Archive pour le Tag 'financiers'

Quels conseils aux gogos des marchés financiers

Quels conseils aux gogos des marchés financiers

Comment conseiller les investisseurs pour leur éviter de faire des choix hasardeux par  Bruno Colmant (université de Bruxelles), Charles Cuvelliez (université de Bruxelles, École Polytechnique de Bruxelles) et Jean-Jacques Quisquater (université de Louvain, École Polytechnique de Louvain et MIT).(dans la Tribune , extraits)

 

Tribune

 

Si vous êtes un investisseur, la régulation MIFID II (Markets in Financial Instruments Directive) ne vous sera pas étrangère. Elle vous protège des investissements hasardeux proposés par votre intermédiaire financier ou votre banque, si vous n’êtes pas prêt. Ces derniers se doivent de vérifier que les investissements proposés sont en ligne avec votre connaissance et expertise financière ainsi que votre goût du risque. Ce sont par exemple (et souvent) des questionnaires-tests qu’on vous demande de remplir, presque un examen d’aptitude sauf que ces modalités varient d’une banque à l’autre.

L’ESMA, l’Autorité européenne des marchés financiers, donc le régulateur, vient de publier une mise au point sur certains aspects les plus sensibles de la mise en œuvre de MIFID II : que doit faire la banque si le client veut procéder à un investissement de son propre chef sans que la banque le lui ait conseillé? Doit-elle l’en empêcher si elle voit que cet investissement n’est pas en ligne avec son profil ? La régulation MIFID II autorise la banque ou l’intermédiaire financier à lui fournir ce service et encore, pour autant que le produit n’est pas complexe. Il doit cependant l’avertir qu’il n’est pas tenu de vérifier que ce produit est approprié pour lui. C’est là qu’une zone d’ombre apparaît. L’ESMA donne, dans sa mise au point, toute une série d’exemples sur la manière de (mal) appliquer la régulation MIFID II.

Canal de communication

Il y a l’usage des canaux de communication : la banque peut-elle utiliser tous les moyens de communication depuis WhatsApp ou Messenger jusqu’à l’email en passant par le téléphone ou l’application mobile de la banque ? L’ESMA garde une neutralité technologique du moment qu’une trace peut être conservée des échanges qui ont abouti à une transaction voulue par le client et non conseillée par la banque. Ces enregistrements doivent être exploitables pour pouvoir prouver par exemple qu’un avertissement a bien été envoyé au client si la banque n’était pas tenue de vérifier que le produit n’était pas adapté. Tout dépend évidemment de la manière de communiquer, par téléphone ou en face-à-face, ce sont d’autres méthodes à mettre en place pour garder une trace exploitable.

Avant de fournir des services pour investir sans conseil, la banque doit avertir le client et l’encourager à faire attention à l’obligation qu’elle a, sinon de vérifier l’adéquation entre le produit d’investissement et son profil, au moins au début de la relation commerciale. La banque doit mettre en place des politiques et des procédures pour systématiser la collecte d’information des clients sur leur compétences et connaissances. Les banques doivent encourager les clients à se plier au jeu. La manière de le faire est à la discrétion des banques mais s’il s’agit de questionnaires en ligne, attention, dit l’ESMA, à être clair, compréhensible, à ne pas suggérer des réponses. L’ESMA va jusqu’à insister pour que les questionnaires donnent le choix de répondre par un honnête : « je ne sais pas ».

L’ESMA veut éviter qu’un client puisse répondre indéfiniment au même questionnaire jusqu’à être dans le bon. Il faut prévoir un nombre maximum d’essais. Un questionnaire ne doit pas être une auto-évaluation de ce que le client pense connaitre : on surestime toujours sa propre expertise. Les questions doivent éviter les réponses binaires oui/non ou des cases à cocher. Pas question, non plus, de soumettre une liste de produits au client et de lui demander s’il les connaît. L’ESMA met aussi en garde contre les questionnaires préremplis envoyés à des clients qui voudraient aller plus loin en investissements, sur la base de leur expérience antérieure avec leur banque.

La banque doit pouvoir vérifier que l’information fournie par le client sur son expertise est vraie. Et de suggérer que la banque détecte les incohérences dans les questionnaires remplis par le client.

Renouveler le profil d’expertise

Il s’agit aussi de renouveler de temps en temps le profil du client sur sa maitrise des matières financières. L’ESMA ne nie pas qu’une expertise et une connaissance ne sont pas censées diminuer avec le temps mais le vérifier c’est mieux surtout envers une population vulnérable de clients. La mise à jour des tests MIFID II ne doit pas non plus être une incitation pour le client à vouloir faire mieux, comme un défi à soi-même, pour finalement souscrire à des produits d’investissement qui ne sont pas faits pour lui. Si le profil d’expertise du client change trop souvent ou trop vite, c’est une indication de ce biais.

La mise au point de l’ESMA concerne même des personnes morales (des entreprises), quand ces entreprises sont représentées par plusieurs personnes physiques (des PME par exemple).  Faut-il prendre la personne la plus experte ou la moins experte pour avoir son profil MIFID II, La moins experte en cas de doute.

Une classification interne

L’ESMA s’attend évidemment à ce que les banques aient des procédures pour classer eux-mêmes les produits qu’ils proposent en fonction des risques, caractéristiques et nature. Il ne s’agit pas de se contenter d’une classification extérieure qu’on prendrait telle quelle. Les banques peuvent certes se baser sur des outils automatiques pour vérifier le côté approprié des produits par rapport à leur client mais il s’agit alors de contrôler que ces produits automatisés ne se trompent pas. Et de mettre en garde contre les outils qui classent de manière trop sommaire ou trop large les clients ou les produits d’investissement pour faire des correspondances grossières.

Quant au staff qui doit contrôler l’adéquation du profil des produits proposés au profil des clients, il doit avoir des lignes directrices claires. Il faut éviter toute subjectivité dit l’ESMA. Il faut pouvoir justifier ex post une décision d’adéquation produit d’investissement/investisseur de la part du personnel.

Pour la mise en garde qui doit être notifiée quand le produit que le client veut acheter n’est pas adapté à son profil ou si c’est impossible de le vérifier, il doit être clair, pas confus…

L’ESMA pousse le détail jusqu’à suggérer des couleurs différentes pour le message de mise en garde. Par téléphone, la mise en garde devrait même s’accompagner de l’impact que cela représenterait pour le client. Pas de circonvolutions pour répondre: « Ce produit pourrait ne pas être adapté à vous ». Soyez francs, dit en substance l’ESMA. Et évidemment, il faut s’abstenir de dire en parallèle au message de ne pas en tenir compte. Proposer des trainings ou des webinars aux clients ne suffit pas à les faire monter en expertise. Il faut leur faire passer un test en bonne et due forme après. Un client peut toujours outrepasser la mise en garde mais l’ESMA suggère aux banques et intermédiaires financiers de calculer la proportion de mise en garde non respectées : mauvais signe si ce nombre est trop élevé.

Le staff de la banque doit évidemment avoir l’expertise pour mener les tests MIFID II avec leurs clients : ils doivent être conscients de la responsabilité qui reposent sur leurs épaules et être formés à la régulation MIFID II. Cette obligation s’étend aux développeurs et codeurs d’assessments en ligne et à ceux qui conçoivent les algorithmes.

 

Enfin, et surtout, il faut des contrôles surtout quand il s’agit de tests automatisés. Ils doivent être régulièrement vérifiés et contrôlés. Et si les tests sont faits par téléphone ou en face-à-face, il faudrait les enregistrer pour vérifier que le personnel qui pose les questions jouent bien le jeu.

Cette liste à la Prévert n’est pourtant pas une mauvaise chose : les Etats-Unis n’ont pas de MIFID II. Les autorités luttent désormais contre les applications qui permettent d’investir en bourse et qui ressemblent à s’y méprendre à un jeu vidéo et à toutes les addictions qui s’ensuivent. Et surtout les cryptomonnaies feraient bien d’entrer dans le champ d’application de MIFIDII ! La Commission y travaille en raffinant les critères qui permettraient de décider si oui ou non une crypto-monnaie ou une blockchain est un instrument financier qui tombe sous MIFD II.

Comment conseiller les gogos des marchés financiers

Comment conseiller  les gogos des marchés financiers

Comment conseiller les investisseurs pour leur éviter de faire des choix hasardeux par  Bruno Colmant (université de Bruxelles), Charles Cuvelliez (université de Bruxelles, École Polytechnique de Bruxelles) et Jean-Jacques Quisquater (université de Louvain, École Polytechnique de Louvain et MIT).(dans la Tribune , extraits)

 

Tribune

 

Si vous êtes un investisseur, la régulation MIFID II (Markets in Financial Instruments Directive) ne vous sera pas étrangère. Elle vous protège des investissements hasardeux proposés par votre intermédiaire financier ou votre banque, si vous n’êtes pas prêt. Ces derniers se doivent de vérifier que les investissements proposés sont en ligne avec votre connaissance et expertise financière ainsi que votre goût du risque. Ce sont par exemple (et souvent) des questionnaires-tests qu’on vous demande de remplir, presque un examen d’aptitude sauf que ces modalités varient d’une banque à l’autre.

L’ESMA, l’Autorité européenne des marchés financiers, donc le régulateur, vient de publier une mise au point sur certains aspects les plus sensibles de la mise en œuvre de MIFID II : que doit faire la banque si le client veut procéder à un investissement de son propre chef sans que la banque le lui ait conseillé? Doit-elle l’en empêcher si elle voit que cet investissement n’est pas en ligne avec son profil ? La régulation MIFID II autorise la banque ou l’intermédiaire financier à lui fournir ce service et encore, pour autant que le produit n’est pas complexe. Il doit cependant l’avertir qu’il n’est pas tenu de vérifier que ce produit est approprié pour lui. C’est là qu’une zone d’ombre apparaît. L’ESMA donne, dans sa mise au point, toute une série d’exemples sur la manière de (mal) appliquer la régulation MIFID II.

Canal de communication

Il y a l’usage des canaux de communication : la banque peut-elle utiliser tous les moyens de communication depuis WhatsApp ou Messenger jusqu’à l’email en passant par le téléphone ou l’application mobile de la banque ? L’ESMA garde une neutralité technologique du moment qu’une trace peut être conservée des échanges qui ont abouti à une transaction voulue par le client et non conseillée par la banque. Ces enregistrements doivent être exploitables pour pouvoir prouver par exemple qu’un avertissement a bien été envoyé au client si la banque n’était pas tenue de vérifier que le produit n’était pas adapté. Tout dépend évidemment de la manière de communiquer, par téléphone ou en face-à-face, ce sont d’autres méthodes à mettre en place pour garder une trace exploitable.

Avant de fournir des services pour investir sans conseil, la banque doit avertir le client et l’encourager à faire attention à l’obligation qu’elle a, sinon de vérifier l’adéquation entre le produit d’investissement et son profil, au moins au début de la relation commerciale. La banque doit mettre en place des politiques et des procédures pour systématiser la collecte d’information des clients sur leur compétences et connaissances. Les banques doivent encourager les clients à se plier au jeu. La manière de le faire est à la discrétion des banques mais s’il s’agit de questionnaires en ligne, attention, dit l’ESMA, à être clair, compréhensible, à ne pas suggérer des réponses. L’ESMA va jusqu’à insister pour que les questionnaires donnent le choix de répondre par un honnête : « je ne sais pas ».

L’ESMA veut éviter qu’un client puisse répondre indéfiniment au même questionnaire jusqu’à être dans le bon. Il faut prévoir un nombre maximum d’essais. Un questionnaire ne doit pas être une auto-évaluation de ce que le client pense connaitre : on surestime toujours sa propre expertise. Les questions doivent éviter les réponses binaires oui/non ou des cases à cocher. Pas question, non plus, de soumettre une liste de produits au client et de lui demander s’il les connaît. L’ESMA met aussi en garde contre les questionnaires préremplis envoyés à des clients qui voudraient aller plus loin en investissements, sur la base de leur expérience antérieure avec leur banque.

La banque doit pouvoir vérifier que l’information fournie par le client sur son expertise est vraie. Et de suggérer que la banque détecte les incohérences dans les questionnaires remplis par le client.

Renouveler le profil d’expertise

Il s’agit aussi de renouveler de temps en temps le profil du client sur sa maitrise des matières financières. L’ESMA ne nie pas qu’une expertise et une connaissance ne sont pas censées diminuer avec le temps mais le vérifier c’est mieux surtout envers une population vulnérable de clients. La mise à jour des tests MIFID II ne doit pas non plus être une incitation pour le client à vouloir faire mieux, comme un défi à soi-même, pour finalement souscrire à des produits d’investissement qui ne sont pas faits pour lui. Si le profil d’expertise du client change trop souvent ou trop vite, c’est une indication de ce biais.

La mise au point de l’ESMA concerne même des personnes morales (des entreprises), quand ces entreprises sont représentées par plusieurs personnes physiques (des PME par exemple).  Faut-il prendre la personne la plus experte ou la moins experte pour avoir son profil MIFID II, La moins experte en cas de doute.

Une classification interne

L’ESMA s’attend évidemment à ce que les banques aient des procédures pour classer eux-mêmes les produits qu’ils proposent en fonction des risques, caractéristiques et nature. Il ne s’agit pas de se contenter d’une classification extérieure qu’on prendrait telle quelle. Les banques peuvent certes se baser sur des outils automatiques pour vérifier le côté approprié des produits par rapport à leur client mais il s’agit alors de contrôler que ces produits automatisés ne se trompent pas. Et de mettre en garde contre les outils qui classent de manière trop sommaire ou trop large les clients ou les produits d’investissement pour faire des correspondances grossières.

Quant au staff qui doit contrôler l’adéquation du profil des produits proposés au profil des clients, il doit avoir des lignes directrices claires. Il faut éviter toute subjectivité dit l’ESMA. Il faut pouvoir justifier ex post une décision d’adéquation produit d’investissement/investisseur de la part du personnel.

Pour la mise en garde qui doit être notifiée quand le produit que le client veut acheter n’est pas adapté à son profil ou si c’est impossible de le vérifier, il doit être clair, pas confus…

L’ESMA pousse le détail jusqu’à suggérer des couleurs différentes pour le message de mise en garde. Par téléphone, la mise en garde devrait même s’accompagner de l’impact que cela représenterait pour le client. Pas de circonvolutions pour répondre: « Ce produit pourrait ne pas être adapté à vous ». Soyez francs, dit en substance l’ESMA. Et évidemment, il faut s’abstenir de dire en parallèle au message de ne pas en tenir compte. Proposer des trainings ou des webinars aux clients ne suffit pas à les faire monter en expertise. Il faut leur faire passer un test en bonne et due forme après. Un client peut toujours outrepasser la mise en garde mais l’ESMA suggère aux banques et intermédiaires financiers de calculer la proportion de mise en garde non respectées : mauvais signe si ce nombre est trop élevé.

Le staff de la banque doit évidemment avoir l’expertise pour mener les tests MIFID II avec leurs clients : ils doivent être conscients de la responsabilité qui reposent sur leurs épaules et être formés à la régulation MIFID II. Cette obligation s’étend aux développeurs et codeurs d’assessments en ligne et à ceux qui conçoivent les algorithmes.

 

Enfin, et surtout, il faut des contrôles surtout quand il s’agit de tests automatisés. Ils doivent être régulièrement vérifiés et contrôlés. Et si les tests sont faits par téléphone ou en face-à-face, il faudrait les enregistrer pour vérifier que le personnel qui pose les questions jouent bien le jeu.

Cette liste à la Prévert n’est pourtant pas une mauvaise chose : les Etats-Unis n’ont pas de MIFID II. Les autorités luttent désormais contre les applications qui permettent d’investir en bourse et qui ressemblent à s’y méprendre à un jeu vidéo et à toutes les addictions qui s’ensuivent. Et surtout les cryptomonnaies feraient bien d’entrer dans le champ d’application de MIFIDII ! La Commission y travaille en raffinant les critères qui permettraient de décider si oui ou non une crypto-monnaie ou une blockchain est un instrument financier qui tombe sous MIFD II.

Placements financiers: La nouvelle arnaque des influenceurs

Placements financiers: La nouvelle arnaque des influenceurs 

 

Les influenceu s jusque-là s’étaient limités aux nous articles de mode des marques qui les  financent. Mais les influenceurs étendent leur champ d’investigation désormais en intervenant dans le domaine des placements financiers pour lesquels évidemment ils n’ont strictement aucune compétence.

Ils vantent ainsi certains placements notamment les cryptomonnaies en dont on connaît l’extraordinaire instabilité. Les influenceurs promettent des rendements «élevés sans risques» en un clic. Sans mentionner qu’ils ont été rémunérés pour en faire la publicité, ils vantent notamment les mérites de produits financiers instables, tels que des cryptomonnaies comme le bitcoin ou l’ethereum.

 «Les réseaux sociaux et les influenceurs sont devenus les nouveaux points d’entrée des arnaques à l’investissement», alertaient en décembre le parquet de Paris et l’Autorité des marchés financiers (AMF).

Il serait sans doute temps que les pouvoirs publics interviennent par la voie de la régulation réglementaire afin de fixer des règles déontologiques et professionnelles à tous ceux qui tirent des revenus d’Internet comme les influenceurs

La nouvelle arnaque des influenceurs pour les placements financiers

La nouvelle arnaque des influenceurs pour les placements financiers

 

Les influenceur s jusque-là s’étaient limités aux nous articles de mode des marques qui les  financent. Mais les influenceurs étendent leur champ d’investigation désormais en intervenant dans le domaine des placements financiers pour lesquels évidemment ils n’ont strictement aucune compétence.

Ils vantent ainsi certains placements notamment les cryptomonnaies en dont on connaît l’extraordinaire instabilité. Les influenceurs promettent des rendements «élevés sans risques» en un clic. Sans mentionner qu’ils ont été rémunérés pour en faire la publicité, ils vantent notamment les mérites de produits financiers instables, tels que des cryptomonnaies comme le bitcoin ou l’ethereum.

 «Les réseaux sociaux et les influenceurs sont devenus les nouveaux points d’entrée des arnaques à l’investissement», alertaient en décembre le parquet de Paris et l’Autorité des marchés financiers (AMF).

Il serait sans doute temps que les pouvoirs publics interviennent par la voie de la régulation réglementaire afin de fixer des règles déontologiques et professionnelles à tous ceux qui tirent des revenus d’Internet comme les influenceurs

Marchés financiers : pas de risque de crise grave

Alexandre Baradez, stratégiste marchés IGE estime qu’il n’y a pas de risque de crise grave sur les marchés financiers même si des corrections sont à attendre.

 

  Opinion

 

Habituellement calme, la période de Thanksgiving s’est transformée en champ de bataille avec une volatilité en hausse de plus de 50% sur les marchés européens et américains et, ces derniers jours, l’indice de volatilité du S&P 500, le VIX, a grimpé à 32, soit son plus haut niveau depuis début février, et pas très loin de son sommet annuel. Il serait tentant d’attribuer l’intégralité de la chute des marchés au variant Omicron, mais il a potentiellement plus agi comme une étincelle dans un environnement propice aux prises de bénéfices. Le stress sanitaire était déjà présent depuis plusieurs jours, en Europe notamment, avec la progression du variant Delta, obligeant plusieurs pays à durcir les restrictions. Mais également en Chine, avec une politique de tolérance zéro face au Covid à l’approche des Jeux Olympiques d’hiver début 2022. L’aspect sanitaire reste donc le premier risque pour les marchés. Mais deux autres risques évoluaient en parallèle et étaient peut-être sous-estimés : le rythme de normalisation de la politique monétaire de la Fed (que les déclarations de Jerome Powell mardi et mercredi sont venues confirmer) et les hausses des coûts issues des dérèglements logistiques mondiaux, de la poussée du prix des matières premières et des salaires. On voyait en effet les indicateurs de volatilité se redresser en même temps que les indices actions américains plusieurs jours avant la journée noire de vendredi et l’annonce du variant Omicron, ce qui signifie qu’une partie du marché était déjà méfiante…. Le variant Omicron a donc été l’étincelle qui a mis le feu à un baril de poudre déjà chaud. L’approche de la fin 2021 après une année faste pour les indices mondiaux a également et probablement poussé à des prises de profits chez les gérants d’actifs. Même s’il est toujours difficile d’attraper un « couteau qui tombe », la baisse actuelle constitue probablement une bonne opportunité de repositionnement pour ceux qui ont raté la dernier rally, d’autant plus que le Cac 40 revient au contact de zones techniques importantes, tout comme son voisin allemand le Dax. Même si elles ont récemment été revues à la baisse par l’OCDE, les perspectives de croissance 2022 et 2023 restent bonnes pour les économies avancées et un ralentissement, voire un arrêt de la progression du dollar, pourrait également apporter une bouffée d’air aux économies émergentes. En effet, la hausse du dollar depuis plusieurs mois s’est faite en partie sur le tapering à venir de la Fed avec la hausse très marquée des prix outre-Atlantique. Maintenant que le tapering est lancé et que Jerome Powell a durci le ton en enlevant de terme « transitoire » pour qualifier l’inflation, nous assistons à un petit affaiblissement du type « achetons d’abord le dollar sur la hausse des prix et les anticipations de tapering/hausse de tauxpuis vendons maintenant le dollar sur la confirmation du tapering et d’une Fed plus hawkish ». La visibilité sur la variant Omicron est évidemment mauvaise à ce stade, mais si ce n’est « qu’une vague de plus », dont les effets sur l’économie décroissent par rapport à la vague initiale en raison d’une plus grande adaptabilité de l’économie et de l’efficacité de la réponse sanitaire (vaccins, traitements, etc.), le repli des indices européens devrait être contenu. Une dangerosité limitée de ce dernier variant (si elle était avérée), les niveaux d’épargne accumulés par les ménages des deux côtés de l’Atlantique, le niveau des taux, les plans de soutien économique en Europe, aux Etats-Unis et au Japon, la décongestion progressive des ports mondiaux dans les mois à venir et le reflux des prix d’une partie des matières premières et des coûts de transport devraient continuer d’offrir des perspectives haussières aux marchés actions à moyen terme, après une phase de consolidation. Dans ce contexte, je continue de privilégier une consolidation en « zone haute » de l’indice français, c’est-à-dire une phase de marché où les replis devraient commencer à être amortis par la zone comprise entre les deux anciennes obliques, c’est-à-dire la zone entre 6.800 et 6.400 points. Il faudrait un stress plus aigu pour retomber sur l’ancien sommet d’avant-Covid à 6.100 points, avec des risques de récession pour l’économie, ce qui ne semble pas être le scénario le plus probable à ce stade. Donc, plutôt un scénario de consolidation avant retour sur le sommet historique et reprise du momentum haussier. Le signal potentiel qui marquera le début de la fin de la phase de stress actuelle sera le comblement du gros gap baissier ouvert vendredi dernier, c’est-à-dire un retour à 7.080 points.

Marchés Financiers : le yo-yo sur tendance baissière

Marchés Financiers : le yo-yo sur tendance baissière

 

Deux raisons au mouvement de yo-yo des marchés financiers à savoir d’une part l’inévitable correction après des excès  de valorisation , d’autre part la perspective d’une nouvelle vague endémique qui va peser sur nombre d’activités économiques. Notons aussi les déclarations du patron de la banque centrale américaine qui contrairement à la plupart des experts a déclaré que l’inflation provisoire risquait de se transformer en inflation définitive.

La Bourse de New York par exemple a terminé le mois de novembre en forte baisse mardi, ébranlée par les inquiétudes autour du variant Omicron et par les propos fermes du patron de la Fed sur l’inflation et la politique monétaire. Selon des résultats provisoires à la clôture, l’indice Dow Jones a perdu 1,86 % à 34.483,99 points.

Le Nasdaq, à forte coloration technologique, a abandonné 1,55 % à 15.537,69 points et le S & P 500 a lâché 1,90 % à 4.566,97 . Points. Conclusion les autres places boursières vont suivre sans doute ces mouvements de yo-yo qui vont caractériser la fin de l’année sur une tendance baissière.

Selon Frederik Ducrozet, stratégiste de marché chez Pictet Wealth Management, de nouvelles restrictions obligeraient les banques centrales à maintenir leurs mesures de soutien plus longtemps que prévu.Par ailleurs, Il faut se préparer à une fin d’année agitée sur les marchésSi les contaminations se multiplient et de nouvelles restrictions sont annoncées, les marchés pourraient réagir fortement.

 

Selon Frederik Ducrozet, entre le début et la fin de la semaine dernière, on est passé d’une situation de reprise de la pandémie, avec quelques nouvelles restrictions, à une situation dans laquelle la sortie de crise devient beaucoup plus incertaine car l’efficacité des vaccins est remise en question. La faible liquidité au cours du week-end de Thanksgiving a pu accentuer les mouvements de marché vendredi. Mais, traditionnellement en décembre, les opérateurs sont moins présents. Si les contaminations se multiplient et de nouvelles restrictions sont annoncées, les marchés pourraient réagir fortement .

Finances et économie -La déconnexion entre économie réelle et marchés financiers

Finances et économie -La déconnexion entre économie réelle et marchés financiers

 

Vice-président pendant sept ans du New York Stock Exchange, Georges Ugeux s’alarme de la déconnexion entre économie réelle et marchés financiers ( dans l’Opinion)

 

 

 

La Bourse américaine a battu tous ses records en pleine pandémie, et accru les inégalités. Wall Street à l’assaut de la démocratie, s’alarme Georges Ugeux, dans un ouvrage en librairie ce mercredi. Ce grand connaisseur du marché américain enseigne la finance internationale à la Columbia University School of Law.

Comment Wall Street est-elle devenue trop puissante ?

Wall Street vit sur une idéologie qui s’est organisée en fonction de l’intérêt d’une partie de la population et avec l’accord et le soutien des autorités. Depuis le début de la pandémie, les marchés financiers ont littéralement explosé car une bonne partie de l’argent destiné à soutenir l’économie s’est retrouvée en Bourse. Les capitaux injectés ont été excessifs, ils ont été mis trop rapidement dans le système. Les investisseurs ont considéré que le meilleur moyen de gagner de l’argent, c’était de le placer en actions. Tout cela remonte à la crise financière précédente. Les banques centrales avaient un objectif macroéconomique, mais le résultat net de leur action a été d’enrichir les actionnaires. Depuis l’éclatement de la bulle des subprimes, Wall Street a bondi de 400 %.

Qu’est ce qui pourrait remettre en cause le culte de l’actionnariat que vous dénoncez ?

L’Europe doit comprendre que cette mentalité ne correspond pas à son système de valeur. Or, le capitalisme financier, à l’américaine, s’est imposé à travers le monde. La politique de la planche à billets est pratiquée par toutes les grandes banques centrales. Et, comme les Etats-Unis, l’Europe a déformé sa fiscalité dans un sens qui profite aux entreprises et à leurs actionnaires. Depuis maintenant vingt ans, le taux effectif de l’impôt sur les sociétés a pratiquement diminué de moitié. Le profit net distribuable aux actionnaires a augmenté d’autant. Ce sont pour l’essentiel les taxations des salaires et la consommation des particuliers qui financent le budget de l’Etat. Aux Etats-Unis, l’impôt sur les sociétés représente 6,8 % seulement des recettes fédérales. C’est environ 8 % en France, alors que la TVA représente en moyenne 50 % des recettes fiscales des pays de l’OCDE. Tout cela crée une situation totalement déséquilibrée dans laquelle les banques centrales soutiennent les emprunteurs mais pas les épargnants, et les gouvernements soutiennent les entreprises et pas nécessairement l’emploi.

« La Bourse traite en général à 15 fois les bénéfices, c’est 35 fois aujourd’hui et ça fait deux ans que ça dure. Il y a trop d’argent dans le système »

Aux Etats-Unis, tout incite à faire venir l’épargnant en Bourse. C’est le cas des plateformes de trading, par exemple. Difficile de revenir en arrière…

Les plateformes de trading ne me dérangent pas. Il faut simplement s’assurer que la réglementation est correctement appliquée. Le véritable problème c’est le système très « cadenassé » des marchés financiers. Prenez les rachats d’actions : lors de ces opérations, le cours des actions augmente arithmétiquement. C’est une bonne affaire pour l’actionnaire, mais l’entreprise perd une partie de sa substance et de sa possibilité d’investir. Or, on ne lui impose pas de justifier ses rachats. Parfois, la rémunération des dirigeants et les stock-options sont indexées au cours de Bourse plutôt qu’à la performance de l’entreprise, tout le monde a intérêt à faire bouger l’action. Sans oublier la faible taxation des plus-values… Tout se tient.

Mais Wall Street est aussi un formidable moteur d’innovation, qui permet à des « jeunes pousses » déficitaires de se financer…

Je n’attaque pas Wall Street en tant que marché boursier, mais le système qui l’environne. Nous sommes arrivés à un niveau de tension insoutenable entre le capital et le travail. On ne reproche pas à une entreprise de mettre des gens au chômage, mais on va lui reprocher de réduire son dividende.

Un capitalisme social et solidaire est-il réellement possible aux Etats-Unis ?

La question est enfin posée. Joe Biden a clairement dit qu’il ne voulait pas d’un capitalisme qui fonctionne uniquement pour les actionnaires. Les choses bougent fiscalement au G20 avec le principe d’une taxation des Gafa et la mise en place d’un taux minimum d’impôt sur les sociétés de 15 %. Par ailleurs, sur le changement climatique et les sujets ESG (environnement, social et gouvernance), l’Europe force un débat qui vient du peuple et non d’en haut. Finalement, même si cela prend du temps, le citoyen à la possibilité d’influencer le cours des choses, mais il doit être éduqué.

Quel est le plus grand risque aujourd’hui ?

Sur le plan du risque de marché, Wall Street est grossièrement surévaluée, ce qui va devoir se corriger. La Bourse traite en général à 15 fois les bénéfices, c’est 35 fois aujourd’hui et ça fait deux ans que ça dure. Il y a trop d’argent dans le système. Sur le fond, on ne résoudra pas la question des retraites et de la transition énergétique sans la contribution des marchés financiers. Mais les entreprises doivent revoir la manière dont elles communiquent leur stratégie d’investissement et de croissance à long terme, en se détachant en partie de leur performance trimestrielle. Les actionnaires viennent de vivre des années de gloire, il faut rééquilibrer le système.

Chine : la mainmise maintenant du parti communiste sur les établissements financiers

Chine : la mainmise maintenant du parti communiste sur les établissements financiers

 

Après avoir engagé fin 2020 une offensive réglementaire contre les géants de la tech, le président chinois lance une vaste campagne d’inspections des établissements financiers, dont il se méfie depuis son arrivée au pouvoir il y a une décennie.( Un article du Wall Street Journal)

 

Bien décidé à empêcher l’économie chinoise de céder aux forces du capitalisme, le président Xi Jinping s’attaque à présent aux liens que les banques publiques nationales et d’autres fleurons de la finance ont tissés avec de grands acteurs du secteur privé.

Après avoir engagé fin 2020 une offensive réglementaire contre les géants technologiques, M. Xi lance une vaste campagne d’inspections des établissements financiers. Selon des sources proches de ce projet, les inspections, annoncées en septembre sans faire l’objet d’une communication détaillée, visent à établir si les banques publiques, fonds d’investissements et organes de réglementation financière entretiennent une trop grande proximité avec des entreprises privées, et notamment avec certains groupes qui se sont récemment retrouvés dans le collimateur de Pékin – comme le géant de l’immobilier Evergrande, la société de VTC Didi ou encore la fintech Ant Group.

Menée par la principale agence chinoise anticorruption et axée sur 25 établissements financiers au cœur de l’économie chinoise, cette initiative est la plus importante qui ait été engagée à l’endroit du secteur financier, dont M. Xi se méfie depuis son arrivée au pouvoir il y a près d’une décennie. Elle s’inscrit dans le cadre de plus larges efforts de M. Xi pour tenir le système économique chinois à l’écart du modèle capitaliste occidental avant la phase de transition du pouvoir fin 2022, qui devrait voir l’actuel président s’affranchir des conventions et briguer un troisième mandat.

A compter de ce mois-ci, des agents de la lutte anticorruption de la Commission centrale des inspections disciplinaires se déploieront dans les bureaux de 25 établissements financiers publics afin de consulter les registres de prêts, investissements et documents réglementaires, et de déterminer l’origine de certaines transactions ou décisions liées à des entreprises privées, ont indiqué des sources proches du projet.

Selon ces sources, les individus soupçonnés de s’être engagés dans des opérations inappropriées feront probablement l’objet d’enquêtes formelles de la part du Parti communiste, voire d’accusations ultérieures, et toute entité reconnue s’être écartée du droit chemin devrait être sanctionnée.

L’exécutif s’appuiera par ailleurs sur les conclusions de ces inspections pour décider de sabrer ou non dans la rémunération des dirigeants de ces poids lourds du secteur financier public. Certains représentants du ministère des Finances, qui abonde les grands établissements financiers publics, ont fait pression en faveur de ces baisses de rémunération, le secteur étant jugé trop généreuse en la matière par rapport à d’autres industries.

Lors d’une réunion, le 26 septembre, dont l’objet était de mobiliser les troupes avant le lancement des nouvelles inspections, Zhao Leji, l’actuel directeur de l’organe anticorruption de l’exécutif, a déclaré que les inspecteurs chargés de l’examen des 25 établissements financiers procéderaient à « une recherche minutieuse de tout écart politique », selon l’agence de presse officielle Xinhua.

Ni la Commission centrale des inspections disciplinaires ni le bureau d’information du Conseil des affaires de l’Etat (le gouvernement central) n’ont répondu à nos questions. Les services de presse des 25 établissements inspectés et des autres entreprises mentionnées dans le présent article n’ont pas non plus répondu à nos sollicitations.

Cet examen du secteur financier survient au moment où Pékin tente de remédier à la dépendance de l’économie chinoise à l’égard de gigantesques projets de construction financés par la dette et responsables des turbulences dans le secteur immobilier. En élargissant le champ de ses offensives dans l’économie, M. Xi risque cependant d’initier une dynamique susceptible de porter fortement préjudice à la croissance dans les mois à venir.

Face aux incertitudes, de nombreuses banques se retirent déjà du crédit aux promoteurs et autres acteurs privés, observent des analystes.

« Dans un environnement incertain, la seule réaction que vous pouvez avoir est d’arrêter ce que vous êtes en train de faire », note Michael Pettis, professeur de finance à l’université de Pékin. Un ralentissement de l’activité économique dans le secteur privé – depuis les géants technologiques, préoccupés par le climat réglementaire, jusqu’aux promoteurs privés n’ayant plus accès au crédit bancaire – crée cependant un dilemme pour Pékin. « Sans ses « mauvais prêts », l’objectif de croissance ne pourra pas être atteint », souligne M. Pettis.

Le gouvernement pourrait donc être contraint de recourir aux vieilles méthodes de relance consistant à accroître les prêts publics aux investissements en infrastructures, aggravant au passage les déséquilibres au détriment du crédit privé que l’exécutif s’est engagé à corriger.

L’objectif de M. Xi, selon certains représentants de l’Etat, est de veiller à ce que le parti ait le contrôle total des moteurs économiques du pays, en empêchant le secteur financier de passer aux mains de grandes entreprises privées et d’autres acteurs de poids menaçant l’influence de l’Etat.

Les modalités des enquêtes anticorruption sont souvent obscures. Durant ses premières années au pouvoir, M. Xi avait engagé une vaste campagne visant à la fois à assainir un parti miné par la corruption, et à faire tomber ou à écarter des figures politiques rivales pour garder la haute main sur le pouvoir.

En Chine, le secteur financier est connu pour être la base sur laquelle le vice-président Wang Qishan a assis son pouvoir, s’étant fait un nom dans les années 1990 lorsqu’il était à la tête de China Construction Bank, avant d’installer, des années durant, des proches à des postes stratégiques au sein d’établissements soutenus par l’Etat, tels que China Construction Bank.

Les prêts des banques publiques au promoteur en difficulté Evergrande, en particulier, feront également l’objet d’un examen. Autrefois admiré, Evergrande, qui cumule plus de 300 milliards de dollars de dettes, pourrait être à l’origine de l’un des plus importants défauts de paiement en Chine

Agissant comme responsable de la lutte anticorruption de M. Xi au cours du premier mandat de ce dernier, M. Wang avait largement maintenu le secteur financier à l’écart des enquêtes ciblant d’autres secteurs de l’économie. Les risques financiers se sont toutefois accumulés, en partie à cause du dynamisme de l’activité de crédit des banques publiques à l’égard de grandes entreprises avec lesquelles elles entretiennent des relations étroites.

L’influence politique de M. Wang a diminué ces derniers mois. Un conseiller de longue date a été accusé en août d’avoir accepté plus de 71 millions de dollars de pots-de-vin. M. Wang a été en relation avec certaines des sociétés financières aujourd’hui dans le viseur des autorités, selon des sources bien informées de la campagne d’inspections.

China Construction Bank, par exemple, a contribué au financement des acquisitions à l’étranger du conglomérat HNA Group. HNA, dont le président Chen Feng est un ancien conseiller de M. Wang, s’est déclaré en faillite l’an dernier, croulant sous le poids de sa dette. HNA a révélé fin septembre que M. Chen avait été détenu pour soupçon d’infractions pénales.

Les prêts accordés par China Construction Bank à HNA devraient faire partie des activités examinées dans le cadre de la campagne d’inspections, selon nos sources.

Les prêts des banques publiques au promoteur en difficulté Evergrande, en particulier, feront également l’objet d’un examen, ont indiqué les sources. Autrefois admiré, Evergrande, qui cumule plus de 300 milliards de dollars de dettes, pourrait être à l’origine de l’un des plus importants défauts de paiement en Chine.

L’un de ses principaux créanciers est le conglomérat financier Citic Group, qui est aujourd’hui dans le collimateur des autorités. Citic, fondé à la fin des années 1970 afin de tester le capitalisme par Rong Yiren, le plus célèbre « capitaliste rouge » de Chine, a développé au fil des années ce qui s’apparente le plus dans le pays à une culture « façon Wall Street ».

Ses banquiers prennent des risques que rejettent certains prêteurs classiques, allant jusqu’à créer des fonds d’investissement pour des entreprises comme Evergrande. Ainsi, lorsque le promoteur a eu besoin d’argent pour financer des projets en 2015, Citic s’est engagé à lui apporter 3 milliards de dollars, selon des sources proches du dossier. Citic a ensuite structuré les fonds en produits d’investissement vendus à des petits porteurs, leur promettant un taux de rendement élevé financé par les remboursements de prêts d’Evergrande. Un défaut de paiement du promoteur menacerait les capitaux de ces investisseurs.

Ces dernières années, malgré les avertissements répétés de Pékin à l’encontre du crédit immobilier, Citic a apporté plus de 10 milliards de dollars à Evergrande, selon des sources proches de la banque.

Xie Hongru, ancien directeur de Citic Bank à Canton, ville du sud du pays proche de Shenzhen, où est basé Evergrande, fait l’objet d’une enquête de la part des autorités disciplinaires du parti depuis le mois dernier, selon l’agence anticorruption. M. Xie a dirigé la succursale de 2015 à 2018, période durant laquelle Citic a augmenté ses financements à destination d’Evergrande. La campagne d’inspections du secteur financier inclura un examen élargi des pratiques de crédit de Citic.

Fin septembre, Fang Heying, directeur financier de Citic Bank et représentant le plus élevé du parti au sein de la banque, a annoncé à des investisseurs que celle-ci avait pris des mesures pour réduire son exposition globale à Evergrande, et mis de côté des fonds pour faire face à des pertes potentielles sur le promoteur.

D’autres grands créanciers publics d’Evergrande, dont la banque détenue par le conglomérat China Everbright Group et Agricultural Bank of China, l’une des quatre premières banques du pays, font également l’objet d’un examen dans le cadre des inspections financières, ont précisé les sources proches du dossier.

Les inspecteurs s’intéresseront aussi à la manière dont un petit cercle de fonds d’Etat, dont le fonds souverain China Investment Corp. (CIC), et ceux que dirigent de grandes banques et compagnies d’assurance, ont fini par investir dans des entreprises privées aujourd’hui au cœur de l’offensive de M. Xi contre les groupes technologiques, selon nos sources.

« Ces investissements représentent-ils l’intérêt de l’Etat, ou ceux de quelques individus, s’interroge l’une de ces sources. C’est une question clé. »

CIC, dont la tâche est de chercher à conclure des transactions en dehors de Chine, a investi dans Ant Group, la fintech en difficulté fondée par Jack Ma, et dans Didi Global, l’entreprise de VTC qui fait l’objet d’une enquête de cybersécurité après son introduction en Bourse à New York fin juin.

CIC, qui détient environ 1 000 milliards de dollars d’actifs, a établi un bureau pour collaborer avec les inspecteurs, lesquels devraient se rendre à son siège à Pékin cette semaine, selon des sources proches de l’entreprise. « Les gens sont inquiets », a indiqué l’une de ces sources.

China Life Insurance, l’une des plus grandes compagnies d’assurance du pays, compte également des investissements dans Ant et Didi. En 2016, l’assureur a investi environ 600 millions de dollars dans Didi au moment où le groupe se livrait à une concurrence acharnée contre Uber Technologies – une bataille que le chinois avait finalement gagnée.

Pour Ant, le fait d’avoir à ses côtés des groupes publics de cette envergure avait été un avantage pour franchir les différentes étapes de l’examen par les autorités réglementaires de sa demande d’introduction en Bourse à l’été 2020, comme l’a déjà rapporté le Wall Street Journal. Ces investisseurs publics, compte tenu de leurs moyens financiers et de leurs relations politiques, ont aussi facilité le développement rapide de Didi au cours des dernières années, selon des sources proches de l’entreprise.

Des régulateurs, y compris la banque centrale chinoise et les organes de surveillance du secteur bancaire, de l’assurance et des marchés financiers, se retrouvent aussi dans la ligne de mire des autorités, qui cherchent à savoir s’ils auraient pu commettre des négligences ou entretenir une trop grande proximité avec les acteurs du secteur qu’ils étaient censés réglementer, selon les sources proches du dossier.

Pour M. Xi et la Chine, un examen de cette ampleur présente le risque de compliquer encore davantage l’accès au système financier de petites sociétés privées qui peinent déjà à trouver des financements.

La dernière enquête décidée par M. Xi à l’encontre du secteur financier remonte au krach boursier de 2015, le président chinois ayant alors déployé des responsables de la sécurité publique dans les bureaux des autorités des marchés financiers et des courtiers soutenus par l’Etat pour déterminer si les régulateurs avaient cherché, en association avec les entreprises concernées, à déclencher la chute des cours dans le cadre d’un « coup financier » visant à déstabiliser l’économie chinoise et M. Xi.

Cette enquête avait abouti à l’incarcération de quelques responsables réglementaires, banquiers et investisseurs accusés de délit d’initié. Elle avait également conduit Pékin à bloquer certaines mesures attendues de longue date, telles que celles visant à faciliter la vente d’actions par des entreprises privées.

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Anne Montanaro)

Traduit à partir de la version originale en anglais

Economie-Finances-La déconnexion entre économie réelle et marchés financiers

Economie-Finances-La déconnexion entre économie réelle et marchés financiers

 

Vice-président pendant sept ans du New York Stock Exchange, Georges Ugeux s’alarme de la déconnexion entre économie réelle et marchés financiers ( dans l’Opinion)

 

 

 

La Bourse américaine a battu tous ses records en pleine pandémie, et accru les inégalités. Wall Street à l’assaut de la démocratie, s’alarme Georges Ugeux, dans un ouvrage en librairie ce mercredi. Ce grand connaisseur du marché américain enseigne la finance internationale à la Columbia University School of Law.

Comment Wall Street est-elle devenue trop puissante ?

Wall Street vit sur une idéologie qui s’est organisée en fonction de l’intérêt d’une partie de la population et avec l’accord et le soutien des autorités. Depuis le début de la pandémie, les marchés financiers ont littéralement explosé car une bonne partie de l’argent destiné à soutenir l’économie s’est retrouvée en Bourse. Les capitaux injectés ont été excessifs, ils ont été mis trop rapidement dans le système. Les investisseurs ont considéré que le meilleur moyen de gagner de l’argent, c’était de le placer en actions. Tout cela remonte à la crise financière précédente. Les banques centrales avaient un objectif macroéconomique, mais le résultat net de leur action a été d’enrichir les actionnaires. Depuis l’éclatement de la bulle des subprimes, Wall Street a bondi de 400 %.

Qu’est ce qui pourrait remettre en cause le culte de l’actionnariat que vous dénoncez ?

L’Europe doit comprendre que cette mentalité ne correspond pas à son système de valeur. Or, le capitalisme financier, à l’américaine, s’est imposé à travers le monde. La politique de la planche à billets est pratiquée par toutes les grandes banques centrales. Et, comme les Etats-Unis, l’Europe a déformé sa fiscalité dans un sens qui profite aux entreprises et à leurs actionnaires. Depuis maintenant vingt ans, le taux effectif de l’impôt sur les sociétés a pratiquement diminué de moitié. Le profit net distribuable aux actionnaires a augmenté d’autant. Ce sont pour l’essentiel les taxations des salaires et la consommation des particuliers qui financent le budget de l’Etat. Aux Etats-Unis, l’impôt sur les sociétés représente 6,8 % seulement des recettes fédérales. C’est environ 8 % en France, alors que la TVA représente en moyenne 50 % des recettes fiscales des pays de l’OCDE. Tout cela crée une situation totalement déséquilibrée dans laquelle les banques centrales soutiennent les emprunteurs mais pas les épargnants, et les gouvernements soutiennent les entreprises et pas nécessairement l’emploi.

« La Bourse traite en général à 15 fois les bénéfices, c’est 35 fois aujourd’hui et ça fait deux ans que ça dure. Il y a trop d’argent dans le système »

Aux Etats-Unis, tout incite à faire venir l’épargnant en Bourse. C’est le cas des plateformes de trading, par exemple. Difficile de revenir en arrière…

Les plateformes de trading ne me dérangent pas. Il faut simplement s’assurer que la réglementation est correctement appliquée. Le véritable problème c’est le système très « cadenassé » des marchés financiers. Prenez les rachats d’actions : lors de ces opérations, le cours des actions augmente arithmétiquement. C’est une bonne affaire pour l’actionnaire, mais l’entreprise perd une partie de sa substance et de sa possibilité d’investir. Or, on ne lui impose pas de justifier ses rachats. Parfois, la rémunération des dirigeants et les stock-options sont indexées au cours de Bourse plutôt qu’à la performance de l’entreprise, tout le monde a intérêt à faire bouger l’action. Sans oublier la faible taxation des plus-values… Tout se tient.

Mais Wall Street est aussi un formidable moteur d’innovation, qui permet à des « jeunes pousses » déficitaires de se financer…

Je n’attaque pas Wall Street en tant que marché boursier, mais le système qui l’environne. Nous sommes arrivés à un niveau de tension insoutenable entre le capital et le travail. On ne reproche pas à une entreprise de mettre des gens au chômage, mais on va lui reprocher de réduire son dividende.

Un capitalisme social et solidaire est-il réellement possible aux Etats-Unis ?

La question est enfin posée. Joe Biden a clairement dit qu’il ne voulait pas d’un capitalisme qui fonctionne uniquement pour les actionnaires. Les choses bougent fiscalement au G20 avec le principe d’une taxation des Gafa et la mise en place d’un taux minimum d’impôt sur les sociétés de 15 %. Par ailleurs, sur le changement climatique et les sujets ESG (environnement, social et gouvernance), l’Europe force un débat qui vient du peuple et non d’en haut. Finalement, même si cela prend du temps, le citoyen à la possibilité d’influencer le cours des choses, mais il doit être éduqué.

Quel est le plus grand risque aujourd’hui ?

Sur le plan du risque de marché, Wall Street est grossièrement surévaluée, ce qui va devoir se corriger. La Bourse traite en général à 15 fois les bénéfices, c’est 35 fois aujourd’hui et ça fait deux ans que ça dure. Il y a trop d’argent dans le système. Sur le fond, on ne résoudra pas la question des retraites et de la transition énergétique sans la contribution des marchés financiers. Mais les entreprises doivent revoir la manière dont elles communiquent leur stratégie d’investissement et de croissance à long terme, en se détachant en partie de leur performance trimestrielle. Les actionnaires viennent de vivre des années de gloire, il faut rééquilibrer le système.

Finances-La déconnexion entre économie réelle et marchés financiers

Finances-La déconnexion entre économie réelle et marchés financiers

 

Vice-président pendant sept ans du New York Stock Exchange, Georges Ugeux s’alarme de la déconnexion entre économie réelle et marchés financiers ( dans l’Opinion)

 

 

 

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Comment Wall Street est-elle devenue trop puissante ?

Wall Street vit sur une idéologie qui s’est organisée en fonction de l’intérêt d’une partie de la population et avec l’accord et le soutien des autorités. Depuis le début de la pandémie, les marchés financiers ont littéralement explosé car une bonne partie de l’argent destiné à soutenir l’économie s’est retrouvée en Bourse. Les capitaux injectés ont été excessifs, ils ont été mis trop rapidement dans le système. Les investisseurs ont considéré que le meilleur moyen de gagner de l’argent, c’était de le placer en actions. Tout cela remonte à la crise financière précédente. Les banques centrales avaient un objectif macroéconomique, mais le résultat net de leur action a été d’enrichir les actionnaires. Depuis l’éclatement de la bulle des subprimes, Wall Street a bondi de 400 %.

Qu’est ce qui pourrait remettre en cause le culte de l’actionnariat que vous dénoncez ?

L’Europe doit comprendre que cette mentalité ne correspond pas à son système de valeur. Or, le capitalisme financier, à l’américaine, s’est imposé à travers le monde. La politique de la planche à billets est pratiquée par toutes les grandes banques centrales. Et, comme les Etats-Unis, l’Europe a déformé sa fiscalité dans un sens qui profite aux entreprises et à leurs actionnaires. Depuis maintenant vingt ans, le taux effectif de l’impôt sur les sociétés a pratiquement diminué de moitié. Le profit net distribuable aux actionnaires a augmenté d’autant. Ce sont pour l’essentiel les taxations des salaires et la consommation des particuliers qui financent le budget de l’Etat. Aux Etats-Unis, l’impôt sur les sociétés représente 6,8 % seulement des recettes fédérales. C’est environ 8 % en France, alors que la TVA représente en moyenne 50 % des recettes fiscales des pays de l’OCDE. Tout cela crée une situation totalement déséquilibrée dans laquelle les banques centrales soutiennent les emprunteurs mais pas les épargnants, et les gouvernements soutiennent les entreprises et pas nécessairement l’emploi.

« La Bourse traite en général à 15 fois les bénéfices, c’est 35 fois aujourd’hui et ça fait deux ans que ça dure. Il y a trop d’argent dans le système »

Aux Etats-Unis, tout incite à faire venir l’épargnant en Bourse. C’est le cas des plateformes de trading, par exemple. Difficile de revenir en arrière…

Les plateformes de trading ne me dérangent pas. Il faut simplement s’assurer que la réglementation est correctement appliquée. Le véritable problème c’est le système très « cadenassé » des marchés financiers. Prenez les rachats d’actions : lors de ces opérations, le cours des actions augmente arithmétiquement. C’est une bonne affaire pour l’actionnaire, mais l’entreprise perd une partie de sa substance et de sa possibilité d’investir. Or, on ne lui impose pas de justifier ses rachats. Parfois, la rémunération des dirigeants et les stock-options sont indexées au cours de Bourse plutôt qu’à la performance de l’entreprise, tout le monde a intérêt à faire bouger l’action. Sans oublier la faible taxation des plus-values… Tout se tient.

Mais Wall Street est aussi un formidable moteur d’innovation, qui permet à des « jeunes pousses » déficitaires de se financer…

Je n’attaque pas Wall Street en tant que marché boursier, mais le système qui l’environne. Nous sommes arrivés à un niveau de tension insoutenable entre le capital et le travail. On ne reproche pas à une entreprise de mettre des gens au chômage, mais on va lui reprocher de réduire son dividende.

Un capitalisme social et solidaire est-il réellement possible aux Etats-Unis ?

La question est enfin posée. Joe Biden a clairement dit qu’il ne voulait pas d’un capitalisme qui fonctionne uniquement pour les actionnaires. Les choses bougent fiscalement au G20 avec le principe d’une taxation des Gafa et la mise en place d’un taux minimum d’impôt sur les sociétés de 15 %. Par ailleurs, sur le changement climatique et les sujets ESG (environnement, social et gouvernance), l’Europe force un débat qui vient du peuple et non d’en haut. Finalement, même si cela prend du temps, le citoyen à la possibilité d’influencer le cours des choses, mais il doit être éduqué.

Quel est le plus grand risque aujourd’hui ?

Sur le plan du risque de marché, Wall Street est grossièrement surévaluée, ce qui va devoir se corriger. La Bourse traite en général à 15 fois les bénéfices, c’est 35 fois aujourd’hui et ça fait deux ans que ça dure. Il y a trop d’argent dans le système. Sur le fond, on ne résoudra pas la question des retraites et de la transition énergétique sans la contribution des marchés financiers. Mais les entreprises doivent revoir la manière dont elles communiquent leur stratégie d’investissement et de croissance à long terme, en se détachant en partie de leur performance trimestrielle. Les actionnaires viennent de vivre des années de gloire, il faut rééquilibrer le système.

Marchés financiers : émotion et rationalité

Comment les émotions influencent les marchés financiers en cas d’événement extrême

Par Camille Cornand, Université Lumière Lyon 2 et Brice Corgnet, EM Lyon (*)

 

Bien qu’ils ne soient pas fréquents, les événements extrêmes peuvent entraîner des pertes financières considérables, comme l’a encore récemment montré l’effondrement des marchés financiers à la suite de l’émergence de la pandémie en mars 2020.

Comment les investisseurs réagissent-ils face à des événements aussi dramatiques ? Pour répondre à cette question, nous avons mis au point une expérience qui nous a permis de mieux comprendre la réaction des investisseurs aux événements négatifs extrêmes.

Nous montrons notamment que le marché exacerbe la prise de risque en période de pertes extrêmes, ce qui peut s’expliquer par le fait que le marché amplifie la colère des investisseurs qui font face à de grosses pertes.

Prise de risque et émotions

Dans une expérience sur les événements extrêmes visant à étudier les décisions d’investissement individuelles, les investisseurs tendaient à diminuer leurs enchères après avoir observé des événements extrêmes sans subir de pertes, car cela augmentait leur estimation d’observer à nouveau un tel événement.

En revanche, les investisseurs qui subissaient des pertes extrêmes augmentaient leurs enchères, ce qui s’explique par l’accroissement de la prise de risque dans le domaine des pertes. En effet, selon la théorie des perspectives (prospect theory), les investisseurs qui subissent des pertes extrêmes recherchent le risque parce qu’ils entrent soudainement dans le domaine des pertes.

En outre, les réactions aux événements extrêmes sont liées à des réactions émotionnelles négatives spécifiques, telles que la colère et la peur. Le rôle des émotions dans l’étude des événements extrêmes est crucial car, par définition, leur occurrence est rare, ce qui entraîne la surprise et une forte réaction émotionnelle.

Le risque extrême constitue une caractéristique essentielle des marchés financiers qui a été mobilisée, par exemple, pour expliquer la demande d’un fort retour sur investissement par les actionnaires par rapport aux rendements des obligations.

Dans notre étude expérimentale récente, nous avons étudié les événements extrêmes sur un marché, où les décisions des investisseurs sont interdépendantes. Nous avons ainsi cherché à évaluer si les réactions des investisseurs aux événements extrêmes et aux fortes pertes sont atténuées ou amplifiées dans un contexte de marché par rapport à une situation de prise de décision individuelle.

213 participants à cette expérience ont ainsi eu pour tâche de placer 300 enchères successives pour acquérir un actif financier qui offrait une petite récompense positive (soit 10, 20, 30, 40 ou 50 centimes) dans plus de 99 % des cas et une large perte relative (1000 centimes) autrement. La perte était à la fois très improbable (0,67 %) et suffisamment importante pour réduire à néant les gains accumulés par les participants et leur faire faire faillite.

Les participants ont été affectés à trois traitements différents : (i) décision individuelle pure (sans interaction avec les autres participants), (ii) décision individuelle avec information période après période sur les choix de prix des autres participants, et (iii) décision au sein d’un marché (incluant également la même information qu’en (ii)).

Par rapport à la prise de décision individuelle, le marché est caractérisé par un contexte social dans lequel les investisseurs observent les informations sur les enchères des autres et se font concurrence. En comparant les traitements de décision individuelle (i) et d’information (ii), nous pouvons isoler la dimension information. En comparant les traitements (ii) et marché (iii), nous pouvons isoler la dimension concurrence du marché.

Contagion émotionnelle

Les traitements ayant été conçus pour être aussi similaires que possible, l’étude montre que les enchères ne diffèrent pas significativement entre les traitements en temps normal. En revanche dans, le cas où des événements extrêmes se produisent, nos résultats confirment les études antérieures : les investisseurs qui observent mais ne subissent pas un événement extrême prennent moins de risque, tandis que les investisseurs qui subissent un événement extrême prennent davantage de risque.

Les émotions jouent un rôle essentiel pour expliquer les réactions des investisseurs aux événements extrêmes. Ces émotions sont affectées par l’interdépendance des décisions des investisseurs, qui est inhérente au traitement marché.

 

Nous avons trouvé que la dimension informationnelle du marché n’a pas exacerbé les émotions et donc les réactions des investisseurs aux événements extrêmes. En revanche, nous montrons que la concurrence exacerbe la colère des investisseurs qui subissent des pertes extrêmes.

En effet, nous avons constaté que les pertes extrêmes déclenchent une réaction de colère plus forte dans le traitement marché que dans les autres traitements. Comme la colère accroît la prise de risque, nous observons une augmentation plus prononcée des enchères après des pertes extrêmes dans le traitement marché que dans les deux autres traitements.

Ce résultat est conforme à la théorie de l’évaluation des émotions (appraisal theory of emotions), selon laquelle une émotion tend vers la colère si une autre personne peut être en partie tenue responsable du résultat négatif auquel un individu fait face. Dans un marché, où, contrairement aux choix d’investissement individuels, les décisions sont interdépendantes, il est aisé d’attribuer ses pertes au comportement des autres investisseurs.

Bien que les marchés n’aient pas encouragé la prise de risque en temps normal, ils ont exacerbé la prise de risque lorsque les investisseurs ont subi des pertes importantes. Nos résultats sont donc conformes à l’idée selon laquelle les marchés favorisent la contagion émotionnelle en période de crise. La contagion émotionnelle est sans doute encore plus forte lorsque l’on considère un contexte social plus riche, caractérisé par exemple par l’utilisation de plates-formes de chat dans lesquelles les participants partagent leurs opinions et sentiments sur le marché.

Le phénomène de contagion émotionnelle sur les marchés pourrait alors justifier l’utilisation de « circuit breakers » (disjoncteurs) permettant aux investisseurs d’évacuer leur colère lorsque les valeurs du marché chutent brutalement.

______

(*) Par Camille Cornand, Directrice de recherche en économie, CNRS, chercheuse au sein du GATE, Université Lumière Lyon 2 et Brice Corgnet, Professor, EM Lyon.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

La déconnexion entre économie réelle et marchés financiers

La déconnexion entre économie réelle et marchés financiers

 

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Wall Street vit sur une idéologie qui s’est organisée en fonction de l’intérêt d’une partie de la population et avec l’accord et le soutien des autorités. Depuis le début de la pandémie, les marchés financiers ont littéralement explosé car une bonne partie de l’argent destiné à soutenir l’économie s’est retrouvée en Bourse. Les capitaux injectés ont été excessifs, ils ont été mis trop rapidement dans le système. Les investisseurs ont considéré que le meilleur moyen de gagner de l’argent, c’était de le placer en actions. Tout cela remonte à la crise financière précédente. Les banques centrales avaient un objectif macroéconomique, mais le résultat net de leur action a été d’enrichir les actionnaires. Depuis l’éclatement de la bulle des subprimes, Wall Street a bondi de 400 %.

Qu’est ce qui pourrait remettre en cause le culte de l’actionnariat que vous dénoncez ?

L’Europe doit comprendre que cette mentalité ne correspond pas à son système de valeur. Or, le capitalisme financier, à l’américaine, s’est imposé à travers le monde. La politique de la planche à billets est pratiquée par toutes les grandes banques centrales. Et, comme les Etats-Unis, l’Europe a déformé sa fiscalité dans un sens qui profite aux entreprises et à leurs actionnaires. Depuis maintenant vingt ans, le taux effectif de l’impôt sur les sociétés a pratiquement diminué de moitié. Le profit net distribuable aux actionnaires a augmenté d’autant. Ce sont pour l’essentiel les taxations des salaires et la consommation des particuliers qui financent le budget de l’Etat. Aux Etats-Unis, l’impôt sur les sociétés représente 6,8 % seulement des recettes fédérales. C’est environ 8 % en France, alors que la TVA représente en moyenne 50 % des recettes fiscales des pays de l’OCDE. Tout cela crée une situation totalement déséquilibrée dans laquelle les banques centrales soutiennent les emprunteurs mais pas les épargnants, et les gouvernements soutiennent les entreprises et pas nécessairement l’emploi.

« La Bourse traite en général à 15 fois les bénéfices, c’est 35 fois aujourd’hui et ça fait deux ans que ça dure. Il y a trop d’argent dans le système »

Aux Etats-Unis, tout incite à faire venir l’épargnant en Bourse. C’est le cas des plateformes de trading, par exemple. Difficile de revenir en arrière…

Les plateformes de trading ne me dérangent pas. Il faut simplement s’assurer que la réglementation est correctement appliquée. Le véritable problème c’est le système très « cadenassé » des marchés financiers. Prenez les rachats d’actions : lors de ces opérations, le cours des actions augmente arithmétiquement. C’est une bonne affaire pour l’actionnaire, mais l’entreprise perd une partie de sa substance et de sa possibilité d’investir. Or, on ne lui impose pas de justifier ses rachats. Parfois, la rémunération des dirigeants et les stock-options sont indexées au cours de Bourse plutôt qu’à la performance de l’entreprise, tout le monde a intérêt à faire bouger l’action. Sans oublier la faible taxation des plus-values… Tout se tient.

Mais Wall Street est aussi un formidable moteur d’innovation, qui permet à des « jeunes pousses » déficitaires de se financer…

Je n’attaque pas Wall Street en tant que marché boursier, mais le système qui l’environne. Nous sommes arrivés à un niveau de tension insoutenable entre le capital et le travail. On ne reproche pas à une entreprise de mettre des gens au chômage, mais on va lui reprocher de réduire son dividende.

Un capitalisme social et solidaire est-il réellement possible aux Etats-Unis ?

La question est enfin posée. Joe Biden a clairement dit qu’il ne voulait pas d’un capitalisme qui fonctionne uniquement pour les actionnaires. Les choses bougent fiscalement au G20 avec le principe d’une taxation des Gafa et la mise en place d’un taux minimum d’impôt sur les sociétés de 15 %. Par ailleurs, sur le changement climatique et les sujets ESG (environnement, social et gouvernance), l’Europe force un débat qui vient du peuple et non d’en haut. Finalement, même si cela prend du temps, le citoyen à la possibilité d’influencer le cours des choses, mais il doit être éduqué.

Quel est le plus grand risque aujourd’hui ?

Sur le plan du risque de marché, Wall Street est grossièrement surévaluée, ce qui va devoir se corriger. La Bourse traite en général à 15 fois les bénéfices, c’est 35 fois aujourd’hui et ça fait deux ans que ça dure. Il y a trop d’argent dans le système. Sur le fond, on ne résoudra pas la question des retraites et de la transition énergétique sans la contribution des marchés financiers. Mais les entreprises doivent revoir la manière dont elles communiquent leur stratégie d’investissement et de croissance à long terme, en se détachant en partie de leur performance trimestrielle. Les actionnaires viennent de vivre des années de gloire, il faut rééquilibrer le système.

Marchés financiers : l’influence grandissante des réseaux sociaux

Marchés financiers : l’influence grandissante des réseaux sociaux 

 

Un article du Wall Street Journal souligne l’influence grandissante des réseaux sociaux sur les marchés financiers.Des millions d’Américains se sont découvert un intérêt pour la Bourse depuis la crise sanitaire, envahissant les réseaux et messageries, et s’immergeant du jour au lendemain dans l’univers des petits porteurs.

 

Il y a quelques années, l’essentiel des revenus de Kevin Paffrath, un courtier immobilier de 29 ans, père de deux enfants et résidant à Ventura en Californie, provenait des commissions qu’il touchait sur des ventes immobilières. A ses heures perdues, il enregistrait des vidéos en ligne concernant l’achat de logements.

Aujourd’hui, M. Paffrath est connu sous le nom de MeetKevin, influenceur comptant 1,7 million d’abonnés sur YouTube. Tous les jours ou presque, il y diffuse en direct pendant plusieurs heures des vidéos dans lesquelles il parle des marchés boursiers et prodigue des conseils d’investissement à la chaîne, en maniant l’autodérision. Il plaisante avec les auteurs de commentaires, affecte un accent britannique un peu forcé et sirote du café dans le studio d’enregistrement qu’il a installé chez lui, décoré d’affiches humoristiques colorées et d’une guitare électrique couleur turquoise. M. Paffrath a également réalisé des centaines de vidéos sur divers sujets relatifs au conseil en investissement.

« Auparavant, je passais trois ou quatre heures par jour à parler avec un client d’un bien immobilier qu’il pouvait acquérir sous sa valeur de marché, et si j’avais de la chance, au bout de trois mois, cette discussion me rapportait 10 000 dollars, explique M. Paffrath. Aujourd’hui, 10 000 dollars est ce que je gagne les mauvais jours. Mon activité d’influenceur a éclipsé tout le reste. »

M. Paffrath affirme avoir gagné 5 millions de dollars au cours des trois premiers mois de cette année, le nombre de visites sur sa page et la demande pour ses conseils ayant explosé durant la pandémie. Les reçus des paiements de YouTube qu’il a montrés au Wall Street Journal confirment que l’influenceur gagne plusieurs millions de dollars par an ne serait-ce qu’en recettes publicitaires.

Sur TikTok, Tori Dunlap (connue sur l’application en tant que @herfirst100k) explique à ses 1,7 million de fans comment créer une entreprise et quelle dette il convient de rembourser en premier lieu. La jeune femme, âgée de 27 ans, met au point une application afin de promouvoir une « communauté d’investissement sans préjugé », pour aider les femmes à se sentir suffisamment à l’aise pour échanger des conseils d’investissement et gérer des placements dans leurs comptes de courtage

La crise sanitaire ayant assigné les Américains à résidence, des millions d’entre eux – certains utilisant les aides publiques versées pendant la pandémie – se sont découvert un intérêt pour la Bourse, envahissant les réseaux et messageries, et s’immergeant du jour au lendemain dans l’univers des petits porteurs.

En 2021, les six principaux courtiers en ligne, qui attirent surtout des investisseurs individuels, comptent plus de 100 millions d’utilisateurs. Robinhood Financial, une application d’investissement très prisée des jeunes investisseurs, a vu le nombre de ses comptes bondir de 7,2 millions à 18 millions entre mars 2020 et mars 2021, selon ses états financiers.

L’essor du négoce en ligne sans commission s’est accompagné d’une demande de conseils au prix le plus bas, de la manière la plus accessible possible, à savoir en ligne. Aujourd’hui, une nouvelle génération de conseillers en placements boursiers officie sur les réseaux sociaux, suivie par un nombre considérable d’investisseurs novices.

Nombre de ces influenceurs n’ont aucune formation officielle en conseil financier, et aucune expérience dans l’investissement professionnel, ce qui les conduit à choisir des actions au gré de leur popularité dans l’opinion, et parfois à prodiguer des conseils qui font perdre de l’argent à ceux qui les suivent.

Comme MeetKevin, Marko Zlatic est un influenceur très en vogue dans le domaine financier, qui, sous le nom de Whiteboard Finance, conseille 670 000 abonnés sur tous les sujets, de l’achat de véhicules d’occasion à la constitution d’un portefeuille d’investissement fondé sur les préceptes du gérant de fonds spéculatif Ray Dalio.

Certains influenceurs moins connus ont des personnalités plus hautes en couleur. Jack Spencer, qui travaillait auparavant comme coach personnel en Irlande, a abandonné ses vidéos de conseils sportifs pour l’investissement en actions en mars 2020. À 23 ans, il réalise des entretiens vidéo avec des patrons de start-up vêtu d’une chemise barrée de la mention « Not A Financial Advisor » (« Je ne suis pas conseiller financier »), avec en arrière-plan un cellier bien garni. M. Spencer, qui compte 94 000 abonnés sur YouTube, n’a pas répondu à nos sollicitations.

Sur TikTok, Tori Dunlap (connue sur l’application en tant que @herfirst100k) explique à ses 1,7 million de fans comment créer une entreprise et quelle dette il convient de rembourser en premier lieu. La jeune femme, âgée de 27 ans, met au point une application afin de promouvoir une « communauté d’investissement sans préjugé », pour aider les femmes à se sentir suffisamment à l’aise pour échanger des conseils d’investissement et gérer des placements dans leurs comptes de courtage.

Après avoir abandonné ses études, Cameron Newell, alias CamTheMan, a commencé à investir dans des actions à moins de un dollar il y a environ trois ans. Cet habitant de l’Etat du Washington affirme avoir ainsi gagné l’an dernier 5 millions de dollars. Le jeune homme offre ses conseils sur TikTok et héberge un groupe discussions sur Discord – l’application prisée des amateurs de jeux vidéo – où ses fans peuvent suivre et reprendre à leur compte ses placements, ou participer de temps à temps à des défis dont l’objectif est de parvenir à atteindre 1 million de dollars sur la base d’un investissement initial de 1 000 dollars.

« La finance traditionnelle est une boîte noire, déclare Sarah Petite, une consultante en réseaux sociaux à Los Angeles. La génération actuelle regarde ses parents et pense, « Votre manière de concevoir l’argent ? Ce n’est plus comme ça que cela marche ». »

Aujourd’hui, les jeunes gens sont en quête d’une feuille de route pour réaliser d’importants profits, et leur tendance prononcée à l’indépendance conduit un grand nombre d’entre eux à se tourner vers les influenceurs en ligne pour obtenir des conseils gratuits, plutôt qu’à confier leur argent à un gérant de portefeuille classique moyennant finance. Beaucoup ne se préoccupent pas des qualifications dont disposent ceux qui prodiguent leurs conseils, si l’on en croit les experts et les jeunes investisseurs eux-mêmes.

« J’ai un principe : ne pas payer quelque chose que l’on peut obtenir gratuitement », explique Rex Wu, un investisseur de 33 ans habitant à Tampa Bay en Floride, qui suit régulièrement M. Paffrath et plusieurs autres figures du conseil boursier en ligne. M. Wu indique avoir investi quelques centaines de milliers de dollars sur la base d’éléments qu’il a « appris en ligne auprès de gars comme Kevin ». Depuis le début de l’année, son portefeuille affiche un rendement de 23 %, contre 21 % pour l’indice S&P500.

« Si je m’adressais à JPMorgan, ils auraient tendance à vouloir récupérer mes investissements et à en faire trop, estime M. Wu. Les gars sur internet ne cherchent pas vraiment à me vendre quoi que ce soit. »

Néanmoins, ce modèle en ligne est totalement nouveau, et les influenceurs sont jugés sur la base du contenu qu’ils produisent davantage que sur les performances de leurs placements. Ils sont souvent payés en fonction du nombre de leurs abonnés et visiteurs plutôt que sur les revenus que leurs conseils en investissement rapportent à leur public.

Règle n°1 : le public doit pouvoir s’identifier à l’influenceur

Cette nouvelle génération de gourous de la finance officiant sur les réseaux sociaux exploite la méfiance innée des jeunes gens envers l’élite financière, qu’ils jugent contrôlée par le milieu de Wall Street, composé d’« anciens » auxquels ils ne peuvent pas s’identifier.

Inspirer confiance au public est l’un des maîtres-mots de ces nouveaux conseillers en investissement sur YouTube

« Les gens de mon âge ne regardent plus les chaînes câblées, observe Mme Petite, qui a 24 ans. Je ne connais personne qui suit l’actualité financière à la télévision. Ils se tournent vers les chaînes YouTube spécialisées et les réseaux sociaux. Je ne crois pas qu’il viendrait à l’esprit de quiconque parmi eux de confier leur argent à un type en costume à Wall Street. »

Inspirer confiance au public est l’un des maîtres-mots de ces nouveaux conseillers en investissement sur YouTube.

Rose Han, 32 ans, est titulaire d’un diplôme en finance de l’Université de New York. Il y a cinq ans, elle a quitté son poste de trader en devises chez HSBC et commencé à réaliser des vidéos sur YouTube sur le négoce d’options, l’investissement dans des fonds et les comptes financiers personnels.

Elle a un demi-million d’abonnés sur YouTube, et 54 000 « followers » sur Instagram. Mme Han, qui propose des cours d’investissement, affirme gagner aujourd’hui dix fois plus que lorsqu’elle était salariée.

« Si vous regardez CNBC, vous verrez des hommes blancs d’un certain âge à qui il est difficile de s’identifier : je ne leur ressemble pas, et un grand nombre de mes followers ne leur ressemblent pas non plus, note-t-elle. Comme je suis une femme, les femmes me font confiance, elles préfèrent apprendre quelque chose auprès de moi que d’un stéréotype de la finance. » Mme Han affirme avoir gagné 2 millions de dollars depuis le début de l’année grâce aux recettes publicitaires de YouTube et à la vente de ses cours d’investissement en ligne.

Règle n°2 : l’influenceur doit faire rêver son public

La génération Z – née entre 1992 et 2002 environ – est plus sensible aux signes extérieurs de richesse tels que les voitures et vêtements de luxe qu’aux diplômes d’écoles de commerce, certifications financières ou apparitions dans les journaux télévisés, observent les experts. C’est pourquoi ils peuvent être facilement victimes d’escroquerie et finir ruinés, souligne Ted Klontz, professeur en finance comportementale à l’université Creighton.

TikTok regorge de comptes publicitaires comme celui de The Daily Trader, un millionnaire autoproclamé de 19 ans qui diffuse des vidéos le montrant au volant d’une Audi R8 flambant neuve, ou bien au bord de la piscine d’une villa de Beverly Hills dont il affirme qu’elle vaut 20 millions de dollars, ou encore attablé dans l’un des restaurants les plus chers de Los Angeles

« Cet univers ressemble en grande partie à une fosse aux serpents, c’est très inquiétant, déclare M. Klontz. Le cerveau humain n’arrive pas entièrement à maturité avant 25 ans. Les jeunes qui n’ont pas atteint cet âge sont hautement influençables. Nous savons que l’investissement au jour le jour ne produit pas de richesse à long terme pour la vaste majorité de ceux qui le pratiquent, mais les influenceurs ciblent justement la partie du cerveau moins inhibée, qui nous conduit à penser qu’on fera exception. C’est ce qui entraîne la spéculation, et d’autres types de comportement à très haut risque. »

TikTok regorge de comptes publicitaires comme celui de The Daily Trader, un millionnaire autoproclamé de 19 ans qui diffuse des vidéos le montrant au volant d’une Audi R8 flambant neuve, ou bien au bord de la piscine d’une villa de Beverly Hills dont il affirme qu’elle vaut 20 millions de dollars, ou encore attablé dans l’un des restaurants les plus chers de Los Angeles.

Ces vidéos tape-à-l’œil postées sur TikTok sont associées à son profil sur Discord, où il vend des abonnements dans le cadre d’un programme de « mentorat », lequel inclut une série de tutoriels destinés à aider les spéculateurs à court terme à copier son « système de trading » pour 294 dollars par personne. Au moins 1 600 utilisateurs se sont inscrits au programme, selon des informations communiquées à un journaliste du Wall Street Journal qui a rejoint le groupe. The Daily Trader n’a pas répondu à une demande de commentaire.

Cette dynamique marquée par une aspiration à la réussite matérielle pousse les créateurs de contenu, selon leurs propres aveux, à ne partager que des récits positifs, ce qui peut être très éloigné de la réalité.

Casey Adams, 20 ans, a grandi près de Richmond en Virginie. Il a réalisé 300 entretiens avec des dirigeants d’entreprise et des investisseurs pour sa chaîne YouTube, y compris avec le cofondateur de Netflix, Marc Randolph, avec le célèbre créateur de start-up et investisseur en cryptomonnaies Tyler Winklevoss, et, à plusieurs reprises durant l’année écoulée, avec Maye Musk, la mère d’Elon Musk.

M. Adams indique gagner environ 300 000 dollars par an en placements publicitaires et sur son activité de conseil médias, mais il reconnaît qu’un grand nombre de milliardaires et de fondateurs de start-up qui acceptent ses invitations viennent pour répondre à des questions faciles et avoir une chance de s’adresser directement à de jeunes investisseurs individuels.

L’an dernier, M. Adams a obtenu une rare interview de trente minutes avec Trevor Milton, le patron milliardaire de la start-up de véhicules électriques Nikola Corp.

« Les gars, vous écrasez tout sur votre passage, vous allez révolutionner totalement le secteur », a fait remarquer le jeune homme au visage poupon à M. Milton durant l’entretien.

Quatre mois plus tard, après l’entrée en Bourse de Nikola via une fusion inversée, un vendeur à découvert a publié un rapport accablant, accusant M. Milton d’irrégularités et l’action a perdu plus des deux tiers de sa valeur. Une enquête fédérale a été lancée et M. Milton a quitté ses fonctions de président exécutif.

« J’adopte une approche amicale, explique M. Adams. La majorité de mon public est composée de jeunes qui cherchent à comprendre les marchés financiers ou à investir de manière plus stratégique, qu’il s’agisse de NFT, de cryptomonnaies, de l’histoire d’un fondateur, de culture d’entreprise… Je ne veux pas me considérer comme un expert. »

Règle n°3 : n’émettre que des avis positifs

Comme la plupart des créateurs de contenu, les influenceurs doivent être populaires pour prospérer. Or, dans un contexte de marchés depuis longtemps haussiers, seuls les succès et les bons tuyaux sont populaires.

De nombreux influenceurs indiquent que lorsqu’ils font du battage autour d’un placement, ils obtiennent le nombre de vues qu’ils cherchent à s’attirer. S’ils se montrent pessimistes, en revanche, ils voient leur public se détourner d’eux, voire font l’objet d’attaques de « trolls ».

« Depuis qu’ils sont adultes, le marché n’a évolué qu’à la hausse, et si vous n’allez pas dans ce sens, c’est que vous n’y comprenez rien », observe Scott Galloway, professeur de marketing à l’Université de New York, qui lui-même a subi des attaques après avoir publié des vidéos où il se montrait sceptique vis-à-vis de certaines entreprises.

Le véritable danger en ce qui concerne la finance sur les réseaux sociaux, estime M. Galloway, tient au fait que les jeunes influenceurs tendent à croire que les marchés ne peuvent que progresser. Ceux qui les suivent renforcent cette idée.

« C’est réellement alarmant, car si vous dites que le bitcoin, ou Tesla, ou n’importe quel SPAC en vogue sont surévalués, ces trolls qui utilisent des comptes anonymes commencent à vous attaquer », note M. Galloway.

Les détracteurs des placements en cryptomonnaie se voient accuser par les trolls de propager la peur, l’incertitude et le doute, ce qui est une manière de discréditer un influenceur. Dans le monde du conseil financier en ligne, des femmes ont aussi déclaré avoir été victimes de harcèlement sexuel après avoir publié des avis négatifs.

M. Paffrath, qui compte se risquer le mois prochain à briguer le poste de gouverneur de Californie – l’actuel gouverneur, Gavin Newsom, faisant face à un scrutin de rappel – affirme qu’il est ramené chaque jour à cette réalité.

« ​Je veux bien jouer le jeu de la hausse sans fin, mais soyons clair : on ne peut faire réellement fortune que sur le long terme. Le problème est que sur YouTube, aucune de mes vidéos allant dans ce sens n’attire qui que ce soit. »

Un mercredi après-midi de la fin du mois de mai, vêtu d’un sweat-shirt à fermeture Eclair et d’une cravate, M. Paffrath est entré dans son studio d’enregistrement pour lancer sa discussion quotidienne en direct sur les marchés d’actions.

Le sujet du jour était AMC Entertainment Holdings, la chaîne de cinémas en difficulté qui a vu son cours boursier s’envoler au printemps, porté par les investisseurs individuels, dont beaucoup de jeunes gens qui passent l’essentiel de leurs temps sur Internet, ainsi que par la folie des « actions mèmes », dont GamesStop et Tesla.

AMC connaissait alors une semaine volatile mais ce jour-là, elle avait clôturé en hausse de 10 %. M. Paffrath a mis en garde ses followers contre l’achat d’actions AMC – les fonds spéculatifs semblaient friands de positions courtes sur le titre, dont le cours pouvait s’effondrer à tout moment, soulignait-il.

« Pourquoi avez-vous un avis si négatif ? », lui a demandé un internaute.

« Je ne suis pas négatif, je suis juste réaliste, a répondu M. Paffrath. Ecoutez, je suis tout à faire pour que AMC atteigne des sommets, mais tout ce que je veux dire, c’est que si vous vous accrochez à quelque chose que vous ne comprenez pas… Mieux vaut être prudent. »

A la fin de sa vidéo, M. Paffrath a commencé à perdre des abonnés par milliers, raconte-t-il. La plupart des vidéos assorties de titres positifs sont vues plus de 200 000 fois, précise-t-il, tandis que celles qui contiennent des avis négatifs sur une entreprise ou un secteur n’attirent jamais plus de 60 000 vues.

« C’est un peu comme un astronaute qui doit montrer à quel point il est amusant de vivre dans une fusée, mais vous ne faites pas ça toute votre vie, note M. Paffrath.

« ​Je veux bien jouer le jeu de la hausse sans fin, mais soyons clair : on ne peut faire réellement fortune que sur le long terme. Le problème est que sur YouTube, aucune de mes vidéos allant dans ce sens n’attire qui que ce soit. »

(Traduit à partir de la version originale en anglais par Anne Montanaro)

Finances- Risque de domination des Bigtechs sur les services financiers

Finances- Risque de  domination des Bigtechs sur les services financiers 

Charles Cuvelliez, Ecole Polytechnique de Bruxelles, Université de Bruxelles, et Jean-Jacques Quisquater, Ecole Polytechnique de Louvain, Université de Louvain et MIT, s’inquiètent  du risque de domination des bigtechssur les services financiers. ( dans l’Opinion , extrait)

 

Tribune

 

C’est à une convergence des régulations qu’appelle la Banque des règlements internationaux (BRI), la banque centrale des banques centrales, dans un texte publié le 2 août 2021, et signé par ses dirigeants. Il faut cadrer d’urgence les bigtechs et leur future position (inéluctable) dans les services financiers. C’est déjà le cas en Chine où Alibaba (via Alipay) et Tencent occupent plus de 90 % des parts de marché dans les paiements mobiles. On voit déjà des bigtechs actifs dans les prêts aux particuliers et aux petites entreprises sans compter les assurances et la gestion de fortune.

Ce que craint la BRI, c’est une (re)fragmentation des moyens de paiement et des services financiers au final : chaque bigtech y va de sa proposition en la matière, si possible au sein de son écosystème et de sa plateforme. Le point d’orgue est atteint avec Diem, l’ex-Libra et autres stablecoins qui n’auraient cours que chez Facebook et ses filiales, si cela se trouve. Est-ce vraiment ce qu’on veut lorsqu’on sait qu’il a fallu des dizaines d’années pour établir les paiements (relativement) faciles sans frontières ? Trop de concentration et trop de dominance de la part des bigtechs, prévient la BRI, ce sont les commissions demandées aux marchands lors des paiements qui vont de nouveau augmenter. Et de prévenir que des commissions jusqu’à 4 % ont déjà été identifiées.

Les autorités de protection des données, les autorités de concurrence et les banques centrales doivent agir de concert ! Aucun ne résoudra seul la quadrature du cercle des bigtechs qui jouent sur les trois tableaux : dominance sur les data, sur des marchés de plus en plus vastes, dont, de plus en plus, les services financiers.

Car le principal problème des bigtechs, ce sont leurs positions de quasi-monopole dans leurs marchés dont l’étendue s’accroit à force d’utiliser la puissance des données collectées pour s’établir dans des marchés adjacents. Ces derniers concernent de plus en plus les services financiers et les paiements. Or, les banques centrales ne sont ni compétentes en protection des données ni en droit de la concurrence.

Régulation basée sur l’activité

La régulation des institutions financières est trop basée sur l’activité de ces dernières, sur l’adéquation de leurs dirigeants et la protection des consommateurs. On considère une société qui veut s’établir dans les paiements comme un simple transmetteur d’argent entre deux parties et, finalement, on ne regarde que cette capacité à l’être. C’est regarder par le petit bout de la lorgnette dont les bigtechs s’amusent. Il y a des avancées, dit la BRI, à commencer par le Digital Market Act (DMA), fait pour réguler les teneurs de marché non pas au sens financier du terme mais au sens universel du terme, à savoir ceux qui tiennent un marché sous toutes ses dimensions. Il en résultera, quand le DMA sera appliqué, des obligations d’inter-opérabilité, de non-discrimination à l’accès, de traitement égal des vendeurs sur la plateforme et de portabilité des données, quel que soit l’activité.

La mise au pas en Chine des bras financiers des grandes plateformes locales participe (Alipay), d’une manière différente, de la même essence : la Chine a décidé de protéger les petites gens. Aux Etats-Unis, une législation spécifique anti-bigtechs est aussi en préparation depuis les rapports du congrès sur les agissements anti-concurrentiels des bigtechs de la côte Ouest.

Comme trop de données sont aux mains des bigtechs alors que les banques peuvent à peine utiliser les données de leurs clients, c’est la protection de la vie privée qui est en jeu. Mais que peut faire une banque centrale, pas compétente, en la matière? La directive PSD2 met même les banques européennes dans une situation délicate de concilier RGPD ou ouverture des données clients à des concurrents, explique la BRI. Grâce aux RGPD, les bigtechs, eux, ne doivent pas partager leurs données avec les banques. La BRI a raison d’évoquer une asymétrie entre banques et bigtechs pour l’accès aux données. Pour la BRI, les CDBC et les systèmes d’identification digitales ainsi que les API sont des briques qui donneront les moyens aux utilisateurs finaux de mieux contrôler les données car tout le monde pourra les utiliser.

Dernière anomalie à adresser, la résilience opérationnelle des services financiers qui ne s’applique aujourd’hui qu’aux institutions financières classiques, banques et assurance. Il est temps de l’étendre aux services financiers des institutions non-financières.

Risque de la domination Bigtechs sur les services financiers

Risque de la domination Bigtechs sur les services financiers 

Charles Cuvelliez, Ecole Polytechnique de Bruxelles, Université de Bruxelles, et Jean-Jacques Quisquater, Ecole Polytechnique de Louvain, Université de Louvain et MIT, s’inquiètent  du risque de domination des bigtechssur les services financiers. ( dans l’Opinion , extrait)

 

Tribune

 

C’est à une convergence des régulations qu’appelle la Banque des règlements internationaux (BRI), la banque centrale des banques centrales, dans un texte publié le 2 août 2021, et signé par ses dirigeants. Il faut cadrer d’urgence les bigtechs et leur future position (inéluctable) dans les services financiers. C’est déjà le cas en Chine où Alibaba (via Alipay) et Tencent occupent plus de 90 % des parts de marché dans les paiements mobiles. On voit déjà des bigtechs actifs dans les prêts aux particuliers et aux petites entreprises sans compter les assurances et la gestion de fortune.

Ce que craint la BRI, c’est une (re)fragmentation des moyens de paiement et des services financiers au final : chaque bigtech y va de sa proposition en la matière, si possible au sein de son écosystème et de sa plateforme. Le point d’orgue est atteint avec Diem, l’ex-Libra et autres stablecoins qui n’auraient cours que chez Facebook et ses filiales, si cela se trouve. Est-ce vraiment ce qu’on veut lorsqu’on sait qu’il a fallu des dizaines d’années pour établir les paiements (relativement) faciles sans frontières ? Trop de concentration et trop de dominance de la part des bigtechs, prévient la BRI, ce sont les commissions demandées aux marchands lors des paiements qui vont de nouveau augmenter. Et de prévenir que des commissions jusqu’à 4 % ont déjà été identifiées.

Les autorités de protection des données, les autorités de concurrence et les banques centrales doivent agir de concert ! Aucun ne résoudra seul la quadrature du cercle des bigtechs qui jouent sur les trois tableaux : dominance sur les data, sur des marchés de plus en plus vastes, dont, de plus en plus, les services financiers.

Car le principal problème des bigtechs, ce sont leurs positions de quasi-monopole dans leurs marchés dont l’étendue s’accroit à force d’utiliser la puissance des données collectées pour s’établir dans des marchés adjacents. Ces derniers concernent de plus en plus les services financiers et les paiements. Or, les banques centrales ne sont ni compétentes en protection des données ni en droit de la concurrence.

Régulation basée sur l’activité

La régulation des institutions financières est trop basée sur l’activité de ces dernières, sur l’adéquation de leurs dirigeants et la protection des consommateurs. On considère une société qui veut s’établir dans les paiements comme un simple transmetteur d’argent entre deux parties et, finalement, on ne regarde que cette capacité à l’être. C’est regarder par le petit bout de la lorgnette dont les bigtechs s’amusent. Il y a des avancées, dit la BRI, à commencer par le Digital Market Act (DMA), fait pour réguler les teneurs de marché non pas au sens financier du terme mais au sens universel du terme, à savoir ceux qui tiennent un marché sous toutes ses dimensions. Il en résultera, quand le DMA sera appliqué, des obligations d’inter-opérabilité, de non-discrimination à l’accès, de traitement égal des vendeurs sur la plateforme et de portabilité des données, quel que soit l’activité.

La mise au pas en Chine des bras financiers des grandes plateformes locales participe (Alipay), d’une manière différente, de la même essence : la Chine a décidé de protéger les petites gens. Aux Etats-Unis, une législation spécifique anti-bigtechs est aussi en préparation depuis les rapports du congrès sur les agissements anti-concurrentiels des bigtechs de la côte Ouest.

Comme trop de données sont aux mains des bigtechs alors que les banques peuvent à peine utiliser les données de leurs clients, c’est la protection de la vie privée qui est en jeu. Mais que peut faire une banque centrale, pas compétente, en la matière? La directive PSD2 met même les banques européennes dans une situation délicate de concilier RGPD ou ouverture des données clients à des concurrents, explique la BRI. Grâce aux RGPD, les bigtechs, eux, ne doivent pas partager leurs données avec les banques. La BRI a raison d’évoquer une asymétrie entre banques et bigtechs pour l’accès aux données. Pour la BRI, les CDBC et les systèmes d’identification digitales ainsi que les API sont des briques qui donneront les moyens aux utilisateurs finaux de mieux contrôler les données car tout le monde pourra les utiliser.

Dernière anomalie à adresser, la résilience opérationnelle des services financiers qui ne s’applique aujourd’hui qu’aux institutions financières classiques, banques et assurance. Il est temps de l’étendre aux services financiers des institutions non-financières.

Économie-Le risque de la domination Bigtechs sur les services financiers

Économie-Le risque de la domination Bigtechs sur les services financiers 

Charles Cuvelliez, Ecole Polytechnique de Bruxelles, Université de Bruxelles, et Jean-Jacques Quisquater, Ecole Polytechnique de Louvain, Université de Louvain et MIT, s’inquiète du risque de domination des bigtechssur les services financiers. ( dans l’Opinion , extrait)

 

Tribune

 

C’est à une convergence des régulations qu’appelle la Banque des règlements internationaux (BRI), la banque centrale des banques centrales, dans un texte publié le 2 août 2021, et signé par ses dirigeants. Il faut cadrer d’urgence les bigtechs et leur future position (inéluctable) dans les services financiers. C’est déjà le cas en Chine où Alibaba (via Alipay) et Tencent occupent plus de 90 % des parts de marché dans les paiements mobiles. On voit déjà des bigtechs actifs dans les prêts aux particuliers et aux petites entreprises sans compter les assurances et la gestion de fortune.

Ce que craint la BRI, c’est une (re)fragmentation des moyens de paiement et des services financiers au final : chaque bigtech y va de sa proposition en la matière, si possible au sein de son écosystème et de sa plateforme. Le point d’orgue est atteint avec Diem, l’ex-Libra et autres stablecoins qui n’auraient cours que chez Facebook et ses filiales, si cela se trouve. Est-ce vraiment ce qu’on veut lorsqu’on sait qu’il a fallu des dizaines d’années pour établir les paiements (relativement) faciles sans frontières ? Trop de concentration et trop de dominance de la part des bigtechs, prévient la BRI, ce sont les commissions demandées aux marchands lors des paiements qui vont de nouveau augmenter. Et de prévenir que des commissions jusqu’à 4 % ont déjà été identifiées.

Les autorités de protection des données, les autorités de concurrence et les banques centrales doivent agir de concert ! Aucun ne résoudra seul la quadrature du cercle des bigtechs qui jouent sur les trois tableaux : dominance sur les data, sur des marchés de plus en plus vastes, dont, de plus en plus, les services financiers.

Car le principal problème des bigtechs, ce sont leurs positions de quasi-monopole dans leurs marchés dont l’étendue s’accroit à force d’utiliser la puissance des données collectées pour s’établir dans des marchés adjacents. Ces derniers concernent de plus en plus les services financiers et les paiements. Or, les banques centrales ne sont ni compétentes en protection des données ni en droit de la concurrence.

Régulation basée sur l’activité

La régulation des institutions financières est trop basée sur l’activité de ces dernières, sur l’adéquation de leurs dirigeants et la protection des consommateurs. On considère une société qui veut s’établir dans les paiements comme un simple transmetteur d’argent entre deux parties et, finalement, on ne regarde que cette capacité à l’être. C’est regarder par le petit bout de la lorgnette dont les bigtechs s’amusent. Il y a des avancées, dit la BRI, à commencer par le Digital Market Act (DMA), fait pour réguler les teneurs de marché non pas au sens financier du terme mais au sens universel du terme, à savoir ceux qui tiennent un marché sous toutes ses dimensions. Il en résultera, quand le DMA sera appliqué, des obligations d’inter-opérabilité, de non-discrimination à l’accès, de traitement égal des vendeurs sur la plateforme et de portabilité des données, quel que soit l’activité.

La mise au pas en Chine des bras financiers des grandes plateformes locales participe (Alipay), d’une manière différente, de la même essence : la Chine a décidé de protéger les petites gens. Aux Etats-Unis, une législation spécifique anti-bigtechs est aussi en préparation depuis les rapports du congrès sur les agissements anti-concurrentiels des bigtechs de la côte Ouest.

Comme trop de données sont aux mains des bigtechs alors que les banques peuvent à peine utiliser les données de leurs clients, c’est la protection de la vie privée qui est en jeu. Mais que peut faire une banque centrale, pas compétente, en la matière? La directive PSD2 met même les banques européennes dans une situation délicate de concilier RGPD ou ouverture des données clients à des concurrents, explique la BRI. Grâce aux RGPD, les bigtechs, eux, ne doivent pas partager leurs données avec les banques. La BRI a raison d’évoquer une asymétrie entre banques et bigtechs pour l’accès aux données. Pour la BRI, les CDBC et les systèmes d’identification digitales ainsi que les API sont des briques qui donneront les moyens aux utilisateurs finaux de mieux contrôler les données car tout le monde pourra les utiliser.

Dernière anomalie à adresser, la résilience opérationnelle des services financiers qui ne s’applique aujourd’hui qu’aux institutions financières classiques, banques et assurance. Il est temps de l’étendre aux services financiers des institutions non-financières.

Le risque de la domination Bigtechs sur les services financiers

Le risque de la domination Bigtechs sur les services financiers 

Charles Cuvelliez, Ecole Polytechnique de Bruxelles, Université de Bruxelles, et Jean-Jacques Quisquater, Ecole Polytechnique de Louvain, Université de Louvain et MIT, s’inquiète du risque de domination des bigtechssur les services financiers. ( dans l’Opinion , extrait)

 

Tribune

 

C’est à une convergence des régulations qu’appelle la Banque des règlements internationaux (BRI), la banque centrale des banques centrales, dans un texte publié le 2 août 2021, et signé par ses dirigeants. Il faut cadrer d’urgence les bigtechs et leur future position (inéluctable) dans les services financiers. C’est déjà le cas en Chine où Alibaba (via Alipay) et Tencent occupent plus de 90 % des parts de marché dans les paiements mobiles. On voit déjà des bigtechs actifs dans les prêts aux particuliers et aux petites entreprises sans compter les assurances et la gestion de fortune.

Ce que craint la BRI, c’est une (re)fragmentation des moyens de paiement et des services financiers au final : chaque bigtech y va de sa proposition en la matière, si possible au sein de son écosystème et de sa plateforme. Le point d’orgue est atteint avec Diem, l’ex-Libra et autres stablecoins qui n’auraient cours que chez Facebook et ses filiales, si cela se trouve. Est-ce vraiment ce qu’on veut lorsqu’on sait qu’il a fallu des dizaines d’années pour établir les paiements (relativement) faciles sans frontières ? Trop de concentration et trop de dominance de la part des bigtechs, prévient la BRI, ce sont les commissions demandées aux marchands lors des paiements qui vont de nouveau augmenter. Et de prévenir que des commissions jusqu’à 4 % ont déjà été identifiées.

Les autorités de protection des données, les autorités de concurrence et les banques centrales doivent agir de concert ! Aucun ne résoudra seul la quadrature du cercle des bigtechs qui jouent sur les trois tableaux : dominance sur les data, sur des marchés de plus en plus vastes, dont, de plus en plus, les services financiers.

Car le principal problème des bigtechs, ce sont leurs positions de quasi-monopole dans leurs marchés dont l’étendue s’accroit à force d’utiliser la puissance des données collectées pour s’établir dans des marchés adjacents. Ces derniers concernent de plus en plus les services financiers et les paiements. Or, les banques centrales ne sont ni compétentes en protection des données ni en droit de la concurrence.

Régulation basée sur l’activité

La régulation des institutions financières est trop basée sur l’activité de ces dernières, sur l’adéquation de leurs dirigeants et la protection des consommateurs. On considère une société qui veut s’établir dans les paiements comme un simple transmetteur d’argent entre deux parties et, finalement, on ne regarde que cette capacité à l’être. C’est regarder par le petit bout de la lorgnette dont les bigtechs s’amusent. Il y a des avancées, dit la BRI, à commencer par le Digital Market Act (DMA), fait pour réguler les teneurs de marché non pas au sens financier du terme mais au sens universel du terme, à savoir ceux qui tiennent un marché sous toutes ses dimensions. Il en résultera, quand le DMA sera appliqué, des obligations d’inter-opérabilité, de non-discrimination à l’accès, de traitement égal des vendeurs sur la plateforme et de portabilité des données, quel que soit l’activité.

La mise au pas en Chine des bras financiers des grandes plateformes locales participe (Alipay), d’une manière différente, de la même essence : la Chine a décidé de protéger les petites gens. Aux Etats-Unis, une législation spécifique anti-bigtechs est aussi en préparation depuis les rapports du congrès sur les agissements anti-concurrentiels des bigtechs de la côte Ouest.

Comme trop de données sont aux mains des bigtechs alors que les banques peuvent à peine utiliser les données de leurs clients, c’est la protection de la vie privée qui est en jeu. Mais que peut faire une banque centrale, pas compétente, en la matière? La directive PSD2 met même les banques européennes dans une situation délicate de concilier RGPD ou ouverture des données clients à des concurrents, explique la BRI. Grâce aux RGPD, les bigtechs, eux, ne doivent pas partager leurs données avec les banques. La BRI a raison d’évoquer une asymétrie entre banques et bigtechs pour l’accès aux données. Pour la BRI, les CDBC et les systèmes d’identification digitales ainsi que les API sont des briques qui donneront les moyens aux utilisateurs finaux de mieux contrôler les données car tout le monde pourra les utiliser.

Dernière anomalie à adresser, la résilience opérationnelle des services financiers qui ne s’applique aujourd’hui qu’aux institutions financières classiques, banques et assurance. Il est temps de l’étendre aux services financiers des institutions non-financières.

Brexit : des droits financiers contre des droits de pêche !

Brexit : des droits financiers contre des droits de pêche !

 

Comme c’était un peu visible Johnson ne respecte guère les désaccords du break site relatif à la pêche car la grande Bretagne n’accorde qu’avec parcimonie les licences de pêche notamment aux Français. Du coup la France menace de répliquer très durement en s’opposant à la délivrance d’autorisations sur les services financiers britanniques dans l’union économique européenne

l’accord sur le break site indiqué que des autorisations mécaniques devaient être accordé aux pêcheurs français alors à Boulogne 22 bateaux seulement sur 120 ont pu obtenir cette licence pour l’instant.

Pour un registre des gros patrimoines financiers européens

Pour un registre des gros patrimoines financiers européens

 

 

Tribune

 

Seule une petite partie des patrimoines financiers étant couverte par les registres existants, l’Union européenne doit s’attaquer à cette opacité, préconise le collectif dans un appel lancé à l’initiative de l’économiste Gabriel Zucman.

Après les révélations de l’enquête OpenLux [sur la face cachée du Luxembourg, publiée le 8 février], menée par Le Monde et ses partenaires à partir du registre des sociétés luxembourgeois, il y a urgence à créer un cadastre financier européen unique, complet et harmonisé.

En effet, ces révélations d’intérêt public ont été permises par la mise à disposition de nouvelles données sur les bénéficiaires effectifs des sociétés domiciliées au Luxembourg. C’est un progrès qu’il convient de saluer.

Mais OpenLux souligne aussi les défaillances de l’actuelle approche européenne en matière de transparence financière. Les registres existants – ceux du Luxembourg utilisés dans l’enquête du Monde, comme ceux, parfois encore moins complets, des autres Etats membres – sont extrêmement lacunaires. Seuls les détenteurs de parts de sociétés non cotées y sont identifiés.

Or cette forme de richesse ne couvre qu’une petite partie du patrimoine financier des ménages, qui s’est considérablement diversifié sous l’effet de la mondialisation financière. Ne serait-il pas pertinent, par les temps qui courent, de savoir qui possède les dettes publiques européennes ? Sans parler des actions cotées, des parts de fonds de placement et des obligations privées, l’essentiel de la fortune des plus aisés.

Un cadastre financier unique, dans le cadre d’une approche européenne coordonnée, permettrait aussi de remédier aux failles actuelles. Car les registres existants sont loin d’atteindre leur objectif. Comme le montre l’enquête OpenLux, seulement la moitié des compagnies luxembourgeoises indiquent l’identité de leurs bénéficiaires effectifs, en dépit de la législation leur faisant obligation d’identifier tous les actionnaires possédant plus de 25 % du capital.

Les renseignements fournis ne sont soumis à aucune vérification, ce qui ouvre la voie à toutes sortes d’abus, telle l’utilisation de prête-noms.

Enfin, même s’il est prévu qu’ils le deviennent à terme, les cadastres nationaux ne sont, pour le moment, pas connectés. Le résultat ? Impossible ou presque de suivre les schémas byzantins de participations croisées, dans lesquels une holding chypriote, par exemple, détiendrait une société luxembourgeoise, qui elle-même posséderait des filiales en France. La règle du plus petit dénominateur commun s’applique. L’information s’évapore dans les centres offshore les plus opaques.

Un tel projet n’a rien d’utopique. Ainsi, les Etats-Unis ont adopté, en janvier, le Corporate Transparency Act, qui impose à toutes les sociétés américaines de communiquer l’identité de leurs propriétaires effectifs aux autorités fédérales étatsuniennes. C’est un progrès important, qui devrait réduire l’utilisation abusive de coquilles vides dans l’Etat du Delaware. Mais ce registre reste privé. L’Europe – qui reste dans l’ensemble en avance sur les Etats-Unis en matière de transparence financière – peut et doit aller encore plus loin, en rendant cette information publique, et en l’étendant à toutes les autres formes de richesse.

La déconnexion des marchés financiers par rapport à l’économie

La déconnexion des marchés financiers par rapport à l’économie

 

L’économiste Christophe Boucher remarque, dans une tribune au « Monde », que les services – qui représentent la majeure partie de l’économie et des emplois – ont plus souffert que l’industrie, dont la résilience a été saluée par les investisseurs, source traditionnelle de leur financement.

Tribune. Les économies développées ont connu la plus forte contraction de l’activité depuis au moins la seconde guerre mondiale, alors même que les marchés financiers affichaient des performances record (pour les actions) et une quiétude insolente (pour les obligations). Les nouvelles mesures de restriction quelles qu’elles soient, depuis cet automne jusqu’à aujourd’hui, n’ont rien changé : les marchés semblent devenus indolores aux mauvaises nouvelles économiques.

Les marchés financiers sont-ils réellement complètement déconnectés de l’économie réelle ? Seraient-ils devenus un vaste casino animé par des investisseurs insensibles à la mise sous cloche de plusieurs secteurs d’activité (tourisme, hôtellerie, loisirs, spectacles, bars-restaurants, etc.) ? Mais les marchés ne sont pas l’économie, ou plus précisément les marchés financiers ne sont pas un indicateur fiable de la santé économique globale à un instant donné.

D’abord, et c’est bien connu, les marchés ont tendance à être prospectifs. Les investisseurs avaient déjà en partie intégré ce qui allait être une chute cataclysmique de l’activité. La dégradation des conditions de marché a été significative dès février 2020. Mais par la suite, ils ont anticipé une reprise économique relativement rapide post-confinement.

Ensuite, les marchés et l’économie ont été soutenus par l’action inédite des politiques monétaires et budgétaires alors que l’économie mondiale est déjà plus résiliente qu’il y a dix ans (moins d’investissements risqués financés à crédit et de meilleurs bilans grâce à une régulation renforcée). Il s’agit ainsi de la première récession et crise financière où la masse monétaire augmente rapidement sous l’effet des mesures de relance et d’une épargne forcée par une consommation contrainte.

Avec la levée des restrictions durant l’été, l’épargne disponible a permis un rebond de l’activité, manufacturière en particulier, assez fort et beaucoup plus rapide qu’anticipé par les économistes.

Bien entendu, les marchés ont été également tirés par les grands gagnants économiques de cette pandémie : les Big Tech (Apple, Amazon, Facebook, Google, Tencent, Alibaba), et plus généralement, le secteur de la technologie.

La crise a en effet accéléré la numérisation du travail (télétravail, e-commerce) et des loisirs (jeux vidéo, plates-formes de streaming, réseaux sociaux, etc.). Cela explique d’ailleurs pourquoi les marchés boursiers européens, peu dotés en géants technologiques, ont affiché des performances inférieures aux marchés américains et asiatiques.

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