Archive pour le Tag 'l’hôpital'

Service des urgences ou service gériatrique de l’hôpital ?

Service des urgences ou service gériatrique de l’hôpital ?

 

La crise des urgences ne pourra se résoudre par de simples mesures quantitatives, observe dans une tribune au « Monde » l’ancien directeur des affaires sociales Jean-Philippe Gallat. Il appelle à une « réflexion profonde » sur l’évolution des pratiques, et notamment l’accueil des personnes âgées.

 

Notons aussi que certaines maisons de retraite fautent de suivi médical et de manque de personnel préfèrent  se débarrasser des malades âgés vers le service des urgences hospitaliers NDLR

 

La nouvelle crise des urgences, qui a obligé nombre de services à fermer leurs portes cet été, est le symptôme d’une détresse de notre système de santé qu’on aurait tort d’imputer aux seules questions démographiques. Elle est aussi la conséquence d’un bouleversement profond des pratiques médicales depuis trente ans. Pour s’en convaincre, il suffit de se rappeler que la récente « mission flash » du docteur Braun succède à une série d’alertes décrivant déjà les mêmes constats – le rapport Steg en 1993 ou le rapport Grall en 2015 –, alors que la démographie médicale n’était pas si basse, voire s’avérait florissante.

En trente ans, les urgences sont devenues les points focaux de l’ensemble du dispositif de soins, censés répondre à toutes les demandes. La population qui s’adresse à ces services peut se scinder en trois groupes : les personnes présentant une urgence vitale, celles relevant de la médecine générale ou sociale, et celles qui nécessitent une prise en charge en gérontologie.

Au fil des décennies, les urgences sont devenues le principal service gériatrique de l’hôpital, et leur activité a changé de nature. La gériatrie est une médecine lente qui nécessite beaucoup de temps d’observation et de contacts avec les familles et les structures médico-sociales d’aval, souvent éloignées de l’hôpital et ce, pour finalement assez peu d’actes techniques.

Cette évolution entraîne deux conséquences. D’une part, l’efficacité des services d’urgence s’en trouve obérée, car les capacités humaines et techniques sont vite saturées par cette médecine du temps long. D’autre part, les personnels soignants, qui ont choisi les urgences pour d’autres pratiques, ne retrouvent plus les satisfactions de leur vocation initiale.

Un des fondements de la gérontologie classique repose sur la courbe dite de Jean-Pierre Bouchon théorisée dès 1984 (1 + 3 ou comment tenter d’être efficace en gériatrie. Rev Prat Méd Gén 1984 ; 34 : 888) : à partir d’un certain âge, le vieillissement – très variable d’un individu à l’autre – diminue les capacités de faire face à ce qu’on peut appeler un effort physique ou intellectuel habituel, selon une courbe descendante inéluctable. Des maladies ou événements intercurrents (comme une déshydratation passagère) viennent soit abaisser le seuil soit augmenter la pente de cette courbe, et c’est toute la merveille de la médecine que de pallier leurs conséquences pour retrouver une courbe de vieillissement antérieure ou proche. Mais si tout événement ne doit pas être rapporté au seul vieillissement, celui-ci reste cependant inéluctable.

De nouvelles méthodes pour l’hôpital ?

De nouvelles méthodes pour l’hôpital

Pour sauver l’hôpital, il ne faut pas pérenniser des méthodes qui ont échoué.estime dans une tribune  Vincent Bénard, économiste et essayiste.(dans la Tribune)

 

Nous apprenons ces jours-ci que 120 services d’urgence, publics comme privés, font état de difficultés similaires, ou que des cliniques ne sont plus en mesure d’assurer le suivi de certains de leurs patients dans certaines spécialités comme les maternités, faute de pouvoir recruter infirmiers et médecins en nombre suffisant. Depuis quelques années, ce sont environ la moitié des hôpitaux publics qui sont en déficit. Et malheureusement, l’hôpital privé, qui en France représente 23% du personnel hospitalier mais surtout 36% des séjours de patients, est à peine moins mal loti, un tiers des établissements ayant connu au moins un exercice déficitaire depuis trois ans.

Les explications mettent le plus souvent l’accent sur les suites de la pandémie : épuisement des personnels et renvoi d’une proportion faible, mais difficile à remplacer, de soignants non vaccinés. Mais si cette crise a sûrement contribué à exacerber ces difficultés, celles-ci sont bien antérieures. En 2018, l’on constatait une même proportion d’établissements déficitaires dans l’intervalle 2012-2016. La pandémie n’explique pas tout.

La santé n’est pas différente des autres secteurs de l’économie. Comme tout contrôle de prix, la T2A  (« tarification à l’acte », modèle de financement en vigueur pour les établissements de santé) y génère des pénuries : pénuries de recrutement de médecins et d’infirmiers, se traduisant par des files d’attente de plus en plus longues pour les patients, et incapacité de rémunérer les professionnels de santé au niveau espéré après de longues études. Les infirmiers français touchent en moyenne 26% de moins qu’outre-Rhin, et les médecins hospitaliers 40%.

L’assurance maladie annonce régulièrement une « trajectoire pluriannuelle » d’évolution de la T2A. Mais voilà que l’inflation, grande absente des deux dernières décennies, effectue un retour surprenant et violent, prenant de court les décideurs publics. Les dépenses courantes de l’hôpital devraient augmenter 2,5% plus vite que la T2A au minimum en 2022, certains postes de dépense comme l’énergie voyant leur flambée dépasser les 30%.

Les hôpitaux, qui ont déjà vu les tarifs de la T2A décrocher d’environ 6% de l’inflation lors de la dernière décennie, craignent une aggravation de cette perte, et demandent que l’État s’engage sur une correction de la trajectoire prévue de la T2A pour y réintégrer l’inflation réelle. Sans quoi, ils devront rogner soit sur leurs investissements, soit sur leurs recrutements, pourtant déjà insuffisants pour maintenir leur qualité de service.

À très court terme, cette demande est légitime, pour éviter en urgence une catastrophe financière et médicale. Mais dans une perspective plus lointaine, ne faudrait-il pas en finir avec ce régime de contrôle des prix, qui contraint les acteurs de la santé à mendier des faveurs tarifaires à une assurance maladie peu encline à y céder, du fait de sa situation financière elle-même fort dégradée ?

C’est tout le système de financement de la santé qu’il faut réformer, en réintroduisant une vraie liberté des prix, mais avec une vraie transparence permettant aux malades, et surtout à leurs assureurs et mutuelles, d’opérer une mise en concurrence des établissements et des praticiens. Pour compenser l’inévitable hausse du prix de certains actes médicaux, des économies seront à rechercher par la « débureaucratisation » du système de santé.

La liberté tarifaire des hôpitaux fait souvent peur, car les Français ont en tête les problèmes du système de santé américain, où les soins sont prohibitifs et la couverture maladie des classes moyennes incomplète. Mais plus près de nous, les Suisses, les Néerlandais et, dans une moindre mesure, les Allemands ont réussi à mettre en place des formules « raisonnablement libérales », où la couverture des patients est excellente, et où l’assurance maladie privée concurrence au premier euro celle fournie par la puissance publique. L’assureur négocie les tarifs hospitaliers dans le cadre d’une mise en concurrence des établissements, permettant à ceux-ci de facturer un prix leur garantissant d’être profitables, mais sans excès, puisque la concurrence n’est jamais loin. Mieux encore, en pourcentage du PIB, la santé dans ces pays n’est pas plus chère que la nôtre, aux environs de 11%. Et les personnels de santé y sont non seulement mieux rémunérés, nous l’avons vu, mais leurs conditions de travail y sont meilleures, car les hôpitaux y ont intérêt pour pouvoir conserver des effectifs médicaux stables.

Malheureusement, l’idée d’une « grande sécu », synonyme de plus de centralisme, de bureaucratie et de contrôle des prix, semblait mieux vue qu’une évolution plus libérale dans les cercles du pouvoir, avant les élections. Mais on ne vaincra pas les problèmes du système de santé en lui infligeant toujours plus de ce qui a échoué. Puisse l’accumulation actuelle de couacs hospitaliers provoquer une révolution intellectuelle d’inspiration plus libérale chez nos dirigeants !

Vincent Bénard

Covid Guadeloupe: le patron de l’hôpital agressé !

Covid Guadeloupe: le patron de l’hôpital agressé !

Pour protester contre le pass vaccinal des anti vaccins ont tenté d’agresser le directeur de l’hôpital du CHU de Guadeloupe. Ce dernier a dû être exfiltré par la police.

«J’ai été extrait avec un coup de poing dans les côtes et un énorme coup sur la tête, j’ai perdu connaissance pendant 10 secondes je pense», a précisé Gérard Cotellon. Son adjoint, Cédric Zolezzi, a également indiqué avoir été molesté. «On m’a déchiré ma chemise, j’ai reçu de l’urine sur moi pendant que je courais vers une voiture de police», a-t-il assuré, se déclarant «choqué». La direction a annoncé son intention de déposer plainte.

 

Les anti vax étaient aussi accompagné par les syndicalistes qui protestaient contre la suspension de salaire des personnels hospitaliers noms vaccinés. Une situation de plus en plus confuse en Guadeloupe où se mêlent des oppositions à la vaccination, des intentions politiques et des revendications syndicales. Bref une sorte de chaos qui ajoute à la situation sanitaire déplorable.(taux de vaccination inférieur à 50% mais plus de 95% dans le personnel hospitalier).

L’hôpital va exploser (Gérald Kierzek)

L’hôpital va exploser (Gérald Kierzek)

 

Gérald Kierzek, médecin urgentistes dénonce la situation catastrophique des hôpitaux et leur gestion technocratique dans un entretien au Figaro.

 

Gérald Kierzek est médecin urgentiste et chroniqueur santé, directeur médical de Doctissimo, et auteur notamment de Coronavirus, comment se protéger? (Éditions de l’Archipel, mars 2020).


Le centre hospitalier d’Ambert dans le Puy-de-Dôme connaît actuellement de très fortes tensions et un manque de ressources humaines et médicales, selon le communiqué de Santé publique France. L’ARS de la région Auvergne-Rhône-Alpes a lancé une alerte pour le service des urgences et le SMUR du CH d’Ambert. Cette situation est-elle inattendue ?

 

 

Gérald KIERZEK. - Pas du tout. Cette situation de pénurie de personnels, médicaux ici ou paramédicaux, est habituelle et de pire en pire, années après années.

Il y a un double phénomène dans les hôpitaux publics qui s’auto-entretient dans un cercle vicieux mortifère. D’une part, le new management public et les restructurations ont abouti à des regroupements d’établissements depuis une bonne décennie, des fermetures de lits et une course à l’activité (tarification à l’activité) sous la houlette de managers n’étant pas issus du métier de soignant mais de l’école des hautes études en santé publique (EHESP). Le corps des directeurs s’est progressivement coupé du terrain et ceux qui décident aujourd’hui ne sont plus ceux qui font.

 

À tous les échelons de l’hôpital et des agences régionales de santé, il faut remédicaliser les décisions et donc revoir la gouvernance.

D’autre part, la pénurie de personnels est liée au manque d’attractivité des carrières et à une démotivation globale quand le quotidien devient de plus en plus difficile poussant les soignants dans des injonctions paradoxales à la limite de leur déontologie et de la sécurité des soins. Une infirmière ou un médecin ne peuvent passer leur temps à remplir des tableaux Excel et à chronométrer leurs interventions pour optimiser les prises en charge comme leur demandent maintenant des consultants en lean management ou en organisation venus expliquer comment travailler !

Autre exemple frappant d’un chef de service de chirurgie à qui un des multiples sous-directeurs fraîchement moulu de l’EHESP après un parcours sûrement brillant à Sciences Po a demandé de choisir entre les petites, les moyennes et les grandes pinces pour ouvrir un thorax ! Des économies s’imposaient et une seule taille allait être choisie au marché public, sans tenir compte de la nécessité technique et anatomique d’avoir trois tailles !

Tout cela génère frustration, colère et démotivation, sans compter que cela est aberrant sur un plan économique, médical et éthique. Les seules économies réelles et acceptables sont sur le moyen et le long terme et non sur des économies de bout de chandelles pour équilibrer un budget annuel. À tous les échelons de l’hôpital et des agences régionales de santé, il faut remédicaliser les décisions et donc revoir la gouvernance. On s’est trompé d’objectif en disant «il faut faire des économies» et en mettant des gestionnaires à la tête ; il faut d’abord soigner, et si possible, en dépensant mieux et donc remettre de vrais soignants aux arbitrages.Pause

Unmute

 

La crise du Covid est-elle responsable de cette conjoncture ?

La crise COVID est une crise plus structurelle d’un système de santé à genoux que la résultante d’un virus extrêmement tueur. Autant début 2020, nous redoutions une mortalité-létalité extrême, autant bientôt deux ans après nous constatons une incapacité de notre système à absorber la moindre surchauffe sanitaire. Chaque année depuis une décennie, les réanimations sont à saturation, les services d’urgence en incapacité à hospitaliser les patients les plus fragiles et à fidéliser ou recruter du personnel épuisé avec de réelles pertes de chances pour les malades. Il suffit de reprendre les articles et reportages annuels, véritables marronniers journalistiques sans prise de conscience des conséquences.

 

Ce qui était avant invisible médiatiquement et donc politiquement et sociétalement acceptable devient subitement avec le COVID visible et inacceptable.

La grève des urgences en mars 2019, soit un an avant la crise COVID, portait déjà des revendications comme l’arrêt des fermetures de lits et de services et le recrutement d’emplois supplémentaires. Les conséquences sont majeures avec des morts à la clé que l’on sous-estime largement chaque année. Combien de patients décèdent de la grippe ou d’une infection respiratoire chaque année faute de prise en charge rapide avec hospitalisation ou réanimation par exemple ? Ce qui était avant invisible médiatiquement et donc politiquement et sociétalement acceptable devient subitement avec le COVID visible et inacceptable. Mais ne nous trompons pas : c’est notre système qui est en cause et l’évolution démographique avec en particulier le vieillissement de la population doit nous pousser à ouvrir les yeux et faire marche arrière sur bon nombre de restructurations. Le virage ambulatoire avec son cortège de fermetures de lits devient criminel, de même que les fermetures de services d’urgences ou à l’autre bout de la vie, celles de maternité.

Cette situation peut-elle se généraliser à d’autres centres hospitaliers ?

Mêmes causes, mêmes effets. Les appels de Santé Publique France et sa réserve sanitaire réservée au renfort en situations sanitaires exceptionnelles deviennent quotidiens pour des interventions partout sur le territoire. Ce n’est ni sa vocation ni sain car on déshabille d’un côté pour habiller de l’autre. Les Plans Blancs conçus pour les catastrophes naturelles, les attentats ou les accidents exceptionnels sont maintenant déclenchés pour rappeler le personnel et faire tourner l’activité quotidienne. Preuve que l’hôpital est dans un état catastrophique, comme l’est le système de santé à force de maltraiter ses forces vives.

Certains établissements ne tiennent que grâce à l’intérim, ces fameux professionnels mercenaires que l’État veut maintenant stigmatiser et supprimer en plafonnant leurs tarifs d’intervention : 1100 euros pour 24h soit moins de 50 euros de l’heure ! Est-ce le prix d’un médecin avec la responsabilité et la pénibilité inhérente à sa charge ? Pas étonnant que les jeunes désertent certaines spécialités difficiles et pénibles.

Rien n’a été fait pour gérer la crise de l’hôpital depuis le début de la crise sanitaire ? Est-il trop tard pour agir désormais ?

Et c’est la crainte du gouvernement : que l’hôpital craque indépendamment du COVID. Il est effectivement étonnant que depuis le début de la crise, tout le monde parle de capacités hospitalières, d’indicateurs d’hospitalisation, etc. et qu’à aucun moment on ne se pose la question d’augmenter les capacités. Et je ne parle pas que de réanimation. Une prise en charge précoce du COVID nécessite un accueil en urgence avec une imagerie pulmonaire rapide (scanner) et en cas d’atteinte, une hospitalisation en service conventionnel pour traiter et prévenir l’aggravation et ainsi éviter la réanimation. Nous avons vu des lits de réanimation éphémères mais pas de lits de médecine pérennes. Pire, alors qu’on manque de lits tout le temps, plus de 5700 lits d’hospitalisation complète ont été fermés en France en 2020, en pleine pandémie de Covid-19.

Les carrières doivent évoluer pour pouvoir travailler de concert entre soignants et managers au sein d’un hôpital à la gouvernance revue et corrigé.

Les mesures à prendre d’urgence ont trait à la gouvernance pour stopper les décisions aberrantes. Albert Einstein disait «on ne règle pas les problèmes avec ceux qui les ont créés». Les carrières doivent évoluer pour pouvoir travailler de concert entre soignants et managers au sein d’un hôpital à la gouvernance revue et corrigé. Un directeur médical ou soignant permettrait un pilotage bicéphale de l’établissement et des évolutions de carrières attractives pour les médecins. Les arbitrages se feraient sur un projet médical, dont la cohérence serait garantie par les Agences Régionales de Santé (ARS), elles aussi largement cogérées par des soignants.

Cette reprofessionnalisation – car il ne s’agit pas que de médecins – est indispensable et doit reposer sur des praticiens de terrain (temps partagé entre la pratique et la direction par exemple) pour en finir avec les carrières déconnectées de la réalité de la pratique. Direction, soins, recherche et enseignement doivent être des valences autonomes, flexibles et évaluées en cours de carrière. Des modes d’exercice mixtes, avec, par exemple, trois jours à l’hôpital et deux jours en libéral sans être pénalisés financièrement (nécessaire convergence des niveaux de rémunération public/privé) sont également à privilégier pour assurer la diversité de pratique et favoriser les filières de soins. Enfin, valorisons les zones et spécialités déficitaires sur des critères justes de responsabilité, pénibilité et besoins de santé publique et favoriser la réversibilité des choix (le praticien choisissant une installation en secteur pénurique serait favorisé dans une installation future ailleurs).

Le Ségur de la santé n’a rien résolu et a consisté en un saupoudrage dispendieux sans remise en cause profonde et sans vision pour notre système de santé. La santé connectée et l’intelligence artificielle ne remplaceront jamais l’humanité et la proximité.

La crise COVID a mis en lumière que notre système n’était définitivement plus le meilleur système au monde , ce que nous, soignants et soignés, constatons tous les jours. Nous devons être replacés au centre de la politique de santé et de la gouvernance du système avec les enjeux de santé (ville, hôpital, prévention,…) comme thèmes majeurs de la campagne présidentielle à venir.

À défaut, nous ne ferons que subir avec pertes et fracas la triple transition démographique, épidémiologique et technologique de la prochaine décennie.

Des solutions pour l’hôpital et les déserts médicaux

Des solutions pour l’hôpital et  les déserts médicaux

 

Un collectif de jeunes médecins, de sensibilité de gauche, dont Florian Porta Bonete, médecin psychiatre hospitalier à Bordeaux, entend dans une tribune au « Monde » défendre « beaucoup de suite dans peu d’idées » sur le terrain social et de l’hôpital.

 

Tribune

 

.Les sondages se suivent et se ressemblent : la santé est aujourd’hui parmi les premières préoccupations des Français. Jadis marginale dans le débat public, elle s’est soudainement placée sur le devant de la scène politique, à l’occasion d’un virus venant bouleverser nos existences. Jamais le concept de biopolitique cher à Michel Foucault n’avait trouvé aussi brûlante actualité.

Mais, au-delà de la seule question du Covid-19, c’est bien l’ensemble de notre système de santé qui va devoir être repensé. Nous, jeunes médecins, de sensibilité de gauche, voulons que le camp social porte une parole forte à ce sujet. Avoir beaucoup de suite dans peu d’idées est notre maxime : voici celles qui nous semblent incontournables à l’approche des prochaines élections présidentielle et législatives.


Tout d’abord, la lutte contre les déserts médicaux. Nous regrettons l’absence d’anticipation politique du manque criant de médecins qui nous touche. En plus de l’augmentation des capacités de formation, il faut encourager davantage l’installation en zones sous-dotées (développement de l’exercice collectif en maisons de santé, offres de pratique salariée…).

Mais, entre ces mesures incitatives et une coercition trop brutale, d’autres pistes doivent être envisagées. On pourrait, par exemple, attribuer la possibilité pour les nouveaux médecins de faire des dépassements d’honoraires, préférentiellement à ceux ayant exercé suffisamment longtemps, et sans dépassement, en zone sous-dotée. Ou encore instaurer une année après l’internat avec exercice fléché dans des centres hospitaliers, couvrant ainsi l’ensemble du territoire.

Il faudrait aussi développer un partage des activités de recherche et d’enseignement des CHU urbains avec l’ensemble des pôles de soins du pays, pour rendre ces derniers plus attractifs. Ces propositions ne sont que des pistes, et doivent être discutées avec l’ensemble des acteurs du système de santé.

 

Elles sont dans la lignée d’initiatives innovantes, qui naissent déjà ça et là, comme la création de premières années de médecine dans les villes moyennes, avec pour objectif de changer structurellement le profil des étudiants admis dans les études médicales, moins issus des grandes métropoles et possiblement plus enclins à s’installer sur tout le territoire. Le constat est donc clair et partagé, tout le champ des possibles mérite maintenant d’être exploré, sans dogmatisme !

Un changement de paradigme

Se battre, ensuite, contre les inégalités sociales de santé. Nous ne pouvons accepter que certains de nos concitoyens soient privés de soins pour motif financier. Il faut aller, évidemment, vers de meilleures prises en charge des soins dentaires et d’optique, qui cristallisent bien des freins à l’accès aux soins. Mais il faut aussi être attentif aux dépassements d’honoraires médicaux : ceux-ci doivent être davantage limités.

L’hôpital public encore affaibli après la crise

 L’hôpital public encore affaibli après la crise

 

Les engagements du plan Ma santé 2022 et les efforts financiers promis par le gouvernement n’auront d’effets que dans un futur lointain et ne suffiront ni à enrayer le dépérissement de l’hôpital public ni à résoudre la crise des vocations, s’inquiète un collectif de médecins dans une tribune au « Monde ».

 

Tribune. 

 

Malgré des centaines de milliers de vies humaines sauvées, malgré deux réformes (Plan santé 2022 et Ségur de la santé) et des dizaines de milliards d’euros mobilisés, ne nous méprenons pas, l’hôpital public va sortir essoré de cette crise sanitaire.

L’hôpital public français tel que nous le connaissons aujourd’hui, a été façonné à la suite des ordonnances Debré de 1958. Cela nous a permis d’avoir parmi les meilleurs hôpitaux au monde jusqu’au début des années 1990 sous l’égide des médecins « mandarins » (pourtant décriés). La recherche était de notoriété internationale et les meilleurs internes des hôpitaux espéraient une carrière hospitalière, en tant que praticien hospitalier (PH) ou professeur des universités-praticien hospitalier (PU-PH).

Dès les années 2000, un certain nombre de PH ont quitté l’hôpital public qui a ainsi perdu une partie de sa cheville ouvrière. Ces départs ont été suivis par la démission de PU-PH de CHU en direction du privé, événement inimaginable quelques années auparavant. Ainsi, le dépérissement de l’hôpital public n’est pas récent et s’est déroulé progressivement sur les vingt dernières années.

 

Tous les soignants sont malheureusement concernés par cette situation hospitalière déplorable. En témoignait leur mouvement de protestation virulent quand ils ont jeté leurs blouses devant les directeurs administratifs lors des vœux de janvier 2020. Mais ces protestations étaient inaudibles. Le terme de « pleurniche hospitalière » a même été associé à leurs revendications le 12 mars 2020 par un journaliste ! Une semaine à peine avant le premier confinement…Avec les vagues épidémiques, épuisantes physiquement et psychologiquement, les soignants espéraient un changement radical du système de santé. Mais le plan Ma santé 2022 (Communauté professionnelle territoriale de santé, reprise de dettes…) n’aura d’effet qu’à un horizon lointain tandis que le Ségur de la santé est considéré comme un échec par les syndicats et les collectifs de médecins.

 

Pourtant, l’hôpital public va bénéficier d’un effort financier colossal inédit depuis des décennies : augmentation salariale du personnel non médical, rattrapage en investissements… Mais le Ségur de la santé améliore insuffisamment la rémunération des médecins et ne change que marginalement l’organisation et la gouvernance de l’hôpital (même si les quelques évolutions sont positives). Un guide « pour mieux manager » est même diffusé par le ministère… Les Groupements hospitaliers de territoire (GHT) continuent à déployer leur surcouche administrative et à déshabiller les petits centres.

L’instrumentalisation de la crise de l’hôpital par certains anti passe

 

Des médecins, infirmiers, aides-soignants et psychologues des secteurs hospitaliers publics et privés mais aussi de médecine de ville protestent, dans une tribune au « Monde » (extrait), contre l’instrumentalisation de la crise de l’hôpital public par les manifestants hostiles à la vaccination obligatoire et au passe sanitaire.

 

Tribune.

 

Ces derniers jours ont été marqués par des manifestations contre la vaccination obligatoire et le passe sanitaire. A cette occasion, nous avons relevé, chez les manifestants, comme sur les réseaux sociaux, ce qui se voudrait être un argument pour appuyer l’idée que se faire vacciner ne servirait à rien : la défense de l’hôpital public.

La justification serait la suivante : les gouvernements successifs détruisent l’hôpital public depuis des années ; le nombre de lits et les moyens se sont effondrés, tout cela au mépris de la santé publique ; commençons donc par réhabiliter l’hôpital et les conditions de soin pour mieux gérer les pandémies avant de forcer à la vaccination, disent les manifestants. Nous, médecins, infirmiers et soignants, nous inscrivons fermement en faux face à cette logique.

Tout d’abord, nous sommes étonnés de voir que tant de personnes ont subitement à cœur la défense de l’hôpital public. En effet, nombre d’entre nous ont prêché dans le désert durant des années et se sont sentis très seuls lors des mouvements organisés par les professions médicales et paramédicales. Ces opérations n’ont que peu mobilisé en dehors du monde médical, quand il s’est agi de lutter contre de nouvelles mesures d’austérité imposées à l’hôpital ou contre la dépossession des moyens de décisions des soignants − pensons à la loi HPST (Hôpital, patients, santé et territoire) en 2009.

A croire que ce subit intérêt pour la cause de l’hôpital public n’est en réalité là que pour affubler des oripeaux de l’éthique un refus de se vacciner bien difficile à justifier.

 

Nous, soignants, vivons de l’intérieur, depuis un an et demi maintenant, la crise du Covid-19, qui n’a fait que révéler de façon suraiguë ce que nous savions déjà : trop de lits ont été fermés. Il n’y a plus suffisamment de moyens humains et matériels à l’hôpital et, fondamentalement, la logique de flux tendu ne peut pas s’appliquer à un secteur stratégique comme la santé, qui doit être capable d’absorber rapidement une crise sanitaire d’ampleur.

Les secteurs de soins les plus mobilisés sont à bout de souffle, affectés depuis longtemps par les hémorragies de personnels. En conséquence, la pandémie a éprouvé considérablement ces équipes de soin qui ne demandent qu’une seule chose : sortir de la crise. Nous constatons par ailleurs, trop souvent, les ravages de la pandémie en termes de retard de diagnostic et de prise en charge des autres pathologies. Des retards qui, parfois, grèvent lourdement la survie des patients, en particulier en oncologie.

Covid France : hausse surtout à l’hôpital

Covid France : hausse surtout à l’hôpital

Avec 230 nouvelles admissions en soins critiques en 24 heures, le nombre des malades dans ces services qui traitent les cas les plus graves a atteint 1667, soit 111 de plus que la veille. Ils étaient 1232 il y a une semaine. Les hôpitaux accueillaient lundi 9022 personnes dont 833 admises au cours des dernières 24 heures, au plus fort depuis le 27 juin.

68 morts du Covid ont été dénombrés ces dernières 24 heures

Depuis le début de la campagne de vaccination en France, 44.980.791 personnes ont reçu au moins une injection (soit 66,7% de la population totale) et 37.514.388 personnes ont désormais un schéma vaccinal complet (soit 55,6% de la population totale).

/

Covid le Plan d’urgence pour l’hôpital en Occitanie

  • Covid le Plan d’urgence pour l’hôpital en Occitanie

Un plan d’urgence dit  Plan blanc a été déclenché dans la région Occitanie après l’avoir été en Corse et en Provence-Alpes-Côte d’Azur, a annoncé mercredi l’ARS d’Occitanie. L’ARS d’Occitanie justifie cette décision par «la dégradation brutale et rapide des indicateurs dans notre région», «le fort impact de la quatrième vague épidémique» et pointe que «les admissions à l’hôpital en hospitalisation conventionnelle et en réanimation augmentent actuellement très vite».

 

C’est désormais tout le pourtour méditerranéen qui est concerné par cette mesure qui permet de mobiliser l’ensemble des personnels de santé afin d’augmenter le nombre de lits en réanimation et en hospitalisation des patients Covid. «L’importance du nombre de cas Covid graves pris en charge a amené l’Agence régionale de santé à demander aujourd’hui aux établissements de santé publics et privés de déclencher leur plan blanc, un dispositif exceptionnel destiné à renforcer l’organisation des hôpitaux face à la reprise de l’épidémie», a déclaré l’ARS dans un communiqué

Covid France : toujours en baisse à l’hôpital

Covid France : toujours en baisse à l’hôpital

La pression continue de diminuer, ce samedi dans les hôpitaux, qui comptent moins de 11.000 malades du Covid-19, selon les chiffres de Santé publique France. Seulement 102 nouvelles personnes ont été hospitalisées ces dernières 24 heures avec un diagnostic de Covid-19. L’agence sanitaire recense désormais 10.531 patients atteints du Covid-19 hospitalisés, contre 10.738 la veille.

Les services de soins critiques (qui rassemblent réanimation, soins intensifs et surveillance continue) accueillaient 1.703 personnes, contre 1740 jeudi. En 24 heures, seuls 24 nouveaux patients atteints de formes graves du Covid ont été admis dans ces services.

Côté vaccination, 18.175.104 personnes sont complètement vaccinées samedi. Le nombre de nouveaux cas détectés a quant à lui légèrement augmenté, avec 2624 malades dépistés (contre 2439 vendredi), mais un taux de positivité des tests sur les 7 derniers jours s’établissant à 1,1% (contre 1,2% la veille).

 

. UN RÉFÉRENDUM SUR L’HÔPITAL ?

. UN RÉFÉRENDUM SUR L’HÔPITAL ?

 

Bizarre quand même cette frénésie de démocratie à la veille de grandes échéances électorales et notamment des présidentielles. On a parlé évidemment d’un référendum l’environnement afin d’intégrer cette procuration dans la constitution alors qu’elle y figure déjà. Un référendum qui semble maintenant bien enterré. Sans doute pour ne pas être en reste Anne Hidalgo, Martine Aubry et vingt autres élus de gauches appellent à un « vrai débat sur la politique à mener pour l’hôpital » via un référendum d’initiative partagée (RIP).

Certes un débat sur la question de la situation hospitalière mais sans doute pas inutile mais la question est sans doute plus vaste que le seul problème de l’organisation des hôpitaux publics. La vraie question est celle de la problématique de la santé, des conditions de sa prise en charge financière, de son organisation notamment de la répartition des responsabilités entre secteur public, secteur privé et libéraux, de la recherche également.

 

Le problème ne peut se résumer à une question de ne moyen supplémentaire notamment en effectif pour des hôpitaux publics. Certes certains services notamment en urgence ou en chirurgie sont assez souvent sous tension notamment dans des périodes de pandémie comme en ce moment. Cependant tous les hôpitaux ne sont pas en situation systématique de crise. Un audit général des hôpitaux mériterait d’être entrepris car ce sont souvent des grandes usines technologiquement et médicalement très en pointe mais particulièrement mal organisée et sans véritable direction.

 

Enfin c’est surtout la question de la santé qui est en cause,  pas simplement son traitement mais aussi sa prévention. Bref un référendum sur l’hôpital apparaîtrait réducteur par rapport à la problématique globale. « 

 

Covid France: 400 morts à l’hôpital en 24 heures

Covid France:  400 morts à l’hôpital en 24 heures

Au total, 30.596 personnes sont à ce jour hospitalisées en France pour une infection au Covid-19, ce qui représente 1944 personnes supplémentaires en 24 heures.

Par ailleurs, 400 personnes sont mortes dans les hôpitaux français au cours de ces dernières 24 heures, contre 145 la veille.

Enfin, sur le plan de la vaccination, 14.297.308 personnes ont reçu au moins une injection de vaccin et 5.691.519 personnes ont reçu les deux doses, selon la Direction générale de la santé (DGS).

Russie–Navalny transféré à l’hôpital

Russie–Navalny transféré à l’hôpital

Devant la dégradation sanitaire de l’opposant russe,. le chef de la diplomatie de l’UE, Josep Borrell, a demandé aux autorités russes et obtenues que Navalny, transféré lundi dans l’hôpital de la prison, ait un «accès immédiat» à des médecins en lesquels «il ait confiance».

 

Joe Biden de son côté a promis des «conséquences» pour la Russie en cas de mort de Navalny.

 

.Le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, a demandé de manière «urgente» aux autorités russes de fournir un «traitement médical adéquat» à Navalny, qui souffre des séquelles de son empoisonnement, d’une hernie discale et des conséquences de sa grève de la faim. Cependant les sanctions envisageables contre la Russie divisent les Européens notamment celles qui signeraient la mort du gazoduc Nord Stream 2 ou viseraient les avoirs financiers des dirigeants russes à l’étranger.

 

19 MILLIARDS D’EUROS POUR L’HÔPITAL

19 MILLIARDS D’EUROS POUR L’HÔPITAL

 

La somme paraît effectivement assez considérable mais il convient de relativiser car il s’agit d’un plan essentiellement étalé sur une dizaine d’années dont on n’est pas certain de l’avenir notamment après les élections présidentielles. En outre, 6 milliards doivent être consacrés au désendettement ce qui réduit de façon sensible la part réservée aux investissements et au fonctionnement.

9 milliards d’euros seront tout d’abord affectés à la « modernisation de l’offre de soins hospitalière » via le financement d’une « centaine de projets partout sur le territoire ». Sur ce montant, 1,5 milliard d’euros seront destinés au soutien de l’investissement courant des établissements, 6,5 milliards aux projets de transformation de l’offre de soins et 1 milliard pour « pallier les aléas sur 10 ans qui pourraient survenir pendant l’exécution du plan ».

Le deuxième volet sur plan portera sur la prise en charge des personnes âgées avec 1,5 milliard d’euros consacrés aux Ehpad sur cinq ans. Jean Castex a dit vouloir « une évolution profonde de l’offre de nos établissements pour personnes âgées, pour les ouvrir davantage sur leur environnement, créer les conditions de vie où les personnes se sentent davantage chez elles, favoriser le maintien à domicile par des accueils de jour, de répit, d’animation… ».

L’objectif de cet investissement est de « rénover ou créer des places dans les Ehpad en faisant évoluer les modes de prise en charge des personnes âgées », a encore expliqué le ministère de la Santé.

Troisième axe du plan d’investissement: le numérique. Au total, 2 milliards d’euros seront investis sur trois ans pour mettre à niveau les systèmes d’information des établissements médico-sociaux.

Enfin, 6,5 milliards d’euros sur dix ans seront consacrés au désendettement des établissements de santé. « 

« Ségur de la santé » après le Ségur de l’hôpital

« Ségur de la santé » après le Ségur de l’hôpital

 

 

 

Ce qu’on a appelé le Ségur de la santé  s’est pour l’instant limité à un Ségur de l’hôpital et encore sur les seuls aspects des rémunérations pour l’essentiel. Le deuxième volet de la réflexion doit porter sur le système de santé global prenant en compte des différents établissements, leurs différents statuts, les différents personnels notamment la médecine libérale. L’ancienne patronne de la CFDT Nicole Notat, chargée de piloter depuis fin mai le « Ségur de la santé », doit remettre officiellement ce mardi matin son rapport aux organisations et syndicats ayant participé à la concertation.

La remise du rapport se tiendra en présence d’Olivier Véran, qui précisera les mesures qu’il entend mettre en oeuvre en réponse aux propositions faites ces dernières semaines par les acteurs du système de santé.

Pas sûr qu’on aille très loin dans cette remise à plat du système de soins en France car les enjeux sont nombreux. Il y a les progrès scientifiques considérables mais souvent coûteux, le vieillissement de la population, des pathologies nouvelles liées au mode de vie, à l’alimentation et aux modes de production. La place respective de l’hôpital et de la médecine de ville. L’articulation entre le privé et le public et bien sûr au final le financement de tout le système. Le ministre de la santé toujours très prolifique a cependant mit la pédale douce sur l’ampleur de la réforme.

 

« Il ne s’agit pas de tout chambouler » dans la « feuille de route » fixée dans le cadre du plan « Ma santé 2022″, arrêté en 2018 par l’ancienne ministre de la Santé Agnès Buzyn, a prévenu ce lundi Olivier Véran. « Le plan de ma prédécesseure est très bon » mais « nous allons amplifier, accélérer, accentuer, débureaucratiser, simplifier », a-t-il assuré.

Interrogé sur Europe 1, le président de la Fédération hospitalière de France (FHF) Frédéric Valletoux a dit « attendre beaucoup » de ce « temps 2″ du Ségur de la santé, espérant « une remise à plat de notre système de soins ».

« Il y avait bien sûr la question des salaires », réglée « en grande partie au moins la semaine dernière ». « Mais il y a tout le reste, qui concerne le financement, l’organisation des soins, la coopération des différents professionnels de santé », a-t-il expliqué.

Lors de son discours de politique générale, le Premier ministre Jean Castex a promis un plan d’investissement à six milliards d’euros pour le système de santé, venant s’ajouter aux 8,1 milliards débloqués pour améliorer la rémunération des personnels. Des moyens supplémentaires certes mais pas du tout la hauteur des enjeux.

« Ségur de la santé ou Ségur de l’hôpital » ?

« Ségur de la santé ou Ségur de l’hôpital » ?

 

Indiscutablement la discussion baptisée Ségur de la santé s’est conclue par un succès caractérisé par un compromis sur la revalorisation salariale dans les hôpitaux et pas seulement pour les médecins. Le compromis a été tenu largement par les syndicats majoritaires. Reste il s’agit essentiellement d’une négociation concernant les hôpitaux et non le champ entier de la santé qui comprend évidemment d’autres établissements de soins et bien d’autres  acteurs comme par exemple les médecins libéraux mais plus largement d’autres soignants.

Il fallait évidemment crever cet abcès de l’hôpital qui constitue un foyer d’infractions sociales depuis des mois et des mois bien avant la crise du Coronavirus. Cette première phase était indispensable En accordant 7,5 milliards d’euros de revalorisation salariale aux personnels non-médicaux, l’exécutif concède «la plus grosse augmentation de revenu jamais proposée dans ce pays», de l’aveu d‘Olivier Véran. Le CFDT ne s’y est pas trompée, qui a salué «un accord historique», suivie par FO et l’Unsa, transformant le texte soumis à la signature des syndicats en accord majoritaire.  En fait on a surtout revalorisé les rémunérations mais deux questions importantes restent à traiter : la réorganisation même de l’hôpital public et son articulation avec l’ensemble du dispositif sanitaire. Deux aspects également fondamentaux qui pour l’instant ne semblent pas figurer sur l’agenda gouvernemental

« Un seul patron à l’hôpital , le directeur ! »

« Un seul patron à l’hôpital , le directeur ! »

La logique « métier » des soignants s’oppose à la logique « rationalisation » de l’institution. L’hôpital est gangrené par ce conflit de légitimité, explique Marie-Astrid Piquet, professeure de gastro-entérologie et nutrition, dans une tribune au « Monde ».

Les malades pensent souvent qu’un médecin dirige l’hôpital. En fait, ce n’est pas le cas dans les hôpitaux publics français. Les directeurs sont des hauts fonctionnaires, issus d’un cursus de santé publique, gestion et management.

En 2009, la loi hôpital, patients, santé, territoires, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, a consacré le directeur général (DG) comme « le seul patron à l’hôpital ». Le DG détient ainsi le pouvoir de décision et de nomination. Il bénéficie des conseils éclairés d’un médecin élu par ses pairs, le président de la commission médicale d’établissement (CME), mais ce dernier n’a pas de pouvoirs propres, la loi lui conférant un rôle de proposition, mais pas de décision. Finalement, le président de CME acquiert sa capacité d’agir à travers la relation qu’il entretient avec le DG.

C’est ce que j’ai réalisé en prenant mes fonctions de présidente de CME. J’ai eu la chance de travailler avec un DG qui avait une grande connaissance du terrain hospitalier, une vision audacieuse de l’offre de soins et un sens aigu de la coopération avec les soignants. Nous avons toujours pu compter l’un sur l’autre.

Pourtant, nos discussions étaient parfois tendues, car je ressentais une frustration en cas de désaccord qui me laissait un goût un peu amer. Comme m’a dit un directeur, au football c’est toujours l’Allemagne qui gagne, au CHU c’est toujours le DG. Et cela m’a posé un problème.

J’étais médecin, élue présidente de CME, je pensais être légitime. Je pensais qu’en accédant à la présidence de CME, j’aurais autant de poids que le DG dans les décisions concernant les soins. En même temps, je n’ai jamais remis en cause la légitimité du DG. Il avait une légitimité de gestionnaire des fonds publics, un savoir-faire du management, une vision de santé publique large, et une responsabilité juridique que je n’avais pas.

Mais si la plupart des médecins qui travaillent au quotidien au contact des directeurs ne contestent pas leur légitimité, il n’en est pas de même pour les soignants du terrain.

Car deux logiques s’opposent : la logique de métier des soignants, qui priorisent le soin dans sa dimension humaine artisanale, centrée sur un colloque singulier, et la logique de l’institution, menée par les directeurs qui privilégient la rationalisation de l’activité, avec une perspective à plus grande échelle, et gèrent la pénurie. La raréfaction des moyens budgétaires a considérablement accru la pression de la direction sur les soignants, qui rejettent cette domination qui les prive d’autonomie dans l’organisation des soins.

6 milliards pour les salaires à l’hôpital (Olivier Véran)

6 milliards pour les salaires à l’hôpital (Olivier  Véran)

Le ministre de la Santé a avancé le chiffre de six milliards d’euros «pour les hôpitaux, les établissements médico-sociaux (publics) et les établissements privés», a indiqué à l’AFP un des participants. Cette somme inclut une augmentation générale des salaires des agents de la fonction publique hospitalière (hôpitaux, Ehpad…), une refonte des primes, ainsi que des hausses ciblées sur certaines professions, qui pourraient être étendues aux établissements privés, ont précisé trois autres sources.

Selon un projet d’accord présenté lors d’une précédente réunion, vendredi, ces hausses ciblées concerneraient notamment les catégories soignantes (infirmiers, aides-soignants) et médico-techniques (techniciens de laboratoire, manipulateurs radio). Ce document, remis aux syndicats, prévoyait que l’augmentation générale des salaires dans le secteur public entre en vigueur «à compter du 1er juillet» pour le million d’agents du secteur public, qu’ils soient titulaires ou contractuels.

Pour un responsable syndical, la négociation salariale peut désormais commencer car «on connaît enfin le bas de la fourchette». À deux semaines de la conclusion du «Ségur», «on entre dans le ‘money-time’», ajoute-t-il. Lancée fin mai, cette vaste concertation pilotée par l’ancienne dirigeante de la CFDT Nicole Notat doit concrétiser d’ici mi-juillet le «plan massif de revalorisation et d’investissement» promis par Emmanuel Macron en pleine épidémie de coronavirus.

Le compte n’y est toujours pas

Mais pour certains syndicats, qui revendiquent au préalable une «revalorisation générale des salaires» d’au moins 300 euros net par mois dans les établissements publics, le compte n’y est toujours pas. De plus, l’éventualité de devoir partager une partie de la somme avec le secteur privé, qui ne figurait pas dans le projet d’accord, a défavorablement surpris plusieurs participants. «Il faut que le gouvernement revoie complètement sa copie», estime même une responsable syndicale, pour qui «la pression est sur l’exécutif, qui a une obligation de résultat».

Après le succès de leur journée d’action le 16 juin, qui a réuni plusieurs dizaines de milliers de manifestants dans toute la France, plusieurs syndicats (CGT, FO, SUD, Unsa) et collectifs de soignants (Inter-Hôpitaux, Inter-Urgences) ont appelé à de nouveaux rassemblements le 30 juin. Une autre mobilisation est aussi envisagée le 14 juillet, sous une forme encore non définie, alors que le gouvernement a prévu de rendre hommage aux soignants en ce jour de fête nationale, où le traditionnel défilé militaire sera remplacé par une cérémonie sur la place de la Concorde.

les principaux syndicats de médecins ne se sont pas joints à ces initiatives, même si leur dernière réunion au ministère a tourné court mardi matin.

Mécontents de l’absence de calendrier et de chiffrage concernant leurs rémunérations, ils ont quitté la table au bout d’une heure pour «montrer (leur) mauvaise humeur». Ils réclament notamment une hausse immédiate de 300 euros net mensuel pour les internes et une forte revalorisation de leur grille de salaire, avec un minimum de 5.000 euros net en début de carrière et jusqu’à 10.000 euros en fin de carrière. Les praticiens hospitaliers en sauront peut-être davantage lors d’une nouvelle séance de discussion programmée vendredi.

« La politique de santé ne doit pas se réduire à augmenter les moyens consacrés à l’hôpital »

 « La politique de santé ne doit pas se réduire à augmenter les moyens consacrés à l’hôpital »

Gaby Bonnand Syndicaliste, militant associatif, secrétaire national de la CFDT (2002-2010) en charge des questions de santé, Étienne Caniard Militant mutualiste, membre du Conseil économique, social et environnemental alertent sur la prévention.

«  Se laisser enfermer par les aspects déformants de la crise pour penser le système de santé de demain ne contribuera ni à l’amélioration de la santé des populations ni au bien-être des soignants. La peur à laquelle succède aujourd’hui le soulagement conduisent à une union sacrée autour du « plus jamais ça » qui, plutôt qu’analyser la situation dans toute sa complexité préfère chercher et sanctionner des responsables ou honorer des héros.

Le débat sur l’organisation de notre système de santé ne peut se satisfaire d’une approche déformée par le prisme des tensions dans les services de réanimation et de soins intensifs. Le « Ségur de la santé » doit s’appuyer sur un diagnostic qui n’élude pas les questions de fond sur le sens même d’une politique de santé.

Il faut en finir avec notre déni devant la réapparition des risques infectieux. Les efforts consacrés à la prise en charge des malades chroniques de plus en plus nombreux et la volonté de contenir les dépenses de santé ont concentré notre attention au point que nous nous sommes crus à l’abri du retour des maladies infectieuses. Fascinés et aveuglés par les possibilités thérapeutiques nouvelles et les perspectives de progrès, nous avons négligé les signaux d’alerte pourtant nombreux.

Nous n’avons prêté attention ni aux phénomènes de résistance aux antibiotiques, ni aux liens entre environnement et santé, moins encore aux inégalités d’accès aux soins et d’espérance de vie qui persistent voire s’accentuent. Il nous faut désormais à la fois accélérer l’adaptation du système de santé à l’accompagnement et au suivi des maladies chroniques et créer les conditions pour faire face à des épidémies fulgurantes et mortelles qui risquent de s’installer de manière récurrente.

En mettant en évidence les conséquences des inégalités sociales, la crise rend visible la faiblesse de la prévention dans les politiques de santé. La prévention et la culture de santé publique nécessitent une vision de long terme. Une crise, conduit à privilégier l’urgence. C’est normal. Mais au moment où nous semblons en sortir, il est impératif de prendre du recul et d’essayer de comprendre pourquoi, malgré les discours, la prévention reste le parent pauvre.

En avril 2008, le rapport France 2025 du Centre d’analyse stratégique notait la faiblesse de la France dans ce domaine. Les choses ont peu changé depuis ! Faire de la prévention une priorité exige en effet des changements très profonds. Cela va de la formation des soignants et tout particulièrement des médecins, à l’organisation de l’offre de santé en passant par la capacité des acteurs du monde sanitaire et autres acteurs à agir ensemble sur les déterminants de la santé des individus (logement, travail, environnement) ou encore au rôle de l’école dans l’éducation à la santé.

 

Comment réussir la refondation de l’Hôpital

 Comment réussir la refondation de l’Hôpital

chronique collective des professionnels de santé dans la Tribune.

 

« Prononcées le 14 avril dernier par le Chef de l’Etat, au cœur d’un confinement jamais connu dans notre pays, tous les soignants ont entendu des paroles fortes. Elles ont créé une attente que les Français ont relayée tous les jours : celle d’une nouvelle page de l’histoire de nos politiques de santé.

Aujourd’hui, nous engageons une mobilisation générale pour préparer l’« après COVID ». Cet « après » qui ne peut pas, qui ne doit pas être la reproduction de l’avant, nous avons commencé à le dessiner ensemble. Nous, professionnels de santé, directeurs d’hôpitaux, présidents de Conseils de Surveillance et de Commissions Médicales d’Etablissement, doyens, cadres, sommes prêts, avec tous nos collègues, à assumer une refondation de l’hôpital en lien avec la révolution nécessaire de notre système de santé. Nous attendons du Gouvernement le soutien clair et résolu de cette ambition.

Cette ambition est d’abord celle d’une organisation refondée sur des objectifs de santé publique que notre société doit réaffirmer urgemment.

La refondation de l’hôpital passe par l’abandon du prisme budgétaire étroit et inadapté qui a prévalu depuis deux décennies en France, et dont les limites sont apparues cruellement depuis le début de cette pandémie.

« Tout ambulatoire », « rationalisation de capacités de réanimation », « ratios d’effectifs », « taux de marge brute comme critère majeur de gestion», « objectifs de taux d’occupation des lits créateurs de pénurie »… : toutes ces politiques issues de tableurs appliquées sans discernement ont affaibli les hôpitaux, de référence ou de proximité, en diminuant leurs capacités matérielles et humaines, les transformant en établissements à flux tendus, débordés par l’épidémie malgré l’engagement et le professionnalisme dont les hospitaliers ont fait preuve. La traduction en a été des pertes de chance pour des malades et des décès qui auraient pu être évités. Oui, la première chose à faire est de reprendre une distance sanitaire avec les oukases des cost-killers et autres COPERMO.

Corollaire de ce constat : tout le système de financement doit être repensé, à la ville comme à l’hôpital, en abandonnant la tarification à l’activité telle qu’elle est conçue et appliquée. Elle n’a sans doute pas tous les défauts qui lui sont prêtés, mais l’hôpital ne peut s’accommoder d’un financement à la commission. L’impact sur les salaires du coût du système et la question de son financement global ne sauraient être une variable évacuée mais cette tarification a montré toutes ses limites dans la crise. Ces limites avaient déjà été dénoncées préalablement dans d’autres domaines comme ceux de la prévention, ou de la prise en charge des maladies chroniques notamment.

Cette ambition, c’est ensuite celle d’une réelle politique d’investissement. Elle ne doit plus être conçue comme la contrepartie de la suppression de capacités ou d’emplois, dont on a vu le caractère délétère. Une politique d’investissement ambitieuse est la seconde condition majeure de l’adaptation de l’hôpital. Les équipes hospitalières, dans la plupart des régions, ont travaillé avec l’Etat depuis des années pour définir les investissements nécessaires au renforcement de l’Hôpital. Citons par exemple le CHRU de Nancy ; celui-ci a reçu un premier aval du ministère juste avant le développement de l’épidémie COVID. La refondation passera par une politique d’investissement qui prendra en compte les leçons de la crise COVID, dynamisera les projets existants et transformera les hôpitaux du pays en lieux de soins préparés aux enjeux sanitaires de notre temps.

L’investissement, c’est aussi le soin dû aux professionnels, qui ne peuvent plus être considérés comme la variable d’ajustement. Leurs effectifs doivent retrouver dans des organisations sans doute innovantes, des niveaux compatibles avec la qualité des soins aux malades, mais aussi au respect dû à ceux qui donnent beaucoup.

Cette ambition, c’est aussi celle de la considération qui est due à tous les professionnels hospitaliers. Leur travail doit être reconnu au-delà des discours et propos convenus, avec des conditions de rémunérations qui permette à l’hôpital de conserver soignants et médecins. Une refonte des métiers et des carrières, leurs contenus, les formations qui y conduisent doit permettre de retrouver une attractivité perdue. Le rattrapage de l’insuffisance des rémunérations est une urgente priorité, mais, au-delà, il est essentiel de mieux prendre en compte la réalité de l’exercice professionnel, des responsabilités assumées, des compétences demandées ; il faut individualiser, évoluer en prenant en compte l’expérience.

Cette ambition, c’est celle de la liberté et de l’agilité. La gouvernance de l’Hôpital a montré dans la crise sa capacité à faire face, mais aussi les limites qui l’entravent : donner de la liberté, limiter toutes les strates internes ou externes qui alourdissent la décision, dégraisser le cadre réglementaire ou normatif, réduire le nombre d’agences thématiques qui produisent du texte et des normes contradictoires.

L’organisation sanitaire a été mise en cause dans cette crise. S’interroger sur le sens de son action, ses missions, son lien avec les acteurs de terrain, les élus, apparait indispensable. Chacun connaît des interactions qui peuvent être chaotiques entre des ARS plus budgétaires qu’opérationnelles, assujetties aux services parisiens, des Groupements Hospitaliers de Territoire inaboutis – dont sont absents les établissements privés qui ont su collaborer dans la crise – des établissements publics soumis à une tutelle d’autant plus tatillonne qu’elle perd parfois de vue sa raison d’être… Cette organisation a montré ses insuffisances qui doivent être corrigées par une réelle décentralisation. En interne, il faut aussi laisser les professionnels déterminer leur cadre de travail, retrouver le sens des projets collectifs en dépassant le couple directeur-médecin pour intégrer les professionnels non médicaux dont le rôle majeur a été rappelé de manière éclatante depuis le début du COVID.

Cette ambition, enfin, c’est la capacité à nous « donner de l’air » en partant des territoires, des élus locaux, et du lien global avec la population. La question n’est pas seulement l’hôpital. Elle intéresse chaque territoire, les villes, les professionnels de santé, les structures médico-sociales, alors que les déserts médicaux, avant COVID, étaient déjà une préoccupation forte de ces mêmes élus. Aujourd’hui, la reconnaissance des élus locaux par nos concitoyens reste forte, dans un contexte où la parole publique est contestée. En lien avec les professionnels de la santé, soignants, médecins, directeurs, avec les représentants des patients, ils sauront organiser les concertations populaires qui nourriront la feuille de route de ce futur système hospitalier, et du système de santé en général.

En ce mois de mai 2020, alors que l’épidémie semble marquer le pas, nous considérons avec bienveillance la proposition de « Ségur de la santé » proposée par le ministre Olivier Veran, tout en affirmant la nécessité absolue à sortir des alcôves des pouvoirs, des cercles corporatistes étroits de professionnels, ou des sociétés de conseil, pour associer les soignants, directions, usagers et élus de tout le pays, territoire par territoire. C’est seulement ainsi que nous construirons un socle partagé, adapté au terrain, premier pas d’une refondation « 

12



L'actu écologique |
bessay |
Mr. Sandro's Blog |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | astucesquotidiennes
| MIEUX-ETRE
| louis crusol