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Politique-Marx noyé dans le Coca-Cola par l’extrême gauche française

Politique-Marx noyé dans le Coca-Cola par l’extrême gauche française

 

 Abandonnant la tradition universaliste et le monde ouvrier, l’extrême gauche française a absorbé les idées d’outre-Atlantique. Si elle a tourné le dos à son antiaméricanisme, elle reste cependant fidèle à la méthode des purges soviétiques, estime l’Ancienne élève de l’École normale supérieure, Anne-Sophie Letac qui enseigne la géopolitique en classes préparatoires au lycée Lavoisier, à Paris dans le Figaro (extrait)

L’antiaméricanisme a servi de plus petit dénominateur commun à la gauche française depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Après les revendications «US go home» pour expulser les bases de l’OTAN, le gauchisme anticapitaliste de la fin des années soixante, l’extrême gauche a prédit la chute de l’empire américain, fustigé la mondialisation libérale impulsée par Reagan, accusé les Gafam de la plupart de nos malheurs.

Le système de valeurs américain a longtemps été perçu par la gauche française comme étranger à notre mode de vie, ultra-consumériste, obsédé par une transparence et un moralisme puritains.

Alors que la démocratie américaine se dissout à grande vitesse dans de puissants acides, débilité inéduquée des masses, sécession efficace des élites à travers les puissants réseaux d’alumni des grandes universités, sidérant recul des droits individuels et en particulier de ceux des femmes, revendications religieuses cherchant à saper la laïcité, Alt-Right contre Black Lives Matter , la gauche radicale française, longtemps hostile à tout ce qui venait d’outre-Atlantique, a adopté en bloc les mots d’ordre et les problématiques sociétales des États-Unis.

La gauche universaliste, en théorie plus proche des idéaux démocratiques américains, s’est progressivement fait dévorer par une extrême gauche qui a abandonné au Rassemblement national le monde ouvrier, sa culture et ses luttes pour se tourner vers les «quartiers populaires», les ghettos selon une expression et une réalité américaines, et pour défendre non plus une classe sociale avec ses valeurs, mais les victimes racisées d’un système, idée étrangère à la tradition de gauche française. C’est cette extrême gauche qui réussit le tour de force de porter un bon nombre de députés à l’Assemblée Nationale grâce à la plateforme Nupes (151 députés), et qui a désormais le pouvoir d’infléchir les débats et de voter des lois.

Comme si cette gauche s’était mondialisée et américanisée sans même s’en apercevoir et qu’elle se comportait comme une Internationale sur le modèle communiste, mais tournée vers une grande lumière à l’Ouest.

L’extrême gauche française calque dans une magistrale inversion de ses valeurs son modèle sur un pays qui a de moins en moins à voir avec le modèle français, ce qui change la tonalité du débat politique.

Il y a quelques semaines, la présidente du groupe Renaissance à l’Assemblée nationale, Aurore Bergé, prend la pose de la statue de la Liberté et demande l’inscription de l’IVG dans la Constitution parce qu’elle est talonnée par une extrême gauche mobilisée après l’arrêt de la Cour Suprême des États-Unis sur l’avortement. On peine à comprendre en quoi cet arrêt concerne la France, en tout cas pas plus que la déscolarisation des filles en Afghanistan qui menace réellement les banlieues françaises travaillées par l’islamisme radical.

Cette gauche s’est donc inscrite directement dans les luttes américaines, abandonnant tout esprit critique et plongeant dans un anachronisme et un anhistorisme débridés. La pensée d’extrême gauche s’aligne littéralement sur celle de la gauche universitaire américaine, réussissant ce que les États-Unis avaient échoué à faire durant la guerre froide, noyer Marx dans le Coca-Cola, comme si cette gauche s’était mondialisée et américanisée sans même s’en apercevoir et qu’elle se comportait comme une Internationale sur le modèle communiste, mais tournée vers une grande lumière à l’Ouest.

Mais la déconstruction déconstruisant in fine les déconstructeurs, un marxiste-léniniste restant fidèle à lui-même, des comités politiques internes et des commissions opaques fleurissent pour s’auto-juger et se purger mutuellement. Rassurons-nous, la méthode soviétique a de beaux restes chez l’extrême gauche noyée dans le soda.

Marx noyé dans le Coca-Cola par l’extrême gauche française

 Marx noyé dans le Coca-Cola par l’extrême gauche française

 

 Abandonnant la tradition universaliste et le monde ouvrier, l’extrême gauche française a absorbé les idées d’outre-Atlantique. Si elle a tourné le dos à son antiaméricanisme, elle reste cependant fidèle à la méthode des purges soviétiques, estime l’Ancienne élève de l’École normale supérieure, Anne-Sophie Letac qui enseigne la géopolitique en classes préparatoires au lycée Lavoisier, à Paris dans le Figaro (extrait)

L’antiaméricanisme a servi de plus petit dénominateur commun à la gauche française depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Après les revendications «US go home» pour expulser les bases de l’OTAN, le gauchisme anticapitaliste de la fin des années soixante, l’extrême gauche a prédit la chute de l’empire américain, fustigé la mondialisation libérale impulsée par Reagan, accusé les Gafam de la plupart de nos malheurs.

Le système de valeurs américain a longtemps été perçu par la gauche française comme étranger à notre mode de vie, ultra-consumériste, obsédé par une transparence et un moralisme puritains.

Alors que la démocratie américaine se dissout à grande vitesse dans de puissants acides, débilité inéduquée des masses, sécession efficace des élites à travers les puissants réseaux d’alumni des grandes universités, sidérant recul des droits individuels et en particulier de ceux des femmes, revendications religieuses cherchant à saper la laïcité, Alt-Right contre Black Lives Matter , la gauche radicale française, longtemps hostile à tout ce qui venait d’outre-Atlantique, a adopté en bloc les mots d’ordre et les problématiques sociétales des États-Unis.

La gauche universaliste, en théorie plus proche des idéaux démocratiques américains, s’est progressivement fait dévorer par une extrême gauche qui a abandonné au Rassemblement national le monde ouvrier, sa culture et ses luttes pour se tourner vers les «quartiers populaires», les ghettos selon une expression et une réalité américaines, et pour défendre non plus une classe sociale avec ses valeurs, mais les victimes racisées d’un système, idée étrangère à la tradition de gauche française. C’est cette extrême gauche qui réussit le tour de force de porter un bon nombre de députés à l’Assemblée Nationale grâce à la plateforme Nupes (151 députés), et qui a désormais le pouvoir d’infléchir les débats et de voter des lois.

Comme si cette gauche s’était mondialisée et américanisée sans même s’en apercevoir et qu’elle se comportait comme une Internationale sur le modèle communiste, mais tournée vers une grande lumière à l’Ouest.

L’extrême gauche française calque dans une magistrale inversion de ses valeurs son modèle sur un pays qui a de moins en moins à voir avec le modèle français, ce qui change la tonalité du débat politique.

Il y a quelques semaines, la présidente du groupe Renaissance à l’Assemblée nationale, Aurore Bergé, prend la pose de la statue de la Liberté et demande l’inscription de l’IVG dans la Constitution parce qu’elle est talonnée par une extrême gauche mobilisée après l’arrêt de la Cour Suprême des États-Unis sur l’avortement. On peine à comprendre en quoi cet arrêt concerne la France, en tout cas pas plus que la déscolarisation des filles en Afghanistan qui menace réellement les banlieues françaises travaillées par l’islamisme radical.

Cette gauche s’est donc inscrite directement dans les luttes américaines, abandonnant tout esprit critique et plongeant dans un anachronisme et un anhistorisme débridés. La pensée d’extrême gauche s’aligne littéralement sur celle de la gauche universitaire américaine, réussissant ce que les États-Unis avaient échoué à faire durant la guerre froide, noyer Marx dans le Coca-Cola, comme si cette gauche s’était mondialisée et américanisée sans même s’en apercevoir et qu’elle se comportait comme une Internationale sur le modèle communiste, mais tournée vers une grande lumière à l’Ouest.

Mais la déconstruction déconstruisant in fine les déconstructeurs, un marxiste-léniniste restant fidèle à lui-même, des comités politiques internes et des commissions opaques fleurissent pour s’auto-juger et se purger mutuellement. Rassurons-nous, la méthode soviétique a de beaux restes chez l’extrême gauche noyée dans le soda.


La gauche pas très représentative du monde populaire

 La gauche pas très représentative du monde populaire

 

La Nupes se veut une « union populaire écologique et sociale » mais c’est sur l’écologie et le social qu’elle est incomprise, voire défaite, dans une partie de la France populaire analyse, dans une tribune au « Monde », Catherine Tricot, directrice de la revue Regards, appelant la gauche à répondre au défi.

 

Passé le premier soulagement d’être toujours là, vivante et même renforcée à l’Assemblée nationale, la gauche est groggy par l’exceptionnelle progression du Rassemblement national (RN) : 89 députés élus au scrutin majoritaire un peu partout en France, sauf dans les très grandes villes et leurs banlieues.

La gauche voit les lieux historiques de son implantation disputés. Le Nord, l’Est, mais aussi la Picardie, la Normandie et désormais le Midi rouge, le Centre, qui fut terre de résistance. Même Carmaux ! Le front républicain marquait un principe. Il fut efficace. Il ne pouvait pas se suffire longtemps à lui-même.

 Le front républicain s’est affaissé faute d’avoir été relayé par une alternative comprise comme telle par ces Français qui désormais ne votent pas RN seulement parce que « tout a été essayé, sauf ça ». Le vote Le Pen n’est pas non plus amnésique. On ne vote pas extrême droite sans connaitre l’histoire de ce parti et son fondement xénophobe.

 

Il faut regarder une réalité en face : Marine Le Pen et, après elle, les candidats du RN, emportent l’adhésion d’une part parfois majoritaire du peuple. La Nupes se veut une « union populaire écologique et sociale ». Mais c’est sur l’écologie et le social qu’elle est incomprise, voire défaite, dans une partie de la France populaire.

Sur le social, le discours du RN est une charge contre « l’assistanat », englobant les plus pauvres et les migrants. C’est un exutoire, une explication et une solution pour ce monde qui travaille et ne s’en sort pas. La multiplication des aides conditionnées fait enrager ces ménages qui gagnent un peu plus de deux fois le smic.

Pas d’aide personnalisée au logement (APL), pas de bourse pour les enfants, pas d’accès au logement social… Même les aides à l’isolation thermique sont drastiquement soumises à conditions de revenus. Face à la crainte du « ras le bol fiscal » des plus riches, on a conditionné les droits sociaux et affaibli les services publics. Bilan : une France en rupture politique.

 Sur l’écologie, le discours du RN fait un virage. Il ne nie plus le réchauffement climatique et fait du « grand déménagement des usines » le centre de son analyse et, partant, de ses réponses. Il se moque de ceux qui portent une alternative au règne de la marchandise et de la surconsommation.

Le RN se fait le défenseur de ceux qui ont besoin de leur voiture, se saignent pour acheter leur pavillon, se détendent autour d’un barbecue et rêvent d’un jacuzzi. Pour eux, l’écologie est synonyme d’éoliennes, de cuve à mazout à changer à grands frais, de voiture condamnée alors qu’elle roule encore. L’incompréhension est totale.

La gauche radicalisée, un renoncement au pouvoir

La gauche radicalisée, un renoncement au pouvoir

 

En acceptant l’alliance de la Nupes, la gauche sociale-démocrate s’est rangée et dissoute dans la gauche radicale, analyse le journaliste Renaud Dély dans le Figaro. En plus de la faire disparaître, cette ligne contestataire va la tenir éloignée du pouvoir.

Renaud Dély est journaliste et auteur d’Anatomie d’une trahison. La gauche contre le progrès (Éditions de l’Observatoire, 2022).

Jean-Luc Mélenchon a proposé de former un groupe au Parlement, proposition qu’ont déclinée le PS, EELV et le PCF. N’était-ce qu’une alliance de façade ? Va-t-elle perdurer dans l’hémicycle ?

Renaud DÉLY. – En faisant cette proposition, Jean-Luc Mélenchon continue de faire ce qu’il sait très bien faire : de la politique. Je suis assez surpris par la naïveté confondante de ses partenaires socialistes, écologistes et communistes. Ils ont l’air estomaqués et se récrient… Mais dès lors qu’ils ont accepté de se ranger derrière l’accord de la Nupes, c’est-à-dire derrière 650 propositions communes (même s’il y avait des désaccords), derrière des candidatures uniques dans chaque circonscription et surtout, derrière le mot d’ordre de Jean-Luc Mélenchon, «Élisez-moi à Matignon», cette proposition d’absorption était logique et attendue.

Avec cette tentative, Jean-Luc Mélenchon poursuit l’OPA sur l’ensemble de la gauche qu’il a déjà initiée dès le début du mois de mai, lorsqu’il a rassemblé toute la gauche sur son nom, sur son programme, et même derrière 350 de ses candidats. Il n’y a rien de surprenant à ce qu’il fasse cette proposition. C’était d’autant plus prévisible qu’il a perdu les élections, que le résultat est décevant pour lui, et qu’il s’interroge maintenant sur son rôle dans les années qui viennent. En effet, celle qui va réellement incarner le leadership de l’opposition à l’Assemblée nationale, c’est Marine Le Pen, à la tête du groupe RN de 89 députés.

Par ailleurs, il est logique que les écologistes, socialistes et communistes refusent. En effet, il y a des désaccords de fond qui demeurent entre eux: sur des sujets aussi importants que la situation en Ukraine, l’Otan, l’avenir de l’Union européenne mais aussi sur des sujets qui ont trait aux libertés publiques. Peu importe pour Jean-Luc Mélenchon que ses supplétifs s’indignent, le coup est déjà réussi: il a pris à témoin publiquement l’électorat de gauche qui aura du mal à comprendre ce refus de constituer un groupe à l’Assemblée alors que jusque-là tous ses partenaires étaient d’accord sur tout avec l’insoumis jusqu’à clamer « Mélenchon premier ministre ! ».

Les désaccords profonds entre toutes ces formations de gauche n’avaient donc été mis entre parenthèses que pendant quelques semaines de campagne. Ils demeurent donc et heureusement d’ailleurs, que cette alliance n’a pas gagné les élections, elle aurait été bien incapable de diriger le pays au vu de l’ampleur de ses divisions.

On constate que cette alliance n’était bien qu’un cartel électoral, une conjonction d’intérêts électoraux à très court terme et dans laquelle les différences de fond demeurent. Le principal ciment de cette alliance était et demeure, l’antimacronisme.

Quel est le nouvel équilibre des forces entre les différents partis de gauche ?

Cet équilibre repose très clairement sur l’hégémonie de Jean-Luc Mélenchon. Il a construit cette hégémonie avec son score au premier tour de l’élection présidentielle et il l’a confortée avec cette alliance de la Nupes qu’il a réussi à faire avaler, si j’ose dire, et même digérer par tous ses partenaires, de Julien Bayou à Olivier Faure. Ils se sont tous rangés sans ciller derrière Jean-Luc Mélenchon, le programme des Insoumis et le mot d’ordre « Élisez-moi à Matignon ». Seul Fabien Roussel a fait preuve d’un peu de résistance en essayant de conserver un semblant d’autonomie.

Dès lors, le rapport de forces internes à la gauche est extrêmement clair: ce qui reste de la gauche, c’est une gauche mélenchoniste, voire mélenchonisée. Les autres ne sont que des supplétifs. Le risque qu’ils courent, et qu’ils ont accepté de prendre dès lors qu’ils ont conclu cette alliance qui allait à l’encontre de nombre de leurs convictions, en particulier celles des écologistes et des socialistes sur les questions européennes, est celui de devenir les supplétifs, voir les complices de la gauche mélenchoniste et radicale.

Cette union entérine-t-elle un effacement de la gauche sociale-démocrate, initié lors des dernières élections présidentielles (2017 et 2022) ?

C’est le drame qu’entraîne cette union: la gauche sociale-démocrate, la gauche réformiste, celle qui accepte de s’atteler au réel, de le changer, de la réformer et de le corriger, s’est ralliée, rangée et même dissoute dans la gauche radicale. De nombreux responsables du Parti socialiste ont préféré rogner sur une grande partie de leurs convictions pour sauver quelques mandats de députés. Et le résultat accouche finalement d’une grande stabilité pour le PS: c’est le seul partenaire qui n’a pas progressé en nombre de députés. Tout ça pour ça…

Mais ce reniement a de lourdes conséquences. En effet, cette gauche-là a rompu avec la culture de gouvernement pour préférer se réfugier dans l’imprécation, l’indignation, la radicalité. Les réformistes se sont enfermés dans une posture qui les tient durablement éloignés du pouvoir et leur influence s’est de plus en plus marginalisée.

Le problème c’est que cette gauche réformiste s’est engagée dans cet engrenage au risque d’être avalée et détruite par la gauche radicale mélenchoniste. Même si les socialistes reprennent de la distance à l’Assemblée nationale en conservant leur propre groupe, dans l’esprit des électeurs de gauche, ils se sont dissous dans le mélenchonisme. Cette gauche radicale est, à mon sens, durablement minoritaire dans le pays. Elle a avalé et anéanti ce qui restait de la gauche réformiste et ne pourra pas reconquérir le pouvoir avant très longtemps.

131 sièges, c’est le plus bas score de la gauche en nombre de députés aux législatives, à l’exception de 1993 et 2017.

La Nupes a finalement obtenu 131 sièges Doit-on considérer cela comme une victoire ou une défaite de la gauche ?

C’est un échec assez net. 131 sièges, c’est le plus bas score de la gauche en nombre de députés aux législatives, à l’exception de 1993 et 2017. Bien sûr, il y a un progrès par rapport à 2017: le nombre de députés a doublé. Mais Jean-Luc Mélenchon espérait beaucoup mieux et sa défaite est claire. Le nombre de députés de gauche est inférieur à celui qu’elle détenait dans l’Assemblée nationale lors de ses défaites législatives de 2002, après la réélection de Jacques Chirac à l’Élysée, et en 2007, après la victoire de Nicolas Sarkozy. Rappelons qu’en 2002, la gauche était déjà absente du second tour de l’élection présidentielle. Il n’y a que lors des débâcles de 1993 et 2017 que la gauche a eu moins de députés que cette année.

C’est une nette défaite en voix d’abord: il n’y a eu aucune dynamique électorale. L’accord de la Nupes n’a pas rapporté de suffrages à la gauche qui reste au même niveau qu’en 2017. En fait, c’est un succès stratégique certes, car la stratégie d’union a permis à la gauche de limiter les dégâts en nombre d’élus, mais c’est avant tout un échec électoral et politique.

Plus grave, c’est même une défaite idéologique parce que cette gauche s’est rangée sur une ligne radicale, contestataire et protestataire qui va la tenir éloignée du pouvoir. Elle sera représentée à l’Assemblée nationale par une grande partie de députés eux-mêmes essentiellement contestataires et qui n’ont aucune culture de gouvernement et ne veulent pas l’acquérir. Ils se prétendent les porte-parole du « peuple en colère » et ne vont siéger que pour protester et bloquer. Ce n’est pas sur ces bases que la gauche peut essayer de se reconstruire pour essayer de reconquérir le pouvoir demain et se mettre à nouveau à essayer de transformer, changer et améliorer le réel.


À VOIR AUSSI - Législatives: Olivier Faure juge que «c’est une folie» de considérer la gauche comme antirépublicaine

Législatives : cette gauche lutte qui cautionne l’oppression ailleurs

Législatives : cette  gauche lutte qui  cautionne l’oppression ailleurs Pour les électeurs de gauche qui épousent le programme social et écologique de Jean-Luc Mélenchon, il est douloureux de devoir composer avec ses positions sur le pouvoir russe, sur la Syrie ou ses silences sur le sort des Ouïgours en Chine Par Jean Birnbaum dans le Monde   En 1936, un écrivain signe une lettre magnifique, qui tient une place d’honneur dans les archives de la lucidité. Le militant libertaire Victor Serge (1890-1947) s’adresse à André Gide, compagnon de route du Parti communiste français. Quand il interpelle le célèbre auteur français, Victor Serge sort à peine des geôles soviétiques. Né à Bruxelles dans une famille modeste, il aura été de tous les combats. En 1919, il se bat aux côtés des bolcheviques. Exclu du Parti en 1928, puis arrêté, il a connu les procès truqués, les camps, le climat de délation généralisée, qu’il décrira dans ses romans, à commencer par S’il est minuit dans le siècle (1939), son chef-d’œuvre. Il est libéré en 1936 grâce à une campagne internationale menée par André Malraux, Romain Rolland et André Gide. La lettre qu’il envoie plus tard à ce dernier conjugue gratitude et franchise. Il y exhorte l’auteur des Nourritures terrestres à rompre avec l’aveuglement et à reconnaître les immenses crimes commis au nom de l’idéal communiste : « Si je vous comprends vraiment, cher André Gide, votre courage a toujours été de vivre les yeux ouverts, note-t-il. Vous ne pouvez pas les fermer aujourd’hui sur cette réalité. » Ainsi, demande Victor Serge, peut-on prétendre combattre le fascisme en Europe quand on cautionne l’épuration de masse en Russie ? Il prévient : « Nous faisons front contre le fascisme. Comment lui barrer la route avec tant de camps de concentration derrière nous ? »

 

Un paradoxe douloureux Avec ce courrier, Victor Serge transmettait le flambeau d’une tradition certes minoritaire mais longtemps prestigieuse parmi les progressistes : celle d’une gauche antitotalitaire et internationaliste qui voulait maintenir vivante l’espérance socialiste malgré le cauchemar soviétique. Cet internationalisme antistalinien, qui héritait lui-même du cosmopolitisme des Lumières, affirmait un principe simple : on ne peut prétendre lutter pour l’émancipation ici quand on cautionne l’oppression ailleurs. Ce principe a largement structuré ce qu’on appelle « la gauche », bien au-delà de ses seules franges révolutionnaires. Au fil du temps et à travers les épreuves (guerre d’Espagne, conflits coloniaux…), il aura été maintes fois malmené. Notre époque nous permet de vérifier qu’il est maintenant mort et enterré. Paradoxe douloureux : en France, l’homme qui aura joué le rôle de fossoyeur est aussi celui dont on aurait pu attendre qu’il sauve cette morale internationaliste. Car enfin, Jean-Luc Mélenchon, désormais chef tout-puissant des gauches françaises, n’a-t-il pas été formé à l’école du trotskisme ? N’a-t-il pas lu les textes des dissidents antistaliniens, et notamment ceux de Victor Serge, qu’aimaient citer ses anciens camarades lambertistes ? N’a-t-il pas été imprégné par le souci du monde qui fait depuis toujours l’identité de cette maigre troupe révolutionnaire ? En théorie, si. Dans un entretien publié par la Revue internationale et stratégique (n° 100, 2015), il déclarait d’ailleurs : « J’ai toujours considéré que la géopolitique commandait la politique. » Mais, justement, si l’on prend M. Mélenchon au mot, et si l’on admet que sa géopolitique « commande » sa politique, alors il apparaît que celle-ci vise autre chose qu’un avenir d’émancipation. L’histoire de ses prises de position, même récentes, l’atteste.

Gauche: L’union des désaccords

Gauche: L’union des désaccords

 

 

Les récentes fractures identitaires dans les rangs de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale illustrent d’autres clivages au sein de cette alliance, observe dans sa chronique Philippe Bernard, éditorialiste au « Monde ».

 

En politique aussi, les lapsus, les faux pas sont souvent révélateurs. Coup sur coup, des acteurs politiques de gauche viennent de poser des actes qui confirment le poids des débats identitaires dans leurs rangs. Au moment même où le camp progressiste affiche un « programme commun » est ainsi mise en lumière sa division sur les sujets fondamentaux que sont le féminisme, le racisme et l’islam politique.

En choisissant de mener campagne pour autoriser le burkini dans les piscines de sa ville, Eric Piolle, maire (Europe Ecologie-Les Verts) de Grenoble, a suscité la polémique dans sa propre majorité municipale. Tandis qu’il défendait, au nom du « progrès social » et de « la liberté », le droit pour les femmes de se baigner en portant ce maillot couvrant le corps et la tête prôné par les courants radicaux de l’islam, d’autres élus de son bord dénonçaient ledit burkini comme le vecteur d’« un discours qui remet en cause l’émancipation des femmes ».

Eric Piolle a transformé une affaire locale, et qui aurait dû le rester, en une controverse nationale dont font leur miel non seulement la droite et l’extrême droite – Marine Le Pen pourfend désormais la « coalition burkini » –, mais aussi les courants islamistes qui font du maillot couvrant un marqueur de leur influence et cherchent à culpabiliser les femmes qui ne le portent pas.

En tombant dans leur piège pour d’obscurs bénéfices politiques, le maire s’est, en tout cas, posé en promoteur d’une gauche ouverte aux logiques communautaristes. Alors que la question des tenues de bain est davantage une question d’hygiène que de laïcité – celle-ci pose le principe de la liberté dans l’espace public –, elle permet à la droite de s’approprier un peu plus encore l’étendard laïque dérobé à la gauche, et exacerbe la division de celle-ci sur le sujet.

Le scénario qui a conduit au retrait de la candidature du journaliste et militant Taha Bouhafs de l’investiture de La France insoumise (LFI) à Venissieux (Rhône) met en cause, lui, l’étonnante question de la compatibilité entre antiracisme et féminisme. Le choix par LFI, début mai, de cet homme de 25 ans, né de parents algériens, pourfendeur du racisme « systémique » dans la police et habitué des polémiques sur les réseaux sociaux, a déclenché une tempête de réactions hostiles. Certaines directement racistes, d’autres liées au choix par les « insoumis » d’un homme condamné en septembre 2021 pour « injure publique à raison de l’origine », pour avoir qualifié d’« Arabe de service » la policière et syndicaliste Linda Kebbab. Qu’il ait fallu l’intervention du communiste Fabien Roussel pour contester ce choix donne la mesure du gouffre qui sépare les familles de la gauche sur l’antiracisme.

Sondage Législatives 2022 : 49% de Français veulent un premier ministre de gauche….Mais pas les électeurs !

Sondage Législatives 2022 : 49% de Français veulent un premier ministre de gauche….Mais pas les électeurs !

Selon un sondage Ifop pour Le JDD 49% d’entre eux espèrent ainsi que le prochain locataire de Matignon soit une personnalité de gauche.

 

Dans le détail, ce sont les jeunes, potentiellement ceux ayant le plus voté pour Jean-Luc Mélenchon, qui souhaitent un chef du gouvernement de cette tendance-là. D’autant que le chef de l’Etat lui-même avait dressé après sa victoire un premier portrait-robot : une personne «attaché à la question sociale, à la question environnementale et à la question productive». Autre élément à prendre en compte, cette même volonté chez les sympathisants du RN et ceux du parti présidentiel. Car si bien évidemment 92% des électeurs de gauche veulent que leurs idées arrivent au pouvoir, un tiers des soutiens d’Emmanuel Macron et 25% des partisans de Marine Le Pen y aspirent également. Une part non négligeable qui s’explique en partie par l’expression des catégories populaires de vouloir bénéficier de mesures plus sociales.

Les électeurs contredisent les Français

Paradoxe, selon un sondage OpinionWay-Kéa Partners, pour  Les Échos et Radio classique , Il y aurait entre 310 et 350 sièges à l’Assemblée à l’issue des législatives des 12 et 19 juin prochain pour la majorité présidentielle. Selon ce sondage, l’union de la gauche pourrait aussi investir entre 135 et 165 députés et devenir, devant la droite, la première force d’opposition du pays. Selon ce même sondage, Les Républicains passeraient de 101 députés actuellement à entre 50 et 70 dans la prochaine législature.Et le Rassemblement national pourrait obtenir entre 20 et 40 sièges et ainsi constituer un groupe parlementaire. C’est une avancée pour le parti, mais un faible score au vu de son nombre de voix récoltées au second tour de la présidentielle.

 

 

Europe et gauche : Les contradictions de la désobéissance

Europe et gauche : Les contradictions de la désobéissance 

 

La désobéissance préconisé par la gauche des insoumis constitue un slogan d’opposition et non une posture de parti de gouvernement. Soulignant la contradiction du discours de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) qui prône la « désobéissance » aux règles européennes tout en respectant l’Etat de droit, Thomas Destailleur, chercheur spécialisé en droit de l’Union européenne, souligne dans une tribune au « Monde » le glissement dangereux que cela produirait sur le terrain du droit.

 

Annoncé par certains comme les prémisses d’une union historique de la gauche, l’accord LFI-EELV pour les prochaines élections législatives a fait l’objet d’un communiqué de presse remarqué et très discuté le 2 mai. Le sujet de l’Europe y occupe une place prépondérante puisque pratiquement 40 % du communiqué a pour objet de dresser l’inventaire des positions communes aux deux formations politiques.

Si le communiqué commun rappelle que « pays fondateur de l’Union européenne, la France ne peut avoir pour politique ni la sortie de l’Union, ni sa désagrégation, ni la fin de la monnaie unique », c’est immédiatement pour clamer qu’il faut être « prêts à désobéir à certaines règles européennes », aux premiers rangs desquelles « le pacte de stabilité et de croissance, le droit de la concurrence, les orientations productivistes et néolibérales de la politique agricole commune ».

Et le communiqué de conclure que cette désobéissance « ne peut se faire que dans le respect de l’Etat de droit (tel que défini aux articles 2 et 7 du traité sur l’Union européenne) ». Suivi depuis par le communiqué LFI-PCF puis LFI-PS, le terme de « désobéissance » y revient à chaque reprise et constitue l’un des marqueurs de la Nouvelle Union populaire écologiste et sociale (Nupes) qu’une récente tribune de Manon Aubry a entendu préciser.

Les références aux articles 2 et 7 du traité sur l’Union européenne (ci-après TUE) et l’Etat de droit présentent une lecture discutable des règles européennes. Que prévoient ces deux articles ? L’article 2 TUE liste plusieurs valeurs communes à l’Union européenne parmi lesquelles figurent la dignité humaine, les droits des minorités ou encore l’Etat de droit, tandis que l’article 7 TUE prévoit une procédure d’alerte et de sanction pour un Etat membre ne respectant pas ces valeurs (les procédures qui n’ont jusqu’à présent rien donné contre la Pologne et la Hongrie).

La Cour de justice de l’UE a rappelé dans deux arrêts du 16 février que l’Etat de droit renvoie à l’existence d’un droit sûr et prévisible, une soumission de toute personne – puissance publique comprise – au droit existant et la présence d’un recours effectif devant les juridictions compétentes pour en vérifier la bonne application.

 

Or, la désobéissance ne donne aucune stabilité au droit, implique une méconnaissance des engagements et obligations juridiques auxquels la France a souscrits et une émancipation face aux procédés juridictionnels existants. En d’autres termes, prôner la désobéissance aux règles européennes tout en respectant l’Etat de droit, c’est en réalité dire exactement l’inverse.

La gauche : panne d’imaginaire ou de réel ?

La gauche : panne d’imaginaire ou  de réel ?

Un livre qui pose de vraies questions mais qui pourraient en partie être résolues si la gauche réelle était présente au côté des bobos et autres fonctionnaires qui dirigent les partis de gauche.

Interview du philosophe Michaël Foessel dans »Le monde »

Philosophe, professeur à l’Ecole polytechnique, Michaël Fœssel a notamment publié La Nuit. Vivre sans témoin (Autrement, 2018) et Récidive. 1938 (PUF, 2019). Auteur récemment de Quartier rouge. Le Plaisir et la gauche (PUF, 204 p., 17 euros), essai destiné à retrouver la dimension politique et subversive du plaisir, il analyse la façon dont « les idéaux de justice sociale et écologique cessent d’être punitifs quand ils sont à la source d’expérimentations sensibles heureuses ».

 

La gauche semblait, selon vous, bouder le plaisir. L’a-t-elle retrouvé et a-t-elle réussi à en donner avec cette Nouvelle Union populaire écologique et sociale ?

Une des dimensions de l’art politique est de transformer les défaites présentes en promesses de victoires. Avec toutes les précautions qui s’imposent, la comparaison entre la situation actuelle de la gauche et le Front populaire peut se justifier à ce niveau. Le Front populaire est né d’une réaction au 6 février 1934, lorsque la menace d’extrême droite est devenue perceptible. Le désir de trouver un débouché positif au rejet du nationalisme identitaire joue aussi un rôle dans la reconfiguration actuelle. Beaucoup d’électeurs de gauche sont las de devoir éliminer à la dernière minute l’extrême droite des urnes sans que ne soient jamais combattues sérieusement les causes de son succès.

On ne sait pas encore si, au-delà des jeux d’appareil, cette démarche unitaire suscitera de l’enthousiasme. Mais on peut se souvenir qu’en 1936 la victoire du Front populaire s’est accompagnée d’une forme d’allégresse collective, que la gauche pourrait revivre. A propos des occupations d’usine où le plaisir a subitement investi les lieux dévolus au labeur, la philosophe Simone Weil (1909-1943) évoquait « la joie de vivre, parmi ces machines muettes, au rythme de la vie humaine ». Aujourd’hui comme hier, les passions joyeuses sont le meilleur antidote aux passions tristes.

 

On disait les gauches « irréconciliables ». Etait-ce une illusion ou bien la gauche a-t-elle compris que le temps du dépassement de l’opposition entre le social et le sociétal était désormais venu ?

Seule une opposition abstraite entre le social et le sociétal rend les gauches « irréconciliables ». Selon un schéma désormais éprouvé, la gauche radicale s’empare du premier et la gauche réformiste se consacre au second. Plus récente et encore plus absurde, la distinction entre la « gauche quinoa » et la « gauche carnivore » politise la question des mœurs d’une manière particulièrement abstraite. Il est pourtant facile de voir que l’alimentation se situe au point de rencontre entre le social et le sociétal. La nourriture engage aussi bien une réflexion en termes de production industrielle et de partage des richesses qu’un examen de nos modes de vie confrontés à la crise écologique. Le marqueur principal de la gauche est l’égalité. Or, l’égalité entre les formes de vie ne se laisse pas séparer de l’égalisation des conditions économiques. A ce titre, il ne sert à rien de convaincre les plus pauvres de modifier leurs habitudes alimentaires tant qu’ils percevront ces habitudes comme une forme de résistance à un monde dont les évolutions les inquiètent.

Gauche : une apparence de rassemblement

Gauche : une apparence de rassemblement

 

 

L’accord conclu entre La France insoumise, EELV, le PCF et le PS est moins un programme de gouvernement, contrairement à ce que ses promoteurs disent, qu’une union électoraliste pour devenir la principale force d’opposition à Emmanuel Macron estime un papier du » Monde » . 

 

Les électeurs de gauche ont tranché le 10 avril. En propulsant le candidat de La France insoumise à seulement 420 000 voix d’un second tour face à Emmanuel Macron, ils ont fait de Jean-Luc Mélenchon le maître du jeu au sein de leur camp. Ce faisant, ils ont validé son pari tactique qui a consisté à négliger une introuvable unité avant la présidentielle pour mieux l’imposer à ses conditions après cette dernière.

La manœuvre a été exécutée en un temps record depuis le 24 avril, permettant de transformer, du moins en apparence, la troisième défaite d’affilée de l’ancien socialiste en tremplin vers un « troisième tour ». Il s’agit de celui des élections législatives, fixées au 12 et 19 juin, qui promettent d’être plus disputées qu’anticipé, même si la coalition présidentielle en reste la favorite.

Ce regroupement à gauche a une apparence et une réalité. L’apparence est celle d’une union qui pousse ses architectes et ses supporteurs à convoquer bruyamment l’Histoire en traçant des parallèles avec le Front populaire de 1936, l’Union de la gauche adossée au programme commun de gouvernement de 1972 et la gauche plurielle de 1997, synonymes à chaque fois de conquête du pouvoir.

La réalité est un accord purement électoraliste qui a pour objectif, pour chacun des participants, soit de limiter ses pertes, soit de maximiser ses gains. Les écologistes, les communistes et les socialistes, affaiblis par les scores piètres, voire désastreux, de leurs candidats respectifs au soir du 10 avril, n’ont eu d’autre solution que le premier calcul. Le second est celui que fait La France insoumise, qui avait dû se contenter de dix-sept sièges de députés en 2017, alors que le Parti socialiste, pourtant laminé au premier tour de la présidentielle, en avait obtenu bien plus.

Le résultat est donc le produit de marchandages inhérents à la politique, dans lesquels est également entré en considération l’accès au financement public (en fonction du nombre de candidats présentés et élus), ou encore la capacité de se constituer en groupe à l’Assemblée nationale (le seuil est de quinze parlementaires).

Le Canossa des défaits a non seulement été illustré par le faible nombre de circonscriptions électorales favorables qui leur a été alloué, mais également par un alignement sur les exigences programmatiques de La France insoumise. Finalement, la somme des contorsions sémantiques, des silences assourdissants, ou bien des reniements consentis par les écologistes et les socialistes, principalement à propos de l’Union européenne, pèse lourd.

Cela n’en fait cependant pas un programme de gouvernement, contrairement à ce que Jean-Luc Mélenchon va probablement s’efforcer de faire accroire pour combattre une abstention qui pourrait tout particulièrement le pénaliser en juin. Si on lui applique l’analyse qu’il a été prompt à développer, le vote utile à gauche qui a porté le chef de La France insoumise au premier tour ne vaut sans doute pas plus adhésion à son programme de rupture que celui qui a permis la réélection d’Emmanuel Macron.

Même en écartant le facteur aggravant des détestations recuites et réciproques, les divergences entre les familles de la gauche exprimées pendant la campagne présidentielle sont réelles, profondes et insolubles dans une campagne législative. L’objectif de devenir la principale force d’opposition au président réélu peut permettre de s’en accommoder, tant bien que mal, à titre provisoire. Pas celui d’exercer les responsabilités.

 

Gauche et retour de la justice sociale ? (Thomas Piketty)

Gauche et retour de la justice sociale ? (Thomas Piketty)

 

Dans sa chronique au Monde , l’économiste salue avec enthousiasme la naissance de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale et estime qu’en ces temps marqués par l’inflation, il sera « indispensable de mettre à contribution les plus aisés ».

 

 

Disons-le d’emblée : l’accord conclu par les partis de gauche est une excellente nouvelle pour la démocratie française et européenne. Ceux qui y voient le triomphe de la radicalité et de l’extrémisme n’ont visiblement rien compris aux évolutions du capitalisme et aux défis sociaux et environnementaux auxquels nous faisons face depuis plusieurs décennies.

En réalité, si l’on examine les choses sereinement, le programme de transformation proposé en 2022 est plutôt moins ambitieux que ceux de 1936 ou de 1981. Plutôt que de céder au conservatisme ambiant, mieux vaut le prendre pour ce qu’il est : une bonne base de départ sur laquelle il est possible de s’appuyer pour aller plus loin.

Le programme adopté marque d’abord le retour de la justice sociale et fiscale. Alors que l’inflation a déjà commencé à amputer les revenus et les économies des plus modestes, il est urgent de changer de cap. Ceux qui prétendent que le « quoi qu’il en coûte » ne sera payé par personne mentent aux citoyens. Pour protéger les plus fragiles des effets de l’inflation et pour financer les investissements dans la santé, l’éducation et l’environnement, il sera indispensable de mettre à contribution les plus aisés.

Entre 2010 et 2021, les 500 plus grandes fortunes françaises sont passées, d’après le magazine Challenges (peu suspect de gauchisme), de 200 milliards à près de 1 000 milliards, c’est-à-dire de 10 % du PIB à près de 50 % du PIB. La hausse est plus forte encore si l’on élargit la focale et que l’on examine les 500 000 plus grandes fortunes (1 % de la population adulte), qui dépassent aujourd’hui les 3 000 milliards d’euros (6 millions d’euros par personne, selon la World Inequality Database), contre à peine 500 milliards pour les 25 millions les plus pauvres (50 % de la population adulte, détenant chacun 20 000 euros en moyenne). Choisir au milieu d’une telle période de prospérité spectaculaire des plus hauts patrimoines et de stagnation des plus modestes de supprimer le maigre impôt sur la fortune, alors que, de toute évidence, il aurait fallu l’alourdir, témoigne d’un curieux sens des priorités. Les historiens qui se pencheront sur cette période ne seront pas tendres pour les gouvernements Macron et leurs soutiens.

Le premier mérite des partis de gauche est d’avoir su dépasser leurs conflits afin de s’opposer ensemble à cette dérive. Au-delà du rétablissement de l’impôt sur la fortune, il est proposé de transformer la taxe foncière en un impôt progressif sur le patrimoine net, ce qui permettrait de fortes réductions d’impôt pour des millions de Français surendettés des classes populaires et moyennes. Pour favoriser l’accès à la propriété, l’ensemble pourrait être complété, à terme, par un système d’héritage minimum pour tous.

Il y a encore une place pour la gauche ?

Il y a encore une place pour la gauche ? mais laquelle ?

 

Le Collectif Télémaque, regroupant des cadres de la fonction publique française et européenne ainsi que du secteur privé, estime, dans une tribune au « Monde », que la gauche de gouvernement a toujours sa pertinence, en dépit de ses résultats décevants à la récente présidentielle.

 

L’élection présidentielle de 2022 a fait émerger trois grands blocs politiques. Cette tripartition reflète pourtant assez mal les identités politiques de la société française, tant le vote utile a joué à plein. La logique du scrutin présidentiel a fait disparaître la gauche de gouvernement, qui a souffert de l’absence d’une candidature de rassemblement, d’une incarnation suffisamment forte et d’une offre politique lisible.

Pourtant, la gauche de gouvernement, aux affaires dans les principaux pays de l’Union européenne – de l’Allemagne au Portugal, en passant par l’Italie et l’Espagne, mais aussi la Suède, le Danemark et la Finlande –, a toute sa place sur l’échiquier politique. Nous souhaitons le rappeler, au moment où un accord se profile entre le PS et LFI.

Contre les dérives césaristes

Pour ce faire, valeurs et responsabilité doivent demeurer les marqueurs de ce courant politique. Les valeurs sans la responsabilité, la tête sans les mains, conduisent, comme toujours, aux déceptions de l’exercice du pouvoir, souvent funestes pour les plus fragiles. La responsabilité sans les valeurs, ou le règne de la technocratie, est, comme un canard sans tête, le règne de l’administration administrante, de la bonne gestion conçue comme une fin en soi.

Il est, toutefois, possible de dépasser cette alternative en réaffirmant les quatre piliers indissociables qui caractérisent la gauche de gouvernement et dans lesquels se reconnaît son électorat : le progrès social, l’écologie, la démocratie pluraliste et l’Europe. A première vue, on pourrait penser qu’Emmanuel Macron pèche sur les deux premiers et Jean-Luc Mélenchon sur les deux derniers. A y regarder de plus près, ils sont tous deux en défaut sur les quatre dimensions.

Défendre la démocratie pluraliste, c’est retrouver le sens profond des institutions républicaines, contre les dérives césaristes, c’est revivifier la démocratie représentative des Assemblées et la démocratie sociale qui associe les syndicats et les associations à la conception des politiques publiques.

La gauche de gouvernement maintient que la construction patiente des compromis, la pédagogie de la réforme et l’équilibre des pouvoirs, y compris entre l’Etat et les collectivités territoriales, relèvent de la bonne politique et renforcent l’acceptabilité et la durabilité des réformes. C’est aussi être intransigeant sur les valeurs universelles, contre les discriminations, sans céder aux tentations identitaires de quelque forme qu’elles soient : c’est faire primer la citoyenneté commune sur les nations ou les religions. C’est défendre la raison et la science contre le complotisme.

Sondage Législatives : 86 % des électeurs de gauche pour l’union

Sondage Législatives : 86  % des électeurs de gauche pour l’union

Selon l’enquête Odoxa Backbone-Consulting pour Le Figaro, l’alliance aux législatives est plébiscitée par les sympathisants : 86% d’entre eux la souhaitent. Parmi eux, 70% aspirent à une alliance impliquant les Insoumis.Jusque-là, les soutiens du parti de la rose aspiraient à une forme d’hégémonie au sein de la gauche. «À condition que le PS soit le leader, indique Gaël Sliman. Mais quand on fait dix fois moins que son adversaire à la présidentielle, le drame est que les sympathisants socialistes finissent par accepter l’idée qu’on puisse organiser des accords dans lesquels Jean-Luc Mélenchon serait la pierre angulaire du dispositif.»

À droite, en revanche, l’alliance est plus complexe ou plutôt, moins naturelle. Le concept d’«union des droites», qui illustre l’alliance des personnalités politiques des Républicains, du Rassemblement national et de Reconquête!, est rejeté par une majorité des Français (62%) contre 31% des sympathisants de droite. «Le front républicain et la ligne rouge qui existaient autrefois entre le RPR et le FN ont évolué», analyse Gaël Sliman.

Ceci étant dit, les sympathisants LR sont nettement moins favorables à une alliance en vue des législatives (57%) quand une nette majorité des sympathisants RN, eux, le sont (78%). Du côté des soutiens du parti d’Éric Zemmour, plus de 9 sympathisants sur 10 se prononcent pour ce rapprochement. Si les soutiens du parti des Républicains souhaitent une union de leur famille politique avec d’autres partis, c’est d’abord avec La République en Marche (LREM) : 36% d’entre eux souhaitent un rapprochement avec le mouvement d’Emmanuel Macron contre 26% avec les partis situés plus à droite.

Enfin, près d’un Français sur deux est favorable à ce que LREM obtienne une majorité absolue à l’Assemblée nationale. «Chose étonnante, précise Gaël Sliman, seule une minorité (44%) des sympathisants LREM la souhaite. C’est comme s’ils se disaient : le président a remporté la présidentielle avec 31% des inscrits. Si en plus, on se retrouve avec une majorité absolue, la seule opposition qui pourra se faire entendre sera dans la rue. Il vaut mieux une opposition à l’Assemblée.»

Les électeurs de gauche pour l’union aux législatives

Les électeurs de gauche pour l’union aux législatives

Rien n’est gagné pour Macron aux législatives d’une part parce qu’une majorité relative se prononce pour un virage à gauche et que 56 % des personnes interrogées souhaitent qu’ils perdent les élections de l’Assemblée nationale. Selon un sondage Ipsos-Sopra Steria pour franceinfo, une majorité relative des personnes interrogées (43%) souhaite une politique  »ni plus, ni moins à gauche que lors du précédent quinquennat », contre 35% plus à gauche et 22% plus à droite. Au sujet des élections législatives, qui se dérouleront dans sept semaines, les 12 et 19 juin prochains, 56% des personnes interrogées souhaitent qu’Emmanuel Macron « perde les législatives », 20% souhaitent qu’il obtienne une majorité, et 24% d’entre eux jugent qu’il est « préférable par cohérence » qu’il obtienne une majorité.

Une écrasante majorité des sympathisants de gauche (93%) souhaitent une alliance pour ces élections legislatives. À droite, 37% des sympathisants du parti Les Républicains se disent en faveur d’un rapprochement avec LREM et la majorité présidentielle, 23% avec le Rassemblement national, et 40% ni avec l’un ni avec l’autre. Les sympathisants du Rassemblement national (74%) et de Reconquête (94%) se prononcent également en faveur d’une union des deux partis d’extrême droite, ce que ne souhaite pas une majorité des Français interrogés (65%) dans cette enquête.

*Ce sondage a été réalisé sur internet du 21 au 23 avril auprès de 4 000 personnes inscrites sur les listes électorales, constituant un échantillon représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La méthode des quotas a été appliquée.

Élection Présidentielle : Macron, à gauche toute !

Élection  Présidentielle : Macron, à gauche toute !

Pour Macron c’est un peu le sauve-qui-peut. Certes il est arrivé assez nettement en tête mais le problème c’est que sa réserve de voix est nettement moins importante  que celle de Marine Le Pen. En caus,e en particulier l’écroulement des républicains Macron a évidemment compris que le faiseur de rois sera pour cette élection Mélenchon qui a nettement dépassé les 20 %. Certes par idéologie Mélenchon a clairement affirmé qu’il ne voulait pas donner de voix à Marine Le Pen . Le  problème c’ est que les troupes suivent de moins en moins les appareils et leurs dirigeants. Ainsi des études d’opinions montrent que 25 à 30 % des électeurs de Mélenchon pourraient voter pour Le Pen moins par conviction que par détestation de Macron.

 

Du coup Macron multiplie les signes vis-à-vis de la gauche. Il a même cru révéler avoir envoyé un mail à Mélenchon qui par parenthèse n’avait strictement rien à voir avec le second tour des présidentielles. Toujours la même communication de Macron. Comme avec Poutine, l’important est de faire savoir qu’on a communiqué, peu importe le contenu.

 

Sur les retraites Macron semble prêt  à reculer y compris sur la date-butoir des 65 ans. Il envisage même éventuellement d’organiser un référendum. Une belle occasion de favoriser une grande confusion démocratique car on ne répond pas à des questions complexes isolées de leur contexte par un oui ou par un non. Mais sans doute s’agit-il d’un message adressé aux troupes de Mélenchon.  Ce n’est sans doute pas la dernière concession que Macron fera à la gauche. D’autres suivront comme la juste réévaluation des retraites. Le second tour se fera sur le thème social et chacun des deux protagonistes  avant les élections va sans doute promettre encore davantage à cette catégorie quitte d’ailleurs à faire l’impasse sur la dimension financière.

Présidentielle 2022: Macron, à gauche toute !

Présidentielle 2022: Macron, à gauche toute !

Pour Macron c’est un peu le sauve-qui-peut. Certes il est arrivé assez nettement en tête mais le problème c’est que sa réserve de voix est nettement moins importante  que celle de Marine Le Pen. En caus,e en particulier l’écroulement des républicains Macron a évidemment compris que le faiseur de rois sera pour cette élection Mélenchon qui a nettement dépassé les 20 %. Certes par idéologie Mélenchon a clairement affirmé qu’il ne voulait pas donner de voix à Marine Le Pen . Le  problème c’ est que les troupes suivent de moins en moins les appareils et leurs dirigeants. Ainsi des études d’opinions montrent que 25 à 30 % des électeurs de Mélenchon pourraient voter pour Le Pen moins par conviction que par détestation de Macron.

 

Du coup Macron multiplie les signes vis-à-vis de la gauche. Il a même cru révéler avoir envoyé un mail à Mélenchon qui par parenthèse n’avait strictement rien à voir avec le second tour des présidentielles. Toujours la même communication de Macron. Comme avec Poutine, l’important est de faire savoir qu’on a communiqué, peu importe le contenu.

 

Sur les retraites Macron semble prêt  à reculer y compris sur la date-butoir des 65 ans. Il envisage même éventuellement d’organiser un référendum. Une belle occasion de favoriser une grande confusion démocratique car on ne répond pas à des questions complexes isolées de leur contexte par un oui ou par un non. Mais sans doute s’agit-il d’un message adressé aux troupes de Mélenchon.  Ce n’est sans doute pas la dernière concession que Macron fera à la gauche. D’autres suivront comme la juste réévaluation des retraites. Le second tour se fera sur le thème social et chacun des deux protagonistes  avant les élections va sans doute promettre encore davantage à cette catégorie quitte d’ailleurs à faire l’impasse sur la dimension financière.

Présidentielle 2022 : Macon, à gauche toute pour le premier tour …. à droite toute pour le second ?

Présidentielle 2022 : Macron, à gauche toute pour le premier tour …. à droite toute pour le second ?

 

Pour son seul meeting à l’Arena na de la Défense, Macron a opéré un net rééquilibrage à gauche en égrenant à peu près toutes les catégories sociales auxquelles il a promis davantage de considération et de rémunération. De quoi satisfaire les sociaux-démocrates qui croient encore au Père Noël ou qui font semblant d’y croire en espérant surtout une petite place dans le panthéon gouvernemental futur.

C’est le fameux en même temps de Macron  dont on a bien du mal à saisir la ligne stratégique. Ultralibéral un jour et plus ou moins progressistes un autre. Les médias ont quand même remarqué le changement de ton lors de son dernier meeting . Une presse unanime.  »En meeting, Macron se repeint en rouge pour séduire la gauche », titre Libération« Le coup de barre à gauche d’Emmanuel Macron », appuie Le Point« Emmanuel Macron s’adresse à sa gauche et tente de rectifier le récit de sa campagne », embraye Le Monde. Le président sortant, candidat à sa réélection, vient d’orienter subitement sa campagne à gauche toute lors de son seul meeting de campagne, samedi 2 avril.

Macron essaye effectivement de faire oublier la gamelle qu’il traîne depuis son élection comme président des riches, ce qu’il est effectivement si l’on s’en tient aux mesures essentielles prises au cours du quinquennat ( et à ceux qui financent ses campagnes). Mais les virages ne sont sans doute pas terminés pour Macron car lors du second tour,  il lui faudra séduire ceux qui seraient tentés de voter Marine à peine. Du coup, le virage sera sans doute sociétal mais à droite. Là encore Macorn va promettre sans doute de réguler davantage l’immigration, la sécurité, l’ordre dans les banlieues, la lutte contre la drogue et les incivilités. Des terrains qu’il a plutôt négligés aussi.

Politique : un nouveau contrat social de la gauche ?

Politique : un nouveau contrat social de la gauche ?

 

Un collectif d’élus, de chercheurs, de militants associatifs, d’entrepreneurs et de décideurs publics, parmi lesquels Manon Aubry, Thomas Piketty, Axelle Lemaire ou Noël Mamère, lance un appel pour que la campagne électorale soit l’occasion de promouvoir un « nouveau contrat social », afin de « reconnecter les institutions publiques » à « la vitalité des acteurs engagés sur le terrain ».(Le Monde)

Un article qui n’est pas sans intérêt quant aux perspectives de reconstruction d’une gauche éclatée aujourd’hui et surtout perdue. Reste que cette réflexion est un peu trop partielle  sans doute pour constituer un corpus idéologique de gauche suffisamment crédible. La gauche devra sans doute prendre le temps pour se reconstruire avant de se précipiter dans des stratégies trop étriquées voire erronées. De ce point de vue , une cure de quelques années dans l’opposition sera sans doute salutaire. NDLR

Tribune.

 

Les défis démocratiques, écologiques et sociaux que notre société doit relever dans les décennies à venir sont colossaux. Les élections, temps fort de notre vie politique, devraient être l’occasion d’une ébullition de propositions enthousiasmantes pour y répondre.

Pourtant, la plupart des candidats nous proposent des solutions technocratiques ou passéistes qui vont, au mieux trop lentement, au pire dans le mauvais sens, sans créer de réel engouement. Depuis plus de trente ans, le débat public tourne en boucle sur les mêmes thèmes – baisse des impôts, réduction des dépenses publiques, insécurité, immigration –, sans chercher à ouvrir l’horizon des possibles.

Quel imaginaire collectif est aujourd’hui capable de répondre aux grands défis écologiques et sociaux ? Quelles transformations profondes de nos institutions envisager afin de soutenir les initiatives citoyennes d’intérêt collectif, comme celles qui ont vu le jour pour autoproduire des masques pendant la crise sanitaire ? Quel récit politique est en mesure de reconnecter les institutions publiques avec la vitalité des acteurs engagés sur le terrain ?

Nous sommes convaincus que la société des communs offre un nouveau récit et un socle programmatique dont la gauche française doit se saisir. La société des communs est structurée autour de communautés ouvertes de citoyens qui s’engagent ensemble pour produire et prendre soin des ressources, biens et services qui contribuent à leur épanouissement. Loin d’être une théorie politique de plus, la société des communs constitue un projet de société vivant, revendiqué par de nombreux mouvements sociaux et matérialisé par des pratiques alternatives qui se développent partout dans le monde.

En France, la coopérative Enercoop développe les énergies renouvelables en regroupant des dizaines de milliers de sociétaires producteurs et consommateurs. Le mouvement Terre de liens rachète des milliers d’hectares de terres agricoles qu’il met en commun pour les préserver de la spéculation foncière et en faciliter l’accès aux paysans pour une agriculture durable.

A l’international, les contributeurs de Wikipédia produisent la plus grande encyclopédie librement accessible jamais écrite par l’humanité. Les chercheurs et les entreprises engagés dans Open Source Drug Discovery collaborent pour produire des médicaments libres d’utilisation, afin de lutter contre des maladies tropicales qui touchent des millions d’individus.

Dans la société des communs, ceux qui produisent et prennent soin de ces ressources, biens et services communs ne s’engagent pas pour répondre aux besoins du capital, mais contribuent volontairement dans une logique de partage. Les décisions ne relèvent pas d’organisations hiérarchiques opaques, mais de formes transparentes d’autogouvernement. Les droits d’accès aux ressources indispensables à l’épanouissement et à l’émancipation ne sont pas déterminés par un propriétaire unique (privé ou public), mais sont garantis à tous, dans une logique de justice sociale et écologique.

 » La société des communs »: le nouveau contrat social de la gauche ?

«  La société des communs »: le nouveau contrat social de la gauche ?

 

Un collectif d’élus, de chercheurs, de militants associatifs, d’entrepreneurs et de décideurs publics, parmi lesquels Manon Aubry, Thomas Piketty, Axelle Lemaire ou Noël Mamère, lance un appel pour que la campagne électorale soit l’occasion de promouvoir un « nouveau contrat social », afin de « reconnecter les institutions publiques » à « la vitalité des acteurs engagés sur le terrain ».(Le Monde)

Un article qui n’est pas sans intérêt quant aux perspectives de reconstruction d’une gauche éclatée aujourd’hui et surtout perdue. Reste que cette réflexion est un peu trop partielle  sans doute pour constituer un corpus idéologique de gauche suffisamment crédible. La gauche devra sans doute prendre le temps pour se reconstruire avant de se précipiter dans des stratégies trop étriquées voire erronées. De ce point de vue , une cure de quelques années dans l’opposition sera sans doute salutaire. NDLR

Tribune.

 

Les défis démocratiques, écologiques et sociaux que notre société doit relever dans les décennies à venir sont colossaux. Les élections, temps fort de notre vie politique, devraient être l’occasion d’une ébullition de propositions enthousiasmantes pour y répondre.

Pourtant, la plupart des candidats nous proposent des solutions technocratiques ou passéistes qui vont, au mieux trop lentement, au pire dans le mauvais sens, sans créer de réel engouement. Depuis plus de trente ans, le débat public tourne en boucle sur les mêmes thèmes – baisse des impôts, réduction des dépenses publiques, insécurité, immigration –, sans chercher à ouvrir l’horizon des possibles.

Quel imaginaire collectif est aujourd’hui capable de répondre aux grands défis écologiques et sociaux ? Quelles transformations profondes de nos institutions envisager afin de soutenir les initiatives citoyennes d’intérêt collectif, comme celles qui ont vu le jour pour autoproduire des masques pendant la crise sanitaire ? Quel récit politique est en mesure de reconnecter les institutions publiques avec la vitalité des acteurs engagés sur le terrain ?

Nous sommes convaincus que la société des communs offre un nouveau récit et un socle programmatique dont la gauche française doit se saisir. La société des communs est structurée autour de communautés ouvertes de citoyens qui s’engagent ensemble pour produire et prendre soin des ressources, biens et services qui contribuent à leur épanouissement. Loin d’être une théorie politique de plus, la société des communs constitue un projet de société vivant, revendiqué par de nombreux mouvements sociaux et matérialisé par des pratiques alternatives qui se développent partout dans le monde.

En France, la coopérative Enercoop développe les énergies renouvelables en regroupant des dizaines de milliers de sociétaires producteurs et consommateurs. Le mouvement Terre de liens rachète des milliers d’hectares de terres agricoles qu’il met en commun pour les préserver de la spéculation foncière et en faciliter l’accès aux paysans pour une agriculture durable.

A l’international, les contributeurs de Wikipédia produisent la plus grande encyclopédie librement accessible jamais écrite par l’humanité. Les chercheurs et les entreprises engagés dans Open Source Drug Discovery collaborent pour produire des médicaments libres d’utilisation, afin de lutter contre des maladies tropicales qui touchent des millions d’individus.

Dans la société des communs, ceux qui produisent et prennent soin de ces ressources, biens et services communs ne s’engagent pas pour répondre aux besoins du capital, mais contribuent volontairement dans une logique de partage. Les décisions ne relèvent pas d’organisations hiérarchiques opaques, mais de formes transparentes d’autogouvernement. Les droits d’accès aux ressources indispensables à l’épanouissement et à l’émancipation ne sont pas déterminés par un propriétaire unique (privé ou public), mais sont garantis à tous, dans une logique de justice sociale et écologique.

 

Politique-Quel sens pour les concepts de gauche et de droite en France

Politique-Quel sens pour les concepts de gauche et de  droite en France

 

A la veille d’une nouvelle élection présidentielle, les Français ont-ils toujours des valeurs politiques très clivées ? Par Pierre Bréchon, Auteurs historiques The Conversation France; Bruno Cautrès, Sciences Po et Gilles Ivaldi.

Au cœur de cette campagne présidentielle, complexifiée par l’invasion de l’Ukraine et ses conséquences géopolitiques, de très nombreux articles et commentaires évoquent le brouillage des courants idéologiques au sein des forces politiques françaises. Ils n’en utilisent pas moins des vocables traditionnels tels que centre gauche, centre droit, gauche modérée ou radicale, « droite » des socialistes ou encore la « gauche » des Républicains. Que comprendre dans cette confusion à la fois sémantique mais aussi, parfois, idéologique ?

L’emploi généralisé – et pratique – des vocables de gauche et de droite remonte à un siècle ou deux, comme expliqué dans deux articles pour The Conversation, le premier juste avant l’élection présidentielle de 2017 pour rappeler cette histoire depuis la Révolution française, le second pour montrer que le vocabulaire fonctionnait toujours après l’élection, même si le nouveau président se voulait « ni gauche, ni droite » ou parfois « en même temps » de gauche et de droite.

D’après les enquêtes, les Français pouvaient toujours identifier le positionnement des hommes politiques en utilisant les critères de la gauche et de la droite, et qu’on observait toujours dans l’opinion de forts liens entre les valeurs des citoyens et leur positionnement sur une échelle gauche droite. Par ailleurs, les préférences en termes de politiques publiques sont, elles aussi, fortement marquées par la dimension gauche-droite : les citoyens qui veulent plus de dépenses publiques pour la santé et l’éducation ou qui ne souhaitent pas la réduction du nombre de fonctionnaires sont généralement plus à gauche, et ceux qui veulent plus de dépenses publiques et de moyens pour les politiques de sécurité ou plus de liberté pour les entreprises sont davantage à droite, comme l’ont montré plusieurs vagues l’enquête électorale 2017 du CEVIPOF, notamment les vagues 1 et 12.

Or, dans le même temps, depuis plusieurs décennies, un certain nombre d’observateurs critiquent ce vocabulaire qui, à leurs yeux, ne voudrait plus rien dire. Le sentiment d’une disparition du clivage gauche-droite est renforcé par le fait qu’une partie des électeurs est elle aussi dubitative à l’égard de notions dont elle ne perçoit plus véritablement le sens. Ce paradoxe s’explique assez bien : beaucoup de citoyennes et de citoyens ont l’impression que les gouvernants de droite et de gauche font à peu près les mêmes politiques, alors qu’eux même ont des valeurs assez marquées, soit à droite, soit à gauche.

Qu’en est-il en 2022, à la veille d’une nouvelle élection présidentielle complexifiée par la guerre en Ukraine ? Emmmanuel Macron vient juste d’officialiser sa candidature. Sa lettre aux Français dresse les grandes orientations de sa campagne, sans référence directe à la gauche et à la droite mais en utilisant discrètement des thématiques issues des deux camps, par exemple la lutte contre les inégalités ou l’invitation à la participation citoyenne pour la gauche, travailler plus et continuer la baisse des impôts pour la droite.

Les Français ont-ils toujours des valeurs politiques très clivées ? Quel impact peut avoir le fait que certains candidats, pour attirer davantage d’électeurs, peuvent parfois « brouiller les cartes » en retenant dans leur programme des positions nuancées, les unes renvoyant à des valeurs de droite, les autres à des valeurs de gauche ? L’importance du clivage de valeurs parmi les électeurs peut être analysée grâce aux résultats de deux enquêtes très récentes du Cevipof, le Baromètre de la confiance politique et l’Enquête électorale française.

Tout d’abord, l’enquête électorale mesure le positionnement de chacun sur l’échelle d’orientation politique, qu’on peut comparer aux résultats obtenus en décembre 2016. Dans les deux cas, seule une très faible minorité refuse de se positionner sur l’échelle gauche droite : 7% en 2022 contre 4% cinq ans avant. Les référentiels de la gauche et de la droite continuent donc de faire sens pour la très grande majorité des Françaises et des Français.

Le questionnaire du Baromètre de la Confiance politique récent énonce pour sa part des affirmations politiques renvoyant à des valeurs habituellement clivées entre gauche et droite dans trois domaines privilégiés : l’économie, l’immigration et l’islam, les questions de société. Qu’observe-t-on lorsqu’on considère les réponses de chaque groupe d’identité politique dans chacun de ces domaines ?

Pour l’économie tout d’abord  on voit que certaines affirmations, habituellement considérées comme de gauche – évoquant avec des termes nouveaux des opinions qui rappellent les discours de lutte des classes -, sont largement majoritaires dans l’opinion : pour 73% des répondants, l’économie fonctionne au bénéfice des patrons qui « exploitent » les travailleurs ; pour plus de la moitié (57%) des interviewés, il faudrait prendre aux riches pour donner aux pauvres pour établir la justice sociale.

Mais on trouve aussi des majorités conséquentes pour soutenir des idées économiques libérales, traditionnellement considérées comme de droite : les chômeurs sont suspectés de ne pas véritablement beaucoup chercher du travail par 61% des enquêtés ; il faudrait également réduire le nombre de fonctionnaires pour la moitié des répondants ; il faudrait aussi donner davantage de libertés aux entreprises (58%). La nécessité de se protéger dans un monde incertain et très concurrentiel est, elle, plus disputée -43% pensent que la France devrait se protéger davantage -, de même que le jugement sur l’appartenance de la France à l’Union européenne, qui est jugée positive par 43% des interviewés.

On peut en conclure qu’un certain nombre de Français, tout en étant très critique sur le fonctionnement d’une économie capitaliste, n’en accepte pas moins certains de ses fondements, manifestant non pas des incohérences mais des positions nuancées. On peut vouloir davantage de redistribution sociale tout en acceptant un système libéral.

Cela dit, pour chaque affirmation, on trouve de très fortes différences d’appréciation selon qu’on s’identifie à la gauche ou à la droite de l’échiquier politique, les opinions publiques montrant une certaine proximité avec les idées des candidats. La nécessité de se protéger avec des mesures de préférence nationale et de protectionnisme économique est au cœur des propositions des candidats d’extrême droite, Marine Le Pen et Éric Zemmour ; le discours de type anticapitaliste fait écho aux positions défendues par la gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon ou Fabien Roussel ; le discours assez disqualifiant sur les chômeurs renvoie à certains propos polémiques d’Emmanuel Macron, dont le quinquennat a été marqué par la droitisation et par la mise en œuvre de politiques sociales incitatives de teneur libérale.

Ces tendances en fonction de l’échelle gauche droite ne sont cependant pas toujours linéaires. On voit notamment que la droite radicale a des idées parfois plus sociales que la droite modérée, traduisant l’ancrage populaire de son électorat, en particulier celui de Marine Le Pen, par exemple sur le retour à la retraite à 60 ans.

Les affirmations sur l’immigration et l’islam aboutissent à des conclusions semblables. Près de deux tiers des Français jugent qu’il y a trop d’immigrés en France et ont peur de l’islam qui mettrait en danger les valeurs de la République. Dans le même temps, la moitié de la population juge que les immigrés sont une source d’enrichissement culturel, ce qui montre là encore des nuances dans le discours majoritaire.

Ici, le clivage gauche-droite est particulièrement saillant : pour chaque affirmation, les écarts entre gauche et droite sont très importants, montrant que ces questions polarisent fortement les opinions publiques, probablement plus fortement qu’autrefois.

Enfin, sur les questions concernant les problèmes de société, le sentiment général de ne plus se reconnaître dans les valeurs de la société française est majoritaire dans les cinq groupes de positionnement politique, mais cependant beaucoup plus marqué chez les Français s’identifiant à la droite et à l’extrême droite, adeptes des valeurs traditionnelles. Le recours à la procréation médicalement assistée pour les femmes seules et homosexuelles est, on le voit, largement accepté, mais beaucoup plus à gauche qu’à droite. Les réponses sur le rétablissement de la peine de mort sont très partagées mais fortement dépendantes de l’orientation politique des individus (de 26% dans la gauche radicale à 77% à l’autre extrémité de l’axe politique).

 

Au final, les données montrent que le clivage gauche-droite, s’il s’est affaibli au fil du temps et a perdu de sa signification aux yeux d’un nombre important de citoyens, continue de structurer de manière significative les attitudes et les valeurs des Françaises et des Français, dans le domaine économique comme sur les questions culturelles ou les grands enjeux de société.

Pour autant, les marqueurs de gauche et de droite ont évolué et ne recoupent plus nécessairement aujourd’hui les contours de groupes sociaux homogènes, de classe ou de pratique religieuse. Ces évolutions reflètent les changements qui se sont opérés dans les grandes valeurs des Françaises et des Français depuis le début des années 1980 l’individualisation de ces valeurs.

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Par Pierre Bréchon, Professeur émérite de science politique, Sciences Po Grenoble ; Bruno Cautrès, Chercheur en sciences politiques, Sciences Po et Gilles Ivaldi, Chercheur en science politique, Sciences Po.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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