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Chine: Interview langue de bois agressive de l’ambassadeur en France

Chine: Interview langue de bois agressive de l’ambassadeur en France

 

Lu Shaye, ambassadeur de la République populaire de Chine en France Illustre la langue de bois chinoise autant que son agressivité dans une interview qui rappelle à l’évidence les années noires du communisme. (L’Opinion)

 

 

Quel bilan tirez-vous des dix-huit derniers mois depuis le début de la crise sanitaire ?

Les dix-huit derniers mois ont été une période très impressionnante tant pour la Chine que pour le monde. La Chine a été le premier pays à faire face et à signaler ce nouveau virus. Je me rappelle qu’au début de l’année dernière, mon pays était au cœur de l’épidémie. Les yeux du monde entier se concentraient alors sur nous. Nous étions alors dans une situation extrêmement difficile. Heureusement, le gouvernement a pris des mesures les plus strictes pour contenir ce virus. Il a décidé de confiner toute la ville de Wuhan avec sa population de 10 millions d’habitants, et toute la province du Hubei. Il a aussi mobilisé toutes les ressources du pays pour les soutenir. Grâce à cela, nous avons réussi à maîtriser cette épidémie en deux mois. On peut dire aujourd’hui que la pandémie est presque éradiquée en Chine. Il y a encore quelques cas sporadiques, mais nous avons la capacité de les contrôler. Partant, l’économie chinoise a été la première à sortir de la crise. En 2020, la croissance chinoise s’est finalement établie à 2,3 %. La Chine est la seule économie majeure à avoir enregistré une croissance positive l’an dernier et cette année, elle devrait être de 8,3 % selon les prévisions d’institutions internationales. La situation chinoise est donc assez bonne.

Pourtant, votre image a été sérieusement écornée…

C’est vrai. Dès le début de l’épidémie, nous avons fait l’objet de nombreuses attaques, notamment de la part des médias occidentaux. Ils nous accusaient de ne pas avoir réagi assez vite ou encore d’avoir dissimulé les chiffres. Dans le même temps, les Etats-Unis ont laissé entendre que nous avions créé le virus. Nous avons passé notre temps à nous battre contre ce « virus politique ». En dehors de la pandémie, la Chine a été attaquée sur d’autres fronts comme la situation au Xinjiang ou celle à Hong Kong. Il m’a semblé que tout le monde occidental s’était ligué contre la Chine pendant toute cette période. Malgré cela, nous avons beaucoup fait pour lutter contre la pandémie. Au total, nous avons fourni 280 milliards de masques, 4 milliards de tests, 3,4 milliards de combinaisons de protection. Et dernièrement, nous avons écoulé quelque 350 millions de doses de vaccins. Cela nous a valu de nouvelles mises en cause, mais on s’en fout ! Car nous voulons participer à la réponse mondiale contre la pandémie et nous défendons le multilatéralisme dans cette bataille contre le virus.

«Si jamais la Chine acceptait “une enquête”, les Etats-Unis pourraient chercher les preuves de la conclusion qu’ils ont déjà tirée à l’avance, en fabriquant de nouveaux mensonges et de nouvelles rumeurs»

Il n’empêche que la question de l’origine du virus fait toujours polémique !

En dépit des efforts d’ouverture, de transparence et de responsabilité fournis par la Chine pour soutenir les travaux du groupe d’experts de l’OMS ; malgré les déclarations de plusieurs de ses membres sur « les discussions amples et franches » qu’ils ont eues avec la partie chinoise au sujet des données, les Etats-Unis n’ont pas cessé de semer le doute. On peut donc s’interroger sur leur manœuvre qui consiste à réhabiliter les thèses complotistes et rejeter la faute sur la Chine. En y réfléchissant un peu, on s’aperçoit vite de la frappante similitude de ce modus operandi avec celui auquel Washington avait eu recours pour déclencher la guerre en Irak, en 2003 quand il avait brandi un flacon de lessive comme preuve. Aujourd’hui, c’est le même procédé qui se répète. D’abord imposer une accusation fondée sur la présomption de culpabilité, puis faire pression en instrumentalisant et fourvoyant l’opinion publique. Si jamais la Chine acceptait « une enquête », les Etats-Unis pourraient chercher les preuves de la conclusion qu’ils ont déjà tirée à l’avance, en fabriquant de nouveaux mensonges et de nouvelles rumeurs. Ces manœuvres ont gravement perturbé la solidarité contre la pandémie au sein de la communauté internationale.

Qu’y répondez-vous ?

C’est à se demander si tout cela n’a pas été soigneusement concocté par les Etats-Unis pour dissimuler l’accident au laboratoire de Fort Detrick en 2019. D’ailleurs, en France, le sujet n’a pas été abordé. Dans la mesure où l’OMS a terminé son enquête en Chine et écarté la possibilité de la fuite d’un laboratoire chinoise ; puisque les hypothèses concernant une erreur de laboratoire sont toujours d’actualité, nous recommandons que, dans ses prochains travaux, l’OMS mette l’accent sur le laboratoire de l’armée américaine. Les médias français demandent que les laboratoires de virologie soient surveillés d’aussi près par la communauté internationale que les arsenaux nucléaires ou chimiques. La Chine y est favorable. Les laboratoires américains devraient être placés sous la surveillance de la communauté internationale. Les Etats-Unis devraient aussi revenir sur leur opposition à la négociation du protocole de vérification sur les armes biologiques et leur refus portant sur la mise en place d’un mécanisme de vérification pour la convention.

Avec de tels arguments, ne craignez-vous pas d’être encore qualifié de « loup combattant » ?

Nous sommes dans une situation où ce sont les agresseurs qui accusent les victimes d’être agressives. Parce que la Chine n’a jamais eu un rôle de provocatrice. Ce que nous faisons, c’est de nous défendre. Nous sommes sur la défensive. Défendre les intérêts, l’image et la dignité de la Chine parce qu’elle a été sous les feux des critiques pendant toute l’année. Pourquoi n’aurions-nous pas le droit de riposter ? En nous refusant ce droit, cela illustre la condescendance, l’arrogance et l’égocentrisme du monde occidental parce qu’il a l’habitude d’attaquer ou d’accuser impunément les autres. Cette fois-ci, la Chine a riposté et il se sent agressé.

«Je suis très honoré d’être qualifié de “loup combattant” parce qu’il y a tant de hyènes folles qui attaquent la Chine»

Vous considérez cela comme une forme d’injustice ?

Oui. Comme à l’accoutumée, il voudrait museler la Chine, museler les diplomates chinois. L’expression « loup combattant » a un sens positif en Chine parce que c’est un soldat courageux qui défend la patrie. Je suis très honoré d’être qualifié de « loup combattant » parce qu’il y a tant de hyènes folles qui attaquent la Chine. Nous sommes les soldats qui défendons la Chine contre ces hyènes folles.

On vous a tout de même reproché d’avoir été proactif dans des critiques émises à l’égard de la gestion de la crise sanitaire en France. Etait-ce une riposte ou une maladresse ?

Nous avons publié de nombreux articles et documents sur notre site pour apporter des explications et des éclaircissements sur les faits afin de démentir des mensonges. Les gens nous disent de ne pas faire ce genre de communication. Que faudrait-il faire alors ? Selon eux, nous devrions rester muets. Si vous répondez, alors vous êtes agressif. Il était donc nécessaire de faire cette présentation parce que nous n’avions pas d’autres moyens. Les médias ne publient pas nos tribunes. Nous n’avons que notre site, nos réseaux sociaux. Nous devons faire entendre notre voix. Nous ne cherchons pas à faire changer d’avis ces médias, mais nous voulons que l’opinion publique puisse avoir une alternative.

«Le Xinjiang a créé des centres d’enseignement et de formation professionnelle conformément à la loi. Il s’agit d’aider les personnes endoctrinées par les discours extrémistes à retrouver une vie normale. Ces établissements ne diffèrent au fond en rien avec les centres de déradicalisation qu’on rencontre aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou en France»

La question de la population ouïghoure est également source de complications entre la Chine et les Occidentaux…

C’est un sujet très compliqué pour la Chine parce que nous n’avons pas cette machine médiatique si puissante que les Occidentaux. Dans cette partie du monde, notre voix n’est pas entendue comme si un mur de désinformation avait été érigé devant nous. Les informations authentiques de la Chine sont filtrées. Il est bon de rappeler qu’entre 1990 et 2016, des forces extrémistes ont perpétré de très nombreux attentats ayant fait d’innombrables victimes civiles et des centaines de morts dans la police. Afin d’en finir avec ce fléau du terrorisme, tout en le combattant, le Xinjiang a créé des centres d’enseignement et de formation professionnelle conformément à la loi. Il s’agit d’aider les personnes endoctrinées par les discours extrémistes à retrouver une vie normale. Ces établissements ne diffèrent au fond en rien avec les centres de déradicalisation qu’on rencontre aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou en France. Cette politique s’est montrée efficace puisqu’aucun attentat n’a été à déplorer depuis plus de quatre ans. J’ajoute que la population ouïghoure est passée de 5,5 millions il y a quarante ans à plus de 11 millions aujourd’hui. Où est donc cette campagne systématique de répression, de génocide, de travail forcé ou de stérilisation forcée dont les médias occidentaux se font si souvent l’écho ? Si de tels faits s’étaient vraiment déroulés au Xinjiang, comment se fait-il que jamais personne ne les ait jamais révélés sur les réseaux sociaux ?

Il n’empêche que cette question empoisonne désormais les relations entre la Chine et l’Union européenne comme en témoigne le retard pris dans la ratification de l’Accord sur les investissements signé à la fin de 2020.

C’est malheureux de politiser une question commerciale, d’autant plus que cet accord est mutuellement bénéfique. On peut même dire qu’il est plus favorable aux intérêts européens qu’à ceux de la Chine. Parce que, comme le disent de nombreux Européens, Pékin a fait beaucoup de concessions lors des négociations. Aujourd’hui, certains députés européens veulent l’utiliser comme une arme contre la Chine. C’est un peu comme se tirer une balle dans le pied. C’est contre-productif. Nous souhaitons poursuivre le processus de ratification pour qu’il entre au plus tôt en vigueur. Nous sommes confiants que les dirigeants européens ont cette vision stratégique, à l’instar d’Emmanuel Macron et d’Angela Merkel. Récemment, j’ai relevé les prises de parole publiques du Président français lors du sommet du G7 et de l’OTAN. Il a très bien parlé concernant la position de l’Europe et de la France vis-à-vis de la Chine. Je pense qu’il est objectif et il est visionnaire.

Malgré tout, la France et d’autres pays européens développent une stratégie Indo-Pacifique qui n’est pas très éloignée de celle des Etats-Unis.

Nous souhaitons que cette stratégie française ou européenne promeuve la coopération avec les partenaires de la région au lieu d’être une stratégie militaire contre la Chine. Malheureusement, jusqu’à aujourd’hui, on ne perçoit que l’aspect militaire. On n’a pas encore bien vu la dimension de coopération économique et commerciale. Il faut que la France mette davantage l’accent sur cela. De cette manière, la Chine pourra coopérer avec elle dans cette partie du monde, dans le cadre notamment de l’initiative « Une ceinture, une route » qui est profitable à tous les pays.

Il ne vous a pas échappé qu’à l’occasion du G7, un projet concurrent à l’initiative chinoise, le B3W, a été mis sur la table !

Si les Occidentaux veulent lancer un projet pour aider les pays en développement à construire des infrastructures, c’est très bien. En effet, les pays développés doivent contribuer à aider les moins favorisés. Nous souhaitons donc bonne chance à cette initiative B3W !

La Chine célèbre cette année le 100e anniversaire de la création du Parti communiste (PCC), première étape vers la fondation de la République populaire. Quel message votre pays voudrait adresser au monde à cette occasion ?

Au cours de ces années, le PCC est resté fidèle à son engagement initial, à savoir œuvrer au bonheur du peuple chinois et au renouveau de la nation chinoise. Et on peut constater qu’il a réalisé ses engagements. Il a dirigé le peuple chinois à transformer une Chine pauvre et démunie pour en faire la deuxième économie du monde. Nous avons réussi l’éradication de la pauvreté absolue. 800 millions de personnes sont sorties de la pauvreté au cours des quatre dernières décennies. Dans d’autres domaines comme la lutte contre le réchauffement climatique, elle a observé ses engagements. L’an passé, le président Xi Jinping a proclamé officiellement que le pays atteindrait la neutralité carbone en 2060. C’est un engagement solennel vis-à-vis de la communauté internationale. Si la Chine le dit, elle va certainement le réaliser. Il a aussi préconisé de construire une communauté d’avenir partagé pour l’humanité pour résoudre les enjeux majeurs de notre temps.

«A Taïwan, la situation de tension n’a pas été créée par le gouvernement chinois, mais par le PDP soutenu par les Américains. Ces derniers mois, les Etats-Unis ont multiplié les manœuvres visant à franchir la ligne rouge définie par la Chine

Dans la perspective de 2049, la question de Taïwan va se poser avec de plus en plus d’acuité. Ces derniers mois, les tensions ont pris de l’ampleur. En 1950, Zhou Enlai avait déjà déclaré : « Le principal problème de la Chine, c’est Taïwan. » Qu’en est-il aujourd’hui ? Comment voyez-vous évoluer ce dossier ?

Taïwan est effectivement un problème très sensible et très important pour la Chine. Nous sommes la seule grande puissance du monde qui n’a pas réalisé complètement sa réunification. Le problème porte sur sa souveraineté. Le gouvernement chinois reste toujours très ferme et constant à ce propos. Nous n’avons pas d’espace pour faire des concessions ou pour un compromis sur ce problème-là. Bien sûr, nous souhaitons le résoudre de manière pacifique. Je rappelle que le principe « un pays, deux systèmes » a d’abord été proposé par Deng Xiaoping pour trouver une solution à la question de Taïwan. C’est finalement Hong Kong qui en a bénéficié. Mais nous restons toujours sur cette position concernant Taïwan. L’arrivée au pouvoir du Parti démocrate progressiste (PDP), qui défend l’indépendance et qui n’a pas reconnu le consensus de 1992 selon lequel il n’y a qu’une seule Chine, a détruit cette base politique sur laquelle pouvaient se développer les relations entre les deux parties. La situation de tension n’a pas été créée par le gouvernement chinois, mais par le PDP soutenu par les Américains. Ces derniers mois, les Etats-Unis ont multiplié les manœuvres visant à franchir la ligne rouge définie par la Chine.

Y a-t-il un danger de confrontation sur cette question ?

Ils nous provoquent, mais nous faisons preuve de retenue. Sinon il y aurait déjà eu la guerre. Si l’on veut maintenir une situation paisible dans la zone du détroit de Taïwan, il faut que le PDP fasse preuve de sa volonté de paix et que les Américains ne s’ingèrent pas dans les affaires de la Chine. Ils ne doivent pas utiliser la question taïwanaise pour nous contrer.

«Les Européens ne doivent pas emboîter le pas des Américains et provoquer la Chine. Je le rappelle, nous n’avons pas d’espace pour reculer. Il n’est pas question de l’indépendance de Taïwan»

Certains pays européens sont tentés de suivre les Etats-Unis…

Les Européens ne doivent pas emboîter le pas des Américains et provoquer la Chine. Je le rappelle, nous n’avons pas d’espace pour reculer. Il n’est pas question de l’indépendance de Taïwan. A moyen terme, nous souhaitons une résolution pacifique de cette question. Mais nous ne renonçons pas au recours à la force car cela reste un moyen de dissuasion.

Cela signifie-t-il que la question devra être réglée d’ici 2049 ?

La réunification de la patrie est notre objectif inchangé. L’avenir de Taïwan réside dans son retour dans le giron de la patrie. Nous souhaitons une réunification pacifique. Mais si on jette de l’huile sur le feu, cela risque d’engendrer la guerre.

Terrorisme : les nouvelles promesses de Darmanin (interview)

Terrorisme : les nouvelles promesses de Darmanin (interview)

Suite notamment à l’attentat de Rambouillet le ministre de l’intérieur dans une interview au JDD, affiche de nouvelles promesses

Interview

 

 

Une attaque terroriste a tué vendredi une policière au commissariat de Rambouillet. Une nouvelle manifestation de la menace islamiste?
Oui. Les mots sont importants. C’est une attaque islamiste. Mais, avant toute chose, je veux dire aux agents de la police nationale, policier et personnel administratif, qui ont tous été endeuillés par cette terrible attaque, mon affection et mon soutien total. Au-delà du ministère de l’Intérieur, c’est le pays tout entier qui a été touché par cet odieux assassinat. Nous savons que la lutte contre la menace islamiste sera longue, mais nous voulons que l’on puisse dire à nos enfants que l’on a mis fin à cela. J’y déploie toute mon énergie.

Comment lutter?
À la demande du président de la République et du Premier ministre, je présenterai mercredi un projet de loi consacré au renseignement et à la lutte contre le terrorisme. Depuis 2017, des efforts très importants ont été accomplis : 36 attentats ont été déjoués, 1.900 agents supplémentaires sont recrutés dans les services de renseignement territoriaux et à la DGSI [Direction générale de la sécurité intérieure], chef de file de la lutte antiterroriste qui a vu par ailleurs son budget doubler. Mais, comme je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, la menace reste forte : nous avons subi depuis 2017 14 attentats provoquant la mort de 25 personnes. L’hydre islamiste est toujours très présente. C’est pour cela que nous avons porté la loi séparatisme et que nous continuons à renforcer nos moyens pour lutter contre une menace qui évolue.

 

Quelles sont ces évolutions?
Nous avons désormais affaire sur notre sol à des individus isolés, de plus en plus jeunes, inconnus des services de renseignement avant leur passage à l’acte et sans forcément de lien avec des réseaux islamistes constitués. Leur usage systématique d’Internet et des réseaux sociaux plutôt que des moyens téléphoniques classiques rend difficile leur repérage. C’était le cas de l’assassin du professeur Samuel Paty : il avait des contacts réguliers avec la Syrie qui avaient échappé à la vigilance puisqu’ils passaient par la messagerie d’Instagram. La loi doit nous permettre d’être plus efficaces, en nous renforçant sur le terrain de la technologie qu’utilisent les terroristes. Le texte prévoit ainsi d’actualiser et de pérenniser le recours aux algorithmes, c’est-à-dire le traitement automatisé des données de connexion, par la DGSI. Nous n’oublions pas pour autant le suivi humain puisque nous continuons à recruter. Par ailleurs, les mesures de contrainte administrative qui visent les personnes condamnées pour des faits de terrorisme à leur sortie de prison pourront aller jusqu’à deux ans (contre un an aujourd’hui), ce qui est une mesure extrêmement importante. Concrètement, nous pourrons suivre jusqu’à deux ans après l’exécution de leur peine les personnes condamnées pour terrorisme. Enfin, nous améliorons le suivi socio psychiatrique des personnes potentiellement dangereuses.

Ce renforcement de la surveillance des données n’est-il pas un danger pour les libertés individuelles?
Non. Arrêtons avec cette naïveté. Toutes les grandes entreprises utilisent des algorithmes. Et il n’y aurait que l’État qui ne pourrait pas les utiliser? Pour mettre en œuvre ces techniques, il existe des garanties, comme par exemple la nécessité d’avoir quatre visas, dont ceux du Premier ministre, du ministre de l’Intérieur et de la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement. Ces garanties sont encore renforcées dans le texte et le Conseil d’État comme le Parlement jouent aussi leur rôle de contre-pouvoir.

Mia, enfant de 8 ans, a été enlevée par des survivalistes. Est-ce une nouvelle menace terroriste?
Je le répète, l’islamisme demeure le plus grand péril et notre main ne tremble pas : depuis 2017, 575 personnes fichées pour radicalisation ont été expulsées de France, dont près de 300 depuis un an, et une vingtaine d’écoles clandestines ont été fermées à la demande du président de la République. Mais un autre type de menace est effectivement là, celle de l’ultra droite, complotiste, survivaliste. Cinq projets d’attentat venant de ces groupes ont été déjoués, dont trois visaient des lieux de culture ou de culte musulmans. Nous surveillons ces individus, comme ceux du commando qui a enlevé Mia, déjà repérés par la DGSI, ce qui a sûrement permis de sauver la fillette. Un autre danger vient de l’ultragauche, dont un passage à l’acte criminel a été empêché en décembre.

Faut-il placer les personnes fichées en rétention administrative, comme le propose Guillaume Peltier, vice-président des Républicains (LR)?
On assiste malheureusement au concours Lépine de la mesure la plus démagogique, qui consiste à dire « tout le monde en prison et même des innocents ». Être fiché, cela ne veut pas dire être coupable. Ça veut dire être suivi. Vous pouvez figurer sur le fichier parce que vous êtes en relation avec une personne suspecte mais n’avoir commis aucune infraction. Si rien ne peut vous être reproché, on vous retire du fichier. Par ailleurs, il est important de pouvoir suivre ces personnes sans qu’elles s’en rendent compte. Je regrette qu’une partie de la classe politique soit devenue populiste, au lieu de construire un parti de gouvernement.

À droite et à l’extrême droite, le gouvernement est régulièrement mis en cause pour son « laxisme ». Que répondez-vous?
Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, nous avons augmenté comme personne les effectifs de police et de gendarmerie (10 000 postes supplémentaires). Le chef de l’État a naturalisé 30 % de moins que ses prédécesseurs. Nous avons multiplié par deux les effectifs de police aux frontières. Lors de la présidence française de l’Union européenne au premier semestre 2022, j’engagerai, à la demande du président de la République, une réforme des accords de Schengen avec nos partenaires. La circulation libre des citoyens dans l’Union doit être garantie, mais nous voulons créer de véritables frontières extérieures de l’UE. Et sur la drogue le discours clair est du côté du gouvernement. Il l’est moins du côté des oppositions. Quand je vois le président des députés LR, Damien Abad, ou Robin Reda, le bras droit de Valérie Pécresse, prôner la légalisation du cannabis, je me demande où est le laxisme?

Cette ligne répressive contre l’usage du cannabis est dénoncée comme inefficace par les médecins… Ne faut-il pas une autre méthode?
Le cannabis est devenu une drogue dure. Tout le monde sait que le niveau de THC a augmenté de manière considérable et crée une dépendance très forte. Le cannabis est responsable de 500 morts sur les routes. Depuis janvier, nous avons conduit plus de 1 300 opérations de démantèlement des points de deal. Nous effectuons des saisies importantes et régulières. Mais notre stratégie est aussi de s’attaquer aux consommateurs : plus de 70 000 amendes pénales leur ont été délivrées depuis le 1er septembre. Et il faut dire la vérité, c’est souvent le bourgeois du 16e arrondissement parisien qui fait vivre le point de deal de Sarcelles. Nous allons nous attaquer encore plus à la livraison à domicile et lutter contre le soft power des prolégalisation mené sur certaines plateformes Internet qui réunissent plusieurs millions de personnes. Mais il faut aussi agir sur la prévention : la dernière campagne de sensibilisation contre la drogue date de trente ans ! Le gouvernement en lancera une nouvelle avant la fin de l’été sous l’autorité du Premier ministre.

La Cour de cassation vient de décider que le meurtrier de Sarah Halimi ne serait pas jugé. Faut-il rendre impossible la déclaration d’irresponsabilité pénale en cas de consommation de drogues?
D’abord, je constate que, dans le meurtre ignoble de Sarah Halimi, la drogue est là aussi en cause. Prenons nos responsabilités plutôt que de se réfugier derrière de fausses excuses : oui, en cas d’absorption volontaire de drogue, la responsabilité pénale doit s’appliquer et je suis favorable à une évolution de la loi. Cette affaire nous touche tous, ce n’est pas uniquement la peine « de la communauté juive », comme l’a dit de façon extrêmement choquante Julien Bayou. Il y a une forme de banalisation de l’antisémitisme par quelques responsables politiques…

Comment lutter face à l’augmentation des violences contre les personnes?
Elles concernent avant tout nos forces de l’ordre et nos pompiers. Le ministère de l’Intérieur a perdu l’an dernier onze de ses fonctionnaires en mission et a dénombré la même année près de 9 000 blessés. La violence est contre les forces de l’ordre. C’est révélateur de notre difficulté à vivre ensemble et d’une crise de l’autorité qui vient de loin. C’est pour ça que nous devons incarner cette autorité, tranquille mais ferme. La moitié de cette augmentation des violences contre les personnes est aussi due à la libération de la parole des victimes de violences intrafamiliales, encouragée par le Grenelle auquel a fortement contribué Marlène Schiappa. Nous travaillons à y répondre : avec la préplainte en ligne, la brigade numérique de la gendarmerie et moncommissariat.fr, la saisie d’armes systématisée en cas d’accusation de violences conjugales, le bracelet antirapprochement, le « téléphone grand danger » pour contacter immédiatement la police. Nous dénombrons aujourd’hui 276 brigades de protection des familles et nous renforçons les structures adaptées à l’écoute des enfants victimes. Il suffit d’aller voir le travail des policiers de Lens avec la structure d’accueil dédiée « Mélanie » pour se rendre compte de la beauté du métier de policier.

Certains policiers pointent l’inefficacité de la réponse pénale dans leur lutte contre l’insécurité…
L’opposition caricaturale entre la police et la justice ne fonctionne pas. Voilà trente ans que les gouvernements opposent systématiquement justice et police. Pour quels résultats? Notre réponse, c’est le renforcement des moyens de la justice et les réformes essentielles que mène le garde des Sceaux pour accélérer le jugement des mineurs, encadrer les enquêtes préliminaires, supprimer les remises de peine automatiques que des gouvernements précédents avaient mises en place. De la même façon, si on veut des condamnations justes, il faut aider les forces de l’ordre à faire de bonnes enquêtes. D’où le renforcement de la formation initiale et continue des policiers, les nouveaux moyens que nous leur accordons, comme les drones et caméras-piétons, votés dans la loi sécurité globale ou encore la revalorisation du métier d’officier de police judiciaire. Je souhaite également que nos enquêteurs puissent être appuyés par des agents administratifs – des « greffiers de police » – afin qu’ils puissent exclusivement se concentrer sur le travail d’enquête. Chacun voit l’importance des agents administratifs dans le travail de la police et de la gendarmerie.

Vous avez reçu samedi les policiers blessés en 2016 à Viry-Châtillon. Comprenez-vous la colère des syndicats face à la condamnation de cinq accusés sur 13 dans cette affaire?
J’ai reçu samedi les policiers victimes pour leur faire part de tout mon soutien. Dans l’heure d’échange que nous avons eue, ils ont montré une grande dignité. C’est un moment que je n’oublierai jamais et qui justifie mon engagement : protéger ceux qui nous protègent.

Les avocats de la défense mettent en cause le travail des enquêteurs dans cette affaire. Que leur répondez-vous?
Chercher un bouc émissaire n’est jamais une bonne solution. Ces enquêteurs sont des policiers comme les autres qui ont fait leur travail honnêtement, j’ai demandé au directeur de la police nationale de les rencontrer pour les assurer de notre soutien.

Xavier Bertrand, candidat à la présidentielle, veut proposer s’il est élu « une peine de prison d’un an non aménageable » et automatique en cas d’attaque des forces de l’ordre, pompiers, maires. Qu’en pensez-vous?
Cette proposition n’a malheureusement aucun rapport avec l’affaire de Viry-Châtillon puisqu’il serait absurde de condamner automatiquement à un an de prison ceux qui ont été déclarés innocents par une cour d’assises. Par ailleurs, ceux qui ont été condamnés l’ont été à des peines largement supérieures à un an (de six ans à dix-huit ans ferme). De manière générale, sur des sujets comme le terrorisme ou la sécurité, je crois que les dirigeants politiques de notre pays devraient soutenir l’action du président de la République, qui, avec des positions courageuses et héritant d’une situation difficile, protège notre pays.

Voyez-vous l’enjeu sécuritaire devenir prioritaire dans la campagne présidentielle de 2022?
Les Français doivent difficilement comprendre que l’on soit déjà en campagne électorale, en pleine crise sanitaire, à un an de l’élection présidentielle… Et puis il y a d’abord les campagnes régionales et départementales, où tout semble annoncer un haut score du Rassemblement national. Notre combat pour tous les démocrates et tous les républicains doit être la mobilisation pour éviter qu’une Région bascule dans le parti de la famille Le Pen.

Chine: Enfer et extermination des Ouïghours (interview d’une rescapée)

  • Chine:  Enfer et extermination des Ouïghours (interview d’une rescapée)
  • Gulbahar, elle, est une des seules personnes à en être jamais ressorties. Finalement libérée grâce à l’action de sa fille et du Quai d’Orsay, elle a confié son histoire à Rozenn MORGAT  du Figaro. Dans Rescapée du goulag chinois, paru le 13 janvier aux éditions des Équateurs, Gulbahar raconte la torture psychologique, la faim, les interrogatoires interminables, les stérilisations forcées, et la propagande : une machine perfide et sophistiquée qui doit faire oublier aux Ouïghours leur culture et leurs traditions. Rozenn Morgat revient sur ce témoignage douloureux, et risqué : Gulbahar est la première ouïghoure à témoigner à visage découvert.
  • - Comment avez-vous rencontré Gulbahar et comment avez-vous réussi à la convaincre de livrer son récit ?
  • Rozenn MORGAT - J’ai travaillé pendant un an et demi en Chine comme correspondante à Shanghaï, où j’ai commencé à m’intéresser à la question des Ouïghours. Mais le Xinjiang étant totalement barricadé, il était impossible d’y accéder.
  • À mon retour à Paris, en 2017, je me suis penchée sur la diaspora ouïghoure en France Et j’ai rencontré Gulhumar, la fille de Gulbahar, qui m’a raconté son histoire sidérante : sa mère a été enlevée lors d’un voyage au Xinjiang où elle avait été appelée pour signer des papiers dans son ancienne entreprise. Cela faisait déjà un an et demi que sa famille n’avait plus de nouvelle. Gulhumar savait que sa mère était en camp de rééducation. Elle bataillait auprès du Quai d’Orsay pour la faire libérer. Nous sommes restés en contact, et j’ai écrit à son sujet pour Le Figaro. Puis un jour d’août 2019, Gulhumar m’appelle. Les tractations du Quai d’Orsay ont réussi, sa mère arrive à Roissy ! C’était inespéré… Nous avons commencé à nous rencontrer à trois, la fille, la mère et moi-même. Nous avons noué une relation et de fil en aiguille j’ai amorcé l’idée d’un livre : son histoire méritait d’être racontée dans toute sa précision et dans toute son horreur.
  • Pourquoi est-ce un témoignage rare ?
  • Les gens aspirés dans ces camps de rééducation n’en reviennent pas. Ou alors, ils restent au Xinjiang, totalement bâillonnés dans un endroit clôt où personne ne peut accéder. Gulbahar est une exilée qui s’est fait attraper par le système chinois : elle est la seule à avoir été sauvée de ces camps par le Quai d’Orsay et a avoir témoigné.
  • Depuis trois ans, des chercheurs et des lanceurs d’alerte, comme Adrian Zenz, ont déjà apporté des preuves de l’existence des camps de rééducation. Mais la Chine est dans le déni total et s’obstine à parler «d’école» ou de «centres de formation», sans qu’on n’ait de témoignage vivant de ce qui s’y passe. Le récit de Gulbahar est une preuve irréfutable et supplémentaire. Plus personne ne pourra ignorer l’enfer que vivent les Ouïghours.
  • Que se passe-t-il dans ces camps ?
  • Le principe est d’y laver le cerveau des Ouïghours. De vider l’individu de tout ce qu’il est : sa singularité, ses goûts, ses passions, ses envies, ses souvenirs… Ils retirent les vêtements, les cheveux, les prénoms. Gulbahar était devenue un matricule de prisonnière, le numéro 9. Les camps doivent faire oublier aux Ouïghours leur religion et leurs traditions culturelles pour en faire des communistes exemplaires, transformés par la propagande. Onze heures par jour, les prisonniers doivent répéter comme des perroquets des leçons sur la grande histoire de Chine. S’ils n’obéissent pas, ils sont punis. Gulbahar a été enchaînée pendant vingt jours à son lit sans savoir pourquoi. Les détenus vivent 24 heures sur 24 sous des néons ; on les affame, on les terrorise. C’est une vraie torture psychologique : Gulbahar a subi des centaines d’heure d’interrogatoire où on l’accusait de terrorisme, la sommant d’expier ses péchés… Alors qu’elle ne s’intéressait à l’époque pas à la politique de son pays ! En somme, on dépossède les détenus de ce qu’ils sont.
  • Il y a aussi la question de la stérilisation forcée.
  • Oui. Gulbahar raconte avoir à deux reprises reçu «un vaccin», soi-disant contre la grippe. Elle a eu des soupçons à l’époque car de nombreuses jeunes femmes affirmaient ne plus avoir leurs règles suite à ces piqûres. Elle soupçonnait également qu’un médicament soit glissé dans la nourriture pour rendre les prisonniers amorphes. C’est en rentrant en France que ses doutes ont été confirmés.
  • Pourquoi Gulbahar a-t-elle décidé de témoigner à visage découvert ?
  • C’était une décision très importante, et difficile à prendre. Les membres de la diaspora ouïghoure ne peuvent pas s’exprimer, même depuis la France. Ils sont sollicités afin d’espionner pour le compte de Pékin. Le régime menace de s’en prendre à leur famille restée au Xinjiang et l’ambassade de Chine en France refuse de renouveler leurs passeports pour les contraindre à rentrer au pays. Gulbahar a toujours sa mère et sa sœur au Xinjiang et craint beaucoup pour elles. Au fur et à mesure de nos discussions, elle a compris que son livre aurait plus d’impact si elle sortait de l’anonymat. Qu’on la reconnaissait dans le livre : un faux nom aurait pu créer une zone grise où le parti aurait pu aller s’en prendre à sa famille sans qu’elle puisse protester.
  • Comment avez-vous travaillé ?
  • Gulbahar est quelqu’un de très pudique et de très discret, soucieuse de livrer la vérité. Elle ne voulait ni exagérer, ni manquer de précision. C’est pour cela qu’elle a mis autant de temps à me livrer son témoignage. De janvier à avril dernier, nous nous sommes rencontrées par tranches de 5-6 heures. On riait beaucoup : c’est une façon de mettre à distance son traumatisme, de moquer l’absurdité de ces camps… Quand elle ne pouvait plus parler, elle mimait la grosse voix des policiers ou la marche entravée par les chaînes aux pieds. Aujourd’hui, c’est une femme éprouvée, physiquement et psychologiquement. Sa vue a baissé, elle sursaute quand quelqu’un passe derrière elle. Elle va garder des séquelles de sa déportation à vie. Son témoignage est extrêmement courageux. Elle a pris un risque énorme, en pleine conscience. L’Occident ne peut rester dans le déni de ce qui se passe au Xinjiang.

Elisabeth Borne (ministre du Travail): une interview typique d’une technocrate ministre !

Elisabeth Borne (ministre du Travail): une interview typique d’une technocrate ministre !

 

 

Elisabeth Borne, ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion.

 

Elisabeth Borne (ministre du Travail): à donné une interview dans le journal l’Opinion qui caractérise bien le flou artistique d’une technocrate investie récemment dans la politique. Dans cette interview , on trouve tout,  , le contraire aussi. Une sorte de positionnement de type radical-socialiste de la IVe République. ou  de « en même temps ».

Interview

La crise a-t-elle favorisé le dialogue social ?

Elle l’a revivifié. Dès le début de la crise, les partenaires sociaux ont fait preuve d’esprit de responsabilité. Lors du premier confinement, 9 000 accords de reprise d’activité ont été signés. Aujourd’hui, on compte 6 500 accords sur l’activité partielle de longue durée (APLD) dans les branches et les entreprises. Syndicats et patronat négocient également sur des sujets de plus long terme : ils sont parvenus à un accord sur le télétravail, signé par trois organisations patronales et quatre syndicales. Ils se sont entendus également sur la santé au travail. L’Etat est aussi dans la coconstruction avec eux. Par exemple, avec le dispositif Transitions collectives qui gardera sa pertinence au-delà de la crise actuelle.

Quel en est le principe ?

Certains secteurs, comme la restauration collective, sont frappés par la crise ; d’autres sont en tension comme les métiers du soin, le BTP, le digital. L’Etat va prendre en charge la rémunération et la formation des salariés pour leur permettre de passer d’un secteur à l’autre et d’éviter des périodes de chômage. A hauteur de 100 % pour les entreprises de moins de 300 salariés, de 70 % pour celles dont les effectifs sont compris entre 300 et 1 000 ; et de 40 % au-delà. L’idée est de faire jouer la mobilité professionnelle plutôt que géographique : on ne va pas demander aux salariés de partir à l’autre bout du pays.

Sur des réformes importantes comme l’assurance-chômage, il est important d’aller au bout de la concertation, mais s’il n’y a pas un accord, l’Etat prendra ses responsabilités

Ne tombe-t-on pas dans le biais français d’un dialogue social à trois, avec l’Etat, et non pas à deux, entre patronat et syndicats ?

Ce n’est pas du tout ma conception des choses. Quand nous avons établi l’agenda social, en juillet, nous avons retenu des thèmes de concertation entre les seuls partenaires sociaux, dès lors qu’ils sont les mieux placés pour les mener. C’est le cas pour le télétravail ou la santé au travail pour lesquels ils viennent de signer des accords. Il existe également des champs de coconstruction comme celui sur la mobilité professionnelle. Enfin, sur des réformes importantes comme l’assurance-chômage, il est important d’aller au bout de la concertation, mais s’il n’y a pas un accord, l’Etat prendra ses responsabilités.

Faut-il accoutumer l’opinion à la sortie du « quoi qu’il en coûte » et comment le faire en douceur ?

En France, l’Etat a joué un rôle majeur pour amortir le choc économique et social de la crise. Mais il ne pourra pas indéfiniment poursuivre son soutien aux entreprises. Ainsi nous allons faire évoluer les principes de la prise en charge de l’activité partielle [ou chômage partiel]. Les secteurs faisant l’objet de fermeture administrative continueront à être pris en charge à 100 %. Pour les secteurs protégés (tourisme, aéronautique, événementiel, etc.), le taux de 100 % sera maintenu au moins jusqu’à fin janvier. Ensuite, nous distinguerons parmi ces activités, celles qui peuvent repartir rapidement, comme les restaurants qui devraient retrouver immédiatement leur clientèle, et celles qui ont besoin de temps pour la remise en route, comme les organisateurs de salons. Le taux de prise en charge sera adapté à chacun. Pour tous les autres secteurs, le taux restant à la charge des entreprises (15 %) sera maintenu en janvier, ensuite on passera à 40 %, ce qui était initialement prévu pour novembre. Mais toutes les entreprises ont la possibilité de négocier des accords d’APLD, avec un reste à charge limité à 15 %. C’est le bon outil d’autant qu’il comprend un volet formation permettant de renforcer les compétences des salariés.

La crise n’a-t-elle pas fait apparaître la réalité du travail au noir, privant certains travailleurs de filets de sécurité ?

La perte de petits jobs, de l’économie informelle ou pas, à cause de la crise a aggravé la précarité. Durant le premier confinement, on a assisté à un effondrement des missions d’intérim, des contrats courts. En octobre, les embauches en CDD de moins d’un mois sont inférieures de 25 % à ce qu’elles étaient l’an dernier. L’aide exceptionnelle de 900 euros que nous avons mis en place pour les contrats courts, permet de répondre aux travailleurs qui alternent en temps normal ces contrats et les périodes de chômage. Il est vrai que ces protections n’existent pas pour les personnes qui vivent de l’économie informelle, qui apparaît de fait encore plus fragilisante.

Les principes demeurent : il faut inciter les entreprises à sortir des contrats courts à répétition ; la crise montre à quel point c’est pénalisant pour les salariés. Et il faut qu’il soit toujours plus rémunérateur de travailler plutôt que d’être demandeur d’emploi

Quelles sont les réformes sociales à faire aboutir d’ici à la fin du quinquennat ?

Il faut rappeler celles que nous avons faites comme la formation professionnelle et l’apprentissage, et leur succès : nous allons battre le record de 2019 pour le nombre d’apprentis. Je souhaite que nous allions au bout de la réforme de l’assurance-chômage, en tenant compte du nouveau contexte. Nous allons revenir vers les partenaires sociaux avec des propositions plus précises. Mais les principes demeurent : il faut inciter les entreprises à sortir des contrats courts à répétition ; la crise montre à quel point c’est pénalisant pour les salariés. Et il faut également qu’il soit toujours plus rémunérateur de travailler plutôt que d’être demandeur d’emploi.

Les retraites ?

La crise n’a pas réduit la pertinence de la réforme qui permet de mieux prendre en compte les carrières hachées : le système actuel pénalise notamment les travailleurs de la deuxième ligne. Cette réforme doit se faire dans le dialogue social. En juillet, nous avions dit que la discussion devait reprendre à la fin de cette année ou au début de la suivante. Il faut ajuster ce calendrier en fonction des urgences du moment, faire preuve de pragmatisme. La réforme de l’assurance-chômage est prioritaire. Ensuite, sur les retraites, il faut parvenir à trouver un chemin avec les partenaires sociaux. On ne peut pas traiter tous les sujets en même temps.

Faut-il à la fois réformer le système de retraites et en rétablir l’équilibre financier ?

Quand on veut faire les deux en même temps, on est mal compris. Les événements nous l’ont montré. Nous n’allons pas mettre la question de la dette sous le tapis, mais il s’agit d’une problématique globale. Il faut distinguer ce qui relève des effets directs de la Covid-19, avec une baisse générale des recettes, des questions structurelles comme nous l’avons dit, en juillet, avec les partenaires sociaux.

Traiterez-vous le sujet financier avant la fin du quinquennat ?

Il faut d’abord en prendre la mesure et tenir compte du climat social, du climat psychologique du pays comme l’a dit le président de la République. Le sujet des retraites n’est pas celui dont les partenaires sociaux me parlent le plus spontanément ! Nous avons une urgence commune, sortir de la crise sanitaire, économique et sociale, et protéger les emplois.

Pour les jeunes, par exemple, nous avons fait le choix de privilégier l’activité et l’insertion professionnelles. C’est plus efficace qu’un RSA jeunes

Et l’ambition réformatrice du Président ?

Nous n’avons pas arrêté les réformes, nous avons beaucoup innové dans cette crise, y compris avec des dispositifs durables. Pour les jeunes, par exemple, nous avons fait le choix de privilégier l’activité et l’insertion professionnelles. C’est plus efficace qu’un RSA jeunes. Tous ont désormais droit à un accompagnement, avec l’APEC, Pôle emploi ou une mission locale. Ces parcours vers l’emploi permettent aux jeunes de bénéficier d’un soutien financier quand ils en ont besoin.

Vous intervenez, le 12 décembre, devant Territoires de progrès. Pour porter quel message ?

Territoires de progrès [une initiative de macronistes venus de la gauche] regroupe des gens dont je partage la sensibilité sur nombre de sujets, comme la nécessité d’avoir un dialogue apaisé, avec les territoires, avec les partenaires sociaux. Je le fais depuis le début du quinquennat. Je souhaite aussi porter deux convictions fortes : agir pour l’égalité des chances et l’émancipation par le travail, c’est ce qu’on fait pour les jeunes. Aucun ne doit être empêché d’accéder à l’emploi ou à une formation parce qu’il a des problèmes financiers. Ou avec les emplois francs qui favorisent l’embauche des personnes venues des quartiers prioritaires.

Assumez-vous une sensibilité de gauche ?

Oui. Même si de gauche, on ne sait plus très bien ce que cela veut dire. Si c’est Jean-Luc Mélenchon, non. Je crois à l’égalité des chances, à l’émancipation par le travail, à l’attention portée aux plus fragiles. Je crois aussi que l’économie, c’est important, et qu’il faut soutenir les entreprises pour créer des emplois. C’est une dimension forte de l’action du Président, il est nécessaire que cela se sache et se voie.

On reproche aux ministres qui viennent de la gauche, comme vous et Florence Parly, de ne pas faire entendre suffisamment leur voix…

Dans mes fonctions, je fais entendre et je montre ce à quoi je crois. Territoires de progrès est aussi une façon d’affirmer cette sensibilité.

Cinq ans après l’accord de Paris sur le climat, l’ancien président français ne cache pas sa déception sur France 2 et dans «Le Monde» jeudi 10 décembre. Il appelle les Européens, qui se réunissent à Bruxelles, à réagir et «à montrer l’exemple»

Bernard Lavilliers , chanteur engagé, ancien métallo, remet à sa place avec ironie l’ascension de Macron. (Interview JDD)

Bernard Lavilliers : « Macron pas sorti d’un chapeau » (Bernard Lavilliers)

 

 

Bernard Lavilliers ,  chanteur engagé, ancien métallo,  remet à sa place avec ironie l’ascension de Macron. (Interview JDD)

 

« °Je suis dans une phase d’observation et d’autodérision, un luxe par les temps qui courent. Les gens n’ont pas trop envie de se marrer. Peut-être devrais-je écrire la suite de Troisièmes Couteaux [1994] : « Ils ne font rien, ils se situent/Ils sont consultants ambigus/Des hydres multinationales »? Avec Macron, on a découvert que l’homme providentiel n’était pas sorti d’un chapeau. Ça faisait quatre ans que les cols blancs lui préparaient le terrain. Il aimerait diriger le pays comme une entreprise de cerveaux dont il serait le chef. Mais ça risque de ne pas marcher. Les technocrates sont peut-être bons dans le dégraissage des entreprises pour les rentabiliser à mort. Mais, dans un pays, qui sont les actionnaires? Les gens du peuple. Et je ne suis pas sûr que les Français s’y retrouvent. Il suffit d’une embrouille à la Benalla pour que tout se fractionne. »

Qu’avez-vous prévu après votre tournée française?
Je continue la scène par quelques dates au Canada. Au retour, je prendrai le Transsibérien pour écrire une nouvelle entre ­Moscou et Vladivostok. Espérons que Blaise Cendrars veille sur moi! Ensuite, je pars m’installer quelque temps à ­Buenos Aires. Je me suis mis à l’espagnol à l’aide d’un programme pour enfants. Bon, l’Argentine, ce n’est pas la joie en ce moment : 60% d’inflation. Le soir, il faut changer les étiquettes des prix du matin. Pourquoi l’Argentine, la Colombie ou le Venezuela, qui ne sont pas des petits pays sans ressources, connaissent-ils la même malédiction? Une nation sans mémoire est condamnée à revivre son passé. Heureusement, il y a la musique. Même si je ne compte pas me mettre au tango! »

 

Télé- Macron-Delahousse : une interview à la Stéphane Bern

Télé- Macron-Delahousse : une interview à la Stéphane Bern

Beaucoup ont été surpris par la nature de l’interview de Macron réalisée par le journaliste de Delahousse. Une sorte de visite du patrimoine monarchique en présence du maître des lieux. Une interview cependant très complaisante et de nature courtisane. Un peu comme les réalise le journaliste Stéphane Bern spécialisé dans les reportages concernant le patrimoine et les familles royales. Un Stéphane Bern par ailleurs très apprécié par l’opinion publique du fait de la qualité de ses émissions, de son style et de cette caractéristique indéfinissable qui tire ses reportages vers le positif et le merveilleux. Un peu l’exercice auquel s’est livré  le journaliste de France 2 en interviewant Macron. Tout était beau, tout était lisse, tout inspirait le positivisme. Bref pas vraiment une interview politique mais plutôt une mise en valeur de la grandeur de notre monarque républicain. Un président de la république qui évidemment ne manque pas de qualités et apporte enfin un peu de modernité dans la vie politique mais qui a parfois tendance à en faire des tonnes pour se valoriser et sacraliser sa fonction.

 

 

Fillon a peur de jean -Jacques Bourdin et refuse l’interview

Fillon  a peur de jean -Jacques Bourdin et refuse l’interview

 

À peine faux-cul, Fillon refuse l’«entretien d’embauche» auquel l’avait convié Jean-Jacques Bourdin. En fait,  François Fillon a été très chahuté par Jean-Jacques Bourdin lors  de son dernier passage sur BFM. Interrogé sur ses revenus (en moyenne de 25 000 € par mois depuis plusieurs années)  l’ancien ministre avait déclaré qu’il ne parvenait même pas à économiser. Une déclaration qui avait suscité la surprise et la moquerie des réseaux sociaux. Du coup,  il se méfie et ne veut pas être interviewé par Jean-Jacques Bourdin au motif qu’il aurait été insulté. Ce que contestait hier mais B FM. Fillon avance un autre un autre argument : celui du calendrier. Il indique que la date prévue pour ce nouvel entretien ne lui convenait pas et qu’il a proposé d’autres dates ; ce qui d’après BFM est encore complètement faux.  Sur RMC, le matinale a déploré le refus de François Fillon: «Vous savez que tous les candidats viennent répondre à mes questions, ça marche très fort, j’ai vu les audiences qui sont très importantes sur RMC et BFM-TV. Tous, sauf un, parce que François Fillon a décliné l’invitation». Jean-Jacques Bourdin a expliqué que le candidat de la droite «ne veut plus parler des affaires, donc il estime que l’on ne peut plus l’interroger». «Il y a quelques mois, il souhaitait absolument que l’on parle des affaires (…) mais c’était à l’époque de la primaire, quand on parlait de Nicolas Sarkozy! Là, il voulait qu’on parle des affaires! Aujourd’hui, terminé, il n’en veut plus!». «Vous savez les absents ont toujours tort dans la vie», a-t-il ajouté. Invité de BFMTV jeudi soir, François Fillon a tenu à justifier son absence: «Quant aux rendez-vous que je n’honore pas, je vais m’expliquer. C’est un véritable mensonge. C’est malhonnête de dire ça. J’ai jamais dit que je ne voulais pas aller chez M. Bourdin, je lui ai proposé deux dates. On était même en train d’en négocier une troisième. Et je me fais insulter en direct sur l’antenne de BFM. J’ai écouté. Je n’irai pas à ce rendez-vous-là dans des conditions comme celles-là.» Et d’ajouter: «Je ne suis pas aux ordres de M. Bourdin! S’il veut revenir sur les propos qu’il a tenus et qu’on trouve une date, je serai ravi d’y aller comme j’y suis très allé très souvent». Le journaliste n’a pas tardé à réagir aux propos du candidat. «F.Fillon ment. Je ne l’ai jamais insulté. Il a annulé. Il n’a jamais proposé trois autres dates. Ou est l’autorité morale? Rendez-vous demain matin», a-t-il tweeté.

Un paradis fiscal c’est quoi ? Par Xavier Harel, journaliste spécialisé en évasion fiscale- (interview La Tribune)

Un paradis fiscal c’est quoi ? Par Xavier Harel, journaliste spécialisé en évasion fiscale- (interview La Tribune)

Qu’est-ce qu’un paradis fiscal

XAVIER HAREL - C’est un concept englobant qui a quatre dimensions. Une fiscalité faible sur les plus-values immobilières ou sur les bénéfices. Une grande opacité qui consiste à refuser de communiquer à l’administration des éléments d’information sur ses clients. C’est l’élément le plus important et le plus recherché. L’instrument c’est le secret bancaire, qui existe en Suisse, mais pas seulement. Il existe aussi en Autriche, au Luxembourg, en Belgique. L’opacité peut aussi être cherchée dans le Delaware aux Etats-Unis où plus de 950.000 sociétés sont enregistrées.

Ce n’est pas le seul moyen. Il y a aussi la création de trusts. Il s’agit de confier des biens – qui peuvent être matériels comme des maisons, des tableaux… à un trustee qui en devient le propriétaire officiel. La pratique date des Croisades. Quand les croisés partaient pendant plusieurs mois, ils confiaient leur famille, leurs terres à un homme de confiance, d’où le terme de « trust » en anglais qui signifie confiance. Et bien sûr, il n’y a pas de registre des bénéficiaires de ces trusts, on ne peut donc pas savoir qui est derrière puisqu’il n’y a pas de coopération. Dans l’affaire Wildenstein par exemple (le célèbre marchand d’art Guy Wildenstein a été mis en examen le jeudi 24 janvier pour fraude fiscale et blanchiment de fraude fiscale, NDLR), entre un et dix milliards de dollars de tableaux étaient confiés à des trusts. Certains étaient accrochés dans des musées mais appartenaient à des trusts domiciliés aux Caïmans.

Le troisième élément est une législation peu contraignante pour les activités financières. Ce sont des paradis réglementaires où les exigences prudentielles sont très faibles. C’est la raison pour laquelle de très nombreux hedge funds américains sont entregistrés aux Caïmans. En Europe, le Luxembourg est un paradis fiscal pour les Sicav.

Le quatrième élément est l’absence ou la faible coopération judiciaire. Si un soupçon de fraude pèse sur quelqu’un et qu’une commission rogatoire est lancée, il sera très difficile au juge français par exemple d’obtenir des informations. Ainsi, à Singapour, il faut d’abord demander son autorisation au titulaire du compte pour divulguer ses informations à la justice…

Il est rare de trouver des territoires où ces quatre éléments soient tout réunis fois. Mais certains restent encore plus attractifs que d’autres comme les Bermudes ou les îles Vierges britanniques.

Ces places « offshore » ne servent-elles en fait que de « tuyaux »?

Oui. Aux îles Caïmans où nous avons tourné le documentaire, il ne se passe rien. L’industrie financière n’est même pas visible. Il y a plus de 400 banques sur place mais pas une n’a pignon sur rue. Il s’agit d’employés qui font du « booking ». Evidemment, l’argent n’est pas aux îles Caïmans. C’est un jeu de miroirs. C’est ainsi que les investissements de Chypre en Russie ont pu être aussi massifs. Et il existe une quantité de montages entre paradis fiscaux. Un simple compte en Suisse, c’est pour les professions libérales! Ce n’est pas très sophistiqué. La technique plus évoluée serait plutôt le trust à Jersey lié à un holding aux îles Caïmans qui détiendrait des actifs réels comme un château en Angleterre, une entreprise en France et du cash en Suisse par exemple.

Comment remonter la piste?

Si le fisc commence à s’intéresser à ces montages pour enquêter sur d’éventuelles fraudes, il faudra beaucoup de courage, de temps et d’énergie pour remonter tous les fils. D’autant plus que ces structures sont montées avec des clauses de fuite: dès que la justice commence à s’intéresser à une de ces sociétés, le trustee à pour mission de la fermer et d’en créer une autre. Tout s’est très bien organisé…

Il faut tout de même savoir qu’il y a entre 20.000 et 30.000 milliards de dollars qui sont cachés dans les paradis fiscaux. Cela représente les trois quarts de la dette mondiale. Ce n’est pas toujours illégal mais cela représente des pertes colossales pour les Etats. Ce sont paradis fiscaux qui bousillent notre démocratie.

Quelles sont les pistes pour tenter d’y mettre fin?

Les Etats-Unis ont quasiment été les seuls à réagir. Une loi appelée « Fatca » [Foreign account Tax Compliance act"] oblige toutes les banques qui veulent exercer sur leur territoire à signaler les contribuables américains qui possèdent des comptes chez eux. S’ils ne transmettent pas les données, ils ne peuvent pas ouvrir de succursale dans la première économie du monde. Ils sont en train de négocier ce dispositif. Nous pourrions faire la même chose en France.

S’il y a bien un angle d’attaque, ce sont les banques. Par exemple, si un établissement comme la BNP est présente en Suisse, aux Caïmans et dans d’autres territoires, ce n’est évidemment pas pour leurs clubs de vacances mais pour leurs structures qui permettent l’évasion fiscale. Ces banques proposent même à leurs clients des services en ce sens.

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Hollande interview dans le nouveau journal « society » : aveu d’impuissance

Hollande interview dans le nouveau journal « society » : aveu d’impuissance

Inutile de commenter cette interview tellement elle est insipide, grotesque même, un véritable aveu impuissance et le FN «  qui le ramène à la réalité ». Cette confession aussi « en campagne on fait tout » après on s’adapte…ou en fait le contraire. Le degré zéro de la politique.  A ce niveau d’incompétence et d’hypocrinie,  ça sent la fin d’un parti aussi la fin d’un système, la fin d’une  oligarchie. A quatre jours du premier tour des élections départementales, le Front national est de nature à ulcérer François Hollande. «L’extrême droite est une zone d’ombre au niveau international, qui nous ramène à une réalité interne difficile», lance-t-il, reconnaissant qu’elle «a continué à progresser depuis 2012». Le locataire de l’Elysée pointe «une radicalisation de la droite autour de l’identité nationale (ainsi qu’)une déception à l’égard des alternances successives». D’où, selon lui, «ce vote par colère ou adhésion» et «une forme de banalisation, voulue par le FN lui-même, qui en a fait une stratégie». Comme on lui demande si la gauche a abandonné la classe ouvrière au parti de Marine Le Pen, François Hollande relève qu’elle est effectivement «la catégorie qui a le plus souffert des mutations économiques et des suppressions d’emplois». «Il est donc commode pour les populistes de laisser croire que c’est à cause des étrangers, de la mondialisation et de l’Europe que les difficultés sont venues et que la France pourrait se murer, se barricader ou se replier pour échapper aux grands vents de l’Histoire», analyse-t-il. Mais François Hollande en est persuadé: «Une reprise s’annonce» et «les conditions économiques s’améliorent (…) «alors, si j’arrive à faire passer l’idée que ça va mieux, ça ira encore mieux.» Comme dans un aveu, il ajoute: «en campagne, le candidat peut tout. Après, il s’adapte à la réalité. Et quand il ne peut pas, il est sanctionné». Notant aussi que la société «est devenue de plus en plus impatiente», il estime que «la démocratie doit changer de rythme», sinon, «c’est elle qui sera changée». Pour accompagner cette reprise, il compte sur son jeune ministre de l’Economie, Emmanuel Macron. «Suspect» aux yeux de certains pour avoir «passé quatre ans dans une banque» avant de le rejoindre à l’Élysée, «il aurait pu aller fonder une start-up ou donner des conférences» et «a préféré servir son pays et donner un coup de jeune à certaines réformes», se félicite François Hollande. Celui-ci tresse aussi des lauriers à Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l’Education nationale qui «n’avait pas le profil habituel du poste» et «apporte plus d’écoute, de compréhension, d’imagination, d’invention que bien d’autres avant elle». «Le fait même qu’elle ait ce visage, qu’elle porte ce nom, c’est aussi un message: ‘Voilà, l’école peut être le lieu de la réussite pour tous’», dit-il.

Orange-Stéphane Richard : «la filière numérique menacée par Bruxelles »( interview Le Figaro)

Orange-Stéphane Richard : «la filière numérique menacée par Bruxelles »( interview Le Figaro)

Stéphane Richard, PDG d’Orange, revient sur les ­perquisitions diligentées par la Commission européenne la semaine dernière chez trois grands opérateurs télécoms européens: Orange, Deutsche Telekom et ­Telefonica. La Commission cherchait d’éventuelles preuves d’abus de position dominante dans la gestion du trafic Internet. La société américaine Cogent, à l’origine de l’affaire, accuse les Européens de ne pas écouler son trafic gratuitement, comme le prévoient les accords de «peering». Ceux-ci permettent aux opérateurs de s’échanger entre eux du trafic sans se facturer. De leur côté, les Européens jugent que la quantité de trafic envoyé par Cogent justifie une rétribution financière.

LE FIGARO. – Que sont venus chercher les agents de la Commission chez Orange et qu’ont-ils trouvé?

Stéphane RICHARD. - Ils n’ont rien trouvé. Comme dit René Oberman, patron de Deutsche ­Telekom, ils se sont trompés d’adresse! Pourtant la Commission n’a pas lésiné sur les moyens. Bruxelles a envoyé chez Orange vingt et un agents pendant quatre jours. Ils sont allés dans quatre de nos sites. Ils ont saisi mes ordinateurs et ont perquisitionné mon bureau. Tout cela est quand même violent. C’est la quatrième fois depuis que je suis à la tête du groupe que des autorités de concurrence mènent ce type d’opération. Difficile de ne pas y voir une forme d’acharnement. Nous ne sommes pas contre la concurrence, nous la vivons tous les jours! Cette fois, il s’agit d’une affaire qui nous oppose à l’américain Cogent. Ce conflit a pourtant déjà été tranché en notre faveur par l’Autorité de la concurrence en France après déjà de longs mois d’enquête. Il est stupéfiant que la Commission se fasse ainsi le ­complice d’un ­acteur américain contre des ­entreprises euro­péennes qui emploient et investissent massivement en Europe. Aux États-Unis, la réciproque ne risque pas d’arriver! 

Vous accusez la Commission de jouer contre son camp. Pourquoi le ferait-elle?

Depuis vingt ans, Bruxelles ne sait faire qu’une seule et unique ­chose: de l’antitrust. Bruxelles semble ne pas comprendre que le monde a changé, que nous ne sommes plus les anciens monopoles historiques depuis longtemps, mais que nous sommes désormais plongés dans un monde ultraconcurrentiel, confrontés à des baisses de prix féroces alors que nous devons investir massivement dans nos réseaux. Dans le transport ­aérien, l’énergie, les télécoms, Bruxelles fait de la concurrence sauvage l’alpha et l’oméga de la politique économique. Cette idéologie a provoqué beaucoup de dégâts.

Cogent affirme qu’Orange refuse d’acheminer son trafic, notamment pour ralentir l’accès à YouTube et favoriser sa propre filiale, DailyMotion.

C’est faux et grotesque. D’abord, il est ridicule de mettre sur un pied d’égalité DailyMotion et YouTube, dont l’audience est dix fois supérieure! D’autre part, que penser de Cogent, dont le modèle économique est basé sur le non-paiement de l’usage des réseaux qu’il utilise massivement alors qu’il s’est développé en acheminant le trafic de Megaupload, site aujourd’hui fermé, dont chacun sait que la légalité est plus que contestable.

Les opérateurs européens sont bon marché. Risquent-ils d’être rachetés par des géants américains?

La politique consumériste à tous crins de Bruxelles affaiblit les opérateurs européens et déprécie leur valorisation boursière. Les trois grands opérateurs européens pèsent moins lourd en Bourse que le seul AT&T. Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner de voir ­Carlos Slim racheter KPN ou les grands opérateurs américains s’intéresser à des acquisitions à bas prix en Europe. Les États sont encore présents au capital des grands opérateurs et feront barrage à des OPA hostiles. Mais le risque, c’est que les opérateurs, trop affaiblis, ne puissent investir et créer le gisement d’emplois promis par le numérique. Toute la filière numérique est en jeu. Bruxelles a déjà largement fait le jeu des Asiatiques en mettant en œuvre une régulation visant uniquement à baisser les prix et en mettant sous pression les équipementiers et fabricants européens comme Alcatel ou Nokia.

La concurrence a permis une baisse des prix pour le consommateur et stimulé l’innovation. Auriez-vous déployé la 4G si vite sans l’arrivée de Free Mobile?

Regardez les États-Unis, où il y a 80 % de couverture 4G aujourd’hui avec seulement deux opérateurs dominants pour 350 millions d’habitants… Nous aurions bien évidemment développé la 4G en France comme partout en Europe. En revanche, sur la fibre optique, qui est un enjeu capital, les ­opé­rateurs sont trop affaiblis pour investir autant qu’ils le devraient. Or, c’est le grand chantier du ­futur, sur lequel l’Europe est à la traîne alors que les États-Unis et la Chine s’équipent à toute vitesse. Le déploiement de la fibre est évalué à 250 milliards d’euros en ­Europe. Au rythme où l’on va, il y en a pour quatre-vingt-dix ans.

Bruxelles commence à infléchir sa position. Une prise de conscience s’opère?

Neelie Kroes, commissaire au Numérique, appelle de ses vœux un «marché unique des télécoms». C’est bien. Mais cela reste pour l’instant une perspective très ­éloignée. En attendant, on veut commencer une fois de plus par amputer nos ressources, en baissant le prix des appels passés depuis l’étranger (roaming). Cette nouvelle baisse prévue des prix du roaming représenterait une perte sèche pour Orange de 300 millions d’euros de marge. En contrepartie, je ne vois aucune mesure pour stimuler l’investissement.

Concrètement, quelles mesures souhaitez-vous?

Il serait de bon sens de mettre en place un moratoire sur les baisses de prix du roaming afin de faire une étude d’impact sérieuse des précédentes mesures de baisse. Au-delà de ce moratoire, nous réclamons un régulateur unique européen, clé de voûte pour qu’existe une véritable industrie européenne. Il faut réduire le nombre d’opérateurs en Europe, permettre les rapprochements continentaux, car 150 opérateurs pour 28 pays, c’est beaucoup trop. Il faut également s’occuper de certaines distorsions de concurrence, comme sur le câble par exemple. Seuls les réseaux fixes des opérateurs sont régulés, alors que les câblo-opérateurs sont en mesure de passer à la fibre optique parfois avec des subventions ­publiques, sans que les opérateurs tiers aient la possibilité d’accéder à leurs réseaux. Enfin, on attend toujours que la ­Commission ­s’occupe sérieusement de mettre en place des conditions de concurrence équitable, par exemple sur le plan de la fiscalité des acteurs du numérique américain.

 

« Les ouvriers français trop chers » interview du PDG de Titan- le Figaro)

« Les ouvriers français trop chers » interview du PDG de Titan- le Figaro)

 

LE FIGARO. – Votre lettre fait scandale en France. La regrettez-vous?

Maurice TAYLOR. – Je n’ai pas voulu insulter les Français. Ce que j’ai voulu dire c’est que le syndicat de l’usine d’Amiens est tombé sur la tête. Je veux que les ouvriers travaillent. Si les ouvriers français travaillaient, ils seraient aussi compétitifs que les Allemands, les Britanniques ou les Américains. Et ils seraient plus compétitifs que les Indiens ou les Chinois. Le problème est que les Français sont trop chers à cause notamment de leurs avantages sociaux. Je voudrais dire que je ne suis pas celui qui a rendu cette lettre publique. Ceux qui l’ont fait avaient des motifs. Vous pouvez les deviner. Mais, dans cette lettre, je ne dis rien que je n’aie pas déjà dit aux ouvriers de l’usine: si vous ne travaillez pas plus et pas mieux, vous ne pourrez plus vivre. Vous n’aurez plus l’argent pour vous payer le bon vin français. Vous serez inondés de pneus indiens et chinois.

Vous n’avez pas voulu garantir les emplois au-delà de 2-3 ans?

J’ai proposé une garantie sur 2-3 ans. Mais le syndicat est idiot. Il ne comprend pas que si j’investis des millions dans une usine, si je forme des équipes, ce n’est évidemment pas pour plier bagages deux ou trois ans après.

Qu’est-ce que le gouvernement français aurait dû faire?

Il aurait dû dire au syndicat: «Arrêtez votre délire. Goodyear ferme l’usine. Vous allez tout perdre.» Il aurait dû expliquer que le profit n’est pas un mot dégoûtant. Il aurait dû comprendre que notre métier est de racheter des usines de pneus en difficulté. Nous savons les redresser. Notre objectif est que des Français achètent des pneus faits en France, pas en Chine ou en Inde comme cela commence déjà à être le cas.

N’y a-t-il aucune chance que vous reveniez sur votre décision?

Je ne dis jamais «jamais». Avec un effectif plus petit, une meilleure organisation, une bonne formation, l’usine serait compétitive.  Je connais le pneu. Je ne passe pas mon temps dans les salles de réunion. Je descends dans les usines. Je me salis les mains. Je transpire. Je sais ce que c’est qu’une machine. Je peux parler aux ouvriers dans leur langue. Et pourtant, je ne parle pas de langue étrangère et je ne parle pas correctement l’anglais non plus! J’aime la France. J’aime les femmes françaises. Je n’ai pas oublié que La Fayette nous a sauvés. Il faut que les Français comprennent: leur mode de vie va disparaître s’ils ne changent pas leurs habitudes.




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