Archive pour le Tag 'financiers'

Marchés financiers-Bourses: Des actions encore trop chères

Marchés financiers-Bourses: Des actions encore trop chères

Les bourses ont connu de belles envolées à l’occasion d’une distribution massive de liquidités monétaires par les banques centrales. La machine à billets a certes permis de gérer au mieux la crise sociale, sanitaire et économique mais une grande partie des fonds ont aussi alimenté t de façon artificielle les profits de nombreuses entreprises. Aujourd’hui c’est le retour au réel et le marché des actions se révèle dangereux car les prix sont encore excessifs au regard d’une crise économique qui contrairement à ce qu’affirment certains experts n’est pas temporaire mais va durer plusieurs années. Une crise caractérisée par le problème de l’énergie, de l’inflation, du pouvoir d’achat sans parler des questions géo politiques. En outre le relèvement progressif des taux d’intérêt par les banques centrales vont forcément réorienter les investissements vers les obligations.

Les intentions d’investissement en actions sont retombées à leur niveau de 2019, avant la pandémie : moins d’un Français sur cinq envisage d’acheter des titres dans l’année qui vient, contre 25 % fin 2021.

Compte tenu des risques, seul un Français sur quatre se dit intéressé par la Bourse, contre 29 % fin 2021, selon le baromètre annuel réalisé par Audirep pour l’Autorité des marchés financiers (AMF) auprès de 2.000 personnes âgées de 18 ans et plus.

Contrairement à la crise boursière liée au Covid, qui avait été perçue comme une excellente occasion d’investir par de nombreux Français, la chute des cours cette année a plutôt découragé les investisseurs hésitants à franchir le pas. Ils sont bien plus nombreux à penser que ce n’est pas le bon moment d’investir (34 %) qu’il y a un an (26 %). Reflet du pessimisme des épargnants français, près d’un répondant sur deux estime que « la crise économique va durer plusieurs années ».

RER en province : Une annonce sans moyens financiers !

RER en province : Une annonce sans moyens financiers !

OPINION. Les Sénateurs Hervé Maurey et Stéphane Sautarel, rapporteurs spéciaux de la commission des finances du Sénat en charge des crédits des transports terrestres et maritimes et auteurs en mars 2022 d’un rapport sur la situation financière du système ferroviaire français et de la SNCF, réagissent aux annonces du Président de la République relatives au développement du transport ferroviaire du quotidien de type RER dans dix métropoles françaises afin de favoriser la transition écologique.( la Tribune)

« Pour tenir notre ambition écologique, je veux qu’on se dote d’une grande ambition nationale : qu’il y ait dans dix grandes agglomérations, dix grandes métropoles françaises, un réseau de RER, de trains urbains (…) Là où il y a thromboses, où il y a trop de circulation, où les déplacements sont compliqués, on doit se doter d’une vraie stratégie de transports urbains et c’est un super objectif pour l’écologie, l’économie, la qualité de vie », a exposé ce dimanche le Président de la République dans une séquence postée sur YouTube.

Si nous ne pouvons tous que partager l’idée que le RER n’est pas que pour Paris, et que les grandes métropoles françaises, aujourd’hui congestionnées, doivent engager une démarche de décarbonation grâce à des RER métropolitains, nous ne pouvons ignorer que ces annonces s’inscrivent en totale opposition avec les actes du gouvernement depuis des mois, des années, malgré les semonces que nous lui avons adressées.

Tous les acteurs du secteur : Régions, Métropoles, Parlementaires, SNCF, Fédérations de transports et Associations d’usagers… tous ont découvert ce projet, ou plutôt ces annonces ! Alors même que par ailleurs SNCF Réseau est en panne de financement !

Si nous sommes favorables au développement des transports en commun, de tous les modes de transports, et pour tous les territoires, urbains comme ruraux, si nous ne pouvons que souscrire à un « new deal » ferroviaire pour notre pays, que nous avons même sollicité, nous ne pouvons accepter cette posture descendante et ces effets d’annonce déconnectés de toute réalité, qui font perdre à nos concitoyens toute confiance dans la parole publique.

De qui se moque-t-on ?

Alors que nous nous apprêtons à examiner cette fin de semaine au Sénat les budgets transports de la mission « Écologie, développement et mobilité durables » dans le cadre du PLF 2023, les faits, les moyens, sont bien loin de l’ambition affichée :
o investissements dans la régénération notoirement insuffisants : 1 milliard de plus par an a minima sont nécessaires pour seulement remettre à niveau et interrompre la trajectoire de dégradation du réseau,
o un contrat de performance de SNCF réseau que nous avons requalifié de contrat de « contre-performance » puisqu’il ne répond en rien aux enjeux ni de régénération, ni de modernisation, des travaux que le Gouvernement n’entend à ce jour pas achever d’ici 2050 dans l’hypothèse la plus optimiste,
• un renvoi au Conseil d’orientation des infrastructures (COI) dont on sait déjà qu’il ne peut répondre aux enjeux au regard du grand nombre de projets à financer (ferroviaires et routiers),
• un contexte d’inflation qui se traduit par des surcoûts de l’ordre de 500 millions d’euros pour SNCF réseau qui ne connaitrait donc, en fait, aucune hausse de ses moyens mais bien au contraire une baisse de sa capacité d’investissement,
• zéro euro pour la modernisation dans ce budget (comme dans le contrat) alors que les besoins pour la commande centralisée du réseau est de 15 milliards et que ceux pour l’ERTMS sont de 20 milliards.
Après l’annonce des nouvelles lignes LGV dans le sud et le sud-ouest, l’année dernière, toujours sans moyens et en contradiction avec les engagements du début du quinquennat de mettre fin aux investissements sur les lignes à grande vitesse pour se concentrer sur le transport du quotidien, cette nouvelle annonce sur les RER métropolitains (pour 10 métropoles, lesquelles ?), n’est ni concertée, ni financée une fois de plus. Pour le seul RER lyonnais par exemple, les besoins sont estimés à minima à 6 milliards d’euros.
Alors un peu de sérieux, nos concitoyens, sans parler de leurs représentants, nécessitent davantage de considération !
Oui nous avons besoin, enfin, d’investissements sur nos réseaux, faute de quoi non seulement nos lignes d’aménagement du territoire mais toutes nos lignes sous 10 ans, sur tous nos réseaux, vont être en panne.

Nous les avions estimés, comme le Président Farandou après nous, à environ 100 milliards d’euros. Ils sont avec le RER, encore bien supérieurs. Les besoins sont conséquents et nécessitent des engagements forts et concrets dans trois domaines :
• des crédits complémentaires, a minima 1milliard de plus par an, et désormais avec l’inflation, la nécessité d’avancer sur la modernisation et le financement des annonces nouvelles, sans doute plus du double,
• des capacités techniques à faire des travaux, puisque non seulement ceux-ci sont insuffisants, mais pire en 2022 l’Agence de financement des infrastructures de transport de France (l’AFIT-France) n’est pas arrivée à les consommer,
• des études sérieuses, notamment sur le plan juridique, pour imaginer des montages innovants, du type de la Société du Grand paris (SGP) par exemple, permettant une débudgétisation, une pluriannualité, la remise en cause de notre système de péages, une mobilisation de crédits européens et de fonds verts, des moyens affectés, un partenariat public privé renforcé… avec un examen sérieux de la question de l’indépendance de SNCF Réseau pour bénéficier de moyens publics conséquents.
Mais tout cela ne se décide pas un dimanche soir à l’Élysée devant la chaine Youtube ! On ne peut se moquer ainsi des Français. Cela se construit avec le Parlement, avec les partenaires, pour répondre au double objectif que nous poursuivons :

• la décarbonation de la mobilité, et le maillage intermodal,
• le soutien au pouvoir d’achat par un vrai travail sur l’offre de mobilité pour tous, à des tarifs soutenables et lisibles pour chacun.

Marchés financiers : secousses en Europe ?

Marchés financiers : secousses en Europe ?

Les situations en Italie mais aussi en Grande-Bretagne inquiètent les marchés .

Signe de cette défiance, les taux des emprunts à dix ans italiens grimpaient de 0,21 point, à 4,54 %, vite rattrapés par ceux des obligations britanniques à 4,24 %, en hausse de 0,41 point sur la journée. L’homme malade de l’Europe ne serait-il pas celui qu’on pense?

Raison de ces tensions: le «mini» budget présenté vendredi par Kwasi Kwarteng, qui prévoit 45 milliards de livres de baisses d’impôts en plus de 150 milliards de mesures de soutien énergétique aux ménages et aux entreprises, financé par 70 milliards de livres d’emprunts supplémentaires l’an prochain

Côté italien on attend des précisions sur les 200 milliards de dépenses envisagées pour soutenir l’économie alors que la dette atteint déjà des niveaux stratosphériques.

Parallèlement, on constate une tendance baissière de l’activité économique surtout pour 2023

Fitch Ratings est plus pessimiste sur la conjoncture de l’économie mondiale. L’agence de notation a revu en baisse ses prévisions, en ne tablant plus désormais que sur une croissance du PIB mondial de 2,4% en 2022 (-0,5 point de pourcentage par rapport à l’anticipation de juin) et de seulement 1,7% en 2023 (-1 point de pourcentage).

Selon Fitch, l’économie de la zone euro se contractera de 0,1% en 2023 (-2,2 points de pourcentage depuis juin), du fait de l’impact de la crise du gaz naturel. L’agence prévoit désormais une croissance américaine de 1,7% en 2022 et de 0,5 % en 2023, révisée à la baisse de 1,2 et 1 point, respectivement. “La reprise de la Chine est limitée par les restrictions liées à la pandémie de Covid-19 et par un effondrement prolongé de l’immobilier. Nous prévoyons désormais une croissance de 2,8% cette année et une reprise à 4,5 % l’année prochaine, soit des révisions à la baisse de 0,9 et 0,8 point respectivement”, souligne Fitch.

« Nous avons connu une sorte de tempête parfaite pour l’économie mondiale ces derniers mois, avec la crise du gaz en Europe, une forte accélération des hausses de taux d’intérêt et une aggravation du marasme immobilier en Chine », relève Brian Coulton, chef économiste chez Fitch, dont les prévisions reposent désormais sur l’hypothèse d’un arrêt “total ou quasi total de l’approvisionnement de l’Europe en gaz par les gazoducs russes”.

Sur le Vieux Continent, le Royaume-Uni et la zone euro, qui constituent la troisième économie mondiale, “sont prêts pour une récession plus tard cette année, avec la Banque d’Angleterre et la BCE affichant des prévisions pessimistes. La seule question est de savoir quelle sera son ampleur”, relève de son côté eToro, qui souligne que cette récession aura “des répercussions mondiales sur de nombreuses économies et entreprises” et “survient à un moment difficile, où la croissance américaine ralentit également et où la reprise chinoise est encore hésitante”.

On peut donc craindre de nouvelles turbulences pour la Bourse (CAC 40 , etc.) en Europe. L’économiste Patrick Artus redoute ainsi une poursuite du marché baissier sur les actions au cours des prochains trimestres.

Marchés financiers : plombés aussi par la hausse des taux

Marchés financiers  : plombés aussi par la hausse des taux

. La fin des politiques monétaires accommodantes, confirmée par le nouveau relèvement de taux de la BCE annoncé le 8 septembre, devrait continuer à peser sur les cours dans les prochains mois. Par Amaury Goguel, SKEMA Business School

 

Jeudi 8 septembre, la Banque centrale européenne (BCE) a annoncé une hausse de ses trois taux d’intérêt de 75 points de base, faisant passer son taux de refinancement au-dessus de 1 %. Il s’agit de la deuxième hausse depuis le début de l’année après avoir opéré son premier relèvement en 11 ans le 21 juillet dernier.

Cette hausse des taux directeurs renchérit le coût du refinancement pour les banques commerciales (BNP Paribas, Société générale, etc.), dissuadant ou renchérissant les crédits à la consommation ou à l’investissement. L’objectif de la BCE est donc là de ralentir une économie jugée en surchauffe, au risque de précipiter une récession. Si la BCE a décidé de frapper fort, c’est qu’elle s’attend en effet à une inflation de 8,1 % en 2022, contre 6,8 % en rythme annuel en juin dernier. Toujours selon le grand argentier européen, la hausse des prix ne devrait ralentir qu’à partir de 2023.

Cette annonce n’est pas une bonne nouvelle pour les marchés financiers qui, s’ils ont semblé plutôt insensibles aux crises de ces dernières années, connaîtront très probablement une année 2022 morose en raison du changement de cap amorcé dans la politique monétaire des banques centrales ces derniers mois.

Depuis la crise des subprimes en 2008, les marchés financiers semblaient très calmes, sorte de remake de la « great moderation » observée entre 1982-2007. L’inflation était inexistante, la volatilité moyenne faible et les mesures de soutien, qui se sont amplifiées pendant la crise du Covid-19, omniprésentes. Jusqu’à la fin d’année 2021, rien ne semblait pouvoir ébranler les marchés financiers. L’élection de Donald Trump aux États-Unis en 2016 n’avait pas créé de torpeur financière durable, ni les attentats à répétition, ni le Brexit (deux jours de baisse seulement), ni la crise sanitaire, etc.

Cependant, cette période de calme relatif touche aujourd’hui à sa fin. Depuis le début de l’année, les principaux indices dans le monde sont tous orientés à la baisse. Sur un an, le CAC 40 a perdu plus de 16 % de sa valeur, plus de 20 % pour le Dax en Allemagne, le Dow Jones 15 % et le Nasdaq plus de 27 % aux États-Unis. Des baisses qui n’avaient pas été observées depuis la période de stagflation des années 1970.

Dans le même temps, les obligations d’État ont également dans l’ensemble plongé, perdant par exemple presque 10 % de leur valeur aux États-Unis au premier semestre 2022, soit la pire performance depuis 1788, juste avant que George Washington ne devienne le premier président !

Il est rare que la performance des actions et des obligations converge conjointement à la baisse un même trimestre ou un semestre. Ce premier semestre 2022 fait donc exception. Cela a rendu très complexe allocation d’actifs puisque la plupart des classes d’actifs ont grandement souffert, y compris les nouveaux actifs digitaux comme le bitcoin qui a perdu près de la moitié de sa valeur ses six derniers mois.

Plus qu’aux crises de ces derniers mois, les marchés semblent avoir réagi aux hausses de taux décidées pas les banques centrales. Début 2022, le forte reprise économique post-Covid et la persistance de l’inflation sous l’effet des crises énergétiques et alimentaires liées au conflit en Ukraine les ont placées dos du mur, dans l’impossibilité de poursuivre leur politique monétaire accommodante avec des taux directeurs au plancher.

Au 25 juillet, la Réserve fédérale américaine (Fed) avait ainsi déjà révisé trois fois ses taux à la hausse depuis janvier, passant de 0,25 % à 1,75 %, tandis que la Bank of England (BoE) a enchaîné cinq hausses depuis mi-décembre, pour passer de 0 % à 1,25 %. Quant à la BCE, elle avait déjà frappé plus fort que prévu lors de son premier relèvement de juillet dernier avant de confirmer le cap lors de sa deuxième annonce du 8 septembre.

Au début de l’été, on pouvait donc s’attendre à une poursuite des baisses boursières sous le double effet de l’inflation généralisée dans la plupart des pays et son corollaire, les hausses induites des taux d’intérêt directeurs par les banques centrales. Or, aux États-Unis comme en Europe, les résultats d’entreprises du deuxième trimestre 2022 ont été historiquement hauts

Cette bonne nouvelle a constitué un fort moteur des cours au mois de juillet, dont la dynamique a été portée par des facteurs microéconomiques. Au niveau macroéconomique, les taux d’intérêt notamment immobiliers en Europe ont en outre baissé en juillet, en dépit de l’inflation, et la BCE n’a appliqué sa hausse des taux que plusieurs semaines après l’avoir annoncé, début juin. Cette conjonction étonnante d’évènements a pu également porter les cours boursiers sur le mois de juillet.

Au mois d’août, les index sont repartis à la baisse, sans toutefois invalider une dynamique assez positive sur l’ensemble de l’été. Les scénarios les plus noirs, avec les craintes sur l’énergie notamment cet hiver, semblent en effet désormais intégrés dans les prix de marché. Toute amélioration éventuelle de la situation énergétique ou inflationniste pourrait donc être accueillie avec des hausses des cours. En revanche, la politique monétaire et les hausses des taux encore à venir resteront un fort vent contraire.

En somme, la fin d’année a peu de chance d’être excellente et ne pourra donc sans doute pas effacer les pertes du premier semestre.

Certes, de nombreux signaux suggèrent que le pic d’inflation est passé aux États-Unis (baisse significative des coûts logistiques, du fret, etc.). Par ailleurs, les canaux de transmission de la politique monétaire traditionnelle mettent empiriquement entre six à neuf mois à se transmettre dans l’économie réelle. Les effets des hausses des taux directeurs du début d’année en Amérique du Nord ou encore au Royaume-Uni en matière de ralentissement de la hausse des prix devraient donc se concrétiser dans les prochains mois.

Mais les banques centrales affichent aujourd’hui leur volonté de poursuivre leurs politiques de relèvement des taux, comme l’a encore prouvé l’annonce de la BCE du 8 septembre. Ainsi, le président de la Fed, Jerome Powell, rappelait fin août, lors du meeting annuel des banquiers centraux à Jackson Hole aux États-Unis, que l’inflation, historiquement, ne s’est jamais tarie simplement à la suite de hausses ponctuelles des taux mais plutôt après une série de hausses successives et durables. Son discours avait d’ailleurs aussitôt entraîné les marchés financiers à la baisse.

En effet, la politique de relèvement des taux doit être mise en balance avec les risques de saper la croissance économique. Les alertes à la récession se multiplient aujourd’hui dans les grandes zones de l’économie mondiale avec notamment une consommation qui marque le pas après des mois de forte demande post-Covid. Une situation qui pèsera forcément sur les entreprises et les marchés.

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Par Amaury Goguel, Economist & Academic Dean of the MSc Financial Markets & Investments. Co-author of the book « Managing Country Risk in an Age of Globalization », SKEMA Business School

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Enjeux écologiques : Les convictions molles des financiers

Enjeux écologiques  : Les convictions molles des financiers 

Jean-François Sebastian directeur général France de SAS Institute, société de service informatique  critique, dans une tribune au « Monde », le scepticisme de certains acteurs de la finance vis-à-vis de l’investissement vert qu’il qualifie de « faute morale » et d’« erreur stratégique ».

 

Peut-on faire confiance aux entreprises pour mener le combat contre le dérèglement climatique ? Pour plusieurs élèves d’AgroParisTech, de Sciences Po ou de Polytechnique, la réponse est non. Un désaveu qui intervient dans un contexte où les convictions écologiques de nombreux dirigeants ont varié comme les cours de la Bourse. Notamment dans la finance.

En début d’année, le patron de Blackrock [Larry Fink] promouvait, dans le cadre de sa lettre annuelle, un capitalisme des parties prenantes et attendait des entreprises qu’elles jouent « un rôle dans la décarbonation de l’économie mondiale ». Cinq mois plus tard, changement radical de discours : « Ce n’est pas au secteur privé de jouer le rôle de la police de l’environnement. »

Même scepticisme de la part du désormais célèbre Stuart Kirk, ex-directeur des investissements responsables de HSBC : « On me dit de passer mon temps à examiner quelque chose qui va se produire dans vingt ou trente ans. C’est complètement disproportionné. » Si ces propos ont été abondamment commentés, ils n’ont pas suffisamment été décrits pour ce qu’ils sont : une faute morale doublée d’une erreur stratégique.

La finance joue un rôle unique dans la compétitivité et la richesse d’un pays. Elle gère les risques, l’allocation de l’épargne et une partie du développement. A cet effet, elle est indispensable à la transformation écologique des entreprises. En Europe, par exemple, la finance flèche prioritairement les investissements vers les activités soutenables pour permettre à l’Union européenne d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050.

Mais quand certaines de ses incarnations les plus éminentes euphémisent l’urgence climatique et prennent leur distance par le verbe – dans un premier temps – avec des mesures qui visent à créer une finance durable, elles manquent à leurs devoirs et forgent une réalité parallèle dans laquelle le risque climatique n’est qu’une « possibilité ». Prenant ainsi le risque d’une déresponsabilisation de certaines de leurs parties prenantes.

Ces figures de la finance ressemblent à Wallace Hartley (1878-1912), le chef d’orchestre du Titanic, et à ses musiciens. Alors que le paquebot faisait naufrage après avoir heurté un iceberg, les instrumentistes ont continué de jouer jusqu’au bout créant, selon les historiens, un sentiment de sécurité qui a poussé les gens à ne pas quitter le navire à temps.

En promouvant le scepticisme, Fink, Kirk et les autres vont à contre-courant de l’histoire. Si le secteur de la finance reste dominé par les actifs traditionnels, sa déclinaison verte enregistre la plus forte croissance. Dans son rapport d’avril, l’Autorité européenne des marchés financiers (AEMF) démontrait la surperformance des fonds à critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), sur l’année 2020.

Écologie : Les convictions molles des financiers

Écologie : Les convictions molles des financiers 

Jean-François Sebastian directeur général France de SAS Institute, société de service informatique  critique, dans une tribune au « Monde », le scepticisme de certains acteurs de la finance vis-à-vis de l’investissement vert qu’il qualifie de « faute morale » et d’« erreur stratégique ».

 

Peut-on faire confiance aux entreprises pour mener le combat contre le dérèglement climatique ? Pour plusieurs élèves d’AgroParisTech, de Sciences Po ou de Polytechnique, la réponse est non. Un désaveu qui intervient dans un contexte où les convictions écologiques de nombreux dirigeants ont varié comme les cours de la Bourse. Notamment dans la finance.

En début d’année, le patron de Blackrock [Larry Fink] promouvait, dans le cadre de sa lettre annuelle, un capitalisme des parties prenantes et attendait des entreprises qu’elles jouent « un rôle dans la décarbonation de l’économie mondiale ». Cinq mois plus tard, changement radical de discours : « Ce n’est pas au secteur privé de jouer le rôle de la police de l’environnement. »

Même scepticisme de la part du désormais célèbre Stuart Kirk, ex-directeur des investissements responsables de HSBC : « On me dit de passer mon temps à examiner quelque chose qui va se produire dans vingt ou trente ans. C’est complètement disproportionné. » Si ces propos ont été abondamment commentés, ils n’ont pas suffisamment été décrits pour ce qu’ils sont : une faute morale doublée d’une erreur stratégique.

La finance joue un rôle unique dans la compétitivité et la richesse d’un pays. Elle gère les risques, l’allocation de l’épargne et une partie du développement. A cet effet, elle est indispensable à la transformation écologique des entreprises. En Europe, par exemple, la finance flèche prioritairement les investissements vers les activités soutenables pour permettre à l’Union européenne d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050.

Mais quand certaines de ses incarnations les plus éminentes euphémisent l’urgence climatique et prennent leur distance par le verbe – dans un premier temps – avec des mesures qui visent à créer une finance durable, elles manquent à leurs devoirs et forgent une réalité parallèle dans laquelle le risque climatique n’est qu’une « possibilité ». Prenant ainsi le risque d’une déresponsabilisation de certaines de leurs parties prenantes.

Ces figures de la finance ressemblent à Wallace Hartley (1878-1912), le chef d’orchestre du Titanic, et à ses musiciens. Alors que le paquebot faisait naufrage après avoir heurté un iceberg, les instrumentistes ont continué de jouer jusqu’au bout créant, selon les historiens, un sentiment de sécurité qui a poussé les gens à ne pas quitter le navire à temps.

En promouvant le scepticisme, Fink, Kirk et les autres vont à contre-courant de l’histoire. Si le secteur de la finance reste dominé par les actifs traditionnels, sa déclinaison verte enregistre la plus forte croissance. Dans son rapport d’avril, l’Autorité européenne des marchés financiers (AEMF) démontrait la surperformance des fonds à critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), sur l’année 2020.

Conseils financiers d’ influenceurs ou d’arnaqeurs ?

Conseils  financiers d’ influenceurs ou d’arnaqeurs ?

 

 

 

Parmi les nouveaux métiers à la mode, on trouve désormais un nombre incalculable d’influenceurs  qui jouent  sur leur image moderne pour inciter à vendre des produits souvent inutiles voire dangereux mais qui rapportent  gros à ceux qui en font la promotion. Ces derniers touchent d’ailleurs en général une commission sur les ventes réalisées. En général, les influenceurs  sont jeunes, beaux, riches et souvent  » cons » à la fois  Ils agissent à peu près dans tous les secteurs d’activité pour encourager les naïfs à des dépenses inutiles. Désormais, ils sévissent aussi dans le milieu financier en promettant par exemple de devenir très riches en quelques semaines ou quelques mois en particulier grâce à la spéculation sur les cryptos ( par parenthèse qui s’écroulent en ce moment).

 

« Je vais vous expliquer comment je suis devenu riche en quelques mois grâce au trading ». Il n’est pas rare de lire ou d’entendre ces discours prononcés par des influenceurs sur les réseaux sociaux . Robot-trading, cryptomonnaies et autres investissements faciles qui rapporteraient gros… Les profils qui promeuvent ces nouvelles pratiques financières – parfois trompeuses -, sur des posts et des vidéos sur Instagram, Snapchat, TikTok ou Twitter se sont multipliés avec le boom des cryptomonnaies lors de la crise sanitaire.

. L’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’Autorité de régulation de la publicité professionnelle (ARPP) ont annoncé étendre leur partenariat pour se pencher sur la responsabilité des influenceurs financiers, avec une attention particulière sur les cryptomonnaies et la publicité autour de ces produits.

Ce projet spécifique sera mené courant 2022 et en 2023 et servira à « prôner les bonnes pratiques et créer des formations pour les influenceurs sur ce type de produits », explique l’AMF.

Placements financiers d’ influenceurs ou d’arnaqeurs ?

Placements financiers d’ influenceurs ou d’arnaqeurs ?

 

 

 

Parmi les nouveaux métiers à la mode on trouve désormais un nombre incalculable d’influenceurs  qui jouent  sur leur image moderne pour inciter à vendre des produits souvent inutiles voire dangereux mais qui rapportent  gros à ceux qui en font la promotion. Ces derniers touchent d’ailleurs en général une commission sur les ventes réalisées. En général, les influenceurs  sont jeunes, beaux, riches et souvent  » cons » à la fois  Ils agissent à peu près dans tous les secteurs d’activité pour encourager les naïfs à des dépenses inutiles. Désormais, ils sévissent aussi dans le milieu financier en promettant par exemple de devenir très riches en quelques semaines ou quelques mois en particulier grâce à la spéculation sur les cryptos ( par parenthèse qui s’écroulent en ce moment).

 

« Je vais vous expliquer comment je suis devenu riche en quelques mois grâce au trading ». Il n’est pas rare de lire ou d’entendre ces discours prononcés par des influenceurs sur les réseaux sociaux . Robot-trading, cryptomonnaies et autres investissements faciles qui rapporteraient gros… Les profils qui promeuvent ces nouvelles pratiques financières – parfois trompeuses -, sur des posts et des vidéos sur Instagram, Snapchat, TikTok ou Twitter se sont multipliés avec le boom des cryptomonnaies lors de la crise sanitaire.

. L’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’Autorité de régulation de la publicité professionnelle (ARPP) ont annoncé étendre leur partenariat pour se pencher sur la responsabilité des influenceurs financiers, avec une attention particulière sur les cryptomonnaies et la publicité autour de ces produits.

Ce projet spécifique sera mené courant 2022 et en 2023 et servira à « prôner les bonnes pratiques et créer des formations pour les influenceurs sur ce type de produits », explique l’AMF.

Marchés financiers :Intégrer la notion de « crise permanente »

Marchés financiers :Intégrer la notion de « crise permanente »

 

Par David Bourghelle, Université de Lille; Fredj Jawadi, Université de Lille; Pascal Grandin, Université de Lille et Philippe Rozin, Université de Lille.

 

 

D’une certaine manière les crises se succèdent aux crises et les marchés traduisent les différentes évolutions et ruptures.

Plus les investisseurs intègrent la notion de « crise permanente », moins ils ont tendance à paniquer et plus ils actent et renforcent les dynamiques de marché. On en veut pour preuve l’examen du VIX, indice de volatilité du S&P500 aussi appelé « indice de la peur ».

En effet, lors de la première vague du Covid-19, le VIX a augmenté de plus de 45 %, révélant un état de nervosité et de panique des investisseurs à même d’expliquer en partie la brutalité de la chute des marchés en mars 2020. Néanmoins, au fur et à mesure que la pandémie semblait s’installer dans la durée et que les investisseurs commençaient à s’y familiariser (port du masque, télétravail, distanciation sociale, etc.), les variations du VIX, et donc du niveau de peur, se sont atténuées. Les investisseurs ont ensuite repris confiance avec comme conséquence et le retour des investissements sur le marché.

 

Si le VIX n’est pas reparti à la hausse ces derniers mois, il n’en demeure pas moins qu’il existe désormais une forme d’inquiétude sur les marchés qui expliquent les récentes corrections. En effet, la période post-Covid-19 a marqué le retour de l’inflation aux États-Unis et en Europe, incitant les banques centrales à réduire leurs programmes d’achat des actifs financiers et à augmenter leurs taux.

Ce virage opéré par la Réserve fédérale américaine (Fed) comme, peu après, par la Banque centrale européenne (BCE), ainsi que l’assouplissement progressif des mesures économiques de soutien de la crise Covid-19 ne semblent pas rassurer les investisseurs. Ces derniers craignent désormais une baisse de la liquidité et une augmentation du coût des crédits.

Des facteurs extrafinanciers, dont en premier lieu la guerre en Ukraine déclenchée par l’invasion russe du 24 février dernier, et le choc sans précédent sur le marché des matières premières, pèsent en outre sur le cours des marchés.

Cependant, ceux-ci ne se sont pas effondrés. Depuis cette date funeste, l’évolution des grands indices se caractérise davantage par des hausses et et des baisses successives très importantes. Même si la volatilité ne bat pas les records de début 2020, elle atteint à nouveau des niveaux significatifs.

Par exemple, sur le front des valeurs technologiques, le Nasdaq a connu une baisse remarquable en juin, et des fintechs comme PayPal ou Square ont été fortement affectées par les corrections dans ces secteurs (les investissements des Américains sur des valeurs à la mode pendant la période du confinement laissaient sans doute augurer des phénomènes de réajustements assez violents).

 

Plusieurs analyses concourent pour expliquer l’imprévisibilité de ces dynamiques boursières :

D’abord, les arbitrages des investisseurs eux-mêmes. Ces derniers, considérant parfois injustifiée les baisses significatives de certaines valeurs, se ruent sur les actions dont ils estiment la valorisation sous-estimée, ce qui provoque des ruées importantes sur certains titres. Pourtant, dans ce cas, les mouvements de hausses n’ont souvent rien de durables ; il s’agit en général d’ajustements temporaires.

Deuxième explication, plus monétaire : plusieurs acteurs du marché semblent indiquer que le « pic de la Fed » aurait été atteint, ce qui signifie que la banque centrale américaine ne pourrait pas se risquer à une remontée plus brutale de ses taux. La perspective de cette modération pourrait avoir un effet incitatif sur les investisseurs.

Une troisième explication, plus structurelle, tient aux cycles économiques et au marché lui-même. Aux États-Unis, il y a un fort lien de dépendance entre les marchés boursiers et le niveau d’activité à court terme. En période d’expansion, les actions des valeurs américaines ont tendance à se valoriser, alors qu’après le retournement du cycle, des ajustements importants sont souvent constatés. Le recul surprise du PIB de 1,4 % en rythme annuel au premier semestre aux Étas-Unis a donc de quoi inquiéter les marchés.

Il apparaît clair désormais que l’inflation (voire la possible stagflation) et la politique des banques centrales ont pris le pas sur l’incertitude liée au Covid-19. Les anticipations des grandes institutions sont, semaine après semaine, toujours plus sombres ce qui pourrait inciter nombre d’investisseurs à se reporter sur des actifs potentiellement plus sûrs. Ce sont désormais ces facteurs qui, semble-t-il, préoccupent aujourd’hui vraiment les investisseurs.

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Par David Bourghelle, Maître de conférences en finance, laboratoire LUMEN, Université de Lille ; Fredj Jawadi, Professeur des Universités en finance et en économétrie, Laboratoire LUMEN, Université de Lille ; Pascal Grandin, Professeur, Université de Lille et Philippe Rozin, Maître de conférences en finance, laboratoire LUMEN, Université de Lille.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Marchés financiers : vers un cycle baissier ou un krach

Marchés financiers : vers un cycle baissier ou un krach

 

Un très gros coup de mou lundi sur les marchés financiers qui confirme non seulement la tendance baissière depuis des semaines mais qui fait émerger l’hypothèse d’un krach au cours de l’été avec l’écroulement de la croissance et l’envolée de l’inflation. Finalement rien de surprenant, en effet on est passé brutalement de taux de croissance très élevée provenant essentiellement de la période post sanitaire a maintenant un risque de croissance zéro et même de récession.

L’année en cours sera encore positive du faite notamment des effets mécaniques des hausses d’activités en 2021. Par contre 2023 risque d’être catastrophique pour plusieurs raisons. Le risque de famine qui fait monter les prix et encourage l’inflation des matières premières industrielles ou non. La situation géopolitique particulièrement dangereuse et qui pèse aussi sur l’activité. Enfin un phénomène plus ancien de hausse qui a nourri en premier l’inflation. Le pire c’est effectivement cette perspective maintenant de stagflation voire de récession. Du coup, les marchés financiers plongent anticipent cette sombre perspective de 2023. Certains prévoient même un Krach au cours de l’été. À tout le moins les marchés s’inscrivent dans un cycle baissier.Cela d’autant plus que les Banques centrales sont maintenant engagées dans un resserrement monétaire se caractérisant notamment par le relèvement des taux d’intérêt.

La banque centrale américaine (Fed)  vient de décider dune  hausse de 75 points de base des taux directeurs, au lieu des 50 points de base initialement prévus, ce qui commence à inquiéter  les marchés. Un « pas » de plus dans la hausse des taux inégalée depuis 1994. Désormais, les marchés intègrent une hausse de 175 points de base des taux d’ici la fin septembre, sans compter les deux hausses de 50 points de base déjà réalisées.

La Banque centrale européenne préfère de son côté la politique des « petits pas » – 25 points de base prévus en juillet et 50 points de base anticipés en septembre – mais les anticipations misent sur une troisième hausse de 50 points de base en octobre.

Peu de secteurs échappent à la correction en cours. Même les banques, qui profitent pourtant mécaniquement de la hausse des taux, dévissent sur des anticipations de dégradation de la conjoncture économique génératrice de faillites et de provisions dans les bilans bancaires. Pourtant, la BCE estime que la zone euro devrait échapper à une récession cette année. Mais pour l’année 2023 rien n’est écrit en dépit des déclarations du ministre des finances de la France qui déclare que le pic d’inflation a été atteint.

Spéculateurs et analystes financiers : Deux spécialités qui s’opposent

Spéculateurs et analystes financiers : Deux spécialités qui s’opposent

Les diagnostics des financiers qui parient sur la chute des cours de titres et de ceux rattachés à une entreprise ou une banque peuvent différer en raison d’objectifs de communication opposés. Par Hervé Stolowy, HEC Paris Business School et Luc Paugam, HEC Paris Business School

En juin 2020, en dépit de sa réussite apparente, la fintech allemande Wirecard a connu une chute spectaculaire en admettant que 1,9 milliard d’euros mentionnés dans son bilan étaient fictifs et que sa dette s’élevait à 3,5 milliards d’euros.

Pourtant, ce n’était pas une surprise pour tous les observateurs attentifs. D’après des journalistes et des vendeurs à découvert, cela faisait des années que les signaux étaient au rouge. Le Financial Times a publié plusieurs rapports sur les pratiques financières suspectes de la société et des vendeurs à découvert qui cèdent des titres qu’ils ne possèdent pas en pariant sur une baisse future du titre pour réaliser une plus-value, tels que Zatarra Research, avaient également fait part d’une profonde préoccupation.

En revanche, la plupart des analystes sell-side (c’est-à-dire qui travaillent pour le compte d’une institution financière ou en compte propre) avaient une opinion positive de Wirecard jusqu’à peu avant son effondrement. Les autorités financières allemandes elles-mêmes ont d’abord ouvert une enquête criminelle à l’encontre des journalistes et des vendeurs à découvert plutôt qu’à l’encontre des dirigeants de Wirecard. Plusieurs mois après la révélation des malversations comptables, Commerzbank a licencié son analyste Wirecard, qui avait été, selon les rapports, « l’un des plus fervents défenseurs de Wirecard » jusqu’à la fin.

Cette affaire illustre de manière saisissante l’écart de points de vue entre les vendeurs à découvert activistes (c’est-à-dire qu’ils cherchent à influencer la gouvernance d’une entreprise cible) et les analystes financiers, dans un secteur où l’autorité narrative peut influer sur le cours des actions et le sort des entreprises. Au moment où le scandale a éclaté, l’action de Wirecard a ainsi plongé de 100 euros à moins de 2 euros en une semaine.

Notre dernier article de recherche (co-écrit avec Yves Gendron et à paraître dans la revue Accounting, Organizations and Society) s’inscrit dans le prolongement de nos travaux antérieurs sur la fraude comptable et les lanceurs d’alerte. Les vendeurs à découvert activistes, qui exposent publiquement leurs recherches, pointent du doigt les irrégularités de certaines entreprises et dénoncent par la même occasion les rapports généralement positifs des analystes financiers. Ils tirent leur profit de la perte de valeur des actions d’une entreprise.

Les analystes financiers, quant à eux, travaillent généralement pour des banques d’investissement, dont les revenus proviennent de la souscription d’émissions de nouvelles actions. Il leur semble donc souvent nécessaire d’entretenir de bonnes relations avec les entreprises qu’ils suivent, et ils ont donc un intérêt à produire des rapports de recherche optimistes sur leurs actions.

Dans le monde volatile de la finance, où les informations abondent et où l’incertitude règne à propos de l’avenir, l’autorité narrative joue un rôle important pour orienter les investissements. Traditionnellement, les analystes sell-side sont qualifiés d’experts.

Les recherches précédentes dans ce domaine se sont concentrées uniquement sur les analystes financiers, et peu sur le rôle du storytelling sur les marchés financiers. Nous nous sommes intéressés à la rivalité entre ces deux fonctions pour obtenir l’autorité narrative.

Dans leurs rapports, les vendeurs à découvert activistes reprochent aux analystes leur manque d’expertise technique et d’esprit critique (manque de scepticisme à l’égard des entreprises qu’ils couvrent) et mettent en avant leur conflit d’intérêts.

Dans un rapport, un vendeur à découvert écrivait ainsi sur un ton sarcastique :

« Oups… On en oublierait presque que, pour réussir en tant qu’analyste sell-side, il faut commencer par dissimuler toutes les données susceptibles de présenter vos récentes introductions en bourse sous un jour négatif. »

Malgré ces critiques, il est étonnant de constater que les analystes ne réagissent pas ou peu aux attaques. Environ un tiers seulement répond aux accusations, généralement sous la forme d’une réponse écrite formelle dans le cadre d’un rapport de recherche. Ceux qui y répondent renvoient la pareille et accusent les vendeurs à découvert de manquer d’objectivité et de connaissance du marché, et d’agir dans leur seul intérêt, à savoir faire baisser le cours des actions.

Nous avons voulu découvrir les coulisses de cette confrontation. C’est pourquoi, en plus de consulter les rapports de vendeurs à découvert et d’analystes financiers, nous avons réalisé des entretiens avec des représentants des deux camps pour essayer de comprendre pourquoi les analystes ne répliquent pas plus souvent. Nous avons découvert plusieurs raisons à cela.

S’il leur est arrivé d’admettre que les vendeurs à découvert avaient raison sur certains dysfonctionnements au sein des entreprises, les analystes se devaient de garder un bon contact avec elles sous peine de contrarier leur propre direction, ils étaient limités par des contraintes juridiques et craignaient pour leur réputation s’ils défendaient leur point de vue mais qu’il était finalement prouvé qu’ils avaient tort.

Un analyste nous l’a expliqué en ces mots :

« À partir du moment où l’on réagit, on reconnaît l’existence de quelque chose, et cela contribue à ce que l’on en parle encore plus. »

Face à une menace pour leur réputation, de nombreux analystes préfèrent donc éviter toute réaction publique susceptible de donner davantage de visibilité à leur autorité narrative fragile. À l’inverse, ils optent plutôt pour une approche indirecte, en contactant en privé certains acteurs du marché : analystes buy-side (qui travaillent pour un courtier ou un fonds de pension) ou gestionnaires de portefeuille. Souvent, ils ne modifient pas vraiment leurs recommandations en faveur d’une entreprise, même lorsqu’ils sont confrontés aux critiques des vendeurs à découvert, mais ils baissent leurs objectifs de cours, ce qui est moins visible que de revoir complètement leurs recommandations.

Malgré leur apparent antagonisme, nous avons pu observer un respect mutuel entre les deux parties lors des entretiens. Les analystes ont admis que les critiques des vendeurs à découvert étaient souvent pertinentes, tandis que les vendeurs à découvert ont concédé que les analystes financiers se trouvent dans une position délicate, car ils sont souvent dans l’incapacité d’exprimer leur véritable opinion ou n’ont pas accès aux informations utiles.

Nous considérons à présent que nos recherches doivent être approfondies, pour étudier l’influence mutuelle qu’exercent ces deux groupes, et ce que cette influence nous apprend sur la puissance de l’autorité narrative sur les marchés financiers.

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Par Hervé Stolowy, Professeur, Comptabilité et Contrôle de Gestion, HEC Paris Business School et Luc Paugam, Professeur Associé, Comptabilité et Contrôle de Gestion, HEC Paris Business School.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Marchés financiers: un krach cet été ?

Marchés financiers: un krach cet été ?

 

Grâce en particulier à la  générosité monétaire des banques centrales, les marchés financiers se sont gavés de liquidités ce qui a permis de gonfler la rentabilité des actions tout autant que les profits des entreprises. Aujourd’hui la politique accommodante des banques centrales se réduit sérieusement. D’une part on se dirige vers un assèchement des rachats d’actifs d’autre part progressivement toutes les banques centrales doivent se résoudre à une remontée des taux d’intérêt. Conclusion on risque d’assister un basculement déplacement d’actions vers des obligations notamment. En outre, la dégradation de la situation en Ukraine fait craindre une aggravation économique et financière

. Il faut bien comprendre que nous assistons à un véritable basculement puisque  en France par exemple on a connu l’an dernier une croissance exceptionnelle de 7 % mais avec des taux zéro. À peu près l’inverse aujourd’hui avec une croissance insignifiante tandis que l’inflation atteint tour de 6 % en France et encore davantage en Europe.

 Les craintes d’une récession n’ont jamais été aussi élevées que depuis 2008, selon Bank of America.

Dès lors, les scénarios les plus noirs commencent à fleurir aux Etats-Unis. Scott Minerd, responsable des investissements chez Guggenheim, prévient sur la chaîne américaine CNBC que le Nasdaq pourrait plonger de 75 % par rapport à son sommet de l’automne 2021 et que le S&P 500 pourrait déraper de 45 %, toujours par rapport à son sommet. Eric Galiègue n’est guère plus optimiste : « la baisse des marchés commencée le 24 février pourrait nous amener vers les 5.700/5.800 points sur le CAC 40, avec certes des rebonds techniques, mais plus probablement vers les 4.400 points au début de l’année 2023 ».

 Contrairement aux propos rassurants des autorités monétaires et bancaires, l’avenir  bousculé par nombre de facteurs explicatifs économiques et géopolitiques ne s’annonce guère réjouissant non seulement en 2022 mais aussi en 2023. Ce n’est pas par hasard si les actionnaires en tirent déjà des conséquences. Ainsi la Bourse de New York a clôturé en très nette baisse mercredi  .

Cette dégringolade s’explique notamment par la chute du groupe de distribution Target, dont les résultats ont été plombés par la flambée inflationniste outre-Atlantique. Le groupe a vu son bénéfice trimestriel amputé de moitié. Son PDG a estimé que les ventes allaient baisser en 2023. Parallèlement, les frais d’acheminement des marchandises via le fret ont boudi d’un milliard de dollars pour le groupe.

L’autre grande chaîne de distribution américaine, Walmart, plus axée sur les ménages populaires, avait aussi fait part de résultats décevants. Des chiffres qui montrent que la consommation des ménages américains commence à être fortement impactée par la hausse des prix.

Par ailleurs, les distributeurs ne sont pas toujours en mesure de répercuter les hausses de prix entraînés par l’engorgement des chaînes d’approvisionnement et par la hausse des coûts de main-d’oeuvre.

Le Dow Jones et le S & P 500, plus représentatif du marché américain, sont au plus bas depuis mars 2021. Mais les grands noms de la tech, déjà bousculés depuis plusieurs semaines en Bourse, n’ont pas fait exception lors de cette séance. Amazon a plongé de -7,16 %, Apple de 5,64 % et Netflix de 7,02 %. Le Nasdaq est ainsi revenu à son niveau de 2020.

Ces tensions, déjà apparues ces derniers jours, avant d’atteindre le pic de la séance de ce mercredi, montrent à quel point les menaces sur le ralentissement de la croissance américaine inquiètent les investisseurs dont certains n’excluent plus un crash au cours  de l’été.

Marchés financiers: crainte de krach

 Marchés financiers: crainte de krach

 

Grâce en particulier à la  générosité monétaire des banques centrales, les marchés financiers se sont gavés de liquidités ce qui a permis de gonfler la rentabilité des actions tout autant que les profits des entreprises. Aujourd’hui la politique accommodante des banques centrales se réduit sérieusement. D’une part on se dirige vers un assèchement des rachats d’actifs d’autre part progressivement toutes les banques centrales doivent se résoudre à une remontée des taux d’intérêt. Conclusion on risque d’assister un basculement déplacement d’actions vers des obligations notamment. En outre, la dégradation de la situation en Ukraine fait craindre une aggravation économique et financière

. Il faut bien comprendre que nous assistons à un véritable basculement puisque  en France par exemple on a connu l’an dernier une croissance exceptionnelle de 7 % mais avec des taux zéro. À peu près l’inverse aujourd’hui avec une croissance insignifiante tandis que l’inflation atteint tour de 6 % en France et encore davantage en Europe.

 Les craintes d’une récession n’ont jamais été aussi élevées que depuis 2008, selon Bank of America.

Dès lors, les scénarios les plus noirs commencent à fleurir aux Etats-Unis. Scott Minerd, responsable des investissements chez Guggenheim, prévient sur la chaîne américaine CNBC que le Nasdaq pourrait plonger de 75 % par rapport à son sommet de l’automne 2021 et que le S&P 500 pourrait déraper de 45 %, toujours par rapport à son sommet. Eric Galiègue n’est guère plus optimiste : « la baisse des marchés commencée le 24 février pourrait nous amener vers les 5.700/5.800 points sur le CAC 40, avec certes des rebonds techniques, mais plus probablement vers les 4.400 points au début de l’année 2023 ».

 Contrairement aux propos rassurants des autorités monétaires et bancaires, l’avenir  bousculé par nombre de facteurs explicatifs économiques et géopolitiques ne s’annonce guère réjouissant non seulement en 2022 mais aussi en 2023. Ce n’est pas par hasard si les actionnaires en tirent déjà des conséquences. Ainsi la Bourse de New York a clôturé en très nette baisse mercredi  .

Cette dégringolade s’explique notamment par la chute du groupe de distribution Target, dont les résultats ont été plombés par la flambée inflationniste outre-Atlantique. Le groupe a vu son bénéfice trimestriel amputé de moitié. Son PDG a estimé que les ventes allaient baisser en 2023. Parallèlement, les frais d’acheminement des marchandises via le fret ont boudi d’un milliard de dollars pour le groupe.

L’autre grande chaîne de distribution américaine, Walmart, plus axée sur les ménages populaires, avait aussi fait part de résultats décevants. Des chiffres qui montrent que la consommation des ménages américains commence à être fortement impactée par la hausse des prix.

Par ailleurs, les distributeurs ne sont pas toujours en mesure de répercuter les hausses de prix entraînés par l’engorgement des chaînes d’approvisionnement et par la hausse des coûts de main-d’oeuvre.

Le Dow Jones et le S & P 500, plus représentatif du marché américain, sont au plus bas depuis mars 2021. Mais les grands noms de la tech, déjà bousculés depuis plusieurs semaines en Bourse, n’ont pas fait exception lors de cette séance. Amazon a plongé de -7,16 %, Apple de 5,64 % et Netflix de 7,02 %. Le Nasdaq est ainsi revenu à son niveau de 2020.

Ces tensions, déjà apparues ces derniers jours, avant d’atteindre le pic de la séance de ce mercredi, montrent à quel point les menaces sur le ralentissement de la croissance américaine inquiètent les investisseurs dont certains n’excluent plus un crash au cours  de l’été.

Duel Macron -Le Pen : Macon a gagné pour les médias détenus par les financiers

 

 

 

 

La quasi-totalité des médias étant détenues par des financiers, le résultat du duel Macron Le Pen était connu d’avance : une victoire de l’actuel président de la république. Normal, ce sont ces mêmes financiers qui ont porté Macron pouvoir et qui continue de le soutenir.

Exemple de la tonalité de l’analyse de ces journalistes, celui du très libéral journal « l’Opinion « :

 

« ….. Emmanuel Macron a gagné ce débat. Le président-candidat a abordé la confrontation en challenger, multipliant les attaques. La députée du Pas-de-Calais a été sur la défensive, ne voulant visiblement pas commettre la moindre faute, voulant afficher avant tout une certaine présidentialité. Sur les retraites ou le pouvoir d’achat, deux sujets qui sont au coeur de sa campagne contre le chef de l’Etat, elle n’a pas marqué le point. C’est donc son adversaire, visiblement très préparé, donnant parfois un peu trop le sentiment de savoir qu’il dominait sa concurrente, qui l’a pris. Si à la fin du débat, sur le nucléaire, la sécurité ou l’immigration, Marine Le Pen s’est montrée plus efficace, cela n’aura pas suffi.« 

Autre exemple de commentaire, celui du Figaro ( propriété de Dassault)

« Ce mercredi soir, le débat d’entre-deux-tours entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen a rapidement tourné à l’avantage du président-candidat, son adversaire RN restant trop spectatrice. Silencieuse durant les deux premiers tiers de l’émission, comme paralysée par le traumatisme de sa prestation d’il y a cinq ans, cette dernière s’est finalement désinhibée en évoquant les questions liées au régalien et aux institutions. Match retour du face-à-face de 2017, la confrontation entre les deux finalistes de l’élection présidentielle de 2022 a donc été de meilleure tenue sur la forme, mais n’a cependant pas manqué de virer à l’affrontement par moments »

 

Très peu notent cependant que ce débat n’était pas à la hauteur puisqu’il a davantage ressemblé à une discussion d’épicier qu’à une confrontation de candidats à la présidence de la république. Pour ne pas froisser des Français on a évité de procéder à une analyse approfondie des forces et des faiblesses du pays, de définir les grands enjeux mis en perspective et de proposer une vision prospective qui dépasse la durée du mandat présidentiel.

La vraie conclusion sans doute qui sera vérifié dans les sondages c’est que ce débat n’aura pas changé grand-chose. D’ailleurs d’une façon générale 70 % des Français n’attendent pas de l’élection de changement fondamental. Et pour cause la plupart des promesses ne seront pas tenus soit pour des motifs politiques, soit par insuffisance de financement.

Médias: Bolloré et les financiers menacent la démocratie

 Médias: Bolloré et les financiers menacent  la démocratie

La concentration des médias aujourd’hui à l’œuvre en France menace le pluralisme constitutif de la démocratie. Elle réactive des enjeux soulevés dès la IIIᵉ République. Par Nicolas Kaciaf, Sciences Po Lille

 

 

Depuis le 24 novembre 2021, le Sénat dispose d’une commission d’enquête sur la concentration des médias. D’après les mots de son président, le sénateur centriste Laurent Lafon, celle-ci ne vise pas à « dénoncer le comportement ou la stratégie de tel ou tel acteur » mais à « comprendre le nouveau paysage qui se dessine ».

Son objet est avant tout d’« interroger la pertinence » d’une législation établie en 1986 (loi relative à la liberté de communication, dite loi Léotard) et dont le volet « anti-concentration » (défini dans son article 39) n’a été que partiellement modifié, malgré les profondes transformations de l’écosystème médiatique.

Les travaux de cette commission ont pu bénéficier d’une certaine exposition médiatique, en raison de l’audition des principaux propriétaires de groupes médiatiques, et notamment celle de Vincent Bolloré le 16 janvier.

Principal actionnaire du groupe Vivendi, il étend son empire médiatique depuis le lancement de la chaîne Direct 8 en 2005.

L’industriel suscite de légitimes inquiétudes quant à cette mainmise croissante sur l’information, au regard de la « droitisation » des orientations éditoriales, de la mise au pas des rédactions et de la multiplication des procédures visant à faire taire les investigations journalistiques à son encontre.

Plus que les autres démocraties libérales, la France connaît une situation paradoxale. D’un côté, le numérique a rendu possible une démultiplication sans précédent de l’offre de médias et de contenus, au point d’engendrer une situation d’« hyperconcurrence » pour l’attention des publics et leur monétisation.

De l’autre, le capital des principaux médias privés d’information, écrits comme audiovisuels, nationaux comme locaux, est concentré entre les mains d’une trentaine d’actionnaires dont certains figurent parmi les principales fortunes du pays (Bernard Arnault, Patrick Drahi, Xavier Niel, François Pinault, Daniel Kretinski, Martin Bouygues, famille Dassault, etc.).

Ainsi, tandis que la soixantaine de quotidiens régionaux appartiennent à six principaux groupes (Sipa Ouest-France, EBRA, Rossel, Centre France, Sud-Ouest et La Dépêche), les dix-neuf chaînes privées de la télévision numérique terrestre sont la propriété d’à peine six acteurs (Altice, TF1, M6, Canal+, NRJ Group, Amaury) qui ne seront plus que cinq en raison de la fusion programmée entre les groupes TF1 et M6.

À ce panorama succinct, il faut ajouter les processus de concentration entrepris à l’échelle mondiale sur les autres branches du nouvel écosystème médiatique. Qu’il s’agisse des fournisseurs d’accès à Internet (Orange, Free, SFR…), des « infomédiaires » (Google, Facebook, Twitter…) ou des plates-formes de streaming (Netflix, Amazon, Disney+), chaque couche de ce vaste secteur est dominée par des entreprises en situation de monopole ou d’oligopole qui accaparent l’essentiel des revenus issus des usagers eux-mêmes ou des annonceurs.

Pour justifier la fusion entre les groupes TF1 et M6 ou le rachat par Vivendi du pôle « médias » du groupe Lagardère (Europe 1, Paris-MatchLe Journal du dimanche), les dirigeants des entreprises médiatiques mobilisent un argumentaire récurrent depuis quatre décennies : la France doit disposer de « champions » nationaux pour faire face à la concurrence « déloyale » des firmes étrangères, garantir la qualité de l’information (face aux fake news qui circuleraient par le biais des réseaux socionumériques états-uniens) et préserver l’« exception culturelle » hexagonale (à travers notamment les règles de financement du cinéma français).

Cet argumentaire n’explique cependant pas cette singularité du capitalisme médiatique français : impliquer des investisseurs issus d’autres branches industrielles et financières (logistique, luxe, banque, armement, BTP, télécommunication, etc.), et pour qui les activités médiatiques ne constituent pas l’essentiel de leurs chiffres d’affaires.

Pourquoi s’engagent-ils alors dans un secteur économiquement fragilisé face à la dispersion des audiences et la reconfiguration profonde de l’environnement technologique et des usages ?

Si l’on excepte les récents travaux de Julie Sedel qui a entrepris une précieuse sociologie des patrons de médias, la recherche universitaire manque de données de première main pour restituer finement les motivations à l’origine de ces rachats.

Différents indices montrent cependant à quel point l’accaparement des entreprises médiatiques ne relève pas seulement de logiques marchandes.

Elle participe aussi d’une ambition de peser (au moins indirectement) sur les débats publics et de servir les intérêts des autres branches de leurs groupes respectifs. Comment ? En s’érigeant en interlocuteurs privilégiés d’acteurs politiques dont les carrières sont partiellement conditionnées par leur visibilité médiatique.

Parmi les exemples les plus notoires, on se souvient des liens nourris que Nicolas Sarkozy pouvait entretenir avec Arnaud Lagardère, qu’il désignait comme « son frère », ou avec Martin Bouygues, témoin de son mariage et parrain de son fils.

Bien que ces derniers aient toujours revendiqué l’absence de pression sur les orientations éditoriales de leurs médias respectifs, la sociologie du journalisme a pu montrer qu’il n’est nul besoin qu’un propriétaire intervienne directement sur les contenus pour que les rédactions en chef évacuent toute information susceptible de déplaire à leurs actionnaires.

Cette concentration des principaux médias privés dans les mains d’une oligarchie industrielle et financière est cependant loin d’être une problématique nouvelle. Sous la IIIe République déjà, l’accaparement de nombreux journaux par les « puissances d’argent » a constitué un enjeu majeur des affrontements politiques.

Si la loi sur la liberté de presse de 1881 a permis la libre expression des opinions par voie de presse, les législateurs n’ont pas interrogé les conditions économiques susceptibles de garantir l’effectivité du pluralisme médiatique.

Strictement régi par le jeu de l’offre et de la demande, le marché des journaux est alors entré dans une dynamique de massification de l’audience globale de la presse, favorisant les titres « populaires » et bon marché, détenus par les milieux d’affaires.

Au tournant du siècle, quatre quotidiens parisiens (Le Petit JournalLe Petit ParisienLe MatinLe Journal) dominent outrageusement la diffusion, cependant que l’agence Havas dispose d’un quasi-monopole sur les activités de courtage publicitaire et les Messageries Hachette contrôle une large part des réseaux de distribution.

Au cours de l’entre-deux-guerres, différents projets de régulation du marché de la presse voient le jour, face à la multiplication des scandales mettant en cause les relations entre la presse et « l’argent ». Le rachat du Figaro en 1922 par l’industriel du parfum acquis aux idées mussoliniennes, François Coty, puis celui du Temps en 1929 par François de Wendel, président du Comité des Forges, accréditent l’image d’une presse mise au service des intérêts patronaux.

C’est dans ce contexte, ici grossièrement résumé, que les pouvoirs publics ont octroyé aux journalistes professionnels un statut reconnaissant l’importance de leur rôle dans les régimes démocratiques. En créant les principes de « clause de conscience » et de « clause de cession » pour amoindrir la dépendance des journalistes vis-à-vis des velléités propagandaires des patrons de presse, la loi Brachard de 1935 visait à renforcer la crédibilité des journaux.

Selon les mots du rapport accompagnant la loi, leur contenu ne devrait ainsi être confié qu’aux « mains expérimentés des professionnels », soumis à une déontologie propre et désormais identifiables par leur carte de presse.

La Seconde Guerre Mondiale a contribué à accélérer ce processus de transformations d’un secteur dont les titres les plus commerciaux s’étaient compromis avec l’occupant.

Prenant appui notamment sur la « Déclaration des droits et des devoirs de la presse libre » élaborée dans la clandestinité et posant le principe que « la presse n’est pas un instrument de profit commercial », différentes ordonnances édictées à la Libération visaient à réformer les règles relatives à la propriété des journaux, à lutter contre la concentration et à octroyer un rôle inédit à l’État pour encadrer et réguler une activité désormais définie comme « service public » ou, du moins, au service du public.

Au-delà du monopole d’État sur l’audiovisuel, l’ordonnance du 26 août 1944 exigeait notamment la transparence dans le capital du journal, l’interdiction pour un même actionnaire de posséder plus d’un quotidien ainsi que l’impossibilité, pour le directeur d’un journal, d’exercer une fonction industrielle ou commerciale fournissant l’essentiel de ses revenus.

Face aux difficultés financières rencontrées par ce que l’historien Patrick Eveno a qualifié de « presse sans capitaux » (de 33 quotidiens nationaux publiés en 1946, il n’en restait plus que 13 en 1954), ce cadre légal a été progressivement assoupli, voire ouvertement contourné, à l’image du puissant groupe constitué par Robert Hersant à partir de 1950.

Mais c’est au cours des années 1980 que l’ouverture du capital des médias aux « capitaines d’industrie » s’accélère, à travers la constitution de groupes pluri-médias. Enclenchée en 1982, la libéralisation de l’audiovisuel s’est accompagnée d’un dispositif légal fixant des « seuils anti-concentration » (loi Léotard de 1986) et de la création d’une autorité administrative indépendante chargée d’attribuer les fréquences nouvellement créées aux entrepreneurs privées, de définir leur cahier des charges et de veiller au respect du cadre légal (le Conseil supérieur de l’audiovisuel devenu ARCOM en janvier 2022).

Cependant, comme l’a récemment rappelé Laurent Mauduit, cette dynamique d’attribution des fréquences radiophoniques et surtout télévisuelles a été marquée par d’intenses arrangements entre acteurs politiques et dirigeants de groupes privés, ainsi que par la passivité des responsables successifs du CSA face aux manquements répétés de certaines chaînes privées vis-à-vis de leurs obligations légales.

Si l’on excepte les quelques médias qui appartiennent à leurs journalistes ou ceux dont la gouvernance garantit l’autonomie de la rédaction (MediapartLe Canard enchaînéLe Monde, etc.), les entreprises médiatiques françaises, et en particulier les groupes audiovisuels, restent dominées par des acteurs positionnés au sommet de la hiérarchie sociale et qui ont un intérêt direct à peser sur les orientations politiques et économiques du pays.

De récentes crises sociales (« gilets jaunes »), sanitaires (Covid) et internationales (guerre en Ukraine) ont pourtant rappelé à quel point les affrontements politiques s’accompagnent toujours de batailles informationnelles qui mettent en tension les exigences de pluralisme des opinions et de respect de la véracité des faits.

Face à la polarisation exacerbée du débat public, les régimes démocratiques doivent ainsi, plus que jamais, disposer de rédactions autonomes vis-à-vis des forces en présence et notamment des plus puissantes d’entre elles, sur un plan financier et communicationnel.

Mais fabriquer un journalisme de qualité a un coût que la dispersion des audiences face à la surabondance de l’offre de contenus parvient, plus difficilement qu’autrefois, à compenser. Dans ces conditions, les fragilités économiques rencontrées par de nombreux médias d’information ont rendu possible les dynamiques de regroupement de leur capital dans un nombre plus limité de mains.

Face à cette situation problématique pour la salubrité du débat public, il faut se pencher sur les récentes suggestions de Julia Cagé et Benoît Huet et imaginer de nouveaux dispositifs légaux pour « refonder la propriété des médias » : renforcement des dispositifs anti-concentration, modification de la gouvernance des entreprises médiatiques pour mieux protéger les rédactions de la tutelle actionnariale, incitation des pouvoirs publics au financement participatif pour diversifier l’origine des capitaux médiatiques, etc.

Les premiers éléments du programme d’Emmanuel Macron, à qui les sondages accordent de très fortes chances de réélection, ne laissent cependant pas présager d’ambitions réformatrices sur ce point. Au contraire, c’est à l’encontre des médias publics et de leur financement que se sont pour l’heure concentrées les propositions du candidat. En suggérant le 7 mars de remplacer la redevance par l’impôt (et par conséquent par une négociation budgétaire entre responsables de l’exécutif et dirigeants des entreprises publiques), Emmanuel Macron laisse entrevoir la possibilité d’une emprise plus prononcée du pouvoir politique sur le service public de l’audiovisuel.

C’est pourtant ce même service public qui échappe aux logiques commerciales et à la satisfaction d’intérêts capitalistiques qui gouvernent nombre de médias privés.

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Par Nicolas Kaciaf, Maître de conférences en science politique, spécialiste des médias, Sciences Po Lille.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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