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« Gilets jaunes » : « les conséquences catastrophiques » ? (CCI France)

« Gilets jaunes » : « les conséquences catastrophiques » ?  (CCI France)

Le président de CCI France, Pierre Goguet, alerte sur les conséquences à long terme du mouvement des gilets jaunes sur l’économie tricolore. Il a sans doute raison mais tout est loin de venir du blocage des gilets jaunes. La principale raison, outre la dégradation de l’environnement international, tient dans l’échec de la politique économique qui a tué notamment la croissance avant même le début du mouvement des gilets jaunes. (Interview dans le journal la Tribune)

Quelles sont vos principales inquiétudes sur le plan économique ?

PIERRE GOGUET - Actuellement, nous sommes dans une période cruciale pour le commerce où l’activité économique est importante. A l’approche de Noël, les commerçants ont commencé à faire des stocks pour pouvoir vendre. Mais s’ils ne peuvent plus vendre comme les années précédentes, ils pourraient être confrontés à des problèmes de trésorerie rapidement. Ces difficultés concernent toutes les tailles d’entreprise. Ces confrontations médiatisées peuvent également jouer sur l’attractivité du commerce. Il y a aussi des conséquences dans les services, l’industrie ou les chaînes de logistique.

Quels pourraient être les secteurs les plus pénalisés selon vous ?

Depuis la diffusion des images des affrontements sur les Champs-Elysées durant le week-end dernier, l’économie française pourrait connaître de vraies difficultés sur le tourisme. De nombreuses familles étrangères pourraient annuler leurs voyages et leurs chambres d’hôtel au moment des fêtes de Noël. Tout le commerce en lien avec l’activité saisonnière des fêtes de fin d’année pourrait être pénalisé. Il y a beaucoup de commerçants qui font la moitié de leur chiffre d’affaires sur cette période. Les conséquences pourraient être catastrophiques si elles étaient amenées à durer.

Avez-vous eu des remontées précises de la part de votre réseau de chambres implantées dans les régions ?

Notre réseau consulaire nous permet d’avoir des enquêtes flash sur l’ensemble du territoire avec des retours quasi-permanents. Notre rôle est d’écouter et d’apaiser nos entrepreneurs et nos commerçants, même si c’est difficile en ce moment, et on a des cellules spécifiques dans les chambres implantées en région qui sont mobilisées. Grâce à ce réseau, on a enregistré des chutes d’activité très précises dans des hypermarchés ou dans des zones commerciales.

Un magasin Décathlon à Nantes a perdu par exemple 200.000 euros de chiffre d’affaires en une journée. Dans la région Grand-Est, PSA n’a pas pu produire 1.500 voitures qui étaient prévues la semaine dernière à cause de la logistique. Au niveau de l’île de La Réunion, nous avons reçu des alertes extrêmement fortes. C’est un avantage d’être connecté avec notre réseau d’élus qui sont issus du commerce, de l’industrie ou des services. Nos interlocuteurs nous demandent de relayer toutes ces inquiétudes auprès des pouvoirs publics.

Vous avez évoqué récemment les risques d’un affaiblissement des corps intermédiaires dans un tweet. Pouvez-vous apporter des précisions sur cette remarque ?

Les 70 observatoires du commerce que nous avons à travers le territoire sont extrêmement utiles. Si un réseau comme le nôtre n’est plus aussi présent grâce à toutes ces organisations professionnelles, l’exaspération des entrepreneurs victimes d’une dégradation de leurs marchandises ou qui n’ont plus accès à leur site, pourrait prendre de l’ampleur. Le danger est de revenir à une forme de poujadisme où les commerçants iraient jusqu’à s’organiser eux-mêmes pour essayer de défendre leurs activités. Certains indépendants risquent la survie de leur commerce et l’emploi de leurs salariés.

Est-ce que vous êtes régulièrement en relation avec le ministère de l’Economie ?

Nous diffusons régulièrement à nos ministères de tutelle des comptes rendus que l’on met à jour quasi quotidiennement. Je crois que ça remonte l’Elysée. Ce réseau local montre toute son utilité pour rassurer les entreprises et peut être force de proposition sur les mesures d’accompagnement.

Justement, quels sont les types de solution ou de réponse à apporter ?

A partir du moment où nous sommes dans des zones affectées, où il y a une entrave à la libre-circulation et à l’accès, je pense qu’il faut envisager un échelonnement des cotisations sociales et fiscales des entreprises touchées. Elles comptaient sur les ventes de cette période pour refaire leur trésorerie. Dans le réseau des CCI, nous avons des dispositifs qui peuvent être activés. On a système qui s’appelle « alerte commerce » dans une soixantaine de chambres qui consiste à alerter les commerçants dans des zones très précises sur un éventuel danger ou des problèmes d’accessibilité.

Si des commerçants ont été entravés dans leurs activité, il serait intelligent de permettre aux commerçants qui le souhaitent d’avoir des journées d’ouverture complémentaires au mois de décembre pour tenter de rattraper le chiffre d’affaires qu’ils ont perdu et écouler les stocks qu’ils n’ont pas vendus. Le nombre de jours d’ouverture le dimanche est limité malgré tout. Les commerçants qui le souhaitent devraient pouvoir ouvrir leur magasin ce jour-là.

Pour ceux qui ont subi le plus de préjudices, il faut envisager des mesures d’indemnisation pour que les entreprises survivent. Beaucoup de petits commerçants n’ont pas d’assurance pour des pertes d’exploitation. Il faut encore pouvoir démontrer le lien de causalité entre le préjudice subi et la situation. A la Réunion par exemple, des commerçants ont sollicité la mise en place d’un fond d’indemnisation.

Ces réponses sont loin d’être complètes. Nos chambres vont travailler sur des questions de solidarité territoriale. L’idée est que les écosystèmes d’entrepreneurs détectent les entreprises les plus fragilisées à l’issue de ces événements là et essaient de les aider en participant au remplissage des carnets de commande quand c’est possible. Ce sera des mesures au cas par cas.

Quelles pourraient être les conséquences à plus long terme ? 

À plus long terme les problématiques sont plus liées à des enjeux de compétitivité-coût. Des entreprises se heurtent parfois à des salariés qui sont confrontés à des problématiques de pouvoir d’achat notamment dans les zones rurales liées à la hausse des produits pétroliers et aux taxes. Cela se traduit par des demandes d’augmentation de salaires. Des entreprises pourraient être ainsi confrontées à des sollicitations. Or les mêmes entreprises subissent aussi les coûts de l’énergie. Dans un contexte où les marges peuvent être altérées par ces phénomènes combinés à une hausse des salaires, les entreprises pourraient avoir des difficultés.  Ce mouvement traduit enfin de vraies fractures entre les territoires, entre les zones rurales et les territoires métropolitains.

Gilets jaunes : nouvelle manifestation prévue samedi à Paris

Gilets jaunes : nouvelle manifestation prévue samedi à Paris

Une rencontre pour rien avec De Rugy ;  l’oligarque carriériste ne pouvait évidemment apporter aucune réponse d’une part parce que de Rugy  et l’archétype de l’oligarque carriériste qui ne pratique que la langue de bois, d’autre part parce que les revendications et dépassent et de loin le champ d’activité d’un ministre de l’environnement. Un ministre de l’environnement dont on sait par ailleurs qu’il ne sert à rien puisque les décisions se prennent toujours ailleurs. La preuve avec les orientations énergétiques annoncées par Macron et qui tranchent avec celle de Rugy qui a fait semblant de mettre en question la filière nucléaire. Conséquence de cette pseudo concertation une nouvelle manifestation est programmée sur les Champs-Élysées samedi. À la suite de la rencontre avec de Rugy, les représentants des gilets jaunes ont déclaré « Les Français n’ont pas du tout été convaincus » par les annonces de président Emmanuel Macron. Le sentiment qu’on a c’est qu’il n’y a pas de réelle envie d’améliorer le quotidien des gens (…) On aimerait qu’il y ait un second rendez-vous avec Benjamin Griveaux ou Edouard Philippe » ont-ils encore déclaré. « On nous proposera un rendez-vous à un niveau plus élevé ».  Eric Drouet, l’un des deux porte-parole des « gilets jaunes » reçus mardi soir par le ministre de la Transition écologique et solidaire François de Rugy, a appelé a une nouvelle manifestation samedi prochain à Paris, sur les Champs-Élysées.

Gilets jaunes, un double esclavage : le travail et la consommation

Gilets jaunes, un double esclavage : le travail et la consommation

« Il faut appeler les choses par leur nom. C’est un esclavage. » Invité sur le plateau de l’émission « C politique » sur France 5, dimanche 25 novembre, le philosophe et essayiste Abdennour Bidar a livré son analyse pour expliquer la colère des « gilets jaunes ». L’auteur de Libérons-nous ! Des chaînes du travail et de la consommation (éditions Les Liens qui libèrent) pointe un double phénomène : « L’esclavage du travail et de la consommation. » Selon lui, dans notre système capitaliste, « nous sommes la petite souris dans sa roue. Nous tournons, nous tournons, nous tournons. Travailler plus pour gagner plus pour dépenser plus pour consommer plus et ça continue. » Un système qui marche, si à la fin du mois les finances sont dans le vert. Sauf que lorsque ce n’est pas le cas,  »c’est une catastrophe. On se rend compte que l’on a plus rien sur notre compte, parce que l’on a tout dépensé, même quand on gagne suffisamment bien sa vie. D’où le sentiment de déclassement des classes moyennes. » Il faut recommencer à travailler, recommencer à consommer, avec une injonction à la surconsommation qui est absolument permanente. Et si les « gilets jaunes » sont en colère, c’est justement parce que le « peuple français a oublié d’être bête », explique Abdennour Bidar. « Il est lucide et conscient de quelque chose qui est en train de devenir un vrai scandale. »

Mobilités : des vélos pour les gilets jaunes

Mobilités : des vélos pour les gilets jaunes

 

D’après le gouvernement lui-même, la loi mobilités a été nettement réorientée en tenant compte des revendications des gilets jaunes. Pourtant quand on examine le projet, on pourrait schématiquement réduire les propositions à l’attribution de vélos aux gilets jaunes ; et encore sans financement prévu. Pourtant la ministre des transports a déclaré « On va mettre le paquet sur (…) ces territoires qui ont été oubliés du tout-TGV avec des investissements qui sont ciblés sur les transports du quotidien”, Pour éviter d’alimenter les mécontentements, le gouvernement a renoncé à deux mesures risquées sur le plan politique : la possibilité laissée aux agglomérations d’installer des péages urbains et la vignette poids-lourds. S’ajoutent à cela différente mesures sortent d’inventaire à la Prévert mais dont le financement n’est pas prévu. Un seul exemple, l’indemnité pour les déplacements de ceux contraints  d’utiliser leur voiture pour leur travail. Qui va payer ?  L’exécutif prévoit d’investir 13,4 milliards d’euros au cours du quinquennat à venir, soit 40% de plus que durant les cinq années écoulées, puis de nouveau 14,3 milliards d’euros pendant la période 2023-2027. Le seul problème c’est qu’on ne sait pas où seront prises les ressources financières. Ce qui n’empêche pas d’affirmer que cet argent virtuel » ira en effet à 51% au rail – une somme qui s’ajoute aux 3,6 milliards d’euros investis annuellement par la SNCF – et 39% seront alloués à la route. »   Le gouvernement compte par ailleurs mettre un milliard d’euros sur la table, sur une durée de dix ans, pour achever la réalisation d’une vingtaine d’axes routiers et 2,6 milliards d’euros, également sur une décennie, pour remédier à la saturation de certains nœuds ferroviaires. En clair quelques milliards par an qui ne sont nullement budgétés !  Le projet LOM permettra aux grandes agglomérations de déployer des “zones à faibles émissions”, une mesure qui pourrait, espère le gouvernement, aider le pays à échapper à des sanctions de l’Union européenne pour non-respect des normes de qualité de l’air les zones les plus polluées. Quinze métropoles se sont déjà engagées à recourir à ce dispositif d’ici à 2020. Dans les faits, les véhicules les plus polluants d’après la classification Crit’Air pourront être bannis des périmètres retenus selon des modalités – dates, plages horaires, éventuelles dérogations – à la discrétion des collectivités. Conséquence les pauvres des zones périphériques qui possèdent de vieilles voitures ne pourront plus pénétrer dans les villes.

 

Croissance en panne : la faute aux gilets jaunes !

Croissance en panne : la faute aux gilets jaunes !

 

Bruno Le Maire et le gouvernement préparent l’opinion à un tassement assez net de la croissance. Pour cela, ils tentent d’en reporter la responsabilité sur les gilets jaunes. La  vérité c’est qu’il y a bien quelques effets mais que la tendance à la baisse est bien antérieure et découle directement de la politique de Macron. En effet,  avec les hausses de fiscalité générale Macron a fortement handicapé la croissance. Avec l’augmentation des taxes sur le carburant et le fioul,  il est en train de finir de la tuer. En effet les mesurettes déjà annoncées sur Europe 1 ne prendront pas effet avant 2019, si toutefois elles s’appliquent car les régions ne sont pas sont prêtes à les financer.  La hausse du prix des carburants (et autres fioul et gaz) va en effet représenter  d’ici la fin de l’année de l’ordre de 2 % du pouvoir d’achat. Tous les instituts de prévision prévoient que la France aura du mal à dépasser 1,5 % de croissance en 2018 alors que ces mêmes instituts prévoyaient 2,3% d’augmentation du PIB et que le gouvernement avait retenu 2 %. On pourrait certes attribuer le tassement de la croissance au ralentissement de la dynamique internationale toutefois la prévision française est inférieure à la moyenne de la zone euro qui se situera autour de 2 %. Le différentiel est important dans la mesure où la perspective d’activité de la France ne rend plus possible ni la réduction du chômage,  ni les équilibres financiers. Et la situation risque d’être encore plus mauvaise en 2019. L’Institut Rexecode proche du patronat n’envisage plus qu’une progression de 1,3 % du PIB (voir l’article sur cette projection).  l’OFCE de son coté  fournit des éléments d’explication sur ce recul de la croissance française « La reprise est heurtée par un certain nombre de phénomènes «a rappelé l’économiste Mathieu Plane. À l’échelle de la France, plusieurs facteurs peuvent expliquer le trou d’air de la croissance entre janvier et juin. Parmi les freins évoqués par l’OFCE, figurent un calendrier fiscal défavorable et une consommation des ménages en berne. « Environ deux tiers de cet écart de croissance (entre la France et celui de la zone euro hors France) s’expliquent par la mauvaise performance de la consommation des ménages, conséquence directe du choc fiscal de début d’année, » a expliqué Mathieu Plane. La mise en œuvre des mesures fiscales a clairement pesé sur le pouvoir d’achat des ménages et in fine sur la consommation, traditionnel moteur de la croissance française. L’augmentation de la fiscalité directe avec la hausse de la CSG « non compensée intégralement par la baisse des cotisations salariés » et la hausse de la fiscalité indirecte sur le tabac et les carburants ont également pesé sur le portefeuille des ménages. « À eux seuls, ces deux facteurs ont pesé à hauteur de -0,8 point sur le revenu brut disponible des ménages au premier trimestre. » « Le phénomène du calendrier fiscal devrait se reproduire en 2019 et 2020″ souligne Mathieu Plane, « avec une hausse programmée de la fiscalité indirecte chaque début d’année et une montée en charge de la réforme de la taxe d’habitation sur le quinquennat avec des effets attendus en fin d’année. » Outre le calendrier fiscal, la grève dans les transports a également pesé sur la consommation des Français. « La consommation de transport des ménages a ainsi baissé de 2,7 % au deuxième trimestre 2018, ce qui est la plus forte baisse depuis la fin 1995, contribuant à hauteur de – 0,1 point à la consommation totale. »  Les températures plus élevées du printemps ont également entraîné une baisse de la consommation d’énergie. Normalement on espère un rebond de la consommation du fait de l’amélioration du pouvoir d’achat : autour de 2 %. Mais justement ce rebond pourrait être annulé par la hausse des carburants. Le problème c’est que parallèlement l’inflation elle aussi reprend de sa vigueur et se situe sur une tendance annuelle de 2,2 %. Autant dire que cette inflation va annuler la hausse du pouvoir d’achat. Pour conclure, le manque d’équilibre entre les orientations économiques et les mesures sociales ont clairement pesé sur le pouvoir d’achat, la consommation des ménages et la croissance. En clair, Macron a tué la croissance en 2018.

Gilets jaunes : les représentants et les propositions

Gilets jaunes : les représentants et les propositions

 

Dans la douleur et un peu dans la confusion,  les gilets jaunes ont désigné leurs représentants et leurs revendications. Il s’agit d’abord «revoir à la baisse toutes les taxes » et de créer ‘une assemblée citoyenne » pour débattre des thèmes de la transition écologique, de la prise en compte de la voix des citoyens, de l’augmentation du pouvoir d’achat ou encore de la précarité, l’ensemble de ces propositions doivent être  soumises à un référendum populaire », Les revendications vont de la suppression du Sénat à la baisse des charges patronales en passant par une hausse du smic et des retraites. « Nous demandons aux représentants de l’Etat et du gouvernement de nous recevoir dans un délai raisonnable. A défaut de rencontre ou de propositions sérieuses lors de cet éventuel échange, les actions se poursuivront et se renforceront », préviennent-ils. Griveaux répond « être ouvert au dialogue ». Interrogée sur cette initiative à l’issue du conseil des ministres, le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux a assuré être « ouvert » au dialogue tout en posant des limites. « Si les propositions reviennent à demander la dissolution de l’Assemblée nationale, la démission du président de la République (…), j’ai peur que nous ne puissions y répondre favorablement ».

 

Les représentants nationaux des gilets jaunes :

Éric Drouet, 33 ans est aussi un des initiateurs du mouvement. Il est à l’origine des manifestations dans toute la France le 17 novembre. Il a également lancé le deuxième acte de la mobilisation, samedi. Ce chauffeur routier est déjà intervenu sur BFMTV avec Jean-Jacques Bourdin. Mais sa performance n’a pas convaincu, lui valant plusieurs critiques sur les réseaux sociaux. Depuis, ce père de famille originaire de Melun (Seine-et-Marne) cantonne ses interventions à sa page Facebook «La France énervée», sur laquelle il diffuse régulièrement des vidéos massivement partagées. «Rien ne sera décidé par les huit personnes de la délégation. Il n’y a pas de représentants, que des porte-parole», a-t-il prévenu après la diffusion du communiqué.

Outre ces deux têtes déjà connues, les «gilets jaunes» se dotent de communicants dépêchés dans différents départements. L’occasion, selon Éric Drouet, de se «préparer» en cas de réception à l’Élysée. Parmi eux, Mathieu Blavier, un exploitant de Miramas-le-Vieux, dans le département des Bouches-du-Rhône. À seulement 20 ans, le jeune homme a décidé de se lancer dans le marché du jus de pomme, après des études d’aéronautique puis de droit. Ou encore Marine Charrette-Labadie. Agée de 22 ans, cette serveuse en Corrèze, qui se dit «plutôt de gauche», est chargée depuis le début de la mobilisation de l’animation des «gilets jaunes» à Brive. Selon le communiqué du mouvement, elle sera dépêchée dans le département de l’Aube. Julien Terrier, lui, est un autoentrepreneur de 31 ans. Natif d’Annecy (Haute-Savoie), cet ancien membre de l’armée de l’air a travaillé dans plusieurs secteurs, du bâtiment au commerce, avant de créer sa propre entreprise de rénovation et dépannage. Il sera porte-parole en Haute-Garonne.

Maxime Nicolle, un jeune intérimaire de 31 ans, sera lui chargé de communiquer pour les «gilets jaunes» dans les Côtes-d’Armor. «Notre manifestation est à 100% pacifiste, on évacuera les fauteurs de trouble et on ne se gênera pas pour les envoyer aux CRS», promettait-il avant les manifestations de samedi, où il s’est rendu sur les Champs-Élysées. Créateur du groupe Facebook «Fly Rider infos blocage», qui comporte plus de 43.000 membres, il a été invité à deux reprises de l’émission Touche pas à mon poste! sur C8. Quant à Jason Herbert, 26 ans, il portera la voix du mouvement en Charente. Chargé de communication pour le Grand Angoulême, cet adhérent CFDT est aussi conseiller prud’homal. Il espère entrer rapidement dans la phase de «négociations» avec l’État. «On ne peut pas rester trois mois à paralyser le pays, il faut discuter», confie-t-il à Sud Ouest. Enfin, Thomas Miralles communiquera dans les Pyrénées-Orientales. Ce Perpignanais de 25 ans est un entrepreneur: il a créé son propre cabinet de courtage en prêt immobilier en septembre 2014.

 

 

Gilets jaunes : le gouvernement annule les péages urbains

Gilets jaunes : le gouvernement annule les péages urbains

 La nouvelle loi sur la mobilité reprend sur la forme nombre d’exigences des gilets jaunes mais pas grand chose sur le fond sauf le recul sur les péages urbains.    »Aujourd’hui, la politique des transports n’est plus adaptée aux réalités du pays, aux besoins et aux attentes des citoyens », lit-on dans la première partie du document de présentation de cette loi.  Puis, un peu plus loin, l’exécutif reconnaît, comme le soulignent les manifestants réclamant le retour des petites lignes SNCF, que « les investissements ont été trop concentrés sur les grands projets, notamment de TGV, au détriment des besoins du quotidien ». La question c’est avec quel argent ? Le gouvernement entend aussi donner plus de pouvoir aux collectivités locales pour qu’elles mettent en place des solutions adaptées à leur territoire. Même question : avec quel argent ? Le ministère des Transports entend également mettre en place un « forfait mobilité durable », une sorte de prime qui pourra atteindre 400 euros par an « pour aller au travail en vélo ou en covoiturage ». Toujours la m^me question, qui va payer ? Les entreprises ? L’exécutif a l’intention d’augmenter les investissements dans les transports du quotidien, pour dépenser 13,4 milliards d’euros d’ici 2022, soit une augmentation de 40% par rapport au quinquennat précédent. Cette somme sera dépensée, à 51% dans le ferroviaire, et à 39% dans la route, par exemple pour « l’entretien des routes et du réseau ferroviaire, le désenclavement des territoires ruraux, le renforcement de l’offre de trains, les transports en commun propres, etc. » Des postes de dépenses loin des grands projets, choisis justement parce qu’ils sont susceptibles d’améliorer les déplacements quotidiens des Français ». Dans le détail, l’État mettre sur la table 1 milliard d’euros sur 10 ans pour « achever la réalisation d’une vingtaine d’axes routiers au cœur des territoires », 6 milliards d’euros » pour désaturer les grands nœuds ferroviaires, afin de multiplier le nombre de trains du quotidien autour des métropoles et dans les liaisons avec les villes moyennes », et enfin 1,2 milliard d’euros sur 10 ans pour « accompagner les collectivités dans leurs investissements dans les transports en commun, pour des déplacements plus propres et partagés ». Ça fiat à pine 2 milliards par, bien insuffisant et toujours la m^me question : on finance comment ?

Gilets jaunes : la peste brune (Darmanin) !

Gilets jaunes : la peste brune (Darmanin) !

 

L’hystérie sémantique continue ou gouvernement avec les propos complètement exagérés du ministre de l’intérieur, de Macron et maintenant de Darmanin,  le ministre du budget qui a qualifié les jouteurs d’incidents sur les Champs-Élysées dimanche de peste brune. On avait déjà noté dans ce gouvernement quelques insuffisances culturelles et de grande confusion historique. Pas étonnant, la plupart qui sortent des instituts politiques bidon, hauts lieu de la pensée politique où on n’apprend à peu près rien. Faut-il rappeler aux jeunes Darmanin que la peste brune et essentiellement le nom qui a servi à qualifier le nazisme et ses chemises brunes. Faire référence en l’occurrence au nazisme paraît donc complètement disproportionnée et ridicule même si les violences de certains extrémistes doivent évidemment être condamnées. Ces excès de langage trouvent à l’évidence la grande fébrilité du gouvernement qui donne l’impression aujourd’hui de constituer une sorte de citadelle assiégée pas forcément physiquement mais par le mécontentement quasi général dans le pays. Et Darmanin de se lancer dans la justification très approximative. «  l’arrêt de l’écotaxe n’avait été remplacé «par rien, ni par une hausse de la fiscalité ni par une baisse de la dépense», ce qui a abouti à ne pas pouvoir financer des infrastructures comme le canal Seine-Nord.( comme si l’intérêt économique de ce canal existait !). , le ministre a aussi  évoqué l’impact prochain de la réforme de l du statut de la SNCF ! qui n’aura pas d’effet avant des dizaines d’années puisque ne appliquant qu’aux nouveaux embauchés.  Le jeune diplômé d’institut politique ferait bien de retourner à l’école ou de diriger uen épicerie pendant quelques mois sen essayant de ne pas faire faillite.

 

 

« Gilets jaunes » : pour Jean-Yves Camus, « le rejet des élites est inquiétant » !

« Gilets jaunes » : pour Jean-Yves Camus, « le rejet des élites est inquiétant » !

Jean-Yves Camus, directeur de l’observatoire des radicalités à la fondation Jean Jaurès (proche du PS), s’inquiète de voir la légitimité des élus de plus en plus remise en cause. (Interview JDD). Un avis qui témoigne de la fébrilité de certains institutionnels qui n’ont rien compris de la nature de la crise. Intéressant à lire de ce point de vue !

Certains députés ont été menacés. Peut-on parler d’une fracture entre le peuple et les élites ?

Cela témoigne d’une exacerbation du rejet des élites que l’on a vu dans d’autres pays. Aux Etats-Unis, il y a eu des quantités d’incidents, de cas ou un individu s’en prend physiquement à un élu, soit parce qu’il déteste les élites en général, soit parce que cet élu, particulièrement, lui semble responsable de sa situation personnelle. Il y a une très grande violence à l’égard des élus dans nombre de pays.

Selon vous, le pouvoir a-t-il pris conscience de l’ampleur du rejet exprimé ?

Je trouve que le rejet est considérable. Il est considérable à un point que les élus ne l’appréhendent que dès lors qu’on vient devant leur résidence privée, et qu’il se fond dénoncer sur les réseaux sociaux. C’est un climat auquel on pouvait s’attendre. L’exaspération tient les élus en bloc, c’est ce qui est grave, alors que l’immense majorité d’entre eux propose des solutions innovantes et fait son travail. Par ailleurs, ils sont élus, c’est-à-dire dépositaires d’une partie de la souveraineté nationale. C’est ce concept qui n’est plus compris. »

Et encore moins la posture d’élus notamment PS qui transforment la politique en oligarchie (NDLR). Cette prise de position de nature corporatiste explique en grand partie la perte d’audience du PS ((NDLR).)

« Gilets jaunes » : « ne pas réduire à l’extrême droite »

« Gilets jaunes » : « ne pas réduire  à l’extrême droite »

Eric Charmes, chercheur en études urbaines à l’université de Lyon. Estime que réduire le mouvement des gilets jaunes à l’extrême droite est une caricature. (Interview France info)

 

 

Après la mobilisation du 17 novembre, est-il possible de dresser un portrait-type du « gilet jaune » ?

Eric Charmes : C’est un mouvement hétérogène. Il y a des profils divers et des motivations diverses. Ce sont surtout des personnes qui vivent dans les périphéries des métropoles qui se sont mobilisées. Sur Slate.fr, le journaliste Jean-Laurent Cassely soulignait – à juste titre – que les lieux de rassemblement sont des ronds-points, des parkings de supermarchés et non des places de centre-villes, à la différence d’un mouvement comme Nuit debout, par exemple. Cela dit quelque chose de la sociologie et de la géographie du mouvement.

C’est un mouvement d’habitants des territoires périurbains, des petites villes éloignées des métropoles, là où on n’a pas d’autre choix que d’utiliser la voiture pour se déplacer. Autre observation : ce n’est pas la population la plus pauvre au sein de la population française qui s’est mobilisée. A La Tour-du-Pin, qui est une ville plutôt pauvre, les gens sont venus des villages alentour. Il s’agissait de personnes souvent propriétaires d’une maison, ou train de la rembourser, et qui possèdent au moins une voiture…

Est-ce un mouvement des campagnes contre les villes ?

En parlant avec les participants, on ne remarque pas de discours anti-villes. A La Tour-du-Pin, les gens ne s’expriment pas contre Lyon ou contre les Lyonnais. Ce n’est pas la France périphérique contre la France des métropoles. Paris est la seule ville qui est citée de façon péjorative, parce que Paris incarne l’élite nationale, les riches…

Par ailleurs, il n’y a pas non plus de sentiment anti-écologique. Les gens ne réclament pas l’autorisation de continuer à polluer avec leur diesel. En revanche, ils soulignent le fait que l’Etat disait dans les années 90 et pendant des années que le diesel était meilleur pour l’environnement. Aujourd’hui, on dit que ce n’est plus le cas. Sauf qu’ils n’ont pas forcément les moyens de changer de véhicule…

Quelle place occupe le prix des carburants dans la colère des « gilets jaunes » ? 

Les revendications sont difficiles à saisir car nous ne sommes pas face à un mouvement structuré, porté par des représentations comme des syndicats ou un parti… Ils le disent tous, d’ailleurs : l’augmentation du carburant est finalement un prétexte, la goutte d’eau qui fait déborder le vase, pour exprimer une colère plus générale.

Les discours sont marqués par le sentiment d’injustice. Ce sont des gens qui ont des budgets extrêmement contraints et des fins de mois difficiles, qui peuvent entendre le fait de devoir se serrer la ceinture, mais il faut que la charge soit équitablement répartie. Clairement, il y a le sentiment que ce n’est pas le cas actuellement.

Lorsqu’on parle avec eux, ils disent qu’ils peuvent faire face à quelques centimes d’augmentation sur les carburants, mais ils parlent du coût de la carte grise, de la CSG dans le cas des retraités… Dans ce contexte, ils refusent par exemple de contribuer au renouvellement de la porcelaine de l’Elysée. Cela peut être poujadiste mais ils ont le sentiment réel qu’ils payent pour que les riches s’enrichissent et que les classes moyennes, elles, ne voient rien venir.

Cette révolte semble aussi l’occasion de défendre un mode de vie…

Oui, les « gilets jaunes » se sentent mal perçus ou pas respectés parce que leur mode de vie serait polluant. Dans les commentaires sous les articles des sites d’information, j’ai pu lire l’expression d’un mépris pour une France moche, peuplée de beaufs qui roulent dans des diesels polluants et qui s’enferment dans leurs pavillons pour regarder la télé tous les soirs… Ce mépris-là, il est ressenti et évidemment mal perçu. Cela me rappelle les débats qui ont suivi un dossier sur la « France moche », publié en 2010 par Télérama.

 

 

 

Mais pour rien au monde, les personnes qui se sont mobilisées iraient habiter dans le centre d’une grande ville qui leur semble bien plus pollué que là où elles vivent. « Pourquoi habiter à la campagne nuirait-il à l’environnement ? » se demandent-elles.

Au delà de l’aspect rural, on évoque le concept de « France périphérique »…

L’auteur de cette notion, le géographe Christophe Guilluy, estime que c’est un mouvement qui incarne la « France périphérique ». On peut le constater aussi avec certaines nuances. Christophe Guilluy insiste beaucoup sur la question identitaire. Il assimile la France périphérique à une France blanche, où la pauvreté de Blancs s’opposerait à d’autres. Or, il est question ici de revendications sociales et de pouvoir d’achat. Même si des dérives racistes ont été constatées, ou même si le Rassemblement national est bien ancré dans le mouvement, les « gilets jaunes » ne sont pas une mobilisation identitaire.

Autre réserve, ce n’est pas toute la  »France périphérique » qui était dans la rue. Il s’agit d’une mobilisation de classes moyennes inférieures et de classes populaires. Les gens vous donnent facilement le montant de leur salaire, souvent de l’ordre de 1 400 à 1 500 euros, avec deux enfants …  Les personnes les plus pauvres au sein de la population française n’étaient pas « gilets jaunes ». Mais c’est indéniablement un mouvement qui donne forme à quelque chose au sein de cette France périurbaine.

Quel est le poids des sympathisants du Rassemblement national dans ce mouvement ?

Si je prends l’exemple de La Tour-du-Pin, il s’agit d’une commune qui vote plutôt dans la moyenne nationale. Mais dans les villages alentour, Marine Le Pen a fait plus de 45% au premier tour de la présidentielle en 2017. Donc c’est un contexte, dans les revendications comme dans les populations mobilisées, favorable au RN. Toutefois, il s’agit de zones où l’abstention représente parfois une part très importante. On peut arriver à des ratios où trois personnes sur quatre n’ont pas voté Rassemblement national.

D’autre part, les « gilets jaunes » se disent très apolitiques. Ce qui est peut-être le plus inquiétant, au sens où beaucoup n’y croient plus et n’ont plus confiance dans la politique. Mais on aurait tort de réduire ce mouvement à l’extrême droite. Il est question d’injustice, de difficultés à boucler les fins de mois : leurs voix ne me semblent pas susceptibles d’être exclusivement portées par l’extrême droite et ça ne devrait pas être étranger à la gauche par exemple… Dans les discours, on entend une remise en cause d’un système global. Aujourd’hui, il est incarné par Macron mais finalement aussi par Hollande et Sarkozy avant lui.

Comment expliquez-vous le bilan sécuritaire très lourd de la journée du 17 novembre ? 

Ces violences sont importantes mais on aurait tort de réduire le mouvement les « gilets jaunes » à ces incidents. C’est une mobilisation où des gens se mettent autour de ronds-points, sur la route en tout cas, avec des voitures. En face, d’autres gens peuvent être énervés parce qu’ils perdent du temps ou tout simplement parce qu’ils ne partagent pas les revendications du mouvement… Mais la voiture, c’est dangereux et ça peut tuer…

Par ailleurs, de nombreux rassemblements n’étaient pas encadrés. Leur spontanéité a pu créer des situations qui sont objectivement dangereuses. Tout cela est à prendre en compte, indépendamment du fait qu’il y ait aussi eu des éléments radicaux prêts à en découdre.

70% des Français pour les gilets jaunes

70% des Français pour les gilets jaunes

 

Macron est désormais à la même période le président le plus impopulaire depuis Mitterrand. Selon le dernier baromètre BVA pour La Tribune/Orange/RTL, la part des personnes interrogées ayant une opinion favorable du chef de l’Etat atteint 26% en novembre. C’est trois points de moins que le mois dernier. A l’inverse, la déception des Français à l’égard du pouvoir central est de plus en plus visible. 73% des répondants ont désormais une opinion défavorable du locataire de l’Elysée. C’est un record depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à la présidence de la République en mai 2017. Après un net ralentissement de l’économie lors des premiers mois de l’année, la fin d’année 2018 s’annonce compliquée pour l’exécutif qui peine à calmer la colère des gilets jaunes et l’exaspération de milliers de Français. A titre de comparaison, aucun Président de la république depuis François Mitterrand était aussi impopulaire 17 mois après son élection au suffrage universel direct.  D’après les résultats collectés par l’organisme de sondages, « les jugements positifs à l’égard du chef de l’Etat diminuent dans quasiment toutes les catégories de population, et notamment chez les 35-49 ans (24%; – 6 points), les professions intermédiaires (25%; – 12 points) et les salariés du privé (23%; – 5 points). » En dépit de la baisse des cotisations sociales, les actifs demeurent déçus par la politique économique d’Emmanuel Macron en matière de travail. Les tensions territoriales sont loin de s’apaiser. Les personnes interrogées vivant en dehors de la région parisienne (26%; – 4 points) et ceux habitant en zone rurale (22%, – 4 points) sont de moins en moins nombreuses à exprimer une opinion favorable à l’égard de l’ancien ministre de l’Economie. En revanche, son socle électoral semble toujours aussi solide : 93% des sympathisants de la République en Marche (+ 4 points) expriment une opinion favorable alors qu’un tiers  »de ses électeurs du premier tour a basculé dans le rejet (33% ont une mauvaise opinion de lui). » Interrogés sur un ensemble de thèmes, les répondants ont affirmé que le pouvoir d’achat était leur principal sujet de préoccupation (49%; + 17 points par rapport à décembre 2016). Viennent ensuite la santé et l’environnement qui se situent au même niveau (34%). Pour cette dernière catégorie, la progression est spectaculaire (+ 17 points) par rapport à la dernière enquête réalisée en 2016 par BVA. Enfin, l’emploi et les inégalités sociales restent des sujets majeurs de préoccupations. Environ 30% des répondants signalaient que ces deux thèmes demeuraient des sujets de préoccupation importants.

Méthode : enquête réalisée auprès d’un échantillon de Français recrutés par téléphone puis interrogés par Internet du 21 au 22 novembre 2018. Elle est réalisée à partir d’un échantillon de 1.258 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

Les «gilets jaune ont inversé la pyramide de la légitimité (Benedetti)

Les «gilets jaune ont inversé la pyramide de la légitimité (Benedetti)

Arnaud Benedetti,  professeur à la Sorbonne, compare la légitimité des gilets jaunes et celle du macronisme. En dénonçant au passage l’agit-prop de Castaner. (Tribune Le Figaro)

 

« La révolution par l’image arrive à petits pas. Ce ne sont pas les pavés, ni les barricades, encore moins l’immensité des foules qui aujourd’hui constituent la plus grande menace pour le pouvoir. Ce sont les images et la guérilla communicante que lui impose les «gilets jaunes». L’homme né par et de la com’ a trouvé dans la com’ effervescente des «giletistes» un adversaire redoutable qui réimpose la figure du peuple comme acteur politique conscient de sa force. Première manifestation de cette prise de conscience, le refus d’opérer une mobilisation sur le Champ-de-Mars, espace dont le volume constituait à n’en pas douter un piège pour la représentation à venir de la journée. Les «gilets jaunes» ont décidé de converger vers les Champs-Élysées, long courant urbain qui de l’Étoile conduit aux avenues du pouvoir. Le cœur battant de celui-ci a apporté mécaniquement, souci d’ordre public aidant, une réponse qui métaphoriquement a enfermé l’Élysée en forteresse assiégée, barricadée, vidée de toute chaleur un tant soit peu compréhensive. Sur les réseaux sociaux, dès potron-minet, circulait la carte du périmètre de sécurité enveloppant les hauts lieux de la République dans un no man’s land, symbole d’un isolement, d’une coupure sur-signifiante entre l’exécutif et le peuple. Cette image d’un État retranché, assiégé en disait plus long sur la drôle de révolte que nous vivons que tous les argumentaires potentiellement portés par les oppositions. La macronie en était comme rendue à s’enfermer sur elle-même.

Volontaire ou non, la stratégie des «gilets jaunes» a inversé la pyramide de la légitimité: leur colère, réelle, en vient à rappeler implicitement, par un effet de jeux de miroirs déformants, l’isolement sociologique originel du macronisme. L’inconscient ne parle pas, il travaille: c’est ce labeur indicible qu’a projeté explicitement la topographie des événements en ce début de matinée du 24 novembre jusqu’à ce que surgissent sur le théâtre des opérations urbaines les confusions inhérentes aux éruptions mobilisatrices.

L’usage de mots porteurs d’un sens anachroniquement historique pour rendre compte de la situation visait à déconstruire la légitimité du mouvement.

Paris, destination du cœur le plus actif du mouvement «giletiste» a d’abord concentré toute la lumière médiatique d’une mobilisation par construction polycentrique, au risque d’occulter les points de fixation qui n’ont pas manqué de se développer ailleurs en province. C’est bien sur la scène parisienne que s’est joué la partie de cette seconde journée nationale de mobilisation des «gilets jaunes» .

Les images continues et chaotiques des tensions sur les Champs-Élysées n’ont de sens immédiat qu’au regard de la distance qu’on leur oppose. Leur immédiateté suscite un effet d’optique qui occulte ce qu’historiquement l’expérience du passé nous enseigne. Rares, voire inexistantes sont les mobilisations sociales sans impact sur l’ordre public. Celle-ci n’échappe pas à la règle: elle n’est pas exceptionnelle – et mieux: relativement contenue au regard d’épisodes passés , au demeurant eux-mêmes encadrés par des militants professionnels. C’est plus la visibilité immédiate du désordre que le niveau réel de celui-ci qui vient nourrir au risque de les enflammer les perceptions de l’événement.

Les chaînes infos, les réseaux constituent un forum à ciel ouvert où l’instantanéité charge les émotions et survitamine l’hyper-réactivité. En boucle, les séquences se nourrissent de leurs propres effets de miroirs, boursouflant, à n’en pas douter, les grilles de lectures des commentateurs et acteurs. C’est dans cet interstice émotionnel qu’a voulu s’engouffrer le ministre de l’Intérieur en cherchant à imposer à la mi-journée une représentation de la situation dont l’objectif consistait à relativiser la force mobilisatrice des gilets, à l’associer peu ou prou au Rassemblement national de Marine le Pen et à dramatiser l’instant en recourant à la rhétorique quasi-criminalisante de la «sédition», comme si la République, subitement, était en danger. Le choix d’une sorte d’«agit-com» un brin provocante, l’usage de mots porteurs d’un sens anachroniquement historique pour rendre compte de la situation visait à déconstruire la légitimité du mouvement, comme pour en appeler à un sursaut d’un éventuel et hypothétique parti de l’ordre susceptible de venir contrecarrer un prurit prétendument ‘’factieux ». Au désordre de la rue, le pouvoir a répondu par un désordre communicant, alternant faux calme, hystérisation de la sémantique et sur-scénarisation dramatisante des clivages politiques. Une fois les images décantées, c’est le sentiment d’une impasse périlleuse qui risque de s’installer. Les «gilets jaunes» ont déjà réussi à devenir un symbole. C’est à ce symbole qu’une majorité de Français semble déléguer le pouvoir de mieux se faire entendre de Monsieur Macron… »

Gilets jaunes: « je l’avais prévu »( Hulot)

Gilets jaunes: « je l’avais prévu »( Hulot)

C’est en substance ce que dit Hulot qui en même temps règle ses comptes avec Macron. Hulot qui ne soutiendra pas la liste de Macron aux européennes, pas plus d’ailleurs qu’une autre liste.

“La France se serait bien passée de cette confrontation qui effectivement oppose l’écologie au social alors que ma volonté à moi c’était de réconcilier l’écologie et le social”, a déclaré Nicolas Hulot, interpellé sur le mouvement des “Gilets jaunes” au sixième jour de protestation contre la hausse des taxes sur les carburants. “Je me suis battu et notamment dans les semaines qui ont précédé mon départ pour qu’on change complètement d’échelle dans l’accompagnement social de la transition énergétique et écologique”, a-t-il dit. “J’aurais préféré ne pas avoir eu raison sur le risque d’emballement que l’on connaît”, a-t-il ajouté, déplorant notamment le refus du gouvernement d’allouer 10% des crédits générés par l’augmentation de la taxe carbone à cet accompagnement, et une baisse des aides pour rénover les bâtiments et les passoires thermiques. Assurant avoir une “cruelle conscience” des “problèmes de fin de mois” de certains Français, il a appelé l’exécutif à saisir la proposition de la CFDT d’organiser des Etats généraux de la transition écologique. “Je pense qu’il est très important de saisir la proposition de la CFDT d’organiser rapidement dans un format rapide la réunion de tous les partenaires sociaux”, a-t-il dit.

Sondage gilets jaunes : un mouvement de plus en plus soutenu

Sondage gilets jaunes : un mouvement de plus en plus soutenu

 

En dépit des menaces de Castaner, ancien proche du grand banditisme, aujourd’hui ministre de l’intérieur qui n’a cessé de dramatiser et de caricaturer, le mouvement des gilets jaunes demeure de plus en plus  soutenu par l’opinion publique. Selon un sondage Odoxa pour Le Figaro et Franceinfo, réalisé les 21 et 22 novembre sur un échantillon de plus de mille personnes, près de 8 Français sur 10 (77 %) trouvent l’appel à bloquer la capitale, ce samedi, légitime. Soit trois points de plus qu’ils ne l’étaient samedi dernier. Preuve de l’échec de la récente stratégie de diabolisation du mouvement adoptée par le gouvernement, 62 % des sondés refusent de qualifier les «gilets jaunes» de «violents». Une grande majorité préférant les caractériser comme «populaires» (81 %), «courageux» (77 %), engagés dans «une lutte pour l’intérêt général» (78 %). Si les modes d’action à venir font débat dans les rangs du mouvement, deux Français sur trois (66 %) appellent à ce que la mobilisation se poursuive, catégories populaires en tête (78 %). Et ce, même s’ils sont une majorité à relativiser leur efficacité. 56 % des sondés expriment ainsi des doutes quant à la capacité des «gilets jaunes» d’arracher de nouvelles concessions au gouvernement, susceptible de produire de réels effets sur le pouvoir d’achat.

 

Une liste gilets jaunes aux européennes ?

Une liste gilets jaunes aux européennes ?

 

Plusieurs responsables des gilets jaunes ont clairement affiché le glissement du mouvement vers le terrain sociétal et politique. En gros, ils contestent la légitimité des élites institutionnelles y compris du Parlement et de Macron lui-même. Plusieurs réclament l’organisation d’un référendum. On peut penser que cette politisation du mouvement est une hypothèse vraisemblable car il est peu probable que Macron en dépit de ses petits pas en arrière et de ses petites ouvertures changent à la fois de cap. Toutefois ces petits pas en arrière risquent d’être suffisants faire évoluer l’opinion publique dans un sens plus favorable au pouvoir actuel. La seule issue honorable pour les gilets jaunes pourrait être alors être politique car il serait particulièrement dangereux de s’enfoncer dans des mouvements de plus en plus minoritaires et de plus en plus radicaux. Il sera plus facile d’abattre Macron dans les urnes que dans la rue. Or les élections européennes constitue  une opportunité extraordinaire. C’est l’élection à laquelle il est le plus facile de se présenter et qui nécessite le moins de superstructures politiques. Aujourd’hui les sondages donnent le rassemblement national en tête avec de leurs deux 21 % tandis que la liste en marche est tombée autour de 19 %. Avec une liste gilets jaunes la liste macro pourrait chuter jusqu’à 15 % voire moins. En outre,  ce serait l’occasion de démontrer que les gilets jaunes en dépit de quelques tentatives d’infiltration des extrêmes ne sont pas sous influence ni de l’extrême gauche, ni de l’extrême droite. La question est actuellement en débat dans la structure de coordination nationale qui est en train de se constituer chez les gilets jaunes. Des gilets jaunes qui se méfient des superstructures et des dérives possibles des éventuels leaders mais qui sont bien conscients qui convient cependant de structurer le mouvement ne serait-ce que pour éviter les contradictions dans les analyses et les propositions des leaders locaux. Restera aussi à donner à cette coordination une compétence technique notamment économique et écologique pour éviter la caricature et le populisme. Bref comme l’indiquait Jérôme Sainte-Marie, politologue, il y a quelques jours « le mouvement des gilets jaunes est une rupture politique décisive ». Le bloc populaire qui va s’opposer au bloc des élites de Macron.

 

«Gilets jaunes» : un bloc politique en gestation (Jérôme Sainte-Marie)

 

«Gilets jaunes» : un bloc politique en gestation (Jérôme Sainte-Marie)Jérôme Sainte-Marie, politologue, estimait il y a quelques jours que le mouvement des gilets jaunes est une rupture politique décisive (Jérôme Sainte-Marie). Interview le Figaro.

 

Quelle appréciation portez-vous sur la capacité de mobilisation des «gilets jaunes» le 17 novembre?

Jérôme SAINTE-MARIE.- Si l’on considère dans leur originalité radicale l’émergence de ce mouvement d’opinion puis la mise en place de modalités d’action déconcertantes, force est d’admettre la réussite de cette mobilisation. Il y avait un doute énorme avant le 17 novembre sur la concrétisation de ce mécontentement virtuel, il est désormais levé. Rappelons que ceux qui sont allés sur les ronds-points, les péages autoroutiers et autres lieux de rassemblement, ne savaient pas très bien qui ils allaient y trouver et comment les choses se dérouleraient. Ils étaient donc dans un contexte plutôt anxiogène, à l’inverse du confort qu’offrent les manifestations habituelles, depuis longtemps assujetties à un rituel bien connu de tous, organisateurs, participants et forces de l’ordre. Bien entendu, il existe un hiatus gigantesque entre le soutien déclaré au mouvement, de l’ordre de trois Français sur quatre, et la participation effective à celui-ci, mais comment pourrait-il en être autrement? Nous sommes donc confrontés à une mobilisation dont l’importance quantitative constitue un message encourageant pour tous ceux qui s’y sont peu ou prou reconnus.

 

Comment caractériser les manifestants? Quel est leur profil socioprofessionnel ?

Les gilets jaunes sont avant tout des salariés, travailleurs indépendants ou retraités aux revenus situés autour ou en-deçà du revenu mensuel médian.

Partons déjà des soutiens déclarés au mouvement, que l’on connaît bien grâce aux études d’opinion. Je ne vois pas comment décrire cela autrement que comme un puissant révélateur des clivages sociaux. Le soutien au mouvement, avant qu’il ait lieu, était trente points supérieurs chez les employés et ouvriers que chez les cadres. Plus nettement encore, il y avait une corrélation étroite entre la modestie des revenus du foyer et la sympathie pour les «gilets jaunes». L’orientation politique des individus joue beaucoup moins, à l’exception des sympathisants de La République en Marche, désormais isolés dans leur hostilité massive à cette protestation. Quant aux participants eux-mêmes, les témoignages disponibles et les échanges que j’ai pu avoir avec certains d’entre eux attestent du caractère populaire, à tous les sens du terme, de la mobilisation. Rassemblés par des mots d’ordre portant sur des questions d’argent, ils sont avant tout des salariés, travailleurs indépendants ou retraités aux revenus situés autour ou en-deçà du revenu mensuel médian, qui se situe autour de 1700 euros après impôts. Ce n’est pas la France de la misère ou de l’exclusion, sans doute, mais bien celle dont le travail s’accompagne d’une insécurité financière permanente. Ajoutons que dans la circonstance les clivages sociaux supplantent les autres, et que se mobilisent ensemble des personnes aux origines variées.

 

Peut-on dire que c’est la France des villes petites et moyennes ainsi que des zones rurales qui s’est mobilisée?

Cela ferait déjà beaucoup de monde! Visiblement, les habitants des villes-centre, qui concentrent les activités tertiaires les plus prospères et dont les propriétaires bénéficient de la hausse des prix de l’immobilier, sont moins sensibles à la cause des «gilets jaunes», ce qui est bien naturel. On constate par exemple que les habitants de la région parisienne sont plus réservés à son égard, mais il faut rappeler ici que bien des trajets s’y font grâce à une offre abondante en transports en commun. Ceci posé, la dimension géographique doit être maniée avec prudence, comme le fait par exemple mon confrère Jérôme Fourquet, sinon on risque de tomber dans des formules piégeuses. Ainsi lorsque l’on proclame que la «lutte des territoires» a remplacé la «lutte des classes»: que la seconde existe fait débat, mais la réalité de la première me semble brumeuse. Les résultats des élections et des sondages montrent bien des différences géographiques, mais une fois que l’on a pris en compte la dimension sociologique de la répartition de la population selon les territoires, ces contrastes s’estompent. Donc, au sujet du mouvement des «gilets jaunes» aussi, la dimension horizontale, celle du territoire, me paraît fille de la dimension verticale, celle de la situation sociale.

 

Outre la question du prix des carburants, à quoi attribuer la véhémence d’une partie des manifestants?

Nous sommes dans ce type de moments où les données d’opinion deviennent des principes actifs de la vie sociale. Si j’ose dire, le chiffre se fait chair. En effet, non seulement l’exécutif est impopulaire – nous apprenons aujourd’hui par l’IFOP que 73% des Français se disent mécontents d’Emmanuel Macron comme président de la République, dont 39% «très» mécontents -, mais tout le monde le sait, du fait des sondages publiés. Nous sommes donc dans une spirale d’opinion qui favorise l’expression du mécontentement dans des mouvements sociaux tels que les «gilets jaunes». Il y a un autre élément, propre à l’exercice du pouvoir par Emmanuel Macron. À tort ou à raison, les Français l’identifient à une forme d’arrogance sociale, à quelqu’un qui voit le monde comme le combat de la «réussite» et du néant. Si l’univers des cadres supérieurs, le biotope du macronisme, adhère sans mal à cette vision, la plupart des Français recherchent plutôt le bonheur dans la stabilité. Le ressentiment qui s’exprime à l’égard du chef de l’État va donc au-delà de la seule contestation de sa politique.

 

Le mouvement des « gilets jaunes » peut constituer une rupture décisive.

Quelles conséquences politiques et électorales peuvent entraîner ce mouvement?

Rappelons un instant que l’accession au pouvoir par Emmanuel Macron s’est faite par la réconciliation d’électeurs issus du centre, de la gauche et de droite, mais que cette diversité politique s’est accompagnée d’une certaine homogénéité sociale. Il me semble que ce soit alors créé un «bloc élitaire», rassemblant l’élite proprement dite, ceux qui aspirent à en faire partie, et enfin, ceux qui lui délèguent volontiers la gestion des affaires publiques. Cette polarisation a mis en difficulté et le Parti socialiste et le parti Les Républicains, supplantés dans leur vocation gouvernementale. En face, le «bloc populaire» n’existait que sous une forme négative, partagé de manière irréconciliable entre lepénistes et mélenchonistes. L’existence de ces quatre oppositions sans aucune formule d’alliance concevable est la meilleure garantie de pérennité du macronisme. Cependant, le mouvement des «gilets jaunes» peut constituer une rupture décisive. Mobilisation surgie de la base même du pays, ignorant les identités politiques ou syndicales, elle produit sans même s’en soucier une forme de réunification sociale. De ce fait, la polarisation que tente Emmanuel Macron entre «progressistes» et «populistes» prend une dimension sociologique de plus en plus visible. Avec un bloc élitaire bien en place et représenté prioritairement par LREM et un bloc populaire en gestation, la transformation de l’ordre politique français se poursuit et s’accélère.

 

« Gilets jaunes » : l’apport des lycéens ?

« Gilets jaunes » : l’apport des  lycéens ?

. L’UNL (Union nationale lycéenne) appelle ainsi à une journée d’actions et de blocages le vendredi 30 novembre, a indiqué sa direction à franceinfo, mercredi 21 novembre. L’objectif : porter des revendications telles que la sélection à la fac ou la réforme du lycée, qui ne « sont pas directement liées aux ‘gilets jaunes’ mais qui s’inscrivent dans le contexte », a expliqué à franceinfo Louis Boyard, président de l’UNL. Deux autres syndicats lycéens, l’UNL-SD et la Fidl, appellent de leur côté à la tenue d’assemblées générales, mercredi 28 novembre, pour décider d’un éventuel soutien aux   »gilets jaunes », a appris franceinfo. L’UNL-SD, le deuxième syndicat lycéen (22% aux dernières élections), né d’une scission de l’UNL, appelle même à bloquer les lycées jeudi 29 novembre. « Le week-end, notre impact est nul, explique à franceinfo Nathan Le Potier, secrétaire général de l’UNL-SD. Mais nous avons un point de convergence avec les ‘gilets jaunes’, c’est celui du pouvoir d’achat. » Il précise que la volonté de rejoindre les  »gilets jaunes » vient d’une  »forte demande des militants ». L’UNL-SD souhaite mettre en avant la baisse des APL, le montant des bourses qui stagnent ou encore le coût des transports en commun en Ile-de-France, jugé trop élevé. « Nous demandons aussi la baisse du tarif des cantines, puisque c’est souvent le seul repas pris par les lycéens », détaille Nathan Le Pothier.

Soutien des syndicats de transport aux gilets jaunes ?

Soutien des syndicats de transport aux gilets jaunes ?

 

 

 

Troisième organisation du secteur des transports, FO-UNCP appelle, « en solidarité avec le mouvement citoyen +gilets jaunes+, (…) tous ses militants, adhérents et sympathisants à participer et organiser toutes actions visant à revendiquer l’augmentation du pouvoir d’achat », a indiqué le syndicat dans un bref communiqué.  »On appelle à venir renforcer les mouvements existants », a précisé Patrice Clos, son responsable. Le secteur, qui regroupe les chauffeurs routiers, les ambulanciers, les transporteurs de fonds ou les déménageurs, compte quelque 700.000 salariés, a-t-il indiqué à l’AFP. Dans le cas où la mobilisation ne porterait pas ses fruits, FO-UNCP pourrait aller plus loin, a prévenu M. Clos. « Si le gouvernement continue à mépriser nos concitoyens, on verra si on passe à l’étape supérieure, c’est-à-dire l’appel à la grève », a-t-il averti. La CFDT, premier syndicat dans le secteur du transport et de la logistique devant la CGT, doit décider mercredi si elle se joint au mouvement des « gilets jaunes ». Fin octobre, elle avait dit soutenir « le mouvement de mécontentement citoyen sur l’augmentation du carburant et la taxation complémentaire des retraites ». La CFTC Transports, 4e organisation de ce secteur, évoque une décision d’ici à la fin de la semaine.
 

Gilets jaunes: Christophe Castaner rejoue au poker

Gilets jaunes: Christophe Castaner rejoue au poker

Ministre de l’intérieur, ancien joueur de poker, très lié à l’époque avec le grand banditisme, Castaner reprend ses bonnes méthodes de bluff en racontant n’importe quoi à propos du conflit des gilets jaunes. Il n’a même pas hésité à utiliser la mort d’une vieille dame victime l’après-midi d’après ses dires des blocages des gilets jaunes alors que la personne en question était décédée le matin par suite des retards de secours non lié aux barragex. « Le droit de manifester (…) ce n’est pas celui de bloquer, de ne pas déclarer, de blesser les forces de l’ordre », a souligné Christophe Castaner, affirmant qu’il y a eu depuis samedi « autant de blessés dans nos forces de l’ordre que pendant l’évacuation de Notre-Dame-des-Landes » en avril. »Dans les faits, ça se passe de façon beaucoup plus souple que ce que présente M. Castaner » explique Alexandre Langlois, syndicat de police du ministère de l’Intérieur sur BFMTV. »On le voit d’ailleurs sur les images, mes collègues CRS avancent souvent non casqués, on voit que ce n’est pas un maintien de l’ordre très ferme » soutient le syndicaliste. « Et puis contrairement à la ligne de fermeté affichée, il y a certaines tolérances, notamment pour les ralentissements de la circulation». Christophe Castaner a aussi évoqué le cas de « trois policiers blessés dans la nuit de lundi à mardi à coup de boules de pétanque » à Langueux dans les Côtes-d’Armor, et munis de « barres de fer et de cocktails molotov » délogés d’un centre commercial par les forces de l’ordre. Or le parquet de Saint-Brieuc a fait savoir que 6 personnes avaient bien été interpellées pour jets de projectiles (notamment des canettes) sur les forces de l’ordre, mais a contesté avoir eu connaissance d’une éventuelle utilisation de cocktails Molotov. Bref la partie de poker menteur continu avec la dramatisation et la caricature du mouvement des gilets jaunes par Castaner.

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Gilets jaunes : surtout l’expression d’un sentiment d’injustice (Louis Maurin)

Gilets jaunes : surtout l’expression d’un sentiment d’injustice (Louis Maurin)

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Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités, observe que « des extrémistes figurent parmi les manifestants » mais appelle à « ne pas généraliser », et revient dans le Monde  sur les racines du mouvement.

 

 

Parvient-on à mieux définir le profil des « gilets jaunes » après cette mobilisation ?

C’est une coalition spontanée et hétéroclite de mécontents issus des catégories populaires et des classes moyennes. Ils n’ont pas l’habitude de se mobiliser. Ce ne sont pas les Français les plus pauvres – ceux-là n’ont même pas de voiture et ont d’autres problèmes –, mais ceux qui ont à la fois besoin de leur voiture et de faibles moyens, et qui ne se sentent pas pris en compte par les politiques publiques. Il ne s’agit pas de la France périphérique. Ce discours, surmédiatisé, est un raccourci. Pour un cadre vivant en banlieue, la hausse du prix de l’essence ne sera pas un problème majeur, par exemple. Bien sûr, celui qui vit à la campagne et doit faire 50 kilomètres par jour sera davantage touché. Mais, ce qui compte, c’est l’appartenance sociale, qu’on confond trop souvent avec la question territoriale.

Depuis dix ans, le niveau de vie de ces hommes et ces femmes stagne, car ils ont de faibles revenus mais ne bénéficient ni des baisses d’impôts ni des réformes sociales fixées sous condition de ressources. Il ne faut pas tomber dans le misérabilisme, mais, pour eux, les temps ont changé. A titre d’exemple, 80 % des enfants défavorisés vivent en dehors des territoires d’éducation prioritaire. Or ils sont pris dans un défaut d’investissement. C’est très bien d’aider les zones les plus pauvres, mais qu’advient-il pour ces classes moyennes ?

Le bilan humain des manifestations de samedi est très lourd : un mort et 511 blessés. Comment l’expliquez-vous ?

D’habitude, les manifestants dialoguent et s’organisent en amont avec les forces de sécurité. Ce n’était pas le cas ici. En l’absence de structuration du mouvement, les puissances publiques n’avaient pas d’interlocuteur.

Il faut aussi prendre en considération le mépris du pouvoir pour les corps intermédiaires, et les syndicats en particulier. Quand ils ne sont plus là pour organiser les manifestations et faire des compromis, cela débouche sur des violences plus fortes. Rappelez-vous les émeutes [dans les banlieues] en 2005 : elles n’étaient pas non plus organisées par des structures d’action collective.

Les réactions sont aussi à la hauteur de l’exaspération. Ce n’est pas propre à la France. Nous traversons une période de crise où les plus riches continuent de s’enrichir, ce qui alimente un ressentiment très fort. Mais attention, les violences de samedi n’ont rien à voir avec celles de 2005.

Lorsqu’il y a eu des dérapages, les altercations n’ont pas eu lieu entre « gilets jaunes » et forces de l’ordre, mais entre manifestants et conducteurs dont la voiture était bloquée. Ce face-à-face est-il inédit ?

Oui. D’habitude, c’est une organisation qui affronte un pouvoir. Là, les altercations ont eu lieu entre des gens bloqués sur la route et des personnes qui n’ont pas l’habitude de manifester. Des énervés ont réagi en s’en prenant aux « gilets jaunes » et, parallèlement, certains manifestants ne se sont pas contentés de bloquer les routes. On sait que des extrémistes figurent parmi les manifestants. Cela finit par faire beaucoup de cas problématiques, mais attention à ne pas réduire les « gilets jaunes » à un mouvement extrémiste. Il s’agit d’une petite minorité au sein d’une coalition de personnes de milieux sociaux et d’opinions parfois très différents.

Ces violences sont-elles liées à la sensibilité politique de certains « gilets jaunes », sympathisants de Marine Le Pen ?

Oui. A l’extrême droite comme à l’extrême gauche, plus l’exaspération et la haine sont fortes, plus on se rapproche de la violence physique. Mais il ne faut pas généraliser. La question c’est : y a-t-il une coupure entre la France diplômée, qui vit bien, et la France peu ou pas diplômée, qui a l’impression d’être déconsidérée ? Cette France-là vote de plus en plus pour les extrêmes, et a recours à des méthodes de plus en plus musclées. C’est d’ailleurs pour cela qu’on avait fondé l’Observatoire des inégalités en 2003, non pas pour justifier mais pour comprendre.

Les revendications des « gilets jaunes » ayant manifesté samedi dépassent largement la protestation contre la hausse du prix des carburants. Quelle colère exprime ce mouvement ?

Un très grand sentiment d’injustice. Ils ont l’impression qu’on leur demande encore un effort alors que les plus riches bénéficient, dans le même temps, de cadeaux fiscaux. Pour rappel, le plan pauvreté représente 2 milliards d’euros et concerne plusieurs millions de Français, alors que la baisse d’impôts octroyée aux plus aisés coûte la somme colossale de 5 milliards d’euros, et ne concerne que quelques centaines de milliers de personnes.

Ce deux poids, deux mesures nourrit les tensions sociales et rend difficile la lecture des politiques publiques, dont les « gilets jaunes » ne voient ni le sens ni la contrepartie. Beaucoup ont l’impression d’être gouvernés par une élite technocratique très éloignée de leurs besoins quotidiens. Parmi les manifestants, certains avaient voté Macron, dans une forme de dégagisme d’extrême centre, en tablant sur le pragmatisme. Cet espoir a entraîné encore plus de désillusion, car ils ne voient pas le résultat.

A cela s’ajoute une forme de mépris social à leur égard, qu’on retrouve dans les médias et la classe politique quand on parle des « gars qui fument des clopes et roulent au diesel » [un propos du porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux], ou de la « France moche » dans Télérama [un article de l’hebdomadaire sur les zones périurbaines]. Ce décalage culturel entre ces deux France, dont le mode de vie est très différent, rejaillit aujourd’hui.

Faute de représentants, le mouvement est-il condamné à terme ?

Un mouvement sans structure ni organisation aura en effet du mal à perdurer. De plus, les intérêts très divergents des « gilets jaunes » rendent difficile cette structuration. Des partis politiques vont-ils récupérer ce mécontentement ? La grande crainte, s’il n’y a pas de tournant social, c’est que cela se termine par une coalition entre Les Républicains et le Rassemblement national. Le pouvoir ferait une grave erreur en pensant que ce mouvement n’a pas d’effet, ou s’il parlait d’échec, car des gens se sont socialisés autour d’un sentiment de ras-le-bol. Mais il faut rester prudent sur la suite. C’est un mouvement encore en germe, qui demande du temps et du recul pour en prendre toute la mesure.

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