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Télécoms : France, Italie et Espagne veulent faire payer les géants du numérique

Télécoms : France, Italie et Espagne veulent faire payer les géants du numérique

La France, l’Italie et l’Espagne veulent un projet européen de réglementation garantissant que les géants du numérique contribuent au financement des infrastructures de télécommunications.

Plus de la moitié du trafic Internet est aujourd’hui monopolisée par Google, Facebook, Netflix, Apple, Amazon et Microsoft, affirme une étude réalisée pour le compte de l’ETNO. Les opérateurs estiment que cela leur coûte chaque année entre 15 et 28 milliards d’euros par an.

Et selon une autre étude publiée plus tôt, une contribution annuelle de 20 milliards d’euros de la part des géants du numérique pourrait donner un coup de pouce de 72 milliards d’euros à l’économie européenne.

Cette fois-ci, dans un document commun, dont Reuters a pu consulter une copie, Paris, Rome et Madrid soulignent que les six principaux fournisseurs de contenus numériques représentant 55% du trafic sur internet.

« Cela entraîne des coûts spécifiques pour les opérateurs télécoms européens en matière de capacité, dans une période durant laquelle ils investissent déjà massivement dans les parties les plus coûteuses des réseaux 5G et fibre », est-il écrit.

France, Italie et Espagne exhortent l’exécutif européen à proposer un projet de loi « garantissant que tous les acteurs du marché contribuent aux coûts des infrastructures numériques », est-il ajouté dans le document.

Deux représentants du gouvernement italien ont confirmé les détails du document conjoint. Aucun commentaire n’a pu être obtenu dans l’immédiat auprès des gouvernements français et espagnol.

« Renationalisation « EDF : tout reste à faire

« Renationalisation « EDF : tout reste à faire

Cette « renationalisation »n’est que la première étape d’un processus de redressement de l’entreprise qui s’annonce long et difficile estime un papier du Monde

 

Ce papier du Monde  évoque une partie de la problématique EDF. Mais pour l’instant, cette renationalisation ne change pas grand chose puisque l’État détenait déjà près de 85 % du capital. Si la question est stratégique,  elle est  aussi surtout financière; de ce point de vue  il ne faudrait pas que le gouvernement se limite comme pour la SNCF aux seuls changements juridiques et à une prise en compte partielle  de l’endettement et du financement des investissements. NDLR

 

Se préparer à l’après-pétrole, consolider l’avantage du choix du nucléaire, renforcer les fonds propres et rééquilibrer le bilan comptable d’EDF. Tels étaient les arguments mis en avant en 2005, à la veille de la privatisation de l’entreprise, par le ministre de l’économie de l’époque, Thierry Breton.

Dix-sept ans plus tard, le gouvernement s’appuie sur les mêmes éléments de langage pour emprunter le chemin inverse, en faisant du groupe une entreprise à nouveau publique à 100 %, comme l’a confirmé, le 6 juillet, la première ministre, Elisabeth Borne, dans sa déclaration de politique générale. Cette ironie en dit long sur l’état dans lequel se trouve la filière nucléaire française, qui, faute de cap, donne le sentiment d’effectuer un retour vers le futur.

Cette décision est censée marquer la fin d’une séquence des plus chaotiques, qui laisse notre fleuron national en piteux état. Au cours de la dernière décennie, EDF a accumulé les revers. Le groupe a été ballotté, de revirements en reniements, sur la place que doit occuper le nucléaire dans notre mix énergétique.

Les réacteurs de dernière génération sont devenus des gouffres financiers du fait de retards récurrents. Le parc nucléaire, vieillissant et défectueux, fonctionne à la moitié de ses capacités, alors que la crise énergétique est à son acmé. Face à l’envolée des tarifs, l’électricien a, sur ordre de l’Etat, financé un bouclier énergétique sur ses propres deniers au détriment de ses capacités d’investissement.

C’est une entreprise surendettée et gravement fragilisée sur le plan tant financier que stratégique qui est donc appelée à retourner à part entière dans le giron de l’Etat. Cette décision s’impose aux pouvoirs publics au moment où EDF n’a clairement plus les moyens de répondre aux ambitions qui lui ont été fixées. Entre la mise à niveau du parc, la soutenabilité de sa dette, son développement à l’international comme sur les énergies renouvelables et le financement des six réacteurs de dernière génération que le président de la République appelle de ses vœux, l’entreprise n’a plus d’autre choix que de s’abriter derrière l’Etat pour faire face à ces enjeux.

Il est heureux que le gouvernement prenne enfin la mesure de l’urgence de la situation. En décidant sans délai de ce mouvement capitalistique, tout en anticipant la fin du mandat de l’actuel PDG, Jean-Bernard Lévy, l’Etat montre qu’il est résolu à tourner la page de cette séquence désastreuse. Cette pseudo-nationalisation n’est cependant en rien une garantie que la filière nucléaire va reprendre la maîtrise de son destin. Au cours des dernières années, les augmentations de capital se sont succédé sans donner de perspectives claires à EDF. Outre d’argent, le groupe a besoin de cohérence et de rigueur industrielle.

Bruno Le Maire, le ministre de l’économie et des finances, explique que l’opération est un choix stratégique « parce que l’indépendance énergétique n’a pas de prix ». Certes, mais elle a un coût, et le gouvernement va devoir expliquer comment il compte l’assumer et quel sera son impact sur les ménages français. Ceux-ci doivent prendre conscience que, quelles que soient les options retenues, l’électricité va coûter de plus en plus cher. Raison de plus pour remettre davantage de rationalité dans une filière qui en a cruellement manqué ces dernières années.

Les apparences sont trompeuses : reprendre le contrôle à 100 % du capital d’EDF ne constitue pas un retour au bon vieux temps du monopole public, il ne s’agit, en réalité, que de la première étape d’un processus qui s’annonce long et difficile.

Macron et Poutine : 50 heures de bavardage pour quoi faire ?

Macron et Poutine : 50 heures de bavardage pour quoi faire ?

 

La presse a révélé une grande partie des conversations entre Macron et Poutine concernant la situation en Ukraine. Une discussion qui a tourné en permanence avec la réinterprétation de l’histoire par Poutine qui n’a cessé de justifier son opération dite spéciale par référence à la nécessité de rétablir la Grande Russie historique  humiliée par l’Occident après la perte  d’une partie de son territoire. De son côté,  Macron a passé son temps à essayer de convaincre Poutine d’engager des négociations d’abord pour éviter la guerre ensuite pour la contrôler puis pour y  mettre fin.
En vérité un véritable dialogue de sourds pour deux raisons;  Poutine n’a pas de considération particulière vis-à-vis de Macron qu’il considère comme un second couteau. D’une manière générale même,  il méprise tout ce qui est Occident, démocratie et leurs leaders. Encore davantage quand il s’agit d’un personnage qui joue la mouche du coche.

En effet Macron est sans doute moins préoccupé de la situation de l’Ukraine que de son propre rôle dans l’histoire. Il a cherché en vain à incarner le leader occidental capable de négocier la paix avec Poutine.

Mais les discussions ont montré que Poutine avait toujours pris ses décisions sans tenir le moindre compte des contacts qu’il pouvait avoir avec Macron. Pire,  il n’a cessé de mentir sur ses intentions. La multiplication de ces conversations entre Macron et Poutine ont surtout permis au dictateur russe d’entretenir un pseudo vernis diplomatique.

Pour parler vulgairement Macron en permanence s’est fait rouler dans la farine. Maintenant il a changé complètement son fusil d’épaule pour tenter de ce réconcilier avec le président de l’Ukraine qui a fortement critiqué les initiatives de la France. En fait, ce en même temps de Macron sur le plan diplomatique a largement discrédité le rôle de conciliateur qu’il entendait jouer.

Comme en politique intérieure, Macron ne doute nullement de ses très hautes compétences malheureusement les réalités le ramènent à ses capacités réelles. En politique intérieure, comme politique internationale, le bilan de Macron est catastrophique.

En cause , le fait de son inexpérience totale car parvenue au haut niveau de la magistrature suprême sans aucune expérience politique et un âge qui le prive de la maturité nécessaire pour gérer de tels enjeux.

La France a élu un président immature. Un président largement aidé et promu par les milieux financiers qui certes bénéficie d’une légitimité démocratique mais dont la légitimité politique est contestée par 60 à 70 % des Français. Macron finira aussi détesté que Louis XV et pour des raisons assez identiques  son ignorance et son mépris finalement des réalités du peuple. Macron est passé comme Louis XV du statut de bien-aimé au début à celui de mal-aimé. 

Ne pas faire payer à l’Afrique le conflit en Ukraine

Ne pas faire payer à l’Afrique le conflit en Ukraine

 

Le secrétaire général adjoint des Nations unies aux affaires humanitaires Martin Griffiths  s’inquiète pour le Mali et la Corne de l’Afrique, où les programmes d’aide peinent à être financés.

D’une manière générale toute l’Afrique subit le contrecoup de la guerre en Ukraine qui accélère la croissance de l’inflation. En cause la trop grande dépendance de l’Afrique aux importations. 

 

« Ne pas être les victimes collatérales d’une guerre qui ne nous concerne que de loin », c’est en substance le message relayé par les dirigeants africains qui s’alarment des risques de pénuries de céréales et d’engrais induites par le conflit en Ukraine. En effet, le continent subit de plein fouet le blocus des exportations en provenance de Russie et d’Ukraine. Martin Griffiths, le secrétaire général adjoint des Nations unies aux affaires humanitaires, est l’un de ceux qui tentent de débloquer cette situation.

L’Afrique s’inquiète des conséquences de la guerre en Ukraine, notamment les pénuries de céréales, d’engrais et l’inflation des prix alimentaires. Que peuvent faire les Nations unies dans ce contexte ?

Le secrétaire général [Antonio Guterres] s’est rendu fin avril à Moscou et à Kiev, où il a discuté de ces questions avec les présidents Poutine et Zelensky. A son retour, il a demandé à Rebecca Greenspan, la secrétaire générale de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), de travailler à lever les obstacles aux exportations de céréales et d’engrais russes, qui ne font pas l’objet de sanctions. Un certain nombre de blocages concernent par exemple les transactions bancaires, les polices d’assurance ou le transport.

Le secrétaire général m’a également sollicité pour trouver un accord afin que les navires transportant les céréales ukrainiennes puissent quitter Odessa et les autres ports du pays en toute sécurité. L’Ukraine a environ 20 millions de tonnes de céréales prêtes à être exportées et nous devons les faire sortir avant la nouvelle récolte pour libérer de l’espace dans les entrepôts.

Jusqu’à présent, la réponse au travail de Rebecca Greenspan a été très constructive. L’Union européenne et les Etats-Unis sont favorables à la levée des obstacles pour que tout le monde puisse bénéficier des céréales et des engrais russes. J’ai aussi eu des négociations très positives avec les deux parties et j’espère pouvoir convoquer une réunion à Istanbul d’ici trois semaines pour finaliser un accord sur les exportations ukrainiennes. D’autant que ce n’est pas seulement un problème africain, c’est un problème mondial.


L’OMC, pour quoi faire face aux crises ?

L’OMC, pour quoi faire face aux crises ? 

 

 

L’Organisation mondiale du commerce, réunie du 12 au 17 juin, paralysée par le retour des souverainetés économiques, tente de trouver une nouvelle légitimité dans la résolution des crises sanitaire, alimentaire et environnementale, observe Julien Bouissou, dans Le Monde.

 

Une tribune pas vraiment convaincante à propos d’une mutation de l’organisation mondiale du commerce d’une part devant l’ampleur des crises , d’autre part devant la multiplication des accords commerciaux entre pays ou groupe de pays .Par ailleurs voit mal l’OMC, championne de la mondialisation neo-libérale, passer à un rôle de régulateur prenant en compte la transition énergétique et la régulation des ressources alimentaires. NDLR

 

L’Organisation mondiale du commerce (OMC) se cherche une nouvelle identité qui ne se résume pas à éliminer les barrières douanières ou à régler les litiges commerciaux entre pays. La douzième conférence ministérielle, qui s’est achevée à Genève vendredi 17 juin, a été l’occasion pour l’OMC de conclure quelques accords dans les domaines de la pêche ou des brevets. Mais cette réunion a surtout été le moment de se montrer indispensable dans la résolution des crises qui secouent la planète, de la protection de la biodiversité à la sécurité alimentaire.

Dans son long discours de clôture, la directrice générale de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala, n’a pas prononcé une seule fois les mots « droits de douane », n’a rien dit sur les perturbations des chaînes d’approvisionnement ou sur la flambée des prix du transport maritime. En revanche, elle a assuré que l’OMC pouvait traiter des questions relatives aux « biens communs », avant de se féliciter d’avoir signé « un accord axé sur la durabilité environnementale », puis de conclure que le commerce « faisait partie de la solution de notre temps ».

De fait, la réponse à la crise alimentaire se trouve en partie dans le commerce, en maintenant par exemple l’approvisionnement en blé dans les pays importateurs, malgré la guerre en Ukraine et le blocus de la mer Noire, ou en dissuadant les Etats d’imposer des restrictions à leurs exportations. Grâce à un accord qui vient d’être signé à Genève, le Programme alimentaire mondial (PAM) sera exonéré de ces restrictions et pourra acheter des matières premières agricoles dans tous les pays.

Si, comme le redoutent les experts, les pandémies mondiales seront plus fréquentes, l’OMC a aussi un rôle à jouer dans la facilitation des échanges de matériel médical. L’institution de Genève a négocié un accord, certes fragile et limité, mais qui pourrait servir de modèle lors des prochaines pandémies. Il autorise des pays en développement à fabriquer des vaccins contre le Covid-19, sans l’autorisation des titulaires des brevets, et pour une période limitée de cinq ans.

Enfin, l’OMC a voulu montrer qu’elle pouvait participer à la protection de la biodiversité en éliminant les subventions destinées aux pêcheurs qui surexploitent certaines populations de poissons. L’accord trouvé à Genève se limite toutefois aux espèces déjà menacées.

Le nouveau contexte international oblige l’OMC à changer de raison d’être. Depuis sa création, en janvier 1995, les échanges commerciaux ont doublé de volume et les tarifs douaniers ont baissé en moyenne de 9 %. Cette période d’hypermondialisation, qui a duré jusqu’à la crise financière de 2008 et 2009, s’est traduite par une hausse des échanges, mais aussi par de nombreuses délocalisations et des destructions d’emplois dans les pays riches. Les entreprises multinationales ont tiré avantage d’une main-d’œuvre à bas coût des pays en développement, en tissant des chaînes de valeur complexes – et fragiles – à travers le monde.

La délibération »: Ou l’art de faire société

La  délibération »: Ou l’art de faire société

A rebours des conceptions de la démocratie qui réduisent la décision politique au décompte des votes, la théorie délibérative mise sur la capacité des citoyens à trouver ensemble des solutions d’intérêt général, par l’information et la discussion.

Claire Legros du » Monde » revient sur cet art de faire société ensemble via  le processus  indispensable de la Délibération ( Processus autrement plus complexe que la sollicitation dans  des commissions bidon ou  via le dépôt d’un bulletin dans l’urne).

Associer plus étroitement les citoyens à la décision publique et organiser la concertation sur les enjeux qui les concernent. L’idée est à l’ordre du jour, en réponse à l’abstention électorale et à l’érosion des partis traditionnels. Au cœur de cette réflexion, la notion de délibération suscite un intérêt renouvelé face aux choix complexes imposés par la crise environnementale. Certains préconisent un « continuum délibératif », intégré à la future « planification écologique »comme France Stratégie, d’autres plaident pour un « un tournant délibératif de la démocratie française », comme l’ancien président du Conseil économique et social Patrick Bernasconi.

Mais de quelle délibération parle-t-on, qui y participe et comment l’organiser ? Cette notion ancienne, ferment de la démocratie, fait l’objet d’une littérature prolifique et évolue selon les époques. « Les mots qui désignent ce débat public, sa place exacte et, en particulier, la façon dont il peut impliquer la multitude ont différé grandement selon les contextes », note le politiste Yves Sintomer dans la revue Participations, en 2011.

Les premiers textes datent de la Grèce antique et placent le débat public des citoyens – réservé aux hommes libres – au centre du processus de décision politique. Aristote voit dans la délibération, individuelle ou collective, la condition d’une action libre et réfléchie, au contraire de l’impulsion. Mais se pose déjà la question de la qualité de la discussion collective, et du risque de manipulation des foules par celui qui parle le mieux. Cette crainte conduira plus tard les cités-Etats italiennes à réserver le débat public à un cercle restreint.

A partir du XVIIIe siècle, la délibération, « à savoir un débat bien mené considérant toutes les données d’un problème et menant le cas échéant à la prise de décision » devient dans les démocraties modernes l’affaire d’une « aristocratie élective distincte du peuple dans son ensemble », souligne Yves Sintomer, « l’opinion des masses étant toujours suspecte de verser dans l’irrationnel ». Pourtant, dès le milieu du XIXe siècle, le philosophe anglais John Stuart Mill interroge ce modèle (Considérations sur le gouvernement représentatif, 1861), affirmant que la démocratie représentative implique, au-delà du vote, une participation active des citoyens à la délibération. L’idée d’un nécessaire « espace public », où chacun peut peser sur les décisions qui le concernent, à travers notamment les médias et les partis politiques, sera synthétisée un siècle plus tard par le philosophe allemand Jürgen Habermas.

Europe -Une Communauté politique pour quoi faire ?

Europe -Une Communauté politique  pour quoi faire ? 

Alors que la désaffection à l’égard du projet de construction européenne va croissant, Emmanuel Macron propose de renforcer la dimension politique de l’Europe. Par Florent Parmentier et Florent Marciacq.

 

La question se pose cependant de savoir si la priorité est de renforcer la coopération avec quelques pays moteur au lieu d’étendre  indéfiniment le champ géographique de pays qui n’ont pas grand-chose à voir ensemble. En tout cas la proposition de Macron n’a guère été accueillie avec enthousiasme . Une nouvelle institution qui ressemble fortement à une salle d’attente pour que les candidats à l’union européenne prennent leur mal en patience! NDLR

 

À Strasbourg, Emmanuel Macron a proposé aux « nations européennes démocratiques adhérant à notre socle de valeurs » de « trouver un nouvel espace de coopération politique, de sécurité, de coopération », le 9 mai 2022.

La guerre à laquelle nous assistons en Ukraine impose de nouvelles réalités géopolitiques au continent et bouscule les Européens dans leurs certitudes. Elle affecte leur rapport à la sécurité, à leurs voisinages et met l’UE au défi de redéfinir les tenants de la construction européenne. La question ukrainienne – jadis chasse gardée d’États membres frontaliers aujourd’hui exposés à un flux massif de réfugiés - est devenue à proprement parler un enjeu politique pour l’ensemble du continent. Au-delà de l’aide humanitaire, financière et militaire qu’il conviendra de fournir à Kiev pour de nombreuses années, c’est avant tout par une initiative politique que les Européens doivent se réinscrire dans leur histoire et leur géographie et, ainsi, répondre aux défis de notre époque, tant à l’est de l’Union que dans les Balkans occidentaux.

La « communauté politique européenne », proposée par Emmanuel Macron ce 9 mai à Strasbourg vise à relever ce défi. François Mitterrand aimait à dire que la géopolitique de l’Europe a besoin d’une théorie des ensembles. Cette communauté politique européenne peut-elle dès lors connaître un autre sort que la Confédération européenne imaginée et portée par le président français entre 1989 et 1991 ? Sans doute, à condition de dépasser le projet d’origine, de l’adapter aux nouvelles réalités des années 2020, et d’en faire la tête de pont politique du projet européen, pour qu’en son sein grandisse une nouvelle génération de citoyens partageant une seule et même culture démocratique.

Dans les semaines qui viennent, l’enjeu, en somme, sera de dessiner les contours d’une Confédération des citoyennes et des citoyens européens qui contribue à la fois à l’approfondissement et à l’élargissement de la construction européenne, et à la constitution d’un nouvel ordre politique européen compatible avec les acquis de l’Union.

De la confédération européenne à la communauté politique européenne

Les périodes de changements profonds de l’ordre européen sont favorables à l’émergence de nouvelles idées. Celle de Confédération européenne a pris naissance en 1989 dans le contexte d’une Europe encore divisée, d’un approfondissement fort de la construction européenne et de vives préoccupations à l’est.

Pour prometteur qu’il fût, le projet s’est vite heurté à plusieurs craintes, notamment celle de n’offrir aux pays de l’Est qu’une perspective d’Europe à deux vitesses, ou d’une alternative au rabais à l’adhésion à la Communauté européenne.

Et, de fait, la Confédération européenne n’était-elle pas pour une Europe de l’Ouest parfois frileuse, en particulier la France « gardienne du temple », le moyen de reléguer durablement l’Europe centrale et orientale en dehors d’une Europe soucieuse de sa consolidation ? Dans cette perspective, la proposition d’Emmanuel Macron ne revient-elle pas à écarter dans les faits l’adhésion rapide de l’Ukraine à l’UE, et ce faisant, ne crée-t-elle pas une nouvelle antichambre dans laquelle les pays de l’Est (Ukraine, Géorgie, Moldavie) et ceux des Balkans occidentaux (Albanie, Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Macédoine du Nord, Monténégro, Serbie) seront invités à patienter de nombreuses années encore ?

L’élargissement de l’Union européenne

Pour tous ces États, l’adhésion pleine et entière à l’UE reste un objectif important, mais à moins de réviser les critères de Copenhague, elle ne peut constituer qu’un objectif à long terme, incertain, que les États membres eux-mêmes n’hésitent pas à rendre plus difficilement atteignable. Les pays des Balkans occidentaux en font les frais depuis deux décennies, sans que leurs perspectives d’adhésion à l’UE ne se précisent.

L’un d’eux, la Macédoine du Nord, a même accepté de changer de nom afin de lever le véto brandi par la Grèce au sein du Conseil, avant de se voir injustement bloqué par la Bulgarie.

Le dogme de Copenhague et la logique intergouvernementale qui prévaut depuis le traité de Lisbonne rendent tout raccourci vers l’adhésion tout à fait illusoire. En principe fondée sur le mérite, la politique d’élargissement, aujourd’hui, nourrit avant toute chose d’immenses frustrations dans les Balkans occidentaux. Son expansion dans les mêmes termes aux pays d’Europe orientale ne palliera pas le manque de crédibilité de l’UE, qui fait le jeu de puissances rivales (Russie, Chine, Turquie). Bien au contraire, elle risque d’approfondir les vulnérabilités communes.

 

Mais des solutions existent, car l’Europe se construit de plus en plus au travers d’une intégration différenciée. Force est de constater qu’aujourd’hui, certains pays se sont déjà placés dans cette position de moindre intégration – en n’appartenant pas à la zone euro, à Schengen ou à l’Europe de la défense. D’autres participent à ces politiques sans pour autant bénéficier du statut d’État membre. Si elle soulève des questions tout à fait légitimes en termes de cohérence, l’intégration différenciée offre des marges de manœuvre permettant d’élargir la construction européenne tout en contribuant à son approfondissement. L’Europe en 2022 doit être pensée à l’aune de cette logique d’approfondissement différenciée.

C’est ici que les réflexions d’Enrico Letta, qui reprend à son compte le concept mitterrandien de confédération européenne, prennent tout leur sens. Il s’agit pour lui, comme pour Emmanuel Macron, de penser l’avenir de l’Europe au travers d’une théorie des ensembles et de projets concrets, qui ne remplacent pas le processus formel d’adhésion à l’UE, mais qui le complètent, le renforcent. On peut en critiquer les modalités, mais le propre des bons projets est de répondre à une grande question, en l’occurrence, comme le rappelle le président français : « Comment organiser l’Europe d’un point de vue politique et plus large que l’UE ? »

Une adhésion immédiate étant illusoire, comment reconnaître dès aujourd’hui l’appartenance des citoyens d’Ukraine et des autres pays d’Europe orientale et balkanique à une famille européenne partageant un même un projet politique ? Comment répondre à leurs aspirations de citoyenneté et de démocratie européenne ? Et comment le faire tout en préservant l’unité de notre continent et la solidité de l’Union ?

Au cours de ces vingt dernières années, l’Union s’est considérablement approfondie et, malgré les crises, s’est élargie successivement en 2004, puis 2007 et enfin 2013. Mais cet approfondissement n’a pas été uniforme. Il a sans conteste contribué à la consolidation de l’Europe des marchés, avec des mesures d’intégration de plus en plus poussées, et de celle de l’Europe des techniciens, élargissant toujours plus le champ de l’acquis communautaire.

Cet accent mis sur l’approfondissement de ces deux Europes, et la confiance portée à la logique fonctionnaliste, a longtemps négligé la vocation politique de la construction européenne. La réaction d’une partie des peuples européens, tout à fait prévisible à la lecture de John Dewey ou Jürgen Habermas, s’est dès lors portée vers une désaffection grandissante à l’encontre du projet de construction européenne.

Elle s’est aussi traduite par une montée des populismes, une contestation du rôle des experts, une résurgence des nationalismes et plus généralement une crise de nos démocraties. Cet effort d’intégration dans les domaines des marchés et du droit a beaucoup apporté à l’Europe, mais le réel approfondissement, aujourd’hui plus qu’en 1989, réside en ces logiques d’intégration visant à doter l’Europe d’une âme politique et les Européens d’une conscience active de leur citoyenneté européenne.

 

Le premier dilemme auquel l’Europe fait face est donc celui d’un rééquilibrage de ses approfondissements, pour qu’à terme émerge un ordre politique proprement européen, animé par une conception supranationale de la démocratie européenne et habité par des citoyens européens se percevant avant tout comme Européens.

Ce nouvel ordre politique d’une Europe des citoyennes et des citoyens reste à bâtir. Mais il transcende le dilemme qui suggère qu’un nouvel élargissement de l’UE mettrait en péril son approfondissement. Ces vingt dernières années, l’UE a presque doublé le nombre de ses États membres – et perdu l’un d’entre eux, avec le Brexit en 2020. Malgré des fragilités, l’UE fait aujourd’hui face à des crises historiques. Ses précédents élargissements ne se révèlent en aucune manière comme des faiblesses, bien au contraire. Et pourtant, ce dilemme reste un frein puissant à l’élargissement, puisque l’adhésion de nouveaux États membres soulève des questions quant à la constitution d’une Europe politique. Mais comment celle-ci peut-elle donc voir le jour, si ce qui prime en matière d’intégration européenne à la fois entre les États membres et avec les pays d’Europe orientale et balkanique reste les logiques d’intégration par le marché et le droit ? Avec la Communauté politique européenne, l’enjeu est de sortir l’UE et ses voisinages de l’ornière dans laquelle ils se trouvent.

La guerre en Ukraine est un moment charnière mettant au défi l’UE dans sa capacité à se réinventer. Il ne s’agit plus seulement de faire preuve de résilience. Si l’UE peut être tentée de privilégier le temps long, elle doit également donner à court terme des impulsions stratégiques. Ce dilemme portant sur le temps est essentiel, compte tenu de l’érosion dramatique de la crédibilité de l’UE en matière de politique d’élargissement dans les Balkans occidentaux.

C’est en gardant ces dilemmes en tête que l’idée mitterrandienne de Confédération européenne peut aujourd’hui servir de source d’inspiration : quelle forme cette nouvelle Confédération – ouverte aux pays non membres de l’UE – pourrait-elle prendre pour répondre aux défis historiques se posant en Europe ?

Avant toute chose, il importe de concevoir cette Confédération comme une contribution à l’approfondissement de la construction européenne dans un domaine essentiel auquel l’UE peine à œuvrer : la constitution d’un dèmos européen. La Confédération européenne doit en quelque sorte servir de berceau pour une nouvelle génération de citoyens européens, qu’il conviendra d’éduquer en tant que tel, au travers de projets concrets. Dans les écoles des États membres de la Confédération, l’enseignement de la citoyenneté démocratique, de l’histoire, de la culture, de l’éthique et des langues européennes devra faire partie intégrante du programme éducatif national. La Confédération aura pour mission d’éveiller la conscience politique des jeunes Européens et de favoriser l’émergence d’une culture démocratique européenne. Elle touchera donc à des prérogatives que se réservent les États membres de l’UE, mais pourra pour cela s’appuyer sur des bases posées par le Conseil de l’Europe.

Pour bâtir cette nouvelle génération d’Européens, la Confédération pourra appuyer son programme politique sur la mobilité, surtout à un âge où se forment les identités des jeunes citoyens (dès 12 ans). Des programmes d’échanges confédéraux pourraient permettre aux adolescents de faire l’expérience de la mobilité européenne, de nouer des amitiés dans les autres pays et de concevoir leur engagement citoyen à l’échelle du continent. Ces programmes existent aujourd’hui sous formes volontaristes ou bilatérales (l’Office franco-allemand pour la Jeunesse par exemple), alors qu’ils devraient servir de levier d’Archimède pour l’émergence d’une Génération E (européenne) de citoyens. Les Balkans occidentaux disposent d’un modèle en la matière, le Regional Youth Cooperation Office, que la Confédération pourrait étendre à l’ensemble de ses membres. La mobilité des écoliers en Europe devrait être la norme et non l’exception. De même, l’instauration d’un service civique ou militaire européen permettrait de renforcer encore la mobilité des jeunes et de faire émerger un sentiment de loyauté nécessaire à l’heure des débats sur l’autonomie stratégique.

La constitution d’une telle Confédération, mettant la citoyenneté européenne au cœur du projet, ne saurait être portée par les seules élites. Il importe au contraire de la concevoir comme un exercice de démocratie participative, préparant les futures générations d’Européens à leur rôle de citoyen. D’ici là, les peuples européens pourraient être amenés à se prononcer régulièrement sur le maintien ou non de leur pays dans la Confédération, en même temps que se tiennent les élections générales dans leur pays. Les partis politiques dans les États européens ne pourront ainsi pas faire l’impasse sur ces questions fondamentales liées à la jeunesse, la citoyenneté, la démocratie et le fédéralisme européen.

Tous les pays européens devraient être appelés à rejoindre cette Confédération – les pays d’Europe orientale ou balkanique au même titre que les États membres de l’UE – dès lors que sont garantis le pluralisme des partis, des élections libres, un système représentatif et une liberté d’information. Tous ne choisiront probablement pas de le faire, car au-delà de la question des standards politiques conditionnant cette adhésion, c’est surtout le partage d’une vision fédéraliste européenne qui primera dans la décision d’adhérer. Et c’est donc vers les pays dont la marche vers la démocratie est évidente que la Confédération devra aussi se tourner. L’UE, elle, continuera son travail d’intégration par le marché et par le droit. En s’élargissant aux pays d’Europe orientale et balkanique qui le souhaitent, la construction européenne, par le biais de cette Confédération, donnera un statut à ces pays pour le moment exclus de l’UE, et surtout un cadre commun dans lequel bâtir, ensemble, l’Europe et la démocratie de demain. La Confédération sera une source de fierté, un engagement générationnel, et non pas une nouvelle politique sectorielle de l’UE.

Les prochains mois seront déterminants pour la construction européenne. Il conviendra de poursuivre les réformes engagées au sein de l’UE et qui portent tant sur son fonctionnement que sur sa politique d’adhésion. Mais ces processus prendront du temps, alors même que le monde change à vive allure. La constitution d’une Confédération des Européennes et des Européens permettrait alors une quadrature du cercle historique. Approfondir le projet européen en le dotant d’une véritable âme politique, tout en l’élargissant aux peuples partageant ces idéaux ; agir aujourd’hui en mettant en œuvre des projets concrets et audacieux, tout en façonnant les forces démocratiques qui demain mèneront la Grande Europe à son accomplissement ; et, enfin, donner un nouveau souffle à l’Europe tout en préservant l’UE et ses logiques d’intégration.

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Par Florent Parmentier, Secrétaire général du CEVIPOF. Enseignant à Sciences Po. Chercheur-associé au Centre HEC Paris de Géopolitique, Sciences Po et Florent Marciacq, Secrétaire général adjoint au Centre franco-autrichien pour le rapprochement en Europe, directeur de l’Observatoire des Balkans à la Fondation Jean Jaurès, chercheur au Centre international de formation européenne, Centre international de formation européenne.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Démocratie-délibération »: Ou l’art de faire société

Démocratie-délibération »: Ou l’art de faire société

A rebours des conceptions de la démocratie qui réduisent la décision politique au décompte des votes, la théorie délibérative mise sur la capacité des citoyens à trouver ensemble des solutions d’intérêt général, par l’information et la discussion.

Claire Legros du » Monde » revient sur cet art de faire société ensemble via  le processus  indispensable de la Délibération ( Processus autrement plus complexe que la sollicitation dans  des commissions bidon ou  via le dépôt d’un bulletin dans l’urne).

Associer plus étroitement les citoyens à la décision publique et organiser la concertation sur les enjeux qui les concernent. L’idée est à l’ordre du jour, en réponse à l’abstention électorale et à l’érosion des partis traditionnels. Au cœur de cette réflexion, la notion de délibération suscite un intérêt renouvelé face aux choix complexes imposés par la crise environnementale. Certains préconisent un « continuum délibératif », intégré à la future « planification écologique »comme France Stratégie, d’autres plaident pour un « un tournant délibératif de la démocratie française », comme l’ancien président du Conseil économique et social Patrick Bernasconi.

Mais de quelle délibération parle-t-on, qui y participe et comment l’organiser ? Cette notion ancienne, ferment de la démocratie, fait l’objet d’une littérature prolifique et évolue selon les époques. « Les mots qui désignent ce débat public, sa place exacte et, en particulier, la façon dont il peut impliquer la multitude ont différé grandement selon les contextes », note le politiste Yves Sintomer dans la revue Participations, en 2011.

Les premiers textes datent de la Grèce antique et placent le débat public des citoyens – réservé aux hommes libres – au centre du processus de décision politique. Aristote voit dans la délibération, individuelle ou collective, la condition d’une action libre et réfléchie, au contraire de l’impulsion. Mais se pose déjà la question de la qualité de la discussion collective, et du risque de manipulation des foules par celui qui parle le mieux. Cette crainte conduira plus tard les cités-Etats italiennes à réserver le débat public à un cercle restreint.

A partir du XVIIIe siècle, la délibération, « à savoir un débat bien mené considérant toutes les données d’un problème et menant le cas échéant à la prise de décision » devient dans les démocraties modernes l’affaire d’une « aristocratie élective distincte du peuple dans son ensemble », souligne Yves Sintomer, « l’opinion des masses étant toujours suspecte de verser dans l’irrationnel ». Pourtant, dès le milieu du XIXe siècle, le philosophe anglais John Stuart Mill interroge ce modèle (Considérations sur le gouvernement représentatif, 1861), affirmant que la démocratie représentative implique, au-delà du vote, une participation active des citoyens à la délibération. L’idée d’un nécessaire « espace public », où chacun peut peser sur les décisions qui le concernent, à travers notamment les médias et les partis politiques, sera synthétisée un siècle plus tard par le philosophe allemand Jürgen Habermas.

Démocratie et délibération »: Ou l’art de faire société

Démocratie et  délibération »: Ou l’art de faire société

A rebours des conceptions de la démocratie qui réduisent la décision politique au décompte des votes, la théorie délibérative mise sur la capacité des citoyens à trouver ensemble des solutions d’intérêt général, par l’information et la discussion.

Claire Legros du » Monde » revient sur cet art de faire société ensemble via  le processus  indispensable de la Délibération ( Processus autrement plus complexe que la sollicitation dans  des commissions bidon ou  via le dépôt d’un bulletin dans l’urne).

Associer plus étroitement les citoyens à la décision publique et organiser la concertation sur les enjeux qui les concernent. L’idée est à l’ordre du jour, en réponse à l’abstention électorale et à l’érosion des partis traditionnels. Au cœur de cette réflexion, la notion de délibération suscite un intérêt renouvelé face aux choix complexes imposés par la crise environnementale. Certains préconisent un « continuum délibératif », intégré à la future « planification écologique »comme France Stratégie, d’autres plaident pour un « un tournant délibératif de la démocratie française », comme l’ancien président du Conseil économique et social Patrick Bernasconi.

Mais de quelle délibération parle-t-on, qui y participe et comment l’organiser ? Cette notion ancienne, ferment de la démocratie, fait l’objet d’une littérature prolifique et évolue selon les époques. « Les mots qui désignent ce débat public, sa place exacte et, en particulier, la façon dont il peut impliquer la multitude ont différé grandement selon les contextes », note le politiste Yves Sintomer dans la revue Participations, en 2011.

Les premiers textes datent de la Grèce antique et placent le débat public des citoyens – réservé aux hommes libres – au centre du processus de décision politique. Aristote voit dans la délibération, individuelle ou collective, la condition d’une action libre et réfléchie, au contraire de l’impulsion. Mais se pose déjà la question de la qualité de la discussion collective, et du risque de manipulation des foules par celui qui parle le mieux. Cette crainte conduira plus tard les cités-Etats italiennes à réserver le débat public à un cercle restreint.

A partir du XVIIIe siècle, la délibération, « à savoir un débat bien mené considérant toutes les données d’un problème et menant le cas échéant à la prise de décision » devient dans les démocraties modernes l’affaire d’une « aristocratie élective distincte du peuple dans son ensemble », souligne Yves Sintomer, « l’opinion des masses étant toujours suspecte de verser dans l’irrationnel ». Pourtant, dès le milieu du XIXe siècle, le philosophe anglais John Stuart Mill interroge ce modèle (Considérations sur le gouvernement représentatif, 1861), affirmant que la démocratie représentative implique, au-delà du vote, une participation active des citoyens à la délibération. L’idée d’un nécessaire « espace public », où chacun peut peser sur les décisions qui le concernent, à travers notamment les médias et les partis politiques, sera synthétisée un siècle plus tard par le philosophe allemand Jürgen Habermas.

La « délibération »: Ou l’art de faire société

La « délibération »: Ou l’art de faire société

A rebours des conceptions de la démocratie qui réduisent la décision politique au décompte des votes, la théorie délibérative mise sur la capacité des citoyens à trouver ensemble des solutions d’intérêt général, par l’information et la discussion.

Claire Legros du » Monde » revient sur cet art de faire société ensemble via  le processus  indispensable de la Délibération ( Processus autrement plus complexe que la sollicitation dans  des commissions bidon ou  via le dépôt d’un bulletin dans l’urne).

Associer plus étroitement les citoyens à la décision publique et organiser la concertation sur les enjeux qui les concernent. L’idée est à l’ordre du jour, en réponse à l’abstention électorale et à l’érosion des partis traditionnels. Au cœur de cette réflexion, la notion de délibération suscite un intérêt renouvelé face aux choix complexes imposés par la crise environnementale. Certains préconisent un « continuum délibératif », intégré à la future « planification écologique »comme France Stratégie, d’autres plaident pour un « un tournant délibératif de la démocratie française », comme l’ancien président du Conseil économique et social Patrick Bernasconi.

Mais de quelle délibération parle-t-on, qui y participe et comment l’organiser ? Cette notion ancienne, ferment de la démocratie, fait l’objet d’une littérature prolifique et évolue selon les époques. « Les mots qui désignent ce débat public, sa place exacte et, en particulier, la façon dont il peut impliquer la multitude ont différé grandement selon les contextes », note le politiste Yves Sintomer dans la revue Participations, en 2011.

Les premiers textes datent de la Grèce antique et placent le débat public des citoyens – réservé aux hommes libres – au centre du processus de décision politique. Aristote voit dans la délibération, individuelle ou collective, la condition d’une action libre et réfléchie, au contraire de l’impulsion. Mais se pose déjà la question de la qualité de la discussion collective, et du risque de manipulation des foules par celui qui parle le mieux. Cette crainte conduira plus tard les cités-Etats italiennes à réserver le débat public à un cercle restreint.

A partir du XVIIIe siècle, la délibération, « à savoir un débat bien mené considérant toutes les données d’un problème et menant le cas échéant à la prise de décision » devient dans les démocraties modernes l’affaire d’une « aristocratie élective distincte du peuple dans son ensemble », souligne Yves Sintomer, « l’opinion des masses étant toujours suspecte de verser dans l’irrationnel ». Pourtant, dès le milieu du XIXe siècle, le philosophe anglais John Stuart Mill interroge ce modèle (Considérations sur le gouvernement représentatif, 1861), affirmant que la démocratie représentative implique, au-delà du vote, une participation active des citoyens à la délibération. L’idée d’un nécessaire « espace public », où chacun peut peser sur les décisions qui le concernent, à travers notamment les médias et les partis politiques, sera synthétisée un siècle plus tard par le philosophe allemand Jürgen Habermas.

Communauté politique européenne : pour quoi faire

Communauté politique européenne : pour quoi faire 

Alors que la désaffection à l’égard du projet de construction européenne va croissant, Emmanuel Macron propose de renforcer la dimension politique de l’Europe. Par Florent Parmentier et Florent Marciacq.

 

La question se pose cependant de savoir si la priorité est de renforcer la coopération avec quelques pays moteur au lieu d’étendre  indéfiniment le champ géographique de pays qui n’ont pas grand-chose à voir ensemble. En tout cas la proposition de Macron n’a guère été accueillie avec enthousiasme NDLR

 

À Strasbourg, Emmanuel Macron a proposé aux « nations européennes démocratiques adhérant à notre socle de valeurs » de « trouver un nouvel espace de coopération politique, de sécurité, de coopération », le 9 mai 2022. (Crédits : European Union 2022)

La guerre à laquelle nous assistons en Ukraine impose de nouvelles réalités géopolitiques au continent et bouscule les Européens dans leurs certitudes. Elle affecte leur rapport à la sécurité, à leurs voisinages et met l’UE au défi de redéfinir les tenants de la construction européenne. La question ukrainienne – jadis chasse gardée d’États membres frontaliers aujourd’hui exposés à un flux massif de réfugiés - est devenue à proprement parler un enjeu politique pour l’ensemble du continent. Au-delà de l’aide humanitaire, financière et militaire qu’il conviendra de fournir à Kiev pour de nombreuses années, c’est avant tout par une initiative politique que les Européens doivent se réinscrire dans leur histoire et leur géographie et, ainsi, répondre aux défis de notre époque, tant à l’est de l’Union que dans les Balkans occidentaux.

La « communauté politique européenne », proposée par Emmanuel Macron ce 9 mai à Strasbourg vise à relever ce défi. François Mitterrand aimait à dire que la géopolitique de l’Europe a besoin d’une théorie des ensembles. Cette communauté politique européenne peut-elle dès lors connaître un autre sort que la Confédération européenne imaginée et portée par le président français entre 1989 et 1991 ? Sans doute, à condition de dépasser le projet d’origine, de l’adapter aux nouvelles réalités des années 2020, et d’en faire la tête de pont politique du projet européen, pour qu’en son sein grandisse une nouvelle génération de citoyens partageant une seule et même culture démocratique.

Dans les semaines qui viennent, l’enjeu, en somme, sera de dessiner les contours d’une Confédération des citoyennes et des citoyens européens qui contribue à la fois à l’approfondissement et à l’élargissement de la construction européenne, et à la constitution d’un nouvel ordre politique européen compatible avec les acquis de l’Union.

De la confédération européenne à la communauté politique européenne

Les périodes de changements profonds de l’ordre européen sont favorables à l’émergence de nouvelles idées. Celle de Confédération européenne a pris naissance en 1989 dans le contexte d’une Europe encore divisée, d’un approfondissement fort de la construction européenne et de vives préoccupations à l’est.

Pour prometteur qu’il fût, le projet s’est vite heurté à plusieurs craintes, notamment celle de n’offrir aux pays de l’Est qu’une perspective d’Europe à deux vitesses, ou d’une alternative au rabais à l’adhésion à la Communauté européenne.

Et, de fait, la Confédération européenne n’était-elle pas pour une Europe de l’Ouest parfois frileuse, en particulier la France « gardienne du temple », le moyen de reléguer durablement l’Europe centrale et orientale en dehors d’une Europe soucieuse de sa consolidation ? Dans cette perspective, la proposition d’Emmanuel Macron ne revient-elle pas à écarter dans les faits l’adhésion rapide de l’Ukraine à l’UE, et ce faisant, ne crée-t-elle pas une nouvelle antichambre dans laquelle les pays de l’Est (Ukraine, Géorgie, Moldavie) et ceux des Balkans occidentaux (Albanie, Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Macédoine du Nord, Monténégro, Serbie) seront invités à patienter de nombreuses années encore ?

L’élargissement de l’Union européenne

Pour tous ces États, l’adhésion pleine et entière à l’UE reste un objectif important, mais à moins de réviser les critères de Copenhague, elle ne peut constituer qu’un objectif à long terme, incertain, que les États membres eux-mêmes n’hésitent pas à rendre plus difficilement atteignable. Les pays des Balkans occidentaux en font les frais depuis deux décennies, sans que leurs perspectives d’adhésion à l’UE ne se précisent.

L’un d’eux, la Macédoine du Nord, a même accepté de changer de nom afin de lever le véto brandi par la Grèce au sein du Conseil, avant de se voir injustement bloqué par la Bulgarie.

Le dogme de Copenhague et la logique intergouvernementale qui prévaut depuis le traité de Lisbonne rendent tout raccourci vers l’adhésion tout à fait illusoire. En principe fondée sur le mérite, la politique d’élargissement, aujourd’hui, nourrit avant toute chose d’immenses frustrations dans les Balkans occidentaux. Son expansion dans les mêmes termes aux pays d’Europe orientale ne palliera pas le manque de crédibilité de l’UE, qui fait le jeu de puissances rivales (Russie, Chine, Turquie). Bien au contraire, elle risque d’approfondir les vulnérabilités communes.

 

Mais des solutions existent, car l’Europe se construit de plus en plus au travers d’une intégration différenciée. Force est de constater qu’aujourd’hui, certains pays se sont déjà placés dans cette position de moindre intégration – en n’appartenant pas à la zone euro, à Schengen ou à l’Europe de la défense. D’autres participent à ces politiques sans pour autant bénéficier du statut d’État membre. Si elle soulève des questions tout à fait légitimes en termes de cohérence, l’intégration différenciée offre des marges de manœuvre permettant d’élargir la construction européenne tout en contribuant à son approfondissement. L’Europe en 2022 doit être pensée à l’aune de cette logique d’approfondissement différenciée.

C’est ici que les réflexions d’Enrico Letta, qui reprend à son compte le concept mitterrandien de confédération européenne, prennent tout leur sens. Il s’agit pour lui, comme pour Emmanuel Macron, de penser l’avenir de l’Europe au travers d’une théorie des ensembles et de projets concrets, qui ne remplacent pas le processus formel d’adhésion à l’UE, mais qui le complètent, le renforcent. On peut en critiquer les modalités, mais le propre des bons projets est de répondre à une grande question, en l’occurrence, comme le rappelle le président français : « Comment organiser l’Europe d’un point de vue politique et plus large que l’UE ? »

Une adhésion immédiate étant illusoire, comment reconnaître dès aujourd’hui l’appartenance des citoyens d’Ukraine et des autres pays d’Europe orientale et balkanique à une famille européenne partageant un même un projet politique ? Comment répondre à leurs aspirations de citoyenneté et de démocratie européenne ? Et comment le faire tout en préservant l’unité de notre continent et la solidité de l’Union ?

Au cours de ces vingt dernières années, l’Union s’est considérablement approfondie et, malgré les crises, s’est élargie successivement en 2004, puis 2007 et enfin 2013. Mais cet approfondissement n’a pas été uniforme. Il a sans conteste contribué à la consolidation de l’Europe des marchés, avec des mesures d’intégration de plus en plus poussées, et de celle de l’Europe des techniciens, élargissant toujours plus le champ de l’acquis communautaire.

Cet accent mis sur l’approfondissement de ces deux Europes, et la confiance portée à la logique fonctionnaliste, a longtemps négligé la vocation politique de la construction européenne. La réaction d’une partie des peuples européens, tout à fait prévisible à la lecture de John Dewey ou Jürgen Habermas, s’est dès lors portée vers une désaffection grandissante à l’encontre du projet de construction européenne.

Elle s’est aussi traduite par une montée des populismes, une contestation du rôle des experts, une résurgence des nationalismes et plus généralement une crise de nos démocraties. Cet effort d’intégration dans les domaines des marchés et du droit a beaucoup apporté à l’Europe, mais le réel approfondissement, aujourd’hui plus qu’en 1989, réside en ces logiques d’intégration visant à doter l’Europe d’une âme politique et les Européens d’une conscience active de leur citoyenneté européenne.

 

Le premier dilemme auquel l’Europe fait face est donc celui d’un rééquilibrage de ses approfondissements, pour qu’à terme émerge un ordre politique proprement européen, animé par une conception supranationale de la démocratie européenne et habité par des citoyens européens se percevant avant tout comme Européens.

Ce nouvel ordre politique d’une Europe des citoyennes et des citoyens reste à bâtir. Mais il transcende le dilemme qui suggère qu’un nouvel élargissement de l’UE mettrait en péril son approfondissement. Ces vingt dernières années, l’UE a presque doublé le nombre de ses États membres – et perdu l’un d’entre eux, avec le Brexit en 2020. Malgré des fragilités, l’UE fait aujourd’hui face à des crises historiques. Ses précédents élargissements ne se révèlent en aucune manière comme des faiblesses, bien au contraire. Et pourtant, ce dilemme reste un frein puissant à l’élargissement, puisque l’adhésion de nouveaux États membres soulève des questions quant à la constitution d’une Europe politique. Mais comment celle-ci peut-elle donc voir le jour, si ce qui prime en matière d’intégration européenne à la fois entre les États membres et avec les pays d’Europe orientale et balkanique reste les logiques d’intégration par le marché et le droit ? Avec la Communauté politique européenne, l’enjeu est de sortir l’UE et ses voisinages de l’ornière dans laquelle ils se trouvent.

La guerre en Ukraine est un moment charnière mettant au défi l’UE dans sa capacité à se réinventer. Il ne s’agit plus seulement de faire preuve de résilience. Si l’UE peut être tentée de privilégier le temps long, elle doit également donner à court terme des impulsions stratégiques. Ce dilemme portant sur le temps est essentiel, compte tenu de l’érosion dramatique de la crédibilité de l’UE en matière de politique d’élargissement dans les Balkans occidentaux.

C’est en gardant ces dilemmes en tête que l’idée mitterrandienne de Confédération européenne peut aujourd’hui servir de source d’inspiration : quelle forme cette nouvelle Confédération – ouverte aux pays non membres de l’UE – pourrait-elle prendre pour répondre aux défis historiques se posant en Europe ?

Avant toute chose, il importe de concevoir cette Confédération comme une contribution à l’approfondissement de la construction européenne dans un domaine essentiel auquel l’UE peine à œuvrer : la constitution d’un dèmos européen. La Confédération européenne doit en quelque sorte servir de berceau pour une nouvelle génération de citoyens européens, qu’il conviendra d’éduquer en tant que tel, au travers de projets concrets. Dans les écoles des États membres de la Confédération, l’enseignement de la citoyenneté démocratique, de l’histoire, de la culture, de l’éthique et des langues européennes devra faire partie intégrante du programme éducatif national. La Confédération aura pour mission d’éveiller la conscience politique des jeunes Européens et de favoriser l’émergence d’une culture démocratique européenne. Elle touchera donc à des prérogatives que se réservent les États membres de l’UE, mais pourra pour cela s’appuyer sur des bases posées par le Conseil de l’Europe.

Pour bâtir cette nouvelle génération d’Européens, la Confédération pourra appuyer son programme politique sur la mobilité, surtout à un âge où se forment les identités des jeunes citoyens (dès 12 ans). Des programmes d’échanges confédéraux pourraient permettre aux adolescents de faire l’expérience de la mobilité européenne, de nouer des amitiés dans les autres pays et de concevoir leur engagement citoyen à l’échelle du continent. Ces programmes existent aujourd’hui sous formes volontaristes ou bilatérales (l’Office franco-allemand pour la Jeunesse par exemple), alors qu’ils devraient servir de levier d’Archimède pour l’émergence d’une Génération E (européenne) de citoyens. Les Balkans occidentaux disposent d’un modèle en la matière, le Regional Youth Cooperation Office, que la Confédération pourrait étendre à l’ensemble de ses membres. La mobilité des écoliers en Europe devrait être la norme et non l’exception. De même, l’instauration d’un service civique ou militaire européen permettrait de renforcer encore la mobilité des jeunes et de faire émerger un sentiment de loyauté nécessaire à l’heure des débats sur l’autonomie stratégique.

La constitution d’une telle Confédération, mettant la citoyenneté européenne au cœur du projet, ne saurait être portée par les seules élites. Il importe au contraire de la concevoir comme un exercice de démocratie participative, préparant les futures générations d’Européens à leur rôle de citoyen. D’ici là, les peuples européens pourraient être amenés à se prononcer régulièrement sur le maintien ou non de leur pays dans la Confédération, en même temps que se tiennent les élections générales dans leur pays. Les partis politiques dans les États européens ne pourront ainsi pas faire l’impasse sur ces questions fondamentales liées à la jeunesse, la citoyenneté, la démocratie et le fédéralisme européen.

Tous les pays européens devraient être appelés à rejoindre cette Confédération – les pays d’Europe orientale ou balkanique au même titre que les États membres de l’UE – dès lors que sont garantis le pluralisme des partis, des élections libres, un système représentatif et une liberté d’information. Tous ne choisiront probablement pas de le faire, car au-delà de la question des standards politiques conditionnant cette adhésion, c’est surtout le partage d’une vision fédéraliste européenne qui primera dans la décision d’adhérer. Et c’est donc vers les pays dont la marche vers la démocratie est évidente que la Confédération devra aussi se tourner. L’UE, elle, continuera son travail d’intégration par le marché et par le droit. En s’élargissant aux pays d’Europe orientale et balkanique qui le souhaitent, la construction européenne, par le biais de cette Confédération, donnera un statut à ces pays pour le moment exclus de l’UE, et surtout un cadre commun dans lequel bâtir, ensemble, l’Europe et la démocratie de demain. La Confédération sera une source de fierté, un engagement générationnel, et non pas une nouvelle politique sectorielle de l’UE.

Les prochains mois seront déterminants pour la construction européenne. Il conviendra de poursuivre les réformes engagées au sein de l’UE et qui portent tant sur son fonctionnement que sur sa politique d’adhésion. Mais ces processus prendront du temps, alors même que le monde change à vive allure. La constitution d’une Confédération des Européennes et des Européens permettrait alors une quadrature du cercle historique. Approfondir le projet européen en le dotant d’une véritable âme politique, tout en l’élargissant aux peuples partageant ces idéaux ; agir aujourd’hui en mettant en œuvre des projets concrets et audacieux, tout en façonnant les forces démocratiques qui demain mèneront la Grande Europe à son accomplissement ; et, enfin, donner un nouveau souffle à l’Europe tout en préservant l’UE et ses logiques d’intégration.

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Par Florent Parmentier, Secrétaire général du CEVIPOF. Enseignant à Sciences Po. Chercheur-associé au Centre HEC Paris de Géopolitique, Sciences Po et Florent Marciacq, Secrétaire général adjoint au Centre franco-autrichien pour le rapprochement en Europe, directeur de l’Observatoire des Balkans à la Fondation Jean Jaurès, chercheur au Centre international de formation européenne, Centre international de formation européenne.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Une stratégie de stockage d’eau pour faire face à la crise alimentaire.

Une stratégie de stockage d’eau pour faire face à la crise alimentaire.

La  FNSEA réclame une véritable stratégie de stockage d’eau.  En ce début de semaine, le mercure frôle par certains endroits les 30°C entraînant un manque d’eau. Entre septembre et avril 2022, le déficit de précipitations est estimé à 19%, et le déficit de recharge des nappes phréatiques est de 20%

La  FNSEA plaide pour un stockage de l’eau. Le gouvernement a d’ailleurs annoncé fin avril que les agences de l’eau pourraient dépenser 100 millions d’euros supplémentaires pour aider les filières agricoles à s’adapter ou créer des retenues d’eau. Une étape encore insuffisante. « Ce que nous dénonçons, c’est la gestion catastrophique de l’eau depuis plus de quinze ans. Nous stockons seulement 1,5% de l’eau qui tombe à l’automne et au début de l’hiver alors qu’en Espagne, ils sont à 17 ou 18% », déplore Luc Smessart, vice-président de la FNSEA.  »Ce qu’il faut c’est une continuité et une cohérence avec un vrai projet stratégique », poursuit-il, regrettant les oppositions associations écologiques et de certains syndicats paysans contre le stockage de l’eau. Il met en garde : « Si nous ne pouvons plus produire en France, il y en a d’autres qui le feront pour nous et on voit bien que nous avons délégué à d’autres pays comme l’Ukraine ou la Russie la production d’une partie de notre alimentation ce qui provoque des pénuries » et des hausses de prix. Et d’ajouter : « Nous devons accorder autant d’importance à la souveraineté de l’eau qu’à celle alimentaire ou énergétique ».

D’autres solutions sont également à chercher dans les progrès de la génétique qui permet de créer des variétés plus résistantes à la sécheresse. Les agriculteurs tentent par ailleurs d’adapter leurs méthodes de travail aux évolutions climatiques notamment en récoltant plus tôt lorsque cela est possible.

 

 

Faire face aux crises alimentaires en Afrique

Faire face aux  crises alimentaires  en Afrique

Pour la Djiboutienne Ayan Mahamoud, coordinatrice des programmes de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), des solutions existent pour faire face à la sécheresse qui touche notamment la région.

interview dans le » Monde « 

 

Le spectre de 2011, lorsque la famine avait entraîné la mort de près de 260 000 Somaliens, plane sur la Corne de l’Afrique. Alors que les précipitations ont été plus faibles que prévu trois saisons des pluies d’affilée, la partie orientale du continent connaît la pire sécheresse depuis quarante ans. Des invasions de criquets ont par ailleurs ravagé les cultures à plusieurs reprises ces dernières années.

La Somalie, l’Ethiopie et le Kenya sont particulièrement touchés par les pénuries d’eau, de fourrage et de denrées alimentaires. Dans ces trois pays, plus de 14 millions de personnes sont aujourd’hui en insécurité alimentaire aiguë, selon les Nations unies ; 1 million d’habitants ont été contraints de quitter leur foyer par manque de vivres et plus de 3 millions de têtes de bétail ont déjà péri. Cette nouvelle crise humanitaire intervient dans un contexte sécuritaire toujours dégradé, avec la persistance d’attaques du groupe terroriste somalien des Chabab et, en Ethiopie, l’éclatement d’une guerre civile au Tigré.


La Djiboutienne Ayan Mahamoud coordonne les programmes de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), qui regroupe Djibouti, l’Ethiopie, la Somalie, l’Erythrée, le Kenya, le Soudan, le Soudan du Sud et l’Ouganda. Elle décrypte pour Le Monde les liens entre climat, sécurité et développement et explique comment les crises alimentaires pourraient être évitées .

En quoi la sécheresse qui touche actuellement la Corne de l’Afrique est-elle particulièrement alarmante ?

Les niveaux d’insécurité alimentaire atteints sont très préoccupants et la situation est intenable dans certaines zones. Le manque de pluie sur plusieurs saisons a tari les nappes phréatiques et fait obstacle au renouvellement des ressources naturelles en eau et en végétation. Les précipitations qui étaient attendues en mars ne sont arrivées que mi-avril et elles n’ont pas atteint les volumes espérés, alors qu’elles doivent s’arrêter fin mai. Nous pensons que cette demi-saison [des pluies] ne sera pas suffisante pour compenser les dommages subis. Il est clair qu’il faut nous adapter à cette réalité, car nous sommes désormais sûrs que les phénomènes de sécheresse vont être plus fréquents et plus intenses avec le dérèglement climatique.

« La culture de la patate douce est très prometteuse, car c’est un aliment résistant à la sécheresse et nutritif pour les populations »

Est-il possible d’adapter l’agriculture à cette instabilité climatique ?

Il existe des microclimats dans la région, où pourrait s’organiser un pastoralisme semi-sédentaire qui consisterait à développer l’activité agricole en complément de l’élevage. Cela est évident sur les hauts plateaux éthiopiens, mais il est aussi possible de faire pousser des espèces demandant moins d’eau dans les zones arides et semi-arides des plaines. La culture de la patate douce a par exemple été testée dans le triangle de Mandera, entre le Kenya, la Somalie et l’Ethiopie, et est très prometteuse. Elle pourrait être répliquée dans d’autres zones. C’est un aliment à la fois résistant à la sécheresse, nutritif pour les populations et dont les feuilles peuvent nourrir le bétail.

 

Ces choix innovants peuvent être couplés à des solutions technologiques. La capture de l’humidité de l’air pour la transformer en eau a ainsi été testée et représente une alternative sérieuse à la pluie pour le nord du Kenya, l’Ethiopie et la Somalie. Donc en gérant mieux le potentiel agricole de ces trois pays, les crises alimentaires pourraient être évitées. Si la fragilité des systèmes de gouvernance dans la région et les violences extrêmes freinent encore ces perspectives, on pourrait en revanche dès maintenant s’appuyer davantage sur les pays limitrophes pour lutter contre l’insécurité alimentaire.

Concrètement, quels rôles peuvent-ils jouer ?

En Afrique de l’Est, il existe des greniers agricoles, comme l’Ouganda, et des zones très productives. Nous en avons déjà identifié dans plusieurs régions d’Ethiopie et nous continuons de collecter des données en Somalie, au Kenya, au Soudan et en Ouganda. Nous essayons de mettre en place un système pour que les surplus de céréales ou de fourrage d’une zone soient envoyés à d’autres en déficit au lieu d’être jetés, comme c’est encore le cas actuellement. Cela demande une importante coordination. Le système n’est pas encore opérationnel. Il faudra beaucoup d’efforts, mais un énorme potentiel a été identifié.

 

Le climat n’est pas seul en cause…

Le problème est bien plus complexe que le seul manque de pluie. Il est aussi dû à la fragilité des systèmes de gouvernance et aux conflits qui secouent la zone, auxquels s’ajoutent les problèmes de disponibilité des terres. La privatisation de grandes étendues pour l’industrie minière ou leur utilisation pour des projets gouvernementaux agricoles complique l’accès des populations aux ressources naturelles et accroît les risques de déplacement, par exemple au Kenya et en Ethiopie. Les zones pastorales ont par ailleurs été négligées en termes de développement (électricité, infrastructures, éducation…).

L’arrogance sociale qui peut faire perdre Macron

L’arrogance sociale qui peut faire perdre Macron

Pour que la gauche retrouve le pouvoir à l’issue de l’élection présidentielle, il lui faudra réconcilier les classes populaires de différentes origines, observe l’économiste Thomas Piketty dans sa chronique.

 

Chronique. 

 

Lors du premier tour de la présidentielle de 2017, quatre candidats avaient réalisé entre 20 % et 24 % des voix : autant dire que de nombreux seconds tours étaient possibles et auraient pu se produire, au sein d’un paysage politique et idéologique profondément morcelé. Jusqu’au dernier moment, les électeurs de 2022 ont, eux aussi, à faire face à des incertitudes considérables, et en particulier à un choix entre un second tour entre l’extrême droite et la droite (Le Pen contre Macron, que la grande majorité des électeurs placent désormais et assez logiquement à droite) ou entre la droite et la gauche (Macron contre Mélenchon). Ce choix est tout sauf anodin, et il emporte avec lui des conséquences considérables sur le type de délibération publique qui occupera le pays pendant deux semaines (et peut-être davantage) : un débat centré sur la chasse aux immigrés et aux musulmans dans le premier cas, ou bien l’espoir d’une discussion portant sur les salaires et les conditions de travail, la santé et l’éducation, la justice sociale et fiscale, les énergies renouvelables et les services publics dans le second.

Pour autant, quelle que soit l’issue de l’élection, on peut déjà être sûr d’une chose : nous n’assisterons pas au paisible retour d’un rassurant clivage gauche-droite. D’abord parce que la droitisation générale du paysage politique et l’émergence d’un puissant bloc électoral antimigrants correspondent à une tendance lourde, que le macronisme au pouvoir a dangereusement accentuée. Ensuite, car il faudra un long travail pour que les forces de gauche

Commençons par le premier point. Les choses sont maintenant écrites. En s’appropriant le programme économique de la droite, le centrisme macronien a aussi contribué à droitiser le pays, en poussant la droite républicaine à une course-poursuite sans issue avec l’extrême droite sur les questions identitaires. Le plus dangereux est l’arrogance du président candidat, qui prétend être réélu sans débat ni programme, ou bien avec des mesures bâclées trahissant son tropisme fondamental : gouverner d’abord et toujours pour les premiers de cordée, en misant sur les divisions de ses adversaires.

Fin de vie: « Une convention citoyenne » pour se faire encore manipuler ?

Fin de vie: « Une convention citoyenne » pour se faire encore manipuler ? 

 

Dans une tribune au « Monde », la présidente de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs approuve l’idée du candidat Macron de soumettre à un débat national cette grave question.

Il est notamment opposé de créer une convention citoyenne sur le sujet. Un thème qui évidemment mérite une réflexion éthique très approfondie mais qui ne saurait  être soumise au diktat de quelques citoyens savamment choisis pour être manipulés. NDLR

 

Tribune. 

 

Jeudi 17 mars, le président de la République et candidat Emmanuel Macron a présenté son programme. Parmi un grand nombre de mesures proposées, il a exprimé son souhait de consulter les Français afin de répondre aux questions qui se posent sur la fin de vie. Ce projet de consultation citoyenne aurait vocation à « ne céder à aucun raccourci » face à des situations « humaines et déontologiques irréductibles », ce à quoi la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP) souscrit pleinement.

Chaque jour, les 10 000 soignants que la SFAP représente vivent ces situations toujours singulières aux côtés des patients et de leurs familles. Face à l’imminence de la mort, chaque malade ou proche aidant est confronté à des questions existentielles. Pourquoi la maladie ? Pourquoi la mort ? Pourquoi cette impuissance face à une issue inéluctable ? Aucune loi ne peut ni ne doit répondre à ces questions. La loi peut en revanche garantir à chacun les meilleures conditions pour traverser cette épreuve constitutive de notre humanité.

Depuis plus de vingt ans, c’est ce que le législateur français s’est efforcé de faire, souvent avec difficulté, parfois avec crainte, mais toujours dans le respect de l’équilibre. Trois grandes lois – Kouchner en 1999, Leonetti en 2005, Claeys-Leonetti en 2016 – ont dessiné un chemin singulier et respectueux, fondé sur la liberté du patient et le refus de l’acharnement, l’égalité des conditions d’accès aux soins palliatifs et la fraternité entre le mourant, ceux qui prennent soin de lui et son entourage qui l’accompagne. Fruits de processus délibératifs longs et fouillés, ces textes se distinguent par leur indifférence aux calculs politiques et par leur grand respect de la diversité des situations et des personnes. Ces trois lois adressent à toutes les personnes malades un message collectif : vous comptez pour notre société et nous allons tout mettre en œuvre pour vous soulager « quoi qu’il en coûte ».

La médecine palliative est née en France de cette volonté démocratique, en prenant le relais d’initiatives pionnières. Son objectif et ses pratiques révolutionnent le monde de la santé et constituent un grand progrès pour notre société. La médecine palliative ne s’attache pas à la pathologie, mais à la personne. Elle n’est pas une spécialité technique, mais un ensemble de pratiques et de rencontres, médicales, paramédicales et extra-médicales, organisées avec pour seule finalité d’offrir au patient et à son entourage un maximum de bien-être et un minimum de souffrance à l’approche de la mort. La médecine palliative est une révolution d’humilité pour le monde médical et pour notre société. Elle ne cherche ni la performance technique ni à repousser la mort à tout prix, mais plutôt à soutenir et soigner la personne pour lui permettre de vivre dignement jusqu’au terme de sa vie. En ce sens, elle renforce notre éthique médicale, fondée sur le serment d’Hippocrate : « Je ferai tout pour soulager les souffrances. Je ne prolongerai pas abusivement les agonies. Je ne provoquerai jamais la mort délibérément. »

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