Archive pour le Tag 'l’Allemagne'

Politique énergétique: L’aveuglement écologique de l’Allemagne

Politique énergétique: L’aveuglement écologique de l’Allemagne

 

La guerre en Ukraine a mis en évidence le danger de la dépendance énergétique des pays européens à la Russie, résultat de choix relevant davantage de calculs politiques que de stratégie de long terme. Le renoncement au nucléaire en Allemagne le montre aujourd’hui, et doit pousser l’Europe à réintégrer l’énergie atomique pour s’assurer une production électrique indépendante. Par Didier Julienne, Président de Commodities & Resources (*). ( la Tribune)

 

Il y a 9 ans déjà que nous envisagions qu’Angela Merkel réatomise l’Allemagne, car sa stratégie semblait déjà intenable. Il y a 2 ans nous écrivions ici même dans un second « et si Angela Merkel réatomisait l’Allemagne » que « sans ressources, avec une diplomatie fragile parce qu’également dé-mondialisée mais sans désir de souveraineté énergétique, l’Europe et l’Allemagne seront dans une position gazière difficile. »

Aujourd’hui, c’est Vladimir Poutine qui jette aux yeux de l’Europe l’erreur nucléaire allemande. Sans gaz russe, il n’existe plus d’industrie allemande, et Berlin doit donc ou bien conserver ses centrales à charbon et lignite pour adosser son électricité renouvelable, ou bien ses centrales nucléaires.

Justement, quelle vision de l’atome pouvons-nous discerner sachant que les marchés énergétiques se ressemblent tous, mais que les marchés énergétiques nucléaires sont différents chacun à leur façon?

Il y a premièrement l’intumescence de l’histoire et l’ubris. L’Allemagne commet la faute d’abandonner le nucléaire à cause de son aveuglement écologique. 40 ans plus tard, car l’énergie c’est le temps long, le ministre allemand des Finances reconnait que cette stratégie énergétique allemande est une erreur, car basée sur la dépendance du renouvelable adossée et sécurisée de façon illusoire par du gaz, du charbon et du pétrole russes, et non pas sur une énergie décarbonée nationale, comme le nucléaire.

Notons au passage une autre vérité cachée par le dogme écologique : les fameux 400.000 emplois énergétiques verts allemands dans l’éolien et le solaire sont bien adossés à des emplois noirs dans le charbon, le lignite ou le gaz. Si ces derniers tombent, les premiers tombent également, comme le démontre le retour de l’électricité charbonnière cette semaine outre-Rhin, en Autriche et aux Pays-Bas pour adosser les renouvelables privées du back-up du gaz russe.

La France a préféré l’indépendance énergétique du nucléaire à toute autre considération. C’est-à-dire qu’en ce qui concerne le carbone, elle a déjà réalisé sa transition énergétique il y a 50 ans, dans les années 1970. Mais, curieusement, la génération de boomers qui voyait du haut de ses vingt ans cette souveraineté se construire aura tout fait pour la déconstruire pendant les 50 années suivantes, à l’aide d’une doxa sous domination de l’écologie allemande. L’échec énergétique berlinois actuel est donc le moteur puissant qui replace le nucléaire parisien sur sa trajectoire d’il y a 50 ans, c’est-à-dire le cycle fermé.

La Russie ou l’Ukraine n’ont jamais remis en cause l’électricité nucléaire malgré le drame de Tchernobyl. Au contraire, Moscou n’a cessé de progresser dans ce domaine au point que Rosatom conquière le leadership mondial, profitant du vide laissé par la calamiteuse gestion d’Areva puis de sa faillite à cause de la désastreuse opération Uramin. Si Areva n’avait pas été société nationale, elle aurait sans doute été découpée, vendue et désindustrialisée comme Alstom, créant là aussi des fortunes.

La Chine a également profité des 20 dernières années pour considérablement progresser et bâtir une future énergie électrique moins charbonnée indépendante et basée sur l’hydraulique, l’éolien et le nucléaire.

Enfin les États-Unis, anciens leaders mondiaux, se sont remis au travail pour revenir aux premières places de l’énergie nucléaire.

Ces stratégies mettent en évidence que l’ubris, la souveraineté, l’indépendance, la conquête sont les moteurs des Doctrines Énergétiques et des Solidarités Stratégiques des pays qu’ils soient des démocraties fonctionnant sous des contraintes économiques et environnementales ou bien des régimes non démocratiques sans ces mêmes contraintes.

Le temps qui s’est écoulé en France depuis les années 1990 correspond au temps politique pour qu’une erreur antinucléaire « à la mode » d’une ancienne génération soit reconnue comme une erreur sternutatoire par la suivante et que celle-ci la dissolve dans la solution: le retour du nucléaire.

Le temps est long dans l’énergie, il ne faut donc pas se tromper.

C’est pourquoi Berlin peut dire avec exactitude que soudainement, le temps d’une guerre, les prix de l’électricité actuels permettent aux renouvelables d’être rentables, mais l’erreur est de ne pas voir qu’ils sont hors de prix pour les consommateurs.

En d’autres termes, des renouvelables rentables parce que les prix de l’électricité sont élevés à cause du prix du gaz russe, c’est d’autant moins la solution que cette Doctrine énergétique aura facilité la catastrophe russo-ukrainienne.

Se tromper dans l’énergie en Allemagne c’est également être obligé de rouvrir des centrales à lignite lorsque le gaz russe n’est plus livré.

Se tromper dans l’énergie en Allemagne, et en France aussi, c’est prendre le risque, d’une part, de protestations dont Paris a connu les affres il y a 4 ans à cause d’amateurisme politique et, d’autre part, le risque d’un déclassement économique à cause d’une électricité chère et plus coûteuse que celle de pays concurrents, face à laquelle des taxes carbone aux frontières ne pèseront pas lourd.

Désormais, compte tenu des interdépendances électriques européennes, la nouvelle politique énergétique de Berlin ne peut pas se permettre de se tromper, en s’imposant à elle-même et à l’Europe une deuxième stratégie énergétique catastrophique en moins de 50 ans.

Au contraire, l’Allemagne doit faire sa révolution des idées, re-nucléariser son électricité et la coupler avec ses renouvelables plutôt que de compter sur son lignite ou le gaz russe. Révolution des idées, car ce nucléaire moderne doit faire office de nettoyeur de nos déchets nucléaires actuels. Il doit brûler dans des réacteurs à neutrons rapides (RNR) des charges atomiques qui seront formées du combustible usagé d’aujourd’hui. La France doit également s’engager résolument sur ce chemin, car l’intérêt est que là où 140 tonnes d’uranium minier sont nécessaires dans une centrale actuelle pour produire 1GWatt d’électricité, il suffit de 1,4 tonne (100 fois moins) de déchet gratuit pour produire la même quantité d’électricité dans un RNR. La Chine, le Japon l’Inde et la Russie sont en avance dans ce domaine, le RNR Brest-OD-300 de Rosatom est ainsi prévu d’être achevé en 2026.

Gratuit en effet, puisque ces déchets recyclés en nouveau carburant dans l’économie circulaire européenne du nucléaire sont déjà stockés en Allemagne ou en France ! Ils nous assurent donc une indépendance vis-à-vis de l’uranium minier et d’autres fournitures et donc une réelle souveraineté, car nous disposons de quantités de combustible usagé capable de produire notre électricité pendant 3. 000 ans à 10 .000 ans.

L’imprécision des chiffres est ici un avantage, car une durée si longue transforme l’électricité nucléaire en renouvelable vertueux puisque cette économie circulaire du nucléaire assure une quantité d’électricité sans déchets, pilotable, abondante et à un prix européen maîtrisé pour toujours.

Maîtrisé en effet, puisque la matière première, le combustible recyclé, est déjà chez nous. Pour toujours également, car après 3 000 ans à 10 000 ans, cette électricité pilotable, non intermittente, nous aura permis de découvrir une nouvelle forme d’énergie.

Cette dernière sera peut-être celle du thorium ou l’abandon de la fission nucléaire et l’embarquement pour ITER et la fusion nucléaire, l’énergie des étoiles. Là, deux seaux d’eau de mer permettront à chaque Français d’avoir de l’électricité pour une vie entière, sans engendrer de déchets.

La difficulté de cette perspective n’est pas technique, mais politique, car cette indépendance électrique anéantit un dogme écologiste commun à l’Allemagne et la France. Dès lors qu’ils sont brûlés en produisant de l’électricité, le problème des déchets est supprimé. Nous sommes donc bien face à un choix qui nécessite des personnels politiques qui comprennent vraiment la technique plutôt que la communication.

Comme l’écrivait une philosophe des manœuvres politiques : « Le mensonge est souvent plus plausible, plus tentant pour la raison que la réalité, car le mensonge possède le grand avantage de savoir d’avance ce que le public souhaite entendre ou s’attend à entendre. »

La fermeture programmée de tous les réacteurs allemands (mais peut-être leur prolongement après 2022), la fermeture de Fessenheim (c’est bien dommage), l’abandon du programme Astrid sur les RNR (regrettable), les petits réacteurs modulaires (sans commentaire), les EPR et demain les réacteurs à neutrons rapides ou Iter: la souveraineté électrique ne peut s’établir dans l’inconstance politique zigzagante en fonction de vogues électorales.

Elle peut en revanche se durcir à cause d’une guerre. C’est pourquoi ce ne sera ni Angela Merkel ni son successeur qui seront les responsables d’une électricité allemande et européenne réatomisée, mais Vladimir Poutine et c’est bien là tout le paradoxe.

______

(*) Didier Julienne anime un blog sur les problématiques industrielles et géopolitiques liées aux marchés des métaux. 

Energies- Nucléaire, gaz russe, charbon : l’Allemagne fait marche arrière

Energies- Nucléaire, gaz russe, charbon : l’Allemagne fait marche arrière

 

 

L’Allemagne envisage désormais de prolonger la durée d’exploitation des trois dernières centrales en activité dans le pays. De même pour le charbon: Berlin compte augmenter le recours à cette énergie fossile très polluante qui devait pourtant disparaître du pays en 2030.

L’Allemagne dépendait à plus de 50 % du gaz russe qui constitué l’axe stratégique de sa politique énergétique. Aujourd’hui ce gaz russe représente plus que 30 % et devrait tomber à 10 % voire à zéro. Du coup, l’Allemagne remet  complètement en cause le contenu de sa politique énergétique. En plus du gaz russe, l’Allemagne comptait sur les énergies alternatives qui constituent un véritable fiasco notamment les éoliennes. Forcé de trouver une solution - au-delà de demander aux ménages d’adopter des habitudes de sobriété énergétique en prenant, en prenant par exemple des douches plus courtes et plus froides (!), Olaf Scholz a justifié les réflexions en cours sur le sujet du nucléaire par le fait que le développement des énergies renouvelables, censées remplacer l’énergie nucléaire et le charbon, est plus lent que prévu. Et il est « très différent d’une région à l’autre en Allemagne », a-t-il dit, pointant du doigt l’énergie éolienne .  Du coup l’Allemagne développe surtout des centrales à charbon. Pire l’Allemagne à travers des propos de son chancelier n’exclut plus de recourir davantage au nucléaire !

En effet,’une des pistes actuellement envisagées par le gouvernement est de se tourner de nouveau vers le nucléaire. Une énergie que l’Allemagne avait pourtant décidé d’abandonner à la fin de l’année. Néanmoins, ce mercredi, le chancelier allemand a estimé que cela « peut faire sens » de prolonger la durée d’exploitation des trois dernières centrales nucléaires en activité en Allemagne même si elles « ne sont pertinentes que pour la production d’électricité et seulement pour une petite partie de celle-ci ».

La consommation de charbon était pourtant déjà en hausse avant le déclenchement de la guerre en Ukraine et la flambée des prix qui s’en est suivie. L’Allemagne s’était davantage appuyée sur cette énergie fossile pour pallier la sortie du nucléaire et en attendant que les énergies renouvelables se développent suffisamment. En 2021, la production d’électricité à partir de charbon avait crû de près de 18%. De même, 28,9% de l’électricité injectée dans le réseau du pays provenait encore de centrales à charbon au premier trimestre 2021, « contre 13% en moyenne dans l’Union européenne », selon une note de l’Institut Jacques Delors sur le sujet. La demande de ce combustible a toutefois été divisée par trois depuis 1990 en Allemagne.

 

Nucléaire, gaz russe, charbon : l’Allemagne fait marche arrière

Nucléaire, gaz russe, charbon : l’Allemagne fait marche arrière

 

 

L’Allemagne envisage désormais de prolonger la durée d’exploitation des trois dernières centrales en activité dans le pays. De même pour le charbon: Berlin compte augmenter le recours à cette énergie fossile très polluante qui devait pourtant disparaître du pays en 2030.

L’Allemagne dépendait à plus de 50 % du gaz russe qui constitué l’axe stratégique de sa politique énergétique. Aujourd’hui ce gaz russe représente plus que 30 % et devrait tomber à 10 % voire à zéro. Du coup, l’Allemagne remet  complètement en cause le contenu de sa politique énergétique. En plus du gaz russe, l’Allemagne comptait sur les énergies alternatives qui constituent un véritable fiasco notamment les éoliennes. Forcé de trouver une solution - au-delà de demander aux ménages d’adopter des habitudes de sobriété énergétique en prenant, en prenant par exemple des douches plus courtes et plus froides (!), Olaf Scholz a justifié les réflexions en cours sur le sujet du nucléaire par le fait que le développement des énergies renouvelables, censées remplacer l’énergie nucléaire et le charbon, est plus lent que prévu. Et il est « très différent d’une région à l’autre en Allemagne », a-t-il dit, pointant du doigt l’énergie éolienne .  Du coup l’Allemagne développe surtout des centrales à charbon. Pire l’Allemagne à travers des propos de son chancelier n’exclut plus de recourir davantage au nucléaire !

En effet,’une des pistes actuellement envisagées par le gouvernement est de se tourner de nouveau vers le nucléaire. Une énergie que l’Allemagne avait pourtant décidé d’abandonner à la fin de l’année. Néanmoins, ce mercredi, le chancelier allemand a estimé que cela « peut faire sens » de prolonger la durée d’exploitation des trois dernières centrales nucléaires en activité en Allemagne même si elles « ne sont pertinentes que pour la production d’électricité et seulement pour une petite partie de celle-ci ».

La consommation de charbon était pourtant déjà en hausse avant le déclenchement de la guerre en Ukraine et la flambée des prix qui s’en est suivie. L’Allemagne s’était davantage appuyée sur cette énergie fossile pour pallier la sortie du nucléaire et en attendant que les énergies renouvelables se développent suffisamment. En 2021, la production d’électricité à partir de charbon avait crû de près de 18%. De même, 28,9% de l’électricité injectée dans le réseau du pays provenait encore de centrales à charbon au premier trimestre 2021, « contre 13% en moyenne dans l’Union européenne », selon une note de l’Institut Jacques Delors sur le sujet. La demande de ce combustible a toutefois été divisée par trois depuis 1990 en Allemagne.

 

Energie: L’aveuglement écologique de l’Allemagne

Energie: L’aveuglement écologique de l’Allemagne

 

La guerre en Ukraine a mis en évidence le danger de la dépendance énergétique des pays européens à la Russie, résultat de choix relevant davantage de calculs politiques que de stratégie de long terme. Le renoncement au nucléaire en Allemagne le montre aujourd’hui, et doit pousser l’Europe à réintégrer l’énergie atomique pour s’assurer une production électrique indépendante. Par Didier Julienne, Président de Commodities & Resources (*). ( la Tribune)

 

Il y a 9 ans déjà que nous envisagions qu’Angela Merkel réatomise l’Allemagne, car sa stratégie semblait déjà intenable. Il y a 2 ans nous écrivions ici même dans un second « et si Angela Merkel réatomisait l’Allemagne » que « sans ressources, avec une diplomatie fragile parce qu’également dé-mondialisée mais sans désir de souveraineté énergétique, l’Europe et l’Allemagne seront dans une position gazière difficile. »

Aujourd’hui, c’est Vladimir Poutine qui jette aux yeux de l’Europe l’erreur nucléaire allemande. Sans gaz russe, il n’existe plus d’industrie allemande, et Berlin doit donc ou bien conserver ses centrales à charbon et lignite pour adosser son électricité renouvelable, ou bien ses centrales nucléaires.

Justement, quelle vision de l’atome pouvons-nous discerner sachant que les marchés énergétiques se ressemblent tous, mais que les marchés énergétiques nucléaires sont différents chacun à leur façon?

Il y a premièrement l’intumescence de l’histoire et l’ubris. L’Allemagne commet la faute d’abandonner le nucléaire à cause de son aveuglement écologique. 40 ans plus tard, car l’énergie c’est le temps long, le ministre allemand des Finances reconnait que cette stratégie énergétique allemande est une erreur, car basée sur la dépendance du renouvelable adossée et sécurisée de façon illusoire par du gaz, du charbon et du pétrole russes, et non pas sur une énergie décarbonée nationale, comme le nucléaire.

Notons au passage une autre vérité cachée par le dogme écologique : les fameux 400.000 emplois énergétiques verts allemands dans l’éolien et le solaire sont bien adossés à des emplois noirs dans le charbon, le lignite ou le gaz. Si ces derniers tombent, les premiers tombent également, comme le démontre le retour de l’électricité charbonnière cette semaine outre-Rhin, en Autriche et aux Pays-Bas pour adosser les renouvelables privées du back-up du gaz russe.

La France a préféré l’indépendance énergétique du nucléaire à toute autre considération. C’est-à-dire qu’en ce qui concerne le carbone, elle a déjà réalisé sa transition énergétique il y a 50 ans, dans les années 1970. Mais, curieusement, la génération de boomers qui voyait du haut de ses vingt ans cette souveraineté se construire aura tout fait pour la déconstruire pendant les 50 années suivantes, à l’aide d’une doxa sous domination de l’écologie allemande. L’échec énergétique berlinois actuel est donc le moteur puissant qui replace le nucléaire parisien sur sa trajectoire d’il y a 50 ans, c’est-à-dire le cycle fermé.

La Russie ou l’Ukraine n’ont jamais remis en cause l’électricité nucléaire malgré le drame de Tchernobyl. Au contraire, Moscou n’a cessé de progresser dans ce domaine au point que Rosatom conquière le leadership mondial, profitant du vide laissé par la calamiteuse gestion d’Areva puis de sa faillite à cause de la désastreuse opération Uramin. Si Areva n’avait pas été société nationale, elle aurait sans doute été découpée, vendue et désindustrialisée comme Alstom, créant là aussi des fortunes.

La Chine a également profité des 20 dernières années pour considérablement progresser et bâtir une future énergie électrique moins charbonnée indépendante et basée sur l’hydraulique, l’éolien et le nucléaire.

Enfin les États-Unis, anciens leaders mondiaux, se sont remis au travail pour revenir aux premières places de l’énergie nucléaire.

Ces stratégies mettent en évidence que l’ubris, la souveraineté, l’indépendance, la conquête sont les moteurs des Doctrines Énergétiques et des Solidarités Stratégiques des pays qu’ils soient des démocraties fonctionnant sous des contraintes économiques et environnementales ou bien des régimes non démocratiques sans ces mêmes contraintes.

Le temps qui s’est écoulé en France depuis les années 1990 correspond au temps politique pour qu’une erreur antinucléaire « à la mode » d’une ancienne génération soit reconnue comme une erreur sternutatoire par la suivante et que celle-ci la dissolve dans la solution: le retour du nucléaire.

Le temps est long dans l’énergie, il ne faut donc pas se tromper.

C’est pourquoi Berlin peut dire avec exactitude que soudainement, le temps d’une guerre, les prix de l’électricité actuels permettent aux renouvelables d’être rentables, mais l’erreur est de ne pas voir qu’ils sont hors de prix pour les consommateurs.

En d’autres termes, des renouvelables rentables parce que les prix de l’électricité sont élevés à cause du prix du gaz russe, c’est d’autant moins la solution que cette Doctrine énergétique aura facilité la catastrophe russo-ukrainienne.

Se tromper dans l’énergie en Allemagne c’est également être obligé de rouvrir des centrales à lignite lorsque le gaz russe n’est plus livré.

Se tromper dans l’énergie en Allemagne, et en France aussi, c’est prendre le risque, d’une part, de protestations dont Paris a connu les affres il y a 4 ans à cause d’amateurisme politique et, d’autre part, le risque d’un déclassement économique à cause d’une électricité chère et plus coûteuse que celle de pays concurrents, face à laquelle des taxes carbone aux frontières ne pèseront pas lourd.

Désormais, compte tenu des interdépendances électriques européennes, la nouvelle politique énergétique de Berlin ne peut pas se permettre de se tromper, en s’imposant à elle-même et à l’Europe une deuxième stratégie énergétique catastrophique en moins de 50 ans.

Au contraire, l’Allemagne doit faire sa révolution des idées, re-nucléariser son électricité et la coupler avec ses renouvelables plutôt que de compter sur son lignite ou le gaz russe. Révolution des idées, car ce nucléaire moderne doit faire office de nettoyeur de nos déchets nucléaires actuels. Il doit brûler dans des réacteurs à neutrons rapides (RNR) des charges atomiques qui seront formées du combustible usagé d’aujourd’hui. La France doit également s’engager résolument sur ce chemin, car l’intérêt est que là où 140 tonnes d’uranium minier sont nécessaires dans une centrale actuelle pour produire 1GWatt d’électricité, il suffit de 1,4 tonne (100 fois moins) de déchet gratuit pour produire la même quantité d’électricité dans un RNR. La Chine, le Japon l’Inde et la Russie sont en avance dans ce domaine, le RNR Brest-OD-300 de Rosatom est ainsi prévu d’être achevé en 2026.

Gratuit en effet, puisque ces déchets recyclés en nouveau carburant dans l’économie circulaire européenne du nucléaire sont déjà stockés en Allemagne ou en France ! Ils nous assurent donc une indépendance vis-à-vis de l’uranium minier et d’autres fournitures et donc une réelle souveraineté, car nous disposons de quantités de combustible usagé capable de produire notre électricité pendant 3. 000 ans à 10 .000 ans.

L’imprécision des chiffres est ici un avantage, car une durée si longue transforme l’électricité nucléaire en renouvelable vertueux puisque cette économie circulaire du nucléaire assure une quantité d’électricité sans déchets, pilotable, abondante et à un prix européen maîtrisé pour toujours.

Maîtrisé en effet, puisque la matière première, le combustible recyclé, est déjà chez nous. Pour toujours également, car après 3 000 ans à 10 000 ans, cette électricité pilotable, non intermittente, nous aura permis de découvrir une nouvelle forme d’énergie.

Cette dernière sera peut-être celle du thorium ou l’abandon de la fission nucléaire et l’embarquement pour ITER et la fusion nucléaire, l’énergie des étoiles. Là, deux seaux d’eau de mer permettront à chaque Français d’avoir de l’électricité pour une vie entière, sans engendrer de déchets.

La difficulté de cette perspective n’est pas technique, mais politique, car cette indépendance électrique anéantit un dogme écologiste commun à l’Allemagne et la France. Dès lors qu’ils sont brûlés en produisant de l’électricité, le problème des déchets est supprimé. Nous sommes donc bien face à un choix qui nécessite des personnels politiques qui comprennent vraiment la technique plutôt que la communication.

Comme l’écrivait une philosophe des manœuvres politiques : « Le mensonge est souvent plus plausible, plus tentant pour la raison que la réalité, car le mensonge possède le grand avantage de savoir d’avance ce que le public souhaite entendre ou s’attend à entendre. »

La fermeture programmée de tous les réacteurs allemands (mais peut-être leur prolongement après 2022), la fermeture de Fessenheim (c’est bien dommage), l’abandon du programme Astrid sur les RNR (regrettable), les petits réacteurs modulaires (sans commentaire), les EPR et demain les réacteurs à neutrons rapides ou Iter: la souveraineté électrique ne peut s’établir dans l’inconstance politique zigzagante en fonction de vogues électorales.

Elle peut en revanche se durcir à cause d’une guerre. C’est pourquoi ce ne sera ni Angela Merkel ni son successeur qui seront les responsables d’une électricité allemande et européenne réatomisée, mais Vladimir Poutine et c’est bien là tout le paradoxe.

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(*) Didier Julienne anime un blog sur les problématiques industrielles et géopolitiques liées aux marchés des métaux. 

L’aveuglement écologique de l’Allemagne

L’aveuglement écologique de l’Allemagne

 

La guerre en Ukraine a mis en évidence le danger de la dépendance énergétique des pays européens à la Russie, résultat de choix relevant davantage de calculs politiques que de stratégie de long terme. Le renoncement au nucléaire en Allemagne le montre aujourd’hui, et doit pousser l’Europe à réintégrer l’énergie atomique pour s’assurer une production électrique indépendante. Par Didier Julienne, Président de Commodities & Resources (*). ( la Tribune)

 

Il y a 9 ans déjà que nous envisagions qu’Angela Merkel réatomise l’Allemagne, car sa stratégie semblait déjà intenable. Il y a 2 ans nous écrivions ici même dans un second « et si Angela Merkel réatomisait l’Allemagne » que « sans ressources, avec une diplomatie fragile parce qu’également dé-mondialisée mais sans désir de souveraineté énergétique, l’Europe et l’Allemagne seront dans une position gazière difficile. »

Aujourd’hui, c’est Vladimir Poutine qui jette aux yeux de l’Europe l’erreur nucléaire allemande. Sans gaz russe, il n’existe plus d’industrie allemande, et Berlin doit donc ou bien conserver ses centrales à charbon et lignite pour adosser son électricité renouvelable, ou bien ses centrales nucléaires.

Justement, quelle vision de l’atome pouvons-nous discerner sachant que les marchés énergétiques se ressemblent tous, mais que les marchés énergétiques nucléaires sont différents chacun à leur façon?

Il y a premièrement l’intumescence de l’histoire et l’ubris. L’Allemagne commet la faute d’abandonner le nucléaire à cause de son aveuglement écologique. 40 ans plus tard, car l’énergie c’est le temps long, le ministre allemand des Finances reconnait que cette stratégie énergétique allemande est une erreur, car basée sur la dépendance du renouvelable adossée et sécurisée de façon illusoire par du gaz, du charbon et du pétrole russes, et non pas sur une énergie décarbonée nationale, comme le nucléaire.

Notons au passage une autre vérité cachée par le dogme écologique : les fameux 400.000 emplois énergétiques verts allemands dans l’éolien et le solaire sont bien adossés à des emplois noirs dans le charbon, le lignite ou le gaz. Si ces derniers tombent, les premiers tombent également, comme le démontre le retour de l’électricité charbonnière cette semaine outre-Rhin, en Autriche et aux Pays-Bas pour adosser les renouvelables privées du back-up du gaz russe.

La France a préféré l’indépendance énergétique du nucléaire à toute autre considération. C’est-à-dire qu’en ce qui concerne le carbone, elle a déjà réalisé sa transition énergétique il y a 50 ans, dans les années 1970. Mais, curieusement, la génération de boomers qui voyait du haut de ses vingt ans cette souveraineté se construire aura tout fait pour la déconstruire pendant les 50 années suivantes, à l’aide d’une doxa sous domination de l’écologie allemande. L’échec énergétique berlinois actuel est donc le moteur puissant qui replace le nucléaire parisien sur sa trajectoire d’il y a 50 ans, c’est-à-dire le cycle fermé.

La Russie ou l’Ukraine n’ont jamais remis en cause l’électricité nucléaire malgré le drame de Tchernobyl. Au contraire, Moscou n’a cessé de progresser dans ce domaine au point que Rosatom conquière le leadership mondial, profitant du vide laissé par la calamiteuse gestion d’Areva puis de sa faillite à cause de la désastreuse opération Uramin. Si Areva n’avait pas été société nationale, elle aurait sans doute été découpée, vendue et désindustrialisée comme Alstom, créant là aussi des fortunes.

La Chine a également profité des 20 dernières années pour considérablement progresser et bâtir une future énergie électrique moins charbonnée indépendante et basée sur l’hydraulique, l’éolien et le nucléaire.

Enfin les États-Unis, anciens leaders mondiaux, se sont remis au travail pour revenir aux premières places de l’énergie nucléaire.

Ces stratégies mettent en évidence que l’ubris, la souveraineté, l’indépendance, la conquête sont les moteurs des Doctrines Énergétiques et des Solidarités Stratégiques des pays qu’ils soient des démocraties fonctionnant sous des contraintes économiques et environnementales ou bien des régimes non démocratiques sans ces mêmes contraintes.

Le temps qui s’est écoulé en France depuis les années 1990 correspond au temps politique pour qu’une erreur antinucléaire « à la mode » d’une ancienne génération soit reconnue comme une erreur sternutatoire par la suivante et que celle-ci la dissolve dans la solution: le retour du nucléaire.

Le temps est long dans l’énergie, il ne faut donc pas se tromper.

C’est pourquoi Berlin peut dire avec exactitude que soudainement, le temps d’une guerre, les prix de l’électricité actuels permettent aux renouvelables d’être rentables, mais l’erreur est de ne pas voir qu’ils sont hors de prix pour les consommateurs.

En d’autres termes, des renouvelables rentables parce que les prix de l’électricité sont élevés à cause du prix du gaz russe, c’est d’autant moins la solution que cette Doctrine énergétique aura facilité la catastrophe russo-ukrainienne.

Se tromper dans l’énergie en Allemagne c’est également être obligé de rouvrir des centrales à lignite lorsque le gaz russe n’est plus livré.

Se tromper dans l’énergie en Allemagne, et en France aussi, c’est prendre le risque, d’une part, de protestations dont Paris a connu les affres il y a 4 ans à cause d’amateurisme politique et, d’autre part, le risque d’un déclassement économique à cause d’une électricité chère et plus coûteuse que celle de pays concurrents, face à laquelle des taxes carbone aux frontières ne pèseront pas lourd.

Désormais, compte tenu des interdépendances électriques européennes, la nouvelle politique énergétique de Berlin ne peut pas se permettre de se tromper, en s’imposant à elle-même et à l’Europe une deuxième stratégie énergétique catastrophique en moins de 50 ans.

Au contraire, l’Allemagne doit faire sa révolution des idées, re-nucléariser son électricité et la coupler avec ses renouvelables plutôt que de compter sur son lignite ou le gaz russe. Révolution des idées, car ce nucléaire moderne doit faire office de nettoyeur de nos déchets nucléaires actuels. Il doit brûler dans des réacteurs à neutrons rapides (RNR) des charges atomiques qui seront formées du combustible usagé d’aujourd’hui. La France doit également s’engager résolument sur ce chemin, car l’intérêt est que là où 140 tonnes d’uranium minier sont nécessaires dans une centrale actuelle pour produire 1GWatt d’électricité, il suffit de 1,4 tonne (100 fois moins) de déchet gratuit pour produire la même quantité d’électricité dans un RNR. La Chine, le Japon l’Inde et la Russie sont en avance dans ce domaine, le RNR Brest-OD-300 de Rosatom est ainsi prévu d’être achevé en 2026.

Gratuit en effet, puisque ces déchets recyclés en nouveau carburant dans l’économie circulaire européenne du nucléaire sont déjà stockés en Allemagne ou en France ! Ils nous assurent donc une indépendance vis-à-vis de l’uranium minier et d’autres fournitures et donc une réelle souveraineté, car nous disposons de quantités de combustible usagé capable de produire notre électricité pendant 3. 000 ans à 10 .000 ans.

L’imprécision des chiffres est ici un avantage, car une durée si longue transforme l’électricité nucléaire en renouvelable vertueux puisque cette économie circulaire du nucléaire assure une quantité d’électricité sans déchets, pilotable, abondante et à un prix européen maîtrisé pour toujours.

Maîtrisé en effet, puisque la matière première, le combustible recyclé, est déjà chez nous. Pour toujours également, car après 3 000 ans à 10 000 ans, cette électricité pilotable, non intermittente, nous aura permis de découvrir une nouvelle forme d’énergie.

Cette dernière sera peut-être celle du thorium ou l’abandon de la fission nucléaire et l’embarquement pour ITER et la fusion nucléaire, l’énergie des étoiles. Là, deux seaux d’eau de mer permettront à chaque Français d’avoir de l’électricité pour une vie entière, sans engendrer de déchets.

La difficulté de cette perspective n’est pas technique, mais politique, car cette indépendance électrique anéantit un dogme écologiste commun à l’Allemagne et la France. Dès lors qu’ils sont brûlés en produisant de l’électricité, le problème des déchets est supprimé. Nous sommes donc bien face à un choix qui nécessite des personnels politiques qui comprennent vraiment la technique plutôt que la communication.

Comme l’écrivait une philosophe des manœuvres politiques : « Le mensonge est souvent plus plausible, plus tentant pour la raison que la réalité, car le mensonge possède le grand avantage de savoir d’avance ce que le public souhaite entendre ou s’attend à entendre. »

La fermeture programmée de tous les réacteurs allemands (mais peut-être leur prolongement après 2022), la fermeture de Fessenheim (c’est bien dommage), l’abandon du programme Astrid sur les RNR (regrettable), les petits réacteurs modulaires (sans commentaire), les EPR et demain les réacteurs à neutrons rapides ou Iter: la souveraineté électrique ne peut s’établir dans l’inconstance politique zigzagante en fonction de vogues électorales.

Elle peut en revanche se durcir à cause d’une guerre. C’est pourquoi ce ne sera ni Angela Merkel ni son successeur qui seront les responsables d’une électricité allemande et européenne réatomisée, mais Vladimir Poutine et c’est bien là tout le paradoxe.

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(*) Didier Julienne anime un blog sur les problématiques industrielles et géopolitiques liées aux marchés des métaux. 

UE: L’Allemagne veut une politique étrangère unique

UE: L’Allemagne veut une politique étrangère unique face à la Russie 

Après avoir adopté pendant de longs mois d’une position assez ambiguë vis-à-vis de la Russie, l’Allemagne se réveille et souhaite maintenant une politique étrangère européenne unique qui ne soit plus entravée par les intérêts nationaux égoïstes. Ce changement net de posture signifie sans doute que l’Allemagne se prépare à une rupture totale de l’approvisionnement en gaz en provenance de la Russie et qu’elle va s’associer de manière plus dynamique aux sanctions contre Poutine. L’Union européenne ne peut plus se permettre des veto nationaux en matière de politique étrangère et de sécurité de l’Union si elle veut conserver un rôle de premier plan sur la scène mondiale, a déclaré le chancelier allemand Olaf Scholz. ( d’après Reuters)

La guerre menée par la Russie en Ukraine rend encore plus urgente l’unité des Européens et appelle la fin des « blocages égoïstes » des décisions européennes par certains États membres de manière individuelle, a déclaré Olaf Scholz dans un article publié dimanche par le journal Frankfürter Allgemeine.

« Nous ne pouvons tout simplement plus nous permettre des veto nationaux, par exemple en matière de politique étrangère, si nous voulons continuer à être entendus dans un monde de grandes puissances concurrentes », a-t-il ajouté.

Olaf Scholz a été critiqué par Kyiv et d’autres alliés occidentaux, qui reprochent à l’Allemagne de ne pas avoir joué un rôle de premier plan dans la crise ukrainienne, une accusation que le chancelier repousse.

L’invasion de l’Ukraine, que Moscou qualifie d’ »opération militaire spéciale », a provoqué un changement de la politique de défense de l’Allemagne après des décennies de pondération sur le plan militaire.

Le conflit a également poussé Berlin à jouer un rôle plus actif en matière de politique étrangère, notamment dans le cadre de sa présidence du G7, qui rassemble les sept pays les plus industrialisés.

De l’avis du dirigeant allemand, le G7 et d’autres pays pourraient travailler ensemble pour trouver des solutions à la crise alimentaire mondiale, au changement climatique et à la pandémie liée au coronavirus.

Il a déclaré que l’Allemagne ferait dans les mois à venir des propositions en faveur d’une politique migratoire européenne commune, en matière de défense européenne, de souveraineté technologique et de résilience démocratique.

L’Allemagne contrainte de se réarmer

L’Allemagne contrainte de se réarmer

 

Pour cette nation reconstruite dans le refus de la guerre après 1945, les investissements massifs dans la défense et les livraisons d’armes à l’Ukraine marquent un tournant historique. Pourtant, les Allemands peinent à assumer ce nouveau rôle. (Par Thomas Wieder ( correspondant du Monde )

A cinq semaines d’intervalle, les députés allemands ont pris deux décisions que l’on peut, sans exagérer, qualifier d’historiques. La première remonte au 27 avril. Ce jour-là, le Bundestag a adopté une résolution autorisant Berlin à livrer des armes lourdes à l’Ukraine. A Berlin, un tel feu vert aurait été inimaginable il y a seulement quelques mois. « Le gouvernement allemand a, depuis des années, une ligne claire : pas de livraisons d’armes dans des régions en guerre et pas d’envoi d’armes létales en Ukraine », rappelait encore le chancelier Olaf Scholz, le 7 février, deux semaines et demie avant l’invasion russe, mais alors que des voix, en Allemagne, pressaient son gouvernement de fournir des armements à Kiev en prévision d’une attaque jugée de plus en plus vraisemblable.

La deuxième décision concerne la Bundeswehr. Le 3 juin, les députés allemands ont accepté de réviser la Loi fondamentale pour ajouter la phrase suivante à son paragraphe 87a, consacré aux forces armées : « Pour renforcer les capacités en matière de défense et de coopération interalliée, l’Etat fédéral est autorisé à créer un fonds spécial de 100 milliards d’euros. » Grâce à cette enveloppe exceptionnelle, proposée par Olaf Scholz le 27 février, trois jours après le début de la guerre en Ukraine, Berlin atteindra enfin l’objectif que l’OTAN a fixé à ses membres : consacrer 2 % de leur produit intérieur brut (PIB) à leurs dépenses militaires d’ici à 2024. Actuellement, l’Allemagne plafonne à 1,5 %.

Là aussi, il s’agit d’un revirement spectaculaire. Personne ne pouvait, en effet, imaginer que ce soit un chancelier social-démocrate (SPD) qui s’engage à franchir ce seuil des 2 %, alors que les dirigeants de son parti n’ont eu de cesse, ces dernières années, d’en contester le bien-fondé. A l’instar de Norbert Walter-Borjans, qui, le 6 décembre 2019, dans son discours d’investiture à la présidence du SPD, avait déclaré ceci : « Cet objectif de 2 % n’est pas le mien. Cela voudrait dire des milliards d’euros pour des chars et des hélicoptères plutôt que pour les écoles, les chemins de fer et les routes. (…) Oui à des équipements, non au réarmement ! » A l’époque, ces propos avaient créé de vives tensions au sein de la « grande coalition » d’Angela Merkel, le parti de l’ex-chancelière, la CDU, s’étant au contraire clairement prononcé en faveur des 2 %.

Livraisons d’armes à un pays en guerre, augmentation sans précédent des dépenses en matière de défense : majeures, ces deux décisions le sont d’autant plus qu’elles ont fait l’objet d’un large consensus politique. Au Bundestag, seuls les partis situés aux deux extrémités de l’hémicycle, Die Linke, à gauche, et l’AfD, à droite, s’y sont, en effet, opposés. Tous les autres, en revanche, ont décidé de voter pour, qu’il s’agisse du SPD, des Verts et des libéraux-démocrates (FDP), les trois membres de la majorité « feu tricolore » d’Olaf Scholz, ou des conservateurs de la CDU-CSU, dans l’opposition depuis le départ d’Angela Merkel du pouvoir, en décembre 2021.

Ukraine: L’Allemagne rechigne à fournir des armes

Ukraine: L’Allemagne rechigne à fournir des armes

 

Selon le quotidien allemand Die Welt, Berlin a réduit au minimum ses livraisons d’armes à l’Ukraine depuis plusieurs semaines. Entre le 30 mars et le 20 mai, seules deux livraisons ont été effectuées vers Kiev: des mines antichars et des pièces de rechange pour des mitraillettes. (info BFM)

On est loin des missiles sol-air envoyés le 25 mars dernier, date de la dernière livraison d’armes à l’Ukraine. Surtout, ce sont les chars Leopard qui sont attendus mais, là encore, la livraison se fait attendre. Selon la presse allemande, cette lenteur s’explique par les retards concernant la formation des soldats ukrainiens. Les 15 premiers appareils ne devraient donc pas arriver avant fin juillet les 15 suivants sont attendus fin août.

Le problème, c’est que l’Ukraine manque cruellement d’armes alors que l’offensive russe se renforce dans l’est du pays. Surtout, les livraisons effectuées tranchent avec les annonces de Berlin qui avaient laissé filtrer des chiffres bien plus importants concernant les chars: 50 voire 100 appareils étaient prêts à être livrés.

L’Allemagne avait été critiquée en avril pour son manque de soutien à l’Ukraine. Le chancelier Olaf Scholz avait alors tenté un revirement en débloquant un milliard d’euro d’aides militaires pour Kiev.

Interrogé sur les retards, le président de la commission des affaires étrangères du Bundestag Michael Roth (SPD, parti de la coalition au pouvoir) assure ne « pas avoir l’impression que quelqu’un freine délibérément » les livraisons d’armes.

Le ministre de l’Économie Robert Habeck (Verts, parti de la coalition au pouvoir) est lui aussi monté au créneau ce dimanche rejetant aussi les accusations. « En tant que plus grande économie de l’UE, nous sommes un pays dont on attend beaucoup » a-t-il reconnu auprès de Die Welt, assurant néanmoins que des soldats ukrainiens étaient actuellement entrainés sur des obusiers PzH-2000 dont 7 exemplaires doivent être livrés à Kiev.

De son côté, la France reste très discrète sur les armes exportées. Pendant la campagne présidentielle, le président de la République Emmanuel Macron avait évoqué des canons Caesar et des missiles antichars Milan. L’ensemble des livraisons est évalué à 100 millions d’euros par le gouvernement.

L’Allemagne embourbée dans le gaz russe

L’Allemagne embourbée dans le gaz russe

 

La situation économique et politique de l’Union européenne est largement hypothéquée par les liens privilégiés entre l’Allemagne et la Russie concernant l’énergie. Pour faire plaisir aux écolos, l’Allemagne a d’abord sacrifié son nucléaire avant de se ridiculiser avec les éoliennes puis de se soumettre au gaz russe. Cette dépendance aux  ressource russes permet à Poutine de financer sa guerre en Ukraine et limite les mesures de rétorsion de l’Europe vis-à-vis de Poutine. Une responsabilité largement imputable à  Angela Merkel qui a toujours privilégié le business par rapport aux stratégies diplomatiques . Résultat, même l’économie allemande est embourbée.

Le Conseil des experts allemand vient de réviser amplement à la baisse son estimation de croissance de 4,6% à 1,8% pour 2022, et à la hausse sa prévision de l’inflation de 2,6% à 6,1%.

Mais, au-delà de ces données, c’est la dépendance énergétique de l’Allemagne à la Russie gouvernée par Vladimir Poutine qui plombe la première économie européenne. Outre Rhin, le bilan des 16 années passées au pouvoir d’Angela Merkel soutenue par une majorité d’Allemands fait l’objet d’une évaluation critique. Avant l’invasion, 45% de ses importations de gaz, 47% de celles de charbon, et de 25% à 30% de celles de pétrole venaient de Russie. Cette absence de diversification résulte en effet des choix de la chancelière. Après la catastrophe de Fukushima, Angela Merkel a décidé l’arrêt du nucléaire et miser sur les énergies renouvelables (éolien et solaire) en vue d’une éventuelle coalition avec les Verts. Elle a également approuvé et soutenu le projet à 10 milliards d’euros du gazoduc de Nord Stream 2, permettant d’augmenter les livraisons de gaz en évitant de traverser l’Ukraine, de même qu’elle a annulé les projets d’infrastructures de GNL. « Le monde constate que la stratégie allemande a engendré un désastre politique », tacle dans une tribune intitulée « Le fiasco énergétique allemand », l’ancien président de l’institut Ifo, l’économiste Hans-Werner Sinn.

Ukraine: la Pologne secoue l’Allemagne

Ukraine: la Pologne secoue l’Allemagne

Il est clair que jusque-là l’Allemagne avait ménagé la Russie en raison de ses intérêts économiques. Une politique diplomatique assez constante en Allemagne qui privilégie son économie par rapport à des objectifs politiques et démocratiques. L’exemple le plus significatif étant sans doute la faiblesse l’apport de l’Allemagne au Mali. Un pays qui ne présente aucun intérêt économique outre-Rhin. Résultat , la France a dû reculer de manière assez honteuse et se replier. Une attitude pas très glorieuse pour l’union européenne.

 

De la même manière l’Allemagne s’est opposée ces derniers temps avec force à des sanctions trop fortes vis-à-vis de la Russie en raison notamment du risque de voir les approvisionnements de gaz russe se tarir.  (L’Allemagne qui a supprimé d’abord ses centrales nucléaires, qui a développé ses centrales charbon ,  constaté le fiasco des éoliennes avant de s’appuyer essentiellement sur le gaz russe).

Du coup , la Pologne qui se sent directement menacée en référence évidemment au passé avertissement critiqué l’attitude de l’Allemagne et ça me laisse vis-à-vis de la Russie. Premier ministre polonais n’a pas mâché ses mots lors de sa conférence de presse en Allemagne où il devait rencontrer le chancelier :

« Ce n’est pas le moment aujourd’hui de faire preuve de l’égoïsme en béton que nous voyons dans certains pays occidentaux, y compris ici, en Allemagne, hélas », déclarait M. Morawiecki aux journalistes, avant une rencontre avec le chancelier.

Il ajoutait :

« C’est pourquoi je suis venu ici, chez le chancelier Olaf Scholz, pour ébranler les consciences, ébranler la conscience de l’Allemagne. Pour qu’ils (les Allemands) se décident finalement à imposer des sanctions vraiment écrasantes »contre la Russie.

Au-delà de l’avenir de l’Ukraine, pour le Premier ministre polonais, c’est aussi la sécurité et le développement des économies européennes qui sont en jeu: il l’avait dit très clairement dans sa tribune publiée en français le 11 février dernier dans le quotidien L’Opinion, où il appelait le camp occidental à regarder la vérité en face au lieu de rester dans « l’illusion » et de prendre des vessies pour des lanternes :

« Pendant longtemps, l’Occident voulait croire que le XXIe serait exempt de toute animosité. Mais ce qui se passe depuis quelques années nous a fourni suffisamment de preuves pour nous rendre compte que l’attitude agressive de la Russie, entre autres en Géorgie ou en Ukraine, n’était pas une illusion, mais l’annonce d’un nouveau chapitre dans l’histoire du monde occidental.  »

Automobile : L’Allemagne remet en cause le tout électrique prévu en 2035

Automobile : L’Allemagne remet en cause le tout électrique prévu en 2035

 

 

D’une certaine manière , l’Allemagne rejoint les positions de la France qui ne souhaitait pas tout mettre sur le véhicule électrique d’ici 2035 et comptait  aussi sur les tractions hybrides.

Cette position de l’Allemagne peut sembler curieuse d’autant que le gouvernement comporte des écologistes mais elle découle du fait que l’Allemagne éprouve des difficultés avec sa stratégie énergétique notamment maintenant menacée par la crise avec l’Ukraine. (Notons que les écolos français d’Europe écologie les Verts veulent interdire les moteurs thermiques d’ici huit ans !).

En fait l’Allemagne, comme d’habitude, est soucieuse de l’intérêt de sa puissante industrie automobile qui n’est pas prête à muter totalement dans électrique.

Le ministre allemand des Transports a indiqué qu’il fallait promouvoir les carburants de synthèse et les moteurs hybrides. Contre toute attente, c’est un gouvernement de coalition avec les Verts en son sein qui pourrait démanteler l’initiative bruxelloise d’interdire la vente de tous les moteurs en 2035, et qui avait été défendu par Angela Merkel. Berlin rejoint ainsi la position française.

« Nous voulons que les moteurs à combustion restent une option, s’ils fonctionnent exclusivement avec des carburants synthétiques », a déclaré Volker Wissing à des journalistes, en marge d’un sommet des ministres européens des transports réunis au Bourget dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne.

Automobile : L’Allemagne critique le tout électrique prévu en 2035

Automobile : L’Allemagne critique le tout électrique prévu en 2035

 

 

D’une certaine manière , l’Allemagne rejoint les positions de la France qui ne souhaitait pas tout mettre sur le véhicule électrique d’ici 2035 et comptait  aussi sur les tractions hybrides.

Cette position de l’Allemagne peut sembler curieuse d’autant que le gouvernement comporte des écologistes mais elle découle du fait que l’Allemagne éprouve des difficultés avec sa stratégie énergétique notamment maintenant menacée par la crise avec l’Ukraine. (Notons que les écolos français d’Europe écologie les Verts veulent interdire les moteurs thermiques d’ici huit ans !).

En fait l’Allemagne, comme d’habitude, est soucieuse de l’intérêt de sa puissante industrie automobile qui n’est pas prête à muter totalement dans électrique.

Le ministre allemand des Transports a indiqué qu’il fallait promouvoir les carburants de synthèse et les moteurs hybrides. Contre toute attente, c’est un gouvernement de coalition avec les Verts en son sein qui pourrait démanteler l’initiative bruxelloise d’interdire la vente de tous les moteurs en 2035, et qui avait été défendu par Angela Merkel. Berlin rejoint ainsi la position française.

« Nous voulons que les moteurs à combustion restent une option, s’ils fonctionnent exclusivement avec des carburants synthétiques », a déclaré Volker Wissing à des journalistes, en marge d’un sommet des ministres européens des transports réunis au Bourget dans le cadre de la présidence française de l’Union européenne.

Assouplissement du pacte budgétaire : L’Allemagne dit non

Assouplissement du pacte budgétaire : L’Allemagne dit non

Christian Lindner, le libéral allemand, ministre des finances, s’oppose fermement à toute flexibilité du pacte de stabilité. En clair, il s’oppose avec fermeté aux assouplissements demandés par les pays du Sud et en particulier par la France. Le ministre allemand estime qu’on ne peut tolérer des dépassements des déficits budgétaires et des niveaux d’endettement. Au contraire , il veut le maintien d’un cadre contraignant pour réduire les dérives budgétaires et d’endettement. Au contraire, il souhaite un cadre contraignant pour réduire les ratios d’endettement européen.

 

Pour montrer l’exemple le nouveau ministre des finances promet un retour à un taux d’endettement voisin de 60 % dans les cinq ans,  oit ce qui devrait être moitié moins que la France sur la tendance actuelle ( autour de 120%).

 

L’Allemagne ferme son nucléaire pour le gaz russe !

L’Allemagne ferme son nucléaire pour le gaz russe !

 

Officiellement la décision de l’Allemagne de fermer trois de ses six dernières centrales nucléaires correspond à la volonté de recourir de façon presque systématique aux énergies renouvelables.
Le problème est que cette décision n’a pas grand-chose à voir avec l’environnement puisque l’Allemagne va surtout avoir recours au gaz russe, une énergie qui n’est pas totalement neutre ! Sans parler évidemment de la dépendance géostratégique à la Russie.

Notons les contradictions habituelles de l’Allemagne avec un discours très vert et qui avait décidé il y a déjà plusieurs années de fermer ses centrales nucléaires pour les remplacer par des centrales à charbon !

Les six centrales nucléaires ont contribué à environ 12 % de la production d’électricité en Allemagne en 2021, selon les chiffres préliminaires de la BDEW. La part des énergies renouvelables était de près de 41 % dans le pays, le charbon représentant un peu moins de 28 % et le gaz environ 15 %. L’Allemagne souhaite que les énergies renouvelables couvrent 80 % de la demande d’électricité d’ici à 2030, en développant les infrastructures liées aux énergies éolienne et solaire.Le problème c’est que le gaz va prendre une part de plus en plus importante éloignant d’autant plus la perspective d’un recours significatif aux énergies renouvelables.

Opposition gaz – nucléaire entre la France et l’Allemagne: Une guerre commerciale

Opposition  gaz – nucléaire entre la France et l’Allemagne: Une guerre commerciale

 

Margot de Kerpoisson, chercheuse en relations internationales à l’Ecole de guerre économique (EGE) (*)    explique dans la Tribune  les raisons de l’affrontement entre la France et l’Allemagne concernant le conflit entre le nucléaire et le gaz. Un conflit écolo mais surtout commercial.

 

L’Allemagne souhaite exclure le nucléaire de la taxonomie européenne, l’outil de financement visant à diriger les investissements publics et privés vers des activités vertes et durables. A contrario, Berlin tente de pousser à l’inclusion du gaz naturel dans la finance verte de l’UE, bien que celui-ci émet 40 fois plus de CO2 que le nucléaire selon le GIEC. Quelles sont les motivations derrière ce choix et surtout quels sont les risques pour la France ?

L’Allemagne a fait le pari des énergies renouvelables (EnR) dans le cadre de sa stratégie énergétique. Elle a également fait le choix de renoncer au nucléaire, source d’énergie pourtant pilotable, compétitive et bas carbone.

Système énergétique allemand défaillant

Plusieurs raisons expliquent la tentative allemande d’affaiblir le nucléaire français au sein de l’UE. Le système énergétique allemand étant défaillant, l’exclusion du nucléaire de la taxonomie européenne permettrait à Berlin de continuer à capter plus de subventions tout en en écartant le nucléaire français. L’Allemagne ne nous demanderait-elle pas de financer exclusivement sa transition énergétique ?

Par ailleurs, les EnR comme l’éolien ou le solaire sont par nature intermittentes : elles ne sont pas capables d’assurer une production constante et stable en électricité. Pour éviter tout risque de black-out (panne d’électricité massive), le modèle allemand nécessite une compensation avec une énergie pilotable comme le gaz. C’est la raison pour laquelle l’Allemagne pousse à l’inclusion de celui-ci dans l’outil de financement européen.

Gaz russe

Dans un troisième temps, l’arrivée du North Stream II place l’Allemagne au cœur du processus de redistribution du gaz russe. C’est un avantage à la fois économique – car générateur de nombreux revenus – et politique, puisque l’Allemagne devient un acteur central de ce nouveau système énergétique.

Renoncer au nucléaire, c’est abattre le pilier de notre souveraineté énergétique

De Gaulle voyait dans le nucléaire civil, le bastion de notre indépendance et de notre souveraineté énergétique. Une conclusion solide car le nucléaire présente deux avantages de taille. D’abord, l’approvisionnement en uranium étant suffisamment diversifié, le risque de dépendance vis-à-vis d’une puissance étrangère est diminué. Et puisque l’uranium ne représente que 5% des coûts totaux de production de l’électricité nucléaire, il nous préserve des différents aléas liés aux marchés mondiaux de l’énergie. Un intérêt non négligeable quand on constate l’explosion du prix du gaz (+500%) sur cette année de reprise économique ! D’autant que les différentes innovations dans la filière, comme les réacteurs de 4e génération, permettront de réduire drastiquement la demande en uranium en optimisant les ressources par un multi-recyclage avancé du combustible.

Risques de dépendances accrus

Les énergies renouvelables et le gaz seraient-ils en capacité d’assurer un tel niveau d’indépendance ? La Chine est le premier exportateur d’éoliennes et de panneaux solaires. Si ces derniers présentent l’avantage d’être décarbonés, ils ne bénéficient ni à notre indépendance énergétique, économique ou stratégique. Bien au contraire, renoncer au nucléaire au profit d’un modèle fondé uniquement sur les énergies renouvelables associées au gaz entraînerait des risques de dépendance accrus. L’Europe est aujourd’hui tributaire à hauteur de 40% du gaz russe. Une dépendance déjà problématique, qui risquerait encore de s’accentuer avec la fermeture des centrales nucléaires en Allemagne, en Belgique et en Suisse.

Notre souveraineté énergétique doit être au cœur de la campagne présidentielle de 2022. Les différentes options proposées doivent être clairement explicitées. Nous devons être conscients que dans le cas où nous renoncerions au nucléaire, alors nous devrions nous replier sur le gaz ou le charbon car les EnR seules ne pourraient répondre à nos besoins énergétiques. L’Allemagne, qui a fait le choix de fermer ses centrales nucléaires, a dû faire marcher à plein régime son industrie du charbon pour lutter contre les défaillances de son système énergétique.

Selon l’Office fédéral allemand de la statistique Destatis, entre 2020 et 2021, la production électrique des éoliennes a baissé de 21%. Quelles en ont été les conséquences ? L’Allemagne a tout simplement rouvert ses centrales à charbon, source d’électricité 68 fois plus émettrice de CO2 que le nucléaire. Le charbon est ainsi devenu la première source d’électricité en Allemagne au premier semestre 2021. Une décision lourde de conséquences en termes d’émissions de gaz à effet de serre. Alors sommes-nous vraiment disposés à rouvrir nos vieilles centrales à charbon ? Saurons- nous tirer à temps les leçons du cas allemand ?

Tirer à temps les leçons du cas allemand

Renoncer à nos centrales nucléaires (ou ne pas investir dans la filière) c’est également contribuer à accroître durablement l’instabilité de notre réseau, avec des conséquences directes sur notre quotidien. Selon les scénarii de RTE, la consommation d’électricité devrait augmenter d’ici 2050. L’électrification massive des usages dans de nombreux secteurs comme l’industrie ou le transport entraînera une hausse de la demande électrique. Or, si nous faisions le choix du 100% renouvelable comme le préconisent certains candidats à la présidentielle, comment pourrions-nous faire fonctionner nos industries en cas d’intermittence ? Qu’en serait-il de nos voitures électriques ? de nos transports en commun ? Serions-nous prêts à renoncer au chauffage en cas de grand froid ? A nos moyens de communications (smartphone, ordinateurs) ? Finalement, serions-nous prêts à réduire notre consommation d’énergie en cas de risque de panne d’électricité massive ? En ce sens, il est important de rappeler qu’adhérer à de telles propositions politiques, c’est accepter le modèle de décroissance qui en découle.

Pour atteindre notre objectif carbone, consommer différemment et mieux est sans aucun doute la meilleure solution. Mais cela nécessite un véritable consensus et surtout de la transparence : en tant que citoyens français, européens, nous devons être avertis des conséquences de chacune des options proposées. Le choix doit être avant tout démocratique, et pour cela il faut qu’il se fasse en toute connaissance de cause.

Le nucléaire : condition sine qua non de notre réindustrialisation :

Pas de doute, l’heure est à la réindustrialisation. Mais comment pourrions-nous inciter nos industriels à passer le cap du Made in France ? Compte tenu de la lourdeur et de la longueur des cycles d’investissements, les industriels ont besoin de stabilité de visibilité : d’une véritable politique industrielle – grande absente de nos débats depuis trop longtemps. Or, toute réindustrialisation nécessite en premier lieu une politique cohérente en matière énergétique. Et pour cela, le nucléaire, filière d’excellence française, reste à l’heure actuelle notre meilleure alliée. Energie pilotable, compétitive, elle est surtout bas carbone.

Dans une logique industrielle globale, un système basé sur les énergies renouvelables apparait aujourd’hui incohérent, d’abord du fait de leur caractère intermittent, c’est-à-dire de leur incapacité à assurer une production constante et stable en électricité. Devrions nous arrêter les usines en l’absence de vent ou de soleil ? Nos industriels ne sauraient accepter de tels risques dans leur chaine de production. D’un point de vue politique, devrions nous laisser au gaz russe le rôle de garant de la survie de nos industries ? D’un point de vue écologique, devrions-nous rouvrir nos vieilles centrales à charbon ? Et d’un point de vue économique, la flambée historique des prix du gaz ne devrait-elle pas nous interpeller ?

La question est finalement simple : nous, citoyens français, sommes-nous prêts à renoncer à notre indépendance énergétique pour accentuer notre dépendance vis-vis de la Russie, de l’Allemagne ou d’autres puissances étrangères ? Sommes-nous prêts à accepter des coupures de courant à répétition comme ce fut le cas au Texas, des millions de foyers privés d’électricité pendant plusieurs jours ? Sommes-nous prêts à renoncer à notre mode de vie d’une manière aussi radicale ? Enfin, sommes-nous prêts à relever le défi de la réindustrialisation ? Et celui d’une transition écologique rationnelle et pragmatique plutôt qu’une récession déguisée ?

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(*) Margot de Kerpoisson a piloté le rapport EGE « J’Attaque! Comment l’Allemagne tente d’affaiblir durablement la France sur la question de l’énergie »

Opposition entre gaz et nucléaire entre la France et l’Allemagne

Opposition entre  gaz et  nucléaire entre la France et l’Allemagne

 

Margot de Kerpoisson, chercheuse en relations internationales à l’Ecole de guerre économique (EGE) (*)    explique dans la Tribune  les raisons de l’affrontement entre la France et l’Allemagne concernant le conflit entre le nucléaire et le gaz. Un conflit écolo mais surtout commercial.

 

L’Allemagne souhaite exclure le nucléaire de la taxonomie européenne, l’outil de financement visant à diriger les investissements publics et privés vers des activités vertes et durables. A contrario, Berlin tente de pousser à l’inclusion du gaz naturel dans la finance verte de l’UE, bien que celui-ci émet 40 fois plus de CO2 que le nucléaire selon le GIEC. Quelles sont les motivations derrière ce choix et surtout quels sont les risques pour la France ?

L’Allemagne a fait le pari des énergies renouvelables (EnR) dans le cadre de sa stratégie énergétique. Elle a également fait le choix de renoncer au nucléaire, source d’énergie pourtant pilotable, compétitive et bas carbone.

Système énergétique allemand défaillant

Plusieurs raisons expliquent la tentative allemande d’affaiblir le nucléaire français au sein de l’UE. Le système énergétique allemand étant défaillant, l’exclusion du nucléaire de la taxonomie européenne permettrait à Berlin de continuer à capter plus de subventions tout en en écartant le nucléaire français. L’Allemagne ne nous demanderait-elle pas de financer exclusivement sa transition énergétique ?

Par ailleurs, les EnR comme l’éolien ou le solaire sont par nature intermittentes : elles ne sont pas capables d’assurer une production constante et stable en électricité. Pour éviter tout risque de black-out (panne d’électricité massive), le modèle allemand nécessite une compensation avec une énergie pilotable comme le gaz. C’est la raison pour laquelle l’Allemagne pousse à l’inclusion de celui-ci dans l’outil de financement européen.

Gaz russe

Dans un troisième temps, l’arrivée du North Stream II place l’Allemagne au cœur du processus de redistribution du gaz russe. C’est un avantage à la fois économique – car générateur de nombreux revenus – et politique, puisque l’Allemagne devient un acteur central de ce nouveau système énergétique.

Renoncer au nucléaire, c’est abattre le pilier de notre souveraineté énergétique

De Gaulle voyait dans le nucléaire civil, le bastion de notre indépendance et de notre souveraineté énergétique. Une conclusion solide car le nucléaire présente deux avantages de taille. D’abord, l’approvisionnement en uranium étant suffisamment diversifié, le risque de dépendance vis-à-vis d’une puissance étrangère est diminué. Et puisque l’uranium ne représente que 5% des coûts totaux de production de l’électricité nucléaire, il nous préserve des différents aléas liés aux marchés mondiaux de l’énergie. Un intérêt non négligeable quand on constate l’explosion du prix du gaz (+500%) sur cette année de reprise économique ! D’autant que les différentes innovations dans la filière, comme les réacteurs de 4e génération, permettront de réduire drastiquement la demande en uranium en optimisant les ressources par un multi-recyclage avancé du combustible.

Risques de dépendances accrus

Les énergies renouvelables et le gaz seraient-ils en capacité d’assurer un tel niveau d’indépendance ? La Chine est le premier exportateur d’éoliennes et de panneaux solaires. Si ces derniers présentent l’avantage d’être décarbonés, ils ne bénéficient ni à notre indépendance énergétique, économique ou stratégique. Bien au contraire, renoncer au nucléaire au profit d’un modèle fondé uniquement sur les énergies renouvelables associées au gaz entraînerait des risques de dépendance accrus. L’Europe est aujourd’hui tributaire à hauteur de 40% du gaz russe. Une dépendance déjà problématique, qui risquerait encore de s’accentuer avec la fermeture des centrales nucléaires en Allemagne, en Belgique et en Suisse.

Notre souveraineté énergétique doit être au cœur de la campagne présidentielle de 2022. Les différentes options proposées doivent être clairement explicitées. Nous devons être conscients que dans le cas où nous renoncerions au nucléaire, alors nous devrions nous replier sur le gaz ou le charbon car les EnR seules ne pourraient répondre à nos besoins énergétiques. L’Allemagne, qui a fait le choix de fermer ses centrales nucléaires, a dû faire marcher à plein régime son industrie du charbon pour lutter contre les défaillances de son système énergétique.

Selon l’Office fédéral allemand de la statistique Destatis, entre 2020 et 2021, la production électrique des éoliennes a baissé de 21%. Quelles en ont été les conséquences ? L’Allemagne a tout simplement rouvert ses centrales à charbon, source d’électricité 68 fois plus émettrice de CO2 que le nucléaire. Le charbon est ainsi devenu la première source d’électricité en Allemagne au premier semestre 2021. Une décision lourde de conséquences en termes d’émissions de gaz à effet de serre. Alors sommes-nous vraiment disposés à rouvrir nos vieilles centrales à charbon ? Saurons- nous tirer à temps les leçons du cas allemand ?

Tirer à temps les leçons du cas allemand

Renoncer à nos centrales nucléaires (ou ne pas investir dans la filière) c’est également contribuer à accroître durablement l’instabilité de notre réseau, avec des conséquences directes sur notre quotidien. Selon les scénarii de RTE, la consommation d’électricité devrait augmenter d’ici 2050. L’électrification massive des usages dans de nombreux secteurs comme l’industrie ou le transport entraînera une hausse de la demande électrique. Or, si nous faisions le choix du 100% renouvelable comme le préconisent certains candidats à la présidentielle, comment pourrions-nous faire fonctionner nos industries en cas d’intermittence ? Qu’en serait-il de nos voitures électriques ? de nos transports en commun ? Serions-nous prêts à renoncer au chauffage en cas de grand froid ? A nos moyens de communications (smartphone, ordinateurs) ? Finalement, serions-nous prêts à réduire notre consommation d’énergie en cas de risque de panne d’électricité massive ? En ce sens, il est important de rappeler qu’adhérer à de telles propositions politiques, c’est accepter le modèle de décroissance qui en découle.

Pour atteindre notre objectif carbone, consommer différemment et mieux est sans aucun doute la meilleure solution. Mais cela nécessite un véritable consensus et surtout de la transparence : en tant que citoyens français, européens, nous devons être avertis des conséquences de chacune des options proposées. Le choix doit être avant tout démocratique, et pour cela il faut qu’il se fasse en toute connaissance de cause.

Le nucléaire : condition sine qua non de notre réindustrialisation :

Pas de doute, l’heure est à la réindustrialisation. Mais comment pourrions-nous inciter nos industriels à passer le cap du Made in France ? Compte tenu de la lourdeur et de la longueur des cycles d’investissements, les industriels ont besoin de stabilité de visibilité : d’une véritable politique industrielle – grande absente de nos débats depuis trop longtemps. Or, toute réindustrialisation nécessite en premier lieu une politique cohérente en matière énergétique. Et pour cela, le nucléaire, filière d’excellence française, reste à l’heure actuelle notre meilleure alliée. Energie pilotable, compétitive, elle est surtout bas carbone.

Dans une logique industrielle globale, un système basé sur les énergies renouvelables apparait aujourd’hui incohérent, d’abord du fait de leur caractère intermittent, c’est-à-dire de leur incapacité à assurer une production constante et stable en électricité. Devrions nous arrêter les usines en l’absence de vent ou de soleil ? Nos industriels ne sauraient accepter de tels risques dans leur chaine de production. D’un point de vue politique, devrions nous laisser au gaz russe le rôle de garant de la survie de nos industries ? D’un point de vue écologique, devrions-nous rouvrir nos vieilles centrales à charbon ? Et d’un point de vue économique, la flambée historique des prix du gaz ne devrait-elle pas nous interpeller ?

La question est finalement simple : nous, citoyens français, sommes-nous prêts à renoncer à notre indépendance énergétique pour accentuer notre dépendance vis-vis de la Russie, de l’Allemagne ou d’autres puissances étrangères ? Sommes-nous prêts à accepter des coupures de courant à répétition comme ce fut le cas au Texas, des millions de foyers privés d’électricité pendant plusieurs jours ? Sommes-nous prêts à renoncer à notre mode de vie d’une manière aussi radicale ? Enfin, sommes-nous prêts à relever le défi de la réindustrialisation ? Et celui d’une transition écologique rationnelle et pragmatique plutôt qu’une récession déguisée ?

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(*) Margot de Kerpoisson a piloté le rapport EGE « J’Attaque! Comment l’Allemagne tente d’affaiblir durablement la France sur la question de l’énergie »

Affrontement gaz nucléaire entre la France et l’Allemagne

Affrontement gaz nucléaire entre la France et l’Allemagne

 

Margot de Kerpoisson, chercheuse en relations internationales à l’Ecole de guerre économique (EGE) (*)    explique dans la Tribune  les raisons de l’affrontement entre la France et l’Allemagne concernant le conflit entre le nucléaire et le gaz. Un conflit écolo mais surtout mercantile.

 

L’Allemagne souhaite exclure le nucléaire de la taxonomie européenne, l’outil de financement visant à diriger les investissements publics et privés vers des activités vertes et durables. A contrario, Berlin tente de pousser à l’inclusion du gaz naturel dans la finance verte de l’UE, bien que celui-ci émet 40 fois plus de CO2 que le nucléaire selon le GIEC. Quelles sont les motivations derrière ce choix et surtout quels sont les risques pour la France ?

L’Allemagne a fait le pari des énergies renouvelables (EnR) dans le cadre de sa stratégie énergétique. Elle a également fait le choix de renoncer au nucléaire, source d’énergie pourtant pilotable, compétitive et bas carbone.

Système énergétique allemand défaillant

Plusieurs raisons expliquent la tentative allemande d’affaiblir le nucléaire français au sein de l’UE. Le système énergétique allemand étant défaillant, l’exclusion du nucléaire de la taxonomie européenne permettrait à Berlin de continuer à capter plus de subventions tout en en écartant le nucléaire français. L’Allemagne ne nous demanderait-elle pas de financer exclusivement sa transition énergétique ?

Par ailleurs, les EnR comme l’éolien ou le solaire sont par nature intermittentes : elles ne sont pas capables d’assurer une production constante et stable en électricité. Pour éviter tout risque de black-out (panne d’électricité massive), le modèle allemand nécessite une compensation avec une énergie pilotable comme le gaz. C’est la raison pour laquelle l’Allemagne pousse à l’inclusion de celui-ci dans l’outil de financement européen.

Gaz russe

Dans un troisième temps, l’arrivée du North Stream II place l’Allemagne au cœur du processus de redistribution du gaz russe. C’est un avantage à la fois économique – car générateur de nombreux revenus – et politique, puisque l’Allemagne devient un acteur central de ce nouveau système énergétique.

Renoncer au nucléaire, c’est abattre le pilier de notre souveraineté énergétique

De Gaulle voyait dans le nucléaire civil, le bastion de notre indépendance et de notre souveraineté énergétique. Une conclusion solide car le nucléaire présente deux avantages de taille. D’abord, l’approvisionnement en uranium étant suffisamment diversifié, le risque de dépendance vis-à-vis d’une puissance étrangère est diminué. Et puisque l’uranium ne représente que 5% des coûts totaux de production de l’électricité nucléaire, il nous préserve des différents aléas liés aux marchés mondiaux de l’énergie. Un intérêt non négligeable quand on constate l’explosion du prix du gaz (+500%) sur cette année de reprise économique ! D’autant que les différentes innovations dans la filière, comme les réacteurs de 4e génération, permettront de réduire drastiquement la demande en uranium en optimisant les ressources par un multi-recyclage avancé du combustible.

Risques de dépendances accrus

Les énergies renouvelables et le gaz seraient-ils en capacité d’assurer un tel niveau d’indépendance ? La Chine est le premier exportateur d’éoliennes et de panneaux solaires. Si ces derniers présentent l’avantage d’être décarbonés, ils ne bénéficient ni à notre indépendance énergétique, économique ou stratégique. Bien au contraire, renoncer au nucléaire au profit d’un modèle fondé uniquement sur les énergies renouvelables associées au gaz entraînerait des risques de dépendance accrus. L’Europe est aujourd’hui tributaire à hauteur de 40% du gaz russe. Une dépendance déjà problématique, qui risquerait encore de s’accentuer avec la fermeture des centrales nucléaires en Allemagne, en Belgique et en Suisse.

Notre souveraineté énergétique doit être au cœur de la campagne présidentielle de 2022. Les différentes options proposées doivent être clairement explicitées. Nous devons être conscients que dans le cas où nous renoncerions au nucléaire, alors nous devrions nous replier sur le gaz ou le charbon car les EnR seules ne pourraient répondre à nos besoins énergétiques. L’Allemagne, qui a fait le choix de fermer ses centrales nucléaires, a dû faire marcher à plein régime son industrie du charbon pour lutter contre les défaillances de son système énergétique.

Selon l’Office fédéral allemand de la statistique Destatis, entre 2020 et 2021, la production électrique des éoliennes a baissé de 21%. Quelles en ont été les conséquences ? L’Allemagne a tout simplement rouvert ses centrales à charbon, source d’électricité 68 fois plus émettrice de CO2 que le nucléaire. Le charbon est ainsi devenu la première source d’électricité en Allemagne au premier semestre 2021. Une décision lourde de conséquences en termes d’émissions de gaz à effet de serre. Alors sommes-nous vraiment disposés à rouvrir nos vieilles centrales à charbon ? Saurons- nous tirer à temps les leçons du cas allemand ?

Tirer à temps les leçons du cas allemand

Renoncer à nos centrales nucléaires (ou ne pas investir dans la filière) c’est également contribuer à accroître durablement l’instabilité de notre réseau, avec des conséquences directes sur notre quotidien. Selon les scénarii de RTE, la consommation d’électricité devrait augmenter d’ici 2050. L’électrification massive des usages dans de nombreux secteurs comme l’industrie ou le transport entraînera une hausse de la demande électrique. Or, si nous faisions le choix du 100% renouvelable comme le préconisent certains candidats à la présidentielle, comment pourrions-nous faire fonctionner nos industries en cas d’intermittence ? Qu’en serait-il de nos voitures électriques ? de nos transports en commun ? Serions-nous prêts à renoncer au chauffage en cas de grand froid ? A nos moyens de communications (smartphone, ordinateurs) ? Finalement, serions-nous prêts à réduire notre consommation d’énergie en cas de risque de panne d’électricité massive ? En ce sens, il est important de rappeler qu’adhérer à de telles propositions politiques, c’est accepter le modèle de décroissance qui en découle.

Pour atteindre notre objectif carbone, consommer différemment et mieux est sans aucun doute la meilleure solution. Mais cela nécessite un véritable consensus et surtout de la transparence : en tant que citoyens français, européens, nous devons être avertis des conséquences de chacune des options proposées. Le choix doit être avant tout démocratique, et pour cela il faut qu’il se fasse en toute connaissance de cause.

Le nucléaire : condition sine qua non de notre réindustrialisation :

Pas de doute, l’heure est à la réindustrialisation. Mais comment pourrions-nous inciter nos industriels à passer le cap du Made in France ? Compte tenu de la lourdeur et de la longueur des cycles d’investissements, les industriels ont besoin de stabilité de visibilité : d’une véritable politique industrielle – grande absente de nos débats depuis trop longtemps. Or, toute réindustrialisation nécessite en premier lieu une politique cohérente en matière énergétique. Et pour cela, le nucléaire, filière d’excellence française, reste à l’heure actuelle notre meilleure alliée. Energie pilotable, compétitive, elle est surtout bas carbone.

Dans une logique industrielle globale, un système basé sur les énergies renouvelables apparait aujourd’hui incohérent, d’abord du fait de leur caractère intermittent, c’est-à-dire de leur incapacité à assurer une production constante et stable en électricité. Devrions nous arrêter les usines en l’absence de vent ou de soleil ? Nos industriels ne sauraient accepter de tels risques dans leur chaine de production. D’un point de vue politique, devrions nous laisser au gaz russe le rôle de garant de la survie de nos industries ? D’un point de vue écologique, devrions-nous rouvrir nos vieilles centrales à charbon ? Et d’un point de vue économique, la flambée historique des prix du gaz ne devrait-elle pas nous interpeller ?

La question est finalement simple : nous, citoyens français, sommes-nous prêts à renoncer à notre indépendance énergétique pour accentuer notre dépendance vis-vis de la Russie, de l’Allemagne ou d’autres puissances étrangères ? Sommes-nous prêts à accepter des coupures de courant à répétition comme ce fut le cas au Texas, des millions de foyers privés d’électricité pendant plusieurs jours ? Sommes-nous prêts à renoncer à notre mode de vie d’une manière aussi radicale ? Enfin, sommes-nous prêts à relever le défi de la réindustrialisation ? Et celui d’une transition écologique rationnelle et pragmatique plutôt qu’une récession déguisée ?

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(*) Margot de Kerpoisson a piloté le rapport EGE « J’Attaque! Comment l’Allemagne tente d’affaiblir durablement la France sur la question de l’énergie »

Affrontement entre la France et l’Allemagne concernant le nucléaire et le gaz.

La guerre nucléaire–gaz entre la France et l’Allemagne ?

Margot de Kerpoisson, chercheuse en relations internationales à l’Ecole de guerre économique (EGE) (*)    explique dans la Tribune  les raisons de l’affrontement entre la France et l’Allemagne concernant le conflit entre le nucléaire et le gaz. Un conflit écolo mais surtout mercantile.

 

L’Allemagne souhaite exclure le nucléaire de la taxonomie européenne, l’outil de financement visant à diriger les investissements publics et privés vers des activités vertes et durables. A contrario, Berlin tente de pousser à l’inclusion du gaz naturel dans la finance verte de l’UE, bien que celui-ci émet 40 fois plus de CO2 que le nucléaire selon le GIEC. Quelles sont les motivations derrière ce choix et surtout quels sont les risques pour la France ?

L’Allemagne a fait le pari des énergies renouvelables (EnR) dans le cadre de sa stratégie énergétique. Elle a également fait le choix de renoncer au nucléaire, source d’énergie pourtant pilotable, compétitive et bas carbone.

Système énergétique allemand défaillant

Plusieurs raisons expliquent la tentative allemande d’affaiblir le nucléaire français au sein de l’UE. Le système énergétique allemand étant défaillant, l’exclusion du nucléaire de la taxonomie européenne permettrait à Berlin de continuer à capter plus de subventions tout en en écartant le nucléaire français. L’Allemagne ne nous demanderait-elle pas de financer exclusivement sa transition énergétique ?

Par ailleurs, les EnR comme l’éolien ou le solaire sont par nature intermittentes : elles ne sont pas capables d’assurer une production constante et stable en électricité. Pour éviter tout risque de black-out (panne d’électricité massive), le modèle allemand nécessite une compensation avec une énergie pilotable comme le gaz. C’est la raison pour laquelle l’Allemagne pousse à l’inclusion de celui-ci dans l’outil de financement européen.

Gaz russe

Dans un troisième temps, l’arrivée du North Stream II place l’Allemagne au cœur du processus de redistribution du gaz russe. C’est un avantage à la fois économique – car générateur de nombreux revenus – et politique, puisque l’Allemagne devient un acteur central de ce nouveau système énergétique.

Renoncer au nucléaire, c’est abattre le pilier de notre souveraineté énergétique

De Gaulle voyait dans le nucléaire civil, le bastion de notre indépendance et de notre souveraineté énergétique. Une conclusion solide car le nucléaire présente deux avantages de taille. D’abord, l’approvisionnement en uranium étant suffisamment diversifié, le risque de dépendance vis-à-vis d’une puissance étrangère est diminué. Et puisque l’uranium ne représente que 5% des coûts totaux de production de l’électricité nucléaire, il nous préserve des différents aléas liés aux marchés mondiaux de l’énergie. Un intérêt non négligeable quand on constate l’explosion du prix du gaz (+500%) sur cette année de reprise économique ! D’autant que les différentes innovations dans la filière, comme les réacteurs de 4e génération, permettront de réduire drastiquement la demande en uranium en optimisant les ressources par un multi-recyclage avancé du combustible.

Risques de dépendances accrus

Les énergies renouvelables et le gaz seraient-ils en capacité d’assurer un tel niveau d’indépendance ? La Chine est le premier exportateur d’éoliennes et de panneaux solaires. Si ces derniers présentent l’avantage d’être décarbonés, ils ne bénéficient ni à notre indépendance énergétique, économique ou stratégique. Bien au contraire, renoncer au nucléaire au profit d’un modèle fondé uniquement sur les énergies renouvelables associées au gaz entraînerait des risques de dépendance accrus. L’Europe est aujourd’hui tributaire à hauteur de 40% du gaz russe. Une dépendance déjà problématique, qui risquerait encore de s’accentuer avec la fermeture des centrales nucléaires en Allemagne, en Belgique et en Suisse.

Notre souveraineté énergétique doit être au cœur de la campagne présidentielle de 2022. Les différentes options proposées doivent être clairement explicitées. Nous devons être conscients que dans le cas où nous renoncerions au nucléaire, alors nous devrions nous replier sur le gaz ou le charbon car les EnR seules ne pourraient répondre à nos besoins énergétiques. L’Allemagne, qui a fait le choix de fermer ses centrales nucléaires, a dû faire marcher à plein régime son industrie du charbon pour lutter contre les défaillances de son système énergétique.

Selon l’Office fédéral allemand de la statistique Destatis, entre 2020 et 2021, la production électrique des éoliennes a baissé de 21%. Quelles en ont été les conséquences ? L’Allemagne a tout simplement rouvert ses centrales à charbon, source d’électricité 68 fois plus émettrice de CO2 que le nucléaire. Le charbon est ainsi devenu la première source d’électricité en Allemagne au premier semestre 2021. Une décision lourde de conséquences en termes d’émissions de gaz à effet de serre. Alors sommes-nous vraiment disposés à rouvrir nos vieilles centrales à charbon ? Saurons- nous tirer à temps les leçons du cas allemand ?

Tirer à temps les leçons du cas allemand

Renoncer à nos centrales nucléaires (ou ne pas investir dans la filière) c’est également contribuer à accroître durablement l’instabilité de notre réseau, avec des conséquences directes sur notre quotidien. Selon les scénarii de RTE, la consommation d’électricité devrait augmenter d’ici 2050. L’électrification massive des usages dans de nombreux secteurs comme l’industrie ou le transport entraînera une hausse de la demande électrique. Or, si nous faisions le choix du 100% renouvelable comme le préconisent certains candidats à la présidentielle, comment pourrions-nous faire fonctionner nos industries en cas d’intermittence ? Qu’en serait-il de nos voitures électriques ? de nos transports en commun ? Serions-nous prêts à renoncer au chauffage en cas de grand froid ? A nos moyens de communications (smartphone, ordinateurs) ? Finalement, serions-nous prêts à réduire notre consommation d’énergie en cas de risque de panne d’électricité massive ? En ce sens, il est important de rappeler qu’adhérer à de telles propositions politiques, c’est accepter le modèle de décroissance qui en découle.

Pour atteindre notre objectif carbone, consommer différemment et mieux est sans aucun doute la meilleure solution. Mais cela nécessite un véritable consensus et surtout de la transparence : en tant que citoyens français, européens, nous devons être avertis des conséquences de chacune des options proposées. Le choix doit être avant tout démocratique, et pour cela il faut qu’il se fasse en toute connaissance de cause.

Le nucléaire : condition sine qua non de notre réindustrialisation :

Pas de doute, l’heure est à la réindustrialisation. Mais comment pourrions-nous inciter nos industriels à passer le cap du Made in France ? Compte tenu de la lourdeur et de la longueur des cycles d’investissements, les industriels ont besoin de stabilité de visibilité : d’une véritable politique industrielle – grande absente de nos débats depuis trop longtemps. Or, toute réindustrialisation nécessite en premier lieu une politique cohérente en matière énergétique. Et pour cela, le nucléaire, filière d’excellence française, reste à l’heure actuelle notre meilleure alliée. Energie pilotable, compétitive, elle est surtout bas carbone.

Dans une logique industrielle globale, un système basé sur les énergies renouvelables apparait aujourd’hui incohérent, d’abord du fait de leur caractère intermittent, c’est-à-dire de leur incapacité à assurer une production constante et stable en électricité. Devrions nous arrêter les usines en l’absence de vent ou de soleil ? Nos industriels ne sauraient accepter de tels risques dans leur chaine de production. D’un point de vue politique, devrions nous laisser au gaz russe le rôle de garant de la survie de nos industries ? D’un point de vue écologique, devrions-nous rouvrir nos vieilles centrales à charbon ? Et d’un point de vue économique, la flambée historique des prix du gaz ne devrait-elle pas nous interpeller ?

La question est finalement simple : nous, citoyens français, sommes-nous prêts à renoncer à notre indépendance énergétique pour accentuer notre dépendance vis-vis de la Russie, de l’Allemagne ou d’autres puissances étrangères ? Sommes-nous prêts à accepter des coupures de courant à répétition comme ce fut le cas au Texas, des millions de foyers privés d’électricité pendant plusieurs jours ? Sommes-nous prêts à renoncer à notre mode de vie d’une manière aussi radicale ? Enfin, sommes-nous prêts à relever le défi de la réindustrialisation ? Et celui d’une transition écologique rationnelle et pragmatique plutôt qu’une récession déguisée ?

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(*) Margot de Kerpoisson a piloté le rapport EGE « J’Attaque! Comment l’Allemagne tente d’affaiblir durablement la France sur la question de l’énergie »

L’Allemagne contre le nucléaire français

L’Allemagne contre le nucléaire français

Cinq pays dont surtout l’Allemagne ont décidé de ne pas reconnaître l’énergie nucléaire comme élément de lutte contre les dérives du climat.  ( Non reconnaissance dans la taxonomie). En apparence un enjeu écologique. Les quatre pays intéressés à savoir Autriche, Danemark, Luxembourg et Portugal ne dispose pas d’énergie nucléaire. L’Allemagne, elle, y a renoncé sous le poids des écologistes pour remplacer cette énergie nucléaire par du charbon et maintenant par le gaz de Russie. La vérité est essentiellement aussi économique à savoir que l’Allemagne ne veut surtout pas que la France devienne un des principales producteurs industriels des énergies nucléaires dans le monde. La bataille est avant tout économique avant d’être environnementale. Pour preuve le gaz n’est pas vraiment totalement une alternative non polluante au nucléaire. . La liste des énergies considérées comme vertueuses à la fois pour le climat et l’environnement  ((Taxonomie) ) doit être proposée d’ici la fin de l’année par la Commission européenne. Cette classification ouvrira l’accès à la finance verte, donnant un avantage compétitif crucial aux filières reconnues. Les pays européens se déchirent sur cette question. A Glasgow, lors de la COP26, les ministres de cinq pays de l’UE ont estimé jeudi que l’énergie nucléaire était « incompatible » avec les critères de la liste des investissements considérés comme « durables » actuellement élaborée par Bruxelles.Notons que c’est la même hypocrisie de l’Allemagne vis-à-vis de l’industrie des armes. L’Allemagne adopte une posture de neutralité dans la plupart des conflits mais entend bien développer une industrie dominatrice d’armement souvent contre l’influence de la France

Immigration : face au machiavélisme de la Biélorussie l’Allemagne demande des sanctions

Immigration : face au machiavélisme de la Biélorussie l’Allemagne demande des sanctions

De façon délibérée la Biélorussie a attiré des immigrés chez elle en leur promettant qu’il pourrait facilement atteindre l’union européenne et notamment l’Allemagne. En fait aujourd’hui des milliers d’immigrés se trouve coincé à la frontière biélorusse. Le piège tendu par la Biélorussie est diabolique. Il s’agit en fait de se servir des immigrés pour créer des tensions suite aux sanctions déjà prises à son encontre par l’Union européenne.

le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas, accuse le président Alexandre Loukachenko d’exploiter «sans scrupule» les migrants en les envoyant à la frontière avec la Pologne. «Nous sanctionnerons tous ceux qui participent au trafic ciblé de migrants», a déclaré Heiko Maas dans un communiqué, ajoutant que l’UE s’emploiera à «étendre et renforcer (…) les sanctions contre le régime de Loukachenko». «Loukachenko doit se rendre compte que ses calculs ne fonctionnent pas», a-t-il affirmé.

Il a également assuré que l’UE est préparée à agir contre d’autres pays et compagnies aériennes impliqués dans l’acheminement des migrants. «Personne ne devrait être autorisé à participer impunément aux activités inhumaines de Loukachenko», a-t-il déclaré, prévenant que «nous sommes préparés, en tant qu’UE, à en tirer également les conséquences». Depuis l’été dernier, la Lituanie, la Pologne et la Lettonie voient ainsi monter la pression. Les migrants seraient acheminés par avion jusqu’à Minsk depuis les pays d’origine puis escortés jusqu’aux portes de l’UE. Selon la Commission, près de 8000 personnes auraient d’ores et déjà franchi les frontières biélorusses pour rejoindre la Lituanie (4 200), la Pologne (3 300) et la Lettonie

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