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« Pour un nouveau contrat social » (Jean Tirole)

« Pour  un nouveau contrat social » (Jean Tirole)

Pour le prix Nobel d’économie Jean Tirole, la colère actuelle trouve sa source dans la « frustration légitime » de nombreux Français, faute d’un contrat social suffisamment solide comme en Suède ou en Suisse. Mais c’est aussi, explique-t-il dans une longue tribune au JDD, une « crise profonde de notre démocratie », alimentée notamment par une politique environnementale désastreuse des différents gouvernements. Taxe carbone, chèque-énergie… Il est surtout nécessaire, estime Jean Tirole, de « recréer le consentement à l’impôt », au travers d’une politique fiscale repensée pour éviter « l’immobilisme ». Ce qui passe, selon lui, par un Grenelle sur un nouveau pacte social en France. « Né d’une frustration légitime et d’un manque d’information économique, le mouvement des Gilets jaunes illustre aussi l’absence criante de contrat social. Quel contraste avec la Suède et la Suisse, qui ont imposé dans un consensus relatif des taxes carbone bien plus élevées qu’en France ! Il traduit aussi une crise profonde de notre démocratie : citoyens niant la légitimité d’un président élu sur un programme qu’il réalise, hommes politiques sans vision de long terme, et un État habitué à cacher certaines vérités aux Français.  (…) Un nouveau Grenelle pour sortir par le haut ? Pourquoi pas, mais à condition qu’une telle concertation aille au-delà des ‘concessions » et que notre pays accepte que la politique économique n’est pas un « jeu à somme nulle » – où les acteurs se partageraient un gâteau de taille fixe – et que la taille du gâteau peut être augmentée. Un nouveau Grenelle devrait porter sur un pacte social similaire à celui, certes fragile, existant en Europe du Nord. Il est temps de définir dans quelle société nous voulons vivre. »

Démondialisation : un coût immense (Sébastien Jean)

Démondialisation : un coût immense (Sébastien Jean)

 

Sébastien Jean, directeur du centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII) Sébastien Jean, revient sur les enjeux de la mondialisation dans uen interview à la Tribune

Dans le cadre de la mondialisation, nous avons pu constater quelques métamorphoses importantes avec la montée en puissance des mesures protectionnistes notamment et un repli des puissances occidentales. Pourtant, vous dites que la démondialisation n’aura pas lieu. Comment expliquez-vous cela sur le plan économique et commercial ?

SÉBASTIEN JEAN - On constate une transformation profonde de la mondialisation depuis la crise financière de 2008-2009. Le commerce a ralenti, le rythme des interactions financières a baissé. Mais ce n’est pas un retour en arrière. C’est plutôt la fin d’une phase qui correspondait à une intensification des relations économiques internationales aussi bien sur le plan commercial que financier. On a assisté à une croissance très rapide des flux financiers internationaux, du commerce international, de l’investissement direct international. À l’échelle historique, c’était d’une ampleur hors-norme.

Depuis la crise, cette intensification forte et soudaine des relations économiques internationales a été stoppée. Il s’agit d’une véritable rupture dans la mesure où, dans le même temps, le commerce a ralenti et les interactions financières internationales sont devenues moins intenses. La vision politique de la mondialisation a beaucoup changé. Il y a plus de scepticisme, de défiance, voire de méfiance par rapport à la mondialisation. Ce phénomène n’est plus vu seulement comme une source de croissance potentielle comme c’était le cas au début des années 2000. Il peut être perçu comme une source de tensions. Pour autant, je ne pense pas qu’il faille parler de démondialisation. On change de régime mais je ne pense pas que ni les structures de production et d’échange, ni même les niveaux d’interdépendance économique, vont revenir à ce qu’elles étaient avant le début des années 90. Le commerce a ralenti mais il continue de progresser peu ou prou au même rythme que la richesse au niveau mondial. Le taux d’ouverture du commerce mondial a régressé mais cette baisse reste relativement modérée. L’investissement direct à l’étranger augmente moins vite que précédemment mais son stock croît toujours en proportion du PIB mondial.

Du côté des relations financières internationales, certaines ont régressé mais c’est sur l’activité internationale des banques européennes. Les banques ont nettoyé leur bilan en supprimant une bonne partie de leurs engagements internationaux, particulièrement en Europe, mais il n’y a pas eu réellement de démondialisation financière. Dans le même temps, l’endettement international continue à augmenter, notamment l’endettement en dollars dans les pays émergents.

Pourtant, les États-Unis sont capables de déstabiliser grandement les relations internationales.

Je pense qu’il y aura des résistances très fortes à une démondialisation brutale, même si les États-Unis sont capables de désorganiser les relations internationales. On va rester avec un niveau d’interactions et d’interdépendance internationale relativement élevé même s’il peut baisser. Il y a des intérêts économiques trop importants et le progrès technique ne va pas revenir en arrière. Le développement des technologies de l’information et de la communication a énormément accru les possibilités de coordination existantes de transmission de l’information. Il y a beaucoup d’incertitudes liées aux tensions internationales et aux aspects géopolitiques qui menacent les relations économiques internationales. Il peut y avoir un affaiblissement de l’intensité de la relation. Nous sommes entrés dans une nouvelle ère de relations internationales plus tendues dans le cadre d’un monde multipolaire. La domination des États-Unis est clairement contestée notamment par la Chine. Au delà de duopole, il y a même une multipolarité. Cela va énormément compliquer la gestion des relations économiques internationales dans les années à venir.

Quels sont les principaux changements qui sont intervenus dans le cadre de la mondialisation récemment ?

La nouveauté cette année est la montée de tensions extrêmement fortes dans les relations économiques internationales. On en vient à se demander si le cadre dans lequel sont organisées nos relations économiques internationales n’est pas en train de craquer, voire de s’effondrer sous nos yeux. Cette situation crée énormément d’incertitudes. Le coût d’une démondialisation serait immense pour énormément d’acteurs. Aujourd’hui, on a une politique américaine qui déstabilise l’économie mondiale et les relations économiques internationales. Cela crée beaucoup d’incertitudes sur l’avenir mais de nombreux acteurs ont intérêt à préserver au moins une grande partie des relations économiques internationales et un cadre stable. D’ailleurs, on voit qu’il y a un certain nombre d’accords commerciaux qui continuent d’être signés. L’investissement international a ralenti mais il ne s’est pas arrêté. Tous ces éléments peuvent changer significativement la forme que prend la mondialisation. On pourrait par exemple aller vers une forme plus régionalisée du phénomène.

Le dollar pourrait-il conserver son rôle de monnaie de réserve mondiale ?

Le rôle du dollar pourrait être remis en cause à moyen terme. Est-ce que l’on va continuer à avoir une devise internationale qui soit un tel point de référence pour les transactions internationales ? Le caractère non-coopératif, imprévisible et incohérent de la politique américaine est en train de saper à grande vitesse le capital de confiance et le « soft power » qu’avaient accumulé les Américains. À terme, cela risque de créer les conditions d’un doute de plus en plus grand par rapport à l’opportunité de considérer le dollar comme la monnaie de réserve internationale. Or le système financier international a besoin d’une monnaie de réserve et, actuellement et pour de nombreuses années encore, aucune autre monnaie n’est capable de prendre le relais.

Face à la guerre commerciale qui s’annonce, quelle pourrait être la stratégie de l’Europe ?

Trump est en train de remettre de la politique et de la géopolitique dans les relations économiques internationales. Or, l’Europe est une construction basée sur des règles qui forment un cadre pour les États membres. De ce fait, l’Europe n’a pas intérêt à ce que les règles soient abandonnées ou bafouées au profit d’un rapport de force politique. Je pense que la stratégie de l’Europe doit être d’abord de préserver un ordre multilatéral fondé sur des règles. Le défi de l’Europe est que l’on est face à une Amérique agressive, très difficile à gérer parce que leurs demandes sont imprévisibles et souvent incohérentes. Dans le même temps, l’Europe a un défi extraordinaire à relever avec la Chine qui a acquis une puissance financière et technologique de premier plan et qui a un fonctionnement qui est difficilement compatible avec une concurrence loyale dans le cadre du système actuel. L’urgence est de renégocier des règles pour s’assurer que l’on peut avoir une concurrence internationale loyale.

Quel rôle peut jouer l’économie numérique dans ces transformations ?

L’économie numérique joue un rôle très important en termes de progrès technique et de stratégie y compris pour la défense et le renseignement. Par ailleurs, c’est un domaine dans lequel les coûts fixes sont très élevés et les coûts marginaux très faibles. Il peut y avoir une influence très grande de la taille des entreprises et des subventions allouées. Il y a un défi extraordinaire pour l’Europe à réussir à trouver sa place face aux géants chinois et américains. Pour faire sa place, l’Europe doit imposer le respect de ces principes. En particulier, le principe du respect de la confidentialité des données personnelles et d’une politique de la concurrence pour éviter d’être la victime d’abus de position dominante.

Outre la montée des mesures protectionnistes, quels sont les autres principaux risques qui pèsent sur l’économie mondiale selon vous ?

L’une des menaces les plus importantes est le retournement brutal du cycle économique aux États-Unis, en particulier dans un contexte d’endettement en dollars au niveau international qui pourrait avoir des conséquences graves. Le climat des affaires dans de nombreux pays pourrait être affecté par les tensions commerciales. Si jamais ces tensions prenaient de l’ampleur, une surprise d’inflation pourrait être déstabilisante.

Appel à « l’insurrection des consciences » (Jean Ziegler)

Appel à « l’insurrection des consciences » (Jean Ziegler)

Le célèbre sociologue suisse appelle à un réveil des consciences face à un capitalisme spéculatif belliciste. (Interview de la tribune)

Quoi  penser du monde contemporain ?

JEAN ZIEGLER - Nous vivons sous un ordre absurde, et même cannibale, du monde. Karl Marx est mort, épuisé, le 14 mars 1883, dans son modeste appartement de Londres. Jusqu’à son dernier souffle, il a cru que le « couple maudit » du maître et de l’esclave allait cornaquer l’humanité pendant de nombreux siècles encore. Or, là, il s’est trompé. Le formidable emballement des révolutions industrielles, technologiques, scientifiques qui se sont succédé à un rythme inédit a potentialisé comme jamais auparavant la productivité, et c’est ainsi que pour la première fois dans l’histoire de l’homme – et cet événement est survenu au début de ce xxi e siècle -, le manque objectif a disparu. Et pourtant l’horreur persiste. En témoigne le scandale le plus insupportable et le plus inacceptable de notre contemporanéité : le massacre quotidien perpétré par la faim. Près d’un milliard d’êtres humains sont en permanence sous-alimentés, et ainsi interdits d’exercer une activité, un travail, une responsabilité familiale. Et ce désastre, cet assassinat au grand jour intervient alors que l’agriculture mondiale est à même de nourrir copieusement l’humanité entière. Le problème aujourd’hui n’est plus la production insuffisante de la nourriture, mais le manque d’accès pour tous. Quelques réformes structurelles suffiraient pour mettre fin au massacre : interdiction de la spéculation boursière sur les aliments de base ; fin du dumping agricole européen sur les marchés africains ; désendettement total des pays les plus pauvres afin qu’ils puissent investir dans leur agriculture, etc.

Votre combat a en partie pour théâtre l’ONU, et notamment le Conseil des droits de l’homme, dont vous êtes vice-président du comité consultatif depuis 2009. Ces dernières décennies, les droits de certains hommes ont progressé, ceux d’une grande partie des hommes ont stagné, voire reculé. Que reste-t-il des Lumières, du Contrat social de Jean-Jacques Rousseau qui incarne le combat pour l’humanisation individuelle et collective de l’humanité ?

Jean Jaurès dit : « La route est bordée de cadavres, mais elle mène à la justice. » Incontestablement, l’humanisation de l’homme progresse. Voilà ce que mon expérience, mes observations indiquent. Mais elles enseignent aussi une autre réalité. En effet, comme l’étayaient les marxistes allemands composant l’École de Francfort dans les années cinquante, la justice fait l’objet d’une double histoire ; la première convoque une justice effectivement vécue, empiriquement vécue, la seconde recourt à l’eschatologie – l’étude de ce que la conscience revendique comme juste. Au premier niveau, celui de la justice effectivement vécue, la situation est terrible. Outre la famine, que faut-il penser de l’humanisation de l’homme lorsqu’un milliard d’êtres humains n’ont pas accès à une eau non toxique ? Lorsque la capacité des conglomérats pharmaceutiques de soigner voire d’éradiquer des maladies s’autolimite pour de basses raisons mercantiles, laissant alors les épidémies ravager les populations les plus vulnérables ? Pour les peuples du tiers-monde, la troisième guerre mondiale a bel et bien commencé. La consolidation du nombre de victimes identifiées par chacune des 23 institutions membres des Nations unies s’est élevée en 2016 à 54 millions de morts. Soit l’équivalent du nombre total des victimes militaires et civiles recensées pendant la Seconde Guerre mondiale. En d’autres termes, l’humanité du tiers-monde perd chaque année dans le silence ce que cette boucherie effroyable a infligé à l’humanité entière pendant six ans.

Pour autant, ce constat, imparable, de régression n’est pas synonyme de capitulation. L’espérance (doit) continue (r) de primer sur l’abdication…

Absolument. Mon espérance est réelle. Elle n’est nullement fondée sur un quelconque idéalisme ou de fallacieux arguments postulatoires, mais au contraire repose sur des éléments de sociologie démontrés. Parmi eux, retenons la formidable progression de ce que Theodor Adorno – philosophe et sociologue allemand [1903-1969] – nomme la « conscience adjugée » : ce que les individus considèrent individuellement « juste » se trouve un jour incarné dans une revendication collective, elle-même pierre angulaire d’un changement du monde. Voilà de quoi espérer. La problématique de la « faim dans le monde » illustre le paradigme. Dorénavant, plus personne, pas même les réactionnaires les plus obtus, n’oserait promouvoir la doctrine malthusienne de la naturalité, c’est-à-dire une gestion inhumaine de l’espérance de vie et des populations. Que la faim constitue une ignominie intolérable est définitivement admis, ancré dans les consciences citoyennes ; qu’elle persiste suscite l’indignation de la société civile, motive la colère d’une multitude de mouvements sociaux. N’est-ce pas là un progrès significatif ? La ligne de flottaison de la civilisation s’élève sans cesse. Reste l’obsession de l’incarnation. Dans quelles conditions une idée devient-elle une force matérielle ?

« Les murs les plus puissants tombent par leurs fissures », soutenez-vous avec Ernesto Che Guevara. L’espérance prend forme dans l’existence de ces fissures, et surtout dans la perspective de nouvelles fissures. Ces dernières, en repérez-vous ?

Absolument partout apparaissent de nouvelles brèches, et effectivement chacune d’elles est une raison supplémentaire d’espérer. Un phénomène planétaire inédit a surgi: la société civile. Des fronts de résistance et d’initiatives alternatives aux systèmes homogènes, aux oligarchies qui orchestrent le capitalisme financier globalisé et meurtrier, s’organisent. Une myriade de mouvements sociaux sont en marche : Greenpeace, Attac, WWF, Colibris (de Pierre Rabhi), Amnesty International, le mouvement des femmes, ou encore le mouvement paysan international Via Campesina, etc. Qu’il s’agisse de son fonctionnement, de sa puissance, de son professionnalisme, cette société civile fait d’impressionnants progrès, et la révolution technologique lui fournit des armes d’une efficacité redoutable. C’est ainsi que cette fraternité de la nuit se constitue en sujet historique autonome.

La société civile voit son rayonnement grandir proportionnellement au déclin des États, qui ne sont plus des moteurs d’espérance. Sa raison d’être ? L’impératif catégorique de Kant : « L’inhumanité infligée à un autre détruit l’humanité en moi. » « Je suis l’autre, l’autre est moi » constitue son fil conducteur, et à ce titre honore la « conscience de l’identité » consubstantielle à l’homme, mais que fragilise l’obscurantisme néolibéral. Cette folle idéologie sacralise le marché, qu’elle substitue à l’homme comme sujet de l’histoire, l’homme n’étant plus qu’un rouage, une variable, un vassal du marché. Les despotes de ce marché possèdent un pouvoir qu’aucun roi, aucun empereur dans toute l’histoire n’a jamais détenu. L’une des plus grandes conquêtes de cette absolue omnipotence est la prétendue impuissance à riposter qu’elle instille dans les consciences des peuples. Et c’est à libérer ces âmes, à les aider à s’affranchir de cette suzeraineté, à leur restituer la « conscience de l’identité » d’où découlera une politique de solidarité, de réciprocité, de complémentarité, que nous devons nous employer. Et à l’accomplissement de ce projet, la société civile contribue de manière capitale.

L’impression que donnent l’auscultation du monde mais aussi les discordes sur la réalité des maux civilisationnels est que nous ne parvenons plus à contester, à combattre ce qui doit l’être – le pronom relatif concentrant l’ensemble des questionnements de justice, d’équité, d’éthique, d’universalité. Au-delà du déficit spirituel et de l’excès mercantiliste, quelles sont les causes de notre égarement ?

La folie néolibérale, les multiples agressions perpétrées par l’oligarchie financière, la théorie justificatrice d’un ordre du monde au nom duquel l’Homme n’est plus sujet de l’histoire mais vassalisé aux ravageuses lois de la marchandisation, font leur oeuvre. Malgré cela, la « conscience de l’identité » connaît des progrès. Et même foudroyants, comme en témoignent la vitalité et la variété de la nouvelle société civile planétaire, la multiplicité des mouvements sociaux et des fronts de résistance, y compris en Occident – du parti espagnol Podemos à la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. La manière dont l’Indien Evo Morales, triomphalement élu depuis 2005 à la présidence de la Bolivie, est parvenu à museler l’action impérialiste, socialement dévastatrice et irresponsable en matière environnementale, de 221 sociétés internationales exploitant gaz, mines et pétrole, est exemplaire ; il a réveillé chez ses concitoyens une identité collective grâce à laquelle l’intérêt général s’est imposé et a brisé l’aliénation.

Ce qu’« est » l’humanité du XXIe siècle met-il particulièrement en péril l’universalité de l’espèce humaine, du respect et de la considération sanctuarisés de l’homme ? Si même les droits de l’homme ne sont plus un bien commun, comment peut-on fonder l’espérance d’un vivre-ensemble et d’une solidarité revitalisés ?

Certaines situations sont, objectivement, intolérables, dans le sens où elles ébranlent toutes nos convictions, même celles que l’on pensait insubmersibles. Les parents, frères, soeurs, époux, conjointes, enfants, amis des victimes des assassins du Bataclan, peut-on s’étonner qu’ils puissent considérer comme des sous-hommes, des barbares, ceux qui ont perpétré l’innommable ? Peut-on contester qu’ils puissent souhaiter pour les tortionnaires survivants une riposte d’égale horreur ? Je le comprends. Je sais, au fond de moi-même, combien l’intangibilité des droits de l’homme fait l’objet de lézardes sous le coup de l’indicible. Pour demeurer solide, pour sortir victorieux des combats intérieurs auxquels cet indicible expose, on peut se remémorer le procès de Nuremberg. Dix-neuf hauts dignitaires du IIIe Reich furent condamnés à mort ou à perpétuité, à l’issue d’une longue, minutieuse et exemplaire procédure. Plus près de nous, en Afrique du Sud, ce que la commission Réconciliation et Vérité réussit à cautériser dans les corps et les âmes des victimes de l’apartheid fut, là encore, remarquable. Dans les deux cas, le droit a triomphé, conférant aux verdicts une légitimité universelle.

Les Occidentaux étant privés d’exercer la violence par les armes, ont-ils trouvé dans le capitalisme spéculatif et, au-delà, dans l’inflammation consumériste, compétitrice, marchande, un moyen d’exercer « autrement » leur pulsion belliqueuse ?

L’étude lexicale des discours des capitalistes est révélatrice de dérives pathologiques. « Combat », « guerre », « conquête », « victoire », « domination », « suprématie »… voilà ce qui compose leur vocabulaire, et même la Silicon Valley si souvent plébiscitée pour son supposé progressisme culturel et managérial en est le théâtre. L’« iconique » Steve Jobs n’exhortait-il pas ses salariés à se transformer en « soldats du Bien » mobilisés dans une « guerre économique mondiale » inédite ? Ces éléments de langage et de communication bellicistes convoquent les pires instincts de la nature humaine, qu’ils détournent et manipulent pour combattre, asservir, détruire. Tout concurrent est un adversaire, tout compétiteur est un rival et un obstacle qu’il faut « neutraliser. » Et « l’efficacité » du système capitaliste résulte en grande partie de cette machination rhétorique et comportementale.

« Plus l’horreur, la négation et le mépris de l’autre dominent à travers le monde, plus l’espérance, mystérieusement, grandit. » Vous le percevez, le ressentez, l’affirmez : l’insurrection collective des consciences, germe d’une révolution civilisationnelle inéluctable, semble donc bel et bien proche…

« Le révolutionnaire doit être capable d’entendre pousser l’herbe » ; « la révolution avance sur les pas d’une colombe » : ces pensées, confiées respectivement par Marx et Nietzsche – deux des plus fins observateurs du processus révolutionnaire -, invitent leurs disciples d’aujourd’hui à faire preuve d’une extraordinaire attention à chaque bruissement, à chaque opportunité de composer un peu mieux, un peu plus cette insurrection collective. Oui, « je suis l’autre, et l’autre est moi » : la conscience de cette réciprocité, elle-même constitutive de la conscience de l’identité, concentre une naturelle et formidable condamnation de tout ce que le capitalisme et le néolibéralisme charrient de maux humains : la loi du plus fort, celle de la concurrence sauvage, celle de la hiérarchie des succès, celle du classement humain selon les biens acquis, celle de l’exploitation incontrôlée des ressources naturelles, celle du massacre des espèces animales et végétales… In fine, cette conscience de la réciprocité est ce qui doit paver la marche en avant vers ladite insurrection, car de cette dernière dépendent d’abord l’émancipation, l’autonomisation, la libération de chaque conscience, puis le déploiement d’une solidarité et d’une complémentarité universelles – et non d’une égalité des hommes : celle-ci n’a d’existence que sur le fronton des établissements de la République, et pour cause, elle n’est pas compatible avec la conception singulière, une et indivisible, de chacun des 85 milliards d’êtres humains qui ont peuplé la terre depuis 2,8 millions d’années -, enfin la conscientisation d’une oeuvre collective respectueuse de l’Homme et de son environnement. « De chacun selon ses capacités, pour chacun selon ses besoins » : cette exhortation de Marx illustre parfaitement le combat politique, social, environnemental qu’il faut mener. Georges Bernanos [1888-1948] a écrit : « Dieu n’a pas d’autres mains que les nôtres ». Ou bien c’est nous qui abattrons l’ordre cannibale du monde, ou c’est personne.

 

Sommet climat : 1,5°C ? On rêve ! (JEAN JOUZEL )

Sommet climat : 1,5°C ? On rêve !  (JEAN JOUZEL )

À juste titre le climatologue Jean Jouzel  s’interrogeait dans le Parisien sur le sérieux des 1,5° retenus dans le document final de la COP 21. Un objectif qui serait évidemment souhaitable mais complètement illusoire car il faudrait très rapidement abandonner toute les utilisations des énergies fossiles. Même l’objectif de 2° sera difficile à atteindre compte tenu de l’aspect non contraignant et du flou de l’accord de la 21. En tant que scientifique, quel regard portez-vous sur l’accord à Paris?
JEAN JOUZEL. L’accord, dans son architecture, répond aux critères de succès annoncés par la présidence française (de la COP21): un accord universel et ambitieux, avec l’objectif de températures, une référence au prix du carbone, le fait que soient mentionnés les 100 milliards (de dollars par an, promis par les pays développés pour aider les pays les plus pauvres). Mais c’est essentiel d’agir aussi avant 2020 et il n’y a pas de réelle ambition sur ce point-là. L’accord n’impose pas de révision des engagements actuellement pris par les pays (qui placent le monde sur une trajectoire de trois degrés) avant 2025. Ce sera trop tard pour le 1,5°C et très difficile pour le 2°C. Le seul espoir, c’est qu’il y a une invitation à remonter l’ambition avant 2020, mais c’est une simple invitation…

L’objectif de tenter de contenir le réchauffement à +1,5°C, chiffre figurant aux côtés de l’objectif officiel de 2°C, est-il réaliste?
J.J. – Le 1,5°C c’est un rêve, c’est certainement trop ambitieux mais cet objectif est vraiment légitime pour les pays les plus vulnérables. Ils sont menacés par la hausse du niveau de la mer, des cyclones qui risquent de devenir plus intenses, des récifs coralliens mis à mal. 1,5°C au lieu de 2°C pour eux, ça compte. Mais cet objectif paraît irréaliste, cela voudrait dire qu’on aurait le droit à cinq ou dix ans d’émissions au rythme actuel au maximum… J’aimerais mieux qu’on fasse tout pour se mettre sur une trajectoire de 2°C, qui est déjà un objectif difficile. Mais c’est l’objectif à tenir si on veut pouvoir s’adapter aux effets du changement climatique.

Vous étiez à Copenhague en 2009, où la communauté internationale avait échoué à s’entendre. Qu’est-ce qui, cette fois, a permis un accord à Paris?
J.J. – Ce qui a changé fondamentalement, c’est qu’on parlait à Copenhague des solutions mais qu’on ne les entrevoyait pas. Désormais, les énergies renouvelables se sont développées et deviennent compétitives dans certains pays. Les voitures électriques, dont on souriait parfois, avancent. Il y a un espoir de voir les émissions de CO2 commencer à stagner cette année au niveau mondial, parce que la Chine s’est lancée dans les renouvelables et l’efficacité énergétique. J’espère juste que l’Inde (où les émissions sont en forte croissance) pourra prendre le même chemin que la Chine.

 

 

Catalogne : réveils identitaires multiformes (Jean Christophe Gallien)

Catalogne : réveils identitaires multiformes (Jean Christophe Gallien)

 

Dans une tribune, Jean Christophe Gallien, Professeur associé à l’Université de Paris 1 explique les raison de la montée des scissionnistes en Catalogne et ailleurs.

« Ce week-end, nous avons assisté au réveil massif d’une autre rue catalane. Elle est venue crier son attachement à l’unité espagnole et tenter de déstabiliser la stratégie populaire et médiatique de Carles Puigdemont et de ses alliés indépendantistes. La bataille est rude. L’Espagne et l’Europe sont secouées et réfutent un assaut sécessionniste qualifié d’illégitime autant qu’illégal. C’est vrai que ni l’Espagne, pas plus la Grande-Bretagne, la Belgique ou la France ne sont des dictatures. Il faut redire haut et fort : pas plus les Catalans, que les Ecossais, les Flamands, les Bretons ou les Corses ne sont des populations opprimées. Reste que si, comme l’écrit l’historien Arnaud Teyssier, « dans nos démocraties, c’est bien l’Etat Nation qui a su concilier les deux exigences contradictoires »d’autorité et de liberté « à travers un pouvoir identifié, admis et incarné », l’Union Européenne et ses pays/nations doivent ouvrir les yeux. « Jamais la défiance citoyenne envers les institutions n’a été aussi puissante. Et jamais les utopies incitant à créer des communautés autonomes n’ont autant séduit », pointait très justement récemment Blaise Mao. On assiste, en particulier à des réveils identitaires multiformes, souvent associés à des volontés sécessionnistes. Régionalismes anti Etat-Nation, écossais, catalan, corse, flamand… exacerbations nationales anti-européennes avec la montée des partis qualifiés de populistes partout en Europe et même de la riche Allemagne avec la récente explosion de l’AFD, revendications identitaires religieuses en particulier avec l’Islam, ou encore mobilisations ethniques ou liées au genre… et affirmation de formes de « tribalismes » sécessionnistes comme les « zadistes », les « survivalistes » ou encore les « libertariens ». On pourrait vouloir se rassurer en rappelant qu’il n’y a rien de très neuf individuellement dans ces différentes aspirations. C’est vrai. Mais ce qui est nouveau, c’est d’abord la démultiplication simultanée des différents sécessionnismes, leur niveau d’intensité et la fréquence des secousses d’émergence. Le changement, c’est aussi la rencontre de ces phénomènes avec les outils de communication sociaux qui, d’activistes invisibles, transforment les militants en guerriers stratèges d’une bataille de communication qui tourne le plus souvent à leur avantage médiatique face aux arguments et dispositifs institutionnels. Entre actions de rue, occupations urbaines, débats télévisés, en passant par une guérilla notamment visuelle 2.0, la guerre catalane qui se déroule sous nos yeux illustre très bien une asymétrie qui booste l’avantage des sécessionnistes. La question identitaire est individuelle et collective. Pour bon nombre d’entre nous, elle accompagne un sentiment de perte de situation au sein des sociétés contemporaines. Collectivement, les imparables mouvements d’homogénéisation poussés par la mondialisation accélérée défient voire effacent tout ou partie des identités locales et nationales renforçant les déstabilisations individuelles. « Les hommes et les femmes recherchent des groupes auxquels ils peuvent appartenir assurément et pour toujours, dans un monde dans lequel tout le reste bouge et change », écrivait l’historien britannique Eric Hobsbawm. Quand les crises se multiplient, quand les instruments de la solidarité institutionnelle craquent petit à petit, les individus et les communautés cherchent à compenser et inventent ou réinventent d’autres formes. On le voit partout dans le monde et donc aussi en Europe. Ici encore, c’est le mix moderne d’internet et des circuits courts, entre local et global, la solidarité directe, la proximité territoriale, une communauté de destin et un lien identitaire. Nous voyons naître une solidarité de nature presque néo-tribale. Elle allie la dimension traditionnelle qui associe la permanence des comportements d’avant la création des institutions de solidarités du modèle social et les très contemporaines solidarités des réseaux digitaux et du 2.0. Il y a comme une affirmation collective puissante : nous Catalans, nous sommes mieux armés pour faire face aux difficultés nées de la crise et de la mondialisation. Mieux armés que qui ? Autres peuples effacés, autres populations divisées et assistées, partis politiques impuissants, corps intermédiaires contestés, institutions centrales dépassées… Traduction concrète, la plateforme sécessionniste ne dit pas : « J’ai toute la solution », mais elle exprime un constat et des exigences concrètes. Langue, fiscalité, emplois, éducation, monnaie… Dans la crise, c’est l’expression d’un autre espoir, pas forcément une proposition alternative de système. Il y a là une interpellation légitime : où se situent la souveraineté et la protection justes et efficaces ? Il faut en finir avec des alternances sans alternatives et la seule lecture technocratique dominante et continue. L’identité est au cœur de ces mouvements et même chez la très performante et riche Allemagne. Cessons de nier cette réalité qui irrigue désormais tout débat. Emmanuel Macron, les pays européens et l’Europe doivent offrir vision et espoir mais surtout des réponses concrètes et rapides entre apaisement économique et invention institutionnelle pour éviter la poursuite de la radicalisation politique. Sinon, l’Europe aura beaucoup de Catalogne à gérer. »

Législatives: Jean Lassalle tué par le ridicule

Législatives: Jean Lassalle tué par le ridicule

 

 

 

Jean Lassalle aura beaucoup de mal à se faire élire député des Pyrénées atlantiques alors qu’il était député sortant. On ne sait quelle sorte de folie l’a saisi pour qu’il se présente aux présidentielles.  il a montré à leurs le vide absolu de sa pensée et cela jusqu’au ridicule. En s’exposant ainsi nombreux d’anciens électeurs de Jean Lassalle du éprouvé une certaine honte. La même honte sans doute ressentie  par les sélecteurs de nombre de petits candidats dont on  se demande bien ce qu’ils faisaient dans une élection présidentielle. À moins que leur ego ne leur ait commandé de faire le singe à  la télé. Pas de quoi en tout cas redorer l’image de la politique avec ses petits candidats aux positions souvent surréalistes et pas même capables de se faire élire député encore moins d’en faire élire d’autres. On objectera sans doute que « c’est la démocratie » preuve sans doute que la démocratie  conserve quelques ADN néandertaliens pour permettre à n’importe qui de se présenter et pour dire n’importe quoi.  La tâche s’annonce donc difficile pour Jean Lassalle. Le député sortant de la 4ecirconscription des Pyrénées-Atlantiques s’est adjugé une petite deuxième place à l’issue du premier tour des législatives, avec 17,71% des voix. Le 7eme homme de la présidentielle de 2017 (1,21% des voix) est assez nettement distancé par le candidat d’En Marche!, Loïc Corrégé (25,41%). Jean Lassalle est député de la circonscription depuis 2002. Il avait été réélu de justesse en 2012, avec 50,98% des voix.

L’affaire Fillon illustre le divorce des élites et du peuple (Jean Garrigues)

L’affaire Fillon illustre le divorce des élites et du peuple (Jean Garrigues)

 

L’historien Jean Garrigues considère que l’affaire Fillon illustre bien le divorce ente les élites et le peuple dans une  interview au JDD

L’affaire Penelope Fillon est-elle un événement exceptionnel dans cette campagne?
Cet événement inhabituel vient se greffer à cette campagne exceptionnelle. Cette affaire révèle le divorce entre les Français et les pratiques politiques. Embaucher sa femme, ce n’est pas illégal, mais ça fait partie d’une culture de caste, du privilège, que les Français rejettent. François Fillon – qui pouvait incarner précisément une sorte de rupture avec cette culture de caste, parce qu’il avait une image d’intégrité, de rectitude morale – est rattrapé par cette affaire. On est quand même dans une situation unique, qui va donner lieu à des solutions, pour la droite, qui sont à inventer. C’est pour ça qu’il y a une hésitation pour l’instant, qu’il n’y a pas de véritable plan B chez Les Républicains.

François Fillon dénonce une « opération de calomnie sans précédent ». Sous la Vème République, a-t-on connu d’autres affaires de ce genre en période électorale?
Oui. En 2007, autour de l’acquisition par Nicolas Sarkozy de sa maison de Neuilly, et de l’autre côté autour de la sous-évaluation des biens du couple Hollande-Royal. Pour l’élection de 1995, il y avait eu des affaires à propos d’Edouard Balladur, notamment sur des spéculations qu’il avait effectué sur des sociétés auxquelles il avait participé… En 1969, pour la campagne de Georges Pompidou, il y avait eu l’affaire Markovic. Mais elle avait eu lieu avant la campagne elle-même. En 1965, le général De Gaulle lui-même avait été soumis à un autre scandale, l’affaire Ben Barka. L’image de De Gaulle avait été un peu écorchée mais les médias n’étaient pas ce qu’ils sont aujourd’hui. A cette époque, De Gaulle avait employé l’expression de « boule puante », reprise par François Fillon.

Lire aussi : Comprendre les différentes affaires Fillon

Quel avait été l’effet de ces affaires sur la campagne présidentielle?
Ces affaires-là ont eu un impact tout à fait minime sur les élections, comme avec l’affaire des diamants, au moment de la campagne de Valéry Giscard d’Estaing, en 1981. Mais cette affaire est sortie un an et demi avant l’élection. Les effets sont réels, parce que l’image de Giscard a été affectée, mais elle n’a pas profondément changé la campagne électorale. Giscard était encore favori des sondages quelques semaines avant l’élection. Ce n’est pas ça qui a fait la bascule, ce sont d’autres aspects, notamment ce qui pouvait être reproché à Giscard dans sa gestion de la crise, etc. Le cas de l’affaire Strauss-Kahn peut être intéressant dans le déroulé de ce qui va suivre, où on peut déboucher sur un plan B. C’est ce qui était arrivé : l’affaire Strauss-Kahn avait permis à Hollande de devenir le candidat de la gauche. Mais là aussi, ça c’était passé presque un an avant l’élection.

Quelle est la différence entre ces affaires et le « Penelope Gate »?
L’affaire Fillon résonne avec ce qui est le fond même du divorce entre le peuple et les élites politiques, cette dénonciation de l’esprit de castes. Il faut aussi voir le rôle de la télévision. Par exemple, l’émission Envoyé Spécial, sur France 2, avec le témoignage de Penelope Fillon, a eu une très forte audience [3,36 millions de téléspectateurs]. Et puis, évidemment, la caisse de résonance des réseaux sociaux reflète la coupure avec les élites, qui est aussitôt répercutée par les médias, et réciproquement. Il y a un jeu entre les réseaux sociaux et les médias qui s’en font les échos. Tout ça est une caisse d’amplification qu’on ne connaissait pas il y a 10 ans. Mais il y a d’autres aspects.

Lesquels?
On est dans un moment politique, sociétal, où il y a une sorte d’intransigeance, une exigence éthique totalement nouvelle de la part des Français. Cette affaire, je ne suis pas sûr qu’elle aurait eu de l’impact il y a seulement une quinzaine d’années. En 2002, une affaire avait pollué la campagne de Jacques Chirac : il était question du paiement de ses voyages de loisirs, à La Réunion… Il y avait eu des articles, une polémique autour, là aussi, d’une utilisation des fonds publics. C’était à peu près la même incrimination. Mais elle n’a pas du tout eu l’impact qu’on connaît aujourd’hui, d’une part parce qu’on avait pas la même caisse de résonance avec les réseaux sociaux. D’autre part, ça n’entrait pas en contradiction avec l’image de Jacques Chirac. Il avait l’image de sa caricature, de « Super menteur », et finalement de quelqu’un qui prenait un peu de libertés avec l’argent public. Tandis qu’avec Fillon, là il y a une contradiction avec son image. Et puis, troisième élément : il y a de moins en moins de tolérance des Français vis-à-vis de ces dérives. C’est dû au contexte de crise, à la difficulté du quotidien pour beaucoup de Français, au fait qu’ils n’ont plus confiance dans les élites politiques. Tout ça est très lié et très cohérent.

Les primaires rendent-elles aussi la campagne exceptionnelle?
Incontestablement, cette campagne est totalement atypique. Elle s’est étendue d’une séquence nouvelle, qui est une double primaire. C’est une première! On avait déjà eu une primaire ouverte pour la gauche en 2011, une primaire fermée en 2006. Ces primaires ont acté le « Sortez les sortants », une volonté de la part des électeurs d’une rupture radicale avec ceux qui ont incarné le pouvoir. La primaire de la droite a sorti Nicolas Sarkozy, et dans une moindre mesure, Alain Juppé. La primaire de la gauche a eu pour effet de provoquer le retrait de François Hollande et d’acter l’échec de Manuel Valls. C’est donc aussi l’échec des prétendants naturels à l’élection présidentielle. On voit bien que la légitimité que l’exercice du pouvoir, qui était jusqu’à présent un sorte de garantie pour l’avenir, a totalement disparu. On a sur le carreau deux anciens présidents de la République, deux anciens Premiers ministres et peut-être un troisième si Fillon est écarté lui aussi.

Qu’ont changé les primaires dans cette campagne?
La possibilité de faire émerger des projets alternatifs, avec Fillon et Hamon. On a une sorte d’ouverture démocratique que la désignation traditionnelle par les partis n’autorisait pas. La vocation du parti politique était de pérenniser l’homme fort, les candidats naturels. Maintenant, la primaire permet autre chose. Mais en même temps, la primaire a un résultat ambigu. Elle a permis, à droite ou à gauche, de désigner celui qui correspondait le mieux à la culture politique, à l’ADN de son camp. Hamon, la gauche du rêve, du réenchantement. A droite, une autre forme de réenchantement, par le repli sur les valeurs conservatrices. Or ce repli identitaire de chacune des primaires n’est pas forcément en cohérence avec l’efficacité électorale. Hamon et Fillon ne sont pas forcément les meilleurs candidats de leur camp pour aller au bout d’une présidentielle, pour rassembler lors d’une élection présidentielle. C’est ce que disaient les sondages, quand les projections montraient par exemple que, au premier tour d’une primaire, Manuel Valls faisait mieux a priori que Benoît Hamon. De la même manière, François Fillon n’était pas forcément le meilleur candidat pour la droite et le centre par rapport à Alain Juppé par exemple, qui était plus rassembleur au centre-droit et peut-être au centre-gauche.

Quels sont les autres éléments qui rendent cette campagne atypique?
Le retrait de François Hollande : le renoncement d’un président à briguer un deuxième mandat, c’est une première historique. Ceux qui ne l’ont pas fait, c’est parce qu’ils ont été rattrapés par l’âge ou la maladie, comme Pompidou. Mais aussi le fait que la candidate FN soit en tête des sondages. Jean-Marie Le Pen a été au second tour en 2002, mais il n’avait jamais été en tête des sondages. C’était une surprise! Et puis la candidature d’Emmanuel Macron. Avoir un candidat ni de droite, ni de gauche, ça a déjà existé avec la campagne de Valéry Giscard d’Estaing en 1974, et celles de François Bayrou depuis 2002. Mais un candidat, ni de droite, ni de gauche, en position d’accéder au second tour, quatre mois avant l’élection, c’est inédit. Cela signifierait un échec pour les partis traditionnels, donc nécessairement une recomposition politique. On voit très bien qu’à gauche cette éventualité est de plus en plus crédible, car on a déjà une petite hémorragie, avec des députés qui sont partis rejoindre En Marche! Il est possible que certains électeurs de gauche ne se retrouvent pas non plus dans la candidature de Hamon. Et si François Fillon est candidat de la droite, il n’est pas impossible qu’une grande partie des électeurs centristes aillent chez Emmanuel Macron.

Vivons-nous un moment politique de transition?
On est dans une campagne de toutes les nouveautés, de transgression totale. On arrive dans une fin de cycle, par rapport aux institutions ou aux pratiques de la Vème République. On voit bien qu’il y a un divorce entre les Français et la manière de faire de la politique, avec tout ce qui incarne le monde politique : les institutions, les partis, les syndicats, et même les médias associés à la vie politique. Tout ça est condamné. C’est quelque chose de tout à fait nouveau, qui acte la fin d’un cycle qui s’était ouvert en 2007, quand il y avait un sursaut de mobilisation et d’illusion de renouveau de la politique. Ce cycle-là est terminé. Que ce soit Sarkozy ou Hollande, l’alternance a montré ses échecs.

Peut-on s’attendre à d’autres surprises dans cette campagne?
On peut dire que l’affaire Fillon va déboucher sur d’autres réactions en chaîne au sein de la droite. Vraisemblablement, le retrait de François Fillon. Dans tous les cas, ça affaiblira considérablement la droite. Le résultat quasi-certain de cette élection, qui était l’alternance, devient de plus en plus contestable! Qu’il y ait d’autres affaires, c’est tout à fait possible. On a en ce moment l’affaire des assistants européens de Marine Le Pen, la suspicion des dépenses d’Emmanuel Macron au ministère de l’Economie, on ne parle pas trop du poste de professeur associé de Benoît Hamon à l’université Paris-VIII…

Peut-on dire que c’est la campagne présidentielle la plus incertaine de la Vème République ?
Oui, et de très loin. La victoire de Valéry Giscard d’Estaing en 1974 était une surprise, parce qu’on attendait a priori une victoire de Jacques Chaban-Delmas. Mais en même temps, Giscard n’était pas un inconnu dans la vie politique. Surtout, ça a été une campagne très rapide avec la mort de Pompidou, c’étaient des circonstances particulières. En 1995, Jacques Chirac était largement distancé par Edouard Balladur, mais il finit par l’emporter parce qu’il a fait une campagne beaucoup plus efficace que son adversaire. A chaque fois, on a eu un ou deux éléments de surprise dans ces campagnes. Aujourd’hui, les nouveautés surgissent de partout.

*Elysée Circus. Une histoire drôle et cruelle des présidentielles, Jean Garrigues et Jean Ruhlmann, Tallandier, 19,90€.

Le prix Nobel de l’économie, Jean Tirole, s’attaque aux tabous français

Le prix Nobel de l’économie, Jean Tirole,  s’attaque aux tabous français  

Il est clair que le livre,  bien commun (PUF), Jean Tirole, Prix Nobel, décoiffe car il s’attaque à nombre de tabous français comme le contrat de travail, la durée du travail, le nombre de fonctionnaires, la régulation etc. Un livre dont il est rendu compte dans Challenges. Premier tabou, celui du partage du temps de travail : un sophisme. Même appréciation des contrats de travail actuels : dépassés. Même jugement sévère quand au nombre de fonctionnaires qui témoigne de ‘l’incapacité de l’Etat à se recentrer sur les tâches réellement régalienne et qui finalement dans ce domaine fait mal son travail ». La prix Nobel propose aussi la remise en cause du statut de fonctionnaires avec l’embauche sous contrats privés. Bref de quoi faire réagir la pensée étatiste des organisations corpos et gauchisantes. Jean Tirole veut  un  Etat stratège, moderne et efficace, notamment dans la régulation de la finance et la prévention des crises. “In fine, la crise financière de 2008 a reflété aussi une crise de l’Etat, peu enclin à accomplir son travail de régulateur. Comme la crise de l’euro, elle a pour origine des institutions de régulation défaillantes : de supervision prudentielle dans le cas de la crise financière, de supervision des Etats pour la crise de l’euro. Dans les deux cas, le laxisme a prévalu tant que “tout allait bien”. Dans le domaine social Jean Tirole conteste la dualité CDI-CDD. Il propose un contrat unique.  De fait, au sein de l’Europe, la France est le pays où la transition d’un contrat temporaire vers un contrat stable est la plus faible. Ce qui veut dire qu’une personne embauchée sur la base d’un contrat temporaire a beaucoup moins de chances que partout ailleurs en Europe de voir son contrat temporaire se transformer en contrat permanent. Le fait que les entreprises recourent abondamment aux CDD, que ni elles ni leurs salariés n’apprécient, est grandement révélateur du coût implicite que la législation actuelle sur les CDI impose à la société française. ». Critique sévère aussi du nombre de fonctionnaires. « Plutôt que de diminuer, le nombre d’agents publics a crû de 15 % de 2000 à 2013. A service public donné, l’Etat français coûte trop cher : selon certaines estimations, il utilise 44 % de plus de fonctionnaires par actif qu’en Allemagne (il y a 1,2 million d’emplois publics en moins en Allemagne qu’en France, pourtant beaucoup moins peuplée). Il faudrait que ces embauches se fassent plutôt sous forme contractuelle.  Jean Tirole critique aussi la rémunération des grands patrons. Elles ne récompensent pas toujours une bonne gestion, comme quand un chef d’entreprise exerce profitablement des stock-options avant que l’on ne s’aperçoive quelques mois plus tard que l’entreprise est au bord du dépôt de bilan. Les critiques qui portent sur la mauvaise conception de nombre de rémunérations variables sont justifiées. Le prix Nobel est aussi très sceptique sur les engagements pris dans le cadre de Cop 21 car le monde ne devrait plus produire d’émission de gaz à effet de serre en net après 2050.en fait l’accord repousse en outre à une date ultérieure l’engagement concret des pays à réduire leurs émissions. » Jean Tirole démolit les poncifs relatifs au partage du temps de travail  Les économistes ne prennent jamais parti sur la question de savoir si l’on devrait travailler 35, 18 ou 45 heures par semaine. En revanche, la thèse selon laquelle réduire la durée du travail, avancer l’âge de la retraite, bloquer l’immigration ou adopter des mesures protectionnistes créera des emplois pour les autres n’a aucun fondement, ni théorique ni empirique. »Bref un livre qui décoiffe, pertinent sur de nombreux aspects et qui méritent d’être mis en débat.

« Pour un contrat unique, plus flexible que le CDI actuel »(Jean Tyrol)

« Pour un contrat unique, plus flexible que le CDI actuel »(Jean Tyrol)

 

 

Le prix Nobel d’économie propose un contrat unique de travail,  une proposition qui comme son auteur s’est montré très discrète, pas étonnant Tyrol n’est pas assez sexy et il a le défaut majeur de ne pas faire dans l’outrance et la démagogie. Pour autant sa réflexion mérite d’être entendue. Globalement avec son contrat unique, il envisage surtout de protéger le salarié et non forcément l’emploi avec un système de bonus malus pour récompenser ou inversement punir les entreprises selon leur bilan emploi. Pas sûr que sa proposition soit forcément très comprise en France où Jean  Tyrol souligne à juste titre l’indigence générale de la culture économique « On propose de créer de nouveaux emplois, ouvrir le marché aux jeunes, laisser le marché ouvert aux gens de plus de 50 ans grâce à un nouveau contrat : un contrat unique, plus flexible que le CDI actuel », explique-t-il. Dans l’esprit de Jean Tirole, le contrat unique serait un contrat à durée indéterminée basé sur le principe du « licencieur payeur », qui existe déjà aux États-Unis : « L’entreprise sera responsabilisée par un bonus-malus. Si l’entreprise licencie, elle va payer un malus sous forme de cotisations sociales. Elle aura un bonus, en termes de cotisations sociales, si elle ne licencie pas. » Concrètement, l’économiste souhaite « protéger le salarié grâce à la formation et à l’assurance chômage, plutôt que de protéger l’emploi. Les CDI actuels gardent leurs contrats en CDI. Ces emplois en CDI ne se créent plus, on n’est plus au temps des Trente glorieuses. En flexibilisant, on va donner accès aux jeunes à des contrats à durée indéterminée bien meilleurs que les CDD qui existent actuellement. » Lors de la présentation de l’avant projet de loi Travail, Jean Tirole avait signé une tribune en faveur du texte de Myriam El Khomri. Il n’a pas souhaité en dire plus sur sa position à l’heure où le gouvernement a décidé de se passer du vote des parlementaires en utilisant l’article 49-3 de la constitution. « Mon rôle, c’est de voir le long-terme », a-t-il simplement souligné.

 

(Avec Challenges)

France : trop de réformes mal ficelées (Jean Pisani ferry)

France : trop de réformes mal ficelées (Jean  Pisani ferry)

Jean Pisani ferry, commissaire général à la prospective à Franc Stratégie, n’a pas tort de considérer que la France se caractérise trop de réformes mal ficelées.   En cause d’abord de manque de continuité dans l’action publique où chaque majorité détricote ce qu’a fait  la majorité précédente. En outre des réformes trop partielles parfois contradictoires. Exemple les mouvements de yo-yo sur la fiscalité ou sur les réformes de l’éducation nationale. Aussi la surproduction législative, produit de l’hypertrophie du Parlement et de l’administration française. Du coup les velléités de réforme structurelle s’enlisent dans les sables mouvants de la bureaucratie du corporatisme. Ce n’est pas un programme clés en main. Mais France Stratégie veut faire réfléchir les futurs candidats à l’élection présidentielle. Ce jeudi, en proposant une note sur la croissance mondiale dans les dix années à venir, l’organisme de réflexion lance le premier thème d’une série de douze, qui veut «éclairer» les débats des mois à venir. «Les nouvelles formes du travail et de la protection sociale», «Tirer parti de la révolution numérique», «Investir dans la jeunesse face au vieillissement», «Modèle de développement et répartition du revenu», «Compétitivité: que reste-t-il à faire?», «Dynamiques et inégalités territoriales»… Autant de sujets sur lesquels les politiques de gauche et de droite devront se pencher avant de dévoiler leurs choix au citoyen. Le commissaire général à la prospective, Jean Pisani-Ferry, explique au Figaro la nécessité d’un diagnostic et d’un inventaire des options.

 

LE FIGARO. - Quel rôle veut jouer France Stratégie dans le débat présidentiel à venir?

Jean PISANI-FERRY. - Celui d’un apporteur de matériaux pour un débat à la mesure des enjeux. Les candidats vont devoir offrir une lecture de la situation du pays, sélectionner des priorités, formuler des propositions… Le contexte dans lequel va se tenir cette élection rend d’autant plus nécessaire le débat: l’avenir européen est incertain ; le niveau de richesse par tête d’avant-crise n’a pas été retrouvé ; le pays est divisé entre des Français prospères et des Français appauvris. Nous voulons mettre sur la table des sujets à l’horizon dix ans, poser des diagnostics, cerner les options. L’élection présidentielle doit être l’occasion d’une délibération, pas d’une pluie d’invectives comme actuellement outre-Atlantique.

 

Comment expliquer que l’Hexagone ait tant de mal à se réformer?

Nous faisons beaucoup de réformes mais nous ne les faisons pas bien. Chaque gouvernement ouvre un ensemble de dossiers, modifie une série de paramètres et passe le bâton au suivant… Imaginez que nous avons fait cinq réformes des retraites en vingt ans et trois réformes de la formation en dix ans. Ce n’est pas rassurant pour les Français, et ça leur donne l’impression que chaque réforme ne fait que préparer la suivante. Cela ne crée pas de stabilité. Un jeune aujourd’hui n’a aucune idée de ce que sera sa retraite, s’il s’attend à en avoir une! C’est grave en termes de sécurité personnelle et de relations intergénérationnelles.

Réforme orthographe : « on se fout de nous » (Jean d’Ormesson)

Réforme orthographe : « on  se fout de nous » (Jean d’Ormesson)

Comme d’autres, Jean d’Ormesson, membre de l’académie française s’interroge sur l’intérêt de la réforme de l’orthographe soutenue par le gouvernement. Jean d’Ormesson refuse « absolument de parler d’accent circonflexe et de virgule à un moment où les écoliers n’apprennent plus à lire et à écrire ». Selon lui, les débats sur l’orthographe devaient donc attendre. « . On peut effectivement se demander si cette réforme est très opportune. D’ Après le Monde « le constat d’une dégradation du niveau des élèves au cours des vingt dernières années est réel en se fondant  Une étude sur laquelle s’est appuyé le e. Elle repose sur une dictée, que son service statistique a proposée à des élèves de CM2 en 1987, puis en 2007. Il en ressort que le nombre d’erreurs a augmenté en moyenne de 10,7 à 14,7. La proportion d’élèves faisant plus de quinze fautes atteint 46 % en 2007, contre 26 % vingt ans plus tôt. Dans une précédente étude comparable, qui date de 2007, deux professeures en sciences du langage, Danièle Cogis et Danièle Manesse, tiraient les mêmes conclusions. Selon leur étude, les élèves de 2005 accusaient un retard d’environ deux niveaux scolaires par rapport à ceux de 1987. Autrement dit, un élève de 5e en 2005 faisait le même nombre d’erreurs qu’un élève de CM2 vingt ans plus tôt… ». Des comparaisons qui portent sur une vingtaine d’années mais il est vraisemblable que  l’écart serait encore beaucoup plus considérable s’il était possible de comparer les niveaux des élèves actuels avec ceux d’il y a 50 ou 70 ans. Faut-il rappeler qu’à l’époque cinq fautes été sanctionnée par un beau 0, on est loin évidemment des 15 ou 30 fautes actuelles. Du coup la tentation est grande de s’orienter progressivement vers une écriture à caractère phonétique.

COP 21 : 1,5°C ? On rêve ! (JEAN JOUZEL )

COP 21 : 1,5°C ? On rêve !  (JEAN JOUZEL )

À juste titre le climatologue Jean Jouzel  s’interroge sur le sérieux des 1,5° retenus dans le document final de la COP 21. Un objectif qui serait évidemment souhaitable mais complètement illusoire car il faudrait très rapidement abandonner toute les utilisations des énergies fossiles. Même l’objectif de 2° sera difficile à atteindre compte tenu de l’aspect non contraignant et du flou de l’accord de la 21. (Interview du climatologue français Jean Jouzel, prix Nobel de la paix en 2007 avec le groupe d’experts du climat (Giec) dans le Parisien).

En tant que scientifique, quel regard portez-vous sur l’accord à Paris?
JEAN JOUZEL. L’accord, dans son architecture, répond aux critères de succès annoncés par la présidence française (de la COP21): un accord universel et ambitieux, avec l’objectif de températures, une référence au prix du carbone, le fait que soient mentionnés les 100 milliards (de dollars par an, promis par les pays développés pour aider les pays les plus pauvres). Mais c’est essentiel d’agir aussi avant 2020 et il n’y a pas de réelle ambition sur ce point-là. L’accord n’impose pas de révision des engagements actuellement pris par les pays (qui placent le monde sur une trajectoire de trois degrés) avant 2025. Ce sera trop tard pour le 1,5°C et très difficile pour le 2°C. Le seul espoir, c’est qu’il y a une invitation à remonter l’ambition avant 2020, mais c’est une simple invitation…

L’objectif de tenter de contenir le réchauffement à +1,5°C, chiffre figurant aux côtés de l’objectif officiel de 2°C, est-il réaliste?
J.J. – Le 1,5°C c’est un rêve, c’est certainement trop ambitieux mais cet objectif est vraiment légitime pour les pays les plus vulnérables. Ils sont menacés par la hausse du niveau de la mer, des cyclones qui risquent de devenir plus intenses, des récifs coralliens mis à mal. 1,5°C au lieu de 2°C pour eux, ça compte. Mais cet objectif paraît irréaliste, cela voudrait dire qu’on aurait le droit à cinq ou dix ans d’émissions au rythme actuel au maximum… J’aimerais mieux qu’on fasse tout pour se mettre sur une trajectoire de 2°C, qui est déjà un objectif difficile. Mais c’est l’objectif à tenir si on veut pouvoir s’adapter aux effets du changement climatique.

Vous étiez à Copenhague en 2009, où la communauté internationale avait échoué à s’entendre. Qu’est-ce qui, cette fois, a permis un accord à Paris?
J.J. – Ce qui a changé fondamentalement, c’est qu’on parlait à Copenhague des solutions mais qu’on ne les entrevoyait pas. Désormais, les énergies renouvelables se sont développées et deviennent compétitives dans certains pays. Les voitures électriques, dont on souriait parfois, avancent. Il y a un espoir de voir les émissions de CO2 commencer à stagner cette année au niveau mondial, parce que la Chine s’est lancée dans les renouvelables et l’efficacité énergétique. J’espère juste que l’Inde (où les émissions sont en forte croissance) pourra prendre le même chemin que la Chine.

 

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