quelques Leclerc pour des manœuvres anti-russes dans les pays Baltes, mais tout cela n’est pas sérieux. Ce qui est sérieux, c’est le Mali (là où meurent nos soldats, ne l’oublions pas), ce sont nos frappes contre l’Etat islamique, c’est la nécessité de devoir naviguer dans toutes les mers et les océans là où le drapeau français flotte, des Caraïbes jusqu’au Pacifique Sud en passant par l’océan Indien.

Besoins opérationnels. L’Allemagne, elle, n’est ni membre du Conseil de sécurité de l’ONU, ni une puissance nucléaire ; elle ne se projette pas en Afrique et n’a pas à protéger un espace maritime comme celui de la France (le deuxième derrière les Etats-Unis). L’Allemagne n’a pas besoin que son chasseur de combat du futur soit capable de se poser sur un porte-avions pour être projeté au Moyen-Orient ou en Afrique, ou qu’il soit prêt à emporter des missiles à tête nucléaire.

Nos besoins opérationnels sont encore ceux d’un pays qui agit de manière souveraine sur des théâtres où il entend garder une influence. Nous voulons dissuader et nous projeter, car nous voulons rester une puissance crédible dans un monde de plus en plus multipolaire et où notre influence dépendra de plus en plus de notre capacité à défendre des gouvernements contre des forces islamistes, et à protéger des espaces maritimes contre les nouvelles poussées impériales, en Méditerranée comme mer de Chine orientale ou dans le canal du Mozambique.

Au-delà de l’incompatibilité des buts géopolitiques entre Paris et Berlin, laquelle fonde une incompatibilité en termes de coopération industrielle de défense, s’ajoutent des divergences graves en matière de règles d’exportation des armes. A quoi bon développer des armes avec un partenaire dont on sait déjà qu’il n’a pas la même philosophie pour les vendre ? Nous avons (finalement, et après, il faut le dire, beaucoup d’obstacles mis sur notre chemin par nos alliés américains) exporté notre Rafale, et nous continuerons à le faire.

Où avons-nous exporté ? Vers des pays qui cherchaient une troisième voie entre les Américains et les Russes. En Inde, en Grèce (car les Américains sont à la fois avec les Grecs et les Turcs), et demain dans tous les pays qui voudront se donner cette marge de manœuvre géopolitique qu’offre l’armement français.

Gauchisme et atlantisme. Compte tenu de la nature du système politique allemand, du poids du Bundestag dans la décision d’exportation allemande, mais aussi du poids de la gauche allemande pacifiste au Bundestag, qui peut imaginer une politique d’exportation cohérente d’éventuels matériels de défense franco-allemand ? Comment une telle politique d’exportation pourrait-elle échapper à la double action du gauchisme et de l’atlantisme, à la fois au Bundestag et au Parlement européen ?

Dassault sait faire des avions de combat, Safran des moteurs. Nous avons profusion d’industries françaises qui disposent de toutes les compétences.

Aujourd’hui, on a certes le droit de critiquer les choix français d’exportation d’armement mais personne ne pourra leur reprocher leur cohérence avec nos choix géopolitiques : nous voulons limiter l’expansionnisme d’Erdogan de la Libye jusqu’à la Méditerranée orientale, et l’influence de ses alliés, les Frères musulmans : il est alors logique de renforcer militairement les Grecs, les Emiratis, les Egyptiens.

Il y a bien plus de symétrie, et donc de synergies potentielles, entre ces deux ex-puissances coloniales, aujourd’hui puissances ultramarines, que sont la France et l’Angleterre, qu’entre la France et l’Allemagne. Qu’est-ce donc qui commande alors ce tropisme fusionnel avec l’Allemagne, au point d’être prêt à livrer à nos amis allemands notre fruit défendu le plus précieux : la BITDF (Base industrielle et technologique de défense française) ?

Irréversible. Dassault sait faire des avions de combat, Safran des moteurs d’avions de combat. Et nous avons, dans notre écosystème de défense, tous les industriels à disposition pour faire des drones, un cloud, un système de systèmes… Nous avons profusion d’industries françaises qui disposent de toutes les compétences. Pour des développements ciblés, nous avons les Britanniques et nous savons que la coopération bilatérale avec eux fonctionnera car ils sont imperméables à l’idéologie et ne s’engagent que s’ils y ont intérêt.

Le Président Macron doit faire un choix : soit il poursuit, comme si de rien était, à l’abri du discours confortable de l’idéologie franco-allemande, et il appuie alors sur le bouton irréversible du transfert de nos avantages aux Allemands, déshabillant ainsi la souveraineté industrielle française avec comme seul résultat l’effacement du retard allemand. Soit il profite du « reset » économique mondial qui se prépare pour relancer une grande politique industrielle de défense française.

Comment ? En annonçant qu’une large coalition d’industriels français va travailler sans frein pour inventer et produire l’avion du futur français, le successeur du Rafale en 2040, lequel sera de facto une réussite européenne et mondiale.

Armement : l’Allemagne veut piller la France

Armement : l’Allemagne veut piller la France

 

Inutile de tourner autour du pot les difficultés de la coopération franco-allemande viennent essentiellement des velléités hégémoniques de l’Allemagne sur  la totalité du matériel militaire y compris dans des domaines où la France est nettement en avance. C’est le point de vue de Vauban  (groupement d’une vingtaine d’experts du secteur )

 

Tribune

 

En avril 1933, quelques mois seulement après l’arrivée d’Hitler par les urnes au pouvoir, Jacques Bainville, le grand historien des relations franco-allemandes, écrivait que « l’histoire des deux peuples se poursuit. Elle offre, dans cette phase qui finit et dans celle qui commence, ce caractère redoutable que jamais les Français n’ont si peu compris les Allemands. Leurs raisonnements et leurs sentiments nous échappent« . Trente ans plus tard, la même incompréhension demeurait : le préambule interprétatif imposé par le Bundestag le 15 juin 1963 au Traité de l’Élysée, en rappelant les buts de la politique étrangère allemande – la défense commune dans le cadre de l’Alliance de l’Atlantique nord, l’intégration des forces armées des États membres du pacte et l’abaissement des frontières douanières entre la CEE et le monde anglo-saxon – défaisait l’esprit et la lettre même d’un Traité, centré sur l’autonomie d’une défense franco-allemande et le marché douanier

Cinquante-six ans plus tard, la même séquence se déroule : le Traité d’Aix la Chapelle du 22 janvier 2019, censé mettre sur les rails une coopération franco-allemande régénérée se heurtait de nouveau aux fondamentaux allemands : par trois déclarations successives, dont a du mal à croire qu’elles n’ont pas été visées auparavant par la Chancelière, la ministre de la Défense, Mme Annegret Kramp-Karrenbauer, mettait fin brutalement aux chimères de M. Macron sur l’autonomie européenne dans la défense, en rappelant que l’OTAN demeurait la pierre angulaire de la défense de l’Europe et que l’autonomie stratégique européenne était une illusion. Si le fond n’a pas surpris les observateurs, la forme des propos et leur ton ont étonné et démontré nettement l’agacement allemand face aux obstinations utopiques des dirigeants français.

France et Allemagne, deux destins très différents

L’ironie de l’Histoire des deux peuples, d’Adenauer continuée à Angela Merkel, est que précisément l’échec de la politique allemande d’Emmanuel Macron partage la même cause première que celle qui a fait échouer l’alliance franco-allemande voulue par De Gaulle : le destin fondamentalement différent de la France et de l’Allemagne.

1/ Paris, une vocation mondiale ; Berlin, une vocation continentale
Paris aurait dû d’abord comprendre que sa vocation est mondiale quand celle de l’Allemagne n’est que continentale. La grande erreur géopolitique des dirigeants français depuis la mort de Georges Pompidou aurait été de faire de l’Europe l’horizon indépassable de la France et de l’Allemagne, son allié exclusif. Or, nul n’est plus faux et contraire à la vocation de la France. Son Histoire comme sa géographie en ont fait une grande puissance mondiale dont les intérêts sont autant en Méditerranée que dans le nouvel axe indo-Pacifique, qui se construit.

En ce sens, Athènes, New-Dehli, Jakarta ou Canberra sont des alliés plus conformes à la vocation mondiale de Paris que Berlin, dont le rayonnement n’est ni politique, ni géographique, mais uniquement mercantile (avec la Chine, les Etats-Unis et la Russie). Cette erreur française de se focaliser uniquement sur l’Allemagne en Europe n’est pas commise par l’Allemagne qui n’envisage la France que comme un partenaire comme un autre, à côté des Pays-Bas, de la Norvège, de l’Espagne, etc…

2/ Allemagne : récupérer les leviers du pouvoir
Paris aurait dû comprendre après que la diplomatie n’est pas affaire d’altruisme mais exclusivement de réalisme. Si en France, on parle de « couple franco-allemand », de « moteur franco-allemand », de « solidarité franco-allemande », en Allemagne, on ne parle que le langage du réalisme mercantile. A la doctrine de Mme Goulard, fondée sur un altruisme français consenti au nom d’une Europe fédérale, Berlin oppose la Realpolitik la plus dure. La déclaration de Mme Merkel en clôture du conseil franco-allemand de défense du 5 février en a été l’illustration : le Mali a été évoqué comme le programme de modernisation du Tigre, mais l’essentiel des propos de la Chancelière visaient à imposer la renégociation des accords bilatéraux et notamment la parité que l’Allemagne exige pour elle sans la respecter pour les autres.

L’Allemagne, et c’est son bon droit, mène la politique de ses intérêts : si elle n’écoute pas encore ses modernes Haushofer [1] mais en prépare le terrain idéologiquement [2], nul ne peut ignorer que Berlin a pour ambition de récupérer peu à peu les leviers d’un véritable pouvoir : la connaissance (par le spatial) et l’influence (par un siège au conseil de sécurité des Nations-Unies).

3/ Des doctrines militaires radicalement différentes
Paris aurait dû comprendre ensuite que la doctrine militaire ne convergera jamais avec celle de Berlin. Armée expéditionnaire, la France mène une Blitzkrieg dynamique contre l’islamisme qui est la seule vraie menace de l’Europe ; armée parlementaire, la Bundeswehr reste l’arme au pied face à la Russie dans une Sitzkrieg dépassée. Armée autonome, l’armée française s’affranchit des pesanteurs d’une OTAN mort cliniquement ; armée intégrée à l’OTAN dès sa création en 1956, la Bundeswehr est une armée stationnaire aux concepts d’emploi dépassés, erronés et aux équipements obsolètes, impropres à faire la guerre d’aujourd’hui et de demain. Puissance complète, la France possède une force de frappe à la fois nucléaire et conventionnelle, là où l’Allemagne n’a de capacités qu’imposées par l’OTAN. En un mot comme en cent : la France fait la guerre, l’Allemagne est grabataire.

Alors que la France a besoin d’un char mobile, léger et polyvalent (combat urbain et combat blindé), l’Allemagne en demeure au concept du Leopard, une masse compacte face à l’Est dans l’optique d’une nouvelle bataille de Koursk. Alors que la France a besoin d’un avion capable de porter son missile nucléaire aéroportée, de disposer d’une capacité d’entrer en premier dans des théâtres d’opération de grande intensité et de mener sur des milliers de kilomètres opérations de projection (au Mali comme en Indo-pacifique), l’Allemagne en reste à la coopération statique au sein d’une OTAN sclérosée : cela s’appelle le Framework Nations Concept et ne sert à rien face à l’islamisme ou aux menées du Grand Turc ou de la Chine le long des routes de la soie.

4/ Ce qui est allemand, n’est pas négociable
Paris aurait dû comprendre enfin que l’industrie de défense n’est pas considérée de la même manière en Allemagne. Même si elle n’a pas le caractère stratégique qu’on lui accorde à Paris, Berlin sait parfaitement bien la défendre. Dans le domaine de la politique industrielle, là où Paris multiplie les fonds, aussi ridiculement dotés qu’inutiles à sauver les fleurons des PME et PMI françaises, Berlin n’hésite pas à investir rapidement 464 millions d’euros dans Hensoldt, à soutenir OHB en dépit de ses déficiences techniques, à défendre Rheinmetall, jugé comme le pivot des consolidations allemandes, et garnir le carnet de commandes de TKMS par des opérations à la moralité douteuse (sous-marins et corvettes avec Israël) ou avec des pays qu’elle juge pourtant autoritaire (Égypte et Algérie).

 

Même si à Paris, on est bien conscient de la supériorité (réelle) des systémiers français face à leurs homologues allemands, Berlin sait mieux négocier que Paris. Manœuvrant silencieusement au milieu des braillements français, lisant tout en France avec d’autant plus de facilité que, si l’Allemand n’est plus enseigné en France, le français est une langue encore parlée en Allemagne, Berlin pousse ses pions. Avec un principe, affirmé avec force par Mme Merkel le 5 février dernier dans son allocution : ce qui est allemand, n’est pas négociable (domaine terrestre) ; ce qui est français (domaine aéronautique) doit être renégocié dans le sens des intérêts allemands.

Avec une méthode : l’irruption de tiers qui déstabilise l’adversaire et le renforce. L’irruption (injustifiée) de Rheinmetall dans le programme MGCS a diminué les parts françaises et renforcé celle de l’Allemagne ; l’intégration (incompréhensible) de l’Espagne dans le programme SCAF a diminué les parts françaises dans les lead-shares et work-shares, tout en renforçant ses positions ; l’intervention régulière des syndicats (IG Metall), des comités d’entreprise d’Airbus D&S et du Bundestag, donne un moyen de négociation considérable au gouvernement allemand sur la partie française et une constante épée de Damoclès sur Paris.

Avec un objectif : si la négociation n’aboutit pas ou si l’intérêt pour la coopération a changé au profit d’autres considérations, le plan B est actionné. On l’a vu dans le domaine des missiles dans le passé ; on pourrait le voir demain avec le MGCS (via l’alliance Rheinmetall-BAe Systems), le SCAF (reconstitution de l’axe Eurofighter) ou le MAWS (avec le P-8 américain), si les négociations n’avancent comme l’Allemagne l’exige.

Même si Paris a imposé à Berlin des accords de minimis sur l’exportation d’armements, Paris s’illusionne sur le caractère ferme de cet engagement dans la future coalition allemande et ne devrait pas ignorer qu’après tout, les ventes d’armes ne pèsent que 0,06% des exportations globales du Standort Deutschland.

Allemagne, une attitude qui n’est pas choquante

Disons-le tout net : cette attitude globale de l’Allemagne n’est pas choquante. Ce qui est choquant, scandaleux et irresponsable, est la légèreté française à s’être engagée dans ces coopérations avec un partenaire qui n’a rien en commun avec la France, dont on ne connaît rien (ni langue ni culture ; ni mentalités ni constitution) parce qu’on s’est interdit même de se renseigner sur lui, d’avoir accepté la parité quand elle n’avait aucune raison d’être concédée, et d’avoir tout misé sur une stratégie sans plan de sortie. Bref, de n’avoir rien appris ni compris de l’Allemagne.

Dès 1920, pourtant, la France était avertie par le même historien : « la politique, les mœurs, la philosophie et la littérature des Allemands, voilà ce qui ne doit pas être perdu de vue, ce qui demande à être analysé avec suite et pénétration si nous ne voulons pas être encore surpris, si nous voulons profiter des chances que la situation nous apporte » [3]. Au gouvernement français de retenir cette leçon avant de s’avancer en pays inconnu et de risquer ainsi les futures capacités majeures de nos armées dans une aventure plus sentimentale que rationnelle.

[1] Père de la géopolitique allemande, 1869-1946.

[2] Voir notamment le rapport de la SWP d’août 2017 intitulé : « Ambitionierte Rahmennation : Deutschland in der Nato Die Fähigkeitsplanung der Bundeswehr und das « Framework Nations Concept », Rainer L. Glatz / Martin Zapfe, August 2017. https://www.swpberlin.org/fileadmin/contents/products/aktuell/2017A62_glt_Zapfe.pdf.

[3] Préface de l’Allemagne réaliste et romantique, éditions Fayard, page 11, mai 1920.

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