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Mélenchon : faiseur de rois d’un jour ?

Mélenchon : faiseur de rois d’un jour ?

 

En mal sans doute d’analyse structurelle de la société, un article de Françoise Fressoz du « Monde » transforme Mélenchon en nouveau pôle d’équilibre de la politique française.Un article un peu superficiel qui oublie de prendre en compte le décalage immense qu’il y a entre les leaders politiques et leurs électeurs. Il n’y a pas de doute que ses électeurs de Mélenchon  vont peser de manière significative sur le résultat de la présidentielle. Mais pas de la manière dont Mélenchon l’envisage. Ce dernier a en effet déclaré qu’il ne fallait pas une seule voix à Marine Le Pen. Or en gros d’après les sondages d’opinion les sélecteurs de Mélenchon vont se diviser en trois groupes à peu près équivalent : ceux qui s’abstiennent , ceux qui vont se reporter sur Le Pen ceux qui vont se reporter sur Macron. Sitôt l’élection passée, Mélenchon va retourner dans le rang d’autant que les législatives lui seront moins favorables.La recomposition politique évoquée par l’article du « Monde » fait l’impasse désormais la porosité des votes politiques tout autant que de la fragilité des convictions. Un seul exemple la rapidité avec laquelle les électeurs communistes sont passés chez Le Pen

 

Chronique. 

Si le communiste Fabien Roussel ne s’était pas présenté à l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon aurait réalisé le rêve de sa vie : il serait parvenu, dimanche 10 avril, à se qualifier pour le second tour et, ce faisant, à détrôner Marine Le Pen au terme d’un long parcours politique qui l’aura mené de l’extrême gauche à L’Union populaire, en passant par le Parti socialiste (PS), puis par le Parti de gauche.

Le cactus Roussel n’est pas un accident. Il est le fruit des relations conflictuelles que le leader des « insoumis » entretient avec le reste de la gauche, y compris avec celle dont il est supposé être le plus proche : les communistes, qui avaient, au début, misé sur lui pour tenter d’enrayer leur inexorable déclin, se sont sentis entraînés dans une aventure personnelle qui menaçait leurs alliances électorales. Ils ont rompu. Les comptes finissent toujours par se solder.

Au soir du premier tour, le seul gain apparent pour Jean-Luc Mélenchon est d’être monté d’une marche. De la quatrième place en 2012 et 2017, il s’est hissé à la troisième en 2022, grâce à une constante progression de ses voix : il avait enregistré 11,1 % des suffrages exprimés il y a dix ans, était passé à 19,6 % il y a cinq ans et grimpe cette fois à près de 22 %. Au vu de cette dynamique, il suffirait presque qu’il se montre patient pour 2027 si l’âge aidant – 70 ans –, le candidat ne se voyait désormais davantage en passeur qu’en conquérant.

La place de troisième homme n’est pas la plus confortable dans le système électoral français qui, de la présidentielle aux législatives, vise à favoriser la bipolarisation de la vie politique. François Fillon qui l’avait occupée en 2017 a disparu des radars ; François Bayrou, qui s’y était élevé en 2007, n’a pu accomplir son projet qu’en se ralliant à Emmanuel Macron dix ans plus tard. Cette fois, pourtant, Jean-Luc Mélenchon peut espérer compter bien davantage que tous ses prédécesseurs.

Le premier effet de ses 22 % est en effet de dynamiter la représentation symbolique de la recomposition politique voulue par les deux finalistes. Depuis 2017, Emmanuel Macron et Marine Le Pen s’accordent à dire que le clivage gauche-droite est désormais supplanté par la fracture entre progressistes et nationalistes, organisée autour d’une vision antagonique de la construction européenne. La dynamique Mélenchon perturbe le récit : elle comporte certes une composante eurosceptique importante, mais elle se nourrit surtout du refus du match annoncé Macron-Le Pen, de la préoccupation écologique, très prégnante chez les jeunes et d’un antilibéralisme qui a toujours été vigoureux dans la gauche française.

 




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