Archive pour le Tag 'humain'

«Pas d’intelligence artificielle sans humain». (David Lacombled)

«Pas d’intelligence artificielle sans humain». (David Lacombled)

 

Dans un papier de l‘Opinion, David Lacombled observe que le concept d’intelligence artificielle ne saurait convaincre l’opinion si l’on ne fait pas le lien avec la dimension humaine qui doit demeurer. La vérité sans doute puisque si l’intelligence artificielle permet d’énormes gains de productivité dans un secteur donné, elle permet parallèlement en amont et en aval la création de nombre d’activités connexes.

Un seul exemple qui contredit la thèse de l’intérêt du tout  technologique : la suppression du support papier. En réalité, les flux d’informations sont majoritairement gérés désormais par voie numérique mais il y a autant et même davantage de papier au bout de la chaîne qui supporte les frais d’édition. Par ailleurs évidemment l’intelligence artificielle n’a  intérêt que si elle sert le progrès humain.

L’intelligence artificielle (IA) ne fera pas tout affirme David Lacombled. Promettre ou craindre le grand remplacement, ici des humains par la machine , ne peut que renforcer défiance et méfiance face à la technologie, en accentuant les divisions entre les individus. Les promesses mirifiques ouvrent la voie au désenchantement. La technique et l’économie doivent rester une science en veillant à ne pas revêtir des attributs de la fiction.

L’IA, un vocable polymorphe souvent préféré à celui plus effrayant encore d’automatisation, est par nature machinale, là où l’intelligence humaine est instinctive et créative. C’est à cela que l’on reconnaît des êtres capables de lier des éléments qui n’avaient de prime abord rien à voir entre eux. Pour preuve, les humains savent parfaitement se jouer de la machine et ne se privent pas de la contourner. Les militants anti-vaccins savent, par exemple, parfaitement passer sous les radars de modération et de détection automatique des réseaux sociaux, en faisant sans cesse évoluer leur langage. Ainsi, «(ovid Va((ine» (sic) ne sera pas détecté tant qu’il n’aura pas été saisi dans une base de données, vaste dictionnaire du Web… par un humain.

 

«Pas d’IA sans humain». (David Lacombled)

«Pas d’intelligence artificielle sans humain». (David Lacombled)

 

Dans un papier de l‘Opinion, David Lacombled observe que le concept d’intelligence artificielle ne saurait convaincre l’opinion si l’on ne fait pas le lien avec la dimension humaine qui doit demeurer. La vérité sans doute puisque si l’intelligence artificielle permet d’énormes gains de productivité dans un secteur donné, elle permet parallèlement en amont et en aval la création de nombre d’activités connexes.

Un seul exemple qui contredit la thèse de l’intérêt du tout  technologique : la suppression du support papier. En réalité, les flux d’informations sont majoritairement gérés désormais par voie numérique mais il y a autant et même davantage de papier au bout de la chaîne qui supporte les frais d’édition. Par ailleurs évidemment l’intelligence artificielle n’a  intérêt que si elle sert le progrès humain.

L’intelligence artificielle (IA) ne fera pas tout affirme David Lacombled. Promettre ou craindre le grand remplacement, ici des humains par la machine , ne peut que renforcer défiance et méfiance face à la technologie, en accentuant les divisions entre les individus. Les promesses mirifiques ouvrent la voie au désenchantement. La technique et l’économie doivent rester une science en veillant à ne pas revêtir des attributs de la fiction.

L’IA, un vocable polymorphe souvent préféré à celui plus effrayant encore d’automatisation, est par nature machinale, là où l’intelligence humaine est instinctive et créative. C’est à cela que l’on reconnaît des êtres capables de lier des éléments qui n’avaient de prime abord rien à voir entre eux. Pour preuve, les humains savent parfaitement se jouer de la machine et ne se privent pas de la contourner. Les militants anti-vaccins savent, par exemple, parfaitement passer sous les radars de modération et de détection automatique des réseaux sociaux, en faisant sans cesse évoluer leur langage. Ainsi, «(ovid Va((ine» (sic) ne sera pas détecté tant qu’il n’aura pas été saisi dans une base de données, vaste dictionnaire du Web… par un humain.

 

Transplantation du rein d’un porc sur un humain

Transplantation du rein d’un porc sur un humain

 

Dans le monde entier des malades aux reins déficients attendent désespérément des transplantations d’humains à humain. En attendant ils subissent régulièrement des séances d’épuration du sang particulièrement éprouvantes mais aussi coûteuses ( dialyses).

 

En France, le plan greffe a fixé comme objectif 7800 transplantations en 2021 – tous organes confondus – contre environ 6100 en 2017, ce nombre a chuté à 5800 en 2018, « rendant quelque peu utopique » la barre visée, selon ce rapport. Les seules greffes de rein ont reculé de 5,7% à 3.567, selon l’Agence de la biomédecine.

Dans le même temps, « chaque année, le nombre des inscrits » sur le registre des patients en attente de greffes « outrepasse très largement celui des malades greffés », conduisant à une liste d’attente de 24 000 personnes en 2017.

Résultat : « 500 à 600 patients » sur listes d’attente, « meurent chaque année, faute d’avoir été greffés ». D’autres « aussi nombreux, sont retirés des listes ». Leur état s’étant aggravé, « ils sont devenus inopérables », déplore le rapport. La hausse des candidats à la greffe d’un rein est liée à l’augmentation du nombre de diabétiques en insuffisance rénale chronique.

Des scientifiques américains ont réussi à faire fonctionner sur un humain le rein d’un porc génétiquement modifié, une percée qui représente un espoir pour les très nombreuses personnes dans l’attente d’une transplantation. Si le succès se confirme, ( nombre de conditions scientifiques reste à vérifier) on pourrait en effet imaginer que les cochons puissent un jour être élevés dans le but de fournir des organes (poumons, cœurs…) aux humains qui en ont besoin. Plus de 100.000 Américains sont actuellement sur liste d’attente pour une greffe d’organe. 17 personnes meurent chaque jour dans l’attente d’un don.

Certains experts ont accueilli la nouvelle avec prudence, les résultats détaillés de l’étude menée n’ayant pas encore été publiés dans une revue scientifique. «C’est néanmoins un pas intéressant sur la route menant à l’utilisation de porcs génétiquement modifiés comme source d’organes pour les transplantations», a commenté Alan Archibald, spécialiste en génétique à l’université d’Edimbourg.

Transplantation du rein d’un porc sur un humain

Transplantation du rein d’un porc sur un humain

 

Dans le monde entier des malades aux reins déficients attendent désespérément des transplantations d’humains à humain. En attendant ils subissent régulièrement des séances d’épuration du sang particulièrement éprouvantes mais aussi coûteuses. Des scientifiques américains ont réussi à faire fonctionner sur un humain le rein d’un porc génétiquement modifié, une percée qui représente un espoir pour les très nombreuses personnes dans l’attente d’une transplantation. Si le succès se confirme, ( nombre de conditions scientifiques reste à vérifier) on pourrait en effet imaginer que les cochons puissent un jour être élevés dans le but de fournir des organes (poumons, cœurs…) aux humains qui en ont besoin. Plus de 100.000 Américains sont actuellement sur liste d’attente pour une greffe d’organe. 17 personnes meurent chaque jour dans l’attente d’un don.

Certains experts ont accueilli la nouvelle avec prudence, les résultats détaillés de l’étude menée n’ayant pas encore été publiés dans une revue scientifique. «C’est néanmoins un pas intéressant sur la route menant à l’utilisation de porcs génétiquement modifiés comme source d’organes pour les transplantations», a commenté Alan Archibald, spécialiste en génétique à l’université d’Edimbourg.

La question du capital humain

La question du capital humain

Jean-Marc Daniel, économiste, évoque la nécessité de mieux prendre en compte la question du capital humain ( dans l’Opinion)

Tribune

A une époque où les dirigeants n’ont à la bouche que le mot compétitivité, c’est-à-dire la comparaison du coût du travail entre concurrents, il est important de prendre de la hauteur et de ne pas voir dans la rémunération du travail uniquement un coût. Naguère, certains économistes avaient popularisé, au travers de la référence à Ford, l’idée que l’entreprise devait voir dans ses salariés, non seulement des producteurs, mais aussi des clients potentiels. Pour ces économistes, l’entreprise a intérêt à se montrer généreuse en matière salariale car en distribuant du pouvoir d’achat, elle s’assure des débouchés.

Cette idée était en fait assez simpliste dans la mesure où, heureusement pour Ford, ses ventes ne se sont pas limitées à ses personnels. Elle a néanmoins permis de dépasser les visions réductrices du salaire en préparant la théorisation de ce que l’on appelle le « salaire d’efficience ».

Productivité. Parler de salaire d’efficience revient à substituer à la compétitivité la productivité, c’est-à-dire la mesure de l’efficacité du travail. C’est elle dont Jean Fourastié, l’auteur de la célébrissime formule des « Trente glorieuses », a fait la clé de la croissance. La productivité repose d’abord sur le progrès technique, sur l’efficacité accrue des machines et leur capacité à remplacer les hommes. Car il doit être clair que le mérite du progrès technique est de supprimer des emplois dans tel ou tel secteur économique, mais en pratique des emplois souvent fastidieux et pénibles, et ce afin d’en permettre la création dans d’autres secteurs.

Gary Becker définit ce capital humain comme un facteur de production à part entière, où s’agrègent compétence, expérience et volonté de se réaliser

La productivité repose ensuite sur l’usage que font les hommes des machines. C’est là que l’on retrouve le salaire d’efficience. L’usage de cette expression sert à affirmer que le lien entre la productivité et le salaire est dialectique : une productivité élevée permet de verser des salaires élevés, et symétriquement, des salaires élevés motivent les salariés et améliorent leur implication dans leur travail et dans la maîtrise des outils dont ils disposent, ce qui augmente leur productivité.

Prix Nobel d’économie en 1992, Gary Becker avait été récompensé pour une vision encore plus large de la gestion des ressources humaines fondée sur la notion de « capital humain ». Il définit ce capital humain comme un facteur de production à part entière, où s’agrègent compétence, expérience et volonté de se réaliser. Il s’acquiert par l’éducation et s’entretient par la formation. Il obéit à une logique de gestion qui n’est pas celle du capital physique mais où le respect de l’activité de chacun conduit à des rémunérations fixées en conformité avec sa productivité intrinsèque.

Au total, on peut affirmer que, dans une entreprise, la gestion des ressources humaines ne se saurait se limiter à généraliser le « cost-killing », à éviter les conflits et à amortir les frustrations. Une entreprise qui mène parfaitement sa barque sociale augmente son profit car un salarié en paix avec son environnement est plus productif.

Jean-Marc Daniel est directeur de la revue Sociétal.

«Le capital humain : la valeur à prendre en compte dans les conseils d’administration ».

«Le capital humain : la valeur à prendre en compte dans les conseils d’administration ».

 

 

La tribune du Club ESG de l’IFA

 IFA: Le Club ESG de l’Institut français des administrateurs, IFA.

 

Tribune

 

 

Depuis le début de la pandémie, les entreprises se sont focalisées sur le télétravail — en réalité du travail forcé à distance avec des conditions souvent dégradées — et sur le renforcement des dispositifs de protection de la santé des collaborateurs. Le leadership a évolué vers plus de proximité individuelle et d’empathie, et il a fallu par la confiance maintenir la motivation des collaborateurs. Le dialogue social a connu une intensité exceptionnelle. Les conseils d’administration se sont impliqués aux côtés des dirigeants avec une fréquence inhabituelle afin de suivre l’évolution de la situation et de s’assurer qu’y étaient apportées les meilleures réponses.

Il s’agit toutefois d’être conscient aujourd’hui, un an après le début du premier confinement, qu’au-delà de la réponse à l’urgence sanitaire l’entreprise reste confrontée à tous les défis « d’avant » qui vont impacter le corps social sur la durée : adaptations à des transformations durables des modèles d’affaires face aux priorités environnementales, évolution des technologies, digitalisation accrue, besoins de compétences nouvelles…

Les administrateurs savent qu’ils vont devoir s’emparer encore davantage de la façon dont l’entreprise met en œuvre sa responsabilité sociale d’employeur. Leur réflexion sur le socle d’informations et d’indicateurs nécessaires à l’exercice de leur responsabilité s’impose. Ils devront s’assurer que les sujets traités sont mis en cohérence avec la raison d’être de l’entreprise et les enjeux sociaux et environnementaux, et que les pratiques managériales permettent de maintenir la confiance et l’engagement des collaborateurs.

Pierre angulaire. Fort de ce constat, le club ESG de l’Institut français des administrateurs (IFA), conforté par une vingtaine d’entretiens avec des personnalités du monde de l’entreprise, a tiré trois enseignements majeurs :

D’une part, la prise en compte du capital humain doit rester, même après la crise, une pierre angulaire des travaux du conseil. Ce dernier doit avoir une appréciation, bien documentée, de ce qui constitue une part essentielle de la richesse de l’entreprise. Cela va au-delà de l’exposé annuel des bilans sociaux réglementaires, des ratios d’équité, de l’index Pénicaud, des nouveaux objectifs de féminisation des équipes dirigeantes… La donnée brute ne suffit pas pour disposer d’une analyse fine et complète du capital humain.

« Personne ne doute plus que performance durable et engagement des collaborateurs ne soient liés »

D’autre part, la capacité de fonctionner en temps de pandémie ne doit pas dédouaner l’entreprise d’une vision prospective de la protection nécessaire des salariés et de l’adaptation de leurs compétences qui intègre la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences. Cela passe par l’examen des ambitions réelles des plans de formation, des dispositifs de gestion des carrières, de la capacité de l’entreprise à attirer et à diversifier les talents. La fréquence et la qualité du dialogue social jouent un rôle clé dans la préparation de l’avenir, mais il ne s’agit pas uniquement de l’inventaire du nombre d’accords signés. Les conseils d’administration doivent être attentifs à la qualité du dialogue social dans l’entreprise et aux signaux faibles de détérioration du climat social.

Réactivité. Enfin, la crise a souligné que la réactivité de l’entreprise dépendait de l’engagement des salariés qui repose sur le lien de confiance, de proximité et d’adhésion entre les managers et leurs équipes. Cela passe par la mise en valeur de bonnes pratiques managériales : courage, capacité d’entraîner l’adhésion des équipes, aptitude au dialogue de proximité. Ces capacités se sont inégalement manifestées pendant la crise et les conseils doivent en tirer les conséquences quant au choix des critères d’évaluation des dirigeants, de l’appréciation des comportements et des rôles de chacun, de l’organisation du travail.

L’accélération des prises de conscience provoquée par la crise sanitaire invite les conseils d’administration à inscrire en tête de leur agenda ce qui les a mobilisés depuis le début de cette crise : la protection et la mise en valeur du capital humain de l’entreprise.

Les ordres du jour des conseils d’administration laissent trop peu de place à la responsabilité sociale de l’employeur, qui ne relève pas des seuls choix des dirigeants exécutifs. Pourtant, personne ne doute plus que performance durable et engagement des collaborateurs ne soient liés. Une stratégie qui ne prendrait pas en compte la dimension humaine et sociale de l’entreprise serait de court terme et risquée. La performance et la résilience de l’entreprise exigent de protéger cet actif clé que forment les collaborateurs et de lui donner à chaque étape les moyens d’adaptation nécessaires pour contribuer au succès de l’entreprise. Pour cela, les administrateurs et administratrices devraient veiller à recevoir les informations nécessaires pour que le capital humain trouve toute sa place dans les débats des conseils d’administration.

Le Club ESG de l’Institut français des administrateurs, IFA.

Coronavirus: l’ Alimentation, premier besoin humain

Coronavirus: l’ Alimentation, premier besoin humain

 

Bernard Gaud, expert du secteur du cabinet Auris Finance, analyse pour La Tribune les effets de cette période inédite.

 

Il y a dix jours, en France, dès que la perspective d’un confinement généralisé s’est précisée, des rayons entiers de produits alimentaires ont été dévalisés dans les supermarchés. Qu’est-ce que cela révèle à vos yeux du rapports des Français à l’alimentation et au secteur agroalimentaire?

 

Bernard Gaud - Comme l’agriculture, qui déplore un phénomène d’ »agribashing », le secteur agroalimentaire souffre aussi depuis quelques temps d’ »agrobashing ». L’opinion publique et les médias regardent avec une méfiance croissante l’industrie agroalimentaire et ses produits. Mais maintenant, à cause de la crise sanitaire en cours, tout le monde s’aperçoit que l’alimentation est avant tout le premier besoin humain à satisfaire. On se pose moins de questions sur la composition des aliments, leurs effets nutritionnels, on regarde moins les diagnostiques d’applications comme Yuka… Tout d’un coup, on se rend aussi compte que l’industrie est heureusement là pour répondre à ce besoin. On se demande d’ailleurs avec inquiétude si elle va tenir. Les industriels retrouvent aux yeux des consommateurs leur raison d’existence, puisqu’on comprend bien que le marché paysan du coin ne pourra pas à lui seul alimenter tout le monde.

La peur d’une pénurie, que ces comportements expriment, est-elle purement irrationnelle?

A ce jour, oui, elle est en grande mesure irrationnelle. Les stocks de blés sont bien là, les moulins tournent… Toutes les filières ont d’ailleurs jusqu’à présent fait preuve d’un fonctionnement particulièrement compact et fluide: les rayons vides ont pu être réapprovisionnés en 24 heures. Quant aux enjeux sanitaires, les industriels de l’agroalimentaire n’ont pas du tout été pris au dépourvu. Depuis des décennies, ils emploient au quotidien des masques, des charlottes pour les cheveux, du gel hydralcoolique… Ils en ont tous en permanence des stocks. A la différence d’autres industries, ils n’ont donc pas eu besoin de s’adapter.

Toutefois, la crise rappelle aussi à tout acteur du secteur qu’il fait désormais partie d’une chaîne logistique globale parfois très rallongée, y compris géographiquement. De petits grains de sable peuvent ainsi gripper la machine. Certaines usines ont par exemple tout pour fabriquer leurs produits, mais manquent d’emballages, d’étiquettes…

Cette crise est d’ailleurs largement interprétée comme une remise en cause de la mondialisation. Est-ce le cas aussi pour le secteur agroalimentaire?

La circulation des matières premières est ancienne, et inscrite dans les gènes de l’alimentation. On ne peut donc pas remettre en cause la notion de mondialisation. En revanche, la crise va sans doute pousser l’industrie à en revoir certains excès, comme la fabrication à des milliers de kilomètres d’aliments frais qui pourraient être produits localement.

Certains modes de management vont aussi sans doute être revus. Depuis 15-20 ans, grâce à la fluidité des transports internationaux, la tendance était à la gestion en flux tendus. Dans l’évaluation de la valeur d’une entreprise, avoir de gros stocks avait même fini par peser négativement. Dorénavant, ces stocks vont sans doute retrouver leurs lettres de noblesse, représenter un avantage.

Le maraîchage français est confronté à un problème particulier, lui aussi lié à la mondialisation: la pénurie de main d’oeuvre, qui venait essentiellement de l’étranger, et qui du coup fait défaut à cause de la fermeture des frontières.

Les excès de la mondialisation ont une multitude de causes. La réglementation, la fiscalité, ont par exemple grandement contribué au choix de fabriquer certains produits dans des pays lointains plutôt que localement. De même, en France, l’éducation nationale est largement responsable de la construction d’un « corpus culturel » qui a dévalorisé des métiers et des entreprises de l’agroalimentaire aux yeux des jeunes. De nombreuses PME ont ainsi dû faire venir de la main d’oeuvre de l’étranger. Certes, cela change un peu depuis quelques temps, avec des jeunes qui quittent leurs emplois de cadres pour travailler dans l’agroalimentaire, mais cela reste encore anecdotique. La crise actuelle va sans doute exiger une réflexion collective profonde sur tous ces choix jusqu’à présents peu discutés.

Parmi les métiers traditionnellement peu valorisés, ces derniers jours on a aussi redécouvert le rôle des employé.e.s de la grande distribution, obligé.e.s à travailler malgré les risques sanitaires et le confinement. Carrefour vient d’annoncer qu’il leur octroiera une prime de 1.000 euros. La crise actuelle va-t-elle engendrer un véritable changement d’attitude à leur égard?

Oui, je le pense. A cause de la crise, le regard de la société vis-à-vis de certains métiers est en train de changer véritablement. Aux yeux des gens, ils prennent tout d’un coup  l’aura des métiers de service, considérés comme bien plus nobles que les métiers industriels.

Le PDG de Carrefour, Alexandre Bompard, a aussi parlé d’une chaîne de solidarité inédite qui s’organise tout au long de la chaîne alimentaire. Les rapports producteurs/distributeurs vont-ils être bouleversés à jamais? Comment?

Je constate aussi que les producteurs et les distributeurs, dont les relations sont souvent tendues à cause de dures négociations sur les prix, ont retrouvé depuis quelques jours une nouvelle unité. Mais c’est trop tôt pour affirmer qu’une telle réponse à l’urgence immédiate va durer.

Globalement, quel impact peut avoir cette crise sur le défi de la « transition alimentaire », auquel le secteur agroalimentaire est déjà confronté depuis quelques années?

A moyen terme, elle va renforcer un phénomène qu’on constate déjà depuis quelques temps: l’abandon des produits de qualité moyenne, qui étaient les plus prisés il y a quelques décennies, au profit des produits d’une part peu chers, d’autre part haute de gamme. Préoccupés tout d’abord de « se nourrir », les consommateurs vont de plus plus s’orienter vers des aliments bon marché. Mais ils vont aussi se faire plaisir en achetant de temps en temps des produits de haute qualité: fabriqués France, locaux, bio etc. Or, si on veut en favoriser l’essor, il faudra que toutes les conditions soient réunies, y compris la réglementation et la fiscalité.

Macron promet d’être plus humain !

Macron promet d’être plus humain !

 

Promis juré, Macron ne se comportera plus en petit dictateur méprisant. Il sera désormais plus humain et même plus social et davantage écolo. Bref un petit discours démago tout autant que ridicule à destination de certains électeurs qui ont exprimé leur mécontentement lors des élections européennes. On suppose que Macron aurait eu un mot pour les nudistes si cette catégorie avait obtenu un bon score aux européennes, sans parler des pêcheurs à la ligne, des animalistes et des jardiniers du dimanche. Et si les gilets jaunes avaient obtenu un meilleur score, il est probable  macro aurait revêtu aussi la tenue symbolique  de ces protestataires. D’une certaine manière, cette déclaration faite à une télévision Suisse préfigure le discours d’Édouard Philippe à l’Assemblée nationale avec en plus pour ce dernier une posture bien droite dans des bottes encore plus ridicules que celle de Juppé. Macron  répète évidemment tour ce que les innombrables boîtes de communication lui susurrent à l’oreille. Pour résumer,  peu d’action mais un déluge de discours et de postures. Bref le degré zéro de la politique. “Les réformes qui ont été conduites par le gouvernement” ces 24 derniers mois “ont remis de la confiance des investisseurs, de la possibilité de recréer de l’emploi, y compris de l’emploi industriel, et donc les choses sont reparties”, a estimé le chef de l’Etat français dans une interview à la Radio Télévision Suisse (RTS). “Il nous faut consolider ça et même le renforcer”, a-t-il poursuivi. “Dès demain, le Premier ministre aura une déclaration de politique générale à faire devant l’Assemblée qui portera ces réformes à venir, sur l’assurance chômage, les retraites et beaucoup de sujets économiques et sociaux”.“Mais nous avons dans le même temps à tenir l’urgence environnementale et la question sociale et je crois qu’on ne peut pas considérer que régler la question productive se règle à part”, a-t-il souligné. Face à la “souffrance” exprimée ces derniers mois notamment par les “Gilets jaunes”, “je veux remettre de l’humanité, de la proximité, c’est un changement de méthode que j’ai dessiné”, a indiqué Emmanuel Macron.“Pas de réduction de notre ambition sur le plan économique, une accélération de notre ambition environnementale et écologique, une accélération de notre préoccupation sociale, et dans la méthode plus d’humanité et de proximité : c’est comme ça que je crois qu’on peut répondre à la situation que traverse notre pays”.” Bref, toujours le même Évangile. Il y en a pour tout le monde même si certains devront attendre en vain et pendant longtemps les promesses paradisiaques. Davantage l’homélie d’un curé de campagne que d’un président.

Le marché : une invention du génie humain (PHILIPPE SIMONNOT)

  • Le marché : une invention du génie humain  (PHILIPPE SIMONNOT)  

    Economiste anarcho capitaliste un peu iconoclaste  PHILIPPE SIMONNOT, remet en cause nombre d’idées reçues.  Il n’évite cependant le piège des autres économistes qui ont tendance survaloriser leur discipline et à vouloir  tout expliquer y compris les phénomènes sociétaux. Une interview intéressante cependant à lire dans la Tribune.

  • -À vous lire, l’économie permet de comprendre comment vivent les individus en société et ce qui les motivent ?
  • PHILIPPE SIMONNOT - L’économie est la reine des sciences sociales, car c’est elle qui dispose des outils les plus puissants d’effraction du monde réel. Et pas seulement dans le domaine dit économique. Elle permet d’apporter en effet des éclairages pertinents de phénomènes sociaux qui paraissent aux antipodes de l’économie comme l’art, la religion, la guerre… Pour ne rien dire de l’analyse économique de l’État, discipline très féconde. L’analyse économique est fondée sur le marché, qui a mauvaise presse, notamment en France. Or, loin de vilipender le marché, on devrait reconnaître en lui l’une des inventions les plus remarquables du génie humain. Les lois universelles de l’offre et de la demande qui permettent la formation des prix sont une merveille à la fois intellectuelle et pratique. Comme par hasard, quand il s’est agi il y a deux ou trois ans d’alléger les programmes scolaires d’enseignement de l’économie jugés trop lourd, ce sont ces lois que l’on a voulu faire passer à l’as. Hélas !
  • L’économie écarte-t-elle les jugements de valeurs ?
  • Tout-à-fait. L’économie est a-morale comme toute science digne de ce nom. Rien n’est pire qu’un économiste qui prétend dire le bien et le mal. Surtout quand il prétend défendre le « bien commun ».
  • Est-elle rationnelle ?
  • On se fait une idée fausse de l’homo economicus qui serait mû par son seul intérêt ou son égoïsme ou sa raison ou sa rationalité. L’économie n’entre pas dans cette boîte noire qu’est le cerveau humain. Elle laisse cette tâche au psychologue ou au sociologue… Pour l’économie, même l’inutile peut devenir utile pour peu que je le désire. Même le crime entre dans cette catégorie. Pour l’économie, le djihadiste est aussi rationnel que le père de famille. L’économie constate simplement que l’individu ne peut pas ne pas choisir. Ne pas choisir est encore un choix.
  • L’économie est-elle une science ?
  • Oui, je le répète, l’économie est bien une science à part entière, mais pas au sens de la physique ou de la chimie, qui sont prédictives. Car malgré ses prétentions, l’économie ne peut prévoir quoi que ce soit, contrairement à ce qu’affirment la très grande majorité des économistes, qu’ils soient libéraux, néolibéraux, keynésiens, marxistes, friedmaniens, qui souvent font de la prévision leur gagne-pain… Il est impossible de réduire l’action humaine à une équation. Sauf à tomber dans le scientisme.
  • Dès lors, comment définir cette science ?
  • C’est une science contre-factuelle. Par exemple, si la masse monétaire augmente de 3%, je ne peux aucunement prédire une hausse des prix de 3%, ou de 4%, comme le prétendait Milton Friedmann. La seule chose que je puisse affirmer est que cette hausse des prix sera supérieure à celle qu’elle aurait été si la masse monétaire n’avait pas augmenté. On pourrait même observer une baisse des prix en cas d’accroissement de la masse monétaire. Dans un tel cas, cette baisse aura été inférieure à celle qu’elle aurait été si l’on n’avait pas augmenté la masse monétaire. Il s’agit là d’une loi universelle, valable en tout temps et en tout lieu. Ce n’est pas rien ! Et il est utile de le savoir. Cette vision de l’économie a été développée par l’école autrichienne, notamment Ludwig von Mises, peu connu en France, dont l’un des ouvrages majeurs s’intitule précisément L’action humaine.

    Votre livre tranche avec le style scolaire des manuels d’économie habituels. Vous faites dialoguer deux personnages, Candide et Archibald, à l’imitation d’œuvres de philosophie classique. Pourquoi ce choix ?

  • Comme j’ai un regard critique sur l’économie, le dédoublement de la personnalité permet de répondre aux objections. Si Archibald joue l’économiste, Candide, qui n’est pas tout à fait candide, représente plutôt l’homme politique, qui énonce des lieux communs, souvent par démagogie, mais a besoin de l’économie pour gouverner. Le recours au dialogue m’a rendu l’écriture du livre plus facile. J’étais obligé d’être plus exigeant dans les réponses aux critiques que l’on fait couramment de l’économie, plus convaincant. Du moins, je l’espère.

    Vous consacrez de nombreuses pages à critiquer John Maynard Keynes. Pourquoi ?
  • C’était un homme brillant et cultivé, excellent écrivain à ses heures, ce qui est rare chez les économistes. Il a eu une énorme influence. Mais ses théories sont fausses, comme celles de Marx, et elles sont pétries de contradictions, ce qui donne lieu du reste à des exégèses infinies.
  • Comment expliquez-vous son aura chez les économistes ?
  • Quand il publie en 1936 la Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, il est déjà une célébrité mondiale. Ce qui l’a fait connaître, c’est son essai de 1919, Les conséquences économiques de la paix, où il montrait en quoi le Traité de Versailles, qu’il avait négocié en tant que membre de la délégation britannique, était une erreur tragique. C’est devenu un best-seller mondial dès sa parution – un cas à l’époque exceptionnel pour un ouvrage d’économie. L’invention de la macro-économie keynésienne après la crise de 1929 a renforcé ce rôle de gourou exceptionnel qu’il a tenu jusqu’à sa mort en 1946.

    Vous défendez l’école autrichienne. Lors de la sortie des « 39 leçons d’économie contemporaine » en 1996, elle n’était connue que de certains cercles…

    En France, oui, et ce livre a peut-être contribué à la faire mieux connaître, mais cette connaissance reste marginale, contrairement aux États-Unis, en Angleterre ou encore en Allemagne où Mises est connu et étudié.

  • N’est-ce pas lié au fait qu’il y a toujours eu un courant libéral important dans ces pays ?

    Oui, la France, qui se dit pourtant la patrie des Droits de l’homme, est anti-libérale parce qu’elle est étatiste. L’État tient ce pays dans les deux sens du terme – institutionnel et policier.

    L’école autrichienne met d’emblée en question le rôle de l’État dans l’économie…

    Oui en particulier en matière de monnaie. Ses théoriciens pensent qu’elle ne doit pas être contrôlée par l’État. En France, au contraire, on parle communément de souveraineté monétaire. Parce que l’on croit que la monnaie est un attribut régalien. Ce qui est une erreur profonde. La monnaie est une invention des marchands, aussi géniale que le marché. On a beaucoup glosé sur un premier état de l’économie, qui serait le troc, lequel aurait été suivi par l’échange monétaire après un certain laps de temps. Selon moi, la monnaie apparaît très vite, parce que dès que le nombre d’objets échangés et le nombre de partenaires à l’échange sont supérieurs, disons à trois, elle s’impose d’elle-même par l’immense simplification qu’elle opère dans la formation des prix. Cela se démontre mathématiquement. Ensuite, l’État s’est approprié la monnaie et il a tôt fait de fabriquer de la fausse monnaie.

  • Dans la leçon consacrée au taux d’intérêt que vous avez remise à jour, vous vous montrez critique à l’égard des nouvelles politiques monétaires. Pourquoi ?

    Nous sommes parvenus au comble de l’absurde. Le seul exemple historique d’une économie ayant conservé un taux proche de zéro durant des années a été l’Union soviétique, avec le résultat désastreux que l’on connaît. Le taux d’intérêt, qui mesure l’incertitude du futur, est le critère qui permet d’arbitrer entre les investissements à réaliser. S’il est proche de 0%, vous ne pouvez pas faire un tel arbitrage, ce qui conduit à une mauvaise allocation des ressources.

    Pourtant, ces politiques monétaires accommodantes ont favorisé la reprise économique?

  • Oui, mais au prix de formation de plusieurs bulles.

    Pour le moment, aucune n’a éclaté…

  • Par définition, on ne peut jamais prévoir quand une bulle va éclater. Mais le facteur aggravant, c’est que les banques centrales, après le krach de 2008, ont, selon leurs propres dires, utilisé toutes leurs munitions. Aux États-Unis, la Fed est en train de rétropédaler pour sortir de cette politique, ce qui rend plus volatils les marchés financiers.
  • Par ailleurs, au-delà du seul problème monétaire, on ignore si les investissements qui ont été réalisés vont être finalement validés par les consommateurs, et si les énormes inégalités des revenus créées par l’hypertrophie du secteur financier, n’auront pas d’importantes conséquences économiques et sociales.
  • La révolution numérique qui a vu émerger les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft ; Ndlr) ne modifie-t-elle pas aussi en profondeur l’organisation de l’économie?

    Les GAFAM suivent la logique du WTA (« the Winner Takes All », le vainqueur emporte tout), car ils profitent d’une économie aux rendements croissants et aux coûts décroissants. Cela veut dire que le coût marginal est toujours inférieur au coût moyen. Pour une bonne gestion, le prix du marché doit se caler sur le coût marginal. Mais si le coût marginal est inférieur au coût moyen, la firme en question est condamnée au déficit… Et cela peut remettre en cause le fondement même de l’économie de marché, qui est basée sur des coûts marginaux croissants. J’ai étudié ce cas de figure dans la thèse de doctorat sur l’Économie des rendements croissants que j’ai soutenue il y a un demi-siècle !

  • Pour vous, une solution serait le retour à l’étalon-or, auquel vous consacrez une des nouvelles leçons. Mais ce système n’appartient-il pas au passé ?

    Cette idée est la grande victoire de Keynes qui traitait l’or de « relique barbare »… On ose dire encore aujourd’hui que l’époque de l’étalon or était instable. C’est faux. Durant un siècle, les valeurs de monnaies comme la livre, le mark, le franc, la lire, le dollar… variaient entre 1% et 2% ! Aujourd’hui, les variations de change sont de plus ou moins 10% – hors tempêtes monétaires… Au cours du 19e siècle et jusqu’en août 1914, la valeur du franc est restée à peu près constante. Depuis cette date jusqu’à l’avènement de l’euro, le franc a perdu 99% de sa valeur. Et l’on pourrait en dire autant des autres devises.
    Dans cette leçon sur le Gold Standard, je reviens sur l’histoire de son abandon qui démarre en août 1914 avec la décision des autorités suisses de fermer les banques aux clients qui par peur des hostilités s’étaient rués aux guichets pour échanger leurs billets contre de l’or. Les autres pays ont immédiatement suivi. Puis est venu le Gold Exchange Standard, qui arrimait le dollar à l’or à une seule monnaie, le dollar. Enfin, le coup de grâce a été asséné par le président américain Richard Nixon, en août 1971, qui a rompu tout lien entre le dollar et l’or. D’où l’ère des monnaies flottantes où nous sommes encore aujourd’hui et le développement d’un gigantesque marché financier pour la couverture des risques de change, fort coûteuse pour les entreprises et profitables pour les assureurs de ces risques

    Pourtant, vous affirmez que la mise en place d’un étalon-or ne serait pas compliquée ?

  • C’est techniquement simple, mais politiquement très complexe, parce que ceux qui sont à la manœuvre, les gouvernements et les banques centrales, n’y ont pas intérêt. Il s’agit de savoir quel est le gardien qui garde le gardien. Qui garde les banques ? C’est la banque centrale; Et qui garde la banque centrale, laquelle se prétend « indépendante » ? Personne ne peut aujourd’hui répondre à cette question. Avec l’étalon-or, le gardien de la monnaie, c’est l’or, qui permet d’avoir une économie basée sur du physique, ce qui devrait intéresser les écologistes, s’ils étaient vraiment écologistes…
    Aujourd’hui, aucun leader politique n’osera défendre une telle position. Quant à l’argument selon lequel l n’y aurait pas suffisamment d’or, il est absurde. La production varie en fonction de son cours, des prix élevés encouragent les investissements dans la production d’or et le recyclage des déchets contenant du métal jaune selon la logique de la loi de l’offre et de la demande, tout simplement !

    En Europe, l’euro n’agit-il pas comme un étalon-or, puisqu’il ne dépend plus des Etats ?

  • Oui. Je suis critique à l’égard de l’euro, car l’introduction d’une monnaie commune à des pays dont les économies sont aussi disparates ne me semble pas pouvoir bien fonctionner, mais je lui reconnais le mérite d’avoir éloigné le pot de miel de la patte de l’ours, la monnaie des mains de l’État, notamment de l’État français, toujours prompt à faire tourner la planche à billets. Et ce fut un excellent choix d’avoir installé le siège de la BCE à Francfort. On a besoin d’une monnaie la moins dépendante possible des gouvernements.

    Pour vous, elle existe, c’est le bitcoin. Vous consacrez une leçon aux cryptomonnaies. Ont-elles un avenir ?

  • C’est une invention prodigieuse. Grâce à la technologie de la blockchain, on a réussi à inventer une monnaie qui empêche de créer de la fausse monnaie, tout en étant complètement indépendante des banques centrales. Certes, cette monnaie est sujette à toutes les spéculations, à cause de l’abondance des liquidités créées par ces mêmes banques centrales. En système d’étalon-or, il serait inimaginable que la valeur d’une monnaie passe de 1 à 1.000 en quelques années. N’empêche que le bitcoin est bien le symptôme d’une volonté de s’extraire du système des banques centrales. N’est-il pas né en 2008, année de la crise financière, et son succès n’a-t-il pas accompagné l’application des politiques accommodantes des banques centrales ? Mais pourquoi faire simple (le rétablissement de l’étalon or) quand on peut faire compliqué (le Bitcoin) !

    Vous consacrez une leçon à l’immigration, supposée favoriser la montée des populismes en Europe. Vous, vous penchez plutôt pour l’ouverture des frontières, pourquoi ?

  • La liberté est indivisible. Elle doit s’appliquer aux êtres humains comme aux marchandises et aux capitaux. C’est un principe absolu. Et je ne fais pas de distinction entre les immigrés dits économiques, et ceux qui fuient la terreur ou la guerre. Les gens ont le droit de quitter l’endroit où ils vivent s’ils ont faim ou sont terrorisés ou massacrés. Le problème c’est qu’on reconnaît ce droit à l’émigration sans accepter, comme on devrait le faire logiquement, sa contrepartie, le droit à l’immigration. La seule limite, c’est le droit de propriété. Vous ne pouvez pas entrer chez moi, sans que je sois d’accord. Si vous le faites, c’est parce que je vous accueille, ou bien que je vous emploie comme salarié, ou que je vous loue ou vends ma propriété. De fait, il n’y aurait pas de problème d’immigration dans un espace complètement privé. Pourquoi l’immigration devient un problème ? C’est parce qu’il y a un espace public. Or la gestion par l’État de l’espace public donne lieu à des réactions passionnelles parce qu’il est forcément limité.
  • À vous lire, l’Etat est une machine à déresponsabiliser les individus?
  • Oui, à cause du développement de l’Etat-providence au détriment de l’Etat-gendarme. Pourquoi en tant que non-fumeur devrais-je payer pour soigner des fumeurs, par exemple, alors que le danger mortel du tabac est bien établi ?
  • La leçon que vous consacrez au pétrole illustre bien combien l’économie peut nous éclairer…
  • Depuis 1973, on entend des prévisions qui assurent qu’à un horizon de 30 ans, les gisements seront épuisés. On dit exactement la même chose aujourd’hui : l’horizon est toujours à 30 ans. Ceux qui défendent la thèse du « peak oil » ont passé leur temps à se tromper. Les compagnies pétrolières et l’Opep ont alimenté cette prévision pour faire monter les cours. Paradoxalement, les écologistes sont aussi de fervents défenseurs d’un tel mythe.

    Mais on constate que l’on n’a jamais autant produit de pétrole…

  • C’est qu’il y a une méconnaissance profonde de ce qu’est la recherche pétrolière. Du côté de l’offre, un géologue se limitera à émettre des probabilités en fonction de ses dernières recherches. Donc la thèse du « peak oil » ne repose sur rien de sérieux. En revanche, les gens ignorent qu’il y a eu un pic de consommation pétrolière (« demand peak ») dans les pays développés et que ce pic a été dépassé. Autrement dit, la consommation pétrolière de ces pays a diminué. En France, par exemple, le PIB a triplé en valeur depuis 1973, alors que l’importation de pétrole a diminué d’un tiers en tonnes. On oublie qu’à partir d’un certain niveau de prix du pétrole, la production du pétrole non conventionnel, d’autres énergies (charbon, gaz, hydraulique, nucléaire), d’énergies renouvelables est relancée, que les consommateurs font des économies sur le chauffage, la voiture, et que les investissements dans la recherche d’une meilleure efficience de l’utilisation du pétrole augmentent. Etc. Par exemple, la consommation d’un même modèle de voiture a été réduite de moitié entre 1973 et aujourd’hui. On sous-estime la capacité de création du génie humain. Qui aurait imaginé en 1973 l’émergence de l’économie numérique ? On entendait à peine parler de l’ordinateur. Les calculateurs qui alimentaient les visions catastrophiques des Cassandre des années 1970 fonctionnaient encore avec des fiches de carton perforées de petits trous pour les 0 et les 1 du langage des programmateurs…

    Dans la dernière leçon, vous expliquez que le capitalisme est le système le plus efficient que l’humanité ait connu dans son histoire. Vous donnez des exemples qui en effet montrent son efficacité…

    Marx lui-même disait que le capitalisme est un rapace qui économise sur les matières premières. Si vous faites un bilan, les pays capitalistes ont finalement moins gâché la nature que les pays communistes. Pensez à la mer d’Aral. En effet, là où la loi du profit s’applique, le propriétaire d’un bien a le souci de le conserver. Si les forêts amazoniennes sont ravagées c’est parce que les exploitants n’en sont pas propriétaires. En France, les forêts se maintiennent aujourd’hui parce qu’une large partie est privée, leurs propriétaires les gèrent de façon à augmenter leur valeur, ou du moins à la conserver. Le domaine public des Forêts domaniales a copié ce modèle de gestion de bon père de famille, heureusement.

  • Dans ce livre et dans d’autres, vous abordez l’analyse des religions par le biais de l’économie. Quel est l’intérêt d’une telle approche ?

    L’économie, comme je l’ai dit au début de notre entretien, peut s’intéresser au non-économique. Elle ne prétend évidemment pas expliquer la religion, mais elle peut faire apparaître certaines caractéristiques. Par exemple que les gens éprouvent le besoin de donner. On passe notre vie à le faire, à donner aux enfants, aux parents, aux amis, ou lors de campagnes télévisées… C’est un fait qui échappe à la science économique classique fondée davantage, on le sait, sur le comportement égoïste des individus.

    Chaque société recélant un gisement de dons potentiels, il va y avoir des « entités », en l’occurrence des religions, qui comme des compagnies minières vont se spécialiser dans la recherche et l’exploitation de ces gisements. À l’échelle des siècles, la logique « minière » mène au monopole. On passe du Temple de Jérusalem au Vatican. Le modèle du premier n’a jamais été égalé, puisqu’il cumulait le monopole du culte et le monopole financier. La papauté n’a pas le monopole du culte, en raison de la multitude des lieux de culte, mais elle avait organisé un système efficace de collecte d’argent, par exemple pour le denier de Saint-Pierre, qui a contribué à faire de l’Église la première puissance financière au Moyen Âge. L’Islam, lui, n’a ni monopole du culte ni monopole financier. Ce qui reste du modèle monopolistique, ce sont les revenus générés par le pèlerinage de la Mecque, qui reste un monopole.

    Ce qui m’amène à vous poser cette question : Quelle est la religion dont le capitalisme est le plus proche?

    Le sociologue Max Weber disait que c’était le protestantisme. Oublions Weber ! C’est en fait le catholicisme qui a inventé le capitalisme au début du 14e siècle. Un certain Jacques Duèze (1244-1334), élu pape sous le nom de Jean XXII en 1316, instaure le droit de propriété sur le fait que Dieu lui-même a institué Adam comme son ministre sur la terre et donc pouvant exercer un droit de propriété sur l’ensemble de l’univers. Le droit romain avait certes institué le droit de propriété avec un certain détail (usus, fructus, abusus), mais c’est ce pape qui l’a absolutisé. Le capitalisme vient de ce christianisme-là. Il est d’ailleurs déjà présent dans les Évangiles à travers la parabole de l’ouvrier de la onzième heure. Face aux protestations de l’ouvrier travaillant depuis le matin qui a reçu le même salaire que l’ouvrier qui n’a travaillé que la onzième heure, le maître répond en substance qu’étant propriétaire de son capital, il en dispose comme il l’entend !

  • (*) Philippe Simonnot « Nouvelles leçons d’économie contemporaine », éditions Gallimard, Folio Actuel, 740 pages, 11,20 euros.

Son dernier livre : « Le siècle Balfour », 224 pages, éditions Pierre-Guillaume de Roux, 24,50 euros

 » Trop de technique par rapport au renseignement humain »(Louis Caprioli)

 » Trop de technique par rapport au renseignement humain »(Louis Caprioli)

 

L’ancien patron de la DST, Louis Caprioli dit tout haut ce qu’un certain nombre d’experts pensent, à savoir que le mirage de la technologie a pris le pas sur l’humain en matière de renseignement. Pour lu, i la donne a considérablement changé depuis 20 ou 30 ans. Dans les années 1980 il n’y avait qu’une centaine d’individus à contrôler, progressivement on est passé à plusieurs centaines et maintenant depuis l’Etat islamique c’est de l’ordre de 10 000 individus qu’il faut surveiller. Un changement d’échelle qui nécessite d’autres moyens notamment quantitatifs. Par ailleurs on a trop privilégié les nouvelles techniques d’écoute st en réalité on est submergé par la masse d’informations à traiter. Cela vaut pour la France mais aussi pour des pays beaucoup plus importants comme les États-Unis. À vouloir tout écouter, on n’écoute plus rien ;  en tout cas on ne sait plus privilégier les écoutes qui présentent un vrai risque. Par ailleurs les terroristes ont intégré le fait que les services de renseignements utilisent de manière massive des outils pour décrypter leurs messages. Ils se sont donc adaptés en utilisant en particulier des moyens d’échange peut conventionnels difficiles à écouter comme les jeux vidéo  (qui permettent de tchatcher). Pour l’ancien patron de la  DST, rien ne peut remplacer le renseignement humain,  ce qui suppose un long travail de tissage de la toile d’araignée, donc  de multiples contacts directs. Aujourd’hui on compte environ 10 000 individus faisant l’objet d’une fiche est-ce. Or il faut environ 20 personnes pour un seul suspect, cela supposerait donc de disposer de 200 000 policiers destinés à cette tâche (sans parler des individus non identifiés). La conception du renseignement doit donc être complètement repensée à l’échelle des risques actuels, ce qui impliquera sans doute une forte implication de la société civile.

Suicide d’un maire : drame humain et incompétence

Suicide d’un maire : drame humain et incompétence

 

Un ancien maire qui se suicide c’est évidemment d’abord un drame humain car une  erreur de gestion ne saurait justifier la perte d’une  vie et ses conséquences notamment pour la famille. L’ancien maire d’une petite commune de Lozère a mis fin à ses jours lundi 1er juin quelques temps après des révélations sur l’état des finances de sa ville dont la dette est de 13 millions pour 5000 habitants.   Mi-mai, le nouveau maire (il était adjoint dans la précédente équipe) a révélé que la dette de la ville s’élevait à 13 millions d’euros. « J’ai rarement vu des choses de cette ampleur. On n’arrive pas à une telle situation par hasard. Elle n’aurait pas dû se produire et dure depuis de nombreuses années », estime dans Le Midi Libre le cabinet d’audit chargé de faire la lumière sur cette situation financière. D’ici à juillet, 600.000 euros doivent être remboursés aux créanciers de la ville; ce que celle-ci ne peut pas se permettre. Interrogé sur Europe 1, Stéphane Le Foll a exprimé « ses plus sincères condoléances » à la famille et aux proches de l’ancien maire. « C’est une triste nouvelle ce matin, mais ça montre aussi que la responsabilité en politique, c’est aussi une sincérité et un engagement », a ajouté le porte-parole du gouvernement. Belle parole en vérité mais qui dissimile l’incompétence générale de nombre d’élus y compris et  surtout au plan national. Pour lse habitants de la petite commune l’endettement représente plus de 2000 euros par habitants, c’est évidemment énorme mais beaucoup moins que la dette de la France qui elle représente 30 000 euros par habitant. En cause évidemment des investissements pharaoniques, des dépenses de fonctionnement qui plombent la fiscalité, la compétitivité et l’emploi. Dans trop de petits communes ( et dans de plus grosses)  c’est la course aux projets fous qui se traduisent ensuite par des déconfitures financières. Mais  c’est aussi ce qui caractérise la gestion de l’Etat.  c’est le drame de la démocratie : promettre, dépenser pour être élu. La rigueur, la vraie n’a jamais permis un candidat d’être élu ou alors trop rarement.




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