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BUDGET SÉCURITÉ SOCIALE: Fin de débat aussi avec le 49.3

BUDGET SÉCURITÉ SOCIALE: Fin de débat aussi avec le 49.3

Après le budget général c’est tout autour du budget de la sécurité sociale de faire l’objet d’un recours au 49-3 qui clôt la discussion. Ne reste évidemment que la possibilité pour les députés de déposer une motion de censure et de renverser le gouvernement.

Rien à craindre car si le gouvernement ne possède pas de majorité, les « Républicains » ne sont pas prêts à se joindre à une motion de censure qu’elle vienne de l’extrême gauche ou de l’extrême droite.

De ce point de vue il est vraisemblable que l’extrême droite va déposer sa propre motion de censure qui ne sera pas votée par les troupes de Mélenchon et inversement la motion de censure de la Nupes ne sera sans doute pas votée par le rassemblement National.

Élisabeth Borne vient de dégainer à nouveau le 49.3 pour la première partie du budget de la Sécurité sociale ce jeudi, après en avoir déjà fait usage mercredi pour faire adopter le budget.
Son recours n’est pas vraiment une surprise alors que le gouvernement ne dispose pas de majorité absolue pour faire adopter son texte. Gabriel Attal avait d’ailleurs annoncé la couleur dès le début des débats.

« Les oppositions ne souhaitent pas ouvrir la possibilité (…) de nous laisser avancer. Dans ces conditions, on prendra aussi nos responsabilités », avait déclaré le ministre délégué aux Comptes publics auprès de l’AFP.
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Le Conseil des ministres avait préparé ses arrières en permettant l’utilisation du 49.3, malgré les appels de Yaël Braun-Pivet, la présidente de l’Assemblée nationale à « prendre le temps des débats ».
Alors que l’exécutif avait attendu la dernière limite pour dégainer cette arme constitutionnelle pour le budget, la majorité a fait le choix d’aller beaucoup plus vite. La Première ministre va en effet devoir à nouveau recourir au 49.3 pour les 3 autres parties du budget de la Sécurité sociale qui nécessitent un vote.

Le gouvernement peut utiliser cet outil sans limite cet outil sur les textes budgétaires mais n’en peut s’en servir qu’à une seule reprise sur les autres projets de loi pendant une session parlementaire.Il faudra sans doute choisir en 2023 sur deux textes fondamentaux à savoir la réforme des retraites ou la loi sur les énergies nouvelles. Un choix cornélien

Grande-Bretagne : la fin d’un Empire

Grande-Bretagne : la fin d’un Empire et d’une puissance

 

 

 Les cérémonies ont sans doute célébré la fin d’Élisabeth II mais tout autant la fin parallèle de la puissance de la Grande Bretagne et de son empire colonial. Par Michel Santi, économiste (*)

Entre 1765 et 1938, la Grande-Bretagne aurait subtilisé 45.000 milliards de dollars à l’Inde, selon les calculs de l’historienne Utsa Patnaik. La puissance colonisatrice put imposer un monopole absolu sur le commerce du sous-continent par l’entremise de la Compagnie des Indes orientales (East India Co.) dont les attributions consistaient à acheter leurs marchandises aux Indiens avec leur propre argent grâce à un ingénieux subterfuge.

En effet, tandis que – préalablement à l’instauration de cette obligation en 1765 -, la Grande-Bretagne s’acquittait des biens indiens en les réglant de manière traditionnelle pour l’époque, c’est-à-dire principalement contre de l’argent-métal. East India entreprit de consacrer le tiers des recettes résultant de ses taxes imposées au peuple indien à l’achat de l’ensemble de sa riche production qui allait du textile au riz en passant par le bois. Autrement dit, le colonisateur recyclait une partie de ces impôts en réglant ses emplettes aux paysans et aux travailleurs indiens avec leurs deniers, qui plus est avec la perfidie qu’on lui connaît, car les colonisés n’y voyaient que du feu puisque l’organisme qui les taxait n’était évidemment pas celui qui achetait leurs biens.

La Grande-Bretagne profita même doublement de ce parasitage puisque ses excédents, en fer par exemple, furent ré exportés par ses soins vers le reste de l’Europe au prix fort, lui permettant ainsi de financer sa propre croissance et industrialisation. La fin du monopole de la East India Co. vers 1847 ne devait pas pour autant aboutir à l’enrichissement de l’Inde, car les exportateurs de ce pays n’eurent l’autorisation de se faire payer que par l’entremise de papiers-valeurs (Council Bills) lesquels ne pouvaient être émis que par la Trésorerie de la Couronne. Les producteurs indiens avaient certes dès cette période le droit de vendre leurs marchandises à d’autres pays, mais ceux-ci ne pouvaient régler qu’avec une monnaie qu’ils étaient contraints de se procurer à Londres en échange d’or et d’argent-métal.

En outre, les commerçants indiens étaient payés – non en Council Bills – mais en Roupies… celles-là mêmes qui leur avait été prélevées en guise d’impôts, car c’était évidemment Londres qui conservait les métaux précieux. Comme les richesses indiennes étaient détournées par la Grande-Bretagne, l’Inde était largement endettée vis-à-vis de la puissance colonisatrice alors que – en réalité – elle était largement en excédent commercial du fait des flux massifs de produits qu’elle exportait. Non contente de spolier la population indienne, la Grande-Bretagne l’asservissait donc en outre par la dette.

Des siècles de pauvreté et de misère auraient pu être épargnés aux Indiens si leur pays avait été en mesure de réinvestir le produit de ses richesses sur son propre développement, plutôt que de financer la Révolution industrielle et accessoirement les guerres britanniques qui ne purent prospérer que par la grâce de ce pillage systématique de tout un sous-continent exploité sans aucun scrupule. L’étude d’Utsa Patnaik montre sans équivoque que ces 45.000 milliards (qui représentent près de 20 fois le PIB annuel de la Grande-Bretagne d’aujourd’hui !) ont autorisé la prospérité de la puissance occupante.

D’une manière générale, ce sont les 14 pays du Commonwealth, ceux qui l’ont quitté et ceux qui n’y ont jamais adhéré après le départ du colonisateur qui ont développé la Grande-Bretagne – et non l’inverse. À cet égard, la mort d’Elizabeth II aura de profondes répercussions sur un système qui implose d’ores et déjà avec la Barbade qui a son Chef d’Etat depuis l’an dernier, la Jamaïque qui souhaite devenir une république, les Bahamas qui songent à une formule de ce type.

Et d’autres suivront qui sont également sur le point de demander des réparations substantielles à une nation où règne encore la féodalité et où la Première ministre actuelle ne l’est que par la légitimité de 80.000 votants.

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(*) Michel Santi est macro-économiste, spécialiste des marchés financiers et des banques centrales. Il est fondateur et directeur général d’Art Trading & Finance.
Il vient de publier « Fauteuil 37 » préfacé par Edgar Morin. Il est également l’auteur d’un nouvel ouvrage : « Le testament d’un économiste désabusé ».
Sa page Facebook et son fil Twitter.

Mettre fin au foot fric ?

Mettre fin au foot fric ?

 

Les affaires Pogba, Diallo, Le Graët et les polémiques récentes sont révélatrices d’un système qui vit en vase clos, s’autorisant à fonctionner avec ses propres règles et ses propres valeurs, en déconnexion complète avec les évolutions du reste de la société estime un papier du monde.

 

Reste qu’il sera bien difficile de s’attaquer à la citadelle du foot fric. Le football professionnel est en effet complètement drogué à l’argent facile qui permet de s’affranchir des réalités et contraintes sociétales NDLR 

 

Dire que le football français traverse une mauvaise passe tient de la litote, pas tant sur le terrain que dans l’arrière-cour de la discipline, qui révèle des situations consternantes. Depuis plusieurs semaines, une succession d’affaires met en lumière des pratiques qui interrogent sur le comportement des instances, des clubs, des joueurs et de leur entourage. Aveuglés par l’argent roi et les rêves de notoriété, les moins scrupuleux ont fini par développer un sentiment trompeur d’impunité.

L’international français Paul Pogba se retrouve ainsi au cœur d’une affaire dans laquelle son frère, accusé d’avoir tenté de le faire chanter, vient d’être mis en examen pour extorsion en bande organisée et participation à une association de malfaiteurs.

La joueuse du Paris-Saint-Germain (PSG) Aminata Diallo, elle, a été mise en examen pour « violences aggravées » et « association de malfaiteurs » après l’agression, le 4 novembre 2021, de son ex-coéquipière, Kheira Hamraoui. Comme dans l’affaire Pogba se pose la question de l’influence toxique des entourages dans un cocktail où manque de maturité, appât du gain et système clanique finissent par faire dérailler les plus fragiles. Dans le cas Diallo s’ajoute l’absence de soutien du club parisien à l’une de ses joueuses agressées à coups de barre de fer.

Dans un autre registre, le président de la Fédération française de football (FFF), Noël Le Graët, est accusé d’avoir envoyé des SMS à caractère sexuel. En 2021, cette même FFF avait été condamnée aux prud’hommes pour des faits de harcèlement sexuel reprochés à son directeur financier, ce qui, au sein de l’instance, ne lui avait valu qu’un simple rappel à l’ordre.

Sur un tout autre plan, chacun se souvient de la polémique soulevée début septembre par Christophe Galtier, l’entraîneur de l’équipe masculine du PSG. Interrogé sur le fait de savoir si le club envisageait de trouver des moyens de déplacement alternatifs à l’avion afin de contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique, il avait répondu par une mauvaise plaisanterie, en expliquant que l’équipe réfléchissait à l’utilisation de chars à voile et provoquant l’hilarité de son joueur vedette, Kylian Mbappé, assis à ses côtés.

Quand la ministre des sports, Amélie Oudéa-Castéra, proposait, fin août, que la discipline participe à l’effort national de sobriété énergétique en mettant fin aux matchs nocturnes, le milieu du foot lui a fait savoir qu’il était davantage préoccupé par les contrats qui le liaient aux diffuseurs télévisuels que par les pénuries d’électricité.

Tous ces faits n’ont pas la même ampleur ni la même gravité. Toutefois, ils sont révélateurs, chacun à leur manière, d’un système qui vit en vase clos, s’autorisant à fonctionner avec ses propres règles et ses propres valeurs, en déconnexion complète avec les évolutions du reste de la société.

A cet égard, dans moins de deux mois, débute au Qatar une Coupe du monde dont on sait déjà qu’elle a fait l’objet d’une attribution scandaleuse, sur la forme et sur le fond, du point de vue des droits humains et de l’environnement. Aujourd’hui, la société manifeste un degré élevé d’exigence morale et éthique à l’égard des entreprises, du monde du spectacle ou de la politique. Il est temps que le football ne reste pas une planète à part et fasse l’objet des mêmes exigences.

Société- Allongement des retraites et fin de vie : La martingale de Macron

Société-  Allongement des retraites et fin de vie :  La martingale de Macron

 

Il y a quelque chose de surréaliste chez  Macron qui introduit brusquement des questions intemporelles pour dissimuler sans doute son incapacité à répondre aux différentes crises urgentes  actuelles.

 

Ainsi vient-il de ressortir du tiroir la fameuse réforme des retraites mais de manière un peu ratatinée et relativement contradictoire par rapport à ses orientations passées. Il faut se rappeler que Macron avait promis lors de son premier mandat une réforme des retraites pour mettre en place un régime dit universel à points intégrant la suppression des régimes spéciaux. Et de promettre qu’il n’y aurait pas de réforme uniquement paramétrique. Or récemment ,c’est le contraire qu’il a annoncé avec un renoncement à sa grande réforme, la mise entre parenthèses de la réforme universelle et  le recentrage sans doute uniquement sur l’allongement de la date de départ.

 

Parallèlement , le président a   surpris tout le monde en faisant émerger de façon curieuse la question tellement complexe de la fin de vie. En plus en la confiant non pas aux institutions et organismes compétents mais à une convention dite citoyenne, sorte d’organisation bidon pour contourner à la fois la démocratie participative et la démocratie élective et qui débouche en général sur des propositions de type auberge espagnol fondées sur des discussions de bistrot manipulées par des experts.

Il faut cependant reconnaître qu’il y a une grande cohérence entre l’allongement de la retraite et la question de la fin de vie. Il est clair que prolonger le travail jusque vers 70 ans voire au-delà permettrait en même temps d’accélérer la fin de vie et de résoudre pour partie le problème financier de l’équilibre du régime des retraites !

D’une certaine manière, Macron a donc trouvé la martingale. Heureusement, comme il montre une grande capacité à se contredire, l’agenda politique du président pourrait encore opérer des slaloms contradictoires.

À quand une convention citoyenne sur les contradictions « anthropologiques » ( comme dirait le ministre des finances) des responsables politiques ?

Débat fin de vie : fonction de convictions

 Débat fin de vie :  fonction de  convictions 

 

Priorité au respect absolu de la vie ou à la lutte contre la souffrance ? Puisqu’on ne peut espérer de consensus entre ces positions, il convient de permettre à chacun d’apporter une réponse personnelle à cette question, soutient, dans une tribune au « Monde », le médecin et écrivain Denis Labayle, qui appelle à transformer ce débat sur la dignité en un débat sur la liberté.

Le débat sur la fin de vie revient régulièrement dans l’actualité et reviendra tant que la société n’aura pas résolu le dilemme : doit-elle défendre la vie coûte que coûte ou autoriser dans certaines circonstances la priorité à la lutte contre la souffrance ? Quelle doit être sa priorité ? Un dilemme profond qui aboutit au heurt permanent entre deux camps farouchement opposés.

La défense de la vie comme absolu est souvent liée à la reconnaissance d’une présence divine qui gère le début et la fin de l’histoire humaine. Toutes les religions monothéistes partagent, pour une fois, une même analyse : Dieu est maître de la vie. Il la donne et lui seul peut la reprendre. Avec une note de soumission dans le judaïsme, de fatalité dans l’islam, et même de rédemption dans le christianisme. Ces religions reconnaissent la valeur humaine de lutter contre la souffrance, mais à condition que cette lutte ne s’oppose pas au dessein divin.

A l’inverse, pour ceux qui ne croient pas en une divinité suprême ou qui croient en un mystère non personnalisé, la réponse est autre. S’ils respectent la nature dans ce qu’elle apporte de positif à l’homme, ils s’opposent à ses méfaits, et défendent le principe que la lutte contre la souffrance peut, dans certaines circonstances, supplanter le maintien de la vie. Et pour atteindre cet objectif, ils demandent l’aide à la médecine.

Ces deux points de vue, tout aussi respectables, sont, dans certaines circonstances, difficilement conciliables. Heureusement, le plus souvent, la médecine, en combattant la maladie, permet simultanément de prolonger la vie et de lutter contre la souffrance. Ce résultat s’appelle la guérison. Mais il arrive parfois que la maladie prenne définitivement le dessus, devienne source de souffrances physiques ou psychiques qui rendent l’existence intolérable.

La médecine s’avère alors incapable de satisfaire ces deux désirs humains : vivre et ne pas souffrir. Qui doit l’emporter, et au nom de quelles valeurs ? Est-ce une question de dignité, comme l’affirment certains ? Pas sûr. Chaque camp peut trouver de la dignité dans la défense de sa position : dignité dans l’humble acceptation de son sort et dans sa soumission à Dieu. Ou, à l’inverse, dignité dans le refus d’une souffrance inutile responsable de la déchéance du corps. Autrement dit, refus de voir disparaître ce qui fait le sel de la vie.

Ces deux points de vue sont-ils conciliables ? Peut-on espérer un consensus ? C’est peu probable, tant les positions officielles sont opposées. Mais le consensus est-il nécessaire ? Ne pourrait-il pas reposer simplement sur le respect de la liberté de l’autre ? Transformer ce débat sur la dignité en un débat sur la liberté ? Que chacun puisse choisir en fonction de ses convictions, et n’impose pas à l’autre son point de vue, surtout quand il s’agit de la question ultime que l’être humain doit se poser, l’une des plus complexes à laquelle il doit répondre.

Fin de vie : le journal « Le Monde » déraille encore

Fin de vie  : le journal « Le Monde » déraille encore

Une fois de plus, le journal Le Monde déraille encore à propos de son soutien à la convention citoyenne sur la fin de vie.Par précaution oratoire, le monde souhaite quand même que les députés et sénateurs soient « associés » à la réflexion. Le « Mond »e participe ainsi à la grande confusion entre la démocratie participative et la démocratie représentative. Et ce n’est sûrement pas avec une organisation de type discussion de bistrot manipulée par les experts qu’on aura gagné en pertinence et en démocratie. NDLR

La convention citoyenne sur la question de la fin de vie sera utile, à condition qu’elle soit réellement ouverte, que le dialogue prévu dans les régions ne soit pas de pure forme, et que, puisqu’il s’agit de nourrir un éventuel projet de loi, les députés et sénateurs y soient associés.

 

Ala fois terriblement complexe et universelle, douloureuse mais essentielle, la question de la fin de vie a quitté depuis quelques décennies seulement le champ du tabou pour devenir un débat de société récurrent, dans un contexte de montée des revendications à l’autonomie individuelle.

En annonçant, lundi 12 septembre, le lancement en octobre d’une convention citoyenne sur ce sujet, Emmanuel Macron répond à la revendication croissante d’un « droit à mourir dans la dignité ». Celle-ci est portée par une très large majorité des Français, même si les sondages qui l’attestent ne permettent pas de faire la part entre le souhait individuel d’une mort digne et l’approbation d’une possible aide active à mourir qu’il s’agirait de légaliser.

Six ans après le vote de la loi Claeys-Leonetti, qui autorise une « sédation profonde et continue jusqu’au décès » pour des malades en très grande souffrance dont le pronostic vital est engagé à court terme, le choix du président de la République de rouvrir le débat ne reflète pas seulement sa volonté de marquer son deuxième quinquennat par une réforme de société qu’il n’avait pourtant guère encouragée lors du premier, mais une nette évolution du débat.

 

L’avis du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) rendu public mardi 13 septembre marque un tournant. Pour la première fois, il admet, à de « strictes » conditions et sur initiative du Parlement, « la possibilité d’un accès légal à une assistance au suicide ». Il s’agit d’aider à mourir des personnes non pas en fin de vie, mais « atteintes de maladies graves et incurables provoquant des souffrances (…) réfractaires dont le pronostic vital est engagé à moyen terme ». Le retentissement de la dénonciation, par la chanteuse Line Renaud, des « failles et insuffisances majeures » de la loi actuelle, et l’écho de la mort, par « assistance au décès », légale en Suisse, du cinéaste Jean-Luc Godard, ne font qu’appuyer la nécessité d’un large débat.

Dans ce contexte nouveau, et s’agissant d’une question qui engage les fondements de la société et qui soulève des enjeux potentiellement redoutables, la décision d’organiser une « grande consultation citoyenne », souhaitée par Jean-François Delfraissy, le président du CCNE lui-même, paraît pertinente. Ecouter les simples citoyens, les acteurs du système de santé et les représentants de tous les courants de pensée est une nécessité sur un sujet qui mêle l’intime, la médecine et la morale collective.

 

Tout doit être fait pour que les déceptions soulevées par la convention citoyenne pour le climat de 2020 ne se renouvellent pas. La nouvelle consultation pourra être utile au pays, à condition qu’elle soit réellement ouverte, sans aboutissement préconçu, que le dialogue prévu dans les régions ne soit pas de pure forme, et que, puisqu’il s’agit de nourrir un éventuel projet de loi, les députés et sénateurs y soient associés.

Fin de vie : pas d’urgence politique à politiser la question

Fin de vie : pas d’urgence politique  à politiser la question

 

 

 

Alors que le chef de l’Etat devait préciser les modalités de la convention citoyenne sur la fin de vie, le professeur émérite d’éthique médicale Emmanuel Hirsch s’interroge, dans une tribune au « Monde », sur l’opportunité de relancer un débat qui divise la société.

 

En délicatesse politique dans l’opinion mais aussi au Parlement, Macron ne cesse de contourner les institutions et les organismes de consultation pour tenter d’exister. Macron se saisit du thème de la fin de vie pour nourrir sa posture de réformiste qui par ailleurs se heurte aux réformes notoirement plus urgentes dans le domaine économique, social, technologique et environnementale. Une manœuvre d’apprenti sorcier- de type machiavélique dont il s’inspire–surtout quand il propose aussi un référendum complètement inapproprié pour traiter une question aussi complexe NDLR

 

Il ne s’agit pas tant de légiférer sur l’euthanasie que de penser ensemble un modèle de société favorable à une vie digne d’être vécue jusqu’à son terme, respectueuse des préférences et des droits de chacun, attentive à éviter les discriminations et donc inspirée des valeurs de notre démocratie. Notre vigilance concerne tout d’abord ceux que nous abandonnons en pleine vie et qui parfois revendiquent le droit à la mort, faute d’être reconnus dans la plénitude de leurs droits à la vie.

Convient-il de déterminer des critères de priorisation entre personnes justifiant ou non d’un dispositif légalisé de mort médicalisée, cette déprogrammation du droit de vivre, au motif que nous n’acceptons plus de leur reconnaître une place parmi nous ?

Y avait-il opportunité et urgence à faire aujourd’hui de l’euthanasie l’objet d’un débat, au moment où tant d’autres enjeux décisifs imposent leur agenda dans un contexte d’incertitude et de fragilisation de notre démocratie ? Est-ce ainsi que nous pourrons nous rassembler et nous renforcer pour raviver les principes du vivre-ensemble, notre bien commun et refonder notre République ?

Faut-il désormais légaliser l’euthanasie – l’acte de mort sous forme d’injection létale exécuté par un médecin – et estimer que nous serons alors parvenus au terme d’un parcours législatif ? Notre confrontation personnelle à la mort sera-t-elle enfin apaisée et digne des valeurs de notre démocratie ? Pourrons-nous affirmer que nous aurons instauré une méthode du « bien mourir » là où les conditions du « mal mourir » hantaient notre conscience collective, sans avoir la lucidité de reconnaître que, face à la maladie grave ou à un handicap qui altère l’autonomie, c’est le sentiment de « mort sociale » qui incite bien souvent à préférer anticiper la mort plutôt qu’à poursuivre une vie ou une survie indigne d’être vécue ?

Considérer que certaines circonstances exceptionnelles devraient justifier une approche au cas par cas de l’aide active d’un médecin pour mettre un terme à l’évolution inexorable de souffrances relève-t-il d’un droit transposable dans un texte de loi ou plutôt d’une démarche concertée, insoumise à des procédures, quelles que soient les règles censées les prémunir de toute dérive ? Lorsqu’en humanité et en responsabilité une personne malade décide avec ses proches et l’équipe soignante qu’il est vain de poursuivre un traitement et que la qualité de l’existence à vivre encore prime sur une obstination déraisonnable, ce choix de vie n’est pas assimilable au choix de la mort. Soins de vie, les soins palliatifs incarnent cette présence à l’autre, cette vigilance bienveillante et cette compétence qui le reconnaissent dans la plénitude de ses espérances, de ses choix et de ses droits. Rien à voir avec une « assistance médicalisée active à mourir », assimilable à une décision délibérée, et donc intentionnelle, de débranchement ou de déconnexion de la vie qui dissimule le meurtre sous des arguments ou des justifications d’ordre médical.

Fin de vie : Appliquer la loi !

Fin de vie : Appliquer la loi !

 

Avant d’envisager la mise en place d’une convention citoyenne, il serait préférable de renforcer le cadre juridique existant, en formant les soignants et en informant les patients, estime le juriste Laurent Frémont, fondateur du collectif Tenir ta main, dans une tribune au « Monde ».

 

Après le climat, c’est au tour de la fin de vie de faire l’objet d’une convention citoyenne. On laissera chacun juger de la pertinence d’un tel calendrier, alors que nos concitoyens sont confrontés à des angoisses autrement plus concrètes que cette éternelle question de société. Mais on s’interrogera davantage sur l’opportunité d’une nouvelle loi sur la fin de vie, six ans à peine après le vote de la loi Claeys-Leonetti.

1999, 2002, 2010, 2016… Au cours des dernières décennies, le cadre juridique de la fin de vie a fait l’objet de nombreuses évolutions législatives, bien davantage que dans d’autres domaines moins sensibles du droit médico-social. La perspective de nouveaux changements législatifs laisse pour le moins dubitatif. Elle interroge le juriste comme le citoyen éclairé quant au respect de l’exigence de sécurité juridique, consistant à « savoir et prévoir » le droit, selon la formule du professeur Bernard Pacteau. On analysera la teneur de cet impératif sous l’angle de l’appropriation, de la stabilité et de l’effectivité de la norme.

Se pose d’abord la question essentielle de l’appropriation de la norme, par les patients comme par les soignants. Par les patients d’abord. La loi Claeys-Leonetti leur offre de nouveaux droits, en revalorisant les directives anticipées et en renforçant le rôle de la personne de confiance. Peut-on estimer que ses objectifs sont atteints, quand seulement 48 % des Français connaissent les directives anticipées (Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie, 2021) ?

Par les soignants ensuite. Alors que la loi introduit le droit à une sédation profonde et continue jusqu’au décès, les spécialistes reconnaissent que des études complémentaires seraient nécessaires pour mieux appréhender l’appropriation de cette pratique par les équipes (Bretonnière et Fournier, Journal of Pain and Symptom Management, 2021). 91 % des Français affirment que leur médecin traitant ne les a pas informés sur leurs droits et sur les dispositifs existants. S’interroge-t-on enfin sur la persistance de l’obstination déraisonnable – pourtant interdite depuis 2005 – et ses effets, sur les patients comme sur les proches ? Certaines pratiques d’acharnement méritent d’être mieux recensées et combattues afin d’y mettre un terme définitif.

Fin de vie : pour une législation

Fin de vie : pour une législation

Claude Evin, Ancien ministre, appelle à  restaurer la dimension complexe des questions entourant la fin de vie .(le Monde)

 

 

 

Préparer sa fin de vie, c’est comme préparer un voyage dans une région dont on ne saurait rien, dont on ne disposerait d’aucune carte, le tout à une période inconnue. Un voyage dont on est sûr de ne pas revenir. Car si la mort est une certitude pour chaque être vivant, l’heure du rendez-vous et ses modalités restent généralement inconnues. Le sujet lui-même est un sujet de premier abord peu séduisant : quel bien portant peut avoir envie de parler de la mort, si ce n’est pour évoquer celle d’autrui ou pour en faire un sujet de thèse ?

Pourtant, autant le vieillissement de la population que l’impact des maladies chroniques en font un sujet de société. Et l’on assiste indéniablement à un empowerment – un accroissement de la capacité d’agir – des citoyens usagers du système de santé, qui réclament une plus grande implication dans les choix de santé les concernant, une amélioration de leurs échanges avec les professionnels et une valorisation de leur expertise de patients, tout cela renforçant la démocratie en santé.

 

Notre législation en matière de fin de vie, notamment la loi Claeys-Leonetti de 2016, va dans ce sens. Elle offre la possibilité de mobiliser des dispositifs et des pratiques permettant à chacun d’exprimer ses volontés concernant ce moment particulier de sa vie : la rédaction des directives anticipées, la désignation d’une personne de confiance, le droit de refuser ou de solliciter l’arrêt des traitements (y compris la nutrition et l’hydratation artificielles), la possibilité de demander, sous certaines conditions, à être sédaté profondément jusqu’au décès. Autant de dispositifs, aujourd’hui encore insuffisamment connus, qui visent à respecter les préférences de chacun.

Préparer sa fin de vie, c’est comme préparer un voyage dans une région dont on ne saurait rien, dont on ne disposerait d’aucune carte, le tout à une période inconnue. Un voyage dont on est sûr de ne pas revenir. Car si la mort est une certitude pour chaque être vivant, l’heure du rendez-vous et ses modalités restent généralement inconnues. Le sujet lui-même est un sujet de premier abord peu séduisant : quel bien portant peut avoir envie de parler de la mort, si ce n’est pour évoquer celle d’autrui ou pour en faire un sujet de thèse ?

Pourtant, autant le vieillissement de la population que l’impact des maladies chroniques en font un sujet de société. Et l’on assiste indéniablement à un empowerment – un accroissement de la capacité d’agir – des citoyens usagers du système de santé, qui réclament une plus grande implication dans les choix de santé les concernant, une amélioration de leurs échanges avec les professionnels et une valorisation de leur expertise de patients, tout cela renforçant la démocratie en santé.

 

Notre législation en matière de fin de vie, notamment la loi Claeys-Leonetti de 2016, va dans ce sens. Elle offre la possibilité de mobiliser des dispositifs et des pratiques permettant à chacun d’exprimer ses volontés concernant ce moment particulier de sa vie : la rédaction des directives anticipées, la désignation d’une personne de confiance, le droit de refuser ou de solliciter l’arrêt des traitements (y compris la nutrition et l’hydratation artificielles), la possibilité de demander, sous certaines conditions, à être sédaté profondément jusqu’au décès. Autant de dispositifs, aujourd’hui encore insuffisamment connus, qui visent à respecter les préférences de chacun.

Les contradictions de la fin de  » l’abondance »

Les contradictions de la fin de  » l’abondance »

 

Si « la fin de l’abondance » proclamée par Emmanuel Macron témoigne d’une prise de conscience, la sociologue Dominique Méda pointe dans le Monde les contradictions de l’exécutif sur le sujet.

 

Le 24 août, en ouverture du conseil des ministres et en guise de discours de rentrée, le président de la République annonçait solennellement « la fin de l’abondance ». La formule a déjà fait couler beaucoup d’encre, de nombreux commentateurs rappelant que des millions de nos concitoyens connaissaient depuis fort longtemps cette situation, voire n’en avaient jamais connu d’autre. Cette affirmation recèle néanmoins une forme de performativité : tout se passe comme si, par cette parole, le politique validait (enfin) les alertes des scientifiques et reconnaissait officiellement l’impérieuse nécessité d’un changement d’ère.

Nous savons désormais assez précisément comment il est possible d’atteindre les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre que nous nous sommes fixés. Il s’agit notamment de modifier nos productions et notre consommation dans le sens d’une plus grande sobriété, grâce à des changements de pratiques individuelles, mais surtout grâce à des transformations structurelles obtenues par des investissements massifs dans les énergies renouvelables, la rénovation thermique des bâtiments, les alternatives aux transports thermiques et l’agriculture, notamment. Mais pour le gouvernement, passer de la parole aux actes exigera de résoudre au moins quatre contradictions.

Il lui faudra d’abord être capable de mobiliser l’ensemble de la population en faveur d’une politique de sobriété, alors qu’il s’est jusqu’à maintenant refusé à user de la contrainte, en particulier à l’égard des plus aisés, au nom de sa croyance à la théorie du ruissellement. Cela suppose, d’une part, de faire comprendre aux 1 %, et plus encore aux 0,1 % les plus riches, qu’il leur revient de faire les plus gros efforts et, d’autre part, de rassurer les plus modestes, qui craignent d’être une nouvelle fois les dindons de la farce.

Sans cela, la « grande bascule » souhaitée par le président de la République pourrait bien se muer en une « grande transformation », semblable à celle décrite par Karl Polanyi dans l’ouvrage éponyme : dans les années 1930, des sociétés traumatisées par les excès du « marché autorégulateur » s’étaient jetées dans les bras de régimes autoritaires en croyant y trouver protection.

Maintenant qu’il est clair que la surconsommation des uns détruit la base de vie des autres, la lutte en faveur de la réduction des inégalités de revenus et de patrimoine apparaît comme une des principales politiques écologiques. Le déploiement de politiques publiques incitant au développement d’activités à l’empreinte écologique légère et contribuant à l’utilité sociale en est une autre. Ceci devrait conduire le gouvernement à prendre au sérieux la question des effectifs et des rémunérations du secteur public, un des avantages de celui-ci étant d’ailleurs de ne pas être soumis à l’obligation de produire plus pour fournir un profit.

L’inflation sanctionne la fin d’un modèle économique

L’inflation sanctionne la fin d’un modèle économique

 

L’économiste Anne-Laure Delatte considère, dans une tribune au « Monde », que la remontée des taux ne doit pas grever la capacité d’investissement indispensable au changement de modèle économique, dont l’épuisement est la cause de l’inflation.

 

Nous sommes déjà dans le monde d’après. La très forte croissance des prix au cours de l’année est la manifestation d’un régime économique épuisé. L’action publique est revenue en force, mais les recettes du monde d’avant ne seront pas efficaces. Des mesures alternatives sont donc nécessaires pour que nous puissions avancer. L’enjeu économique contemporain est de protéger les femmes et les hommes des conséquences du changement climatique, tout en opérant une bifurcation des modes de consommation et de production. C’est ainsi que toute mesure politique de lutte contre l’inflation devrait être pensée.

L’inflation est le reflet des raretés accumulées depuis 2020 : rareté de biens traditionnellement importés d’Asie, rareté des cargos pour acheminer cette marchandise, rareté de certaines matières premières, rareté de l’énergie – accentuée depuis six mois par le conflit avec la Russie. On a mis du temps à comprendre que ces raretés étaient la nouvelle norme.

Au départ, les prix ont baissé à cause du confinement de nos économies : ils reflétaient le ralentissement soudain de toute l’activité. Puis, ils ont fini par augmenter, mais on a jugé la hausse transitoire, pensant que les raretés allaient se résorber. La politique monétaire n’a pas changé.

En 2022, toutefois, les banques centrales américaines et européennes ont changé de position : l’inflation ne reviendra pas à 2 % sans une intervention publique. En juillet, la Banque centrale européenne (BCE) a arrêté d’acheter des titres sur le marché pour la première fois depuis sept ans, et a augmenté ses taux pour la première fois depuis onze ans. Cela a entraîné une augmentation des taux de marché dont peuvent témoigner celles et ceux qui envisageaient un achat immobilier.

Mais ce changement d’orientation monétaire s’est ressenti sur un autre marché absolument crucial dans le contexte actuel : celui des dettes publiques. Le risque italien, par exemple, a atteint cet été le même niveau inquiétant qu’en mars 2020, au tout début de la pandémie. Pourquoi un tel effet ? Depuis 2015, et particulièrement depuis la pandémie, la BCE protégeait la capacité des gouvernements à s’endetter. Elle maintenait ce marché sous cloche en se portant acquéreur de dette publique. Concrètement, elle rachetait les obligations des Etats membres aux banques privées, ce qui a permis aux gouvernements de la zone euro de s’endetter à des taux historiquement bas. La suspension de ces achats et la hausse des taux, survenues en juillet, sont donc venues signaler au marché un changement d’époque. Pour résumer, quand l’inflation est devenue une menace crédible, la BCE a agi, mais cela a détérioré les conditions d’emprunt de plusieurs dettes souveraines de la zone euro, et s’endetter est devenu plus cher pour tous les Etats membres.

Fin de la gratuité du Net pour les grandes plates-formes numériques ?

Fin de la gratuité du Net pour les grandes plates-formes numériques ?

Bruxelles envisage de faire contribuer les plates-formes de contenu au financement des infrastructures, ce qui constituerait une discrimination envers les autres fournisseurs. Par Patrick Maillé, IMT Atlantique – Institut Mines-Télécom; Annie Blandin-Obernesser, IMT Atlantique – Institut Mines-Télécom et Bruno Tuffin, Inria

 

Sous prétexte d’équité, cette contribution vise en fait à contester le financement spécifique envisagé par les grandes plates-formes numériques qui utilisent pourtant plus de 50 % des infrastructures NDLR

À la fin de ce premier trimestre de 2022, la Commission européenne, via son commissaire chargé du marché intérieur Thierry Breton (également ancien PDG de France Télécom de 2002 à 2005 et de Atos, leader européen du cloud, de 2009 à 2019) annonce d’ici la fin de l’année une initiative pour que les grandes plates-formes de contenu numérique participent au coût de l’infrastructure des réseaux de communication.

Sont visées en particulier les quelques plates-formes qui occupent cumulativement plus de 50 % de la bande passante mondiale. Il est même question de faire de ce projet un des principaux chantiers de l’espace numérique, à la suite du Digital Markets Act (DMA) et du Digital Services Act.

Sous couvert d’équité en matière de financement des investissements, cette déclaration semble en tout cas remettre en cause les principes de neutralité du Net, jusqu’ici pourtant chers aux autorités européennes.

Pour rappel, un vif débat se déroule donc depuis les années 2000 autour de la notion de réseau « ouvert » et de neutralité du Net. Le débat a été provoqué par le blocage ou le ralentissement de certains flux par des opérateurs, qui a suscité de fortes réactions et par la suite une promulgation de principes de neutralité pour réguler les comportements.

Il existe plusieurs définitions plus ou moins similaires de la neutralité du Net, et leurs applications varient grandement selon les pays (et au cours du temps, avec notamment sous l’administration Trump aux États-Unis une remise en cause des principes précédemment actés).

Dans l’Union européenne, conformément aux dispositions du règlement de 2015 relatif à l’accès à un Internet ouvert, les utilisateurs ont le droit « d’accéder aux informations et aux contenus et de les diffuser, d’utiliser et de fournir des applications et des services et d’utiliser les équipements terminaux de leur choix, quel que soit le lieu où se trouve l’utilisateur final ou le fournisseur, et quels que soient le lieu, l’origine ou la destination de l’information, du contenu, de l’application ou du service, par l’intermédiaire de leur service d’accès à l’Internet ».

Les fournisseurs d’accès ont par conséquent le devoir de traiter « tout le trafic de façon égale et sans discrimination, restriction ou interférence, quels que soient l’expéditeur et le destinataire, les contenus consultés ou diffusés, les applications ou les services utilisés ou fournis ou les équipements terminaux utilisés », même si des exceptions restent autorisées dans des cadres précis. Des considérations commerciales ne peuvent donc pas justifier un traitement différencié, comme l’a confirmé l’arrêt Telenor de la Cour de justice de l’Union européenne en novembre 2020.

Ces principes de neutralité semblent ou tout du moins semblaient inamovibles pour les autorités européennes, d’où une certaine surprise face à la récente déclaration de Thierry Breton. En effet, si certaines plates-formes de contenu devaient participer au financement de l’infrastructure, cela ne signifierait-il pas que la transmission de leurs paquets deviendrait payante, contrairement aux autres fournisseurs, ce qui constituerait une discrimination ?

De surcroît, peut-on imaginer que les intéressés paieraient, en échange de rien ? Seraient-ils tentés d’exiger un traitement préférentiel de leurs flux ? À l’inverse, si ces mêmes plates-formes refusaient de payer, seraient-elles bloquées ou leur qualité de service détériorée, avec par conséquent un traitement inégal dans le réseau ?

Cependant, pour Thierry Breton :

« Les règles en place depuis vingt ans s’essoufflent et les opérateurs n’ont plus le bon retour sur leurs investissements. Il est nécessaire de réorganiser la juste rémunération des réseaux. »

On peut remarquer que faire payer certains fournisseurs était très précisément l’argument développé dans les années 2000 par Ed Whitacre, le PDG d’AT&T, fournisseur d’accès majeur aux États-Unis, en déclarant que les fournisseurs de contenu parfois distants et connectés à Internet via un autre fournisseur accédaient gratuitement au réseau d’AT&T pour atteindre les utilisateurs, et devaient donc payer à AT&T une contribution aux investissements nécessaires dans les infrastructures réseau. Mais c’est aussi précisément ce qui a soulevé une série de réactions de la part d’associations d’utilisateurs et des fournisseurs de contenu, craignant que le trafic concerné soit bloqué ou freiné, et a conduit aux définitions de la neutralité du Net et à leur application à travers le monde. Le but principal : empêcher que les fournisseurs de réseaux ne modifient les grands principes de liberté et d’Internet ouvert. La nouveauté aujourd’hui serait alors de se limiter aux « gros » fournisseurs de contenu.

Cet argument lié à l’investissement reprend ceux des opérateurs réseau. Ces derniers affirment en effet que les grands fournisseurs ont une part importante des revenus générés grâce à l’Internet et une capitalisation en bourse croissante, et qu’il y a une asymétrie sur la puissance financière et de négociation entre plates-formes et opérateurs ; il avancent également que ces mêmes fournisseurs ne participent pas à l’infrastructure alors qu’ils en sont les principaux utilisateurs, ou encore que l’utilisation accrue du réseau conduit à une forme de « tragédie du bien commun », phénomène bien connu en économie qui explique les conséquences négatives de la recherche de profit égoïste d’entités sur l’utilisation de ressources communes et gratuites.

On est donc conduit à s’interroger sur les raisons plus politiques qui expliquent ce revirement. L’heure est en effet à une réforme profonde de la régulation du numérique et de ses plates-formes, voire à un changement de paradigme. Lors de la phase de maturation de l’élaboration des nouvelles règles, on ne s’attendait pas à ce que l’on s’attaque de manière si frontale au pouvoir des grandes plates-formes dans un contexte de promotion de la souveraineté numérique européenne.

Tant le Digital Markets Act que le Digital Services Act prévoient en effet des obligations spécifiques pour certaines catégories d’acteurs, les contrôleurs d’accès dans le cas de la régulation des marchés et les très grandes plates-formes dans le cas de la régulation des contenus. Le DMA par exemple apporte une contribution à la neutralité en prévoyant que le comportement des contrôleurs d’accès ne doit pas compromettre les droits des utilisateurs finaux à accéder à un Internet ouvert.

Cette régulation est asymétrique, en ce qu’elle distingue différentes catégories d’acteurs. Thierry Breton estime que la réorganisation de l’espace informationnel étant réalisée, il faut désormais se préoccuper des infrastructures. L’asymétrie des règles a-t-elle dès lors sa place ? On peut en douter si l’on fait une application stricte du principe de neutralité du Net, mais on peut nuancer les choses en se rappelant que la régulation des télécommunications repose pour partie sur des règles asymétriques, sous la forme d’obligations renforcées pesant sur les opérateurs exerçant une influence significative sur tel ou tel marché.

En tout état de cause, soit on considère que la neutralité du Net est menacée par le projet de contribution, soit on prend acte du fait qu’elle doit être conciliée avec un principe figurant dans la récente déclaration de droits et principes numériques, celui selon lequel tous les acteurs du marché doivent participer de manière équitable et proportionnée aux coûts de biens, services et infrastructures publics. Sur un sujet connexe, on retrouve ce principe d’équité dans la proposition de loi sur les données de la Commission européenne (Data Act). Ce texte a pour but de « garantir l’équité dans la répartition de la valeur des données entre les acteurs de l’économie fondée sur les données ».

Encore une fois, le but ici n’est pas d’être pro ou contre la neutralité, mais de s’interroger sur les raisons du changement de vision de la Commission européenne, et sur son ambiguïté face aux principes qu’elle avait elle-même instaurés. Les nouveaux principes énoncés, de participation équitable aux coûts des biens, pourraient d’ailleurs être interprétés dans un sens inverse à celui initialement prévu : les opérateurs ne devraient-ils pas participer au financement de la création de contenus, qui leur permettent d’attirer des abonnés ?

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Par Patrick Maillé, Professeur, IMT Atlantique – Institut Mines-Télécom ; Annie Blandin-Obernesser, Professeur de droit, IMT Atlantique – Institut Mines-Télécom et Bruno Tuffin, Directeur de recherche Inria, Inria.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Fin de l’abondance : un président mal placé pour en parler

Fin de l’abondance : un président mal placé pour en parler

 

Fin de l’abondance, des évidences et de l’insouciance ; Un discours assez apocalyptique et culpabilisateur d’un président mal placé pour en parler. ( papier de Philippe Mabille dans la Tribune)

 

Sans attendre les premiers pavés de la colère sociale que l’inflation galopante des prix de l’énergie laisse présager, comme on le voit déjà venir en Angleterre qui a décidé de jouer la carte de la vérité des prix du gaz et de l’électricité plutôt que de la maquiller dans la dette publique, le président de la République a pris les devants dès le conseil des ministres de rentrée par des propos glaçants venus ponctuer un été caniculaire.

« Je crois que ce que nous sommes en train de vivre est de l’ordre d’une grande bascule ou d’un grand bouleversement (…) Nous vivons la fin de ce qui pouvait apparaître comme une abondance ». Des propos étonnants de la part du champion estival du jet ski dont le ministre des Transports Clément Beaune dénonce l’usage abusif des jets privés par les milliardaires. Quand on appelle chacun à ne pas céder à la démagogie, peut-être faut-il commencer par se l’appliquer à soi-même…

Pour Emmanuel Macron, nous vivons aussi la « fin des évidences » avec « la montée des régimes illibéraux et le renforcement des régimes autoritaires » ainsi que « la fin d’une forme d’insouciance ». N’en jetez plus, et prenez un Xanax… Grande bascule, grand bouleversement, régimes autoritaires… il n’en fallait pas plus pour réveiller la sphère complotiste qui a vu dans le choix de ces termes une référence au « Big Reset », la grande réinitialisation appelée de ses vœux par Klaus Schwab, le fondateur du forum de Davos vilipendé pour avoir prédit, tel Cassandre, les malheurs qui nous sont ou vont nous arriver : de la pandémie (Covid) à la pénurie (crise de l’énergie), il n’y a plus qu’un pas à franchir, celui justement de la fin de l’abondance, qui n’est pas, comme son nom l’indique faussement, ce fromage à la pâte pressée demi-cuite, fabriqué en Savoie avec le lait des vaches du même nom… Mais bien l’arrivée à maturité du fameux « monde d’après » annoncé dès le premier jour du premier confinement. Mise en cause de la consommation ostentatoire - l’usage immodéré des jets, l’arrosage des golfs- au prix d’une poussée de la démagogie amplifiée par les réseaux sociaux, angoisse climatique extrême, polarisation d’une société minée par les inégalités et à plusieurs vitesses : voici ce qui advient lorsque le point de bascule est atteint… c’est un peu cela aussi que dit et semble craindre Emmanuel Macron, dans une version moderne du célèbre Sapeur Camember : lorsque les bornes sont franchies, il n’y a plus de limites.

Les années 2020 ont commencé par une fermeture générale mais heureusement temporaire, de toutes les activités humaines (ou presque)… 2022 s’achève dans un climat tropical sur fond au pire de menaces nucléaires, de troisième guerre mondiale entre les Etats-Unis, la Russie voire la Chine, et de famines, au mieux de coupures de gaz et d’électricité. Macron-Cassandre, tout en appelant à ne pas céder à la démagogie, a la prévenance de nous en prévenir : Winter is coming.

L’objectif, on le mesure bien, n’est pas de casser le moral des troupes : le chef de l’Etat use et abuse comme à son habitude de la dramatisation (souvenons-nous du martial « nous sommes en guerre… » de mars 2020) pour appeler à la mobilisation : la solution est en toi, peuple de France, il va juste falloir travailler plus, pas forcément pour gagner plus, mais pour avoir un toit bien chauffé cet hiver.

La fin de l’abondance annonce donc avec certitude une nouvelle ère de réformes sociales dont Elisabeth Borne précisera ce lundi lors des Rencontres des Entrepreneurs de France (REF), ex Université d’été du Medef, à l’hippodrome de Longchamp, le programme des réjouissances : à commencer par celle de l’assurance-chômage, avec une modulation des règles selon les régions pour encourager à la reprise d’un emploi les fainéants qui persistent à ne pas travailler alors que l’emploi lui est abondant si l’on en croit le nombre d’offres non pourvues ; mais aussi allongement progressif de l’âge de départ à la retraite des seniors vers les 65 ans, ainsi que la fin programmée, progressive elle-aussi des 35 heures, via l’encouragement à coup d’exonérations fiscales au rachat par les entreprises des jours de RTT en 2023 et sans doute au-delà. Un petit coup de pouce au pouvoir d’achat des salariés et un gros coup de pouce à la productivité.

Bref, on l’aura compris, la fin de l’abondance a bon dos, elle prépare surtout un changement de braquet vers plus de rigueur, l’austérité n’étant pas loin de la sobriété comme on le verra fin septembre lors de la présentation du budget lorsqu’il faudra payer la facture de la douce négligence des dernières années.

On aurait pu espérer une communication moins plombante : après le sang et les larmes annoncées par Macron, la Première ministre, devenue plus populaire que le président, aura la lourde tâche de vendre aux Français son grand plan pour une sobriété choisie plutôt que subie, une sobriété juste et équitablement répartie. Et pourquoi pas nous vendre la sobriété comme une chance, une opportunité, celle de changer de modèle. Présenter l’inflation comme une « chance » est toutefois difficile à vendre, car la transition, à l’évidence, ne se fera pas sans douleur ni peine : même le président de la puissante Fed, la banque centrale américaine, l’a dit à Jackson Hole, la grande réunion annuelle des grands argentiers, face aux montagnes éternelles du Wyoming : « la lutte contre l’inflation va faire souffrir les ménages et les entreprises américains » et « va prendre du temps », mais « y renoncer serait encore plus dommageable » pour l’économie. Il n’en fallait pas plus pour plomber la rentrée des marchés financiers, qui ont été aussi glacés par la dureté de Powell que les Français par la franchise de Macron.

Alors que les prix du gaz et de l’électricité atteignent des sommets sur le marché de gros, au-delà des 1000 euros le mégawattheure, c’est bien le fonctionnement du marché de l’énergie en France qui révèle ses failles, analyse Marine Godelier. Dans une enquête fouillée, elle en décrypte les causes et les conséquences : entre arbitrage sur l’ARENH, revente d’électricité à prix fort, couverture peu sérieuse et offres mensongères, certains fournisseurs auraient multiplié les combines, au détriment du consommateur. A travers trois épisodes, la Tribune vous propose une immersion dans un univers plus que jamais sous tension : celui du marché de la fourniture d’électricité.

En attendant, le gouvernement cherche des solutions innovantes, comme par exemple faire payer moins cher ceux qui acceptent de se restreindre pendant les pics de demande : en gros, tu ne te laves pas, ne te chauffes pas et ne fais pas de lessives pendant quinze jours par mois et tu auras droit à une réduction sur ta facture annuelle…

En fait, ce qui surprend un peu, c’est le hiatus entre la sombre tonalité du discours de rentrée de Macron et les propos plus rassurants de son ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, qui passe son temps à corriger le tir. Le Maire, qui parlera mardi pour la deuxième journée des rencontres du Medef aura le beau rôle, celui de dire qu’après la pluie, viendra le beau temps… Avec réalisme, toutefois : le pic d’inflation, maintes fois repoussé, n’interviendra pas avant Noël prochain. De là à promettre qu’il faudra manger des patates en grelottant de froid sous des couvertures avec des chaussettes en laine, il ne faut pas pousser l’abondance dans les orties de peur qu’elle ne se retourne contre son promoteur.

Philippe Mabille, directeur de la rédaction

Fin de l’abondance : Le dérapage de Macron

 Fin de l’abondance : Le dérapage de Macron

Dans un papier de la Tribune, on s’interroge sérieusement sur la pertinence de l’expression  » fin de l’abondance » déclarée par Macro, qui évidemment prépare des hausses de prix et des mesures d’austérité.

 

Emmanuel Macron a trouvé sa nouvelle ligne politique : nous pourrir la rentrée. Sans attendre les premiers pavés de la colère sociale que l’inflation galopante des prix de l’énergie laisse présager, comme on le voit déjà venir en Angleterre qui a décidé de jouer la carte de la vérité des prix du gaz et de l’électricité plutôt que de la maquiller dans la dette publique, le président de la République a pris les devants dès le conseil des ministres de rentrée par des propos glaçants venus ponctuer un été caniculaire.

« Je crois que ce que nous sommes en train de vivre est de l’ordre d’une grande bascule ou d’un grand bouleversement (…) Nous vivons la fin de ce qui pouvait apparaître comme une abondance ». Des propos étonnants de la part du champion estival du jet sDe la tribune, on s’interroge sérieusement sur la pertinence de l’expression fin de l’abondance déclarée par macro qui évidemment prépare au moins des deux prix et des mesures d’austéritéki dont le ministre des Transports Clément Beaune dénonce l’usage abusif des jets privés par les milliardaires. Quand on appelle chacun à ne pas céder à la démagogie, peut-être faut-il commencer par se l’appliquer à soi-même…

Pour Emmanuel Macron, nous vivons aussi la « fin des évidences » avec « la montée des régimes illibéraux et le renforcement des régimes autoritaires » ainsi que « la fin d’une forme d’insouciance ». N’en jetez plus, et prenez un Xanax… Grande bascule, grand bouleversement, régimes autoritaires… il n’en fallait pas plus pour réveiller la sphère complotiste qui a vu dans le choix de ces termes une référence au « Big Reset », la grande réinitialisation appelée de ses vœux par Klaus Schwab, le fondateur du forum de Davos vilipendé pour avoir prédit, tel Cassandre, les malheurs qui nous sont ou vont nous arriver : de la pandémie (Covid) à la pénurie (crise de l’énergie), il n’y a plus qu’un pas à franchir, celui justement de la fin de l’abondance, qui n’est pas, comme son nom l’indique faussement, ce fromage à la pâte pressée demi-cuite, fabriqué en Savoie avec le lait des vaches du même nom… Mais bien l’arrivée à maturité du fameux « monde d’après » annoncé dès le premier jour du premier confinement. Mise en cause de la consommation ostentatoire - l’usage immodéré des jets, l’arrosage des golfs- au prix d’une poussée de la démagogie amplifiée par les réseaux sociaux, angoisse climatique extrême, polarisation d’une société minée par les inégalités et à plusieurs vitesses : voici ce qui advient lorsque le point de bascule est atteint… c’est un peu cela aussi que dit et semble craindre Emmanuel Macron, dans une version moderne du célèbre Sapeur Camember : lorsque les bornes sont franchies, il n’y a plus de limites.

Les années 2020 ont commencé par une fermeture générale mais heureusement temporaire, de toutes les activités humaines (ou presque)… 2022 s’achève dans un climat tropical sur fond au pire de menaces nucléaires, de troisième guerre mondiale entre les Etats-Unis, la Russie voire la Chine, et de famines, au mieux de coupures de gaz et d’électricité. Macron-Cassandre, tout en appelant à ne pas céder à la démagogie, a la prévenance de nous en prévenir : Winter is coming.

L’objectif, on le mesure bien, n’est pas de casser le moral des troupes : le chef de l’Etat use et abuse comme à son habitude de la dramatisation (souvenons-nous du martial « nous sommes en guerre… » de mars 2020) pour appeler à la mobilisation : la solution est en toi, peuple de France, il va juste falloir travailler plus, pas forcément pour gagner plus, mais pour avoir un toit bien chauffé cet hiver.

La fin de l’abondance annonce donc avec certitude une nouvelle ère de réformes sociales dont Elisabeth Borne précisera ce lundi lors des Rencontres des Entrepreneurs de France (REF), ex Université d’été du Medef, à l’hippodrome de Longchamp, le programme des réjouissances : à commencer par celle de l’assurance-chômage, avec une modulation des règles selon les régions pour encourager à la reprise d’un emploi les fainéants qui persistent à ne pas travailler alors que l’emploi lui est abondant si l’on en croit le nombre d’offres non pourvues ; mais aussi allongement progressif de l’âge de départ à la retraite des seniors vers les 65 ans, ainsi que la fin programmée, progressive elle-aussi des 35 heures, via l’encouragement à coup d’exonérations fiscales au rachat par les entreprises des jours de RTT en 2023 et sans doute au-delà. Un petit coup de pouce au pouvoir d’achat des salariés et un gros coup de pouce à la productivité.

Bref, on l’aura compris, la fin de l’abondance a bon dos, elle prépare surtout un changement de braquet vers plus de rigueur, l’austérité n’étant pas loin de la sobriété comme on le verra fin septembre lors de la présentation du budget lorsqu’il faudra payer la facture de la douce négligence des dernières années.

On aurait pu espérer une communication moins plombante : après le sang et les larmes annoncées par Macron, la Première ministre, devenue plus populaire que le président, aura la lourde tâche de vendre aux Français son grand plan pour une sobriété choisie plutôt que subie, une sobriété juste et équitablement répartie. Et pourquoi pas nous vendre la sobriété comme une chance, une opportunité, celle de changer de modèle. Présenter l’inflation comme une « chance » est toutefois difficile à vendre, car la transition, à l’évidence, ne se fera pas sans douleur ni peine : même le président de la puissante Fed, la banque centrale américaine, l’a dit à Jackson Hole, la grande réunion annuelle des grands argentiers, face aux montagnes éternelles du Wyoming : « la lutte contre l’inflation va faire souffrir les ménages et les entreprises américains » et « va prendre du temps », mais « y renoncer serait encore plus dommageable » pour l’économie. Il n’en fallait pas plus pour plomber la rentrée des marchés financiers, qui ont été aussi glacés par la dureté de Powell que les Français par la franchise de Macron.

Alors que les prix du gaz et de l’électricité atteignent des sommets sur le marché de gros, au-delà des 1000 euros le mégawattheure, c’est bien le fonctionnement du marché de l’énergie en France qui révèle ses failles, analyse Marine Godelier. Dans une enquête fouillée, elle en décrypte les causes et les conséquences : entre arbitrage sur l’ARENH, revente d’électricité à prix fort, couverture peu sérieuse et offres mensongères, certains fournisseurs auraient multiplié les combines, au détriment du consommateur. A travers trois épisodes, la Tribune vous propose une immersion dans un univers plus que jamais sous tension : celui du marché de la fourniture d’électricité.

En attendant, le gouvernement cherche des solutions innovantes, comme par exemple faire payer moins cher ceux qui acceptent de se restreindre pendant les pics de demande : en gros, tu ne te laves pas, ne te chauffes pas et ne fais pas de lessives pendant quinze jours par mois et tu auras droit à une réduction sur ta facture annuelle…

En fait, ce qui surprend un peu, c’est le hiatus entre la sombre tonalité du discours de rentrée de Macron et les propos plus rassurants de son ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, qui passe son temps à corriger le tir. Le Maire, qui parlera mardi pour la deuxième journée des rencontres du Medef aura le beau rôle, celui de dire qu’après la pluie, viendra le beau temps… Avec réalisme, toutefois : le pic d’inflation, maintes fois repoussé, n’interviendra pas avant Noël prochain. De là à promettre qu’il faudra manger des patates en grelottant de froid sous des couvertures avec des chaussettes en laine, il ne faut pas pousser l’abondance dans les orties de peur qu’elle ne se retourne contre son promoteur.

Fin de » l’abondance de l’insouciance » : le sommet de la condescendance !

Fin de » l’abondance de l’insouciance » : le sommet de la condescendance !

 

Il faut vraiment que le chef de l’État soit coupé des réalités sociales et sociétales pour employer  une sémantique aussi condescendante vis-à-vis de l’opinion. Exemple en matière d’énergie dont il souligne la crise alors que récemment avant les élections pour obtenir quelques voix écologistes il a fermé la centrale de Fessenheim. Et plus tard de décider la construction de six nouvelles centrales EPR. En attendant , la France importe de l’électricité !

Même chose concernant l’inflation complètement sous-estimée que par le gouvernement qui n’a cessée d’affirmer pendant des semaines et des mois que le phénomène était très conjoncturel que la hausse des prix devrait connaître une inversion dans la deuxième partie de 2022. Aujourd’hui , le ministre des finances admet que cette inflation va durer. En attendant les mesures suffisantes n’ont pas été prises pour faire face à une inflation aux facteurs explicatifs pertinents ( hausse du prix des matières premières, hausse de l’énergie, dysfonctionnements logistiques, guerre en Ukraine notamment ) mais aussi à une vague spéculative dans la plupart des secteurs.

Certes on ne reprochera pas au gouvernement la vague d’incendies qui a affecté la France suite à la grande sécheresse mais suite  aussi à des comportements irresponsables voire criminels sans parler d’un aménagement du territoire anarchique et d’une gestion des forêts incohérente.

Le discours de macron aujourd’hui rompt nettement avec celui qu’il a tenu avant les élections présidentielles et législatives. Avant il promettait la lune, maintenant l’enfer.

En préambule ce mercredi de ce conseil des ministres de rentrée à l’Elysée, lors d’une allocution devant les ministres exceptionnellement retransmise, Emmanuel Macron a en effet appelé le gouvernement à « l’unité » face à « la grande bascule » marquée par « la fin de l’abondance », « des évidences » et « de l’insouciance ».

« Le moment que nous vivons peut sembler être structuré par une série de crises graves (…) et il se pourrait que d’aucuns voient notre destin comme étant perpétuellement de gérer les crises ou des urgences. Je crois pour ma part que ce que nous sommes en train de vivre est plutôt de l’ordre d’une grande bascule ou d’un grand bouleversement », a déclaré Emmanuel Macron devant les ministres.

Des propos très graves peut-être pour préparer l’opinion à une phase d’austérité comme si celle-ci n’était déjà pas en marche avec une inflation à 6 % alors que les salaires n’augmentent que de l’ordre de 3 %. Les Français payent déjà l’addition des bouleversements évoqués et de l’inconsistance de la politique du gouvernement.

Macron est vraiment mal fondée à renverser le poids de la responsabilité sur les Français.

 

Macron hors-sol : « mettre fin à la société d’abondance » !

Macron hors-sol : « mettre fin à la société d’abondance » !

 

Complètement hors-sol et même méprisant, Macron s’est encore livré à son exercice préféré de condescendance consistant à culpabiliser les Français.  Pour lui : «nous vivons depuis plusieurs années la fin de ce qui pouvait apparaître comme une abondance» de «liquidités sans coût», «de produits», «de technologies qui nous semblaient perpétuellement disponibles», de «terre ou de matière» ou même d’«eau». À ce constat assez sombre, le président y ajoute «la fin des évidences» et «la fin de l’insouciance» liées à la guerre qui continue de faire rage aux portes de l’Europe.

Une espèce de prêche de curé de campagne mais sans réelle vision sur les orientations qu’ils propose pour mettre fin à cette « société d’abondance »

 

Volontairement sans doute Macron reste dans le flou. Il l’oublie sans doute que le salaire médian ( qui sépare la population en deux) est de ‘(ordre  de 2000 € en France , il paraît donc  pour le moins injuste de parler de société d’abondance,  sans parler de ceux qui sont englués dans la pauvreté.

L’opposition a fortement réagi à ces propos de nature insultante autant qu’irresponsable. Depuis Châteauneuf-sur-Isère (Drôme), le patron de La France Insoumise considère qu’«Emmanuel Macron ne se rend pas compte à quel point ça peut être blessant pour les gens». «Il ne se rend pas compte parce que pour ces amis, l’abondance, ça continue, il ne veut pas qu’on taxe les profiteurs de crise. Des gens qui ont accumulé des millions, et des millions et des millions sur le dos de la crise Covid, de l’inflation. Donc, pour eux, l’abondance continue», ajoute l’ancien candidat à l’Élysée.

Du côté du Parti socialiste, c’est le sénateur David Assouline qui tance le chef de l’État quant à son «abondance de déconnexion». «Il préside un pays asphyxié, une majorité de citoyens qui se serrent la ceinture comme jamais alors que les grandes entreprises font des milliards de bénéfices. Et sa majorité vote contre le Smic à 1500€ et contre la taxation des super profits», lance-t-il.

Le député LR des Alpes-Maritimes Éric Ciotti, par ailleurs prétendant à la présidence du parti de la droite, a qualifié cette dernière d’«indécente». «Il n’y a qu’une “insouciance” en France c’est celle d’un président qui conduit notre pays dans le mur en refusant le courage de la réforme et en privilégiant la dépense illimitée», ajoute l’élu du Sud.

Vers la fin de Faceboook ?

Vers la fin de Faceboook ?

 

D’après une étude, 95% des adolescents américains entre 13 et 17 ans utilisent YouTube et 67% sont sur TikTok. Instagram (62%) et Snapchat (59%) suivent, mais la dynamique penche clairement en faveur du dernier. En huit ans, Facebook dégringole : moins d’un tiers (32%) des jeunes Américains l’utilise, contre 71% en 2015. Le groupe Meta (Facebook) fait face à un sérieux risque de ringardisation, notamment à cause de TikTok qui commence à lui siphonner utilisateurs et revenus. (papier de la Tribune)

L’empire Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp, Messenger) n’a plus pignon sur cour chez les jeunes. Alors que 71% des adolescents américains de 13 à 17 ans utilisaient Facebook en 2015, la nouvelle génération s’en détourne : à peine un tiers (32%) des ados y vont encore en 2022, même occasionnellement. Les 13-17 ans préfèrent désormais deux autres médias sociaux : 95% vont sur YouTube -propriété de Google- pour y écouter de la musique, regarder des vidéos courtes ou des y suivre des influenceurs, et 67% ont été séduits par le chinois TikTok. Tel est le principal enseignement de la nouvelle étude « Adolescents, médias sociaux et technologie » menée en avril dernier par le Pew Research Center, et qui vient de publier ses résultats.

Preuve de la rapidité de l’évolution des usages, les deux services stars en 2022, YouTube et TikTok, n’étaient pas testés en 2015. YouTube n’était pas jugé pertinent et TikTok n’existait même pas, puisqu’il a été créé l’année suivante. L’étude de 2015 consacrait en fait la domination de l’empire de Mark Zuckerberg : après Facebook à 71%, le 2è média social le plus populaire chez les ados était Instagram à 52%. Le jeune Snapchat était troisième (41%), suivi par Twitter (33%) et Tumblr (14%).

Huit ans plus tard, le paysage est drastiquement différent : Facebook dégringole de la première à la cinquième place avec une perte colossale de 39 points. Instagram progresse en passant de 52% à 62%, mais il est désormais talonné par Snapchat, qui passe de 41% à 59%, et semble en passe de le doubler bientôt. Twitter est toujours là mais il perd 10 points (de 33% à 23%), tout comme Tumblr qui s’est totalement ringardisé (de 14% à 5%). Parmi les nouveaux services populaires, l’étude de 2022 inclut Twitch, propriété d’Amazon et utilisé par 20% des ados américains, mais oublie Discord. WhatsApp et Reddit, absents de l’étude de 2015, sont cette fois inclus, mais ils ne pèsent pas grand-chose : seuls respectivement 17% et 14% des ados interrogés les utilisent.

 

Est-ce donc le début de la fin pour l’empire de Mark Zuckerberg ? La désaffection des adolescents vis-à-vis de Facebook n’est pas nouvelle -les experts s’en inquiètent depuis le milieu de années 2010-, mais elle atteint cette fois des proportions inquiétantes. Dans les années 2010, le groupe californien a pu s’appuyer sur l’extraordinaire croissance d’Instagram (2 milliards d’utilisateurs actifs par mois fin 2021), mais le succès de Snapchat et surtout de TikTok, avec leurs formats vidéos viraux qui sont par ailleurs allègrement copiés, tend aussi à ringardiser Instagram, qui est historiquement le réseau social de la photo. Quant à WhatsApp et Messenger, ils ont aussi dépassé le cap des 2 milliards d’utilisateurs actifs par mois, mais leur audience est plus âgée et ces deux services sont surtout utilisés comme des messageries privées.

Avec entre 2 et 3 milliards d’utilisateurs actifs par mois pour chacun d’entre eux -Facebook revendique 2,93 milliards d’utilisateurs par mois-, la puissance du « big 4″ de Mark Zuckerberg est telle que la fuite des ados de Facebook et le désintérêt croissant pour Instagram mettront du temps à fragiliser l’ensemble de l’empire.

Mais c’est désormais une réalité : Meta est en déclin. Les résultats financiers du deuxième trimestre l’illustrent aussi : pour la première fois depuis l’entrée en Bourse de en 2012, son chiffre d’affaires décline par rapport à l’année précédente. Plus précisément, il a baissé de 1% au second trimestre 2022, à 28,8 milliards de dollars, alors qu’il avait grimpé de 55% entre 2020 et 2021. Surtout, les bénéfices nets de l’entreprise ont plongé de 36% par rapport à l’année précédente, à 6,7 milliards de dollars. Ils ne s’étaient plus effondrés de la sorte depuis 2012. Pour ne rien arranger, le nombre d’utilisateurs de Facebook a reculé, avec une perte de 2 millions d’utilisateurs mensuels par rapport au premier trimestre. D’après Apple et Data.ai, Facebook sort aussi de plus en plus régulièrement du Top 10 des téléchargements sur l’App Store. Avril 2022 a même été le pire mois de son histoire : l’appli a dégringolé deux fois autour du Top 40.

Mark Zuckerberg semble rattrapé par une impitoyable réalité : les médias sociaux sont aussi générationnels. MSN et Myspace, stars des années 1990, ont été ringardisés par Facebook dans les années 2000 au profit des nouveaux codes imposés par l’entreprise. Puis sont arrivés Instagram -qui laissait une place inédite à la photo- et WhatsApp avec ses discussions de groupe modernisées.

Pour éviter le déclin, Mark Zuckerberg a alors opté pour la stratégie d’étouffer la concurrence et de transformer Facebook en une véritable plateforme structurante du web social, incontournable pour quiconque souhaite faire de la publicité en ligne. Pour cela, il a d’abord avalé Instagram en 2012, pour à peine 1 milliard de dollars, dès qu’il a compris que son usage deviendrait rapidement plus populaire chez les jeunes que celui de Facebook. Mark Zuckerberg a ensuite ciblé WhatsApp, racheté en 2014 pour 22 milliards de dollars, tout en développant une messagerie interne à Facebook, Messenger. Aidés par l’effet de réseau, tous les trois ont été massivement adoptés, renforçant par ricochet Facebook. Au nez et à la barbe des régulateurs, Mark Zuckerberg a, le premier, réussi le tour de force de pérenniser sa domination dans les réseaux sociaux en s’appuyant sur une pieuvre à quatre bras capable de séduire toutes les tranches d’âge. Presque vingt ans plus tard, le groupe Facebook est devenu Meta et figure toujours parmi les entreprises les plus puissantes de la planète.

Mais Mark Zuckerberg a échoué à verrouiller le marché comme il avait commencé à le faire en rachetant Instagram et WhatsApp. Le premier accroc dans sa stratégie a été le refus d’Even Spiegel en 2013, CEO et fondateur de Snapchat, de se faire avaler par Facebook. Il a eu raison : l’entreprise s’est introduite en Bourse quand même, et malgré la copie de toutes ses fonctionnalités innovantes par Instagram, Snapchat dispose aujourd’hui d’une meilleure image chez les jeunes et a davantage progressé en 8 ans (+18 points) qu’Instagram (+10 points).

Mais le coup de grâce pourrait venir du chinois TikTok, qui représente, par bien des aspects, la meilleure itération possible d’un réseau social au début des années 2020. Son succès fulgurant -il a atteint le milliard d’utilisateurs en 2021 et devrait être à 1,8 milliard fin 2022- échappe à tout contrôle et emporte l’adhésion des jeunes comme une traînée de poudre. Ses vidéos courtes, rythmées et hautement divertissantes, sont extrêmement addictives. La navigation est très fluide, l’interface engageante et l’outil est très simple à utiliser.

Certains chercheurs comparent même TikTok à une drogue numérique : le service est calibré pour stimuler en permanence le cerveau et libérer de la dopamine. « Vous êtes portés par la dopamine dans un état de plaisir. C’est presque hypnotique, vous ne pouvez vous empêcher de regarder« , décrit le Dr Julie Albright, sociologue spécialisée dans la culture numérique, au magazine américain Forbes.

Evidemment, le temps passé sur TikTok et l’engagement fort des utilisateurs se traduisent en données personnelles donc en revenus pour Bytedance, sa maison-mère. Certains analystes considèrent que TikTok est le principal responsable du relatif déclin de Meta, d’abord en lui volant des utilisateurs, puis en les monétisant de manière redoutablement efficace. En 2021, son chiffre d’affaires s’établissait à 4,6 milliards de dollars, mais il devrait grimper à 12 milliards de dollars en 2022, soit presque le triple. Qui sait quels sommets il pourra encore atteindre ensuite… Au moins jusqu’à ce qu’un nouveau service le détrône à son tour.

Nucléaire : une politique qui va courir jusqu’à la fin du siècle

Nucléaire : une politique qui va courir jusqu’à la fin du siècle

Contrairement aux cycles politiques, de plus en plus courts, les questions énergétiques se jouent sur le temps long. Une fois pensé un mix énergétique, la création, l’exploitation, le démantèlement des capacités de production se jouent sur décennies, et en réalité avoisinent le siècle. Par Bruno Alomar, économiste.(la Tribune)

 

Prenons l’exemple de l’énergie nucléaire. Elle a fait l’objet d’un rejet de principe de la part de certains, alimenté notamment en Europe par la catastrophe de Fukushima qui a convaincu l’Allemagne, en urgence, d’y renoncer en 2012. Il n’y a cependant pas eu de rejet unanime du nucléaire civil au cours des vingt dernières années. La Chine, la Finlande, le Royaume-Uni ont souhaité poursuivre et développer la part du nucléaire dans leur mix énergétique.

En l’état, la question de l’énergie nucléaire se trouve confrontée à une forme de paradoxe.

Désormais, il est clair que le développement de capacités de production d’électricité d’origine nucléaire fait bien partie de la solution au problème du réchauffement climatique. La prise de position du GIEC, peu suspect de sympathie a priori pour l’atome, l’a illustré de manière spectaculaire. En France, le choix désormais sans équivoque formulé par le Président de la République le 10 février 2022 de relancer la filière nucléaire, avec la construction programmée de 6 EPR à l’horizon 2035, est un tournant. La guerre en Ukraine et ce qu’elle a révélé de l’ampleur des problèmes d’indépendance énergétique a fortifié la conviction de beaucoup de pays en Europe d’investir dans le nucléaire civil. Ajoutons à cela, si besoin en était, que coté consommateurs, l’on a assisté au cours des dernières semaines à un puissant aggiornamento. Parmi les exemples les plus frappants, citons Enercoop, fournisseur « alternatif » d’électricité fondé par des opposants à l’énergie nucléaire (Greenpeace, les Amis de la Terre), qui a officiellement demandé à bénéficier de l’accès au nucléaire.

Or, c’est au moment où l’horizon se dégage pour la filière nucléaire civile d’origine nucléaire que les problèmes sont les plus massifs, et mettent en danger la trajectoire décidée. Ils sont de deux ordres.

Des problèmes liés à la régulation européenne d’abord. Au cours des vingt dernières années, et spectaculairement depuis quelques mois, la régulation européenne a semblé courir après ses principes. Il a d’abord été question du tout marché, avec les paquets de libéralisation des années 2000, qui, à la surprise de la Commission, n’ont pas toujours donné les résultats qu’elle en escomptait. Plus récemment, les limites avérées du tout marché en matière énergétique ont suscité des difficultés importantes. L’Union européenne a d’abord dû faire face à la demande de certains États – dont la France -d’amender puissamment les dispositifs de fixation des prix, pour finalement en exclure récemment le Portugal et l’Espagne. La Présidente de la Commission européenne l’a d’ailleurs admis qui a déclaré le 8 juin devant les eurodéputés que « ce système de marché ne fonctionne plus » et que « nous devons le réformer ».

Des problèmes techniques aussi, fortement médiatisés, mais dont il ne faut pas minimiser l’ampleur. Car le fait est que la filière nucléaire, au sens industriel, est aussi à la croisée des chemins. Les difficultés rencontrées ont été fortes et justifié une réaction déterminée (plan Excell d’EDF) qui doit se poursuivre pour produire ses effets dans la durée, notamment pour se donner les marges en matière de compétences techniques. La question de la réforme d’EDF reste aussi pendante.

En définitive, la question de l’opportunité du développement du nucléaire civil est désormais réglée, du moins dans beaucoup de pays, dont la France. Ceci ne doit pas cacher qu’en fait d’exécution, le moment est critique. Il exige une mobilisation maximale des acteurs publics (régulation européenne) et des acteurs industriels dans les années à venir.

Fin de la redevance audiovisuelle

Fin de la redevance audiovisuelle

 

La suppression de la redevance audiovisuelle qui était une promesse de campagne du candidat Emmanuel Macron lors de l’élection présidentielle.Une redevance largement obsolète. La mesure prévoit de financer l’audiovisuel public grâce à « une fraction » de la TVA d’un montant d’environ 3,7 milliards d’euros. Pour rappel, selon les données de la direction générale des Finances publiques, la redevance a rapporté 3,8 milliards d’euros en 2020, d’après les informations des Echos.

 

La contribution à l’audiovisuel public, anciennement redevance audiovisuelle, est un impôt français créé en 1933  ( et applicable aux téléviseurs à partir de 1948) afin de financer l’ensemble du paysage audiovisuel français public. Ce prélèvement finance une grande partie du budget de France TélévisionsRadio FranceArte FranceFrance Médias MondeTV5 Monde et l’INA. Son produit et son nombre de redevables en font une des plus importantes taxes affectées.

Des taxes créées lorsque n’exister que quelques chaînes de radio et une chaîne de télé. Depuis il existe des centaines de chaînes privées qui s’autofinancent.

Les sénateurs ont adopté l’amendement du rapporteur général Jean-François Husson (LR) qui prévoit de borner au 31 décembre 2024 le financement de l’audiovisuel public par une fraction de la TVA. Le sénateur estime que cette solution de financement proposée par les députés « ne peut être que temporaire ». Jean-François Husson a reproché au gouvernement d’avoir « envoyé le générique de fin avant que le programme ne commence ».

« Nous sommes d’accord pour supprimer la redevance, la question [est de savoir] comment nous allons financer demain l’audiovisuel public », a interrogé Laurent Lafon, le président centriste de la commission de la Culture. Son groupe demandait de reporter d’un an la suppression de la redevance.

Opposés à la suppression, les sénateurs de gauche ont signifié leur mécontentement. Le sénateur socialiste David Assouline a reproché au gouvernement de « créer les conditions de l’affaiblissement » de l’audiovisuel public. « Nous tenons très profondément à l’audiovisuel public et donc à son financement », a déclaré son collègue socialiste Jean-Pierre Sueur, reconnaissant néanmoins que la redevance était devenue « obsolète » de nos jours.

Vers la fin de la toute puissance américaine

Vers  la fin de la toute puissance américaine

Les États-Unis se présentent encore comme la première puissance mondiale… La réalité est désormais toute autre : depuis plusieurs années, le pays subit un déclin relatif – lent mais inévitable. Par Manlio Graziano, Sciences Po dans the conversation 

 

Depuis des décennies, les États-Unis connaissent un déclin relatif, politique, intellectuel et économique, avec la perspective d’être un jour dépassés par une puissance rivale. Leur principal problème, cependant, n’est pas ce déclin relatif en lui-même, qui est un phénomène naturel, mais bien l’incapacité à le reconnaître, que ce soit par orgueil, par calcul électoral ou par simple ignorance.

En 1986, dans son ouvrage magistral The Rise and Fall of the Great Powers, Paul Kennedy expliquait que les grandes puissances émergent et tombent précisément à cause de leur croissance inégale : c’est donc la relation entre leurs différents taux de croissance qui, « à long terme », est déterminante.

À l’exception de quelques brèves périodes de récession, les États-Unis n’ont jamais cessé de croître. Depuis les années 1950 cependant, leur croissance est plus lente que celle de la plupart des autres pays du monde : ils connaissent donc un déclin relatif.

Entre 1960 et 2020, leur PIB réel (c’est-à-dire en dollars constants) a été multiplié par cinq et demi, mais, au cours de la même période, le PIB du reste du monde a été multiplié par huit et demi : ainsi, alors que l’économie américaine a continué à croître en termes absolus, celles de ses rivales ont progressé plus rapidement. De plus, si on la compare à son principal rival, la Chine, l’écart de croissance est abyssal : alors que l’économie américaine connaissait une croissance multipliée de cinq fois et demi, celle de la Chine était multipliée par 92 fois. En d’autres termes, en 1960, l’économie américaine équivalait à celle de 22 fois la Chine or, en 2020, elle ne « pèsera » que 1,3 fois la Chine.

Ce déclin relatif du poids économique et productif des États-Unis se traduit finalement par un rétrécissement des marges d’action politique, en raison du phénomène dit d’« overstretching », qui est à l’origine de la chute de certains grands empires (de l’Empire romain à l’Empire russe). La surextension (overstretching) a lieu quand les ressources à disposition ne permettent plus de tenir les engagements pris lorsque les ressources étaient supérieures.

En d’autres termes, les intérêts et obligations mondiales que les États-Unis pouvaient se permettre de défendre avec un PIB de près de 3,46 trillions de dollars en 1960, ne pouvaient pas tous être défendus simultanément en 1986 avec un PIB de 8,6 trillions de dollars, et encore moins aujourd’hui, malgré un PIB approchant les 22,9 trillions de dollars en 2021. Ce paradoxe n’est qu’apparent : alors que le PIB américain en 1960 représentait presque la moitié (46,7 %) du PIB du reste du monde, en 2020, il était devenu moins d’un tiers (30,8 %).

L’analyse prémonitoire de Paul Kennedy a malheureusement souffert d’un mauvais calendrier. Trois ans après la sortie de son livre, les régimes prorusses en Europe se sont effondrés. Quatre ans plus tard, la première des « décennies perdues » du Japon et cinq ans plus tard, la guerre du Golfe (pour laquelle Washington a réuni l’une des plus grandes coalitions militaires de l’histoire) a éclaté. À la fin de cette même année 1991, l’Union soviétique, a implosé.

La deuxième puissance économique mondiale (le Japon) connaissant un fort ralentissement, et avec la disparition de l’Union soviétique, le déclin relatif du PIB américain a bénéficié d’un (léger et bref) renversement de tendance.

En conséquence, le livre de Paul Kennedy fut oublié.

Commença alors une période où les États-Unis étaient persuadés d’être la « seule superpuissance » dans un monde unipolaire, croyant pouvoir remodeler le monde à leur image alors qu’ils n’en avaient plus la force et que de nouveaux concurrents commençaient à montrer leurs muscles. Le déclin relatif des États-Unis ne dépendait pas uniquement du Japon, et certainement pas de l’URSS, mais de la tendance inéluctable à un développement inégal. Ainsi, alors que Kennedy montrait la lune, le monde se contentait de regarder son doigt.

Certains dirigeants américains, comme George Bush et Bill Clinton, ont profité de l’accident pour s’attaquer à la substance : la guerre du Golfe fut le premier épisode, l’intervention en Bosnie fut le suivant et l’élargissement de l’OTAN à l’est en fut un autre, pour ne mentionner qu’eux.

Il faut également mentionner ici la réouverture progressive à la Chine après la crise de Tian’anmen – aujourd’hui critiquée par tout le monde en Amérique, mais largement célébrée à l’époque, ne serait-ce que pour éviter de laisser la Chine s’ouvrir aux seuls investisseurs Européens et Japonais.

L’élargissement de l’OTAN dans les années 1990 a de nouveau été propulsé au centre du débat international à la suite de l’invasion russe de l’Ukraine. Pour les Russes et leurs alliés, cet élargissement est le « péché originel » dont tout a découlé, faisant porter, disent-ils, l’entière responsabilité de « l’opération militaire spéciale » de Vladimir Poutine sur les épaules de Washington.

Comme dans toutes les idéologies, il y a, dans la version russe, une pincée de vérité (qui les rend plausibles). Il s’agit là de la décision unilatérale de Washington de se positionner, par le biais de l’OTAN, dans les nations d’Europe centrale et orientale nouvellement libérées du joug russe.

Afin de remettre les choses dans leur contexte, nous devons rappeler l’expansion de l’Union européenne dans ces mêmes territoires. L’expansion de l’OTAN a toujours précédé celle de l’UE. Aux yeux des Américains, les États tampons entre la Russie et le cœur de l’Europe, qui étaient au centre des préoccupations américaines après les deux guerres mondiales et qui sont à nouveau d’une actualité brûlante, ne peuvent être laissés au contrôle exclusif de l’Union européenne car sinon ils cesseraient d’être un tampon.

Si les États-Unis ont un objectif stratégique incontestable, c’est précisément d’empêcher l’Europe (ou, pour être réaliste, l’Allemagne et/ou tout groupe de pays centrés sur l’Allemagne) d’établir une quelconque coopération avec la Russie.

Depuis qu’ils ont remplacé le Royaume-Uni en tant que puissance hégémonique mondiale, les Américains ont hérité de l’une de ses théories les plus célèbres : la théorie du « heartland » formulée par Sir Halford Mackinder, selon laquelle si l’Europe de l’Est (donc l’Allemagne) prend le contrôle du « heartland » (donc la Russie), elle dominera l’Eurasie, et donc le monde.

La thèse de Mackinder a été reprise pendant la Seconde Guerre mondiale par Nicholas Spykman, un politologue de Yale d’origine néerlandaise, qui l’a transformée en théorie du « rimland », c’est-à-dire d’un « anneau » de pays qui pourrait entourer le « heartland ».

Dans la formulation de Spykman, le contrôle de cet anneau devient crucial pour le contrôle du monde. Cette thèse a été traduite plus tard dans la politique d’endiguement formulée par George Kennan.

Après la guerre, la préoccupation concernant une éventuelle union continentale eurasienne capable de défier, et finalement de renverser, leur hégémonie mondiale était donc passée des Britanniques aux Américains. Comme Henry Kissinger l’a ouvertement confirmé :

« Dans la première moitié du XXe siècle, les États-Unis ont mené deux guerres pour empêcher la domination de l’Europe par un adversaire potentiel… Dans la seconde moitié du XXe siècle (en fait, à partir de 1941), les États-Unis ont ensuite mené trois guerres pour revendiquer le même principe en Asie – contre le Japon, en Corée et au Vietnam ».

Adieu les notions de « mission civilisatrice » de « défense de la liberté », « d’arsenal de la démocratie », ou de guerre contre le militarisme, le fascisme ou le communisme…

Lorsqu’en 2011, Vladimir Poutine a lancé sa proposition d’Union eurasienne (l’une des nombreuses tentatives de recomposition de l’empire russe), destinée à devenir une « composante essentielle de la Grande Europe… de Lisbonne à Vladivostok », la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton, a réagi promptement et franchement :

« Il y a un mouvement de résoviétisation de la région. On ne va pas l’appeler comme ça. Cela va s’appeler une union douanière, cela va s’appeler Union eurasienne et tout ça… Mais ne nous y trompons pas. Nous savons quel est l’objectif, et nous essayons de trouver des moyens efficaces de le ralentir ou de l’empêcher. »

Si le risque, redouté par Mackinder, Spykman, Kennan, Kissinger, et Clinton, est celui d’une possible union des forces entre une grande puissance industrielle et le « cœur » russe, il est évident que la menace pour les États-Unis vient aujourd’hui davantage de la Chine que de l’Europe ou du Japon.

Ainsi, la tentative de creuser un fossé entre la Chine et la Russie est sans aucun doute l’une des priorités stratégiques des États-Unis, sinon LA priorité stratégique.

Avec la guerre qui a commencé le 24 février, la Russie a rendu deux grands services aux États-Unis : elle a réunifié, élargi et réarmé l’OTAN, supprimant la possibilité d’un accord avec l’Europe ou même avec seulement quelques pays européens et elle a renforcé la méfiance de Pékin envers Moscou.

Les Américains en profitent, mais une stratégie ne peut être construite sur les bévues d’un adversaire. Le fait qu’il existe une stratégie imposée par les circonstances (éviter « la deuxième place pour les États-Unis d’Amérique », selon les mots d’Obama) ne signifie pas pour autant qu’il y ait une stratégie consciente et clairement définie.

« Il n’y a pas de vent favorable pour le marin qui ne sait pas où aller », disait sagement Sénèque, et les États-Unis ressemblent à ce marin : leur déclin relatif n’a pas encore été identifié comme tel, et sa fracture politique interne signifie que toute hypothèse stratégique possible risque d’être modifiée – voire renversée – tous les quatre ans.

En outre, une grande partie de la classe politique du pays se nourrit encore de la fable racontée par Karl Rove, conseiller de G.W. Bush, il y a près de vingt ans :

« Lorsque nous agissons, nous créons notre propre réalité » et pendant que les spécialistes se démènent pour étudier ou déchiffrer cette réalité, « nous agirons à nouveau (au gré du contexte NDLR), créant d’autres nouvelles réalités. »

Aujourd’hui, les quelques milliers de « Rove » présents dans la classe politique américaine rendent à leur pays le même service que les conseillers de Poutine rendent au leur : avec leurs bonnes intentions et leur ignorance des contraintes géopolitiques, ils pavent la voie vers ce qui pourrait très vite devenir un enfer.

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Par Manlio Graziano, Assistant professor, geopolitics and geopolitics of religions, Sciences Po

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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