Archive pour le Tag 'Financiarisation'

Logement: financiarisation croissante

Logement: financiarisation croissante


Quinze ans après la crise financière mondiale déclenchée par l’éclatement de la bulle immobilière aux États-Unis, l’imbrication entre marchés financiers et marchés immobiliers est toujours à l’œuvre. À l’issue de sa visite en France en 2019, la rapporteuse spéciale de l’ONU sur le droit au logement convenable s’inquiétait publiquement de ce que « la financiarisation du logement – lorsque le logement est mis en avant et utilisé comme instrument financier plutôt que comme bien social – prenne rapidement de l’ampleur » dans ce pays. Plus récemment, des élus de gauche de grandes métropoles françaises exprimaient le même genre de craintes, en dénonçant « une spéculation inédite [qui] transforme aujourd’hui les logements en actifs financiers » et contraint les classes moyennes et populaires au départ.

Par Antoine Guironnet
Chercheur Post-Doctorant, Sciences Po

par Ludovic Halbert
Chargé de recherche CNRS au Laboratoire Techniques, Territoires et Sociétés (LATTS) de l’Université Paris-Est et maître de conférences, École des Ponts ParisTech (ENPC) dans The Conversation.

La financiarisation des villes, sous diverses acceptions, mobilise ainsi de plus en plus l’attention politique et médiatique. C’est tout un imaginaire lourd de menaces qui affleure à la convocation de ce terme. Monsieur Vautour, l’intraitable propriétaire du théâtre boulevardier napoléonien, les sociétés immobilières éventrant les rues de Paris sous Haussmann, la touristification des centres-villes par les plates-formes de type Airbnb : ces figures et phénomènes évoquent le spectre de la spéculation et ses effets délétères pour les populations locales. […]

Les espaces urbains ont joué un rôle précurseur et actif dans ce processus. Dès le XIXe siècle, des sociétés cotées en bourse se spécialisent dans l’immobilier et les infrastructures des grandes agglomérations françaises (chemins de fer, canaux). Une telle propriété urbaine actionnariale a assuré la fortune – et causé la banqueroute ! – de grandes figures du capitalisme d’alors, à l’image des frères Pereire.

Mais sa spécificité contemporaine tient à ce que le monde de la gestion d’actifs immobiliers, avec ses acteurs, ses techniques et ses rationalités propres, est aujourd’hui au faîte de l’articulation entre marchés financiers et immobiliers. Voici une vingtaine d’années désormais qu’une masse croissante de capitaux financiers se déverse dans l’immobilier des grandes villes, dans des proportions et avec une portée spatiale inédites. […]

Les marchés financiers forment en effet une vaste infrastructure financière de portée mondiale à travers laquelle l’épargne des individus, des entreprises ou des États est drainée et centralisée par des gérants d’actifs chargés de la faire fructifier. Dans le cas de l’achat de bâtiments destinés à être mis en location et revendus à plus ou moins longue échéance, deux grands types prédominent : des sociétés foncières, dont certaines sont cotées en bourse, et des sociétés de gestion de portefeuille qui créent des fonds d’investissement dédiés à l’immobilier.

Dans les deux cas, le principe reste le même : en achetant des parts de sociétés ou de fonds immobiliers, les clients-investisseurs cherchent à réduire les risques et à diversifier leurs revenus par rapport aux autres placements habituels (actions d’entreprises cotées en bourse dans d’autres secteurs, dette des États, produits dérivés, devises, etc.). À charge pour les gérants d’actifs administrant leurs capitaux de trouver les moyens de leur verser des bénéfices attractifs en s’emparant des lieux de travail, de consommation, de loisir et d’habitat.

Méconnues du grand public, ces sociétés sont pourtant propriétaires de nombreuses adresses. Les centres commerciaux des Halles à Paris, de Part-Dieu à Lyon et d’Euralille appartiennent à Unibail-Rodamco-Westfield, l’un des leaders mondiaux de l’immobilier commercial. Dans le domaine résidentiel, la SNCF a réuni 4 000 de ses logements dans un fonds pour en céder une partie à un consortium d’investisseurs, dont l’Établissement de la retraite additionnelle de la fonction publique et l’allemand Vonovia, alter ego d’Unibail pour le logement. Les résidences avec services pour étudiants ou personnes dépendantes ont également le vent en poupe.

Si Orpea a tristement défrayé la chronique pour le traitement réservé à ses locataires, peu de gens savent que cette société cotée en bourse est devenue un mastodonte détenant près de 100 000 lits pour personnes dépendantes dans le monde. Dans la logistique, on ne compte plus les entrepôts aux périphéries des agglomérations qui appartiennent à des géants du secteur comme Prologis ou Goodman, cotés en bourse.

Ce panorama serait incomplet si l’on n’évoquait pas l’immobilier de bureau, terrain de prédilection du secteur, depuis les immeubles haussmanniens de la capitale jusqu’aux tours de La Défense, en passant par les innombrables bâtiments modernes qui ont essaimé dans les grandes opérations d’urbanisme des métropoles ces vingt dernières années.

Au total, les analystes tablent sur 11 500 milliards de dollars en 2021 à l’échelle mondiale, soit cinq fois le PIB annuel de la France et un doublement des actifs depuis la crise financière de 2007-2008 qui n’a représenté tout au plus qu’une parenthèse. Les estimations pour la France avancent une valeur de 365 milliards d’euros en 2019 et une progression de 80 % en une dizaine d’années, soit un secteur qui contrôlerait un tiers du patrimoine immobilier d’entreprise (bureaux, logistique, commerces).

Une proportion qui varie évidemment en fonction des échelles et des territoires, selon que l’on considère le parc de bureaux du quartier central des affaires parisien, détenu dans sa « quasi-intégralité » par des gérants d’actifs, à l’échelle de la ville de Paris où leur part s’établit à un mètre carré sur deux, ou encore le logement dont ils possédaient moins de 2 % à l’échelle nationale en 2011.

La tendance était d’ailleurs à la hausse, au moins jusqu’à l’éclatement de la pandémie de Covid-19, avec environ 25 milliards d’euros investis annuellement sur la dernière décennie. Soit presque l’équivalent, chaque année, du coût de 70 stades de France !

Santé: les dégâts de la financiarisation

Santé: les dégâts de la financiarisation

Par François Asselin, Président de la CPME et Gilles Bonnefon, Responsable du pôle Professions libérales de la CPME et Vice-président de la CNPL.( dans la Tribune)

On assiste en effet comme nous avons pu le vivre pour la biologie, certains centres dentaires, ophtalmologues, radiologues, à une concentration rapide et massive aux mains de groupes financiers, avec des capitaux parfois étrangers.

La rentabilité, fonction notamment du lieu d’implantation, devient alors la seule priorité. Ce n’est pas un hasard si les centres dentaires fleurissent dans les métropoles, mais qu’il est de plus en plus difficile de se faire soigner ailleurs. La création de centres de soins non programmés, sans aucune concertation avec les responsables locaux, s’inscrit dans cette logique.

Les professionnels de santé qui travaillent dans ces conditions perdent leur autonomie, tant sur les choix d’implantation que sur leur mode d’exercice de la médecine. Leur activité se concentre sur les actes les plus rémunérateurs et la qualité des soins en pâtit. Dans certains cas, les pouvoirs publics ont même été contraints de lancer des procédures de fermetures.

La téléconsultation vers laquelle se tournent massivement les jeunes diplômés en médecine pose aussi problème. Les plateformes qui les gèrent annoncent elles-mêmes que leur durée est, en moyenne, de 3 minutes. Est-il raisonnable que cet acte soit remboursé au même tarif que la consultation en cabinet médical ? Il doit rester un outil facilitateur intégré dans le parcours de soin du patient et pris en charge sous certaines conditions. Mais il ne peut résoudre la question des déserts médicaux. Si la téléconsultation consiste juste à obtenir des arrêts maladie ou la prescription de médicaments parfois détournés de leur usage, c’est un mauvais investissement tant en termes de santé publique que pour l’équilibre de nos comptes sociaux.

Entendons-nous bien, la recherche de rentabilité n’est pas un gros mot et le secteur de la santé a besoin d’investissement. Mais cela ne doit se faire ni au détriment de la qualité des soins ni à celui de cette médecine de proximité que souhaitent nos concitoyens. Ceux qui essaient de nous faire croire que la véritable question est celle d’un choix entre acteurs publics ou privés nous trompent. On parle ici d’un secteur économique dont les ressources proviennent des cotisations sociales. Il est normal qu’il fasse l’objet d’une régulation.

Le glissement actuel vers la seule logique financière n’est pas acceptable.

Il est donc heureux que la Caisse nationale d’assurance maladie (CNAM) en ait pris conscience. Il lui appartient de mettre un terme à ces dérives en garantissant l’indépendance des professionnels de santé.

Scandale Ehpad: Le résultat de la financiarisation

Scandale  Ehpad: Le résultat de la financiarisation

 

La financiarisation du modèle des maisons de retraite a conduit à leur dévoiement, estime l’ingénieur et architecte, Philippe Alluin,  dans une tribune au « Monde ». Revisiter les projets innovants des années 1990 permettrait de réinventer un autre système.

 

Révélés au grand public par la récente actualité autour du groupe Orpea, les dysfonctionnements des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) existent, en réalité, depuis fort longtemps. Dans quelques jours, le nouveau ministre chargé du sujet devra repenser la politique d’hébergement des personnes dépendantes. Mais, avant même d’envisager de « nouvelles » solutions, il serait utile d’identifier les facteurs qui ont conduit à la situation d’aujourd’hui.

Dans les années 1980, les personnes dépendantes ne pouvant plus habiter en « maison de retraite » étaient redirigées à l’hôpital, dans des services dits « de longue durée », suivant un modèle de type hospitalier, parfois même encore en salle commune. En 1983, Alain Gille, directeur des équipements à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), particulièrement visionnaire sur l’ampleur à venir de la dépendance, lança un appel d’idées auprès des architectes afin d’ouvrir les pistes d’un hébergement adapté. Les réponses furent nombreuses, variées et innovantes, consacrant le succès de cet appel. Ce fut le point de départ d’une série de réalisations innovantes et particulièrement adaptées au vieillissement et à la dépendance.

Le programme Sepia, lancé en 1989 par le ministère de la santé, prenait la suite et un important mouvement de gérontologues, sociologues et autres chercheurs apportait sa contribution à ces opérations pilotes. Les réalisations exemplaires qui suivirent sont relatées dans la presse spécialisée (Architectures du grand âge. Variations architecturales sur la fin de vie, Le Moniteur, 1988) et mettent en avant, entre autres, l’ouverture sur la ville, la mixité des programmes, l’espace à géométrie variable, l’ancrage dans les territoires.

Bien que saluées par les professionnels, les équipes soignantes et les familles des résidents, ces avancées furent brutalement stoppées par la création des Ehpad, en 2002. La « massification », terme favori de nos administrations chargées de régler un problème de grande ampleur, s’attacha dès lors à encadrer, normaliser et régenter sur l’ensemble du territoire l’hébergement des personnes âgées dépendantes, tout en retardant le plus possible leur entrée dans l’institution, le maintien à domicile apparaissant alors moins coûteux que l’Ehpad. Le système ainsi mis en place devenait un standard auquel il était alors interdit de déroger, si l’on souhaitait bénéficier du financement et des autorisations d’ouverture, tant pour la création d’un nouvel établissement que pour son fonctionnement. Il devenait impossible de poursuivre les avancées réalisées dans les années 1990, qui sont vite tombées dans l’oubli.

EHPAD privés: Revoir la régulation et la financiarisation

EHPAD privés: Revoir la régulation et la  financiarisation 

 

 

Laure de la Bretèche, directrice déléguée des politiques sociales de la Caisse des dépôts, et Jean-François Vitoux, directeur général d’Arpavie, dénoncent, dans une tribune au « Monde », l’impressionnante financiarisation du secteur ces dix dernières années.

 

Tribune.

 

 Le livre-enquête de Victor Castanet, Les Fossoyeurs (Fayard, 400 pages, 22,90 euros), sur le groupe privé d’Ehpad Orpea, a suscité une réaction rapide des pouvoirs publics : une enquête de l’inspection générale des affaires sociales a été annoncée ; le directeur général du groupe a été convoqué et, depuis, révoqué par son conseil d’administration. Intervenant après la crise due au Covid-19, qui avait déjà jeté une lumière violente sur les Ehpad, ces révélations, au-delà des faits cités dans le livre, interpellent les pouvoirs publics sur la régulation des Ehpad privés commerciaux, notamment au vu de certaines pratiques tarifaires.

Ces Ehpad commerciaux accueillent aujourd’hui 150 000 personnes âgées. Un changement global de mode de gestion ne serait donc pas réaliste à court terme, et il serait injuste de jeter l’opprobre sur l’ensemble de ce secteur. Pour autant, la financiarisation du secteur commercial depuis dix ans est impressionnante. Elle a pris de court les pouvoirs publics qui n’ont su anticiper ni sa puissance ni ses conséquences.

Pour envisager ce que pourrait être une nouvelle régulation, il faut comprendre l’origine de cette financiarisation. Les groupes commerciaux d’Ehpad ont bénéficié d’une conjonction d’éléments favorables : des barrières à l’entrée protectrices, liées aux autorisations d’exploiter ; des fondamentaux démographiques positifs, du fait du vieillissement et des dotations publiques importantes qui stabilisent leur chiffre d’affaires.

Ces atouts ont fait de ces groupes des cibles très attractives pour les investisseurs financiers. Alors que, depuis la crise financière de 2008, la politique accommodante de la Banque centrale européenne a abreuvé le marché de liquidités, la valorisation de ces sociétés a explosé. En 2014, un groupe privé d’Ehpad s’achetait environ 9,5 fois son résultat d’exploitation. En 2019, ce multiple atteignait 14,5. En cinq ans, la valeur d’un groupe d’Ehpad a ainsi pu augmenter de plus de 50 %. Alimentée pour l’essentiel par les fonds d’investissement attirés par les perspectives du secteur, cette financiarisation a conduit les manageurs à faire du pilotage financier le critère central de leur action.

Est-il normal que les Ehpad privés commerciaux dégagent des rentabilités aussi élevées alors qu’ils profitent de dispositifs publics de solidarité ? Non. Est-il possible de repenser la régulation de ce secteur avec un mécanisme juste, équitable et facile à mettre en œuvre ? Oui.

Spéculation et logement- Contre la financiarisation de l’habitat dans les grandes villes

 

Spéculation et logement- Contre la financiarisation de l’habitat dans les grandes villes

L’avocate Eva Joly et la maire (EELV) du 12e arrondissement de Paris, Emmanuelle Pierre-Marie, pointent, dans une tribune au « Monde », la financiarisation des logements dans les grandes villes européennes, dont Paris, ce qui aboutit à un contournement des législations sociales en vigueur.

 

Un article intéressant mais qui fait l’impasse sur un facteur explicatif central à savoir l’hyper concentration urbaine ou métropolisation qui nourrit la spéculation grâce à la rareté de l’espace NDLR

 

Tribune.  

 

Cela fait déjà longtemps que le logement est bien plus et bien moins que ce qu’il devrait être ou que ce que les petits investisseurs voudraient qu’il soit. Ni droit humain ni « placement sûr », il est devenu un ingrédient incontournable de la financiarisation du système économique ; une évolution aux conséquences aussi considérables que difficiles à combattre.

Pour ceux qui participent de cette dynamique, la valeur d’un appartement, d’un immeuble, d’une maison n’est que marginalement liée à leur fonction initiale. C’est leur insertion dans des portefeuilles d’actifs, leur titrisation financière et leur articulation avec des centaines voire des milliers d’autres titres qui rendent ces logements non plus utiles mais profitables.

La commercialisation à outrance de fragiles créances immobilières et la crise des subprimes de 2008 constituèrent l’une des plus terribles illustrations de ce phénomène ces deux dernières décennies. D’après la sociologue hollando-américaine Saskia Sassen, rien qu’aux Etats-Unis, sur une période incluant les années 2006 à 2010, une dizaine de millions de saisies immobilières privèrent 35 millions de personnes de leur foyer. Et ce n’est là qu’une manifestation parmi d’autres de l’ampleur du problème.

Aujourd’hui encore, beaucoup de destins se heurtent à la transformation de leurs lieux de vie en véritables mines à exploiter au maximum. A tel point que Saskia Sassen tirait l’alarme dès 2015 sur l’augmentation massive des investissements internationaux dans l’immobilier urbain et sur les effets que cela aurait sur ce qui fait la vitalité sociale d’une ville : sa diversité, sa capacité à accueillir une pluralité de publics, la multiplicité des services et des cultures auxquels elle donne accès.

Ce phénomène ne touche pas tous les pays de la même manière. La législation, par exemple en protégeant les locataires, peut plus ou moins efficacement le réguler. Depuis le quartier de la City à Londres, dont un logement sur trois – devenu pour son propriétaire un actif parmi d’autres – demeurerait vide sur le long terme, jusqu’au centre historique de Lisbonne, où la même proportion de logements était disponible en 2020 pour des locations de courtes durées, il n’est toutefois pas une nation qui soit en mesure de lui échapper totalement.

La crise liée au Covid-19 a renforcé cette tendance par l’instabilité qu’elle a introduite sur certains marchés et par la nécessité pour différents acteurs de faire migrer une partie de leurs intérêts dans l’immobilier d’entreprise vers d’autres formes d’investissements – y compris les immeubles d’habitation. La presse, dont Le Monde, s’en est fait l’écho. La ville de Paris et sa région elles-mêmes sont de plus en plus concernées par l’appétit de jeunes start-up ou par de grands groupes internationaux aux confins de la finance et de l’immobilier.

Logement- Contre la financiarisation de l’habitat dans les grandes villes

Logement- Contre la financiarisation de l’habitat dans les grandes villes

L’avocate Eva Joly et la maire (EELV) du 12e arrondissement de Paris, Emmanuelle Pierre-Marie, pointent, dans une tribune au « Monde », la financiarisation des logements dans les grandes villes européennes, dont Paris, ce qui aboutit à un contournement des législations sociales en vigueur.

 

Un article intéressant mais qui fait l’impasse sur un facteur explicatif central à savoir l’hyper concentration urbaine ou métropolisation qui nourrit la spéculation grâce à la rareté de l’espace NDLR

 

Tribune.  

 

Cela fait déjà longtemps que le logement est bien plus et bien moins que ce qu’il devrait être ou que ce que les petits investisseurs voudraient qu’il soit. Ni droit humain ni « placement sûr », il est devenu un ingrédient incontournable de la financiarisation du système économique ; une évolution aux conséquences aussi considérables que difficiles à combattre.

Pour ceux qui participent de cette dynamique, la valeur d’un appartement, d’un immeuble, d’une maison n’est que marginalement liée à leur fonction initiale. C’est leur insertion dans des portefeuilles d’actifs, leur titrisation financière et leur articulation avec des centaines voire des milliers d’autres titres qui rendent ces logements non plus utiles mais profitables.

La commercialisation à outrance de fragiles créances immobilières et la crise des subprimes de 2008 constituèrent l’une des plus terribles illustrations de ce phénomène ces deux dernières décennies. D’après la sociologue hollando-américaine Saskia Sassen, rien qu’aux Etats-Unis, sur une période incluant les années 2006 à 2010, une dizaine de millions de saisies immobilières privèrent 35 millions de personnes de leur foyer. Et ce n’est là qu’une manifestation parmi d’autres de l’ampleur du problème.

Aujourd’hui encore, beaucoup de destins se heurtent à la transformation de leurs lieux de vie en véritables mines à exploiter au maximum. A tel point que Saskia Sassen tirait l’alarme dès 2015 sur l’augmentation massive des investissements internationaux dans l’immobilier urbain et sur les effets que cela aurait sur ce qui fait la vitalité sociale d’une ville : sa diversité, sa capacité à accueillir une pluralité de publics, la multiplicité des services et des cultures auxquels elle donne accès.

Ce phénomène ne touche pas tous les pays de la même manière. La législation, par exemple en protégeant les locataires, peut plus ou moins efficacement le réguler. Depuis le quartier de la City à Londres, dont un logement sur trois – devenu pour son propriétaire un actif parmi d’autres – demeurerait vide sur le long terme, jusqu’au centre historique de Lisbonne, où la même proportion de logements était disponible en 2020 pour des locations de courtes durées, il n’est toutefois pas une nation qui soit en mesure de lui échapper totalement.

La crise liée au Covid-19 a renforcé cette tendance par l’instabilité qu’elle a introduite sur certains marchés et par la nécessité pour différents acteurs de faire migrer une partie de leurs intérêts dans l’immobilier d’entreprise vers d’autres formes d’investissements – y compris les immeubles d’habitation. La presse, dont Le Monde, s’en est fait l’écho. La ville de Paris et sa région elles-mêmes sont de plus en plus concernées par l’appétit de jeunes start-up ou par de grands groupes internationaux aux confins de la finance et de l’immobilier.

Contre la financiarisation de l’habitat dans les grandes villes

Contre la financiarisation de l’habitat dans les grandes villes

 

l’avocate Eva Joly et la maire (EELV) du 12e arrondissement de Paris, Emmanuelle Pierre-Marie, pointent, dans une tribune au « Monde », la financiarisation des logements dans les grandes villes européennes, dont Paris, ce qui aboutit à un contournement des législations sociales en vigueur.

 

Un article intéressant mais qui fait l’impasse sur un facteur explicatif central à savoir l’hyper concentration urbaine ou métropolisation qui nourrit la spéculation grâce à la rareté de l’espace NDLR

 

Tribune. 

 

Cela fait déjà longtemps que le logement est bien plus et bien moins que ce qu’il devrait être ou que ce que les petits investisseurs voudraient qu’il soit. Ni droit humain ni « placement sûr », il est devenu un ingrédient incontournable de la financiarisation du système économique ; une évolution aux conséquences aussi considérables que difficiles à combattre.

Pour ceux qui participent de cette dynamique, la valeur d’un appartement, d’un immeuble, d’une maison n’est que marginalement liée à leur fonction initiale. C’est leur insertion dans des portefeuilles d’actifs, leur titrisation financière et leur articulation avec des centaines voire des milliers d’autres titres qui rendent ces logements non plus utiles mais profitables.

La commercialisation à outrance de fragiles créances immobilières et la crise des subprimes de 2008 constituèrent l’une des plus terribles illustrations de ce phénomène ces deux dernières décennies. D’après la sociologue hollando-américaine Saskia Sassen, rien qu’aux Etats-Unis, sur une période incluant les années 2006 à 2010, une dizaine de millions de saisies immobilières privèrent 35 millions de personnes de leur foyer. Et ce n’est là qu’une manifestation parmi d’autres de l’ampleur du problème.

Aujourd’hui encore, beaucoup de destins se heurtent à la transformation de leurs lieux de vie en véritables mines à exploiter au maximum. A tel point que Saskia Sassen tirait l’alarme dès 2015 sur l’augmentation massive des investissements internationaux dans l’immobilier urbain et sur les effets que cela aurait sur ce qui fait la vitalité sociale d’une ville : sa diversité, sa capacité à accueillir une pluralité de publics, la multiplicité des services et des cultures auxquels elle donne accès.

Ce phénomène ne touche pas tous les pays de la même manière. La législation, par exemple en protégeant les locataires, peut plus ou moins efficacement le réguler. Depuis le quartier de la City à Londres, dont un logement sur trois – devenu pour son propriétaire un actif parmi d’autres – demeurerait vide sur le long terme, jusqu’au centre historique de Lisbonne, où la même proportion de logements était disponible en 2020 pour des locations de courtes durées, il n’est toutefois pas une nation qui soit en mesure de lui échapper totalement.

La crise liée au Covid-19 a renforcé cette tendance par l’instabilité qu’elle a introduite sur certains marchés et par la nécessité pour différents acteurs de faire migrer une partie de leurs intérêts dans l’immobilier d’entreprise vers d’autres formes d’investissements – y compris les immeubles d’habitation. La presse, dont Le Monde, s’en est fait l’écho. La ville de Paris et sa région elles-mêmes sont de plus en plus concernées par l’appétit de jeunes start-up ou par de grands groupes internationaux aux confins de la finance et de l’immobilier.

 

Environnement- Ressource eau : une dangereuse financiarisation

Environnement- Ressource eau : une dangereuse financiarisation

 tribune dans le Monde par ​​​​​​Patrice Fonlladosa*

 

 

Lundi 7 décembre 2020 : une première sinistre à la Bourse d’échange de marché à terme à Chicago, avec l’introduction de contrats à court terme sur l’eau, les premiers du genre. D’un bien commun faisant l’objet d’un droit adopté par les Nations Unies en juillet 2010, voilà qu’il deviendrait une commodité exclusive et privée, dans la directe ligne de pensée de l’économiste australien Mike Young.

Les arguments évoqués – parfois contradictoires, à contresens et singuliers – mélangent allégrement rareté, régulation dite « optimale », protection de la ressource, économie de ses usages, jusqu’à cette déclaration qui ne souffre d’aucune ambiguïté : « Ce n’est pas parce que l’eau est la vie qu’elle ne doit pas avoir un prix », a affirmé à l’automne dernier Willem H. Buiter, l’ex-chef économiste de Citigroup, aujourd’hui professeur invité à l’Université de Colombia.

Imaginés pour répondre aux besoins de régulation du marché agricole californien, ces outils financiers ne répondent à aucune des causes de la rareté, des pollutions ou des impacts du changement climatique. Droit de propriété aliénable ? Droit d’utilisation monnayable ? En fait, deux visions s’opposent radicalement : celle de la ressource naturelle exploitable et celle du bien commun fondamental partageable.

Car, si les océans couvrent 70 % de la planète, seuls 0,26 % reste disponible en eau fraîche utilisable pour les besoins humains, selon l’Unesco et l’Institut américain d’études géologiques (USGS). Alors que plus de 1,6 milliard de personnes n’ont toujours pas accès à l’eau potable et que les impacts du changement climatique et de l’urbanisation sans frein commencent seulement à se faire sentir depuis une décennie, des financiers imaginent – et mettent en œuvre – des instruments de couverture de risque liés à la rareté d’un bien vital.

Ce n’est pas un signal faible mais une alerte à ne pas prendre à la légère et qui semble pourtant à la fois peu relayé et très défendu par plusieurs établissements financiers de premier rang (BNP Paribas, Citigroup, Macquarie, pour n’en citer que quelques-uns). Dès lors, cet « indicateur » va sans nul doute – et rapidement – voir son reflet apparaître dans d’autres pays et, en Afrique où les réserves hydrauliques sont très importantes, susciter de potentielles prédations.

L’Organisation des Nations Unies anticipait déjà dès 2020 une « concentration des ressources pour les acteurs majeurs, au détriment des plus modestes ». On est loin de « l’hydrosolidarité » mise en avant régulièrement depuis quinze ans… Et, si l’on n’y prend garde, par des mesures de régulation raisonnée basées sur des politiques publiques affirmées, ces guerres de l’eau jusqu’à présent presque toujours évitées seront notre futur proche.

Aux conflits d’usages déjà existants, n’ajoutons pas ce sel amer de la spéculation financière, car si le service de l’eau a un coût – il faut bien pomper, produire, traiter, distribuer – l’eau comme ressource n’a, elle, pas de prix.

​​*Ancien administrateur du Medef et ex-président du comité Afrique du Medef international, ​​​​​​Patrice Fonlladosa préside aujourd’hui le think tank (Re)sources.

Environnement- Ressource eau : une dangereuse financiarisation

Environnement- Ressource eau : une dangereuse financiarisation

 tribune dans le Monde par ​​​​​​Patrice Fonlladosa*

 

 

Lundi 7 décembre 2020 : une première sinistre à la Bourse d’échange de marché à terme à Chicago, avec l’introduction de contrats à court terme sur l’eau, les premiers du genre. D’un bien commun faisant l’objet d’un droit adopté par les Nations Unies en juillet 2010, voilà qu’il deviendrait une commodité exclusive et privée, dans la directe ligne de pensée de l’économiste australien Mike Young.

Les arguments évoqués – parfois contradictoires, à contresens et singuliers – mélangent allégrement rareté, régulation dite « optimale », protection de la ressource, économie de ses usages, jusqu’à cette déclaration qui ne souffre d’aucune ambiguïté : « Ce n’est pas parce que l’eau est la vie qu’elle ne doit pas avoir un prix », a affirmé à l’automne dernier Willem H. Buiter, l’ex-chef économiste de Citigroup, aujourd’hui professeur invité à l’Université de Colombia.

Imaginés pour répondre aux besoins de régulation du marché agricole californien, ces outils financiers ne répondent à aucune des causes de la rareté, des pollutions ou des impacts du changement climatique. Droit de propriété aliénable ? Droit d’utilisation monnayable ? En fait, deux visions s’opposent radicalement : celle de la ressource naturelle exploitable et celle du bien commun fondamental partageable.

Car, si les océans couvrent 70 % de la planète, seuls 0,26 % reste disponible en eau fraîche utilisable pour les besoins humains, selon l’Unesco et l’Institut américain d’études géologiques (USGS). Alors que plus de 1,6 milliard de personnes n’ont toujours pas accès à l’eau potable et que les impacts du changement climatique et de l’urbanisation sans frein commencent seulement à se faire sentir depuis une décennie, des financiers imaginent – et mettent en œuvre – des instruments de couverture de risque liés à la rareté d’un bien vital.

Ce n’est pas un signal faible mais une alerte à ne pas prendre à la légère et qui semble pourtant à la fois peu relayé et très défendu par plusieurs établissements financiers de premier rang (BNP Paribas, Citigroup, Macquarie, pour n’en citer que quelques-uns). Dès lors, cet « indicateur » va sans nul doute – et rapidement – voir son reflet apparaître dans d’autres pays et, en Afrique où les réserves hydrauliques sont très importantes, susciter de potentielles prédations.

L’Organisation des Nations Unies anticipait déjà dès 2020 une « concentration des ressources pour les acteurs majeurs, au détriment des plus modestes ». On est loin de « l’hydrosolidarité » mise en avant régulièrement depuis quinze ans… Et, si l’on n’y prend garde, par des mesures de régulation raisonnée basées sur des politiques publiques affirmées, ces guerres de l’eau jusqu’à présent presque toujours évitées seront notre futur proche.

Aux conflits d’usages déjà existants, n’ajoutons pas ce sel amer de la spéculation financière, car si le service de l’eau a un coût – il faut bien pomper, produire, traiter, distribuer – l’eau comme ressource n’a, elle, pas de prix.

​​*Ancien administrateur du Medef et ex-président du comité Afrique du Medef international, ​​​​​​Patrice Fonlladosa préside aujourd’hui le think tank (Re)sources.

Ressource eau : une dangereuse financiarisation

La financiarisation de la ressource eau, tribune dans le monde Par ​​​​​​Patrice Fonlladosa*

 

 

Lundi 7 décembre 2020 : une première sinistre à la Bourse d’échange de marché à terme à Chicago, avec l’introduction de contrats à court terme sur l’eau, les premiers du genre. D’un bien commun faisant l’objet d’un droit adopté par les Nations Unies en juillet 2010, voilà qu’il deviendrait une commodité exclusive et privée, dans la directe ligne de pensée de l’économiste australien Mike Young.

Les arguments évoqués – parfois contradictoires, à contresens et singuliers – mélangent allégrement rareté, régulation dite « optimale », protection de la ressource, économie de ses usages, jusqu’à cette déclaration qui ne souffre d’aucune ambiguïté : « Ce n’est pas parce que l’eau est la vie qu’elle ne doit pas avoir un prix », a affirmé à l’automne dernier Willem H. Buiter, l’ex-chef économiste de Citigroup, aujourd’hui professeur invité à l’Université de Colombia.

Imaginés pour répondre aux besoins de régulation du marché agricole californien, ces outils financiers ne répondent à aucune des causes de la rareté, des pollutions ou des impacts du changement climatique. Droit de propriété aliénable ? Droit d’utilisation monnayable ? En fait, deux visions s’opposent radicalement : celle de la ressource naturelle exploitable et celle du bien commun fondamental partageable.

Car, si les océans couvrent 70 % de la planète, seuls 0,26 % reste disponible en eau fraîche utilisable pour les besoins humains, selon l’Unesco et l’Institut américain d’études géologiques (USGS). Alors que plus de 1,6 milliard de personnes n’ont toujours pas accès à l’eau potable et que les impacts du changement climatique et de l’urbanisation sans frein commencent seulement à se faire sentir depuis une décennie, des financiers imaginent – et mettent en œuvre – des instruments de couverture de risque liés à la rareté d’un bien vital.

Ce n’est pas un signal faible mais une alerte à ne pas prendre à la légère et qui semble pourtant à la fois peu relayé et très défendu par plusieurs établissements financiers de premier rang (BNP Paribas, Citigroup, Macquarie, pour n’en citer que quelques-uns). Dès lors, cet « indicateur » va sans nul doute – et rapidement – voir son reflet apparaître dans d’autres pays et, en Afrique où les réserves hydrauliques sont très importantes, susciter de potentielles prédations.

L’Organisation des Nations Unies anticipait déjà dès 2020 une « concentration des ressources pour les acteurs majeurs, au détriment des plus modestes ». On est loin de « l’hydrosolidarité » mise en avant régulièrement depuis quinze ans… Et, si l’on n’y prend garde, par des mesures de régulation raisonnée basées sur des politiques publiques affirmées, ces guerres de l’eau jusqu’à présent presque toujours évitées seront notre futur proche.

Aux conflits d’usages déjà existants, n’ajoutons pas ce sel amer de la spéculation financière, car si le service de l’eau a un coût – il faut bien pomper, produire, traiter, distribuer – l’eau comme ressource n’a, elle, pas de prix.

​​*Ancien administrateur du Medef et ex-président du comité Afrique du Medef international, ​​​​​​Patrice Fonlladosa préside aujourd’hui le think tank (Re)sources.

Contre la financiarisation de la gestion de l’eau publique

 Contre la financiarisation de la gestion de l’eau publique

Philippe Rio, maire (PCF) de Grigny (Essonne) et vice-président de la communauté d’agglomération Grand Paris Sud Seine-Essonne-Sénart, chargé des transitions énergétique et écologique et du cycle de l’eau, s’insurge, dans une tribune au « Monde », contre la « mainmise » des opérateurs privés et préconise une gestion publique globale de l’eau.

Tribune.

 

A la veille d’élections régionales et départementales où l’écologie est dans toutes les bouches, la menace d’un big bang qui plane sur la distribution de l’eau est pour l’heure la grande absente du débat public. Sous les effets ravageurs d’une compétitivité urbaine internationale tous azimuts et avec l’attractivité économique comme seule boussole, le projet de fusion de Veolia avec Suez témoigne d’une volonté de captation sans partage du premier bien commun de l’humanité par des intérêts financiers.

Face à cette financiarisation rampante, de nombreuses métropoles françaises, comme Grenoble, Nice, Lille, Strasbourg, Paris, Rennes, Nantes, Montpellier et maintenant Lyon et Bordeaux, ont déjà fait le choix précurseur d’une gestion publique de l’eau. Avec des citoyens et des militants engagés, ces collectivités locales se sont dotées, grâce à des entreprises publiques locales, de compétences humaines, techniques et juridiques de premier plan pour rivaliser avec le privé.

Avec un modèle public intégré qui va de la source au robinet, la capitale et son entreprise publique Eau de Paris représentent une exception dans la région Ile-de-France. Le reste du territoire francilien subit la mainmise tantôt de Veolia Eau d’Ile-de-France, délégataire du Syndicat des eaux d’Ile-de-France (Sedif), tantôt des monopoles territoriaux d’opérateurs privés comme Suez, avec le réseau interconnecté du sud francilien (RISF).

D’autres territoires se sont, par ailleurs, lancés dans une reprise en gestion publique de la distribution d’eau, en grande couronne notamment. C’est le cas en Essonne, avec la communauté d’agglomération Grand Paris Sud Seine-Essonne-Sénart. Et maintenant, c’est au tour des établissements publics territoriaux Grand Orly Seine-Bièvre (Val-de-Marne, Essonne), Est Ensemble (Seine-Saint-Denis), Plaine Commune (Seine-Saint-Denis) et de la communauté d’agglomération de Marne et Gondoire (Seine-et-Marne) d’emboîter le pas. Mais l’étape nouvelle est bien celle de la réappropriation des outils de production.

Face aux chantres d’un capitalisme vert et dans une région où le prix de l’eau est supérieur au reste de la France, ce sont autant d’expériences à taille humaine avec comme ligne de mire une souveraineté énergétique, une démocratie locale retrouvée et le respect d’une éthique sur la transparence des tarifs de l’eau au juste prix, à la juste qualité et au juste service.

Face au modèle privé dont les perdants risquent d’être l’usager et la planète, notre région possède de nombreux atouts pour écrire un nouveau chapitre de la gestion de l’eau. La baisse des tarifs de l’eau potable est à portée de main en raison d’une surcapacité de production et de l’existence d’infrastructures aujourd’hui quasi amorties par les factures aux usagers.

Financiarisation des terres agricoles ?

Financiarisation des terres agricoles ?

 

La France n’est pas encore l’Afrique mais l’achat de 1700 ha dans l’Indre par un fonds chinois  ne manque pas d’interroger sur les perspectives de propriété foncière dans l’agriculture. La menace pourrait être sérieuse à terme en France où 20 à 30 % des exploitations pourraient disparaître en quelques années. En cause évidemment la crise de rentabilité des productions et l’endettement de nombre d’exploitants ;  à plus long terme,  on pourrait voir passer la surface moyenne des exportations d’environ 80 ha actuellement à 500 ha voire  davantage. Des surfaces qui ne pourront être accessibles financièrement qu’à des groupes financiers français mais aussi étrangers Selon le Land Matrix Project, un groupe international de surveillance des acquisitions importantes de terres étrangères, 203 millions d’hectares (huit fois la taille de la Grande-Bretagne) sont passés sous contrôle étranger entre 2000 et 2010, via des ventes ou locations de longue durée. 66% des transferts concernaient l’Afrique, 14% l’Asie. Mais les experts soulignent l’opacité de ce marché. Depuis l’an 2000, 5% de l’espace africain cultivable a été concédé à des investisseurs étrangers, notamment en Afrique de l’Est (Tanzanie, Soudan, Mozambique) et centrale (RDC, Cameroun), mais aussi à l’Ouest (Sierra Leone, Nigeria, Mali, Sénégal). Elle représente la principale zone recherchée, avec une accélération en 2009-2010, pour un total de 56 millions d’hectares vendus, soit l’équivalent de la superficie du Kenya. La plupart des projets concernent des cultures alimentaires, mais pour des productions destinées à l’exportation. Les principaux investisseurs sont l’Inde en Ethiopie, la compagnie chinoise ZIE International en République démocratique du Congo et le coréen Daewoo à Madagascar. Les pays les plus courtisés sont la RDC (2e au niveau mondial, avec 8 millions d’hectares), l’Ethiopie (3e avec 5,3 millions d’hectares), le Soudan (7e) et Madagascar (9e). En France, l’acquisition par une société chinoise de 1.700 hectares de terres agricoles dans l’Indre, au cœur du bassin céréalier français, inquiète des agriculteurs du Berry et les autorités chargées de l’aménagement rural. «Un fonds de gestion chinois basé à Hong-Kong a acheté depuis un an trois exploitations céréalières», soit 1.700 hectares dans le département, a indiqué mercredi à l’AFP le président de la FDSEA de l’Indre, Hervé Coupeau, confirmant une information révélée par le Journal de l’environnement. M. Coupeau, qui souligne que le fonds en question est représenté par un gérant français, dénonce la méthode employée. «Ils vont voir l’exploitant au bord de la faillite et lui demandent combien il a de dettes. Puis ils demandent que l’exploitation passe en Société agricole (SA) et rachètent 98% des parts», explique-t-il. Le but de cette entreprise aujourd’hui «est d’acquérir des terres pour les exploiter» et non pour les mettre en fermage, assure à l’AFP Emmanuel Hyest, président de la Fédération nationale des Safer (Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural, FNSafer), organisme rattaché au ministère de l’Agriculture.

Selon le Figaro, le Fonds chinois, dénommé Hongyang, est spécialisé dans les équipements pour station-service d’après son site internet. Pour Emmanuel Hyest, c’est le signe d’une «financiarisation de l’agriculture», avec «un fonds qui investit là où il pense que ça va être le plus rentable», un «phénomène important et nouveau» en France, mais qui fait l’objet de «grandes manoeuvres au niveau mondial», notamment en Afrique et en Asie du Sud-est. Ces acquisitions présentent plusieurs inconvénients du point de vue de la profession.

D’une part, l’entreprise a payé l’hectare, estimé à 4.000 euros dans le département, «beaucoup plus cher que le prix du marché», ce qui implique un «vrai risque de déstabilisation», explique le président de la FNSafer, qui évoque un doublement par rapport à la valeur réelle.

(Avec France TV info et 20 minutes) )




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