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Comment préserver les forêts ?

Comment préserver les forêts ?

La question de l’avenir de nos forêts taraude la société dans son ensemble, des forestiers aux industriels de la transformation du bois en passant par les citoyens et usagers des forêts. Avec l’accélération du changement climatique, qui se traduit en France par une trajectoire de réchauffement à +4 °C en 2100, les superpouvoirs des forêts – sources de matières premières, puits de carbone, fonctions de régulation et de protection, réservoir de biodiversité, espace de bien-être – sont de plus en plus mis à mal. À titre d’exemple, la séquestration du CO2 par les arbres – qui contribue à réduire les effets du changement climatique via la photosynthèse – a fortement diminué. Dans ce contexte, l’État lance un programme de recherche sur la résilience des forêts, qui vise à accroître les connaissances pour accompagner la conception et l’expérimentation – sur la base de travaux scientifiques – de trajectoires d’adaptation flexibles afin d’améliorer la résilience des socio-écosystèmes forestiers.

 

par , Ingénieur de recherche en sciences politiques, Inraet ,Chercheur en génétique, Inrae dans The Conversation

Cette programmation scientifique interroge le rôle de la recherche face aux défis de l’accélération des changements globaux. En effet, les forêts sont des socio-écosystèmes (c’est-à-dire, des systèmes complexes impliquant des composantes biophysiques et écologiques, mais également sociétales, et notamment politiques et économiques, ndlr). Sous l’effet de facteurs d’origine climatique et anthropique, mais aussi des évolutions des attentes et besoins de la société, ces socio-écosystèmes sont mis sous tension.

« Agir dans un monde incertain » implique de redéfinir la place des connaissances et des activités scientifiques. De quoi accompagner de nouveaux modes de gouvernance des forêts, l’évolution de la trajectoire climatique et les processus de décision en matière de gestion forestière.
La forêt a longtemps été considérée comme un objet technico-administratif : son sort devait échapper aux vicissitudes d’une société dominée par des aspirations de court terme. L’expertise technique détenue par les professionnels et organismes de gestion forestière avait le monopole « du dire et du faire » et les organes administratifs maintenaient un certain cloisonnement du débat forestier.

À l’évidence, ce cadrage ne répond plus aux attentes ni aux aspirations d’une société qui souhaite se réapproprier les enjeux forestiers.

 

Dans le domaine scientifique, l’objet forestier est encore souvent appréhendé de façon mono disciplinaire, ce qui donne une vision partielle et restreinte des enjeux associés aux forêts. Par exemple, la vulnérabilité des forêts est en général étudiée sans prendre en compte les interactions entre aléas, et sans couplage avec les enjeux sociaux et économiques. De plus en plus de travaux cherchent néanmoins à développer des approches plus intégrées en articulant les regards disciplinaires.

Le concept de « socio-écosystème » est ainsi utilisé pour étudier les multiples interactions et interdépendances, à différentes échelles spatio-temporelles, qui déterminent l’avenir du secteur forêt-bois. Celles-ci s’opèrent entre, d’une part les dynamiques écologiques des arbres et des peuplements forestiers, de l’autre les représentations, comportements, pratiques, organisations et institutions des acteurs intéressés et concernés par les enjeux forestiers.

Voilà donc la première mission de la recherche : aider à penser le monde dans sa complexité, et dans le cas présent, aider à appréhender la forêt comme un « objet » ancré dans la société.

D’un côté, la forêt ne peut être réduite à des considérations sociotechniques et à des intérêts particuliers ;

de l’autre, il n’est pas possible de penser son avenir en se limitant à ses dynamiques naturelles et à sa contribution au bien commun.

Par conséquent, s’appuyer sur des approches scientifiques diverses permet d’élargir l’espace du débat public et de décloisonner les enjeux forestiers.

Conservation, atténuation… et adaptation
Depuis les débuts de l’ère industrielle, les forêts font l’objet de préoccupations environnementales en raison des conséquences, directes ou indirectes, des activités humaines.

Le paradigme conservationniste s’est alors développé, de manière progressive, autour des logiques de protection, de restauration et de limitation des impacts des activités humaines. À partir des années 1990, le paradigme de l’atténuation s’est aussi imposé dans beaucoup de régions du monde, et notamment en Europe : les forêts doivent soutenir les actions de réduction des émissions de gaz à effet de serre en stockant du carbone et en offrant des ressources alimentant une économie décarbonée.
Depuis quelques années, ces orientations paraissent toutefois incompatibles avec la dynamique d’évolution des forêts. La stratégie conservationniste ne peut pas être la réponse unique aux transformations profondes des socio-écosystèmes forestiers qui se profilent.

Et l’heure n’est plus à considérer les forêts comme des variables d’ajustement des stratégies d’atténuation, mais à envisager comme problème central les conditions de leur adaptation au changement climatique et du développement d’une bioéconomie forestière qui accompagne cet effort.

Dans la perspective d’opérer cette transition vers le paradigme de l’adaptation, il est attendu de la recherche qu’elle contribue à objectiver les enjeux et accompagne le développement d’alternatives.

La science joue un rôle décisif dans la mise à l’agenda du défi de l’adaptation et de son urgence. En complément des constats empiriques (incendies, dépérissements, tempêtes, etc.), les travaux académiques sur la dynamique d’évolution des socio-écosystèmes offrent une capacité de suivi et une vision dynamique, dans le temps et dans l’espace, du changement et de ses déterminants. Par exemple, le croisement des outils de monitoring (suivis terrain, télédétection) permet de suivre l’évolution de l’état de santé des forêts.

En situation de crise, les tensions entre les différents intérêts socio-économiques et écologiques sont exacerbées et un travail d’objectivation par la démarche scientifique peut contribuer à dépasser ces tensions pour partager une vision commune des problèmes.

L’adaptation doit aussi reposer sur une capacité à définir des trajectoires. La recherche est alors souvent mise à contribution pour proposer des solutions de court terme et des innovations « clés en main ».

Dans ce contexte d’incertitude, il faut changer la logique d’articulation entre connaissance et action. La recherche a dorénavant vocation à s’inscrire dans une dynamique d’expérimentation et de transformation des pratiques qui garantisse une capacité de résilience à long terme des socio-écosystèmes.

Sans abandonner les adaptations ponctuelles « tactiques » en réaction aux bouleversements, il faut glisser vers une adaptation « stratégique » qui assume une trajectoire de transformation de l’ensemble des composantes des socio-écosystèmes.

Nous devons partir du principe que la connaissance ne précède pas l’action, mais que l’une et l’autre s’alimentent grâce à une proximité plus forte entre les acteurs de la recherche et les acteurs de la forêt.

Comme évoqué, l’expertise technique de la « science forestière » a dirigé depuis le XIXe siècle les décisions en matière de gestion des parcelles et d’aménagement des propriétés forestières. Les fondements de ce processus de décision sont remis en question pour plusieurs raisons.

Il n’existe tout d’abord plus de corps socio-professionnel unifié porteur d’une expertise commune, mais une grande diversité de prescripteurs techniques qui développent leurs propres référentiels et orientations sylvicoles.

Les enjeux forestiers actuels impliquent en outre des processus de décision qui ne peuvent se limiter à un raisonnement à l’échelle de la parcelle ou la propriété mais doivent intégrer les échelles « fonctionnelles » (massifs forestiers, paysages, territoires, bassins d’approvisionnement, etc.).

Enfin, l’accélération brutale du changement climatique rend obsolète une part importante des connaissances empiriques existantes.

Dans ce contexte incertain qui expose le décideur à une prise de risque face à un futur inconnu, il est nécessaire de développer des processus de décision davantage fondés sur la connaissance.
Dans ce contexte, les travaux scientifiques peuvent d’une part servir de support à l’élaboration d’outils d’aide à la décision pour offrir à la diversité des prescripteurs techniques un socle commun de connaissances pour concevoir leurs référentiels de gestion.

La science a d’autre part vocation à fournir des éléments de caractérisation des différentes variables et de leurs interactions afin qu’elles soient prises en compte dans des modèles explicatifs, puis des outils d’aide à la décision multi-échelles.

La science doit finalement permettre d’intégrer la culture de l’incertitude et des risques multiples dans la décision, en encourageant le développement de connaissances sur la base de l’expérimentation et de la modélisation, en élargissant par la prospective le champ des possibles en matière de gestion et valorisation des forêts.

Un plan d’adaptation stratégique est donc une urgence absolue pour accélérer les transitions des forêts, favoriser leur résilience et assurer le maintien de leurs fonctions écologiques tout en accompagnant l’industrie face à un afflux de bois dépérissant aux propriétés potentiellement dégradées. Agir sans attendre, s’appuyer sur la science et la nature, suivre les évolutions en continu et construire des solutions collectives, constituent les quatre principes d’un plan d’action ambitieux pour la forêt et le bois.

Après  les incendies, pour une autre politique de régénération des forêts

Après  les incendies, pour une autre politique de régénération des forêts

 

Replanter des arbres, surtout d’une même espèce ou faiblement diversifiés, n’est pas toujours le choix le plus avisé, explique dans une tribune au « Monde » Sylvain Angerand, ingénieur forestier et coordinateur de l’association Canopée, qui appelle à une remise à plat de la filière bois.

 

Avec plus de 60 000 hectares de forêts partis en fumée, cet été a marqué le retour des grands incendies en France. Un risque qui ne va faire que croître avec les changements climatiques et qui devrait nous inciter à repenser en profondeur notre politique forestière. Pourtant, l’annonce d’un grand chantier national de reboisement pourrait produire l’effet inverse et affaiblir encore davantage nos forêts en cédant au lobbying d’une partie de la filière.

L’empressement à vouloir planter des arbres est, avant tout, une stratégie de communication destinée à rassurer l’opinion publique en donnant l’illusion d’une maîtrise de la situation et d’un retour rapide à la normale. Mais c’est aussi l’aveu d’une profonde incompréhension de la part de la puissance publique des enjeux forestiers, car planter des arbres n’est pas toujours le choix le plus avisé. Surtout après un incendie, il est le plus souvent préférable de laisser la forêt se régénérer naturellement. Une option plus efficace et moins coûteuse dans de nombreuses situations.

De plus, les plantations d’arbres sont encore trop souvent monospécifiques ou très faiblement diversifiées, ce qui est pourtant indispensable pour renforcer la résistance et la résilience des peuplements face à de nombreux aléas comme les sécheresses, les tempêtes, les maladies ou encore les incendies. Même sur des sols très pauvres comme dans les Landes, où il est difficile de se passer du pin maritime, il est toujours possible d’introduire, en mélange, des feuillus comme le chêne-liège ou le chêne tauzin pour renforcer les peuplements.

L’intérêt du mélange est solidement étayé scientifiquement et, pourtant, il peine à s’imposer comme une condition aux aides publiques ou comme une règle à respecter dans les plans de gestion. Après la tempête de 2009 dans les Landes, la quasi-totalité du massif appartenant à des propriétaires privés a été replantée en monoculture avec l’aide de l’argent public.

Le constat est similaire pour les aides plus récentes du plan de relance qui, faute d’écoconditions suffisantes, ont été détournées par une partie des acteurs pour planter des monocultures, parfois en remplacement de forêts en bonne santé mais jugées peu rentables économiquement (rapport « Planté ! Le bilan caché du plan de relance forestier », Canopée, mars 2022).

Ces dérives ne sont pas le fruit du hasard, mais le résultat de l’abandon des pouvoirs publics à construire une politique forestière intégrant l’ensemble des enjeux. Tiraillée entre quatre ministères, la forêt ne bénéficie pas d’un portage politique fort capable de défendre et de trancher en faveur de l’intérêt général. Elle est laissée au seul jeu d’influence des acteurs, la règle au sein de la filière étant de ne surtout pas pointer du doigt les dérives de certains.

Les forêts françaises en danger (les Échos)

Les forêts françaises en danger (les Échos)

D’après un papier les Échos: la forêt française est mal en point. Certes, la surface boisée dans l’Hexagone, qui représente 30 % du territoire métropolitain (17 millions d’hectares), augmente régulièrement (+21 % entre 1985 et 2022). Mais l’état sanitaire des forêts se dégrade face au réchauffement climatique : « diminution de productivité, dépérissements massifs, risque d’incendie accru », pointe l’Académie des sciences dans un rapport paru en juin dernier .

Dans les forêts publiques 300.000 hectares sont touchés (30 fois la surface de Paris), estime de son côté l’Office national des forêts (ONF).

Selon le dernier inventaire forestier de l’IGN, le manque d’eau ralentit la croissance des arbres (environ -10 % en dix ans). Surtout, leur mortalité explose : +54 % sur la période 2012-2020, par rapport aux années 2005-2013.

« Les sécheresses successives, plus fréquentes et plus intenses, affaiblissent les arbres », rappelle Philippe Ciais, chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) du CEA. « Elles favorisent aussi l’expansion d’insectes tueurs comme les scolytes qui déciment les épicéas, notamment dans l’Est du pays. »

Forêts: puits-de-carbone-en-danger

Forêts: puits-de-carbone-en-danger


La forêt française, un puits de carbone en péril estime un papier « du Monde ». La capacité de stockage du CO₂ par les écosystèmes forestiers a été divisée par deux en dix ans. Une tendance inquiétante, alors que la France doit réviser sa stratégie visant à atteindre la neutralité carbone.

Et si la forêt française n’absorbait plus de CO₂ ? Et si, au lieu de constituer un précieux puits de carbone, elle contribuait elle aussi à réchauffer le climat ? Cette perspective inquiétante n’est pas aussi irréaliste qu’elle en a l’air. La tendance est en effet clairement à la baisse : la forêt française absorbe deux fois moins de carbone qu’il y a une décennie. Alors que le gouvernement doit publier, d’ici à l’été, les grandes lignes de la troisième édition de sa feuille de route visant à atteindre la neutralité carbone en 2050, cette diminution du puits de carbone forestier est un enjeu majeur.

Lundi 5 juin, à l’occasion de la publication d’un inventaire des émissions de gaz à effet de serre, les ministères de la transition écologique et énergétique ont fait état d’une « situation préoccupante » du secteur des terres et forêts.

Selon les dernières données officielles, la forêt française a absorbé, en 2021, 31,2 millions de tonnes de CO₂ (Mt CO₂), soit environ 7,5 % des émissions nationales. Mais c’est deux fois moins que dix ans plus tôt (57,7 Mt CO₂). Et depuis 1990, hors tempête, ce chiffre n’a été plus faible qu’à une seule reprise, en 2019 (– 30,1 Mt CO₂). Le Haut Conseil pour le climat est l’un des premiers organismes à s’être alarmé, dans son rapport de juin 2022, de la « dégradation significative de la capacité des forêts à capter du carbone », celles-ci demeurant malgré tout le principal puits naturel du pays.

En cause surtout l’exploitation industrielle des forêts

Co2 et Forêts: des puits-de-carbone-en-danger

Co2 et Forêts: des puits-de-carbone-en-danger

La forêt française, un puits de carbone en péril estime un papier « du Monde ». La capacité de stockage du CO₂ par les écosystèmes forestiers a été divisée par deux en dix ans. Une tendance inquiétante, alors que la France doit réviser sa stratégie visant à atteindre la neutralité carbone.

Et si la forêt française n’absorbait plus de CO₂ ? Et si, au lieu de constituer un précieux puits de carbone, elle contribuait elle aussi à réchauffer le climat ? Cette perspective inquiétante n’est pas aussi irréaliste qu’elle en a l’air. La tendance est en effet clairement à la baisse : la forêt française absorbe deux fois moins de carbone qu’il y a une décennie. Alors que le gouvernement doit publier, d’ici à l’été, les grandes lignes de la troisième édition de sa feuille de route visant à atteindre la neutralité carbone en 2050, cette diminution du puits de carbone forestier est un enjeu majeur.

Lundi 5 juin, à l’occasion de la publication d’un inventaire des émissions de gaz à effet de serre, les ministères de la transition écologique et énergétique ont fait état d’une « situation préoccupante » du secteur des terres et forêts.

Selon les dernières données officielles, la forêt française a absorbé, en 2021, 31,2 millions de tonnes de CO₂ (Mt CO₂), soit environ 7,5 % des émissions nationales. Mais c’est deux fois moins que dix ans plus tôt (57,7 Mt CO₂). Et depuis 1990, hors tempête, ce chiffre n’a été plus faible qu’à une seule reprise, en 2019 (– 30,1 Mt CO₂). Le Haut Conseil pour le climat est l’un des premiers organismes à s’être alarmé, dans son rapport de juin 2022, de la « dégradation significative de la capacité des forêts à capter du carbone », celles-ci demeurant malgré tout le principal puits naturel du pays.

En cause surtout l’exploitation industrielle des forêts

Forêts: -puits-de-carbone-en-danger

Forêts: -puits-de-carbone-en-danger

La forêt française, un puits de carbone en péril estime un papier « du Monde ». La capacité de stockage du CO₂ par les écosystèmes forestiers a été divisée par deux en dix ans. Une tendance inquiétante, alors que la France doit réviser sa stratégie visant à atteindre la neutralité carbone.

Et si la forêt française n’absorbait plus de CO₂ ? Et si, au lieu de constituer un précieux puits de carbone, elle contribuait elle aussi à réchauffer le climat ? Cette perspective inquiétante n’est pas aussi irréaliste qu’elle en a l’air. La tendance est en effet clairement à la baisse : la forêt française absorbe deux fois moins de carbone qu’il y a une décennie. Alors que le gouvernement doit publier, d’ici à l’été, les grandes lignes de la troisième édition de sa feuille de route visant à atteindre la neutralité carbone en 2050, cette diminution du puits de carbone forestier est un enjeu majeur.

Lundi 5 juin, à l’occasion de la publication d’un inventaire des émissions de gaz à effet de serre, les ministères de la transition écologique et énergétique ont fait état d’une « situation préoccupante » du secteur des terres et forêts.

Selon les dernières données officielles, la forêt française a absorbé, en 2021, 31,2 millions de tonnes de CO₂ (Mt CO₂), soit environ 7,5 % des émissions nationales. Mais c’est deux fois moins que dix ans plus tôt (57,7 Mt CO₂). Et depuis 1990, hors tempête, ce chiffre n’a été plus faible qu’à une seule reprise, en 2019 (– 30,1 Mt CO₂). Le Haut Conseil pour le climat est l’un des premiers organismes à s’être alarmé, dans son rapport de juin 2022, de la « dégradation significative de la capacité des forêts à capter du carbone », celles-ci demeurant malgré tout le principal puits naturel du pays.

En cause surtout l’exploitation industrielle des forêts

Sauver les forêts: un coût de 10 milliards

Sauver les forêts: un coût de 10 milliards


Au moins 15 % de la forêt métropolitaine, soit 2,6 millions d’hectares, nécessiteraient « une action volontaire dans les dix prochaines années », d’après le rapport « Objectif forêt », dont les conclusions doivent nourrir l’élaboration d’un plan national de renouvellement forestier.

« Si on laisse faire, les forêts vont tout simplement dépérir puis disparaître », a souligné le ministre de l’Agriculture, accompagné de la secrétaire d’Etat à la Biodiversité Sarah El Haïry. L’Etat prendra donc « sa part » des « 8 à 10 milliards d’euros nécessaires », a-t-il ajouté, sans préciser le montant. Une source ministérielle a toutefois évoqué une fourchette « entre 150 et 250 millions par an », soulignant que cet engagement dépendrait de la prochaine loi de finances.

Dans la continuité de France Relance et de France 2030, Marc Fesneau souhaite « qu’un fonds pérenne soit mis en place pour permettre le portage d’une partie de l’effort que nous devons tous collectivement assumer ». Le reste de cette somme devra être investi par les 3,4 millions de propriétaires privés, qui détiennent 75 % des forêts françaises.

Les forêts sont également indispensables pour combattre le changement climatique, grâce à « leur fonction de pompe à carbone, qu’il convient de sécuriser sur le long terme », souligne le rapport. Les arbres absorbent en effet le carbone de l’atmosphère par la photosynthèse et le stockent dans leurs troncs, branches et racines. Un rôle non négligeable pour permettre à la France d’atteindre ses objectifs de neutralité carbone d’ici 2050.

Retour aux forêts naturelles ?

Retour aux forêts naturelles ?

Alors que le débat bat son plein sur la question des forêts ayant brûlé cet été, le Parlement européen se prononce cette semaine sur deux textes à impact majeur pour les forêts du monde : la lutte contre la déforestation mondiale et la catégorisation ou non du bois brûlé parmi les renouvelables. Par Marie Toussaint, députée européenne au sein du parti Europe Ecologie – Les Verts.

 Une contribution qui n’est pas sans intérêt mais comme souvent chez les écolos d’Europe Ecologie les Verts une sorte de patchwork qui mélange l’approche écologique et l’approche économique avec la problématique de la croissance, des droits de la forêt et des droits humains. Une vision un peu utopique sur la  régénération spontanée des forêts naturelles et les conséquences économiques . Par ailleurs , beaucoup d’écologues soutiennent la thèse selon laquelle une forêt primaire ayant subi un déboisement anarchique a peu de chance de se régénérer naturellement. En effet la repousse des végétaux après coupe ou incendie d’une forêt primaire donne une forêt secondaire. NDLR

 

Tribune

« Si nous voulons des forêts vivantes et une planète accueillante pour l’Humanité, il nous faut d’urgence rompre avec l’idéologie de la croissance infinie et de la supériorité humaine sur les écosystèmes », estime Marie Toussaint. (Crédits : © European Union 2019 – Source : EP)

L’avenir des forêts se joue peut-être ce mardi au Parlement européen. L’heure est grave. Pas moins de 737.083 hectares ont brûlé dans l’Union européenne depuis le début de l’année 2022, dont plus de 60.000 en France. Le désastre environnemental se poursuit en Amazonie brésilienne avec de nouveaux records de feux principalement d’origine humaine, aussi bien qu’en Indonésie, à travers l’accaparement de milliers d’hectares au profit de plantations et d’activités minières. Quant à la forêt du bassin du Congo, ses tourbières, véritables puits de carbone, sont menacées par l’ouverture prochaine de l’extraction pétro-gazière.

Nous aurions tort de considérer séparément toutes ces tensions qui s’abattent sur les forêts du monde. Elles relèvent de la même logique. Partout, acteurs politiques et économiques considèrent les forêts comme des choses, appropriables et manipulables à l’envi. Partout, elles sont accaparées, exploitées et asservies au nom de la croissance. Partout, les populations qui y vivent sont menacées, humiliées, déplacées et parfois tuées -sacrifiées sur l’autel du profit. Si nous voulons des forêts vivantes et une planète accueillante pour l’Humanité, il nous faut d’urgence rompre avec l’idéologie de la croissance infinie et de la supériorité humaine sur les écosystèmes. Il nous faut ériger une nouvelle règle pour les forêts françaises, européennes et du monde et reconnaître leur droit à se régénérer.

 

Si la forêt de la Teste-de-Buch reste soumise à des règles antérieures au mouvement d’enclosure, et est encore aujourd’hui appréhendée comme un commun, les forêts européennes sont aujourd’hui largement soumises aux lois du marché et accaparées par des firmes privées. Quant aux forêts publiques, elles font elles aussi l’objet d’une industrialisation croissante. Toutes sont menacées par le dérèglement climatique et la perte de biodiversité, aussi bien que par les pratiques prédatrices qui s’y déploient.

Grâce à la mobilisation des scientifiques comme des associations, nous savons désormais avec certitude que les mono-plantations, notamment celles de pins ou d’eucalyptus, sont un véritable danger pour le vivant. Que certaines pratiques comme les coupes rases -déjà interdites ou strictement encadrées en Slovénie, en Autriche, ou en Lettonie- constituent, elles aussi, de véritables menaces pour l’intégrité forestière.

Une nouvelle menace est venue s’ajouter aux pressions déjà insoutenables pesant sur les forêts : les tensions sur l’énergie causées par la terrible guerre que Poutine mène à l’Ukraine pourraient bien aboutir à une production accrue d’énergie à partir du bois. Or, au sein de l’Union, la filière bois-énergie est aujourd’hui estampillée comme « renouvelable », quelles que soient les méthodes utilisées. Une aberration lorsque l’on sait que, dans certains cas, l’exploitation du bois émet plus de gaz à effet de serre que le charbon. La commission environnement du Parlement européen propose donc aujourd’hui d’exclure la biomasse primaire des énergies classifiées comme « renouvelables », une impérieuse nécessité si nous voulons faire cesser les pressions sur les forêts européennes et du monde. Seuls les produits issus de la transformation du bois seront ainsi considérés comme renouvelables, et plus aucune subvention ne devrait être versée pour la destruction des forêts.

Le Parlement européen a appelé à reconnaître les forêts anciennes et primaires comme des communs naturels mondiaux, dont les écosystèmes doivent se voir accorder un statut juridique. Une réponse à l’appel de Christopher Stone qui, en 1972 et dans un article désormais célèbre, soulevait déjà cette question cruciale : « Et si les arbres pouvaient plaider ? ». Il y constatait que la défense des stricts intérêts humains était inapte à garantir l’intégrité des écosystèmes et in fine, la persistance de la vie humaine sur Terre. Il est temps de nous saisir du défi qu’il nous a lancé voilà 50 ans et faire des droits des écosystèmes forestiers à la régénération naturelle la boussole de notre politique forestière -en particulier en ce qui concerne les forêts qui ont brûlé cet été et dont il nous faut aujourd’hui décider du sort.

 

Reconnaître la valeur intrinsèque des forêts, leur valeur en soi, suppose de tenir responsables celles et ceux qui leur portent atteinte. Concrètement, nous devons reconnaître et condamner les crimes contre la nature, et le plus graves d’entre eux, le crime d’écocide, mais nous devons aussi faire en sorte que nul ne puisse plus engranger de profits à travers la déforestation.

C’est là l’objet du texte qui devra être adopté au Parlement européen cette semaine, s’adressant frontalement à la question de la responsabilité des entreprises. La proposition de directive, qui reconnait la part croissante de l’Union européenne dans la déforestation mondiale (jusqu’à 16% selon le WWF) devrait établir un devoir de vigilance pour toutes les entreprises, européennes ou non, qui commercialisent des produits issus de la déforestation sur le marché européen. Elle garantirait à chaque personne qui fait ses courses qu’elle ne contribue pas à la déforestation ou à la violation des droits humains.

Le texte concernerait les filières du bœuf, du soja, du maïs ou encore du cuir. Si les entreprises du cacao soutiennent elles aussi cette évolution réglementaire, les lobbies d’autres secteurs d’activité font aujourd’hui pression pour réduire l’ambition du texte : soit en réduisant le nombre de produits concernés par les nouvelles obligations de vigilance, soit en restreignant les territoires concernés aux seules forêts boisées (laissant ainsi hors champs les vastes mangroves ou les savanes comme le Cerrado brésilien), soit encore en dispensant les acteurs financiers de toute obligation en la matière. BNP Paribas est pourtant l’un des plus grands acteurs de la déforestation dans le monde (selon l’ONG Global Witness, elle a soutenu des activités responsables de déforestation à hauteur de 5 milliards de dollars entre 2016 et 2020). Les tourbières du Bassin du Congo, elles, ne seront pas protégées : ni les tourbières ni les énergies fossiles ne sont à ce stade concernés par la législation européenne en cours de négociation.

Les votes de cette première session plénière du Parlement européen sont déterminants pour les forêts d’Europe et du monde. Une étape majeure pour leur protection avant – qui sait ? -  que les accords internationaux sur la biodiversité ne reconnaissent enfin leurs droits.

Après incendie, Une autre politique de régénération des forêts

Après  incendie, Une autre politique de régénération des forêts

 

Replanter des arbres, surtout d’une même espèce ou faiblement diversifiés, n’est pas toujours le choix le plus avisé, explique dans une tribune au « Monde » Sylvain Angerand, ingénieur forestier et coordinateur de l’association Canopée, qui appelle à une remise à plat de la filière bois.

 

Avec plus de 60 000 hectares de forêts partis en fumée, cet été a marqué le retour des grands incendies en France. Un risque qui ne va faire que croître avec les changements climatiques et qui devrait nous inciter à repenser en profondeur notre politique forestière. Pourtant, l’annonce d’un grand chantier national de reboisement pourrait produire l’effet inverse et affaiblir encore davantage nos forêts en cédant au lobbying d’une partie de la filière.

L’empressement à vouloir planter des arbres est, avant tout, une stratégie de communication destinée à rassurer l’opinion publique en donnant l’illusion d’une maîtrise de la situation et d’un retour rapide à la normale. Mais c’est aussi l’aveu d’une profonde incompréhension de la part de la puissance publique des enjeux forestiers, car planter des arbres n’est pas toujours le choix le plus avisé. Surtout après un incendie, il est le plus souvent préférable de laisser la forêt se régénérer naturellement. Une option plus efficace et moins coûteuse dans de nombreuses situations.

De plus, les plantations d’arbres sont encore trop souvent monospécifiques ou très faiblement diversifiées, ce qui est pourtant indispensable pour renforcer la résistance et la résilience des peuplements face à de nombreux aléas comme les sécheresses, les tempêtes, les maladies ou encore les incendies. Même sur des sols très pauvres comme dans les Landes, où il est difficile de se passer du pin maritime, il est toujours possible d’introduire, en mélange, des feuillus comme le chêne-liège ou le chêne tauzin pour renforcer les peuplements.

L’intérêt du mélange est solidement étayé scientifiquement et, pourtant, il peine à s’imposer comme une condition aux aides publiques ou comme une règle à respecter dans les plans de gestion. Après la tempête de 2009 dans les Landes, la quasi-totalité du massif appartenant à des propriétaires privés a été replantée en monoculture avec l’aide de l’argent public.

Le constat est similaire pour les aides plus récentes du plan de relance qui, faute d’écoconditions suffisantes, ont été détournées par une partie des acteurs pour planter des monocultures, parfois en remplacement de forêts en bonne santé mais jugées peu rentables économiquement (rapport « Planté ! Le bilan caché du plan de relance forestier », Canopée, mars 2022).

Ces dérives ne sont pas le fruit du hasard, mais le résultat de l’abandon des pouvoirs publics à construire une politique forestière intégrant l’ensemble des enjeux. Tiraillée entre quatre ministères, la forêt ne bénéficie pas d’un portage politique fort capable de défendre et de trancher en faveur de l’intérêt général. Elle est laissée au seul jeu d’influence des acteurs, la règle au sein de la filière étant de ne surtout pas pointer du doigt les dérives de certains.

Feux de forêts : deux fois plus qu’il y a 20 ans

Feux de forêts :  deux fois plus  qu’il y a 20 ans

La surface forestière brûlée est aujourd’hui deux fois plus importante qu’il y a 20 ans, selon les résultats d’une étude publiée mercredi et les données conjointes du Global Forest Watch, le Watch Resources Institute et l’université du Maryland. Le réchauffement climatique est l’une des explications à la fréquence et l’ampleur du phénomène.(la Tribune)

 

Les incendies spectaculaires qui ravagent aujourd’hui les forêts de nombreux pays, notamment européens, relèvent d’un phénomène croissant. Aujourd’hui, 2 fois plus de forêts partent en fumée qu’il y a 20 ans, selon une enquête publiée mercredi par Global Forest Watch. 5 hectares en moyenne ont brûlé chaque année dans la période récente. C’est 3 millions de plus qu’en 2001, soit l’équivalent de la superficie de la Belgique. Au total, de 2001 à 2021, 119 millions d’hectares de forêts ont été dévorés par les flammes, selon Global Forest Watch, sur une superficie totale de 4 milliards d’hectares de forêts. Une situation qui risque d’empirer. « 2022 est déjà une année record », souligne à l’AFP Jesus San Miguel, coordinateur de l’EFFIS (European Forest Fire Information System), alors même que la saison des feux n’est pas terminée. Au 15 août, les incendies avaient ravagé quasiment 663.000 hectares de forêts dans l’Union européenne, selon l’EFFIS.

Ce qui est inédit dans le phénomène actuel est la fréquence et l’ampleur de ces incendies. Aujourd’hui, ils s’attaquent même de plus en plus aux forêts tropicales, où sont historiquement plutôt atypiques. Selon les chercheurs, le réchauffement climatique, avec les vagues de sécheresse et de chaleur extrême qui en découlent, explique « probablement » en grande partie cette nouvelle tendance.

Or les incendies sont aussi responsables d’importantes émissions de gaz à effet de serre, qui renforcent le changement climatique. Plus précisément, non seulement ces feux de forêt par la combustion libèrent du dioxyde de carbone et d’autres polluants qui endommagent les écosystèmes forestiers. Mais ils libèrent aussi le CO2 enfoui dans les sols. En effet, comme les océans, les forêts constituent des puits de carbone majeurs :  les arbres absorbent une partie du carbone de l’atmosphère qui finit stocké dans l’arbre lui-même, mais aussi dans le sol. « Le CO2 s’est accumulé dans le sol pendant des centaines d’années et a été protégé par une couche humide sur le dessus. Ces incendies brûlent cette couche supérieure et libèrent ce CO2 », explique l’analyste de Global Forest Watch à l’AFP, James Mc Carthy.

Autrement dit, c’est un cercle vicieux : les incendies causés en grande partie par le réchauffement climatique le renforce. Lutter contre l’un revient donc à lutter contre l’autre.

Si les feux semblent être un danger majeur pour les forêts, ils ne sont ni le seul ni le plus important. Loin de là. Entre 2001 et 2021, les incendies ont été responsables à 21% du recul de la forêt. La sylviculture, l’ensemble des activités d’entretien et de gestion de la forêt, est responsable d’un peu moins de 30% des pertes en forêts dans le monde. L’agriculture itinérante, qui consiste à défricher un terrain, souvent par le feu, pour le cultiver un temps puis le laisser en jachère pour gagner d’autres terrains, compte, elle, pour 20%. Enfin, un autre facteur est la déforestation induite par la culture de produits de base, responsable de 20% aussi de la déforestation mondiale.

Certains pays ont pris la mesure de l’importance de ces autres facteurs. Ainsi, 141 Etats se sont engagés collectivement à « arrêter et à inverser la déforestation et la dégradation des sols d’ici 2030 » au cours de la déclaration des leaders de Glasgow sur les forêts et l’utilisation des sols en 2021.

Mais malgré tout, la forêt s’étend dans beaucoup de pays depuis au moins le milieu du XXe siècle, relvèvent les chercheurs de l’Université d’Oxford Hannah Ritchie and Max Rose, dans leur article Deforestation and Forest Loss, publié en 2021. En Amérique du Nord et en Europe, la surface des forêts a augmenté, et ce de manière générale dans les pays dits développés. En France, par exemple, de 14 millions d’hectares en 1985, la surface de forêt est passée à 17 millions en 2018.

Ce phénomène a été observé, indiquent les deux auteurs, par le chercheur Alexander Mather qui l’a nommé le « Forest Transition Model ». En effet, dans les années 1990, il constate que les forêts refont surface dans beaucoup de pays industrialisés où elles avaient fortement reculé. De ces constats empiriques naît un modèle : une courbe en U qui lie les stades de développement d’un pays à la surface qu’y occupe sa forêt. Selon ses observations, aux premiers stades de développement, les pays rognent sur leur surface forestière, jusqu’à atteindre un seuil plancher (le bas du U). Puis vient le temps de la reforestation : les forêts regagnent du terrain pour revenir au niveau de forêt initial, voire le dépasser. Reste aujourd’hui à savoir jusqu’où le U remontera à l’échelle mondiale.

Sarah Wihane-Marc

Environnement et Forêts: Pour des coupes raisonnables

Environnement et Forêts: Pour des coupes raisonnables

L’abandon total de ces coupes, fustigées par certaines associations environnementales, pourrait réduire notablement la richesse spécifique de certains massifs forestiers. Par Amélie Castro, ingénieur au Centre National de la Propriété Forestière Nouvelle Aquitaine.( la Tribune)

 

Les Français s’intéressent à la conservation des forêts et s’interrogent sur leur avenir dans un contexte climatique qui évolue. Une opération forestière, la « coupe rase », focalise les craintes et suscite des critiques parfois véhémentes. La façon dont certaines associations les présentent peut laisser penser que la forêt sera « rasée de façon définitive » et que le phénomène s’aggrave. Le parallèle avec le déboisement des forêts tropicales est constant. Mais qu’en est-il vraiment ?

Cette coupe, où l’on prélève tous les arbres d’une parcelle lorsqu’ils sont suffisamment âgés, existe depuis longtemps pour certains types de boisements. C’est une étape incontournable pour le renouvellement des taillis et une technique adaptée pour les forêts d’essences qui ont besoin de beaucoup de lumière pour pousser, comme les pins, les peupliers, les bouleaux…

Quand la forêt est attaquée par une maladie ou un insecte et que les arbres dépérissent, en l’absence de traitement sanitaire, la coupe rase est le seul moyen pour enrayer la propagation en supprimant les parcelles atteintes.

L’Inventaire Forestier National suit l’évolution des forêts depuis 1958 et évalue la durabilité de leur gestion tous les cinq ans depuis 1990. Il fournit des statistiques sur les coupes, dont les coupes rases. Chaque année, moins de 1% de la surface forestière est concernée et la taille moyenne est faible (inférieure à 4 ha en général ; 5 à 6 ha dans les forêts de pin maritime des Landes de Gascogne). Ces chiffres sont restés stables et on ne détecte pas de tendance à l’augmentation de la taille des coupes décidées par le forestier. La très grande majorité des coupes de bois faites en France (hors catastrophes naturelles) ne sont donc pas des coupes rases mais des coupes partielles.

La suppression des arbres est souvent présentée comme défavorable pour les espèces forestières. C’est vrai pour celles qui ont besoin d’ombre et d’humidité. Mais, en supprimant transitoirement le couvert des arbres, la coupe crée une ouverture temporaire favorable à de nombreuses espèces, avides de lumière et de chaleur. Ces espèces occuperont cette ouverture pendant plusieurs années après la coupe et jusqu’à son occupation par la nouvelle génération d’arbres. Parmi elles, il y a des espèces rares et protégées : insectes, reptiles et oiseaux. L’un des plus connus est l’engoulevent d’Europe, assez fréquent dans la forêt des Landes de Gascogne.

Les ouvertures faites par les coupes rases créent une mosaïque diversifiée au sein des forêts, surtout dans les grands massifs : les jeunes boisements succèdent aux coupes, à côté de boisements plus âgés voire très vieux. La forêt française a doublé de surface en deux siècles. Sur les anciens terroirs agricoles devenus forestiers, la mosaïque des coupes permet la cohabitation des espèces héritées des anciens usages et des espèces recherchant la protection des arbres. D’autres espèces encore utilisent, à un moment de leur cycle, les ouvertures du couvert. Ainsi certains rapaces font leur nid dans les grands arbres et chassent dans les coupes qui hébergent reptiles et rongeurs. Entre une coupe et un boisement plus vieux, on trouve une lisière temporaire. A la frontière de la lumière et de l’ombre, poussent des plantes et des arbustes appréciant ce contraste. Ces zones de nourrissage très riches en biodiversité appelées écotones attirent insectes et oiseaux.

Comme pour toutes les interventions, il y a des risques associés aux coupes rases. Même si leurs effets sont localisés et en général fugaces, faire une coupe avec des pratiques ou du matériel inadaptés peut avoir des conséquences importantes, notamment sur le sol.
Lorsque la coupe se justifie dans la gestion forestière, on peut limiter certains risques environnementaux en prenant des précautions : bien choisir la dimension, la période d’intervention, le matériel, délimiter les parcours des engins pour limiter les impacts sur les sols sensibles, maintenir certains éléments structurants pour la protection des sols ou de la biodiversité… Les impacts paysagers peuvent être limités en adaptant la forme des coupes, lorsque c’est possible. Maintenir des bosquets peut favoriser l’intégration de l’opération dans la mosaïque paysagère : garder les boisements en bord de cours d’eau, par exemple. Ces bonnes pratiques existent et doivent être encouragées. Une étude multipartenariale menée par le Groupement d’Intérêt Public ECOFOR a entamé un bilan des connaissances sur le sujet.

Le bois est un biomatériau qui concentre beaucoup d’avantages : peu coûteux en énergie, renouvelable, contribuant au stockage de carbone. Il est intégré dans les stratégies de lutte contre le changement climatique. L’engouement pour son utilisation est forte. Paradoxalement, les critiques sur les coupes forestières augmentent, omettant qu’il faut accepter de couper des arbres pour avoir du bois.

A l’interface, les forestiers français gèrent une grande variété d’écosystèmes, intégrant des enjeux complexes : conservation de la biodiversité, production de biomatériaux, prise en compte des risques, etc. Ils utilisent toutes les solutions de gestion possibles en les adaptant au contexte et sont les premiers acteurs de la sauvegarde des forêts.

 

Protéger les forêts depuis l’espace

Protéger les  forêts depuis l’espace

Partout dans le monde, les forêts montrent des signes forts de diminution de leurs capacités en tant que puits de carbone. La forêt amazonienne, poumon de la Terre, pourrait se transformer en savane dans les prochaines décennies. À l’occasion de la journée internationale des forêts ce lundi, Tara O’Shea, directrice des programmes pour les forêts et l’utilisation des terres chez Planet, explique qu’une surveillance depuis l’espace est une aide précieuse pour protéger et restaurer les forêts.( la Tribune)

« Les nouvelles technologies d’observation de la Terre s’appuyant sur le cloud et l’apprentissage automatique, ainsi que l’analyse de données satellites alimentée par l’IA permettent de surveiller en quasi-temps réel les forêts » (Tara O’Shea, directrice des programmes pour les forêts et l’utilisation des terres chez Planet) (Crédits : Planet)

Depuis 1990, 1,3 million de km2 de forêts, soit une superficie supérieure à celle de l’Afrique du Sud, ont disparu. Cette déforestation est principalement due aux catastrophes naturelles, responsables de feux de forêts et de maladies, à l’utilisation par l’homme de terres forestières pour l’agriculture intensive, au surpâturage lié au développement de l’exploitation minière et des infrastructures, etc. Elle a des répercussions directes sur le réchauffement climatique. La forêt amazonienne brésilienne a relâché sur la dernière décennie 20% de plus de de gaz à effet de serre (GES) qu’elle n’en a absorbé.

Pour lutter contre la déforestation, de belles promesses ont pourtant été faites, mais peu ont été tenues. Au final, d’infimes versements ont été consentis aux pays en voie de développement, ayant renoncé aux recettes fiscales provenant de la production de matières premières, pour réduire les émissions de GES dues à la déforestation. Les entreprises peinent à « autoréguler » la déforestation dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. L’objectif visé par la déclaration de New York, signée en 2014, de réduire de moitié la disparition des forêts naturelles dans le monde d’ici à 2020 n’a pas été atteint. Pour preuve, en 2019 au Cambodge, Prey Lang, la plus grande forêt de plaine à feuillage, a perdu 7.511 hectares, soit 73 % de plus que l’année précédente, selon l’Université du Maryland.

Toutefois, la déclaration de Glasgow, qui doit mettre un terme à la déforestation et à la dégradation des terres d’ici à 2030, va dans le bon sens. Cette fois, il y a plus de pays engagés (une centaine) et plus d’argent sur la table. L’espoir est réel. En effet, les gouvernements et les institutions financières se rendent compte des risques sécuritaires et financiers que pose une utilisation non contrôlée et non durable des sols. Et, ils ont désormais la capacité technologique d’y faire face.

Surveiller les forêts depuis l’espace

Comment suivre et comparer l’état de la déforestation ? Comment évaluer la performance des stratégies dédiées à nos forêts ? Sans disposer de données précises et fiables, il est impossible de mesurer ce que l’on ne peut voir. Les nouvelles technologies d’observation de la Terre s’appuyant sur le cloud et l’apprentissage automatique, ainsi que l’analyse de données satellites alimentée par l’IA permettent de surveiller en quasi-temps réel les forêts. Grâce à ces nouvelles données provenant de l’espace (souvent à une fraction du coût de la télédétection traditionnelle), les changements survenus deviennent visibles, sans avoir à déployer d’importants moyens humains sur le terrain. Il est ainsi possible de déterminer la quantité et la qualité de la forêt, les espèces d’arbres qui y poussent, leur taille, leur diamètre…

Les technologies spatiales sont essentielles pour l’élaboration, la mise en œuvre et le suivi des politiques en matière de lutte contre la déforestation. C’est particulièrement le cas pour le nouveau projet de réglementation de la Commission européenne sur la déforestation importée. Celui-ci impose que les produits importés soient produits sur des terres qui n’ont pas été déboisées ou dégradées depuis 2020. Cette exigence est facilement vérifiable avec les technologies actuelles d’observation de la Terre et d’analyse des données satellites.

Cette capacité de surveillance sans précédent aide notamment les gouvernements des pays tropicaux à respecter leurs engagements en matière de climat et leurs politiques d’utilisation durable des terres.

Depuis octobre 2020, l’Initiative internationale sur le climat et les forêts (NICFI) de Norvège opère une surveillance par satellites haute résolution des forêts tropicales du monde entier afin de contribuer à réduire et à inverser leur perte, en partenariat avec Kongsberg Satellite Services, Planet et Airbus Defence and Space. Ce programme de données satellites est accessible aux parties prenantes des gouvernements, des ONG, des universités et du secteur privé. Plus de 10.000 utilisateurs de 132 pays à travers le monde utilisent les données satellites de NICFI, qui sont désormais accessibles dans le moteur Google Earth. Ainsi, tout utilisateur peut facilement réaliser des puissantes analyses uniquement à partir d’un navigateur web.

Le Fonds national de développement durable du Mozambique utilise ces données satellites pour valider les informations utiles à son suivi annuel de la déforestation. L’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime peut identifier, grâce à ces données, des activités illicites comme l’orpaillage illégal, causant la déforestation et la dégradation des forêts. Enfin, Forests of the World est en mesure, avec ces données satellites, de déterminer les clairières à restaurer après l’extraction du bois ou les incendies de forêt, dans le territoire indigène de Monte Verde en Bolivie.

L’observation de la Terre offre donc des capacités uniques que les données in-situ ne peuvent tout simplement pas fournir. Sa fréquence de revisite élevée et sa couverture de zones étendues permettent de réaliser des analyses automatisées à grande échelle. Contrairement à ce qui se passait il y a dix ans, nous disposons aujourd’hui des moyens technologiques nécessaires pour nous aider à mettre en pratique une gestion durable de nos forêts et de nos terres.

INCENDIES DE FORÊTS: une stratégie européenne commune ?

INCENDIES DE FORÊTS: une stratégie européenne commune ?

les feux concernent presque tous les pays européens -cette année, ils ravagent surtout la Grèce et l’Italie- et  l’idée d’une flotte commune prend de l’ampleur. Non seulement elle permettrait de mutualiser les forces mais aussi de lisser les prix d’achat entre les Etats-membres alors que le prix d’un Canadair se chiffre en millions d’euros et que le coût horaire du vol dépasse les 15.000 euros.

« En 2050, la moitié des surfaces boisées métropolitaines pourrait être concernée par un niveau élevé d’aléa feux de forêt. Les sécheresses seraient plus intenses, plus fréquentes et concerneraient davantage de territoires, favorisant directement les incendies et apportant une extension géographique du risque vers l’ouest et le nord de la France », rappelait récemment le ministère de l’Intérieur, lors du lancement de la campagne de prévention des incendies.

 

Environnement–Pour protéger les forêts, il faut un avantage fiscal

Environnement–Pour protéger les forêts, il faut un avantage fiscal

Dans un entretien à La Tribune, Alain Karsenty, économiste au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad), qui a participé au rapport de l’OIBT, explique le fonctionnement de cet avantage fiscal.

On sait que, dans de nombreux pays tropicaux, les grandes plantations agricoles sont privilégiées car elles offrent de meilleurs et plus rapides retours sur investissement, au détriment d’une gestion durable des forêts. Comment les Etats concernés peuvent-il y remédier ?

ALAIN KARSENTY - Afin de s’attaquer à ce problème, il faudrait que les Etats sortent de la logique de séparation entre instruments privés et politiques publiques de protection des forêts, pour que ces dernières s’appuient sur des labels indépendants en la matière. Car aujourd’hui, il existe bien des certifications de gestion vertueuse des espaces boisés dont l’efficacité est reconnue, comme le PEFC (Programme de reconnaissance des certifications forestières) ou le FSC (Forest Stewardship Council), qui garantit une exploitation durable et les droits des travailleurs. On peut aussi citer d’autres outils qui se sont développés pour se conformer à la pénalisation en 2013 par l’Union européenne d’importation de bois illégal, comme Bureau Veritas et la certification OLB (Origine et Légalité des bois).

Mais tous ceux-ci s’appliquent à un champ limité – souvent les entreprises -, s’inscrivent dans une démarche volontaire du producteur, et ne vont pas toucher à la gouvernance des pays. Sans compter qu’ils font face à deux difficultés essentielles : le manque de traçabilité et de contrôle. L’idée serait donc de faire en sorte que les Etats utilisent ces instruments privés de certification pour mettre en place une fiscalité forestière sur le bois commercialisé, en fonction de ces certifications, de manière à atteindre leurs objectifs en matière de lutte contre la déforestation.

Comment cette fiscalité sur la forêt fonctionnerait-elle concrètement ?

On peut imaginer un mécanisme de « bonus-malus » selon lequel un taux de taxe plus faible serait appliqué aux opérations certifiées (le bonus). Lequel serait financé, au moins en partie, par un taux plus élevé sur les produits non certifiés (le malus). Ainsi, il s’agirait simplement de donner un avantage fiscal au bois certifié « durable ». Pour chaque entreprise, les taux de fiscalité forestière devaient donc être modulés selon l’obtention de telle certification.

Lire aussi2 mnAmazonie: 94% de la déforestation est illégale et Bolsonaro laisse faire, fustigent WWF et ONG

C’est une forme de fiscalité écologique, dans le sens où l’objectif n’est pas que les taxes augmentent in fine de manière à accroître les recettes de l’Etat, mais que la part de bois certifié grossisse pour arriver à une meilleure gestion globale des forêts, afin de protéger l’environnement. Car la taxe a vocation à s’éteindre : au fur et à mesure, si le système fonctionne, de plus en plus d’entreprises se certifieront, donc ne paieront plus de pénalités.

Mais ce phénomène réduira les recettes de l’Etat, qui a besoin de ressources pour favoriser fiscalement le bois « durable ». C’est pourquoi le système devrait être dynamique, ou progressif : année après année, en fonction du niveau précédent, il faudrait augmenter le montant des taxes sur le bois non certifié, afin de continuer de pouvoir offrir des bonus aux producteurs les plus vertueux. Et ce, jusqu’à un certain point, quand la plupart d’entre eux auront obtenu le label.

C’est un changement de paradigme, car jusqu’ici, on a eu tendance à penser qu’il valait mieux jouer sur des incitations directes, en appliquant une fiscalité sur la matière première, c’est-à-dire taxer le bois à l’entrée de l’usine plutôt que de taxer le sillage à sa sortie. Mais on s’est rendu compte que cela n’a pas été très efficace : il fallait prendre en compte trop de facteurs différents, en amont même de la production.

Dans le mécanisme que vous proposez, comment s’assurer que les certifications privées sur lesquelles s’appuierait l’Etat permettent bien la gestion durable des forêts ?

Le gouvernement devrait accréditer ces certifications, en fonction des critères qu’elles retiennent. En second lieu, l’Etat ou une autre institution publique, comme la Commission européenne par exemple, pourrait les suivre afin de s’assurer qu’elles fonctionnent bien sur le terrain, si des plaintes ont été relevées. Mais ce ne serait qu’en dernier recours : leur fonctionnement devrait d’abord être vérifié par une instance privée indépendante – comme c’est le cas aujourd’hui -, puis éventuellement contrôlé par le biais d’enquêtes, en envoyant des chercheurs indépendants sur place.

Ce système a-t-il déjà été mis en place dans certains pays ?

Le système retenu par le Gabon en milieu d’année 2020 s’en approche, et est particulièrement intéressant. En effet, le pays affiche une politique volontariste en la matière, après avoir été entaché par un scandale de trafic de bois illégal à grande échelle en 2019 (la découverte de près de 5.000 mètres cubes de kévazingo, un bois rare dont l’exploitation est interdite, dans deux sites d’entrepôt chinois de la capitale Libreville, ndlr). Concrètement, pour sauvegarder ses forêts, – qui s’étendent sur près de 90% du territoire -, le gouvernement gabonais distingue désormais trois taux pour la taxe de surface : 1) le taux le plus favorable concernant les concessions dont la gestion forestière a obtenu la certification FSC ; 2) un taux intermédiaire, pour les concessions dotées d’un certificat de légalité ; et 3) le taux le plus élevé, pour les concessions dépourvues de toute certification. Avant de rendre obligatoire la certification FSC d’ici à 2025. On voit qu’il y a une prise de conscience réelle, même s’il y a aussi beaucoup de corruption et de personnes qui ont intérêt à ce que rien ne change.

On peut aussi citer la Côte d’Ivoire, où l’exploitation de cacao est l’un des moteurs principaux de déforestation. Pour y remédier, la Banque mondiale a proposé au gouvernement un système de bonus malus à deux niveaux, via une taxe à l’exportation, qui s’appuierait sur une certification intégrant des clauses « zéro déforestation ». Celle-ci augmenterait sur une période de sept ans, pour générer des recettes et favoriser le cacao certifié. Ainsi, les exportateurs payant la taxe seront incités à se tourner vers des coopératives, des fournisseurs ou des producteurs qui leur livrent du cacao certifié « zéro déforestation ».

Cela pourrait-il aussi permettre aux gouvernements consommateurs de bois tropicaux de lutter contre la déforestation importée ?

Oui, car il est possible d’appliquer ce système de « bonus-malus » non seulement aux pays producteurs, mais aussi au niveau des tarifs douaniers à l’importation, en Europe par exemple. Pour les cinq produits à risque de déforestation (soja, huile de palme, cacao, pâte à papier, bois d’oeuvre, ndlr), on peut ainsi utiliser de tels systèmes de label et de traçabilité. Là encore, l’idée est faire en sorte de donner des avantages aux produits labellisés, certifiés et tracés avec des clauses « zéro déforestation », et que ne rentrent peu à peu sur le territoire que ceux qui bénéficient de cette certification. La Suisse vient d’ailleurs de le faire via un accord avec l’Indonésie, en baissant les tarifs douaniers de 20%, puis 40% l’année suivante pour l’huile de palme certifiée qui bénéficie d’une traçabilité particulière.

Mais ce sera plus compliqué pour l’Union européenne. C’est une grosse machine, soumise aux règles de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) qui peuvent à certains égards constituer un frein. D’autant que les ripostes commerciales de la part des pays exportateurs peuvent être fortes : on sait que la Malaisie, par exemple, est très agressive lorsque l’on touche à l’huile de palme. C’est pourquoi la proposition de certaines ONG d’interdire tout simplement les importations des produits à risque, par exemple venant du Brésil, ne tient pas : non seulement cela ne sera pas compatible avec l’OMC, mais il y a un risque élevé de représailles. Par ailleurs, il est intéressant de privilégier un système qui aide les pays producteurs à lutter contre la déforestation, plutôt que de couper les échanges. Cette question figure parmi les priorités de l’agenda de la Commission européenne, et rejoint celle de la mise en place prochaine d’un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières.


Mais la question va au-delà de celle du simple rôle de puits carbone des espaces boisés. Si cette fonction de captation est essentielle pour le climat, les forêts sont également les écosystèmes terrestres qui abritent le plus de biodiversité. Plus elles sont denses, comme les forêts tropicales, plus leur faune et leur flore sont importantes et remarquables. Pour les protéger, il est donc nécessaire de jouer sur les deux tableaux : les pratiques des producteurs liées à la déforestation, et le commerce avec les pays importateurs. Et au-delà de l’outil fiscal, nous devons fournir des réponses en terme de développement, de lutte contre la pauvreté et d’accompagnement des agriculteurs. Il y a un travail profondément structurel de réforme à mener dans les pays tropicaux, pour modifier les pratiques environnementales et réussir à produire sans avoir besoin de déboiser toujours plus.

La disparition des forêts tropicales

 La disparition des forêts tropicales

 

 

 

Alors que les Nations unies lancent, le 5 juin, la décennie de la restauration des écosystèmes, l’écologue Plinio Sist a, dans une tribune au « Monde », attire l’attention sur la disparition des forêts tropicales

Tribune.

 

Les forêts tropicales disparaissent à un rythme alarmant depuis plus de trente ans. Une récente étude publiée dans Science Advances estime que 220 millions d’hectares de forêts humides ont été perdus ces trente dernières années. Si l’on considère les forêts tropicales dans leur ensemble, ce chiffre, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), grimpe à plus de 400 millions d’hectares.

Converties en terres agricoles, en pâturages ou en plantations industrielles, les forêts tropicales, au cours de ces trente dernières années, ont disparu à un rythme moyen d’environ 13 millions d’hectares par an. La dégradation forestière constitue une autre menace tout aussi importante que la déforestation.


En effet, ce phénomène touche dans certaines régions comme l’Amazonie des surfaces similaires voire plus importantes que la déforestation. De plus, les forêts dégradées se montrent moins résilientes face aux changements climatiques et plus vulnérables aux incendies qui s’intensifient au cours des saisons sèches de plus en plus longues.

Les conséquences de la déforestation et de la dégradation forestière sont parfaitement connues et régulièrement publiées par les scientifiques, notamment dans les rapports du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) : émissions de CO2 (12 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre), perte de la biodiversité terrestre dont 80 % est abritée dans les forêts, notamment tropicales, enfin, dérèglement climatique local. Les conséquences sont aussi sociales et économiques puisque, par exemple, les 2 milliards d’hectares de terres dégradées issues de la déforestation dans le monde compromettent le bien-être de plus de 3 milliards de personnes.

Face à ces pertes, la restauration apparaît comme une des solutions visant à reconstituer une partie du couvert forestier perdu au cours des précédentes décennies. Ainsi, depuis 2011, dans le cadre du Bonn Challenge, les engagements de nombreux pays à entreprendre des programmes ambitieux de restauration se sont multipliés, mais, sur le terrain, ils tardent encore à se concrétiser. Les Nations unies lanceront officiellement, le 5 juin, la décennie de la restauration des écosystèmes.

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