Archive pour le Tag 'Iran'

Menace ou intox concernant une intervention américaine en Iran

Menace ou intox concernant une intervention américaine en Iran

Trump évoque la perspective d’une intervention des États-Unis en Iran alors qu’il espérait un accord sur le nucléaire iranien il y a encore une semaine; le président américain réclame désormais une « capitulation sans condition » de la part de Téhéran.

« Personne – Et peut-être y compris lui-même NDLR – ne sait ce que je vais faire », a déclaré le président américain devant la Maison Blanche, affirmant que l’Iran était entré en contact avec ses services pour négocier. Dans une série de messages postés la veille sur son réseau Truth Social, il avait appelé Téhéran à une « capitulation sans conditions ».

Quelques heures plus tard, lors d’une conférence de presse, il a redit qu’il n’avait « pas encore pris de décision définitive ». Interrogé sur la possibilité que le régime iranien tombe, il a répondu « ça pourrait arriver ». Ces déclarations interviennent alors que les spéculations se multiplient sur une possible intervention des Etats-Unis dans le conflit entre Israël et l’Iran, qui fait rage depuis six jours.

Il semble aussi que Trump influencé par le fait que ce soit désormais Nétanyahou qui mène la danse et qu’il souhaite récupérer le leadership de cette affaire.

En fait il se pourrait bien que le président américain n’ait pas pris encore la décision d’intervenir ou non.

La perspective d’une implication directe des Etats-Unis dans le conflit inquiète, jusque dans le camp du président. Une large partie de la base Maga (« Make America great again ») souhaite ainsi voir Donald Trump honorer sa promesse « d’achever des guerres » et de « ne jamais s’engager » dans d’autres, relate Le Monde.

Guerre en Iran: l’appel revanchard de Macron contre les frappes

Guerre en Iran: l’appel revanchard de Macron contre les frappes

Après la claque reçue par le président américain, Macron joue les mouches du coche en critiquant les frappes sur l’Iran qui n’auraient t pas de lien avec la problématique nucléaire. Officiellement il s’agirait de la position officielle de la diplomatie française mais on peut y voir aussi le côté revanchard de Macron qui n’a guère apprécié la phrase du président américain « Macron ne comprend jamais rien ».

De toute façon le la France comme d’ailleurs l’union européenne ne joue aucun rôle dans ce conflit faute de vision commune, de courage et aussi de moyens.

Un conseil de défense était organisé mercredi dans l’urgence, au retour d’Emmanuel Macron d’un sommet du G7 au Canada. Pendant plus de deux heures de réunion, où étaient réunis plusieurs ministres dont celui de l’Intérieur Bruno Retailleau, celui des Armées Sébastien Lecornu et celui des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, ont été abordés le sort des ressortissants français au Moyen-Orient, ainsi que le lancement d’une «initiative afin de proposer un règlement négocié exigeant» !

Guerre en Iran : Trump écarte une médiation russe

Guerre en Iran : Trump écarte une médiation russe

De façon assez surréaliste Poutine a présenté ses services comme médiateur entre l’Iran et Israël; Cependant Donald Trump a estimé mercredi que le président russe Vladimir Poutine devrait se concentrer sur le conflit en Ukraine avant de jouer, comme il le propose, les médiateurs dans le conflit entre Israël et l’Iran.

«Je lui ai parlé hier et il a proposé de faire le médiateur, j’ai dit “Fais-moi une faveur, fais le médiateur pour toi-même. Occupons-nous de la médiation pour la Russie d’abord, ok? Tu peux t’occuper de ça (le conflit au Moyen-Orient, NDLR) plus tard”», a dit le président américain pendant un échange avec des journalistes à la Maison-Blanche.

Le Kremlin a toutefois remis en question la date donnée par Donald Trump pour la conversation, à savoir mardi.

Iran : le pouvoir discrédité

Iran : le pouvoir discrédité

« Si le sentiment patriotique a toujours été fort en Iran, la rupture est si profonde que le régime ne peut plus rallier la nation autour de lui »

par Farid Vahid

Codirecteur de l’Observatoire de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient à la Fondation Jean-Jaurès

Prise en étau entre ses dirigeants et les frappes d’Israël, la population est condamnée à une attente fataliste. Dans une tribune au « Monde », le politiste Farid Vahid estime que le pire scénario serait le maintien d’un pouvoir affaibli qui se vengerait sur son peuple, tandis que l’économie plongerait au plus bas.

Si la menace d’une potentielle militarisation du programme nucléaire iranien a été présentée par le gouvernement israélien comme la principale justification de ses frappes contre l’Iran, le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, est motivé à l’évidence par d’autres raisons, qui dépassent la seule question du nucléaire. En frappant les bases militaires, les infrastructures énergétiques ou encore le siège de la radiotélévision à Téhéran, il est clair que le but recherché n’est plus seulement l’arrêt du programme nucléaire, mais un effondrement du régime iranien.

Les attaques terroristes du 7-Octobre perpétrées par le Hamas ont paradoxalement déclenché une longue descente aux enfers pour le régime iranien. Avec la quasi-destruction des capacités militaires du Hamas à Gaza, l’affaiblissement du Hezbollah au Liban et la chute du régime de Bachar Al-Assad en Syrie, la République islamique d’Iran se trouvait dans une position particulièrement vulnérable. A cela s’ajoutent une rupture profonde entre la population iranienne et les dirigeants, ainsi que la crise économique majeure qui touche toutes les couches de la société, à l’exception des oligarques proches du pouvoir. C’est dans ce contexte que les dirigeants israéliens ont sans doute vu une occasion en or pour se débarrasser de leur ennemi juré, voire pour dessiner les contours d’un nouveau Moyen-Orient.

L’armée israélienne obtient par ses attaques des gains tactiques majeurs, il est en revanche moins certain que, sur le plan politique, les choses évoluent de la même manière. Dans l’hypothèse où l’armée israélienne poursuivrait et intensifierait ses frappes dans les semaines à venir contre les centres du pouvoir et les hauts dignitaires iraniens, y compris l’ayatollah Ali Khamenei, ou contre des infrastructures civiles telles que l’industrie pétrochimique, la probabilité d’une chute du régime deviendrait de plus en plus élevée. S’il est vrai qu’une majorité écrasante de la population iranienne aspire à l’instauration d’un régime démocratique et libéral, il ne faut pas écarter pour autant le risque d’un chaos.

Iran : Macron toujours trop bavard

Iran : Macron toujours trop bavard


Un sérieux pan sur le bec de la part de Trump pour Macron qui ne peut s’empêcher de commenter tout pour se faire remarquer et tenter d’améliorer son image de marque en France. On objectera sans doute que Trump lui-même n’est pas à une contradiction près, capable de dire tout et son contraire en 24 heures. Mais c’est aussi le cas de Macron qui multiplie- avec davantage d’élégance- les interventions et les initiatives inopportunes. « Ça ne m’émeut pas »: Emmanuel Macron répond aux critiques de Donald Trump qui l’accuse de « jamais rien » comprendre.

Ce lundi 16 juin, le chef de l’État français avait affirmé que le départ de son homologue américain du G7 était en lien avec « une offre qui a été faite (aux États-Unis) d’une rencontre et d’échange » avec les Iraniens sur fond de cessez-le-feu imminent. Donald Trump a démenti ces propos.

« Ça ne m’émeut pas ». Interrogé ce mardi 17 juin à propos des critiques de Donald Trump à son égard, Emmanuel Macron les a qualifiées de « péripéties ».
Et Macon de s’enfoncer encore en indiquant que Trump

« … a des mots extrêmement amicaux mais il a voulu remettre de l’ambiguïté dans sa position, il a donc dit qu’il n’allait pas discuter un cessez-le-feu (en Iran, NDLR) », a expliqué le chef de l’État français.
Sauf que Donald Trump a démenti, critiquant son homologue: « Faux! Il n’a aucune idée de la raison pour laquelle je suis maintenant en route pour Washington, mais cela n’a certainement rien à voir avec un cessez-le-feu. C’est beaucoup plus gros que ça ». Et d’ajouter:

« Volontairement ou pas, Emmanuel ne comprend jamais rien ».

Iran : Trump veut une «capitulation sans conditions»

Iran : Trump veut une «capitulation sans conditions»


Cette fois les États-Unis s’engagent nettement et officiellement dans la guerre entre l’Iran et Israël. Le président américain veut en effet une capitulation sans condition de l’Iran et de son régime ( Avec menace d’élimination du guide suprême).

Un grand nombre de forces navales américaines sont désormais concentrées autour de l’Iran; ce qui préfigure sans doute une bataille d’artillerie de très haute intensité jusqu’à la reddition de l’Iran.

Le président américain a ajouté que les États-Unis «savent exactement où se cache» l’ayatollah Khamenei, tout en indiquant qu’ils ne comptent pas le tuer «pour le moment».

Conflit Iran : Macron contre un « changement de régime »

Conflit Iran : Macron met en garde contre un « changement de régime »

Le président français Emmanuel Macron macron persiste et signe en s’opposant à un renversement du régime au pouvoir en Iran par la force. Une position qui s’appuie notamment sur l’expérience en Libye et en Irak dont le contexte était pourtant complètement différent. En fait, Macron cherche surtout à être original pour exister a averti mardi 17 juin que toute tentative de renversement du pouvoir en Iran par la guerre entraînerait le « chaos » dans le pays et appelé à revenir à la « table des discussions » .

« La plus grande des erreurs aujourd’hui, c’est de chercher par la voie militaire à faire un changement de régime en Iran, parce que ce sera là le chaos », a-t-il déclaré devant la presse au deuxième jour d’un sommet du G7 à Kananaskis (Canada).

Guerre Iran: Le double objectif de Nétanyahou difficile à atteindre

Guerre Iran: Le double objectif de Nétanyahou difficile à atteindre

Israël intensifie ses frappes contre les installations nucléaires iraniennes, dans une offensive qui pourrait s’inscrire dans la durée. Les objectifs sont clairs : démanteler le programme nucléaire et affaiblir, voire faire chuter, le pouvoir en place à Téhéran. Cette escalade compromet les espoirs suscités par les récentes avancées diplomatiques, et son issue demeure incertaine.

par Ian Parmeter
Research Scholar, Middle East Studies, Australian National University dans The Conversation

Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a déclaré que l’attaque d’Israël contre les installations nucléaires iraniennes pourrait durer au moins deux semaines.

Le timing de cette opération militaire ne doit rien au hasard. De toute évidence, l’armée et les agences de renseignement d’Israël ont élaboré une campagne méthodique, dont chaque étape a été méticuleusement pensée.

Les forces israéliennes se sont d’abord concentrées sur l’élimination de plusieurs hauts responsables militaires et scientifiques iraniens et, élément tout aussi important, sur la destruction de la quasi-totalité des défenses aériennes de l’Iran.

Désormais, les avions israéliens peuvent non seulement opérer librement dans l’espace aérien iranien, mais aussi se ravitailler en vol et déposer davantage de forces spéciales sur des sites clés afin de réaliser des bombardements ciblés et des attaques contre des installations nucléaires dissimulées ou fortement protégées.

Dans les déclarations publiques qu’il a faites depuis le début de la campagne, Nétanyahou a mis en avant deux objectifs clés : détruire le programme nucléaire iranien, et encourager le peuple iranien à renverser le régime. Ces deux objectifs en tête sont-ils réalisables ? Passage en revue des scénarios possibles.

Des centrifugeuses alignées dans l’usine d’enrichissement d’uranium de Natanz, qui a été endommagée par les frappes israéliennes. Islamic Republic Iran Broadcasting, IRIB/AP
Un retour aux négociations semble aujourd’hui difficile
L’envoyé spécial de Donald Trump pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, devait participer dimanche, avec ses homologues iraniens, à une sixième série de pourparlers, destinés à conclure un accord qui remplacerait le JCPOA, texte signé sous l’administration Obama en 2015 et dont Trump s’était retiré durant son premier mandat en 2018, alors même que l’Iran semblait jusqu’alors se conformer à ses termes.

Opposé à l’accord de 2015, Nétanyahou n’a cessé de répéter qu’il ne croyait pas que l’Iran souhaitait sincèrement parvenir à un nouvel accord.

Dès lors, accepter que la campagne actuelle de bombardements israéliens débouche sur un accord sur le nucléaire iranien, quels qu’en soient les termes, constituerait pour Nétanyahou un recul majeur. Ce qu’il veut, c’est neutraliser totalement l’Iran et, ce faisant, redorer son image de leader capable d’assurer la sécurité d’Israël, une image profondément écornée par le massacre commis par le Hamas le 7 octobre 2023.

Même si Trump continue de presser l’Iran de conclure un accord sur son programme nucléaire, la réalité est que les négociations sont aujourd’hui au point mort. Et rien n’indique que Trump soit capable de convaincre Nétanyahou à mettre fin à ses bombardements pour laisser une chance aux pourparlers.

La destruction du programme nucléaire iranien impliquerait la destruction de tous les sites connus, y compris l’installation d’enrichissement d’uranium de Fordo, située à environ 100 kilomètres au sud de Téhéran.

Selon Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), cette installation se trouve à environ 800 mètres sous terre, au-dessous d’une montagne. Elle est probablement hors de portée même des « bombes anti-bunker » dont disposent les États-Unis.

Certes, les entrées et les conduits de ventilation de l’installation pourraient être obstrués en provoquant des glissements de terrain. Mais ce ne serait qu’une solution temporaire.

Détruire complètement Fordo nécessiterait une intervention au son des forces spéciales israéliennes. C’est certainement possible, au vu des succès enregistrés par Israël en matière d’infiltration d’agents en Iran. Toutefois, il est loin d’être certain que l’ampleur des dégâts causés à l’installation soit suffisante à la rendre définitivement inopérante et impossible à reconstruire.

La destruction des centrifugeuses nucléaires iraniennes, indispensables à l’enrichissement de l’uranium pour la fabrication d’une bombe, ne constituerait qu’une étape dans le démantèlement du programme nucléaire du pays. Israël devrait également éliminer les réserves d’uranium de l’Iran déjà enrichies à 60 %. Téhéran pourrait fabriquer jusqu’à dix bombes nucléaires s’il portait l’enrichissement à 90 %.

Mais les services de renseignement israéliens savent-ils où se trouvent ces réserves ?

L’effondrement du régime iranien est certainement possible, d’autant plus qu’Israël a éliminé plusieurs des plus hauts responsables militaires iraniens depuis le début de ses attaques vendredi, y compris les chefs des Gardiens de la révolution islamique et des forces armées iraniennes.

Les manifestations anti-régime qui se sont succédé au fil des années, plus récemment celles issues du mouvement « Femmes, Vie, Liberté » après la mort en garde à vue d’une jeune Iranienne, Mahsa Amini, en 2022, ont montré à quel point le régime est impopulaire.

Pour autant, le régime a survécu à de nombreux défis depuis son accession au pouvoir en 1979, notamment la guerre contre l’Irak dans les années 1980 et les sanctions massives qui lui ont été imposées par les pays occidentaux au cours de ces dernières décennies. Il a notamment développé des systèmes de sécurité remarquablement efficaces qui lui ont permis de rester en place.

Une autre incertitude à ce stade est de savoir si les attaques israéliennes contre des cibles civiles pourraient provoquer un effet de rassemblement patriotique (« ralliement autour du drapeau ») parmi les Iraniens.

Nétanyahou a déclaré ces derniers jours qu’Israël disposait d’indications selon lesquelles les derniers hauts responsables du régime étaient en train de « faire leurs valises » en vue de fuir le pays. Mais il n’a fourni aucune preuve à cet égard.

Des flammes et de la fumée s’élèvent d’un entrepôt de pétrole à Téhéran après une frappe israélienne. Abedin Taherkenareh/EPA
Les États-Unis, un acteur central du conflit
Les États-Unis pourraient-ils s’impliquer dans les combats ?

Cela ne peut être exclu. L’ambassadeur iranien auprès de l’ONU a directement accusé Washington de complicité dans les frappes israéliennes.

Cela est presque certainement vrai, compte tenu du partage étroit de renseignements qui existe entre les États-Unis et Israël. De plus, des républicains influents, comme le sénateur Lindsey Graham, ont exhorté Trump à ordonner aux forces américaines d’aider Israël à « terminer le travail ».

Trump serait probablement réticent à le faire, surtout compte tenu de ses critiques envers les « guerres sans fin » des administrations états-uniennes précédentes. Mais si l’Iran ou des forces pro-iraniennes devaient attaquer une base ou un site militaire américain dans la région, la pression sur Trump pour qu’il riposte s’intensifierait.

Un autre facteur est que Trump souhaite probablement que la guerre se termine le plus rapidement possible. Son administration sait que plus un conflit s’éternise, plus il devient probable que des éléments imprévus apparaissent.

La Russie pourrait-elle s’impliquer aux côtés de l’Iran ? À ce stade, c’est peu probable. La Russie n’est pas intervenue en Syrie à la fin de l’année dernière pour tenter de sauver le régime d’Assad en déliquescence. Par ailleurs, elle est déjà très occupée par la guerre en Ukraine.

Moscou a critiqué l’attaque israélienne au moment de son lancement, mais semble ne pas avoir pris de mesures pour aider l’Iran à se défendre.

Quant aux puissances régionales que sont l’Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis, elles n’ont aucun intérêt à plonger dans ce conflit, bien qu’elles disposent d’un important arsenal d’équipements militaires américains. Ces dernières années, les monarchies arabes du Golfe ont engagé un rapprochement avec l’Iran, après des décennies d’hostilité ouverte. Personne ne voudrait mettre ce réchauffement en danger.

Incertitudes majeures
Nous ne connaissons pas l’étendue de l’arsenal de missiles et de roquettes dont dispose Téhéran. Dans sa riposte initiale aux frappes israéliennes, l’Iran a réussi à submerger partiellement le système de défense aérienne Dôme de fer, causant des pertes civiles.

Si cela continue et que le nombre de victimes civiles augmente rapidement, les Israéliens, déjà mécontents de Nétanyahou à cause de la guerre à Gaza, pourraient commencer à se demander s’il a eu raison de déclencher un nouveau conflit.

Mais nous n’en sommes pas encore là. Bien qu’il soit trop tôt pour disposer de sondages d’opinion fiables, la majorité des Israéliens applaudissent presque certainement l’action de Nétanyahou pour affaiblir le programme nucléaire iranien. De plus, ce dernier a menacé de « brûler » Téhéran si l’Iran cible délibérément des civils israéliens.

Nous pouvons être certains que l’Iran ne réserve aucune surprise. Israël a sérieusement affaibli ses alliés, le Hezbollah et le Hamas. Ils sont clairement dans l’incapacité d’aider l’Iran par des attaques de diversion.

La grande question est de savoir ce qui se passera après la guerre. L’Iran retirera presque certainement sa signature du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) et interdira toute nouvelle inspection de ses installations par l’Agence internationale de l’énergie atomique.

Israël pourra probablement détruire les installations nucléaires iraniennes existantes, mais la question n’est pas de savoir si l’Iran les reconstituera, mais quand cela se produira.

La probabilité que l’Iran tente d’obtenir une bombe nucléaire pour dissuader de futures attaques israéliennes sera beaucoup plus élevée. Et la région restera dans une situation précaire.

Iran: Du commerce surtout avec la Chine

Iran: Du commerce surtout avec la Chine

Les sanctions américaines et européennes ont détourné l’Iran des pays occidentaux, notamment de la France, devenue un partenaire économique de second plan.

C’est pourquoi l’Iran est aujourd’hui tournée vers d’autres partenaires. Ses principaux fournisseurs sont ainsi la Chine, les Émirats arabes unis, la Turquie et la Russie. Ses importations sont dominées par les produits manufacturés (smartphones, automobiles, médicaments…). Ensuite viennent les produits agricoles et agroalimentaires, principalement des céréales comme du blé.

Dans ce contexte, la France, autrefois partenaire économique de premier plan de Téhéran, a vu ses relations commerciales avec l’Iran s’effondrer depuis vingt ans. Paris n’achète quasiment plus de pétrole à Téhéran (47 millions d’euros), faisant de l’Iran notre 124e fournisseur, selon le Trésor.

Conflit Iran Israël : les risques d’une guerre totale ?

Conflit Iran Israël : les risques d’une guerre totale ?

Dans la nuit du 13 juin 2025, Israël a lancé l’opération Rising Lion : plus de 200 avions ont frappé une centaine de sites en Iran, incluant des installations nucléaires (à Natanz, Fordow, Esfarayen), militaires (Kermanshah, Tabriz), mais aussi civiles, notamment à Téhéran. Cette agression constitue un recours à la force armée contraire au droit international, intervenant hors du cadre de la légitime défense (prévue par l’article 51 de la Charte des Nations unies) ou d’un mandat du Conseil de sécurité de l’ONU.

par Kevan Gafaïti
Enseignant à Sciences Po Paris en Middle East Studies, Président-fondateur de l’Institut des Relations Internationales et de Géopolitique, doctorant en science politique – relations internationales au Centre Thucydide, Sciences Po dans The Conversation

Coté iranien, le bilan humain est lourd : environ 80 morts sont à déplorer, dont six scientifiques nucléaires et une vingtaine de cadres militaires de très haut niveau. Parmi ceux-ci figurent Mohammad Baqeri, chef d’état-major des forces armées iraniennes (remplacé par Abdolrahim Mousavi, ancien commandant en chef de l’armée iranienne, l’Artesh) ; Hossein Salami, commandant en chef des Pasdaran (le Corps des Gardiens de la Révolution islamique, les forces d’élite de la République islamique), remplacé par Mohammad Pakpour, jusqu’ici commandant en chef des forces terrestres des Pasdaran ; Amirali Hajizadeh, commandant de la force aérospatiale des Pasdaran ; ou encore Ali Shamkhani, conseiller spécial du Guide suprême Ali Khamenei sur les questions nucléaires.

Chacun a donc pu constater la profonde vulnérabilité stratégique de l’Iran sur son territoire : Téhéran n’est parvenu ni à prévenir ni à intercepter une attaque massive visant des sites et cibles de première importance. Le Mossad (les services secrets israéliens), se targuerait même d’être parvenu à infiltrer en Iran des drones qui auraient été utilisés pour effectuer des frappes depuis l’intérieur du pays.

En tout état de cause, l’attaque israélienne a occasionné de lourds dommages à l’Iran. Pourquoi une telle attaque maintenant, et quelles en sont les conséquences prévisibles ?

Saboter le dialogue, provoquer la riposte : le pari risqué de Nétanyahou
La décision du premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou d’attaquer l’Iran ce 13 juin relève de raisons àla fois stratégiques et politiques.

Stratégiques d’abord : l’agression israélienne a eu pour but non seulement d’affaiblir les sphères décisionnaires iraniennes, mais aussi de freiner le programme nucléaire du pays. Israël ne saurait admettre que l’Iran puisse un jour obtenir l’arme nucléaire et voit toute normalisation du programme nucléaire iranien comme inadmissible (même à travers un accord bilatéral avec les États-Unis qui s’assurerait de la nature purement civile de ce programme).

Tout en voulant conserver le monopole de l’atome au Moyen-Orient, Tel-Aviv estime ainsi que le programme nucléaire iranien ne serait nullement civil mais bien militaire, l’État hébreu en étant, dans sa lecture, la cible première. À cet égard, il est avéré par l’Agence internationale pour l’énergie atomique que Téhéran accroît continuellement ses activités nucléaires et effectivement à un taux bien supérieur au seuil requis pour un usage strictement civil.

En cherchant à décapiter la chaîne iranienne de commandement scientifique et militaire, Israël s’inscrit dans une double tradition : d’une part, celle consistant à frapper des infrastructures nucléaires de pays de la région dont Tel-Aviv refuse absolument qu’ils puissent disposer un jour de l’arme suprême (d’où les destructions d’Osirak en Irak en 1981 et d’Al-Kibar en Syrie en 2007) ; d’autre part, celle visant à affaiblir l’Iran, perçu comme un adversaire stratégique actuellement acculé du fait des nombreux revers enregistrés dernièrement par ses alliés régionaux de l’Axe de la résistance avec la fuite de Bachar Al-Assad pour Moscou fin 2024 et les coups sévères portés au Hezbollah au Liban.

La décision de Nétanyahou répond également à des raisons politiques. Le calcul consistait à forcer l’Iran à répliquer massivement – faute de quoi, le régime de Téhéran serait apparu faible et peu réactif. Bien que cela puisse sembler contre-intuitif, le premier ministre israélien a, en réalité, tout intérêt à ce que l’Iran lance une contre-attaque majeure : dans ce scénario, qui n’est pas encore pleinement d’actualité, la réaction iranienne du 13 juin n’ayant pas causé de dégâts significatifs en Israël, les États-Unis seraient contraints d’interrompre les négociations qu’ils ont lancées avec Téhéran à propos de son programme nucléaire et les partenaires occidentaux n’auraient d’autre choix que de se ranger aux côtés d’Israël, comme ils l’ont d’ailleurs fait le 13 après les tirs de missiles iraniens.

L’autre aspect politique qui a pu présider à la décision de lancer l’attaque, est qu’elle permet (temporairement) à Nétanyahou de détourner l’attention à la fois de la crise politique que connaît Israël, où l’opposition a récemment tenté de faire tomber le gouvernement ; de la dramatique situation à Gaza qui lui a notamment valu de faire l’objet d’un mandat d’arrêt émis par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre ; et de l’enlisement de son armée dans sa confrontation avec le Hamas.

L’Iran a été secoué par l’attaque israélienne du 13 juin, qui a entraîné, globalement, un «effet de ralliement autour du drapeau» de la population autour de la défense nationale (symboliquement, un drapeau rouge représentant la vengeance à venir a été hissé à la mosquée de la ville sainte chiite de Qom). Quelques rares Iraniens se sont réjouis de l’attaque israélienne, à l’image de l’activiste Masih Alinejad ou encore de Reza Pahlavi, fils du dernier shah d’Iran, sans que de massifs échos jaillissent au sein de la population en Iran.

Téhéran a aussitôt réagi à l’attaque israélienne en lançant une centaine de drones et missiles balistiques sur Tel-Aviv – sans, semble-t-il, causer de dégâts majeurs.

Ici, l’Iran fait preuve de mesure et d’une très grande méticulosité dans sa réaction. Attribuer la faiblesse de la réponse apportée à ce stade à la désorganisation de l’Iran minimiserait le degré de préparation des protagonistes à toute crise, ainsi que la réalité de leurs arsenaux. Il apparaît plutôt que Téhéran comprend qu’il est poussé à la faute par Tel-Aviv, une riposte massive ne pouvant lui être profitable à moyen terme dans le contexte actuel, alors que les négociations avec Washington sur son programme nucléaire semblent avancer sur le fond.

Au risque de paraître relâché et peu réactif, Téhéran devrait vraisemblablement se cantonner à une réponse substantielle mais de faible ampleur, la négociation bilatérale avec les États-Unis lui étant évidemment plus profitable qu’une guerre ouverte avec Israël.

L’inconfortable position américaine, entre réprobation muette d’Israël et solidarité forcée avec Tel-Aviv
Les États-Unis sont et resteront assurément le plus grand allié d’Israël, ne l’ayant jamais désapprouvé explicitement jusqu’à ce jour. Cependant, quelques signaux faibles laissent entrevoir un réel inconfort au sein de l’administration Trump quant à l’attaque israélienne contre l’Iran.

Le degré d’implication de Washington semble assez bas et flou, le président n’hésitant pas à affirmer « avoir tout su » à l’avance de l’attaque, sans pour autant revendiquer une quelconque aide directe apportée à Israël.

Au surplus, Marco Rubio, le secrétaire d’État, a explicitement déclaré juste après l’attaque non seulement que les États-Unis ne sont pas impliqués (alors qu’une posture silencieuse sur ce point aurait été suffisante en soi), mais aussi que Washington se tient prêt à défendre toutes les forces américaines stationnées dans la région : aucune mention n’est faite du soutien habituellement indéfectible des États-Unis à la sécurité d’Israël.

Washington ne veut pas remettre explicitement en cause son partenariat avec Tel-Aviv ; pour autant, Trump est particulièrement attaché à la conclusion d’un accord avec Téhéran pour encadrer le programme nucléaire de celui-ci. Le président des États-Unis se retrouve donc dans une situation nouvelle pour lui : il s’est placé de facto en médiateur entre Israël et l’Iran, incitant Téhéran à conclure au plus vite un accord par lequel le pays pourrait poursuivre un programme nucléaire civil mais se retrouverait dans l’impossibilité d’obtenir l’arme nucléaire, et déclarant dans le même temps que Tel-Aviv ne devrait plus attaquer l’Iran, tant un accord serait « proche ». En réponse, le ministre iranien des affaires étrangères, Abbas Araghchi, a estimé que, à ce stade, il serait « injustifié de reprendre les discussions » avec les États-Unis, rendant incertaine la poursuite du cycle de négociations entre Iraniens et Américains à Oman, ce dimanche 15 juin 2025.

Nétanyahou a joué une de ses dernières cartes pour empêcher tout accord nucléaire entre l’Iran et les États-Unis ; le temps montrera si sa stratégie belliciste se sera révélée justifiée ou non.

Conflit Israël-Iran : Quelles perspectives ?

Conflit Israël-Iran : Quelles perspectives ?

Alors que l’ombre d’un conflit total plane, Israël et l’Iran poursuivent un dangereux jeu d’équilibre. Entre frappes ciblées, escalade verbale et diplomatie de l’ombre, les deux puissances semblent éviter de franchir le seuil de l’irréparable. La perspective d’un embrasement régional inquiète, mais la logique stratégique, les limites opérationnelles et les pressions internationales tempèrent les ardeurs guerrières. Par Sébastien Boussois, docteur en sciences politiques (*) dans La Tribune

Alors que les tensions entre Israël et l’Iran ont atteint de nouveaux sommets ces dernières semaines, nombreux sont ceux qui redoutent une bascule vers une confrontation militaire directe intense et incontrôlable. Le concept de guerre est évolutif et le retour à la négociation peut survenir aussi rapidement. Les derniers échanges entre Tel-Aviv et Téhéran sont probablement du jamais vu, mais chaque pays, s’il sait ce qu’il pourrait faiblement gagner, sait surtout ce qu’il peut perdre. Tel-Aviv est déjà parvenu à reculer de 4 ans l’aboutissement du programme nucléaire militaire iranien. Et chacun craint vraiment le pire, les Israéliens comme les Iraniens. Les morts se multiplient depuis plusieurs jours, mais va-t-on pour autant basculer dans un conflit sans fin ? Pas sûr.

La tendance générale est de croire à un risque majeur d’embrasement. Pourtant, depuis des années, chaque acteur du Moyen-Orient se positionne ou se repositionne et aucun conflit d’envergure entre deux d’entre eux n’a eu lieu. L’Iran et l’Arabie Saoudite se sont même « réconciliés », c’est dire et récemment Mohamed Ben Salmane a même condamné l’attaque d’un « pays frère » par l’État hébreu. La loi historique devrait nous faire nous ranger derrière un apaisement dans les jours à venir. Malgré l’escalade verbale, les frappes militaires ciblées, l’assassinat de pontes du régime et les mises en garde des deux côtés, une guerre totale entre l’État hébreu et la République islamique reste peu probable. Trois facteurs peuvent à ce stade l’expliquer : le pragmatisme stratégique des deux camps, les limites opérationnelles d’un conflit régional ouvert, et l’influence des puissances tierces.

Le conflit entre Israël et l’Iran ne date pas d’hier. Depuis la révolution islamique de 1979, la rhétorique iranienne antisioniste et la perception par Israël d’une menace existentielle ont nourri un climat de confrontation permanente. Natanyahou en a fait son cheval de bataille depuis des années. Pourtant, malgré des épisodes de forte tension — frappes israéliennes sur des positions iraniennes en Syrie, attaques cybernétiques, sabotages nucléaires présumés — aucun des deux États n’a franchi le seuil d’un affrontement direct à grande échelle.

Ce n’est pas par hasard. Chaque action est calibrée, chaque provocation mesurée. Les dirigeants israéliens comme iraniens savent que l’ouverture d’un véritable front bilatéral impliquerait des pertes majeures, un isolement diplomatique accru, et une instabilité régionale incontrôlable. L’équilibre de la terreur reste, en quelque sorte, le mode opératoire de cette rivalité stratégique.

Un Iran affaibli sans le Hamas et le Hezbollah
Malgré sa supériorité technologique et sa capacité de frappe rapide, Israël savait il y a encore quelques mois que l’Iran disposait d’un réseau d’alliés armés dans la région — du Hezbollah au Yémen en passant par Gaza — qui pouvaient riposter de manière asymétrique. Aujourd’hui, la donne a changé avec l’élimination provisoire de ses « proxis ». Une guerre ouverte exposerait le territoire israélien à des frappes multiples et ferait basculer l’ensemble du Moyen-Orient dans un engrenage incontrôlable. Tout à ce stade est mesuré, les représailles iraniennes également sur Tel-Aviv ces dernières heures.

Du côté iranien, malgré sa puissance régionale, le régime est affaibli par une situation économique fragile, des troubles sociaux latents et une légitimité intérieure de plus en plus contestée. Une guerre contre Israël, appuyée militairement par les États-Unis, pourrait menacer la survie du régime lui-même. Le régime actuel de Téhéran a tout à perdre. Dans ce contexte, les deux puissances préfèrent agir dans l’ombre, par procuration, en évitant soigneusement de franchir le point de non-retour.

Le rôle de la dissuasion américaine et du calcul global
Les États-Unis, bien que souvent perçus comme alignés sur Israël, jouent un rôle clé dans la prévention d’une guerre totale. Certes, Donald Trump n’a pas été très efficace dans ses négociations depuis son retour à la Maison-Blanche. Pas plus sur le dossier iranien après 60 jours. Le 13 juin dernier, c’était le 61e jour. Averti par Netanyahou des frappes à venir, il s’est finalement rangé derrière le Premier ministre israélien, renforçant un peu plus encore sa position de chef de guerre, soutenu par l’union sacrée en Israël malgré les critiques violentes à son égard.

Après l’annonce de la publication prochaine d’un nouveau rapport de l’AIEA critique de l’Iran, annonçant que Téhéran était sur le point d’atteindre le fameux seuil d’enrichissement du nucléaire, pouvant lui permettre d’accéder au nucléaire militaire, Israël avait les mains libres pour frapper les cibles nucléaires. Dans les jours à venir, le dialogue va se poursuivre. D’ailleurs les discussions prévues dimanche 15 juin entre les États-Unis et l’Iran étaient à ce jour toujours maintenues. Washington a tout intérêt à éviter une déflagration régionale qui compromettrait ses positions dans le Golfe, ferait flamber les prix du pétrole et ouvrirait la voie à une intervention chinoise ou russe plus visible au Moyen-Orient.

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(*) Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe et géopolitique, enseignant en relations internationales à l’IHECS (Bruxelles), associé au Cnam Paris (équipe Sécurité Défense), à l’Institut d’études de géopolitique appliquée (IÉGA Paris), au Nordic Center for Conflict Transformation (NCCT Stockholm) et à l’Observatoire géostratégique de Genève (Suisse).

Iran: Les chefs du renseignement éliminés

Iran: Les chefs du renseignement éliminés

L’Iran annonce la mort du chef des chefs du renseignement des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique d’Iran, Mohammad Kazemi, a été tué dimanche avec deux autres officiers par une frappe israélienne, selon l’agence de presse officielle Irna.

Guerre Iran : Poutine comme médiateur !

Guerre Iran : Poutine comme médiateur !

À juste titre pour une fois, Macron raison de dénoncer l’hypothèse d’un recours de Poutine comme « médiateur » dans le conflit qui oppose Israël à l’Iran. Notons que l’Iran fournit nombre d’armes dont des drones à la Russie dans la guerre de Poutine contre l’Ukraine. Emmanuel Macron a exprimé dimanche son désaccord avec la possibilité, évoquée un peu plus tôt par son homologue américain, Donald Trump, que le président russe Vladimir Poutine puisse jouer un rôle de médiateur dans le conflit entre Israël et l’Iran. «Je ne crois pas que la Russie, qui aujourd’hui est engagée dans un conflit de haute intensité et a décidé de ne pas respecter la charte des Nations unies, depuis maintenant plusieurs années, puisse être en quoi que ce soit un médiateur», a dit le président français à l’occasion de sa visite au Groenland.

Iran : Le pouvoir obsédé par le nucléaire (Michel Santi)

Iran : Le pouvoir obsédé par le nucléaire (Michel Santi)

L’économie iranienne vacille sous le poids des sanctions et de la chute du pétrole. Téhéran tente de sauver ses finances en privatisant, en supprimant des aides sociales et en espérant un accord nucléaire. Mais la voie de la relance reste minée par la corruption, l’opacité des élites et la polarisation politique. Par Michel Santi, économiste (*) dans La tribune

Les revenus pétroliers représentent 40 à 50 % des recettes budgétaires de l’Iran et 80 à 90 % de ses recettes à l’exportation. La menace existentielle pèse – à nouveau – sur le pays, car l’activisme du Président américain sur le front des « tariffs » a fait chuter les cours du baril d’environ 20 % cette année, et jusque-là. La pression exercée sur l’exécutif iranien – et ressentie par lui – devient donc intense. D’autant plus que l’Iran est contraint de casser ses prix vis-à-vis des acheteurs étatiques et privés de pétrole qui prennent le risque de s’y approvisionner en dépit des sanctions.

Comme d’habitude, la boîte à outils des responsables consistera, dans un premier et primaire réflexe, à poursuivre la privatisation de ses entreprises et en transférer la propriété à des acteurs semi-privés : Gardiens de la Révolution et fondations religieuses et privées. Rien à espérer, en d’autres termes, pour dynamiser l’économie iranienne, car les expériences calamiteuses des précédentes vagues de privatisation ont démontré les défaillances de ces groupes semi-privés (ou semi-publics) dans la gestion d’entités stratégiques, pétrochimiques, de raffineries, de centrales électriques.

L’Iran n’est donc pas prêt à bénéficier du développement d’un secteur privé solide et digne de ce nom, dans un environnement de corruption intense et généralisée. C’est même tout le contraire, puisque les entreprises vraiment détenues par les privés se retrouvent marginalisées, et ne comptent que pour 10 à 13 % de l’activité globale du pays ! Celles qui parviennent à se maintenir sont, en outre, fortement entravées par les incessantes nouvelles régulations et nouvelles lois adoptées, soit du fait de la gouvernance quasi nulle du législateur, soit volontairement sous la pression du secteur semi-public, qui y voit là une manière détournée de saper et de fragiliser ses concurrents du privé.

Dans l’immédiat, pour tenter de faire face à l’érosion certaine de ses revenus pétroliers, le gouvernement iranien a annoncé l’arrêt, avec effet immédiat, des subsides accordés à 17 millions de ses citoyens. Cette décision, qui achèvera de rendre décidément impopulaire (mais une fois de plus ?) une nouvelle administration (du président Pezeshkian), lui permettra de réduire de 25 % ses dons en faveur des foyers iraniens.

La seule bouée de sauvetage, et unique raison d’espérer, serait un accord sur le nucléaire avec les États-Unis. À cet égard, les marchés, dans leur infinie prescience, ne s’y sont pas trompés, puisque la monnaie iranienne – le rial – a bondi de son plus bas historique à plus de 1 million par rapport au dollar US enregistré début avril, à 850 000 il y a quelques jours. Quelques heures et séances de pourparlers avec les États-Unis ont permis une appréciation de 20 % du rial : ce que n’avait pu obtenir la banque centrale du pays malgré l’injection de centaines de millions dans le cadre de ses interventions pour enrayer la dégringolade de sa monnaie.

Une désescalade graduelle serait assurément le scénario idéal – et pour l’économie et pour la population de l’Iran – qui autoriserait son retour sur les marchés internationaux, et qui soulagerait immédiatement la pression par la libération de ses substantiels avoirs bloqués. L’équipe Pezeshkian semble faire preuve de bonne volonté et d’esprit d’ouverture dans ses pourparlers avec les représentants américains. Le chef négociateur iranien, Araghchi, s’est même fendu d’un tweet méprisant à l’encontre de Biden et à la gloire de Trump, présenté comme un responsable sage.

Et pourtant, les attentes légitimes du peuple iranien risquent d’être une fois de plus déçues, car une bataille se joue en arrière-plan – comme d’habitude en Iran – entre partisans de la ligne dure et rénovateurs. Les jusqu’au-boutistes eux-mêmes comptent une fraction – certes peu nombreuse, mais très active et bruyante – qui s’oppose à tout accord avec les É.-U. et qui souhaite venger le chef de la Force Qods, Qassem Soleimani, assassiné en 2020, ainsi que tous les autres par la suite.

Le nucléaire, enfin – et peut-être avant tout ? – est bien plus qu’une arme pour le guide suprême, Ali Khamenei. Il reste sa dernière carte pour affirmer ce pouvoir qu’il détient depuis 1979. Un compromis serait équivalent à une trahison de l’héritage et des volontés de Khomeiny. Sans le nucléaire, l’Iran deviendrait un « pays normal », et perdrait son exceptionnalisme et le sens de sa destinée conférés par sa croyance chiite.

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(*) Michel Santi est macro-économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales, écrivain. Il publie aux Editions Favre « Une jeunesse levantine », Préface de Gilles Kepel. Son fil Twitter.

Politique-Iran: Un accord bidon sur le nucléaire ?

Politique-Iran: Un accord bidon sur le nucléaire ?

L’Iran semble chercher à prolonger son programme d’enrichissement d’uranium sous des conditions surveillées. Cependant, les précédents accords ont montré que ces discussions ne peuvent pas se limiter à la seule question nucléaire. Par Hamid Enayat, politologue, spécialiste de l’Iran, collabore avec l’opposition démocratique iranienne (CNRI) dans la Tribune
Hamid Enayat

Selon une déclaration du ministre des Affaires étrangères d’Oman, un accord aurait été conclu pour permettre à la République islamique de poursuivre l’enrichissement de l’uranium jusqu’à 3,67%. Par ailleurs, selon le New York Times, l’Iran aurait proposé que les États-Unis et certains autres pays supervisent les activités d’enrichissement dans ses installations nucléaires.

Mais la vraie question est la suivante : si un tel accord est conclu et que l’Iran accepte réellement une surveillance stricte et permanente, peut-on alors parler de négociation réussie ?

L’enrichissement à des fins « pacifiques » est difficile à croire, surtout lorsqu’on sait que des milliards de dollars ont été dépensés aux dépens d’un peuple plongé dans la pauvreté. Aucun pays ne supporte une charge financière aussi lourde pour un programme purement civil.

Dans l’accord nucléaire de 2015, il était convenu que la République islamique ne dépasserait pas un taux d’enrichissement de 3,67 %. En réalité, le régime a violé cet engagement et augmenté le niveau d’enrichissement jusqu’à 60 %, transformant ce progrès en un levier de chantage à l’encontre de la communauté internationale.

De plus, 150 milliards de dollars d’avoir iraniens gelés ont été libérés ; mais au lieu d’améliorer les conditions de vie du peuple, la pauvreté s’est aggravée. En 2017, une révolte populaire a éclaté, motivée par la misère et l’indignation économique.

Pendant ce temps, les ressources débloquées ont été utilisées pour renforcer les forces supplétives du régime à travers la région. Le Moyen-Orient est devenu un champ d’intervention pour ces groupes, théâtre de conflits sanglants dans lesquels l’Iran a joué un rôle central.
L’un des résultats les plus amers de cette politique fut la guerre de Gaza, qui a fait des dizaines de milliers de morts et de blessés, et a déstabilisé toute une région.

L’entrée du régime iranien dans le processus de négociation est un signe de faiblesse absolue, et non le fruit d’un changement réel ou d’une évolution dans la nature de son pouvoir.

La République islamique redoute profondément toute confrontation militaire avec les États-Unis — en particulier une attaque contre ses installations nucléaires. Selon des sources proches des cercles politiques de Téhéran, lors d’une réunion entre les commandants des Gardiens de la révolution et des hauts responsables du régime, il aurait été conseillé au guide suprême du régime Ali Khamenei qu’un conflit militaire pourrait entraîner l’effondrement total du régime et ouvrir la voie à un soulèvement généralisé.

N’oublions pas qu’aux dernières élections présidentielles, seuls environ 8 % des électeurs ont participé, dans un climat de peur et de désespoir. Dans un tel contexte — avec une inflation galopante, 80 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté, et de nombreuses autres crises structurelles — un soulèvement populaire pourrait facilement renverser le régime.

D’autant plus que des milliers d’unités de résistance organisées, promouvant les objectifs du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) pour un futur Iran démocratique, sont actives à travers le pays, prêtes à transformer la moindre étincelle en une insurrection à grande échelle.

Il est donc parfaitement prévisible que le régime iranien, pour éviter une chute inévitable, reculera temporairement sur l’enrichissement de l’uranium et la fabrication de la bombe atomique.

Mais, tout comme en 2015, il maintient en place l’ensemble de son infrastructure nucléaire, dans l’attente d’un éventuel changement à la Maison-Blanche ou d’autres évolutions internationales qui rendraient la situation plus favorable, afin de pouvoir reprendre la course à la bombe dès que possible.

Tirons les leçons de l’histoire
En 2015, tout comme aujourd’hui, la République islamique insistait pour que les négociations se limitent exclusivement à la question nucléaire. Les puissances occidentales ont accepté ce cadre, ce qui a conduit à un accord qui, en apparence, restreignait le programme nucléaire iranien, mais qui, en réalité, a permis au régime de Téhéran de renforcer ses projets déstabilisateurs dans la région grâce aux ressources financières débloquées.

Le « fruit amer » de cet accord n’a été rien d’autre qu’une multiplication des guerres par procuration — notamment la guerre de Gaza, qui a fait des milliers de victimes.
C’est précisément ce que souhaite le régime iranien : cantonner les négociations à la seule dimension nucléaire afin que les autres aspects menaçants de son système — tels que l’exportation du terrorisme et la prolifération de milices — restent dans l’ombre.

L’erreur fatale des négociateurs de 2015 fut de croire que l’arme nucléaire représentait la seule menace, alors que l’expansionnisme régional, les groupes armés supplétifs et les interventions militaires de l’Iran se sont révélés, à bien des égards, encore plus meurtriers et déstabilisants que l’arme atomique elle-même.

L’expérience de la guerre de Gaza, la prise en otage de la souveraineté libanaise, la destruction de ce pays, ainsi que l’insécurité croissante dans les voies maritimes internationales, ne suffisent-elles pas à alerter le monde sur la véritable ampleur de cette menace ?

La République islamique, issue de dogmes religieux hérités du Moyen Âge, constitue un phénomène anachronique et déviant, imposé au XXIe siècle et au monde moderne à la faveur d’un événement historique. Ce régime ne peut survivre sans entretenir la guerre au-delà de ses frontières et sans réprimer violemment à l’intérieur.
C’est pourquoi, depuis plus de trente ans, il a élaboré et appliqué une stratégie belliciste, communément désignée sous le nom de « stratégie de dissuasion », fondée sur trois piliers principaux :

Le programme nucléaire
La création et le soutien de forces supplétives (milices)
Le développement de missiles balistiques

Ces trois éléments fonctionnent comme un système intégré, nourri d’une idéologie de haine, véhiculée à travers des slogans comme « Mort à l’Amérique » et « Mort à Israël », et destiné à entretenir en permanence la guerre et le conflit.

Par l’intermédiaire de ses forces par procuration, le régime a élargi sa présence régionale et, en semant crises et effusions de sang au Moyen-Orient, il a détourné l’attention du monde de la répression implacable qu’il exerce à l’intérieur de ses frontières.

Par conséquent, toute négociation sérieuse en faveur de la paix dans la région doit s’attaquer à l’ensemble du système idéologique et opérationnel du régime. Le démantèlement total, vérifiable et irréversible de son influence régionale, doit être garanti avec fermeté.

Ce n’est qu’à cette condition que les intérêts du peuple iranien, la sécurité régionale et une paix durable pourront être assurés.

Dans le cas contraire, dans quelques années, dans un autre coin du Moyen-Orient, nous serons à nouveau les témoins de guerres sanglantes — et ce sera une autre nation qui en paiera le prix.

Hamid Enayat

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