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L’Union de la gauche de Mélenchon ? : De la rigolade » (Gérard Grunberg, politologue)

L’Union de la gauche de Mélenchon ?  : De la rigolade » (Gérard Grunberg, politologue)

Politologue et directeur de recherche émérite au CNRS, Gérard Grunberg, qui fut également membre du cabinet de Michel Rocard et adhérent au Parti socialiste jusqu’en 1995, revient sur la proposition de Mélenchon de reconstituer l’union de la gauche (interview Europe 1)

 

Avec cinq grandes listes, la gauche n’a jamais été divisée avant d’aborder les élections européennes. Pourtant, Jean-Luc Mélenchon espère l’unir ensuite dans une fédération populaire… Qu’est-ce que cela vous inspire ?

« Je pense d’abord qu’il veut commencer à se couvrir car ces européennes vont probablement être un gros échec pour lui : il pourrait tomber de 20% (19,58%) ce qui a été son score au premier tour de la présidentielle en 2017, à 7 ou 9%, ce que sont les intentions de vote pour la liste La France insoumise (LFI). Et je pense même que cette liste peut être dépassée par les écologistes (dont la tête de liste est Yannick Jadot, ndlr). Jean-Luc Mélenchon a raté son coup, qui était d’écraser, comme il l’avait dit, le Parti socialiste. Il veut se donner l’image de quelqu’un qui est pour le rassemblement de la gauche, ce qui est absolument faux, et avoir un langage qui lui permet de dire ‘ce n’est pas moi qui suis le diviseur de la gauche’. Mais je ne vois aucun des leaders de gauche accepter quoi que ce soit de ce genre-là. S’il avait dit ‘on s’est trompé, ce qu’il faut, c’est que toutes les formations de gauche s’allient’, mais il ne dit pas ça… Et une fédération, qu’est-ce que ça veut dire ?

C’est une chose que faisait le Parti communiste il y a 30 ou 40 ans. Quand il avait des difficultés avec les socialistes, entre 1974 et 1978 – à l’époque, c’était pour la rénégociation du programme commun -, le PC disait ‘on va faire l’union du peuple de France pour le changement démocratique’. Jean-Luc Mélenchon aujourd’hui, c’est exactement le langage communiste de l’époque, c’est-à-dire que, selon sa logique, on ne peut pas s’entendre avec les partis et on doit reconstruire une union populaire avec, bien sûr, lui à sa tête. À l’époque, les socialistes avaient refusé, en disant : ‘On discute entre les partis ou on ne discute pas.’ Ce pauvre Mélenchon n’a rien inventé. »

Est-ce que c’est Jean-Luc Mélenchon lui-même qui poserait problème à cette union de la gauche ?

« L’image de Jean-Luc Mélenchon s’est beaucoup dégradée depuis deux-trois ans en jouant tout seul contre tous. Sa personnalité est aujourd’hui rejetée par les partis qui, il faut bien le reconnaître, ont fait beaucoup d’efforts. Mais aujourd’hui, cela semble terminé. Il y a sa personnalité mais il y aussi tout simplement le fait que les gens ne vont pas abandonner leurs partis ou leurs idées pour le rejoindre. La ligne principale n’est pas la même pour tous, que ce soit sur l’Europe, l’euro, le Venezuela, Poutine…

C’est ici une vieille figure de la gauche française, celui qui est le plus à gauche qui dit : ‘on ne va pas discuter entre partis, on va faire une union populaire.’ Et il appelle tout le monde à se regrouper autour de lui, mais comment voulez-vous que les autres acceptent ça ? C’est de la rigolade, de l’habillage, pour donner l’illusion que ce n’est pas lui qui casse l’union de la gauche, et à mon avis, il fait ça en partie parce qu’il sait que c’est très mal parti pour lui. Les européennes vont montrer que sa stratégie d’écrasement va échouer. »

En aucun cas, ce scrutin ne peut être porteur pour la gauche ?

« Sur les cinq grandes listes de gauche, aucune ne fera un gros score. Elles vont toutes se tenir à 7-8%, donc rien ne peut se passer après, rien ! Les deux tronçons du Parti socialiste ne veulent pas se parler, les écologistes ne veulent pas parler aux socialistes… La gauche n’a jamais été aussi divisée, ni aussi faible. Il ne se passera absolument rien après les européennes. Ça fait des années qu’il y a des gens qui disent ‘je vais rassembler’, il y a eu des tas de tentatives de rassemblement de la gauche, ça ne s’est jamais fait, car il y a ceux qui ne voulaient pas le faire il y a des désaccords de fond. Même les communistes et Hamon ne peuvent pas se mettre d’accord. Chacun veut conserver son parti, sa position, etc. Il ne faut pas croire que le nouveau parti créé par le PS (Place publique, dont Raphaël Glucksmann est la tête de liste, ndlr) va faire des merveilles. Tous ces gens prennent la chose par le mauvais bout. Le bon bout, ce serait de voir vraiment ce sur quoi ils sont d’accord et pas d’accord… Parce qu’ils restent quand même en désaccord sur beaucoup de points…

Et puis, il y a toujours le problème de l’identité du leader. (François) Mitterrand avait réussi à l’être après avoir ferraillé avec les communistes (au début des années 1980), mais aujourd’hui, il n’y a aucun de ces hommes politiques de gauche qui a la carrure ou l’opportunité de pouvoir s’imposer, pour l’instant. Il n’y a aucun homme qui peut regrouper la gauche autour de lui ni aucun parti, aucune idée, aucune stratégie, donc cela va rester comme c’est depuis trois, quatre ans… »

Gilets jaunes-La trouille des élites, exemples Elie Cohen et Gérard Grunberg du CNRS

Gilets jaunes-La trouille des élites, exemples   Elie  Cohen et Gérard Grunberg du CNRS

 

 

Nourrie au lait du libéralisme (et aussi à la fiscalité qui finance le CNRS), les deux médiatiques directeurs de recherche au CNRS, Elie Cohen et Gérard Grunberg  manifestent leur trouille vis-à-vis des gilets jaunes ; Une réaction qui confirme leur religion libérale ; réaction  aussi cohérente avec le conformisme de l’âge, l’un a 75 ans et l’autre 68 ans. Bref deux pépés qui depuis longtemps sont davantage présents sur les plateaux télé que dans les labos de recherche. Malheureusement c’est du discours de bistrot, pas de bistrot de quartier mais  du café de Flore. Extraits : « Mais là n’est pas la trace la plus saillante qui restera de ce conflit. Une double image s’impose au cœur du mouvement des « gilets jaunes ». La première est celle de citoyens affirmant avec fierté leur qualité de détachement avancé du peuple souverain et revendiquant à ce titre la démission de tel ou tel ministre, l’annulation d’une loi, ou l’institution d’une assemblée citoyenne, bref c’est un peuple « en armes » qui à nouveau s’exprime et entend même congédier le « petit marquis » siégeant à l’Élysée. ; Des  sujets revendiquant au souverain qui une hausse du smic, qui une baisse d’impôts, qui des équipements supplémentaires, et souvent les trois à la fois, bref de quoi remplir les frigos, gâter les petits enfants à Noël, et mieux vivre comme si l’Etat riche dont on ne sait quel trésor caché pouvait prodiguer des libéralités infinies à des sujets en demande. Une double régression économique et politique …. Trente ans de diagnostics, sans cesse confirmés, sur les raisons de la désindustrialisation, du fort chômage structurel, du caractère non soutenable d’une dépense publique financée par la dette avaient fini par créer un consensus centre gauche centre droit, consacré par l’élection de Macron, sur au moins trois orientations de politiques publiques. La première porte sur la nécessité d’améliorer la compétitivité, d’accroître l’attractivité du site productif France en allégeant la fiscalité pesant sur le capital, en améliorant le taux de marge des entreprises, en assouplissant les règles de fonctionnement du marché du travail, en incitant à investir dans le capital humain, la R&D, l’équipement industriel et les infrastructures de l’ère numérique. La suppression de l’ISF était bienvenue quand on sait les ravages provoqués par cet impôt notamment lors de la transmission ou de la cession d’une PME familiale……. Année après année les meilleurs travaux établissent que la hausse continue du smic a des effets négatifs sur l’emploi des non qualifiés. Les gouvernements ont cessé de pratiquer le coup de pouce, ont baissé les charges pesant sur le smic pour favoriser le retour à l’emploi. Pour traiter la question de la pauvreté, notamment des salariés, ils ont inventé la prime pour l’emploi. Rétablissement de l’ISF, retrait de la fiscalité écologique, hausse massive du SMIC, réinstallation des services publics de proximité, suppression des taxes qui oppressent les petites entreprises… La liste des revendications est longue, elle cumule hausse des dépenses et baisse des recettes, extension de l’intervention de l’Etat et refus du poids grandissant des réglementations. Les « gilets jaunes » dans leur inorganisation réinventent le programme des populistes italiens fiscophobes et dépensolâtres !….. Il n’est pas légitime en revanche que ces citoyens, qui par définition ont le droit de vote et ont élu démocratiquement il y a dix-huit mois leur président et leurs représentants, considèrent aujourd’hui le pouvoir comme leur ennemi, et cherchent à le renverser éventuellement par la violence…. »

Le reste est de la même tonalité uen contestation de la légitimité de la révolte et par contre uen plaidoyer en faveur de celle de Macron et de sa politique. *Comme disait Malrault la vieillesse est  souvent un naufrage surtout quand en plus on se fait rémunérer par ces élites pour leur chater ce qu’ils souhaitent entendre (dans les colloques et autres congrès professionnels). La conclusion est pathétique et témoigne bien de la trouille de ces élites :

« Il ne faut donc pas encourager ce mouvement à …. Nier la légalité d’un pouvoir pourtant démocratiquement élu. ….. Il faut au contraire expliquer aux gilets jaunes que nous ne sommes plus en 1789 puisque nous avons des institutions démocratiques …. »

Ça  sent vraiment la maison de retraite quand on confond insurrection morale et insurrection politique. Et ce n’est certainement une prise de position  très partagée même au CNRS.

Après les Régionales : recomposer le paysage politique (Grunberg)

Après les Régionales : recomposer le paysage politique  (Grunberg)

 

 

Gérard Grunberg, rocardien historique, estime que la montée du FN va obliger les partis de gouvernement à revoir leurs alliances. (intreview JDD)

A deux jours du premier tour, la dynamique du Front national ne semble pas connaître de repli. Le parti a-t-il profité de l’après-attentats du 13 novembre?
Ce n’est pas la seule raison, puisque le parti progresse depuis des années, mais si on en croit l’évolution des sondages, cela a très clairement encouragé le vote FN.

Le Front national est-il en mesure de remporter des régions?
Tout dépend des configurations de deuxième tour. Si l’on reste dans le cadre de triangulaires, il y a de grandes chances de voir le FN remporter des régions : très certainement le Nord, et peut-être l’Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne et la région Paca. On peut donc envisager qu’il gagne trois régions, voire quatre si le parti continue de monter.

Politiquement, quelles seraient les conséquences d’une victoire du FN?
Ce serait une grande défaite socialiste, mais aussi une grande défaite de la droite. Cela montrerait qu’elle n’est pas capable de réoccuper l’espace de l’ensemble de la droite comme le souhaitait Nicolas Sarkozy. La question de savoir si le parti de droite peut gouverner seul face à la gauche et le FN en 2017 se posera. C’est la question générale du fonctionnement de notre système politique qui est remise en cause. Faut-il rester sur un axe gauche-droite avec les trois blocs que l’on connaît aujourd’hui, ou bien faut-il réfléchir à une union entre la droite et le FN ou entre les modérés de droite et ceux de gauche? Ces questions vont se poser si le FN est le premier parti à l’issue de ce scrutin.

Comment expliquer que la gauche et la droite ne parviennent pas à contenir le FN?
Ça ne date pas d’hier, mais je crois qu’un certain nombre d’électeurs estiment tout simplement que le FN avait raison de dire qu’il y avait un péril islamique en France, que l’on était trop tolérant avec cela et que les partis de gouvernement n’ont rien fait pour l’empêcher. Il faut ajouter à cela la crise des migrants, plus importante à mon avis que les attentats. Et puis quand vous n’êtes pas au pouvoir, vous avez le bénéfice de recueillir le vote de ceux qui ne sont pas contents du gouvernement et de la classe politique en général, dans la droite ligne du « tous pourris » défendu par Marine Le Pen.

Dimanche soir, la situation risque d’être compliquée pour le PS qui devra rapidement se positionner pour le second tour. Une éventuelle fusion avec Les Républicains dans certaines régions ne risque-t-elle pas de brouiller davantage les pistes politiques?
Elles sont déjà brouillées! Tout dépend de ce que vont faire les partis de gouvernement. Pensent-ils qu’ils peuvent continuer à se faire la guerre ou pas? Les listes d’union sont des options, mais verront-elles le jour? Cela paraît improbable. La droite a déjà affirmé qu’elle était contre, mais si elle s’aperçoit qu’elle est en grande difficulté, cela peut changer. On ne peut pas répondre à cette question avant dimanche soir, mais elle se posera quoi qu’il arrive, car rien ne dit qu’en cas de retrait de la gauche, ses électeurs se mobilisent au deuxième tour pour faire élire le candidat de droite.

«Peut-on longtemps garder un système à trois ou personne ne s’allie avec l’autre? Je ne crois pas»

Dans cette situation, combien de régions le PS peut-il espérer conserver?
Selon les sondages, il pourrait conserver la Bretagne et le Languedoc-Roussillon. Pour le reste, on voit que cela se resserre en Aquitaine avec la droite. Je ne suis pas sûr qu’ils pourront en gagner beaucoup d’autres, même si la Normandie peut être une surprise.

La gauche peut-elle encore éviter la catastrophe?
Dans l’éventualité où la gauche remporterait trois régions et le FN aussi, la victoire de la droite serait atténuée. Cela démontrerait l’échec de la stratégie de Nicolas Sarkozy et prouverait que le siphonnage des idées du FN ne fonctionne pas. La chronique annoncée d’une catastrophe pour le PS peut encore avoir lieu, mais si la victoire de la droite est obscurcie par les bons scores du FN, les commentaires seront forcément nuancés.

Si dans certaines régions, la droite l’emporte grâce au front républicain, est-ce que ce ne sera pas une victoire à la Pyrrhus?
Tout dépend de ce qu’il se passera ensuite. Si c’est l’amorce d’une reconstitution d’alliances comme dans beaucoup d’autres pays européens, non. Mais si c’est temporaire, alors cela montrera que les partis de gouvernement ne savent pas ils vont. Le système est en voie de déstabilisation. La droite comme la gauche sont isolées. Peut-on longtemps garder un système à trois ou personne ne s’allie avec l’autre? Je ne crois pas.




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