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Croissance en berne : la faute aux gilets jaunes ! (Véronique Janod, Natixis)

Croissance en berne : la faute aux gilets jaunes ! (Véronique Janod, Natixis)

 

Il fallait s’y attendre les gilets jaunes vont devoir porter le chapeau de la nette diminution de la croissance (qui cependant a débuté au cours du premier semestre 2018 !). Ce que tente de démontrer l‘économiste de Natixis Veronique Janod. Qui reconnaît quand même l’environnement économique international reste très défavorable. (Interview la Tribune)

Quelles sont vos prévisions de croissance pour 2018?

VÉRONIQUE JANOD -  Pour 2018, nos prévisions de croissance sont à 1,5%. Elles ont été révisées mi-décembre à la baisse en raison du mouvement des « Gilets jaunes », qui a pesé progressivement sur l’activité à partir de mi-novembre ramenant nos prévisions à leur niveau antérieur. Pendant longtemps, notre prévision de croissance pour 2018 était à 1,5%.

Mais quand l’activité économique s’est révélée légèrement plus forte qu’attendu au troisième trimestre, notamment grâce aux promotions automobiles qui ont boosté la consommation cet été, nos prévisions avaient été relevées à 1,6%. Car, même en intégrant un contrecoup de la consommation au dernier trimestre, il semblait difficile de ne pas atteindre 0,3% de croissance de la consommation privée compte tenu du ralentissement attendu de l’inflation, du « Black Friday » et des fêtes de fin d’année. C’était sans compter le mouvement des « Gilets jaunes » qui a mis un terme à ces révisions.

Quel peut être l’impact du mouvement des « Gilets jaunes » sur la consommation ?

Désormais, le mouvement a duré assez de temps pour avoir un impact négatif perceptible au niveau macroéconomique sur la consommation privée. Elle devrait croître d’à peine 0,1% au dernier trimestre. Nous n’attendons toutefois pas de recul de la consommation, car les fêtes de Noël sont propices à la consommation et les blocages n’ont débuté que mi-novembre, n’affectant pas la première moitié du trimestre. Depuis les annonces du président de la République le 10 décembre dernier, le mouvement des « Gilets jaunes » s’affaiblit. Les deux derniers samedis du mois de décembre semblent avoir été plus favorables à la consommation. On pourrait donc enregistrer un certain rattrapage sur ces week-ends. In fine sur l’ensemble de l’année, la consommation privée sera en deçà de ce que l’on prévoyait avant le mouvement et devrait être proche de 0,9%.

Quelles sont vos perspectives pour cette nouvelle année ?

Pour 2019, nos prévisions de croissance ont été relevées de 1,4% à 1,8% suite aux annonces de décembre du gouvernement et du président. Si l’impact économique des « Gilets jaunes » est clairement négatif au dernier trimestre 2018, il devrait être positif en 2019. Le ralentissement, tout au long de l’année 2018, résultait en partie de l’affaiblissement du pouvoir d’achat des ménages induit par une forte remontée de l’inflation.

Or les concessions accordées par le gouvernement vont contribuer à réduire l’inflation, qui en parallèle profite déjà de la baisse du prix du pétrole au niveau mondial. La suspension durant toute l’année 2019 des hausses de taxes sur les carburants liées à la composante carbone et à la convergence diesel/essence et la stabilité des tarifs de l’électricité et du gaz jusqu’en juin vont contribuer à faire baisser l’inflation pour l’ensemble des acteurs économiques. Les prix du pétrole ont été très volatils l’année dernière avec une très forte augmentation jusqu’à début octobre suivie d’un effondrement. La stabilisation des prix du pétrole autour de 60 euros le baril contribuera également à faire diminuer l’inflation l’année prochaine. D’après nos prévisions, l’inflation (IPC) diminuera de 2,1% à 1,2% en moyenne en 2019, revenant à son niveau de 2017. Cet affaiblissement de l’inflation devrait jouer en faveur de la consommation.

Car au-delà de la baisse de l’inflation qui profite à tous, un certain nombre des mesures annoncées le 10 décembre (augmentation de la prime d’activité, défiscalisation de la prime exceptionnelle réservée aux salariés rémunérés en deçà de 3 SMIC, défiscalisation des heures supplémentaires, annulation de la hausse de 1,7 point de CSG pour les retraités percevant moins de 2.000 euros) vise spécifiquement à redonner du pouvoir d’achat aux ménages ayant les plus faibles revenus. In fine, plus de 11 milliards devraient être réalloués aux ménages, avec une volonté marquée du gouvernement de soutenir plus particulièrement les ménages disposant des revenus les plus faibles. Le montant total des mesures est non négligeable et devrait redonner du pouvoir d’achat aux ménages qui ont la plus forte propension à consommer. Conjugué à la baisse de l’inflation, on devrait avoir une importante hausse de la consommation en 2019, qui passerait selon nos prévisions de 0,9% à 2,1% sous réserve que les prix du pétrole restent en deçà de 65 euros le baril en fin d’année.

Au niveau de l’investissement, quelles sont vos prévisions ?

Concernant l’investissement, certaines sociétés ont été affectées par les blocages et les violences. Nous nous attendons donc à un ralentissement un peu plus marqué qu’initialement pressenti de l’investissement des entreprises au T4. L’investissement résidentiel était lui déjà en recul au T3 en rythme trimestriel. Il devrait néanmoins croître autour de 1,6% en moyenne annuelle. L’investissement des administrations publiques devrait également ralentir à 1% en 2018 contre de 1,4% en 2017. La contribution du commerce extérieur à la croissance devrait, quant à elle, être positive, proche de 0,6 point de pourcentage du PIB, les importations ayant nettement plus ralenti que les exportations.

Quels pourraient être les facteurs d’inquiétude qui pourraient peser sur la croissance ?

En 2018, les entreprises ont joué un rôle moteur pour la croissance. Avec la montée en puissance du CICE, des taux de financement relativement bas, les conditions sont restées relativement bonnes en 2018. Si la baisse de l’impôt sur les sociétés prévue en 2019 est en grande partie reportée, les entreprises étant appelées à contribuer à l’effort national pour redonner du pouvoir d’achat aux ménages, la transformation du CICE en baisse pérenne des cotisations sur les bas salaires a été maintenue. Cette mesure est un geste fort en faveur de l’activité des entreprises qui devrait permettre d’améliorer davantage leurs marges.

Par ailleurs les entreprises devraient continuer de profiter de la faiblesse des taux d’intérêt, le relèvement des taux directeurs par la BCE n’étant pas attendu avant décembre 2019. Sous réserve que la trêve de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine tienne, le cumul exceptionnel de la perception en 2019 du CICE sur l’activité de 2018 et de la baisse pérenne des charges devrait permettre de maintenir la dynamique de l’investissement des entreprises à un niveau proche de celui de 2017.

Si l’environnement financier devait demeurer porteur pour les entreprises, les inquiétudes concernant le marché du travail demeurent, en raison des difficultés persistantes d’adéquation entre les compétences recherchées par les entreprises et celles offertes par les demandeurs d’emploi, le chômage étant désormais proche de son niveau structurel. Le ralentissement de l’emploi n’a pas été initié par le mouvement des « Gilets jaunes ». Il a débuté dès le second trimestre 2018 et s’est accentué depuis.

Comme attendu les effets de la réforme du Code du travail mettent du temps à apparaître et ne sont perceptibles qu’à moyen long terme. Cela provient en partie du fait que les acteurs doivent se l’approprier, mais également du fait que les jugements prud’homaux révèlent les limites du nouveau Code du travail au regard du droit international (convention 158 de l’OIT et charte sociale européenne) remettant en cause l’idée d’un plafond légal du barème des dommages et intérêts dans le cas de licenciement abusif. En théorie, si la croissance en 2019 accélère comme nous l’attendons depuis l’annonce des mesures de décembre, les créations d’emplois devraient se poursuivre et légèrement accélérer.

Mais les problèmes d’appariement entre les qualifications offertes et demandes laissent craindre une dynamique moins favorable. Or les réformes récemment votées en matière de formation professionnelle et d’apprentissage, si elles vont dans le bon sens, ne vont pas apporter de réponses à court terme. La réduction du chômage demeure un véritable défi en France où il demeure bien supérieur au niveau européen. Face à l’impatience croissante en matière d’amélioration du marché du travail, le gouvernement se trouve dans une situation de plus en plus délicate à mesure que le temps passe pour poursuivre des réformes structurelles dans un environnement international qui devrait se dégrader en 2019.

La prolongation du mouvement des « Gilets jaunes » pourrait-elle avoir des répercussions sur le calendrier des réformes ?

Une autre source d’inquiétude est que le mouvement des « Gilets jaunes » a écorné la confiance des investisseurs étrangers en la capacité du gouvernement à réformer et à réduire les déficits et la dette qui va désormais continuer à augmenter ces prochaines années. À l’heure actuelle, avec le grand débat qui doit être lancé et durer jusqu’en mars, certaines réformes vont être reportées à l’instar de la réforme des institutions. La réforme des retraites a été décalée et celle portant sur l’assurance-chômage a été reportée de fin 2018 à début 2019. La vraie question est donc celle des marges de manœuvre du gouvernement pour continuer à réformer.

Au niveau international, Macron était perçu comme un chef d’état capable de réformer sans engendrer de grand mouvement de contestation. Avec les « Gilets jaunes », le pays a connu l’inverse. Une mobilisation relativement modérée, les manifestants n’ayant jamais atteint plus de 300.000 personnes dans toute la France selon le ministère de l’Intérieur, est parvenue à obtenir d’importantes concessions en termes financiers de la part du gouvernement en raison du fort soutien que ce mouvement a su obtenir de l’opinion publique.

Au niveau international, quels sont les principaux facteurs d’inquiétude ?

Contrairement à début 2018, le facteur d’inquiétude principal concerne l’environnement économique international. À l’instar de ses voisins, la France devrait connaître un environnement international nettement moins porteur. Au niveau du commerce extérieur, les sources d’inquiétudes s’accumulent progressivement. Le ralentissement économique en Chine contribue à rendre l’environnement international moins porteur, affectant naturellement la demande adressée à la France. Compte tenu du développement croissant de la Chine, les politiques économiques visant à relancer l’économie chinoise devraient être plus délicates à mener que par le passé, l’environnement international pourrait de ce fait demeurer plus durablement moins porteur.

En parallèle, les tensions commerciales demeurent au niveau international en raison de la guerre commerciale sino-américaine. Pour l’instant le commerce international profite de la trêve démarrée début décembre pour 90 jours mais les incertitudes persistent, le président américain est déjà revenu sur certaines décisions par le passé. En Europe, le Brexit rajoute des incertitudes. Le Royaume-Uni reste un partenaire d’échanges important pour la zone euro et plus particulièrement pour la France. Au-delà, le ralentissement des principaux partenaires commerciaux de la France, notamment l’Allemagne et l’Italie, devrait avoir des répercussions sur l’économie française.

Etudiants : trop de fautes d’orthographe

Etudiants : trop de fautes d’orthographe

A l’université, dans les écoles d’ingénieurs on s’inquiète de lacunes en matière d’orthographe de la part des étudiants. Certaines universités ont même rétabli des exercices de dictée ! A l’école d’ingénieurs Ecam à Lyon (Rhône) on a décidé de conditionner désormais la validation des examens à l’obtention d’un score minimal au certificat Voltaire, un quiz d’orthographe basé sur le même principe que le TOEFL ou le TOEIC en anglais. « On est parti du constat qu’on demandait une certaine qualification en anglais, l’acquisition d’un minimum de 750 points au TOEIC, mais rien en langue française. Or on forme des ingénieurs avec des compétences scientifiques qui sont aussi des manageurs devant savoir communiquer, faire preuve d’aisance à l’oral comme à l’écrit », argumente Sophie Mathé, responsable du pôle formation humaine à l’Ecam. Jusqu’à présent, la grande école faisait passer les 195 questions semées de pièges à ses futurs ingénieurs généralistes bac + 5, sans imposer d’objectif de résultat. Lors de la session d’examens en mai prochain, les élèves en première année, qui se seront entraînés au préalable sur logiciel, devront décrocher au moins 400 points sur 1 000 possibles. S’ils n’y parviennent pas, ils auront encore deux ans pour repasser l’épreuve. Sauf catastrophe ou lacunes vraiment trop profondes, personne ne devrait donc rester sur le carreau. Le niveau exigé n’a rien d’exceptionnel, il est jugé moyen par l’école qui, dès 2016, pourrait l’élever d’un cran, à 500 points. Martin fait partie des 150 pionniers qui plancheront solennellement au printemps. « Cela met une petite pression car l’orthographe n’est pas mon fort. Mais je sais que je peux y arriver en bossant. J’y vois surtout une chance de progresser », confie ce jeune âgé de 20 ans.  En 2013, c’est l’école d’ingénieurs Eseo , présente notamment à Angers (Maine-et-Loire), qui imposait déjà cette maîtrise des subtilités du français. Le choix de l’Ecam s’inscrit dans une tendance plus générale dans l’enseignement supérieur, qui prend conscience d’une chute de compétences en grammaire ou conjugaison depuis deux décennies. « Pendant longtemps, on n’a pas fait d’orthographe après le bac parce qu’on considérait que tout était acquis. Mais comme le nombre d’heures de français enseignées a nettement baissé, il faut bien combler les insuffisances qui font souffrir aujourd’hui les entreprises », estime Pascal Hostachy, patron de la société ayant mis au point le certificat Voltaire.  « On est face à une génération très vive, centrée sur les nouvelles technologies, avec un profil d’étudiants polyvalents mais dont le niveau de vigilance par rapport à l’orthographe est moins élevé qu’autrefois. Il y a des mots de liaison, des accents, de la ponctuation qui se perdent », observe Sophie Mathé. Des erreurs qui peuvent coûter cher, une embauche par exemple. « Une candidature truffée de fautes passe directement à la benne », prévient Guillaume Faux, du site d’offres d’emploi en ligne CareerBuilder. « Les recruteurs se retrouvent tous plus ou moins avec des parcours similaires. L’orthographe peut vraiment faire la différence », assure l’expert.

 




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