Archive pour le Tag 'Gaz'

L’Europe et l’hypocrisie du gaz !

L’Europe et l’hypocrisie du gaz ! 

Le choix de la Commission européenne sous l’influence de l’Allemagne de privilégier le développement des énergies renouvelables au détriment du gaz aboutit aujourd’hui à un paradoxe: les Etats-membres se retrouvent à utiliser du charbon ou à chercher désespérément du GNL en le payant beaucoup plus cher tout en affirmant vouloir s’en passer plus tard. Par Samuel Furfari, professeur en géopolitique de l’énergie, président de la Société européenne des Ingénieurs et Industriels, docteur en sciences appliquées, ingénieur polytechnicien ( dans la Tribune)

Alors qu’entre 2000 et 2005 la Commission Prodi avait promu une politique énergétique équilibrée, tout a basculé lorsqu’en 2006 la chancelière Angela Merkel a demandé au président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, de préparer une feuille de route de promotion des énergies renouvelables. Cela n’était apparemment pas une erreur, sauf que — comme dans l’histoire de la grenouille qui ne s’aperçoit pas que l’eau chauffe et qu’elle finit par être bouillie — progressivement l’UE — toujours sous la conduite de l’Allemagne — a décidé de passer à 100 % d’énergies renouvelables, c’est-à-dire à bannir les énergies fossiles.

Même si c’est en 2050, c’est utopique, car ils confondent électricité et énergie : on ne va pas chauffer les maisons et faire fonctionner les processus industriels grâce aux éoliennes et panneaux solaires.

L’autre erreur fut de mettre en œuvre rapidement le bannissement de la production de gaz naturel dans l’UE. On se souviendra comment avec une rapidité fulgurante, des États membres — dont la France de Sarkozy et Hollande — ont banni le gaz de schiste. La Commission européenne, bien timorée face à la pression médiatique, s’est limitée à adopter en janvier 2014 une recommandation — le plus faible de ses instruments législatifs à sa disposition ; elle  a fait comme Ponce Pilate en disant que c’était de la compétence des États membres. Ce climat général anti-gaz est tel que les entreprises des hydrocarbures sont allées voir ailleurs, là où elles sont bien accueillies.

Prenons l’exemple de l’Italie. L’actuel ministre des Affaires étrangères d’Italie, Luigi Di Maio, avait co-organisé en 2016 un référendum pour mettre fin à la production de gaz dans la zone économique exclusive italienne. L’initiative a échoué faute de quorum, mais plus personne n’a le courage de développer la production de gaz tellement le risque politique est grand. En 2018, le même personnage était le fer de lance de l’opposition au gazoduc TAP qui achemine du gaz depuis l’Azerbaïdjan jusque dans les Pouilles. Il vient de se rendre à Bakou pour tenter de convaincre ce pays du Caucase de doubler ses exportations de gaz vers l’Italie. A votre avis, le gouvernement azéri lui a-t-il proposé un bon prix ? On l’a même vu aller négocier au Congo-Brazzaville, un pays que l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ne mentionne même pas dans son « Africa Energy Outlook 2019″, car il ne produit pas de gaz. Ce politicien du Mouvement 5 étoiles est assurément un « gazohypocrite ».

Avec des réserves de gaz presque vides et l’embargo sur le gaz russe qui se prépare, pour que les Européens n’aient pas à trop souffrir du froid l’hiver prochain, il est juste que les dirigeants tentent l’impossible. C’est leur devoir. Ils courent partout, telle une poule sans tête, pour tenter d’acheter du gaz. Non seulement toutes ces livraisons prendront énormément de temps, mais surtout, pour parer au plus pressé, les contrats sont signés en position de faiblesse et donc les fournisseurs de gaz naturel liquéfié (GNL) en profitent pour exiger des tarifs beaucoup plus élevés qu’ils ne l’avaient fait jusqu’à présent. C’est la nature même du commerce qui permet à certains d’être en position de faiblesse ou de force. C’est une lapalissade d’écrire que les États membres de l’UE sont en position de nette faiblesse.

De sorte que d’après Ringzone, les principaux vendeurs de GNL proposent des contrats de 10 ans débutant en 2023 à des taux supérieurs d’environ 75% au prix de contrats similaires qui avaient été signés l’année dernière. Cette donnée n’est qu’indicative, car dans le gaz comme dans tout le reste, les transactions commerciales sont privées et donc confidentielles. Mais que ce soit 50, 75 ou 100 % plus cher, il est évident que pendant au moins dix ans nous allons payer notre gaz plus cher. Alors que le marché était devenu largement fluide et spot, que les réserves de gaz n’ont jamais aussi abondantes (188. 000 milliards m³), la prise de conscience que l’UE ne va pas décarboner son économie oblige les entreprises à parer au plus pressé et à s’engager sur le long terme « quoi qu’il en coûte ». C’est une contradiction avec l’objectif du pacte vert et donc une gazohypocrisie.

La Pologne a une position énergétique en contrepieds avec celle de Bruxelles-Strasbourg, et la « punition » que vient de lui infliger la Russie en ne lui vendant plus de gaz ne lui fera aucun tort, car elle s’y était très bien préparée. Il en est de même pour la Bulgarie qui ne sera pas pénalisée par la décision de Moscou, son électricité dépendant à 77 % de charbon et nucléaire, et dans quelques mois elle sera alimentée par l’Azerbaïdjan.

Si les sanctions contre le gaz russe vont durer, la situation énergétique et économique va empirer et les prix vont exploser. On ne remplace pas 150 à 180 milliards de mètres cubes de gaz par an (en fonction de la rigueur de l’hiver) comme on le fait avec un smartphone ou une automobile. Le marché du GNL dans l’UE sera bien plus tendu et le prix ne baissera pas malgré le nombre croissant de producteurs de gaz et la grande abondance des réserves gazières mondiales.

Certains comme Engie  (Précédemment empêtré dans le gaz russe) se vantent d’avoir signé des contrats gaziers avec des entreprises américaines. Cela va permettre aux États-Unis d’accroitre leur richesse. Mais ce gaz de schiste livré dans les terminaux GNL des ports européens est cher à cause de la forte demande, et aussi parce que la liquéfaction du gaz, son transport et sa regasification finissent toujours par donner un prix du gaz plus élevé que celui provenant de Russie et transporté par des gazoducs amortis depuis de nombreuses années. Ceux qui se sont tus lorsqu’on a interdit même la prospection du gaz de schiste et qui importent du gaz de schiste américain ne sont-ils pas des gazohypocrites ?

Joe Biden désire envoyer plus de gaz de schiste vers l’UE alors qu’il avait promis durant la campagne électorale présidentielle d’en finir avec l’industrie des hydrocarbures. En pleine crise du gaz, le tsar du climat, John Kerry, a même prétendu que « personne ne devrait faciliter la tâche des intérêts gaziers en construisant des infrastructures d’une durée de 30 ou 40 ans, avec lesquelles nous serons ensuite coincés ». M. Biden prétend soutenir la production américaine de gaz pour libérer l’UE de sa dépendance vis-à-vis de la Russie, alors que son Administration œuvre dans la direction diamétralement opposée ?

 

L’erreur de l’UE de tout miser sur les énergies renouvelables (voir La Tribune du 3 mars 2020), au lieu de reconnaitre que le gaz et l’électricité nucléaire sont les énergies de l’avenir, conduira à ce que nous payons plus cher notre chauffage domestique et notre électricité. Les citoyens ne vont pas quitter l’UE pour autant. Mais les entreprises qui devront payer plus cher l’électricité et surtout le gaz utilisé dans le processus industriel, que ce soit pour les besoins thermiques ou chimiques (comme la production d’hydrogène qui sert à fabriquer de l’engrais qu’on ne pourra plus importer de Russie), n’auront pas d’état d’âme pour délocaliser. Les États-Unis auront un double avantage sur l’UE. Décidément, ce sont eux qui tirent profit de cette insupportable guerre en Ukraine !

Non seulement on ne parviendra pas à augmenter les énergies renouvelables, mais on détruit déjà notre industrie et nous nous appauvrissons en payant cher notre énergie. L’UE paye un lourd tribut pour son désarmement gazier unilatéral.

C’est tellement évident qu’il est interpelant qu’aucun politicien ne dénonce une situation aussi évidente. L’UE a sapé intentionnellement la confiance de l’industrie pétrolière et gazière, qui hésite à investir dans l’exploration, la production et d’autres infrastructures qui ont besoin du long terme pour rembourser les prêts que les banques hésitent à accorder précisément à cause de cette politique du tout renouvelable. Et en même temps, on court pour importer plus de gaz. Pourquoi l’industrie ne dénonce-t-elle pas cette gazohypocrisie ?

Gaz et bilan carbone

Gaz et  bilan carbone

 

Tribune

Comme l’Europe, la France consomme beaucoup de gaz… mais en produit peu. Or, les importations massives ont un coût environnemental important. Pourtant, il existe des gisements en France. Par Jacques Pironon, Université de Lorraine et Philippe de Donato, Université de Lorraine.

 

L’invasion russe en Ukraine et les tensions internationales qui en découlent nous rappellent qu’un quart de l’énergie mondiale est assurée par la combustion du gaz naturel. Une part qui reste à peu près constante dans les projections mondiales à l’échéance 2040, même pour des scénarios de transition énergétique optimistes.

Le gaz est d’ailleurs considéré comme une énergie de transition indispensable pour pallier l’intermittence du renouvelable, même si le contexte international actuel met en évidence les besoins de diversification d’approvisionnement en gaz naturel et la réduction de la consommation (-30 % en 2030). En effet, le gaz est une énergie fossile dont l’Europe veut se débarrasser pour atteindre la fin des émissions nettes de gaz à effet de serre d’ici à 2050 dans le cadre du « pacte vert pour l’Europe ».

Cet objectif de réduction se trouve néanmoins confronté à la réalité du marché. D’une part, par sa forte consommation : en 2019, l’Europe a consommé 123 Gigajoules d’énergie par habitant, alors que la moyenne mondiale est de 75 Gigajoules par habitant. D’autre part, l’Europe est un acteur mineur en termes de production d’énergie fossile (1,7 % des réserves mondiales).

La situation de l’UE s’applique également à la France. La production de gaz en France (gaz de mine et biogaz) était de 2,4 TWh PCS (milliards de kWh en pouvoir calorifique supérieur) en 2020, ce qui ne représente qu’environ 1 % de sa consommation. La majeure partie du gaz consommé par la France est donc importé, et provient de Norvège (36 %), de Russie (17 %), d’Algérie (8 %), du reste de l’UE (8 %), du Nigeria (7 %), du Qatar (2 %) mais également de sources dont l’état français ne précise pas la provenance (22 %).

Une situation qui ne va pas s’arranger. La France a en effet adopté en 2017 une loi mettant fin à la recherche et à la production de pétrole et de gaz d’ici 2040… sans pour autant interdire sa consommation.

La France se retrouve dès lors en pleine contradiction. Elle s’interdit depuis 2017 de produire des gaz de schistes, mais est devenue la première destination mondiale du gaz naturel liquéfié (ou GNL) américain.

Cette contradiction se retrouve aussi dans les mouvements associatifs, qui s’opposent fortement aux projets de production de gaz sur le territoire, mais sont très discrets sur nos importations. Ainsi, en Lorraine, un projet d’exploitation de gaz de charbon suscite la controverse, alors que le pipeline acheminant le gaz russe n’alimente pas d’oppositions. Ce comportement s’inscrit dans le réflexe NIMBY (« not in my backyard », ou « pas dans mon arrière-cour »), prédominant en Europe à l’échelle locale comme nationale.

Or, ces importations ont un coût environnemental et un bilan carbone loin d’être négligeables.

En effet, entre les phases exploratoires et de mises en production et l’utilisation finale, un certain nombre d’opérations viennent alimenter le budget carbone de la filière gazière. Ainsi, avant sa livraison au consommateur, le gaz subit des traitements pour le purifier, le pressuriser et le transporter (déshydratation, élimination des gaz pénalisants, traitement des résidus, pompage, compression, transport, liquéfaction…). Dans certains cas, viennent s’ajouter des fuites de gaz liées à des défaillances techniques et des manques de surveillance des installations.

Le calcul montre que pour une consommation française, un gaz hollandais conventionnel présente un bilan carbone 13 fois moins élevé qu’un gaz liquéfié provenant du Qatar, et 15 fois moins élevé qu’un gaz russe acheminé sur une très longue distance. Comme pour le secteur alimentaire, le choix du locavorisme s’impose donc.

Face à ce constat et à la crise ukrainienne qui rebat les cartes, face aussi au pragmatisme que nous impose la dépendance européenne aux énergies fossiles, les opportunités de production nationale de gaz doivent être considérées en imposant des technologies de surveillance et de traitement du CO2 émis. Trop vite oubliés, ce sont les objectifs que s’était fixée l’Europe à l’horizon 2020, à savoir un marché énergétique transfrontalier, une plus grande indépendance des régulateurs nationaux et une compétitivité accrue en faveur d’un marché de l’énergie intracommunautaire !

Le gaz de charbon lorrain : une solution locale ?

C’est dans cette optique que l’Université de Lorraine, le CNRS et La Française de l’Énergie se sont associés au sein du projet REGALOR. Ce projet vise à quantifier la ressource en gaz de charbon du bassin carbonifère lorrain, et à développer des technologies de surveillance, de récupération et de valorisation du méthane, tout en réduisant l’impact carbone en piégeant le CO2 émis. Cela doublé d’une absence de recours à la fracturation hydraulique, et à la production d’un méthane quasiment pur (97 %).

Les enjeux de REGALOR prennent tout leur sens dans le cadre de l’indépendance énergétique française. La ressource gazière en Lorraine est ainsi estimée comme étant équivalente à 370 milliards de m³, ce qui correspond à 8 ans de consommation nationale. Couplé à une réduction des émissions de CO2, ce gaz lorrain aurait de plus un bilan carbone bien inférieur à celui d’un gaz importé.

Oui, les pays européens, dont la France, ont des ressources pour contribuer à une indépendance énergétique à faible impact carbone. Cependant, la réorientation actuelle du marché gazier continue de maintenir notre dépendance extraeuropéenne, avec un bilan carbone encore plus défavorable.

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Par Jacques Pironon, Directeur de recherche au CNRS, Université de Lorraine et Philippe de Donato, Directeur de recherche au CNRS, Université de Lorraine.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Energies-Gaz et pétrole : réduire drastiquement la consommation en Europe

Energies-Gaz et pétrole : réduire drastiquement la consommation en Europe

 

Face à l’augmentation des risques pour la sécurité énergétique, les gouvernements européens doivent cesser de subventionner le pétrole et le gaz et demander aux citoyens de consommer moins, estime, dans une tribune au « Monde », l’économiste Simone Tagliapietra.

 

La décision de la Russie de couper l’approvisionnement en gaz naturel de la Pologne et de la Bulgarie marque une escalade sérieuse dans la tentative russe de se servir de l’énergie comme arme contre l’Europe. D’autres interruptions pourraient bientôt avoir lieu, transformant en réalité ce qui, jusqu’à présent, n’était qu’un scénario catastrophe théorique pour l’Europe.

Face à cette situation qui se détériore rapidement, les gouvernements européens doivent enfin prendre au sérieux la réduction de la demande de pétrole et de gaz et prendre deux mesures : cesser de subventionner le pétrole et le gaz de manière universelle et demander aux gens de consommer moins. Bien que politiquement difficiles, ces deux mesures sont désormais nécessaires de toute urgence, tant du point de vue de la sécurité énergétique que des finances publiques, et ne peuvent plus être reportées.

Car l’Europe doit s’atteler sérieusement à réduire sa consommation de pétrole et de gaz. Depuis le début de la crise énergétique en Europe à l’été 2021, les gouvernements européens ont fortement subventionné la consommation de pétrole et de gaz, par le biais d’une grande variété d’interventions allant des subventions directes aux réductions d’impôts. Initialement conçues pour apporter une solution rapide à ce qui était censé n’être qu’un problème temporaire de prix élevés de l’énergie, ces mesures sont désormais devenues structurelles et beaucoup plus importantes.

 

Depuis septembre 2021, de grands pays européens comme l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne ont dépensé chacun environ 20 à 30 milliards d’euros pour faire baisser artificiellement les factures de gaz et d’électricité, ainsi que les prix de l’essence et du diesel. D’aussi importantes subventions du pétrole et du gaz ne sont pas seulement insoutenables du point de vue des finances publiques. Elles sont également préjudiciables du point de vue de la géopolitique et de la sécurité énergétique, sans parler de l’environnement.

Comme l’Europe importe 40 % de son gaz et 25 % de son pétrole de Russie, il s’agit essentiellement de subventions à M. Poutine.

Gaz et pétrole : réduire drastiquement la consommation en Europe

Gaz et pétrole : réduire drastiquement la consommation en Europe

 

Face à l’augmentation des risques pour la sécurité énergétique, les gouvernements européens doivent cesser de subventionner le pétrole et le gaz et demander aux citoyens de consommer moins, estime, dans une tribune au « Monde », l’économiste Simone Tagliapietra.

 

La décision de la Russie de couper l’approvisionnement en gaz naturel de la Pologne et de la Bulgarie marque une escalade sérieuse dans la tentative russe de se servir de l’énergie comme arme contre l’Europe. D’autres interruptions pourraient bientôt avoir lieu, transformant en réalité ce qui, jusqu’à présent, n’était qu’un scénario catastrophe théorique pour l’Europe.

Face à cette situation qui se détériore rapidement, les gouvernements européens doivent enfin prendre au sérieux la réduction de la demande de pétrole et de gaz et prendre deux mesures : cesser de subventionner le pétrole et le gaz de manière universelle et demander aux gens de consommer moins. Bien que politiquement difficiles, ces deux mesures sont désormais nécessaires de toute urgence, tant du point de vue de la sécurité énergétique que des finances publiques, et ne peuvent plus être reportées.

Car l’Europe doit s’atteler sérieusement à réduire sa consommation de pétrole et de gaz. Depuis le début de la crise énergétique en Europe à l’été 2021, les gouvernements européens ont fortement subventionné la consommation de pétrole et de gaz, par le biais d’une grande variété d’interventions allant des subventions directes aux réductions d’impôts. Initialement conçues pour apporter une solution rapide à ce qui était censé n’être qu’un problème temporaire de prix élevés de l’énergie, ces mesures sont désormais devenues structurelles et beaucoup plus importantes.

 

Depuis septembre 2021, de grands pays européens comme l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne ont dépensé chacun environ 20 à 30 milliards d’euros pour faire baisser artificiellement les factures de gaz et d’électricité, ainsi que les prix de l’essence et du diesel. D’aussi importantes subventions du pétrole et du gaz ne sont pas seulement insoutenables du point de vue des finances publiques. Elles sont également préjudiciables du point de vue de la géopolitique et de la sécurité énergétique, sans parler de l’environnement.

Comme l’Europe importe 40 % de son gaz et 25 % de son pétrole de Russie, il s’agit essentiellement de subventions à M. Poutine.

Macron II» – Vers une archipélisation de la société ?

Macron II» – Vers une archipélisation de la société ?

Par Guillaume Labbez, Président de CommStrat, Enseignant à Sciences Po 

 

 

Emmanuel Macron a été largement réélu, mais avec des messages de l’électorat qu’il doit entendre, s’il veut qu’on se souvienne de ses dix ans de mandat comme un tournant historique, et non comme un moment où la France d’ «archipélisation» de la société, pour reprendre le concept de Jérôme Fourquet.

Avec au premier tour des candidats « anti-système » qui rassemblent 60 % des voix, une hausse de l’abstention et des votes blancs, puis une part substantielle de voix du deuxième tour motivés uniquement par un barrage face à l’extrême-droite, la marge de manœuvre d’Emmanuel Macron peut paraître étroite.

Si la politique menée, notamment depuis 2020, n’a pas été fondamentalement remise en cause par ses concurrents, c’est sur la manière de gouverner qu’Emmanuel Macron est attendu. La promesse d’une «Révolution» et l’espoir de l’entrée dans un nouveau monde, formulée en 2017, a peiné à se concrétiser. Le paysage politique à l’issue de l’élection présidentielle de 2022 est encore plus marqué qu’en 2017, par la montée des extrêmes et la désaffection des citoyens dans le «système».

Il est essentiel de revitaliser les pratiques institutionnelles créatrices de consensus, en associant réellement toutes les forces politiques, mais également la société civile organisée, aux réflexions et aux décisions

Insitutions. Une réforme des institutions peut participer à renouer un lien de confiance. Une conférence nationale, promise pendant la campagne, devrait être lancée dans les prochaines semaines, pour formuler des propositions, si possible faisant consensus.

Cette démarche semble aujourd’hui indispensable pour retrouver une autorité de la décision publique qui a été fortement mise à mal par la montée des complotistes de tous bords, qui remettent en cause, non seulement les institutions, mais également les consensus sur lesquels reposent notre démocratie. Si la verticalité du pouvoir, pratiquée pendant la crise sanitaire, a pu faire preuve d’une certaine efficacité à court terme, elle accroît la défiance politique sur le long terme. Une décision est d’autant mieux acceptée par ceux qui y sont soumis, qu’elle a été coconstruite en amont.

Il est donc essentiel de revitaliser les pratiques institutionnelles créatrices de consensus, en associant réellement toutes les forces politiques, mais également la société civile organisée, aux réflexions et aux décisions. Le nouveau rôle du Conseil économique, social et environnemental peut contribuer à ce travail. Il sera également nécessaire d’inventer des modalités d’association des citoyens à la chose publique, pour élargir la culture civique, et lutter contre le repli sur soi et une «archipélisation» galopante de la société française.

Alors que les gGouvernements semblent réagir naturellement par la centralisation de la décision face à la crise, la succession de crises (crises économiques, politiques, sanitaires, sécuritaires…) rend indispensable le renforcement de la démocratie et de la consultation. Après une pandémie et une guerre à nos frontières qui ont durablement perturbé l’économie mondiale, la France ne peut plus se permettre une nouvelle crise sociale, comme celle des Gilets jaunes.

La manière dont la réforme des retraites sera menée sera décisive et donnera le ton de la capacité du gouvernement et des acteurs économiques et sociaux à travailler, en confiance. L’ambiance de ce second quinquennat d’Emmanuel Macron pourrait se jouer dans les prochaines semaines, sur la façon de faire.

Guillaume Labbez, Président de CommStrat, Enseignant à Sciences Po.

La promotion de la problématique environnementale à l’école

 

La campagne présidentielle est passée à côté de la jeunesse et du défi climatique, dont l’urgence exige de revoir complètement la manière dont l’école l’aborde, estime, dans une tribune au « Monde », un collectif de personnalités, parmi lesquelles Jean Jouzel, Jean-Louis Etienne, Tristane Banon et Tony Parker, qui proposent un « décloisonnement radical » de l’approche des questions environnementales.

 

Tribune.

 

La campagne présidentielle ne mobilise pas les jeunes, qu’ils soient en âge de voter ou non. Mais a-t-elle vraiment cherché à le faire ? Et comment aurait-elle pu, le cas échéant, y parvenir ? La tâche est complexe, face à une multiplicité de défis interdépendants qu’il incombe à la jeunesse de relever.

L’urgence climatique et environnementale rebat toutes les cartes : les repères de la vie économique et sociale, nationale et internationale, les migrations, les modes de consommation, la citoyenneté, l’alimentation. Elle remet en question la perception du corps, la mobilité, la sexualité, les identités, les relations intergénérationnelles – d’une façon générale, les rapports à soi-même, aux autres, êtres humains comme êtres vivants.

Le défi est, à bien des égards, vertigineux, ce que confirme le plus récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), publié le 4 avril. Sur une planète Terre, devenue comme menaçante à force de lancer des signaux de détresse, la jeunesse exprime, comme jamais elle ne l’avait fait jusqu’à présent, des inquiétudes collectives profondes, mais aussi une attention renouvelée à l’environnement.

Par où fallait-il commencer ? Comment redonner à notre jeunesse quelques étoiles dans les yeux ? Par l’école. Parce que sans elle on s’épuisera en vain à réguler des secteurs en transition, à la façon de Charlot dans Les Temps modernes, embringué dans une mécanique incontrôlable ; parce que le savoir et la pensée critiques sont les meilleurs guides face à des choix difficiles, pour éviter les fausses routes, les fantasmes, les peurs « collapsistes », les ostracismes et les violences ; parce que, comme la graphie le suggère, « écologie » commence par le mot « école ».

Le changement sera matriciel ou ne sera pas. Il doit être éveillé et naître dans les cerveaux des bâtisseurs de l’avenir, non pas comme une série de données abstraites ou d’actes automatiques, mais comme un mode d’appréhension sensible du monde. Ce n’est là ni plus ni moins que la vocation première de l’école : apporter les bons matériaux pour l’exercice de l’esprit critique et pour l’esprit tout court. Mais appliquée à la construction d’une citoyenneté du XXIe siècle, c’est une révolution copernicienne, parce que l’école ne relie pas spontanément les acquis fondamentaux au défi fondamental.

Nous faisons partie du vivant et, en ce sens, l’école doit enseigner la réalité et la richesse de ses relations symbiotiques. Elle doit permettre à chacun de trouver à s’insérer dans une société ouverte au monde, en dialogue avec lui. Elle doit viser à créer et à stimuler ces liens. Elle est une éducation politique en ce qu’elle est ouverte aux autres êtres vivants : elle doit enseigner et cultiver une politique du vivant !

 

Gaz africain: Un élément de solution ?

Gaz africain: Un élément de solution ?

 

Plusieurs pays africains pourraient profiter du conflit en Ukraine et des sanctions sur la Russie pour exporter leur gaz, mais cette stratégie n’est pas sans risque, observe Marie de Vergès, journaliste au « Monde », dans sa chronique.

 

Chronique. 

« Nous ne voulons pas être vus comme des profiteurs de guerre. » Cette remarque du ministre de l’énergie tanzanien, January Makamba, interrogé fin mars par le Washington Post, peut surprendre. Depuis le déclenchement des hostilités entre la Russie et l’Ukraine, les pays africains semblent avoir bien plus à perdre qu’à gagner. Les ménages doivent affronter une nouvelle vague inflationniste, et le risque de crise alimentaire est démultiplié à travers le continent.

Mais comme toute guerre, le conflit entrepris par Vladimir Poutine peut aussi produire des effets d’aubaine. Et la question qui agite ces jours-ci M. Makamba comme d’autres spécialistes du secteur énergétique est la suivante : le gaz africain pourrait-il suppléer, voire supplanter, l’offre russe ? L’équation est simple. L’Union européenne fait venir de Russie 40 % de ses importations gazières. Une dépendance toxique dont elle voudrait bien s’affranchir. En face, l’Afrique possède certaines des plus grandes réserves de gaz naturel du monde, le plus souvent inexploitées.

Des infrastructures vieillissantes

« L’Europe cherche des sources alternatives d’approvisionnement en gaz. Cela peut être en Afrique », a résumé fin mars Akinwumi Adesina, le patron de la Banque africaine de développement. Nigérian, M. Adesina sait de quoi il parle. Son pays d’origine, premier producteur de pétrole du continent, détient de vastes réserves de gaz.

Un projet de « gazoduc transsaharien » est censé connecter les champs de production nigérians aux pipelines algériens, en passant par le Niger, sur 4 000 kilomètres, pour ensuite atteindre le marché européen. Sur la table depuis plus d’une décennie, le chantier a été relancé en février. Pour se concrétiser enfin, il a besoin d’argent. Beaucoup d’argent : de 13 à 15 milliards de dollars, selon diverses estimations. Le contexte international peut-il susciter de nouveaux financements ? D’autres pays gaziers espèrent aussi profiter de l’actuelle donne géopolitique, de l’Angola au Mozambique, en passant par le Sénégal ou la Tanzanie. Et l’Algérie, bien sûr, qui fournit déjà 11 % des achats de gaz du Vieux Continent.

Oui, il y a donc une opportunité à saisir pour des pays producteurs, riches en ressources et pauvres en revenus. Prudence, pourtant : ces gisements ne constituent pas une solution miracle pour répondre aux besoins pressants de l’Europe, ni même pour doper les économies africaines. Après des années de sous-investissement, les infrastructures sont, selon les pays, vieillissantes ou inexistantes. Et même en ces temps de crise avec Moscou, les capitaux n’afflueront pas toujours.

Un frein évident tient aux problèmes de sécurité. Le tracé du gazoduc transsaharien fournit un exemple éloquent : prenant sa source dans la région du delta du Niger (sud du Nigeria), théâtre d’opérations de sabotage menées par des bandes armées contre les installations pétrolières, il est censé traverser des régions très instables du Sahel, où opèrent des groupes terroristes comme Boko Haram ou Al-Qaïda.

La situation est au moins aussi complexe au Mozambique. Les réserves sous-marines découvertes en 2010 sont de nature à propulser le pays parmi les dix premiers producteurs mondiaux. Mais une insurrection djihadiste a, pour l’heure, gelé la ruée vers le gaz mozambicain. Elle a notamment poussé le groupe TotalEnergies à suspendre, il y a un an, un mégaprojet de gaz naturel liquéfié (GNL) évalué à plus de 15 milliards d’euros, dans la province septentrionale du Cabo Delgado.

 

Une autre question se pose, plus fondamentale, sur un continent où de nombreux pays dépendent déjà à l’excès des ressources de leur sous-sol. L’histoire montre que ces actifs se convertissent rarement en gains pour les populations. Depuis plusieurs années, les discours politiques promeuvent une ambition de diversification et d’industrialisation. Mais comme le résume le directeur du département Afrique du Fonds monétaire international (FMI), Abebe Aemro Selassie : « Si le gaz se met à attirer une vague de nouveaux investissements, comment s’assurer que cet objectif ne sera pas oublié ?  »

L’Allemagne embourbée dans le gaz russe

L’Allemagne embourbée dans le gaz russe

 

La situation économique et politique de l’Union européenne est largement hypothéquée par les liens privilégiés entre l’Allemagne et la Russie concernant l’énergie. Pour faire plaisir aux écolos, l’Allemagne a d’abord sacrifié son nucléaire avant de se ridiculiser avec les éoliennes puis de se soumettre au gaz russe. Cette dépendance aux  ressource russes permet à Poutine de financer sa guerre en Ukraine et limite les mesures de rétorsion de l’Europe vis-à-vis de Poutine. Une responsabilité largement imputable à  Angela Merkel qui a toujours privilégié le business par rapport aux stratégies diplomatiques . Résultat, même l’économie allemande est embourbée.

Le Conseil des experts allemand vient de réviser amplement à la baisse son estimation de croissance de 4,6% à 1,8% pour 2022, et à la hausse sa prévision de l’inflation de 2,6% à 6,1%.

Mais, au-delà de ces données, c’est la dépendance énergétique de l’Allemagne à la Russie gouvernée par Vladimir Poutine qui plombe la première économie européenne. Outre Rhin, le bilan des 16 années passées au pouvoir d’Angela Merkel soutenue par une majorité d’Allemands fait l’objet d’une évaluation critique. Avant l’invasion, 45% de ses importations de gaz, 47% de celles de charbon, et de 25% à 30% de celles de pétrole venaient de Russie. Cette absence de diversification résulte en effet des choix de la chancelière. Après la catastrophe de Fukushima, Angela Merkel a décidé l’arrêt du nucléaire et miser sur les énergies renouvelables (éolien et solaire) en vue d’une éventuelle coalition avec les Verts. Elle a également approuvé et soutenu le projet à 10 milliards d’euros du gazoduc de Nord Stream 2, permettant d’augmenter les livraisons de gaz en évitant de traverser l’Ukraine, de même qu’elle a annulé les projets d’infrastructures de GNL. « Le monde constate que la stratégie allemande a engendré un désastre politique », tacle dans une tribune intitulée « Le fiasco énergétique allemand », l’ancien président de l’institut Ifo, l’économiste Hans-Werner Sinn.

Vers l’interdiction du gaz russe en Allemagne ?

Vers l’interdiction du gaz russe en Allemagne ?

 

Jusqu’alors l’Allemagne n’avait pas envisagé de se priver du gaz russe qui représente près de 60 % de ses importations de cette énergie. Des importations qui permettent à Poutine de financer sa guerre. Mais dimanche, Christine Lambrecht a déclaré que les Etats membres de l’UE devaient désormais discuter d’une telle interdiction, selon un message publié par son ministère sur Twitter.

Sa collègue des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, avait auparavant appelé dimanche à durcir les sanctions visant Moscou, sans toutefois évoquer le secteur de l’énergie.

« Les responsables de ces crimes de guerre doivent rendre des comptes. Nous allons durcir les sanctions contre la Russie et nous aiderons encore davantage l’Ukraine à se défendre elle-même », a déclaré Annalena Baerbock sur Twitter.

L’UE travaille à de nouvelles sanctions depuis un certain temps déjà mais samedi, le commissaire à l’économie, Paolo Gentiloni, a déclaré que de nouvelles mesures ne concerneraient pas le secteur de l’énergie.

 

Gaz russe : Berlin dans la gueule du loup Poutine

Gaz russe : Berlin dans la gueule du loup Poutine

 

Le chancelier Olaf Scholz semblait ces derniers jours procrastiner devant la gravité des conséquences prévisibles pour l’économie allemande de sa dépendance au gaz russe. Mais après un intense débat, le gouvernement allemand a visiblement pris la mesure de l’urgence. (papier du « Monde »)

 

Editorial du « Monde ». 

 

Tel un cerf dans les phares d’une voiture, le gouvernement allemand est pris depuis un mois dans le piège du gaz russe, dont l’économie et les consommateurs d’outre-Rhin sont fortement dépendants. Ce qui était perçu depuis deux décennies à Berlin comme un marché gagnant-gagnant, y compris sous l’angle géopolitique, s’est révélé avec l’agression russe de l’Ukraine non seulement un redoutable levier de Moscou sur l’Europe, mais aussi une véritable bombe à retardement économique et sociale.

Il y a seulement deux mois, le chancelier Olaf Scholz pensait pouvoir résister à la pression de plusieurs de ses partenaires européens et à celle des Verts, ses partenaires de coalition, qui demandaient l’abandon du gazoduc Nord Stream 2. Il a dû céder. L’affaire du gazoduc apparaît aujourd’hui comme un sujet mineur, comparée à l’ampleur du défi qu’affronte à présent l’Union européenne : rompre totalement avec la Russie comme source d’énergies fossiles. Alors que les sanctions occidentales pleuvent sur le régime de Vladimir Poutine, il n’est plus acceptable que les économies européennes continuent de l’aider à financer sa guerre en Ukraine en lui versant chaque jour 700 millions de dollars (626 millions d’euros) en achats d’hydrocarbures.

Lucidité bienvenue

La tâche est la plus rude pour l’Allemagne, qui importe de Russie 55 % de son gaz. La menace formulée par M. Poutine d’exiger le paiement en roubles de ces hydrocarbures a ajouté à la confusion. Les Européens ont refusé ; le président russe a assoupli sa position en appelant M. Scholz et son collègue italien, Mario Draghi, mercredi 30 mars – trahissant ainsi sa propre dépendance aux ressources financières que lui rapporte le gaz. Mais Berlin sait désormais qu’il faut renoncer au gaz russe et que, dans le contexte de la guerre en Ukraine, la rupture peut être brutale. Le temps du déni est révolu.

Après quelques jours d’un intense débat, le gouvernement allemand a visiblement pris la mesure de l’urgence. Mercredi, il a évoqué le déclenchement de mesures de rationnement d’énergie et la mise sur pied d’une cellule de crise dans l’hypothèse d’un arrêt de l’approvisionnement russe. Le ministre de l’économie et du climat, Robert Habeck (Verts), a lancé une campagne d’information pour alerter l’opinion publique sur les effets possibles d’une telle décision : « Nous sommes dans une situation où je dois dire clairement que chaque kilowattheure d’énergie économisée est utile », dit-il.

Cette lucidité est bienvenue. Le chancelier Scholz avait en effet donné l’impression ces derniers jours de procrastiner, face à la gravité des conséquences prévisibles pour l’économie allemande. « La question, ce n’est pas de savoir si nous allons devoir baisser le chauffage de quelques degrés, a-t-il répondu dimanche dans une émission de télévision. La question, c’est de savoir si nous allons pouvoir approvisionner certaines structures. La question, c’est la mobilité. Et la question, c’est un nombre incroyable d’emplois, parce que beaucoup de processus industriels dépendent du charbon, du gaz et du pétrole. »

Mais ce n’est pas qu’une question allemande. Le poids de l’économie allemande en Europe et l’intégration des économies de l’UE font que l’urgence de la réaction de Berlin pour se passer du gaz russe concerne l’ensemble de ses partenaires européens. La perspective possible d’avoir à gérer une économie de guerre requiert une coordination et une solidarité européennes au moins équivalente à celles qui ont été mises en œuvre pour faire face aux effets de la pandémie de Covid-19.

Environnement Finistère : la centrale au gaz de Landivisiau mise en service

Environnement Finistère : la centrale au gaz de Landivisiau  mise en service !

Conséquence d’une politique énergétique incohérente, la France apprête à mettre en service la centrale au gaz de Landivisiau. Pas vraiment une orientation très environnementale mais il faut évidemment compenser le déficit de centrales nucléaires qui elles pourtant  ne produisent  pas de carbone.

La centrale électrique alimentée par le gaz de TotalEnergies à Landivisiau, dans le Finistère, contestée pendant dix ans par des associations écologistes, sera mise en service jeudi, a-t-on appris mercredi auprès du fournisseur alternatif d’énergie. «La mise en service commercial de la centrale de Landivisiau est prévue pour ce jeudi 31 mars», a indiqué à l’AFP le groupe. «La centrale est fonctionnelle depuis cet hiver où, durant et en parallèle aux derniers tests, elle a pu soutenir le réseau électrique breton», a précisé la même source.

Dépourvue de centrale nucléaire, la Bretagne ne produit qu’environ 10% à 15% du courant qui y est consommé et importe l’essentiel des régions voisines. Pour remédier à cette situation, un Pacte électrique breton conclu en 2010 prévoyait de nouvelles sources de production d’électricité, dont la centrale de Landivisiau, de 400 mégawatts, construite par Siemens. «La centrale est nécessaire pour sécuriser l’approvisionnement électrique de la péninsule bretonne», a réitéré mercredi TotalEnergies.

Gaz russe : un coût de 54 € par an ?

Gaz russe : un coût de 54 € par an ?

 

 

Deux économistes, François Langot et Fabien Tripier, calculent dans une tribune au « Monde » la perte de pouvoir d’achat que représenterait pour chaque citoyen européen un embargo total sur les importations de gaz, de pétrole et de charbon russe.

Il s’agit d’une évaluation qui pourrait bien être très approximative car personne ne connaît aujourd’hui quelle sera l’évolution des cours au moment de la reprise de la demande NDLR

Tribune

 

 Face à l’arbitraire d’une guerre déclenchée par un dictateur, les premières sanctions financières ont été une réaction forte, qui paraissait alors adéquate. Mais l’évolution du conflit montre qu’elles ne sont pas suffisantes. Le moment est venu d’aller plus loin, en envisageant un embargo total sur les importations d’énergie (gaz, pétrole et charbon) de Russie.

Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont déjà franchi le pas sans être encore suivis par l’Union européenne, qui a montré ses divergences lors du conseil de ses ministres des affaires étrangères du 21 mars. Les arguments freinant cette proposition évoquent la perte de pouvoir d’achat que ces sanctions induiraient. Mais quelle serait vraiment l’ampleur de cette perte de pouvoir d’achat ?

Pour une mise en œuvre coordonnée de cet embargo, il est crucial de disposer d’une évaluation de son coût économique pour chacun des Etats qui y participeraient. La difficulté de cette évaluation est qu’un arrêt des importations d’énergie de Russie bouleverse toute l’économie mondiale avec des effets en cascade sur la chaîne de production, constituée de différents secteurs d’activité, tous interdépendants via le commerce international.

Les économistes David Baqaee et Emmanuel Farhi ont développé une méthodologie permettant de quantifier la contribution du commerce international à l’évolution du pouvoir d’achat des citoyens de chaque pays de la planète. Cette méthode tient compte de l’ensemble des liens sectoriels et commerciaux que constitue la chaîne mondiale de production (« Networks, Barriers, and Trade », « NBER Working Paper » n° 26108, 2021).

Cette méthodologie a été utilisée par un groupe d’économistes pour évaluer le coût pour l’Allemagne, que l’on sait particulièrement dépendante du gaz, du pétrole et du charbon russe (« What If ? The Economic Effects for Germany of a Stop of Energy Imports from Russia », Rüdiger Bachmann, David Baqaee, Christian Bayer, Moritz Kuhn, Andreas Löschel, Benjamin Moll, Andreas Peichl, Karen Pittel et Moritz Schularick, ECONtribute, « Policy Brief » n° 28, 2021). Cette très belle initiative de nos collègues est motivée par le refus du gouvernement allemand « d’aller trop loin » dans les sanctions à l’encontre de la Russie.

Mais leur analyse doit aussi être appliquée à d’autres pays : partager une évaluation qui porterait sur l’ensemble des pays européens est essentiel dans la perspective de promouvoir une décision commune sur cet embargo. Cette évaluation doit être interprétée avec prudence, compte tenu de la plus ou moins grande facilité avec laquelle les acteurs économiques peuvent substituer les sources d’énergie importées de Russie par une autre.

Energie: Diversifier l’approvisionnement en gaz

Energie: Diversifier l’approvisionnement en gaz 

 La guerre déclenchée par la Russie en Ukraine a mis en lumière la dépendance des économies de l’Union européenne aux importations de gaz naturel russe. Au-delà des nécessaires décisions prises dans l’urgence, il faut éviter qu’à l’avenir la menace de coupure d’approvisionnement puisse être utilisée comme une arme menaçant les démocraties. Si l’Europe décide qu’il y a un avenir dans le gaz, elle doit investir massivement dans des infrastructures de réseau, gazoducs et terminaux méthaniers. Par Stefan Ambec et Claude Crampes, Toulouse School of Economics (TSE).

 

 

En réaction à l’agression russe sur l’Ukraine, le 8 mars 2022 la Commission européenne a publié une communication titrée « REPowerEU: Action européenne conjointe pour une énergie plus abordable, plus sûre et plus durable ». On sait que la dépendance énergétique de l’Union européenne (UE) vis-à-vis de la Russie est très forte : 45% de notre consommation de gaz, 27 % de notre consommation de pétrole et 46 % de notre consommation de charbon viennent de Russie. Les trois annexes qui accompagnent la communication du 8 mars sont consacrées aux mesures immédiates destinées à alléger la facture d’énergie des particuliers et des professionnels. Mais la communication est essentiellement prospective. La Commission y avance trois axes d’émancipation : diversifier notre approvisionnement, accélérer le déploiement des sources d’énergies renouvelables et réduire notre consommation d’énergie.

Pour atteindre ces objectifs, les autorités publiques ont mise en place divers instruments tels que les tarifs de rachat subventionnés de l’électricité produite par le solaire et l’éolien, et les crédits d’efficacité énergétique qui complètent un marché des permis d’émissions de carbone, clé de voute de la politique européenne en matière climatique. Mais ces mesures ne suffiront pas pour nous émanciper du gaz naturel comme en atteste son inclusion dans la taxonomie verte. Pour réduire notre dépendance aux livraisons russes, l’UE doit pouvoir se fournir ailleurs, et donc diversifier ses approvisionnements en gaz.

Une première piste consiste à remplacer une partie du gaz russe par du biométhane et de l’hydrogène vert, ce qui nécessite des investissements massifs dans une filière de l’hydrogène décarboné (production, stockage, transport) qui est encore à l’état de projet. La seconde piste, non exclusive, est de trouver d’autres fournisseurs de gaz naturel. Il y a deux façons d’acheminer le gaz des lieux d’extraction aux nœuds d’importation : par gazoduc ou par bateau à l’état liquide (GNL). L’avantage du gazoduc est qu’il ne nécessite pas la double transformation gaz/liquide/gaz. Mais il cumule les inconvénients : les coûts liés à la distance, l’impact environnemental le long du trajet, et surtout le verrouillage de la relation contractuelle entre le nœud exportateur et le nœud importateur auquel s’ajoutent les possibles ingérences des pays traversés. A l’inverse, le méthanier peut traverser les océans, utiliser pour sa propulsion la partie de la cargaison qui se regazéifie par roulis, et s’approvisionner puis livrer dans tous les pays où il existe des ports équipés. Avec le gaz naturel liquéfié, on passe de monopoles bilatéraux à un marché concurrentiel mondial.

Il ne faut pas pour autant en déduire que toutes les interconnexions de l’UE au reste du monde par gazoduc sont à proscrire. Ainsi, moins éloignée que la Russie, l’Algérie fournit près de 13% du gaz consommé en Europe grâce aux gazoducs qui connectent l’Afrique du Nord avec l’Espagne et l’Italie, et aux méthaniers au départ de Arzew et Skikda (voir cette carte). En créant une interconnexion entre les réseaux espagnol et français dans l’est des Pyrénées, on pourrait accroitre les livraisons entrant dans l’Union européenne par l’Espagne, donc venant d’Algérie et de divers autres pays d’où l’Espagne importe du GNL dans ses six terminaux gaziers. Cette interconnexion, baptisée MidCat pour Midi-Catalogne, a connu des fortunes diverses. Alors que le projet était fortement soutenu par Miguel Cañete quand il était Commissaire européen à l’Énergie et à l’Action pour le climat, la réalisation de sa partie centrale a été retoquée en 2019 par les régulateurs de l’énergie espagnol et français aux motifs que les capacités d’échange qui existent déjà entre la France et l’Espagne n’étaient pas saturées et que les gains prévus ne couvraient pas les coûts à engager. En conséquence, MidCat qui figurait dans les trois premières listes biannuelles de Projets d’Intérêt Commun de l’UE a disparu des listes 2019 et 2021. Mais la menace russe pourrait le remettre à l’ordre du jour comme l’a laissé entendre la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le 5 mars à Madrid (Le Monde).

Si l’interconnexion MidCat est réalisée, elle garantira que du gaz venant d’Espagne peut entrer en France. Mais il n’y a aucune garantie que le gaz algérien arrivera dans le reste de l’Europe pour remplacer le gaz russe. Il faut d’abord qu’il arrive en Espagne, mais l’un des deux gazoducs reliant l’Algérie à l’Espagne traverse le Maroc (Gazoduc Maghreb Europe) et comme l’Algérie et le Maroc sont actuellement en froid, l’Algérie ne l’alimente plus. C’est au contraire l’Espagne qui utilise ses équipements méthaniers pour livrer du gaz au Maroc par le gazoduc qui traverse le détroit de Gibraltar. En second lieu, il faut que le gaz arrivé en France par le sud puisse être livré aux autres pays européens, ce qui nécessitera un renforcement du réseau intérieur français, notamment dans la vallée du Rhône.

L’équation à résoudre n’est pas simple. Au sud, avec ses deux gazoducs transméditerranéens et ses sept terminaux gaziers, la péninsule Ibérique dispose de capacités gazières excédentaires. Au nord et à l’est, l’Europe continentale cherche à échapper à la domination du gaz russe. Au milieu, la France peut satisfaire les deux parties à condition d’investir doublement, dans l’interconnexion MidCat et dans le renforcement de son réseau intérieur. Si le projet est remis sur la table, on peut donc s’attendre à de longues discussions pour arriver à une répartition des coûts acceptable par toutes les parties.

Stefan Ambec et Claude Crampes

Politique -La ligne Maginot de l’Europe : se priver du gaz russe en 2027 ! Ridicule

Politique -La ligne Maginot de l’Europe : se priver du gaz russe en 2027 ! Ridicule

 

 

 

 

Globalement nombre de pays européens sont victimes de la politique énergétique irresponsable de l’Allemagne et de quelques autres pays du nord de l’Europe. En effet en dépit de la cruauté de la guerre en Ukraine, d’une certaine manière l’union européenne détourne la tête. Elle compte sur sa ligne Maginot qui consisterait à se priver du gaz seulement en 2027.

 

Il n’est pas certain que cette menace soit très opérationnelle pour stopper la folie meurtrière de Poutine. Une folie qui n’a jamais été réellement prise en compte par les pays européens qui ont toujours continué d’entretenir des relations diplomatiques alors que Poutine ne cessait ses entreprises guerrières en Europe, au Moyen-Orient mais aussi en Afrique.

 

En cause, le fait en particulier que l’Allemagne et d’autres ne peuvent se passer du gaz russe après avoir fait une croix sur le nucléaire. Pire, jusqu’à ces derniers jours ces pays souhaitaient  que la France abandonne son nucléaire une des rares armes de souveraineté économique du pays pour d’hypothétiques éoliennes à l’énergie intermittente très coûteuse. Résultat, pour se priver du gaz russe on va réactiver les centrales au charbon. Une vraie politique de gribouille sur le plan économique et énergétique et une politique pacifiste hypocrite d’une union européenne qui a toujours privilégié le business par rapport à d’autres valeurs sociétales.

 La stratégie de l’Europe rappelle celle de la ligne Maginot qui devait arrêter l’ennemi. Qui sait où va s’arrêter Poutine ? Personne n’en sait rien et sans doute lui non plus qui paraît de plus en plus affecté par le syndrome de l’isolement du dictateur .

 S’il y a des sanctions massives à prendre, il faut les prendre évidemment maintenant et non attendre des signes de bonne volonté d’un cinglé du KGB qui n’a connu  dans sa vie que la force et le meurtre comme moyen de persuasion.

 » Se débarrasser du gaz et du pétrole russe » (Thierry Breton)

 « Se débarrasser du gaz et du pétrole russe » (Thierry Breton)

Pour l’instant évidemment les autorités européennes s’en tiennent à ce qui a été décidé lors de la rencontre de Versailles ;à savoir: stopper la dépendance énergétique à l’égard de la Russie d’ici 2027. Cependant en Allemagne on réfléchit à la possibilité de s’en dégager d’ici 2022. Par ailleurs l’opinion publique allemande paraît de plus en plus sensibilisée et de plus en plus favorable à un blocage du gaz russe.

Tout dépendra sans doute de l’atrocité de l’agression russe en Ukraine. Le carnage probable pourrait amener le gouvernement allemand a ce débarrasser de son hypothéque énergétique russe. «On est un peu en économie de guerre», commente Thierry Breton, le commissaire européen ,qui voit également dans cette stratégie une manière de couper un débouché économique important de la Russie : chaque jour, les pays européens lui versent 800 millions d’euros pour importer des hydrocarbures.

 

 

Le Commissaire européen au marché intérieur indique également que la politique de la Commission européenne sera «accommodante» dans les mois à venir, afin de permettre aux États de mettre en œuvre des aides et plans de soutien au pouvoir d’achat face à la hausse des prix de l’énergie qui se poursuit. «Nous mettrons à disposition une boîte à outils de mesures pour les États», indique Thierry Breton, sans donner le détail des mesures envisagées. Un assouplissement des règles européennes qui encadrent la dette est en tout cas envisagé. En principe, la dette publique des États membres ne doit pas dépasser 60 % de leur PIB.

Face à Poutine: l’honneur ou le gaz russe ?

Face à Poutine: l’honneur ou le gaz russe ?

 

 

 

Un papier de la Tribune évoque les conséquences de la tragédie ukrainienne et les choix douloureux que peut faire l’union européenne. Une union européenne qui n’est pas sa responsabilité compte tenu de son laxisme vis-à-vis de Poutine. (extrait)

 

 

Nous avions oublié et la guerre et l’inflation. Le retour du tragique de l’histoire nous renvoie à nos propres lâchetés. Et si la France de juin 1940 avait résisté comme l’Ukraine aujourd’hui, interroge Jacques Attali… La tragédie au cœur de l’Europe nous le rappelle : il est essentiel de ne jamais baisser la garde. A force de croire en la victoire de la démocratie et du capitalisme libéral, nous n’avons pas voulu croire au retour des démons du passé. Le sursaut européen est en cours, mais tellement tardif. C’est aussi une défaite morale, souligne Michel Cabirol : aucun pays occidental n’est prêt à envoyer des soldats mourir pour Kiev. Les démocraties sont défiées par les régimes autoritaires et le spectre d’une alliance entre Moscou et Pékin plane, même si la Chine de Xi Jinping semble gênée par la brutalité de son « ami » Poutine.

Une question demeure sans réponse : « pour défendre quelles causes, quels acquis, quelles valeurs, serions-nous prêts à sacrifier provisoirement notre confort ; et même,  s’il le faut, à mourir ? », demande aussi Jacques Attali. Au sommet de Versailles, dans la Galerie des Batailles où Poutine avait été invité par Macron en juin 2017, on ressasse cette formule de Churchill lors des Accords de Munich : « vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre ». L’Europe paie aujourd’hui vingt ans d’aveuglement et de tergiversations.

Une chose est sûre : le retour de la guerre est un révélateur de nos lacunes. Si l’Allemagne met le paquet sur sa défense, c’est que ses missiles seraient aussi périmés que nos masques chirurgicaux au début de la pandémie de Covid. Lacunes dans notre défense, dans notre souveraineté industrielle et alimentaire, dans notre industrie spatiale alors que la guerre se déplace déjà dans les étoiles…

La guerre sera aussi un accélérateur de changements dans de nombreux domaines dont la finance. Jeanne Dussueil annonce déjà les Accords de Bretton Woods des cryptomonnaies qui seront évidemment dominées dans le monde d’après par un dollar numérique… A moins que ce ne soit le e-yuan…


Philippe Mabille, directeur de la rédaction

 

La ligne Maginot de l’Europe : se priver du gaz russe en 2027 ! Ridicule

La ligne Maginot de l’Europe : se priver du gaz russe en 2027 ! Ridicule

 

 

 

 

Globalement nombre de pays européens sont victimes de la politique énergétique irresponsable de l’Allemagne et de quelques autres pays du nord de l’Europe. En effet en dépit de la cruauté de la guerre en Ukraine, d’une certaine manière l’union européenne détourne la tête. Elle compte sur sa ligne Maginot qui consisterait à se priver du gaz seulement en 2027.

 

Il n’est pas certain que cette menace soit très opérationnelle pour stopper la folie meurtrière de Poutine. Une folie qui n’a jamais été réellement prise en compte par les pays européens qui ont toujours continué d’entretenir des relations diplomatiques alors que Poutine ne cessait ses entreprises guerrières en Europe, au Moyen-Orient mais aussi en Afrique.

 

En cause, le fait en particulier que l’Allemagne et d’autres ne peuvent se passer du gaz russe après avoir fait une croix sur le nucléaire. Pire, jusqu’à ces derniers jours ces pays souhaitaient  que la France abandonne son nucléaire une des rares armes de souveraineté économique du pays pour d’hypothétiques éoliennes à l’énergie intermittente très coûteuse. Résultat, pour se priver du gaz russe on va réactiver les centrales au charbon. Une vraie politique de gribouille sur le plan économique et énergétique et une politique pacifiste hypocrite d’une union européenne qui a toujours privilégié le business par rapport à d’autres valeurs sociétales.

 La stratégie de l’Europe rappelle celle de la ligne Maginot qui devait arrêter l’ennemi. Qui sait où va s’arrêter Poutine ? Personne n’en sait rien et sans doute lui non plus qui paraît de plus en plus affecté par le syndrome de l’isolement du dictateur .

 S’il y a des sanctions massives à prendre, il faut les prendre évidemment maintenant et non attendre des signes de bonne volonté d’un cinglé du KGB qui n’a connu  dans sa vie que la force et le meurtre comme moyen de persuasion.

Utiliser du gaz de France ?

Utiliser du gaz de France  ?

 

L’actualité marquée par l’agression sauvage de l’Ukraine par la Russie nous renvoie à nos propres faiblesses, nos propres dépendances, au premier rang desquelles figure le gaz. Par Philippe Folliot, sénateur du Tarn, membre du Conseil consultatif des TAAF (Terres antarctiques et australes françaises), auteur de « France-sur-Mer, un empire oublié ».( la « Tribune »)

 

La menace d’une rupture commerciale avec la Russie, donc d’une interruption de nos importations gazières, nous fait courir un risque énorme en termes d’approvisionnements. Ce seul risque, sans même parler de ses effets concrets, aura forcément un impact sur les coûts liés à cette énergie, déjà victime d’une flambée des prix sans précédent, qui pèse lourdement sur les ménages les plus modestes.

Or, en matière énergétique, force est de constater que les politiques publiques ne sont pas à la hauteur des enjeux soulevés. Le manque de vision, de consistance et de cohérence dans ce domaine constituent autant de boulets dont nous devons impérativement nous délester, afin de mener à bien notre transition énergétique, qui va de pair, selon moi, avec notre souveraineté énergétique.

Après les volte-face sur le nucléaire, la confirmation de la fermeture – politique, dogmatique – de la centrale de Fessenheim, voilà que le président de la République annonce la construction de six nouveaux réacteurs pressurisés européen (EPR)

Quant aux énergies fossiles, elles sont traitées en France avec une hypocrisie sans nom. Alors que leur exploitation est fortement contrainte et limitée sur notre territoire, pour des raisons évidemment écologiques, leurs importations sont au contraire favorisées.

Comme ce fut le cas en leur temps pour les OGM, au sujet desquels toute recherche a été proscrite, et dont on a interdit la culture, mais pas l’importation (90% des tourteaux de soja importés pour l’alimentation animale sont des OGM), nous restons dans des postures où nous acceptons que ce qui est « sale » soit traité ailleurs, mais surtout pas chez nous, tout ça pour se donner une bonne conscience… écologique !

Si au moins nous étions cohérents comme nos voisins européens qui, eux, en matière d’OGM, ont tout refusé (Autriche) ou tout accepté (Espagne), cela aurait au moins le mérite de la transparence. Au contraire, la France persiste et signe !

Ainsi, la loi Hulot de 2017 interdit dès maintenant les nouvelles recherches et prospections pour une sortie de la production d’hydrocarbures d’ici 2040

Au niveau européen, le nucléaire et le gaz se sont vus octroyer le label d’« Énergies vertes de transition » dans le cadre de ce que l’on appelle la « taxonomie pour une finance durable ».

Tout le monde a compris que les énergies renouvelables intermittentes (éolien, solaire) ne pouvaient pas être la seule solution pour palier l’abandon programmé, souhaitable et nécessaire du charbon, puis du pétrole.

Alors, puisque nous ne pourrons pas toujours compter sur les autres pour nous approvisionner, quelles autres solutions s’offrent à nous ? Pour le gaz, j’en vois au moins une toute tracée.

D’immenses ressources de gaz ont été trouvées dans le Golfe du Mozambique et le pays éponyme a commencé à exploiter ses gisements, en prenant comme

De l’autre côté du canal, Madagascar, avec l’appui de la Chine toujours en recherche de matières premières indispensables à son développement économique, a déposé des permis de prospection sur ce même gisement.

Au milieu se trouve l’île française de Juan de Nova, avec des ressources avérées. Elles avaient fait l’objet de permis d’exploration par les entreprises Marex Petroleum Corporation et South Atlantic Petroleum qui, de manière surprenante pour ne pas dire choquante, ont été abandonnés au moment de leur renouvellement à mi-parcours, soit au bout de cinq des dix années initialement prévues, pour des raisons strictement politiques.

En ma qualité de membre du conseil consultatif des TAAF (Terres antarctiques et australes françaises), en 2019, je m’étais insurgé contre cette décision car ne pas aller au bout des recherches pour connaître l’étendue des réserves et leur exploitabilité économique me paraissait un véritable non-sens.

Imagine-t-on le Qatar coincé entre l’Iran et l’Arabie Saoudite refuser d’exploiter son gaz ? Imagine-t-on les Pays-Bas ne pas procéder de même alors que leurs voisins britanniques et norvégiens le font allègrement ?

La délégation sénatoriale aux Outre-mer dans son rapport n°546 intitulé « Les Outre-mer au cœur de la stratégie maritime nationale » demande également la reprise des prospections !

Compte tenu du contexte, de la flambée des prix de l’énergie, des enjeux géopolitiques et géostratégiques, viser une indépendance énergétique gazière, et certainement faire de notre pays un exportateur, serait une proposition à étudier, à tout le moins.

De plus, Juan de Nova est à moins de 500 kilomètres de Mayotte, département français en proie à des difficultés économiques et sociales connues de tous. En faire une base arrière, avec toutes les retombées que cela engendrerait, mérite là aussi d’être envisagé.

En cette période d’élection présidentielle, qui devrait aussi, et surtout, être propice à des débats de fond sur des enjeux majeurs, j’espère que ce sujet ne sera pas occulté !

Philippe Folliot

Pour un embargo immédiat sur le gaz et le pétrole russes

Pour un  embargo immédiat sur le gaz et le pétrole russes 

Les Européens réunis pour un sommet à Versailles les 10 et 11 mars doivent décider de se passer des énergies vendues par Moscou afin de se montrer solidaires avec les Ukrainiens, estime le candidat écologiste Yannick Jadot  à la présidentielle, dans une tribune au « Monde ».

 

Tribune. 

 

Ce jeudi 10 mars, à Versailles (Yvelines), les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne doivent répondre à l’appel du président ukrainien Volodymyr Zelensky et décider d’un embargo sur le gaz et le pétrole russes. Je l’ai demandé dès le samedi 5 mars en m’adressant aux Françaises et aux Français qui, nombreux, manifestaient leur solidarité avec le peuple ukrainien.

Nous devons le faire et nous le pouvons, en France et dans toute l’Europe, solidairement.

Nous le devons, car cette invasion de l’Ukraine constitue une menace directe pour notre liberté et notre sécurité. Il nous faut, pour faire cesser cette entreprise de destruction et les crimes de guerre commis contre les populations civiles, massifier les sanctions économiques et financières, traquer les fortunes des oligarques chez nous et dans chaque paradis fiscal, équiper militairement la résistance ukrainienne.

L’Europe a, enfin, commencé à répondre présent. Elle doit maintenant montrer sa détermination et sa force en s’attaquant au cœur de la puissance de l’oligarchie russe : le gaz et le pétrole. Au vu de la détermination de Vladimir Poutine à détruire l’Ukraine, les exclure des sanctions n’a plus de sens.

Les exportations de gaz et de pétrole rapportent 700 millions de dollars [environ 637 millions d’euros] par jour à Vladimir Poutine et à sa machine de guerre [c’était le cas dans les vingt-quatre heures suivant la reconnaissance de l’indépendance des Etats séparatistes ukrainiens par le président russe, le 21 février]. Nous devons mettre un terme à cette dépendance de l’Union européenne : son économie sous perfusion d’énergies fossiles la met à la merci du chantage d’un dictateur. Trop de responsables politiques européens y ont succombé. Il nous faut sortir du gaz et du pétrole, et non créer de nouvelles dépendances. Le combat pour notre sécurité est bien, aussi, celui du climat.

Cette épreuve, nous pouvons la surmonter. Rien n’est hors de la portée du peuple français, des peuples européens quand ils luttent pour leur liberté et leur indépendance. Rien n’est hors de portée du génie de nos ouvriers et de nos ouvrières, de nos techniciens, de nos ingénieurs. La transition et la sobriété énergétiques vont constituer une grande aventure humaine.

Nous ferons la démonstration de notre solidarité envers le peuple ukrainien et avec les pays européens les plus dépendants. Nous soutiendrons les Françaises et les Français les plus fragilisés par l’effet des sanctions.

Se libérer du pétrole et du gaz

Se libérer du pétrole et du gaz

 

La flambée des cours des énergies fossiles, entraînée par les sanctions occidentales contre l’invasion russe en Ukraine, doit nous pousser à intensifier les efforts que la lutte contre le réchauffement climatique va nous imposer estime un papier du « Monde » .

 

 

L’invasion russe en Ukraine a provoqué un choc énergétique mondial. La flambée des cours du pétrole et du gaz entraînée par les sanctions occidentales contre l’initiative de Moscou représente une menace pour le pouvoir d’achat des Européens. Mais cette déstabilisation d’une économie encore trop dépendante des énergies fossiles doit nous faire prendre conscience que c’est aussi une opportunité pour accélérer la transition écologique.

De la même façon que la crise pandémique a été un révélateur de nos fragilités sur le plan de nos approvisionnements, l’offensive russe illustre la nécessité urgente de se dégager d’une emprise toxique aussi bien sur le plan environnemental que politique. Le soutien à l’Ukraine aura un prix économique lourd pour les pays européens, qui doit nous pousser à intensifier les efforts que la lutte contre le réchauffement climatique va – bon gré, mal gré – nous imposer.

Le fait que le prix du litre d’essence dépasse les 2 euros ou que les factures de chauffage atteignent des montants prohibitifs ne doit pas être seulement interprété comme un accident conjoncturel, qui se résorbera après quelques mois de fièvre inflationniste. D’abord parce que le conflit risque de durer, surtout parce que cette crise est simplement un avant-goût de ce qui nous attend.

Au-delà du conflit, l’énergie décarbonée coûtera nécessairement plus cher. L’objectif de neutralité carbone en 2050 que s’est fixé l’Union européenne implique une mutation complète de notre économie et de nos modes de vie. Jusqu’à présent, rares sont les dirigeants qui ont le courage de préparer les esprits à cette perspective. Le choc énergétique actuel doit nous inciter à regarder la réalité en face.

Alors que la campagne électorale entre dans sa dernière ligne droite, le réflexe du gouvernement conduit à parer au plus pressé, c’est-à-dire amortir le choc pour les Français qui n’ont pas les moyens d’absorber une telle hausse sur un laps de temps aussi court et pour les entreprises grosses consommatrices d’énergie les plus fragiles. Cet accompagnement est nécessaire, mais très coûteux.

Un plan de « résilience » doit être annoncé dans les prochains jours. L’Etat se dit prêt à débourser au total une vingtaine de milliards d’euros. Cette nouvelle version du « quoi qu’il en coûte » ne sera pas tenable très longtemps. Certains candidats n’hésitent pas à réclamer une baisse des taxes sur l’énergie. Cette décision serait encore plus coûteuse sur le plan budgétaire. Surtout, elle ne ferait que subventionner notre dépendance au pétrole et au gaz, sans chercher à la réduire. De la même façon, la diversification des approvisionnements ou le renoncement à certains efforts de décarbonation sous prétexte d’alléger notre facture énergétique ne peuvent être que des solutions de court terme.

Dans cette période troublée, Emmanuel Macron tente de s’imposer comme le président qui protège face à des adversaires qui font assaut de surenchère pour préserver le pouvoir d’achat. De fait, il manque à ce stade un discours de mobilisation sur le double enjeu qui est devant nous : la solidarité vis-à-vis de l’Ukraine et une transition énergétique à parachever. C’est d’autant plus regrettable que les deux objectifs se rejoignent. Consommer moins d’énergies fossiles conduira à limiter le financement de l’agression russe tout en consolidant les efforts de lutte contre le réchauffement climatique.

Les deux causes font l’objet d’un large consensus dans l’opinion. Le gouvernement doit s’appuyer dessus afin d’inciter les Français à faire des efforts pour anticiper ce virage inéluctable.

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