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Présidentielle : la guerre Macron- Édouard Philippe continue

Présidentielle : la guerre Macron- Édouard Philippe continue

 

Ce n’est évidemment un secret pour personne que les relations entre Macron et l’ancien Premier ministre Édouard Philippe continuent d’être détestables. La fin du mandat d’Édouard Philippe s’est d’ailleurs déroulée dans des conditions particulièrement tendues. En cause évidemment, la concurrence entre deux hommes candidats aux plus hautes fonctions. Édouard Philippe est sans doute l’un des rares personnages un peu crédible qui aura émergé au cours du premier mandat présidentiel de Macron. Et Macon déteste par-dessus tout la concurrence.

L’objectif Édouard Philippe qui a créé son parti horizons était en fait  de prendre la main sur la majorité en fusionnant avec le parti de centre-droit agir. Macron s’est opposé en à cette fusion comme il s’est opposé à la création d’un parti encore plus vaste regroupant y compris le MoDem.

 

On sait que Macron se méfie particulièrement d’une organisation qui restreindrait sa liberté de penser et d’agir. Du coup Édouard Philippe tout en assurant qu’il voterait pour Macron continue son propre chemin en développant et en implantant son parti horizons. Son objectif est d’implanter une centaine de comités municipaux «philippistes».

 

L’objectif est aussi de peser le plus possible leurs des législatives et de disposer d’une force de frappe à l’Assemblée nationale afin d’influencer les orientations du futur président de la république fut-il Macron.

 

Ce qui est certain c’est que Édouard Philippe se prépare être l’héritier de la majorité actuelle. Pour 2022 ,sa candidature est assez hypothétique, il faudrait que Macon s’écroule dans les sondages mais ce n’est pas impossible en fonction d’événements politiques aujourd’hui imprévus. Pour 2027pour lui ,la cause est entendue il devra être le prétendant reconnu à la magistrature suprême pour la majorité actuelle. Les discussions risquent d’être relativement tendues lorsqu’il sera question d’accorder les parrainages de la majorité aux législatives.

Le retour de guerre hybride par la Russie et la Chine

Le retour de guerre hybride par la Russie et la Chine

 

 

En déclenchant et en entretenant des conflits asymétriques ou de basse intensité, dans lesquels les militaires n’ont plus le monopole, la Russie de Vladimir Poutine et la Chine de Xi Jinping ont été les premières puissances à reprendre à leur compte ce concept théorisé dès l’Antiquité estime un papier du Monde

Histoire d’une notion. C’est la guerre avant la guerre, mais déjà la guerre dans un monde chaotique où la distinction entre guerre et paix se fait toujours plus confuse.

« La notion de guerre hybride aide à définir des conflits actuels qui combinent intimidation stratégique de la part d’Etats disposant d’armes de destruction massive, des opérations interarmées impliquant aussi des unités spéciales et des mercenaires, et des manœuvres de désinformation à grande échelle », écrit Thomas Gomart, le directeur de l’Institut français des relations internationales (IFRI), dans Guerres invisibles (Tallandier, à paraître le 21 janvier, 317 pages, 20,90 euros).

Le cas de l’Ukraine est emblématique, alors que Russes et Américains ont commencé à discuter à Genève du destin de cette ex-république soviétique que Moscou veut vassaliser, lui interdisant toute future adhésion à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) comme à l’Union européenne, souhaitée pourtant par l’écrasante majorité de la population.

Les stratégies hybrides mêlent des modes d’action militaires et non militaires, directs et indirects, souvent difficiles à attribuer et toujours conçus pour rester sous le seuil estimé de riposte ou de conflit ouvert.

Après le renversement à Kiev du régime prorusse sous la pression de la rue, Moscou avait annexé la Crimée au printemps 2014, avec une opération menée par des forces spéciales sans écusson – surnommées alors « les petits hommes verts » –, puis manipulé une rébellion prorusse renforcée par des militaires sans uniforme dans l’est de l’Ukraine.

La guerre hybride n’est pas nécessairement armée. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait ainsi qualifié d’« attaque hybride » l’envoi, à l’automne 2021, de milliers de migrants acheminés par le régime biélorusse depuis le Moyen-Orient vers les frontières polonaises et lituaniennes pour faire pression sur les Vingt-Sept. La désinformation, les cyberattaques, la prédation économique font aussi partie de cette nouvelle forme d’affrontement où l’on ne fait plus vraiment de différence entre les technologies civiles et les technologies militaires, entre les soldats de métier et les combattants occasionnels, et où tous les rouages de l’Etat sont mobilisés.

2022: Les risques de guerre

2022: Les risques de guerre

 

Trois grandes puissances – les Etats-Unis, la Chine et la Russie – conservent l’hypothèse de la guerre dans les rapports de force entre nations, avertit Alain Frachon, éditorialiste au « Monde », dans sa chronique.(extrait)

 

Europe, Asie, Moyen-Orient : dans ces trois régions, la possibilité d’une guerre, comme dirait Michel Houellebecq, menace l’année 2022. Que les compagnies d’assurances nous pardonnent à l’avance, mais, s’il fallait un classement par ordre de plus grande probabilité, on conduirait ce tour d’horizon des conflits potentiels en partant de l’Ukraine, pour aller du côté de l’Iran et finir au large de Taïwan. Voyage en zones à risque.

En Europe, Vladimir Poutine impose son tempo. Son message est simple : après avoir annexé une région de ce pays, la Crimée, organisé la sécession d’une autre, le Donbass, le président russe se dit prêt à aller à Kiev et à soumettre l’ensemble de l’Ukraine. Auparavant, il a pris soin de manifester avec éclat la puissance militaire retrouvée de son pays : tirs de missiles dernier cri, capacité de destruction dans l’espace, manœuvres géantes aux frontières de l’Ukraine. Des généraux ukrainiens disaient récemment au New York Times qu’ils ne résisteraient pas plus de quatre jours à l’armée russe. Après, ce sera affaire de guérilla populaire.

L’ambition russe a été publiquement affichée le 17 décembre 2021. Poutine veut une nouvelle « architecture de sécurité en Europe » – en fait, revenir, autant que possible, à la zone d’influence russe existant du temps de l’URSS. L’OTAN doit être neutralisée et fermer ses portes à tout nouvel impétrant. L’objectif est de consigner l’ensemble en bonne et due forme au terme d’une négociation bilatérale entre Américains et Russes qui s’ouvre les 9 et 10 janvier à Genève. Bien sûr, on ne parle qu’entre grandes puissances militaires : Moscou a expressément exclu les Européens de la discussion.

Lire aussi  Article réservé à nos abonnés L’Ukraine, hantise du règne de Vladimir Poutine

« Négociation » est un grand mot. Le Kremlin a pris soin de tracer publiquement ses « lignes rouges » à l’avance, comme s’il souhaitait se lier les mains et rendre difficile la moindre concession de sa part – qui ressemblerait alors à un recul. La Maison Blanche a répliqué en faisant valoir que nombre des prétentions russes étaient inacceptables.

Peu importe que les Russes aient tort ou raison quant au sérieux de leurs griefs anti-occidentaux et peu importe qu’ils y croient ou pas eux-mêmes. Là n’est plus le problème. La Russie s’est placée dans une posture qui l’oblige à agir si elle n’obtient pas satisfaction sur ses « lignes rouges ». C’est cette situation qui compte, et qui nous rapproche de la guerre.

Entre la République islamique, d’un côté, les Etats-Unis de l’autre – avec les Européens en médiateurs –, les pourparlers ont repris, à l’hiver 2021, à Vienne, sur le programme nucléaire iranien. Il s’agit de s’assurer que Téhéran n’accède jamais à l’arme nucléaire. De rares progrès ont été enregistrés : les inspecteurs de l’ONU sont de retour sur le principal site d’enrichissement de l’uranium iranien. Mais l’espace de compromis est des plus limités.

Déclarer la guerre aux dérèglements climatiques (Pierre Larrouturou)

Déclarer la guerre aux dérèglements climatiques  (Pierre Larrouturou)

 

 

Pierre Larrouturou,  député européen estime qu’il faut déclarer la guerre aux dérèglements climatiques dans une tribune au « Monde »(extrait).

 

« Les systèmes tiennent souvent plus longtemps qu’on ne le pense, mais ils finissent par s’effondrer beaucoup plus vite qu’on ne l’imagine. » En 2012, quand l’ancien chef économiste du Fonds monétaire international (FMI), Kenneth Rogoff, tire la sonnette d’alarme, c’est d’un possible effondrement du système financier mondial qu’il s’inquiète. Mais nous savons tous que le risque est plus global : crise climatique, crise sociale, crise démocratique et crise de l’Europe… Dans tous ces domaines, on approche d’un point de non-retour, d’un point de basculement.

Selon une étude [financée par l’ONG Avaaz] s’appuyant sur un sondage réalisé entre mai et juin 2021 par l’institut Kantar auprès de 10 000 jeunes âgés de 16 à 25 ans dans dix pays dont la France, 74 % des jeunes trouvent le futur « effrayant ». En raison du dérèglement climatique, « 39 % hésitent à avoir des enfants ».

Nos enfants ont raison d’être inquiets mais nous sommes des millions à être convaincus qu’il existe des solutions : une société nouvelle, plus juste, plus équilibrée et plus durable est prête à naître des ruines de l’ancien monde. A condition d’unir nos forces pour la construire.

Ce n’est pas en améliorant la bougie qu’on a inventé l’ampoule électrique. Ce n’est pas en améliorant la monarchie qu’on a inventé la République. Ce n’est pas en mettant quelques rustines à un système qui menace ruine qu’on évitera le chaos. L’élection d’avril 2022 doit permettre de changer la donne, profondément. En France comme en Europe.

Sur le climat, beaucoup de dirigeants n’ont visiblement pas compris l’urgence : le nombre d’événements climatiques extrêmes a déjà été multiplié par cinq en cinquante ans. Si rien ne change, la France pourrait subir, après 2050, des canicules à répétition, avec des records à 54 ou 55 degrés. Rien qu’en Europe ces canicules pourraient faire 150 000 morts par an.

Pour éviter le pire, il est temps de déclarer la guerre au dérèglement climatique. C’est la seule guerre qui ne fera aucun mort mais va éviter des millions de victimes. C’est la seule guerre qui peut rassembler les peuples au lieu de les diviser. Le nerf de la guerre, c’est l’argent. Pour isoler des millions de maisons, développer des transports en commun sur tous nos territoires, investir massivement dans les énergies renouvelables et la recherche, pour aider nos agriculteurs à changer de pratiques, il faut trouver des sommes considérables. En novembre 2020, le Parlement européen avançait des solutions concrètes. L’une des plus importantes, et la plus rapide à mettre en œuvre, était la création d’une taxe sur la spéculation qui « malgré le Brexit, pourrait rapporter 57 milliards par an », selon le rapport 2020 du Parlement européen sur le plan d’investissement pour une Europe durable (article 37).

 

Ukraine: parfum de gaz et de guerre

Ukraine: parfum  de gaz et de guerre

 

Un article de Jean-Michel Bezat évoque dans le Monde les liens entre les risques de guerre en Ukraine et la question du gaz russe (extrait) 

 

La Russie fournit un tiers du gaz de l’Union européenne, ce qui la place en position de force. Mais c’est oublier que le président russe, Vladimir Poutine, n’a pas toutes les cartes en main.

 

 

L’Europe entre dans l’hiver, et la question n’est plus de savoir si elle aura du gaz pour se chauffer et faire tourner les usines, mais à quel prix. Il s’est enflammé ces dernières semaines et coûte six fois plus cher qu’il y a un an. La facture des particuliers et des industriels sera lourde en 2022. Le fonctionnement du marché européen s’y prête, le contexte économique aussi : la demande est forte en cette saison, l’activité reste soutenue malgré la menace du variant Omicron du SARS-CoV-2, les stockages affichent un niveau très bas (63 %) et l’arrêt inattendu de centrales nucléaires françaises accroît les tensions.

S’il n’y avait que cela… Les cours du gaz, et par extension ceux de l’électricité, évoluent aussi sur fond de bruits de bottes russes aux frontières orientales de l’Ukraine. La Russie fournit un tiers du gaz de l’Union européenne (UE). Cette part, supérieure à celle de la Norvège et de l’Algérie réunies, met Vladimir Poutine en position de force pour tirer un double bénéfice, financier et politique, de la situation. Le président russe joue depuis des mois de ce pouvoir de marché en demandant à Gazprom de ne pas exporter plus que prévu par ses contrats avec les clients européens.

Un projet cristallise les tensions avec les Vingt-Sept, qui se disent prêts à faire payer un « prix énorme » à la Russie en cas d’agression de l’Ukraine : Nord Stream 2, un pipeline à 10 milliards d’euros financé par Gazprom (50 %) et cinq groupes européens d’énergie, dont le français Engie. Long de 1 230 kilomètres, il doit acheminer le gaz russe jusqu’en Allemagne en passant sous la mer Baltique, évitant ainsi des pays de l’ex-bloc soviétique (Ukraine, Pologne, pays baltes) devenus membres de l’UE ou attirés dans l’orbite occidentale.

Ce corridor énergétique, achevé en septembre, peut livrer 55 milliards de m3 de gaz par an, près des deux tiers de la consommation allemande. Sa mise en service a été suspendue outre-Rhin par l’autorité de régulation de l’énergie pour non-conformité au droit européen. Elle attendra l’été au mieux, et sera peut-être reportée sine die par l’Europe en cas d’escalade militaire – y compris avec l’appui politique de Berlin. Une telle décision de la nouvelle coalition trancherait sur la position d’Angela Merkel, qui avait soutenu bec et ongles Nord Stream 2 face aux pressions de Donald Trump et de plusieurs pays d’Europe de l’Est.

Joe Biden a finalement donné son feu vert au lancement du pipeline en dérogeant aux sanctions « dans l’intérêt des Etats-Unis ». Il admet désormais être allé trop vite en besogne, puisque son blocage est désormais présenté à Washington (et à Bruxelles) comme une réponse prioritaire à tout aventurisme russe. Avec quelles chances de succès ? Jusqu’à présent, le gel d’avoirs, les listes noires d’homme d’affaires et de banques, l’interdiction de recourir au dollar ou l’embargo sur des équipements pétroliers décidés à la suite de l’annexion de la Crimée en 2014 ont handicapé la Russie, sans la mettre à genoux.

Ukraine: odeur de gaz et de guerre

Ukraine: odeur de gaz et de guerre

 

Un article de Jean-Michel Bezat évoque dans le Monde les liens entre les risques de guerre en Ukraine et la question du gaz russe (extrait) 

 

La Russie fournit un tiers du gaz de l’Union européenne, ce qui la place en position de force. Mais c’est oublier que le président russe, Vladimir Poutine, n’a pas toutes les cartes en main.

 

 

L’Europe entre dans l’hiver, et la question n’est plus de savoir si elle aura du gaz pour se chauffer et faire tourner les usines, mais à quel prix. Il s’est enflammé ces dernières semaines et coûte six fois plus cher qu’il y a un an. La facture des particuliers et des industriels sera lourde en 2022. Le fonctionnement du marché européen s’y prête, le contexte économique aussi : la demande est forte en cette saison, l’activité reste soutenue malgré la menace du variant Omicron du SARS-CoV-2, les stockages affichent un niveau très bas (63 %) et l’arrêt inattendu de centrales nucléaires françaises accroît les tensions.

S’il n’y avait que cela… Les cours du gaz, et par extension ceux de l’électricité, évoluent aussi sur fond de bruits de bottes russes aux frontières orientales de l’Ukraine. La Russie fournit un tiers du gaz de l’Union européenne (UE). Cette part, supérieure à celle de la Norvège et de l’Algérie réunies, met Vladimir Poutine en position de force pour tirer un double bénéfice, financier et politique, de la situation. Le président russe joue depuis des mois de ce pouvoir de marché en demandant à Gazprom de ne pas exporter plus que prévu par ses contrats avec les clients européens.

Un projet cristallise les tensions avec les Vingt-Sept, qui se disent prêts à faire payer un « prix énorme » à la Russie en cas d’agression de l’Ukraine : Nord Stream 2, un pipeline à 10 milliards d’euros financé par Gazprom (50 %) et cinq groupes européens d’énergie, dont le français Engie. Long de 1 230 kilomètres, il doit acheminer le gaz russe jusqu’en Allemagne en passant sous la mer Baltique, évitant ainsi des pays de l’ex-bloc soviétique (Ukraine, Pologne, pays baltes) devenus membres de l’UE ou attirés dans l’orbite occidentale.

Ce corridor énergétique, achevé en septembre, peut livrer 55 milliards de m3 de gaz par an, près des deux tiers de la consommation allemande. Sa mise en service a été suspendue outre-Rhin par l’autorité de régulation de l’énergie pour non-conformité au droit européen. Elle attendra l’été au mieux, et sera peut-être reportée sine die par l’Europe en cas d’escalade militaire – y compris avec l’appui politique de Berlin. Une telle décision de la nouvelle coalition trancherait sur la position d’Angela Merkel, qui avait soutenu bec et ongles Nord Stream 2 face aux pressions de Donald Trump et de plusieurs pays d’Europe de l’Est.

Joe Biden a finalement donné son feu vert au lancement du pipeline en dérogeant aux sanctions « dans l’intérêt des Etats-Unis ». Il admet désormais être allé trop vite en besogne, puisque son blocage est désormais présenté à Washington (et à Bruxelles) comme une réponse prioritaire à tout aventurisme russe. Avec quelles chances de succès ? Jusqu’à présent, le gel d’avoirs, les listes noires d’homme d’affaires et de banques, l’interdiction de recourir au dollar ou l’embargo sur des équipements pétroliers décidés à la suite de l’annexion de la Crimée en 2014 ont handicapé la Russie, sans la mettre à genoux.

Opposition gaz – nucléaire entre la France et l’Allemagne: Une guerre commerciale

Opposition  gaz – nucléaire entre la France et l’Allemagne: Une guerre commerciale

 

Margot de Kerpoisson, chercheuse en relations internationales à l’Ecole de guerre économique (EGE) (*)    explique dans la Tribune  les raisons de l’affrontement entre la France et l’Allemagne concernant le conflit entre le nucléaire et le gaz. Un conflit écolo mais surtout commercial.

 

L’Allemagne souhaite exclure le nucléaire de la taxonomie européenne, l’outil de financement visant à diriger les investissements publics et privés vers des activités vertes et durables. A contrario, Berlin tente de pousser à l’inclusion du gaz naturel dans la finance verte de l’UE, bien que celui-ci émet 40 fois plus de CO2 que le nucléaire selon le GIEC. Quelles sont les motivations derrière ce choix et surtout quels sont les risques pour la France ?

L’Allemagne a fait le pari des énergies renouvelables (EnR) dans le cadre de sa stratégie énergétique. Elle a également fait le choix de renoncer au nucléaire, source d’énergie pourtant pilotable, compétitive et bas carbone.

Système énergétique allemand défaillant

Plusieurs raisons expliquent la tentative allemande d’affaiblir le nucléaire français au sein de l’UE. Le système énergétique allemand étant défaillant, l’exclusion du nucléaire de la taxonomie européenne permettrait à Berlin de continuer à capter plus de subventions tout en en écartant le nucléaire français. L’Allemagne ne nous demanderait-elle pas de financer exclusivement sa transition énergétique ?

Par ailleurs, les EnR comme l’éolien ou le solaire sont par nature intermittentes : elles ne sont pas capables d’assurer une production constante et stable en électricité. Pour éviter tout risque de black-out (panne d’électricité massive), le modèle allemand nécessite une compensation avec une énergie pilotable comme le gaz. C’est la raison pour laquelle l’Allemagne pousse à l’inclusion de celui-ci dans l’outil de financement européen.

Gaz russe

Dans un troisième temps, l’arrivée du North Stream II place l’Allemagne au cœur du processus de redistribution du gaz russe. C’est un avantage à la fois économique – car générateur de nombreux revenus – et politique, puisque l’Allemagne devient un acteur central de ce nouveau système énergétique.

Renoncer au nucléaire, c’est abattre le pilier de notre souveraineté énergétique

De Gaulle voyait dans le nucléaire civil, le bastion de notre indépendance et de notre souveraineté énergétique. Une conclusion solide car le nucléaire présente deux avantages de taille. D’abord, l’approvisionnement en uranium étant suffisamment diversifié, le risque de dépendance vis-à-vis d’une puissance étrangère est diminué. Et puisque l’uranium ne représente que 5% des coûts totaux de production de l’électricité nucléaire, il nous préserve des différents aléas liés aux marchés mondiaux de l’énergie. Un intérêt non négligeable quand on constate l’explosion du prix du gaz (+500%) sur cette année de reprise économique ! D’autant que les différentes innovations dans la filière, comme les réacteurs de 4e génération, permettront de réduire drastiquement la demande en uranium en optimisant les ressources par un multi-recyclage avancé du combustible.

Risques de dépendances accrus

Les énergies renouvelables et le gaz seraient-ils en capacité d’assurer un tel niveau d’indépendance ? La Chine est le premier exportateur d’éoliennes et de panneaux solaires. Si ces derniers présentent l’avantage d’être décarbonés, ils ne bénéficient ni à notre indépendance énergétique, économique ou stratégique. Bien au contraire, renoncer au nucléaire au profit d’un modèle fondé uniquement sur les énergies renouvelables associées au gaz entraînerait des risques de dépendance accrus. L’Europe est aujourd’hui tributaire à hauteur de 40% du gaz russe. Une dépendance déjà problématique, qui risquerait encore de s’accentuer avec la fermeture des centrales nucléaires en Allemagne, en Belgique et en Suisse.

Notre souveraineté énergétique doit être au cœur de la campagne présidentielle de 2022. Les différentes options proposées doivent être clairement explicitées. Nous devons être conscients que dans le cas où nous renoncerions au nucléaire, alors nous devrions nous replier sur le gaz ou le charbon car les EnR seules ne pourraient répondre à nos besoins énergétiques. L’Allemagne, qui a fait le choix de fermer ses centrales nucléaires, a dû faire marcher à plein régime son industrie du charbon pour lutter contre les défaillances de son système énergétique.

Selon l’Office fédéral allemand de la statistique Destatis, entre 2020 et 2021, la production électrique des éoliennes a baissé de 21%. Quelles en ont été les conséquences ? L’Allemagne a tout simplement rouvert ses centrales à charbon, source d’électricité 68 fois plus émettrice de CO2 que le nucléaire. Le charbon est ainsi devenu la première source d’électricité en Allemagne au premier semestre 2021. Une décision lourde de conséquences en termes d’émissions de gaz à effet de serre. Alors sommes-nous vraiment disposés à rouvrir nos vieilles centrales à charbon ? Saurons- nous tirer à temps les leçons du cas allemand ?

Tirer à temps les leçons du cas allemand

Renoncer à nos centrales nucléaires (ou ne pas investir dans la filière) c’est également contribuer à accroître durablement l’instabilité de notre réseau, avec des conséquences directes sur notre quotidien. Selon les scénarii de RTE, la consommation d’électricité devrait augmenter d’ici 2050. L’électrification massive des usages dans de nombreux secteurs comme l’industrie ou le transport entraînera une hausse de la demande électrique. Or, si nous faisions le choix du 100% renouvelable comme le préconisent certains candidats à la présidentielle, comment pourrions-nous faire fonctionner nos industries en cas d’intermittence ? Qu’en serait-il de nos voitures électriques ? de nos transports en commun ? Serions-nous prêts à renoncer au chauffage en cas de grand froid ? A nos moyens de communications (smartphone, ordinateurs) ? Finalement, serions-nous prêts à réduire notre consommation d’énergie en cas de risque de panne d’électricité massive ? En ce sens, il est important de rappeler qu’adhérer à de telles propositions politiques, c’est accepter le modèle de décroissance qui en découle.

Pour atteindre notre objectif carbone, consommer différemment et mieux est sans aucun doute la meilleure solution. Mais cela nécessite un véritable consensus et surtout de la transparence : en tant que citoyens français, européens, nous devons être avertis des conséquences de chacune des options proposées. Le choix doit être avant tout démocratique, et pour cela il faut qu’il se fasse en toute connaissance de cause.

Le nucléaire : condition sine qua non de notre réindustrialisation :

Pas de doute, l’heure est à la réindustrialisation. Mais comment pourrions-nous inciter nos industriels à passer le cap du Made in France ? Compte tenu de la lourdeur et de la longueur des cycles d’investissements, les industriels ont besoin de stabilité de visibilité : d’une véritable politique industrielle – grande absente de nos débats depuis trop longtemps. Or, toute réindustrialisation nécessite en premier lieu une politique cohérente en matière énergétique. Et pour cela, le nucléaire, filière d’excellence française, reste à l’heure actuelle notre meilleure alliée. Energie pilotable, compétitive, elle est surtout bas carbone.

Dans une logique industrielle globale, un système basé sur les énergies renouvelables apparait aujourd’hui incohérent, d’abord du fait de leur caractère intermittent, c’est-à-dire de leur incapacité à assurer une production constante et stable en électricité. Devrions nous arrêter les usines en l’absence de vent ou de soleil ? Nos industriels ne sauraient accepter de tels risques dans leur chaine de production. D’un point de vue politique, devrions nous laisser au gaz russe le rôle de garant de la survie de nos industries ? D’un point de vue écologique, devrions-nous rouvrir nos vieilles centrales à charbon ? Et d’un point de vue économique, la flambée historique des prix du gaz ne devrait-elle pas nous interpeller ?

La question est finalement simple : nous, citoyens français, sommes-nous prêts à renoncer à notre indépendance énergétique pour accentuer notre dépendance vis-vis de la Russie, de l’Allemagne ou d’autres puissances étrangères ? Sommes-nous prêts à accepter des coupures de courant à répétition comme ce fut le cas au Texas, des millions de foyers privés d’électricité pendant plusieurs jours ? Sommes-nous prêts à renoncer à notre mode de vie d’une manière aussi radicale ? Enfin, sommes-nous prêts à relever le défi de la réindustrialisation ? Et celui d’une transition écologique rationnelle et pragmatique plutôt qu’une récession déguisée ?

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(*) Margot de Kerpoisson a piloté le rapport EGE « J’Attaque! Comment l’Allemagne tente d’affaiblir durablement la France sur la question de l’énergie »

Politique monétaire : La guerre des taux n’aura pas lieu …. pour l’instant

Politique monétaire : La guerre des taux n’aura pas lieu …. pour l’instant

 

 

Pour l’instant la banque fédérale américaine et la banque centrale européenne sont à peu près sur la même ligne. Il n’est pas question en effet pour l’instant de revoir en hausse les taux actuellement voisins de zéro. Par contre, on envisage progressivement de réduire le programme de rachat des actifs. Du côté des marchés par contre, on pronostique une hausse des taux d’intérêt en raison de la montée de l’inflation. Or toute la question de savoir si effectivement cette inflation a un caractère temporaire ou  si c’est un phénomène plus structurel. Personne n’en sait rien évidemment.

D’abord il est bien difficile de définir l’horizon conjoncturel pour 2022  en raison d’une crise sanitaire qui est loin d’être terminée mais aussi en raison de l’envolée des prix des matières premières et de l’énergie. Des questions plus structurelles se posent aussi sur l’influence des exigences environnementales  ( qui plombent  actuellement fortement par exemple le marché automobile) ou encore sur les processus de recomposition de l’appareil de production sans parler du manque de main-d’œuvre qualifiée dans les pays développés.

En attendant les prix s’envolent..Les derniers chiffres de hausse des prix en zone euro (+4,1 % en octobre, avec une inflation sous-jacente à +2,1 %) ont radicalement modifié leur perception et l’inflation semble là pour durer.

« Les swaps d’inflation à 10 ans européens et américains ont gagné plus de 20 points de base en octobre. Le swap 5 ans dans 5 ans européen est repassé au-dessus de 2 % pour la première fois en 7 ans. Au moment de la réunion de la BCE, la courbe était donc cohérente avec une vue de l’inflation restant au-dessus de l’objectif de 2 % à un horizon de plusieurs années », observe Stéphane Déo, directeur de la stratégie marchés chez Ostrum.

La question de savoir si les banques centrales vont pouvoir imposer longtemps des taux très bas avoir nulle un marché qui constate concrètement une envolée de l’inflation. Bref la guerre des taux n’aura pas lieu, en tout cas pour l’instant

Nouvelle guerre maritime franco-anglaise ?

Nouvelle guerre maritime franco-anglaise ?

 

 

Dans l’histoire, les conflits entre la France et l’Angleterre se sont souvent déroulés dans l’espace maritime. Ce pourrait encore être le cas avec la guerre des licences de pêche que refuse d’accorder l’ombre aux pêcheurs français. En représailles, la France envisage surtout d’accroître les procédures douanières sur le fret en provenance et à destination du Royaume-Uni.Pour l’instant l’union européenne s’investit très mollement dans ce conflit franco-britannique. Cependant la divergence fondamentale entre Londres, Paris et Bruxelles est autrement importante puisqu’elle porte sur le cœur même du brexit , c’est-à-dire sur les conditions de pénétration des flux de biens via l’Irlande. De ce le non-respect des dispositions reviendrait à remettre en cause l’accord poste précis lui-même

Et pour ne pas être en reste, le Royaume-Uni menace à son tour de multiplier les contrôles de tous les bateaux français.

La France reproche au Royaume-Uni d’accorder en trop petit nombre des licences de pêche post-Brexit à ses pêcheurs. Elle a promis d’interdire dès mardi aux navires de pêche britanniques de débarquer leur cargaison dans les ports français et de renforcer les contrôles douaniers de camions, si la situation ne s’améliorait pas d’ici-là.

Loin de s’apaiser avant la rencontre à Rome, la tension est encore montée, vendredi, avec la menace de Londres de mettre en œuvre des « contrôles rigoureux » sur les bateaux européens frayant dans ses eaux si Paris met effectivement ses menaces à exécution, a annoncé vendredi un porte-parole du gouvernement britannique.

Ce dernier envisage en outre « de lancer une procédure de règlement des contentieux » prévue par l’accord commercial post-Brexit, entré en vigueur au début de l’année. « Nous ferons le nécessaire pour défendre les intérêts britanniques », a déclaré M. Johnson aux journalistes dans l’avion à destination de Rome. « La France est l’un de nos meilleurs, de nos plus vieux, de nos plus proches alliés, amis, partenaires » et « les liens qui nous unissent, qui nous lient, sont bien plus forts que les turbulences actuelles dans notre relation ».

La chef de la diplomatie britannique, Liz Truss, a décidé de faire convoquer l’ambassadrice de France au Royaume-Uni, Catherine Colonna, vendredi. Une démarche rarissime entre pays alliés.

Dans une interview au Financial Times, publiée vendredi soir, M. Macron estime que la « crédibilité » du Royaume-Uni est en jeu dans les différends post-Brexit : « Ne vous y méprenez pas, ça ne concerne pas que les Européens, mais tous leurs partenaires. Car quand vous passez des années à négocier un traité et que, quelques mois plus tard, vous faites l’opposé de ce qui a été décidé sur les aspects qui vous conviennent le moins, ce n’est pas une grande preuve de votre crédibilité. »

 

 

Sondage : les craintes de guerre avec la Chine et la Russie

  1. L’éclatement du multilatéralisme et la perte d’efficience des organismes de régulation (ONU, OMC etc) font monter les craintes d’une guerre -pour l’instant froide- avec la Chine et la Russie.

Il faut noter qu’il y a une différence d’appréciation chez les sondés entre les craintes globales vis-à-vis d’une guerre froide et l’implication du du pays d’origine. Bref globalement un pourcentage non négligeable considèrent que les risques de guerre sont réels mais ne concerneront pas leur propre pays en tout cas moins. Une curieuse vision qui consiste à considérer que le risque est pour les autres. Pas étonnant qu’en Europe en particulier on éprouve les pires difficultés à envisager une politique de défense un peu efficace.

Un sondage du Conseil européen des relations internationales (ECFR) commandé par Lena, l’alliance des principaux quotidiens européens 59 % des sondés craigne une guerre froide avec la Chine et autant avec la Russie.

  1. , Vis à vis  de la Russie 25% y sont seulement 25 % à penser à une guerre impliquant leur pays ,une minorité donc à l’exception de la Pologne (44%), la plus inquiète, et de la France (35%) .
  2. Vis à vis  de la Chine 31% des interrogés pensent que la guerre froide entre l’Union européenne et la Chine est d’actualité, ils sont seulement 15% en moyenne à penser que c’est le cas entre leur propre pays et la dictature communiste.

La Corée du Nord dont la population est affamée propose la fin de la guerre

La Corée du Nord dont la population est affamée propose la fin de la guerre

 

La fin de la guerre proposée par la voix de Kim Yo Jong, soeur du dirigeant Kim Jong Un, constitue en fait une sorte d’appel à l’aide déguisé. Compte tenu des folies du dirigeant, l’un des pays les plus pauvres du monde est de plus en plus affamé.

Pour s’en sortir , la dictature ressort la carte de la paix retrouvée avec la très riche Corée du Sud. Pour brouiller son appel de détresse, Pyongyang a annoncé qu’il était prêt à discuter des conditions d’un sommet inter-coréen. Kim Yo Jong a indiqué que cette proposition ne serait possible qu’à condition de garantir un respect mutuel entre les deux pays. En fait, il y a longtemps que la Corée du Sud respecte une Corée du Nord qui, elle ,multiplie les actions d’hostilité théâtrale.

« Selon la sœur du dictateur, en faite la numéro deux de la dictature,

Il  est possible de mettre un termes à un conflit qui dure depuis la partition de la Corée après la guerre de 1950-1953. Pour rappel, cette guerre s’était achevée sans traité de paix. Ainsi, les deux Corées sont officiellement toujours en guerre. Et Washington stationne toujours des troupes le long de la frontière, côté Corée du Sud. Selon la soeur de Kim Jong Un, un sommet bilatéral permettrait « le rétablissement du bureau de liaison inter-coréen et du sommet inter-coréen, sans parler d’une déclaration mettant fin à la guerre ». Et surtout de permettre l’arrivée de sacs de riz dont la population nord-coréenne est dramatiquement privée ne vivant que sur l’aide de la Chine conduite avec parcimonie pour maintenir la Corée d’une nord  en laisse.

Société– Terrorisme : la nouvelle guerre

Société– Terrorisme : la nouvelle guerre

Après avoir retracé son évolution depuis deux siècles, l’historien américain John Albert Lynn II distingue dans son ouvrage les différentes formes du terrorisme. ( Le Monde, extrait)

Sur un sujet aussi vaste et complexe que le terrorisme, il n’existera jamais de livre définitif. Mais certains, rares, s’en approchent. C’est le cas d’Une autre guerre. Histoire et nature du terrorisme, de John A. Lynn II. L’auteur, un des plus grands historiens de la guerre, travaille sur le sujet depuis 2003 et explique, dès l’introduction de son grand œuvre, que celui-ci est « né du choc des événements du 11 septembre 2001 ».

En France, où le sujet est plus ancien – en raison de la vague de terrorisme palestinien, iranien et gauchiste des années 1980, suivie, une décennie plus tard, en 1994-1996, des premiers attentats djihadistes en Occident, liés à la guerre civile algérienne –, mais le traumatisme plus récent – après les attentats de 2015 et des années qui ont suivi –, le terrorisme est devenu synonyme de djihadisme.

Discuté dans les médias et sur la scène politique, le sujet est souvent maltraité, comme si sa capacité à frapper le plus grand nombre autorisait à dire tout et n’importe quoi. A commencer par un ancien premier ministre qui a pu estimer que « comprendre, c’est justifier ». Comment combattre quelque chose que l’on ne comprend pas, que l’on se refuse même à comprendre ?

Là où règne la confusion, l’ouvrage de John A. Lynn II pose des bases théoriques après avoir exposé les différents points de vue, y compris ceux qu’il ne partage pas, donne des exemples historiques, argumente, étaye. Il fait preuve de pédagogie et de pondération là où il importe de garder la tête froide et se présente comme un « exercice d’éducation civique, et, en un sens, d’autodéfense ».

Le livre échappe au piège de la définition du terrorisme au profit d’une description qui offre plus de souplesse analytique. Il propose ainsi six caractéristiques : faire usage de la violence ou de menaces de violence ; s’attaquer aux personnes et aux biens ; frapper des victimes sans défense assimilées à des non-combattants ; chercher à instiller la peur ou provoquer l’indignation au sein du grand public ; faire usage de la violence et de son impact psychologique pour promouvoir des objectifs politiques, sociaux ou culturels.

Là où nombre de spécialistes expliquent que le terrorisme n’est pas une idéologie, mais une méthode, John A. Lynn II adopte une position plus nuancée : certes, le terrorisme est un procédé destiné à obtenir un effet maximal avec peu de moyens, mais c’est aussi une croyance dans cette méthode. Cette mystique – ce qui a fait du terrorisme un « isme » à l’instar de l’anarchisme, du communisme, du fascisme ou du nationalisme – remonte, selon lui, à l’échec des révolutions de 1848 en Europe.

Terrorisme : la nouvelle guerre

Terrorisme : la nouvelle guerre

Après avoir retracé son évolution depuis deux siècles, l’historien américain John Albert Lynn II distingue dans son ouvrage les différentes formes du terrorisme. ( Le Monde, extrait)

Sur un sujet aussi vaste et complexe que le terrorisme, il n’existera jamais de livre définitif. Mais certains, rares, s’en approchent. C’est le cas d’Une autre guerre. Histoire et nature du terrorisme, de John A. Lynn II. L’auteur, un des plus grands historiens de la guerre, travaille sur le sujet depuis 2003 et explique, dès l’introduction de son grand œuvre, que celui-ci est « né du choc des événements du 11 septembre 2001 ».

En France, où le sujet est plus ancien – en raison de la vague de terrorisme palestinien, iranien et gauchiste des années 1980, suivie, une décennie plus tard, en 1994-1996, des premiers attentats djihadistes en Occident, liés à la guerre civile algérienne –, mais le traumatisme plus récent – après les attentats de 2015 et des années qui ont suivi –, le terrorisme est devenu synonyme de djihadisme.

Discuté dans les médias et sur la scène politique, le sujet est souvent maltraité, comme si sa capacité à frapper le plus grand nombre autorisait à dire tout et n’importe quoi. A commencer par un ancien premier ministre qui a pu estimer que « comprendre, c’est justifier ». Comment combattre quelque chose que l’on ne comprend pas, que l’on se refuse même à comprendre ?

Là où règne la confusion, l’ouvrage de John A. Lynn II pose des bases théoriques après avoir exposé les différents points de vue, y compris ceux qu’il ne partage pas, donne des exemples historiques, argumente, étaye. Il fait preuve de pédagogie et de pondération là où il importe de garder la tête froide et se présente comme un « exercice d’éducation civique, et, en un sens, d’autodéfense ».

Le livre échappe au piège de la définition du terrorisme au profit d’une description qui offre plus de souplesse analytique. Il propose ainsi six caractéristiques : faire usage de la violence ou de menaces de violence ; s’attaquer aux personnes et aux biens ; frapper des victimes sans défense assimilées à des non-combattants ; chercher à instiller la peur ou provoquer l’indignation au sein du grand public ; faire usage de la violence et de son impact psychologique pour promouvoir des objectifs politiques, sociaux ou culturels.

Là où nombre de spécialistes expliquent que le terrorisme n’est pas une idéologie, mais une méthode, John A. Lynn II adopte une position plus nuancée : certes, le terrorisme est un procédé destiné à obtenir un effet maximal avec peu de moyens, mais c’est aussi une croyance dans cette méthode. Cette mystique – ce qui a fait du terrorisme un « isme » à l’instar de l’anarchisme, du communisme, du fascisme ou du nationalisme – remonte, selon lui, à l’échec des révolutions de 1848 en Europe.

Société–« Le codéveloppement ou la guerre ? (Thomas Piketty)

Société–« Le codéveloppement ou la guerre ? (Thomas Piketty)

Par Thomas Piketty, Directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, Ecole d’économie de Paris

Pour sortir véritablement du 11-Septembre, une nouvelle lecture du monde est nécessaire, plaide l’économiste dans sa chronique du Monde (extrait).

 

Tribune

 

 Il y a vingt ans, les tours du World Trade Center étaient abattues par des avions. Le pire attentat de l’histoire allait conduire les Etats-Unis et une partie de leurs alliés à se lancer dans la guerre mondiale contre le terrorisme et l’« axe du mal ». Pour les néoconservateurs états-uniens, l’attentat apportait la preuve des thèses avancées par Samuel Huntington en 1996 : le « clash des civilisations » devenait la nouvelle grille de lecture du monde. L’ouvrage fut leur livre de chevet, de même que les opus publiés par Milton Friedman dans les années 1960-1970 furent ceux des reaganiens des années 1980.

Malheureusement, on sait maintenant que le désir de vengeance des Etats-Unis n’a fait qu’exacerber les conflits identitaires. L’invasion de l’Irak en 2003, à grands coups de mensonges d’Etat sur les armes de destruction massive, ne fit que saper la crédibilité des « démocraties ». Avec les images des soldats états-uniens tenant en laisse les prisonniers d’Abou Ghraïb, plus besoin d’agents recruteurs pour les djihadistes. L’usage sans retenue de la force, l’arrogance de l’US Army et les énormes pertes civiles au sein de la population irakienne (au moins 100 000 morts reconnus) firent le reste et contribuèrent puissamment à la décomposition du territoire irako-syrien et à la montée de l’Etat islamique. Le terrible échec en Afghanistan, avec le retour des talibans au pouvoir en août 2021, au terme de vingt ans d’occupation occidentale, conclut symboliquement cette triste séquence.

Pour sortir véritablement du 11-Septembre, une nouvelle lecture du monde est nécessaire : il est temps d’abandonner la notion de « guerre des civilisations » et de la remplacer par celles de codéveloppement et de justice globale. Cela passe par des objectifs explicites et vérifiables de prospérité partagée et par la définition d’un nouveau modèle économique, durable et équitable, dans lequel chaque région de la planète peut trouver sa place. Chacun en convient maintenant : l’occupation militaire d’un pays ne fait que renforcer les segments les plus radicaux et les plus réactionnaires et ne peut rien apporter de bon. Le risque est que la vision militaro-autoritaire soit remplacée par une forme de repli isolationniste et d’illusion économique : la libre circulation des biens et des capitaux suffira pour diffuser la richesse. Ce serait oublier le caractère hautement hiérarchique du système économique mondial et le fait que chaque pays ne lutte pas à armes égales.

Afghanistan : la guerre continue pour les États-Unis

Afghanistan : la guerre continue pour les États-Unis

Alexandra de Hoop Scheffer est politologue, directrice à Paris du think tank transatlantique German Marshall Fund of the United States,  estime que les États-Unis ne sont pas sortis de la guerre en Afghanistan..(Dans l’Opinion, extrait)

 

Vingt ans après le 11 septembre 2001, l’Amérique ne s’est toujours pas remise du traumatisme causé par les attentats. Les échecs des interventions en Irak et en Afghanistan et le sentiment de déclin de l’influence des Etats-Unis face à la réémergence de la Chine suscitent chez les Américains une crise de confiance dans l’exceptionnalisme de leur pays et dans l’establishment politique perçu comme incompétent. L’ancienne secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice rappelait en 2008 que les deux priorités de la politique américaine post 11-Septembre étaient de « gagner la guerre contre le terrorisme » et de « promouvoir la liberté comme alternative à la tyrannie ».

La reprise du pouvoir par les talibans en Afghanistan et la résurgence de l’Etat islamique en Irak et en Syrie, signent un double échec pour les Etats-Unis et leurs alliés : la menace terroriste s’est adaptée et renforcée depuis 2001 et la promotion de la démocratie est durablement entachée et ne suscite plus l’adhésion des citoyens américains, ni d’une bonne partie de la classe politique, avant tout préoccupée par l’état de la démocratie américaine. Washington contemple dorénavant tout engagement militaire comme un risque d’engrenage sans fin dans des guerres civiles et recentre sa politique étrangère sur la compétition avec la Chine. Cela ne veut pas dire que la « guerre contre le terrorisme » est terminée. Le retour d’expérience de ces deux dernières décennies nous impose un exercice de réflexion sur les modalités d’interventions militaires et de clarification de leurs objectifs stratégiques.

« Dès janvier 2005, les services de renseignement américains estimaient que l’Irak était devenu un “aimant” pour une nouvelle génération de terroristes jihadistes, et anticipaient l’émergence de l’Etat islamique »

« Intérêts vitaux ». L’union sacrée qui prédomine aux Etats-Unis juste après le 11 septembre 2001, fait rapidement place à des divisions au sein de la société et de la classe politique américaines. La classe ouvrière américaine notamment, qui a porté le plus lourd fardeau humain de la « guerre contre le terrorisme », reproche aux administrations successives une politique interventionniste excessive, décorrélée des « intérêts vitaux » du pays (en premier lieu protéger les emplois américains) et du bien-être des citoyens. Il n’est pas surprenant dès lors que « l’Amérique d’abord » ait résonné avec autant de force pendant la campagne présidentielle de 2016. Il n’est pas surprenant non plus que le président Joe Biden conçoive sa politique étrangère « pour la classe moyenne américaine » et que son prédécesseur démocrate Barack Obama appelait au « nation-building at home ». Le retrait militaire d’Afghanistan et la fin des missions de combat en Irak d’ici décembre, sont soutenus par une majorité d’Américains, préoccupés avant tout par l’emploi et les inégalités socio-économiques qui se sont encore plus accentuées depuis la crise de la Covid-19.

Les revers politiques et stratégiques de ces vingt années d’opérations de contre-terrorisme et contre-insurrection sont colossaux, bien que l’administration Biden soit aujourd’hui dans le déni. Dès janvier 2005, les services de renseignement américains estimaient que l’Irak était devenu un « aimant » pour une nouvelle génération de terroristes jihadistes, et anticipaient l’émergence de l’Etat islamique. En Afghanistan, les talibans n’ont pas rompu leurs liens avec Al-Qaïda et le réseau Haqqani, dont deux représentants sont aujourd’hui intégrés au gouvernement intérimaire taliban. Le secrétaire à la Défense américain, le général Austin, estime qu’Al-Qaïda pourra se reconstituer en Afghanistan en deux ans — une perspective temporelle qui paraît bien optimiste.

L’ingérence américaine dans la transition politique post-talibans et post-Saddam Hussein a abouti à des résultats contraires à ceux souhaités par les Etats-Unis : les talibans ont repris le pouvoir en Afghanistan et le pouvoir irakien est sous l’emprise des milices chiites pro-iraniennes. En juillet 2010, Joe Biden, alors vice-président, disait que les Etats-Unis n’étaient pas en Afghanistan pour « transformer le pays en démocratie jeffersonienne ». Le discours autour de la démocratie, les élections « free and fair », les droits des femmes, ont servi avant tout à justifier la présence militaire et à créer l’adhésion des opinions publiques occidentales à une mission mal définie dès le départ. L’intervention en Irak a signé l’acte de décès de la « democracy promotion » et, avec l’échec afghan, a profondément changé le rapport des administrations post George W. Bush à l’usage de la force militaire, dorénavant employée de manière plus sélective et prudente, avec une revue à la baisse des objectifs stratégiques et des moyens déployés : le « leading from behind » d’Obama en Libye découle des leçons tirées de l’Irak et de l’Afghanistan, et la non-intervention en Syrie découle des leçons tirées de la Libye.

«  Ce n’est pas la première fois que le shérif américain revoit ses priorités stratégiques après une période d’interventionnisme : du président George W. Bush au président Biden, ils se sont tous accordés à dire que les Etats-Unis ne devaient plus être le “gendarme du monde” »

Ce n’est pas la première fois que le shérif américain revoit ses priorités stratégiques après une période d’interventionnisme : du président George W. Bush au président Biden, ils se sont tous accordés à dire que les Etats-Unis ne devaient plus être le « gendarme du monde » pour se concentrer sur la compétition avec la Chine. Mais chaque président a, dans les faits, étendu la « guerre contre le terrorisme » (par l’usage de drones armés en Somalie, au Yémen, en Irak, en Syrie, la présence des forces spéciales dans plus de soixante-quinze pays, des opérations cyberoffensives), confortant les Etats-Unis dans leur rôle de gendarme du monde, malgré la volonté affichée par les différentes administrations de s’en défaire.

En France, l’objectif fixé par le président Hollande après les attentats de novembre 2015 était alors non pas de « contenir » mais de « détruire » l’Etat islamique. Mais la « guerre contre le terrorisme » nous place en réalité dans une logique d’endiguement sans fin de la menace terroriste, et donc d’une guerre perpétuelle. Le retrait d’Afghanistan ne veut pas dire que la guerre est terminée : il s’accompagne d’une révision de la politique américaine de contre-terrorisme, avec un recentrage sur la guerre à distance. Les frappes américaines en Irak, en Syrie, en Somalie en juillet et en Afghanistan fin août contre l’Etat islamique, confirment cette tendance.

Alexandra de Hoop Scheffer est politologue, directrice à Paris du think tank transatlantique German Marshall Fund of the United States.

« Le codéveloppement ou la guerre ? (Thomas Piketty)

 « Le codéveloppement ou la guerre ? (Thomas Piketty)

Par Thomas Piketty, Directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, Ecole d’économie de Paris

Pour sortir véritablement du 11-Septembre, une nouvelle lecture du monde est nécessaire, plaide l’économiste dans sa chronique du Monde (extrait).

 

Tribune

 

 Il y a vingt ans, les tours du World Trade Center étaient abattues par des avions. Le pire attentat de l’histoire allait conduire les Etats-Unis et une partie de leurs alliés à se lancer dans la guerre mondiale contre le terrorisme et l’« axe du mal ». Pour les néoconservateurs états-uniens, l’attentat apportait la preuve des thèses avancées par Samuel Huntington en 1996 : le « clash des civilisations » devenait la nouvelle grille de lecture du monde. L’ouvrage fut leur livre de chevet, de même que les opus publiés par Milton Friedman dans les années 1960-1970 furent ceux des reaganiens des années 1980.

Malheureusement, on sait maintenant que le désir de vengeance des Etats-Unis n’a fait qu’exacerber les conflits identitaires. L’invasion de l’Irak en 2003, à grands coups de mensonges d’Etat sur les armes de destruction massive, ne fit que saper la crédibilité des « démocraties ». Avec les images des soldats états-uniens tenant en laisse les prisonniers d’Abou Ghraïb, plus besoin d’agents recruteurs pour les djihadistes. L’usage sans retenue de la force, l’arrogance de l’US Army et les énormes pertes civiles au sein de la population irakienne (au moins 100 000 morts reconnus) firent le reste et contribuèrent puissamment à la décomposition du territoire irako-syrien et à la montée de l’Etat islamique. Le terrible échec en Afghanistan, avec le retour des talibans au pouvoir en août 2021, au terme de vingt ans d’occupation occidentale, conclut symboliquement cette triste séquence.

Pour sortir véritablement du 11-Septembre, une nouvelle lecture du monde est nécessaire : il est temps d’abandonner la notion de « guerre des civilisations » et de la remplacer par celles de codéveloppement et de justice globale. Cela passe par des objectifs explicites et vérifiables de prospérité partagée et par la définition d’un nouveau modèle économique, durable et équitable, dans lequel chaque région de la planète peut trouver sa place. Chacun en convient maintenant : l’occupation militaire d’un pays ne fait que renforcer les segments les plus radicaux et les plus réactionnaires et ne peut rien apporter de bon. Le risque est que la vision militaro-autoritaire soit remplacée par une forme de repli isolationniste et d’illusion économique : la libre circulation des biens et des capitaux suffira pour diffuser la richesse. Ce serait oublier le caractère hautement hiérarchique du système économique mondial et le fait que chaque pays ne lutte pas à armes égales.

Une vraie guerre au terrorisme ?

Une vraie guerre au terrorisme ?

 

La guerre simplifie la représentation du monde entre « amis » et « ennemis » or l’éradication du terrorisme appelle au contraire des réponses plurielles souligne dans une tribune au « Monde » le chercheur Julien Fragnon

Tribune. Alors que les Etats-Unis s’apprêtent à commémorer les 20 ans des attentats du 11 septembre 2001, en France, débute le procès des attentats du 13 novembre 2015. L’actualité nous offre un écho singulier entre deux attentats qui ont fait réapparaître la « guerre » dans les mémoires collectives respectives.

Alors qu’en septembre 2001, ni le président de la République, Jacques Chirac, ni le premier ministre, Lionel Jospin, n’avaient employé ce terme pour désigner la lutte contre le terrorisme, en 2015, la prudence sémantique n’a pas survécu à la tragédie. La « guerre » est devenue la clé d’interprétation et l’argument principal de la réponse du gouvernement français.

 

Jusqu’alors, cette lutte se caractérisait par sa judiciarisation et le refus de toute forme d’approche militaire. Mais en 2015, l’ampleur du bilan, les images du carnage, les armes utilisées, le type de blessures occasionnées, tout concourt à justifier cette représentation. Politiquement aussi, l’usage du mot guerre prend tout son sens.

Une guerre appelle une réponse militaire. Au Mali dès 2013, puis dans l’ensemble du Sahel aujourd’hui, en Irak ou en Syrie hier, l’armée française mène des actions antiterroristes. En France, plusieurs milliers de soldats de l’opération « Sentinelle » sont déployés dans les rues. Une guerre appelle une mobilisation nationale.

L’union nationale, bien que de plus en plus précaire, est revendiquée après chaque attentat par l’ensemble des partis. Une guerre rogne les libertés individuelles. L’état d’urgence a contribué à une limitation des libertés qui fondent notre démocratie : domination de l’autorité administrative sur le pouvoir judiciaire, restriction de la liberté de circulation ou de réunion, etc.

 

Le recours au lexique guerrier constitue une tentative de réinstaurer de la ritualisation. Pour éviter que le désordre de l’attentat n’entraîne une désaffection des citoyens par la révélation de son impuissance, l’Etat répond par une revendication d’ordre. Si la « guerre » demeure largement métaphorique, dans le sens où elle participe d’une stratégie de dramatisation des visées traditionnelles du discours antiterroriste (unité nationale, fermeté), la rupture sémantique des discours de 2015 justifie une rupture politique.

Cette stratégie de l’exceptionnalité légitime ainsi le recours à des mesures exceptionnelles comme l’état d’urgence. Ce sont ces différentes opportunités que l’emploi du mot guerre offre au pouvoir politique. Toutefois, cet usage comporte aussi des faiblesses, puisqu’il tend à masquer plutôt qu’à révéler la complexité de la situation actuelle. Le problème n’est pas tant dans l’usage du mot guerre que dans la caractérisation précise du type de guerre auquel on doit faire face depuis plusieurs années maintenant.

« La Guerre civile », mal universel

« La Guerre civile »,  mal universel

L’essayiste et philosophe Guillaume Barrera convoque notamment Platon, Aristote, Cicéron, Machiavel, Tocqueville ou Marx pour raconter ce que la pensée grecque classique qualifiait déjà de « pire des maux ».(papier du Monde)

 

Livre.

 

De la Syrie à l’Ukraine en passant par l’Afghanistan ou l’Ethiopie, la quasi-totalité des conflits qui aujourd’hui ensanglantent le monde sont intra-étatiques, c’est-à-dire internes aux Etats, pour des raisons politiques, sociales, ethniques ou religieuses. Mal universel, la guerre civile est aussi un mal ancien. Pour la pensée grecque classique, déjà, elle était le « pire des maux » selon la formule que reprendront des siècles plus tard aussi bien Thomas Hobbes que Blaise Pascal. La « stasis », la guerre civile, différente de la « polémos », la guerre avec l’ennemi extérieur, n’a cessé depuis l’Antiquité de hanter les philosophes car elle déchire la vie en commun jusqu’à mettre le corps politique en péril. Certains, certes, l’ont vue comme un moindre mal face au risque de la tyrannie. D’autres, tel Karl Marx, l’ont saluée comme une occasion de changer la société.

« Les corps politiques se succèdent, naissent, meurent ou se transforment sous des régimes et des formes distinctes ; mais toujours la guerre civile ressurgit » souligne Guillaume Barrera, dans un livre dense – parfois trop – au carrefour de la philosophie, de la politique et de l’histoire. Depuis la polis grecque jusqu’aux sociétés contemporaines en passant par la Rome antique, les cités italiennes, les guerres de religion, la Révolution française, les printemps des peuples du XIXsiècle, le grand rêve révolutionnaire marxiste, etc., le philosophe analyse le phénomène, dressant « non pas une histoire universelle des guerres civiles mais une histoire des guerres civiles à caractère universel ». Le pari est tenu en convoquant aussi bien Platon qu’Aristote, Cicéron, Machiavel, Hobbes, Hume, Tocqueville, Marx ou Carl Schmitt.

L’effroi face à la violence du tous contre tous, et donc la peur de la guerre civile sont à la base de la légitimation de l’Etat, le Leviathan – ce « dieu mortel » selon le mot de Hobbes – qui exige la soumission et s’octroie le droit exclusif de donner la mort en échange de la protection. Cette vision absolutiste fut combattue par Spinoza puis par les penseurs des Lumières, Montesquieu, Rousseau, Kant, au nom d’un droit naturel à la liberté. Le libéralisme se voudra au XIXe siècle comme l’autre réponse à la guerre civile, tentant de la domestiquer sans nier la réalité des conflits qui la portent.

 

Aux yeux de l’auteur, la guerre d’Espagne a été l’archétype de la guerre civile totale, à la fois affrontement idéologique et ébauche du second conflit mondial, apogée d’une guerre civile européenne et mondiale. Philosophe du politique avant tout, Guillaume Barrera rappelle que la violence reste au cœur de toutes les sociétés humaines, insupportable vérité refoulée mais immuable. Il en est convaincu : « La guerre civile n’est jamais très loin et jamais ne disparaît sans retour. »

Afghanistan : Le fils de Massoud prône le dialogue et les talibans pour la guerre

Afghanistan : Le fils de Massoud prône le dialogue et les talibans pour la guerre

 

 

 

Forts de leur succès surprise les talibans ont annoncé qu’ils envoyaient des milliers d’hommes pour combattre les poches encore rebelles et notamment celle du fils du commandant Massoud. Ce dernier au contraire est partisan de la négociation avec les talibans

« Nous ne voulons pas qu’une guerre éclate », a-t-il ajouté lors d’un entretien téléphonique à Reuters, indiquant toutefois que ses combattants étaient disposés à se battre si les taliban, qui se sont jusqu’à présents tenus éloignés du Panshir, essayaient d’envahir la zone. « Ils veulent résister à tout régime totalitaire », a dit Ahmad Massoud.

Il a par ailleurs appelé à la formation d’un gouvernement inclusif où l’ensemble des différents groupes ethniques du pays seraient représentés, soulignant qu’un « régime totalitaire » ne devait pas être reconnu par la communauté internationale.

Brésil: Bolsonaro en guerre contre la justice !

Brésil: Bolsonaro en guerre contre la justice !

Paradoxalement Bolsonaro  qui a instrumentalisé la justice pendant longtemps pour empêcher toute concurrence et même mettre son principal rival Lola en prison est aujourd’hui en guerre contre cette même justice. Comme Trump, Bolsonaro  au met en cause par avance les résultats de l’élection présidentielle pour laquelle  les sondages ne lui donnent aucune chance . De ce faite, le président brésilien remet en cause- sans aucune preuve - la fiabilité du vote électronique, en vigueur depuis 1996, et exige le retour à une forme de bulletin papier. Sa fureur s’est intensifiée jeudi dernier quand un juge de la Cour suprême, Alexandre de Moraes, a ordonné l’ouverture d’une enquête pour diffusion de «fausses informations» sur le système de vote. La Cour suprême devra vérifier si le président Bolsonaro est coupable, entre autres, d’«injure, diffamation et dénonciation calomnieuse». Jair Bolsonaro a accusé le magistrat d’«intimidation» et l’a menacé, de manière énigmatique mais pleine de sous-entendus: «Son heure va arriver.»

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