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Présidentielle: une décomposition politique et un troisième tour dans la rue ?

Présidentielle:  une décomposition politique et un troisième tour dans la rue ?

«La campagne électorale ayant été assez évanescente, elle n’a pas servi de soupape ou de purge cathartique des tensions traversant le pays. Il est donc à craindre que celles-ci ne trouvent pas de débouchés dans l’hémicycle mais dans la rue.»

Pour le directeur du département Opinion de l’Ifop, Jérôme FOURQUET  auteur de La France sous nos yeux (Seuil) si le «front républicain» a de nouveau fonctionné, la réélection du président sortant repose sur des bases plus fragiles encore qu’en 2017. Interview dans le Figaro- 

LE FIGARO.- Emmanuel Macron a été réélu avec 58% des voix, loin devant Marine Le Pen. Le « front républicain » a-t-il encore une fois fonctionné ?

Jérôme FOURQUET.- Oui en partie. Les enquêtes des derniers jours indiquent que l’électorat de gauche dont les candidats ont été éliminés l’a pratiqué. 40% de l’électorat de Jean-Luc Mélenchon s’est ainsi reporté sur le président sortant et deux tiers de celui de Yannick Jadot. À droite, il a également marché mais dans des proportions un peu moins larges : la moitié de celui de Pécresse, contre ¼ qui s’est reporté sur Marine Le Pen. S’il est donc toujours pratiqué, ce front républicain a cependant perdu de son caractère automatique. Au sein de l’électorat Mélenchon, c’est la composante la plus âgée qui a été la plus rétive à le pratiquer, soit celle qui était déjà en âge de voter en 2002 lors du second tour Chirac/ Le Pen, et qui aurait donc dû le mettre en œuvre pour la troisième fois. …

«La campagne électorale ayant été assez évanescente, elle n’a pas servi de soupape ou de purge cathartique des tensions traversant le pays. Il est donc à craindre que celles-ci ne trouvent pas de débouchés dans l’hémicycle mais dans la rue.»

54 % des électeurs « insoumis « ont voté Macron

54 % des électeurs « insoumis « ont voté Macron

Selon de premières estimations de l’institut OpinionWay pour CNews et Europe 1, 54 % des électeurs insoumis de Mélenchon  se sont tournés vers le président sortant au second tour. Près d’un quart (24 %) ont voté pour Marine Le Pen et 22 % se sont abstenus ou ont glissé un bulletin blanc ou nul. Au total, 57 % des votants ont pris leur décision après le premier tour, selon OpinionWay. Ils sont même 18 % à s’être décidés « il y a quelques jours » et 12 % « aujourd’hui même ».

Médias et Vincent Bolloré: La menace démocratique

Médias  et Vincent Bolloré: La menace  démocratique

 

Ce qu’il a entrepris dans le domaine de l’information (déjà Canal +, CNews ou Prisma Media, et Europe 1, Le Journal du dimanche, Paris Match sur lesquels il a commencé d’imprimer sa « patte ») constituait déjà un gisement d’inquiétudes. Ce qu’il prépare dans le secteur de l’édition – résultant de l’OPA qu’il mène sur le groupe Lagardère propriétaire de Hachette – semble moins spectaculaire aux yeux de l’opinion ; or les effets industriels, intellectuels, éthiques, ne s’annoncent pas moins préoccupants. Le raid de Vincent Bolloré constitue une menace pour la salubrité du débat d’idées, qu’il soit public (dans le cas des médias) ou intime (dans celui de l’édition d’essais et de fiction). Et donc un risque démocratique. Au Festival du livre de Paris (22 – 24 avril), le sujet sera dans toutes les bouches.( papier de « la Tribune »)

C’est l’histoire d’un essayiste aguerri qui compose son premier roman. Nommons-le Pierre. Il le sait, dénicher un éditeur dans une discipline où il est novice ne sera pas un long fleuve tranquille, et même davantage : il s’engage dans un parcours du combattant à l’issue très incertaine, tant les embuches s’amoncellent dès la ligne de départ. Comment faire exister un manuscrit parmi les 2.000 à 4.000 réceptionnés chaque année par des maisons qui n’en sélectionnent, au final, qu’une à quelques poignées ? Et dans ces conditions, comment espérer qu’il rencontre la sensibilité d’une femme ou d’un homme qui l’aura miraculeusement pioché dans la pile avant de le transmettre au comité ad hoc chargé de lire puis d’élire ? La (petite) notoriété, les (solides) réseaux, la foi immarcescible de l’auteur suffiront-elles ? Non, il en est conscient, et le facteur chance, par nature imprévisible, devrait constituer l’arbitre final. Final, vraiment ? Pas tout à fait.

Lorsqu’il pense avoir triomphé des obstacles les plus aigus et que ses pérégrinations semblent proches d’aboutir, voilà que Pierre se confronte à d’autres écueils, ceux-là tout à fait imprévus. Chez telle prestigieuse enseigne, après avoir franchi avec succès le seuil le plus délicat, il s’entend signifier qu’il est trop âgé, la décision ultime privilégiant un « auteur plus jeune » qui générera un plus sûr retour sur investissement. Dans telle autre grande maison, le retour enthousiaste du sommet de la pyramide passant le relais à une collaboratrice promet la lumière ; peine perdue, les « équipes commerciales préfèrent renoncer, faute de savoir comment traiter cet « alien » ». Ici, la détermination de l’auteur de rester imperméable aux réseaux sociaux est jugée rédhibitoire « puisqu’aujourd’hui sans stratégie Instagram, Twitter, Facebook, impossible de lancer un livre ». Là, le comité de lecture estime le texte « trop sombre » pour être populaire. Le pire peut-être, introduit par différents interlocuteurs sans relation entre eux : « Il faudrait revoir l’organisation du texte, afin que l’intrigue surgisse dans les quinze premières pages. C’est une règle : au-delà, on perd le lecteur », synthétise, en substance, l’un d’eux. « Mais vous avez conscience que la première partie est volontairement étirée, lente, descriptive, pour donner à l’irruption puis au développement de l’intrigue conclue dans l’épilogue, sa force psychologique, son mystère, sa dramaturgie ? », se défend l’auteur. « Bien sûr. Vous avez raison. Malheureusement, ce qui tranche au final, c’est la loi du marketing ».

 

Constitution , révision par référendum : Vrais et faux arguments

Constitution , révision  par référendum : Vrais et faux arguments

Si elle est élue, Marine Le Pen souhaite contourner le Parlement en recourant au référendum. Notre constitution le permet plus qu’on ne le croit si on considère la pratique passée des présidents. Par Charlotte Girard, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières et Eleonora Bottini, Université de Caen Normandie.

En plus de 60 ans, on s’est aperçu que chaque président de la République a adapté la constitution dans son intérêt soit en la modifiant directement (de Gaulle, Chirac, Sarkozy), soit en l’interprétant par un usage original (De Gaulle, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Macron notamment). Il n’y a donc pas de raison qu’il en aille différemment à l’avenir et ce, quelle que soit la configuration politique.

Lors de la présentation de son programme à la suite des résultats du premier tour du scrutin, Marine Le Pen a annoncé vouloir adopter de nombreuses mesures par voie de référendum.

Celles-ci sont autant des mesures de niveau législatif (introduire une élection proportionnelle pour deux tiers des députés avec prime majoritaire) que de niveau constitutionnel (introduire la priorité nationale dans la constitution ou le référendum d’initiative citoyenne).

Dans tous les cas, Marine Le Pen dit pouvoir s’appuyer sur le recours au référendum prévu à l’article 11 de la constitution (référendum législatif), à la place du référendum constitutionnel prévu à l’article 89, qui ne peut être organisé qu’après le vote d’un même texte par les deux chambres du Parlement.

L’argument selon lequel la constitution saurait l’en empêcher n’est pas convaincant.

La particularité de la constitution française est qu’elle offre une panoplie de pouvoirs spécialement dédiée à la présidence de la République afin que, dans tous les cas de figure, la fonction présidentielle puisse se déployer complètement.

Le référendum législatif d’initiative présidentielle prévu à l’article 11 fait partie de cet arsenal depuis 1958 ; il a été pensé pour instaurer un lien privilégié entre le président et le peuple.

Précisément, le but du référendum législatif tel que défini dans l’article 11 est de faire du peuple une instance décisive en matière législative et ce, à la place du gouvernement et du Parlement.

Rappelons que les lois sont le fruit d’une coopération entre le gouvernement, emmené par le premier ministre, qui les propose le plus souvent, et le Parlement qui les discute et les vote.

En donnant au président l’initiative et le pouvoir discrétionnaire d’en appeler au peuple pour voter des lois d’organisation des pouvoirs publics, de réformes économiques, sociales ou environnementales, ainsi que des lois autorisant la ratification de traités internationaux, l’article 11 de la Constitution évite au chef de l’État d’avoir à négocier avec d’autres institutions politiques.

Cette procédure permet d’éviter le gouvernement sur des terrains qui relèvent notamment de la politique intérieure, habituellement laissée à la gestion du premier ministre. Elle permet surtout de contourner le Parlement puisqu’en conférant au peuple, par voie d’exception, le pouvoir de voter la loi à sa place, il l’efface littéralement du jeu politique. Autrement dit, il le court-circuite.

L’usage de ce référendum via l’article 11 a fait partie de la stratégie du président de Gaulle pour modifier l’article 6 de la constitution en 1962 et introduire la désignation du président au suffrage universel direct.

Ce qui a pu poser problème – aux analystes et adversaires plus qu’aux dirigeants de l’époque – est que la constitution, d’après une interprétation littérale, ne permet de recourir à ce référendum que pour voter une loi, pas pour modifier la Constitution.

Autrement, l’article 89, situé dans le titre XVI consacré à la révision de la Constitution, serait superflu.

C’était l’un des arguments brandis par les députés pour faire voter la motion de censure qu’ils ont opposée au gouvernement de l’époque face à la volonté de Gaulle d’imposer l’élection du président de la République au suffrage universel direct. Mais rien n’y fit. La lettre de la Constitution est une chose, la pratique politique des institutions en est une autre.

La pratique du général de Gaulle a consisté à préférer, en 1962, le référendum de l’article 11 pour éviter l’étape législative préalable au référendum que l’article 89 impose. Il a donc mobilisé l’article 11 pour faire voter le peuple sans passer par le parlement, qui avait fait savoir qu’il était radicalement hostile à la réforme. C’est ainsi que Marine Le Pen envisage de procéder si elle était élue à l’issue du 2e tour.

L’un des problèmes ici est que, quoiqu’on en dise, réviser la Constitution via l’article 11 n’est ni impossible techniquement, ni improbable politiquement, à moins d’ignorer délibérément l’histoire constitutionnelle de notre pays.

Une telle situation pourrait se produire en cas d’hostilité avérée du Parlement – ne serait-ce que du Sénat – à la présidence de la République.

Pour réviser la Constitution, il y aurait toujours la possibilité de procéder comme de Gaulle en son temps. Les obstacles constitutionnels seraient en effet assez faibles.

Le premier auquel on pense est le Conseil constitutionnel. Cette institution a été saisie en 1962 par le président du Sénat, Gaston Monnerville, foncièrement opposé à la réforme constitutionnelle voulue par le chef de l’État, pour contrôler la constitutionnalité de la loi soumise au référendum.

Mais le Conseil constitutionnel a déclaré le 6 novembre 1962 son incompétence à contrôler le fruit de la volonté du peuple exprimée directement. S’il n’est pas impossible que cet organe revienne sur sa position – il n’est pas lié par ses propres décisions -, il reste que cette jurisprudence existe et était parfaitement claire sur les motivations du Conseil à ne pas toucher à la volonté du peuple souverain exprimée directement.

On insiste ces derniers jours sur le contrôle que le Conseil constitutionnel pourrait exercer sur les référendums souhaités par Marine Le Pen, en convoquant une jurisprudence Hauchemaille de 2000 du même Conseil.

Mais là encore la tentative semble compromise car tout éloigne ce cas de celui d’un usage de l’article 11 pour réviser la constitution.

D’abord, l’affaire de 2000 se situait dans le cadre d’un contentieux électoral et non de constitutionnalité. Ensuite, la requête consistait à demander au Conseil constitutionnel de déclarer l’irrégularité du décret décidant de soumettre un projet de révision de la constitution au référendum en raison de l’absence du contreseing de deux ministres.

Enfin, le référendum auquel il s’agissait de faire obstacle était un référendum constituant, déclenché sur le fondement ordinaire de l’article 89. Il s’agissait de la révision constitutionnelle visant à réduire le mandat présidentiel de sept ans à cinq ans, adoptée le 2 octobre 2000 à la suite du référendum du 28 septembre.

Au bout du compte, pour résoudre ce cas, le Conseil constitutionnel s’est déclaré compétent, non pour examiner le contenu de la question posée, encore moins pour vérifier la constitutionnalité de la réponse donnée par le peuple, mais pour décider si le décret soumettant ce projet de révision au référendum était conforme aux exigences formelles imposées.

Le requérant, M. Hauchemaille, a perdu, le référendum s’est tenu et la révision a eu lieu. D’où vient l’idée que cette jurisprudence pourrait servir de précédent pour empêcher la présidence de la République de réviser la constitution par l’article 11 ?

L’alinéa 3 de l’article 11 consacre depuis 2008 le référendum d’initiative partagée et confère au Conseil constitutionnel le pouvoir de contrôler le contenu de la proposition de loi proposée par un cinquième des parlementaires et soutenue par un dixième des électeurs.

En particulier, le Conseil constitutionnel est habilité par une loi organique à vérifier que l’objet de la proposition de loi entre bien dans le domaine délimité par l’article 11 et surtout qu’elle n’est pas contraire à la Constitution.

Une révision constitutionnelle ne pouvant être que contraire à la Constitution, elle sortirait immédiatement du champ d’application de cet article.

Cette habilitation du Conseil à contrôler l’objet d’un référendum d’initiative partagée pourrait-elle, par une sorte d’analogie, fonder un pouvoir de contrôle de l’objet des référendums d’initiative présidentielle ? Si le Conseil constitutionnel le voulait vraiment, peut-être ; mais au prix d’un redoutable bras de fer avec la présidence de la République mettant en jeu la légitimité déjà fragile de cette institution.

On se souvient des débats autour des trois dernières nominations au Conseil. Le Conseil constitutionnel est en effet composé de neuf membres nommés pour un tiers par le p`résident de la République, un tiers par le président du Sénat et un tiers par le président de l’Assemblée nationale.

Le choix portant le plus souvent sur des femmes et hommes politiques plutôt que sur des experts de droit constitutionnel, la compétence constitutionnelle et par conséquent l’autonomie de cet organe vis-à-vis du pouvoir politique posent question.

Il faudrait en effet beaucoup d’autorité à ses membres pour se doter d’un pouvoir de contrôle de l’objet du référendum d’initiative présidentielle que le texte de la constitution ne lui attribue pas. Il en faudrait doublement pour s’opposer à la volonté de la présidence de la République, le référendum de l’alinéa 1 étant précisément conçu pour ne dépendre que de la volonté présidentielle.

L’absence de contrôle de constitutionnalité du texte soumis au référendum par le président contraste donc opportunément avec le contrôle prévu pour un texte proposé par des parlementaires. Cette différence marque le souci de préserver le pouvoir discrétionnaire du chef de l’État et, par là même, la cohérence du texte de la constitution qui a voulu, par l’article 19, dispenser l’initiative présidentielle du référendum de toute ingérence.

Il n’y a donc pas de garantie quant à l’étendue du contrôle que le Conseil est susceptible d’exercer. Car même s’il ne fait pas de doute que le rôle du Conseil constitutionnel a évolué depuis 1962, notamment du point de vue de la garantie des droits et libertés avec la jurisprudence de 1971 (dans laquelle le Conseil constitutionnel élargit le bloc de constitutionnalité aux droits fondamentaux) et en 2008 avec la question prioritaire de constitutionnalité, rien n’indique qu’il changerait aujourd’hui sa position de 1962, qui fut de refuser de contrôler les lois référendaires.

Une constitution n’est que le reflet de la volonté des personnes et des institutions chargées de l’interpréter et de l’appliquer. Comme de Gaulle le disait après avoir présenté le contenu de la constitution de 1958, le « reste, c’est l’affaire des hommes ».

Il s’agit d’un texte juridique, certes fondamental, mais qui ne protège par lui-même ni les droits et les libertés, ni l’équilibre entre les pouvoirs. Aussi, avant de confier à ces personnes le droit d’en disposer, mieux vaut-il bien y réfléchir.

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Par Charlotte Girard, Maîtresse de conférences en droit public, Université Paris Nanterre – Université Paris Lumières et Eleonora Bottini, Professeure de droit public, Directrice de l’Institut caennais de recherche juridique, Université de Caen Normandie.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Montée du RN: : Centralisation et présidentialisation responsables

Montée du rassemblement national: : Centralisation et présidentialisation responsables 

Ce qui a favorisé l’ascension du RN, c’est l’absence de scrutin proportionnel, la concentration du pouvoir et l’alignement des deux calendriers électoraux, analyse le politiste Frédéric Sawicki dans « le Monde ».

 

Tribune.

 

 L’extrême droite nationaliste, eurosceptique, xénophobe et populiste a connu, sous des formes variables, une croissance continue de ses voix, à partir des années 1990, dans la plupart des pays d’Europe occidentale. Ses scores se sont fortement accrus au cours de la dernière décennie, notamment grâce à son exploitation des craintes générées par l’afflux de centaines de milliers de réfugiés extra-européens. Des pays longtemps épargnés, comme l’Allemagne ou l’Espagne, qu’on pensait immunisés du fait de leur passé fasciste, ont ainsi connu une percée spectaculaire de l’extrême droite.

 

En France, le Front national (FN), devenu Rassemblement national (RN), n’a pu accéder qu’à la tête d’une poignée de villes. Mais dans certaines démocraties parlementaires, en raison d’un mode de scrutin proportionnel, ces partis d’extrême droite ont réussi à peser sur le pouvoir exécutif, soit en soutenant un gouvernement minoritaire (au Danemark, en Norvège et aux Pays-Bas), soit en participant directement à une coalition gouvernementale (en Autriche, en Finlande, en Italie, en Norvège, aux Pays-Bas et en Suisse).

Cette expérience du pouvoir leur a été fatale en Autriche, en Norvège et aux Pays-Bas, tandis qu’elle les a plutôt renforcés en Suisse et surtout au Danemark. Dans aucun de ces pays, toutefois, un parti d’extrême droite n’a été en mesure d’accéder seul au pouvoir et d’en contrôler tous les leviers. Nulle part l’un d’entre eux n’a atteint 30 % des voix et la plupart sont restés en deçà de 20 % aux élections législatives.

Il faut se tourner vers l’est de l’Europe, en Pologne et en Hongrie notamment, pour trouver des partis nationalistes ayant fait main basse sur l’Etat. On peut cependant remarquer que ces derniers ont moins prospéré en s’appuyant sur la xénophobie qu’en soutenant des politiques sociales et économiques protectionnistes et en promouvant un fort conservatisme moral, renvoyant au poids  – démographique – du monde rural, couplé en Pologne à celui de l’Eglise catholique.


Pourquoi la France est-elle le seul pays d’Europe occidentale où une candidate d’extrême droite pourrait peut-être parvenir à conquérir le « pouvoir suprême » en atteignant ce seuil considérable de plus de 50 % des suffrages exprimés ? Si elle réussissait, Marine Le Pen ferait alors mieux que Donald Trump, non seulement parce que, à la différence de celui-ci, elle ne bénéficie pas du soutien d’un « vieux et grand parti » [le Grand Old Party, surnom du parti républicain], mais parce que ce dernier a été élu président sans être majoritaire en voix.

Politique et théologie catho: une meilleure note pour Macron !

Politique et théologie catho: une meilleure note pour Macron !

 

Si 40 % des catholiques de France ont soutenu au premier tour un candidat d’extrême droite, il faut néanmoins constater que le programme de Marine Le Pen est plus éloigné de la doctrine de l’Eglise que celui d’Emmanuel Macron, remarque l’historien Charles Mercier.

 
Une évaluation qui pourrait être largement contestée car un peu trop partielle et partiale NDLR

 

Tribune.

 

Une enquête IFOP pour La Croix a montré que 40 % de l’ensemble des catholiques (et 40 % également des pratiquants réguliers) avaient voté pour un candidat d’extrême droite, soit huit points de plus que l’ensemble des Français.

Les griefs de certains fidèles et de certains clercs contre Emmanuel Macron, le sentiment d’un déclin, les tendances au repli et le non-positionnement des évêques amènent à penser qu’une partie non négligeable de ce qui reste le premier groupe religieux de France choisira un bulletin blanc ou un bulletin Le Pen, le 24 avril. Les catholiques étaient restés relativement hermétiques aux sirènes du Front national pendant de nombreuses années.

Pour justifier le choix de la candidate nationaliste, certains, comparant son programme à celui de son concurrent, discernent une moindre incompatibilité avec le magistère catholique, notamment sur les questions de la fin de vie. Pourtant, remises en perspective avec l’ensemble de la doctrine de l’Eglise, les propositions de Marine Le Pen sont bien moins « catho-compatibles » que celles d’Emmanuel Macron.

Il faut se rappeler que les papes successifs ont toujours défendu le principe d’une Loi fondamentale, inscrite par Dieu dans la conscience humaine, supérieure à la volonté d’une majorité à un instant T. Jean Paul II voyait la forme moderne de cette « loi naturelle » dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, qui s’ouvre par la reconnaissance « de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables ».

La perspective lepéniste selon laquelle un référendum permettrait de modifier le principe constitutionnel d’égalité (issu de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, qui a inspiré celle de 1948), afin d’institutionnaliser la « préférence nationale », c’est-à-dire la discrimination entre Français et étrangers, s’inscrit en faux contre la théologie politique du catholicisme.

Le populisme juridique de la candidate d’extrême droite risque d’ailleurs de décevoir les catholiques qui pensent qu’en l’élisant ils feraient barrage à une légalisation de l’euthanasie : dans le nouveau régime constitutionnel que le Rassemblement national (RN) appelle de ses vœux, l’Association pour le droit de mourir dans la dignité pourrait aisément obtenir l’organisation d’un référendum d’initiative citoyenne (RIC) dont l’issue ne ferait guère de doute, étant donné l’état de l’opinion publique sur cette question.

Cuisine et politique ! (Alain Ducasse )

Cuisine et politique ! (Alain Ducasse )

 

Au moment où deux visions politiques s’affrontent en France, le chef multi-étoilé Alain Ducasse dit, dans une tribune au « Monde », sa préférence pour une vision éclairée de la cuisine française et de la France. La gastronomie est elle-même tentée par le repli, elle doit rester un lieu d’expérimentation propice à la création.

 

Il aurait  pu aussi utiliser la métaphore de la cuisine pour expliquer comment se prépare la tambouille politique qui , elle aussi ,résulte d’une savante combinaison d’éléments souvent peu goûteux et peu gourmands pour ne pas dire indigestes. Dans ce domaine aussi,  le renouveau de la préparation démocratique doit être encouragé  ! NDLR 

 

 

 

Tribune.

 

La France culinaire comme la France politique me paraissent aujourd’hui regarder davantage vers le passé que vers l’avenir, comme si notre cuisine semblait vouée à revenir aux recettes d’antan. En effet, les savoir-faire hérités d’Auguste Escoffier (1846-1935) et de la cuisine de la première moitié du XXe siècle semblent faire un retour puissant sur nos cartes.

Je ne nie pas leur importance ni leur gourmandise, mais je me demande si la cuisine d’aujourd’hui est réductible à son passé. Ne doit-elle pas plutôt être un terrain d’expérimentation, propice à la création ? Sommes-nous prêts à une cuisine française qui privilégierait une démarche d’avant-garde ?

La gastronomie m’a tant donné que le constat de sa régression ne peut me laisser indifférent. Dans cette préférence pour les recettes du passé, je lis un rejet de l’innovation et le renoncement à des lendemains goûteux et audacieux. Je constate un retour en arrière, nostalgique et ô combien confortable.

Or, la quête de nouveaux horizons culinaires est le seul chemin possible pour faire avancer la cuisine, lui donner l’énergie nécessaire pour qu’elle parvienne à satisfaire l’appétit changeant des consommateurs d’aujourd’hui. Cette démarche de progrès doit aussi permettre à notre alimentation de respecter les contraintes posées par la sauvegarde de notre planète.

Ce retour en arrière culinaire tend à occulter les enjeux essentiels et à interdire les évolutions nécessaires. Comme les autres métiers de la création, la cuisine est une matière organique qui doit rester ouverte aux influences, aux nouvelles pratiques ou aux technologies les plus récentes. La mode actuelle ne saurait se définir uniquement dans les croquis anciens des grands couturiers du new-look. Quant à l’architecture, elle avance aussi avec son temps : en témoignent les projets ébouriffants de Jean Nouvel.

Il faut savoir rester les yeux ouverts sur le monde pour ajouter patiemment au pot commun de la gastronomie des strates de savoirs venus d’autres horizons. La cuisine française est passée maîtresse en la matière : elle sait parfaitement intégrer ces connaissances qui la rendent toujours plus intéressante.

Je sais précisément à quel point la France connaît aujourd’hui une densité tout à fait exceptionnelle de talents culinaires. Cette offre gastronomique ne cesse de m’étonner et de me ravir. Je rencontre des chefs de talent, femmes et hommes, de tous âges et nationalités, installés à Paris comme en région, concernés par les enjeux d’aujourd’hui, courageux dans leur capacité à entreprendre.

Élection présidentielle : Désenchantement et éclatement

Élection présidentielle :  Désenchantement et éclatement

OPINION. Pourquoi sent-on une certaine fébrilité dans le camp macroniste ? Pourquoi les sondages annoncent-ils un score serré entre les deux finalistes ? Un autre manière d’interpréter le vote de dimanche. Par David Cayla, Université d’Angers. 

 

Le résultat du premier tour de l’élection présidentielle peut être lu de deux manières. Si l’on suit une grille de lecture politique, on peut comptabiliser trois blocs idéologiquement cohérents et de force comparable. La droite néolibérale rassemble 32,63% des voix autour des candidatures d’Emmanuel Macron et de Valérie Pécresse ; l’extrême droite identitaire (Le Pen, Zemmour et Dupont-Aignan) constitue un deuxième bloc qui pèse 32,28% des suffrages ; enfin, le total des voix de gauche et d’extrême gauche représente un dernier bloc rassemblant 31,94% de l’électorat. Reste les 3,13% des électeurs de Jean Lassalle, inclassable politiquement.

Une telle analyse du scrutin conduit à minimiser les risques d’une accession de Marine Le Pen à la présidence. Non seulement Emmanuel Macron parviendrait facilement à rassembler son bloc (légèrement plus important numériquement que celui de l’extrême droite) mais de plus il bénéficierait de l’appui d’une partie importante de la gauche dont les responsables sont unanimes dans leurs appels à faire « barrage » à l’extrême droite. Ainsi, sans trop prendre de risque, on pourrait pronostiquer une facile réélection du Président.

Mais si c’est ainsi qu’il faut interpréter le scrutin, pourquoi sent-on une telle fébrilité dans le camp macroniste ? Pourquoi les sondages annoncent-ils un score serré entre les deux finalistes ? C’est qu’il existe une autre manière d’interpréter le vote de dimanche.

Si l’on adopte une grille de lecture sociologique, il n’y a pas trois blocs mais deux camps. Le premier, le camp conservateur, représente les gagnants de la mondialisation. Il rassemble ceux qui défendent plus ou moins l’ordre établi et qui s’accommodent, sans toujours l’approuver, de la politique actuelle. Ses électeurs sont des personnes âgées qui n’ont pas connu la précarité au travail. Ils ont confiance dans les institutions, dans la presse et sont bien insérés socialement. Ils sont de droite et de gauche, d’un niveau socio-éducatif élevé et vivent majoritairement dans les banlieues aisées, en centre-ville et dans les métropoles.

Ce camp agrège aux néolibéraux les partis pro-européens de gauche (Hidalgo et Jadot) ainsi qu’une bonne moitié de l’électorat d’Éric Zemmour et une partie de l’électorat de Mélenchon ou de Fabien Roussel.

En face de ce camp se trouve la France des ronds points, des « gilets jaunes », celle qui manifestait contre le passe sanitaire et la vaccination. Cette France, peu sensible à la politique institutionnelle, rassemble les précaires et les classes populaires. Politiquement, elle est le plus souvent abstentionniste, même si elle s’exprime davantage à l’occasion des élections présidentielles.

C’est à cette France que Marine Le Pen doit pratiquement tous ses suffrages, mais cet électorat s’est aussi porté électoralement sur Mélenchon, notamment dans les banlieues et les Antilles, et sur Dupont-Aignan, Lassalle et Zemmour. Cette France déclassée tient les clés du second tour. Selon la dynamique de campagne, elle pourrait soit retourner à son abstention habituelle, soit voter Marine Le Pen. Ce qui est sûr, c’est qu’elle est potentiellement majoritaire.

D’une manière plus triviale, ce qui frappe dans cette élection c’est la force des partis anti systèmes. Pour la première fois depuis le début de la Ve République, les électeurs ont voté à une très large majorité pour des candidats porteurs d’un discours de rupture.

Dans un ouvrage paru en 2019, les chercheurs Yann Algan, Elizabeth Beasley, Daniel Cohen et Martial Foucault proposent une explication quant à l’émergence des mouvements anti systèmes. Selon eux, le populisme émerge lorsque la défiance s’accroît au sein de la société.

Ils distinguent deux sortes de défiance et donc deux sortes de populisme : d’abord, une défiance purement institutionnelle qui fait le lit d’un populisme de gauche qu’incarnerait par exemple Jean-Luc Mélenchon ou le mouvement des « gilets jaunes ». Ce populisme croit en l’action collective mais ne croit plus aux institutions actuelles qu’il souhaite transformer en profondeur.

À l’inverse, pour les auteurs, les populistes de droite seraient le produit d’une défiance généralisée qui s’adresse autant aux personnes qu’aux institutions sociales. On retrouve cette forme de populisme dans l’électorat de Marine Le Pen, chez les abstentionnistes et au sein des mouvements « antivax ».

Il est la conséquence d’une société marquée par l’individualisme et une forme d’anomie. Il se nourrit parfois d’une paranoïa qui rend sensible les personnes concernées aux thèses du grand remplacement et au complotisme. C’est une population qui a tendance à se replier sur sa sphère privée ou familiale.

Les ouvrages du journaliste américain Thomas Frank décrivent assez justement les sociétés « anomiques » (« sans loi ») au sein desquelles prospère le populisme de droite. Dans ces quartiers résidentiels américains, souvent marqués par la désindustrialisation et la dégradation des services publics, la haine contre le « progressisme » tient lieu de ciment social.

Si les causes des populismes sont assez claires, les raisons pour lesquelles la défiance s’accroît au sein d’une société le sont moins. Dans Populisme et néolibéralisme, j’ai avancé une explication.

La population perd confiance envers ses institutions lorsque ces dernières ne jouent plus leur rôle qui consiste à tisser des liens et à construire la vie sociale. Ainsi, la première des institutions est l’État, et le premier rôle de l’État est de protéger ses propres citoyens. Or, en choisissant d’insérer la France dans la mondialisation, les gouvernements, depuis quarante ans, ont réduit le champ de l’action politique à des logiques d’attractivité et de compétitivité.

La règle de la « bonne gestion » est devenue d’arbitrer systématiquement en faveur des capitaux et des classes supérieures, qui sont mobiles et s’installent là où la fiscalité est la plus douce, contre le travail et les classes populaires et moyennes qui elles sont immobiles et doivent supporter l’essentiel de la charge fiscale.

Vu sous cet angle, le quinquennat qui s’achève fut celui d’une clarification néolibérale, c’est-à-dire qu’il a pris un parti pris clair : celui de mettre l’État au service d’une adaptation de la société aux marchés.

Ce parti pris se retrouve dans la politique fiscale : suppression de l’impôt sur la fortune, baisse de la taxation du capital et de l’impôt sur les sociétés, hausse les taxes sur la consommation. Il se retrouve aussi dans une conception des services publics marquée par la réduction des coûts (fermeture des lits dans les hôpitaux, gel des salaires dans la fonction publique, réduction des dotations aux collectivités territoriales).

Enfin, la gestion du Covid a donné l’impression que « l’argent magique » qui n’existait pas pour répondre aux besoins des soignants de l’hôpital de Rouen pouvait soudainement affluer pour compenser les pertes des entreprises liées à la crise sanitaire.

Cette politique publique orientée vers le soutien prioritaire au secteur privé, au détriment des besoins sociaux a nourri et entretenu une défiance au sein de l’électorat. Les politiques gouvernementales sont-elles au service de l’intérêt général et du plus grand nombre, ou répondent-elles aux pressions des lobbies et des grandes entreprises ? Cette défiance qui s’est révélée lors du mouvement des « gilets jaunes » s’est ensuite cristallisée au moment de la crise sanitaire durant laquelle les théories les plus folles ont circulé sur l’innocuité des vaccins ou sur la pertinence des confinements.

Plus généralement, ce qui est apparu aux yeux d’une partie de l’opinion, c’est que l’État n’était pas là pour protéger la population, mais pour la punir ou la manipuler. C’est cette thèse teintée de paranoïa que défend la philosophe Barbara Stiegler. Les conséquences de cette défiance ont pu être mesurées par le taux de vaccination, beaucoup plus faible dans les territoires populaires et les départements d’outre-mer que dans les quartiers favorisés.

Le résultat du 10 avril semble exprimer la même défiance. Si les institutions ne sont pas remises à l’endroit, si les politiques menées continuent de donner l’impression de servir des intérêts qui ne sont pas ceux de la majorité, il est clair qu’une partie grandissante de la population sera tentée par le vote de sécession.

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Par David Cayla, Enseignant-chercheur en économie, Université d’Angers.

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Médias et Vincent Bolloré: La dérive démocratique

Médias  et Vincent Bolloré: La dérive démocratique

 

Ce qu’il a entrepris dans le domaine de l’information (déjà Canal +, CNews ou Prisma Media, et Europe 1, Le Journal du dimanche, Paris Match sur lesquels il a commencé d’imprimer sa « patte ») constituait déjà un gisement d’inquiétudes. Ce qu’il prépare dans le secteur de l’édition – résultant de l’OPA qu’il mène sur le groupe Lagardère propriétaire de Hachette – semble moins spectaculaire aux yeux de l’opinion ; or les effets industriels, intellectuels, éthiques, ne s’annoncent pas moins préoccupants. Le raid de Vincent Bolloré constitue une menace pour la salubrité du débat d’idées, qu’il soit public (dans le cas des médias) ou intime (dans celui de l’édition d’essais et de fiction). Et donc un risque démocratique. Au Festival du livre de Paris (22 – 24 avril), le sujet sera dans toutes les bouches.( papier de « la Tribune »)

C’est l’histoire d’un essayiste aguerri qui compose son premier roman. Nommons-le Pierre. Il le sait, dénicher un éditeur dans une discipline où il est novice ne sera pas un long fleuve tranquille, et même davantage : il s’engage dans un parcours du combattant à l’issue très incertaine, tant les embuches s’amoncellent dès la ligne de départ. Comment faire exister un manuscrit parmi les 2.000 à 4.000 réceptionnés chaque année par des maisons qui n’en sélectionnent, au final, qu’une à quelques poignées ? Et dans ces conditions, comment espérer qu’il rencontre la sensibilité d’une femme ou d’un homme qui l’aura miraculeusement pioché dans la pile avant de le transmettre au comité ad hoc chargé de lire puis d’élire ? La (petite) notoriété, les (solides) réseaux, la foi immarcescible de l’auteur suffiront-elles ? Non, il en est conscient, et le facteur chance, par nature imprévisible, devrait constituer l’arbitre final. Final, vraiment ? Pas tout à fait.

Lorsqu’il pense avoir triomphé des obstacles les plus aigus et que ses pérégrinations semblent proches d’aboutir, voilà que Pierre se confronte à d’autres écueils, ceux-là tout à fait imprévus. Chez telle prestigieuse enseigne, après avoir franchi avec succès le seuil le plus délicat, il s’entend signifier qu’il est trop âgé, la décision ultime privilégiant un « auteur plus jeune » qui générera un plus sûr retour sur investissement. Dans telle autre grande maison, le retour enthousiaste du sommet de la pyramide passant le relais à une collaboratrice promet la lumière ; peine perdue, les « équipes commerciales préfèrent renoncer, faute de savoir comment traiter cet « alien » ». Ici, la détermination de l’auteur de rester imperméable aux réseaux sociaux est jugée rédhibitoire « puisqu’aujourd’hui sans stratégie Instagram, Twitter, Facebook, impossible de lancer un livre ». Là, le comité de lecture estime le texte « trop sombre » pour être populaire. Le pire peut-être, introduit par différents interlocuteurs sans relation entre eux : « Il faudrait revoir l’organisation du texte, afin que l’intrigue surgisse dans les quinze premières pages. C’est une règle : au-delà, on perd le lecteur », synthétise, en substance, l’un d’eux. « Mais vous avez conscience que la première partie est volontairement étirée, lente, descriptive, pour donner à l’irruption puis au développement de l’intrigue conclue dans l’épilogue, sa force psychologique, son mystère, sa dramaturgie ? », se défend l’auteur. « Bien sûr. Vous avez raison. Malheureusement, ce qui tranche au final, c’est la loi du marketing ».

 

Macron-Le Pen : un débat pour experts-comptables, hauts-fonctionnaires et statisticiens

Macron-Le Pen : un débat pour  experts-comptables, hauts-fonctionnaires et statisticiens

 

Alors que la plupart des journalistes considèrent que Macron a remportéle match, un seul se montre un peu  critique à savoir Matthieu Deprieck,  journaliste politique à l’Opinion (un journal qui pense cependant que macron  a gagné) et considère que la discussion n’a pas été à la hauteur.

« …. C’était un débat pour le cercle des experts-comptables, l’amicale des hauts-fonctionnaires et le groupement des amis des statistiques. A deux jours de la fin de la campagne présidentielle, on ne sait toujours pas quel est le projet de société de l’une, et encore moins celui de l’autre. C’est la prouesse d’Emmanuel Macron : là où il passe, tout est « technocratisé », même une candidate populiste. Au moins, le Président sortant a-t-il joué sur son terrain alors que son adversaire n’a essayé que de convaincre qu’elle n’était plus l’incompétente d’il y a cinq ans. Que visait-elle ce soir ? La victoire à la présidentielle 2022 ou la préservation de ses chances pour 2027 ? »

Jeunes et démocratie : la crise

 Jeunes et démocratie : la crise

Les 18-24 ans s’intéressent aux faits de société, mais leur abstention massive lors des élections traduit leur incompréhension et leur rejet du fonctionnement de la prise de décision politique, explique, dans un entretien au « Monde », le sociologue Olivier Galland.

 

Directeur de recherche émérite au CNRS, le sociologue Olivier Galland a consacré de nombreux travaux à la jeunesse et à son engagement – ou à son désengagement – politique. A quelques jours du second tour de la présidentielle, alors que les appels à « faire barrage » au Rassemblement national se multiplient dans le monde enseignant et universitaire, le sociologue se penche sur les raisons de l’abstention chez les 18-24 ans. Et sur ce que le phénomène dit du rapport de la jeune génération à la vie démocratique.

Le titre de votre dernier ouvrage, « 20 ans, le bel âge ? » (Nathan, 160 pages, 14,90 euros), trouve un écho particulier durant cet entre-deux-tours qui ne voit pas la jeunesse se mobiliser en masse. Le taux abstention, le 10 avril, chez les 18-24 ans a dépassé 40 %. Est-ce une surprise ?

Ça ne l’est pas, non. Plusieurs enquêtes se sont attachées à mesurer ce phénomène à la hausse ces dernières années. L’Insee, qui se penche périodiquement sur la participation aux élections, a montré que l’abstention systématique – celle qui concerne les deux tours des scrutins présidentiels et législatifs – augmente chez les jeunes depuis vingt ans. En 2017, les 18-24 ans étaient déjà 20 % à se ranger dans cette catégorie ; c’est plus que dans les classes d’âge plus âgées.

 

Plus récemment, j’ai piloté une enquête sur l’évolution de l’engagement politique sur trois générations – les 18-24 ans, leurs parents, les « boomeurs » [la génération des natifs de l’après-guerre]. Les résultats vont dans le même sens : plus du tiers (34 %) d’un panel de 8 000 jeunes se range derrière l’affirmation que « voter ne sert pas à grand-chose car les responsables ne tiennent pas compte de la volonté du peuple ».

Les conditions de la campagne – la guerre en Ukraine, le Covid-19 – peuvent-elles expliquer ce désengagement ?

Je ne crois pas. Sans doute que la campagne présidentielle a été en partie escamotée par le contexte. On sait par ailleurs que le Covid-19 a eu un impact psychologique important sur une partie des jeunes, notamment les étudiants. Mais la jeune génération avait aussi face à elle, pour cette élection, une palette extrêmement variée de candidats vers lesquels faire porter son choix. Ce choix, pourtant, une partie ne l’exerce pas.

Comment l’expliquez-vous ?

C’est, pour moi, le signe d’un éloignement spectaculaire des jeunes – d’un nombre non négligeable d’entre eux – du système politique. Cela ne veut pas dire qu’ils ne s’intéressent pas aux questions de société. Au contraire : l’environnement, le racisme, les violences faites aux femmes, les inégalités comptent à leurs yeux au moins autant que pour les générations précédentes. Mais leurs préoccupations ne se traduisent pas – ou très peu – sur le plan politique.

Crises et avenir de la France ?

Crises et avenir de la France  ?

Des événements de diverses natures ont entraîné des conséquences géopolitiques bien au-delà de leur perception par leurs contemporains ( article de

André Yché dans la Tribune)

En remportant la bataille de Chéronée en 338 avant JC, Philippe II de Macédoine assure la domination de son pays sur la Grèce et prépare l’entreprise conquérante d’Alexandre le Grand qui, pénétrant en Orient jusqu’en Asie Centrale et en Inde, ouvre les « routes de la soie ».

De même, la peste de Justinien, au milieu du VIème siècle, en décimant les armées byzantines engagées dans la reconquête de l’Italie, met un terme à l’ultime tentative de réunification de l’Empire romain et, de fait, scelle le sort, à terme, de l’Empire byzantin.

Les batailles de Chesapeake Bay et de Yorktown, en 1781, remportées par de Grasse et Rochambeau, ouvrent la voie à l’indépendance américaine et jouent un rôle déterminant dans l’Histoire mondiale du XXe siècle.

La bataille de Sadowa, qui accélère le déclin de l’Empire austro-hongrois, marque le début de l’hégémonie prussienne en Europe centrale, avec les conséquences dramatiques que l’on sait.

Enfin, la crise de 1929 n’est surmontée qu’à partir du moment où les Etats-Unis s’engagent dans une politique de réarmement, d’abord au profit des démocraties européennes, puis pour leur compte propre à partir du 8 décembre 1941. Pour soixante-dix ans, la doctrine Monroe est mise entre parenthèses et l’Amérique renonce à son isolationnisme traditionnel. Jusqu’à quand ?

En même temps, la dimension géopolitique de l’Histoire se heurte constamment aux réalités territoriales, aux ancrages nationaux, à l’enracinement des Hommes qui tressent un lien indissoluble entre histoire et géographie.

C’est ainsi que tout au long du premier tiers du XVe siècle, le grand empereur chinois, Yongle, parraine les expéditions maritimes de Zheng He, afin d’ouvrir le monde à la Chine : l’océan Indien, les côtes de l’Afrique de l’Est, la mer Rouge, jusqu’en Egypte. Mais l’agitation turco-mongole sur les frontières du nord impose le recentrage de l’effort budgétaire sur la restauration de la Grande Muraille et, pour protéger le Hebei, l’Empire céleste se détourne durablement du « Grand Large ».

Au cours du dernier tiers du XIXème siècle, alors que monte en Angleterre un courant en faveur du libre-échange qui ouvre le monde entier à la City, porté par l’aristocratie foncière reconvertie dans la finance après l’abrogation des lois protectionnistes sur le blé (« Corn Laws ») par Robert Peel en 1846, une forte opposition se fait jour, conduite aux Communes par Benjamin Disraeli. Derrière ce courant protectionniste, les intérêts portuaires britanniques sont en cause ; ils bénéficient du régime de l’« Exclusif » avec l’Empire qui alimente les réexportations vers le continent. L’entreprise coloniale, ce sont également, à proximité des bases navales, les arsenaux de la Navy et de l’Army qui constituent le cœur de la métallurgie anglaise.

Comme aux Etats-Unis et en France aujourd’hui, les Anglais sont donc en plein débat sur la protection de leur industrie, auquel s’ajoutent les polémiques entre Malthus (protectionniste) et Ricardo (libre-échangiste) sur la souveraineté alimentaire nationale.

Quels enseignements utiles faut-il tirer de ces épisodes historiques quant à l’impact probable de la crise sanitaire, économique et géopolitique que nous traversons?

La France et le Monde

L’expérience pratique de l’Antiquité grecque est celle d’un monde éclaté, dans lequel chaque Cité fixe ses lois, règle son gouvernement, décerne sa citoyenneté. Au-delà, c’est le monde barbare, qui ne parle pas grec et qui, de ce fait, n’est pas civilisé.

Pour autant, Platon n’ignore pas l’idée d’universalité : mais elle est purement intellectuelle ; elle tient dans l’aptitude de tout être humain à penser ; c’est, en quelque sorte, le « Cogito » de Descartes, avant l’heure.

L’universalisme romain ne se conçoit, juridiquement, qu’à travers l’attribution de la citoyenneté, considérablement élargie à partir de l’édit de Caracalla en 212, qui accorde la qualité de citoyen romain à tout homme libre de l’Empire.

Il n’en demeure pas moins que le véritable vecteur du concept d’universalisme réside dans le christianisme, à travers notamment la prédication de Saint Paul :

« Il n’y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme. »

La réalisation de ce principe soulèvera, bien sûr, maintes difficultés, y compris au sein de la communauté chrétienne et sera à l’origine de très vives tensions entre Paul et Pierre, à l’occasion de leur rencontre à Antioche. Avec la fin de l’Empire, le christianisme demeure le seul cadre porteur de valeurs universelles, ce qui ne manquera pas de susciter de nombreux conflits politiques au Moyen-Age, face à l’émergence des nations : le volet politique de la réforme grégorienne illustre, entre dogmes religieux persistants et nouvelles réalités d’un monde recomposé, une contradiction que Machiavel tranchera définitivement en laïcisant la pensée politique.

Il est nécessaire de percevoir qu’en réalité, la divergence entre principes universalistes et réalités nationales est une constante historique.

Le grand penseur de l’universalisme des Lumières est Emmanuel Kant, qui fait de l’universalité une condition essentielle de la morale : « Agis de telle sorte que la maxime de ta volonté puisse être érigée en loi universelle. ». Ce principe, qu’il élève au rang d’« impératif catégorique », n’est donc pas, à ses yeux, discutable. Pour autant, Kant mesure bien que concrètement, c’est la loi de l’Etat qui s’impose. Il considère que la contrainte physique que peut exercer l’Etat n’a pas d’effet durable sur la société et que ce qui compte, c’est l’obligation morale d’obéir à la loi que chaque individu perçoit intérieurement, parce qu’elle découle, précisément, d’une norme universelle.

Très belle construction intellectuelle, qui inspirera les fondateurs de la Société des Nations, de l’ONU… Mais en pratique, qu’en est-il ? Pour citer Charles Péguy :

« Kant a les mains pures, mais il n’a pas de mains. »

La Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, tout comme les textes fondateurs de la République américaine, s’inspirent naturellement de la philosophie kantienne, mais concrètement, la distinction est clairement établie entre ceux qui détiennent des droits subjectifs, les « citoyens », et les autres, les « hommes » qui ne peuvent exciper que de droits objectifs. Et la réalité révolutionnaire est essentiellement nationale (Valmy…) avant de devenir impérialiste, puis colonialiste : Jules Ferry est le symbole de l’ambition civilisatrice universelle de la République, quitte à transiger avec les principes de la laïcité :

« L’anticléricalisme n’est pas un produit d’exportation. »

C’est précisément par la voie de la colonisation que survient la première véritable mondialisation et, bien sûr, elle repose sur un principe d’asymétrie. L’opinion publique pense immédiatement : esclavage, commerce triangulaire. La réalité est plus complexe : c’est le régime de l’Exclusif qui assure à la métropole le monopole des échanges avec ses colonies, de telle sorte que par le biais de réexportations massives qui permettent au colonisateur de capter l’essentiel de la valeur ajoutée, l’équilibre commercial de la puissance colonisatrice est assuré. Ce modèle perdurera jusqu’en 1913 et se traduira par un poids des échanges extérieurs dans l’économie européenne qui ne sera à nouveau atteint qu’à la veille du premier choc pétrolier, au début des années 70.

Entretemps, la science économique a progressé. Le courant de pensée initial est celui des avantages comparatifs de Ricardo, décliné à travers le modèle de Heckscher- Ohlin-Samuelson qui souligne l’importance majeure de la dotation de chaque pays en facteurs de production, de telle sorte, par exemple, que l’abondance de capital aux Etats-Unis devrait conduire l’économie américaine à se spécialiser dans les produits à forte intensité capitalistique, ce qui n’est pas toujours le cas. Par ailleurs, les phénomènes d’accumulation des avantages comparatifs, d’oligopoles et de dissymétrie des termes de l’échange ont conduit à l’émergence d’une critique croissante, en faveur de la réinstauration d’un certain protectionnisme.

La première question est celle des secteurs stratégiques, éléments essentiels de la souveraineté. Mais comment repenser la souveraineté à l’heure de la construction européenne ? L’industrie de défense, l’approvisionnement énergétique occupent le premier rang de ces préoccupations.

Les nanotechnologies, la santé figurent depuis longtemps parmi les priorités industrielles, aux côtés de l’électronique et des technologies de l’information. Mais quelles conséquences en tirer quant à la localisation de ces activités ? La bonne échelle ne serait-elle pas européenne ?

C’est ici qu’intervient la question de l’emploi. Par exemple, il est certain que la maîtrise de la filière du médicament est un sujet stratégique et économique majeur. Mais peut-on analyser de la même manière la fabrication de masques de protection, eu égard à la réalité de la demande en temps normal ? A ce stade de la réflexion, comme en matière énergétique avec le gaz, le pétrole et l’uranium, on voit bien que la question est plutôt celle de la sécurité, notamment politique, des sources d’approvisionnement : le conflit qui déchire l’ex-empire soviétique illustre cette réalité. D’où le problème du « sourcing » chinois, surtout s’il est exclusif. En définitive, l’arbitrage à opérer se posera en termes de maîtrise des approvisionnements qui, n’implique pas une origine nationale, et d’emplois industriels productifs, c’est-à-dire compétitifs. Au-delà, il est évident que les enjeux de pouvoir d’achat, surtout en période d’inflation et de crise des finances publiques, limiteront les ambitions en termes de relocalisation quoiqu’en disent les prophètes annonciateurs d’un « nouveau monde ».

La principale révélation de la crise globale, en pratique, est celle de la relative fragilité de la chaîne logistique, levier essentiel de la mondialisation. Et c’est sur cet aspect du problème, qui n’est pas nouveau en dépit de la propagande chinoise autour des « routes de la soie », que mérite d’être réexaminée la dimension territoriale de l’économie, en lien avec les questions stratégiques et environnementales.

Traiter d’économie territoriale, c’est, d’abord, parler des territoires et de la relation du local au national. Dans cette démarche délicate, quelques fanaux éclairent le cheminement.

Fernand Braudel, d’abord, qui ne vivra pas assez longtemps pour conclure son ouvrage de synthèse, « L’identité de la France », dont il trace néanmoins les grandes lignes : un pays de pays, morcelés par la géographie et réunis par l’Histoire ; une tension entre de multiples irrédentismes et une centralisation opérée par l’Etat, au profit de la capitale et de son rayonnement mondial, au détriment, par exemple, de Lyon, pourtant mieux situé en termes de flux d’échanges européens. Au final, Braudel ne récuse pas ce travail historique et exprime sa méfiance à l’égard de la résurgence politique des territoires. Il n’est guère décentralisateur et il rejoint, sur ce point, Michelet qui résume sa thèse : l’Histoire s’est finalement imposée à la Géographie, et c’est très bien ainsi. La référence absolue, sur la question territoriale, demeure Vidal de la Blache et son « Tableau de la géographie de la France » de 1903, dans lequel il démontre comment, à cette époque, les seules métropoles qui aient véritablement émergé sont périphériques : tous les grands ports, Strasbourg sur le Rhin… Il montre également l’importance des complémentarités entre territoires et le processus de fertilisation croisée qui en résulte, notamment sur le plan démographique : La France est « une terre qui semble faite pour absorber sa propre émigration ». Mais Vidal est un homme de l’intérieur, du continent, qui ne connaît guère les côtes océaniques et qui manque du recul de Braudel pour distinguer les failles du modèle français : la France a raté la mer et n’a acclimaté que tardivement l’industrialisation et le capitalisme parce que pour le meilleur ou pour le pire, elle a toujours été attirée par son terroir et par les frontières continentales, lieu des menaces directes pesant sur son intégrité. Que dire de plus, et qu’en déduire ?

D’abord, que la question des territoires de la République est essentiellement franco-française et n’interfère qu’indirectement et de façon relativement marginale avec les questions de « déglobalisation » et de souveraineté économique. Certes, divers centres de production peuvent être réimplantés sur le territoire national, mais leur localisation précise dépendra surtout de considérations logistiques : la concurrence entre territoires, que l’on peut pressentir, correspondrait donc à une débauche d’énergie, peu productive.

En revanche, des leviers majeurs de redynamisation territoriale existent et, indépendamment de la crise sanitaire et économique, méritent d’être actionnés.

Le premier d’entre eux est relatif au développement de l’offre d’habitat, qui deviendra un facteur d’attractivité essentiel, s’agissant notamment des key-workers, particulièrement de ceux que leur métier écarte du télétravail. Il est évident que l’offre d’habitat intermédiaire à proximité des centres hospitaliers constituera, par exemple, une priorité à réexaminer dans l’avenir. Plus généralement, la revitalisation des villes moyennes et en particulier des « cœurs de ville » passe par la création d’une offre d’habitat adaptée à des clientèles potentiellement intéressées par les aménités culturelles, mais aussi sanitaires et éducatives : l’attractivité du centre-ville conditionne l’avenir de la périphérie.

Le deuxième enjeu, puisqu’il n’existe pas véritablement de territoire autonome en regard de l’économie nationale, réside dans la connexion au marché : national, européen, mondial. Connexion numérique, d’abord, mais aussi logistique physique et, notamment, multimodale.

Le troisième enjeu est relatif à la constitution de clusters autour des établissements universitaires et, à moindre échelle, des centres de formation d’ampleur régionale, de manière à coupler recherche et production, constituant ainsi de véritables pôles d’attractivité.

Au final, il est évident que les enjeux de revitalisation des territoires revêtent une dimension essentiellement nationale et qu’il est quelque peu artificiel de les raccorder à la question de la « déglobalisation », analysée comme ressort de nombreuses « relocalisations » sur le territoire national, ce qu’elle n’est probablement pas.

Si relocalisations il doit y avoir, ce qui paraît vraisemblable, c’est à l’échelle de l’Europe et du pourtour méditerranéen qu’il faudra les concevoir. Dans cette perspective, la connexion politique et opérationnelle entre les territoires et l’Etat central revêtira une importance accrue. En conclusion, la grande erreur est d’avoir pensé le capitalisme indépendamment d’une stratégie régalienne. L’erreur symétrique serait de penser les relocalisations indépendamment des principes du capitalisme.

L’Europe, ainsi nommée par les Grecs selon la célèbre princesse phénicienne enlevée, aux dires d’Esope, par Zeus métamorphosé en taureau, n’a longtemps été qu’une réalité géographique mal connue, à l’Ouest de l’espace hellène. Plus tard, l’entité politique structurante est l’Empire romain, essentiellement méditerranéen, qui ne franchit guère le Rhin et le Danube, tandis que la chrétienté réunit Occident et Orient, le christianisme étant d’ailleurs une religion d’origine orientale. Le premier, l’Empire de Charlemagne s’inscrit brièvement dans un espace correspondant à celui de l’Europe des Six. Issue du traité de Verdun de 843, une « Francia occidentalis » séparée par l’éphémère Lotharingie de son pendant oriental, participe du démembrement de l’Occident. Le Moyen-Age ignore donc la dimension européenne, qui n’est révélée que grâce à la prise de Byzance par les Turcs en 1453. Le pape Pie II s’en inquiète en ces termes : « des querelles intestines laissent les ennemis de la Croix se déchaîner » en préambule de son traité « De Europa ».

Tandis qu’Erasme y voit, déjà, l’espace d’une possible paix perpétuelle, Charles Quint tente, contre François Ier, d’imposer l’union par la force, sans succès ; François Ier n’hésite pas à s’allier à Soleiman pour contrer ce dessein, et la flotte turque, passant un hiver à Toulon, transforme ce port en ville musulmane, peuplée de milliers de janissaires et de leurs captifs chrétiens. François Ier frise l’excommunication, avant que la flotte ottomane ne lève l’ancre pour le Levant.

Napoléon, qui tente d’unifier l’espace péninsulaire du bloc asiatique par la force et par le droit, échoue pareillement et le Congrès de Vienne institue une Sainte Alliance dont ne s’excluent volontairement, signe précurseur, que l’Angleterre et le Vatican.

Dès lors, toute construction idéaliste, comme celle de Victor Hugo, bute sur la rivalité franco-allemande, jusqu’au grandiose projet d’Aristide Briand, à la fin des années vingt, mis à bas par la crise mondiale. Et c’est Churchill, au lendemain de la guerre, qui invite les continentaux à s’unir, sans inclure, lucidement, le Royaume-Uni dans la perspective ainsi tracée.

Ainsi, toute l’histoire de l’Europe met en évidence deux faits saillants : d’abord, que l’Angleterre n’est guère concernée ; ensuite, que la réalisation du projet dépend entièrement de la configuration, naturellement conflictuelle, de l’axe franco-allemand.

Un épisode l’illustre singulièrement : à l’issue de la signature du traité de l’Elysée, en 1963, qui pose les bases du projet européen, l’entregent de Jean Monnet permet à celui-ci de faire introduire devant le Bundestag, pour sa ratification, un préambule repositionnant le traité dans une perspective atlantiste, expressément écartée par le général de Gaulle qui, furieux, évoque la possibilité d’un renversement d’alliance « avec la Russie » ! Les limites politiques du « couple » franco-allemand sont ainsi tracées.

Au fond, c’est sur ce compromis que l’Europe a progressé : un grand marché ouvert au monde libre, supervisé en matière de droit de la concurrence ; la politique agricole commune pour satisfaire la France et quelques Etats méditerranéens ; des fonds structurels pour accompagner les retardataires ; et surtout, en contrepartie d’une clientèle assurée pour l’industrie allemande, une union monétaire, assortie de règles disciplinaires strictes. Un « deal » intelligent, sans doute le meilleur que l’on puisse espérer, et qui s’avère incontestablement « gagnant-gagnant ».

A ceci près qu’une fois encore, la relation franco-allemande soulève des difficultés, non pas à cause d’un écart de compétitivité entre les deux économies, qui fluctue dans le temps, mais d’un différentiel majeur de croissance démographique qui est structurellement stable et qui condamne la France à un taux de chômage élevé, pour des niveaux de croissance équivalents. De là viennent les excédents d’une grande Suisse, les déficits d’une « petite Russie » dépourvue de richesses naturelles, hormis sa puissante agriculture. Et au final, un « spread » croissant sur les marchés financiers.

Cette situation représente-t-elle un problème ? Assurément, dans le contexte de crise globale que nous traversons. Est-il insurmontable ? Peu vraisemblablement : la France et sa dette publique ne peuvent se passer de l’euro, pas plus que l’Allemagne d’un de ses principaux clients.

Pour autant, nous ne saurions ignorer qu’à partir de son origine sanitaire, la crise revêt une dimension économique et, désormais, géopolitique.

L’Union européenne, à travers ses plans de relance et la mobilisation du système européen de banques centrales a couvert, dans des conditions relativement satisfaisantes, son champ d’intervention naturel, économique et financier, sous une réserve majeure : l’enjeu agroalimentaire, et d’abord agricole, ne saurait être abordé selon sa seule dimension écologique, qui ne peut être exclusive de son poids économique et de son impact stratégique. La France aurait beaucoup à perdre de ce cantonnement idéologique.

Ce constat renvoie à une question fondamentale : après le Brexit, l’exclusion de la Turquie et la guerre en Ukraine, l’UE offre-t-elle le cadre pertinent pour parler de sécurité européenne, alors même qu’à l’exception de la France, toutes les nations européennes (hors Grèce, Croatie et Serbie) suivent l’exemple de l’Allemagne pour se détourner de la construction d’une industrie de défense européenne, socle indispensable d’une Europe (au sens de l’UE) de la défense ? Dès lors, puisqu’il ne s’agit que de parler de capacités militaires, au sens de « second pilier de l’OTAN », est-il raisonnable de s’en tenir à un tête-à-tête avec l’Allemagne, sans intégrer le Royaume-Uni, la Suède et la Turquie dont le poids militaire est essentiel sur le théâtre européen.

La question posée est donc celle de la réactivation d’un cadre similaire à celui de l’Union de l’Europe Occidentale, qui pourrait retrouver son utilité lorsque la relance d’un processus de discussion avec la Russie, analogue à celui de l’organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) s’avèrera indispensable. En l’absence d’un tel dispositif, le destin du continent européen pourrait fort bien être traité directement entre Washington et Moscou.

Environnement et présidentielle : l’impression d’un désintérêt

Environnement et présidentielle : l’impression d’un désintérêt 

L’impression de désintérêt des candidats pour les questions environnementales se justifie par des propositions trop souvent floues ou consensuelles à rebours des préconisations des scientifiques. Par Simon Persico, Université Grenoble Alpes (UGA) et Esther Hathaway, Université Grenoble Alpes (UGA)

Marches pour le climat le 12 mars en référence au film à succès « Look Up », rassemblements prévus le 9 avril à la veille du premier tour : les activistes du mouvement climat n’ont cessé de relancer la mobilisation depuis les premières grèves en 2018.

Elles et ils partagent l’impression d’un désintérêt des candidats et des médias lors de cette campagne présidentielle, dont témoigne, par exemple, le fait que moins de 5 % du contenu des journaux télévisés soit consacré à la crise climatique, selon les données mises en avant par le collectif Media Climat. Dernier exemple de cette déconnexion : le climat était presque absent de l’émission « Élysée 2022 » du 31 mars sur France 2, chaîne du service public.

Et ce en dépit de l’aggravation des problèmes liés au climat ou à la biodiversité, comme en attestent les rapports du GIEC qui se font de plus en plus précis et pessimistes sur l’ampleur des bouleversements à venir.

Qu’en est-il réellement ? L’environnement est-il absent de la campagne ? Et comment les différents candidates et candidats prennent-ils position sur ces enjeux ?

Cet article montre en réalité que les enjeux d’environnement et d’énergie bénéficient d’une attention moyenne élevée et inédite, dans les médias comme dans les programmes présidentiels. L’impression de désintérêt se justifie toutefois par le fait qu’une majorité des candidats, et les favoris du second tour en premier lieu – Emmanuel Macron (LREM) et Marine Le Pen (RN) – rejouent la stratégie d’accommodement qui a longtemps mené les partis à formuler des propositions générales, floues et souvent consensuelles, loin des attentes de plus en plus claires formulées par les scientifiques.

Cette impression se justifie aussi par la division et l’absence de perspective de victoire des deux candidats qui portent le plus fortement ces enjeux – Yannick Jadot (EELV) et Jean-Luc Mélenchon (LFI).

Les années 2018-2019 ont vu un mouvement significatif de l’opinion publique française en matière d’écologie. Si celui-ci s’est légèrement tassé, comme on l’observe dans la Figure 1, alors que les enjeux sanitaires et, plus récemment, le pouvoir d’achat, se sont invités au sommet des priorités citoyennes, une part importante des personnes interrogées – une personne sur 4 environ – considère que l’environnement fait partie des enjeux les plus importants.

Le souci de l’environnement fait partie du quatuor de tête des enjeux les plus importants depuis quatre ans. Selon l’enquête Fractures françaises de 2021, le constat selon lequel le réchauffement climatique est dû à l’activité humaine et largement partagé (68 % des personnes interrogées). Quatre personnes interrogées sur cinq désirent que le gouvernement « prenne des mesures rapides et énergiques pour faire face à l’urgence environnementale », même si ces mesures exigeraient des modifications dans les modes de vie des citoyens.

À cette prise de conscience dans l’opinion publique correspond une augmentation de la visibilité des enjeux environnementaux dans les médias, dont témoigne la Figure 2 ci-dessous, qui représente l’évolution de l’attention accordée à l’écologie dans la presse écrite lors des 6 mois précédent le dernier mandat.

Cette hausse d’attention reste limitée (+3 points environ par rapport aux campagnes de 2007, 2012 et 2017) et le traitement médiatique de ces enjeux reste principalement marqué par une approche consensuelle et dépolitisée, comme l’avait montré Jean-Baptiste Comby en 2015. Par ailleurs, tout indique que les médias ne connectent pas forcément ces enjeux environnementaux à la campagne en train de se dérouler. Pour de nombreux citoyens soucieux de l’avenir de la planète (et de l’humanité), cela demeure insuffisant.

En réponse, aucun candidat ne se montre muet sur les questions environnementales – cela avait pu être le cas par le passé.

La Figure 3, ci-dessous, qui représente la part des enjeux d’environnement et d’énergie dans les programmes présidentiels de tous les candidats depuis 1995, est explicite : 2022 est marquée par une visibilité inédite dans l’ensemble des programmes.

Tous soulignent la nécessité de l’action gouvernementale ; aucun – à l’exception de quelques sorties d’Éric Zemmour en début de campagne - n’adopte de positions explicitement climatosceptiques ou remettant en doute la nécessité d’agir.

 

On note que Valérie Pécresse (LR) (11%), Anne Hidalgo (PS) (12%), Jean-Luc Mélenchon (14%) et surtout Yannick Jadot (22%) montrent un intérêt plus prononcé que les autres. Cette hiérarchie correspond d’ailleurs peu ou prou aux différentes évaluations des programmes réalisées par différentes organisations environnementales, comme le Réseau Action Climat ou le Shift Project, qui évoluent plutôt favorablement les programmes des candidats insoumis et écologiste.

Si l’on s’intéresse aux positions prises dans ces programmes, on constate que trois thèmes dominent : on retrouve ici la logique du tunnel de l’attention – le fait que les débats nationaux se concentrent sur un ensemble limité d’enjeux.

Nous présentons ces thèmes par ordre croissant d’attention en finissant par la question de l’origine de la production électrique, la plus visible et sur laquelle l’affrontement est le plus explicite entre les candidats.

D’abord, à l’exception de celui de Marine Le Pen, tous les programmes évoquent la protection de la nature, que ce soit dans le cadre du combat pour le « vivant », chez Yannick Jadot, ou dans le but patriotique de protéger « la beauté de nos paysages » chez Éric Zemmour.

A. Hidalgo et Y. Jadot souhaitent promulguer une loi contre l’écocide, et Y. Jadot, J.-L. Mélenchon, F. Roussel et V. Pécresse souhaitent protéger la biodiversité marine. Tous les candidats de gauche expriment leur souhait d’accompagner des agriculteurs vers la transition écologique. Même E. Zemmour promeut l’agriculture biologique et souhaite interdire certains pesticides. Seule la chasse suscite des positions antagonistes. Y. Jadot souhaite interdire la chasse les week-ends et lors des vacances scolaires et J.-L. Mélenchon interdire les méthodes de chasse cruelles, mais les autres candidats, muets sur cette question dans les programmes, tendent à défendre le statu quo dans la campagne.

Un autre enjeu présent dans les programmes est celui de la décarbonation de l’économie française. Tous les candidats reconnaissent le besoin de sortir des énergies fossiles, et ils ont tous une solution à soumettre – que ce soit via le nucléaire, les énergies renouvelables, la mobilité douce ou des formes de taxe carbone. Les propositions en la matière sont souvent floues et générales, marquant une volonté de brouiller les pistes ou de ne prendre aucun risque.

Plusieurs candidats se réfèrent à l’objectif fixé par la loi énergie-climat, qui vise à atteindre zéro émission nette à l’horizon 2050, mais les engagements ne sont ni précis, ni crédibles, comme l’ont indiqué les organisations environnementales qui ont évalué les programmes ou les réponses des candidats.

La question de la production électrique est celle qui domine l’ensemble des programmes. Et c’est aussi celle qui suscite le plus clair désaccord. D’un côté, A. Hidalgo, Y. Jadot et J.-L Mélenchon insistent sur la possibilité de s’engager vers 100% d’énergies renouvelables, incluant la biomasse et le photovoltaïque (Jadot) ou bien la géothermie et les énergies maritimes (Mélenchon).

Ces candidats prônent également l’installation de nombreuses éoliennes. À l’inverse, leurs concurrents de droite et d’extrême droite dénoncent le développement de ces énergies intermittentes accusées d’abîmer les paysages, alors même que l’énergie éolienne constitue une part importante de tous les scénarios visant la neutralité carbone en 2050, qu’ils soient produits par RTE ou l’ADEME. Emmanuel Macron se prononce en faveur de l’énergie éolienne.

Et en même temps, il est favorable à la construction de six nouveaux réacteurs nucléaires.

De fait, le nucléaire civil est présent dans cette campagne comme jamais auparavant. La majorité des candidats s’engagent ainsi à une relance du programme de construction de nouveaux réacteurs. Pour E. Macron, il s’agit d’un revirement par rapport à 2017, annoncé dès 2021. Pour la droite et l’extrême droite, il y a moins de surprise : elles prolongent ce qui a toujours été leur position.

Du côté de la gauche et des écologistes, il n’y a pas de consensus autour de cette technologie. Le Parti communiste, qui avait entamé une évolution sur la question, retrouve, à travers le programme de Fabien Roussel, une position très favorable à l’atome. Pour Anne Hidalgo, le nucléaire doit servir d’« énergie de transition », avec une sortie progressive après 2050. Yannick Jadot se place dans la continuité de sa famille politique, qui s’est construite, comme la plupart des partis verts en Europe, sur l’opposition à cette énergie.

Jean-Luc Mélenchon se prononce lui aussi pour une sortie du nucléaire, même s’il s’est déclaré ouvert à l’idée d’un référendum sur le sujet au cours de la campagne, retrouvant ainsi la position qui était la sienne lors des derniers scrutins.

Si les phrases emphatiques et générales pour souligner l’urgence écologique ne manquent pas, il reste que les programmes omettent de nombreuses questions. Certaines émissions de gaz à effet de serre n’attirent pas l’attention des candidats : il s’agit des émissions importées, dues à la production et au transport des biens importés ou des émissions de méthane, le deuxième gaz à effet de serre après le carbone.

De même, alors que l’adaptation au réchauffement climatique est un axe majeur souligné par le dernier rapport du GIEC, et que la majorité des Français sont déjà touchés par les conséquences des évènements naturels dus au changement climatique, les programmes se concentrent exclusivement sur la mitigation.

Par ailleurs, à l’exception des programmes de Y. Jadot et J-.L. Mélenchon, les liens entre la crise écologique et les inégalités sociales, très présents lors des marches pour le climat et dans le dernier rapport du GIEC ne sont presque jamais développés, tout comme la question des migrations climatiques.

Enfin, les programmes sont peu diserts sur les alliances internationales qu’il conviendrait de bâtir pour accélérer la transition écologique. Mais les proximités affichées par certains candidats, d’extrême droite notamment, avec des dirigeants que l’on peut sans risque qualifier d’écocidaires, comme Jair Bolsonaro laissent peu de doutes sur la réalité de leurs engagements par ailleurs. Du point de vue des relations internationales, M. Le Pen et E. Zemmour se situent dans le camp anti-environnemental.

Dans l’ensemble, l’impression laissée à la lecture des programmes est celle d’une grande confiance dans les innovations et la croissance économique pour régler le défi écologique, ainsi que la volonté de ne pas agir trop prestement sur la question environnementale.

La plupart des promesses se situent dans la continuité des actions déjà mises en place par l’UE ou par le gouvernement français. Cette continuité peut être rassurante : il n’est ni efficace ni dans l’intérêt national de bouleverser les politiques environnementales tous les cinq ans, surtout quand la majorité de la population française se méfie de la compétence du gouvernement pour gérer la question environnementale. Connaissant la gravité de la crise en cours et à venir, cette inertie des institutions et de la vie politique française peut susciter quelque inquiétude.

Quinze ans après le Grenelle de l’environnement, la visibilité des questions écologiques s’est accrue, mais le niveau de généralité et de wishful thinking est resté étonnamment stable. Les rares candidats, à gauche de l’échiquier politique qui marquent leur volonté de rompre avec le productivisme n’ont pas réussi à imposer ce conflit ou des propositions environnementales marquantes dans le débat public, pour des raisons liées à leur division qui a entraîné l’éparpillement des citoyens les plus soucieux du climat. Il y avait pourtant urgence.

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Par Simon Persico, Professeur des Universités en science politique, Université Grenoble Alpes (UGA) et Esther Hathaway, Doctorante, laboratoire Pactte, Université Grenoble Alpes (UGA).

Esther Hatawhay est doctorante en science politique, Pacte, Sciences Po Grenoble sous la direction de Simon Persico. Cet article a été co-publié dans le cadre du partenariat avec Poliverse créé par une équipe de chercheurs et qui propose des éclairages sur le fonctionnement et le déroulement de la présidentielle.

Guerre en Ukraine , inflation et dysfonctionnements logistiques bouleversent la production

Guerre en Ukraine ,  inflation et dysfonctionnements logistiques bouleversent la production

 Et alors qu’on commençait à imaginer une stabilité sur le long terme, la guerre en Ukraine est venue complexifier la situation. Par Damien Robert, Chief Solution & Delivery chez Pricemoov.

 

 

 

 

Deux impératifs pour les entreprises : rester rentable et moduler les hausses tarifaires. La reprise a impliqué un rebond de la demande et une saturation des capacités de production couplée à l’engorgement des capacités de transport logistique. Les entreprises peinent à la fois à s’approvisionner et font face à des hausses très importantes des coûts des fournisseurs et du transport.

La première nécessité pour elles est d’ajuster leurs tarifs afin de rester rentable. Ceci peut intervenir jusqu’à cinq fois dans une année, voire plus avec des hausses en continu et c’est ce que nous voyons actuellement avec les variations du prix de l’essence. C’est une question de survie pour l’entreprise.

Les processus commerciaux ont dû s’adapter, la digitalisation devient clé. Même les journaux nationaux sous format papier ont dû revoir leurs prix à la hausse de 20 centimes en janvier 2022 suite à la hausse du prix du papier. Quant aux prix dans le bâtiment (BTP), ils ne cessent de subir des hausses sans précédent. Toute hausse non répercutée engendre une érosion de la marge de l’entreprise, il faut donc agir vite.

Les logiques de contrats annuels, voire pluriannuels sont souvent mises à mal. La sécurité apportée par les contrats de longue durée est souvent moindre face aux risques sur la rentabilité, sauf si de bonnes logiques d’indexation sont mises en place. La plupart des bons de commandes dans le BTP intègre aujourd’hui des clauses de révision des prix. Mais certaines entreprises sont obligées de suspendre leurs activités comme c’est le cas de l’usine de céramique, ex-Jacob-Delafon dans le Jura, qui a dû mettre au chômage partiel ses 54 salariés*.

Le second besoin, c’est de moduler ces hausses tarifaires. L’inflation, passée d’une augmentation de 2,8 % en décembre 2021 à une prévision de 3,5 % en février 2022, vient grever le pouvoir d’achat des consommateurs à une échelle mondiale, notamment celui des foyers les plus modestes. Les entreprises doivent analyser les effets sur leurs différents segments et marchés. Certaines préféreront contenir les hausses sur les produits d’entrée de gamme et être plus agressives sur les segments hauts de gamme. Une analyse de Reuters sur Chanel publiée le 04 mars montrait par exemple des hausses de prix flirtant avec les 30 % sur un certain nombre de références, avec pour l’ensemble du secteur du luxe des résultats 2021 en forte croissance à l’instar de LVMH qui a vu son chiffre d’affaires grimper de 44%. A l’opposé, la hausse sensible des prix sur les denrées alimentaires de base comme le blé risque d’avoir des effets dévastateurs sur des marchés très dépendants de l’Ukraine et de la Russie. Parmi les 25 pays africains les plus exposés figurent le Bénin, le Soudan ou l’Égypte.

Seuls des secteurs réputés à capacités fixes comme l’hôtellerie, l’aérien et les énergies ont l’habitude de gérer la pénurie de capacités sur certaines périodes. Aujourd’hui, avec les ruptures d’approvisionnement, beaucoup de domaines peuvent désormais être considérés comme étant à capacités fixes. En effet, la quantité réduite de produits disponibles en lien avec les capacités de production et de transport est probablement LA disruption qui a le plus modifié les fondements mêmes des organisations. Depuis des décennies, les entreprises ont pris l’habitude de raisonner sur la base de capacités de production qui pourraient satisfaire l’ensemble de la demande. Les opérations trouvaient les capacités nécessaires pour répondre aux objectifs de production que le marketing et le service commercial pouvaient fixer.

Les vélocistes par exemple ne peuvent aujourd’hui répondre qu’à une très faible partie de la demande. Par conséquent, d’une part ils ne font plus de promotions – on remarque une hausse des prix souvent au-delà de l’augmentation des coûts de production – et d’autre part, le marché de la seconde main connaît un franc succès.

Une autre conséquence de ces ruptures de stock concerne l’allocation dynamique des capacités. Les entreprises privilégient les segments, secteurs ou marchés les plus rémunérateurs et délaissent ceux sur lesquels leur marge est plus faible. Elles appliquent ainsi une logique d’optimisation du « yield » comme dans le secteur aérien. Cette stratégie peut s’avérer payante, toutefois elle peut être déconcertante pour les clients qui n’y sont pas habitués, auquel cas, il faut anticiper un retour de bâton éventuel quand les capacités de production reviendront à leur niveau d’avant.

Cela étant dit, ne faut-il pas également s’interroger sur les ressources limitées du monde dans lequel nous vivons? Les sources d’énergie et les matières premières auront du mal à croître plus vite que nos besoins. Les défis écologiques commencent déjà à nous contraindre à plus de sobriété et on peut considérer que la crise actuelle n’est qu’un avant-goût de ce nouveau monde, une préparation aux nouvelles logiques que les entreprises devront suivre de manière pérenne.

Dans ce contexte, on peut donc s’attendre à avoir des hausses de prix plus fortes ainsi qu’à une plus grande volatilité sur les produits qui seront plus sensibles à une raréfaction des ressources. Nos boulangeries envisageront-elles d’appliquer le « yield management » ?

On peut aussi s’attendre à ce que tous les marchés ne soient pas servis de la même manière, voire à ce que les produits soient moins sujets à l’obsolescence programmée. D’autres marchés connaîtront une croissance fulgurante à l’instar du secteur de la seconde et troisième main. En effet, d’après l’Observatoire Natixis Payments, en deux ans les ventes de deuxième main de vêtements ont progressé de +140 %. Dès lors, la notion même d’inflation ne pourra plus se baser que sur des produits neufs et on pourra peut-être réussir à réconcilier tous les types de biens.

Si d’aucuns considèrent que la crise sanitaire a servi de révélateur de l’existence de défis d’envergure tel que celui du climat, il se pourrait bien que les ruptures de stock et l’inflation jouent un rôle similaire. Les entreprises prennent peu à peu conscience que le modèle de la recherche effrénée du volume à tout prix est obsolète car nous vivons bel et bien dans un monde fini.

Tennis Wimbledon: russes et biélorusses exclus

Tennis Wimbledon: russes et biélorusses exclus

L’ATP, association qui régit le le circuit masculin de premier plan (sauf les Grands Chelems), a critiqué la décision de Wimbledon d’exclure les athlètes russes et biélorusses du plus prestigieux tournoi sur gazon de l’année, mercredi 20 avril. La WTA, qui gère le circuit féminin, lui a emboité le pas. Cette décision a également été prise par la LTA, fédération britannique de tennis pour tous les tournois disputés outre-Manche.

L’association assure que les joueurs russes et biélorusses seront toujours autorisés à jouer les tournois ATP sous drapeau neutre, comme depuis le début de l’invasion russe en Ukraine. La WTA a embrayé le pas de l’ATP par un communiqué publié plus tard dans la soirée. L’organisation souligne, elle aussi, le caractère discriminatoire d’une telle mesure et se dit « décue des annonces du jour ».

Une position que ne partage pas l’athlète ukrainienne Elina Svitolina, épouse de Gaël Monfils, très engagée depuis le début de l’invasion. Dans un tweet, la joueuse a demandé aux joueurs et joueuses concernés de prendre position contre l’invasion ukrainienne et de les suspendre en cas de réponse négative. « Il est des temps où le silence est une trahison et ce moment est venu« , affirme-t-elle.

Zemmour et le dérapage médiatique

Zemmour et le dérapage médiatique

Le traitement par les chaînes de la course à l’Elysée aura été marqué par le poids des émissions d’« infotainment », qui se sont beaucoup concentrées sur le candidat d’extrême droite Eric Zemmour et ses outrances. ( Le Monde)

 

Analyse.

Alors que Léa Salamé et Gilles Bouleau sont en train de vérifier la fiabilité du chronomètre qui rythmera, mercredi 20 avril au soir, l’ultime débat de la campagne électorale, que retiendra-t-on du feuilleton télévisé de l’élection présidentielle de 2022 ? L’impression d’une certaine confusion, sans doute due à la profusion d’émissions proposées par les chaînes de télévision, qui, sommées de se distinguer les unes des autres, ont multiplié les formats susceptibles d’attirer les téléspectateurs.

La tendance n’est pas nouvelle : dans les années 1980-1990, les chaînes cherchaient déjà à renouveler la forme des émissions politiques, partant du principe que la politique, c’est ennuyeux et que cela divise. Mais l’ère de l’ « infotainment », caractérisée par ces rendez-vous mêlant information et divertissement et accueillant les personnalités politiques comme des people, a pris une nouvelle dimension en concentrant son attention sur Eric Zemmour. Cyril Hanouna, chantre du « soft power de l’anti-intellectualisme », selon l’historien et essayiste Stéphane Encel (Ce n’est pas que d’la télé, 2021, éditions David Reinharc), a fait alterner dans « Face à Baba » les confrontations « cash », façon matchs de boxe, et séances de câlinothérapie du candidat de Reconquête !.

Jean-Marc Morandini a promené son ancien collègue de CNews dans Drancy (Seine-Saint-Denis), sa ville d’origine. De son côté, BFM-TV a lancé la saison politique en mettant en scène, dès le mois de septembre, un duel entre Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) et son adversaire d’extrême droite, alors que le journaliste du Figaro n’était pas encore candidat.

Lorsque l’Arcom (ex-CSA) a vérifié, début avril, l’équité des temps de parole entre les candidats sur la période du 2 janvier au 7 mars inclus, 11 médias différents (dont CNews, RTL, France Inter, TF1, France 5 et BFM-TV) se sont retrouvés épinglés pour surreprésentation du polémiste d’extrême droite. On concédera aux chaînes d’avoir dû composer avec les moyens du bord et la mauvaise volonté des postulants au fauteuil présidentiel, toujours moins enclins à jouer le jeu du débat démocratique tel que la télévision le pratique.

Entre le refus d’Emmanuel Macron de se rendre à l’émission politique « Elysée 2022 », sur France 2, celui de Jean-Luc Mélenchon et Philippe Poutou de s’asseoir devant les micros d’Europe 1, et les tergiversations à n’en plus finir pour monter des débats qui conviennent aux uns sans valoriser les autres et inversement, les candidats aussi méritent de figurer sur le banc des accusés. Comment ne pas déplorer qu’en 2022 l’audiovisuel en soit encore à accepter que le personnel politique choisisse ses contradicteurs et ses intervieweurs ? Comment s’étonner, ensuite, qu’une partie des téléspectateurs en conclue que les dés démocratiques sont pipés, quand Emmanuel Macron et Marine Le Pen, pour une fois bien d’accord, n’ont pas envie qu’Anne-Sophie Lapix coanime l’ultime débat de l’élection présidentielle ? On ne saurait mieux encourager la défiance du public.

Jeunes et politique : le même désenchantement

Jeunes  et politique : le même désenchantement

Si l’abstention est un phénomène qui touche surtout les jeunes, leur manière de voter ne les distingue pas fondamentalement des générations un peu plus âgées, explique Laurent Lardeux, sociologue à l’Injep.

 

Pourquoi, lors du premier tour de l’élection présidentielle, environ 40 % des 18-34 ans n’ont pas été voter, alors que 80 % des retraités se sont rendus aux urnes ? Comment expliquer que ces jeunes aient accordé massivement leurs voix à Jean-Luc Mélenchon ? Eléments de réflexion avec Laurent Lardeux, sociologue spécialiste de la politisation de la jeunesse à l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep).


Comment expliquer que plus de quatre électeurs sur dix entre 18 et 34 ans aient boudé les urnes ?

Le premier tour de l’élection présidentielle 2022 confirme la tendance qu’on observe depuis une trentaine d’années, scrutin après scrutin, d’une nouvelle forme de participation politique des jeunes générations, déjà abondamment documentée. Pour ces jeunes, la participation citoyenne passe autant par l’engagement « direct » dans des associations ou des mouvements que par un vote tous les cinq ans. Aller aux urnes n’est souvent plus conçu comme un devoir mais comme un droit que les jeunes utilisent quand les enjeux et débats politiques sont à la hauteur de leurs attentes et besoins.

Or, la jeunesse est touchée de plein fouet par la précarité depuis la crise sanitaire et elle est particulièrement sensible aux questions d’environnement et de justice sociale, par exemple. Ces préoccupations n’ont pas été centrales depuis le début de la campagne électorale, on aurait pu s’attendre à une abstention encore plus forte, à l’image de ce qu’elle fut aux élections intermédiaires.

Il est difficile de dire ce qu’il en sera pour le second tour. Reste que le décalage entre les attentes d’une jeunesse très exigeante politiquement et les propositions politiques qui leur sont faites, dont l’abstention est le révélateur, est un vrai défi démocratique pour les années qui viennent.

Selon vous, pourquoi la jeunesse s’est-elle tournée en premier lieu vers le candidat Jean-Luc Mélenchon ?

Le vote des jeunes pour le candidat de La France insoumise a, selon moi, une triple explication. Comme pour d’autres catégories d’âge lui ayant accordé leurs voix, il y a d’abord un vote d’adhésion aux valeurs progressistes qu’ils partagent avec ce candidat sur l’immigration, la justice sociale, les discriminations ou encore l’environnement. Mais on peut y voir aussi sans doute une part de vote utile pour le candidat qui était le plus à même, à gauche, d’aller au second tour.

Enfin, comme dans leurs autres formes d’engagement politique, la mobilisation des jeunes est souvent plus contestataire que celle des autres générations : les jeunes qui se déplacent dans un bureau de vote le font, un peu plus que leurs aînés, pour interpeller les décideurs politiques et manifester leur mécontentement. D’où leurs voix vers des discours plus radicaux : Jean-Luc Mélenchon (31 % des 18-24 ans) mais aussi, ne l’oublions pas, Marine Le Pen et Eric Zemmour (34 % des 18-24 ans à eux deux).

Présidentielle 2022 : « « NOUS », acteurs de la recherche et de l’enseignement supérieur contre Le Pen

Présidentielle 2022 :  « Nous », acteurs de la recherche et de l’enseignement supérieur contre Le Pen 

 

Un collectif rassemblant plus de soixante-dix acteurs de la recherche et de l’enseignement supérieur  ( sur des milliers NDLR) estime, dans une tribune au « Monde », qu’une victoire de l’extrême droite – qui a toujours montré sa vraie identité faite d’intolérance, de stigmatisation, de censure, de menace et de défiance vis-à-vis de la science – se traduirait par un changement de civilisation, en rupture avec les Lumières.

 

Tribune. 

 

Engagés dans le secteur de la recherche et de l’enseignement supérieur, sensibles aux attentes vis-à-vis de la science pour répondre aux défis de la planète et de notre pays, nous souhaitons alerter nos concitoyens sur l’immense danger que représenterait l’élection de Mme Le Pen à la présidence de la République.

La banalisation progressive du Front national hier, du Rassemblement national aujourd’hui, et de leur même candidate, Mme Le Pen, ne doit aucunement faire oublier la nature du programme politique proposé, porteur de régression et de déclin sur tous les plans, économique, social, culturel et, bien sûr, scientifique.

Mme Le Pen l’a elle-même déclaré le soir du premier tour : « Ce qui se jouera ce 24 avril (…) sera un choix de société et même de civilisation. » Notre civilisation, justement, est le fruit de notre histoire, celle qui a conduit notre pays à être celui des droits de l’homme et à prendre toute sa place dans la dynamique du siècle des Lumières, qui nous a aidés à sortir de l’obscurantisme et de l’arbitraire.

La civilisation que nous propose Mme Le Pen est à l’opposé de ces principes et va à l’encontre de nos valeurs académiques, faites de tolérance, d’écoute et de respect. Elle est fondée sur le rejet de l’autre, sur la désignation de boucs émissaires, sur le refus d’une approche globale des problèmes. Elle remet en cause notre vocation européenne et l’ouverture internationale dont se nourrissent l’enseignement supérieur et la recherche.

Au moment où les crises se font de plus en plus fortes sous l’effet des pandémies, du réchauffement climatique, des conflits géopolitiques, nous avons besoin plus que jamais de préserver la démarche scientifique, l’ouverture aux autres et les valeurs d’humanité et de solidarité pour pouvoir faire face à ces défis et faire en sorte que de ces crises naissent aussi des progrès pour l’humanité.

Une grande partie des électeurs et des électrices de Marine Le Pen ont exprimé une colère et des craintes quant à leur avenir et à celui de la France. Nous ne considérons évidemment pas que notre société soit parfaite. La communauté académique n’a pas la réputation d’être avare de critiques, nous sommes conscients que les inégalités sociales n’épargnent pas l’enseignement supérieur et la recherche.

Nous devons collectivement rendre cette société plus juste, plus inclusive, plus durable et plus éclairée, avec un service public de l’enseignement supérieur et de la recherche accessible à tous les bacheliers. Mais une telle évolution n’est possible que dans une démocratie où les droits et les devoirs de chacun et de chacune sont respectés.

Laïcité et spiritualité (François Clavairoly)

Laïcité et spiritualité (François Clavairoly)

 

Le protestantisme peut redonner du souffle à la République pour faire vraiment vivre les trois principes de sa devise, aujourd’hui menacée par le discours des extrêmes, souligne, dans une tribune au « Monde », le président de la Fédération protestante de France.

 

Tribune.

 

Le protestantisme trouve sa place dans la République, et celle-ci peut trouver dans le protestantisme une ressource, un aiguillon et un souffle dont elle manque à ce jour.

Entre les deux tours de l’élection présidentielle 2022, je souhaite apporter quatre éléments de réflexion sur une situation apparemment semblable à celle de 2017, mais toutefois différente. Les incertitudes du temps présent ne peuvent que nous amener à prendre très au sérieux ce qui advient : nous attendons des actes plus que des intentions.

Nous sommes chrétiens et citoyens tout à la fois, protestants et enracinés dans le monde, attentifs aux détresses, aux injustices et aux souffrances, et ce, pour mieux les combattre. Rassurons le lecteur sur un point important : le sens de la démocratie, pour nous, se situe, comme l’écrivait le philosophe Paul Ricœur (1913-2005), « dans les mesures prises pour gérer le politique autrement qu’en le rapportant à une onction religieuse ».

Nous n’avons donc pas jugé bon de nous imposer une « doctrine sociale », mais avons préféré laisser à chacun la liberté de se tenir devant Dieu et devant les hommes en toute responsabilité : cette liberté est au principe de la foi protestante.

Plus qu’une adresse, c’est d’une interpellation vive qu’il s’agit concernant la mise en œuvre de ce que désigne notre devise républicaine. C’est ici que je voulais en venir, et tout d’abord à ce mot de liberté.

Puisque nous sommes en République et qu’elle l’a reconnue dans sa définition de la laïcité, notre liberté de conscience restera imprenable. Et, avec elle, la liberté de culte, la liberté d’entreprendre et de créer des richesses, de travailler, d’être élu. Elle n’est pas la liberté « de soi » seulement, tel le gri-gri de l’autonomie ou de l’égoïsme postmoderne, mais la liberté « de soi devant, avec et pour les autres », et devant Dieu.

J’avais noté un jour qu’un 24 décembre 1789 les bourreaux, les comédiens, les protestants et les juifs avaient été admis, après délibération de l’Assemblée, à l’éligibilité et au service public. Voilà, nous y sommes : cette liberté nous autorise et elle nous oblige, en quelque sorte, à vivre responsables et solidaires. Cette liberté est solidaire de la liberté de tous dans leur diversité d’appartenance et de conviction.

Si la République est laïque, la société ne l’est pas, constituée qu’elle est d’hommes et de femmes de chair, d’os et de transcendance. Nul candidat qui prônerait la neutralisation religieuse de la société ne saurait donc être approuvé.

Politique- Russie: Un président timbré et une population arriérée

Politique- Russie: Un président timbré et une population arriérée

 

Dans son bunker, Poutine vit hors du temps et du monde. Sa vision est celle du Moyen Âge. Le problème, c’est que cela est largement partagé par un peuple russe complètement sous-développé du point de vue économique, culturel, sociétal et politique.
Certes il existe une catégorie sociale évoluée essentiellement dans les milieux urbains mais qui demeurent apeurée car le choix est clair : soit se taire, soit la prison et le cercueil. La Russie a pourtant fourni au monde de grands intellectuels et de grands scientifiques mais aujourd’hui  ils fuient ou se taisent.
Le sous-développement sociétal et politique d’une majorité du peuple russe tient au fait que ce pays n’a jamais connu la démocratie, la liberté d’expression et ignore les réalités mondiales. La vision globale partagée est  encore celle des tsaristes ou des communistes donc des dictateurs. Et Poutine alimente le nationalisme qui fait considérer l’Occident comme l’ennemi de la Russie.

Au-delà de la posture politique de Poutine il y a surtout aussi sa personnalité. La personnalité d’un officier de police de répression du KGB qui ne connaît et n’a connu que la terreur pour faire valoir le point de vue des autorités. En outre un personnage assez introverti qui se venge sans doute de n’être pas considéré de l’histoire comme un grand personnage de l’histoire.

Un personnage un peu timbré si l’on en juge par les cotations et la domination de son peuple, par la corruption et les détournements de fonds à son profit propre sans parler de son parler de son palais d’un cout milliard.

Son seul projet est de conserver le pouvoir mais même cet objectif est mal géré.

Poutine ne serait pas dément d’après nombre d’experts bienveillants. Le seul problème c’est qu’on reconnaît en même temps que sa seule motivation consiste à rester au pouvoir et que pour cela il est prêt à employer tous les moyens. Bref, la définition même de la folie politique ( En fait le même syndrome qu’Hitler).

Sergueï Pougatchev, ancien oligarque russe, S’explique sur BFM sur la personnalité du dictateur du Kremlin

 « Je ne pense pas que Vladimir Poutine soit forcément malade, mais il est peut-être instable psychologiquement et ça il faut le prendre en compte », juge Sergueï Pougatchev. « C’est plus choquant pour nous (les Russes résidant à l’étranger, NDLR) qui regardons cela de l’extérieur. »
Pour l’ex-oligarque russe, le but principal de Vladimir Poutine est « de rester au pouvoir », quitte à « mettre en oeuvre tous les moyens possibles pour le garder ».  »Poutine vit dans un monde carrément parallèle, où il a dans un certain sens sa propre vision des choses, donc il est dans une bulle », conclut-il sur BFMTV.
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