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Risque d’une guerre avec la Chine en 2025

Risque d’une guerre avec la Chine en 2025

Le général Michael Minihan met en garde contre le risque élevé d’une guerre avec la Chine en 2025 dans une info du Figaro.

Une information intéressante de la part d’un haut responsable militaire américain. Cependant,le risque d’une guerre à dimension internationale voire mondiale paraît encore plus vraisemblable avec la Russie prête à tout sacrifier non pas pour des motifs géopolitiques mais pour sauver le régime des criminels mafieux de Poutine. NDLR

«J’espère me tromper. Mon instinct me dit que nous combattrons en 2025», écrit Michael Minihan, général de l’armée de l’air, dans une note interne, dont l’authenticité a été confirmée vendredi 27 janvier par le Pentagone à l’AFP.

Le président Xi Jinping «dispose à la fois d’une équipe, d’un motif et d’une opportunité pour 2025», estime le militaire, assurant que les élections taïwanaises de 2024 donneront au dirigeant chinois une «raison» pour agir. La course pour la Maison Blanche, prévue la même année, offrira une «Amérique distraite» à la Chine, juge-t-il encore. Cette note appelle ses troupes à s’entraîner au combat en se rendant entre autres sur des stands pour tirer sur des cibles. Le général invite à «viser les têtes».

En août, la Chine avait procédé à de très importants exercices militaires autour de Taïwan, une démonstration de force sans précédent, en représailles à une visite sur l’île Nancy Pelosi, alors présidente de la Chambre américaine des représentants. La Chine estime que l’île, peuplée de 24 millions d’habitants, est l’une de ses provinces qu’elle n’a pas encore réussi à réunifier avec le reste de son territoire depuis la fin de la guerre civile chinoise en 1949. Elle voit avec mécontentement le rapprochement à l’œuvre ces dernières années entre les autorités taïwanaises et les États-Unis, qui fournissent à l’île un soutien militaire face à Pékin depuis plusieurs décennies.

Guerre Ukraine : 180.000 victimes russes, 100.000 côté ukrainiennes

Ukraine : vers une boucherie avec déjà 180.000 victimes russes, 100.000 côté ukrainien

La guerre en Ukraine s’oriente de plus en plus vers une boucherie type 14-18 , ele a déjà fait fait près de 180.000 morts ou blessés dans les rangs de l’armée russe, et 100.000 côté ukrainien sans compter 30.000 civils tués, selon des estimations données dimanche par le chef de l’armée norvégienne. «Les pertes russes commencent à approcher environ 180.000 soldats morts ou blessés», a affirmé le chef d’état-major norvégien Eirik Kristoffersen dans une interview à la chaîne TV2.

«Les pertes ukrainiennes sont probablement au-delà des 100.000 morts ou blessés. De plus l’Ukraine a environ 30.000 civils qui sont morts dans cette guerre affreuse», a indiqué le général norvégien. La Russie et l’Ukraine n’ont pas donné de bilans fiables de leurs pertes depuis des mois. En novembre, le chef de l’armée américaine Mark Milley avait affirmé que l’armée russe avait subi des pertes de plus de 100.000 morts ou blessés, avec un bilan «probablement» similaire côté ukrainien. Ces chiffres ne peuvent pas être vérifiés de source indépendante.

Malgré ses lourdes pertes, «la Russie est en mesure de continuer pendant pas mal de temps», a également affirmé le chef d’état-major norvégien dimanche, citant les capacités de mobilisation et de production d’armement de Moscou. «Ce qui inquiète le plus, c’est si l’Ukraine va être capable de maintenir l’armée de l’air russe hors de la guerre», alors qu’elle a jusqu’ici pu être largement tenue à l’écart «grâce aux défenses antiaériennes ukrainiennes».

L’essentiel des frappes russes ces derniers mois a été mené par des missiles à longue portée. Le général norvégien a également appelé à livrer rapidement des chars de combat à l’Ukraine, un dossier freiné jusqu’ici principalement par l’Allemagne. «S’ils doivent passer à l’offensive durant l’hiver, ils en ont besoin rapidement», a affirmé Eirik Kristoffersen à TV2. Malgré des appels pressants de l’Ukraine et de plusieurs pays européens, Berlin a refusé vendredi de fournir ses tanks Leopard à Kiev.

Ces chars lourds sont présents dans les rangs de plusieurs autres nations européennes, dont la Norvège, mais leur livraison à l’Ukraine est en théorie soumise au feu vert allemand.

Ukraine : une guerre durable ?

Ukraine : une guerre durable ?

Quelle issue pour le conflit russo-ukrainien ? L’arrivée de chars lourds dans l’armée ukrainienne ne sera pas décisive pour reconquérir les territoires conquis par la Russie, selon le groupe Mars.

 

Comme souvent, une réflexion intéressante du groupe « Mars »mais qui laissera le lecteur dubitatif sur l’issue rapide d’un conflit et qui fait aussi l’impasse sur un écroulement interne du régime de Poutine NDLR

 

En Ukraine, le front est quasiment figé depuis deux mois, depuis la reconquête de la rive droite du Dniepr par les forces ukrainiennes (UAF). Cette pause opérative, qui n’empêche pas la poursuite de la guerre d’attrition, permet aux belligérants de préparer la suite des opérations et aux observateurs d’esquisser des bilans et d’envisager les perspectives à venir.

L’actualité est à la livraison de chars occidentaux aux UAF. La France a promis de livrer d’ici deux mois une dizaine de chars légers AMX-10RC (pour équiper un petit escadron ou trois pelotons d’une light armored team) et jusqu’à une trentaine à terme. Un bataillon des UAF sera donc équipé de ces engins à roues de reconnaissance rapides, bien armés (canon de 105 mm) mais peu protégés et peu mobiles en tout terrain, donc inaptes à percer des lignes défensives, ce pour quoi ils n’ont pas été conçus. Le bataillon d’AMX-10RC ukrainien, apte au combat de rencontre sur route en bénéficiant de la surprise et de l’agilité, pourra en revanche conduire des missions de reconnaissance offensive (pour tester le dispositif russe) ou d’exploitation très localisée d’une percée d’infanterie.

De leur côté, Américains et Allemands se sont engagés à livrer respectivement une cinquantaine de Bradley et une quarantaine de Marder. Ces véhicules de combat d’infanterie (VCI) appartiennent à une catégorie de chars légers différente des AMX10RC français : ce sont des engins à chenilles relativement lents, dotés d’un armement de petit calibre, mais plutôt bien protégés et mobiles sur tous les terrains. Ils ne sont pas capables seuls de percer les défenses ennemies mais peuvent accompagner des chars lourds avec de l’infanterie sous blindage.

Autrement dit, là où la communication officielle parle de « chars », l’Ukraine comprend qu’elle devra encore attendre pour bénéficier d’engins de combat aptes à percer les lignes de défense russes. Or en mobilisant encore davantage de « réservistes », les troupes d’occupation, incapables de repartir à l’offensive, « bétonnent » leurs positions défensives de manière à s’installer pour durer afin de conserver leurs gains territoriaux. Plus le temps passe, plus il sera difficile de les en déloger. Une brigade de chars légers occidentaux en est incapable. Il faudra plus d’une division de chars lourds pour obtenir un résultat opérationnel significatif, raison pour laquelle les UAF estiment avoir besoin d’un millier de chars, dont 300 lourds, pour repartir à l’offensive.

Il faut toujours se méfier des comparaisons historiques, mais ce territoire a déjà connu, à l’été et à l’automne 1943, il y a presque 80 ans, les plus grandes batailles de chars de l’histoire, Koursk, Korsun, Dniepr, qui ont vu s’affronter des milliers de chars et des millions d’hommes. Le souvenir de ces défaites successives de la Wehrmacht n’est sans doute pas pour rien dans le refus allemand de donner son autorisation à la livraison du Leopard 2, seul char moderne occidental disponible en grande quantité (environ 2.000 mais leur disponibilité opérationnelle est inconnue) dans les armées européennes.

Une autre bonne raison de ne pas livrer est que le Leopard 2, char « moderne » des années 1980, n’est pas « combat proven » (au contraire du Challenger 2 dont les Britanniques ont promis une douzaine d’exemplaires, qui a fait ses preuves en Irak), faute d’avoir été efficace dans de vrais combats. Il a été déployé au Kosovo et en Afghanistan sans connaître l’épreuve du feu (sinon la mort par engin explosif improvisé d’un pilote danois). En revanche, la Turquie en a perdu une douzaine lors de ses interventions dans le nord de la Syrie, à al-Bab contre Daesh en 2017 puis à Afrin contre les Kurdes en 2018, détruits par des fantassins équipés d’un armement rudimentaire. Ces revers interrogent sur le comportement au combat des Leopard 2 face à une armée conventionnelle convenablement équipée. La publicité ne serait sans doute pas excellente pour le KF51, le successeur du Leopard 2 dont Rheinmetall rêve d’inonder le monde, ce qui explique le lobbying de l’armurier rhénan, qui dispose de puissants relais au Bundestag, contre les livraisons à l’Ukraine.

Les Polonais, tout à leur rêve de disloquer la Russie et de reconstituer l’empire polono-lituanien, se disent pourtant prêts à donner les leurs, à commencer, prudemment, par un escadron d’une douzaine de chars. Mais l’accord du pays fournisseur est obligatoire pour réexporter un matériel de guerre, or les relations diplomatiques entre Varsovie et Berlin sont au plus bas.

Les historiens s’accordent à relever qu’en 1943, la supériorité tactique des forces de l’Axe (due à l’esprit d’initiative des chefs tactiques et la puissance des chars allemands) n’a pas permis de compenser l’efficacité opérative soviétique, fondée sur une planification rigide et la capacité de l’armée rouge à consentir un taux de pertes de 6 contre 1.

Même si les forces d’occupation russes en Ukraine en 2022, mal commandées, mal équipées, mal entraînées et démoralisées sont loin de valoir une armée rouge galvanisée par ses victoires depuis Stalingrad, quoi qu’il en coûte, les leçons apprises de l’histoire du combat blindé méritent d’être rappelées, afin de ne pas croire que la livraison de quelques dizaines de chars de bataille soit seule de nature à changer le cours de la guerre.

On sait que l’apparition en 1916 des premiers chars sur le champ de bataille n’a rien changé du point de vue opératif, ni même tactique, faute d’une doctrine d’emploi adaptée. C’est la mise en œuvre par Guderian d’une doctrine française hétérodoxe (conceptualisée dès 1919 par le général d’artillerie Jean Estienne) combinant l’emploi groupé des chars lourds avec l’aviation d’appui qui disloque les lignes françaises en 1940.

Mais en 2022, comment préparer une attaque blindée massive sans se faire repérer et détruire préventivement ? Comment l’appuyer par les airs sans la maîtrise du ciel ? avec des HIMARS ? Quand bien même des têtes de pont auraient été saisies de l’autre côté du front, comment les exploiter dans la profondeur alors que l’hiver aura été mis à profit par les défenseurs pour construire des nasses et des « sacs à feux » en arrière de la première ligne ? Les grands stratèges qui ne voient de solution que dans la livraison des chars lourds ont-il une réponse à ces questions ?

En réalité, ce n’est pas des chars lourds que viendra la victoire des UAF, mais de la combinaison d’au moins deux de trois retournements stratégiques possibles : un effondrement des troupes d’occupation, l’ouverture d’un second front ou un renfort décisif.

Avec la stabilisation du front sur le Dniepr et au Donbass, la guerre d’Ukraine peut être comparée à la Première guerre mondiale, avec ses tranchées et ses duels d’artillerie. Comment les alliés ont-ils obtenu la victoire en 1918 ? La trahison des soviets et la paix séparée sur le front Est ont facilité les succès tactiques allemands du printemps 1918 sur le front Ouest, mais l’arrivée massive des Américains a permis d’éviter une percée décisive. C’est finalement la percée de l’armée d’Orient dans les Balkans, avec l’effondrement de l’armée bulgare, puis austro-hongroise, qui oblige le IIe Reich à dégarnir précipitamment le front de l’Ouest pour éviter l’invasion par la vallée du Danube. L’armistice du 11 novembre permet à l’armée allemande, solidement installée en défensive depuis plus de quatre ans dans les territoires occupés en France et en Belgique, d’éviter la capitulation.

La victoire alliée de 1945, obtenue principalement par l’Armée rouge, est facilitée par l’ouverture du front occidental, d’abord en Italie (ce qui oblige Hitler à mettre fin à l’opération Citadelle à Koursk), puis en France, qui fixe suffisamment de divisions allemandes pour que le rapport de forces sur le front de l’Est prive le IIIe Reich de toute capacité à reprendre l’offensive. En Asie, c’est la concomitance (décidée par les Alliés à Yalta et confirmée à Potsdam) de l’entrée en guerre de l’Armée rouge et des bombardements atomiques trois mois après la capitulation allemande qui précipite la capitulation japonaise. Ces bombardements américains, dont les effets tactiques n’étaient pas supérieurs à ceux des bombardements conventionnels (incendiaires) sur Tokyo, Nagoya ou Osaka, ont aussi constitué une démonstration de puissance à visée stratégique vis-à-vis des Soviétiques.

 

La théorie de la victoire par la stratégie indirecte, chère à Churchill et Liddle Hart, bien que contestée par certains stratégistes, a largement été validée par les deux guerres mondiales, voire les grands conflits qui les ont précédées, à commencer par la première guerre de Crimée, quand, 60 ans avant 1914, les franco-britanniques avaient ouvert un second front en Baltique. Quand le rapport de forces est trop équilibré pour obtenir la décision, la stratégie indirecte est le meilleur moyen d’affaiblir l’ennemi. En 2022, face à une Russie que personne ne menace en Asie, qui croit sérieusement que l’OTAN ouvre un second front en Baltique ou dans le Grand Nord ? De toute façon, la dissuasion nucléaire rend cette option impossible.

La doctrine militaire russe, adoptée à la suite de l’intervention de l’OTAN au Kosovo, prévoit un emploi limité des armes nucléaires aux fins de la « désescalade » d’un conflit conventionnel, c’est-à-dire pour éviter la défaite. Serait considérée comme défaite la perte des territoires illégalement annexés en septembre des ex-républiques populaires de Donetsk et de Lougansk, et des oblast de Zaporozhye et de Kherson. Considérés par le Kremlin comme faisant partie de la Fédération de Russie, à l’instar de la Crimée, ces territoires, conquis et non acquis, entrent pour autant dans la sphère des intérêts essentiels de la Russie.

Est-ce que la désignation du général Gerassimov comme commandant du théâtre ukrainien ouvre la voie à un usage potentiel du nucléaire tactique, sans mettre en cause la responsabilité du Kremlin ?

 Rappelons que le point 4 de l’oukase présidentiel n° 355 portant sur les « Fondements de la politique d’État de la Fédération de Russie dans le domaine de la dissuasion nucléaire » signé le 2 juin 2020 par Vladimir Poutine prévoit l’emploi tactique de l’arme nucléaire en vue d’empêcher l’escalade des opérations militaires et en faciliter l’achèvement « dans des conditions acceptables pour la Fédération de Russie ou ses alliés ».

Les autres stratégies sont moins décisives : mener une guerre d’attrition pour provoquer l’effondrement de l’avant ou de l’arrière, à force de frappes en profondeur, de blocus et de sanctions. Les alliés y ont eu recours avec un succès relatif pendant la deuxième guerre mondiale. Mais la victoire des puissances maritimes sur le Heartland a moins tenu au contrôle des approvisionnements (même si cela a joué un rôle certain) qu’à leur capacité à ouvrir un second front et à interdire cette solution à l’ennemi. C’est pourtant, en Ukraine, la solution actuellement choisie par les deux camps.

Reste l’hypothèse d’un renfort décisif. Tout le monde pense aux Américains, qui ont joué ce rôle dans les deux guerres mondiales. Mais là encore, la dissuasion nucléaire rend cette option impossible.

Le groupe de réflexions Mars*

Guerre -Ukraine–Russie : aussi un duel de civilisation

Guerre -Ukraine–Russie : aussi un duel de civilisation

Il y a évidemment quelque chose de surréaliste dans les prétentions de Poutine de considérer les démocraties comme obsolètes pour y substituer des régimes autocratiques imposés par la force et la répression de toutes les libertés.

Certes, on objectera que l’hypothèse d’une victoire de ces régimes dictatoriaux dans nombre de pays du monde n’est pas à exclure. En effet devant la complexification des crises systémiques qui impliquent les champs économiques, technologiques, sociaux et environnementaux notamment,le risque est grand que les peuples affolés se rangent du côté des fausses certitudes des régimes autoritaires.

Dans le même temps que progresse effectivement les régimes et programmes autoritaires dans certains pays en développement mais aussi dans des pays plus développés , s’ouvre parallèlement une vaste crise dans les pays dirigés par des dictateurs.

L’absence de liberté -tout autant d’ailleurs que l’insuffisance des résultats économiques et sociaux- fait naître un débat et parfois des protestations y compris violentes pour remettre en cause l’appropriation des libertés aussi bien en Chine, qu’en Russie, qu’en Iran, qu’en Turquie et dans bien d’autres pays.

Le reproche central fait à ces pays à système dirigiste concerne en particulier les libertés individuelles et collectives. Bref l’absence de démocratie. Un reproche auquel s’ajoute un échec économique souvent et surtout le renforcement des inégalités.

On objectera qu’il y a de plus en plus de nouveaux riches en Chine ou en Russie mais c’est la corruption généralisée qui permet l’enrichissement constitue le principal ressort de ce développement.

En Chine, ce sont les proches des 10 millions d’adhérents du parti communiste qui accèdent aux couches moyennes et supérieures. En Russie,ce sont surtout les oligarques et leurs courtisans qui se partagent la richesse nationale, Poutine en premier évidemment.

En Corée du Nord, l’essentiel des ressources est orienté vers inutile système de défense les plus sophistiqués tandis que le peuple n’est même pas assuré de son bol de riz quotidien. La comparaison entre Corée-du-Nord et Corée-du-Sud suffit à démontrer la folie du dictateur.

Ce qui se joue entre l’Ukraine et la Russie, c’est la victoire sur le terrain militaire mais sans doute encore davantage la victoire dans l’espace des libertés et du progrès.

Ukraine : Il faut finir la guerre d’après le groupe de réflexions Mars !


Ukraine : Il faut finir la guerre d’après le groupe de réflexions Mars.

Le groupe de réflexions mars insiste assez lourdement sur le fait qu’une guerre doit se terminer et espère les pressions des États-Unis pour mettre fin au carnage en Ukraine.

Un article intéressant de la part d’un groupe qu’on a connu plus pertinent dans ses analyses et ses propositions. En effet, c’est une banalité que d’indiquer qu’une guerre doit se terminer. Mais c’est une erreur dans le moment présent de suggérer que l’Ukraine accepte dès maintenant de perdre des territoires. En outre, l’indulgence accordée à Poutine mérite largement discussion sans parler du quitus donné à Macron .

« La priorité n’est donc pas d’écraser la Russie (encore une fois, c’est impossible à cause de la dissuasion nucléaire), mais de lui faire admettre que l’Ukraine a le droit de choisir son destin. En contrepartie, les Occidentaux doivent admettre que la Russie aussi a le droit de choisir son destin » (Le groupe de réflexions Mars) .

L’idéal, ce serait que le Kremlin renonce à sa guerre en Ukraine, admette ses erreurs dans l’analyse des rapports de force et retire ses forces armées de l’autre côté des frontières internationalement reconnues. L’idéal, ç’eût été qu’il existât depuis 30 ans une architecture européenne de sécurité associant l’OTAN, les pays neutres, la Russie et tous les États issus de la disparition de l’Union soviétique en 1991. L’idéal, c’est une Europe stratégiquement autonome ayant maintenu depuis 30 ans son investissement de défense à 3% du PIB en dépit de la dissolution du Pacte de Varsovie.

La réalité, c’est que l’Europe a désarmé depuis 30 ans au point d’avoir complètement abandonné sa sécurité à l’allié américain, qui n’a aucun intérêt à encourager l’autonomie stratégique européenne ni une architecture européenne de sécurité comprenant la Russie. La réalité, c’est que la Russie a formellement annexé la Crimée, le Donbass et la région de Kherson à la suite d’une conquête militaire qu’elle n’a aucunement l’intention d’abandonner. La réalité, c’est une Ukraine économiquement dévastée et démographiquement ravagée, dont la population qui n’a pas fui s’apprête à vivre un hiver dans des conditions épouvantables. La réalité, c’est avant tout 45 millions de victimes d’erreurs politiques et d’échecs diplomatiques depuis 30 ans.

Faut-il persévérer dans l’erreur ? Faut-il continuer à encourager les dirigeants ukrainiens dans l’illusion d’une victoire militaire définitive ? Faut-il continuer à promettre la corde à Poutine et l’acculer au fond du ring ? Dans toutes les guerres arrive un moment où les belligérants sont trop usés pour accorder le moindre crédit aux nationalistes qui continuent à prêcher la guerre. Le président Macron sait que ce moment viendra, même s’il est encore trop tôt. Mais il a le courage de le dire, quitte à essuyer les quolibets de 27 nains. C’est ce qui s’appelle le courage moral en politique : partir du réel au lieu de flatter les illusions nationalistes et de fuir dans l’idéal.

Un jour viendra où les Américains signifieront aux Ukrainiens qu’il est temps d’en finir. La confusion de la semaine dernière entre les déclarations du président Biden et les dénégations de son administration montre que tout le monde n’est pas encore prêt à cela à Washington, mais le signal est donné. Pour paraphraser Thorez, il faut savoir arrêter une guerre. Surtout quand on sait qu’il n’y aura jamais de vainqueur, mais toujours plus de victimes.

Dans un lapsus révélateur du manque de sérieux et de crédibilité des dirigeants de l’UE, Ursula Von der Leyen a révélé le 30 novembre le chiffre de 100.000 pertes militaires ukrainiennes. Ce qui est inquiétant, ce n’est pas qu’elle confonde morts et blessés, soldats et officiers, même si cela montre qu’elle n’a rien retenu de son passage à la tête de la Bundeswehr, il est vrai marqué par les scandales.
Mais ce faisant, elle compromet une information confidentielle que les Ukrainiens ne souhaitent pas révéler (ils ont immédiatement allumé un contre-feu en poussant le chiffre de 13.000 morts) dans la mesure où il place les pertes ukrainiennes au même niveau que les pertes russes, ce qui n’est pas normal en position défensive. Mais on sait que les combats du printemps dans le Donbass ont été extrêmement meurtriers avant le lancement de la contre-offensive d’été.

La réalité, c’est qu’avec un tel niveau de pertes, les forces armées ukrainiennes ne parviendront jamais à repousser l’envahisseur de l’autre côté de la frontière. Les forces d’occupation russes ont beau être corrompues, mal commandées, mal équipées, mal entraînées et démoralisées, elles ne se sont pas effondrées. Elles perdent batailles sur batailles, mais elles n’ont pas perdu la guerre et ne peuvent pas la perdre, parce que la dissuasion nucléaire les protège d’un effondrement final.

La réalité, c’est que la guerre russe en Ukraine dépend moins de succès tactiques que d’une confrontation multi-domaines. Il faut relire Clausewitz : la guerre n’est pas une fin en soi. Il existe toujours des buts de guerre qui tendent vers un état final recherché différent de la situation d’avant-guerre, que les belligérants finiront par appeler « paix ». Ce sera une certaine forme de paix, un nouvel ordre plus ou moins stable ou chaotique, et certainement une nouvelle ère dans les relations internationales.

La réalité, c’est que la Russie ayant déclenché la guerre, c’est le pouvoir russe qui détient la clé de l’avenir de l’Ukraine. Il n’y aura jamais de paix sans prise en compte de cette réalité. Il faut donc aider le Kremlin à comprendre en quoi il s’est trompé plutôt que de l’acculer dans une impasse stratégique dont il ne pourra sortir qu’en agitant la menace nucléaire.

Les Russes sont tombés dans le piège de leur propre propagande qui refuse d’admettre que les Ukrainiens (après les Baltes, mais aussi les Géorgiens ou les Moldaves) puissent préférer la démocratie libérale occidentale aux régimes de démocratie formelle qui sont nés du démembrement de l’Union soviétique. Il est vrai que de nombreux intellectuels occidentaux les ont encouragés dans cette illusion. Dans son ouvrage controversé rédigé en réponse à la théorie de « la fin de l’Histoire », Le choc des civilisations et la refonte de l’ordre mondial (édité en 1996, 2011), Samuel P. Huntington estimait que « la violence entre Ukrainiens et Russes est peu probable. Il s’agit de deux peuples slaves, principalement orthodoxes, qui entretiennent des relations depuis des siècles, et parmi lesquels les mariages mixtes sont communs ».

Cette croyance ne prenait pas en compte la tentation des nouvelles générations de l’Ukraine de tourner leur regard exclusivement vers l’ouest, ce que la Constitution ukrainienne de 2019 a officialisé dans son Préambule et aux articles 85, 102, 116. L’agression russe de février dernier procède d’une erreur passéiste d’analyse anthropologique (les Ukrainiens sont des « Petits Russes » qui n’ont rien à voir avec l’Occident décadent) qui entraîne une succession d’erreurs tactiques commises face à une armée ukrainienne « otanisée » depuis 2014 (états-majors, formation des cadres, intégration dans des structures occidentales comme le commandement suprême de la transformation/SACT).

Il n’y aura pas de paix tant que les Russes n’admettront pas cette erreur d’analyse culturelle. La priorité n’est donc pas d’écraser la Russie (encore une fois, c’est impossible à cause de la dissuasion nucléaire), mais de lui faire admettre que l’Ukraine a le droit de choisir son destin. En contrepartie, les Occidentaux doivent admettre que la Russie aussi a le droit de choisir son destin. Cela passe par la construction d’une architecture européenne de sécurité qui apporte de vraies garanties de sécurité à la fois à l’Ukraine et à la Russie.
On voit mal aujourd’hui quelles garanties l’Ukraine pourrait accepter en-dehors du parapluie nucléaire de l’OTAN. Ce qui était un casus belli pour la Russie pourrait redevenir négociable à condition de renoncer aux préalables irréalistes que les Ukrainiens imposent à l’ouverture de négociations. Autrement dit, l’Ukraine ne peut espérer obtenir de garantie de sécurité sans renoncer en tout ou partie aux pertes territoriales subies depuis 2014.

Une paix durable pourrait résulter de l’abandon par la Russie de ses prétentions à contrôler l’Ukraine et de son refus de l’entrée de Kiev dans l’OTAN, en échange de la constitution d’une zone tampon démilitarisée dans le Donbass et sur la rive gauche du Dniepr rendant impossible le rétablissement de la souveraineté ukrainienne sur ces territoires, qui pourraient être administrés par l’ONU en attendant un référendum d’autodétermination et un destin proche de celui du Kosovo. Ce dont l’Ukraine a besoin, c’est de la garantie liée à l’appartenance à l’OTAN, et ce dont la Russie a besoin, c’est d’un éloignement de l’OTAN de ses frontières. D’une manière ou d’une autre, la solution s’appelle une zone tampon démilitarisée.

Nous entrerons alors dans une nouvelle ère, avec peut-être un nouveau rideau de fer le long du Donetsk et du Dniepr inférieur. Mais le pire n’est jamais sûr, à condition de chercher des solutions viables
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(*) Le groupe Mars, constitué d’une trentaine de personnalités françaises issues d’horizons différents, des secteurs public et privé et du monde universitaire, se mobilise pour produire des analyses relatives aux enjeux concernant les intérêts stratégiques relatifs à l’industrie de défense et de sécurité et les choix technologiques et industriels qui sont à la base de la souveraineté de la France.

Réforme des retraites et Macron : la guerre aussi avec la CFDT

Réforme des retraites et Macron : la guerre aussi avec la CFDT

Le président de la république comptait bien sur l’appui du syndicat réformiste CFDT pour faire passer sa réforme des retraites. Un pronostic complètement contrarié par la décision de la CFDT d’affronter clairement le projet gouvernemental.

L’opposition n’est pas nouvelle, elle se nourrit surtout de la condescendance voire du mépris de Macron pour les syndicats et les institutions en général. Macron déteste tout ce qui est organisé et préfère -comme les gauchistes -les collectifs spontanés choisis au hasard. Bref une sorte de philosophie libertaro capitaliste, un peu comme Elon Musk.

Tout au long de ses mandats Maccon a toujours négligé la démocratie collective organisée et en particulier les syndicats. Ils pensaient récupérer le soutien de la CFDT avec quelques friandises mais aujourd’hui il paye le prix de sa condescendance.

Le 8 septembre, lors de la première séance du Conseil national de la refondation, Emmanuel Macron s’est arrangé pour déjeuner à côté de Laurent Berger, le leader de la CFDT, et lui glisser un mot sur la réforme des retraites. « Il faut extraire cette dent malade », lui souffle le président de la République. « Toute la mâchoire va venir avec », réplique du tac au tac le syndicaliste. Trois mois plus tard, le climat ne s’est guère apaisé. Laurent Berger est vent debout contre le report de l’âge de départ à 65 ans et l’Elysée laisse fuiter dans la presse que le patron du syndicat réformiste serait « moins courageux » que ses prédécesseurs, Nicole Notat et François Chérèque…

Macron, lui, fait preuve d’une autre forme de courage : décaler le calendrier de la réforme. Jusqu’à quand ?

Réforme des retraites : Pourquoi la guerre entre Macron et Berger

Réforme des retraites : Pourquoi la guerre entre Macron et Berger

Le président de la république comptait bien sur l’appui du syndicat réformiste CFDT pour faire passer sa réforme des retraites. Un pronostic complètement contrarié par la décision de la CFDT d’affronter clairement le projet gouvernemental.

L’opposition n’est pas nouvelle, elle se nourrit surtout de la condescendance voire du mépris de Macron pour les syndicats et les institutions en général. Macron déteste tout ce qui est organisé et préfère -comme les gauchistes -les collectifs spontanés choisis au hasard. Bref une sorte de philosophie libertaro capitaliste, un peu comme Elon Musk.

Tout au long de ses mandats Maccon a toujours négligé la démocratie collective organisée et en particulier les syndicats. Ils pensaient récupérer le soutien de la CFDT avec quelques friandises mais aujourd’hui il paye le prix de sa condescendance.

Le 8 septembre, lors de la première séance du Conseil national de la refondation, Emmanuel Macron s’est arrangé pour déjeuner à côté de Laurent Berger, le leader de la CFDT, et lui glisser un mot sur la réforme des retraites. « Il faut extraire cette dent malade », lui souffle le président de la République. « Toute la mâchoire va venir avec », réplique du tac au tac le syndicaliste. Trois mois plus tard, le climat ne s’est guère apaisé. Laurent Berger est vent debout contre le report de l’âge de départ à 65 ans et l’Elysée laisse fuiter dans la presse que le patron du syndicat réformiste serait « moins courageux » que ses prédécesseurs, Nicole Notat et François Chérèque…

Macron, lui, fait preuve d’une autre forme de courage : décaler le calendrier de la réforme. Jusqu’à quand ?

GUERRE EN UKRAINE: MEDVEDEV menace avec de nouvelles armes

GUERRE EN UKRAINE: MEDVEDEV menace avec de nouvelles armes

L’ex-président russe, MEDVEDEV , une nouvelle fois joue les chiens qui aboient fort en déclarant que la Russie prépare de nouvelles armes vis-à-vis de l’Occident et pas seulement vis-à-vis de l’Ukraine.

Medvedev a l’habitude de jouer le chien de garde de Poutine. Un Poutine qui se méfie cependant de lui. Et Medvedev tente désespérément d’en rajouter pour se crédibiliser auprès de Poutine. Il affirme que de nouveaux « moyens de destruction » sont en fabrication et qu’ils pourraient être utilisés contre l’Occident. « Notre ennemi ne s’est pas retranché uniquement dans le Gouvernement de Kiev », a-t-il assuré.

L’ex-président russe et actuel numéro 2 du Conseil de sécurité, Dmitri Medvedev, a affirmé ce dimanche que Moscou fabriquait les « moyens de destruction les plus puissants » basés sur de « nouveaux principes », en menaçant de s’en servir contre l’Occident.

Le chien de garde autoproclamé de Poutine tente ainsi de dissimuler la défaite militaire de la Russie en élargissant le champ des opérations.

Dans le même temps Poutine parle aujourd’hui d’accord pour mettre fin provisoirement aux hostilités. Sans doute aussi une répartition des rôles entre les responsables russes.

Politique de défense: En cas de guerre de haute intensité, la France ne tiendrait pas longtemps (Pierre de Villiers)

Politique de défense: En cas de guerre de haute intensité, la France ne tiendrait pas longtemps (Pierre de Villiers)

On se souvient que l’ancien chef des armées a été brutalement et publiquement écarté par Macron pour avoir critiqué l’insuffisance très grave des moyens de la défense du pays. Certes, tout ne peut pas être imputé à la majorité actuelle car la baisse dramatique des moyens a commencé bien avant, il y a au moins 15 ans.L’ancien chef d’état-major des armées, qui vient de publier un nouvel essai, analyse dans le Figaro la situation géopolitique de la France et de l’Europe sur fond de fortes tensions internationales.

Vous avez été chef d’état-major des armées. L’armée française de 2022 pourrait-elle faire face à une guerre aussi intense que celle qu’affronte l’Ukraine?
Pierre DE VILLIERS. – La guerre en Ukraine pose cette question de manière quotidienne ces derniers temps, et elle implique de se projeter dans l’avenir. En l’occurrence, si la France se trouvait dans la situation de l’Ukraine, quelle réponse apporterait-elle à une menace ou à une invasion, en fonction des capacités qui sont les siennes? Nous sommes la deuxième armée opérationnelle au monde, et la première en Europe. Et malgré nos qualités, nous serions incapables de tenir sur la durée, et de faire face à la dureté de la guerre telle que nous la voyons en Ukraine. Nous avons perdu cette capacité à cause de choix passés, en l’occurrence la diminution de nos effectifs, en témoigne la baisse de 20 % de 2007 à 2015. Nous avons commencé à remonter le budget de la Défense en 2017 .

A la lumière du conflit qui se déroule en Ukraine, Macron a posé la question de la stratégie militaire française. Jusque-là en effet, experts et professionnels de l’armée considéraient que la défense du pays reposait surtout sur le nucléaire et que les équipements et la défense traditionnelle devaient être en quelque sorte marginalisés.

Une erreur fondamentale car il n’est pas du tout certain que la guerre conventionnelle constitue une hypothèse du passé. Certes l’armée se professionnalise, elle utilise de plus en plus des équipements sophistiqués fait appel à de nouvelles technologies. Mais elle ne saurait se passer notamment d’une forte armée de terre.Pour preuve, l’armée ne parvient même plus à assurer ses objectifs faute de moyens dans les différentes opérations extérieures comme au Sahel par exemple.

Ce qui se passe en Ukraine le démontre par l’absurde puisque par exemple la Russie qui dispose de l’arme nucléaire démontre chaque jour sa grande insuffisance sur le plan de l’infanterie. Elle tente de compenser cette infériorité qualitative et quantitative par une artillerie qui arrose n’importe comment et n’importe où.

En réalité, le budget de la défense n’a cessé de se réduire en France surtout les moyens conventionnels. On a aussi supprimé le service militaire, une surpression qu’on doit aux mêmes experts et aux militaires eux-mêmes qui ont vu là l’occasion d’améliorer leur rémunération. Une suppression qui découle aussi d’une grande lâcheté politique.

L’Ukraine, petit pays, pour faire face aux conflits avec la Russie a réussi à mobiliser 200 000 hommes, à peu près l’effectif de l’armée française.Il y a 15 ans elle en comptait plus du double et il en faudrait sans doute 500 000. Autant dire que la défense française est complètement sous dimensionnée. Alain Bauer le spécialiste emploie le terme diplomatique d’armée échantillonnaire. Une armée qui par ailleurs manque de tout d’équipement, de pièces de rechange et d’effectifs. Par exemple, la moitié des hélicoptères sont en panne et on prend leurs pièces pour réparer ceux qui fonctionnent.

On a pu le vérifier dans la cruelle débâcle de la force Barkhane au Mali. Comment la France pourrait-elle faire face à une éventuelle attaque d’un pays comme la Russie si elle n’est même pas capable de s’imposer face aux rebelles du Sahel.

Tout est à revoir dans la stratégie de défense : l’objectif, les modalités, les équipements , les effectifs et bien sûr les financements.

Il faudra remettre sur le tapis la question du service militaire obligatoire. Comme on l’a vu en Ukraine, c’est parce que des effectifs mobilisables étaient particulièrement bien formés que les forces de Kiev ont fait reculer les Russes. À l’inverse, les Russes ont mobilisé des jeunes sans formation dans beaucoup ont été massacrés. Or en cas de conflit majeur on procède à une mobilisation générale, ce qui suppose une formation préalable. Ce que n’est pas évidemment cet ersatz de service national universel qui ne ressemble à rien.

Défense: En cas de guerre de haute intensité, la France ne tiendrait pas longtemps

Défense: En cas de guerre de haute intensité, la France ne tiendrait pas longtemps (Pierre de Villiers)

On se souvient que l’ancien chef des armées a été brutalement et publiquement écarté par Macron pour avoir critiqué l’insuffisance très grave des moyens de la défense du pays. Certes, tout ne peut pas être imputé à la majorité actuelle car la baisse dramatique des moyens a commencé bien avant, il y a au moins 15 ans.L’ancien chef d’état-major des armées, qui vient de publier un nouvel essai, analyse dans le Figaro la situation géopolitique de la France et de l’Europe sur fond de fortes tensions internationales.

Vous avez été chef d’état-major des armées. L’armée française de 2022 pourrait-elle faire face à une guerre aussi intense que celle qu’affronte l’Ukraine?
Pierre DE VILLIERS. – La guerre en Ukraine pose cette question de manière quotidienne ces derniers temps, et elle implique de se projeter dans l’avenir. En l’occurrence, si la France se trouvait dans la situation de l’Ukraine, quelle réponse apporterait-elle à une menace ou à une invasion, en fonction des capacités qui sont les siennes? Nous sommes la deuxième armée opérationnelle au monde, et la première en Europe. Et malgré nos qualités, nous serions incapables de tenir sur la durée, et de faire face à la dureté de la guerre telle que nous la voyons en Ukraine. Nous avons perdu cette capacité à cause de choix passés, en l’occurrence la diminution de nos effectifs, en témoigne la baisse de 20 % de 2007 à 2015. Nous avons commencé à remonter le budget de la Défense en 2017 .

A la lumière du conflit qui se déroule en Ukraine, Macron a posé la question de la stratégie militaire française. Jusque-là en effet, experts et professionnels de l’armée considéraient que la défense du pays reposait surtout sur le nucléaire et que les équipements et la défense traditionnelle devaient être en quelque sorte marginalisés.

Une erreur fondamentale car il n’est pas du tout certain que la guerre conventionnelle constitue une hypothèse du passé. Certes l’armée se professionnalise, elle utilise de plus en plus des équipements sophistiqués fait appel à de nouvelles technologies. Mais elle ne saurait se passer notamment d’une forte armée de terre.Pour preuve, l’armée ne parvient même plus à assurer ses objectifs faute de moyens dans les différentes opérations extérieures comme au Sahel par exemple.

Ce qui se passe en Ukraine le démontre par l’absurde puisque par exemple la Russie qui dispose de l’arme nucléaire démontre chaque jour sa grande insuffisance sur le plan de l’infanterie. Elle tente de compenser cette infériorité qualitative et quantitative par une artillerie qui arrose n’importe comment et n’importe où.

En réalité, le budget de la défense n’a cessé de se réduire en France surtout les moyens conventionnels. On a aussi supprimé le service militaire, une surpression qu’on doit aux mêmes experts et aux militaires eux-mêmes qui ont vu là l’occasion d’améliorer leur rémunération. Une suppression qui découle aussi d’une grande lâcheté politique.

L’Ukraine, petit pays, pour faire face aux conflits avec la Russie a réussi à mobiliser 200 000 hommes, à peu près l’effectif de l’armée française.Il y a 15 ans elle en comptait plus du double et il en faudrait sans doute 500 000. Autant dire que la défense française est complètement sous dimensionnée. Alain Bauer le spécialiste emploie le terme diplomatique d’armée échantillonnaire. Une armée qui par ailleurs manque de tout d’équipement, de pièces de rechange et d’effectifs. Par exemple, la moitié des hélicoptères sont en panne et on prend leurs pièces pour réparer ceux qui fonctionnent.

On a pu le vérifier dans la cruelle débâcle de la force Barkhane au Mali. Comment la France pourrait-elle faire face à une éventuelle attaque d’un pays comme la Russie si elle n’est même pas capable de s’imposer face aux rebelles du Sahel.

Tout est à revoir dans la stratégie de défense : l’objectif, les modalités, les équipements , les effectifs et bien sûr les financements.

Il faudra remettre sur le tapis la question du service militaire obligatoire. Comme on l’a vu en Ukraine, c’est parce que des effectifs mobilisables étaient particulièrement bien formés que les forces de Kiev ont fait reculer les Russes. À l’inverse, les Russes ont mobilisé des jeunes sans formation dans beaucoup ont été massacrés. Or en cas de conflit majeur on procède à une mobilisation générale, ce qui suppose une formation préalable. Ce que n’est pas évidemment cet ersatz de service national universel qui ne ressemble à rien.

Guerre de haute intensité, la France ne tiendrait pas longtemps

Guerre de haute intensité, la France ne tiendrait pas longtemps (Pierre de Villiers)

On se souvient que l’ancien chef des armées a été brutalement et publiquement été écarté par Macron pour avoir critiqué l’insuffisance très grave des moyens de la défense du pays. Certes, tout ne peut pas être imputé à la majorité actuelle car la baisse dramatique des moyens a commencé bien avant, il y a au moins 15 ans.L’ancien chef d’état-major des armées, qui vient de publier un nouvel essai, analyse dans le Figaro la situation géopolitique de la France et de l’Europe sur fond de fortes tensions internationales.

Vous avez été chef d’état-major des armées. L’armée française de 2022 pourrait-elle faire face à une guerre aussi intense que celle qu’affronte l’Ukraine?
Pierre DE VILLIERS. – La guerre en Ukraine pose cette question de manière quotidienne ces derniers temps, et elle implique de se projeter dans l’avenir. En l’occurrence, si la France se trouvait dans la situation de l’Ukraine, quelle réponse apporterait-elle à une menace ou à une invasion, en fonction des capacités qui sont les siennes? Nous sommes la deuxième armée opérationnelle au monde, et la première en Europe. Et malgré nos qualités, nous serions incapables de tenir sur la durée, et de faire face à la dureté de la guerre telle que nous la voyons en Ukraine. Nous avons perdu cette capacité à cause de choix passés, en l’occurrence la diminution de nos effectifs, en témoigne la baisse de 20 % de 2007 à 2015. Nous avons commencé à remonter le budget de la Défense en 2017 .

A la lumière du conflit qui se déroule en Ukraine, Macron a posé la question de la stratégie militaire française. Jusque-là en effet, experts et professionnels de l’armée considéraient que la défense du pays reposait surtout sur le nucléaire et que les équipements et la défense traditionnelle devaient être en quelque sorte marginalisés.

Une erreur fondamentale car il n’est pas du tout certain que la guerre conventionnelle constitue une hypothèse du passé. Certes l’armée se professionnalise, elle utilise de plus en plus des équipements sophistiqués fait appel à de nouvelles technologies. Mais elle ne saurait se passer notamment d’une forte armée de terre.Pour preuve, l’armée ne parvient même plus à assurer ses objectifs faute de moyens dans les différentes opérations extérieures comme au Sahel par exemple.

Ce qui se passe en Ukraine le démontre par l’absurde puisque par exemple la Russie qui dispose de l’arme nucléaire démontre chaque jour sa grande insuffisance sur le plan de l’infanterie. Elle tente de compenser cette infériorité qualitative et quantitative par une artillerie qui arrose n’importe comment et n’importe où.

En réalité, le budget de la défense n’a cessé de se réduire en France surtout les moyens conventionnels. On a aussi supprimé le service militaire, une surpression qu’on doit aux mêmes experts et aux militaires eux-mêmes qui ont vu là l’occasion d’améliorer leur rémunération. Une suppression qui découle aussi d’une grande lâcheté politique.

L’Ukraine, petit pays, pour faire face aux conflits avec la Russie a réussi à mobiliser 200 000 hommes, à peu près l’effectif de l’armée française.Il y a 15 ans elle en comptait plus du double et il en faudrait sans doute 500 000. Autant dire que la défense française est complètement sous dimensionnée. Alain Bauer le spécialiste emploie le terme diplomatique d’armée échantillonnaire. Une armée qui par ailleurs manque de tout d’équipement, de pièces de rechange et d’effectifs. Par exemple, la moitié des hélicoptères sont en panne et on prend leurs pièces pour réparer ceux qui fonctionnent.

On a pu le vérifier dans la cruelle débâcle de la force Barkhane au Mali. Comment la France pourrait-elle faire face à une éventuelle attaque d’un pays comme la Russie si elle n’est même pas capable de s’imposer face aux rebelles du Sahel.

Tout est à revoir dans la stratégie de défense : l’objectif, les modalités, les équipements , les effectifs et bien sûr les financements.

Il faudra remettre sur le tapis la question du service militaire obligatoire. Comme on l’a vu en Ukraine, c’est parce que des effectifs mobilisables étaient particulièrement bien formés que les forces de Kiev ont fait reculer les Russes. À l’inverse, les Russes ont mobilisé des jeunes sans formation dans beaucoup ont été massacrés. Or en cas de conflit majeur on procède à une mobilisation générale, ce qui suppose une formation préalable. Ce que n’est pas évidemment cet ersatz de service national universel qui ne ressemble à rien.

Climat de guerre : l’enjeu des matières premières

Climat de guerre : l’enjeu des matières premières

Par Didier Julienne, Président de Commodities & Resources Évoque l’enjeu économique et politique des matières premières dans un climat de guerre *

En général, avant la guerre, les dirigeants des nations s’y préparent. Ils ont réfléchi l’impensable lorsqu’ils ont construit leur Doctrine Ressources Naturelles. Ils ont sécurisé des accès soutenables sur le long terme à des matières premières, des ressources locales ou bien émanant de pays proches et amis. C’est-à-dire qu’ils auront remplacé la logique financière de la gestion de stocks du « juste à temps » par une logistique de sécurité du « en cas de ». C’est ce que fit la Russie, alors que, hélas, l’Europe n’a pas entendu ce message. C’est pourquoi, parce que cette rationalité sécuritaire semble un fruit politique facile à atteindre, elle fascine les extrêmes dans nos démocraties, alors que son chemin est au contraire complexe.

Cette étape franchie, c’est pendant la guerre qu’apparaissent les ressources naturelles de guerre. La transformation d’une ressource naturelle en commodities de guerre est à rapprocher de la psychologie des dirigeants. La guerre en Ukraine voyait le gaz naturel russe pris en otage par le conflit et devenir une commodities de guerre parce qu’il finance la Russie. Le gaz est abondant, ce choix est donc politique et non pas géologique. De fait, dans un conflit, toutes les ressources deviennent stratégiques, car politiques. La criticité géologique passe au second plan.
Inversement, d’autres matières remarquables n’ont pas été choisies. Pulvérisant une nouvelle fois l’infox des « métaux rares », aucun métal n’est « de guerre ». Bien au contraire, au plus fort de l’offensive russe, sans sanctions ni embargo, les importations de nickel et d’aluminium d’origine russe ont continué de croître de mars à juin 2022 par rapport à 2021 de respectivement 22 % et 13 % en Europe et de 21 % et 70 % aux États-Unis.

Plus précisément, ces choix politiques sont également liés à la valeur d’encombrement physique (VEP) de la matière première. C’est-à-dire que plus les coûts d’extraction, de logistique et de cession sont minimes et aisés, plus la VEP de la ressource est basse et meilleure sera son rendement pour financer le conflit. Pour la Russie, la VEP du gaz est très basse. C’est pourquoi les sabotages des gazoducs North Stream 1 & 2 n’étaient pas dans l’intérêt de Moscou. Sinon il fallait également saboter les gazoducs terrestres qui traversent toujours l’Ukraine et la Biélorussie. Toutefois, ces sabotages sont une réponse aux bombardements et occupations des centrales nucléaires ukrainiennes.

Plus généralement, les meilleures commodities de guerre sont les titres de propriété de l’immobilier que le vainqueur s’accapare lorsqu’il prend une cité. Cette VEP est quasi nulle, car ce n’est qu’un papier qui peut être créé, annulé et recréé à l’infini sans aucun coût. Le vainqueur de la guerre peut l’utiliser pour vendre ou louer ces propriétés alors que ces dernières peuvent être occupées par le propriétaire historique ; il peut aussi les donner pour récompenser ou payer ses soldats. Le nord de l’Irak et l’est de la Syrie ont été les récents témoins de ces pratiques.
Le financement de conflits en Afrique de l’Ouest par les diamants de sang s’expliquait également par des VEP très faibles, tant ils se transportaient et s’échangeaient avec facilité.
Les biens archéologiques du Moyen-Orient, les minéraux de l’est de la République Démocratique du Congo, le pétrole, le gaz naturel ou certaines cultures (opium, coca) ont un VEP plus élevé. Leurs trafics peuvent rapidement s’encombrer.

Enfin, les espèces animales aussi bien que végétales (bois précieux, blé) ont le degré de VEP encore plus élevé, comme l’ont démontré les exportations de blé ukrainiens.
Pour se financer et s’auto-récompenser, la milice Wagner aura largement utilisé ce concept de commodities de guerre sous toutes ses palettes.
L’existence de plusieurs traités internationaux

Afin de contrer ces trafics, la communauté internationale a forgé des traités internationaux, notamment le processus de Kimberley pour les diamants ; l’Unidroit pour l’archéologie ; IETI, l’Ocde, Dodd-Franck act, TinSCi pour les minéraux et l’énergie ; le Cites et le Flegt pour les espèces animales et végétales. L’exception reste le trafic des titres de propriété immobiliers. Aucun traité international n’a été avancé pour l’enrayer et l’on en comprend la difficulté d’application face à l’exemple d’une reconstruction de Marioupol par la Russie. Quid de la continuité des droits de propriété entre des habitations ukrainiennes détruites et de nouvelles habitations russophiles reconstruites sur leurs anciennes fondations ? Question plus épineuse entre propriétés privées et publiques, quid de la continuité des droits de propriété si les fondations d’immeubles ukrainiens détruits deviennent des rues et de nouveaux immeubles russophiles sont édifiés en lieu et place d’anciennes rues ? Sur quelle base légale les occupants deviendraient-ils propriétaires ou locataires de ces lieux ?
Concluons par une rapide vision des prix des matières premières pendant la guerre.

L’impact des conflits est maximal sur les prix lorsque l’affrontement est global et qu’il n’avait pas été prévu. Il sera plus modéré si le combat était imprévu, mais local et quasiment nul s’il était prévu et régional.

Pendant la guerre 14-18, qui, selon notre classification, était imprévue et mondiale, les prix agricoles (grains, viande, autres) et des métaux flambaient. En moyenne, les prix de l’aluminium et du blé étaient multipliés par 3, la viande ou le sucre par 2,5, mais le pétrole n’augmentait que de 50 %. Pendant la Seconde Guerre mondiale, globale, mais anticipée, l’impact inflationniste était moindre . Les prix du blé et de la viande connaissaient une hausse supérieure à 100 %, les prix de l’énergie et des métaux étaient sous contrôle. Pendant la guerre de Corée, l’inflation était inférieure à 50 % pour les matières les plus impactées. Les guerres et tensions régionales du Vietnam ou du Moyen-Orient avaient un effet prix encore moins important. Pour mémoire, le choc pétrolier de 1973 avait provoqué une hausse des prix du brut de 3 à 18 dollars, les crises économiques ou climatiques ont des impacts inflationnistes supérieurs à ceux des guerres.
Le conflit en Ukraine est régional et non pas global, il était prévu, selon la CIA, mais imprévu en Europe. Son effet sur les prix devait donc être modéré.

En effet, après trois mois de spéculation inflationniste au printemps, au maximum de la crise, seuls les prix du gaz ont connu un pic supérieur à 150 %. L’inflation du blé a très brièvement dépassé les 40 % et le pétrole les 30 %. C’est peu de chose par rapport aux guerres passées. En outre, les autres ressources naturelles ont au pire été cantonnées entre 2 % et 15 %. Depuis l’été et jusqu’à l’écriture de ces lignes, 9 mois après l’invasion russe, les marchés des matières premières ont totalement digéré la guerre.

Le prix du cuivre est 17 % en dessous de ceux du 24 février 2022, l’aluminium à -35 %, l’or à -13 %, le pétrole -8 %. Les prix des deux commodities de guerre, blé et gaz, sont désormais respectivement -10 % et -13 % sous les prix du 24 février.

Tous ces éléments militent pour une inflation revenant vers des niveaux d’avant-guerre. Logiquement, tant que les prix du gaz seront bas, cette direction déflationniste sera confortée si, au lieu de consommer ses stocks, l’Europe répond à ses besoins gaziers par des achats au fil de l’eau, préservant ainsi le plus possible ses réserves de gaz pour l’hiver 2023-2024.
Au final, au fur et à mesure des guerres depuis le premier conflit mondial de 14-18, les prix des matières premières ont appris à vivre avec les conflits et les effets inflationnistes de ces derniers n’ont cessé de s’amenuiser depuis un siècle. La cause ? Sans aucun doute la fluidité des flux déflationnistes des ressources naturelles apportée par la mondialisation.

Justement, puisque le conflit russo-ukrainien pourrait être le dernier de la mondialisation si celle-ci continue d’être remise en cause par la recherche de souveraineté, il est utile de se préparer aux conflits de souveraineté économique de demain.

C’est-à-dire envisager des embargos de matières premières en retour d’actions belliqueuses. Des sanctions sur telles ou telles matières entraîneront d’autres sanctions sur d’autres éléments. Les exemples les plus évidents sont entre minéraux et circuits intégrés et entre énergie et agriculture. C’est pourquoi, c’est avant la guerre que les dirigeants des nations doivent élaborer des Doctrines Ressources Naturelles dominées par quelque chose qu’ils n’aiment pas : la surprise et l’impensable.
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(*) Ce texte est issu d’une lecture prononcée à la conférence 2022 de l’Association Internationale de Développement du Chrome.

Radicalité et CGT : aussi une guerre de succession

Radicalité et CGT : aussi une guerre de succession

La radicalité de la CGT explique par la stratégie habituelle de l’organisation mais aussi par des problèmes de succession.

La première succession concerne la place de la CGT dans l’univers syndical. La CFDT a prit la succession de la CGT et est devenu grâce à sa politique réaliste le premier syndicat de France. D’une façon générale les syndicats réformistes sont désormais majoritaires en France.

La seconde succession concerne celle du patron de la CGT. La candidate de Martinez est très contestée par les plus ultra gauche et les plus corpo de l’organisation. Philippe Martinez soutient en effet Marie Buisson, issue de la Fédération de l’éducation, de la recherche et de la culture (Ferc-CGT).

Le choix de Marie Buisson ne fait pas l’unanimité parmi les 32 fédérations qui composent la CGT. La puissante Fédération nationale des industries chimiques (Fnic), dont font partie les grévistes CGT de TotalEnergies, n’est pas favorable à la désignation de cette professeure en lycée professionnel, qui n’est pas issue du mouvement ouvrier. Aux yeux des membres de la Fnic, comme de la CGT-Cheminots, seule une opposition frontale et sans concession au patronat et au gouvernement peut permettre des avancées sociales.

« Il y a deux visions du syndicalisme dans la même centrale, avec des projets relativement différents, résume l’historien Sylvain Boulouque. Il y a un groupe très contestataire, chez les cheminots ou dans l’union départementale des Bouches-du-Rhône, proche de la Fédération syndicale mondiale (FSM), où l’on retrouve les fédérations syndicales nord-coréennes, chinoises ou cubaines. C’est l’héritage du vieux communisme. La CGT, au niveau national, est quant à elle adhérente de la Confédération syndicale internationale (CSI), qui s’inscrit beaucoup plus dans une culture de la négociation sociale et de la défense des libertés démocratiques. »

Guerre en Ukraine : Un échec durable de la Russie

Guerre en Ukraine : Un échec durable de la Russie

L’annexion de quatre régions ukrainiennes n’est pour la Russie qu’une victoire en trompe-l’œil. Le maximalisme de Vladimir Poutine aura un coût stratégique. Par Cyrille Bret, Sciences Po

La Russie va sans doute subir un triple échec qui va coûter très cher aux pays. Un échec militaire mais aussi un échec économique et idéologique. Ce régime fondé sur la dictature, la terreur et la corruption fait éclater toutes les contradictions du système.NDLR

À première vue, l’annexion illégale de quatre nouveaux territoires ukrainiens semble donner au régime russe bien des raisons de crier victoire. En effet, par cette quadruple prise de guerre que Vladimir Poutine a officialisée le 30 septembre en grande pompe, la Russie porte vers l’Ouest sa ligne de contact avec les Occidentaux ; elle divise et affaiblit durablement l’Ukraine ; elle paralyse l’opposition intérieure au nom de l’union sacrée ; et, ultime succès, elle sanctuarise ces conquêtes en les plaçant sous l’ombre de son parapluie nucléaire tout en rompant avec un Occident présenté comme « colonisateur ».

En réalité, ce triomphe officiel est un faux-semblant digne de ceux qui ont fait passer à la postérité le prince Potemkine. En 1787 le favori de Catherine II (1729-1796) avait fait édifier de véritables décors de carton-pâte le long de la route de l’impératrice lors d’un voyage de celle-ci – précisément dans les régions qui viennent d’être aujourd’hui annexées par Moscou, et qu’elle venait alors de conquérir une première fois ! – afin de donner l’illusion que ces zones étaient prospères et leurs habitants satisfaits.
L’impérialisme russe se trouvait ainsi justifié, du moins aux yeux de Catherine, protectrice de Diderot et férue des Lumières françaises. Le despotisme éclairé s’aveuglait lui-même sur son expansionnisme armé, tout comme aujourd’hui l’illusion est créée par les pseudo-référendums tenus à la va-vite dans les régions arrachées à l’Ukraine – et que la Russie ne contrôle d’ailleurs pas entièrement. Les célébrations martiales sur la Place rouge, le discours de Vladimir Poutine et la couverture médiatique russe tentent de créer une impression de victoire. À y regarder de plus près, les limites de la scénographie sont évidentes.

On aime parfois à considérer, à Washington, Londres ou Paris, que l’armée russe est proche de la déroute, que la présidence Poutine est minée par la contestation intérieure et que l’effondrement stratégique est imminent. Le bilan des sept mois d’invasion de l’Ukraine est moins tranché, si on l’observe du point de vue du Kremlin : celui-ci a bel et bien réussi à atteindre certains de ses objectifs cardinaux. Prendre en compte ces succès tactiques – et, bien entendu, les défaites stratégiques – est indispensable pour comprendre le nouveau cours de la politique russe pour la décennie qui vient, et les risques qui en découlent pour l’Union européenne.

Si l’on évalue les résultats obtenus par le Kremlin à l’aune de ses propres critères, plusieurs acquis apparaissent substantiels.
De fait, l’annexion et son corollaire – un état de guerre durable avec l’Ukraine – permettent à la Russie de Poutine d’atteindre des objectifs militaires anciens et explicites. Avec cette guerre, la Russie vient de stopper la dynamique d’expansion de l’OTAN dans l’espace post-soviétique. Il s’agissait d’un fil rouge des présidences et des primatures Poutine : les adhésions à l’Alliance des anciennes démocraties populaires (Pologne, Hongrie, Roumanie, etc.) et de trois ex-Républiques socialistes soviétiques (Estonie, Lettonie et Lituanie) avaient déjà été considérées à Moscou comme autant de provocations contre la puissance russe.

Aujourd’hui, les candidatures de la Géorgie et de l’Ukraine sont devenues des casus belli. Et, à l’intérieur, Vladimir Poutine peut imposer l’idée qu’il est en guerre avec l’OTAN – conflit qu’il annonce depuis les années 2000. Avec ses formules violemment anti-occidentales du discours du 30 septembre, il rompt définitivement avec la dynamique pro-occidentale des années 1990 et consacre le divorce de son pays avec l’Europe tout entière.

Par ailleurs, ce recul illégal de la frontière russo-ukrainienne vers l’Ouest offre à la Russie un gain démographique dont elle a besoin. Surtout, il ruine durablement l’Ukraine, rend sa convergence avec l’UE bien plus difficile encore, anéantit presque l’espoir de reconstituer la souveraineté et l’intégrité territoriale du pays.
En outre, du point de vue du Kremlin, cette guerre et ces annexions adressent un message à toutes les communautés russophones – et russes par distribution de passeports – qui vivent hors du territoire de la Fédération : la Russie est susceptible d’intervenir militairement là où se trouvent ces populations. Moscou se dote ainsi d’un levier de pression efficace sur les États qui abritent une communauté russophone en Baltique et en Asie centrale. Le « monde russe » théorisé par le Kremlin n’est pas qu’un nation branding : c’est un concept stratégique réel qui déstabilise l’étranger proche de la Russie.

La Russie réoriente ainsi sans retour sa posture diplomatique et géoéconomique vers l’Est : c’est l’Eurasie qui est désormais son champ d’action. La Fédération se recentrera sur l’Union économique eurasiatique dont la Biélorussie et l’Arménie sont membres pour éloigner ces États de l’orbite européenne. Elle pousse d’ailleurs la Biélorussie à engager ses troupes sur le front ukrainien. Elle renforcera également l’Organisation du Traité de Sécurité collective (OTSC). Enfin, elle renonce à sa coopération tendue avec l’UE pour se tourner presque exclusivement vers ses partenaires asiatiques au sein de l’Organisation de Coopération de Shanghai, au premier rang desquels la République populaire de Chine et l’Union indienne, ainsi que le Vietnam.
Sur le plan économique, les résultats ne sont pas à négliger. En déclenchant la guerre et en annexant les régions de Donetsk, Lougansk, Zaporijia et Kherson, la Russie a renforcé son statut de price maker sur les marchés de l’énergie, des minerais et des denrées agricoles.

Amplifiant l’inflation issue de la reprise consécutive à la pandémie de Covid-19, la pénurie organisée a permis à la Russie de reconstituer ses fonds souverains, ses réserves de devises et ses réserves en or. Autrement dit, ces annexions interviennent dans un contexte économique bien différent de celui de l’annexion de la Crimée en 2014 : celle-ci avait été suivie de deux années de récession due à la combinaison de la baisse des cours du pétrole et des sanctions occidentales. Si les sanctions de l’UE frappent l’économie de guerre russe, elles se portent sur un pays qui a jusqu’ici jugulé les risques d’inflation et reconstitué ses réserves financières gelées en partie.

À l’intérieur, enfin, le régime a reconnu des « erreurs » et des « difficultés ». Toutefois, ce régime est capable de tourner la fuite des réservistes mobilisables et les manifestations anti-mobilisation en avantage pour lui-même : ces mouvements serviront de justification à une reprise en main encore plus vigoureuse du corps social russe au nom de l’union sacrée, du patriotisme et de la réunification des Russes.
L’annexion des territoires ukrainiens à l’abri de l’arme nucléaire constitue, pour la Russie, une affirmation de son statut international. En rappelant sa force militaire, en insistant sur son statut de puissance nucléaire, en se posant comme étant en guerre avec l’OTAN, en renforçant ses liens avec les puissances asiatiques, et surtout en remettant en cause les frontières de 1991, la Fédération de Russie revendique avec fracas le rôle de chef de file de la désoccidentalisation du monde. Le président russe l’a martelé dans son discours du 30 septembre : il considère que l’Occident est la principale menace pour la Russie.

On aime souvent, en Occident, rappeler la formule du président Obama selon laquelle la Russie est une puissance régionale dangereuse non pas par sa force mais plutôt par sa faiblesse. Il faut aujourd’hui prendre conscience – sans les accepter – des succès que la Russie a obtenus de son propre point de vue. Sous-estimer ces gains nourrirait un triomphalisme béat à l’Ouest. Exactement comme surestimer le bilan stratégique de cette guerre conduirait à négliger les faiblesses réelles de la Russie – et les forces de ses adversaires.

Les résultats de la campagne d’Ukraine doivent en effet s’apprécier sur la longue durée et avec une focale large. À cette échelle, les succès sont moins évidents. Et les revers structurels, incontestables. Concernant l’Ukraine elle-même, intégrée à l’empire au XVIIe siècle, à l’URSS en 1921 et indépendante depuis 1991, les succès tactiques russes ne doivent pas éclipser les revers stratégiques. En 2022, le but explicite de la Russie était bel et bien d’envahir l’intégralité du territoire de l’Ukraine, de remplacer son gouvernement élu et de l’empêcher de dériver davantage vers l’UE et l’OTAN. Le succès est partiel et l’échec patent.Après l’annexion et après la guerre, il existera une Ukraine mutilée mais indépendante, solidement attachée à son identité nationale, à son rapprochement avec les Occidentaux et structurellement hostile à la Russie. En d’autres termes, les annexions remplacent la politique d’influence. Des annexions auxquelles le président Zelensky a immédiatement réagi… en signant une demande d’adhésion accélérée de son pays à l’OTAN.

Si la Russie est contrainte d’envahir et d’annexer un pays pour conserver son influence, c’est que cette influence peine à s’imposer autrement. La « défense de la Grande Russie » proclamée le 30 septembre consacre en réalité le rétrécissement de l’influence et de l’aire d’influence de la Russie. Au lieu d’occuper l’Ukraine et de « réunir » les Ukrainiens aux Russes, la Russie a définitivement fracturé les relations entre les deux peuples. Au lieu de souligner les proximités culturelles entre Ukraine et Russie, le Kremlin a conduit l’identité ukrainienne à se définir en opposition avec la Russie. Si l’identité nationale ukrainienne était contestée par certains avant l’invasion, elle est aujourd’hui solidifiée dans la résistance à Moscou.
Concernant les relations avec l’OTAN, là encore, les résultats structurels sont en réalités mitigés.

Certes, malgré la demande symbolique que vient de signer Zelensky, les futures adhésions seront sans doute paralysées par la guerre en Ukraine. Mais, surtout, la Russie a « réussi » à précipiter deux États pivots, historiquement attachés à la neutralité, le Royaume de Suède et la République de Finlande, dans l’OTAN. En d’autres termes, Moscou a changé en quelques semaines la donne stratégique en Baltique à son détriment. Désormais la mer Baltique est une « mer OTAN » qui enserre les deux débouchés maritimes russes de Kaliningrad et Saint-Pétersbourg.

Le pivot eurasiatique de la Russie constitue enfin un revers pour Moscou sur le long terme. Dans le tête-à-tête Pékin-Moscou, la Russie est structurellement un junior partner. Elle l’était déjà avant la guerre en raison de son faible poids économique et elle le sera encore plus après la guerre en raison de l’absence d’alternative pour elle. Couper les ponts avec l’Europe condamne la Russie à un face-à-face déséquilibré avec la puissance véritablement mondiale qu’est la Chine. D’autant que le corollaire de ce divorce avec l’Europe est, évidemment, la réduction de la croissance potentielle de la Russie à moyen terme : privée des investissements, des technologies et des spécialistes européens, la Russie réduit sensiblement ses capacités à diversifier son économie. La guerre en Ukraine réduit le spectre de ses clients, limite la gamme de ses investisseurs et abaisse ses standards commerciaux.

En somme, le triomphalisme russe consécutif à l’annexion des territoires ukrainiens repose sur des succès tactiques de court terme. Mais il occulte plusieurs échecs structurels pour la Russie : celle-ci n’a pas réussi à diversifier son économie grâce à des échanges stables avec l’Europe ; elle n’est pas parvenue à défendre ses intérêts en Ukraine de façon pacifique ; elle a polarisé les relations européennes entre une OTAN renforcée et une Russie presque seule.

On aime à décrire le président russe soit comme un nouveau Docteur Folamour – fou de la bombe – soit comme un stratège hors pair – un génie maléfique. Il pourrait bien être tout simplement un nouveau Potemkine de lui-même. Sa campagne ukrainienne lui offre des succès immédiats. Mais ils sont obtenus au prix d’échecs durables.
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Par Cyrille Bret, Géopoliticien, Sciences Po.
La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Finances: nouvelle guerre des monnaies !

Finances: nouvelle guerre des monnaies !

Les variations sont impressionnantes. La devise japonaise a ainsi perdu près de 25% de sa valeur face au dollar américain depuis le début de l’année. L’euro affiche un repli de 15% face au billet vert sur la même période. C’est une baisse massive. Mais d’autres font pire : la couronne norvégienne est en chute de 21% et la livre sterling de 27%. Cette dernière approche dangereusement de la parité avec le dollar, dans ce qui ressemble fort à un mouvement de panique des investisseurs. Après le Brexit, la crise énergétique et la menace de récession, le dernier budget dispendieux présenté par le Gouvernement anglais en cette fin septembre, semble avoir eu raison de la confiance des investisseurs. Par Pierre-Antoine Dusoulier, CEO d’iBanFirst dans la Tribune.(extrait)

Pour le moment, seul le dollar semble tirer son épingle du jeu. Du fait du risque de récession et du durcissement des conditions financières qui résulte de la hausse des taux directeurs par les banques centrales pour lutter contre l’inflation, les flux de capitaux vont se recycler aux Etats-Unis, ce qui renforce automatiquement le dollar américain. En période de crise, le dollar joue pleinement son rôle de valeur refuge. Et les autres centres de gravité monétaires peinent à contrecarrer la puissance de feu d’oncle Sam.

Pour lutter contre la baisse de leurs monnaies, les banques centrales peuvent opter pour une intervention directe sur le marché des changes. C’est ce qu’ont fait les banques centrales du Japon et d’Inde ces derniers jours. La Banque d’Angleterre pourrait leur emboîter le pas alors que la livre sterling évolue à un point bas de 37 ans face au dollar américain.
Mais le succès est loin d’être garanti. Le prérequis, c’est qu’il faut avoir suffisamment de réserves de change. Dans le cas du Royaume-Uni, elles sont insuffisantes. Depuis 2010, les gouvernements britanniques successifs ont renforcé le niveau des réserves pour atteindre 200 milliards de dollars si on cumule les réserves conjointes de la Banque d’Angleterre et du Trésor britannique. C’est peu comparé à la force de frappe du Japon estimée à 1.700 milliards de dollars. Les interventions sur les taux de change sont des guerres d’usure qui nécessitent d’avoir suffisamment de munitions sur la durée pour pouvoir gagner. Même lorsque les réserves sont en théorie suffisantes, cela n’assure en rien de l’issue de la bataille.

Souvenons-nous : en 1998, le Japon et les Etats-Unis étaient intervenus de manière coordonnée pour soutenir le yen japonais. Ce fut un échec cuisant. Il fallut attendre la faillite du fonds spéculatif à fort effet de levier LTCM au deuxième semestre 1998 pour que le statut de valeur refuge du yen fasse effet et que ce dernier se renforce face au dollar. Une histoire qui nous enseigne à quel point une coordination entre les principales banques centrales est essentielle pour garantir l’efficacité des interventions sur le marché des changes.

Pour stopper la dépréciation de leurs monnaies, les banques centrales possèdent une autre arme bien connue dans leur arsenal : les taux directeurs. Alors que la FED et la BCE mènent une action résolue pour lutter contre l’inflation, un acteur, central dans l’écosystème des changes, est désormais dos au mur : le Japon.

Pendant l’été, la banque centrale nippone est intervenue massivement sur le marché obligataire japonais pour défendre sa politique de contrôle de la courbe des taux. Cela consiste à s’assurer que les taux d’emprunt à long terme soient proches de zéro, ce qui permet de maintenir des conditions de financement accommodantes. C’est évidemment une gageure dans un contexte où les taux d’intérêt au niveau mondial ne cessent d’augmenter. Désormais, tout le monde s’accorde sur ce point : c’est seulement en augmentant drastiquement les taux directeurs que le Japon, (et les banques centrales en général) peut avoir une petite chance de lutter contre l’effondrement monétaire en cours. En langage clair, cela implique de renouer avec des taux réels positifs alors qu’ils sont encore très négatifs. Le tout sans être accusé de favoriser la récession.

Car l’augmentation des taux directeurs aboutit en général à une hausse de la monnaie, ce qui a pour effet bénéfique de réduire l’inflation importée. Le revers de la médaille, c’est que cette stratégie entraîne aussi un durcissement des conditions financières pour les ménages et les entreprises, aggravant la contraction de l’économie. Au regard des derniers indicateurs d’activité PMI, la zone euro et le Royaume-Uni sont certainement déjà entrés en récession au troisième trimestre… générant un réflexe de protection particulièrement risqué.

Face à ce dilemme cornélien entre inflation et récession, une dernière tentation se fait effectivement jour : le repli sur soi comme dans le monde d’après 1929. Après une décennie de forte inflation et d’instabilité monétaire, les gouvernements occidentaux s’étaient imposés mutuellement de lourds tarifs douaniers qui ont entravé le commerce. La suite est bien connue : la richesse créée s’est effondrée et le chômage est monté en flèche dans la foulée, alimentant les velléités guerrières des nations. Un cercle vicieux qu’il nous faut à tout prix éviter.
Aujourd’hui, la nouvelle guerre des monnaies est bel et bien de retour avec elle son cortège de défis pour les Etats, les entreprises et les particuliers. Une guerre des monnaies, rugueuse et aux conséquences souvent douloureuses, mais qui vaudra toujours mieux que la dérive du protectionnisme et ses inévitables conséquences belliqueuses.

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