Archive pour le Tag 'Iran'

En Iran, l’immense cri des femmes pour la liberté

En Iran, l’immense cri des femmes pour la liberté

 

Stigmatisées depuis 1979, les Iraniennes montrent qu’elles sont les forces vives du pays dans les manifestations suite à la mort de Mahsa Amini, écrit dans le Monde la romancière et éditrice franco-iranienne Sorour Kasmaï.

L’immense cri des femmes pour la liberté est aussi alimenté par une situation économique catastrophique avec des conséquences dramatiques sur les conditions sociales NDLR

En Iran, la violence exercée à l’égard des femmes porte des noms et des visages différents : le voile, l’honneur, la sécurité de l’Etat, le non-respect de la religion, etc. Institutionnalisée par le régime islamique, elle est aujourd’hui systématique et met en danger la vie de toutes les femmes.

En février 1979, avant même l’instauration de la République islamique d’Iran, l’ayatollah Khomeini considérait déjà la liberté de la femme comme le principal obstacle à son projet politique. Les premières mesures à cet égard rendaient obligatoires le voile islamique sur le lieu de travail et le foulard dans les lieux publics. Du jour au lendemain, la femme a perdu tous les droits que lui octroyait la loi de protection de la famille, notamment la garde des enfants en cas de divorce, et même celui de voyager sans l’accord de son mari. Ce dernier, en revanche, allait être autorisé à épouser jusqu’à quatre femmes à la fois. Un beau matin, les murs de la ville furent repeints pour afficher de nouveaux slogans prônant « le voile, comme rempart de la République islamique ».

Le 8 mars 1979, la première manifestation contre ces nouvelles lois rassembla à Téhéran, selon les journaux de l’époque, « quelques centaines de salopes », scandant « ni foulard ni coups de poing ». Enseignantes, chercheuses, cinéastes, étudiantes, actrices, avocates, institutrices ou encore femmes au foyer, elles protestaient contre le voile, qui symbolisait à leurs yeux une ségrégation complexe et sournoise. Se cacher les cheveux signifiait non seulement l’asservissement de leur corps mais aussi de tout leur être. La nouvelle loi cherchait à réprimer leur identité en les uniformisant par un voile – et plus tard un manteau – réglementaire de couleur sombre. Elle visait à les transformer en l’ombre d’elles-mêmes. Elle aspirait à les priver de leur statut social, en les reléguant aux confins de la vie publique. Elle institutionnalisait la soumission de leur esprit en les privant de leurs libertés les plus élémentaires de citoyennes et d’êtres humains. C’était contre ce danger que mettaient en garde les « salopes » de 1979.

Pendant toutes ces années, d’abominables crimes ont été perpétrés contre la femme. Du vitriolage pour un refus de mariage à la décapitation pour un soupçon de flirt, de la lapidation de la femme mariée pour délit d’adultère au dépucelage des condamnées à mort dans les prisons, la femme a été sacrifiée sur l’autel de l’honneur des hommes, de la famille, de la société, de l’Etat.

Iran : colère contre la dictature et la situation économique

Iran :  colère contre la dictature et la situation économique

 

 

Afin de mieux comprendre la portée de cette nouvelle explosion de colère, franceinfo a interrogé l’historien Jonathan Piron, spécialiste de l’Iran et chercheur associé au Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (Grips).

 De grandes manifestations ont déjà secoué l’Iran fin 2017 et plus récemment en 2020, avec des motifs principalement économiques. La mort de Mahsa Amini ( Provoquée par la police parce que l’intéressé portait mal le voile !) peut-elle pousser davantage les Iraniens dans les rues ?

Jonathan Piron : Les événements étant en cours, il est encore très difficile de savoir si cela va s’apparenter à un véritable soulèvement dans l’ensemble du pays. Mais il y a du neuf par rapport aux précédents mouvements protestataires. Cette mobilisation semble vraiment toucher différentes catégories de la population, dans une expression de rage et de colère qui n’est pas seulement dirigée contre une politique qui est mise en place par le régime iranien, par exemple la hausse des prix des carburants…

Ici, c’est vraiment l’expression d’un manque, d’une vraie colère contre les symboles même du régime de la République islamique, que sont notamment la question du port du voile et les instruments de répression et de contrôle. Ces derniers existent évidemment depuis les origines de la République islamique, mais ils ont été vraiment réactivés depuis l’accession au pouvoir du président Ebrahim Raïssi, en août 2021.

Quels milieux manifestent d’habitude en Iran ? Retrouve-t-on les mêmes profils que lors des derniers mouvements populaires ?

Tout dépend des logiques protestataires. En 2020, à Téhéran, c’étaient tous ceux qui dépendaient de l’économie informelle, sans protection face à la montée des prix de l’essence. En 2021, dans le sud du pays, c’étaient surtout les agriculteurs qui se mobilisaient pour réclamer un meilleur partage de l’eau. Souvent, le régime essaye de mettre un couvercle sur les protestations, en aidant certains groupes et pas d’autres. Cette fois-ci, ce n’est pas le cas.

Les Iraniens sont épuisés par des années de sanctions, par la pandémie, et par la crise économique qui s’aggrave depuis le retrait américain [de l'accord sur le nucléaire iranien en 2018] et les nouvelles sanctions. La classe moyenne se rapproche de la classe précaire, et ça va être difficile pour le régime de les opposer l’une à l’autre.

La colère populaire est très visible sur les réseaux sociaux en Iran, malgré la censure. Comment cela fonctionne-t-il ?

A part Instagram, qui reste menacé, la plupart des réseaux sociaux comme Facebook, YouTube, Twitter sont interdits en Iran. Ce qui relève d’une grande hypocrisie quand on sait que les grands responsables du régime, dont l’ayatollah Ali Khamenei, communiquent régulièrement sur Twitter. Mais la population y a tout de même accès en utilisant des moyens de contournement, comme des VPN [un logiciel qui permet de naviguer sur internet de manière anonyme]. Le partage d’information se fait principalement sur WhatsApp et Telegram, où les vidéos des manifestations se propagent pour l’instant.

Pour moi, ces images ont une certaine force parce qu’elles ont un impact dans les mentalités. Elles montrent justement des personnes se rassembler, brûler leur voile en public, se couper les cheveux… Ça entraîne la mise en place d’un nouveau répertoire de contestation, ça montre qu’on peut le faire. Il y a une espèce de chape de plomb qui se brise avec la transmission de ces images.

Quel schéma le régime pourrait-il suivre face à cette contestation populaire ?

Pour le moment, il y a une forme d’attentisme, même si la répression a déjà été très violente par endroits. Ce sont d’abord les villes, les centres urbains et les campus universitaires qui sont en train de bouger. Surtout dans le Kurdistan, qui est la région d’origine de Mahsa Amini.

« Habituellement, le régime coupe internet afin d’étouffer la mobilisation. Cela peut durer un ou plusieurs jours, le temps que le pouvoir agisse sans que les images des violences ne circulent et ne nourrissent la colère de la population. »

 

Il s’agit vraiment de tirer le rideau sur la manière dont le régime va réprimer les Iraniens et finalement éteindre toute velléité de protestation.

Répression Iran : Déjà au moins 35 morts

Répression Iran : Déjà au moins 35 morts

D’après un papier des Échos, la répression des manifestations en Iran aurait déjà fait au moins 35 morts. A moins 35 personnes ont été tuées dans des manifestations déclenchées par la mort d’une jeune femme kurde arrêtée par la police des moeurs pour avoir porté le voile de manière « inappropriée ». Ce bilan a été annoncé ce samedi par Borna News, l’agence de presse liée au ministère iranien des Sports. La veille, la même source faisait état de 17 morts, les autorités démentant toute implication dans ces violences.

Le bilan réel risque d’être bien plus lourd. L’ONG d’opposition Iran Human Rights (IHR), installée à Oslo, a fait état vendredi d’au moins 50 morts provoqués par la répression menée par les forces de sécurité. Samedi, les autorités ont par ailleurs annoncé l’arrestation de 739 personnes accusées d’avoir participé à des manifestations, dont 60 femmes, dans la province de Guilan, dans le nord du pays.

Mahsa Amini, âgée 22 ans, a été arrêtée le 13 septembre à Téhéran pour « port de vêtements inappropriés » par la police chargée de faire respecter le strict code vestimentaire de la République islamique. La jeune femme est décédée trois jours plus tard à l’hôpital, et sa mort a déclenché des manifestations nocturnes dans les principales villes d’Iran, notamment la capitale Téhéran. En Iran, les femmes doivent se couvrir les cheveux et n’ont pas le droit de porter des manteaux courts ou serrés ou des jeans troués.

Les manifestations nocturnes ont donné lieu à des affrontements avec les forces de l’ordre, les protestataires incendiant des véhicules de police et scandé des slogans hostiles au pouvoir, selon des médias et des militants. Dans la nuit de vendredi, des vidéos en ligne ont montré des scènes de violence à Téhéran et dans d’autres grandes villes parmi lesquelles Tabriz.

Certaines images montrent les forces de sécurité en train de tirer sur des manifestants non armés à Piranshahr, Mahabad et Urmia. Une de ces vidéos, partagée par IHR sur les réseaux sociaux, montre notamment un homme en uniforme militaire en train de tirer avec un fusil d’assaut AK-47 en direction de manifestants sur le boulevard Ferdowsi à Téhéran.

Amnesty International, qui a appelé vendredi soir à « une action mondiale urgente pour mettre fin à la répression », a indiqué avoir réuni des preuves dans 20 villes à travers l’Iran mettant en évidence « un schéma… des forces de sécurité iraniennes tirant délibérément et illégalement à balles réelles sur des manifestants ». L’ONG a mis en garde contre « le risque de nouvelles effusions de sang dans le cadre d’une panne d’Internet délibérément imposée ».

 

Iran : La colère contre la dictature

 Iran : La colère contre la dictature

 

 

Afin de mieux comprendre la portée de cette nouvelle explosion de colère, franceinfo a interrogé l’historien Jonathan Piron, spécialiste de l’Iran et chercheur associé au Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (Grips).

 De grandes manifestations ont déjà secoué l’Iran fin 2017 et plus récemment en 2020, avec des motifs principalement économiques. La mort de Mahsa Amini ( Provoquée par la police parce que l’intéressé portait mal le voile !) peut-elle pousser davantage les Iraniens dans les rues ?

Jonathan Piron : Les événements étant en cours, il est encore très difficile de savoir si cela va s’apparenter à un véritable soulèvement dans l’ensemble du pays. Mais il y a du neuf par rapport aux précédents mouvements protestataires. Cette mobilisation semble vraiment toucher différentes catégories de la population, dans une expression de rage et de colère qui n’est pas seulement dirigée contre une politique qui est mise en place par le régime iranien, par exemple la hausse des prix des carburants…

Ici, c’est vraiment l’expression d’un manque, d’une vraie colère contre les symboles même du régime de la République islamique, que sont notamment la question du port du voile et les instruments de répression et de contrôle. Ces derniers existent évidemment depuis les origines de la République islamique, mais ils ont été vraiment réactivés depuis l’accession au pouvoir du président Ebrahim Raïssi, en août 2021.

Quels milieux manifestent d’habitude en Iran ? Retrouve-t-on les mêmes profils que lors des derniers mouvements populaires ?

Tout dépend des logiques protestataires. En 2020, à Téhéran, c’étaient tous ceux qui dépendaient de l’économie informelle, sans protection face à la montée des prix de l’essence. En 2021, dans le sud du pays, c’étaient surtout les agriculteurs qui se mobilisaient pour réclamer un meilleur partage de l’eau. Souvent, le régime essaye de mettre un couvercle sur les protestations, en aidant certains groupes et pas d’autres. Cette fois-ci, ce n’est pas le cas.

Les Iraniens sont épuisés par des années de sanctions, par la pandémie, et par la crise économique qui s’aggrave depuis le retrait américain [de l'accord sur le nucléaire iranien en 2018] et les nouvelles sanctions. La classe moyenne se rapproche de la classe précaire, et ça va être difficile pour le régime de les opposer l’une à l’autre.

La colère populaire est très visible sur les réseaux sociaux en Iran, malgré la censure. Comment cela fonctionne-t-il ?

A part Instagram, qui reste menacé, la plupart des réseaux sociaux comme Facebook, YouTube, Twitter sont interdits en Iran. Ce qui relève d’une grande hypocrisie quand on sait que les grands responsables du régime, dont l’ayatollah Ali Khamenei, communiquent régulièrement sur Twitter. Mais la population y a tout de même accès en utilisant des moyens de contournement, comme des VPN [un logiciel qui permet de naviguer sur internet de manière anonyme]. Le partage d’information se fait principalement sur WhatsApp et Telegram, où les vidéos des manifestations se propagent pour l’instant.

Pour moi, ces images ont une certaine force parce qu’elles ont un impact dans les mentalités. Elles montrent justement des personnes se rassembler, brûler leur voile en public, se couper les cheveux… Ça entraîne la mise en place d’un nouveau répertoire de contestation, ça montre qu’on peut le faire. Il y a une espèce de chape de plomb qui se brise avec la transmission de ces images.

Quel schéma le régime pourrait-il suivre face à cette contestation populaire ?

Pour le moment, il y a une forme d’attentisme, même si la répression a déjà été très violente par endroits. Ce sont d’abord les villes, les centres urbains et les campus universitaires qui sont en train de bouger. Surtout dans le Kurdistan, qui est la région d’origine de Mahsa Amini.

« Habituellement, le régime coupe internet afin d’étouffer la mobilisation. Cela peut durer un ou plusieurs jours, le temps que le pouvoir agisse sans que les images des violences ne circulent et ne nourrissent la colère de la population. »

 

Il s’agit vraiment de tirer le rideau sur la manière dont le régime va réprimer les Iraniens et finalement éteindre toute velléité de protestation.

Acier : corruption géante en Iran

Acier : corruption géante en Iran

 

Il se confirme que la rigueur religieuse en Iran se trouve en contradiction le plus souvent avec la rigueur de gestion. En clair, l’ Iran figure parmi les pays les plus corrompus du monde. Ce rapport de 295 pages affirme que le groupe Mobarakeh Steel Company  a versé d’importants montants à des ministères, des institutions judiciaires, des préfectures, la télévision d’Etat, la police, des députés ou encore des imams, selon Fars.

En Iran, le secteur de l’énergie est en pleine tempête. Le plus grand producteur d’acier du pays a été suspendu de la bourse de Téhéran après un rapport parlementaire évoquant des pots-de-vin d’une valeur de trois milliards de dollars, rapporte la presse locale.

Le directeur exécutif de la bourse de Téhéran (TSE), Mahmoud Goudarzi, a indiqué à l’agence Fars que les actions de Mobarakeh Steel Company étaient suspendues « en raison de doutes sur la transparence des informations » fournies par le géant de l’acier. Cette nouvelle affaire risque une nouvelle fois de peser sur le marché planétaire de l’acier déjà en proie à de fortes difficultés depuis le début de la guerre en Ukraine il y a six mois.

Cette annonce intervient quelques jours après qu’un rapport détaillé du Parlement a accusé la direction de Mobarakeh, basée dans la province centrale d’Ispahan, de 90 charges, notamment de fraude, de népotisme et de trafic d’influence pour un total de trois milliards de dollars entre 2018 et 2021.

Il pointe notamment du doigt des responsables sous la présidence d’Hassan Rohani pour avoir nommé l’équipe de direction et les membres du conseil d’administration de Mobarakeh, l’un des principaux acteurs de l’économie iranienne.

La justice, à laquelle le rapport a été transmis selon Fars, n’a pas encore annoncé si elle lançait des poursuites. Fin juin, le guide suprême Ali Khamenei avait appelé la justice à s’attaquer fermement à la corruption en Iran, classé en 2021 au 150e rang sur 180 pays par Transparency International.

 

Iran : Un projet d’accord sur le nucléaire

La  Russie, la Chine, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et, bien sûr, l’Iran ont mis au point un projet d’accord sur le nucléaire iranien. Reste à savoir si les États-Unis donnerons leur feu vert à cet accord et dont dépend aussi la position définitive de l’Iran.

 

C’est cependant une étape de franchie, mais du chemin reste à parcourir avant que l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien ne reprenne vie. Signé après douze ans de crise et 21 mois de négociations acharnées, il avait été torpillé par le retrait unilatéral en 2018 des Etats-Unis sous l’impulsion de Donald Trump et le rétablissement des sanctions américaines. Suite à cela, Téhéran s’est progressivement affranchi de ses obligations.

Le pacte connu sous son acronyme anglais JCPOA vise à garantir le caractère civil du programme nucléaire iranien, accusé de chercher à se doter de l’arme atomique malgré ses démentis.

 « Aujourd’hui, le texte est sur la table des hauts représentants », a déclaré un responsable européen à la presse sous couvert d’anonymat, espérant une conclusion « dans les prochaines semaines ». « La négociation est finie, c’est le texte final (…) et il ne sera pas renégocié », a-t-il insisté, avec la volonté d’aller vite après déjà plus d’un an de discussions et un blocage de plusieurs mois. « Maintenant, la balle est dans le camp des capitales et on va voir ce qui va se passer », a ajouté le responsable européen. « Personne ne reste à Vienne ». Insistant sur la « qualité du texte », il a dit « espérer vivement qu’il soit accepté » et qu’un accord intervienne « dans quelques semaines ».

 

Nucléaire Iran: Proche d’un accord ?

Nucléaire  Iran: Proche d’un accord ?

Rafael Grossi de l’ AIEA doit s’entretenir samedi avec les responsables iraniens pour sauver l’accord de 2015. 

Les prochains jours sont perçus par les Occidentaux comme décisifs car ceux-ci estiment qu’au rythme auquel l’Iran engrange les avancées nucléaires, l’accord sera bientôt caduc. La France a estimé «urgent» de «conclure cette semaine». Des observateurs pensent que les Occidentaux pourraient quitter la table des négociations si un compromis n’est pas conclu ce week-end.

Parallèlement aux négociations à Vienne, l’Iran a continué à accumuler des stocks d’uranium enrichi. Selon un rapport de l’AIEA consulté jeudi par l’AFP, ils dépassent désormais de plus de 15 fois la limite autorisée par l’accord de 2015. L’Iran a dépassé début 2021 le taux d’enrichissement de 3,67% fixé par l’accord, montant d’abord à 20%. Puis il a franchi le seuil inédit de 60%, se rapprochant des 90% nécessaires à la confection d’une bombe. Ce rapport sera examiné lors du Conseil des gouverneurs de l’AIEA la semaine prochaine.

Iran : fuite des capitaux

Iran : fuite des capitaux

Nader Nouri, ancien diplomate, secrétaire général de la Fondation d’études pour le Moyen-Orient/FEMO, un think-tank basé à Paris explique la fuite ou le gel des capitaux en Iran face à l’instabilité politique et la crise sociale et économique.

La pauvreté est devenue plus que jamais visible en Iran. En mai 2021, Ferial Mostofi, qui préside la Commission des finances et des capitaux de la Chambre de commerce de Téhéran, évoquait l’extension de la pauvreté et la diminution à vue de la classe moyenne en raison du manque de revenus financiers.

En juin 2021, Rouzbeh Kordoni, directeur de l’Institut supérieur de recherche de la sécurité sociale, a annoncé que l’Iran comptait 25 millions de pauvres, ajoutant que le nombre de personnes vivant sous le seuil de la pauvreté absolue avait doublé par rapport à 2017-2019. De nombreux médias proches du pouvoir admettent qu’en réalité jusqu’à 80 % de la population pourrait se trouver sous le seuil de la pauvreté.

La Chambre de commerce de Téhéran a confirmé la poursuite de la baisse des nouveaux investissements au fil des dix dernières années. Cette annonce fait suite à celle de la fuite des capitaux qui grève une économie en déliquescence.

Citant un rapport de la Banque centrale, le président de la Chambre de commerce de Téhéran a déclaré que 98,4 milliards de dollars avaient fui le pays entre 2011 et 2017. Cela représente 10,9 milliards de dollars par an, selon les chiffres officiels, sans tenir compte des chiffres officieux sûrement plus élevés. (Quotidien « Daramad News » du 23 août 2020)

« J’estime que plus de 100 milliards de dollars de capitaux ont fui l’Iran au cours des quatre ou cinq dernières années, a déclaré Saeed Lilaz, un analyste proche du gouvernement à Daramad News. Il convient toutefois de noter que ces chiffres n’incluent pas les fonds sous forme d’or, de devises étrangères, notamment le dollar, que des citoyens ordinaires ont préservé chez eux ou dans des lieux sûrs, loin des yeux du gouvernement. »

La Chambre de commerce de Téhéran précise que les investissements nationaux dans l’économie du pays (non-étrangers) diminuent de jour en jour. Il est logique que les capitaux aillent là où ils sentent plus en sécurité et là où il y a une stabilité politique.

Cette instabilité, a conduit les Iraniens à contribuer largement à la reprise de l’économie moribonde de la Turquie voisine en achetant pour 70 milliards de dollars de biens immobiliers. N’ayant aucun espoir dans l’avenir, ils choisissent de plus en plus d’investir à l’étranger.

Selon une analyse publiée en février 2018 sur le site Tranio, dédié à l’achat et à la vente de biens immobiliers, les manifestations antigouvernementales généralisées de l’hiver 2017-2018 en Iran visaient la corruption généralisée, les problèmes économiques et le pouvoir religieux dans son ensemble. « Les raisons derrière l’instabilité politico-économique de l’Iran sont similaires à celles qui ont poussé les Russes fortunés à acheter des propriétés foncières à l’étranger », expliquait cette analyse.

Les Iraniens ont environ 50 milliards de dollars de réserves quotidiennes d’argent qui se trouvent ni à la banque, ni à la bourse, ni dans la production. « C’est pourquoi l’on dit que les Iraniens cachent 50 milliards de dollars sous leurs matelas. Avec cet argent, on pourrait construire quatre entreprises similaires aux Aciéries « Mobarakeh » d’Ispahan. Ce chiffre équivaut à dix fois les revenus pétroliers de l’Iran l’année dernière », indiquait le 6 octobre 2021 le site « Pishkhan News ».

Ces chiffres n’incluent évidemment pas les détournements de fonds abyssaux, la spéculation, le financement de milices comme le Hezbollah libanais ou le « Hachd Al-Cha’abi » irakien, ni le coût dévastateur du programme nucléaire iranien. Il s’agit là des causes réelles de l’effondrement de l’économie iranienne et de la misère qui se répand inexorablement. Cependant, le pouvoir et sa machine de propagande ne cessent de braquer les projecteurs sur les sanctions économiques, comme la seule cause de cette situation désastreuse, entretenant ainsi une énorme contre-vérité.

La diminution et la disparition graduelle des classes moyennes, provoquant une fuite généralisée des cerveaux, principalement issus de ces classes, sont l’illustration cruelle de l’instabilité du pays dans toute son ampleur.

Ainsi, dans une interview au quotidien Arman le 21 janvier 2021, le sociologue Madjid Abhari tentait de tirer la sonnette d’alarme. « Pour se rendre compte de l’ampleur de la tragédie économique et sociale qui frappe le pays, il suffit de citer un historien et iranologue qui a fait une déclaration aujourd’hui connue de tous les experts : la fuite des cerveaux a fait 300 fois plus de dégâts à l’économie iranienne ces dernières années que la guerre Iran-Irak. Et Abdul Khaliq, un expert auprès de la Banque mondiale, a estimé que les dommages matériels causés par la fuite de cerveaux sont au moins deux fois plus importants que les pertes liées aux exportations de pétrole de l’Iran », soulignait le sociologue.

Au sujet de la fuite des cerveaux, l’agence de presse ILNA avertissait le 19 août dernier: « La jeune génération éduquée quittera inévitablement l’Iran. Aujourd’hui, l’Iran est connu comme le plus grand exportateur d’élite et de jeunes travailleurs qualifiés au monde. » Selon le Fond monétaire international (FMI), cité par le site persan Alef le 12 juillet 2017, entre 150.000 et 180.000 Iraniens instruits demandent à quitter l’Iran chaque année.

Pour tenter de justifier un tel désastre et le masquer, Téhéran met en avant sa politique agressive d’ingérences au Moyen-Orient et son aventurisme souvent prenant la forme du terrorisme au-delà de ses frontières. Mais ces tentatives ont eu un effet boomerang qui se retourne durement contre le pouvoir en créant un gouffre financier et une impasse dangereuse aggravant un peu plus son isolement international.

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(1) Nader Nouri a été premier secrétaire et conseiller à l’ambassade d’Iran à Paris de 1980 à 1985, il a assuré la fonction de chargé d’affaires (chef de mission) pendant six mois en 1981.

Covid Iran: au moins 700 morts par 24 heures

Covid Iran: au moins 700 morts par 24 heures

 

La situation sanitaire en Iran paraît hors de contrôle témoin le faite que le nombre des morts doit maintenant être proche de 1000 par jour. . Mardi les autorités officielles qui sous-estiment les chiffres avaient déjà parlé de plus de 700 morts en 24 heures.

Le pays est le plus touché de la zone du proche et Moyen-Orient. En cause évidemment la désorganisation totale du régime islamiste sur le plan économique, son isolement politique et le durcissement de la dictature. Au total, la pandémie a fait 103.357 morts sur 4.756.394 personnes infectées en Iran, selon le ministère de la Santé. De l’aveu même de plusieurs responsables iraniens, ces statistiques sous-estiment largement le nombre de morts et de cas.

En présentant son gouvernement au Parlement samedi, avant un vote de confiance prévu mercredi, le nouveau président iranien, Ebrahim Raïssi, a annoncé vouloir faire de la lutte contre le virus sa priorité première, devant le redressement de l’économie du pays, sapée par les sanctions américaines contre la République islamique.

Selon les données officielles, moins de 6,5 millions de personnes sur les quelque 83 millions d’habitants du pays ont reçu deux doses de vaccins anti-Covid.

Le président iranien, Ebrahim Raïssi, a dénoncé lui-même des conditions qui ne sont «pas dignes» de l’Iran.

Covid Iran : record de mortalité

  • Covid Iran : record de mortalité

La mortalité record en Iran pour un pays qui compte seulement environ 85 millions d’habitants. Selon le ministère de la Santé, 684 patients ont succombé à la maladie au cours des dernières 24 heures, ce qui efface le précédent record de 655 morts annoncé le 16 août. En cause, l’incapacité du régime islamiste à gérer une crise sanitaire qui s’ajoute à la crise économique et évidemment politique.

Covid Iran : record de mortalité

  • Covid Iran : record de mortalité

La mortalité record en Iran pour un pays qui compte seulement environ 85 millions d’habitants. Selon le ministère de la Santé, 684 patients ont succombé à la maladie au cours des dernières 24 heures, ce qui efface le précédent record de 655 morts annoncé le 16 août. En cause, l’incapacité du régime islamiste à gérer une crise sanitaire qui s’ajoute à la crise économique et évidemment politique.

Nucléaire Iran : la production d’uranium enrichi s’accroît

Nucléaire Iran : la production d’uranium enrichi s’accroît

L’Iran continu augmentait sa production d’uranium enrichi. À cette fin, le pays a mis en place un nouveau processus pour accélérer le rythme de production d’uranium hautement enrichi, a indiqué mardi 17 août l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), alors que les pourparlers diplomatiques pour sauver l’accord de 2015 sont au point mort.

Dans son dernier rapport, le directeur général de l’instance onusienne, Rafael Grossi, a informé les Etats membres que Téhéran avait «configuré un nouveau mode opérationnel pour la production d’uranium enrichi à 60%» dans son usine de Natanz (centre), selon une déclaration transmise à l’AFP. Désormais, «deux cascades de centrifugeuses» seront utilisées au lieu d’une seule précédemment – si l’on excepte un essai initial de quelques jours en avril -, explique l’AIEA, ajoutant que l’Iran a d’ores et déjà enclenché le processus.

Covid Iran : l’incompétence de la dictature religieuse face à la crise

Covid Iran : l’incompétence de la dictature religieuse face à la crise

La dictature religieuse en Iran montre une nouvelle fois son incompétence non seulement sur le plan socio-économique mais en plus sur le plan sanitaire. L’Iran en effet, pays du Moyen-Orient le plus touché par la pandémie de Covid, a décrété un confinement d’une semaine et imposé des restrictions sur les déplacements en raison d’une cinquième hausse des cas de contamination, a fait savoir la télévision publique samedi.

 

Covid Iran : 500 morts en 24 heures

Covid Iran : 500 morts en 24 heures

l’Iran compte une population d’environ 85 millions d’habitants et détient sans doute en ce moment le triste record du nombre de morts en 24 heures du fait du covid. Une situation désastreuse qui s’ajoute aux difficultés économiques sans parler évidemment de la crise démocratique dramatique.

Plus de 12,5 millions de personnes, sur 83 millions d’habitants, ont reçu une première dose, tandis que seulement 3,7 millions ont reçu les deux injections nécessaires, selon le ministère de la Santé.

Les religieux ont largement contribué à désorganiser tous les pans de la société y compris la santé. L’idéologie domine partout là où il faudrait compétence, courage et bon sens. La vérité, c’est que le pays s’enfonce de plus en plus dans le déclin à tous les points de vue.

 

Covid Iran

  • Covid  Iran

Le nombre quotidien de contaminations au Covid-19 a franchi pour la première fois la barre des 30.000 cas en Iran, a annoncé lundi le ministère de la Santé, moins d’une semaine après le dernier record quotidien enregistré par le pays. Au cours des dernières 24 heures, l’Iran a recensé 31.814 nouveaux cas de contagion, le nombre total de cas dépassant les 3,7 millions. Des chiffres officiels toutefois sans doute très sous-estimé pour des raisons politiques.

Iran : Montée de la dictature… et de la contestation

Iran : Montée de la dictature… et de la contestation

 

 

l’Iran s’apprête à élire son nouveau président les 18 et 25 juin. Les autorités qui soutiennent un candidat de l’aide dure du régime redoutent une abstention élevée et une amplification des mouvements de protestations. (*) Par Hamid Enayat, analyste et écrivain iranien basé à Paris dans la Tribune.

Tribune

 

Dans son discours du 6 juin 2021, prononcé à l’occasion du 22e anniversaire de la mort du fondateur de la République Islamique d’Iran Ruhollah Khomeiny, l’actuel Guide Suprême, Ali Khamenei a considéré que l’abstention aux élections présidentielles qui se tiendront les 18 et 25 juin est un « grand pêché », équivalent au pêché de meurtre en Islam. Dans sa deuxième fatwa, il a même interdit le vote blanc. L’Ayatollah Ahmad Alam al-Hoda, un grand ayatollah proche à Ali Khamenei, a également affirmé que quiconque s’abstient au vote n’est pas musulman.

Ces fatwas sont une réponse au boycott national imminent des élections par le peuple iranien. En disqualifiant des personnes telles que le président du Parlement, qui a fait trois mandats, un homme de confiance, Khamenei a montré qu’il souhaitait que le peuple ne vote que pour son candidat préféré à la présidence, Ebrahim Raïssi. Certaines factions du régime avaient également appelé à ne pas voter.

Khamenei s’est toujours servi des élections comme outil de maintien de l’équilibre entre les factions de son régime. Cette élection est d’une haute importance pour lui, vu qu’elle survient après deux soulèvements, en 2017 puis en 2019, ce dernier ayant été réprimé par des tirs sur une foule de plus de 1.500 jeunes manifestants. Khamenei est conscient qu’un nouveau soulèvement est imminent.

Cette crainte est fondée, en raison principalement des conditions socioéconomiques du pays. En effet, l’économie s’est effondrée, et malgré les richesses du pays en pétrole, en gaz et en minerais, environ six millions d’enfants sont obliger de travailler. Les chiffres issus du centre de recherches du parlement indiquent qu’avant la pandémie, 60% des Iraniens étaient sous le seuil de pauvreté. Les médias pro-régime annoncent que désormais 80% de la population se situeraient entre les seuils de la pauvreté absolue et de la survie.

Cet appauvrissement a fait disparaitre la classe moyenne, devenue désormais une part des classes modestes. Les sociologues iraniens estiment que ces classes cherchent toujours à revenir au statu quo, ce qui justifierait un nouveau soulèvement.

Pour le régime, cet effondrement économique s’explique par les sanctions étrangères, et non par la colossale corruption institutionnalisée. Les candidats à la succession du président Hassan Rohani, ont pourtant expliqué durant les trois débats télévisés que la corruption institutionnalisée est la cause de la pauvreté sans précédent en Iran. Selon une étude de Reuters en 2005, la fortune du Guide Suprême s’élevait à 95 milliards de dollars. Rappelons que tous les candidats qui ont été confirmés ont occupé durant des années des fonctions de premier plan au sein du régime.

 

Ignorant ces données factuelles, Khamenei a choisi la politique de répression pour maintenir son règne. Il a ainsi disqualifié tous les candidats qui lui ont servi de pions face à l’Occident pour manifester des preuves de démocratie. Celle-ci n’est qu’un mirage en Iran.

Cette politique de repli sur soi a dévoilé la bipolarité de la société iranienne. Un sondage indique que 4% de la population possède tout, en ayant volé la souveraineté du peuple et violé les droits fondamentaux. 96% de la population est privée de tout.

La tragédie du pays, considère l’un des commandants de Basij (militants affiliés aux Gardiens de la Révolution), c’est lorsque les Iraniens expriment leur colère en s’abstenant de voter. Car c’est à ce moment-là, selon ce commandant, que les ennemis du régime viendront combler cette faille. Appelant à la séparation de la religion et de l’Etat et à la liberté, ils sont désormais organisés en unités de résistance auxquels les autorités n’hésitent plus à faire allusion. C’est comme si le pays était occupé par un ennemi étranger, raison pour laquelle les Iraniens croient à l’ouverture d’une nouvelle ère.

Si l’arrivée d’Ebrahim Raïssi à la présidence laisse présager une ère de répression accrue dans le pays et de terrorisme à l’étranger, elle annonce aussi l’éventuel fin d’un régime qui a imposé 40 ans de coercition religieuse et de politiques liberticides dans le pays, et le terrorisme et l’islamisme dans la région.

Hamid Enayat (*)

Nucléaire Iran : la France constate des progrès dans les discussions

Nucléaire Iran : la France constate des progrès dans les discussions

 

« Les discussions qui ont repris le 7 mai à Vienne ont conduit à quelques premiers progrès sur la question nucléaire », a déclaré à la presse la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Agnes von der Muhll, sans donner plus de détails.

« Néanmoins, des désaccords majeurs subsistent sur certains points clés à aplanir afin de parvenir à un accord prévoyant le retour de l’Iran et des États-Unis et leur pleine mise en œuvre du JCPoA. Il reste encore beaucoup à faire, dans un délai très serré.  »

Le nœud de l’accord était que l’Iran s’était engagé à freiner son programme nucléaire afin de rendre plus difficile l’obtention de la matière fissile pour une arme nucléaire en échange d’un allégement des sanctions américaines, européennes et onusiennes.

Les responsables ont déclaré qu’ils espéraient parvenir à un accord d’ici le 21 mai, date à laquelle un accord entre Téhéran et l’organisme de surveillance nucléaire de l’ONU sur la surveillance continue de certaines activités nucléaires iraniennes devait expirer.

Les diplomates ont déclaré qu’ils pensaient qu’il y avait eu des progrès suffisants dans les pourparlers de Vienne qu’une prolongation de l’accord de suivi entre Téhéran et l’agence des Nations Unies était probable même si les modalités devaient encore être élaborées.

« Si un accord sur la reprise par l’Iran de ses engagements n’est pas conclu avant l’expiration de l’accord technique bilatéral entre l’Iran et l’Agence, ils devront s’entendre sur sa prolongation », a déclaré Von der Muhll.

Iran : « Le régime ne tiendra pas un an »

Iran  : « Le régime ne tiendra pas un an »

 

Gérard Vespierre (*) Directeur de recherches à la FEMO Fondation d’Etudes pour le Moyen-Orient, président de Strategic Conseils. Explique dans la tribune que le régime iranien est dans un état de décomposition avancée tant sur le plan économique que social et bien sûr démocratique.

 

 

Le journal iranien Arman est naturellement ignoré de tous les observateurs internationaux. Or un de ses articles vient de laisser paraître une analyse et une vision qui doivent retenir toute notre attention. « Le dénuement pour ‘joindre les deux bouts’ et l’incertitude quant à leur avenir ont excédé les Iraniens. Ils n’écoutent pas [nos] paroles et ne font confiance à personne. Ils se contentent de maudire [le régime] et de proférer des menaces. Les conséquences sont claires comme de l’eau de roche. Ainsi, nous ne tiendrons pas un an », écrivait mercredi ce quotidien officiel.

Cette description concerne un pays de plus de 80 millions d’habitants. Dans une population de cette ampleur, quelques pour cents de personnes très mécontentes et prêtes à le faire savoir représentent plusieurs millions de manifestants potentiels. Si un tel mécanisme venait à s’enclencher, le régime serait confronté à une situation plus que difficile. L’Iran a déjà connu des manifestations importantes fin 2019. Le déclencheur avait déjà été économique, et concernait la hausse du prix de l’essence, décidée par le gouvernement.

18 mois plus tard, ce n’est plus d’un prix dont il s’agit mais de tous les prix alimentaires, y compris les produits de base, volailles, légumes, fruits… La situation économique et politique est donc beaucoup plus sérieuse. Comment l’Iran en est-il arrivé à cette situation ?

La difficile situation économique

Il y a, bien sûr, le réflexe d’évoquer les sanctions américaines de 2018, visant la réduction des exportations pétrolières. Elles ont effectivement joué un double rôle. Premièrement, elles ont conduit à réduire les ressources d’un État très redistributif, contrôlant directement ou indirectement les deux tiers de l’économie nationale. Deuxièmement, elles ont créé un choc psychologique manifestant la crainte de l’avenir. Cela s’est naturellement transmis dans le comportement des agents économiques vis-à-vis du rial iranien, de sa valeur, et de la confiance à accorder à la monnaie, à court et moyen terme.

Cela a des lourdes conséquences. L’accélération de la dévaluation de la monnaie iranienne a naturellement conduit au renchérissement de tous les produis importés, et a donc relancé l’inflation. D’un niveau de 20% il y a un an, elle se situe actuellement à 45%. Cette envolée n’est pas liée aux sanctions décidées il y a 3 ans. Elle traduit d’abord une totale perte de confiance dans l’avenir…

Les conséquences des choix fondamentaux

Cette situation résulte des choix stratégiques de la République islamique. Dès 1979, la priorité a été donnée au soutien économique, militaire et politique aux populations et mouvements chiite, du Yémen, d’Irak, de Syrie et du Liban. Ce qui a été appelé «l’arc chiite ». Les priorités intérieures se sont concentrées sur le militaire, les 130.000 Gardiens de la Révolution, et le nucléaire. Or ces secteurs offrent de très faibles multiplicateurs économiques vers les autres secteurs industriels et ne profitent donc pas au reste de la population. Le bénéfice des investissements reste à l’intérieur du complexe « militaro-industriel ».

Cette politique est clairement assumée par le guide suprême Khamenei qui au moment des manifestations de fin 2019 déclarait : « Entre les demandes du peuple et les choix stratégiques de la République islamique, je choisirai toujours les choix stratégiques ». Dirigeant suprême de l’Iran depuis 32 ans, Ali Khamenei confirme qu’il n’a jamais cherché à améliorer le niveau de vie, d’éducation, ou de santé de ses concitoyens.

Il n’a jamais donné la priorité à l’amélioration des infrastructures, du tissu industriel ou des réseaux hydrauliques, pourtant si vitaux. La priorité absolue s’est appelée politique étrangère de l’État. La politique internationale ne saurait indéfiniment passer avant la politique intérieure sans courir le risque d’avoir un lourd prix à payer pour ce choix, jamais remis en cause depuis trois décennies.

En outre, ce profond mécontentement économique se manifeste en même temps qu’une crise sanitaire, elle aussi profonde, liée au Covid-19.

Le Covid-19, autre déni de réalité

Les régimes forts, autoritaires, ont très souvent du mal à communiquer sur des situations qu’ils ne maîtrisent pas. La Russie, partenaire de Téhéran, annonce officiellement 103.000 décès liés au Covid. Le service officiel russe en charge des statistiques démographiques, publie des données indiquant une surmortalité de 340.000 décès pour la même période. La situation iranienne est à cette image.

Les chiffres officiels mentionnent à ce jour 67.000 victimes. Est-ce crédible ? Une façon d’obtenir d’autres informations est de se tourner vers le Conseil National de la Résistance iranienne (CNRI). Avant de chercher à publier ses propres chiffres, le CNRI s’est attaché à bâtir, grâce à ses réseaux, un système complet de sources d’informations. Plus de 539 institutions hospitalières, cliniques, et morgues, ont ainsi permis de constituer une base de données couvrant tout le pays.

A partir de ce réseau, le CNRI annonce, à ce jour, 256.500 décès réels liés à la pandémie. Le nombre de morts serait donc en réalité 4 fois supérieur à celui annoncé par les autorités. Un tel niveau de détresse sanitaire fait de l’Iran un des pays les plus touchés, par rapport à son niveau de population. Une telle situation ne peut que contribuer à créer au sein de la société iranienne une autre source de forte déstabilisation, mettant à nouveau en cause l’efficacité du gouvernement et ses choix.

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Cette tension profonde dans la société se révèle également par l’existence et les actions menées par des groupes de Résistance.

L’action incessante des Unités de Résistance

Si l’on suit attentivement la vie quotidienne iranienne on découvre, pratiquement toutes les nuits, l’existence d’actes de rébellion menés contre des bâtiments emblématiques du régime, ou des panneaux de propagande. Ces opérations sont menées par des groupes dénommés Unités de Résistance. Malgré les terribles risques encourus, leurs membres n’hésitent pas depuis plus d’un an à multiplier ce type d’opérations.

Les sites visés par des dispositifs incendiaires sont aussi bien des bâtiments du Corps des Gardiens de la Révolution, ou des Bassidj, des immeubles des Fondations Religieuses, ou des bureaux de l’institution judiciaire. La liste des lieux de ces opérations serait trop longue à énumérer. Ces actions se déroulent aussi bien dans les quartiers de Téhéran que dans les grandes villes régionales, Machad, Tabriz, Ispahan, ou des villes de moindre importance. Ces mouvements de rébellion touchent toutes les provinces. A l’évidence, le régime évite, soigneusement, d’en faire état, mais ces actes traduisent le niveau d’exaspération, et une situation où le « feu couve sous la cendre ».

Les retraités fortement touchés par l’inflation

La situation des retraités est à ce sujet exemplaire. En situation de forte inflation, quel que soit le pays, les retraités sont les plus rapidement et fortement touchés. Les niveaux moyens de pension étant inférieurs aux salaires des actifs, les retraités sont les premiers à tomber sous le seuil du niveau de pauvreté. De plus, les organismes de retraite sont lents à réajuster les versements, et les augmentations ne couvrent jamais l’amputation créée par la hausse des prix.

L’importante population appauvrie des retraités est donc devenue un puissant foyer de contestation contre les institutions en Iran depuis de nombreux mois.

De nombreuses vidéos de manifestations qui se répandent à travers tout le pays, de Téhéran à Chiraz de Kermanshah, à Mashhad, circulent sur Internet. On peut y voir une présence féminine non négligeable. Les slogans sont révélateurs du niveau d’exaspération :« Ce n’est qu’en descendant dans la rue que nous pourrons obtenir nos droits »,, « Notre table est vide, l’oppression ça suffit », « Enseignants, travailleurs, unissons-nous »… La situation est donc particulièrement tendue à moins de 2 mois des élections présidentielles…

Un scrutin à haut risque

Le scrutin présidentiel se tiendra le 18 juin. Election dont on ne connaîtra les candidats « validés » par le conseil des gardiens de la Constitution (et le Guide Suprême) que le 15 mai. Dans un tel système, et dans un contexte de crise économique, sociale et sanitaire, quel va être le comportement des électeurs, notamment le taux de participation ? Si ce dernier peut toujours être manipulé après la tenue du scrutin, ce taux devient un enjeu si des personnalités, des mouvements d’opposition, recommandent l’abstention favorisée par l’exaspération de la population .

A ce jour, l’option du boycott rassemble des leaders et mouvements fort différents. Ancienne députée et fille d’un ancien président, Faezeh Rafsandjani propose ce choix, au nom de la nécessaire séparation entre Etat et religion, leçon de l’Histoire, explique-t-elle. Position surprenante par rapport à la trajectoire familiale, mais révélatrice d’un courant dans l’opinion iranienne.

Dans sa position d’opposant historique, le CNRI soutient l’option du boycott car il convient d’ignorer un gouvernement et un régime qui ignore les besoins de son peuple, et a tué 1.500 manifestants, selon Reuters, lors des manifestations de 2019. Le CNRI se place dans une stratégie de chute du régime, et son remplacement par une République séparant la religion et l’Etat. Tel est le message des affiches placardés par les Unités de Résistance.

En attendant, le régime communique sur les questions extérieures: nucléaire, accord avec la Chine, rivalité avec Israël, mais reste muet sur le scrutin présidentiel. Une façon de nier le danger, en l’ignorant ? Il confirme, à son insu, sa relation difficile avec le temps, et le pronostic d’une courte durée de vie à venir ! Déjà, le mois dernier, le quotidien d’État Mardon Salari alertait le régime et ses lecteurs : « Le mécontentement, selon les responsables de la sécurité, peut éclater à tout moment sous la forme de manifestations dangereuses ».

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(*) Gérard Vespierre, diplômé de l’ISC Paris, Maîtrise de gestion, DEA de Finances, Paris Dauphine, fondateur du web magazine : www.le-monde-decrypte.com. Il est également chroniqueur géopolitique sur idFM 98.0.

Nucléaire Iran : les États-Unis pour la reprise des négociations

Nucléaire Iran : les États-Unis pour la reprise des négociations

 

C’est évidemment une bonne nouvelle pour la paix mondiale mais aussi pour l’Iran qui souffre cruellement économique dès sanctions prises à son égard en raison du non-respect de l’accord international sur le nucléaire

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Le problème est que les États-Unis ont manifesté des gestes de bonne intention à l’égard de l’Iran en levant des sanctions mais que l’Iran continue d’exploiter la filière nucléaire bien au-delà de l’accord qui avait été passé.  Jean-Yves le Drian, ministre des affaires étrangères français avait d’ailleurs averti des risques de voir l’Iran posséder un jour une arme nucléaire.

 

Un  communiqué américano-européen souligne à cet égard une «préoccupation commune» face à la récente décision iranienne de produire de l’uranium enrichi à 20% et de l’uranium métallique, qui constitue une «étape clé dans le développement d’une arme nucléaire»«Nos mesures sont une réponse aux violations américaines et européennes», a réagi jeudi soir le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif. «Nous répondrons aux actes par des actes», a-t-il ajouté. Le directeur général de l’AIEA, Rafael Grossi, est attendu samedi en Iran pour «trouver une solution mutuellement acceptable», selon l’organisation basée à Vienne, qui s’inquiète du «sérieux impact» des limitations futures de ses inspections.

Ce réchauffement des relations entre l’Iran et les grandes puissances occidentales vise évidemment à limiter les  proliférations nucléaires mais obéit aussi à des objectifs diplomatiques. En effet la poursuite d’un conflit ouvert entre l’Iran, les États-Unis et ses alliés seraient sans doute de nature à pousser l’Iran un peu plus dans les bras de la Chine.

Iran : une nouvelle procédure à propos du nucléaire ?

Iran : une nouvelle procédure à propos du nucléaire ?

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, propose une nouvelle procédure pour sortir la négociation de l’accord sur le nucléaire de l’impasse.. Il propose notamment que la discussion soit animée par l’union européenne afin résoudre le conflit entre l’Iran et les États-Unis sur ce sujet. « On peut établir un mécanisme pour synchroniser et coordonner ce qui peut être fait », a déclaré Mohammad Javad Zarif sur la question de savoir ce qui pourrait être fait pour rapprocher Téhéran et Washington lors d’une interview à CNN.

Chacun des gouvernements tient à ce que l’autre soit le premier à se conformer aux règles.

Selon Mohammad Javad Zarif, le chef de la politique étrangère de l’Union européenne, Josep Borrell, pourrait « orchestrer les décisions à mettre en place par les Etats-Unis, et celles qui doivent être prises par l’Iran ».

La Commission coordonnée par Josep Borrell inclut l’Iran et six autres pays : la Grande-Bretagne, la Chine, la France, l’Allemagne, la Russie et les Etats-Unis.

Selon les termes de l’accord, l’Iran accepterait de limiter son programme nucléaire afin de rendre plus difficile le développement d’armes nucléaires en échange d’un assouplissement des sanctions économiques imposées par les Etats-Unis.

L’ancien président américain, Donald Trump, s’était retiré de l’accord en 2018 et avait imposé à nouveau les sanctions américaines.

Le nouveau président des Etats-Unis, Joe Biden, a déclaré que si l’Iran respectait à nouveau strictement l’accord, Washington le ferait aussi.

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