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La pertinence de l’hydrogène pour l’aviation ?

 

« Il faut réexaminer la pertinence de l’hydrogène pour l’aviation » estime dans la Tribune (extrait) Michel Wachenheim, président de l’Académie de l’Air et de l’Espace)

 Airbus entend lancer un avion à hydrogène d’ici à 2035. Cela est-il possible selon vous et si oui quel type d’avion pourrait voler à l’hydrogène à cet horizon-là ?

MICHEL WACHENHEIM* - Airbus a déjà présenté publiquement ses différents projets et fera certainement d’autres annonces lorsque ses travaux de recherche seront plus avancés. L’Académie de l’Air et de l’Espace a organisé en mars dernier, sous la présidence de Madame Violetta Bulç, ancienne Commissaire européenne aux transports, un colloque dont l’objet était de mettre en évidence les voies et moyens de la décarbonation du transport aérien, sans tabous ni concessions, en donnant la parole à des acteurs extérieurs, à des jeunes et à des points de vue non européens. Bien évidemment, l’innovation technologique tient une large place dans la feuille de route qui mène à la neutralité carbone totale pour l’aviation. Les experts entendus considèrent unanimement que l’utilisation d’hydrogène pour propulser des avions court-courriers n’est pas hors de portée, même si de nombreuses difficultés restent à résoudre.  Quelles sont-elles ?

  • La taille et le poids des réservoirs : même si son rapport énergie/masse est environ 3 fois plus élevé que celui du kérosène, la densité très faible de l’hydrogène nécessitera des volumes 4 fois plus grands pour l’hydrogène liquide à -253°C, 6 fois plus grands pour l’hydrogène comprimé à 700bars, ce qui alourdira l’avion et entraînera de plus une surconsommation ;
  • La complexité des systèmes de gestion des circuits d’alimentation des moteurs, de l’évaporation permanente d’hydrogène, de l’étanchéité des circuits, qui devront respecter les normes de sécurité du transport aérien et sans doute de nouvelles normes qui restent à établir, beaucoup plus drastiques que celles de l’industrie spatiale conçues pour des vols de courte durée ;
  • La disponibilité d’infrastructures de production et de distribution sur les aéroports accueillant ces avions, respectant les normes de protection environnementales spécifiques et coexistant pendant le temps nécessaire avec les autres moyens d’avitaillement en kérosène et en carburants durables actuels ou à venir.

Ce ne sont là que les principaux défis. L’innovation technologique permettra sans doute d’en relever un certain nombre, mais les contraintes de volume et de poids (qui relèvent des lois de la physique, valables aujourd’hui, en 2035 et au-delà !) pourront difficilement être contournées, ce qui fait que ce type de propulsion ne pourra être envisagé à court et moyen terme que sur des avions à rayon d’action de 500 à 1000 km pour l’hydrogène gazeux, et environ jusqu’à 2000 km pour l’hydrogène liquide, selon les chiffres avancés par les experts présents au colloque de l’Académie en mars dernier. Ainsi cette solution, pour aussi séduisante qu’elle soit, n’impactera que très minoritairement les émissions de l’aviation dont les deux tiers proviennent des vols moyens et long-courriers.

Ce constat doit aussi être évalué au regard de la politique de flotte des compagnies aériennes. La coexistence d’avions de technologies très différentes, si elle n’est pas impossible, est plus difficile à gérer à tous points de vue (interopérabilité, flexibilité des affectations d’appareils aux différentes dessertes, formation des personnels techniques

La France responsable de l’analphabétisme en Algérie !

La France responsable de l’analphabétisme en Algérie !

Il faut vraiment que la technostructure algérienne qui pille le pays depuis 60 ans soit aux abois politiques pour utiliser l’argument de la culpabilité française en matière d’alphabétisation. C’est pourtant ce qu’a osé un responsable algérien,  le conseiller pour les questions mémorielles du président algérien Abdelmadjid Tebboune, selon des propos rapportés dimanche par plusieurs quotidiens locaux.

Il  y a pourtant 60 ans que l’Algérie est indépendante et qu’elle n’a pas été capable du moindre progrès social, économique, culturel et sociétal. Les dirigeants ont maintenu la population dans un état de sous-culture dramatique qui fait que le pays ne dispose pratiquement que des ressources du pétrole et n’a pas été capable de mettre en œuvre une économie moderne et une société évoluée.

La vérité pourtant connue la technostructure héritière du FLN s’est appropriée toute la richesse de l’Algérie laissant la population dans une misère noire et la privant par ailleurs du droit à l’expression démocratique la plus élémentaire. La vérité c’est que la technostructure appuyée par l’armée se partage le magot depuis 60 ans et que leur seul argument de défense est d’en attribuer la responsabilité à la colonisation de la France ! Pourquoi pas aussi au pape puisque parallèlement on est aussi engagé dans une guerre de civilisation et de religion.

D’après les médias, il a souligné, en citant «les historiens», sans les nommer, qu’au début de la colonisation française, en 1830, «le taux d’analphabétisme (en Algérie, NDLR) n’approchait pas les 20% de la population». «Et tous les Algériens lisaient et écrivaient. Pendant les trente premières années de colonisation, la France avait éliminé les personnes qui lisaient et qui écrivaient. Il s’en est suivi l’ère du pillage», a accusé M. Chikhi qui s’est exprimé samedi lors d’une «Journée du savoir», organisée au centre des archives à Alger. Il a par ailleurs annoncé la tenue prochaine d’une «conférence nationale sur la mémoire».

 

On peut comprendre que dans ces conditions la France ait cru bon d’annuler le voyage du Premier ministre français à Alger. Le problème est que le pouvoir algérien actuel n’a plus de légitimité démocratique, qu’il est au bout de son parcours pour avoir pillé le pays et que son lamentable argumentaire se limite à tenter de réveiller le nationalisme pour faire oublier le mécontentement interne.

 

La relance publique implique de mettre de côté les règles budgétaires en Europe

La  relance publique implique de mettre de côté les règles budgétaires en Europe

Roel Beetsma est professeur et vice-doyen de la faculté des sciences économiques et commerciales, à l’université d’Amsterdam, aux Pays-Bas. Il est membre du comité budgétaire européen, un organe consultatif indépendant qui conseille la Commission sur le cadre budgétaire. Il fait aussi partie d’une commission indépendante conseillant le gouvernement néerlandais sur les positions à adopter en matière de politiques financières et économiques de l’Union. (Interview dans l’Opinion)

Faut-il réformer le Pacte de stabilité et de croissance ? Qui fixe les règles budgétaires européennes ?

Habituellement, après une crise, l’investissement public chute. De fait, les études que nous avons menées montrent qu’il a été plus faible après la crise financière mondiale. C’est en particulier le cas pour les pays très endettés, comme l’Italie et le Portugal. Au comité budgétaire européen, nous avons recommandé à la Commission européenne de reprendre le Pacte de stabilité et de croissance et d’adopter ce que nous appelons une règle d’or budgétaire modifiée, permettant un relâchement du plafond d’augmentation de la dépense publique pour permettre de l’investissement public. Nous sommes conscients des inconvénients : les gouvernements sont incités à reclasser des dépenses comme de l’investissement. Donc nous suggérons que la règle d’or modifiée s’applique uniquement aux investissements déjà classifiés comme tels par la Commission. Par exemple, ceux financés par les fonds structurels, qui répondent à certains critères. La part du financement qui vient des Etats membres pourrait être exemptée des règles budgétaires et même majorée par les gouvernements, en ayant un plafond plus élevé.

« Vous devez donc trouver un compromis en permettant, d’un côté, des dépenses favorables à la croissance et en vous assurant, d’un autre, que ces dépenses facilitées en soient vraiment porteuses »

Quels sont ces investissements ? Est-ce si simple de différencier dépenses d’investissement et de fonctionnement ?

Classiquement, ce sont les investissements dans les infrastructures : routes, réseaux électriques, chemins de fer, bâtiments scolaires ou gouvernementaux… A contrario, les salaires des enseignants ne sont pas considérés comme des investissements, alors qu’ils encouragent la croissance. Dans l’idéal, on rendrait flexibles les règles budgétaires pour toute dépense publique porteuse de croissance. Mais les gouvernements souhaitent présenter comme telles toutes sortes de dépenses. Vous devez donc trouver un compromis en permettant, d’un côté, des dépenses favorables à la croissance et en vous assurant, d’un autre, que ces dépenses facilitées en soient vraiment porteuses. C’est plus facile dans le cas des investissements en infrastructures. Il faut noter que les règles budgétaires européennes autorisent déjà une certaine flexibilité pour les investissements publics. Dans le bras préventif du Pacte de stabilité, les gouvernements qui affichent un déficit structurel [c’est-à-dire des recettes inférieures à leurs dépenses sans tenir compte de l’impact de la conjoncture] doivent améliorer ce dernier de 0,5 % du PIB par an. Mais la flexibilité pour l’investissement public peut atteindre environ 0,2 % du PIB. Ce n’est pas rien. Néanmoins, en pratique, les pays n’ont presque jamais utilisé cette possibilité. Ils ont de nombreuses autres possibilités de flexibilité qu’ils exploitent déjà auprès de la Commission : événements inhabituels, réformes structurelles, marges d’incertitudes…

Comment se positionnent les grands pays européens par rapport à la réforme du Pacte de stabilité ?

Les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Autriche et les pays scandinaves sont sceptiques et craignent davantage de flexibilité dans les règles budgétaires européennes. En revanche, la France, l’Espagne et l’Italie y sont favorables. On retrouve la division classique. La Commission va lancer très prochainement des consultations à propos de potentiels changements concernant le Pacte. Il y aura des débats, mais ce qui en sortira n’est pas encore clair…

Politique- Un vote anticipé à l’américaine, pour quoi faire ?

Politique -Un vote anticipé à l’américaine, pour quoi faire ?

 

 

Il est clair que la proposition soudaine du gouvernement d’envisager le vote anticipé pose de nombreuses questions quant à ses objectifs et ses conséquences. En fait,  il s’agirait d’une copie du modèle américain qui ne constitue pas en soi le modèle démocratique idéal si l’on tient compte des milliards qui sont nécessaires aux futurs candidats américains pour exister politiquement (1,3 milliards pour Trump et autant pour Biden à comparer aux 15 millions « officiels » pour la campagne de Macron. ).

 

Cette proposition subite du gouvernement témoigne d’une certaine fébrilité d’ autant que les élections départementales et régionales devraient confirmer la débâcle de la république en marche. Sur le plan politique , on voit mal en quoi un vote anticipé serait de nature à redynamiser la démocratie. La proposition est d’autant plus curieuse qu’on se refuse pour l’instant au vote électronique qui simplifierait la tâche de tout le monde, surtout de nombre d’abstentionnistes.

 

Le problème du vote anticipé pose la question calendaire. À partir de combien de jours avant le scrutin officiel : 15 jours, un mois, deux mois. En outre, pourraient parallèlement se développer des sondages plus ou moins officiels rendant compte des résultats de ces votes anticipés qui fausseraient alors l’environnement électoral. Par ailleurs, des événements majeurs peuvent se produire entre la date du vote par anticipation et la date officielle. Une situation qui pourrait alors changer la donne quand on sait que les élections peuvent se jouer à quelques pour cent.

 

De toute manière sur le plan du droit cette proposition serait considérée comme certainement anticonstitutionnelle.

 

Jean-Philippe Derosier, interrogé par Franceinfo, « il y a clairement une rupture d’égalité des électeurs face au scrutin » qui en viendrait à déclarer l’insincérité du scrutin.

Le système électoral aux Etats-Unis permet d’illustrer ce risque de rupture d’égalité. Le spécialiste américain de l’éthique politique Dennis F. Thompson a analysé le problème à travers deux articles parus en 2004 et 2008. Selon lui, le simple fait que des électeurs votent avant le jour J, en personne ou par correspondance, diminue la valeur démocratique de l’élection.

Selon Jean-Philippe Derosier, le vote par anticipation « est diffus dans le temps », les électeurs ne sont donc pas « confrontés au même instant électoral, au même instant politique et ne votent pas avec les mêmes éléments d’information ». « Si une partie des Français vote huit jours avant, vous imaginez les fuites sur le sens du vote de nature à porter atteinte à la sincérité du scrutin? C’est lunaire surréaliste et pas souhaitable », résumait mardi Sébastien Jumel.

 

VACCINS: l’aumône de l’Occident pour l’Afrique

VACCINS: l’aumône de l’Occident pour l’Afrique

 

Les pays développés de l’Europe et des États-Unis n’ont pas honte d’annoncer qu’ils vont attribuer environ 13 millions de dollars de vaccins à l’Afrique qui compte 1 200 000 000 d’habitants.

 

On voit mal comment ce don insignifiant pourrait compléter une politique de vaccination qui n’existe pas dans nombre de pays africains faute de moyens. Pire dans certains pays africains, on  tente de se soigner avec une herbe miraculeuse de Madagascar vantée par le chef de l’État malgache lui-même. Une énorme escroquerie évidemment.

Dès lors compte tenu de la mesquinerie de l’Europe et  des États-Uni,s il ne faut pas être surpris que la vaccination constitue l’arme diplomatique stratégique pour des pays comme la Russie ou la Chine qui sont en train de mettre la main l’Afrique.

Emmanuel Macron a plaidé jeudi dans le Financial Times pour que les pays riches envoient 3 à 5% de leurs doses disponibles à l’Afrique « très vite ». Il a précisé sa proposition ce vendredi à la Conférence de Munich, à laquelle participaient notamment le président américain Joe Biden et la chancelière allemande Angela Merkel, en suggérant de commencer par l’envoi immédiat de 13 millions de doses.

La plupart des pays africains restent à l’écart du mouvement. En Afrique, seuls quelques pays ont démarré. Or les pays riches ont commandé d’énormes quantités de doses sans savoir si ces vaccins seraient efficaces et vu le nombre de projets qui ont abouti, ils se retrouveront avec des centaines de millions de doses excédentaires.

L’automatisation : le grand enjeu d’Amazon

L’automatisation : le grand enjeu d’Amazon

Un article du Wall Street Journal aborde la problématique de l’automatisation pour une entreprise comme Amazon grande utilisatrice de main-d’œuvre.

 

Amazon a bien plus d’employés que ses concurrents, que ce soit Microsoft, Google ou Apple, et nombre d’entre eux sont des travailleurs manuels peu qualifiés, et non des ingénieurs logiciels. L’entreprise est également partenaire avec environ 2,4 millions de vendeurs tiers sur sa marketplace, qui génèrent la majorité des ventes sur sa plateforme de e-commerce. Mais le nouveau directeur général, M. Jassy — un fidèle adjoint et un disciple dévoué du fondateur Jeff Bezos — dispose d’un outil puissant pour manager un tel bataillon d’employés et de partenaires : une infrastructure logicielle en cloud tout aussi étendue qu’il chapeaute depuis sa création.

Si Andy Jassy parvient à faire en sorte que les algorithmes s’occupent des salariés et des partenaires de manière aussi humaine qu’il manage apparemment les individus avec lesquelles il travaille personnellement, cela pourrait constituer son principal legs en tant que directeur général

La manière dont Amazon utilise des logiciels pour tout gérer ne ressemble à aucune autre entreprise ou presque, à l’exception peut-être des géants de la « gig-economy » (économie à la tâche) que sont Uber, Lyft, DoorDash et Instacart. Qu’ils conduisent une camionnette de livraison, qu’ils prélèvent des articles sur des étagères ou qu’ils essaient de faire le suivi de leurs stocks de produits pour éviter d’être déréférencés, les employés, les sous-traitants et les vendeurs tiers d’Amazon sont contrôlés, évalués, récompensés — et font même l’objet de signalements en vue être sanctionnés ou coachés — par des logiciels.

Bien que M. Jassy soit souvent décrit par ceux qui ont travaillé pour lui comme quelqu’un ressemblant beaucoup à Jeff Bezos — mais peut-être en plus doux et chaleureux —, on peut affirmer qu’il existe actuellement un fort contraste entre la façon dont il se comporte dans ses relations quotidiennes et celle dont les algorithmes et l’intelligence artificielle d’Amazon traitent les millions d’employés de terrain et de marchands sur sa marketplace. Si M. Jassy parvient à faire en sorte que les algorithmes s’occupent des salariés et des partenaires de manière aussi humaine qu’il manage apparemment les individus avec lesquelles il travaille personnellement, cela pourrait constituer son principal legs en tant que directeur général.

Ayant fondé Amazon Web Services à partir d’une petite start-up qu’il a dirigée au sein d’Amazon, au début des années 2000, pour en faire le mastodonte du secteur du cloud (qui génère la moitié des bénéfices d’Amazon), M. Jassy a une parfaite compréhension non seulement des arcanes Internet des innombrables entreprises de la tech, de Netflix à Slack, qu’AWS accompagne, mais aussi comment cette unité est connectée à la myriade d’activités exploitées par Amazon lui-même. Aujourd’hui âgé de 53 ans, M. Jassy a rejoint Amazon en 1997, juste après avoir obtenu son diplôme de la Harvard Business School.

L’expérience acquise par M. Jassy dans le domaine du cloud ne l’a peut-être pas préparé à prendre la tête d’un concurrent comme Walmart, dont le modèle est toujours basé sur les magasins physiques. Mais, avec ses vingt-quatre ans passés chez Amazon, il dispose de tous les atouts pour diriger les activités de l’entreprise, que ce soit le e-commerce ou le reste de son empire tentaculaire. (Le cloud computing est une technologie informatique à distance accessible par Internet, centrale dans un nombre incalculable de domaines, de la révolution mobile aux dizaines de services que nous considérons comme allant de soi, comme par exemple le streaming ou l’IA).

L’empire Amazon est aujourd’hui confronté à des défis — technologiques, opérationnels et réglementaires — aussi importants que ceux auxquels il a dû faire face par le passé.

Andy Jassy pourra-t-il trouver un équilibre entre le statut d’Amazon, un des plus grands employeurs américains, et la volonté de la société d’automatiser autant de tâches que possible ?

Primo, une question concerne l’essence même de la société qu’Amazon souhaite être. Ses dirigeants insistent sur leur volonté de préserver la santé de leurs employés et de leur donner des opportunités de carrière et de formation. Mais la façon dont Amazon manage à la fois ses salariés et les vendeurs tiers via des algorithmes est souvent en contradiction avec ces aspirations. Si M. Jassy décidait d’apporter des changements, Amazon parviendra-t-il à concevoir ses logiciels et ses systèmes de manière à ce qu’ils répondent mieux aux besoins de ceux auxquels ils servent et sur lesquels ils exercent leur pouvoir ?

Secundo, l’infrastructure en cloud qu’Amazon utilise pour gérer et conclure des transactions avec ses millions de clients héberge également des systèmes qui, selon de nombreux témoignages, poussent ses employés à travailler encore plus dur, et laissent souvent ses vendeurs tiers dans le flou sur la meilleure manière de naviguer sur sa marketplace — ce qui alimente les plaintes et les enquêtes sur ses pratiques en matière de conditions de conditions de travail et de concurrence. Amazon va-t-il concevoir ses systèmes de manière à améliorer la qualité de vie de ses employés et à promouvoir des relations meilleures et plus transparentes avec ses marchands ?

Tertio, M. Jassy pourra-t-il trouver un équilibre entre le statut d’Amazon, un des plus grands employeurs américains, et la volonté de la société d’automatiser autant de tâches que possible ? Enfin, dans quelle mesure pourra-t-il atteindre ses objectifs alors les enquêtes antitrust et les appels au démantèlement de l’entreprise se multiplient ?

Le départ de M. Bezos de son poste de directeur général donne à l’entreprise l’occasion d’essayer de redorer son image publique, à Washington et dans le monde entier. Beaucoup de ceux qui ont travaillé avec M. Jassy expliquent que, bien qu’il ressemble à M. Bezos à certains égards, il est d’un naturel plus doux et plus réservé.

Vice-président senior de la vente au détail chez Amazon de 1997 à 2002, David Risher a travaillé en étroite collaboration avec M. Jassy. « Si l’on se fie à son passé, il va diriger tout autant avec son cœur qu’avec sa tête, assure M. Risher. Il manage toujours avec une véritable empathie, pas en faisant semblant. » Les deux hommes sont toujours en contact : M. Jassy est membre du conseil consultatif de l’association Worldreader de M. Risher, qui aide les enfants défavorisés à avoir accès aux livres numériques.

Dans les activités de e-commerce d’Amazon, à toutes les étapes de la chaîne d’approvisionnement, les humains intègrent rapidement des emplois qui ne nécessitent presque aucune formation. Cela a été rendu possible par la manière dont ces tâches sont régies et encadrées par les algorithmes et l’automatisation. Dans les centres logistiques les plus sophistiqués d’Amazon, par exemple, les employés collectant des articles sur les rayonnages robotisés sont surveillés par des caméras équipées d’un système d’intelligence artificielle. Un lecteur de code-barres connecté au cloud contrôle la vitesse à laquelle ils choisissent les articles, le nombre et la durée de leurs pauses et s’ils prennent les bons articles et les placent aux bons endroits. Les responsables ne doivent intervenir que si le logiciel signale un problème, par exemple si un employé prend du retard.

Un porte-parole d’Amazon rejette l’idée que, dans les entrepôts, toute personne est « gérée par un algorithme », au motif que tous les collaborateurs ont au-dessus d’eux un manager humain qui en est responsable et les coache s’ils ne répondent pas aux objectifs de rendement. « Nos travailleurs de terrain sont le cœur et l’âme d’Amazon », et reçoivent les mêmes avantages que les autres employés de l’entreprise dès leur premier jour de travail, ajoute le porte-parole. Par le passé, Amazon avait assuré que seul un faible pourcentage de ses collaborateurs étaient licenciés ou quittaient l’entreprise pour manque de performances.

L’entreprise a eu recours à de nombreuses stratégies pour entraver la syndicalisation dans ses locaux, avançant, entre autres, qu’une main-d’œuvre syndiquée réduirait la flexibilité nécessaire pour continuer à s’adapter

Les logiciels, eux, ont déjà remplacé les salariés qui s’occupaient des comptes des partenaires commerciaux. Même les grandes marques qui décident de vendre sur Amazon ont pour la plupart affaire avec les systèmes automatisés de l’entreprise. L’IA régit presque entièrement la façon dont les vendeurs sont traités sur la marketplace d’Amazon, et il n’est pas toujours facile de travailler avec elle, explique Jason Boyce, qui a été pendant dix-sept ans l’un des 200 meilleurs vendeurs sur la plateforme, et a ensuite fondé Avenue7Media, qui aide les entreprises à vendre sur la marketplace d’Amazon.

« Leur IA n’est pas toujours très subtile », estime-t-il. Il arrive que les listings de vendeurs soient réduits sans préavis ou presque : les petites entreprises doivent alors se débrouiller pour payer les salaires, ajoute-t-il.

« Amazon investit lourdement pour épauler ses vendeurs, car nous travaillons ensemble pour servir leurs clients et protéger leurs marques, déclare un porte-parole d’Amazon. Il est dans notre intérêt économique de minimiser les perturbations affectant les ventes de nos partenaires commerciaux, et nous travaillons dur pour éviter les erreurs en matière d’exécution. Nous contactons tous les vendeurs présentant peu de faibles risques ou permanents avant de les suspendre, et nous fournissons des indications claires pour qu’ils puissent faire appel de ces décisions par l’intermédiaire de notre équipe. »

Jeff Bezos, doté d’un indéniable talent de vision à long terme, semble avoir choisi le bon moment pour nommer un nouveau directeur général imperturbable qui a l’opportunité, et peut-être le tempérament, de redorer le blason d’Amazon

M. Jassy pourrait choisir d’améliorer ces systèmes, ou, au contraire, se contenter d’automatiser la plupart des rôles occupés par des employés. Et, si les régulateurs n’interviennent pas, il pourrait faire de même dans les relations avec nombre de ses partenaires et des marchands présents sur sa marketplace.

A l’heure actuelle, Amazon cherche autant d’employés que possible. Mais selon les résultats des actions destinées à renforcer la syndicalisation au sein de l’entreprise, celle-ci pourrait bientôt avoir une autre grande raison d’automatiser le plus rapidement possible des postes. L’entreprise a eu recours à de nombreuses stratégies pour entraver la syndicalisation dans ses locaux, avançant, entre autres, qu’une main-d’œuvre syndiquée réduirait la flexibilité nécessaire pour continuer à s’adapter.

Il est clair qu’Amazon veut utiliser ses infrastructures d’IA et de cloud computing pour mener à bien une automatisation encore plus poussée, comme par exemple sur la livraison autonome, à la fois par drones et véhicules sur roues. Alors qu’au niveau local, Amazon sous-traite à des milliers de franchisés le dernier kilomètre de livraison sur son propre réseau logistique, la société pourrait mettre fin aux contrats avec ces entreprises pratiquement du jour au lendemain, comme elle l’a déjà fait par le passé, sans que cela n’affecte la taille des effectifs qu’elle emploie directement.

M. Bezos, doté d’un indéniable talent de vision à long terme, semble avoir choisi le bon moment pour nommer un nouveau directeur général imperturbable qui a l’opportunité, et peut-être le tempérament, de redorer le blason d’Amazon. Outre la syndicalisation, le plus grand défi qui se profile dans l’immédiat pour l’entreprise pourrait être d’affronter, pendant des années, des séries auditions devant le Congrès et des enquêtes fédérales cherchant à déterminer si Amazon constitue un monopole susceptible d’être démantelé, souligne Paul Armstrong, analyste du secteur et créateur du bulletin d’information What Did Amazon Do This Week.

Sous la direction de M. Jassy, « je pense que vous risquez de vous retrouver avec un Amazon plus ennuyeux », ajoute M. Armstrong. Connu pour son sang-froid et son souci du détail, M. Jassy a aussi l’avantage de ne pas s’identifier à l’entreprise aussi personnellement que M. Bezos, son créateur. Cela pourrait lui être utile, car il sera contraint de comparaître devant le Congrès de manière récurrente et de passer une grande partie de son temps à s’enfermer avec ses avocats, si les actions antitrust contre Amazon se concrétisaient.

Utiliser l’IA, les logiciels et l’automatisation pour alléger les tâches des employés, ou pour les obliger à travailler plus dur afin de suivre le rythme, est un choix auquel toutes les entreprises sont confrontées à l’ère de la numérisation. Mais aucune ne l’est plus qu’Amazon. Il est possible que M. Jassy choisisse de gérer cette transition différemment de M. Bezos, connu pour son exigence. Il est également possible qu’il se sente contraint, à cause de la surveillance des régulateurs, de gérer les choses autrement que son prédécesseur.

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Grégoire Arnould)

Traduit à partir de la version originale en anglais

L’Enjeu de la prospective

L’Enjeu de  la prospective

Par Jean-Eric Aubert (président de la Fondation 2100), Thierry Gaudin (président d’honneur de la Fondation 2100)

 

Ceux qui font profession de prévoir le futur, autrement dit qui s’adonnent aux métiers de la prospective, courent en général deux risques : le premier est de se tromper, le second est d’avoir raison trop tôt. La pandémie de Covid-19 nous en offre un exemple tout frais. De nombreux travaux scientifiques ont évoqué la possibilité de la survenue d’un tel épisode sanitaire bien avant qu’il n’apparaisse. Des auteurs ont écrit des livres prémonitoires comme le grand épidémiologiste américain Michael Osterholm (« Deadliest Enemy : Our War Against Killer Germs », 2017), la CIA a alerté, sans parler de Bill Gates qui a sonné l’alarme sur la survenue probable d’une grande et mortelle pandémie. Et pourtant, aucun pays n’a accordé d’importance à ces signaux avancés et tous ont été surpris et largement impréparés.

Est-ce une raison suffisante pour que les prospectivistes changent de métier ? Certainement pas. C’est même le contraire. L’humanité fait face à de tels défis - réchauffement climatique, révolutions technologiques, basculements géopolitiques, transitions démographiques… - qu’il est plus nécessaire que jamais d’en comprendre les enjeux, d’anticiper leurs conséquences et d’agir pour prévenir les catastrophes. Cet horizon peut paraître éloigné, mais les enfants qui naissent aujourd’hui seront, pour la plupart, encore en vie à la fin du siècle. Leur laisser une planète vivable implique de s’engager dans cette prospective opérationnelle et mondiale dès maintenant - d’autant que l’adaptation des sociétés humaines à de profonds changements prend toujours du temps.

Projeter une vue d’ensemble

Comprendre les phénomènes à l’oeuvre, c’est d’abord chercher à en projeter une vue d’ensemble. Une approche partielle, influencée par les conformismes et les consensus, ne permet pas de saisir la complexité de ces phénomènes et leurs interactions. Et lorsque les visions sont inspirées par des idéologies ou des modes, celles-ci biaisent la perception. Soit par excès d’optimisme, par exemple dans les possibilités des technologies vantées par les « transhumanistes ». Soit par excès de pessimisme, avec les perspectives d’effondrement mondial prophétisées par les « collapsologues ».

Cryptomonnaie, bitcoin : le grand plongeon

Cryptomonnaie, bitcoin : le grand plongeon

 

 

La folle envolée du bitcoin et autres cryptomonnaies risque d’être suivie d’un plongeon de même ampleur. En effet , les cryptomonnaies d’une certaine manière vont s’autodétruire du fait de l’ambition démesurée de leurs soutiens. Certes, la technique sur laquelle les cryptomonnaies  s’appuient à savoir  Blockchain  n’est pas en cause- La technique Blockchain permet en effet de traiter sans intermédiaire et de manière très sûre des flux d’information dans tous les domaines d’activité et pas seulement monétaire. Par contre, l’amalgame entre la technique et l’application monétaire a sans doute permis de croire que la valeur des cryptomonnaies pouvait monter jusqu’au ciel.

 

Derrière la valorisation du bitcoin se posent différents problèmes d’abord celui des actifs sur lequel repose cette nouvelle monnaie dans les cours dépendent  essentiellement des humeurs de la bourse et sur aucun élément économique objectif. En outre le bitcoin et ses cousins vont surtout être victimes de cette ambition démesurée qui visait en réalité à se substituer aux monnaies traditionnelles. Une sorte de hold-up sur la souveraineté des Etats.

Une situation évidemment qui n’est pas acceptable dans la mesure où la souveraineté monétaire détermine la souveraineté plus générale dans tous les domaines. Ainsi nombre de pays ont déjà envisagé de créer leur propre cryptomonnaies à côté ou même à la place de la monnaie classique. Ce sera sans doute le cas bientôt de l’Inde qui en plus va interdire les cryptomonnaies privées. L’Inde sera sûrement suivie de la Chine qui a déjà exprimé son intention dans ce domaine. L’Inde prévoit d’introduire une loi pour interdire les cryptomonnaies privées telles que le bitcoin et de mettre en place un cadre pour une monnaie numérique officielle à émettre par la banque centrale, selon un programme législatif répertorié par le gouvernement.

La loi « créera un cadre de facilitation pour la création de la monnaie numérique officielle qui sera émise par la Banque de réserve de l’Inde (RBI) », indique l’ordre du jour, publié vendredi sur le site Web de la chambre basse.

La législation, inscrite pour débat lors de la session parlementaire en cours, vise «à interdire toutes les cryptomonnaies privées en Inde, mais elle permet certaines exceptions pour promouvoir la technologie sous-jacente de la cryptomonnaies et ses utilisations», indique l’ordre du jour.

À la mi-2019, un panel du gouvernement indien a recommandé d’interdire toutes les cryptomonnaies privées, avec une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 10 ans et

L’ enjeu de l’hydrogène

L’ enjeu de l’hydrogène

 

Laurent Favre (Plastic Omnium) évoque l’enjeu de l’hydrogène pour l’Europe.

 

La pandémie va laisser des traces et rebattre les cartes de l’industrie automobile mondiale. L’Europe, qui pratique en permanence le compromis sécurité sanitaire/maintien de l’activité, apparaît plus durablement touchée, constate Laurent Favre, directeur général de l’équipementier Plastic Omnium depuis le 1er janvier 2020…

Quel bilan et surtout quelles leçons tirez-vous de la pandémie ?

Evidemment, la première partie de 2020 a été très chaotique mais par temps de pandémie, être global est un avantage. Nous avons trente usines en Chine, d’où la pandémie est partie, ce qui nous a permis de préparer le reste du groupe, humainement et économiquement. Sur le plan sanitaire, nous avons mis en place un protocole unique dans toutes nos usines, ce qui a encore rapproché les équipes : chez Plastic Omnium, tout le monde travaillait de la même façon. Cela nous a fait prendre conscience à quel point il faut pouvoir se reposer sur une organisation fondée sur la cohésion et la solidarité des équipes.

Parallèlement, nous avons travaillé sur le monde de demain. Pas question de laisser la Covid-19 imposer son agenda ! Cette crise n’a fait qu’accélérer et amplifier les tendances lourdes qui se dessinaient. Depuis 2017, les volumes mondiaux de ventes de véhicules reculaient, sous l’influence des nouveaux usages et des exigences liées aux nouvelles mobilités. Il va falloir accélérer notre adaptation à ce nouveau contexte ; les sujets sociétaux et environnementaux sont d’ailleurs très présents dans les plans de relance mondiaux. Dans le groupe, nous nous sommes aussi rendu compte qu’on ne profitait pas à plein des outils digitaux, la visite virtuelle d’usines, le télétravail… De cette crise émergera un nouveau modèle de fonctionnement.

Quid de la conjoncture mondiale automobile. La pandémie rebat-elle les cartes ?

Le marché asiatique est reparti très rapidement. En Chine, les volumes au second semestre ont été supérieurs à ceux de la même période de 2019. L’Amérique du Nord a repris un fonctionnement quasi normal, cette région ayant clairement choisi de préserver l’économie. En revanche, l’Europe qui représente 55 % des débouchés du groupe, et pratique en permanence le compromis sécurité sanitaire/maintien de l’activité, apparaît plus durablement touchée.

Oui, cette crise va laisser des traces et rebattre les cartes car l’écart se creuse entre le Vieux continent et la Chine, en termes de croissance et de développement technologique. De ce fait, la pandémie va certainement fragmenter le marché de la mobilité. Le secteur fonctionnait autour de plateformes globales, desservant des implantations mondiales. L’avenir se dessine autour d’organisations beaucoup plus locales, répondant à des besoins spécifiques régionaux.

Dans ce contexte, les appels du gouvernement à la relocalisation ont-ils un sens ?

En l’occurrence, la France ne représente que 6 à 7 % de nos débouchés, et notre stratégie a toujours été de développer, d’acheter et de produire là où nous vendons. Pas question de produire en France ce que nous vendons en Chine et inversement ! Cela ne changera pas. En revanche, la chaîne logistique sera plus affectée. Avant la Covid, les barrières douanières, les fluctuations de taux de change, le débat grandissant sur la pollution liée au transport des pièces pesaient déjà en faveur de la localisation de ces chaînes. La crise amplifie ce besoin, on le voit aujourd’hui avec la pénurie de composants électroniques qui pénalise le secteur automobile.

Nouvelles mobilités égalent nouvelles productions. Cela entraîne-t-il des bouleversements chez Plastic Omnium ?

La première étape de la mobilité propre consiste à décarboner les moteurs thermiques, essence et diesel. C’est un gros marché pour Plastic Omnium qui est leader mondial des systèmes de dépollution. La deuxième étape, c’est l’hybridation des véhicules : on mixe moteurs à combustible et électrique, cela nécessite des réservoirs plus complexes, domaine dans lequel le groupe innove beaucoup.

Le « tout électrique » arrivera dans un troisième temps. Nous estimons qu’il représentera 30 % du marché mondial, dix fois plus qu’aujourd’hui, en 2030, avec de gros écarts par région. Ce sera sans doute plus important en Europe, moins aux Etats-Unis. Cela signifie que 70 % du marché sera toujours très « hybridé ». Nous préparons le coup d’après avec le moteur à hydrogène, qui est un véhicule électrique pour lequel le stockage de l’énergie se fait par le biais de réservoirs à hydrogène.

Où en est Plastic Omnium dans ce domaine ?

Depuis 2015, nous avons investi 200 millions d’euros dans le réservoir hydrogène à haute pression (700 bars), qui permet de maximiser la quantité d’énergie dans un minimum de place. La deuxième étape est la transformation de cette énergie en électricité, par la pile à combustible. C’est le sens du partenariat que nous avons conclu en octobre avec l’allemand ElringKlinger. Notre coentreprise, EKPO, a vocation à devenir le leader mondial de la pile à combustible. L’hydrogène est une vraie alternative au modèle 100 % batterie. Le consensus est qu’il n’y aura pas à l’avenir un seul mode de motorisation. La fragmentation régnera aussi dans ce domaine, avec d’un côté le 100 % batterie pour les véhicules urbains, de l’autre le 100 % hydrogène pour les poids lourds, et entre les deux une grande partie d’hybride, batterie/pile à combustible.

L’autre certitude est que l’Europe a une vraie carte à jouer dans l’hydrogène. Elle dispose des champions mondiaux de la production d’hydrogène et d’électricité décarbonée, ainsi que des savoir-faire. Le véritable enjeu, ce sont les infrastructures, les bornes de recharge notamment. C’est dans ce domaine que l’Europe est en train de prendre beaucoup de retard.

«Le soutien à court terme de l’économie est justifié, mais il est risqué. Dans notre secteur la perfusion pourra se révéler dangereuse si elle maintient artificiellement en vie des sous-traitants automobile qui étaient déjà mal en point avant la pandémie. La casse ne sera pas évitée, elle n’est que reportée»

Que pensez-vous des différents plans de soutien, français et européen, à la filière automobile et aux énergies propres ?

Le soutien à court terme de l’économie est justifié, mais il est risqué. L’Etat arrête l’économie, il l’empêche de couler, c’est normal. Mais dans notre secteur la perfusion pourra se révéler dangereuse si elle maintient artificiellement en vie des sous-traitants automobile qui étaient déjà mal en point avant la pandémie. La casse ne sera pas évitée, elle n’est que reportée. En revanche, les mesures structurelles, les plans visant à développer une industrie de l’hydrogène par exemple, sont une très bonne chose. L’Europe a là une occasion de reprendre la main. C’est une vraie opportunité ! Dans ce domaine, notre ambition est de profiter non pas de subventions, mais de l’écosystème et des infrastructures que ces plans doivent permettre d’installer.

En France, la vente de voitures est retombée à son niveau de 1975. Comment le marché peut-il se redresser ?

Là encore, la pandémie n’a fait qu’amplifier une tendance. Les décisions des constructeurs annonçaient déjà une baisse de 20 % de la production dans notre pays. Bon nombre de nouveaux modèles ne sont plus assemblés en France. Au-delà du marché français, le monde automobile « fantasmait » beaucoup avant la crise sur l’objectif de 100 millions de véhicules produits en un an. Notre scénario n’envisage pas cette hypothèse pour les prochaines années.

La croissance en volume telle qu’elle a pu être observée depuis une quinzaine d’années n’aura pas lieu. Le marché va-t-il plafonner à 80 ou 85 millions de véhicules ? Notre certitude est que l’évolution des usages et de la mobilité indique que la croissance future se mesurera en termes de contenu technologique et non d’unités vendues. Telle est d’ailleurs notre ambition : il faut de plus en plus de technologie, d’innovation et de valeur ajoutée de Plastic Omnium dans chaque véhicule. Tous nos produits auront demain davantage de fonctionnalités. C’est vrai pour toute l’industrie : l’innovation et la R & D feront plus que jamais la différence.

Quelle est votre stratégie dans ce domaine ?

La R & D représente 5 % de notre chiffre d’affaires. Ceux qui n’auront pas les moyens de suivre le rythme seront fragilisés. Cela préfigure sans doute une vague de consolidations dans le secteur au cours des 18-24 prochains mois, Plastic Omnium a la volonté et les moyens d’être un agent consolidateur. Et il dispose de l’atout majeur d’un actionnariat stable. Sur l’hydrogène, la France sera notre centre de gravité. Nous allons concentrer notre recherche sur deux sites, à Compiègne et en Chine. En matière de R & D, il n’y a pas de déclassement européen. Il faut absolument capitaliser sur cet atout et ne pas se laisser distancer.

 

 

«L’ écologique et la démographique : enjeux majeurs de l’économie pour l’avenir »

«L’ écologique et la démographique : enjeux majeurs de l’économie pour l’avenir »

Dominique Boulbès  , estime que l’évolution future de l’économie devra prendre en compte de paramètres majeurs à savoir l’écologie et la démographie (interview dans l’opinion)

Dominique Boulbès  Président du groupe Indépendance Royale, vice-président de la filière « Silver économie », en charge du volet croissance des entreprises, administrateur du Synapse, la fédération des entreprises spécialisées, président du pôle « Télémédecine et longévité » de l’Académie francophone de télémédecine et de eSanté, Dominique Boulbès est un entrepreneur engagé. Il est l’auteur de Vieillir – Le grand vertige (PhB Editions) et, en collaboration avec Serge Guerin, de La Silver économie – 60 acteurs de l’économie des 60 + (La Charte). Il milite pour une « approche holistique de l’économie des seniors. »

Interview

Un sondage Odoxa de novembre 2019 indique que la prise en charge du vieillissement est une préoccupation prioritaire pour 90 % des Français. L’inquiétude est-elle le carburant de la Silver économie ?

Ce sentiment traduit avant tout la puissance des évolutions démographiques et sociologiques qui transforment nos sociétés. C’est de ces changements structurels profonds que découle l’émergence de l’économie relative aux seniors. L’histoire des filières économiques est le miroir des évolutions socio-historiques. Le développement de l’électroménager a été concomitant de la libération de la femme, le boom de la voiture particulière de l’exode rural des ménages…

Quels sont les fondements socio-historiques de la Silver économie ?

A l’origine de tout, il y a un facteur démographique mondial. Peu de gens en ont conscience mais, à l’exception de l’Afrique, tous les continents sont engagés dans un processus de baisse des populations. Il prend sa source dans la diminution du nombre des jeunes et dans l’explosion du nombre des seniors. Nous sommes entrés dans l’ère de la post-transition démographique. Cette évolution a démarré chez les Européens il y a deux siècles, sous l’impact de l’amélioration des conditions de vie, qui ont fait reculer les taux de mortalité. Elle s’est accélérée ensuite avec le changement de mentalité vis-à-vis des femmes et la baisse du taux de fécondité. Aujourd’hui, sur le Vieux Continent, le seuil du renouvellement des générations, fixé à deux enfants par femme, n’est plus atteint partout.

Que prévoient les projections mondiales ?

La moitié de la population du globe est touchée. Les prévisions centrales de l’ONU étaient jusqu’alors l’atteinte d’un pic de 10,8 milliards d’habitants en 2100. Une étude scientifique publiée en juillet par l’université de Seattle prédit 9,7 milliards en 2064, puis un déclin jusqu’à 8,8 milliards en 2100. Elle rejoint le scénario bas de l’ONU : 7,3 milliards en 2100 – ce qui serait moins qu’aujourd’hui. La plupart des économies développées ont commencé à perdre de la population. En 2050, l’Italie aura fondu de 6 millions d’habitants, la Russie de 10 millions, le Japon, où l’évolution est la plus avancée, de 21 millions.

Qu’en est-il en France, où le taux de fécondité (1,87 enfant par femme en moyenne) résiste mieux ?

Notre pays ayant été l’un des premiers à entrer dans cette transition démographique, il a été le pionnier des politiques natalistes pour compenser sa faible densité de population. La France devrait passer de 67,8 millions d’habitants en 2020 à 74 en 2050, puis 76,4 en 2070, soit 12,7 % d’augmentation. Ce qui est peu connu est que ce supplément de 8,6 millions d’habitants enrichira uniquement la tranche d’âge des plus de 60 ans. Ils passeront de 17,8 à 26,4 millions. Les moins de 20 ans (16,5 millions aujourd’hui) stagneront, tout comme les 20-59 ans (33,5 millions). Ce rééquilibrage des masses en faveur des personnes âgées s’accompagne de l’apparition d’une nouvelle culture. Elle est un puissant carburant pour la Silver économie.

Qu’entendez-vous par « nouvelle culture » ?

Il se passe le même phénomène que lors de l’apparition de la culture « ado » aux Etats-Unis dans les années 1950-1960. Avant cette période, la figure de l’adolescent n’existait quasiment pas. L’élévation du niveau de vie a créé une classe moyenne importante. Progressivement, les enfants arrêtent de donner un coup de main aux champs, allongent leurs études. S’ouvre pour eux une nouvelle période de vie un peu déresponsabilisée entre 12 et 18 ans. « Nous, les ados », disent aujourd’hui les jeunes pour se distinguer du monde des adultes actifs. Ils revendiquent une culture à part : ce à quoi ils consacrent leur vie quotidienne, ce qu’ils consomment, les valeurs qu’ils revendiquent. Le même phénomène d’émergence d’une culture spécifique se produit depuis quelques années pour les seniors. Traditionnellement, un senior se définissait par rapport à sa vie passée. Ils commencent à mettre en avant leur nouvel état. Lors de la crise des Gilets jaunes, on a entendu sur les ronds-points : « nous, les seniors ; « nous, les retraités ». Une culture homogène est en train d’apparaître.

Partout se fissure le principe de la solidarité inter-générationnelle, la seule valeur encore unanimement partagée sur l’ensemble de la planète

La crise sanitaire n’a-t-elle pas accéléré la prise de conscience de ce fait socio-culturel ?

Cette crise lui donne du relief et l’accélère. Historiquement, c’est la première épidémie qui touche quasiment uniquement les personnes âgées : 91 % des victimes ont plus de 65 ans, l’âge moyen des décès est de 84 ans. Aujourd’hui, on constate que les débats se résument à l’équation suivante : cela vaut-il le coup de confiner toute une économie pour sauver une tranche d’âge à l’espérance de vie faible ? La Covid-19 pose brutalement et précisément une question jusqu’alors latente et globale. En témoigne la viralité de l’apostrophe « OK boomer ». En France, pour la première fois, un gouvernement a remis en cause le dogme de l’indexation des pensions sur l’inflation. La génération ayant endetté le pays et sacrifié l’environnement doit payer, a-t-on entendu dans les rangs de la majorité pour justifier ce tournant. Au Japon, l’opposition au « senior power » est encore plus vive. Partout se fissure le principe de la solidarité inter-générationnelle, la seule valeur encore unanimement partagée sur l’ensemble de la planète.

Mais le concept de « senior » apparaît encore assez flou…

Vous avez raison. Pour les hommes du marketing, ce sont les plus de 50 ans. Pour les Ehpad, ce sont les personnes âgées dépendantes, souvent des plus de 80 ans. Pour ma part, j’ai pris le parti de retenir l’âge de 60 ans. Car le « vieillissement » débute réellement avec le départ à la retraite. A ce moment-là, un vrai changement de vie s’opère et l’on se retrouve face à soi-même. Une rupture ontologique survient avec le monde des actifs dont les valeurs sont dominantes. En se focalisant sur le présent, en capitalisant sur l’expérience et les acquis, les seniors détonnent dans nos sociétés postmodernes très fortement inscrites dans le futur, où l’on se définit beaucoup plus par ce qu’on fait que par ce qu’on est, où le mythe de l’innovation est devenu central.

Ce choc n’est-il pas paradoxal alors que les innovations contribuent à améliorer la vie des seniors ?

On associe sans doute trop la Silver économie à la seule innovation numérique. Les seniors tirent d’abord profit des auxiliaires de vie à domicile et de l’aménagement de leurs logements : des fauteuils électriques pour monter l’escalier, des baignoires à porte. A l’exception de la téléassistance, devenue courante, le numérique, qui sera effectivement clé dans les années qui viennent, pose encore la question centrale des usages. Les seniors à l’aise avec les outils numériques n’expriment pas de besoins spécifiques. Les autres s’y convertiront-ils ?

L’âge moyen d’un acheteur de véhicule neuf est de 56 ans. Des secteurs ne le mettent pas en avant (l’automobile), d’autres le revendiquent (la cosmétique par exemple)

Quels sont les vrais gisements de la Silver économie ?

Trois cercles cohabitent. Le premier se compose des entreprises qui s’adressent aux 700 000 personnes âgées dépendantes. C’est le noyau historique. Le second, dont fait partie Indépendance Royale, regroupe les spécialistes du marché des seniors. Dans le troisième cercle, figurent tous les produits et services non estampillés « seniors » mais dont une partie croissante de la clientèle l’est. L’âge moyen d’un acheteur de véhicule neuf est de 56 ans. Des secteurs ne le mettent pas en avant (l’automobile), d’autres le revendiquent (la cosmétique par exemple). Quoi qu’il en soit, des pans entiers de l’activité vont se grisonner progressivement. La mue du secteur des banques et des assurances est déjà très avancée. Les groupes industriels Legrand et Saint-Gobain ont nommé des référents seniors et inaugurent de gammes spécifiques. Il se passe avec la Silver économie le même mouvement que pour la révolution numérique. Hier, c’était l’apanage de quelques mastodontes et start-up. Aujourd’hui, le commerce de proximité l’exploite pour survivre aux géants de l’e-commerce et au confinement.

L’avenir de la croissance passerait donc par la Silver économie ?

Les économies de demain sont celles qui prendront le virage des deux transitions majeures du XXIe siècle : la transition écologique et la transition démographique. Bonne nouvelle : le plan de relance français y fait référence. C’est pourquoi je milite pour une approche holistique de la Silver économie, incluant son troisième cercle et la puissance publique ; sans elle, il n’y aurait pas eu de Silicon Valley aux Etats-Unis.

« L’innovation pour mieux rebondir

« L’innovation pour mieux rebondir».

Claude Alber est Vice President Europe Customer & Account Management de Collins Aerospace invite à l’innovation pour mieux rebondir surtout dans un secteur aéronautique particulièrement touché par la crise sanitaire (tribune dans l’Opinion)

 

 

 

Après avoir affronté une crise sociale majeure en 2019, nous voici aujourd’hui confrontés à une crise sanitaire qui surpasse toutes celles vécues précédemment, modifiant complètement le paysage économique, social et sociétal mondial. Aucun pays ni aucune organisation n’ont été épargnés par cette dernière, et si certains en Europe s’en sont mieux sortis, tous ont été impactés.

Dans le secteur aéronautique, la France a été un des premiers pays à prendre des mesures pour soutenir cette industrie primordiale pour l’économie et le transport des biens et des personnes. Nous saluons le plan de relance aéronautique lancé par le gouvernement qui nous permettra collectivement d’affronter la crise et d’en ressortir plus fort, en particulier les mesures prises pour la préservation des compétences et l’accent mis sur l’innovation, et nous travaillons chez Collins Aerospace avec nos partenaires en France, en Europe et dans le monde, à une aviation décarbonée, plus connectée et plus autonome.

Recherche. En matière d’attractivité, on peut dire que la France a fait ce qu’il fallait, mais elle doit continuer à s’inspirer de ce qui se fait de mieux à l’étranger. Pour ne citer que quelques exemples : rapprocher davantage le monde de la recherche académique et le monde de l’entreprise, engager des réflexions sur le travail et le télétravail, faciliter l’innovation dans les petites et moyennes entreprises, développer le capital investissement.

Mais l’un des enseignements principaux de cette crise en termes d’attractivité, est que la réponse des pays aux questions environnementales et d’efficacité digitale sera les éléments déterminants pour les décisions d’investissements, d’implantation et de développement futurs et comptera dans le choix d’un pays plutôt qu’un autre.

Claude Alber est Vice President Europe Customer & Account Management de Collins Aerospace

L’enfumage de l’ électricité verte

L’enfumage  de  l’ électricité verte

 

La confirmation que l’électricité dite totalement  verte est une escroquerie commerciale puisque toutes les sources d’énergie se retrouvent  dans le même réseau par  Stefan Ambec et Claude Crampes, Toulouse School of Economics.

 

 

« Les contrats 100% électricité verte font partie des offres de la plupart des fournisseurs, des plus grands aux plus petits. C’est un argument de différenciation de produits mis en avant dans les campagnes commerciales des grands groupes énergétiques. Des fournisseurs alternatifs tels que Enercoop et Planète Oui en font leur marque de fabrique. Si vous optez pour ce type de contrat, l’équivalent de votre consommation sera produit à partir de sources d’énergie renouvelables : biomasse, éolien, hydraulique ou solaire. Cela ne veut pas dire que tous les électrons qui alimentent vos appareils proviendront de centrales utilisant ces ressources renouvelables. Le réseau par lequel transite l’électricité ne permet pas de différencier l’électricité verte de la grise. Il restitue l’électricité injectée par les sites de production aux consommateurs selon les lois de la physique. Le contrat n’y changera rien. Il ne peut modifier les lois de Kirchhoff qui régissent la circulation des électrons dans le réseau. L’électricité que vous consommerez sera la même qu’avec un contrat d’offre classique : elle viendra principalement des sites de production les plus proches, donc très probablement de centrales thermiques ou nucléaires.

Néanmoins, votre fournisseur s’engage à produire ou à participer au financement de l’équivalent de votre consommation en électricité verte.

Pour rendre crédible leurs engagements, les fournisseurs ont à leur disposition un instrument réglementaire : la garantie d’origine (GO). La GO est un certificat permettant de s’assurer du caractère renouvelable d’une production d’électricité, une GO par MWh vert produit. Elle est émise par le producteur d’énergie renouvelable et certifiée par son inscription dans un registre en application d’une ordonnance de 2011 transposant deux directives européennes. Le fournisseur peut utiliser les GOs de ses propres sites de production d’énergie renouvelable ou bien les acheter sur le marché par l’intermédiaire de la société Powernext, légalement chargée d’en tenir le registre pour la France. Pour éviter leur accumulation, les GOs ont une durée de vie de 1 an. Il n’existe pas de marché de gros : les transactions se font de gré à gré. Dès qu’elle est utilisée dans une vente au détail, la GO est annulée.

Le système de GO permet de dissocier la consommation de la rémunération de la production d’électricité verte. Même si le client ne reçoit pas l’électricité verte promise, il rémunère 100% de sa production au travers de l’achat ou de l’émission de GOs par son fournisseur. En effet, s’il ne possède pas de capacité de production renouvelable, le fournisseur doit effectuer deux transactions pour remplir ses contrats verts : produire ou acheter de l’électricité sur le marché de gros et acheter des GOs sur la plateforme Powernet. Les deux ne sont pas forcément liés : les GOs peuvent être émis n’importe où en Europe, loin des clients. En effet, Powernext est membre de l’Association of Issuing Bodies de sorte que les titulaires de compte peuvent importer (ou exporter) des GOs depuis (ou vers) d’autres pays européens. Le découplage entre le MWh vert produit et la GO associée permet aux fournisseurs dotés de capacités de production conventionnelles (thermique ou nucléaire) de verdir leur offre sans rien changer de leur mix énergétique. Il leur suffit d’acheter les GO correspondant aux contrats souscrits. Ce découplage peut conduire à une situation paradoxale où l’entreprise verte qui cède une GO à une entreprise grise ne peut pas vendre son MWh comme étant vert alors que le producteur gris qui a acheté la GO en a le droit.

Le découplage entre consommation et rémunération de l’électricité verte a aussi un impact non-trivial sur le mix énergétique du fait de l’intermittence des sources d’énergies éoliennes et solaires.

Prenons l’exemple de deux consommateurs, A et B, qui consomment chacun 24 kWh par jour, plus précisément 1 kW chaque heure de la journée. Leur électricité provient d’une centrale thermique dont ils utilisent 2 kW de capacité de production chaque heure de la journée. Ils habitent une région ensoleillée proche de l’équateur, de sorte qu’une alternative verte se présente : le producteur/fournisseur peut installer des panneaux photovoltaïques permettant de produire à pleine capacité pendant chacune des 12 heures diurnes.

Le consommateur A signe un contrat 100% électricité verte proposé par son fournisseur. Celui-ci doit alors émettre ou acheter des GO pour 24kWh par jour d’énergie solaire (la consommation de A), ce qui nécessite l’installation de 2 kW de capacité de production en panneaux photovoltaïques. Durant les heures de la journée, les 2 kW couvrent les besoins des deux clients, A mais aussi B, donc on peut se passer de la centrale thermique. Celle-ci n’est mise en route que le soir pour alimenter B, mais aussi A la nuit venue. Finalement, sans le savoir, A et B consomment la même électricité ! Elle est verte le jour et grise la nuit. Dans un sens, A finance la consommation verte de B. Le consommateur A contribue donc à la transition énergétique, mais il a fallu pour cela doubler les capacités de production, chaque type de centrale électrique n’étant utilisé que la moitié du temps.

Si A veut produire et consommer sa propre électricité 100% verte, il devra installer 2kW de capacité de production en photovoltaïque couplés à une batterie de 12kWh de capacité (en négligeant les pertes inhérentes au stockage). A devient alors un consommateur (un ‘prosumer’) qui peut se déconnecter du réseau et savourer pleinement son électricité verte. De son côté, B continuera d’utiliser l’électricité issue de la centrale thermique à hauteur de 1 kW toutes les heures. La centrale tournera toute la journée mais en dessous de sa capacité de production.

Si l’on compare les deux options, le bilan environnemental est très différent : dans les deux options vertes, 2 kW d’énergie solaire sont installés et 24kWh d’électricité grise sont produits, avec les mêmes émissions polluantes mais réparties différemment. Dans le cas où A signe un contrat vert la centrale thermique fonctionne à pleine capacité pendant la moitié du temps et, dans le cas où il installe ses propres panneaux solaires, elle fonctionne de façon ininterrompue mais à la moitié de sa capacité.[1] Le bilan carbone est le même mais la qualité de l’air est moindre avec le contrat vert car les émissions de particules fines sont concentrées lors des pics de pollution en soirée. A quoi s’ajoute un surcoût lié à la montée en charge lorsque la centrale thermique s’active en fin de journée. Dans le cas d’autoconsommation, il faut investir dans le stockage de l’énergie, une technologie qui, bien qu’en progrès, reste particulièrement onéreuse.

 

Si, dans notre exemple, il a suffi que A signe un contrat 100% électricité verte pour que 2kW de panneaux photovoltaïques soient installés, c’est loin d’être le cas en pratique. En France, la source d’énergie renouvelable principale étant hydraulique, il y a de bonnes chances que la rémunération par la garantie d’origine finance une centrale hydraulique existante et souvent largement amortie. C’est un effet d’aubaine pour les centrales existantes, et les nouveaux barrages qui pourraient être financés sont peu nombreux à cause de l’opposition des populations riveraines. De toute façon, l’incitation financière apportée par les GO reste faible. Les montants sont négligeables au regard des tarifs d’achat réglementés de l’énergie renouvelable: de l’ordre de 0,15 à 3,6 € par MWh pour les GOs alors que le tarif d’achat du MWh solaire va de 150 à 180 €! Ces quelques euros de plus font peu de différence dans les décision d’investissement.

 

Depuis la Loi n° 2017-227, les installations bénéficiant de soutien public (obligation d’achat ou compléments de rémunération) voient leurs GOs récupérées par l’Etat et mises en vente par enchères organisées par Powernext.

La GO n’est certainement pas le levier financier de la transition énergétique ; un peu de beurre dans les épinards tout au plus. Les choses pourraient changer si les consommateurs deviennent demandeurs massifs d’électricité verte. En effet, la demande forte de GOs ferait monter leur prix et pousserait à plus d’investissement en technologies renouvelables.

Le système des GOs est un instrument ingénieux pour répondre à la demande des consommateurs qui souhaitent contribuer à la transition énergétique sans pour autant installer des panneaux solaires. En s’appuyant sur le marché, il permet de rémunérer l’offre d’énergie renouvelable où qu’elle soit. Néanmoins, le système aurait à gagner à être plus précis afin de mieux informer les consommateurs sur le produit qu’ils achètent. Peu d’entre eux savent qu’ils peuvent retrouver la trace de la source d’énergie renouvelable à laquelle ils ont contribué en reportant le numéro de la GO acquise par leur fournisseur sur le site Powernext. Certains aimeraient peut-être diriger leur contribution vers certaines installations. Les fournisseurs alternatifs en font une stratégie commerciale. Ainsi Enercoop met en avant son réseau de producteurs locaux et associatifs. Un fournisseur conventionnel pourrait aller plus loin dans la différenciation de produits lors de la signature du contrat en s’engageant à acquérir les GOs selon un cahier des charges plus précis: la source d’énergie, l’origine géographique ou l’âge des équipements. On pourrait alors souscrire à un contrat 100% électricité solaire d’Occitanie. C’est tout à fait possible avec le système des GOs actuel. On pourrait également favoriser le stockage de l’énergie en différenciant la GO selon l’heure de la journée, avec une prime lors des pics de pollutions de fin d’après-midi. De tels contrats étofferaient la gamme des produits offerts par les fournisseurs et seraient plus rémunérateurs pour les producteurs. Mais ils coûteraient plus chers. Il n’est donc pas sûr que la demande suivrait. »

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[1] A noter que les coûts d’investissement (ou de démantèlement) et de maintenance ne sont pas les mêmes avec les deux options.

Réforme de la PAC : le risque d’une concurrence déloyale

Réforme de la PAC : le risque d’une concurrence déloyale

 

Christiane Lambert, présidente de la FNSEA évoque les risques de concurrence déloyale suite aux orientations de la PAC de financer davantage le bio.(Interview dans France Info)

 

Que pensez-vous des « écorégimes », ce système de primes versées aux agriculteurs qui soutiennent des programmes environnementaux exigeants ?

 

Christiane Lambert : Nous comprenons cette orientation puisque tous les secteurs d’activité sont confrontés à faire plus vert et à introduire de la durabilité dans leur pratique, au regard du changement climatique, notamment. Ce qui est très important pour nous, c’est que ces règles s’appliquent à l’ensemble des pays européens. Puisque nous sommes sur un marché unique, nous devons tous avoir les mêmes règles du jeu. Donc que tout le monde y soit soumis, c’était une absolue nécessité et on va voir maintenant qu’elles sont les modalités de mise en œuvre. Je préfère qu’il y ait 20% (du montant des aides directes) obligatoire pour tous plutôt que 30% que ne respecteront que certains pays, ceux les plus avancés.

 

Craignez-vous une concurrence déloyale de la part de certains États ?

 

Oui, c’est déjà le cas aujourd’hui. La France est toujours mieux-disante pour la mise en œuvre des directives quelles qu’elles soient, sanitaires, environnementales, sociales. Là, ce n’est pas normal que certains pays aient voulu s’exonérer de ce respect. Le fait que tous les pays soient soumis est indispensable. Nous allons veiller à la façon dont cela va se mettre en œuvre.

Les petites exploitations devraient être soumises à des contrôles simplifiés, cela réduirait la charge administrative. Est-ce une bonne chose ?

 

C’est normal, cela existe déjà et il fallait le pérenniser. Les exploitations qui touchent moins de 2 000 euros ne sont pas soumises aux mêmes règles de contrôle. Les contrôles sont très complexes en agriculture et, pour les petites exploitations, c’est difficile à remplir, donc c’est quelque chose que nous avons soutenu. Je trouve assez injuste que les mouvements environnementaux expriment du mécontentement, ils ont fait un lobbying féroce auprès des parlementaires européens, et ils ont tort de critiquer; Nous, nous sommes beaucoup plus modernes, nous avons intégré qu’il faut progresser, qu’il faut une croissance durable, mais il faut des agendas et des accompagnements. Les agriculteurs font énormément d’efforts. Ils produisent l’alimentation, ne l’oublions pas. On a tous mangé pendant le confinement, c’est grâce à la PAC et aux agriculteurs. Donc, la PAC est faite pour verdir et pour produire l’alimentation.

Veolia Suez: l’hypocrisie du gouvernement

Veolia Suez: l’hypocrisie du gouvernement

Dans cette affaire de regroupement possible entre Veolia et Suez,  le gouvernement a montré à la fois son incompétence mais aussi son hypocrisie. Dans un premier temps,  le Premier ministre par exemple à considéré comme pertinente la perspective de construction d’un grand groupe international oubliant sans doute que déjà les deux entreprises étaient respectivement premières et deuxième au plan mondial.

Le Premier ministre a aussi négligé l’impact sur l’emploi car inévitablement des doublons vont amener à la suppression de nombreux superstructures de Suez et à une vague de suppressions d’emplois d’ampleur qu’on peut chiffrer de 3000 à 5000 en France. Dernier problème et pas des moindres, celui de la vente des activités de l’eau à un fonds d’investissement qui pourrait même être étranger pour satisfaire aux exigences de concurrence fixée par Bruxelles.

Ce n’est que récemment que le Premier ministre s’est approprié cette problématique et qu’il a en fait changer sa position comme le ministre de l’économie d’ailleurs. Le problème, c’est que le gouvernement s’est montré complètement incapable de neutraliser Engie dont il est l’actionnaire principal, et de loin.

Engie a pu ainsi vendre ses parts de Suez en négligeant totalement l’avis  du gouvernement. La vérité, c’est qu’il y a sans doute un double langage de la part du ministre de l’économie. Officiellement,  il réclame de prendre du temps, d’ouvrir des négociations mais il laisse faire Veolia dans son opération brutale de prise en main de Suez.

Il n’y avait pas urgence en effet à décider aujourd’hui de la vente des actions que possédait Engie dans Suez. La seule urgence d’Engie consistait  à masquer ses insuffisances de gestion et sa stratégie approximative grâce à l’apport de cash de 2 milliards récupérés par la vente des actions Suez. Les administrateurs de l’État d’énergie feraient mieux de concentrer leurs efforts sur la clarification de la stratégie de leur entreprise et d’imposer une plus grande rigueur de gestion. L’État avait les moyens de s’opposer à ce transfert précipité des actions d’Engie dans Suez.

Engie- Au 31 mars 2020 répartition
Capital social (et droits de vote) :
État français :
23,64 % (34,47 %)
Actionnariat salarié :
3,27 % (3,43 %)
BlackRock :
4,49 % (3,48 %)
CDC et CNP Assurances :
4,59 % (3,91 %)
Auto-détention :
0,76 % (0,59 %)
Public (y compris investisseurs institutionnels, actionnaires individuels et autres, y compris BlackRock) :
67,74 % (57,60 %)

 

MINISTRE DE L’ÉCOLOGIE: BARBARA POMPILI, l’alibi Écolo

MINISTRE DE L’ÉCOLOGIE: BARBARA POMPILI, l’alibi  Écolo

Une écologiste de cœur indique le biographe qui a dû fournir des éléments à une agence de presse pour décrire l’intéressé. La vérité est peut-être un peu différente. Comme beaucoup ces produits de Sciences-po , elle connaît les filières pour avancer dans le milieu politique. D’ailleurs elle a commencé comme attaché parlementaire des verts pour ensuite naviguer entre les courants complexes et contradictoires des écologistes. Pour simplifier, ce n’est pas une personnalité de premier rang mais plutôt un deuxième couteau comme il en existe à gauche ou à droite et dont l’objectif finalement est de parvenir un jour à devenir ministre. Tous les partis ont dans leurs rangs ce type responsable dont  l’intérêt de carrière politique prend largement le pas sur l’intérêt général.

On  peut classer Barbara Pompili parmi les deuxièmes ou troisièmes couteaux. Elle est là redonner  un coup de peinture verte sur les aspects trop gris de la politique gouvernementale. Elle n’a pas vraiment marqué son passage  comme ancienne secrétaire d’État chargée de la Biodiversité dans les gouvernements de Manuel Valls et de Bernard Cazeneuve mais elle fut l’une des premières personnalités de gauche à apporter son soutien à Emmanuel Macron avant la dernière course à l’Elysée.

Ancienne militante des Verts dont elle s’est éloignée, Barbara Pompili doit théoriquement incarner le tournant écologique pris par Emmanuel Macron au lendemain du second tour des élections municipales qui a vu des villes comme Lyon, Strasbourg et Bordeaux tomber entre les mains de défenseurs de l’environnement.

Il est clair que Barbara n’a pas le charisme ou l’épaisseur politique d’un grand leader écolo. Elle va jouer les utilités et sinon recruter pour Macron au moins essayer de limiter les dégâts. On notera d’ailleurs que le nouveau chef de gouvernement a fait à peu près l’impasse sur la question environnementale depuis son arrivée !

Pr Raoult: L’extrême défiance à l’égard des institutions

 Pr Raoult: L’extrême défiance à l’égard des institutions et des médias est l’un des principaux traits communs aux soutiens du professeur marseillais, analyse (Antoine Bristielle)

Personnage fantasque et dangereux pour les uns, médecin héroïque pour les autres, le professeur Didier Raoult divise l’opinion publique. Ainsi, 30 % des Français lui font davantage confiance qu’au ministre de la santé, alors que l’inverse n’est vrai que pour 20 % des Français, selon une enquête de l’institut de sondage YouGov publiée fin mai par le mensuel Capital.

Il est en tout cas suffisamment populaire pour que de nombreux groupes sur les réseaux sociaux se soient constitués pour le soutenir, allant même jusqu’à rassembler 254 000 inscrits sur Facebook pour le plus influent d’entre eux. Qu’une controverse scientifique suscite autant d’émotion et soit à l’origine d’une telle vague de soutiens spontanés pose question. Pourquoi, alors que l’efficacité de la chloroquine dans le cas présent demeure au mieux incertaine, le professeur Raoult bénéficie-t-il d’une telle popularité ?

C’est à cette question que nous apportons une réponse à partir d’une enquête conduite par questionnaire auprès de plus de 1 000 individus soutenant le professeur Raoult et membres des groupes Facebook qui lui sont dédiés. Sans prétendre à la représentativité des soutiens à Didier Raoult dans leur ensemble, notre étude, de par son ampleur, donne néanmoins un bon aperçu du profil de ses partisans inconditionnels.

 

La principale caractéristique des soutiens du professeur Raoult est leur grande défiance envers les principales figures d’autorité à la fois politiques et médiatiques. Sur le versant politique, plus de neuf interrogés sur dix n’ont confiance ni dans les partis politiques ni dans l’institution présidentielle. Cette défiance structurelle dans les institutions politiques se traduit par un rejet 

Seuls 3 % des personnes interrogées ont confiance en Emmanuel Macron, à peine plus en Edouard Philippe (10 %). Sur le versant médiatique, 96 % des personnes interrogées sont d’accord avec l’idée selon laquelle les grands médias cachent des choses aux citoyens et moins de 7 % des personnes interrogées ont confiance dans les informations relayées par la télévision, contre 29 % dans la population française [les comparaisons avec les sondages d’opinion sur des échantillons représentatifs de l’ensemble de la population viennent ici du « Baromètre de la confiance politique » du Cevipof, (vague 11 bis, 2020), d’« European Values Study » (enquête française, 2018) et de « French Electoral Study » (2017)]. »

L’entreprise stratégique Aubert & Duval mise en vente par Eramet, Safran intéressé

L’entreprise stratégique Aubert & Duval mise en vente par Eramet, Safran intéressé

Après Photonis et CNIM, un nouveau dossier stratégique va beaucoup occuper les ministères de l’Économie et des Armées dans les semaines qui viennent. Selon des sources concordantes, Aubert & Duval, un des leaders mondiaux des aciers à haute performance, des superalliages et du titane, actuellement en grande difficulté, est mis en vente par le groupe minier et métallurgique mondial, Eramet. Lui même traverse une période difficile. La banque Rothschild a été mandatée par le groupe minier pour mener le process de vente, qui se fera sous la surveillance de l’État français, et plus particulièrement de la Direction générale de l’entreprise (Bercy). Contacté par La Tribune, Eramet ne commente pas l’information.

« Une revue stratégique détaillée a été initiée par le groupe relative à sa filiale A&D (Aubert & Duval, ndlr), dans laquelle toutes les options sont envisagées, a expliqué Eramet dans un communiqué publié lundi matin à la suite des informations de La Tribune. Le groupe communiquera en temps utiles dans le respect de la règlementation applicable ».

« La question des aciers spéciaux est stratégique pour la France. Et ils ne le sont pas seulement pour la filière aéronautique », explique-t-on à La Tribune. Aubert & Duval se positionne comme un métallurgiste spécialiste des matériaux métalliques les plus exigeants - aciers à hautes performances, superalliages, titane et aluminium - destinés à des applications industrielles de pointe, notamment dans les secteurs de l’aéronautique et du spatial, de l’énergie et de la défense. Parmi ses innovations les plus récentes, la filiale d’Eramet a développé, en collaboration avec Safran Aircraft Engines, une nouvelle nuance d’alliage, le ML340™ destiné aux arbres de moteurs d’avions.

Dans ce contexte, Safran se montre intéressé par le dossier Aubert & Duval, qui a réalisé 642 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2019 (contre 796 millions en 2018) et employait 4.141 salariés fin 2019 sur 14 sites, dont 12 basés en France. Preuve de son intérêt, l’équipementier, qui reste prudent, a de son côté mandaté Jérôme Calvet, qui dirige la filiale française de la holding financière japonaise Nomura.  »Safran a plutôt envie d’être l’entreprise qui consolide » cette filière stratégique, .

 

 

 

Véran,  » l’épidémie est derrière nous »!

Véran,  » l’épidémie est derrière nous »!

  • Champion du truisme et sans doute de la courtisanerie, Olivier Véran,  le ministre de la santé, davantage politique que médecin, reprend à son compte l’autosatisfaction de Macron vis-à-vis de la gestion de la crise sanitaire. Dans ce domaine, c’est même un des meilleurs élèves. Mais il le dit avec une telle autorité qu’il donne une crédibilité supplémentaire à des propos très banaux mais par ailleurs fort discutables. En effet rien ne dit que l’épidémie soit derrière nous. Certes dans les pays développés grâce sans doute notamment à des systèmes sanitaires plus élaborés la population a pu éviter le pire mais la propagation du virus continue notamment dans les pays pauvres ou mal équipés. Même à Pékin certains quartiers ont été déconfiner. Preuve peut-être que le virus n’a pas fini de se propager voir même qu’il mute peut-être. Véran,  pour espérer une promotion bien méritée par ses nombreuses apparitions médiatiques plus ou moins contradictoires d’enfoncer le clou en affirmant aussitôt que la lutte contre le Coronavirus n’est encore pas victorieuse. Ou l’art de dire tout et le contraire. Bref le fameux en même temps de Macron qui sera apprécié;

 

Le ministre de la Santé a rappelé l’importance de respecter les gestes barrières pour ne pas favoriser la circulation du virus.

En France, « le gros de l’épidémie (de Covid-19) est derrière nous », a déclaré ce lundi le ministre de la Santé Olivier Véran, sur LCI, tout en soulignant que la lutte contre le coronavirus n’est pas terminée

« Le virus n’a pas terminé sa circulation dans le territoire » et cela « ne veut pas dire que nous nous arrêtons face au virus », a expliqué Olivier Véran, en rappelant que des mesures barrière et autres restrictions restaient en vigueur. Une manière aussi de se préparer à tirer le parapluie pour le cas où le vent sanitaire changerait.

 

 

Le danger des dettes à long terme ( DWS)

Le danger des dettes à long terme ( DWS)

Le géant d’actifs allemands DWS s’inquiète à juste titre des conséquences des dettes massives qui vont être consenties pour tenter de relancer l’économie à long terme. Pour le spécialiste financier, il n’y a que deux moyens pour y remédier  soit faire d’énormes efforts de croissance pour ramener la richesse mondiale au niveau de sa représentation monétaire soit reprendre dans la poche de l’épargnant ou du salarié l’impôt volontaire que constitue l’inflation. La dévalorisation monétaire permettrait en fait de reprendre d’une main ce c qu’on a accordé de l’autre ou plus exactement de financer  en réduisant le pouvoir d’achat. Ce que craint le spécialiste financier c’est  que cet énorme plan  de dettes ne soutienne une masse d’entreprises qui ne sont plus aujourd’hui compétitives et contribuent à faire tomber la productivité.

Ces programmes vont faire exploser la dette publique qu’il faudra réduire et rien ne garantit que la croissance ou l’inflation le permettront, écrit Martin Moryson, chef économiste Europe de la société de gestion allemande, dans une note publiée jeudi.

“Ces programmes étaient sans aucun doute inévitables face à la gravité de la situation mais il est également certain qu’ils auront des effets collatéraux considérables à long terme”, écrit-il.

“L’intervention des gouvernements dans l’économie comporte le risque d’importantes distorsions qui pourraient peser à terme sur la croissance de la productivité”, argumente-t-il. Il faudra rembourser, l’annulation de la dette n’étant pas une solution en raison des risques économiques et sociaux qu’elle comporte, selon Martin Moryson.

Si la croissance et l’inflation n’apportaient pas de réponse à l’endettement, il faudrait envisager de recourir à l’excédent budgétaire par le biais de politiques de rigueur, une solution loin d’être idéale, ajoute l’économiste.“La discipline budgétaire, souvent appelée austérité par ses adversaires, a été très impopulaire, a affaibli la cohésion de sociétés et pèse sur le soutien de la population aux gouvernements qui la mettent en place”, écrit-il. Les plans de relance menacent à terme de fausser la concurrence en maintenant artificiellement en vie des entreprises non compétitives, poursuit-il.

Plus généralement, la crise du coronavirus pourrait favoriser une poussée du protectionnisme avec le rôle renforcé des Etats dans l’économie.

“Le capitalisme, qui était déjà dans une situation inconfortable avant le coronavirus, pourrait l’être encore davantage après l’épidémie”, conclut Martin Moryson. Tout cela n’est sans doute pas complètement faux et en vérité il faudra trouver le bon mixte qui permettra de combiner la rigueur, la fiscalité et l’inflation et cela sur une assez longue période car on ne peut amortir un tel choc en quelques années. Le climat social dégradé pourrait favoriser l’acceptation tacite d’un environnement économique et financier dégradé.

15 milliards d’euros pour l’aéronautique ?

15 milliards d’euros pour l’aéronautique ?

 

Les effets d’annonce politique peuvent être parfois aussi importants que les faits réels quand ils permettent de rétablir la confiance qui manque.

C’est le cas pour ce plan spectaculaire de 15 milliards annoncé par le ministre de l’économie concernant l’aéronautique. En fait, un plan qui reprend les mesures déjà annoncées notamment les 7 milliards destinés à Air France, les prêts spéciaux et autres aides. Il est vrai que le plan doit être à la hauteur du danger car le secteur spatial aéronautique emploi directement environ 100 000 emplois mais en fait vivre 3 à 4 fois plus  compte tenu de l’extrême complexification des processus de sous-traitance.

La réalité aujourd’hui c’est que nombre de compagnies aériennes connaissent  les pires difficultés certaines ,ne vont exister que grâce au soutien notamment des pouvoirs publics, d’autres vont disparaître. Au total , la plupart des commandes vont être différées. Autant dire que le secteur aéronautique risque de travailler pendant plusieurs années sans commande très ferme. D’après ,les experts les véritables commandes ne pourront recommencer qu’à partir du redressement des compagnies aériennes c’est-à-dire vers 2023-2025.

Encore une fois, ce vaste plan de 15 milliards reprend de nombreuses mesures déjà décidées. Ce plan de relance sectoriel, dont le montant intègre l’aide de sept milliards d’euros déjà accordée à Air France, représente “un effort total de 15 milliards d’euros”, a déclaré le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, à l’occasion d’une conférence de presse à Bercy.

Il comprend deux fonds dédiés au soutien des PME et ETI de la filière: un fonds d’investissement, doté de 500 millions d’euros dès cet été et qui atteindra un milliard d’euros à terme, pour favoriser leur développement et un fonds de 300 millions d’euros pour la robotisation et la numérisation.

Le premier fonds, auquel Airbus, Safran, Dassault et Thales ont accepté d’apporter 200 millions d’euros, après d’”âpres” discussions selon Bruno Le Maire, permettra notamment de “prendre des participations majoritaires si nécessaire”, est-il précisé dans les documents de présentation du plan.

Soucieux de maintenir le rang de la France et de l’Europe, à travers Airbus, face à ses concurrents américain Boeing et chinois Comac, le gouvernement a décrété “l’état d’urgence pour sauver notre industrie aéronautique, pour lui permettre d’être plus compétitive, (…) plus décarbonée”, a souligné Bruno Le Maire.

Le plan pour le secteur aéronautique français, qui vise aussi à “accélérer sa transformation écologique pour en faire un leader mondial de l’aviation zéro carbone”, prévoit 1,5 milliard d’euros d’aides publiques d’ici 2022 pour soutenir la recherche, a expliqué la ministre de la Transition écologique, Elisabeth Borne.

UN AVION ZÉRO ÉMISSION EN 2035 !

“Ce plan vise notamment à préparer le successeur de l’A320 (…) en développant pour le début de la décennie 2030 un avion court et moyen courrier ultrasobre en consommation de carburant (…) et en préparant pour 2035 le passage à l’hydrogène pour un avion zéro émission”, a-t-elle précisé, évoquant “une accélération de dix ans par rapport aux objectifs initiaux”. On peut évidemment imaginer que des efforts importants seront faits par la filière aéronautique pour  économiser davantage encore le carburant et donc les émissions polluantes. Un objectif réalisable en quelques années. Par contre pour l’hypothèse d’un n’avion à hydrogène, il faudra compter sur un délai beaucoup plus considérable sans doute au moins une bonne dizaine supplémentaire  sinon davantage

Pour soutenir un secteur crucial pour l’économie française – avec 300.000 emplois, 1.300 entreprises et 34 milliards d’euros d’excédents commerciaux par an -( les chiffres diffèrent selon qu’on intègre la totalité du secteur aéronautique ou seulement l’aviation civile) la France prévoit aussi de recourir à la commande publique, pour plus de 800 millions d’euros.

Sur ce montant, 600 millions correspondent à une accélération du calendrier de commandes déjà prévues de ravitailleurs et d’hélicoptères pour l’armée de l’air, le reste recouvrant du matériel pour la gendarmerie et la sécurité civile.

Côté trésorerie, un moratoire a été instauré pour permettre aux compagnies aériennes de reporter de 12 mois le remboursement de leurs crédits à l’export (environ 1,5 milliard d’euros).

La France a par ailleurs proposé à la Commission européenne de porter au sein de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) une proposition visant à assouplir temporairement les modalités de remboursement des crédits à l’export pour les nouveaux achats d’Airbus, ce qui représente au moins deux milliards d’euros.

Le secteur aéronautique bénéficiera par ailleurs du dispositif d’activité partielle de longue durée en cours de discussions entre la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, et les partenaires sociaux, afin d’éviter les licenciements et la perte de

L’avionneur européen indique qu’il conservera son “rôle moteur” dans l’objectif de présenter d’ici 2035 le premier appareil commercial à “zéro émission”. Un objectif qu’il fera sans doute décalé dans le temps d’une bonne dizaine d’années en raison des risques liés à l’utilisation de l’hydrogène comme carburant dans l’aéronautique. En attendant les commandes publiques qui pourraient faire une certaine transition avec les commandes civiles il faudra évidemment développer de façon considérable la recherche, en même temps la qualification et aussi trouver des solutions pour amortir les situations de chômage partiel qui vont s’imposer à une grande partie du personnel ( les grands constructeurs comme les sous les sous-traitants)

Du coté des syndicats, Force Ouvrière, majoritaire chez Airbus, a également bien accueilli ce plan, qui selon Jean-François Knepper, délégué syndical central FO du groupe, “va faire un bien fou à toute la filière aéronautique, notamment les sous-traitants qui sont en grande difficulté” et “permettre de passer cette crise conjoncturelle jusqu’à ce que l’activité revienne”.

Du côté de la CGT, le délégué Xavier Petrachi s’est montré plus critique, dénonçant l’absence de “volonté politique” sur la question du maintien de la chaîne d’assemblage de l’A321 à Toulouse par exemple.

Il a également fait part de ses doutes sur “les investissements pour l’avion vert”. “On ne sait pas à quoi va servir exactement cet argent et qui va en bénéficier”, a-t-indiqué

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