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Taxinomie verte: science et-ou politique ?

Taxinomie verte: science et-ou  politique

Mercredi, le Parlement européen a approuvé l’intégration du gaz et du nucléaire dans la taxonomie verte européenne, qui permet notamment d’avoir accès à certains financements. Les eurodéputés ont considéré ces deux sources d’énergie comme nécessaires pour lutter contre le changement climatique. Néanmoins, il est dommageable que le vote se soit fait sur des considérations plus politiques et partisanes que scientifiques alors même que plusieurs études ont été menées pour éclairer le législateur. Par François-Marie Bréon, physicien-climatologue, président de l’Association Française pour l’Information Scientifique (*).( dans la Tribune)

Un article pour montrer le côté stérile de l’affrontement entre l’orthodoxie des partisans de la croissance zéro et l’irresponsabilité des soutiens du développement sans limite NDLR

 

La « taxonomie verte » est un mécanisme mis en place par l’Union européenne (UE) pour définir les activités qui contribuent à la défense de l’environnement en général et la lutte contre le changement climatique en particulier.  Dans son cadre, une activité peut être considérée « durable » si elle contribue substantiellement à l’un des six objectifs environnementaux, sans causer de préjudice important à l’un des cinq autres objectifs. Ces six objectifs de développement durable définis par l’Union portent sur l’atténuation du changement climatique ou l’adaptation à ce changement, l’utilisation des ressources aquatiques et marines, l’économie circulaire, la pollution et la biodiversité et les écosystèmes. Être reconnu dans cette taxonomie est stratégique pour de nombreuses activités car cela permet un accès facilité à des financements.

Concernant l’énergie, l’inclusion ou non du gaz et du nucléaire ont été au cœur des débats.

Si l’utilisation de gaz fossile pour produire de l’électricité contribue fortement aux émissions de gaz à effet de serre, les émissions associées sont bien moindres que celles dues à l’utilisation du charbon. De plus, le gaz est souvent vu comme un complément indispensable pour compenser la variabilité de la production des énergies renouvelables et peut donc apparaître comme nécessaire à leur développement.  Plusieurs pays souhaitent donc voir le gaz inclus dans la taxonomie comme une « énergie de transition ».

Le nucléaire est incontestablement une source d’électricité bas-carbone, mais certaines spécificités de cette industrie font l’objet de discussions sur son respect du critère « sans causer de préjudice important » évoqué plus haut. C’est en particulier le cas de la gestion des déchets et du risque d’accident.

Les discussions européennes autour de cette taxonomie durent depuis plus de deux ans et donnent lieu à de virulentes controverses. Initialement, le gaz et le nucléaire n’ont pas été inclus dans la taxonomie et la discussion a été renvoyée dans celle d’un « acte délégué ». Notons que c’est là un enjeu crucial pour le développement du nucléaire en Europe du fait de son caractère très capitalistique : le financement initial pour la construction est très important et ne peut être rentabilisé que sur plusieurs décennies.  L’accès à un financement à taux réduit est donc nécessaire pour que le cout au MWh produit reste compétitif.

Dans un premier temps, la Commission européenne avait indiqué que la décision de l’inclusion du nucléaire se ferait sur des critères purement scientifiques. Elle avait donc demandé à son centre de recherche, le Joint Research Center (JRC) basé à Ispra en Italie, de faire une évaluation scientifique de cette question. Le rapport[1], publié en mars 2021, a conclu qu’« il n’existe aucune preuve scientifique que l’énergie nucléaire est plus dommageable pour la santé humaine ou l’environnement que d’autres technologies de production d’électricité déjà incluses dans la taxonomie de l’UE en tant qu’activités contribuant à atténuer le changement climatique ». La question des déchets, des accidents potentiels ou de l’impact sur la température des eaux a bien sûr été analysé en détail.

À la demande de la Commission européenne, ce rapport a ensuite été évalué de manière indépendante par deux groupes d’experts. Le « Groupe d’experts visé à l’article 31 du traité Euratom » a validé le 28 juin 2021 la méthodologie et les conclusions du rapport du JRC[2]. De son côté, le Comité scientifique de la santé, de l’environnement et des risques émergents de la Commission européenne (SCHEER) a rendu ses conclusions le 29 juin 2021[3]. Pour lui, les conclusions et les recommandations du rapport du JRC « concernant les impacts non radiologiques sont dans l’ensemble complètes » mais émet des réserves d’ordre méthodologique (insuffisance d’une approche comparative avec d’autres technologies, limite du cadre réglementaire européen comme référence pour la partie du cycle hors Europe) et appelle à une analyse plus poussée pour l’impact thermique des rejets « dans les zones côtières peu profondes et les écosystèmes vulnérables ».

Depuis, il semble que tout se passe comme si l’analyse scientifique n’avait jamais été faite. On est retombé dans les oppositions classiques entre les pays et organisations qui soutiennent le nucléaire et ceux qui s’y opposent. Les deux poids lourds de l’Europe, Allemagne et France, ont poussé l’un pour le gaz et l’autre pour le nucléaire. Les tractations et négociations ont conduit à proposer un acte délégué dans lequel nucléaire et gaz naturel seraient inclus dans la taxonomie comme énergie de transition mais avec des conditions très restrictives, en particulier pour le gaz. Ainsi les installations financées devraient conduire à des émissions de CO2 inférieures à un certain seuil et, surtout, le gaz utilisé au-delà de 2035 devra être d’origine renouvelable et non fossile.

C’est donc cet acte délégué à la taxonomie, qui a été débattu puis voté au parlement européen. Une première évaluation par les Commissions environnement et économie du Parlement européen avait conduit à un rejet du projet. Il a à nouveau été débattu en session plénière au parlement à Strasbourg les 5 et 6 juillet 2022 en parallèle à une forte mobilisation, aussi bien des antis que des pro-nucléaires.

Le vote portait sur le rejet de l’inclusion de l’acte délégué dans la taxonomie. Il n’a recueilli que 278 votes alors qu’il en aurait fallu 353 pour être effectivement rejeté. La répartition des votes est essentiellement partisane : les élus de Renew (centre), du PPE (droite), de CRE (droite eurosceptique) et de ID (extrême droite) ont voté contre. Les Verts et La Gauche (extrême gauche) ont voté pour le rejet de l’acte délégué. C’est aussi d’une majorité des socialistes du S&D, bien qu’une vingtaine d’élus, principalement issus d’Europe de l’Est, n’aient pas suivi cette majorité.

La Commission européenne peut encore mettre un droit de véto sur l’acte délégué, mais cette hypothèse apparaît peu probable compte tenu de la position des différents pays et du vote du parlement.  Néanmoins, l’Autriche et le Luxembourg, de même que plusieurs ONG telles que Greenpeace et le WWF, ont annoncé vouloir saisir la Cour de justice de l’UE.

Ce débat va avoir lieu sur fond de crise énergétique en Europe. En France, presque la moitié des réacteurs nucléaires sont à l’arrêt, une partie pour maintenance traditionnellement concentrée sur l’été lorsque la consommation est faible, mais surtout du fait de défauts constatés sur des canalisations prévues pour apporter de l’eau en situation accidentelle. Dans le reste de l’Europe, c’est le conflit avec la Russie qui entraîne une limitation des importations de gaz et autres combustibles fossiles (charbon et pétrole).

Ce contexte conduit à un recours accru aux centrales à charbon, ce qui est particulièrement délétère au regard des émissions de CO2. En Allemagne, l’échéance de 2023 pour la fermeture des trois dernières centrales nucléaires en activité a été confirmée et, dans le même temps, le nombre de centrales à houille, lignite et fioul en réserve qui seront activées est augmenté. En France, la centrale au charbon de Saint-Avold, d’une puissance de 600 MW, va être remise en activité. Cette situation va donc éloigner plusieurs pays européens de l’accomplissement de leurs objectifs climatiques.

Par ailleurs, si la consommation électrique est relativement faible en été et les moyens disponibles suffisants pour faire face à la demande, les perspectives pour l’hiver prochain sont plus sombres. Mais pour l’heure, plutôt que de chercher des solutions pragmatiques, l’Europe se divise sur des questions partisanes.

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[1] JRC Science for Policy report: Technical assessment of nuclear energy with respect to the ‘do no significant harm’ criteria of Regulation (EU) 2020/852 (‘Taxonomy Regulation’). 2021.

https://snetp.eu/2021/04/07/jrc-concludes-nuclear-does-not-cause-significant-harm/

[2]  »Opinion of the Group of Experts referred to in Article 31 of the Euratom Treaty on the Joint Research Centre’s Report Technical assessment of nuclear energy with respect to the ‘do no significant harm’ criteria of Regulation (EU) 2020/852 (‘Taxonomy Regulation’) », 28 juin 2021.

https://ec.europa.eu/info/sites/default/files/business_economy_euro/banking_and_finance/documents/210630-nuclear-energy-jrc-review-article-31-report_en.pdf

[3]

https://ec.europa.eu/info/sites/default/files/business_economy_euro/banking_and_finance/documents/210629-nuclear-energy-jrc-review-scheer-report_en.pdf

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(*) Site de l’Association Française pour l’Information Scientifique : Afis.

La Russie payée en monnaie de singe et-ou en bitcoin !

La Russie payée en monnaie de singe et-ou en bitcoin !

Face aux sanctions, Poutine n’a rien trouvé de mieux que de demander désormais le paiement des produits pétroliers exportés en roubles ou en bitcoins. Autant dire en monnaie de singe. Certes on comprend que la Russie veuille trouver une indépendance par rapport au dollar monnaie du commerce international;  par contre , être en roubles qui ne cessent de voir sa valeur s’écrouler revient à être payé en monnaie de singe. Même chose d’une certaine manière aussi avec le bitcoins dans la stabilité est loin d’être assurée et qui fait l’objet surtout d’une spéculation faute d’actifs pour en assurer la valeur. Un article de la « Tribune » fait le point sur cette question dans laquelle s’empêtre.
La Russie.Face à la pluie de sanctions qui s’abat sur le pays qui a déclenché la guerre en Ukraine, l’administration de Vladimir Poutine cherche des leviers financiers alternatifs tous azimuts. Le bitcoin, ce crypto-actif créé au lendemain de la crise financière de 2008, pourrait bien intéresser l’ancienne puissance soviétique, à en croire un parlementaire. Côté business, cet actif très volatile qui s’échange sur la blockchain, présente plusieurs avantages pour un pays dont le PIB repose en grande partie sur ses exportations d’hydrocarbures. Aussi, le Bitcoin est perçu par certains pays comme un moyen de s’émanciper de la domination du dollar.

Après le bitcoin pour contourner les sanctions des Occidentaux et préserver la fortune des oligarques, la star des cryptomonnaies va-t-elle s’échanger contre du gaz, du pétrole et d’autres ressources ? Alors que les banques russes sont exclues du système bancaire Swift et que près de 600 milliards d’actifs étrangers, détenus par la banque centrale russe ont été gelés, suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la proposition, apparemment incongrue d’un parlementaire russe, détonne.

Mais pour l’administration Poutine, il s’agit de trouver des alternatives face à la pluie de sanctions occidentales qui s’abat sur le pays. Aussi, tous les moyens sont bons pour maintenir à flot l’économie russe. L’une des priorités, face à la dévaluation du rouble et au gel des réserves, est de renflouer les réserves de la devise nationale. Ce que l’administration Poutine s’efforce de faire en rendant par exemple obligatoire le paiement en rouble, et de facto, à ne plus accepter de versements en dollars ou en euros.

Malgré ces mesures d’urgence (dont la limitation d’achats de devises étrangères, achat d’or en rouble, blocage des prix…), le risque de défaut de paiement que l’on craint déjà auprès de certaines entreprises russes dont le fournisseur Gazprom, n’est pas écarté.

Aussi, dans une longue conférence vidéo de plus d’une heure, reçu en monologue par l’agence d’Etat Pressmia, le président d’une commission parlementaire, Pavel Zavalny, a affirmé que les pays n’ayant pas sanctionné la Russie (tels la Chine, la Turquie…) pourraient, eux, utiliser leurs monnaies locales – ou même le bitcoin -, rapporte notamment CNBC et la presse financière.

Pavel Zavalny préside une commission Énergie à la Douma, la chambre basse équivalente de l’Assemblée nationale. Il est membre du parti « Russie Unie » rattaché à Vladimir Poutine. Avant de devenir parlementaire, il a aussi été directeur général de Gazprom Transgaz Ugorsk, une filiale du géant Gazprom spécialisée dans le transport du gaz.

Autrement dit, si la valeur du rouble est en chute libre, les caisses de l’Etat russe pourraient se refaire en accumulant des bitcoins. Le rouble a perdu près de 30% depuis le début de l’année. A l’inverse, le bitcoin a, malgré sa grande volatilité, augmenté de 14% depuis le début du conflit, selon les données de Bitstamp. L’hypothèse de cet élu russe portait d’ailleurs son cours à la hausse, à plus de 44.100 dollars l’unité vendredi.

En Russie, la notoriété des cryptomonnaies est acquise. Le pays se classe en effet 4ème en termes d’adoption selon le cabinet Chainanalysis. Avec ses températures basses et un faible coût de l’énergie grâce aux ressources naturelles, les fermes de minage, qui permettent le calcul du protocole et les échanges de cet actif décentralisé, y trouvent un terrain favorable.

Avec ses géants de l’énergie, l’intérêt pour l’industrie russe est potentiellement double, tandis que la production des cryptomonnaies est énergivore. Par exemple, le concurrent américain ExxonMobil a mis en place un programme d’utilisation de ses excédents de gaz naturel, habituellement brûlés en plein air à l’extraction, et venant ainsi alimenter en électricité des « mines » de bitcoin, rapporte l’agence Bloomberg.

« Cela permettrait de garantir un minage (création) de bitcoin plus propre » en utilisant une source d’énergie d’ordinaire gaspillée à l’extraction, « ce qui est une des grandes inquiétudes des investisseurs », explique à l’AFP Marcus Sotiriou, analyste pour le courtier spécialisé GlobalBlock.

 Nouveau partenaire commercial privilégié dans le contexte de la guerre en Ukraine, la Chine a, elle, d’ailleurs fait le choix de développer son propre écosystème monétaire numérique avec le e-yuan. De quoi potentiellement inspirer Moscou et la banque centrale russe qui planche sur un projet de rouble numérique.

L’intérêt de la Russie pour les cryptomonnaies est vu d’un mauvais oeil par les banques centrales occidentales: parmi toutes les catégories d’actifs numériques, « les cryptoactifs me préoccupent le plus dans le contexte russe », a déclaré mardi Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE).

« L’idée que le pétrodollar pourrait être remplacé par un pétrobitcoin ajoute une nouvelle façon de voir les crypto-actifs », a commenté à l’AFP Marcus Sotiriou.

La Russie ne serait d’ailleurs pas le seul Etat à rapprocher cryptomonnaies et argent du pétrole. En 2017, le Vénézuela, pour s’émanciper du dollar et face à la faible valeur du bolivar lançait le « petro », une cryptomonnaie dont le cours est adossé aux cours du pétrole. Toujours pour sortir de la domination du dollar, l’Etat du Salvador a même reconnu le bitcoin comme une monnaie légale en 2021.

Pour l’instant, la hausse des prix reste motivée par l’intérêt des investisseurs, et aucun paiement de gaz russe n’a été effectué en cryptomonnaie

L’intérêt général et-ou l’intérêt national

L’intérêt général et-ou  l’intérêt national 

Thierry Aimar, maître de conférences en sciences économiques à l’université de Lorraine, et enseignant de neuroéconomie à Sciences Po fait une clarification sur les concepts d’intérêt général et ou d’intérêt national,.( chronique dans la Tribune)

 

« Le souverainisme occupe de plus en plus de place dans le champ médiatique. Il n’en reste pas moins un écran de fumée qui cache une triste réalité. Sous le couvert idéologique de l’intérêt national, il n’exprime que l’intérêt d’employés et de producteurs dotés de trop faibles avantages comparatifs pour maintenir leur revenu dans l’échange international. Refusant de voir s’abaisser leurs rémunérations au niveau correspondant à leur véritable création de valeur, ils cherchent à se créer des rentes en empêchant leurs concurrents étrangers d’offrir leurs services en capital, travail ou marchandises sur le marché domestique. A cause de ces barrières à l’entrée, leurs concitoyens se voient obligés de consommer des biens plus chers en les achetant à des producteurs nationaux moins efficaces.

On évoque souvent l’idée que ces consommateurs sont eux-mêmes des employés nationaux et qu’ils devraient logiquement s’opposer à une mondialisation qui nivelle leurs salaires. Mais si la concurrence internationale est réduite à cause des restrictions douanières, moins de biens seront présents sur le marché domestique et leur prix sera plus élevé (ce qu’admettent d’ailleurs eux-mêmes les souverainistes). Les salaires réels des travailleurs nationaux, c’est-à-dire leur pouvoir d’achat, diminuera alors. Où sera alors le bénéfice des employés? Non seulement la création de richesse sera globalement plus faible, mais une partie de la contribution des employés à sa formation ira dans les poches de producteurs capitalistes refusant le match de la concurrence. Est-ce cela « l’intérêt national »?

On pourrait objecter que si nos avantages comparatifs sont si faibles comparativement à d’autres pays, par exemple la Chine, c’est que leurs salariés sont payés au-dessous de leur productivité. Mais alors, ce sont nos consommateurs nationaux qui bénéficient de rentes en bénéficiant de produits en dessous de leur valeur réelle ; ce sont nos entreprises nationales qui payent des matières premières ou des équipements à des prix cassés. Les premières victimes de cette politique, ce n’est pas nous, mais ces travailleurs ou producteurs étrangers censés nous exploiter en inondant notre marché domestique ; si on considère que ces avantages comparatifs sont liés à un trop-plein démographique permettant à ces pays de payer moins chers leurs salariés et de produire ainsi des biens à meilleur coût, rappelons que ces déséquilibres de population ne sont que le résultat de nos propres barrières à l’immigration. Les frontières ont été fermées car l’arrivée d’une main-d’œuvre étrangère remet en question les rentes des salariés nationaux qui ne peuvent ainsi maintenir leur revenu qu’au détriment des salariés étrangers et des consommateurs nationaux. C’est donc l’insuffisance de la mondialisation et non pas son excès qui serait responsable de cette situation démographique asymétrique.

 

Il faut arrêter de se voiler la face. La globalisation n’est pas ce monstre décrit par les souverainistes. Elle est le produit d’une évolution naturelle qui donne à chacun, quelque soit sa nationalité, sa race, son genre ou sa religion, la liberté de participer à la création de valeur et d’être rémunéré en proportion de sa contribution. Vouloir créer au sein des espaces nationaux une rareté artificielle en empêchant des biens ou du travail étrangers d’y pénétrer ne préserve que les intérêts de corporations qui se protègent de leur inefficacité au détriment du reste de leurs concitoyens.

La véritable source de la tentation souverainiste n’est pas la mondialisation. C’est la complaisance vis-à-vis de nous-mêmes; ce sont des mentalités régressives, une sottise arrogante, une Foire aux Vanités et un culte du decorum dignes de l’Ancien Régime; c’est notre absence de vision entrepreneuriale, notre esprit d’assistanat qui propage et généralise l’irresponsabilité du haut en bas de la société, de la famille jusqu’aux plus hautes sphères de l’État ; c’est notre goût du pathos et de l’émotion qui contamine les esprits. En résumé, c’est une forme de décadence intellectuelle et morale qui s’exprime derrière la rhétorique souverainiste. Ce qui est savoureux lorsqu’on entend ses lettrés partisans vouloir y mettre un terme.

Le souverainisme national se proclame l’ennemi du communautariste. Mais il n’est pourtant qu’un élément parmi d’autres de la guerre intercommunautaire pour s’approprier par la politique un territoire collectif, soumettre les individus qui s’y trouvent à ses propres diktats et à exclure les autres lorsqu’ils menacent les rentes des insiders. Comme toutes les autres formes de communautarisme, il sert de prétexte à des acteurs incapables de s’assurer un revenu par l’échange pour pouvoir prélever, grâce à la réglementation, une part du produit social supérieure à leur propre contribution. L’intérêt national n’est pas l’intérêt général. C’est de la pure prédation, masquée par le principe de solidarité, qui s’organise au profit de minorités privilégiées et au détriment non seulement des consommateurs nationaux, mais des créateurs de valeurs du monde entier. Le souverainisme ne dépasse pas du tout le communautarisme. Il en est simplement l’expression la plus institutionnalisée. »

 




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