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Bitcoin: une spéculation potentiellement explosive

Bitcoin: une spéculation potentiellement explosive

 

Philippe Boyer, directeur relations institutionnelles et innovation à Covivio explique dans la Tribune les dangers de la spéculation incontrôlable aujourd’hui sur le bitcoin.

 

Dans son roman «Les Faux-Monnayeurs », André Gide fait dire à l’un des personnages que, « dans un monde où chacun triche, c’est l’homme vrai qui fait figure de charlatan ». Bien que l’intrigue de ce roman soit d’abord centrée sur l’hypocrisie et le mensonge bien plus que sur l’histoire d’experts en fausses monnaies, ce titre de 1927 acquiert une résonance particulière en ce début de XXIe siècle où s’épanouissent toutes sortes de crypto-devises. Outre le bitcoin, de loin la plus connue, il existe plus de 1.500 « devises numériques » parmi lesquelles cohabitent Ethereum, Ripple ou encore Litecoin…

Il ne se passe pas un jour sans que ces crypto-monnaies, et singulièrement la plus médiatisée d’entre toutes, le Bitcoin, ne défraient la chronique : ici, une équipe de basket, les « Kings » de Sacramento qui se propose de payer ses salariés dans cette « monnaie[1] », là, l’annonce qu’il sera bientôt possible d’acquérir une Tesla[2] en la payant en Bitcoins… Tout cela avec, en arrière-plan, l’envolée de son cours lorsque, il y a quelques semaines, le Bitcoin a atteint 59.000 dollars pièce, huit fois sa valeur d’il y a un an. Et d’ailleurs, à en croire certains fonds, l’hypothèse que le Bitcoin puisse dépasser les 110.000 dollars pièce pourrait devenir une réalité au cours des prochains mois[3]. Au cours des 3 dernières années (2017-2020), le prix d’un Bitcoin a été multiplié par 19,5. Une progression spectaculaire pour un actif numérique qui, à sa création en janvier 2009, au pire moment de la plus importante crise financière de l’après-guerre, valait à peine 0,001 dollar américain.

Valeur refuge incertaine

Si plusieurs raisons objectives expliquent cette flambée du cours de cette cryptomonnaie - quantité limitée d’unités : 21 millions de Bitcoin au maximum (il y en a déjà 18,5 millions sur le marché), alternatives aux contrôles de tiers de confiance que sont les banques centrales et les Etats, propriétés techniques qui reposent sur la technologie de la blockchain c’est-à-dire sans contrôle central, anonymat des transactions, etc. - il n’empêche, la « Bitcoin-mania » cristallise une intense spéculation qui fait de cette devise une machine à se faire des frayeurs : 15.000 dollars l’unité au mois de décembre 2017 contre moins de 3.000 dollars une année plus tard.

Sans doute est-ce pour cette raison-là que le fondateur de Tesla s’est récemment empressé de spécifier à ses clients qui voudraient s’offrir une de ses voitures en utilisant leurs Bitcoins que s’ils venaient ensuite à demander un remboursement de cet achat, il se pourrait qu’ils reçoivent en retour une somme moindre que celle de leur versement initial[4]. Sorte de rappel du fameux proverbe populaire : « Un homme averti en vaut deux » …

En dépit de ses caractéristiques hautement volatiles, la finance commence à convertir certains de ses placements en Bitcoins, sans parler d’autres tentatives destinées à rendre accessible ce moyen de paiement au grand public. Il y a quelques semaines, la plate-forme de paiement PayPal [5] a offert à ses clients la possibilité de régler leurs achats « en crypto», aux côtés d’autres méthodes de paiement beaucoup plus classiques. A terme, PayPal a pour ambition de rendre l’usage du Bitcoin accessible à des millions d’entreprises en ligne dans le monde.

Effet « Mary Poppins »

Outre le fait d’être une valeur hautement spéculative, le Bitcoin a peu à voir avec ce qui fait une « monnaie », au sens où les économistes l’entendent. Si la seconde possède ses caractéristiques propres en tant que bien public émanant d’une souveraineté politique tout en étant une unité de compte reconnue, les fondements de la crypto-devise ne reposent sur aucune de ces caractéristiques essentielles. Si un jour le marché venait à se convaincre que le Bitcoin n’avait plus aucune valeur du fait de l’inexistence de sous-jacents réels non garantis par un tiers de confiance (un État, une banque centrale…), il se pourrait que l’on revive la fameuse scène de la panique bancaire dans le film « Mary Poppins[6] » lorsque le directeur d’une agence tente de persuader un petit garçon qu’il doit investir dans sa banque. Lorsque ce dernier refuse catégoriquement en le suppliant qu’il lui rendre son argent, tous les autres clients qui assistent à la scène sont persuadés de vivre le début d’une débâcle financière et, à leur tour, exigent que leurs avoirs leur soient rendus séance tenante.

Lien social

Pour comprendre ce qui fait qu’une monnaie est dite « de référence », c’est-à-dire pérenne, solide et digne de confiance en tant que réserve de valeur, il faut lire l’ouvrage « Le Futur de la monnaie[7] », essai rédigé par deux économistes : Michel Aglietta et Natacha Valla. Remarquablement pédagogique, les auteurs s’attachent à rappeler qu’au-delà de ses caractéristiques intrinsèques, la monnaie est d’abord un élément du lien social. Depuis les Sumériens, l’ordre monétaire et l’ordre politique ont un but commun: d’une part, l’acceptation des règles monétaires par les sujets de l’échange marchand et, d’autre part, l’adhésion des citoyens à la loi. Dit autrement, en matière de gouvernement comme de monnaie, ce qui est recherché, c’est le fait d’être capable de réduire les incertitudes et d’instaurer la confiance sur la durée. Il suffit que la confiance soit ébranlée pour qu’une monnaie cesse d’être légitime.

Rappelant que la capitalisation boursière combinée des cryptoactifs a plus que quintuplé depuis juillet 2017 pour atteindre un pic de 480 milliards d’euros avant de dévisser peu après, les auteurs Michel Aglietta et Natacha Valla se montrent plus que sceptiques à l’idée que le Bitcoin et quelques autres crypto-monnaies puissent se substituer aux monnaies officielles. Et d’avertir qu’il faut avoir les idées claires car « c’est une question démocratique, au sens le plus noble, qui se cache derrière une évolution apparemment technique, celle de la délégation d’un bien public sur lequel un contrôle démocratique est indispensable : le système de paiement ».

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Et d’ajouter : « En affirmant qu’il s’agit d’une monnaie, les promoteurs du Bitcoin veulent s’affranchir de tout pouvoir monétaire central, donc de la souveraineté politique qui le légitime. »

D’inspiration libertaire et ayant une valeur qui repose sur la seule confiance que ses acquéreurs lui accordent, on comprend les raisons pour lesquelles le Bitcoin fascine. Mais comprendre ne signifie pas approuver, et encore moins se laisser bercer par quelques promesses de futures valeurs, forcément haussières. Y croire benoîtement c’est, à coup sûr, faire sien le titre du roman d’André Gide.

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NOTES

[1] https://www.lepoint.fr/economie/etats-unis-une-grande-equipe-sportive-propose-de-payer-ses-joueurs-en-bitcoin-06-04-2021-2421092_28.php

[2] https://www.cnbc.com/2021/03/24/elon-musk-says-people-can-now-buy-a-tesla-with-bitcoin.html

[3] https://in.investing.com/news/bitcoin-to-hit-115000-by-mid-summer-2021-predicts-pantera-capital-in-latest-investor-report-2651305

[4] https://www.fastcompany.com/90618478/elon-musk-announces-teslas-can-now-be-bought-with-bitcoin

[5] https://www.businessinsider.fr/us/more-companies-accepting-bitcoin-cryptocurrency-paypal-starbucks-2021-4

[6] https://youtu.be/r8jTPocY1Y8

[7] https://www.odilejacob.fr/catalogue/sciences-humaines/economie-et-finance/futur-de-la-

« Une situation politique explosive »

« Une situation politique explosive »

(INTERVIEW JDD- Erwan Lecœur, sociologue et politologue)
D’une certaine façon oui. Ces groupuscules à l’œuvre ont toujours existé, mais ils étaient en sommeil depuis des années. Ils se sont reconstitués à l’écart du Front national de Marine Le Pen, estimant que ce FN-là ne leur suffisait plus. Avec la contestation du mariage pour tous, ils ont d’abord occupé le terrain, en « passagers clandestins » au départ, juste parce qu’ils étaient utiles pour encadrer les manifs. Puis les manifs s’essoufflant, ils ont pris le leadership en radicalisant le mouvement. La radicalisation est leur stratégie et leur but. Ces groupuscules vivent aussi dans la mythologie de Mai-68. On l’a oublié, mais ils étaient déjà là, avec Occident, au début du printemps 1968. Ils voulaient à l’époque, exactement comme aujourd’hui, radicaliser la droite, et ils ont eu le sentiment, dans leur mythologie erronée, de s’être fait « voler » leur Mai-68. La nouveauté actuelle est que, pour la première fois depuis des années, ces groupuscules, de quelques centaines, peut-être de milliers de gens à peine, ont le sentiment qu’ils ont une partie de l’opinion derrière eux. Avec le mariage pour tous, ils pensent que la droite au sens large, catholique, traditionnelle, est avec eux. Ce vent en poupe leur donne des ailes, réveille leur dangerosité. C’est ce qui rend la situation potentiellement explosive.

Comment ont-ils pris le « contrôle » de la radicalisation?
La situation actuelle leur est favorable à plus d’un titre. D’abord parce que, comme en 1981, ils sont face à une gauche qui est au pouvoir. Ensuite parce que la droite française actuelle, de l’UMP au FN, est en déshérence, sans véritable leadership. Il y a une place à prendre et les radicaux l’ont bien compris et entendent peser sur le prochain leader. Autre situation dont ils profitent aujourd’hui, ils arrangent tout le monde : à l’UMP comme au FN, nombreux sont ceux qui se satisfont de leur capacité à radicaliser l’opinion. À droite, certains se disent qu’à terme ils profiteront de cette radicalisation dans les urnes.

D’où sortent-ils? On croyait disparus les vichystes, l’Action française et ces mouvements quasi paramilitaires
Ils n’ont jamais totalement disparu. Pendant longtemps, ils ont trouvé refuge dans les rangs du DPS, la direction protection sécurité de Jean-Marie Le Pen, qui a toujours été composée d’anciens gendarmes, de policiers et de militaires, voire de gens des services. Le DPS a frôlé la dissolution, mais ces groupuscules ont toujours été là et se sont toujours rendus utiles. Jean-Marie Le Pen avait besoin qu’ils se tiennent tranquilles, pour les besoins de sa propre légitimité. Dans les années 1990, le chef du FN avait bien compris que ces groupuscules devaient être encadrés pour être contrôlés. Aujourd’hui, Jean-Marie Le Pen, celui qu’ils appellent « le vieux » n’étant plus là, ils volent désormais de leurs propres ailes, aux marges du FN de Marine. Mais ils ne veulent pas voir leur héritage échoir à elle seule. Alors, ils se rappellent à son bon souvenir, occupant la rue pour affirmer qu’ils sont les gardiens du logiciel de l’extrême droite française. D’une certaine façon, ils viennent réclamer leur dû.

Pourquoi le FN est-il curieusement en retrait des manifs

Marine Le Pen fait le pari de ne pas montrer son visage le plus dur, pour pouvoir attirer à elle ensuite ceux qui seraient gênés par cette extrême droite-là, et pensant que, de toute façon, la radicalisation lui profitera dans les urnes. Elle a donc intérêt à rester en retrait. À l’inverse, pour l’UMP, Jean-François Copé doit faire les preuves de son engagement s’il veut ensuite récupérer les mécontents. Ces deux-là sont à front renversés, mais concurrents pour le leadership à terme de cette « nouvelle droite » qui sortira de tout cela.

Comment qualifiez-vous la situation?
Tendue. Le problème de ces groupuscules est qu’ils sont prêts à aller loin. Ils ont toujours eu besoin d’un martyr, ils ont cette culture-là. Le martyr leur permettra ensuite de peser sur la suite. Cela plaide pour une escalade dans la radicalisation. Si personne ne siffle la fin de la récréation, notamment à droite, cela peut se terminer en drame. Les groupuscules savent qu’ils y ont intérêt. On est, dans les jours qui viennent, dans une sorte de jeu dangereux.

 




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